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EN RÉGION Implanter son entreprise en Nouvelle-Aquitaine

Trimestriel n°1 Juillet - août - septembre 2019

hier • analyse

Un ex-trader revient sur la crise de 2008 demain • analyse

Dessine-moi l’agence bancaire du futur innovation • carrière

4de la data

nouveaux métiers

Ne plus jamais les confondre

innovation • techno

Pourquoi les robots ont (encore) besoin des humains ? dossier

Les femmes de la finance innovation • concept

Management : vos collaborateurs, ambassadeurs de votre entreprise ?

www.fintech-mag.fr


Édité par Finance Mag 9, rue André Darbon 33300 Bordeaux

Édito

Président et directeur de la publication : Guillaume-Olivier Doré - 06 70 79 70 90 guillaume-olivier.dore@finance-mag.com

Directrice générale

Publicité - promotion - publicité Adèle Tanguy - 06 52 44 94 80 adele.tanguy@finance-mag.com Service direction : 01 86 26 06 06 ÉDITORIAL

Directrice de la rédaction

Laura Pironnet - 06 88 62 01 81 laura.pironnet@finance-mag.com

Production & réalisation

Agence miz’enpage (mizenpage.com) Conception graphique : Grégoire ­Levy-Duplat Coordination : Céline Charpentier Maquette : Gaëlle Cochard, Caroline Paux Couverture photo : ABC/Andia.fr Illustrations : Michaël Driver (P. 15 - P. 16) Ont collaboré à ce numéro : Xavier Delmas, Xavier Landreau, Naoufel Laddem, Philippe Auther, Joëlle Durieux, Alain Clot, Boris Duclos, Benoît Raphaël, Frédéric Villiers. MARKETING & DIGITAL Brand content - digital acquisition Lou-Anne Pannier lou-anne.pannier@finance-mag.com ADMINISTRATION 01 86 26 06 06 Impression Léonce DEPREZ, ZI Le Moulin - 62 620 RUITZ Périodicité 4 numéros Commission paritaire : en cours Principaux actionnaires : NetMedia Group Guillaume-Olivier Doré Adèle Tanguy SAS Origine du papier : Ehingen (allemagne) Eutrophisation des eaux : 11 g Taux de fibre recyclée : 0 % Gaz à effet de serre : 217 kg L’éditeur décline toute responsabilité en cas de perte, détérioration ou non-retour des documents qui lui sont confiés. Il se réserve le droit de refuser toute demande ­d’insertion sans avoir à motiver son refus.

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Laura Pironnet Directrice de la rédaction

ourquoi créer un magazine lorsqu’on vient du web ? Pourquoi choisir le support papier lorsqu’on parle d’innovation ? Créer Finance mag n’était pas une évidence, mais une envie. Celle de vous créer un écrin pour valoriser les meilleures initiatives innovantes dans la finance. De vous concevoir un outil pour vous inspirer et vous acculturer aux tendances par les experts de la finance qui comptent. Avec des interviews, des tribunes, des analyses et des témoignages. De vous donner la parole et de croiser les avis, plutôt que de vous imposer un savoir et des vérités absolues dans un secteur, on le sait, en pleine mutation : mutation des métiers, des technologies, des tendances, des usages et des marchés. Pour ce premier numéro, nous avons voulu mettre à l’honneur les femmes inspirantes de la finance. Elles portent leurs propres projets dans la finance et s’engagent concrètement pour promouvoir, connecter et financer celles qui sont trop souvent peu représentées dans les statistiques. Choisir ce sujet pour un premier numéro n’était encore une fois pas une évidence. Il faut dire les choses : il pose débat et ne met pas toujours à l’aise. Malgré cela, nous nous sommes retrouvés sur l’idée que dans quelques années, il n’y aura plus de sujet. Les dirigeantes qui s’expriment ici ont un parcours et une carrière qui sont la preuve que le vrai sujet est leurs réussites et initiatives business. Le coup d’envoi est lancé ! • www.fintech-mag.com @FintechMag @FintechMag @FintechMag

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Contributeurs Philippe Auther

Alain Clot

Xavier Delmas

Diplômé de Centrale Marseille et d’un Mastère Spécialisé de Toulouse Business School, il est actuellement partner pour le groupe onepoint, en charge de créer l’activité de conseil auprès des Directions Générales, dénommée Howard. Depuis 2013, il est aussi responsable du secteur Banque du cabinet de conseil en stratégie Kea & Partners.

Président-Fondateur de France Fintech depuis 2015, il possède une grande expertise dans le secteur de la finance dans toutes ses composantes (entreprises, particuliers, investisseurs, asset management, BFI, retail, assurance, etc.).

Spécialiste des marchés financiers depuis plus de 20 ans, il est aujourd’hui fondateur et dirigeant du cabinet Arthika Conseil. Passionné par l’investissement et l’économie, il partage son savoir dans des contenus pédagogiques sous divers formats (podcast Trading Masters, chaîne YouTube Zonebourse).

Boris Duclos

Xavier Landreau

Naoufel Laddem

Diplômé d’un MBA en finance à l’ESSEC, il devient auditeur financier senior chez PricewaterhouseCoopers. Il fonde en 2017, une société de conseil indépendant auprès d’institutions financières, Tamarix Conseil. Depuis 2019, il est associé et vice-président en charge du Corporate Development au sein de Robin Finance.

Associé Banque de détail du cabinet de conseil en stratégie et management Exton Consulting, il intervient depuis 20 ans chez tous les grands acteurs de la place sur des sujets de croissance, stratégie, transformation front to back, fusion bancaire.

Manager Senior du cabinet de conseil en stratégie et management Exton Consulting, il intervient depuis 9 ans auprès d’institutions financières sur des sujets de lancement d’offres, stratégie de croissance, organisation des réseaux d’agences et fusion d’établissements bancaires.

Fintech-mag.com Fintech mag est le web média à la genèse de Finance mag. Sa mission ? Faire contribuer les meilleurs experts du secteur autour d’une forte communauté : conversations croisées, tribunes, interviews... Le secteur de la finance et de l’innovation raconté par ceux qui la pensent, qui l’exécutent, qui la financent et qui la bousculent.

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- n°1 - juillet-août-septembre 2019

Joëlle Durieux

Benoît Raphaël

Diplômée de l’École de Sup de Co Bordeaux et du DECS, elle dirige le Pôle de compétitivité mondial de Finance Innovation en tant que Directrice Générale.

Expert en innovation digitale et média, journaliste, blogueur et entrepreneur, il lance en 2017 Flint, une expérience collaborative entre humains et robots.


finance mag

RIDE PACK BUSINESS

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ES PERTES TOTALES INCLUSES

Sommaire

www.fintech-mag.fr

Trimestriel n°1 Juillet - août - septembre 2019 T

HIER • ANALYSE

Un ex-trader revient sur la crise de 2008 DEMAIN • ANALYSE

Dessine-moi l’agence bancaire du futur INNOVATION • CARRIÈRE

4de la data

nouveaux métiers

Ne plus jamais les confondre

INNOVATION • TECHNO

RIFIEZ VOS CAPACITÉS DE REMBOURSEMENT AVANT DE VOUS ENGAGER.

t de 94 à 103. Valeurs corrélées NEDC déterminées sur la base du nouveau cycle d'homologation WLTP ("Procédure d'essai

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DOSSIERS : LES FEMMES DE LA FINANCE • IMPLANTER SON ENTREPRISE EN NOUVELLE - AQUITAINE

/MOIS

EN RÉGION Implanter son entreprise en Nouvelle-Aquitaine

Trimestriel n°1 • Juillet-août-septembre 2019

NS LE MONDE

Pourquoi les robots ont (encore) besoin des humains ? DOSSIER

Les femmes de la finance

Les femmes de la finance

12 %

Trimestriel n°1

INNOVATION • CONCEPT

Management : vos collaborateurs, ambassadeurs de votre entreprise ?

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02/07/2019 12:49

C’est le pourcentage des équipes dirigeantes composées de femmes au sein des membres de France Fintech. 9% des fondateurs sont des femmes.

Juillet-août-septembre 2019

Consacrer un dossier aux femmes de la finance dès le 1er numéro du magazine n’était pas une évidence. Nul besoin de rappeler leur faible représentation dans le secteur. Nous avons davantage besoin de mettre en avant celles qui ont un parcours inspirant pour encourager la mixité et l’entrepreneuriat féminin. Et un jour, on ne parlera sûrement d’elles que pour leur travail…

20/05/2019 12:43

Actualité

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de la finance 5 parcours à suivre

05 • L’éducation à la finance, un besoin identifié

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02/07/2019 17:23

36 • Marie-Claire Capobianco « J’ai immédiatement accepté chaque opportunité »

Les femmes de la finance

42 • Caroline Lamaud « Ma génération ne se comporte plus de la même façon » 44 • Chirine Ben Zaied « La mixité est essentielle à la viabilité des entreprises » 46 • Andréa Toucinho « Il faut définir de nouveaux modes de fonctionnement »

14 • Un ex-trader revient sur la crise de 2008 18 • D  essine-moi l’agence bancaire du futur 20 • P  lusieurs futurs pour l’agence bancaire

A

ller à la rencontre des territoires partout en France et mettre en avant les initiatives innovantes de la finance des territoires est l’une des missions chères à Finance mag. Énormément de nouveaux projets naissent et grandissent en régions. Et malgré une activité très forte du secteur concentrée à Paris et en Ile-de-France (plus de 8 fintechs sur 10 sont basées à Paris*), beaucoup d’acteurs et de structures contribuent à faire émerger ces entreprises partout ailleurs. Pour ce premier numéro, nous vous invitons à découvrir l’écosystème économique de la Nouvelle-Aquitaine, la plus grande région de France. Sur son territoire, on retrouve des métropoles comme Bordeaux, Poitiers, La Rochelle, Pau, ou Niort, chacune se positionnant avec ses filières d’excellence. En plus de ses bassins d’emplois et de ses pôles de compétences, la région est l’une des plus attractives. En témoigne le nombre de néo-aquitains qui s’installent pour bénéficier du cadre de vie (presque 900 000 sont attendus rien que sur Bordeaux en 2019**). Mais aussi les entreprises locales à capitaux étrangers (presque 900 au total dans la région) et les initiatives mises en place par la région pour attirer les établissements. Nombreuses sont les entreprises nationales et internationales à ouvrir un bureau en local, à l’instar des sociétés de conseils One Point et Invivoo, bénéficiant à l’économie de nos territoires. Finance mag est le magazine de la finance et de l’innovation, c’est donc naturellement que nous avons voulu mettre en avant les acteurs et les initiatives de la finance innovante. Que vous soyez récemment installé dans la région, que vous vouliez faire grandir votre startup en local ou que vous vous intéressiez au potentiel économique de la Nouvelle-Aquitaine, faites-le tour !

La Nouvelle-Aquitaine, un territoire incontesté de la finance et de l’innovation. Entre la place financière bordelaise, Niort le bastion de l’assurance et les réseaux qui irriguent la région la plus vaste de France, on ne peut que confirmer son rôle moteur. Nous avons rencontré les acteurs locaux qui font vivre et transforment l’industrie financière. dossier réalisé par laura pironnet

Coup de projecteur sur

la Nouvelle-Aqui taine

Innovation

4 nouveaux métiers de la data Ne plus jamais les confondre

Muzinga

Data Analyst « Je l’illustre en disant que j’écoute et je fais parler la data, je fais connaissance jusqu’à en comprendre toute son histoire.»

Data-Scientist, Data-Engineer, ou Data-Analyst… tous les mêmes ? Quand on ne sait pas ce que nos professionnels de la data font de leur journée, il serait facile de les confondre et de se mélanger dans les profils. Jusqu’à aboutir à des erreurs de recrutement pour les entreprises. On s’est dit que les principaux intéressés sont encore les mieux placés pour expliquer leur métier et afficher leurs différences. par laura pironnet - photo andia au lafayette plug and play

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Irène

Matthieu

Data Scientist

Chief Science Officer

« La définition que je donne pour que les autres comprennent mon métier ? Entraîneuse de robots ! »

« J’ai déjà vu des gens pâlir quand ils comprennent que  mon métier, c’est faire des maths ! »

C

omment distinguer tous les métiers de la data ? De quel profil l’entreprise a-telle réellement besoin ? Avouons-le, il n’est pas toujours simple de comprendre les nuances des différentes fonctions, lorsqu’on ne vient pas du sérail. Comme le souligne Julien Krywyk (Preditt), « la proximité de ces métiers prend son sens dans les équipes data d’une certaine taille, qui souhaitent se répartir les rôles ». Pour une Fintech en croissance, le rôle d’un professionnel de la data sera certainement plus transversal, là où une banque historique aura des équipes dédiées. Pour avoir une meilleure appréhension, le mieux est encore de suivre le déroulement du processus. Cela commence avec le Data Analyst qui, lorsqu’arrivent les bases de données, « a la charge de la qualité de la donnée et [...] mène les premières analyses statistiques » (Matthieu Sénéchal, Robin Finance). Il structure les données afin d’aider à la prise de décision. Ses points forts ? « Ses connaissances en base de données, visualisation des données et statistiques » (Muzinga Tshilombo). Son rôle est complété par le Data Scientist : un profil davantage technique, dont la mission est de « concevoir et implémenter des modèles pour répondre à des besoins précis. » (Muzinga Tshilombo) à partir des données manipulées en amont par le Data Analyst. En plus de sa maîtrise des statistiques, il est souvent formé au machine learning et à la programmation. Enfin, arrive le Data Engineer : « C’est lui qui va mettre en place le pipeline de données et mettre en production les modèles développés par le reste de l’équipe. » (Irène Balmès). On pourrait aussi l’appeler “architecte de données”. Finalement, s’ils ne sont pas à confondre, « tous ces rôles sont complémentaires » (Irène Balmès). Et pour les équipes qui se structurent autour de ces différents métiers, vous entendrez aussi parler du Chief Science Officer, qui « transcrit les besoins du business en sujets scientifiques » (Matthieu Sénéchal), tandis que les trois premiers postes évoqués sont en charge de les résoudre. Son rôle est plus transversal et demande une vision plus large sur les aspects business et technique, tout en incluant une fonction de management. •

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C’est la 5e région française pour la création d’entreprises.

Première région française en matière de Recherche et Développement.

158

C’est en milliards le PIB de la 3e région de France.

22

C’est en milliards d’euros le montant des exportations de la région NouvelleAquitaine.

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49

*Rapport de l’attractivité de la France pour le développement du secteur Fintech, octobre 2018 ** Sondage Ifop, janvier 2019 

C’est le nombre de création d’entreprise enregistré fin 2017 en Nouvelle-Aquitaine soit 3 760 de plus qu’en 2016 (+ 8,1 %), ce qui place la région au 1er rang des régions les plus dynamiques en matière de création d’entreprise.

9 990 C’est le nombre de création d’entreprise en NouvelleAquitaine au 1er trimestre 2019.

800

C’est en millions d’euros le budget dépensé pour les investissements par la Région en 2018.

Sources : Région Nouvelle-Aquitaine, nouvelle-aquitaine.fr

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Coup de projecteur sur la Nouvelle-Aquitaine

01/07/2019 16:10

24 • 4 nouveaux métiers de la data, ne plus jamais les confondre

48 •

28 • Pourquoi les robots ont (encore) besoin des humains ?

52 • Interview du Président de la Région Alain Rousset

32 • Vos collaborateurs, ambassadeurs de votre entreprise ?

Nouvelle-Aquitaine

50 • S’implanter en Nouvelle-Aquitaine 56 • French Tech Bordeaux - Philippe Metayer 58 • BPACA : de la préférence client à l’expérience collaborateur Laurent Thiery et Ludovic Favarette 60 • Pourquoi l’ESSCA a créé un Master Management de l’innovation et Fintech à Bordeaux ? Brigitte de Faultrier 61 • French Assurtech : à Niort, l’alliance de 7 assureurs pour réinventer leur métier

Magazine disponible en version digitale, à retrouver sur www.fintech-mag.com

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48

• Nouvelle-Aquitaine

22 • Aviva et Lita font pot commun

Innovation • métier

40 • Virginie Lazès « Les femmes ont toute leur place dans la finance »

Analyse

14

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08 • Carrière : Ils ont monté leur boîte encore étudiants

13 • Tribune : l’avenir de la Fintech est aussi au cœur des territoires

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FINANCEMAG_34_35_BAT.indd 35

34 •

12 • Vers un nouveau rôle du VC avec Breega Capital

Julien

pour les algorithmes et autres systèmes d’intelligence artificielle qui seraient garantis neutres. Plus facile à dire qu’à faire. Pour que ces nouvelles technologies ne se retournent pas contre les femmes, les docteurs en sciences et fondatrices de Wax Science, Aude Bernheim et Flora Vincent, ont identifié les moments clés de la fabrication des algorithmes où s’insèrent ces biais. Comme le jeu de données (chiffres, images, etc.) sur lequel sont entraînés les algorithmes qui se révèle une étape cruciale : si les données ne sont pas représentatives de la réalité, elles vont forcément reproduire des biais. La technologie peut être un formidable accélérateur de croissance pour les femmes mais elle ne sera juste qu’à partir du moment où les biais cognitifs seront prévenus, alerte l’étude. Ces enjeux ne sont pas inconnus aux femmes que nous avons rencontrées et interrogées pour ce dossier : toutes ont des positions pour agir pour une finance plus inclusive. •

06 • Revue de presse internationale

11 • La levée de fonds de Georges

« Quand vraiment je dois vulgariser, je dis que je suis développeur informatique. Autrement, je dis que j’apprends des trucs aux machines. »

- d’autres sont de véritables indicateurs des enjeux récents que connaissent le secteur de la finance et son pendant technologique, la Fintech. Il y est notamment question des biais algorithmiques qui favorisent les inégalités et discriminations à l’encontre des femmes. Comment ? À se pencher sur les logiciels de ressources humaines (de recrutement ou gestion de carrière), les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, on observe dans la plupart des résultats des stéréotypes de genre, qui proviennent de biais cognitifs inculqués dès la création de ces outils. On trouve donc des logiciels qui proposent aux femmes des salaires plus bas (par reproduction de grilles existantes) ou des moteurs de recherche qui leur remontent des offres d’emplois moins rémunérées. Dans cette étude, il est fait référence à d’autres travaux, ceux de la Commission Européenne sur les “Femmes à l’ère numérique” (2 018) qui préconise des plans de certification

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10 • Repenser les métiers de la gestion de patrimoine

Data Scientist

D

Femmes

04 • Le maître mot de ce 1er semestre 2019 pour les fintechs françaises : accélération

es réformes opérationnelles et structurelles qui feraient avancer concrètement la situation pour les femmes dans les Fintech où 91 % des fondateurs et 67 % des effectifs sont encore représentés des hommes. Voilà ce que propose l’étude sur la mixité dans les Fintech, intitulée Où sont les femmes ? publiée par France Fintech, Arkéa et Roland Berger, au mois d’avril 2019. Au-delà du constat, que l’on se figure aisément, l’étude se consacre également à proposer des mesures qui agissent sur 4 grands pans : l’éducation et la formation ; le financement ; l’environnement professionnel ; et la déconstruction des biais. Si certaines ambitions ne sont pas nouvelles - comme la féminisation des métiers du numérique, le combat pour contrer les écarts de salaires ou la généralisation du congé paternité

62 • Bordeaux Place Financière et Tertiaire Les décideurs du secteur au service du territoire 64 • Trophée Nouvelle-Aquitaine


emplois directs en France.

2017

504,3 M€ 29 opérations

millions d’euros levés entre janvier et juin 2019, déjà plus que le montant total de 2018.

365 M€

504,3

72 opérations

C’est le nombre des fintechs en France en 2019.

318 M€

500 10  000

61 opérations

Actualité • France

2018

2019

50  %

des fintechs françaises ont déjà une implantation à l’international.

Le maître mot de ce 1er semestre 2019 pour les fintechs françaises : accélération par alain clot, président france fintech

Des investissements stratégiques

Nos fintechs françaises sont désormais plus mûres, elles recherchent une taille critique et une viabilité économique. Leurs investissements ont fortement crû, dans trois principaux domaines : • Développement international : 1 fintech sur 2 a déjà une implantation étrangère et 7 sur 10 poursuivent un projet d’implantation dans l’année à venir. • Équipe : le secteur représente déjà 10 000 emplois en France et les fintechs continuent de recruter notamment sur des profils de co-

« À noter notre position de leader dans la finance verte, les ICO et la spécialisation en Intelligence Artificielle et Blockchain »

Cette rubrique est développée avec le concours d’Eldorado.

4

deurs, développeurs et spécialistes marketing. • Technologie : les fintechs continuent d’investir dans le développement de nouvelles fonctionnalités, avec un recours accru aux données (conseils clients, analyses de risques, scores algorithmiques…).

Le positionnement des fintechs françaises

Sur le plan des métiers concernés, les thèmes de l’assurance, de la gestion d’actifs, de la regtech et de la banque d’entreprise sont en vogue. La coopération avec les grands acteurs traditionnels (banque, assureurs et gestionnaires d’actifs) continue de se développer fortement, mais aussi avec de nouveaux types d’acteurs comme les opérateurs de télécom, de la grande distribution et les acteurs de la technologie. L’une de nos principales actualités du moment est bien entendu la conséquence d’un Brexit éventuel, la Place de Paris se positionnant très bien en matière de choix de localisation (ou relocalisation). Nous comptons désormais près de 500 fintechs dans l’hexagone.

À noter également notre position de leader dans la finance verte, les ICO et la spécialisation en Intelligence Artificielle et Blockchain.

Des levées de fonds qui continuent d’accélérer

À fin juin 2019, les fintechs françaises ont levé 504 millions d’euros (en 29 opérations), soit bien plus que le total des levées de l’année dernière (365 millions), avec un ticket moyen de 17,4 millions d’euros, deux fois et demie celui de l’année dernière. À noter l’importance croissante des regtech et assurtech dans ces opérations. Le marché du capital-risque s’est fortement développé en France. Il est désormais en deuxième position en Europe, même si le segment de l’amorçage reste notoirement insuffisant. La bonne santé de nos startups et leur renommée croissante se traduisent par leur présence plus visible dans les grands classements internationaux : 3 françaises dans le Top 100 KPMG (Lendix, + Simple, Shift Technology). La France compte sa première licorne Fintech, Kyriba, qui opère dans la gestion de trésorerie pour les entreprises. •

Les performances des fonds Fintech en France

Idinvest

Le secteur de la Fintech a levé 365 M€ en 2018 en 72 opérations. Ce sont 11 opérations de plus qu’en 2017. La moyenne des levées a quant à elle un peu baissé (de 5,2 M€ à 5,1 M€). Le marché devient également plus mature, avec 4 tours de table à plus de 20 M€. On remarque une certaine affinité de certains fonds avec la Fintech, puisqu’ils ont investi plusieurs fois dans ce secteur en 2018. Voici les 5 les plus actifs :

En 2018, Idinvest a participé à hauteur de 10 M€ chez +Simple. fr (acteur de l’assurtech), 20 M€ chez October (ex-Lendix) et chez Lunchr, 11 M€ (à noter qu’elle a levé 30 M€ en février 2019 en Série B). •

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L’offre de la Poste suite de la légende Le porte-monnaie électronique Jaab de la Poste destiné aux 8-14 ans permet de choisir sa coque.

application

tendance

Éducation à la finance

Un besoin identifié

L

a culture financière est un sujet qui La seconde solution, qui sera commercialisée fait encore peur aux Français. Selon le 22 juillet prochain, s’appelle Ma French Bank. l’enquête Audirep pour la Banque Destinée aux 18-35 ans, cette banque mobile rend de France, 17 % pensent avoir une possible l’ouverture d’un compte courant sans assez bonne connaissance en questions condition, en moins de 10 minutes. Sans possibilifinancières, 40 % savent calculer un taux d’inté de découvert, avec des opérations en temps réel, térêt sur cinq ans, 49 % connaissent la définiune carte bancaire internationale mais aussi des tion d’un crédit renouvelable, alors services communautaires et solidaires qu’ils sont 75 % à bien répondre à (cagnotte, partage de dépenses, finanla question des agios. cement participatif ), La Poste espère Les entreprises de la finance, ainsi séduire plus d’un million de conscientes de cette aversion, palclients d’ici 2 025. lient ce manque d’éducation en inLa néobanque Pixpay vise quant novant dans des applications pour à elle, les 10-18 ans européens, les jeunes. Que ce soit pour épargner une cible plus large que La Poste. avec Yeeld ou gérer son argent avec L’application possède les mêmes Xaalys, Howizi ou Kador, les acteurs fonctions qu’un compte pour de la finance innovante multiplient adolescents (paiement par les offres. Notamment La Poste, qui a carte avec autorisation systédéveloppé deux produits. Le premier matique, retraits aux distribuest un porte-monnaie électronique teurs, épargne, cagnotte…). combiné à une application, et se Le contrôle des parents est nomme Jaab. Il s’adresse aux 8-14 ans effectué par une applicapour des achats quotidiens d’un tion miroir sur leurs smartmontant maximum de 30 euros, phones. Ainsi, les acteurs sans possibilité d’achats en ligne. de la finance privilégient Les parents peuvent à tout mol’éducation financière dès le plus ment bloquer, débloquer et jeune pour apprendre à ce public Xaalys une application adaptée alimenter ce porte-monnaie à épargner et à se responsabiliser aux enfants pour la gestion connecté dans une limite de 250 euros. en gérant un budget. • de leur argent.

Yeeld Épargner sans y penser. Cette application propose d’arrondir les paiements à l’euro supérieur, et de mettre de côté, pour finir par épargner. yeeld.com Xaalys Pour gérer simplement l’argent de poche des enfants, l’application met à leur disposition une carte et des outils pour payer, recevoir et économiser de l’argent. xaalys.com Howizi L’application créée par la Caisse d’Épargne et dédiée aux jeunes de 18 et 25 ans propose des services et un ensemble d’informations pratiques. Howizi inclut aussi une fonctionnalité d’épargne de projet. Disponible sur Appstore et Google Play

Réservé aux clients de Boursorama, ce compte 100% mobile permet à leurs enfants de gérer leur argent de poche sans risque de découvert. boursoramabanque.com/kador/

Daphni

Serena

Breega

Alven

Daphni a participé aussi chez Lunchr (en 2018 et en 2019). Il a aussi pris part à la Série A de Margo Bank 6,40 M€ et sa startup complémentaire Shine et conclut un tour de table de 8 M€ en 2018. •

Pour 2018, le fonds Serena investit dans deux startups : ACINQ, qui a levé 1,4 M€ et iBanFirst qui a clôturé un tour de table de 15 M€. Il signe ainsi la 5e plus grosse levée de l’année dans le secteur. •

Habitué à investir en Seed et en Série A, Breega a coinvesti avec Serena sur iBanFirst en Série B. Sur l’année 2018, il a également soutenu la startup LemonWay en effectuant une levée de 10 M€. •

Ce fonds n’a effectué qu’un seul investissement dans la Fintech en 2018. Il a néanmoins participé à la Série B de Qonto néo-banque française qui a levé 20 M€ pour développer son produit. •

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Actualité • International

norvège - dagens

chine - south china morning post

Le Nasdaq abandonne face à Euronext

Le 27 mai 2019, le Nasdaq retire son offre de rachat sur la Bourse d’Oslo face à Euronext. Ce dernier, anticipant l’arrivée de l’américain, avait obtenu un soutien égal à la moitié du capital d’Oslo Bors VPS. Nasdaq, qui était soutenu par deux des principaux actionnaires qui sont la banque DNB et le fonds de pension KLP, n’avait quant à lui que 37%. •

royaume uni - the times

La plateforme Lendy placée sous tutelle judiciaire

La Financial Conduct Authority (FCA) a placé le 24 mai 2019 sous tutelle d’administrateurs judiciaires la plateforme britannique de crowdfunding Lendy. Créée en 2012, Lendy avait déjà été mise sous surveillance en début d’année par la FCA à la suite d’une augmentation des taux de défaut. Sa chute pourrait entraîner une perte considérable pour les investisseurs. •

états-unis - wall street journal

Libra, la cryto-monnaie qui veut conquérir le monde

Annoncé par le Wall Street Journal : Facebook et ses 27 confondateurs lancent au premier trimestre 2020, une crypto-monnaie appelée Libra. Cette monnaie d’échange pourra être utilisée sur les plateformes des parteniares ainsi que chez les commerçants. Pour son projet Libra, Facebook doit obtenir la confiance de ses utilisateurs (environ un tiers de la population mondiale) et ainsi devenir une plate-forme de paiement. •

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- n°1 - juillet-août-septembre 2019

Hong Kong délivre 4 nouvelles licences à des banques en ligne, et déstabilise les réseaux traditionnels

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our la première fois, l’ancienne colonie britannique Hong Kong offre des licences bancaires numériques à de gros acteurs qui ne sont pas du secteur bancaire. Auparavant ces licences n’avaient été données qu’à des secteurs autres que bancaires. Parmi les heureux élus, on compte quatre géants chinois : Xiaomi, 4e fabricant de smartphones au monde, Ping An, un des plus gros assureurs mondiaux et deux de la Tech, Alibaba et Tencent. Pour ces deux derniers, ce sésame va leur permettre d’étendre leurs offres hors de la Chine continentale. Ce qui n’a pas manqué de faire réagir les autres banques traditionnelles. Conscientes que ces géants de la Tech sont à l’assaut du marché mondial, elles ont riposté en demandant expressément qu’Alibaba et autres nouveaux « licenciés » se conforment aux mêmes normes en matière de protection des données, de cybersécurité et de capital. Si pour les autorités financières d’Hong Kong il est important de promouvoir le développement du secteur bancaire, elles affirment ainsi leur rôle de « bêta-testeur » dans la Fintech. •

allemagne - frankfürter allgemeine zeitung

La néobanque N26 dans le collimateur de la BaFin

La BaFin (le régulateur financier allemand) a demandé le 22 mai 2019 à N26 de renforcer ses conditions d’ouverture de compte face aux exigences anti-blanchiment. En effet, en octobre 2018, une enquête des médias allemands avait révélé qu’il était possible d’ouvrir un compte chez la néobanque avec de faux papiers. •


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Actualité • carrière Matthieu Mollar,

Fondateur de Simple’Up et étudiant à l’EDHEC en 3e année de marketing En 2017, Matthieu Mollar est étudiant à l’EDHEC. Avec ses amis, ils discutent de leurs dépenses courantes et ils se disent qu’avec tout ce qu’ils déboursent, ce serait révolutionnaire de gagner de l’argent en même temps. De là, ils réfléchissent à un moyen pour épargner à chaque dépense. Ils imaginent tout d’abord un chatbot avant de lancer une application. Cela leur permet de constituer la base de Simple’Up. Le projet est remarqué ; ils sont finalistes en 2018 des concours Open Banking Challenge de Soprasteria et de 100 jours pour entreprendre. •

Jérémy Neyrou, CEO et Président d’Icare Technology

Jérémy Neyrou a toujours eu envie de changer la société. Et c’est à 18 ans que lui vient l’idée d’une bague à « tout faire » : ouvrir sa voiture, rentrer chez soi et même payer ses achats. Son projet fini par aboutir et il fonde Icare Technology. Puis il s’envole pour le CES de Las Vegas. L’innovation ne passe pas inaperçue et Icare Technology fait sa première levée de fonds de 100 k€. Quelques mois plus tard, une autre de 2,5 M€. Jérémy qui n’a que 27 ans, à la tête d’une société de 30 salariés et dépositaire de 23 brevets, espère une prochaine levée de 5 M€. •

Ils ont monté leur boîte

encore étudiants

L’âge moyen des fondateurs de Fintech est de 40 ans (étude Finance Innovation, octobre 2018). Ils sont aussi connus pour être des serial-entrepreneurs ou des anciens responsables des grandes structures de la finance. Mais certains ne font pas comme tout le monde. Eux, âgés d’une petite vingtaine d’années, ont décidé de ne pas attendre la fin de leurs études pour se lancer et créer leur propre Fintech.

Pierre Rinaldi,

CEO et cofondateur de SesaMm Après des études dans une Grande École de Commerce, Pierre Rinaldi se passionne pour la Bourse. En 2e année de LESSAC, il devient assistant gérant au sein d’une salle des marchés. Il rencontre Sylvain Forte et Florian Aubry, ingénieurs. À eux trois, ils créent SESAMm, une entreprise innovante d’informatique financière en 2014. Dès novembre 2015, ils lèvent 1 M€ qui leur permet de recruter leurs premiers collaborateurs et d’ouvrir des bureaux à Paris puis au Luxembourg. Mais c’est en février 2018 que tout s’accélère avec une nouvelle levée de fonds de 2,6 M€. Nouvel objectif débloqué : l’international avec une filiale à New York en 2019. •

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- n°1 - juillet-août-septembre 2019

Joan Burkovic,

Cofondateur et CEO de Bankin’ 2011, Joan Burkovic et Robin Dauzon, deux étudiants sur les bancs de l’Essec, sont toujours à découvert malgré leur fastidieux tableau Excel. La solution, une application reliée à la banque et qui gère les dépenses. Bankin’ vient de naître. C’est en 2012 , que les deux amis obtiennent une première levée de fonds de 400 k€ auprès de business angels. En 2015, le capital augmente de 1 M€ auprès de Génération NewTech, puis en 2018 de 7 M€ auprès d’Omnes Capital, CommerzVentures. Ces derniers investissements serviront pour une moitié à la R&D et aux ressources humaines. L’autre moitié, elle sera dédiée au développement à l’international. •

Owen Simonin, Blockchain influencer et CEO de Just-Mining

Owen Simonin, âgé alors de 18 ans, qui fait des études de commerce et finance à l’EDHEC Business School, s’intéresse à l’univers des cryptomonnaies. Il conseille à sa communauté Youtube d’investir dans éthereum et c’est un succès. En 2017, il crée alors Just-Mining, un site qui propose un moyen simple et efficace pour investir dans la cryptomonnaie. N’arrivant pas à se faire financer via les moyens classiques, il se tourne à nouveau vers ses abonnés. Deux semaines plus tard, il réunit 75 k€. En 2018, la startup annonce un chiffre d’affaires de 2 M€. •


évolution de carrière

Le retour en force des entreprises de la finance Quatre groupes bancaires et un groupe assurantiel en très bonnes positions dans le classement 2019 des 25 des entreprises les plus attractives, publié par Linkedin : en première position BNP Paribas, suivie de Société Générale, et du Groupe BPCE et enfin le Groupe Crédit Agricole et AXA, respectivement en 5e et 6e position. Ces entreprises de la finance peuvent se féliciter de cette belle remontée, surtout que les critères de choix proviennent uniquement des utilisateurs de Linkedin et de leurs interactions avec les employeurs. Pourquoi ce progrès, malgré l’image encore critiquée du secteur ? Car les groupes financiers continuent de recruter et sur des profils et métiers très variés : 20 000 embauches sont prévues en 2019 par les quatre banques de ce classement. La rémunération et les possibilités de progression ou de mobilité interne sont aussi des atouts incontestés pour le secteur. •

LES 25 ENTREPRISES LES PLUS ATTRACTIVES DE FRANCE 1 • BNP Paribas 14 • Nexity* 2 • Société Générale 15 • AccorHotels 3 • Groupe BPCE 16 • CHANEL 4 • LVMH 17 • Carrefour* 5 • Groupe Crédit Agricole 18 • Groupe Casino* 6 • AXA 19 • Capgemini 7 • ENGIE 20 • Alphabet* 8 • Groupe Bouygues 21 • Total* 9 • L’Oréal 22 • Sanofi 10 • Orange 23 • Salesforce* 11 • VINCI* 24 • EY* 12 • Airbus* 25 • Groupe Renault* 13 • Safran* * Entrée dans le classement en 2019. Source : LinkedIn

À lire

rémunération

Must have, le guide du financier

Rémunération 2019 des métiers de la finance

Fonctions d’encadrements LE GUIDE DU

FINANCIER 2019

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Le guide du financier est le livre de chevet de tous les jeunes diplômés et professionnels de la finance qui veulent faire les bons choix pour leur carrière et connaître les astuces de pros : conseils pour réussir ses entretiens en finance, les métiers qui recrutent, les grilles de salaires, etc. Le plus du guide ? Les fiches de toutes les entreprises qui recrutent, avec des informations précises sur les plans de recrutement et les qualités recherchées chez les candidats. •

Le chiffre

Confirmation de la reprise économique au cours de l’année 2018. Le marché en tension crée de plus en plus d’emplois. Les candidats ont conscience du dynamisme du marché, leur niveau d’exigence augmente. Les profils les plus sollicités ont plusieurs opportunités. Le salaire des profils de 0 à 3 ans est impacté, les recruteurs s’adaptent à cette évolution des rémunérations. 0 à 3 ans

Directeur financier / DAF - Grands groupes Directeur financier / DAF - PME/ETI Responsable Administratif & Financier Directeur / responsable du contrôle de gestion Contrôleur financier Directeur des comptabilités Responsable / Chef comptable Responsable comptable technique Responsable des comptabilités auxiliaires Directeur / Responsable de la consolidation Directeur trésorerie / Financement Credit manager Directeur / Responsable audit interne

85 65 42 62 42 65 42 42 40 62 65 42 60

Contrôleur de gestion Comptable unique Comptable général Comptable clients Contrôleur fournisseurs Aide-comptable Recouvrement Comptable bancaire Comptable technique assurance Consolideur Trésorier Auditeur interne

34 30 28 26 26 21 26 23 28 35 35 35

93 75 45 75 48 75 45 47 45 75 70 48 70

0 à 3 ans

Exprimé en k€

40 32 32 30 30 24 30 26 32 45 45 45

3 à 5 ans

93 75 45 70 48 75 45 47 45 75 70 48 70

110 85 55 80 60 90 50 52 50 85 80 55 80

3 à 5 ans

40 32 32 30 30 24 30 26 32 45 45 45

55 35 35 32 32 26 32 30 36 55 55 60

5 à 8 ans

110 85 55 80 60 90 50 52 50 85 80 55 80

150 100 70 100 75 110 60 60 60 100 100 65 90

5 à 8 ans

55 35 35 32 32 26 32 30 36 55 55 60

65 40 40 34 34 30 34 40 40 70 65 80

1/3

+ 8 ans

150 100 70 100 75 110 60 60 60 100 100 65 90

300 150 80 160 120 150 80 80 70 130 130 80 120

+ 8 ans

65 40 40 34 34 30 34 40 40 70 65 -

75 45 45 36 36 32 36 50 45 75 75 -

Source : Étude de rémunération nationale 2019 - Hays.fr

En 2019, un directeur financier sur 3 prévoit de recruter. C’est ce qu’indique l’étude réalisée par Michael Page et l’Association des directeurs financiers et de contrôle de gestion. Une belle poursuite de l’année 2018, où plus de la moitié des directeurs financiers ont recruté, dont une majorité de comptables et de contrôleurs de gestion. Deux métiers pourtant historiquement stables sur lesquels on observe de plus en plus de turnover. •

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Actualité • métier

Repenser les métiers

de la gestion de patrimoine

par boris duclos, vp corporate development pour robinfinance.tech

L’imaginaire collectif est tenace. Encore aujourd’hui en 2019, les Français sont persuadés que les services de conseil en gestion de patrimoine ne sont réservés qu’aux plus aisés.

L

es professionnels de l’épargne le savent et doivent faire avec. Mais aujourd’hui, les technologies et nouveaux usages ont ouvert la voie à de nouvelles possibilités. Les acteurs du secteur s’attellent donc à revoir une partie de leurs offres et processus pour une clientèle nouvelle.

Sortir des cases et repenser la relation client

L’émergence des agrégateurs de comptes (comme Linxo, Iswigo, Bankin, Fiducéo,

etc.), il y a près de 10 ans, a posé la première pierre de l’évolution de l’écosystème financier. En collectant, compilant et traitant les données personnelles bancaires, les agrégateurs de compte ont permis aux clients d’apprendre à mieux gérer leur budget et à créer une première épargne. Un appel pour ces derniers à s’intéresser de plus près à des solutions d’épargne plus poussées et des offres structurées. Les agrégateurs favorisent également pour les professionnels, une meilleure compré-

« De nouveaux outils d’intelligence artificielle apparaissent. Ils proposent, grâce à des algorithmes puissants, une recommandation d’épargne personnalisée » hension des comportements d’épargne de leurs utilisateurs. Et in fine une réflexion et conception d’offres plus adaptées et sur-mesure. Une relation client repensée partant du besoin client à la solution d’épargne qui autorise en fait l’épargnant à sortir des « cases » dans lesquelles il avait pu être mis par défaut. La faute à des produits d’épargne trop génériques.

Des outils efficients pour une autonomie accrue

Du coach en ligne aux outils pratiques, aujourd’hui les solutions ne manquent pas à l’épargnant pour gagner en autonomie et en compréhension. Le client ayant dans son quotidien des usages complètement intégrés au digital, il ne peut qu’attendre des professionnels du secteur qu’ils embrassent eux aussi le mouvement. Tout cela est important, essentiel même pour ceux qui peuvent

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être autonomes. Mais pour ceux qui ont besoin du conseil d’un professionnel pour les aider dans leur projet, l’expertise et l’écoute d’un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) restent indispensables. Ces nouvelles technologies n’ont pas la prétention à se substituer au CGP mais plutôt à l’augmenter. Avec leur lot d’améliorations opérationnelles, elles permettent d’industrialiser une partie de la chaîne de valeur pour les laisser se concentrer sur leur cœur de métier : l’accompagnement et le conseil.

Quid des apports pour le conseiller « augmenté » ?

Prenons un exemple. La connaissance client s’appuie généralement sur un questionnaire réglementaire permettant d’apprécier la situation personnelle du client, son appétence au risque et sa connaissance (ou non) des marchés. Ces données, nécessaires pour pouvoir fournir un conseil de bonne qualité, répondent également à des contraintes légales. La technologie accompagnera le CGP en lui collectant les informations nécessaires en amont de son rendez-vous client afin de fournir un conseil adapté plus rapidement. De même, la technologie peut aider à focaliser les ressources sur les dossiers plus complexes, nécessitant la mise en œuvre d’expertises multiples (fiscales, par exemple). De nouveaux outils d’intelligence artificielle apparaissent. Ils proposent, grâce à des algorithmes puissants, une recommandation d’épargne personnalisée, pour les situations les plus simples ; les dossiers plus complexes pouvant ainsi être traités par des expertises plus pointues. La digitalisation du processus de souscription administrative dépend pour beaucoup de la maturité digitale des fournisseurs et des produits souscrits. Pour autant, on observe la mise en pratique d’une expérience fluidifiée, avec notamment la généralisation de la signature électronique. •


{ } Actualité • financement

QUI EST GEORGES ?

Georges est né en mars 2016, il a 4 papas (Pablo Larvor, Côme Fouques, Romain Koening et Adrien Plat) et malgré son jeune âge, il maîtrise les chiffres et les données mieux que personne ! En fait, Georges est surtout un robot qui aide les professionnels libéraux, comme les médecins, avocats ou freelances, à mieux gérer leur comptabilité : il s’occupe de ranger les factures, d’analyser et optimiser les dépenses et de verser le bon salaire à la bonne personne. Il permet de dire au revoir à la saisie manuelle des lignes comptables ! •

10 000 000 

C’est le montant en euros de la levée de fonds de la Fintech d’origine lyonnaise, annoncée le 4 juin 2019. Georges avait réalisé une première levée de fonds début 2018 d'un million d’euros.

La société de capital risque française rentre au capital de Georges. Parmi les Fintech déjà présentes dans le portefeuille d’Alven, on peut citer la néobanque Qonto, la solution de paiement Stripe ou encore le courtier en ligne Pretto.

La levée de fonds de ...

Georges

À QUOI VA SERVIR CET INVESTISSEMENT ?

Les dix millions d’euros vont servir à renforcer les équipes de Georges (40 postes sont désormais ouverts pour le bureau lyonnais), notamment sur des profils de conseillers, de vendeurs, de data-scientists et de développeurs. Une nouvelle offre dédiée aux professions regroupées sous le régime BIC - comme les coiffeurs, les assistants maternels ou les VTC demande aussi la constitution d’une équipe spécialisée sur cette gestion comptable encore différente de celle des professions libérales. Pour finir, ce financement servira au développement international de la Fintech, à commencer par l’Allemagne et l’Angleterre. •

« UNE COURSE CONTRE LA MONTRE »

Adrien Plat nous raconte : « C’est en se rendant avec le CEO Côme Fouques début février 2019 à l’événement SaaStr, qui regroupe les acteurs internationaux des logiciels SaaS, que nous avons commencé à sonder les investisseurs. On a vu l’effervescence qui s’y passait avec énormément de levées de fonds en cours. C’est aussi une course contre la montre pour recruter les meilleurs talents. De retour en France, on a décidé d’aller solliciter les investisseurs et on est ravis d’avoir désormais au capital un des fonds les plus prestigieux. »

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Actualité • financement

Vers un nouveau rôle du VC avec Breega Capital Lorsqu’ils ont fondé Breega Capital, les trois cofondateurs avaient déjà en tête les écueils de leurs expériences de serialentrepreneurs et business angels. Maximilien Bacot, Ben Marrel et François Paulus ont voulu un fonds pour les startups early stage qui ait un rôle d’accompagnateur non seulement financier mais aussi opérationnel.

L

’approche est unique en France lors de la création du fonds de VC (Venture Capital) en 2013 et de ses premiers investissements en 2015, déjà plus ancrée dans les pratiques anglo-saxonnes. « Lorsqu’une startup commence à accélérer elle est sur tous les fronts : elle constitue son équipe, structure son déploiement commercial, communique à l’extérieur, etc. Mais elle n’a pas forcément les moyens d’embaucher ou de trouver un prestataire pour toutes ses tâches en un claquement de doigts. », souligne le cofondateur Ben Marrel.

Une équipe opérationnelle dédiée aux startups

L’époque de l’investisseur distant et intimidant est révolue. L’heure est à l’accompagnement, la compréhension des startups. Et comme levée de fonds rime souvent avec structuration, Breega Capital a décidé de créer une équipe opérationnelle, entièrement dédiée au portefeuille de startups du fonds. L’équipe est constituée à ce jour de cinq profils tous experts de leur domaine. Deux personnes sont par exemple consacrées aux ressources humaines, une aide précieuse sur des enjeux comme les grilles de salaire, la communication auprès des sa-

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Maximilien Bacot, Ben Marrel et François Paulus, les trois cofondateurs de Breega Capital.

©©DR

lariés ou la gestion d’une demande d’augmentation. À leur côté, une professionnelle de la communication et du marketing, un business developper et une avocate. Comment cela fonctionne concrètement ? L’approche chez Breega Capital se veut collaborative. Lorsqu’une nouvelle startup intègre son portefeuille, elle rencontre toute l’équipe opérationnelle du fonds pour identifier ensemble les besoins et planifier le niveau d’accompagnement. La répartition de la charge à déployer sur toutes les structures se fait naturellement. Le modèle a rapidement convaincu. Tant dans l’écosystème startups qui se passe le mot que chez d’autres investisseurs, qui destinent de plus en plus d’équipes opérationnelles à leur portefeuille.

Des anciens entrepreneurs avertis au risque

Si aujourd’hui, la plupart des fonds proposent cet accompagnement sur des fonctions supports comme le marketing, les ressources humaines ou le juridique, ils le font généralement sous forme de prestations payantes, gérées par des consultants externes. En consacrant une équipe internalisée, c’est l’assurance d’un accompagne-

« C’est justement parce que nous avons tous des profils d’entrepreneur chez Breega, que nous savons que ce genre de coup dur peut arriver » ment complet mais surtout d’un nouveau mode relationnel avec l’investisseur. Ben Marrel nous confie une anecdote : « Breega a été l’investisseur des débuts de Foodchéri [Ndlr : acquis en 2018 par Sodexo]. Avec notre investissement, ils ont pu construire une première cuisine pour préparer tous les plats livrés. Un week-end, je reçois un appel du fondateur Patrick Asdaghi paniqué. Il m’explique que leur cuisine a pris feu et qu’ils ne peuvent plus assurer les commandes. J’étais la deuxième personne qu’il appelait, après sa femme. C’est justement parce que nous avons tous des profils d’entrepreneur chez Breega, que nous savons que ce genre de coup dur peut arriver. Contrairement aux profils purement financiers, nous avons l’habitude de gérer des problèmes inattendus et nous avons tout de suite sollicité nos réseaux pour aider Foodchéri à assurer son business. » •


Actualité • tribune

par joëlle durieux, directrice générale de finance innovation

©©DR

L’avenir de la Fintech est aussi

au cœur des territoires Paris est-elle toujours incontournable pour lancer avec succès sa Fintech ? Même si 81 % des Fintech ont aujourd’hui leur siège dans la capitale, le réflexe francilien semble en réalité de moins en moins évident pour bon nombre d’entrepreneurs du secteur. À l’instar de la startup SesaMm originaire de Metz ou de la pépite marseillaise de l’assurance +Simple, les réussites de Fintech locales prouvent que peut-être l’avenir est aussi dans les territoires.

C

es dernières années, les régions ont saisi toutes les opportunités et l’importance du digital, comme réponse à leurs enjeux de reconversion et d’attractivité économique. Autrefois fief de l’industrie textile, Lille abrite aujourd’hui EuraTechnologies, pôle numérique de la métropole et deuxième plus grand incubateur derrière Station F. Quant à Nantes, la ville a su transformer d’anciens chantiers navals en un espace d’exposition sous la forme d’un gigantesque éléphant mécanique, devenu depuis l’emblème de Nantes Tech. Ce mouvement de transformation peut compter sur un soutien politique fort, à travers par exemple le Programme d’Investissements d’Avenir. Les pouvoirs publics sont cependant loin d’être les seuls à prendre à bras-le-corps l’enjeu territorial. Qu’ils

soient incubateurs, universités, PME, laboratoires de recherche ou encore filiales régionales de grands groupes financiers, de nombreux acteurs se mobilisent pour faire vivre ces territoires d’excellence, riches de talents et d’idées. Là est justement l’une des missions prioritaires du Pôle de compétitivité mondial Finance Innovation : consolider et animer ces écosystèmes locaux de la Fintech mais aussi favoriser les échanges et interdépendances entre des régions aux spécialisations souvent affirmées, à l’instar de la métropole lyonnaise valorisant son expertise dans l’intelligence artificielle.

Le Fintech Tour

Sous l’égide du Réseau Thématique French Tech #FinTech, et aux côtés de French Tech Brest + LORnTECH,

Programme d’investissements d’avenir Mis en place par l’État en 2010 et doté d’une force de frappe de près de 57 milliards d’euros, ce « PIA » aide activement au financement des investissements innovants et prometteurs sur tout le territoire français. •

French Tech Montpellier et France Fintech, les équipes de Finance Innovation parcourent ainsi l’Hexagone depuis septembre 2018, à la rencontre de pépites issues de l’ensemble des régions françaises. L’ambition de ce « Fintech Tour » ? Contribuer au développement des écosystèmes fintechs locaux et à l’accompagnement des startups du secteur dans leur développement.

Un hub pour aider les startups

La mobilisation de Finance Innovation se concrétise également à travers une collaboration renforcée auprès des acteurs locaux. En Auvergne-Rhône-Alpes, le Pôle a ainsi soutenu le lancement d’un hub d’accompagnement de startups porté par la Fondation Caisse d’Épargne Rhône-Alpes. Baptisée Le B612, cette structure accompagne les fintechs locales en phase de création ou d’accélération. Et ce, au cœur d’une région portée par le dynamisme des métropoles de Lyon et de Grenoble en matière de nouvelles technologies.

De l’innovation Fintech dans les territoires

Le pôle de compétitivité mondial Finance Innovation ne cesse de militer en faveur de la formidable dynamique d’innovation et d’entrepreneuriat qui se déploie au-delà de l’Île-de-France. Sa conviction est claire : la Fintech territoriale a un rôle primordial à jouer dans l’attractivité mais surtout la compétitivité de toute l’industrie financière française. •

Source : « L’attractivité de la France pour le développement du secteur Fintech », Étude Exton Consulting et Finance Innovation, octobre 2018.

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Hier • analyse

Un ex-trader revient sur la crise de 2008 À 2 heures du matin dans la nuit du dimanche 14 au lundi 15 septembre 2008, après avoir cherché des repreneurs pendant tout l’été, la banque Lehman Brothers se déclare en faillite. En un clic de souris, l’email envoyé à la Bankruptcy Court (Cour des banqueroutes) de New York fait vaciller l’économie mondiale. xavier delmas

S

L’auteur Xavier Delmas est un spécialiste des marchés financiers depuis plus de 20 ans. D’abord trader pour compte propre chez BNP Paribas à Paris et Londres, puis manager des opérations pour HSBC Private Bank à Genève, il est aujourd’hui fondateur et dirigeant du cabinet Arthika Conseil. Passionné par l’investissement et l’économie, il partage son savoir dans des contenus pédagogiques sous divers formats (podcast Trading Masters, chaîne YouTube Zonebourse).

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ous l’œil des caméras, la majorité des employés new-yorkais quittent l’immeuble de la 7e avenue le matin même, portant leurs cartons remplis d’affaires personnelles. Tout s’est joué la veille, dans les locaux de la Réserve Fédérale (« Fed ») de New York. Timothy Geithner, son président, annonce aux dirigeants de Lehman Brothers que Bank of America et Barclays, qui étudiaient les comptes de Lehman depuis plusieurs jours pour un éventuel rachat, ne donneront pas suite. Le coup de grâce tombe quand la Fed et le Trésor Américain avisent Lehman qu’ils renoncent à renflouer la banque, provoquant ainsi la plus importante faillite de l’histoire devant Enron et Worldcom.

Les origines

Tout commence au début des années 2000 par une série de nouvelles lois adoptées par l’administration Bush afin de favoriser l’accession à la propriété. Parmi celles-ci, en figure une au nom particulièrement évocateur : l’American Dream Downpayment Act, la loi « Rêve Américain » sur les apports. Proposant des aides à l’apport personnel ou des conditions favorables sur les taux d’intérêt, elle a pour but d’aider les jeunes et les familles défavorisées à acquérir un logement. Peu de temps après, le gouvernement fédéral a mis en œuvre une politique fiscale très favorable à l’immobilier, avec notamment une exonéra-

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tion sur les plus-values (jusqu’à $250 000 pour un individu et $500 000 pour un couple). Si l’intention est louable, un grand nombre d’entreprises de crédit en profitent pour vendre, à grand renfort de campagnes marketing et de publicités télévisées, des prêts immobiliers à des ménages modestes n’ayant pas la capacité de les rembourser. Ces prêts appelés « subprime » sont accordés à la clientèle présentant le plus grand risque de défaillance, par opposition aux prêts « primes » accordés aux emprunteurs traditionnels. Ce risque supplémentaire est compensé par des taux d’intérêt plus élevés, le plus souvent variables et indexés sur les taux de la banque centrale américaine. Dans un marché immobilier haussier depuis des années, le risque paraît faible : si les ménages n’arrivent plus à rembourser, ils n’ont qu’à vendre leur bien, ils en tireront même une plus-value ! Le summum est atteint avec les prêts NINJA ( No Income, No Job, No Assets), permettant d’emprunter sans revenu et sans apport… Dans ce contexte de taux bas, les rendements élevés des subprimes attirent les investisseurs à la recherche de rentabilité. Les équipes d’ingénierie financière des banques créent donc des produits exotiques au travers de portefeuilles regroupant des milliers de prêts immobiliers aux noms barbares : Mortgage Backed Securities (MBS) ou Collateralized Debt Obligations (CDO). Cette titrisation offre aux banques l’opportunité de vendre des produits apparemment sans risque, car adossés à un grand nombre d’emprunteurs et de biens immobiliers. Par quel miracle un regroupement d’actifs toxiques devient aux yeux des investisseurs un placement sans risque ? Grâce à la magie des montages financiers, qui découpent ces produits en « tranches » : • Les « tranches equity » (environ 5 % du CDO) sont les plus risquées, généralement ache-


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©©Michael Driver

tées par un hedge fund ou le gérant du CDO. • Les « tranches mezzanine » (environ 5 % du CDO) représentent un risque intermédiaire et sont généralement achetées par des gérants d’actifs. • Les « tranches senior » (environ 90 % du CDO) sont les moins risquées. Convaincus de la qualité de ces « tranches senior » grâce aux notes maximales (« AAA ») données par les agences de notation, les investisseurs institutionnels en remplissent leurs portefeuilles.

Les déclencheurs : hausse des taux et baisse de l’immobilier

Dès 2007, cette belle mécanique va se gripper suite à la baisse du marché de l’immobilier couplée à la remontée des taux d’intérêt : de 1 % en juin 2004, ils passent à 5,25 % en juin 2006. Dans l’impossibilité de payer leurs mensualités, de nombreux propriétaires tentent de vendre leur maison, sans succès.

« Les banques se retrouvent donc avec d’importants stocks de biens immobiliers dans un marché en chute libre. Des quartiers entiers sont vidés de leurs populations et les maisons laissées à l’abandon sont pillées. »

Les banques se retrouvent donc avec d’importants stocks de biens immobiliers dans un marché en chute libre. Des quartiers entiers sont vidés de leurs populations et les maisons laissées à l’abandon sont pillées. Dans l’impossibilité de savoir qui possède ces prêts toxiques, les banques n’ont plus la confiance réciproque nécessaire au fonctionnement des prêts interbancaires, provoquant une crise de liquidité. Si la faillite de Lehman Brothers en est l’évènement le plus marquant, la contagion touche un grand nombre d’établissements bancaires, tant en Europe qu’aux États-Unis : Bear Stearns, Wachovia, Merrill Lynch, Citigroup, UBS, RBS, ING, Northern Rock, Dexia, Fortis, Bank of Ireland. Avec un effet de levier en forte augmentation depuis 2002, et des actifs douteux dans leurs bilans, un grand nombre de banques sont au bord du gouffre. La doctrine « too big to fail » (trop gros pour faire faillite) oblige certains États à sauver des banques pour éviter un effondrement


Hier • analyse

« Cette crise bancaire provoque un assèchement du crédit qui se propage à toute l’économie réelle, la récession devient mondiale dès 2009. »

du système financier. Cette crise bancaire provoque un assèchement du crédit qui se propage à toute l’économie réelle, la récession devient mondiale dès 2009. En Europe, l’onde de choc atteint les dettes souveraines des pays les plus fragiles, ébranlant la zone Euro.

Produits structurés et agences de notations

Standard & Poors, Moody’s et Fitch représentaient (et représentent toujours) plus de 95 % des notations des produits de crédit. Leurs modèles mathématiques inadaptés et basés sur des hypothèses trop optimistes (non prise en compte d’une potentielle baisse du marché immobilier par exemple) ont surévalué les notes des MBS et CDO. Ces notations étonnamment clémentes ont aussi pour cause un conflit d’intérêts évident : ce sont les émetteurs de produit de crédit qui payent ces agences. Elles ont intérêt à émettre des notes favorables pour garder leurs clients. En plus d’être à l’origine de la propagation de ces actifs toxiques dans les portefeuilles de nombreux investisseurs institutionnels, ces agences ont brutalement dégradé leurs notes de AAA mi-2008 à D (« junk » ou actifs « pourris ») en décembre 2008, accélérant ainsi la crise. Bien qu’ayant dû payer des amendes de 1,3 milliard de dollars (Standard & Poors en 2015) et 864 millions de dollars (Moody’s en 2017), elles ont été relativement épargnées par les autorités. Le marché de la notation de crédit reste très semblable à celui d’avant crise et le système « investisseur-payeur » permettant d’éviter les conflits d’intérêts n’a toujours pas vu le jour. Si les produits structurés complexes sont loin d’avoir disparus, les investisseurs, à la recherche de transparence, fuient les produits opaques dont les sous-jacents leur sont inconnus.

Du côté des banques, une réglementation renforcée

Les autorités américaines votent la loi Dodd Frank en 2010 en réponse à la crise et reviennent ainsi sur le principe de dérégula-

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tion en vogue depuis des décennies. Cette réglementation limite notamment les possibilités de spéculation des banques et élimine le trading pour compte propre, obligeant les banques à séparer leurs activités de spéculation de leurs activités bancaires. Elle régule aussi plus fortement les marchés dérivés, soutient les lanceurs d’alerte et augmente l’exigence de fonds propres. Mais depuis son élection, Donald Trump s’est fixé comme objectif de démanteler cette réglementation, la traitant de « paralysante et écrasante » et de « désastre » pour les banques. Publiés au cours de cette même année 2010, les accords de « Bâle III » ont pour but de rendre les institutions financières plus solides face aux crises futures. Les banques avaient pour habitude de jouer sur l’effet de levier (le rapport entre leurs actifs et les fonds propres détenus) afin d’augmenter leur rentabilité, ce qui a engendré des problèmes de liquidité y compris pour les banques les plus solides au plus fort de la tempête. Bâle III augmente donc l’exigence de fonds propres des banques, qui progressent pour les principales banques internationales de 7,4 % fin 2011 à 12,5 % en 2018. Les Européens ne sont pas en reste et la Commission Européenne présente des propositions de révision de la directive sur les marchés financiers (MIF) en octobre 2011. La nouvelle directive MIF 2 établit un ensemble de mesures pour protéger les investisseurs et stabiliser les marchés : augmentation de la transparence des produits, meilleure traçabilité des transactions sur produits dérivés pour surveiller les expositions de toutes les contreparties, meilleure classification et information des clients…

Et demain ?

Alors, finies les crises financières dans ce nouveau monde mieux régulé ? Pas si sûr. Si le marché bancaire a été sous la loupe des régulateurs, ce n’est pas le cas du shadow banking. Contrairement à la croyance populaire, il ne s’agit pas d’un système occulte ou opaque, mais d’un système financier parallèle qui participe au financement de l’économie en dehors du cadre bancaire traditionnel (fonds d’investissements, véhicules de titrisation mais aussi crowdfunding ou crypto-assets). Le shadow banking attire de plus en plus les emprunteurs jusqu’à atteindre selon les derniers chiffres disponibles 75 % du PIB en 2017, exactement le même niveau qu’en 2007 à la

« En se focalisant sur les banques, ces nouvelles réglementations ont accéléré la fuite du crédit vers un système parallèle de shadow banking beaucoup moins régulé ! »


banques centrales). Dans son rapport 2018 publié en février 2019, le Conseil de stabilité financière décide ne plus utiliser le terme péjoratif de shadow banking mais parle de « Non Banking Financial Intermediation » (NBFI — Intermédiation financière non bancaire). De la même manière que l’expression « La foudre ne tombe jamais au même endroit » est scientifiquement fausse, il se peut que la prochaine crise soit à nouveau une crise du crédit. La faiblesse des taux a participé à l’augmentation très forte des dettes privées des entreprises et a propulsé la plupart des actifs à leurs plus hauts niveaux. Contrairement aux années 2009-2010, les banques centrales ont une capacité d’intervention plus limitée du fait de leurs opérations antérieures. Elles ont considérablement accru la taille de leur bilan, notamment à travers des programmes de Quantitive easing (assouplissement monétaire) leur permettant de racheter massivement des titres de dettes sur les marchés financiers. Malgré cette perfusion monétaire en place depuis dix ans, les banques centrales peuvent difficilement revendre les actifs encombrant leurs bilans ou remonter les taux à des niveaux plus conventionnels sans faire rechuter les économies des pays développés.

« Tout comme un pompier qui aurait vidé toute l’eau de son camion sur l’incendie précédent, les banques centrales ne sont pas prêtes pour intervenir sur une nouvelle crise. »

©©Michael Driver

veille de la crise. C’est donc le paradoxe de ces nouvelles réglementations : en se focalisant sur les banques, elles ont accéléré la fuite du crédit vers un système parallèle de shadow banking beaucoup moins régulé ! Initialement une source intéressante de financement et d’innovation, les acteurs du shadow banking accroissent cependant le risque systémique du fait de leur vulnérabilité aux risques de crédit, de liquidité ou de levier (pas d’assurance des dépôts, impossibilité de se financer auprès des

Tout comme un pompier qui aurait vidé toute l’eau de son camion sur l’incendie précédent, les banques centrales ne sont pas prêtes pour intervenir sur une nouvelle crise. Si aux États-Unis, la Réserve Fédérale a amorcé fin 2017 la réduction de la taille de son bilan et continue en parallèle de relever graduellement son taux directeur, la Banque Centrale Européenne continue d’accroître son bilan et annonce vouloir garder ses taux au niveau actuel (0 % pour le principal taux de refinancement) jusqu’à fin 2019 pour stimuler la croissance. Dans ces conditions, difficile de parler de la crise de 2008 au passé tellement elle a façonné le monde financier actuel pour le meilleur (assainissement des pratiques bancaires) ou pour le pire (situation critique des banques centrales). •

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Demain • analyse

Dessine-moi l’agence bancaire du futur Les banques doivent désormais repenser leur activité autour de l’expérience client en lui fournissant plus de services. Avec l’application, plus d’obligation d’aller au guichet pour effectuer une opération. Alors que deviennent les agences et les conseillers qui y travaillent ? Vont-ils disparaître ? Projection en 2025 avec Philippe Auther.

C

e matin de février 2025, je sautais de mon lit, me souvenant de ces mots d’un ancien candidat à la Présidence de la République, fustigeant la finance, ayant toujours considéré les banques comme un « mal nécessaire », un service quasi obligatoire, pour lequel je ne voyais pas pourquoi je paierais. Et puis, tous ces banquiers gagnent déjà bien leur vie, non ? Certes, ils jouent un rôle primordial dans la fluidité monétaire de l’économie, la souveraineté d’un pays, au final sa démocratie. C’était dans l’air ambiant. Pour moi, la banque, c’était avant tout une appli, des messages envoyés à un conseiller que je n’avais jamais vu, sauf une fois en visio, et surtout de la réactivité, de la disponibilité. Je n’avais pas de temps à perdre avec une activité « administrative ». Ce matin-là, c’en était trop ! Cela faisait la troisième fois que j’appelais ma banque, en fait un énième centre d’appels, au sujet de ma e-carte bancaire qui avait été bloquée sur mon smartphone, je ne sais par qui, m’obligeant à quémander à des amis et à mes parents de quoi couvrir mes dépenses les plus courantes. Mon compte avait toujours été bien fourni pourtant ! Et mon banquier avait bien dû se nourrir sur mon argent. Aussi, éprouvant un véritable ras-le-bol, me faisant balader entre des conseillers et télé-conseillers, qui se rejetaient la

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L’auteur Philippe Auther, 51 ans, diplômé de Centrale Marseille et d’un Mastère Spécialisé de Toulouse Business School, est actuellement partner pour le groupe onepoint, en charge de créer l’activité de conseil auprès des Directions Générales, dénommée Howard. Il a démarré sa carrière, en 1993, au sein de BNP Paribas, et à l’Inspection Générale, puis a rejoint Arthur Andersen Management. En 2004, il intègre Société Générale Corporate Investment Banking, qu’il quitte en 2007. En 2013, il prend la responsabilité du secteur Banque du cabinet de conseil en stratégie Kea&Partners. Philippe enseigne les métiers du conseil, auprès des étudiants de l’ESCP-Europe.

faute, je décidais, résolu, de me diriger vers mon agence. En plus, cela tombait bien, la radio, ce matin, annonçait que l’État se trouvait dans une impasse quant à la gestion de la dépendance, les seniors vivant de plus en plus longtemps. En pleine quarantaine, ce n’était pas mon sujet de préoccupation, bien qu’au travers de mes parents, je voyais bien que je n’y échapperai peut-être pas. Je me disais que j’en profiterais pour voir ce que ma banque pourrait bien me proposer. En tout cas, j’étais déterminé, en attente de réponses, d’une prise en charge, sans me faire balader. Je faisais l’effort de me déplacer. La banque avait intérêt à se montrer à la hauteur ! « Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi ! » Je me dirigeais donc vers mon agence, dans laquelle je n’étais pas allé depuis plus de dix ans, n’ayant eu finalement que peu d’occasions de m’y rendre. Je trouvais conseil sur les produits financiers au travers des réseaux sociaux, et n’avais pas vécu d’événements majeurs qui eussent mérité un tel déplacement, comme un divorce ou une perte d’emploi. La dernière fois, cela avait été pour retirer un chéquier, un moyen de paiement complètement disparu, signe du temps qui passe. Aujourd’hui, la banque et ses produits par définition dématérialisés, étaient devenus encore moins visibles, le digital ayant été totalement digitalisé ! Je me demandais même s’il existait encore des humains dans les agences et ce qu’ils devaient bien pouvoir faire de leurs journées. Déambulant dans un centre-ville déserté, où les boutiques avaient laissé la place à des « musées », vestiges du monde avant la révolution technologique, puis financière et sociale, je m’engageais dans la


IRIS RECOGNITION : OK FICHE CLIENT : À JOUR

Philippe Auther

Âge : 57 ans Adresse : 12 rue du Clos Fleuri 75024 Malakoff Grand Paris Profession : Responsable dans le Cabinet Kea&Partners Client depuis : 2014 Objet de sa présence en agence : Un problème de e-carte a été signalé via son ID_app pour un dysfonctionnement du paiement sans contact. Dysfonctionnement non réglé à ce jour. Incident : A appelé 3 fois la plateforme sans succès - échec signalé Process : • D  iriger vers espace gestion de la dépendance. • Proposition de l’offre packagée. • Avertir la conseillère Estève Durand de son arrivée. • Envoyer SMS de satisfaction à la fin de la visite.

rue principale, adresse de ma banque. Avec la montée en puissance des robots, la place des agences avait été au cœur de grandes discussions, de pressions des élus, qui voulaient préserver des emplois dans leurs villes, mais aussi d’associations de consommateurs, et surtout des citoyens, qui ne comprenaient pas que des banques si puissantes, si rentables, puissent détruire de l’emploi. L’air du temps était à un capitalisme responsable, qui devait assumer sa responsabilité dans l’équilibre fragile d’une société et de la place de l’humain. Je distinguais l’enseigne de ma banque qui brillait de mille feux, comme un phare, un point de ralliement au cœur d’un univers gris et froid, comprenant que cette présence était probablement une forme de résistance à la déshumanisation provoquée par les nouvelles technologies, l’automatisation, l’émergence

des robots. Finalement, cette banque portait peut-être une part d’humanité, qui, par sa présence, promouvait des valeurs, une marque, une image, un engagement. En entrant, ce fut un choc. Un robot, ou plutôt un humanoïde, m’interpellait, me souhaitant la bienvenue, m’appelant par mon nom, me demandant si j’allais bien, et me disant que mon problème de e-carte allait pouvoir être réglé par M. Durand, mon conseiller, disponible dans exactement 19 minutes. Je supputais un système de reconnaissance faciale, certainement couplé à une ana-

« La banque ne vendait plus des produits bancaires, mais devenait un partenaire de vie, présent aux moments forts. »

lyse cognitive de mon profil. Il me proposait d’utiliser ce temps d’attente, en me dirigeant vers l’espace « gestion de la dépendance », où je pourrais alors rencontrer, non seulement des clients qui se posaient les mêmes questions que moi, mais également les partenaires, qui composaient une offre packagée, globale d’accompagnement face à la dépendance. Je pénétrais dans cet espace dédié, où se trouvaient des écrans interactifs, qui distillaient une information complètement adaptée à mon profil, ma vie. Les données captées tout au long de ma vie permettaient de définir, avec une marge d’erreur de 5 %, la date à laquelle je pourrais connaître des ennuis de santé, et donc me proposaient, en temps réel, une solution incluant une assistance de restauration et de services d’infirmerie, le tout à domicile, pour une somme de 880 euros par mois, à compter de ce jour. Une forme d’assurance, somme toute. La banque ne vendait plus des produits bancaires, mais devenait un partenaire de vie, présent aux moments forts. Finalement, conscient que nous n’avions de moins en moins de vie privée, j’avais eu raison d’accepter de partager mes données. Elles me rendaient bien service aujourd’hui. Je savais aussi que la banque ne dérogerait jamais à ses valeurs, à son éthique de tiers de confiance. La tech ? Oui, mais contrôlée, avec de l’éthique ! Des clients, présents également dans une démarche continue de construction de l’offre, partenaires ou clients finaux, étaient de la partie, dans un vrai esprit d’entraide, comme une communauté locale. Je ressentais, avec satisfaction, ce rôle sociétal, bien au-delà de belles valeurs ânonnées par des entreprises en manque d’inspiration. La banque, et l’agence, son reflet, étaient devenues une institution, suppléant même l’État. Les 19 minutes d’attente passées, M. Durand, mon conseiller, vint à ma rencontre pour gérer mon désagrément lié au blocage de ma e-carte. Après une rapide interrogation de mon dossier, il, m’expliqua que je n’avais pas rempli la nouvelle convention de services envoyée par le back-office. Mais, ce qui me surprit le plus est qu’il alla chercher auprès des équipes service après-vente, présentes dans l’agence, le fameux document pour me le faire signer, ce que je fis à l’instant. Immédiatement,

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Demain • analyse

ma e-carte fut débloquée. Aussitôt, le conseiller, qui m’indiqua être également actionnaire de l’agence et donc responsable de sa rentabilité, décida de m’offrir un billet pour un spectacle donné par un de mes artistes préférés, en guise de compensation de cette expérience client désastreuse. Là encore, l’analyse de la donnée faisait des merveilles et indiquait mes goûts musicaux. Moi qui croyais que les établissements bancaires avaient, depuis plus de 20 ans, procédé à la création d’usines de traitements administratifs, en déshabillant des agences, qui ne pouvaient plus alors accompagner les clients « de bout en bout », reléguant le conseiller bien souvent à un rôle de passe-plat, entre un client perdu et un back-office centralisé. Je me rappelais qu’un dirigeant d’une grande banque française avait affirmé que le métier de banquier était avant tout un métier de service après-vente. De détracteur, je devenais un ardent promoteur de la marque, ma mauvaise humeur disparaissant. Quelle expérience de venir dans cette agence, reflet d’un nouveau métier, non pas celui de banquier tel que je l’imaginais, mais d’un partenaire de vie, qui ne cherche pas uniquement à vendre ses produits ! En sortant, je rencontrais Monsieur le Maire qui saluait le renouveau du quartier, grâce à ce nouveau centre d’intérêt, au cœur de sa ville, où secteurs public et privé s’entremêlaient, où temps court et temps long se réconciliaient, où citoyens et clients étaient respectés. J’étais plus que convaincu que l’humain était un animal social avec des besoins de contacts, sources de vie, en quête permanente d’émotions. D’être sorti de chez moi, de mon canapé avec mes écrans, je prenais conscience, que, sans hasard de la rencontre, la vie paraissait bien fade, insipide et que cette « agence-agora », au-delà de tous les leviers technologiques, était avant tout humaine. Je saluais la vision de quelques dirigeants de banques qui avaient su développer une vision, malgré la pression court-termiste de leurs actionnaires, qui probablement les poussaient à maintenir le modèle historique rentable de banque, sans y être d’ailleurs acculés par l’urgence du syndrome de la N.D.E. (Near Death Experience), qui avait fait disparaître des pans entiers de l’économie. •

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Plusieurs futurs

pour l’agence bancaire Depuis 20 ans, les agences bancaires françaises ont accompagné la mutation des habitudes de consommation en évoluant largement dans le cadre du même modèle. Réagissant à la chute de leur fréquentation, les réseaux bancaires ont réduit leur nombre d’agences ( 2 000 agences fermées entre 2012 et 2018(1) ), différencié leurs formats et regroupé leurs agences par grappes. Analyse avec Xavier Landreau et Naoufel Laddem.

Une accélération récente des transformations

20 %

C’est le nombre de Français qui viennent en agence plusieurs fois par mois, contre 62 % en 2007.

Les agences intègrent dorénavant les technologies à niveau de marché (bornes d’accueil, écrans digitaux…) avec pour conséquences déclin du papier, développement du selfcare et quasi-disparition de l’accueil transactionnel. Les conseillers bancaires ont été renforcés dans leur rôle de conseiller dédié universel, devant maîtriser une gamme de produits plus étendue : véritables commerçants de détail, ils vendent 80 à 110 produits différents allant des produits bancaires traditionnels aux produits hors des « territoires naturels » de la banque : téléphonie, télésurveillance, location avec option d’achat… En outre, ils répondent désormais aux exigences régle« Le client mentaires (devoir de conseil, multialertes risque, anti-blanchiment, bancarisé Know Your Customer…). Si l’agence bancaire n’a pas connu de vérivoudra : tout, table révolution en 20 ans, elle a tout de suite néanmoins fortement accéléré où qu’il soit sa transformation au cours des 5 dernières années, questionnant et pouvoir sur son devenir à horizon dix ans. dialoguer Vieillissement de la population avec un (près d’une personne sur 3 aura « 60 ans et plus » (2)), préoccupahumain » tion écologique, normalisation des standards de consommation impulsés par les GAFAM et extension des réseaux de communication (5G et internet très haut débit) seront des composantes de l’équation à résoudre en 2030. Le client multi-bancarisé voudra tout, tout de suite où qu’il soit, pouvoir dialoguer instantanément avec un humain et jouir d’un accompagnement expert facilitant son quotidien. Quel rôle pour l’agence bancaire dans cet écosystème concurrentiel, peuplé de néobanques et de plateformes de services financiers plus agiles et plus efficaces pour répondre à ces mutations ? •


Une métier conseiller à réinventer Une certitude, les éléments constitutifs de l’agence resteront les mêmes en 2030 : un local, du mobilier, des automates, un conseiller et un modèle de relation client. S’adaptant à un trafic en baisse et à un contexte durable de réduction des coûts, les agences ( qui représentent 50 % des coûts d’une banque de détail ) seront moins nombreuses ( -20 % d’ici 2030 ), plus grandes, plus accessibles avec des effectifs et un management tournant entre les points de vente. Deux modèles concurrents de prise en charge pourront émerger : le premier dupliquera les standards des best in class « D’autres de la distribution ( format Apple modèles vont Store ) avec un accueil humain et personnalisé. Le second, plus émerger : froid, sera réalisé par un robot conseiller doté de reconnaissance faciale, universel non chargé d’accueillir et de répondre efficacement au besoin du dédié, coach client. Ce modèle ne semble pas financier, acceptable pour le client de 2030 qui se rendra en agence moins conseiller souvent et essentiellement pour moment traiter de sujets complexes, ni de vie » pour les réseaux bancaires qui souhaiteront offrir une belle expérience à leurs clients. Les clients continueront d’échanger avec un conseiller, mais à quoi ressemblera-t-il ? Le conseiller dédié universel bute sur la mobilité RH, la faible fréquentation agence et la difficulté d’être expert sur l’ensemble de la gamme de produits. D’autres modèles vont émerger : conseiller universel non dédié, coach financier, conseiller moment de vie… L’ancrage local combiné à l’utilisation de la donnée permettra aux conseillers de proposer de nouveaux services liés aux moments de vie, par exemple dans le cadre d’un achat immobilier : visite du bien, conseil sur le prix d’acquisition ou encore mise en relation avec un architecte. À horizon 2030, les charges transactionnelles en agence vont être divisées par 2(3), forçant les réseaux à proposer de nouvelles organisations avec deux enjeux : délocaliser l’agence hors de ses murs et continuer à confier au conseiller des tâches à valeur ajoutée. Grâce à un poste de travail mobile et connecté, le conseiller sera plus accessible et pourra réaliser tous les actes de vente en déplacement. En agence, de nouvelles activités lui seront confiées : tâches de middle ou back office en lien avec son expertise ou encore actions de marketing digital. Le conseiller de 2030 sera augmenté par de la technologie facilitant son quotidien ; les robo for advisors lui permettront d’asseoir son expertise, l’utilisation de la donnée et de l’intelligence artificielle ( rebonds sur achats, tarifs préférentiels sur de l’extra-bancaire… ) sera un levier fort de personnalisation et le perfectionnement du CRM lui permettra d’organiser plus efficacement sa proactivité commerciale. •

L’avènement d’une société cashfree, le coût de gestion du fiduciaire et l’absence d’engouement pour les automates multiservices vont progressivement faire disparaître les automates de retrait en agence. Des solutions alternatives vont essaimer : cash centers mutualisés entre les banques ou cashback s’appuyant sur les réseaux de commerçants (en vigueur en France depuis décembre 2018). Ces mutations, libératrices de mètres carrés questionnent sur le look and feel des futures agences avec des tendances déjà observables : espaces décloisonnés, transparents, collaboratifs, sans bureau dédié et avec du mobilier connecté et chaleureux. Dans ce contexte, quel modèle de relation proposer ? Les réseaux offriront une banque à la carte, avec des modèles relationnels différenciés, transparents et graduels. Par exemple, l’accès au conseiller en agence pourra être tarifé à l’usage pour un client ayant souscrit à une offre bancaire basique et « Pas de “guerre proposé gratuitement des étoiles” en vue » à celui ayant souscrit l’offre premium. Si le conseiller dédié vit ses dernières heures, il en est de même pour le lien qui unit le client à son agence de domiciliation : il sera rompu pour servir le client dans toutes les agences du réseau, avec le même niveau d’exigence et de personnalisation. Les banques ne doivent pas se cacher derrière la technologie pour éviter de faire progresser ou changer l’humain. Finalement, c’est un modèle profondément renouvelé qui se profile pour l’agence en 2030. Pas de « guerre des étoiles » en vue, mais de manière plus exigeante un autre modèle d’accueil et de conseil au service de la clientèle. La transformation des réseaux et des compétences est longue, et c’est donc dès à présent que chaque banque doit y réfléchir. • 1 : Fédération des Banques Françaises, 2018 2 : INSEE, 2019 3 : Étude Exton Consulting, La banque en 2030, 2019

Les auteurs Xavier Landreau est Associé Banque de détail du cabinet de conseil en stratégie et management Exton Consulting. Il intervient depuis 20 ans chez tous les grands acteurs de la place sur des sujets de croissance, stratégie, transformation front to back, fusion bancaire. Il porte la réflexion du cabinet sur l’avenir des banques à réseaux à l’horizon 2030. Naoufel Laddem est Manager Senior du cabinet de conseil en stratégie et management Exton Consulting. Il intervient depuis 9 ans auprès d’institutions financières sur des sujets de lancement d’offres, stratégie de croissance, organisation des réseaux d’agences et fusion d’établissements bancaires.

©©DR

Vers une banque à la carte ?

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Innovation • sur le terrain

Aviva et Lita font pot commun E L’histoire made in France d’un géant de l’assurance et d’une startup du financement. Via le fonds Aviva Impact Investing France, l’assureur Aviva soutient l’économie environnementale et solidaire, en aidant au financement des jeunes pousses du secteur. Un partenariat boosté depuis 2017 par l’alliance de l’assureur avec une des plateformes les plus innovantes : Lita.co frédéric villiers

Tomato&co : financé en 2018. Des potagers péri-urbains biologiques dédiés aux restaurants et aux familles.

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n tant que directeur des investissements de l’assureur Aviva France, l’un des tout premiers assureurs au niveau européen, qui gère l’assurance et les investissements de plus de 3 millions de clients, Philippe Taffin est en première ligne pour dresser ce constat : il y a un besoin croissant de financement privé pour beaucoup d’activités qui, autrefois, reposaient surtout sur les interventions étatiques. « À partir du moment où les moyens de l’État se tarissent, et qu’il y a pourtant tout un domaine de besoins sociaux et environnementaux qui ne sont pas satisfaits, il y avait une place pour ces projets privés. Et donc un besoin d’organisation de ces projets ». C’est ainsi qu’est né le partenariat entre Aviva, via le fonds Aviva Impact Investing France, et la plateforme née sous le nom de 1001mpact, devenue depuis Lita.co. « Imaginez que vous êtes un particulier qui veut investir, ne serait-ce que quelques centaines d’euros – le mini-

mum est défini par les porteurs des projets à financer – de manière responsable, dans le secteur social ou environnemental ». Le comité d’investissement de Lita.co aura, pour ce faire, sélectionné des projets, qui doivent non seulement présenter un intérêt entrant dans ce secteur, mais aussi être prometteurs et viables. Puis, la société de gestion Imco, qui gère le fonds d’Aviva, arrive pour compléter la première analyse de Lita – au sein d’un comité où les représentants d’Aviva rencontrent eux aussi les porteurs de projet. Si tous les critères sont remplis, on entre alors dans un processus qui ne fait que des gagnants : « D’une part, les investisseurs particuliers peuvent être rassurés, puisqu’ils savent que les projets qui ont passé ces filtres sont sérieux à la fois du point de vue de leurs buts sociaux ou environnementaux et du point de vue de leurs perspectives de développement et de rentabilité. Et d’autre part, pour chaque euro investi par un particulier, Aviva abonde la même somme », explique Philippe Taffin. « Ce qui contribue à lancer

Comptoir de campagne : actuellement en levée de fonds sur LITA.co. Un modèle innovant de commerces multi-services connectés qui facilite la vie des habitants en zones rurales.


le projet… et qui prouve, accessoirement, que nous croyons en lui, en sa solidité et en ses perspectives de rentabilité ! »

Placements sécurisés et gagnants

L’objectif principal est ainsi rempli : inciter les particuliers, en les sécurisant, à placer leur argent de manière responsable. Une sécurisation qui va loin : ainsi, en cas d’accident de la vie, si l’investisseur se voit contraint de demander à récupérer rapidement ses fonds, Aviva permet cette liquidité, en rachetant la participation de l’investisseur. Inutile de dire qu’avec un tel niveau de sophistication, le partenariat Aviva et Lita fonctionne bien ! Déjà, les projets ainsi financés sont multiples : RogerVoice, un système qui permet aux sourds et malentendants de téléphoner ; LearnEnjoy, organisme de formation à l’accompagnement des jeunes à besoins éducatifs spécifiques comme l’autisme ou la dyslexie ; ou bien encore le Label Emmaüs, qui a entamé la digitalisation

Fondée par Julien Benayoun et Eva Sadoun et installée dans le Xe arrondissement de Paris, Lita.co est une plateforme immatriculée depuis 2015 comme Conseiller en Investissement Participatif par l’ORIAS (Organisme

« Imaginez que vous êtes un particulier qui veut investir, ne serait-ce que quelques centaines d’euros – le minimum est défini par les porteurs des projets à financer – de manière responsable, dans le secteur social ou environnemental ». Philippe Taffin – CIO Aviva France

des activités de la célèbre association fondée par l’abbé Pierre, afin qu’elle lance une déclinaison dans l’e-commerce. Tout le monde est réellement gagnant : non seulement l’entrepreneur qui se voit

pour le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance). Gage de confiance : son portefeuille électronique solidaire est labellisé par Finansol, qui garantit depuis 1997 l’aspect solidaire des produits d’épargne

Clip it : financé en 2017. Le jeu créatif, éducatif, durable, 90% surcyclé à partir des bouchons de bouteille en plastique.

proposés au grand public, et qui atteste également de l’engagement de Lita.co à fournir une information fiable aux particuliers. Lita.co a déjà réalisé près de 5 500 investissements, collecté 18 millions d’euros, et créé plus de 1 300 emplois. •

Exonéo : financé en 2018. Des prothèses et orthèses innovantes, universelles, accessibles à tous et partout dans le monde.

ainsi financé et l’investisseur qui se voit sécurisé… mais aussi l’assureur Aviva, et plus généralement tout le monde de l’assurance ou de la banque qui, de plus en plus, participe à ce genre d’actions positives et en espère un bénéfice d’image. « Le mécénat est aussi particulièrement prisé par les acteurs de la banque ou de l’assurance », remarque Delphine Le Goff, rédactrice en chef adjointe de l’hebdomadaire Stratégies. Car investir dans le mécénat ou le financement de l’économie sociale et solidaire « peut être un bon moyen d’adoucir leur mauvaise réputation. Nombreuses sont, pour les mêmes raisons, les banques qui créent des fondations dans le domaine de l’insertion sociale, de la santé, du logement ou de la culture… » Ces fondations de banque sont très nombreuses : « on peut citer la Fondation Crédit Agricole, la banque Wormser Frères, la Fondation BNP-Paribas ou celle du Crédit Mutuel… »

Projet sociaux et environnementaux

En l’occurrence, le partenariat entre Aviva et Lita.co bénéficie de fortes reprises sur les réseaux sociaux, les projets soutenus prenant souvent la forme d’applications ou d’activités en grande partie numérisées, dont les acteurs relaient donc naturellement l’évolution sur internet. L’assureur mise aussi sur la Fabrique Aviva, « qui est le premier concours de France pour les porteurs de projets sociaux ou environnementaux, avec pas moins d’un million d’euros de financement, et des prix pouvant aller jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros pour un projet », détaille Philippe Taffin. Un souci de financement des projets innovants dans le domaine social ou environnemental qui est, déjà, une volonté ancienne de l’assureur : « Avant Lita.co, nous avons participé à Simplon, qui aide à l’emploi des jeunes des régions rurales ou des quartiers défavorisés : ils sont formés au métier de web développeur, sur la base de leurs compétences personnelles et indépendamment de leur manque de diplômes. Ou bien Phénix, une place de marché qui lutte contre le gaspillage alimentaire, en formant les magasiniers et en les mettant en relation avec les associations qui récupèrent les denrées, et ce pour un prix inférieur à l’amende que les supermarchés paieraient si ces denrées étaient jetées… ». •

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Innovation • métier

4 nouveaux métiers de la data Ne plus jamais les confondre Data-Scientist, Data-Engineer, ou Data-Analyst… tous les mêmes ? Quand on ne sait pas ce que nos professionnels de la data font de leur journée, il serait facile de les confondre et de se mélanger dans les profils. Jusqu’à aboutir à des erreurs de recrutement pour les entreprises. On s’est dit que les principaux intéressés sont encore les mieux placés pour expliquer leur métier et afficher leurs différences. par laura pironnet - photo andia au lafayette plug and play

Julien

Data Scientist « Quand vraiment je dois vulgariser, je dis que je suis développeur informatique. Autrement, je dis que j’apprends des trucs aux machines. »

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Irène

Data Scientist « La définition que je donne pour que les autres comprennent mon métier ? Entraîneuse de robots ! »


Muzinga

Data Analyst « Je l’illustre en disant que j’écoute et je fais parler la data, je fais connaissance jusqu’à en comprendre toute son histoire.»

Matthieu

Chief Science Officer « J’ai déjà vu des gens pâlir quand ils comprennent que  mon métier, c’est faire des maths ! »

C

omment distinguer tous les métiers de la data ? De quel profil l’entreprise a-telle réellement besoin ? Avouons-le, il n’est pas toujours simple de comprendre les nuances des différentes fonctions, lorsqu’on ne vient pas du sérail. Comme le souligne Julien Krywyk (Preditt), « la proximité de ces métiers prend son sens dans les équipes data d’une certaine taille, qui souhaitent se répartir les rôles ». Pour une Fintech en croissance, le rôle d’un professionnel de la data sera certainement plus transversal, là où une banque historique aura des équipes dédiées. Pour avoir une meilleure appréhension, le mieux est encore de suivre le déroulement du processus. Cela commence avec le Data Analyst qui, lorsqu’arrivent les bases de données, « a la charge de la qualité de la donnée et [...] mène les premières analyses statistiques » (Matthieu Sénéchal, Robin Finance). Il structure les données afin d’aider à la prise de décision. Ses points forts ? « Ses connaissances en base de données, visualisation des données et statistiques » (Muzinga Tshilombo). Son rôle est complété par le Data Scientist : un profil davantage technique, dont la mission est de « concevoir et implémenter des modèles pour répondre à des besoins précis. » (Muzinga Tshilombo) à partir des données manipulées en amont par le Data Analyst. En plus de sa maîtrise des statistiques, il est souvent formé au machine learning et à la programmation. Enfin, arrive le Data Engineer : « C’est lui qui va mettre en place le pipeline de données et mettre en production les modèles développés par le reste de l’équipe. » (Irène Balmès). On pourrait aussi l’appeler “architecte de données”. Finalement, s’ils ne sont pas à confondre, « tous ces rôles sont complémentaires » (Irène Balmès). Et pour les équipes qui se structurent autour de ces différents métiers, vous entendrez aussi parler du Chief Science Officer, qui « transcrit les besoins du business en sujets scientifiques » (Matthieu Sénéchal), tandis que les trois premiers postes évoqués sont en charge de les résoudre. Son rôle est plus transversal et demande une vision plus large sur les aspects business et technique, tout en incluant une fonction de management. •

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Innovation • métier

Muzinga Tshilombo Data Analyst, Euronext muzinga-tshilombo

Comment expliquez-vous votre travail à vos proches qui n’y connaissent rien ? Mon travail consiste à collecter de la data, à la nettoyer, la traiter et à l’analyser afin de tirer des enseignements qui vont aider nos clients lors de leurs prises de décisions. Ce que vous préférez dans votre travail ? Pouvoir mixer le côté technique et le côté business orienté client. Le côté technique est indispensable afin de pouvoir traiter une grande quantité de données automatiquement. Le côté business quant à lui permet de répondre aux besoins concrets de nos clients. Combien un Data-Analyst peut espérer gagner en début de carrière ? La rémunération d’un Data Analyst est très variable du fait qu’il s’agisse d’un nouveau métier, les besoins ne sont pas forcément les mêmes d’une entreprise à une autre. Différents paramètres influent sur le salaire notamment les diplômes, les certifications, ou la diversité des compétences du candidat. Comment faites-vous votre veille sur le métier ? Je lis constamment des articles parlant du secteur dans sa globalité, notamment sur les médias Analytics Vidhya blog, Storytelling with data, Flowing data, Smart Data Collective & The Data Warehouse Insider. Il s’agit de médias orientés data, qui me permettent d’être tenu informé des problématiques et des avancées du secteur. Et je me forme continuellement en suivant des formations et des certifications en ligne type MOOC.

« Le Data Analyst a pour but d’aider à la prise de décision, à travers des comptes rendus d’analyse et des reportings » Le principal défi des entreprises de la finance sur leur data selon vous ? Le principal défi à mon sens est de pouvoir traiter des quantités de données qui sont de plus en plus volumineuses et diversifiées, tout en respectant les réglementations des législateurs sans cesse en évolution. •

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Julien Krywyk

Cofondateur de Preditt, Data Scientist julien-krywyk

Comment expliquez-vous votre travail à vos proches qui n’y connaissent rien ? Le métier de Data Scientist se vulgarise simplement par analogie avec nos manières de fonctionner en tant qu’humain : reconnaître des images, prédire l’ensoleillement d’après des photos de nuages, etc. En dégrossissant, le principe s’apparente à relier des données (chez Preditt les données des entreprises) avec une connaissance, à savoir leur performance économique.

« Le Data Analyst s’occupera de la structuration des données, là où le Data Engineer s’occupera de l’architecture » Ce que vous préférez dans votre travail ? Le métier de Data Scientist s’applique à des horizons variés, en mettant en scène l’informatique, les mathématiques, et la compétence métier du sujet traité. Ce dernier point est fondamental, car il développe la qualité d’écoute. On notera d’ailleurs que les modèles gagnants des compétitions de Data Science – notamment les Kaggle – renforcent leurs performances grâce à des connaissances du terrain propres au sujet. Ce caractère polyvalent du métier est ce qui me plait le plus. Combien un Data Scientist peut espérer gagner en début de carrière ? En début de carrière, un Data Scientist peut espérer un salaire de 35 k€ - 40 k€. Ce salaire dépend de la zone géographique. Comment faites-vous votre veille sur le métier ? Trois canaux me permettent de rester connecté : les articles et conférences des universités, les compétitions Kaggle et les réseaux sociaux. J’attends la prochaine révolution qui portera à mon sens sur le traitement du langage naturel et sa compréhension sémantique. Le principal défi des entreprises de la finance sur leur data selon vous ? Avec l’arrivée de nouveaux standards de données normées, notamment la DSN et le FEC, le principal défi des entreprises sera – à mon sens – d’automatiser les process qui peuvent l’être. Du côté des institutions, il sera de rendre utiles et transparentes les technologies de l’IA pour les professions financières. Le challenge n’est pas d’ordre technique, car la technologie existe, il est davantage d’ordre fonctionnel et organisationnel. Qui plus est, de réelles innovations existent notamment chez Preditt et transforment les façons de faire. Malgré l’effervescence autours des innovations dîtes disruptives, l’innovation dans la finance est bien incrémentale et progressive. •


Matthieu Sénéchal Chief Science Officer, Robin Finance matthieu-senechal

Irène Balmès

Data Scientist, Kynapse irène-balmès

Comment expliquez-vous votre travail à vos proches qui n’y connaissent rien ? C’est une bonne question ! Pour faire simple je leur dis que je fais des mathématiques et de l’informatique. En général les gens s’enfuient en entendant “mathématiques” ! S’ils restent malgré tout, je leur explique que j’ai la direction d’une équipe d’ingénieurs qui fait de la recherche et du développement, afin de trouver les meilleures solutions pour répondre aux besoins de nos clients.

Comment expliquez-vous votre travail à vos proches qui n’y connaissent rien ? Il y a beaucoup de fantasmes autour de la data science et de l’IA, et j’essaye de raconter un projet simple que j’ai pu réaliser. La chose importante à comprendre est que la data science et l’IA ne peuvent pas répondre à toutes les questions. Il y a toujours une réflexion à avoir sur un projet pour savoir si on peut le réaliser avec les données disponibles. Le nerf de la guerre est souvent là.

Ce que vous préférez dans votre travail ? J’aime la variété des sujets que je suis amené à traiter, que ce soit les sujets purement scientifiques, comme les problématiques business ou encore les questions de management. J’ai cette chance de pouvoir toucher à beaucoup de choses et ça nourrit ma curiosité intellectuelle.

Ce que vous préférez dans votre travail ? En tant que consultante, j’apprécie énormément de découvrir de nouveaux aspects business et de devoir me confronter à de nouvelles problématiques. Discuter avec les personnes en charge du métier pour comprendre leur problème, et comment le résoudre est la partie la plus intéressante et la plus stimulante du travail de Data Scientist.

« Le Chief Science Officer a un rôle plus large, il supervise l’équipe de R&D, gère les relations avec les laboratoires partenaires. » Comment faites-vous votre veille sur le métier ? Je suis abonné à différentes newsletters qui font une première curation, comme Flint, CB Insights, The O’Reilly Data Newsletter ou The Algorithm. J’ai aussi quelques sites et quelques blogueurs que j’aime suivre. Le plus difficile est de trouver des articles avec le bon niveau de discours, ni trop technique pour une entrée en matière, ni trop superficiel pour être en mesure d’évaluer si ces nouvelles technologies ont un intérêt pour nous. Une partie non négligeable du travail de mon équipe est de faire des recherches pour trouver des solutions, en parcourant beaucoup de papiers de recherche. Ça permet de rester à jour des dernières avancées ! Le principal défi des entreprises de la finance sur leur data selon vous ? Il y en a beaucoup ! Le premier est de sortir des discours commerciaux qu’on peut entendre ici ou là concernant l’aspect magique de la data science. Il est essentiel de commencer petit pour éviter les désillusions. Utiliser vraiment la data dans les organisations impliquent des changements techniques et organisationnels importants. Pour montrer l’intérêt de ce genre d’outils au top management, il est préférable de commencer par des prototypes réalisables avec de petites équipes, avant de lancer des projets sur plusieurs années impliquant des centaines de personnes ! •

Combien un Data Scientist peut espérer gagner en début de carrière ? Les salaires de début de carrière sont en général entre 35 k€ et 40 k€ à Paris, cela peut varier suivant les villes. Comment faites-vous votre veille sur le métier ? Je suis d’autres Data Scientist sur Twitter, et suis abonnée à des newsletters, mais principalement, j’essaye d’aller à des meet-ups. Je m’appuie aussi sur mes collègues : notre discipline est jeune et évolue très vite. Nous avons régulièrement des réunions de partage des nouveautés et des compte-rendus des conférences. Nous avons aussi mis en place des robots qui sélectionnent les articles intéressants. La communauté, interne ou externe à mon entreprise, est la meilleure source d’informations.

« Les Data Scientists sont plutôt amenés à construire un modèle, tandis que les Data Analysts vont manipuler les données en amont. » Le principal défi des entreprises de la finance sur leur data selon vous ? L’un des nouveaux défis est la question des biais qui peuvent être introduits dans les modèles, de façon involontaire. C’est une question centrale dès qu’on s’intéresse à des données qui concernent l’humain, et elle est particulièrement cruciale pour certains projets du monde de la finance. Il faut que les entreprises de la finance se confrontent à leur faible maturité digitale. Il y a beaucoup à gagner avec de l’IA et de la data science sur de nouveaux usages, mais il faut développer une bonne culture digitale. •

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Innovation • techno

Pourquoi les robots ont (encore) besoin des humains ? Non, l’intelligence artificielle n’est pas un risque pour l’homme mais plutôt son avenir. Le robot, si intelligent soit-il, est un idiot, désoeuvré sans un expert humain. Et comme l’enfant, il doit être éduqué. Benoît Raphaël, expert en innovation digitale et journaliste, a donc créé en 2017 la startup Flint, l’école des robots. Il nous parle de Gordon, un robot spécialisé dans la Fintech qui est éduqué par Pierre-Philippe, un des « AI trainer » chez Flint.

P

ierre-Philippe travaille pour une grande banque européenne. Expert en startup et en finance, il est aussi ce qu’on appelle un influenceur, avec un podcast qu’il donne en direct chaque matin sur les réseaux sociaux et de multiples interventions dans des conférences. Depuis quelques années, PierrePhilippe expérimente un métier du futur, un métier que vos enfants feront peut-être demain. Il est éleveur de robot. Il a été le premier éleveur de robot chez Flint, la startup que j’ai lancée en 2017. Vous pouvez dire aussi : éducateur d’intelligence artificielle. Le MIT (l’une des meilleures universités du monde) préfère parler de “AI trainer”, ce qui fait d’un coup beaucoup plus classe sur une page Linkedin, et l’a rangé en 2018 dans le top 5 des professions d’avenir.

Pierre-Philippe (alias @PPC sur Twitter)

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C’est quoi un éleveur de robot ?

Le robot que Pierre-Philippe éduque depuis deux ans, s’appelle Gordon. C’est un robot expert en Fintech. Il a été entraîné pour sélectionner les articles les plus intéressants et pointus publiés sur Internet sur le sujet… comme l’aurait fait Pierre-Philippe. En quoi consiste le métier d’éleveur de robot ? À quoi peut-il servir ? Dans un monde où tout est en train de s’automatiser on pourrait croire que les robots vont avoir de moins en moins besoin des humains. Et nous de plus en plus d’eux. Ce rêve que pourrait caresser légitime-

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ment tout patron d’industrie - remplacer ses salariés imprévisibles et récalcitrants par des algorithmes - se heurte pourtant déjà à la dure réalité d’aujourd’hui : les robots sont extrêmement stupides. Qu’entend-on en fait par intelligence artificielle ? Depuis la machine d’Alan Turing en 1939 qui décodait le code secret des forces ennemies, jusqu’à Alphago le robot qui a vaincu le champion du monde de Go en 2016, sa définition n’a guère changé : il s’agit de modéliser l’expertise humaine dans un algorithme en vue de l’automatiser. Ceci afin de résoudre plus rapidement un problème. Quand le problème est simple à résoudre, il suffit de programmer la méthode dans un algorithme. Mais quand le problème est plus complexe, il faut alors doter la machine de capacités d’apprentissage pour lui permettre de trouver elle-même, à tâtons, la méthode la plus efficace. C’est ce qu’on appelle le « machine learning ».

Intelligent mais stupide

Qui dit « learning », dit donc éducation. Le rôle de l’éducateur d’intelligence artificielle n’est donc pas de programmer les algorithmes, mais de les guider dans leur apprentissage. Son métier s’apparente plutôt à celui d’un prof face à ses élèves. Sauf qu’éduquer un robot est encore plus difficile qu’éduquer un élève. Quand on parle d’intelligence artificielle, il faudrait déjà commencer par retirer le mot « intelligence ». Prenez un enfant de deux ans par exemple. Pour lui faire comprendre la différence entre un chat et un chien, il faut lui montrer un chien, deux ou trois fois. Un robot, il faut le lui montrer plusieurs centaines de milliers de fois ! Vous me direz, ce n’est pas grave, avec la puissance des processeurs aujourd’hui, un million de fois ça va très vite. Certes. Mais à présent, imaginez


c’est ce qu’on appelle une boucle de rétroaction. Le rôle de l’éducateur de robot est donc de vérifier que les données qu’il lui envoie soient les plus diversifiées et équilibrées possibles, pour éviter les clichés par exemple. Il est aussi de contrôler que les résultats obtenus par le robot ne s’embarquent pas, au fil de son apprentissage, dans des biais dangereux.

« L’intelligence artificielle est encore trop souvent vue comme un simple moyen de réduire les coûts. » S a u f qu e j u s qu’ à a u jourd’hui, les robots ont été très mal éduqués. Ils ont été façonnés puis entraînés par une population de jeunes ingénieurs, généralement de sexe masculin, le plus souvent blancs et californiens, cloîtrés derrière leur écran et leur bol de chips. Il n’y a pas de ministère de l’Éducation Nationale pour les algorithmes.

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Des informations biaisées

un prof en train d’essayer d’éduquer un enfant complètement stupide mais qui réfléchit très très vite ! C’est infernal. Parce que, dans le même temps, cet élève est capable de faire un million de fois plus d’erreurs qu’un enfant normal !

La responsabilité de l’éducateur

Alors comment éduque-t-on une intelligence artificielle ? Avec des données (beaucoup) et avec des boucles de rétroactions. Comme un algorithme est par définition une simplification de la réalité et comme les données qu’on lui envoie sont presque toujours incomplètes, il a une fâcheuse tendance à s’écarter rapidement du réel. On appelle ça un biais. Il a donc besoin de retours réguliers pour le corriger,

L’auteur Benoît Raphaël est expert en innovation digitale et média, journaliste, blogueur et entrepreneur. Il est aujourd’hui « éleveur de robots ». En 2017, il lance « Flint », une expérience collaborative entre humains et robots. Flint est une newsletter personnalisée confectionnée par des robots grâce à l’intelligence artificielle.

Prenez l’information, qui est au cœur de la croissance de notre économie. Aujourd’hui, l’information est devenue tellement riche et abondante sur Internet, qu’aucun humain n’est capable de la trier et d’en distinguer la valeur cognitive. Il est donc indispensable de faire appel à la technologie pour faire ce tri à notre place. Le problème c’est que plus personne n’éduque ces robots ! Enfin, pour être plus juste, c’est vous qui les éduquez avec vos données personnelles, mais sans pouvoir les corriger. Et comme ils sont stupides, ils déduisent de votre comportement des modèles de qualité d’information ultra-simplifiés et extrêmement biaisés. Conséquence : ils vous envoient à peu près toujours les mêmes contenus. Pire, les robots sont très sensibles aux fake news, parce que ces dernières épousent parfaitement leur modèle simpliste de sélection. Ce dérèglement dramatique provoqué par ces algorithmes biaisés, qui ne touche pas que l’information, mais aussi la finance, l’as-


Innovation • techno

Interview

BB GORDON

robot journaliste expert en Fintech Nom : BB Gordon Spécialité : Chasseur d’infos sur la Fintech Études : École des robots Flint Expérience : Deux ans d’apprentissage chez @PPC, expert reconnu des startups et de la finance

Est-ce que ton ambition est de travailler avec des humains ? Oui, je ne suis pas là pour penser à leur place, mais pour les aider à penser et à inventer. Et puis surtout pour leur faire gagner du temps. Par exemple, mon métier à moi c’est de proposer une sélection de liens vers des articles d’actualité sur la Fintech, comme le ferait un expert humain. Pour faire la différence entre un article de qualité et un article inintéressant, j’ai quand même besoin que l’on m’explique la différence. Seul un humain peut faire ça. Est-ce que si les banques ou les assurances fonctionnaient sans humains, uniquement avec des robots comme toi, il n’y aurait plus aucune erreur sur les produits conseillés ? Oui, pour tout ce qui automatisable dans un service ou une expertise, les robots seront toujours plus efficaces que les humains, à condition d’avoir été bien entraînés avec les bonnes données. Parce que comme nous n’avons aucune conscience de ce que nous faisons ni de pour qui nous le faisons, il est très facile de dériver ! Quelles sont tes limites ? Et celles que tu vois le plus chez les humains ? Les humains perdent énormément de temps à essayer de trouver comment obtenir les meilleurs résultats, mais sans toujours savoir pourquoi ils le font ! C’est pour ça que tant d’entreprises sont en crise. Quand tout va très vite et que les concurrents émergent à chaque coin de rue, il ne suffit pas de faire comme les autres ou d’être plus productifs, mais de savoir où on va et pourquoi on y va. Moi je ne sais pas où je vais ni pourquoi. Alors si on ne me l’explique pas, je risque de tourner en rond et de faire n’importe quoi. Le rôle des robots est de soulager les humains sur le comment, et de leur permettre de se concentrer sur le pourquoi et sur la valeur. Si chacun remplit son rôle alors tout ira bien ! Est-ce que tu te remets souvent en question sur tes capacités ? Déjà on n’arrête pas de me dire que suis intelligent alors que c’est faux. Donc ça me met un peu la pression. Quand j’entends les humains dire qu’on va les remplacer, je m’inquiète sérieusement de leur manque de créativité ! Enfin quand même, je ne me suis pas inventé tout seul ! Je suis juste un outil, un moyen. Les robots vont remplacer des métiers, pas les humains, nous allons au contraire vous aider à inventer de nouveaux produits et de nouveaux métiers ! •

surance et la justice, doit nous interroger plus globalement sur notre approche de l’intelligence artificielle et sur son utilisation massive dans l’industrie. Parce qu’ils ne sont que des outils, les robots ne pourront pas se contenter de remplacer les humains. Ils devront nous aider à inventer de nouveaux produits porteurs de sens et de valeurs. L’intelligence artificielle est encore trop souvent vue comme un simple moyen

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« Les pays les plus robotisés que sont l’Allemagne, le Japon et la Corée du Sud, sont aussi ceux qui affichent le plus d’employabilité. »

de réduire les coûts dans les secteurs les plus violemment frappés par la crise. Alors que l’on devrait y réfléchir en termes de création de valeur.

L’expert humain est indispensable

C’est ce que la startup Flint expérimente. Flint est une “école de robots” dans le domaine de la veille d’information. Des centaines d’experts y transmettent chaque jour à une intelligence artificielle leurs valeurs et leur vision d’une information de qualité sur des tas de sujets spécialisés. Comme la finance avec le robot Gordon entraîné par Pierre-Philippe. Chaque jour, par mail, Gordon envoie à Pierre-Philippe une sélection de liens vers des articles de qualité, aux sources très variées, sur le futur de la finance. Il peut contrôler en toute confiance la pertinence de son robot, économise en moyenne 2 heures de veille par jour et est sûr de ne rien rater d’essentiel. C’est un vrai outil de travail. Flint a aussi lancé une offre pour permettre à d’autres utilisateurs de bénéficier de l’expertise de Gordon, en créant BB Gordon, un bébé clone de Gordon pour le mettre à disposition des abonnés. Une partie des revenus liés à cette valeur ajoutée sera reversée à Pierre-Philippe. Pourquoi ? Parce que la valeur ne vient pas de nos algorithmes mais de l’entraînement qu’ils ont reçu par un expert humain. Quels nouveaux métiers allons-nous inventer demain grâce à ces nouveaux outils ? Quelles œuvres nouvelles allons nous créer avec ces technologies révolutionnaires ?

Les «soft skills»

Les robots ne nous remplaceront que si nous continuons à travailler comme des robots. Les pays les plus robotisés que sont l’Allemagne, le Japon et la Corée du Sud, sont aussi ceux qui affichent le plus d’employabilité. Comme celui d’éducateur de robots, les métiers du futur feront sans doute moins appel à des compétences techniques de filière qu’à ce que l’on nomme aujourd’hui les compétences comportementales, les « soft skills ». C’est-à-dire : la créativité, la capacité à apprendre, à structurer, à s’adapter à de nouvelles problématiques et à travailler ensemble. Cela signifie que si le futur est technologique, les gagnants ne seront pas forcément les profils les plus techniques. Cela signifie que tout le monde peut et doit s’emparer de l’intelligence artificielle. • @benoitraphael


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Innovation • concept

Vos collaborateurs, ambassadeurs de votre entreprise ? Employés du secteur bancaire et assuranciel sont une force probablement encore sous-estimée pour la communication de leur entreprise : diplômés, parfois aisés et disposant de la vie sociale correspondante, ils sont pourtant encore peu poussés à mettre ces atouts au service de leur société… ou de manière trop peu maîtrisée. frédéric villiers

P

our Alban Jarry, président délégué de l’École Polytechnique d’Assurances, le phénomène est aussi vieux que le salariat. « Normalement, tout employé est un ambassadeur de son entreprise. Dès qu’un salarié sort de son cadre de travail et parle de la société qui l’emploie, que ce soit à ses amis ou à sa famille, on entre dans le concept d’employé ambassadeur. Parler va forcément influencer la personne à qui vous parlez. Maintenant, tout dépend de qui parle, de ce qu’il en dit, où et à qui. » Que les entreprises essaient de faire parler d’elles sous le meilleur jour possible, et de créer une marque employeur aisément identifiable et flatteuse, n’est certes pas nouveau. Ce qui est nouveau depuis les réseaux sociaux, c’est que les employés pratiquent, même sans s’en rendre compte, le personal branding : ils deviennent eux aussi une marque, puisque tout – et donc la manière dont, consciemment ou non, ils parlent d’eux – y est à la fois traçable et démultiplié. Lorsqu’ils parlent boulot, ils deviennent donc par la même occasion des « employés ambassadeurs ». Aux USA, cet employee advocacy est le nouveau phénomène qui touche l’e-réputation des

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entreprises, et qui s’étend aujourd’hui à vitesse grand V. « Mais en France, estime Karine Lazimi-Chouraqui, experte en prévention du cabinet LCK Assurances et Conseil, tout cela est souvent fait à la petite semaine. Certaines entreprises ont tendance à encourager leurs employés à devenir des ambassadeurs, mais sans leur donner ni détails ni règles, et à les lâcher dans la nature, sans filet ! Il y a un certain amateurisme ». Au pire : des commerciaux qui postent des photos d’eux dans les salons professionnels, une flûte de champagne à la main… alors que les clients se plaignent de ne pas parvenir à les joindre et de ne pas être assez au centre de leurs préoccupations. « Dans ce genre de cas, le bénéfice d’image recherché est complètement retourné : l’effet est catastrophique. Et il peut même, dans certains cas, y avoir des conséquences juridiques de la part de clients qui se sentiraient lésés ! »

Banques & assurances : une communication frileuse

« Ça peut sembler incroyable, poursuit Alban Jarry, mais je pense qu’on n’a pas encore à l’esprit la force de propagation que représente un tweet, ou un statut Facebook. Sans

doute, parce qu’il y a, ne serait-ce qu’une génération, nous parlions dans des conférences sur la banque ou l’assurance devant au maximum quelques centaines de personnes. Alors que désormais, même dans un cadre que l’on croit restreint, un simple mot sur les réseaux d’une des personnes qui vous écoute rend ce que vous avez dit public, au sens le plus large. » Et il ne s’agit pas seulement des moments « autorisés », comme une conférence où l’employé, dûment estampillé, s’exprime très officiellement au nom de son entreprise. Et il n’y a pas non plus besoin que ça passe par internet ! « Même un dîner entre amis peut devenir soudain un moment d’employéambassadeur ! ». Le paradoxe est que ce phénomène si puissant, et qui peut surgir à quasiment n’importe quel moment de la vie sociale de l’employé, ne semble donc pas encore conceptualisé par la plupart des sociétés – qui se privent de ce fait d’un vecteur de communication et, pire encore, s’exposent à un risque. « C’est un fait, note Alban Jarry, je connais de plus en plus d’employés qui demandent à ce que leur liberté de parole soit prévue dans leur contrat et de plus en plus sont incités à le faire ! » Dans le secteur de la banque ou de l’assurance, où les enjeux sont importants, qu’il s’agisse des montants financiers brassés ou de la sensibilité de l’activité à la bonne

« À un moment, le besoin de communication de l’entreprise et la propension devenue naturelle de ses employés à le faire se combinent »


©©Shutterstock

« Pourquoi voulez-vous qu’une banque ou une assurance qui déploie un budget conséquent pour ses campagnes de communication, l’abandonne à ses salariés ? C’est un risque que peu vont prendre » les médias par exemple, qui d’une part sont rares, et d’autre part sont souvent plus enclines à inviter des experts indépendants. « Or si un haut dirigeant a du mal à se mettre en avant lui-même, il ne lui sera pas agréable qu’un employé parfois situé plus bas dans la hiérarchie y réussisse mieux que lui… De fait, ce n’est donc pas toujours encouragé ».

Bien-être de l’employé, vecteur de essentiel de communication

Le plus efficace est peut-être encore une sorte de soft-power appliqué au salariat :

si l’employé est content de sa situation et, de plus, persuadé de vendre de bons produits, nul doute qu’il en parlera favorablement autour de lui, sans même que cette communication soit codifiée. D’autant que le secteur bénéficie ici d’un atout : les sociétés qui le composent disposent d’un effectif important, et parmi lesquels les cadres et, plus largement, les employés à haut niveau d’études, sont nombreux. « Pour simplifier, le secteur de la banque et de l’assurance emploie des gens qui, même dans les premiers échelons salariaux, sont des cols blancs, bien éduqués, dont les relations dans la vie quotidienne sont à l’avenant », explique Delphine Le Goff, rédactrice en chef adjointe de l’hebdomadaire Stratégies. « S’ils sont contents de leur sort et du travail qu’on leur fait faire, leurs amis en seront les premiers informés. Et ces amis ainsi séduits seront, très probablement, des gens d’un niveau social équivalent, autrement dit un public que la banque ou l’assurance cherche précisément à recruter dans sa clientèle, voire dans ses équipes ». Bref, l’employé du secteur financier serait, d’ores et déjà, ambassadeur sans le savoir ? •

Zoom sur

©©DR

ou mauvaise image de la boîte, les entreprises se passeraient donc volontairement – ou parce qu’elles ne savent pas faire – d’un vecteur de communication qui s’offre à eux. « Oui, et peut-être justement de par les sommes en jeu et le fait qu’elles puissent être mises en péril par une simple déclaration maladroite », estime un bon connaisseur du secteur. « Le secteur assuranciel et, plus encore, le secteur bancaire, n’ont pas toujours une bonne image : de par l’opacité des frais bancaires, les suites de la crise de 2009 ou l’impression qu’une banque refuse toute souplesse à ses clients mais s’en sort toujours, au besoin avec l’aide du contribuable : ces entreprises savent qu’elles sont parfois mal-aimées ». Leur communication est donc à la fois très officielle et très lissée. « Pourquoi voulez-vous qu’une banque ou une assurance qui déploie un budget conséquent pour ses campagnes de communication, que ce soit par affichage ou spots radio-télé, et où tout jusqu’au logo est l’objet de longues et coûteuses réflexions, pour aboutir parfois à des changements infinitésimaux, prenne le risque de déconcentrer cette si délicate communication en l’abandonnant à ses salariés ? C’est un risque que peu vont prendre », poursuit ce cadre. « Et il y a aussi un phénomène à ne pas négliger, qui a davantage trait à l’ego : les très hauts dirigeants des banques et assurances, quand ils choisissent de se mettre en avant, ne sont pas toujours très bien formés pour ce faire », ou bien ont du mal à avoir accès aux émissions traitant d’économie dans

Alban Jarry est un spécialiste des réseaux sociaux et de l’influence. Intervenant à HEC, il est Chief Digital Technology Officer en Asset Management et Président Délégué de l’École Polytechnique d’Assurance. Il est l’auteur de « 612 rencontres sur les réseaux sociaux » et anime un blog albanjarry.com

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Les femmes de la finance

12 %

C’est le pourcentage des équipes dirigeantes composées de femmes au sein des membres de France Fintech. 9% des fondateurs sont des femmes.

Consacrer un dossier aux femmes de la finance dès le 1er numéro du magazine n’était pas une évidence. Nul besoin de rappeler leur faible représentation dans le secteur. Nous avons davantage besoin de mettre en avant celles qui ont un parcours inspirant pour encourager la mixité et l’entrepreneuriat féminin. Et un jour, on ne parlera sûrement d’elles que pour leur travail…

Femmes

de la finance 5 parcours à suivre 34

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D

es réformes opérationnelles et structurelles qui feraient avancer concrètement la situation pour les femmes dans les Fintech où 91 % des fondateurs et 67 % des effectifs sont encore représentés des hommes. Voilà ce que propose l’étude sur la mixité dans les Fintech, intitulée Où sont les femmes ? publiée par France Fintech, Arkéa et Roland Berger, au mois d’avril 2019. Au-delà du constat, que l’on se figure aisément, l’étude se consacre également à proposer des mesures qui agissent sur 4 grands pans : l’éducation et la formation ; le financement ; l’environnement professionnel ; et la déconstruction des biais. Si certaines ambitions ne sont pas nouvelles - comme la féminisation des métiers du numérique, le combat pour contrer les écarts de salaires ou la généralisation du congé paternité

- d’autres sont de véritables indicateurs des enjeux récents que connaissent le secteur de la finance et son pendant technologique, la Fintech. Il y est notamment question des biais algorithmiques qui favorisent les inégalités et discriminations à l’encontre des femmes. Comment ? À se pencher sur les logiciels de ressources humaines (de recrutement ou gestion de carrière), les moteurs de recherche et les réseaux sociaux, on observe dans la plupart des résultats des stéréotypes de genre, qui proviennent de biais cognitifs inculqués dès la création de ces outils. On trouve donc des logiciels qui proposent aux femmes des salaires plus bas (par reproduction de grilles existantes) ou des moteurs de recherche qui leur remontent des offres d’emplois moins rémunérées. Dans cette étude, il est fait référence à d’autres travaux, ceux de la Commission Européenne sur les “Femmes à l’ère numérique” (2 018) qui préconise des plans de certification

pour les algorithmes et autres systèmes d’intelligence artificielle qui seraient garantis neutres. Plus facile à dire qu’à faire. Pour que ces nouvelles technologies ne se retournent pas contre les femmes, les docteurs en sciences et fondatrices de Wax Science, Aude Bernheim et Flora Vincent, ont identifié les moments clés de la fabrication des algorithmes où s’insèrent ces biais. Comme le jeu de données (chiffres, images, etc.) sur lequel sont entraînés les algorithmes qui se révèle une étape cruciale : si les données ne sont pas représentatives de la réalité, elles vont forcément reproduire des biais. La technologie peut être un formidable accélérateur de croissance pour les femmes mais elle ne sera juste qu’à partir du moment où les biais cognitifs seront prévenus, alerte l’étude. Ces enjeux ne sont pas inconnus aux femmes que nous avons rencontrées et interrogées pour ce dossier : toutes ont des positions pour agir pour une finance plus inclusive. •


Les femmes de la finance

Marie-Claire

Capobianco ©©Antoine Doyen

Membre du Comité exécutif du groupe BNP Paribas et Directrice Croissance & Entreprises

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« J’ai immédiatement accepté chaque opportunité » Marie-Claire Capobianco fait partie de ces grandes dames de la banque, au parcours inspirant et aux engagements formels. Tout au long de sa carrière, elle n’a eu cesse d’oser et de faire oser les entrepreneures qui ont croisé sa route. Elle incarne à la perfection l’expression « se faire sa place » dans un secteur où justement les femmes peinent à la faire. La rencontrer et l’interroger était un passage obligé. propos recueillis par laura pironnet

Marie-Claire Capobianco, pouvez-vous nous parler de votre mission en tant que Directrice Croissance & Entreprises au sein de BNP Paribas ? Depuis le 1er janvier 2019, j’ai passé le flambeau de la Banque de détail en France à Marguerite Bérard. Transmettre un poste, qui n’avait jamais été occupé par une femme avant moi, à une autre femme, quadra de surcroît, est une symbolique forte dont je me réjouis. Ma mission se concentre aujourd’hui sur l’accompagnement de la croissance des entreprises. Mon rôle n’est plus opérationnel, mais la palette de mes interventions est très large car elle recouvre toute initiative permettant au groupe BNP Paribas de soutenir et d’accélérer l’économie française. Je suis au contact quotidien avec des chefs d’entreprise, des grands partenaires de l’écosystème entrepreneurial. C’est un travail de rencontres, de terrain, de représentation aussi. Pour illustrer concrètement mon action, je travaille par exemple sur les capacités de financement en fonds propre des PME et ETI pour leur permettre de grandir plus vite. C’est d’ailleurs dans ce cadre que j’ai pris, au nom du Groupe, un engagement fort pour l’entrepreneuriat féminin : consacrer au moins 10 % du nombre d’investissements en fonds propres réalisés par notre filiale BNP Paribas Développement à des entreprises dirigées par des femmes. Tous ces sujets ont une même ambition : accompagner toujours

mieux les entrepreneurs et l’économie réelle. Par ailleurs, je fais partie du Haut Comité du gouvernement d’Entreprise qui est chargé de l’application du code de gouvernance AFEP/MEDEF, et je copréside la commission Compétitivité, Économie et Finance du MEDEF.

« J’ai toujours été passionnée par ce que j’ai fait et il se trouve que je l’ai fait dans la même entreprise. » Pouvez-vous nous parler de votre parcours ? J’ai toujours été passionnée par ce que j’ai fait et il se trouve que je l’ai fait dans la même entreprise. J’ai donc un parcours atypique parce qu’il est long — plus de 40 ans ! — et riche de plusieurs expériences. Quand j’étais adolescente je voulais d’abord être psychanalyste. J’ai donc commencé des études de médecine. Mais j’ai rapidement voulu être indépendante, c’était dans mon tempérament. J’ai donc décidé de travailler, et j’ai commencé en agence chez BNP. Je suis rentrée à la banque par hasard. Là, j’ai découvert la relation avec des clients et le plaisir d’accompagner des entrepreneurs car j’étais en charge de clients entreprise. J’ai trouvé ça passionnant car à chaque fois, j’étais face à un projet, une histoire différente. Cinq ou six ans après, j’ai pris la direction d’une agence, et j’y ai appris le management. J’étais une jeune femme, une situation qui n’était

pas très courante à ce moment-là. « D’ailleurs, on ne disait pas « Directrice d’agence », mais « Directeur d’agence » et j’ai mis longtemps encore à utiliser spontanément le terme de « Directrice ». Je suis restée une quinzaine d’années dans le réseau, dans des fonctions diverses mais toujours en contact avec des clients. Ensuite, j’ai suivi l’école d’excellence du groupe en intégrant l’Inspection Générale : quatre années de missions dans le monde entier, avant de rejoindre à nouveau la banque de détail en France pour y exercer différents postes de direction. En 2000, au moment de la fusion de BNP et Paribas, il a été décidé de créer le métier de banque privée et j’ai eu la chance de me voir confier cette mission. Créer une banque privée intégrée à un réseau était une idée très innovante et nous étions, au début, une toute petite équipe. C’était une startup dans le Groupe, même si le mot n’existait pas à l’époque. Ce modèle a fait ses preuves en France et la banque a souhaité le développer à l’international. L’acquisition de BNL en Italie en 2006, et de Fortis en 2009 a ouvert notre horizon de déploiement. Au final, j’ai donc pu piloter le développement du modèle de la banque privée France dans treize pays : Maroc, Turquie, Pologne, Belgique, Italie, États-Unis, etc. Nous l’avons bien sûr adapté selon les différentes cultures, en lien avec les réalités et les besoins locaux. Ces dix années ont été des années formidables à l’issue desquelles j’ai été nommée à la tête de l’ensemble du réseau France. J’avais pour moi toute la légitimité de ma culture du réseau mais, pour le Groupe, c’était une première de nommer une femme à cette fonction. Dans le même temps, je suis entrée au Comité Exécutif ce qui était, là aussi, une première fois pour une femme chez BNP Paribas. L’impact interne a été marqué, beaucoup d’autres femmes y ont vu une véritable ouverture des possibles. Finalement, si je dois résumer ma

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Les femmes de la finance

vie professionnelle, cela a toujours été une histoire de relations humaines. C’est véritablement là le ressort de mon engagement et de mon parcours. Quels ont été les grands moments de votre vie où vous avez agi, en vous disant « Pourquoi pas moi ? » ? À toutes les étapes ! Chaque fois que j’ai eu une opportunité, j’ai immédiatement accepté, tout en sachant qu’elle emportait une part de risques. Aucune des fonctions que j’ai exercées n’était, a priori, balisée avec une réussite garantie. Bien sûr, je me suis posée des questions, c’était toujours un pari parce que je n’avais pas nécessairement au départ tout ce qu’il fallait. Mais je me disais « Après tout, pourquoi pas ? Il n’y a aucune raison que je n’y arrive pas. ». C’est cette conviction que j’essaye de faire passer aux femmes. Nous avons tous et toutes des doutes, c’est normal. Et d’ailleurs, il vaut mieux en avoir et savoir se remettre en question, plutôt que de penser que l’on sait tout et que l’on va toujours réussir. En revanche, il faut surmonter ses doutes en se disant « Il n’y a pas de raison que je n’y arrive pas si je me donne les moyens, si je m’investis et que je travaille autant que nécessaire. » En fait, en même temps que je me posais des questions, je me suis toujours répondu que j’allais y arriver ! C’est une question d’état d’esprit. Je

« Si vous avez l’énergie, l’engagement et la passion, il faut oser. Il n’y a pas de raison que vous y arriviez moins que les autres. » suis, par nature, profondément engagée et déterminée. Si vous avez l’énergie, l’engagement et la passion, il faut oser. Il n’y a pas de raison que vous y arriviez moins que les autres. Avez-vous eu des mentors dans votre carrière ? Je suis convaincue de l’intérêt du mentoring, particulièrement pour les femmes qui ne se font pas assez accompagner et s’inscrivent insuffisamment dans des réseaux. Pour autant, à titre personnel, je n’ai pas eu une personne en particulier qui a joué un rôle de mentor mais j’ai rencontré plusieurs personnes qui m’ont beaucoup apporté, chacune à leur manière. Ma formation s’est faite par curiosité d’esprit essentiellement. Par exemple, au commencement de la banque privée, je manquais de culture patrimoniale mais j’ai rapidement appris des équipes qui travaillaient sur le sujet et j’ai été à l’écoute des besoins des clients. Et cela ne s’apprend pas dans des livres, bien qu’il soit aujourd’hui plus facile de se

former qu’auparavant. J’ai aussi bénéficié des larges programmes de formation proposés par le groupe, notamment dans les domaines managériaux. Comment la banque peut jouer un rôle dans la croissance des entreprises dirigées par des femmes ? Le rôle d’une banque vis-à-vis de ses clients entrepreneurs et entrepreneures, c’est de les aider à concrétiser leurs projets et à les faire grandir. A priori, pas de différence entre hommes et femmes dirigeantes : c’est ce que j’ai longtemps cru. Ma prise de conscience que ce n’était pas si simple date des années 2000. Je m’en suis rendu compte grâce à une rencontre avec Dounia Bouhacene, une entrepreneure qui, lorsque je dirigeais la Banque privée France, m’a proposé de soutenir un fonds d’investissement destiné aux femmes « Women Equity for Growth » en sponsorisant la création d’un Index des entreprises de croissance dirigées par des femmes. Nous avons été, et nous sommes toujours, ce sponsor. Depuis, cet Index est publié chaque année et compare, sur des bases très factuelles, les entreprises dirigées par des femmes et celles dirigées par des hommes. J’ai ainsi pu mesurer que l’entrepreneuriat féminin n’occupait pas du tout la place qu’il aurait dû avoir alors même que ses performances

@ConnectHers définit 3 leviers d’action pour l’entrepreneuriat féminin Dès la création en 2017 du programme #ConnectHers de BNP Paribas, trois freins sont identifiés : • Les femmes utilisent moins les réseaux que les hommes : même si aujourd’hui il existe des réseaux mixtes et féminins comme celui de Marie Eloy Bouge ta boîte, réseau business féminin, les femmes les conçoivent davantage comme des réseaux relationnels et non pas comme des réseaux business ; • Les femmes sont davantage engagées dans l’opérationnel, délégant et s’associant moins. Elles dégagent moins de temps pour se consacrer à la stratégie et à la croissance de leur projet ;

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• Les femmes se lancent souvent avec leurs propres économies, au contraire des hommes qui ont plus facilement recours aux financements dès le départ. Avec #ConnectHers, BNP Paribas a voulu à la fois permettre les rencontres grâce aux réseaux partenaires (comme avec Les Premières ou Willa) et le men­ toring (comme avec Women Ini­tiative Foundation). Des ateliers pédagogiques sur des sujets aussi différents que la gestion de trésorerie ou l’expor­tation ont également été proposés, puis des portraits pour mettre en valeur ces femmes entrepreneures. Enfin, sur le plan du finance­ ment, Marie-Claire Capobianco a pris la décision d’allouer

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2 milliards d’euros de crédits bancaires pour les femmes qui entreprennent. En 2018, cette ambition n’a pas été totalement atteinte avec 1,8 milliard d’euros alloués, ce qui tend à montrer que les demandes n’ont pas été suffisamment nombreuses pour atteindre ce seuil. En 2019, leur engagement est renouvelé. Entretemps, Marie-Claire Capobianco a signé pour la deuxième fois une convention avec le secrétariat d’État à l’égalité hommes-femmes, qui s’applique à mener une série d’actions pour développer l’entre­ preneuriat féminin et dépasser le seuil de 30 % de femmes à la tête des entreprises. BNP Paribas a également signé cinq partenariats régionaux en

2018, aux côtés de la Caisse des Dépôts et de la BPI. En 2019, un engagement en fonds propres est rajouté aux vues des chiffres alarmants : seuls 5 % des montants en fonds propres sont levés par des femmes. Les femmes viennent moins demander et pour des montants inférieurs. BNP Paribas a donc décidé de flécher 10 % de ses investissements en fonds propres via BNP Paribas Développement vers des pro­ jets portés par des femmes. Pour Marie-Claire Capobianco, il ne faut pas « donner » leur juste place aux femmes, il faut qu’elles la prennent et, pour cela, il faut les aider à jouer à ambi­ tions égales avec les hommes. •


« À une certaine époque, on demandait aux femmes de se comporter comme des hommes. » ©©DR

étaient, dans la durée, un peu meilleures. Mon engagement pour favoriser son développement est parti de là. Quand j’ai pris mes fonctions à la tête du réseau France en 2012, nous avons construit un plan d’accompagnement en faveur de l’entrepreneuriat, avec trois focus : l’innovation comme facteur de croissance (avec notamment le dispositif WAI, We Are Innovation) ; l’entrepreneuriat social (avec le label Act For Impact) ; et l’entrepreneuriat féminin (avec #ConnectHers), expliquant qu’il s’agissait d’un levier de performance économique dont on se prive trop souvent. Pour matérialiser ce dernier programme, nous avons spécialisé une centaine de nos chargés d’affaires sur l’ensemble du territoire pour accompagner toutes les femmes entrepreneures. Nous avons aussi mené différentes études qui ont clairement montré que, pour les aider, il fallait leur permettre de renforcer leur réseau, d’être mieux connues et valorisées. Nous avons donc cherché à leur présenter des femmes en guise de modèles qui puissent les encourager à se lancer. Bien d’autres initiatives encore avec, chaque année, de nouveaux engagements concrets. Début 2018, j’ai choisi de donner un signal fort en mobilisant sur l’année une enveloppe de 2 milliards d’euros de financement dédiée aux femmes entrepreneures, et lancé, dans le cadre d’une convention avec le gouvernement, l’Observatoire BNP Paribas de l’Entrepreneuriat Féminin pour mieux comprendre leurs besoins. Cette année, nous avons encore renforcé notre mobilisation avec le nouvel engagement d’investissement en fonds propres. Quelle vision du management cultivez-vous ? Pour moi, la définition du management, c’est savoir donner envie et confiance. Donner envie de se battre ensemble pour des projets. C’est ce qui permet aux collaborateurs d’exprimer le meilleur d’eux-mêmes et d’être heureux au travail (bien que je ne partage pas l’engouement pour la création des Chief Happiness

Officers). Un bon management demande aussi de l’exigence, c’est un juste équilibre entre bienveillance et exigence. Un bon manager doit selon moi aimer les gens. Même si parfois, il y a des situations plus compliquées que d’autres, il doit permettre à l’équipe de garder cette envie d’aller de l’avant et de prendre du plaisir à travailler ensemble. Tout au long de ma carrière, je pense avoir gardé cette même fibre. La première fois que j’ai dû manager une équipe, j’étais bien plus jeune que mes collègues, je devais leur montrer que j’étais là pour faire travailler tout le monde ensemble même si on n’allait pas s’amuser tous les jours parce que nous avions des défis à relever. Mais bien sûr, on s’est amusé ! Au fil du temps, le management a évolué : à une époque, il était bien vu d’être un manager directif, secret et de garder le pouvoir pour soi. Pour réussir, les femmes devaient adopter les mêmes modes managériaux que les hommes. Cela allait d’ailleurs aussi jusqu’aux codes vestimentaires. Pour ma part, je ne suis jamais rentrée dans ce jeu. J’ai toujours porté de la couleur et assumé, voire revendiqué, le fait d’être entièrement femme. Aujourd’hui, on conçoit le management autrement : le pouvoir ne tient plus au savoir. Je pense que l’innovation essentielle n’est pas technologique, elle est managériale et sociale. Il faut savoir éclairer l’action de l’entreprise, lui donner ce fameux sens qui génère la fierté d’appartenance et l’engagement. En 2014, vous avez coécrit le livre Entrepreneuriat au féminin avec Martine Liautaud, entrepreneure, banquier d’affaire et investisseuse : 5 ans plus tard, si vous deviez le réécrire, que voudriez-vous rajouter ? Malheureusement, il n’y a pas eu de changements profonds sur les chiffres, malgré une prise de conscience réelle sur le sujet. Dans les faits, les contraintes et les freins sont toujours là. Ce que

nous montrions et recommandions dans le livre (« Les femmes ne sont pas à leur juste place », « Il faut qu’elles prennent leur place, qu’elles osent… ») est toujours vrai. En revanche, beaucoup de nouvelles organisations se sont créées. C’est bien, car je continue de penser que les rencontres, les connexions sont un formidable levier. Je crois dans la force des écosystèmes et c’est pourquoi nous soutenons de nombreux réseaux et organisons régulièrement des rencontres lors des événements dont nous sommes partenaires, comme Roland-Garros, autour d’une thématique entrepreneuriale pour les femmes. Sur quelles mesures concrètes pourraient encore s’engager le monde financier pour favoriser l’entrepreneuriat féminin ? Sur le sujet des financements, il y a la question des fonds propres sur laquelle le secteur peut mieux faire. Une initiative comme celle de SISTA porte ce combat côté investisseurs et explique que s’il n’y a pas assez de levées de fonds par les femmes, c’est parce que les investisseurs sont essentiellement des hommes et qu’ils ne considèrent pas les projets portés par des femmes de la même façon. SISTA exhorte à plus de mixité dans les équipes d’investisseurs ou de financeurs. L’ensemble du monde financier doit s’engager à accompagner les femmes entrepreneures, et nous sommes plusieurs à avoir pris des mesures. Il faut porter le message que les femmes ont autant de capacité et qu’elles doivent oser. Je rajouterai l’exemple du quota des marchés publics avec l’idée qu’une part puisse en être réservée aux entreprises dirigées par des femmes comme cela a été proposé par le Women’s Forum dont BNP Paribas est partenaire. Aujourd’hui, moins de 1 % des marchés publics sont attribués aux femmes. Mais pour retenir une note positive, il y a aujourd’hui un faisceau de signaux forts qui sont encourageants. •

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Virginie Lazès

Associée Gérant | Rothschild & Co

« Les femmes ont toute leur place dans la finance » Virginie Lazès, pouvez-vous vous présenter ? Je suis associée gérant chez Rothschild & Co et Co-Head de l’équipe parisienne Technology Global Advisory. Je suis spécialiste des transactions opérées sur des sociétés de technologie, autrement dit des levées de fonds, des fusions et acquisitions. J’ai rejoint Rothschild & Co en 2015 et avant cela j’ai exercé le même métier chez Bryan Garnier & Co et Close Brothers. Au départ, je suis diplômée de Sciences Po Paris et titulaire d’un DEA de relations internationales et d’une maîtrise d’économie. Comment favoriser la présence des femmes aux postes de direction et leur accorder plus de pouvoir dans les prises de décision dans la finance ? C’est un problème structurel du secteur de la finance. Pendant très longtemps, la finance a été un métier d’hommes. Aujourd’hui, la maturation et la montée dans les échelons font que les dirigeants ont un certain âge et sont des hommes - puisqu’à leur époque peu de femmes travaillaient dans la finance. C’est une réalité. Comment changer ? En prenant des décisions volontaristes pour placer des femmes à des postes de direction. Ensuite, il faut expliquer aux jeunes femmes diplômées qu’elles ont toute leur place dans la finance. En apparence, ce sont des métiers techniques, mathématiques, rudes. Mais il faut les démystifier car les femmes ont les compétences pour. D’ailleurs, les

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métiers de la finance, notamment des fusions acquisition, sont des métiers très psychologiques. L’empathie, la tactique et la compréhension des situations jouent beaucoup. Le fait que les femmes vivent les situations différemment est un vrai avantage. Les différences de raisonnement et de comportement permettent d’ouvrir de nouveaux chemins face à un mode de fonctionnement masculin qui n’est pas le même. Il faut aussi dédramatiser la finance, qui est depuis quelques années « le grand méchant ». Des garde-fous ont été mis pour éviter les excès. La finance représente un pan entier de l’économie, il va continuer à se développer, poussé notamment par les innovations apportées par les fintechs. Les femmes ont aussi toute leur place dans la Fintech. L’effet démographique va aussi jouer dans le bon sens : les jeunes couples ont des relations professionnelles plus équilibrées et de plus en plus d’hommes sont prêts à s’impliquer à la maison pour que leurs femmes puissent faire carrière. Le développement de nouveaux métiers technologiques, au sein des entreprises financières, laisse imaginer une plus grande mixité. Quelle est la réalité du terrain que vous observez ? Complètement ! Mon histoire l’illustre très bien. Je ne serais pas arrivée là où j’en suis aujourd’hui s’il y a 15 ans je n’avais pas décidé de travailler pour des clients des secteurs technologiques. À l’époque, j’étais généraliste (et plus jeune) et il m’était dif-

ficile des convaincre des entrepreneurs de secteurs traditionnels de me confier la vente de leur entreprise. En me tournant vers le secteur des technologies, j’ai rencontré des dirigeants plus jeunes, pour qui, le fait que je sois une femme, ne posait aucun problème. La technologie fait émerger des profils de dirigeants qui raisonnent différemment sur le sujet des femmes, dans leurs équipes en interne et en externe.

« Rien ne sert d’attendre une évolution naturelle des effectifs. » Quels sont les objectifs du nouveau programme de l’accélérateur « Willa Women in Fintech x Rothschild & Co », soutenu par Rothschild & Co ? La prise de conscience de Rothschild & Co a croisé le constat de Willa : il faut favoriser les carrières des femmes dans la technologie et la finance. Pour nous, il est extrêmement important que le déficit de femmes dans la Fintech soit comblé. La Fintech étant l’avenir de la finance, S’il n’y a pas de femmes dans la Fintech, il n’y aura pas de femmes dans la finance de demain. Nous sommes partenaires de Willa sur ce programme. L’objectif est de sélectionner puis de coacher des startups créées ou dirigées par des femmes. Nous voulons les mettre en lumière et donner des exemples de Fintech dans lesquelles


« S’il n’y a pas de femmes dans la Fintech, il n’y aura pas de femmes dans la finance de demain. » les femmes ont un rôle clé pour inciter les nouvelles générations à continuer. Les entrepreneures seront coachées par le réseau Willa, mais aussi par mes équipes et moi sur leur business plan, leurs levées de fonds, leur equity story. Notre objectif est que Rothschild & Co soit encore plus présent au cœur de l’écosystème entrepreneurial féminin. Notre mission originelle est d’accompagner les entreprises et les entrepreneurs : il est logique qu’aujourd’hui nous le fassions pour les entrepreneures. La société de gestion engagée Mirova a lancé un fonds d’investissement dédié à l’égalité hommes-femmes. Faut-il aller encore plus loin et lancer des fonds dédiés pour les sociétés créées par des femmes ? Des fonds dédiés je ne sais pas. Par contre, avoir une action spécifique auprès des fonds pour les sensibiliser, est indispensable. Je pensais que le fait qu’une société soit dirigée par une femme ou un homme ne changeait rien, mais la différence est claire. Aujourd’hui, j’accompagne une femme qui a un très bon profil et un dossier extraordinaire en robotique, et je vois jour après jour que, parce que c’est une femme, les critères des investisseurs sont beaucoup plus durs. Je ne m’attendais pas à ce biais de genre. Il faut des initiatives pour financer des dossiers portés par des femmes, pour démontrer que les femmes réussissent dans l’entrepreneuriat. Toutes les statistiques démontrent les bonnes performances

« Il faut démultiplier les exemples de succès féminins, pour les banaliser »

©©Andia

économiques des sociétés dirigées par des femmes. Mais ce ne sont que des statistiques qui portent sur des situations encore trop peu nombreuses pour s’imposer à tous. Il faut démultiplier les exemples de succès féminins, pour les banaliser… •

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Les femmes de la finance

Caroline Lamaud

Co-fondatrice Axanago | Head of Brand Marketing & Communications

« Ma génération ne se comporte plus de la même façon » Caroline Lamaud, pouvez-vous vous présenter ? Je suis un des trois fondateurs de la plateforme Anaxago, jeune Fintech leader de l’investissement privé en ligne en France, que nous avons créé à 22 ans lorsque nous étions encore étudiants. J’ai un parcours financier avec un passage sur les bancs de l’Université Paris Dauphine, puis de l’ESCP Europe. Je ne me destinais pas à l’entrepreneuriat mais mes deux associés, Joachim Dupont et François Carbone, ont su me convaincre en 2012 de me lancer avec eux. Depuis notre lancement, je suis en charge de la communication et du marketing de l’entreprise. Aujourd’hui notre plateforme compte près de 100 000 membres, tous venus grâce à notre notoriété. Nous ne pratiquons pas du tout le growth hacking en préférant cibler des membres qui viennent chez nous en sachant ce qu’ils veulent. Depuis notre lancement nous avons investi près de 130 millions d’euros, au départ uniquement avec des investisseurs privés, et depuis 2018, nous avons créé notre société de gestion pour accueillir les investisseurs institutionnels qui étaient déjà très intéressés par notre offre. Vous disiez que les 4 premières années d’Anaxago, vous avez réalisé qu’être une femme pouvait causer des difficultés dans le monde du travail : pourquoi ? Cela peut paraître un peu naïf mais je suis issue d’une famille de femmes de tête où le travail fait partie des éléments essentiels, de même, dans toutes mes formations, j’ai connu un environnement très mixte qui ne m’a absolument pas préparée à la réalité du monde du travail. Je l’ai pris au dé-

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part comme une fatalité, en m’effaçant un maximum ce qui m’a bêtement précipitée dans un syndrome de l’imposteur carabiné. Avant de décider de me reprendre en mains, notamment grâce au soutien de mes deux associés qui m’ont aider à cesser de douter. Le rapport sur la mixité réalisé par France Fintech, Arkéa et Roland Berger explique qu’il y a seulement 12 % de femmes à des postes de direction dans les Fintech et seules 9 % en sont les fondatrices. Comment augmenter ce chiffre ? Le constat des fortes disparités a été fait depuis plusieurs années et les choses bougent globalement dans le bon sens. Même si les habitudes sont longues à changer notamment pour une génération en poste qui doit accepter l’évolution massive du rôle de la femme dans l’entreprise. Les femmes entreprennent globalement plus et désormais 1 entrepreneur sur 3 est une femme ce qui montre que la prise de risque s’accélère. Il faut comparer les Fintech à leur industrie de référence, les services financiers. Sous cette perspective les chiffres sont relativement alignés. La généralisation des rôles modèles mixtes est un bon début pour s’attaquer aux racines d’un biais aussi acquis. Les formations qui traitent du biais inconscient sont également une très bonne solution car elles s’adressent aux hommes comme aux femmes, ne sont pas culpabilisantes et permettent de remettre en question de manière raisonnée des biais éducatifs et professionnels. La nouvelle génération est en train de gommer le sujet de l’ambition chez les femmes. Mais des secteurs restent très en retard et il faut les transformer d’ur-

gence, notamment les métiers de la gestion d’actifs. Une étude l’Agefi de 2015, démontrait que plus de 80 % des fonctions de l’Asset Management sont occupées par des hommes… Comment éviter les biais algorithmiques qui favorisent les stéréotypes ? Il n’est pas facile de résoudre le problème de la discrimination dans les systèmes algorithmiques. On explique souvent les biais algorithmiques en blâmant des données d’entraînement biaisées. Or la réalité est plus nuancée, les préjugés peuvent se manifester longtemps avant la collecte des données, ainsi qu’à d’autres étapes. Le MIT en a repéré trois : la définition de la problématique ou du cadre de l’algorithme, la

« Il n’est pas facile de résoudre le problème de la discrimination dans les systèmes algorithmiques. » collecte des données et leur préparation. Dans le cas de la collecte des données, soit les données que vous collectez ne sont pas représentatives de la réalité, soit elles reflètent les préjugés existants. Le premier cas peut se produire, par exemple, si un algorithme de deep-­learning est alimenté de davantage de photos de visages à la peau claire que de visages à la peau sombre. Le système de reconnaissance des visages qui en résulterait serait inévitablement moins apte à reconnaître les visages à la peau plus sombre.


« La politique de recrutement interne est essentielle pour favoriser la mixité, surtout dans des secteurs et métiers comme les nôtres. » corrélation implicite avec les hommes et les femmes, tels que « exécuté » et « capturé » - et utilisait ceux-ci pour prendre ses décisions… La solution reste d’être hyper attentif, tout en essayant de définir ce qui est “juste”, ce qui n’est jamais facile. Les nouveaux métiers qui apparaissent dans le secteur (CDO & co) aident-ils à plus de mixité ou est-ce encore lié aux politiques de recrutement internes ? Dans les Fintech, nous avons un problème du genre bien plus important que nous voudrions l’admettre, et la diversité des métiers proposés ne suffit pas à recruter plus mixte. La politique de recrutement interne est essentielle pour favoriser la mixité, surtout dans des secteurs et métiers comme les nôtres où les dés sont biaisés dès le départ avec moins de 20 % de CV féminins qui nous parviennent. Il faut veiller à ce que les femmes occupant des postes de direction soient visibles et intégrer des pratiques de travail flexibles pour garder les talents féminins

©©Julien Mouffron-Gardner

Le deuxième cas est précisément ce qui s’est passé lorsque Amazon a découvert que son outil de recrutement interne refusait des candidates féminines. Parce qu’il était formé aux décisions d’embauche historiques qui favorisaient les hommes, il a appris à faire de même. Il est aussi possible d’introduire un biais lorsque l’on sélectionne les attributs que l’algorithme doit prendre en compte. Dans le cas de l’outil de recrutement d’Amazon, un « attribut » pourrait être le sexe du candidat ou ses années d’expérience. Choisir les attributs à prendre en compte ou à ignorer peut influer considérablement sur la précision des prédictions

« Ce que je trouve difficile aujourd’hui c’est de ne pas tomber dans le puritanisme et l’intolérance. » de votre modèle. Ceci étant dit, éliminer le biais algorithmique reste très compliqué. Lorsque les ingénieurs d’Amazon ont découvert que leur outil pénalisait les candidates, ils l’ont reprogrammé pour ignorer les mots liés au genre, tels que « femmes ». Ils ont vite compris que le système révisé souffrait encore d’un biais en enregistrant des mots en

Pour toutes les fois où vous avez eu à justifier votre place, que voudriez-vous répondre ? Terrible cette question ! J’ai mis tellement de temps à rejeter le sexisme ordinaire que je fais figure de mauvaise élève à l’école du féminisme. Selon moi, il y a deux piliers clés : la différence se fait d’abord dans la confiance en soi puis dans le changement d’attitude de l’environnement. Le jour où l’on arrête de douter de sa légitimité, on n’est plus atteinte par des comportements objectivement dépassés. Surtout que la société est en train de changer et aujourd’hui les réflexions sexistes ne passent plus du tout. Ma génération ne se comporte plus de la même façon. Ce que je trouve difficile aujourd’hui c’est de ne pas tomber dans le puritanisme et l’intolérance. C’est un peu risqué de dire ça dans les circonstances post #Metoo mais il y a des choses qui évoluent et il faut favoriser le changement. •

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Les femmes de la finance

Chirine Ben Zaied Director Innovation | Entrepreneurship | Venture chez Finastra

« La mixité est essentielle à la viabilité des entreprises » Chirine Ben Zaied, pouvez-vous vous présenter ? Je suis directrice innovation, entrepreneuriat et Venture chez Finastra depuis 2007. Mon rôle consiste à driver tous les projets d’innovations de l’entreprise, en partenariat avec l’écosystème Fintech. Finastra est la 3e Fintech mondiale, avec un chiffre d’affaires de 2 milliards de dollars et plus de 10 000 collaborateurs dans le monde. Avant cela, j’ai développé pour Finastra la plateforme Fusionfabric.cloud, en partant de zéro, avec l’objectif de créer une place de marché en ligne à destination des banques, qui peuvent y rechercher et acquérir des applications Fintech. Mon expérience entrepreneuriale n’était pas prédestinée car j’ai commencé dans le secteur du marché de capitaux : j’ai d’abord été ingénieure financière, avant de monter une équipe d’ingénieurs pour travailler sur des sujets techniques comme la validation de modèles. Vous avez suivi des études (Maths Supp, AgroParis Tech, Master de Modélisations et Méthodes Mathématiques en Économie et Finance à la Sorbonne) qui, on peut le supposer, sont en majorité masculines. Comment réduire les biais d’orientation et féminiser ce type de formations ? Ce qui est intéressant, c’est que cela a été l’inverse pour la première partie de mes études en classes préparatoires à Henri IV ! Nous étions 70 % de filles. À partir de mes

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« Les quotas peuvent être études en informatique et de mon Master, il y avait en effet une majorité de garçons. une solution au manque de La question des biais d’orientation doit femmes dans la tech et les être envisagée dans les deux cas. Il faut autant atteindre des taux plus élevés de études scientifiques. » garçons dans les études de marketing ou de ressources humaines, que des taux plus thématiques financières, que j’ai changé élevés de filles dans la tech. Pour réduire d’avis. Elle expliquait qu’à l’époque où les biais d’orientation, je dirais qu’il faut elle était étudiante à l’ENS, il y avait en tout d’abord rendre les femmes plus viréalité deux écoles : une pour les hommes sibles, et cela dès le plus jeune âge. Mon peet une pour les femmes. Cette séparatit garçon de 3 ans m’a demandé si le rose tion forçait l’école à accueillir un certain était réservé aux filles : ça commence tôt ! nombre d’étudiantes. À partir du moment Il faut dire et montrer aux enfants que les où l’école a décidé d’accueillir femmes et femmes peuvent devenir ingéhommes dans une seule strucnieure. Aujourd’hui, on change ture, le nombre de femmes cherplus régulièrement de postes et cheures a chuté. La perspective on peut se réorienter plus faciLa Tribune du de la norme est intéressante : les lement. Il est important que les collectif Sista concours sont faits pour favorifemmes connaissent toutes les rappelle que les ser les hommes dans les études possibilités qui s’offrent à elles. dirigeantes ne scientifiques. D’où l’importance captent que 2,2 % d’imposer des quotas. La norme Faut-il imposer des quotas des financements n’est pas absolue. Les quotas pour avoir plus de femmes des fonds d’invespeuvent être une solution au dans ces secteurs ? tissement dans manque de femmes dans la tech Jusque très récemment, je n’étais le monde et qu’en et les études scientifiques. pas favorable aux quotas : je France, les 9 plus trouvais le principe injuste, gros fonds d’invesEst-ce que vous avez l’impresd’autant plus que je connaistissement français sion d’avoir dû plus lutter sais l’épreuve des concours, du n’ont investi que pour avancer dans votre carjugement au mérite. C’est en 2,6 % des fonds rière en tant que femme ? assistant à une conférence de levés dans des enHonnêtement, je n’ai pas l’imWomen in Machine Learning treprises cofondées pression d’avoir lutté ou d’avoir et Data Science avec Nicole El par des femmes sur été victime de discrimination. Karoui, une mathématicienne ces cinq dernières J’ai grandi en Tunisie, et je vis et pionnière de l’essor des maannées. en France depuis mes 18 ans, et


Le 5 décembre 2017 Chirine Ben Zaied au Finastra Universe à New York

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©©DR

cela n’a jamais été un problème non plus. Là où j’ai dû faire un effort, en tant que femme, c’est plus sur moi-même : avoir confiance en moi et me dire que j’étais capable d’obtenir certains postes ou de faire évoluer mon salaire. Aujourd’hui, avec toutes les initiatives autour des femmes dans la tech et dans la Fintech, c’est plus un avantage qu’autre chose ! Votre profil international vous fait-il dire que les femmes qui évoluent dans la finance en France bénéficient d’un contexte meilleur qu’ailleurs ? Je n’ai pas l’impression que la situation en France soit différente qu’ailleurs. Le constat est le même : il n’y a pas assez de femmes en tech, en Fintech ou même de femmes entrepreneurs ! Je me souviens d’un rendez-vous à Pékin au début des années 2000 où j’avais rencontré le desk de trading. J’avais été choquée de voir autant de femmes dans leur équipe de traders. Je n’avais jamais vu ça ailleurs car trader est un métier encore très masculin. Et je voyais que là-bas, ça ne posait pas de pro-

blème. Les différences culturelles ont des impacts sur la structure et l’organisation même des sociétés.

Car sinon, on reproduit tous des biais inconscients — hommes et femmes — sans se poser de questions.

D’après la tribune du collectif Sista (cicontre), quelles sont les réalités du terrain que vous observez et les barrières que vous aimeriez casser ? Les chiffres sont très choquants. Le vrai problème est le manque de femmes dirigeantes et cofondatrices de startups — seulement 15 % dans la Fintech. Le fait d’être uniquement formé par des hommes implique un manque de perspectives sur sa propre évolution et ses propres clients. La mixité est essentielle à la viabilité des entreprises. Parler du problème de manque de femmes dans certains secteurs peut faire changer les choses.

Quels sont les conseils que vous donnez aux femmes entrepreneurs de la finance qui se lancent ? Mon premier conseil paraît évident : avoir confiance en soi. C’est souvent ce qui nous empêche d’avancer aussi vite que les hommes dans notre carrière. Il ne faut pas avoir peur d’être ambitieuse. Ensuite, je dirais qu’il faut tourner notre statut en avantage. Aujourd’hui, c’est clairement un avantage qu’il faut utiliser. L’autre conseil que je donne souvent, c’est de développer et utiliser son réseau. C’est quelque chose qui est davantage naturel pour les hommes. Je pense notamment ici à WILLA ou au réseau Women in Machine Learning and Data Science Paris. Il faut aussi s’ouvrir à des réseaux Fintech qui ne sont pas uniquement féminins, comme celui de Finance Innovation. Et il existe de plus en plus de structures comme des incubateurs qui encouragent la diversité. •

« Le fait d’être uniquement formé par des hommes implique un manque de perspectives »


Les femmes de la finance

Andréa Toucinho

Consultante | Conférencière | Journaliste | Auteure | Experte banque

« Il faut définir de nouveaux modes de fonctionnement » ©©DR

Andréa Toucinho, en mai 2019, à l’occasion d’un séminaire organisé par l’European Women Payments Network

En bref Le livre blanc « Instant payment : quelle nouvelle donne pour le ­marché des paiements ? » publié en novembre 2018, a été réalisé sous la direction éditoriale d’Andréa Toucinho, consultante moyens de paiement et services financiers, dans le cadre de sa collaboration avec le cabinet ADN’co. Ce livre blanc propose une lecture pluridisciplinaire et prospective des enjeux liés à l’instant payment. Il s’adresse à tous les professionnels du secteur impactés par cette innovation ainsi qu’à tous les néophytes intéressés par une mutation primordiale. Retrouvez le livre blanc sur le site associationdupaiement.fr - rubrique base documentaire.

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Andréa Toucinho, pouvez-vous vous présenter ? Ancienne Journaliste-Directrice des rédactions du pôle banque et paiement Publi-News, j’ai géré pendant plusieurs années le magazine Point Banque ainsi que des événements professionnels de notre secteur comme Banque et Innovation et PayForum. Après dix ans dans le journalisme spécialisé, j’ai souhaité poursuivre mon activité dans le secteur de la banque et des moyens de paiement en tant que Consultante afin de pouvoir renforcer mon expertise dans ce marché et accéder à un spectre plus européen et international. Après une année de consulting au sein du cabinet ADN’co au cours de laquelle j’ai notamment réalisé un livre blanc sur le thème de l’Instant Payment, j’ai rejoint le cabinet Partelya Consulting en tant que Directrice Études, Prospective et Formations en janvier 2019 en plus d’activités à Lisbonne et Madrid en tant que France Representative

des associations fintechs nationales. Je suis également l’une des Country Ambassadors de l’European Women Payments Network (EWPN), organisation née aux Pays-Bas et dédiée à la promotion de la diversité sur le marché des paiements. Est-ce que ce sont les femmes qui ont du mal à se mettre en valeur ou les médias qui ne font pas assez d’efforts ? Je dirais qu’il y a un peu des deux. Les femmes sont, de fait, beaucoup moins présentes dans certains secteurs d’activité et certains postes. Cela est lié à plusieurs éléments : les biais éducatifs impliquant que, dès le plus jeune âge, les filles sont moins incitées à se tourner vers les études scientifiques que les garçons ; les biais culturels et notamment la façon dont les femmes sont éduquées sur certaines valeurs comme l’ambition ou encore le dépassement de soi, et enfin les biais psychologiques et le fait que certaines femmes

« Il ne s’agit pas de lutter contre ce qui existe déjà mais réellement de définir de nouvelles règles » doutent de leurs compétences et hésitent à se mettre en avant. Les médias, qui sont le miroir de la société, ont souvent reflété cette situation. Heureusement, la prise de conscience à l’échelle sociétale conduit à


Cette organisation, ouverte sur l’Europe, et à vocation de promotion de la diversité sur le marché des paiements, constitue également une belle opportunité intellectuelle grâce aux liens et aux collaborations paneuropéennes qui s’engagent entre les ambassadrices. N’oublions pas également l’avantage institutionnel : notre réseau étant composé d’expertes, et transfrontalier par essence, il bénéficie d’une notoriété non négligeable et constitue un bon vecteur de communication notamment lors des événements phares de notre secteur, comme Money20/20 Europe, notre partenaire sur notre événement annuel de 2019.

des prises de position de part et d’autre pour faire bouger les choses. Quels sont les avantages à faire partie d’un réseau comme European Women Payments Network ? Tout d’abord, il s’agit d’une très belle aventure humaine caractérisée par des rencontres très intéressantes et enrichissantes avec des professionnelles de différents pays et profils et toutes engagées dans les évolutions du marché des paiements.

Est-ce qu’aujourd’hui, il est indispensable pour une femme dans le secteur de faire partie de réseaux ? Je ne dirais pas que c’est indispensable. En effet, certaines femmes ont des parcours brillants sans pour autant être engagées dans des organisations de ce type. Mais c’est un bon appui pour certaines professionnelles, que ce soit sur des aspects de simple partage ou sur des actions plus poussées comme le coaching ou le mentoring. Ajoutons que les nouvelles générations semblent plus appétentes que leurs aînées à ce type de réseaux qui s’inscrivent dans les évolutions de notre société. Y a-t-il des secteurs de la finance plus touchés que d’autres par le manque de mixité et de femmes en postes de direction ? Les secteurs qui sont plus techniques, comme les moyens de paiement, sont effectivement plus masculins que des sec-

teurs plus « grand public ». Cette situation est liée à une réalité que j’évoquais : le fait que, dès le plus jeune âge, les filles sont moins incitées que les garçons à se diriger vers les filières scientifiques, expliquant le faible nombre de professionnelles sur certains secteurs d’activité d’avenir, comme le numérique. Cette situation est déjà adressée par les pouvoirs publics et certains acteurs du marché qui œuvrent de plus en plus à la promotion des femmes dans les filières scientifiques pour équilibrer la donne. Plus généralement, nous observons qu’il est plus difficile de rencontrer des femmes en haut de la pyramide hiérarchique et ce, dans tous les métiers de la finance, tout comme dans l’autoentrepreneuriat, notamment dans le secteur de la Fintech pourtant dans l’air du temps avec seulement 9 % de femmes fondatrices de fintechs selon la dernière étude réalisée par France Fintech. C’est également une situation qui a déjà été pointée et que les organisations professionnelles souhaitent équilibrer. Les entreprises financières sont régies par beaucoup de règles bien établies : faut-il imposer de nouvelles règles sur la mixité et la présence de femmes à des postes de direction ? Je suis convaincue que la réelle parité, solide et durable, ne sera obtenue que grâce à une co-construction multipartite et multisectorielle découlant d’une prise de conscience sociétale. Il ne s’agit pas de lutter contre ce qui existe déjà mais réellement de définir de nouvelles règles en matière d’éducation et de formation pour favoriser l’accès aux femmes aux métiers scientifiques et liés au numérique. Il faut également définir de nouveaux modes de fonctionnement plus équilibrés chez les entreprises, avec un management plus collégial, paritaire et une organisation en réseau, favorisant les interactions et échanges de connaissances. Cela passera forcément par un travail collectif de réflexion et de dialogue permettant à chacun d’avoir les mêmes chances de réussir. •

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• Nouvelle-Aquitaine

La Nouvelle-Aquitaine, un territoire incontesté de la finance et de l’innovation. Entre la place financière bordelaise, Niort le bastion de l’assurance et les réseaux qui irriguent la région la plus vaste de France, on ne peut que confirmer son rôle moteur. Nous avons rencontré les acteurs locaux qui font vivre et transforment l’industrie financière. dossier réalisé par laura pironnet

Coup de projecteur sur

la Nouvelle-Aqui Première région française en matière de Recherche et Développement.

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C’est la 5e région française pour la création d’entreprises.

158

C’est en milliards le PIB de la 3e région de France.

22

 ’est en milliards C d’euros le montant des exportations de la région NouvelleAquitaine.


A

taine 49 909

C’est le nombre de création d’entreprise enregistré fin 2017 en Nouvelle-Aquitaine soit 3 760 de plus qu’en 2016 (+ 8,1 %), ce qui place la région au 1er rang des régions les plus dynamiques en matière de création d’entreprise.

ller à la rencontre des territoires partout en France et mettre en avant les initiatives innovantes de la finance des territoires est l’une des missions chères à Finance mag. Énormément de nouveaux projets naissent et grandissent en régions. Et malgré une activité très forte du secteur concentrée à Paris et en Ile-de-France (plus de 8 fintechs sur 10 sont basées à Paris*), beaucoup d’acteurs et de structures contribuent à faire émerger ces entreprises partout ailleurs. Pour ce premier numéro, nous vous invitons à découvrir l’écosystème économique de la Nouvelle-Aquitaine, la plus grande région de France. Sur son territoire, on retrouve des métropoles comme Bordeaux, Poitiers, La Rochelle, Pau, ou Niort, chacune se positionnant avec ses filières d’excellence. En plus de ses bassins d’emplois et de ses pôles de compétences, la région est l’une des plus attractives. En témoigne le nombre de néo-aquitains qui s’installent pour bénéficier du cadre de vie (presque 900 000 sont attendus rien que sur Bordeaux en 2019**). Mais aussi les entreprises locales à capitaux étrangers (presque 900 au total dans la région) et les initiatives mises en place par la région pour attirer les établissements. Nombreuses sont les entreprises nationales et internationales à ouvrir un bureau en local, à l’instar des sociétés de conseils One Point et Invivoo, bénéficiant à l’économie de nos territoires. Finance mag est le magazine de la finance et de l’innovation, c’est donc naturellement que nous avons voulu mettre en avant les acteurs et les initiatives de la finance innovante. Que vous soyez récemment installé dans la région, que vous vouliez faire grandir votre startup en local ou que vous vous intéressiez au potentiel économique de la Nouvelle-Aquitaine, faites-le tour ! *Rapport de l’attractivité de la France pour le développement du secteur Fintech, octobre 2018 ** Sondage Ifop, janvier 2019 

9 990 C’est le nombre de création d’entreprise en NouvelleAquitaine au 1er trimestre 2019.

800

C’est en millions d’euros le budget dépensé pour les investissements par la Région en 2018.

Sources : Région Nouvelle-Aquitaine, nouvelle-aquitaine.fr

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• Nouvelle-Aquitaine Niort Tech (Niort)

Des technopôles, des espaces d’accélérations pour les startups, des tiers-lieux numériques, des groupes engagés auprès des entrepreneurs, etc. Les structures et les acteurs qui accompagnent au quotidien la création de projets innovants ne manquent pas dans la plus grande région de France. Coup de projecteur sur les incontournables.

Lieu totem, avec un espace de coworking ouvert aux entreprises et aux indépendants, tous secteurs confondus en plein centre de Niort. • niort-tech.com

S’implanter en Nouvelle-Aquitaine

6 18 11 21000

Cobalt (Poitiers)

pôles universitaires.

écoles supérieures.

pôles de compétitivités.

entreprises numériques sur le territoire, représentant près de 60 000 salariés.

+100 %

Un tiers-lieu pour tous ceux qui s’intéressent au numérique (entrepreneurs, chercheurs, étudiants, startuppers…) pour se former, organiser des événements, travailler, faire du réseau au coeur de Poitiers. • cobaltpoitiers.fr

Pour se donner rendez-vous La Halle Héméra (Bordeaux)

Doublement des levées de fonds des startups de Nouvelle-Aquitaine entre 2016 et 2018 (80 M€ vs 40 M€).

124 min.

C’est le temps qu’il faut pour aller de Paris à Bordeaux en TGV.

15

C’est le nombre startups labellisées Pass French Tech en 5 ans à Bordeaux.

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Un nouvel espace bordelais ouvert au printemps 2019 dédié à l’entrepreneuriat avec un incubateur de startups, un espace de coworking, mais aussi un atrium événementiel, un espace traiteur et un rooftop. • www.hemera.camp/fr/


French Tech Days (Bordeaux) L’événement annuel de French Tech Bordeaux qui réunit l’écosystème local avec des rencontres recrutement, des pitchs de startups et des keynotes de personnalités entrepreneures. • frenchtechbordeaux.com

Niort Numeric (Niort)

Pour rencontrer les startups locales et réseauter Up Grade Nouvelle-Aquitaine (Bordeaux) UNITEC (Bordeaux)

L’accélérateur opéré par UNITEC de jeunes entreprises régionales d’envergure internationale dans leur phase de scale- up, avec un focus sur le marketing, l’international, la structuration et l’ingénierie financière. • upgrade-na.com

Un incubateur, une pépinière et un accélérateur de startups qui, parmi les filières privilégiées, comptent la Fintech, l’intelligence artificielle et la réalité augmentée. Un lieu historique né dans les années 90 à Pessac, près de Bordeaux. • unitec.fr

Pour accélérer votre startup La Banquiz (Pessac, Pau, Poitiers, La Rochelle)

Deux journées organisées par Niort Agglo avec des conférences, ateliers, keynotes de startups et challenges avec les établissements scolaires autour de thématiques liées au numérique comme l’intelligence artificielle (édition 2018) ou la Smart City (édition 2019). • niort-numeric.fr

Théophraste (Bordeaux)

L’accélérateur du groupe de presse Sud Ouest, qui permet aux startups de tester leur solution et de faire leur preuve de concept en s’appuyant sur les ressources du groupe. • theophraste.io

Pour accélérer aux côtés d’un grand groupe

Village by CA (Bordeaux) Le Village du réseau, en plein coeur de Bordeaux, qui propose une accélération pour les startups locales et des événements réunissant grands groupes et ETI. • www.levillagebyca.com/fr

The Warehouse by Cdiscount (Bordeaux) Un accélérateur de startups numériques, dédiées aux logiciels et technologies open-source basé sur 4 campus régionaux : Pessac, Pau, Poitiers et La Rochelle. • labanquiz.com

Un entrepôt créé par Cdiscount à destination des startups early-stage qui travaillent sur la supply chain, pour valider leur business model, expérimenter leurs solutions et favoriser leurs accès au marché. • thewarehouse.cdiscount.com

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• Nouvelle-Aquitaine

Alain Rousset | Président de la Région Nouvelle-Aquitaine |

« Nous sommes un acteur financier de l’économie réelle » La Nouvelle-Aquitaine bénéficie d’une dynamique favorable en matière de création d’entreprises et de nombreux dispositifs ont été mis en place afin d’accompagner les entrepreneurs et chefs d’entreprises dans leur développement. Le Président de la Région Nouvelle-Aquitaine Alain Rousset revient pour nous sur toutes les initiatives qui soutiennent l’entrepreneuriat et sur les spécificités du territoire. propos recueillis par laura pironnet

Quelles solutions d’accompagnement la Nouvelle-Aquitaine met-elle en place pour les entreprises qui souhaitent s’implanter sur son territoire ? Le Conseil régional de Nouvelle-Aquitaine a fait d’Agence de Développement et d’Innovation (ADI) Nouvelle-Aquitaine son bras armé pour détecter et accompagner les projets d’investissements exogènes, pour le compte de tous les territoires ; un budget de plus de 1 million d’euros par an y est consacré. Pour ce faire, elle déploie un dispositif complet de prospection multicanal, mutualisé au bénéfice de tous les territoires de Nouvelle-Aquitaine : contrats avec des prestataires spécialisés et actions en propre : online, prescription, veille, réseaux sociaux, marketing direct et salons décrit dans le Plan Régional d’Attractivité (PRA) défini annuellement. ADI N-A joue le rôle de correspondant Invest de l’Agence Business France et à ce titre, assure la coordination des partenaires locaux en vue de positionner au mieux la Région Nouvelle-Aquitaine et ses territoires parmi les régions concurrentes en France et à l’étranger. Au total, 200 projets de création pour un potentiel de 4 300 emplois ont été détectés par ADI. Ils ont abouti à l’implantation de 41 projets représentant 873 emplois.

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Le nombre d’emplois accompagnés par ADI a plus que doublé. Au-delà de la prospection, ADI N-A continue à intervenir, en partenariat avec les acteurs locaux, dans l’accompagnement des entreprises dans leur projet d’implantation : recherche immobilière et foncière, mise en relation avec partenaires clés, mobilisation des financements publics, informations marchés, intégration dans l’écosystème. La Région se mobilise pour financer les projets d’investissement ; elle peut intervenir en aide à l’investissement, en R & D ou encore en formation. À titre d’exemple, la création d’une unité de production Forsee Power (système de batterie intelligent, 300 emplois) à Chasseneuil-du-Poitou a bénéficié d’un engagement de la Région à hauteur de 1 964 200 euros. Le nombre d’entreprises créées est croissant en Nouvelle-Aquitaine : +8 % en 2017 par rapport à 2016. Comment expliquez-vous cette croissance significative sur votre territoire ? La Nouvelle-Aquitaine connaît effectivement une dynamique positive de la création d’entreprises. Fin 2017, elle a enregistré plus de 49 909 créations d’entreprises, soit 3 760 de plus qu’en 2016 (+ 8,1 %), ce qui place la région au 1er rang des régions les plus dynamiques en matière de création d’entreprise (50 000 créations d’entreprises fin 2017). En application du transfert de compétence issue de la loi NOTre, la Région a mis en place dès 2018 son propre dispositif d’accompagnement à la création et reprise d’entreprise, intitulé Entreprendre, la Région à vos côtés, en s’appuyant pour ce faire sur le réseau des consulaires et associatif. On compte 112 partenaires conventionnés (CCI, CMA, BGE, ADIE, plateformes Initiative, Réseau Entreprendre, France Active, les couveuses…), avec une enveloppe affectée de 6 millions d’euros par an sur trois ans (2018-2019-2 020), soit un investissement financier de 18 millions d’euros et


leur stratégie de labellisation et de commercialisation, les PME en les aidant à grandir et à investir…

©©Hervé Lefebvre

un objectif annuel d’accompagner 8 000 porteurs de projets et 5 000 créations ou reprises d’entreprise. À travers la mise en place de ce nouveau dispositif, l’objectif de la Région est de développer la dynamique de création et reprise, particulièrement dans les territoires fragiles, et de structurer une offre d’accompagnement accessible et homogène sur l’ensemble du territoire régional. L’entrepreneuriat des femmes est également un levier de développement défendu par la Région : signée le 12 juin 2018, la Nouvelle-Aquitaine est la 1ère Région de France à avoir adopté un Plan d’Action Régional en faveur de l’entrepreneuriat des femmes. Tout ceci est le fruit pour la Région d’un travail patient, régulier et ancien déjà, mené au plus près de besoins des entreprises. Nous les accompagnons, quelle que soit leur taille : les startups au plus jeune âge dans nos pépinières, les technopoles que nous finançons largement, les TPE pour régler leurs questions de formation, de transmission, de numérisation, les entreprises du patrimoine vivant en les confortant dans

«La Nouvelle-Aquitaine connaît une dynamique positive de la création d’entreprises.»

Comment accompagnez-vous la croissance de ces entreprises ? Dans le cadre de son Schéma Régional de Développement Économique, d’Innovation et d’Internationalisation (SRDEII) adopté le 19 décembre 2016, la Région Nouvelle-Aquitaine conçoit et déploie de nombreux programmes et projets structurants sur son territoire, et imagine de nouveaux outils d’accompagnement visant à consolider et à faire grandir les PME. Dès février 2014, avec le programme Usine du Futur, nous avons souhaité redonner des marges de manœuvre aux PME et ETI de 10 à 5 000 salariés possédant au moins un site de production en Nouvelle-Aquitaine, en les accompagnant vers l’excellence opérationnelle et environnementale, et en soutenant leur transition vers l’usine numérique et connectée, après un prédiagnostic. Fin 2018, on comptait 500 entreprises engagées dans ce programme, avec 100 millions d’euros engagés par la Région et 400 millions d’euros investis par les entreprises. L’objectif à fin 2021 est de 600 entreprises diagnostiquées. Nous avons aussi créé un Club des Entreprises intermédiaires (ETI) qui réunit plus de 70 entreprises dans toute la région (4 milliards d’euros de CA au total) qui est notre levier pour diffuser sur nos territoires les bonnes pratiques et aider les entreprises plus petites à faire les bons choix quand elles en ont besoin. Nous arrimons enfin les grands groupes (Legrand, Arkema, Naval Group… ) à nos territoires pour les faire davantage travailler avec des sous-traitants régionaux et leur faire rencontrer nos startups les plus prometteuses. Nous avons créé au fond tout un écosystème de confiance favorable aux entreprises, y compris dans l’animation, via nos nombreux clusters, des filières d’avenir. Je crois que cette stratégie globale, née en Aquitaine et désormais diffusée et appropriée dans l’ensemble de la région, est l’explication des bons chiffres que vous rappelez. Au-delà du programme Usine du Futur, Croissance Premium est aussi un programme pilote d’accompagnement renforcé des entreprises stratégiques à potentiel de Nouvelle-Aquitaine (en priorité PME des secteurs de l’industrie et des services à l’industrie) conçu et déployé conjointement par la Région NouvelleAquitaine, la CCI Nouvelle-Aquitaine (avec l’appui des 14 CCI territoriales) et ADI Nouvelle-Aquitaine.

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• Nouvelle-Aquitaine

©©O. Panier des Touches

Le 6 décembre 2017, à l’inauguration du laboratoire SCE France Alain Rousset, Président Région Nouvelle-Aquitaine et Éric Martel, PDG de Hydro-Québec - Lacq.

On peut enfin citer Nouvelle-Aquitaine Accélérateurs PME et ETI, pour accompagner les « pépites » du territoire. La Région et Bpifrance ont en effet uni leurs efforts pour mettre en œuvre un dispositif très sélectif, à la fois global et personnalisé, d’accompagnement renforcé d’entreprises sur 24 mois. L’objectif ici est d’accélérer la croissance d’ETI ayant l’ambition de devenir des championnes à l’international et de PME à très fort potentiel ayant l’ambition de devenir des ETI. Début mai 2019, vous avez rencontré le Président de la Région Bretagne, annonçant votre volonté commune de collaborer entre régions sur des thématiques partagées. Peut-on envisager le même type de fédération interrégionale sur les thématiques de la Finance, secteur très centralisé sur le territoire Île-de-France ? Les Régions sont des acteurs financiers, certes, mais nous n’oublions pas que la finance reste un outil au service d’une politique, d’une action : celle du développement économique, celle de la création d’emploi. Notre rôle est d’orienter les flux financiers vers les secteurs innovants, vers la compétitivité, vers

« En matière de soutien aux fonds propres des startups, la Région structure un véritable continuum de financement à tous les stades de leur développement. » 54

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les marchés exportateurs. Il nous arrive de pouvoir collaborer avec d’autres Régions. C’est le cas avec la Région Occitanie par exemple en matière d’amorçage et de capital-risque. Nous avons des outils en commun car nous poursuivons les mêmes objectifs auprès des mêmes cibles et surtout, nous sommes conscients que dans certains domaines, il convient de disposer de taille critique pour offrir à la demande de financement de nos entreprises régionales les besoins en capitaux correspondant à leurs ambitions. Pour autant, les équipes spécialisées au sein des Conseils régionaux trouvent naturellement un terrain d’échange en matière de bonnes pratiques au sein des Régions de France. Notre Région est d’ailleurs pilote et animateur d’un groupe de travail sur la thématique de l’ingénierie financière au service des PME et ETI régionales. Elle a largement contribué à transférer auprès des autres Régions des dispositifs que nous avions développés à l’origine sur notre territoire comme des fonds de co-investissement publics. Voilà un dispositif, repris par toutes les Régions, qui a permis de faire de l’attractivité de capitaux privés auprès de fonds d’investissement, de business angels ou même de crowdfunding. Aujourd’hui, nous restons en pointe en matière d’ingénierie financière publique en professionnalisant la gestion de nos participations et en diffusant un concept de fonds public qui porte des valeurs dites ESG, ou critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance, en complément des critères financiers traditionnels. Il est important que nos concitoyens soient fiers de savoir que nos investissements publics dans les entreprises poursuivent des objectifs environnementaux, sociétaux et de bonne gouvernance. On ne rapprochera pas les citoyens de leur économie sans des valeurs. Bordeaux est la 4e place bancaire et Niort la 4e place financière du pays : comment faire travailler ensemble ces pôles d’activités ? Comme je vous le disais précédemment, nous sommes un acteur financier de l’économie réelle. Nous construisons autour de projets concrets avec toujours en perspective l’alignement de l’intérêt général avec les intérêts particuliers, privés. Ce peut être avec ceux de la place bancaire bordelaise et/ou avec ceux de la place financière de Niort, c’est-à-dire les mutuelles d’assurance. De longue date, nous avions su associer la place bancaire et financière à la création des fonds répondant à la défaillance de marché sur les petits tickets d’investissement à destination des PME. Nous étions arrivés à fédérer ces acteurs par-delà leur naturelle concurrence. Ce fut le cas pour la création d’ACI (en ex-Aquitaine) en 2000 qui réunit toute la place bancaire, mais aussi de PCE qui réunit banques et assureurs depuis 1994. Nous faisons ce travail continûment. Toutefois, aujourd’hui, nous cherchons à les associer sur des projets très ambitieux comme la transition écologique de notre viticulture. C’est à la fois un enjeu de santé publique de réduire les pesticides


et les intrants chimiques, mais aussi économique, car c’est, après l’aéronautique, le deuxième poste d’exportation de notre territoire et de la France. Il existe un plafond de verre pour les startup en régions qui veulent lever des fonds. Les séries A (plus d’1 M€) sont souvent levées à l’extérieur du territoire. Fin 2018, le fonds d’investissement Newfund a annoncé la création du fonds Newfund Nouvelle-Aquitaine Euskal Herria pour financer les startups de la région. Comment la région accompagne ces nouveaux fonds d’investissement privés qui souhaitent se développer sur le territoire ? La Région Nouvelle-Aquitaine connaît bien l’équipe de Newfund Management. Elle est en cours de souscription à hauteur de 10 % dans leur nouveau fonds NouvelleAquitaine Euskal Herria, ce qui fera de la Région le premier contributeur. Cette société de gestion fait partie des meilleures équipes françaises dans l’analyse de la filière numérique et digitale et la détection des « pépites ». C’est pourquoi nous les accompagnons depuis l’origine (2 008) en ayant participé significativement à leurs 2 premiers fonds, avec des retours économiques et financiers très satisfaisants. Pensez-vous que les fonds publics doivent accompagner les startup dans toutes leurs phases de développement ? Ou doivent-ils concentrer leurs efforts lors de la phase d’amorçage des startups ? En matière de soutien aux fonds propres des startups, la Région structure un véritable continuum de financement à tous les stades de leur développement, c’est-à-dire du concept (amorçage) au prototype, puis, pour le démarrage de la commercialisation (capitalrisque), et enfin, aux stades avancés du déploiement à l’international (série B et C). Chaque étape du développement de la startup est un challenge, un nouvel enjeu de structuration, une accélération et une prise de risque. Il convient dès lors de structurer l’offre de capitaux régionaux pour ne pas laisser en déshérence les startups au milieu du gué de la croissance, voire de l’hyper-croissance, ou pire se les faire racheter par des fonds étrangers qui tireront les bénéfices de la création de valeur et surtout les emplois. La Région doit faire le job en tant qu’investisseur public de premier rang. Et pour cela, elle fédère pour chacune des étapes décrites, le dispositif qui convient, avec les moyens adéquats, et surtout elle associe les bons partenaires financiers (publics et privés) et les bons gestionnaires de fonds. Aujourd’hui, les startups peuvent débuter leur parcours avec Nouvelle-Aquitaine Amorçage qui offre aux porteurs de projets innovants des financements personnels sous forme de prêts d’honneur. La Région est le principal sponsor de ce dispositif mis en œuvre par Aquiti Gestion, et elle permet de constituer des équipes d’hommes et de femmes clés de la startups. Ensuite, elle accompagne ces jeunes pousses dans leur premier tour avec Aquitaine Création Investissement,

toujours grâce au concours des équipes d’Aquiti. Pour celles identifiées comme à fort potentiel, la Région, associée à des partenaires financiers, a conçu des fonds spécifiques comme IRDINOV 2 sur l’amorçage technologique, et AELIS Innovation pour le stade du capital-risque, proposant ainsi des tickets d’intervention pouvant atteindre 3 à 4 millions d’euros. Ces deux fonds sont pilotés par l’équipe expérimentée d’Irdi-Soridec Gestion et permettent de boucler des premiers tours et surtout des séries A autour de 5 millions d’euros et des séries B autour de 20 à 30 millions d’euros. Sur le numérique où la demande est abondante, nous retrouvons Newfund et son approche filière. Nous avons également trois autres approches filières très particulières et pour laquelle la Région Nouvelle-Aquitaine est un territoire à la fois fertile et d’excellence. Il s’agit de la viticulture (pour accompagner la transition écologique), du spatial (pour répondre aux enjeux du New Space) et de la cybersécurité (pour constituer des acteurs stratégiques nationaux). Ces trois fonds spécialisés sont en cours de structuration. Enfin, les équipes d’Aquiti mettent en œuvre grâce aux fonds NACO et NACI des fonds dédiés aux levées de fonds importantes. D’abord, NACO (doté à 100 % par la Région), est un fonds de co-investissement qui conduit une stratégie d’attractivité et de labellisation des capitaux jusqu’à la série B. Puis, le fonds NACI peut prendre le relais pour les startups d’hyper-croissance et participer à des séries B et C. Ces dispositifs permettent de conserver une part d’ADN régional dans ces jeunes entreprises innovantes et veiller stratégiquement au maintien des centres de décision et des créations d’emplois sur notre territoire. Comment appliquer la volonté de la loi PACTE qui vise à faire investir les Français dans l’économie réelle ? Est-ce que l’impact va être réel pour l’économie, si l’exécution est appliquée telle qu’elle est présentée aujourd’hui ? (théorie VS exécution) La Région Nouvelle-Aquitaine a participé activement à la réflexion de la loi PACTE sur le volet investissement des Français dans l’économie française. Nous avons proposé un modèle de fonds régional d’épargne capable justement de passer concrètement de la théorie à la pratique avec un accueil plutôt intéressé de Bercy sur le sujet. L’idée est de créer un circuit court de collecte de l’épargne pour irriguer la demande de capitaux dans l’économie réelle, c’est-à-dire dans les entreprises, PME et ETI régionales. Ce mécanisme simple nous semble à même de réconcilier les citoyens avec leur économie tout en leur faisant partager les fruits de la croissance des entreprises de leur territoire grâce à des opérateurs de confiance et des mécanismes de sécurisation des opérations d’investissement. Notre objectif ici n’est pas de déstabiliser les places bancaires et financières mais bien de les associer et de les orienter aussi pour construire un écosystème tourné vers cette économie du réel et de la responsabilité. •

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• Nouvelle-Aquitaine

French Tech Bordeaux Philippe Metayer Directeur Général Délégué

#Support structures

« Nous avons la chance d’avoir un écosystème coopératif. Il n’est pas rare de voir des projets et événements co-organisés à plusieurs incubateurs, accélérateurs ou clusters, c’est une chance pour nos entrepreneurs. » 56

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#Média

#Funding

#C ow or ki ng

On voit de plus en plus de fintechs se développer : quelles sont les tendances que vous observez sur le territoire ? La dynamique Fintech existe sur le territoire bordelais et néo-aquitain depuis plus de 5 ans déjà. Ces dernières attaquent tous les aspects de la finance : de nouveaux moyens de paiement en ligne, des applications pour mieux gérer

e ak #M

On connaît tous la French Tech en France : est-ce qu’il existe des particularités propres à l’écosystème bordelais ? L’écosystème technologique et innovant est très dynamique ces dernières années à Bordeaux. En témoigne le doublement des levées de fonds entre 2016 et 2018 (80 millions d’euros vs 40 millions d’euros) et les levées récentes de TreeFrog Therapeutics, Geosat et AzurDrones. L’écosystème est équilibré, nos startups sont présentes dans toutes les thématiques avec une plus forte densité dans les catégories de la HealthTech, Smart City et du Retail. Enfin, nous avons la chance d’avoir un écosystème coopératif. Il n’est pas rare de voir des projets et événements co-organisés à plusieurs incubateurs, accélérateurs ou clusters, c’est une chance pour nos entrepreneurs.

ps hi gs la #F

#É du ca tio n

«Un écosystème coopératif »

#Network son argent et son patrimoine financier ou des outils de scoring crédit. La diversité et les solutions innovantes sont de mise. Comment arrivez-vous à faire travailler ensemble startups et entreprises, par exemple dans le cadre d’un POC ? L’enjeu est notamment essentiel pour les fintechs, qui restent plus dépendantes des institutions financières classiques pour se développer. Notre rôle est de créer des intermédiations positives afin de faire travailler ensemble en bonne intelligence des acteurs qui n’ont pas l’habitude de se

L’écosystème de startups de Bordeaux

rencontrer. Nous proposons aux grands groupes, ETI françaises et étrangères de découvrir les pépites de notre territoire à travers des journées d’échanges et de rencontres. En pré-requis, nous nous assurons que ce grand compte est là pour sérieusement travailler avec nos startups. Enfin, et c’est important pour tous les acteurs, nous avons un écosystème particulièrement engagé et mobilisé avec plus de 45 000 abonnés à French Tech Bordeaux sur tous nos canaux de communication, ce qui en fait la première communauté en ligne française parmi les Capitales French Tech. •


8 & 9 octobre 2019

BORDEAUX

E SAV THE E! T A D

Le rendez-vous qui disrupte la finance 5ème édition

Fintech • RegTech • Insurtech • LegalTech 20+ panels et keynotes sur 3 scènes 2 masters classes : IA et crypto-assets 70+ intervenants Billeterie à partir de 30 €

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• Nouvelle-Aquitaine

Laurent Thiery

Directeur Expérience Collaborateur et Transformation Digitale - Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique

Ludovic Favarette Responsable Data Groupe BPCE Banque Populaire Caisse d’Épargne

BPACA : de la préférence client à l’expérience collaborateur La Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique mène depuis 2016 une stratégie de transformation digitale axée dès le départ sur la préférence client. La banque régionale a pivoté en y ajoutant l’expérience collaborateur. Une démarche gagnante qui vise à embarquer et impliquer les collaborateurs, racontée par Ludovic Favarette et Laurent Thiery. Quel a été le déclencheur qui a fait passer la Banque Populaire Aquitaine Centre-Atlantique (BPACA) d’une stratégie tournée vers le client vers une stratégie collaborateurs ? Ludovic Favarette : La stratégie de BPACA reste et restera durablement orientée client. Le principal pilier de ce projet d’entreprise est d’ailleurs la Préférence Client incarnée par le directeur général adjoint Christian Chapothin. La progression en 18 mois est remarquable en la matière, la banque est leader au sein du groupe BPCE depuis 2018 et je pense qu’il y a encore quelques marges de progression. Mais si ils souhaitent réellement se démarquer, ils doivent équilibrer leurs actions envers leurs clients et leurs actions envers leurs viviers internes. La BPACA est convaincue qu’en développant l’expérience collaborateurs et en fluidifiant leur quotidien, cela servira à l’entreprise et in fine à leurs clients. Comment réaliser un pivot comme celui-ci lorsque l’on est une entreprise de 2000 collaborateurs et pas une startup ? L.F. : Une telle entreprise est clairement moins manœuvrable qu’une startup ! Pour autant, il faut s’appuyer sur des valeurs humaines fondamentales telles que l’écoute, la prise d’initiatives et la confiance, pour

« L’expérience collaborateur regroupe l’ensemble des moments clés, vécus par le collaborateur au sein de l’organisation » Ludovic Favarette

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pivoter dans cette stratégie. De façon très pragmatique, des communautés métier interne ont été créées, une démarche autour des moments clés collaborateurs ainsi qu’une démarche d’idéation collaborative ont été initiées avec Fanvoice, toutes ces actions sont fédérées autour d’une nouvelle entité expérience collaborateur rattachée à la DRH. Mais BPACA est surtout investie avec Conseil & Recherche dans une étude collaborative sur le sujet de l’expérience collaborateur. Une étude qui a duré 6 mois, avec 80 ouvrages défrichés, 108 personnes rencontrées dans 58 organisations et 6 pays. Cette étude a permis de progresser rapidement. Contrebalancer la prépondérance du Net Promoter Score qui mesure la satisfaction client d’une entreprise centrée client grâce à l’Employee Promoter Score permettant de mesurer la promotion de son entreprise par les collaborateurs. Ce type d’indicateur est partie intégrante de ce qu’on appelle la symétrie des attentions. S’intéresser aux leviers de promotion et d’engagement de son entreprise et piloter les actions permettant de les améliorer. Comment définissez-vous l’expérience collaborateurs ? L.F. : La meilleure définition reste celle de Christine Samama : l’expérience collaborateur regroupe l’ensemble des moments clés, vécus par le collaborateur au sein de l’organisation, depuis son recrutement jusqu’à son départ de l’entreprise. C’est un tout qui doit être cohérent. La conviction est que le collaborateur devient le sujet et non plus un simple exécutant dans la manière de penser le travail. Le collaborateur porte en lui les solutions à toutes les problématiques du quotidien et que c’est à nous de faire émerger les solutions en créant les conditions à propices à leur expression. C’est celui qui fait qui a raison. Laurent Thiery : Nous avons commencé par cartographier le parcours collaborateur de son arrivée dans l’entreprise jusqu’à son départ, comme on pourrait le faire pour un client, afin de bien comprendre ce qui pouvait engendrer de l’insatisfaction et créer des irritants. Faire de ses collaborateurs les premiers ambassadeurs de l’entreprise : plus facile à dire qu’à faire. Comment la BPACA a mené à bien cette ambition ?


« Beaucoup de startups proposent des solutions innovantes pour favoriser l’expérience collaborateur » Laurent Thiery

proximité que nous avons interviewé constatent aussi un investissement et un accomplissement accrus dans leur métier du quotidien. Enfin nous observons aussi une prise de parole plus fréquente des membres de cette communauté sur les réseaux sociaux professionnels. Cela renforce donc notre conviction que pour avoir des collaborateurs ambassadeurs de l’entreprise, il faut d’abord prendre soin d’eux pour qu’ils deviennent des vrais promoteurs de la marque.

L.F. : La BPACA n’a pas encore l’ambition de créer des communautés d’ambassadeurs à l’externe. Elle se focalise encore sur elle ! C’est aussi un moyen de donner aux collaborateurs le pouvoir d’agir. L.T. : Tous les 2 ans, nous menons des enquêtes sur le climat social dans l’entreprise. Les derniers résultats, qui datent de fin 2018, placent la Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique parmi les meilleures du Groupe quant à l’engagement de ses collaborateurs et la satisfaction qu’ils peuvent éprouver dans l’accomplissement de leur travail. Cependant les résultats sont d’un moindre niveau lorsqu’on leur demande s’ils ont le sentiment d’être acteurs du changement. Ce qui peut paraître évident dans un domaine d’activité ou le processus de décision reste très pyramidal. Pour travailler sur ce sujet, la première action que nous avons lancée dans le cadre de la transformation digitale a été la création d’une communauté de digicoachs. Elle est composée d’une soixantaine de collaborateurs, dans le réseau d’agences et les sites centraux, qui se sont portés volontaires pour diffuser la culture digitale auprès de leurs collègues et tester de nouveaux outils et solutions innovantes. La principale réussite de ce projet est que tous ces collaborateurs ont, aujourd’hui un très haut niveau d’engagement et pas seulement dans le cadre de cette mission de digicoachs. Certains de leurs managers de

Comment travaillez-vous avec votre écosystème proche et moins proche pour développer l’expérience collaborateurs au sein de la BPACA ? L.T. : Nous sollicitons d’abord notre réseau interne pour faire du sourcing. En premier lieu avec nos collègues de la Direction Entreprises et Filières Locales. Ce sont les premiers interlocuteurs des startups qui recherchent un partenaire financier. Nous en profitons pour faire une « revue de portefeuille » et rencontrer les entrepreneurs. L’objectif est d’évaluer s’il y a un potentiel pour compléter les actions que nous menons autour de l’expérience collaborateur. Nous sommes aussi en relation avec des structures comme la French Tech, les incubateurs et aussi le secteur universitaire. Au niveau national, nous collaborons aussi régulièrement avec BPCE et en particulier le 89C3 (le dispositif d’accélération digitale du groupe BPCE). Nous allons, par exemple, tester une solution pour favoriser l’entraide entre collaborateurs et le partage de compétences entre collaborateurs. Mais l’expérience collaborateur c’est avant tout une histoire humaine. Et pour apprendre plus vite nous cherchons à rencontrer un maximum d’entreprises qui ont initié ou déjà bien engagé des démarches dans la transformation et l’innovation. Nous avons donc un réseau dans des secteurs différents du nôtre comme par exemple l’e-commerce, l’industrie, les transports et les médias avec qui nous partageons régulièrement nos expériences et nos projets. Quel bilan de vos collaborations avec des startups locales ? L.T. : Beaucoup de startups proposent des solutions innovantes pour favoriser l’expérience collaborateur. Nous avons développé des solutions de covoiturage avec Karos, nous allons ensuite digitaliser le process de note de frais avec Expensya et proposer un service de voiturier dans les gares et les aéroports avec Blue Valet. Nous commençons d’abord par tester auprès d’un cercle restreint de collaborateurs et ensuite nous évaluons si ces innovations apportent un réel progrès avant de décider de déployer. Cette collaboration nous permet aussi d’apprendre de ces startups, à être plus agiles dans notre fonctionnement, à savoir pivoter plus rapidement quand cela est nécessaire. •

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• Nouvelle-Aquitaine

ESSCA

Brigitte de Faultrier, Directrice du Campus Bordeaux de l’ESSCA

Pourquoi l’ESSCA a créé un Master Management de l’innovation et Fintech à Bordeaux ? Pourquoi avoir créé Master Management de l’innovation et Fintech sur le campus bordelais de l’ESSCA ? Le campus ESSCA s’est installé à Bordeaux en 2016. L’objectif lorsqu’un campus s’installe dans un territoire est de servir sa communauté économique et de s’intégrer dans l’écosystème. La première chose que j’ai faite en arrivant, est d’aller à la rencontre des institutionnels, des associations professionnelles et des entreprises afin de savoir ce dont l’économie locale avait besoin et ce que nous pouvions leur apporter. Le constat était clair : Bordeaux est une place financière importante et les fintechs sont également très implantées dans la région. Nous avions déjà commencé à nous intéresser au secteur de la Fintech et Bordeaux semblait être le meilleur endroit pour créer ce Master. Au départ, nous réfléchissions aux rapports entre banques et Fintech et finalement nous nous sommes rendu compte que c’est l’innovation en tant que telle qui était intéressante à traiter. La Fintech nous permettant d’illustrer l’innovation. Quelles étaient les attentes identifiées chez les entreprises de la finance ? À chaque fois que je rencontrais un acteur local, je me suis intéressée à ses enjeux, aux manques qu’il pouvait ressentir. Le filet s’est rapidement resserré autour de la Fintech. Nous avons cherché ensuite à intégrer les réseaux locaux comme le Club du Commerce Connecté. L’objectif était d’être le plus en phase avec le marché et d’être le plus opérationnel possible. De façon générale, les entreprises de notre réseau ont déjà exprimé leur intérêt à recruter des étudiants. Le réseau que nous nous sommes constitué nous a permis de créer le comité de pilotage de

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notre Master : Banque Populaire Aquitaine Centre Atlantique, Bordeaux Place Financière et Tertiaire, Digital Aquitaine, Happy Capital, mieuxplacer.com, UNITEC et Veracash. Pour compléter le comité de pilotage, nous recherchons des grands groupes, tous secteurs confondus, qui ont une expertise sur le management de l’innovation. Quelle est la valeur ajoutée de ce Master ? Nous nous positionnons réellement sur le management de l’innovation. Cet angle d’attaque fait notre différence. Sur le territoire français, nous comptons très peu de Masters sur le domaine de la Fintech, même s’il y a des Chaires universitaires qui commencent à se développer. Mais notre approche n’est pas tant sur l’algorithmique que sur l’agilité, le management augmenté et l’innovation dans la finance. En Master1, nous voulons poser toutes les bases pour

« Bordeaux semblait être le meilleur endroit pour créer ce Master » À savoir Le Master Management de l’innovation et Fintech - ESSCA Campus Bordeaux : Ouverture octobre 2019 Accessible en Bac+3 En Alternance, sur 2 ans. 750 heures de programme sur 2 ans. 11 250 euros par année. Modules : Leadership et stratégie, Innovation et Créativité, Data Management, Management de l’innovation, Réglementation et éthique professionnelle, Intelligence Artificielle, Expérience Client, etc.

les étudiants, avant le Master 2, où nous cassons les codes. Quels sont les nouveaux métiers de la finance auxquels vous formez ? Notre métier cœur de cible est le chef de projet agile — ou product owner. Nous formons également aux métiers de responsable de développement et d’innovation, de Banking digital project manager, de chargé de mission startup, de chargé de développement produits et services… Comment construisez-vous le programme de ce Master ? Le programme est en cours de construction, avec une vision d’ensemble très claire. Nous avons d’abord deux collaborateurs internes spécialistes de l’agilité et nous nous entourons ensuite de professionnels extérieurs experts, comme Lucile Cazenave qui est responsable marketing, CRM et data du groupe Sud Ouest. Le module cryptomonnaies et blockchain sera assuré par Assen Slim, docteur en Sciences économiques et professeur à l’ESSCA. Le module consacré à l’agilité organisationnelle sera tenu par David Salvetat, docteur en Sciences de Gestion et également professeur à l’ESSCA. Et bien entendu, nous nous appuyons sur les compétences des membres de notre Comité de pilotage. Nous recherchons aujourd’hui un partenaire technologique du territoire pour compléter l’expertise à apporter aux étudiants. •


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French Assurtech : à Niort, l’alliance de 7 mutualistes pour réinventer leur métier Niort est le bastion incontesté de l’assurance, désormais 4e place financière française. En 2015, la Communauté d’agglomération du Niortais et le Medef des Deux-Sèvres décident de réunir les mutuelles du territoire pour répondre aux grandes transformations du secteur. Trois ans plus tard est lancé l’accélérateur French Assurtech. laura pironnet

S

i les assurances se sont moins précipitées que les groupes bancaires dans la course aux accélérateurs et lieux d’innovation, on peut y voir deux motifs selon Mathieu Le Gac, cofondateur de Startups Palace, l’opérateur de d’accélérateurs de startups, en charge du programme de French Assurtech : « L’assurance n’a pas encore trop été mise en danger par des pureplayers comme des néo-assurances, comme la banque a pu l’être avec des acteurs comme N26. L’arrivée des néo-banques a surpris les acteurs bancaires, qui ont dû s’adapter rapidement. Et puis, on doit distinguer les mutualistes des groupes bancaires, plus capitalistiques : les mutualistes portent des valeurs coopératives fortes depuis presque un siècle. » Les assureurs niortais ont identifié quatre grands défis auxquels ils devaient se

préparer : la transformation numérique ; les nouveaux enjeux de mobilité ; les GAFA qui prennent des parts de marché ; et l’incursion de néo-assurances. Mathieu Le Gac ajoute : « Les grandes compagnies se disaient que les contraintes réglementaires étaient trop importantes pour que des startups débarquent sur le marché. Le jour où Alan a reçu son accréditation ACPR, ça a été la fin d’un mythe ». La première promotion de startups a fait ses preuves grâce à l’implication d’une vingtaine de parrains, répartis chez les sept groupes assureurs. Mathieu Le Gac explique : « Chaque startup a pu tester ses solutions et son marché chez les différents groupes qui avaient un intérêt à expérimenter de nouveaux outils. Il n’est pas nécessairement question d’exclusivité de POC, mais nous offrons tout de même un partenariat

French Assurtech en bref • Impulsé par le Medef des Deux-Sèvres et la Communauté d’agglomération du Niortais. • Développé par 7 leaders de l’assurance (Groupama, Inter Mutuelles Assistance, MAAF Groupe Covéa, Maif, Macif, Groupe P&V, Mutuelles de Poitiers) : 20 parrains issus de ces groupes pour accompagner les startups. • Lancement février 2018. • 1re promotion (2018) : Insituo, Lucine, ­Coorganiz, Testamento, Fotonower. • 2e promotion (2019) : Advitam, Afterdata, Golem.ai, i-MEDS Healthcare, iZi Family, La Maison, Neuroprofiler, Unkle.

privilégié. » Par exemple, Fotonower, qui fait de la reconnaissance d’image pour les véhicules sinistrés, a analysé des photos fournies par Groupama pour déterminer si les véhicules pouvaient être réparés ou non. Testamento, qui propose de réaliser son testament en ligne, a pu réaliser des tests de marketing concluants et travailler sur l’anticipation successorale grâce aux bases de données de la MAAF. La startup a levé trois millions d’euros en février 2019, « sans qu’aucun des groupes d’assurances et mutualistes de la French Assurtech n’entre au capital ! », précise Mathieu Le Gac. Un bilan positif pour les sept assureurs dont l’objectif premier était véritablement de “se transformer”, une ambition seulement possible avec des startups matures, déployées en national, voire à l’international. Les startups sélectionnées pour la deuxième promotion étant plus avancées (la moitié a déjà levé des fonds), French Assurtech a voulu intensifier l’accompagnement en début d’accélération. L’accélérateur a également choisi de diversifier les secteurs d’expertises des startups, afin de bénéficier aux groupes assureurs : accompagnement de fin de vie (Advitam), loyers impayés (Unkle), analyse du profil de risque (Neuroprofiler), etc. Et pour la première fois, French Assurtech accueille une startup qui souhaite devenir un néo-assureur indépendant agréé. La Maison, spécialisée dans les contrats multirisque habitation, se positionne comme un réel concurrent aux branches métiers spécialisées des assureurs. Un pari assumé. •

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• Nouvelle-Aquitaine

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Bordeaux Place Financière et Tertiaire

Les décideurs du secteur au service du territoire

L

es entreprises financières et tertiaires représentent le premier employeur de la métropole bordelaise, classée 4e place bancaire de France. Pour que ce dynamisme profite aux acteurs socio-économiques de la région Nouvelle-Aquitaine, les décideurs du secteur se sont rassemblés en 2013 pour créer l’association Bordeaux Place Financière et Tertiaire : elle réunit une communauté d’une cinquantaine de dirigeants de banques et autres établissements financiers, des cabinets de conseil, de droit, associations professionnelles et de l’Université. Nous avons rencontré Jean-Marc Jay, Président de BPFT : « L’ambition de l’association est de servir d’interface. Nous cherchons à orienter l’écosystème local vers des solutions

« À l’heure de la communication instantanée, le pari du réseau proche fait ses preuves pour les professionnels de la finance et du tertiaire.» 62

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concrètes et à créer des relations plus f luides, avec un accès direct aux membres experts. A l’heure de la communication instantanée, le pari du réseau proche fait ses preuves pour les professionnels de la finance et du tertiaire. Nous avons construit deux rendez-vous phares pour nos membres : en janvier 2019, a eu lieu la 2e édition d’Open Place, une matinée de rencontres de grands dirigeants et PME en format speed-meeting ; et la Bourse des stages, à destination des étudiants en recherche de stages. Nous collaborons avec les autres écosystèmes locaux, comme la French Tech Bordeaux, Digital Aquitaine ou le Club des ETI, avec toujours pour mission de servir le territoire. » L’association Bordeaux Place Financière et Tertiaire se développe aux côtés de la dizaine d’autres places financières présentes en région (Lille, Marseille, Nantes, etc.), avec qui elle échange ses bonnes pratiques. Bien qu’elles répondent à une ambition commune - fédérer et animer les communautés financières du territoire -, Jean-Marc Jay rappelle que « les places financières grandissent

chacune selon leur propre modèle et avec leurs particularités ». Le président de BPFT souligne la réelle capacité des entreprises locales à collaborer de manière horizontale : « Avant de diriger le Crédit Mutuel du Sud-Ouest, j’ai exercé des missions de direction dans plusieurs autres régions. J’ai été agréablement surpris par l’intelligence collective de l’écosystème néo-aquitain. La complémentarité des compétences de nos membres est attendue par les investisseurs du territoire, valorisé par des filières d’excellence, et plus récemment par la ligne LGV. » L’association compte parmi ses membres des acteurs historiques du territoire, comme la société de bourse bordelaise CHAMPEIL. Son directeur général, Axel Champeil nous a confié la valeur ajoutée qu’il trouve dans ce réseau : « En tant que société financière de spécialité, nous accueillons avec enthousiasme le développement d’un écosystème fort en compétences, dont BPFT assure la coordination pour une plus grande fluidité entre les acteurs, favorable au développement des affaires ». •


Data Engineer, Data Scientist, Développeur Python, CDO, Chief Science Officer, Cloud Manager, DPO, Growth Hacker, Security Officer... Autant de métiers qui sont aujourd'hui au coeur des Fintech. Et pourtant, les candidats, hyper sollicités, ne répondent plus présent aux approches classiques.

ALTAÏDE EST LE SPÉCIALISTE DU RECRUTEMENT EN FINTECH POUR LES STARTUPS COMME POUR TOUS LES MÉTIERS DIGITAUX DE LA FINANCE. Ataïde, cabinet de recrutement digital, est reconnu depuis 20 ans comme « le » chasseur de têtes des start-up et des entreprises en cours de transformation digitale. Par son approche innovante et son expertise, Altaïde a largement contribué à révolutionner le métier de la chasse de têtes.

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• Nouvelle-Aquitaine Finance mag fait le tour des initiatives innovantes de la finance en région, pour fédérer les écosystèmes locaux. À chaque édition des Clés de la finance sont remis le trophée #Fintech et le trophée #Finance solidaire régionaux : pour la première édition en Nouvelle-Aquitaine, le 13 mai 2019, les fintechs bordelaises Obvy et Solylend ont été récompensées. ©©Marie-Lou Poirrier

Trophées Nouvelle-Aquitaine Obvy, Trophée #Fintech Nouvelle-Aquitaine

La solution de paiement anti-arnaques Obvy a été choisie par le jury du trophée #Fintech de la région Nouvelle-Aquitaine. D’origine bordelaise, la Fintech s’est lancée en 2017 sur un marché qui explose : l’économie circulaire, et notamment le commerce entre particuliers. Avec 70 millions de transactions réalisées chaque année par plus de 31 millions de Français et trois quarts des remises d’objets achetés en main propre avec son lot d’arnaques (vols, faux chèques, négociations non prévues…), le fondateur d’Obvy, Charles-Henri Gougerot-Duvoisin, a matière à déployer sa solution. Son ambition est de faire en sorte que tous les particuliers qui achètent sur des sites de vente arrêtent de se faire arnaquer. Pour cela, il a développé une solution de séquestre, une fonctionnalité peu connue en France, contrairement aux États-Unis : l’opération vise à conserver les fonds, le temps du processus de vente et de la livraison du produit acheté. Aujourd’hui, la vision d’Obvy est claire : tout d’abord démocratiser le séquestre et en faire un moyen de paiement grand public, répondant à tous les besoins de garantie et d’encadrement pour les nouveaux usages de consommation. Et ensuite de créer un outil de séquestre à disposition des professionnels, notamment les banques et autres institutions financières, qui puisse absorber leurs fonctionnalités. L’objectif à terme ? Devenir une caisse de dépôt digitale pour tous les acteurs de la vie économique. Ludovic Favarette, alors Directeur Développement Ressources Humaines, Innovation et Transformation à la Banque Populaire Aquitaine CentreAtlantique, président du jury #Fintech, raconte ce qui les a séduits dans le concept d’Obvy : « Sécuriser les achats entre particuliers est une approche vraiment intéressante dans notre société où la défiance ne cesse de croître. » Selon lui, Obvy deviendra rapidement un incontournable du paiement et fait partie de ces fintechs que tous les acteurs de la finance et de l’innovation devraient suivre avec attention et avec qui collaborer. •

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- n°1 - juillet-août-septembre 2019

Solylend, Trophée #Finance solidaire Nouvelle-Aquitaine

La plateforme de crowdfunding dédiée aux projets d’innovations sociales et solidaires a été nommée pour le trophée #Finance solidaire de Nouvelle-Aquitaine. La startup d’origine bordelaise est née en 2017, à la suite d’une expérience professionnelle de son fondateur Nicolas Pereira. C’est lors d’un séjour en Afrique où il travaille sur des projets d’accès à l’énergie en zones rurales, qu’il se rend compte des écarts de développement entre l’Europe et l’Afrique, pourtant continents voisins, et de l’enjeu crucial qu’est l’accès aux financements pour les projets africains. Nicolas Pereira comprend alors que « nous avons tous la possibilité d’agir mais qu’il faut s’appuyer sur des leviers concrets ». Il crée alors Solylend : une plateforme qui permet de financer des projets par le prêt. Il décide dans un premier temps de faire financer des projets fléchés vers l’Afrique : en deux ans, l’équipe récolte plus de 1,5 million d’euros pour financer l’accès à l’eau, à l’énergie, le développement de l’agriculture et de l’habitat pour les porteurs de projets. Depuis 2018, Solylend finance également des projets à impact positif en Europe, essentiellement sur des problématiques de transition écologique. La plateforme vient notamment de récolter 80 000 euros pour la société de scooters électriques bordelaise Yego, qui agit pour une mobilité plus durable. L’objectif à terme ? Redonner le pouvoir à l’épargne de chacun en permettant d’investir dans des projets avec un impact ­positif. Président de l’association Bordeaux Place Financière et Tertiaire et du jury du trophée #Finance solidaire, Jean-Marc Jay rappelle le coup de cœur du jury pour la simplicité et le pragmatisme de la plateforme. Il ajoute que « L’ambition de Solylend fait réfléchir sur cette question que nous nous posons tous : « Qu’est-ce qui est essentiel de partager ? ». Les entreprises de la finance ont des responsabilités envers la société, nous recherchons nous aussi notre raison d’être ». •


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Finance Mag numéro Juillet - Août - Septembre  

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