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N O 27, 25 AVRIL 2014

ÉDITION FR ANÇAISE

Fédération Internationale de Football Association – depuis 1904

COLLINA L’impartial

FIDJI LA LIGUE DES CHAMPIONS EN OCÉANIE

NIKO KOVAC LA NOUVELLE CROATIE

COLOMBIE GARCÍA MÁRQUEZ ET DI STEFANO W W W.FIFA.COM/ THEWEEKLY


DANS CE NUMÉRO

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Amérique du Nord et centrale 35 membres www.concacaf.com

Pierluigi Collina Un arbitre peut-il devenir une star ? Quelles sont les qualités indispensables ? Comment l’homme en noir peut-il gérer la pression tout au long de sa carrière ? À sept semaines du coup d’envoi de la Coupe du Monde, nous nous sommes entretenus avec celui qui a révolutionné le travail des arbitres : l’Italien Pierluigi Collina.

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Les billets pour la Coupe du Monde Colorés, clairs, simples à utiliser : les billets d’entrée dans les stades de la Coupe du Monde au Brésil sont arrivés. Découvrez tout ce que vous avez besoin de savoir sur votre précieux morceau de papier.

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 S epp Blatter “Il faut laisser une place aux talents locaux”, déclare le Président de la FIFA au sujet du nombre d’étrangers qui jouent dans une équipe. “Il n’est pas trop tard pour recommencer à discuter sérieusement de l’idée de la règle du 6 + 5.”

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Le Tournant En décidant de partir en voyage de noces, Jean-Paul Brigger a mis sa carrière en péril en 1979. “Tu peux repartir tout de suite !”, s’est-il entendu dire à son retour de lune de miel. Une conversation a permis d’éviter que les choses ne tournent mal.

Amérique du Sud 10 membres www.conmebol.com

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Carlos Tévez Un chanteur de tango veut convaincre le sélectionneur argentin de prendre l’attaquant dans l’équipe nationale.

Coupe du Monde 2014 : Groupes A à C

Collina La photo de couverture avec notre protagoniste a été prise en 2009. Pierluigi Collina avait pris la pose dans un hôtel du Piémont italien.

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Groupe B

Groupe C

Brésil

Espagne

Colombie

Croatie

Pays-Bas

Grèce

Mexique

Chili

Côte d’Ivoire

Cameroun

Australie

Japon

T H E F I FA W E E K LY

Cover: Elio Carchidi

Groupe A


L A SEMAINE DANS LE MONDE DU FOOTBALL

Europe 54 membres www.uefa.com

Afrique 54 membres www.cafonline.com

Asie 46 membres www.the-afc.com

Océanie 11 membres www.oceaniafootball.com

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Reportage Découvrez pourquoi la Ligue des Champions d’Océanie est si importante aux yeux des membres de cette confédération.

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Bundesliga L’entraîneur Huub Stevens essaie d’insuffler de l’énergie au VfB Stuttgart dans la lutte pour le maintien en première division allemande.

Niko Kovac Le sélectionneur de la Croatie croit son équipe capable de tenir tête au Brésil lors du match d’ouverture de la Coupe du Monde.

Coupe du Monde 2014 : Groupes D à H

Inhalt: Getty Images (3), imago

Groupe D

Groupe E

Groupe F

Groupe G

Groupe H

Uruguay

Suisse

Argentine

Allemagne

Belgique

Costa Rica

Equateur

Bosnie-Herzégovine

Por tugal

Algérie

Angleterre

France

Iran

Ghana

Russie

Italie

Honduras

Nigeria

USA

République de Corée

T H E F I FA W E E K LY

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À DÉCOUVERT

Patience et succès

P

Mark Kolbe / Getty Images

ierluigi Collina a l’habitude des répétitions. L’ancien arbitre de classe mondiale a sans cesse dû se prononcer pour des remises en jeu, des penalites ou des coups francs. Mais il n’avait sans doute encore jamais eu l’occasion de recommencer la même discussion. Les enregistrements ont joué un tour à notre collaboratrice Doris Ladstaetter. “Merci de ne pas avoir perdu patience au cours de cette interview. C’est certainement ce qui a fait de vous le plus célèbre des arbitres.” Collina pose une question à son tour : “Je peux être honnête ? Ça n’a pas été facile.” Rien n’a été simple. Son chemin vers le succès a été compliqué, mais il a surtout eu du mal à rester patient sur le terrain. La médaille que le président de la FIFA Sepp Blatter lui a remise après la finale de la Coupe du Monde de 2002, était l’équivalent “pour un arbitre, d’un titre mondial pour un joueur”. Elle a récompensé ses efforts.

L

e parcours du représentant océanien vers la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA 2014, qui aura lieu en décembre au Maroc, aura été aussi pénible que joyeux . Elio Stamm s’est intéressé aux Fidji, où la Ligue des Champions de l’OFC a réuni douze équipes réparties en trois groupes. Disputées au meilleur des deux manches, les demi-finales livreront leur verdict dans quelques jours. Le favori reste Auckland City, qui a déjà participé cinq fois à la Coupe du Monde des Clubs.

C

’est sans rêver des mers du Sud que Nico Kovac, sélectionneur de l’équipe de Croatie, se rend au Brésil. L’ancien milieu de terrain aimerait faire un pied de nez au pays organisateur lors du match d’ouverture. “J’ai tenté de faire comprendre à mes joueurs que le collectif était primordial. C’est toujours la même chanson”, déclare le sélectionneur.

Il y a six mois, il se rendait au Siège de la FIFA à Zurich pour connaître son adversaire pour les play-offs des qualifications pour le mondial (l’Islande) ; aujourd’hui, il se prépare à entonner l’hymne de la Coupe du Monde.

D

ans sa tribune hebdomadaire, le président de la FIFA Sepp Blatter demande : “Protégez les équipes nationales !” La règle du 6 + 5 mérite qu’on s’y intéresse à nouveau sérieusement : elle prévoit l’obligation pour chaque club de débuter le match avec au moins six joueurs pouvant être sélectionnés en équipe nationale du pays. Å Perikles Monioudis

Ligue des Champions à Lautoka (Fidji) La victoire est synonyme de participation à la Coupe du Monde des Clubs de la FIFA. T H E F I FA W E E K LY

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COLLINA

“JE PENSAIS AUTREMENT”

Quelles sont les qualités d’un bon arbitre ? À en croire Pierluigi Collina, il doit être authentique. Pour nous, l’Italien revient sur son étonnant parcours.

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T H E F I FA W E E K LY


Katrin Binner

COLLINA

T H E F I FA W E E K LY

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COLLINA

Propos recueillis par Doris Ladstaetter

Pierluigi Collina, comment un arbitre devient-il une star ? Pierluigi Collina : J’ai bien peur de ne pas savoir quoi vous répondre.

Vous êtes le seul et unique arbitre de l’histoire à être devenu une vraie vedette. Vous devez bien avoir un conseil à donner à vos collègues qui s’apprêtent à diriger la Coupe du Monde au Brésil ? Personnellement, j’ai toujours essayé de faire mon travail aussi sérieusement et consciencieusement que possible.

Vous avez été élu “arbitre de l’année” six fois consécutivement, ce qui constitue un record. Qu’avez-vous fait mieux que les autres ? Je me suis toujours comporté de manière très professionnelle. J’en ai peut-être fait plus que ce qui était nécessaire. À la fin des années 90, un arbitre devait simplement connaître les règles et être en bonne condition physique. C’est tout ce qu’on lui demandait. Mais je voyais les choses autrement. Avant un match, je récoltais toutes les informations possibles au sujet des équipes et des joueurs. Avant la finale de la Coupe du Monde au Japon et en Corée du Sud 2002, j’ai passé la majeure partie de mon temps dans ma chambre d’hôtel avec mon équipe, pour regarder des vidéos des équipes engagées. J’ai étudié leurs mouvements, leurs particularités, leurs combinaisons et j'en discutais ensuite avec mes collègues. Bien connaître quelque chose permet de ne pas être surpris.

Un bon arbitre ne doit donc jamais se laisser surprendre ? En aucun cas. Un bon arbitre a toujours un temps d’avance sur le match. Il doit anticiper le déroulement du jeu. Seul un arbitre qui sait ce qui va se passer sera en mesure de se trouver au bon endroit, de voir les bonnes actions et donc de siffler correctement. Un arbitre qui ne fait que suivre le match finit par ne plus voir ce qui se passe sur le terrain.

Comment réagissiez-vous dans un tel cas ? Je faisais mon analyse personnelle et me demandais pourquoi j’avais pris cette mauvaise décision. Toute erreur a son explication. Pourquoi ai-je fait cette erreur ? Est-ce que j’étais mal préparé ? Voilà ce que je me demandais. Ensuite, le principal est d’oublier cette faute. Il ne faut pas se laisser submerger par le fait de prendre de mauvaises décisions. Il est extrêmement important de revenir encore plus fort sur le terrain.

Un bon arbitre est-il tolérant ou sévère ? Un bon arbitre est juste. J’ai toujours accordé beaucoup d’importance au fait donner le meilleur de moi-même et de me montrer cohérent envers tout le monde. Je suis convaincu qu’un bon arbitre doit absolument faire preuve de ces qualités.

Un bon arbitre présente-t-il des excuses ? Pourquoi devrais-je m’excuser ? Les excuses ont un sens quand on fait quelque chose intentionnellement. Là, je fais de mon mieux et j’essaye de prendre la bonne décision, mais il s’avère qu’elle est parfois mauvaise.

Quelles mauvaises décisions avez-vous regretté ?

Quelle est votre plus grande qualité ?

Regretter n’est pas le bon mot. Il serait plus juste de dire que certaines décisions m’ont fait de la peine.

Je ne ménage pas mes efforts pour réaliser mes objectifs et je donne toujours le meilleur de moi-même.

“Chaque erreur a son explication.”

D éc i s io n s d ’a r bi t re s su r p rena n t e s d e 1930 à 19 66 1930 URUGUAY

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Prématuré : pour des raisons qui restent inconnues, l’arbitre brésilien Almeida Rego a sifflé la fin du match entre l’Argentine et la France (1:0) six minutes trop tôt. Face aux protestations véhémentes des joueurs français, il a fini par rappeler les joueurs sur le terrain… alors que certains étaient déjà sous la douche.

1930 URUGUAY Diplomate : le Belge John Langenus s’est vu confier la lourde responsabilité d’arbitrer la finale de la première Coupe du Monde. La polémique commence avant même le coup d’envoi : chacune des équipes veut jouer avec son propre ballon. L’homme en noir coupe la poire en deux. Le ballon argentin est utilisé en première mitemps, l’uruguayen en seconde. T H E F I FA W E E K LY

Getty Images (6)

La tâche des arbitres n’a rien d’une sinécure. Lorsqu’ils font un bon match, ils passent totalement inaperçus. S’ils commettent une erreur qui pèse sur le résultat, ils restent à jamais dans l’histoire. Pourtant, il leur arrive aussi de prendre des décisions qui révolutionnent le football. Nous avons réuni pour vous les anecdotes les plus improbables et les plus étonnantes de l’histoire de l’arbitrage en Coupe du Monde.


COLLINA

Certains arbitres n’y parviennent pas et doivent quitter leurs fonctions. Dans tous les domaines, on trouve des personnes qui gèrent plus ou moins bien le stress. Mais celui qui arbitre un match à un certain niveau a déjà prouvé qu’il était capable de prendre la mesure de cette pression.

Comment vous détendiez-vous lorsque vous saviez que vous alliez arbitrer un match important devant 80 000 spectateurs prêts à scruter vos moindres faits et gestes, mais aussi devant des milliards de téléspectateurs ? Il est absolument crucial de ne pas être dans cet état d’esprit. Un arbitre doit apprendre à ne pas donner plus de signification qu’il n’en faut à une rencontre, quelle qu’elle soit. J’ai toujours essayé d’aborder chaque match comme un match tout à fait normal, mais aussi d’arbitrer chacun d’entre eux comme si c’était une finale de Coupe du Monde. Ce dernier aspect est cependant plus difficile à respecter. En bonne compagnie Ronaldinho (à g.) et Juliano Belletti (FC Barcelone) avec Collina (Stamford Bridge, Chelsea, 8 mars 2005).

Mentalement, le travail doit être assez énorme.

Lorsqu’un joueur rate un penalty, il est réconforté par ses coéquipiers. Quand 10 000 personnes dans un stade conspuent l’arbitre, ce dernier est absolument seul.

C’est vrai qu’un arbitre doit avoir la peau dure. C’est même une des conditions pour pouvoir faire ce métier. En son for intérieur, il faut être capable de prendre de la distance entre sa propre personne et ce qui se passe ou peut se passer sur le terrain afin de s’en sortir sans dommages. Il faut en tout cas être capable de gérer le stress quotidien.

J’ai toujours essayé de me concentrer au maximum. Il m’est déjà arrivé d’arbitrer un Manchester United - Real Madrid le mercredi, puis une rencontre de Serie B italienne trois jours plus tard. Il est très facile de trouver la concentration pour une grande affiche. En revanche, trouver les ressources nécessaires pour la deuxième division, c’est plus compliqué. C’est sur cela que j’ai dû travailler.

ITALIE 1934

1962 CHILI

1966 ANGLETERRE

Votre principal défaut ? (Collina réfléchit) J’ai du mal à reconnaitre mes erreurs.

Surveillé : le dictateur italien Benito Mussolini a utilisé la Coupe du Monde 1934, organisée dans son pays, pour faire la promotion du fascisme. L’arbitre suédois Ivan Eklind a dirigé la finale entre l’Italie et la Tchécoslovaquie dans des circonstances particulières : la rencontre s’est jouée dans le Stade National du Parti Fasciste, devant 50 000 spectateurs.

Guerrier : le Chili et l’Italie se sont livré une véritable guerre sur le terrain. Au milieu de cette bataille rangée, Ken Aston s’est efforcé de faire régner un semblant d’ordre. L’arbitre a dû renvoyer deux Italiens au cours de la rencontre, dont un victime d’une fracture du nez. Quelques années plus tard, l’Anglais est entré dans l’histoire du football en inventant les cartons jaunes et rouges.

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Rébellion : après avoir distribué cinq avertissements lors du match entre l’Angleterre et l’Argentine, Rudolf Kreitlein a eu la mauvaise idée d’expulser Antonio Rattín pour insultes. Arguant que l’homme en noir ne comprenait pas l’espagnol, le capitaine argentin a tout simplement refusé de quitter le terrain. Après dix minutes d’interruption, il a finalement dû être escorté hors de la pelouse par des policiers. 9


COLLINA

Qui est meilleur acteur, le joueur ou l’arbitre ? L’arbitre ne doit pas être acteur, il doit être authentique. Lorsqu’il se met à jouer un rôle et à faire comme s’il était quelqu’un d’autre, ça se voit tout de suite.

Quel est le pire comportement d’un joueur sur le terrain ?

Vous avez été placé sous protection policière en Italie, comme un juge qui enquêterait d’un peu trop près sur la guerre des gangs ? Oui. Ça n’a pas été une expérience particulièrement réjouissante. Ce n’est pas agréable de sortir de chez soi accompagné constamment de deux policiers.

Sans aucun doute la simulation, l’obtention d’un résultat par la tromperie. C’est de la triche, non seulement envers l’arbitre et l’adversaire, mais aussi envers le supporter. Fausser un résultat n’a rien à voir avec la victoire. Ce sujet mériterait plus d’attention.

Les responsables n’ont jamais été trouvés. Les menaces ont fini par cesser. Mais il est triste de voir que de telles choses arrivent également dans le monde du football.

On imagine qu’il est parfois difficile de garder son sang-froid, quand on voit un joueur se rouler au sol pour la troisième fois en simulant ?

Vous êtes certes devenu une célébrité grâce à votre sifflet, mais vous aviez également un autre travail. À l’époque, les arbitres n’étaient pas professionnels en Italie, comme dans la plupart des pays d’ailleurs.

Non, il faut absolument garder le contrôle de ses nerfs. En revanche, il faut avertir le joueur.

Il y a dix ans, lorsque je vous ai contacté pour une première interview, votre numéro était encore dans l’annuaire. Depuis, il est devenu bien plus compliqué de retrouver votre trace. Je sais et croyez bien que je le regrette. Mais les circonstances ont rendu cette évolution nécessaire.

Qui vous a menacé ?

J’étais effectivement conseiller financier indépendant auprès d’une banque pendant plusieurs années. C’était un métier relativement simple à combiner avec mon activité d’arbitre.

Sur le terrain, un arbitre doit être en aussi bonne condition que les joueurs. Une étude a

Quelles circonstances ?

montré qu’un footballeur court entre dix et onze kilomètres par match, contre dix à douze pour un homme en noir. Avec la différence notable qu’un joueur s’entraîne tous les jours, tandis que certains arbitres travaillent dans un bureau. Est-ce normal ? Les arbitres ont besoin de temps pour se préparer, physiquement et mentalement. Dans la plupart des pays, les arbitres sont payés au match. Cette rémunération est plus ou moins importante selon les pays. Mais ce qui est important, c’est qu’un arbitre puisse prendre le temps nécessaire afin de se préparer de manière optimale en vue d’un match. Ça commence bien avant la rencontre et naturellement, tout le temps dont un arbitre a besoin pour une préparation optimale doit être payé en conséquence.

Vous avez 54 ans et semblez toujours en très bonne forme. J’essaie de rester en forme. Ce n’est pas toujours facile avec tous les voyages que je fais. Il ne faut pas croire que l’on se laisse aller une fois qu’on arrête. Mais j’habite au bord de la mer et j’adore faire du jogging sur la plage.

“Je pourrais encore arbitrer des matches de haut niveau aujourd’hui.”

J’ai malheureusement eu la désagréable surprise de recevoir des menaces anonymes en forme de balles de pistolet. Je me suis donc retrouvé sous la protection de la police, qui me suivait partout.

D éc i s io n s d ’a r bi t re s su r p rena n t e s d e 19 66 à 2010 1986 MEXIQUE Divin : en quart de finale, le Tunisien Ali Bennaceur n’a pas vu que Diego Maradona s’était aidé de la main pour tromper le portier anglais Peter Shilton. Le but a donc été validé. Le Pibe de Oro a fourni par la suite à son geste une explication désormais célèbre en parlant de la “Main de Dieu”.

1966 ANGLETERRE

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Plongeons : si la victoire du pays hôte en huitième de finale face à l’Italie reste l’une des plus grosses surprises de l’histoire de la compétition, la performance de l’arbitre équatorien Byron Moreno n’a pas fait que des heureux. Il a notamment expulsé Francesco Totti pour une simulation imaginaire, le capitaine italien ayant en réalité été déséquilibré. T H E F I FA W E E K LY

Getty Images (8)

2002 CORÉE/JAPON

Controverse : après 90 minutes de jeu, l’Angleterre et la RFA étaient à égalité (2:2). Pendant la prolongation, une frappe anglaise détournée par la transversale a rebondi près de la ligne de but. Devant ou derrière ? L’arbitre Dienst s’est empressé de consulter son assistant, le Soviétique Tofik Bakhramov, lequel ne parlait que le russe. Le but a finalement été validé, devenant le plus célèbre des buts controversés : le fameux “but de Wembley”.


COLLINA

Avertissement Paul Ince (Angleterre, à d.) voit jaune contre la Suède à l’Euro (1:2, le 5 septembre 1998).

Empathie Collina aux côtés de Stefan Effenberg (Bayern Munich) après sa défaite 2:1 en finale de la Ligue des Champions contre Manchester United (Barcelone, 26 mai 1999).

Vous êtes dorénavant le chef de la commission des arbitres de l’UEFA. Cela engendre-til une certaine concurrence avec d’anciens collègues comme Massimo Busacca, qui gère le département d’arbitrage de la FIFA ?

Pas du tout. Massimo et moi avions, et avons toujours, une relation remarquable. Avant, il nous arrivait même de partir en vacances ensemble avec nos familles. Cela nous permet d’échanger plus facile-

2006 ALLEMAGNE

ment aujourd’hui et j’en suis très heureux.

Existe-t-il encore des failles à combler dans les règles d’arbitrage ? Il y a de petites failles.

2010 AFRIQUE DU SUD

Avalanche : le Russe Valentin Ivanov a établi un triste record le 25 juin 2006. Lors du huitième de finale entre le Portugal et les Pays-Bas, il a distribué 16 cartons. Il a ainsi expulsé quatre joueurs pour accumulation de cartons jaunes – du jamais-vu jusque-là.

Modernité : le trio uruguayen s’est retrouvé sous le feu des projecteurs lors du huitième de finale entre l’Allemagne et l’Angleterre. Après avoir heurté la barre, une frappe anglaise a rebondi nettement au-delà de la ligne… sans que les hommes en noir ne le remarquent. Ce but aurait remis les deux équipes à égalité (2:2). Suite à cette rencontre, la FIFA a décidé d’introduire la technologie sur la ligne de but.

2006 ALLEMAGNE Mathématiques : le Croate Josip Simunic a reçu trois cartons jaunes avant que l’arbitre anglais Graham Poll ne se décide enfin à l’expulser. Averti en début de rencontre, le défenseur a écopé d’un nouvel avertissement à la 90ème minute, sans pour autant devoir quitter le terrain. Ce n’est qu’après le coup de sifflet final que l’arbitre, réalisant son erreur, a enfin vu rouge. T H E F I FA W E E K LY

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COLLINA / PORUMBOIU

“Préserver la fluidité du jeu” “ T HE SECOND G AME” (Al doilea joc), Réalisation : Corneliu Porumboiu, Avec : Corneliu Porum boiu, Adrian Porumboiu, documentaire, 97 min, sous-titres anglais, Roumanie 2014. L'arbitre Adrian Porumboiu débute sa carrière en 1976 avant de faire en 1984 ses premiers pas en premiè re division roumaine. Deux ans plus tard, il intègre l'équipe de la FIFA . Il met fin à sa carrière en 1997. Photo : Adrian Porumboiu, (à g.) ; Dinamo - Steaua, 0:0, 3 décembre 1988 (à dr.)

Perikles Monioudis

Exercer le métier d'arbitre en Roumanie avant la chute du Mur : dans le film “The Second Game” sorti cette année sur les écrans, Adrian Porumboiu, ancien homme en noir, et son fils, le réalisateur Corneliu Porumboiu, reviennent sur cette période. Pâques 2013, le réalisateur roumain Corneliu Porumboiu, récompensé en 2006 à Cannes par la Caméra d’Or, rend visite à ses parents avec dans ses bagages le DVD du match opposant le Dinamo Bucarest au Steaua Bucarest. Il aimerait revoir avec son père cette rencontre organisée le 3 décembre 1988 sur la pelouse du stade Étienne le Grand, le domicile du Dinamo, et qui a bien failli être annulée à cause de la neige. Les deux hommes ont déjà suivi ensemble des centaines de rencontres à la télévision. Mais cette fois-ci, les choses sont différentes. Corneliu discute avec son père d'un match dirigé par ce dernier à une époque aujourd'hui révolue. Il enregistre leur conversation et fait un montage avec la vidéo du match. Résultat : un documentaire passionnant de 97 minutes qui nous parle de la relation entre un père et son fils. Mais “The Second Game” est également un film sur le métier d'arbitre : “Qu’est-ce qui

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t’a poussé à siffler le coup d’envoi ?” La conversation s'ouvre sur cette question. À l'image, on voit la tempête de neige et la pelouse recouverte d’une pellicule blanche sur laquelle les joueurs tentent tant bien que mal de se réchauffer. Parmi eux, de grands noms du football roumain comme le jeune Dan Petrescu, Marius Lăcătuș, Ilie Dumitrescu, Gheorghe Hagi (Steaua), le célèbre gardien Bogdan Stelea, Ioan Lupescu, Dorin Mateuț ou encore Dănuț Lupu (Dinamo), pour ne citer qu'eux. Adrian Porumboiu répond  : “Avant le match, il a neigé sans interruption. Je suis sorti des vestiaires à trois reprises pour vérifier que le terrain était praticable. Le ballon devait rebondir sur le sol, il ne fallait pas qu’il s’enfonce. Mais le plus important, c’était la visibilité. On devait pouvoir voir les buts depuis la ligne médiane.” Corneliu poursuit l’interview : “Le match était retransmis en direct à la télévision. Que se serait-il passé si le coup d’envoi n’avait pas été sifflé  ?” “Ça n’aurait posé aucun problème. J’aurais tout aussi bien pu annuler le match.” “L’équipe de l’armée affrontait celle de la police, n’est-ce pas ?” “En réalité, c’était l’équipe de l’armée contre celle de la police secrète. Mais la police et la police secrète étaient dans le même camp. L’équipe de l’armée était bien plus que ça, c’était aussi l’équipe favorite de Ceaușescu.” “Tu avais peur avant de diriger ce genre de rencontres ?” “Non. Ils ne pouvaient rien me faire. S’ils avaient quelque chose contre toi, ils l’utilisaient.

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Dans ce cas, tu n’étais plus arbitre, tu étais leur esclave. Tu étais contraint d’exécuter leurs ordres.” “Lors de ce genre de matches”, poursuit Adrian Porumboiu, “tout le monde savait ce qu’il y avait à savoir. Ils savaient tout de ta vie, sans exception. Il me semble qu’à un moment, j’ai été l’arbitre qui avais dirigé le plus grand nombre de matches de ce type. Lors du premier, je n’avais que six rencontres de première division à mon actif. En me choisissant, ils avaient opté pour un arbitre qui n’était pas encore connu. Le Dinamo et le Steaua ne savaient pas qui j’étais. Après ça, les responsables des deux équipes m’ont rendu visite... je ne parle pas ici d’un cadre officiel ou même respectable.” Corneliu Porumboiu l'interroge au sujet d’un tacle apparu à l'image : “Jeu dangereux ?” “Non”, se hâte de répondre son père. “Tu donnes souvent l’avantage, tu laisses jouer”, fait remarquer Corneliu. “L’arbitre a pour mission de préserver la fluidité du jeu”, explique Adrian, “mais aujourd’hui, les règles ont changé. Tu peux d’abord donner l’avantage et ensuite, si tu vois que l’avantage ne débouche sur rien au cours des secondes suivantes, tu siffles coup franc. Avant, l’arbitre devait courir le risque de commettre une erreur.” Dans “The Second Game”, on découvre que les arbitres de l'époque couraient également des risques bien plus importants. Å


COLLINA

Pouvez-vous en citer une ? Imaginons qu’un joueur commette une faute et soit sanctionné. Cette faute a blessé un joueur de l’équipe adverse, qui doit quitter le terrain afin de se faire soigner. Dès que ce joueur est hors des limites du terrain, le jeu reprend. Mais l’équipe qui a commis la faute se retrouve avec un joueur de plus. En termes d’équité sportive, ce n’est pas correct. L’équipe fautive se retrouve en quelque sorte récompensée parce qu’elle peut continuer avec un joueur de plus. Pour rendre tout cela équitable, il faudrait modifier la règle afin que le joueur qui a commis la faute ne puisse pas reprendre le match tant que le joueur blessé n’est pas revenu sur le terrain.

Pourquoi autant d’arbitres n’observent-ils pas correctement les touches ? Seule une petite minorité de joueurs a les deux pieds au sol et les mains derrière le reste du corps au moment de lancer le ballon.

Les règles concernant les touches sont très claires. Mais un arbitre n’est peut-être pas toujours aussi sévère parce que cette phase de jeu n’est pas considérée comme décisive.

Un bon arbitre doit donc également faire preuve d’une grande intelligence afin de pouvoir interpréter et appliquer correctement des règles écrites. Oui, en effet.

De plus, un bon arbitre doit pouvoir parfaitement se contrôler, mais aussi se montrer compréhensif envers les erreurs des autres. C’est exact.

Un bon arbitre doit-il donc être un fin psychologue ? C’est un peu exagéré. Mais il est vrai que l’arbitre doit avoir une très bonne connaissance de l’esprit humain. Il faut qu’il sache

Nom Pierluigi Collina Date et lieu de naissance 13 février 1960, Bologne (Italie) Arbitre de la FIFA 1995 – 2005 Principaux matches arbitrés Finale de la Coupe du Monde 2002, finale de la Ligue des Champions 1999, finale de la Coupe de l'UEFA 2004 Activité actuelle Chef de la commission des arbitres de l'UEFA Distinctions Arbitre mondial de l'année six fois de suite (1998 – 2003)

interpréter le langage corporel et se comporter de manière adéquate. Par exemple, lorsque je m’approche trop près d’un joueur et que, peut-être, je le touche, je pénètre dans sa sphère privée. Il y a de fortes chances que je provoque une réaction inverse à celle que je souhaite. C’est pourquoi je m’abstiens de m’approcher trop près des joueurs.

Avez-vous étudié la psychologie ? Non, j’ai étudié l’économie. Mais j’ai lu quelques livres sur le sujet.

Un arbitre peut-il se permettre de se montrer sensible ? Oui, dans la mesure où être “sensible” ne conduit pas à l’isolement. Mais si par “sensibilité”, vous entendez le fait qu’un arbitre puisse faire preuve de passion, alors c’est même une obligation pour lui d’être sensible.

Pouvez-vous nous expliquer pourquoi quelqu’un peut développer toutes ces qualités pour un salaire relativement maigre, mais aussi accepter d’être confronté régulièrement à un stress psychologique extrême ? Arrêtez donc de parler uniquement des difficultés auxquelles un arbitre fait face. Ce métier a aussi des avantages et les bons moments sont nombreux. J'ai côtoyé de grands joueurs sur le terrain et j'ai eu la chance d'arbitrer des matches magnifiques. En 2002, après la finale de la Coupe du Monde entre le Brésil et l’Allemagne, j’ai reçu une médaille de la part de Joseph Blatter, le Président de la FIFA. Pour un arbitre, c’est aussi important que le fait de lever le trophée pour un joueur.

Il est pourtant difficile de s’imaginer que quelqu’un puisse se lancer volontairement dans une carrière d’arbitre. Ce n’est pas mon cas non plus. Je jouais au foot et puis à 17 ans, des gens m’ont dit que j’avais un certain talent pour l’arbitrage. Ils trouvaient que j’avais l’extraordinaire capacité de prendre des décisions en un rien de temps et de les défendre également devant des joueurs plus âgés. Je suis aujourd’hui toujours reconnaissant envers ces personnes pour leurs conseils.

Merci de ne pas avoir perdu patience au cours de cette interview. C’est certainement ce qui a fait de vous le plus célèbre des arbitres. Katrin Binner

Je peux être honnête avec vous ?

Je vous en prie. Ça n’a pas été facile ! Å T H E F I FA W E E K LY

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LE S CHAMPIONN AT S À L A LOUPE

VU DES TRIBUNES L’autre Ligue des Champions Sven Goldmann est spécialiste du football au quotidien Tagesspiegel de Berlin.

Ces dernières semaines, le championnat allemand a perdu beaucoup de son intérêt. La faute en revient principalement au Bayern Munich. Lorsque le vainqueur est déjà connu à sept journées du terme de la saison, la compétition devient forcément moins attractive. Mais avant que cela ne nuise à sa visibilité vis-à-vis des autres grandes ligues européennes, la Bundesliga s’est rapidement créé un nouveau mini-championnat, une véritable Ligue des Champions… du bas de tableau. L’Eintracht Brunswick, le 1. FC Nuremberg, le Hambourg SV et le VfB Stuttgart, qui occupent les quatre dernières places du classement, ont tous été sacrés champions au moins une fois depuis la création de la Bundesliga en 1963. Ces équipes confèrent ainsi à la lutte pour le maintien un attrait qu’elle n’avait jamais connu jusqu’à présent. À trois journées de la fin, la situation la moins enviable est celle de Brunswick, promu en début de saison et actuellement lanterne rouge.

Ce n’est pas nécessairement étonnant, puisque le club n’a décroché le titre qu’une seule fois, il y a bientôt cinquante ans. Il s’agit là du plus mauvais bilan des quatre anciens champions. La 16ème place, synonyme de barrage aller-retour face au troisième de deuxième division, n’est toutefois qu’à deux points. Les joueurs ont le grand avantage de pouvoir jouer sans pression puisque tout le monde leur prédisait de toute manière une année très difficile au moment de leur accession à l’élite. Dernièrement, ils ont été à deux doigts d’arracher le nul face au Bayern. Ils se sont finalement inclinés 2:0, mais l’essentiel pour eux est maintenant de ramener des points de leur déplacement ce samedi sur la pelouse du Hertha Berlin, l’autre promu de la division. Juste devant Brunswick, Nuremberg se bat également pour conserver sa place en Bundesliga. Si les Franconiens comptent déjà neuf titres à leur palmarès, ils n’ont en revanche remporté qu’une seule de leurs neuf dernières rencontres. L’entraîneur Gertja Verbeek, arrivé en octobre dernier seulement, a donc dû faire ses valises alors que se profile l’antépénultième journée de championnat. Le problème de l’équipe se situe sur le front de l’attaque, où un seul homme semble capable de marquer des buts : le Suisse Josip Drmic. Cela n’a pas échappé aux concurrents du club, au premier rang desquels Mayence, qui se bat pour une qualification en Ligue Europa et accueillera Nuremberg ce week-end.

Hambourg, sacré à six reprises, n’a quant à lui plus aucun buteur à l’heure actuelle. PierreMichel Lasogga, artificier en chef de l’équipe et prêté par le Hertha, est en effet blessé jusqu’à la fin de la saison. Le HSV peut également se targuer d’avoir remporté la Coupe d’Europe des clubs champions en 1983 et d’être le seul club à avoir évolué sans interruption en Bundesliga depuis l’établissement de cette dernière. Dans la situation actuelle, la statistique qui compte le plus est cependant que le Dinosaure n’a plus gagné à l’extérieur depuis octobre 2013. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour les Hambourgeois quand on sait que dans la dernière ligne droite, ils vont se déplacer à deux reprises, chez l’étonnant Augsbourg et à Mayence pour la dernière journée. La seule rencontre à domicile n’aura en outre rien d’une sinécure, puisque c’est le Bayern Munich qui foulera la pelouse de l’Imtech Arena. Dans ces profondeurs du classement, le club qui a les meilleures cartes en main est indéniablement Stuttgart, six fois champion lui aussi. Avec sept points glanés lors des trois derniers matches, les Souabes ont quatre points d’avance sur Hambourg et pourraient bientôt quitter le cercle des candidats à la relégation. Le VfB doit cependant jouer encore deux fois à l’extérieur, à Hanovre ce vendredi et à Munich en clôture de la saison. Cette Ligue des Champions d’un autre genre est donc encore bien loin d’avoir livré son verdict. Å

Sombre avenir Heiko Westermann et le HSV s’inclinent 1:3 devant Wolfsbourg. La première relégation de l’histoire hambourgeoise, un cauchemar de plus en plus palpable. 14

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Oliver Hardt / Getty Images

Bundesliga


Colombie: Liga Postobón

Tous contre tous Jordi Punti est écrivain et auteur de nombreux articles sur le football dans les médias espagnols.

La dernière journée de la Liga Postobón a été marquée par le décès du grand écrivain colombien Gabriel García Márquez. Dans la plupart des stades, une minute de silence a été observée en hommage à ce héros national, qui a reçu le Prix Nobel de littérature. Les journalistes sportifs se sont attachés à rappeler les liens de Gabo avec le monde du football. Dans son autobiographie, Vivre pour la raconter, l’écrivain relate l’époque où le gamin qu’il était jouait gardien sur le terrain de son village. Il raconte aussi comment il a perdu sa vocation de portier à cause d’un ami attaquant : “Je suis devenu un bon gardien, mais (…) j’ai reçu un coup à l’estomac sur un tir très puissant de sa part qui a anéanti mes vaniteuses ambitions.”

Luis Ramirez / Getty Images

García Márquez avait consacré plusieurs articles journalistiques aux qualités des cyclistes colombiens, mais il avait peu écrit sur le football. Ces derniers jours, ils ont été nombreux à évoquer son unique récit dans lequel le football occupe une place centrale. Un ouvrage qui, au fond, rappelle une après-midi de 1950 lors de laquelle deux grands hommes se sont rencontrés à l’aube de leurs carrières respectives : García Márquez lui-même et Alfredo di Stefano. Supporter de Junior, club de Barranquilla, García Márquez assistait à un match où son équipe était opposée à Millonarios. La star de l’équipe de Bogotá était Di Stefano, alors âgé de 23 ans – comme l’écrivain. La Saeta Rubia (la flèche blonde) avait déjà remporté plusieurs championnats et allait faire du Real Madrid le premier champion d’Europe. Ce jour-là, pendant le match, García Márquez prêta attention à tous les détails, sur le terrain et dans les tribunes. Il écrivit ensuite un récit intitulé El juramento (le serment). Il y raconta comment il avait intégré la “fraternité des passionnés de football” comme on se convertit à une religion. En observant les joueurs, il aimait les comparer à des écrivains. Pour lui, le Brésilien Heleno de Freitas – joueur de Junior – aurait pu signer des romans policiers, fort de “son sens du calcul, de son sang-froid d’enquêteur et de ses dénouements à la fois rapides et surprenants”. Au sujet de Di Stefano, il écrivit

Auteur d’un doublé Dayro Moreno de Millonarios, l’homme du match face à Tolima (3:1).

que “s’il s’y connaissait bien dans un domaine, c’était bien la rhétorique.” Lors de ce match, Junior s’imposa 2:1 face à Millonarios. Junior – Millonarios, une affiche entre deux clubs riches d’une longue tradition, qui pourrait bien connaître un nouveau remake cette saison s’ils sont opposés dans le dernier carré de la Liga Postobón. Le weekend dernier, au terme de la dernière journée de la saison régulière, Millonarios et Junior se sont qualifiés pour la phase finale en prenant la deuxième et la troisième places. C’est Nacional qui a terminé en tête, même si cette pole position ne lui offre qu’un avantage limité. En effet, après un championnat très serré de bout en bout, il est bien difficile de dégager un net favori pour le titre. Chaque pays organise son championnat à sa façon. Le championnat colombien présente une forme de réalisme magique. Les 18 clubs engagés s’affrontent en aller simple au cours d’une phase régulière de 17 journées appelée todos contra todos. Une journée supplémentaire réservée aux clasicos régionaux vient s’insérer au niveau de la neuvième journée dans une volonté de créer le spectacle. Les huit premiers sont qualifiés pour une phase finale en matches aller-retour qui ouvre les portes de la grande finale. Par tradition, Nacional et Millonarios sont les deux grands favoris, même si le club de Bogotá possède davantage de ressources à l’heure actuelle pour se démarquer. Il dispose en effet du joueur le plus en verve du moment : Dayro Moreno. Meilleur buteur du championnat, il a signé un doublé lors de la victoire 3:1 face à Tolima dimanche dernier. Dayro Moreno, que T H E F I FA W E E K LY

beaucoup considèrent comme le complément ou le remplaçant de Falcao en sélection, a la bougeotte. Sur les dix dernières années, il a porté les couleurs de sept clubs différents. Passé par le Brésil, la Roumanie et le Mexique, il est systématiquement revenu à son alma mater, Once Caldas. Il semble pourtant que son contrat à Millonarios lui ait enfin permis de trouver une certaine sérénité. Même si les rumeurs vont toujours bon train quant à de possibles transferts, l’intéressé affirme vouloir rester. Le temps dira s’il disait vrai. L’aventure de Millonarios a également été pimentée par l’arrivée de l’entraîneur espagnol Juan Manuel Lillo. Passionné de la théorie footballistique, ami de Pep Guardiola et dévoreur de bouquins, Lillo a rapproché le club du style en vogue, avec un football basé sur le toque et la maîtrise du ballon. Cette métamorphose a parfois eu raison de la patience du public. Dubitative dans un premier temps, son équipe a acquis des automatismes et a progressé au fil des semaines au point de convaincre ses supporters. La phase finale pourrait donc donner lieu à une confrontation entre deux intellectuels du jeu. L’entraîneur de Nacional Juan Carlos Osorio possède une grande connaissance théorique du football et il a l’habitude de noter les moindres détails sur un cahier. Quant à Juanma Lillo, il verbalise souvent sa conception du football et n’hésite pas à verser dans l’aphorisme. “Le plus risqué, c’est de ne pas prendre de risques, donc pour éviter les risques, je vais en prendre”, a-t-il un jour déclaré en conférence de presse. Ou encore : “L’adversaire fait aussi partie de soi”. Ce n’est pas du García Márquez, mais ça y ressemble. Å 15


EN ROUTE POUR LE BRÉSIL : PLUS DE 48 JOURS

Les billets pour la Coupe du Monde sont arrivés Vendredi dernier, les premiers fans ont retiré leurs billets pour la Coupe du Monde. Au Brésil, l’enthousiasme est monté d’un cran. Carol Almiron

La

semaine dernière, l’ouverture des Centres de Billetterie sur Sites de la FIFA nous a proposé un avant-goût de la Coupe du Monde. La première journée a rassemblé des fans de tous âges et de tous horizons, visiblement ravis à l’idée de tenir enfin entre leurs mains l’objet de leur désir, la preuve matérielle que certains rêves se réalisent : un billet pour l’épreuve suprême organisée au pays des quintuples champions du monde. Impatients d’obtenir enfin ces petits morceaux de papier colorés, certains supporters sont arrivés sur place plusieurs heures avant l’ouverture des portes. Leur patience leur a valu d’être parmi les premiers à pénétrer dans les locaux, à Rio notamment. Sept matches auront lieu au célèbre stade Maracaña, dont la finale. Perdus dans la queue, les fans ont échangé 16

quelques anecdotes sur la Seleçao et ce sport qui, aux yeux du monde, est désormais indissociable de la culture brésilienne. Histoires de famille Joao Bosco Correia, 67 ans, a parcouru les 50 km qui séparent Queimados de Rio pour honorer une promesse. “Je suis arrivé tôt pour être le premier dans la file et retirer le cadeau que j’avais promis à ma fille. Elle aura 39 ans le 19 juin et elle m’a proposé qu’on aille voir un match ensemble. J’ai réussi à obtenir deux billets pour Espagne-Chili, la veille de son anniversaire.“ La famille perpétue donc une tradition inaugurée une génération plus tôt. À l’époque, le père de Joao, aujourd’hui âgé de 97 ans, s’était rendu en train de São Paulo à Rio pour voir le Brésil s’incliner face à l’Uruguay dans le match décisif de la Coupe du Monde 1950. ”Je suis heureux de marcher sur les traces de mon père en assistant à un match au MaraT H E F I FA W E E K LY

caña. J’espère juste que j’aurai plus de chance que lui !” Joao est toutefois devancé par Vanderson Balbino, 27 ans. Ce natif de Rio de Janeiro exhibe ses huit billets avec la fierté d’un homme prêt à s’embarquer dans une grande aventure avec son cousin. Celle-ci le mènera à Manaus, Fortaleza et Rio. “J’adore regarder jouer le Brésil et je ne sais pas si j’aurai à nouveau la chance de voir une Coupe du Monde dans mon pays. Je ne voulais surtout pas manquer ça.” Si la queue était un match, le pays hôte mènerait 2:1. En effet, notre troisième fan a fait un long voyage pour venir ici : 3000 km. L’Argentin Roman Devit a profité des vacances de Pâques pour se rendre à Rio et retirer ses billets. En juin, il quittera son pays pour arpenter le Brésil, sa Série de Billets Spécifiques à une Équipe en main. “Si tout se passe bien, ma série va durer très longtemps, jusqu’à ce que l’Argentine soit sacrée championne du monde. Si elle bat le Brésil en finale, ce sera encore plus beau”, lâche-t-il en souriant, comme pour illustrer la vive rivalité qui oppose toujours ces deux géants du football sud-américain. Les Centres de Billetterie sur Sites nous offrent également une belle image de la formidable solidarité entre les nationalités : un père argentin, une mère mexicaine et des enfants français. Tous ont enfilé le maillot de leur équipe nationale respective pour venir chercher leurs billets. Cette famille multinationale suivra les matches ensemble, unie par un même amour du sport qui transcende les barrières territoriales et politiques. “Ça ne va pas être facile pour le Mexique mais, quoi qu’il arrive, nous serons là pour soutenir tous ces pays”, annonce Maria Fernandez, la mère de famille. Å

Buda Mendes / FIFA via Getty Images

Premier arrivé, premier servi Vanderson Balbino tient ses billets pour la Coupe du Monde.


EN ROUTE POUR LE BRÉSIL : PLUS QUE 48 JOURS

→ http://www.fifa.com/worldcup

Faits à savoir sur les billets pour la Coupe du monde Du 18 au 27 avril, les Centres de Billetterie sur Sites de la FIFA de 10 des 12 villes hôtes seront ouverts le vendredi, le samedi et le dimanche. Le centre de Porto Alegre ouvrira ses portes le 2 mai et celui de Brasília dans le courant du mois de mai. À partir du vendredi 2 mai,

 1 Le numéro du match est surligné en haut à gauche. Dans l’exemple ci-dessous, Brésil– Mexique est le Match 17. Le numéro de chaque rencontre peut être trouvé dans le calendrier des matches.

les centres seront ouverts sept jours par semaine : Mais quels sont les aspects importants ? Et quelles informations peut-on trouver sur les billets ? Chaque billet comporte au total dix éléments d’information essentiels, conçus

pour aider les spectateurs du moment où ils arriveront au stade à celui où ils trouveront leur siège. À titre d’exemple, nous allons utiliser un billet pour le match de groupe entre le Brésil et le Mexique.

 4 L’heure du coup d’envoi

“106 A”, et accède à la tribune. Il reste alors au spectateur à trouver le rang et le numéro de siège qui correspondent à son billet, c’est-à-dire “C” et “1” respectivement sur le billet ci-dessous.

 5 Le nom et l’adresse du stade accueillant le match  6 Le nom imprimé de la personne qui a acheté le

10 Pour faciliter un peu plus le processus, cette

billet

 2 À coté du numéro du match, on trouve les informations sur la rencontre (dans le cas présent Brésil–Mexique). Pour des raisons évidentes, les noms des équipes sont donnés sur les billets uniquement pour les matches de groupe, comme sur le billet montré ci-dessous. Les billets pour les matches à élimination directe utilisent une combinaison de lettres et de numéros pour identifier les équipes impliquées. Par exemple, “1A v 2B” indique que le match opposera le vainqueur du Groupe A au deuxième du Groupe B, tandis que “W55 v W56” signifie que la rencontre opposera le vainqueur du Match 55 à celui du Match 56.

 3 La date du match

dernière section utilise un code de couleurs pour indiquer où se situe le siège. Tous les stades de la Coupe du Monde sont divisés en quatre zones principales, représentées en rouge, bleu, vert ou jaune. La petite flèche noire indique où le siège du détenteur du billet est situé. L’équipe des services aux spectateurs sera présente à l’extérieur des stades pour orienter les fans vers la bonne zone. En outre, le billet est également un guide de référence utile pour les spectateurs. Des informations importantes sont imprimées au dos du billet, y compris une liste des objets qui peuvent être emportés à l’intérieur du stade.

 7 La catégorie du billet  8 Le prix du billet  9 En donnant des informations générales et spécifiques pertinentes pour le détenteur du billet à la fois sur l’intérieur et l’extérieur du stade, cette section constitue un guide détaillé très pratique, notamment pour entrer dans le stade. Le billet Brésil–Mexique ci-dessous indique clairement que le spectateur doit utiliser l’entrée sud et ensuite, une fois à l’intérieur du stade, aller jusqu’à la Porte C. Une fois sur le parvis, face aux buvettes, le détenteur du billet cherche le bloc en question, dans le cas présent

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Nom Niko Kovač Date et lieu de naissance 15 octobre 1971, Berlin Parcours en tant que joueur Hertha Zehlendorf, Hertha Berlin, Leverkusen, Hambourg SV, Bayern Munich, Red Bull Salzbourg Parcours en tant qu’entraîneur Red Bull Juniors Salzbourg, Red Bull Salzbourg (entraîneur adjoint), Croatie U-21, Croatie Équipe nationale

Darko Bandic / A P

83 sélections, 14 buts

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L’ I N T E R V I E W

“Tout est possible lors du match d’ouverture” En 2009, l’ancien milieu de terrain du Bayern Munich Niko Kovač (42 ans) a tranquillement débuté une carrière d’entraîneur. Le succès ne s’est pas fait attendre puisqu’aujourd’hui, le Croate s’apprête à s’envoler pour le Brésil. Il sera le deuxième sélectionneur le plus jeune de la Coupe du Monde.

Niko Kovač, vous avez l’air très forme.

C’était un problème d’attitude ?

Quel rôle joue votre frère exactement ?

Niko Kovač : Merci. Je vais bien, c’est vrai. Je suis impatient que la Coupe du Monde commence.

Dans une certaine mesure. Tous les joueurs se sont battus, là n’est pas la question. Mais ils ne se sont pas battus de la bonne manière. J’avais l’impression d’avoir affaire à onze combattants solitaires. Lors du match aller des barrages, nous étions encore en difficulté. Mais sur notre pelouse, en Croatie, on a enfin réussi à se libérer. J’ai essayé de faire prendre conscience aux joueurs que ce qui comptait avant tout, c’était le collectif. Je n’ai rien inventé. Cette partie des qualifications pour la Coupe du Monde a été un moment magique.

Robert est la première personne à qui je m’adresse quand il y a un problème et que j’ai envie de parler. Nous sommes très proches.

Il y a cinq ans, vous faisiez vos débuts en tant qu’entraîneur sur le banc de l’équipe juniors du Red Bull Salzbourg. Depuis, votre ascension a été littéralement fulgurante. Le fait d’avoir été désigné entraîneur de l’équipe U-21 de Croatie, il y a un an, était déjà un grand honneur pour moi. C’est merveilleux de pouvoir travailler pour l’équipe de son propre pays. Aujourd’hui, me voilà sur le banc de touche de l’équipe nationale A, ce qui fait de moi le deuxième entraîneur le plus jeune de cette Coupe du Monde 2014 (Sabri Lamouchi, sélectionneur de la Côte d’Ivoire, a 25 jours de moins que Kovač, ndlr.). C’est un peu de la folie, ce qui m’arrive.

Qu’est-ce qui vous différencie de votre prédécesseur, Igor Stimac, qui a été limogé juste avant les barrages pour la Coupe du Monde ? Pendant la phase de qualification, l’équipe s’est laissée prendre dans une sorte de spirale négative. Il est difficile de mettre le doigt sur les raisons plausibles à un échec quand rien ne fonctionne. Par chance, l’équipe ne m’était pas totalement étrangère grâce à mon activité d’entraîneur de la sélection U-21. Mais la situation était compliquée. L’une de mes premières actions a été d’effectuer un voyage à travers l’Europe en compagnie de mon frère Robert, qui m’assiste. Nous voulions rencontrer les principaux joueurs, parler avec eux, essayer de comprendre ce qui se passait dans leur tête. C’était important pour moi. Ça nous a aidés à nous préparer pour le match contre l’Islande. Jouer au football, ils savent tous le faire. Ce qu’il fallait, c’était réactiver les ressources mentales de chacun.

Lors de la dernière participation de la Croatie à l’épreuve suprême, en 2006, vous vous trouviez sur le terrain. La pression est-elle plus importante aujourd’hui ? Je ne dirais pas qu’elle est plus importante, elle est différente. Pour un entraîneur, tout se joue au niveau mental. Je dois beaucoup réfléchir, je porte la responsabilité et je dois toujours tout avoir à l’esprit. Quand je rentre chez moi en voiture, je repense souvent aux entraînements et aux problèmes rencontrés. Quand j’étais joueur, c’était plus rare. Aujourd’hui, il est devenu encore plus important à mes yeux de ne pas mélanger le football et ma vie privée. C’est un véritable défi. Mon nouveau travail est passionnant, intense. Il arrive qu’à la fin d’un match, je sois aussi épuisé que si j’avais moi-même été sur le terrain.

Vous vivez en Croatie ? Non, je vis à Salzbourg avec ma famille. Ça me convient bien. Je peux me rendre rapidement en Croatie, que ce soit pour l’équipe nationale ou pour des raisons personnelles. La ville est très bien située.

Qu’est-ce que votre pays attend de cette Coupe du Monde ? Nous sommes dans une phase de développement. Malgré tout, je crois que nous sommes capables de créer la surprise au Brésil. La Croatie attend le coup d’envoi avec impatience. Peut-être aussi parce que nous avons manqué l’édition sud-africaine. Nous avons dû patienter pendant huit ans. Notre première rencontre sera décisive, même si nous affrontons le Brésil, grand favori. Lors du match d’ouverture, tout est possible. Les conditions sont particulières. Le 12 juin à 17 heures, le monde entier suivra la rencontre. Quel événement ! Une pression énorme pèsera sur les épaules du Brésil. Å Propos recueillis par Alan Schweingruber

Que ce soit au Bayern Munich, à Hambourg ou à Leverkusen, vous avez joué sous la direction de grands entraîneurs. Qui est votre idole ? Je n’ai pas d’idole. Bien sûr, connaître des entraîneurs tels que Giovanni Trapattoni ou Christoph Daum m’a énormément apporté. Mais je reste moi-même. Chacun a son mode de pensée, sa façon de gérer les joueurs ou les situations. Il est essentiel de rester authentique. Je crois que j’y arrive assez bien. T H E F I FA W E E K LY

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First Love

Lieu : Marrakech, Maroc Date : 7 septembre 2005 Heure : 9h43

John McDermott

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LE DÉBAT

Comme “Internazionale”

Euphorie internationale Sulley Muntari (Ghana), Javier Zanetti (Argentine) et Mario Balotelli (Italie) fêtent leur triomphe en Ligue des Champions en 2010.

Thomas Renggli

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as d’Anglais à Chelsea, pas d’Allemands à Cottbus, pas de Portugais à Porto, pas d’Italiens à l’Inter Milan. Le football moderne est devenu un jeu sans frontières. Deux éléments sont à l’origine de cette “mondialisation” : la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier en 1951 (indirectement) et un événement survenu en Belgique en 1990 (directement). Cette année-là, un certain Jean-Marc Bosman, milieu de terrain du Royal Football Club de Liège, a voulu intégrer les rangs de l’USL Dunkerque, en France, à la fin de son contrat avec la formation liégeoise. Liège s’y est opposé et a exigé un montant à six chiffres pour le transfert, une somme utopique pour l’époque. Bosman a alors porté l’affaire devant la justice et a déclenché une série de procès et une révolution juridico-­ 22

sportive. Le 15 décembre 1995, “l’arrêt Bosman” a été adopté. Celui-ci autorisait les changements de club sans indemnité en fin de contrat et déclarait nul le quota d’étrangers pour les ressortissants de l’Union européenne. Aujourd’hui, la législation européenne du travail limite sévèrement l’autodétermination des championnats nationaux. Néanmoins, les fédérations s’efforcent d’accorder certains privilèges aux joueurs locaux. En Allemagne, par exemple, chaque club de Bundesliga doit embaucher douze joueurs licenciés allemands ainsi que huit joueurs formés dans des clubs du pays. Mais cette règle est tellement vague qu’elle n’influence que le recrutement (et pas les titularisations). La situation est semblable en Angleterre, où chaque club de Premier League doit engager huit joueurs ayant grandi en Angle­terre (“home grown”) sur un groupe de 25 hommes. En fait, la Turquie (pays non membre de l’UE) possède le seul grand championnat qui applique un quota d’étrangers. En Süper Lig, un maximum de dix joueurs étrangers peut figurer sur la feuille de match, six s’il s’agit d’une rencontre officielle. La saison prochaine, ces chiffres descendront à huit et cinq. Dans les grands championnats, c’est plutôt le principe de la liberté qui domine. Dans 123 des 472 clubs des cinq plus grands championT H E F I FA W E E K LY

nats (Allemagne, Angleterre, France, Italie, Espagne), le nombre d’étrangers dépasse 50 pour cent. En tête de ce classement figurent l’Inter Milan (88,9 % de joueurs étrangers), Chelsea et l’Udinese (80 %) ainsi que la Fiorentina (79,3 %). On ne peut cependant rien reprocher à l’Inter Milan. La politique globale de gestion du personnel des Milanais s’inspire des origines du club. Celui-ci a été fondé le 9 mars 1908 par un groupe de membres dissidents de l’AC Milan. Au restaurant “L’Orologio”, un sujet particulier a fait l’objet de vifs débats ce jour-là  : l’interdiction d’engager des joueurs étrangers dans le club. Après une discussion animée et quelques bouteilles de vin rouge, les rebelles du Calcio ont trinqué, peu avant minuit, au nom de la nouvelle formation : le “Football Club Internazionale Milano”. La conclusion ? Nomen est omen. Ou bien : in vino veritas. Å

Les débats de The FIFA Weekly Qu’est-ce qui vous interpelle ? De quels sujets aimeriez-vous discuter ? Envoyez vos propositions à : feedback-theweekly@fifa.org.

Jasper Juinen / Getty Images

Le football est un jeu sans frontières. Ne ­faudrait-il tout de même pas réinstaurer un quota d’étrangers ?


LE DÉBAT

LE BILLET DU PRÉSIDENT

T h e F I FA We e k l y a l a n c é l e d é b at s u r F I FA . c o m : D e v r a it- o n l i m ite r l e n o mb r e d e j o u e u r s é t r a nge r s d a n s l e s g r a n d s c h a m p io n n at s   ? Si on veut faire plonger la qualité du football mondial, il faut effectivement limiter le nombre d’étrangers. Il suffit de voir les résultats inférieurs des équipes alignant majoritairement des joueurs nationaux en Coupe du Monde des Clubs pour comprendre que j’ai raison. madsoccer07 (États-Unis)

Non. Ça aurait un impact sur les équipes nationales de plusieurs pays. Les footballeurs anglais ne sont pas très bons. C’est ce qui fait que de nombreux joueurs étrangers vont jouer en Premier League. En contrepartie, ce championnat est devenu l’un des meilleurs au monde. jredlom (Ghana)

Oui. Traditionnellement, l’équipe de ma ville forme de jeunes talents qui évolueront plus tard en Superleague. Après quelques succès retentissants il y a plusieurs années, la direction s’est éloignée de cette philosophie. Désormais, elle recrute des Argentins à tour de bras, au lieu de donner leur chance aux jeunes du centre de formation. En plus, les résultats ne sont pas au rendez-vous, car les joueurs n’ont pas l’occasion de s’adapter à ce nouvel environnement. Ils ne comprennent pas du tout l’éthique du club.

Oui … Ce serait avantageux pour les joueurs locaux, qui auraient ainsi la possibilité de progresser sans avoir à quitter le pays. Cela permettrait aussi aux clubs de compter davantage de représentants nationaux. Cette évolution serait également bénéfique pour les pays, qui verraient augmenter le nombre de leurs ressortissants évoluant au plus haut niveau. Red Devil (île Maurice)

Peu importe au fond, car un tel objectif est totalement irréalisable sur le plan juridique, du moins en Europe. De toute façon, le nombre d’étrangers par équipe est plus un symptôme qu’une cause. Si l’écart entre les championnats est si important, c’est surtout en raison de l’explosion des salaires et du fossé qui ne cesse de se creuser entre une poignée de très grands clubs et le reste. Les bons joueurs partent de plus en plus tôt (entre 17 et 23 ans) pour des sommes astronomiques. Ils passent le plus clair de leur temps sur le banc ou prêtés à des équipes de seconde zone. On n’entend généralement plus parler d’eux, tandis que le championnat de leur pays d’origine sombre petit à petit dans la médiocrité. DodgyDude (Nouvelle-Zélande)

TopCat7 (Grande-Bretagne)

Non, il ne faut pas limiter les mouvements des joueurs. Je pense en revanche que tous les contrats des footballeurs évoluant à l’étranger devraient durer entre 3 et 5 ans. Chaque saison, les expatriés devraient en outre participer à 65 % des matches de leur équipe en championnat. Les clubs qui évoluent dans les grands championnats peuvent recruter qui bon leur semble, mais ils doivent cependant faire preuve de discernement, sous peine de voir leurs options se réduire. La mise en place de contrats plus longs devrait contribuer à limiter les bénéfices des agents de joueurs. Blessé durant trois matches = joueur inéligible pour les rencontres internationales.

Les clubs anglais, espagnols, allemands et italiens monopolisent les titres en Ligue des Champions et en Ligue Europa. Parallèlement, la proportion de joueurs étrangers dépasse les 50 % dans ces championnats. On peut comprendre que certains soient mécontents. D’un autre côté, la liberté de mouvement est importante et les footballeurs doivent bénéficier des mêmes droits que tout un chacun. Plutôt que de limiter le nombre d’étrangers, il vaudrait mieux se pencher sur d’autres mesures susceptibles d’améliorer la compétitivité. Je pense par exemple à la création d’un plafond salarial ou à une ­meilleure répartition des revenus générés par les grandes compétitions.

jwolter7 (États-Unis)

ADJVFUN (Grèce)

“Le nombre d’étrangers par équipe est plus un symptôme qu’une cause.” T H E F I FA W E E K LY

Protégez les équipes nationales !

Le

football est un sport mondial, le ballon roule dans toutes les zones géographiques et au sein de toutes les couches sociales. La FIFA compte plus de membres que l’ONU. Pourtant, je suis d’avis qu’il faut laisser une place aux talents locaux pour soutenir et protéger les équipes nationales. La situation dans les grands championnats européens est sans équivoque : en Angleterre (60,4 %) et en Italie (54,1 %), les footballeurs professionnels étrangers sont majoritaires, ce qui rend les choses difficiles pour les joueurs de ces pays. Bien sûr, le principe selon lequel la concurrence dynamise l’activité s’applique au football. Mais quand les choses vont si loin que de jeunes talents prometteurs n’ont plus aucune chance de faire leurs preuves parce que des joueurs étrangers prennent leur place au sein de l’équipe, il faut réagir. Lors du Congrès 2008 à Sydney, la FIFA s’est prononcée en faveur de la règle du “6 + 5” pour les clubs. Ceux-ci seraient tenus d’aligner au début de chaque match au moins six joueurs éligibles pour l’équipe nationale du pays où le club est basé. On ferait ainsi d’une pierre trois coups : améliorer l’équilibre entre le football des équipes nationales et le football de clubs, préserver l’identité nationale des clubs et motiver ceux-ci à miser sur leurs jeunes. Malheureusement, l’idée était en contradiction avec la législation du travail de l’Union européenne sur le libre choix d’un emploi et la libre circulation des personnes. Les dés ne sont cependant pas encore jetés. Un rapport d’expertise de l’Institute for European Affairs a récemment conclu qu’un système de quotas allant dans le même sens que la règle du “6 + 5” serait compatible avec la législation. Il n’est donc pas trop tard pour recommencer à discuter sérieusement de cette idée.

Votre Sepp Blatter 23


game onor game over

all in or nothing

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L I G U E D E S C H A M P I O N S D E L’ O F C

Épuisé À Lautoka, Jolame Vukuvuki (n° 13, FC Nadi, Fidji) à la mi-temps du match contre l’Amicale (Vanuatu).

Le Maroc en ligne de mire La Ligue des Champions d’Océanie n’a rien à voir avec sa cousine européenne. Cette situation n’empêche pas les équipes de lutter avec acharnement pour un titre synonyme de qualification pour la Coupe du Monde des Clubs. Elio Stamm (texte) et Mark Kolbe (photos) de à Lautoka, Fidji

La

télévision accrochée au mur du bar de l’hôtel montre le FC Barcelone luttant vainement contre l’Atlético Madrid en Ligue des Champions. Cette année, les Catalans ne passeront pas le cap des quarts de finale. Dans cet établissement quatre étoiles de Lautoka (Fidji), la nouvelle arrache quelques murmures aux téléspectateurs. Ces jeunes Salomonais ne sont pas supporters du Barça, mais eux aussi rêvent de rencontrer Lionel Messi. Ils rêvent même de l’affronter sur le terrain. La perspective est loin d’être évidente, mais elle n’est pas totalement irréaliste non plus. En effet, les joueurs des Solomon Warriors sont venus à Lautoka pour

­ isputer la Ligue des Champions de l’OFC, la d Confédération océanienne de football. En cas de succès, ils seraient automatiquement qualifiés pour la Coupe du Monde des Clubs, qui aura lieu en décembre 2014 au Maroc. Ils y ­retrouveraient les vainqueurs des autres tournois continentaux. Une histoire en pointillés Mais la route qui mène vers de tels sommets est encore très longue. Le champion d’Océanie (Auckland City ces trois dernières années) doit commencer par remporter un barrage contre le champion du pays hôte. Il lui faut ensuite disputer un quart de finale contre le représentant de l’Asie, de l’Afrique ou de la zone Amérique du Nord, centrale et Caraïbes, avant de défier la meilleure équipe d’Europe ou d’Amérique du T H E F I FA W E E K LY

Sud dans le dernier carré. En dix tentatives, aucune équipe océanienne n’a jamais réussi à atteindre ce stade de la compétition. Le plus souvent, l’aventure s’est achevée à l’issue du match de barrage. Pourtant, la Coupe du Monde des Clubs fait rêver en Océanie. “Sans elle, notre Ligue des Champions n’aurait pas beaucoup de sens”, explique Gordon Glen Watson, l’attaché de presse de l’OFC. De fait, la compétition a été purement et simplement annulée entre 2002 et 2004, lorsque la Coupe du Monde des Clubs a pris un congé sabbatique. Lancée en 1987, la compétition qui rassemble l’élite des clubs océaniens s’est disputée en pointillés. Pour sa 13ème édition, la Ligue des Champions s’est offert un nouveau format. En lieu et place de matches aller-retour, la phase 25


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OFC TV retransmet les 18 rencontres en direct, avec l’aide de 2 chaînes locales.

de groupes se déroule cette année sous la forme d’un tournoi de neuf jours organisé début avril aux îles Fidji. Douze équipes issues de huit pays ont été réparties en trois groupes. Les rencontres ont lieu à Ba et à Lautoka, surnommée Sugar City en raison de son importante production de sucre. Les quatre meilleures formations se retrouveront ensuite pour les demi-finales.

moindre centime aux participants. Seuls les billets d’avion sont pris en charge. Les clubs doivent donc s’en remettre aux sponsors pour les primes et les frais d’hébergement. Le plus souvent, ceux-ci sont dirigés par des hommes d’affaire locaux. Seule une qualification pour la Coupe du Monde des Clubs remplit les caisses. Les formations participantes sont assurées de

“Il règne une ambiance festive au sein du groupe, mais nous ­devons nous concentrer sur nos objectifs.” Marama Vahirua, milieu de terrain de l'AS Pirae (Tahiti)

Dans l’ombre de la Coupe du Monde des Clubs Cette nouvelle formule a été conçue pour épargner aux équipes la fatigue de longs voyages, mais aussi et surtout pour économiser de l’argent. L’UEFA offre à chaque club qualifié pour la phase de groupes 12 millions de dollars US ; l’OFC n’est pas en mesure de verser le 26

toucher au moins 500 000 dollars US, ce qui représente une fortune en Océanie, même si en vertu de différents accords, une partie de cette somme est reversée aux autres clubs nationaux ou directement à l’OFC. Les dirigeants de l’OFC ne demanderaient pas mieux que d’augmenter la dotation de leur compétition phare, mais ils ont du mal à trouT H E F I FA W E E K LY

ver des sponsors. En Nouvelle-Zélande, aux Fidji, aux Tonga et aux Samoa, le football doit se contenter de la deuxième place, derrière le rugby. En outre, les grandes entreprises ne sont pas légions dans cette région du monde. L’OFC a donc mis en place un partenariat innovant avec l’UNICEF autour de la lutte contre la dengue. Avant chaque rencontre, les ramasseurs de balle déploient une banderole sur laquelle on peut lire “Kick out Dengue”. Néanmoins, les programmes de formation et la Ligue des Champions ne tirent pas directement profit de cette initiative. Les deux stades qui accueillent les rencontres aux Fidji ont connu des jours meilleurs. Le vernis commence à s’écailler sur les dures planches de bois qui font office de tribunes. En revanche, l’ambiance est toujours au rendez-vous. On aperçoit des palmiers dans le lointain. À Ba, deux garçons discutent tranquillement sous le tableau d’affichage. Ils s’interrompent pour changer un chiffre dès qu’un but est marqué. Les commentateurs sont installés dans une ancienne cabine de bus. À Lautoka, le speaker s’assoit directement avec les spectateurs, qui cherchent en vain une horloge officielle. Sur le terrain, les joueurs ont d’autres préoccupations. Ils ne pensent qu’à l’objectif final, sans se laisser abattre par les contrariétés.


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Duel aérien entre Naea Bennett (en bleu, AS Pirae) et Andrew Setefano (Kiwi FC).

Chaque jour, les équipes font le grand écart entre l’amateurisme et le professionnalisme. Au cours des dernières années, le niveau a beaucoup progressé en Océanie. Les footballeurs suivent souvent un entraînement digne des professionnels, ce qui ne les empêche pas d’être aussi étudiants, employés de bureau ou menuisiers. Les deux clubs néo-zélandais n’échappent pas à la règle, même si leur pays est de loin le plus riche de la région depuis que l’Australie a rejoint les rangs de l’AFC en 2006. Le Kiwi FC (Samoa) a gagné sa place à ce niveau après un tournoi préliminaire. Ce gros outsider compte dans ses rangs un Japonais, qui effectue actuellement une mission de bénévolat dans la région. Ex-pros et enfants de la balle Plusieurs clubs se sont renforcés spécifiquement pour la durée de la Ligue des Champions. L’Amicale (Vanuatu) profite de l’expérience ­européenne de l’Écossais Colin Marshall et des Serbes Milan Matic, Nikola Vasilic et Marko Dordevic. L’AS Pirae (Tahiti) peut compter sur le talent de Marama Vahirua. À 33 ans, cet ancien international U-21 français a notamment évolué à Nantes, Nice, Lorient et Nancy. Vahirua a disputé la Coupe des Confédérations 2013 avec Tahiti. Il termine sa carrière sur son île natale, où il met actuellement en place un centre de formation. L’intéressé le reconnaît lui-même, tout cela est bien loin de l’Europe. “Il règne une ambiance festive au sein du groupe, mais nous devons nous concentrer sur nos ­objectifs en Ligue des Champions.” Afin de mettre toutes les chances de leur côté, certaines équipes misent sur des internationaux issus d’autres variantes du football. Outre Vahirua, l’AS Pirae compte dans ses rangs six joueurs issus de la sélection tahitienne qui a atteint les demi-finales de la Coupe du Monde de Beach Soccer organisée sur ses terres en 2013. Les Solomon Warriors alignent quant à eux un habitué des parquets en la personne de Micah Lea’Alafa. Ce jeune homme de 22 ans a offert aux îles Salomon la première victoire de leur histoire en Coupe du Monde de Futsal, il y a deux ans en Thaïlande. Ce curieux mélange donne lieu à des rencontres passionnantes, même si certaines formations accusent un sérieux retard sur le plan tactique. Les deux représentants fidjiens pratiquent encore le marquage individuel, avec un libéro décroché. Les résultats sont contrastés, eux aussi. Ba s’est aisément qualifié pour les demi-finales, tandis que le nouveau venu Nadi a encaissé 14 buts en trois matches, malgré les discours énergiques de son entraîneur.

Correction Masi Toetu, le gardien du Kiwi FC, a encaissé un cinglant 0:8 contre l’AS Pirae à Lautoka.

Quatre millions de téléspectateurs Une telle compétition aurait mérité plus d’attention. Malgré un tarif raisonnable (6 dollars US par journée), les matches se déroulent devant des tribunes vides. Seuls les Fidjiens parviennent à attirer un petit millier de specta-

La Ligue des Champions des mers du sud La solitude des visiteurs. T H E F I FA W E E K LY

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Un commentateur en cabine L’attaché de presse de l’OFC Gordon Glen Watson est dans son élément.

teurs. Mais grâce aux progrès technologiques et aux efforts des équipes de l’OFC, la Ligue des Champions commence à trouver son public. Les responsables régionaux ont créé il y a deux ans leur propre unité de production, afin de dépendre le moins possible des diffuseurs nationaux. OFC TV retransmet en direct les 18 rencontres au programme, avec le soutien de deux chaînes fidjiennes. Six caméras sont présentes pour ne rien manquer de l’action. Gordon Glen Watson, lui-même ancien semi-professionnel, commente tous les matches en direct. Pendant ce temps, deux de ses collègues officient à la radio, en anglais et en français. Tous les enregistrements intègreront prochainement une grande médiathèque qui sera très utile à l’OFC pour la formation de ses futurs entraîneurs. En échange d’une somme purement symbolique, les dirigeants mettent pour le moment ce matériel à la disposition des différentes chaînes de télévision nationales. Ainsi, près de quatre millions de personnes (environ la moitié de la population) en Papouasie-Nouvelle-Guinée ont vibré au rythme des exploits et des déboires de Hekari United en phase de groupes. Tous ceux qui ont manqué ce tournoi haut en couleurs peuvent encore se rabattre sur la chaîne YouTube officielle de l’OFC. Ils pourront ainsi suivre l’Amicale (Vanuatu), l’AS Pirae

­(Tahiti), le FC Ba (Fidji) et le tenant du titre ­ uckland City, qualifié en tant que meilleur deuA xième, dans leur quête de gloire mondiale. Peutêtre auront-ils également une pensée pour les Solomon Warriors, condamnés à suivre la Coupe du Monde des Clubs devant leur télévision à cause d’un but encaissé à la 86ème minute …

Les demi-finales se disputeront au meilleur des deux manches. La finale et la qualification pour le Maroc se joueront le 11 mai. Å

Confédération Océanienne de Football

La FIFA soutient le projet OFC T V

Fondation

Les 18 matches de la Ligue des Champions océanienne sont retransmis en direct par OFC T V. Ce projet bénéficie d’un budget de 383 000 dollars US. La FIFA par ticipe à hauteur de 250 000 dollars US.

Siège

15 novembre 1966 Auckland, Nouvelle-Zélande Membres 14 associations membres, dont trois ne sont pas membres de plein droit de la FIFA Site officiel oceaniafootball.com

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TRIBUNE

F I F A ’ S T O P 11

Matches en Coupe du Monde en tant que capitaine

1

Diego Maradona, Argentine Nombre de matches : 16 Tournois : 1986, 1990, 1994

2

Dino Zoff, Italie Nombre de matches : 14 Tournois : 1978, 1982

“Plus jamais au café français” 3

Paolo Maldini, Italie Nombre de matches : 13 Tournois : 1994, 1998, 2002

Kazimierz Deyna, Pologne Nombre de matches : 13 Tournois : 1994, 1998, 2002

Alan Schweingruber

J

uin 2014. La petite terrasse du café zurichois est bien remplie. Johanna vide son verre de Martini et cherche le serveur des yeux. “Regarde tous ces écrans plats partout. J’adore la Coupe du Monde. Je me fiche totalement du football de club, mais la Coupe du Monde, c’est spécial. Et toi ? Tu suis la compétition ?” Plongée dans la rubrique économique, sa sœur Anna sourit. “Pas vraiment.” “Mais enfin, c’est amusant. Ça procure de réelles émotions et ça n’arrive qu’une fois tous les quatre ans.” “J’irai peut-être boire un verre au café Parisienne. Ils diffusent les matches de la France.” “Ah, ce café français ennuyeux. Gainsbourg, vin hors de prix, service lamentable … Par principe, je n’irai plus jamais là-bas.” “Moi j’aime bien cet endroit.” “Plus jamais. Qu’est-ce que tu leur trouves, à ces Français ?” “Ils ont du style et ils sont passionnés.” “Tu ne serais pas en train de parler du beau gosse de la Côte d’Azur ? Il t’a séduite l’été dernier, n’est-ce pas ?” Anna rit. “N’importe quoi.” “Ce n’est pas pour cela qu’ils jouent bien au football. Depuis qu’elle a été championne d’Europe en 2000, la France n’a plus rien gagné.” “La France a été vice-championne du monde en 2006. Et si nous avons perdu la finale, c’est parce que tes Italiens adorés ont provoqué Zidane et qu’il a été exclu.” “Maintenant, tu dis nous. J’y crois pas. Tu le vois encore ?” “Qui ?” “Ce Serge, tiens.” “Tu veux dire Séverin.” “Oui voilà, Séverin.” “On se contacte de temps en temps.” “Tu le vois encore ?”

“J’irai peut-être une semaine à Nice en juillet.” Johanna recrache un glaçon dans son verre. “Oh là là … Tu vas à Nice ! Je n’en reviens pas. Des vacances en amoureux à Nice.” Anna rit. “Arrête, maintenant.” “Frangine, tu ne vas quand même pas à Nice pour jouer à la pétanque !” La conversation s’interrompt. Deux étrangers s’installent à leur table. Ils parlent français. “Tu penses qu’ils nous comprennent ?”, chuchote Johanna à sa sœur. Anna hausse les épaules. “De quoi parlent-ils ?” Anna les écoute. Ensuite, elle commence à traduire par morceaux : “Il est question de football … de Coupe du Monde … et des favoris … ils pensent que la France va passer le premier tour … et que l’Italie est un sérieux prétendant au titre …” Johanna : “Hum.” “À présent, ils changent de sujet … ils ont l’air de parler de nous... tu sembles plaire au type de gauche …” Johanna pointe son doigt vers elle-même. “Moi ?”, demande-t-elle tout bas. Anna : “… le gars veut te parler … mais il ne sait pas comment … il n’a pas trop confiance en lui …” Johanna paraît nerveuse, elle se lève. “Je reviens tout de suite.” Lorsqu’elle revient des toilettes, les deux hommes ont disparu. “Où sont-ils ?”, demande-t-elle bouleversée. “Partis.” “Où ça ?” “Au Parisienne.” “C’est vrai ?” Johanna réfléchit un court instant et sort son porte-monnaie : “Ils servent aussi du Martini là-bas ?” Å T H E F I FA W E E K LY

5

Ladislav Novak, République tchèque Nombre de matches : 12 Tournois : 1954, 1958, 1962

Uwe Seeler, Allemagne Nombre de matches : 12 Tournois : 1966, 1970

Daniel Passarella, Argentine Nombre de matches : 12 Tournois : 1978, 1982

Lothar Matthäus, Allemagne Nombre de matches : 12 Tournois : 1990, 1994

9

Michel Platini, France Nombre de matches : 11 Tournois : 1982, 1986

Dunga, Brésil Nombre de matches : 11 Tournois : 1994, 1998

Cafu, Brésil Nombre de matches : 11 Tournois : 2002, 2006

Source : FIFA (FIFA World Cup, Superlatives, Statistical Kit 5, 4.8.2010)

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LE MIROIR DU TEMPS

T

H

E

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The Den, terrain de Millwall FC, Londres

1936

Ward / Getty Images

9ème match de football annuel des jockeys contre les boxers. Le boxer Dave Crowley est largué par les acrobates comédiens Jimmy Nervo (à g.) et Teddy Knox.

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LE MIROIR DU TEMPS

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W

Bal de l’Opéra, Vienne

2008

Herbert Neubauer / Reuters

Simples figurants : les anciennes stars du football Herbert Prohaska (à g.) et Andreas Herzog font tomber un danseur du Ballet d’État de Vienne.

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LE CL ASSEMENT FIFA Classement ÉquipeÉvolution Points

1 2 3 4 5 6 6 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 25 25 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 47 49 50 51 52 53 54 54 56 56 58 59 59 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 76

Espagne Allemagne Portugal Colombie Uruguay Argentine Brésil Suisse Italie Grèce

0 0 1 1 1 -3 3 -1 -1 3

1460 1340 1245 1186 1181 1174 1174 1161 1115 1082

Angleterre Belgique États-Unis Chili Pays-Bas France Ukraine Russie Mexique Croatie Côte d’Ivoire Écosse Danemark Égypte Bosnie-et-Herzégovine Suède Algérie Équateur Slovénie Serbie Roumanie Honduras Arménie Costa Rica Panamá République tchèque Iran Ghana Turquie Autriche Venezuela Cap-Vert Pérou Hongrie Nigeria Slovaquie Japon Pays de Galles Tunisie Cameroun Guinée Finlande Ouzbékistan Paraguay Monténégro République de Corée Norvège Islande Mali Australie Burkina Faso Libye Sénégal Jordanie République d'Irlande Afrique du Sud Émirats arabes unis Bolivie Salvador Albanie Sierra Leone Pologne Bulgarie Zambie Arabie saoudite Trinité-et-Tobago Maroc

1 -2 1 1 -4 1 1 1 1 -4 3 15 -1 2 -4 2 0 -5 2 -2 1 4 8 0 -6 -6 5 -3 -1 4 -2 -9 -3 -1 2 4 1 2 -5 0 2 6 2 5 -8 4 1 -6 -3 4 1 9 6 2 3 -2 -6 2 9 -16 1 1 -6 0 0 0 1

1043 1039 1015 1011 967 935 913 903 876 871 830 825 819 798 795 795 795 790 787 759 756 754 750 744 739 731 715 713 711 673 670 665 653 623 620 616 613 613 597 583 580 578 577 555 555 551 551 546 545 545 528 522 511 510 504 500 499 497 488 486 484 479 460 456 455 454 454

Rang

Nov 2013

Déc 2013

Jan 2014

→ http://fr.fifa.com/worldranking/index.html

Fév 2014

Mar 2014

Avr 2014

1 -41 -83 -125 -167 -209

78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 106 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 122 124 125 126 127 128 129 129 131 131 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 143

1ère place  

Hausse du mois  

Israël Haïti ARY Macédoine Oman Jamaïque Belarus Irlande du Nord Azerbaïdjan Ouganda Gabon RD Congo Togo Cuba Botswana Congo Estonie Angola Qatar RP Chine Bénin Zimbabwe Moldavie Irak Éthiopie Niger Géorgie Lituanie Bahreïn Kenya République centrafricaine Koweït Lettonie Canada Nouvelle-Zélande Luxembourg Guinée équatoriale Mozambique Liban Vietnam Soudan Kazakhstan Liberia Namibie Malawi Tanzanie Afghanistan Guatemala Burundi République dominicaine Malte Chypre Suriname Rwanda Gambie Syrie Tadjikistan Grenade St-Vincent-et-les-Grenadines Nouvelle-Calédonie RDP Corée Lesotho Antigua-et-Barbuda Thaïlande Sainte-Lucie Malaisie Belize Philippines

T H E F I FA W E E K LY

-13 0 2 0 -2 0 2 6 -1 1 -4 0 3 4 -5 -1 2 6 2 -3 4 9 3 -1 2 -4 1 1 3 1 2 4 2 -21 8 6 1 1 9 5 9 -22 4 -7 -5 5 2 4 -15 7 -6 2 5 5 6 -12 -2 4 -18 -4 5 5 8 5 -1 -3 -13

Baisse du mois

450 446 443 418 414 404 400 398 395 386 380 374 371 369 367 366 347 336 333 332 329 325 324 319 315 303 293 289 284 284 283 273 272 271 266 261 252 251 242 241 235 234 233 227 226 226 224 215 212 204 201 197 197 190 190 188 184 181 174 172 159 158 156 155 153 152 152

145 145 147 147 149 150 151 152 153 153 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 164 166 167 168 169 170 171 172 173 174 174 176 177 178 179 180 181 182 183 184 184 186 187 188 189 190 191 191 191 194 195 195 197 197 199 200 201 202 202 204 205 206 207 207 207

Singapour Inde Kirghizistan Porto Rico Liechtenstein Guyana Indonésie Mauritanie Maldives Saint-Kitts-et-Nevis Aruba Turkménistan Tahiti Hong Kong Népal Dominique Pakistan Barbade Bangladesh Palestine Îles Féroé São Tomé-et-Principe Nicaragua Bermudes Tchad Chinese Taipei Guam Îles Salomon Sri Lanka Laos Myanmar Maurice Seychelles Curaçao Swaziland Yémen Vanuatu Fidji Samoa Comores Guinée-Bissau Bahamas Mongolie Montserrat Madagascar Cambodge Brunei Timor oriental Tonga Îles Vierges américaines Îles Caïmans Papouasie-Nouvelle-Guinée Îles Vierges britanniques Samoa américaines Andorre Érythrée Soudan du Sud Somalie Macao Djibouti Îles Cook Anguilla Bhoutan Saint-Marin Îles Turks-et-Caicos

4 7 -1 3 2 3 3 3 4 3 7 -14 -19 -13 1 -1 -3 -1 -1 3 -2 -1 1 1 1 1 2 -7 0 -2 -1 0 -1 0 0 5 -1 -1 -1 -1 -1 -1 0 0 1 -2 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0

144 144 143 143 139 137 135 127 124 124 122 119 116 111 107 103 102 101 98 91 91 86 84 83 80 78 77 75 74 73 73 67 66 65 64 60 55 47 45 43 43 40 35 33 32 28 26 26 26 23 21 21 18 18 16 11 10 8 8 6 5 3 0 0 0

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THE SOUND OF FOOTBALL

L’ O B J E T

Perikles Monioudis

Hanspeter Kuenzler

Le tango et le football semblent être faits l’un pour l’autre et sont historiquement liés. En Argentine, un compositeur a même écrit un tango pour implorer l’entraîneur national. Aucun autre style musical n’est aussi empreint de mélan­ colie que le tango. Même si les danseurs de tango s’adonnent à leur passion pour leur parte­ naire et pour la musique avec vivacité, leurs mouvements font toujours penser à un saule pleureur ondoyant au vent. Le tango et le football ont en com­ mun de célébrer la joie du mou­ vement et de déplorer la fuga­ cité de la vie. L’histoire du football et celle du tango sont d’ailleurs entremêlées. Des Anglais nos­ talgiques ont autrefois importé le beau jeu à Buenos Aires. Il n’a pas tardé à tracer son chemin jusque dans les barrios des grandes villes du Rio de la 36

­ lata : Montevideo (Uruguay) P au nord, Buenos Aires (Argen­ tine) au sud. Style musical plein de nuances et reflétant har­ monieusement la composition de la population dans son mé­ lange d’influences européennes et africaines, le tango y était florissant. Si l’on en croit la légende, les pas et passements de jambes du tango se sont bientôt impo­ sés sur les terrains de football. Un nouveau style de jeu était né, virevoltant et plein de feintes. Il n’est pas étonnant que ce lien historique ait débouché sur de nombreux “tangos du football” magnifiques et mé­ lancoliques. Dès le début du 20ème siècle, de grands artistes ont composé des odes au club de leur cœur. Agustin Bardi a ainsi célébré les succès d’Inde­ pendiente, Luis Servidio ceux de San Lorenzo et Alfredo de Angelis ceux de Banfield (El Taladro). En 1930, lors de la

première Coupe du Monde, le célèbre chanteur de tango Car­ los Gardel a dû décider quel camp il allait encourager. Il a fait le choix de la diplomatie et soutenu en chansons les deux pays. L’histoire des tangos du football est encore loin d’être terminée. Si plusieurs chants en hommage à Maradona ont été interprétés par le passé, à l’approche de la Coupe du Monde 2014, l’auteur-composi­ teur Daniel Ursini a eu une idée nouvelle : essayer de convaincre en chantant le sélectionneur argentin Alejandro Sabella de prendre Carlos Tevez dans son équipe. “Sabella, te olvidaste de Carlitos”, se lamente l’artiste d’une voix qui brise le cœur. “Tu ne peux pas être assez bête pour laisser de côté l’un des joueurs les plus populaires d’Argentine  !” Si Tevez n’était pas encore fan de tango, il ne peut que l’être désormais. Æ

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Sion Ap Tomos

Un tango pour Tevez

Qu’a le droit de faire un petit garçon ? En général, il a le droit de jouer au football. Le jour­ nal de papa, par contre, relève du domaine de l’interdit. Dans ce cas, pourquoi ne pas créer une revue consacrée au football et destinée aux petits garçons passionnés par ce sport ? C’est ainsi que The Boy’s Own Paper paraît pour la première fois le samedi 18 janvier 1879. La cou­ verture de la première édition est consacrée aux footballeurs en culotte courte et s’intitule “Mon premier match de football”. Dans les kiosques, les numéros de l’hebdomadaire partent comme des petits pains. Le magazine parvient très rapidement à se faire une place dans le paysage médiatique an­ glais. Le 10 septembre 1904, le numéro 1339 est déjà dans les kiosques (voir illustration ; exem­ plaire issu de la collection de la FIFA). Sur la première page, on peut voir deux jeunes hommes. L’un est assis sur un banc, équipé de protège-tibias comme on en rencontre au cricket, tandis que son compagnon tient une raquette de tennis par le manche et prend appui dessus. La scène est idyllique, d’autant plus qu’ils lisent The Boy’s Own Paper. Et symbo­ lique : puisque les personnages illustrant la couverture lisent eux aussi l’hebdomadaire, les jeunes garçons, qui constituent le lectorat visé par la revue, sont ainsi sûrs de se retrouver euxmêmes dans ces pages. Le lecteur type est un écolier, un adolescent ou un jeune homme à l’aube de sa vie d’adulte, passionné par le sport, le jeu, la nature et la technique. Le football compte lui aussi parmi ces hobbies. Certes, quand Camus dit que tout ce qu’il sait sur la morale, il le doit au football, cela peut sembler partir d’un bon sentiment. Mais cette affirmation est loin d’être vraie à cent pour cent. Sinon, cela signifierait que les règles et les contrôles stricts auxquels sont soumises les fédérations de football en matière de forma­ tion des jeunes sont obsolètes. Or c’est loin d’être le cas. Au cas où quelqu’un en douterait encore, rappelons que l’être humain est capable de tirer des leçons de ses erreurs. Å


LE TOURNANT

“Tu peux repartir tout de suite !” Le mariage et le voyage de noces de Jean-Paul Brigger ont failli contrecarrer ses plans de carrière dans le football.

Christian Grund / 13 Photo

Ma

compagne et moi avions décidé de nous marier, nous étions à la recherche de la date qui convienne. J'ai contacté mon club, le FC Sion, pour savoir quand je devais être de retour à l'entraînement après la pause estivale. Il est difficile pour un footballeur professionnel de fixer une telle date. Pendant la saison, c'est impossible ; pendant la préparation aussi. Il ne reste que quelques jours entre les deux. Nous voulions aussi partir en voyage de noces. C'était important pour moi, car je savais que je ne me marierais qu'une fois. Une fois que la date a été trouvée et que le voyage a été réservé, nous avons eu un nouvel entraîneur et tout a changé au club. La reprise de l'entraînement a été avancée et elle tombait en plein dans ma lune de miel. Je suis tout de même parti. Quand je suis revenu, j'ai croisé à l'entrée du stade un membre de la direction, qui m'a accueilli par ces mots : “Tu peux faire demi-tour tout de suite !” J'étais choqué, mais surtout, je n'étais pas disposé à me laisser traiter ainsi. “Si je pars maintenant, je ne reviens plus jamais”, ai-je dit. C'est fini, on passe à autre chose ! Ça peut paraître radical, mais j'étais comme ça : jeune et rebelle. Je faisais encore des folies. Le nouvel entraîneur, Daniel Jeandupeux, qui avait entendu notre altercation, a ouvert la porte de son bureau et m'a dit : “JeanPaul, viens, assieds-toi.” Il a su trouver les mots justes et à partir de là, je n'ai pas ménagé mes efforts pour lui, j'ai tout donné sur le terrain. Ma carrière aurait pu se terminer ce jour-là. Avant même d'avoir vraiment commencé. Je n'étais pas particulièrement talentueux, mais j'avais du caractère. Je suis quelqu'un d'entier. Je voulais m'imposer, je n'ai jamais renoncé. Pour moi, il n'y a pas de “peut-être” qui tienne. Je pense que cela vient en partie de

Nom Jean-Paul Brigger Date et lieu de naissance 14 décembre 1957, St. Niklaus (Suisse) Poste Attaquant Clubs 1977–1982, 1985-1993 FC Sion, 1982–1985 Servette Genève Fonction actuelle Responsable du Groupe dˇ Etude Technique de la FIFA Titres Vainqueur de la Coupe de Suisse 1984 (Servette Genève) Champion de Suisse 1992 (FC Sion) Distinctions Meilleur buteur du championnat de Suisse 1983 Joueur suisse de l'année 1992 Équipe de Suisse 35 sélections, 3 buts

l'environnement dans lequel j'ai grandi : les montagnes sont dangereuses, imprévisibles, mais aussi magnifiques. Elles montrent toutes les facettes de la vie. Je n'aurais jamais accepté de ne pas jouer, de rester sur le banc. Rester assis, je peux le faire chez moi ! Le football était mon activité favorite, ma passion. Aujourd'hui, je ne serais sûrement pas la personne qu'il faut pour ce métier. À 32 ans, j'étais arrivé au sommet de ma carrière. J'ai dû commencer à songer à arrêter. Si j'avais dû un jour me faire siffler par les spectateurs, je ne l'aurais pas supporté. Je n'ai donc plus signé par la suite que des contrats à l'année. Je me disais tous les jours : “Ça pourrait être mon dernier entraînement. Si aujourd'hui quelqu'un me fait un petit pont, ce sera fini pour moi." J'ai vécu les meilleures années de ma vie à ce moment-là. C'était la folie. Ça m'a libéré. T H E F I FA W E E K LY

Nous avons été champions de Suisse en 1992 et j'ai été sacré footballeur de l'année, c'était parfait. Après le coup de sifflet final du dernier match, je me suis assis dans la voiture à côté de ma femme et je lui ai dit : “Démarre et roule jusqu'à ce qu'il n'y ait plus d'essence dans le réservoir !” Å Propos recueillis par Sarah Steiner

Dans la rubrique “Le Tournant”, de grands noms du football reviennent sur les moments qui ont marqué leur vie. 37


EVERY GASP EVERY SCREAM EVERY ROAR EVERY DIVE EVERY BALL E V E RY PAS S EVERY CHANCE EVERY STRIKE E V E R Y B E AU T I F U L D E TA I L SHALL BE SEEN SHALL BE HEARD S H A L L B E FE LT

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The FIFA Weekly Revue hebdomadaire publiée par la Fédération Internationale de Football Association (FIFA)

COUPE MYSTÈRE DE L A FIFA

La photo de geste spectaculaire la plus imprimée et un air emblématique sont à l’honneur cette semaine.

Site Internet : www.fifa.com/theweekly Éditeur : FIFA, FIFA-Strasse 20, Case postale, CH-8044 Zurich Tél. +41-(0)43-222 7777 Fax +41-(0)43-222 7878

À vous de jouer !

1

“You’ll never walk alone” est un classique des chansons de stade. Qui a enregistré ce titre sur un disque en premier ?

Président : Joseph S. Blatter Secrétaire Général : Jérôme Valcke Directeur de la Communication et des Affaires publiques : Walter De Gregorio A

Rédacteur en chef : Perikles Monioudis

I

O

S

Rédaction : Thomas Renggli (auteur), Alan Schweingruber, Sarah Steiner Conception artistique : Catharina Clajus

2

Service photo : Peggy Knotz

Il s’agit du maillot du match de la FIFA entre le FC Barcelone et…

C  le Real Madrid P  le CF Monterrey

Production : Hans-Peter Frei

O  une sélection mondiale T  le FC Santos

Mise en page : Richie Krönert (responsable), Marianne Bolliger-Crittin, Susanne Egli, Mirijam Ziegler Correction : Nena Morf, Kristina Rotach

3

Collaborateurs réguliers : Sérgio Xavier Filho, Luigi Garlando, Sven Goldmann, Hanspeter Kuenzler, Jordi Punti, David Winner, Roland Zorn Ont contribué à ce numéro : Carol Almiron, Andreas Jaros, Peter Kanjere, Doris Ladstaetter, Giovanni Marti, Markus Nowak, Elio Stamm, Andreas Wilhelm (photos)

Vous me connaissez, car on a donné mon nom à un ballon de football. Lequel ? A  Telstar I  Tango

4

E Fevernova O Jabulani

Lequel de ces coups d’éclat figure sur la pochette d’un album qui se vend encore par millions actuellement ?

Secrétaire de rédaction : Honey Thaljieh

N

Responsables de projet : Bernd Fisa, Christian Schaub Traduction : Sportstranslations Limited www.sportstranslations.com Impression : Zofinger Tagblatt AG www.ztonline.ch

B

R

Solution de l’énigme de la semaine précédente : BALL (explications détaillées sur www.fifa.com/theweekly). Inspiration et application : cus

Getty Images

Contact : feedback-theweekly@fifa.org La reproduction des photos et des articles, y compris sous forme d’extraits, est interdite, sauf accord de la rédaction et sous réserve de la mention “The FIFA Weekly, © FIFA 2014”. La rédaction n’a aucune obligation de publier des textes ou des photos non sollicités. La FIFA et le logo FIFA sont des marques déposées par la FIFA. Produit et imprimé en Suisse. Les opinions exprimées dans The FIFA Weekly ne reflètent pas nécessairement celles de la FIFA.

Y

Faites-nous parvenir vos réponses le 30 avril 2014 au plus tard à feedback-theweekly@fifa.org. Les concurrents qui auront correctement répondu à toutes les questions jusqu’au 11 juin 2014 participeront à un tirage au sort pour tenter de remporter deux billets pour la finale de la Coupe du Monde, qui aura lieu le 13 juillet 2014. Avant de participer, nous vous invitons à consulter les conditions générales, ainsi que le règlement du concours. Vous trouverez toutes les informations à : http://fr.fifa.com/aboutfifa/organisation/the-fifa-weekly/rules.pdf T H E F I FA W E E K LY

39


DEM ANDE Z À L A F IFA !

LE SONDAGE DE L A SEMAINE

Qui sera le meilleur buteur de la Coupe du Monde au Brésil ? Quand une équipe peut-elle conserver définitivement le trophée de la Coupe du Monde ? Hans Falk, Göteborg (Suède)

1

saison parmi l’élite, c’est tout le temps qu’il a fallu au Bengaluru FC (en photo Sean

C’est une question difficile, d’autant plus qu’en 2010 en Afrique du Sud, ils étaient quatre à avoir signé le plus grand nombre de buts : David Villa (Espagne), Diego Forlán (Uruguay), Thomas Müller (Allemagne) et Wesley Sneijder (Pays-Bas) avaient tous fait trembler les filets cinq fois …

R É S U LTAT S D E L A S E M A I N E D E R N I È R E Liverpool sera-t-il champion d’Angleterre après 24 ans d’attente ?

7

LA SEMAINE EN CHIFFRES

OUI 80%

20%

JE NE SAIS PAS

28

ans après, Manchester United a de nouveau limogé un entraîneur. David Moyes a été remercié, dix mois seulement

buts en cinq matches de Serie A ont permis

après son arrivée. Pour prendre la mesure

à Ciro Immobile de s’emparer de la tête du

de cet événement, il faut savoir que

classement des buteurs en Italie. En marquant

16 joueurs de l’effectif actuel n’étaient même

a été sacré à une journée du terme,

contre la Lazio (3:3), il a atteint la barre des

pas nés lorsque Ron Atkinson a perdu sa

grâce à sa victoire 4:2 sur Dempo.

20 réalisations.

place en 1986.

Rooney, 7, et Beikhokhei Beingaichho, 18) pour devenir champion d’Inde. Le club de Bangalore

T H E F I FA W E E K LY

Barbara Sax / AFP, Carl de Souza / AFP, Getty Images (3)

Réponse de Thomas Renggli : Selon le règlement de la FIFA, une fédération ne peut plus rester durablement en possession du “World Cup Trophy”. Le pays champion du monde reçoit la véritable coupe uniquement au moment de la remise des prix. Ensuite, c’est une copie dorée qui lui est remise. Le vrai trophée revient à la FIFA et est stocké dans un endroit secret. L’original est constitué d’or massif 18 carats, fait 36,8 cm de haut et pèse 6175 grammes. Le socle contient deux anneaux de malachite, une pierre fine. Sur la partie inférieure sont gravés les noms de tous les champions du monde depuis 1974. Il y a encore assez de place pour inscrire les vainqueurs jusqu’à la Coupe du Monde 2038.

The FIFA Weekly Edition #27  
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