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N O 12, 10 JANVIER 2014

ÉDITION FR ANÇAISE

Fédération Internationale de Football Association – depuis 1904

FIFA Ballon d’Or 2013

L'élite

EUSÉBIO : LE PORTUGAL EN DEUIL

MANAUS : LA COUPE DU MONDE EN PLEINE JUNGLE

GÉRARD HOULLIER : SON HISTOIRE D’AMOUR AVEC LIVERPOOL W W W.FIFA.COM/ THEWEEKLY


DANS CE NUMÉRO

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La ruée vers l’or L’attribution du Ballon d’Or aura rarement donné lieu à un tel suspense. Ronaldo sera-t-il récompensé de ses formidables prestations individuelles ? Les nombreux titres empochés par Ribéry feront-ils la différence ? Messi réussira-t-il la passe de cinq ? Pour connaître les réponses à ces questions, il faudra attendre lundi. Cette soirée de gala sera aussi l’occasion d’apprécier l’élégance des footballeurs (et des footballeuses).

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Débat : A-t-on besoin du Ballon d’Or ? Les avis divergent au sujet des disctinctions individuelles dans le football, où l’esprit d’équipe compte avant tout. Les lecteurs de “FIFA Weekly” sont eux aussi partagés.

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Manaus : En route pour l’aventure ! Chaleur, humidité, situation géographique peu avantageuse… au cœur de la jungle, la métropole de près de deux millions d’habitants ne compte pas parmi les destinations les plus populaires de la prochaine Coupe du Monde. Manaus possède pourtant de nombreux atouts : une histoire fascinante et l’opéra le plus étonnant de la planète.

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Amérique du Sud 10 membres www.conmebol.com

Marta La Brésilienne rêve d'un sixième titre de Joueuse Mondiale

Adieu Eusébio Le Portugais était un homme et un footballeur hors du commun. Eusébio da Silva Ferreira nous a quittés le 5 janvier dernier. “The Weekly” revient sur l’incroyable carrière de ce joueur de légende.

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Busacca l’expert Mi-janvier, la FIFA dévoilera les noms des trios arbitraux retenus pour la Coupe du Monde. “La sélection ne sera pas facile. Nous sommes très satisfaits du niveau d’ensemble, mais seule la crème de la crème officiera”, écrit Massimo Busacca.

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Vu des tribunes : Italie et Angleterre La Serie A menace de sombrer dans l’ennui en raison de l’écrasante domination de la Juventus, qui compte déjà huit points d’avance sur ses premiers poursuivants. En Angleterre, la FA Cup a provisoirement relégué la Premier League et la Ligue des Champions au second plan.

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Netzer vote Ribéry Günter Netzer prend position : le Ballon d’Or doit impérativement revenir à Franck Ribéry, la star incontournable du Bayern Munich. Un tel choix condamnerait cependant Cristiano Ronaldo à échouer une fois de plus de la deuxième marche du podium.

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Houllier : “Je voulais absolument aller à Liverpool” Ayant séjourné un an à Liverpool pendant ses études, Gérard Houllier est tombé amoureux du football anglais. Vingt-neuf ans plus tard, le technicien français est revenu sur les lieux de ses premières amours pour devenir le premier entraîneur étranger des “Reds”.

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Amérique du Nord et centrale 35 membres www.concacaf.com

Lionel Messi Dans un rôle inhabituel d'outsider

FIFA Ballon d’Or 13 janvier 2014, Zurich

T H E F I FA W E E K LY

Coupe du Monde Féminine U-17 de la FIFA Du 15 mars au 4 avril 2014, Costa Rica


L A SEMAINE DANS LE MONDE DU FOOTBALL

Europe 53 membres www.uefa.com

Eusébio Les adieux d'un géant

Afrique 54 membres www.cafonline.com

Asie 46 membres www.the-afc.com

Océanie 11 membres www.oceaniafootball.com

Serge Gnabry Arsenal et les caprices de la FA Cup

N O 12, 10 JANVIER 2014

ÉDITION FR ANÇAISE

Fédération Internationale de Football Association – depuis 1904

FIFA Ballon d’Or 2013

L'élite

EUSÉBIO : LE PORTUGAL EN DEUIL

MANAUS : LA COUPE DU MONDE EN PLEINE JUNGLE

GÉRARD HOULLIER : SON HISTOIRE D’AMOUR AVEC LIVERPOOL W W W.FIFA.COM/ THEWEEKLY

L’élite Chargé d’histoire(s), élégant, convoité : le trophée du Ballon d’Or est traité avec tous les égards avant le Gala de la FIFA. La scène qui figure en couverture de ce numéro a été photographiée le 9 janvier 2012 à Zurich.

Cover: Getty Images Inhalt: Getty Images

Massimo Busacca Prêt pour la désignation des arbitres de la Coupe du Monde

Tournoi Juniors FIFA/Blue Stars Du 28 au 29 mai 2014, Zurich

Coupe du Monde de la FIFA Du 12 juin au 13 juillet 2014, Brésil

T H E F I FA W E E K LY

Coupe du Monde Féminine U-20 de la FIFA Du 5 au 24 août 2014, Canada

Coupe du Monde des Clubs de la FIFA Du 10 au 20 décembre 2014, Maroc

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À DÉCOUVERT

Un ballon unique

Un fan pour remettre le trophée: Matthews reçoit le Ballon d’Or des mains du maire Henson.

Thomas Renggli

Offside/L’Equipe

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’histoire du FIFA Ballon d’Or se confond avec celle des plus grands footballeurs (européens) : Alfredo di Stéfano, Bobby Charlton, Eusébio, Lev Yachine, Franz Beckenbauer, Johan Cruyff ou encore George Best. La première édition de ce prix restera à jamais celle d’un artiste anglais. Malgré sa taille modeste (1m74), Stanley Matthews a écrasé la compétition. Seul joueur à avoir été anobli avant sa retraite, il a évolué parmi l’élite anglaise jusqu’à 50 ans. Son sens du dribble lui a valu à l’époque de sa gloire le surnom de Magicien. Le Kaiser lui-même a rendu un hommage appuyé à ce joueur d’exception : “Face à un tel talent, il n’y avait pratiquement rien à faire. Personne ne pouvait l’arrêter.” Matthews n’a pas reçu son prix à l’occasion d’une grande soirée de gala mais chez lui, à Blackpool. Le maire Herbert Henson s’est personnellement chargé de lui remettre son

trophée. L’objet lui-même a quelque chose de royal. Jusqu’à présent, la statuette a toujours été fabriquée par la famille Mellerio (aussi connue sous le nom de Meller), un grand nom de joaillerie française. Les Mellerio, dont les racines remontent au 17ème siècle, se sont fait connaître en exécutant des travaux d’orfèvrerie pour les grandes familles royales du Vieux Continent. On leur doit notamment des œuvres d’art à caractère religieux, des épées pour de grandes associations étudiantes et des trophées sportifs comme la Coupe des Mousquetaires, réservée aux vainqueurs de l’Open de France. “La fabrication du Ballon d’Or réclame une collaboration étroite entre de nombreux artisans”, explique François Mellerio, le P-DG de l’entreprise familiale. “Elle mobilise des orfèvres, des mouleurs, des ciseleurs, des graveurs, des doreurs et des polisseurs-aviveurs. De nos jours, les personnes qui pratiquent ces métiers se font de plus en plus rares.” Si le football a bien changé depuis les années T H E F I FA W E E K LY

50, le trophée, lui, est resté le même. Le FIFA Ballon d’Or se compose de deux hémisphères de cuivre qui forment une seule et même pièce. Il mesure en outre 31 centimètres de haut, pour 23 centimètres en largeur et en profondeur. Un autre changement important concerne le cadre. La remise ne se fait plus dans la petite ville de Blackpool, mais sur la scène du Palais des Congrès de Zurich, devant les caméras de 50 chaînes de télévision. Å

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LE DÉFILÉ DES STARS Que le spectacle commence ! Lundi, les premières récompenses majeures de cette année marquée par la Coupe du Monde seront attribuées sous les crépitements des flashes, au Palais des Congrès de Zurich. Le scénario du Ballon d’Or a rarement été si passionnant : Messi, Ribéry et Ronaldo peuvent tous trois rêver de remporter cet “Oscar” du football.

Thomas Renggli

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n tapis rouge au lieu de la pelouse verte, une élégante tenue au lieu du maillot et du short, une flûte de champagne au lieu d’une bouteille en plastique… Le Gala du Ballon d’Or organisé au Palais des Congrès de Zurich marque le premier rendez-vous important de l’année, six mois avant la finale de la Coupe du Monde. Cette soirée sera aussi l’occasion pour le sport et le spectacle de se croiser. Des stars de la chanson comme Shakira ou Amy Macdonald profiteront d’une grande scène et les footballeurs les plus performants seront présentés sous un autre jour et dans une autre tenue : Ronaldo en smoking, Messi en costume sur mesure, Marta en robe de cocktail. Pour certains, il est plus facile de dribbler sur le terrain que de participer à un numéro d’équilibriste lors de ce grand défilé footballistique. Mais de toute façon, il n’y aura ni bonus, ni pénalité pour l’élégance. En effet, les trophées en or décernés aux meilleurs joueurs et entraîneurs de l’année 2013 retiendront davantage l’attention que la mise des participants. Côté masculin, le dé6

bat a rarement été âpre : Messi, Ribéry ou Ronaldo ? Qui le jury, composé des sélectionneurs nationaux et des capitaines des 209 associations membres ainsi que de certains journalistes, couronnera-t-il ? Le niveau de performance était si élevé cette année que le choix des trois finalistes pouvait déjà provoquer des cas de conscience. Des footballeurs exceptionnels comme Zlatan Ibrahimovic ou Luis Suarez, qui auraient certainement eu leur place sur le podium une autre année, ont dû être écartés. Quels sont les critères qui pèsent le plus dans la balance ? Les statistiques personnelles, le rôle au sein d’un collectif, le nombre de titres remportés  ? D’une manière ou d’une autre, la décision du jury donnera matière à discussion. Messi, Ribéry et Ronaldo méritent tous les trois de gagner, tout comme Ibrahimovic. En cyclisme ou en athlétisme, on parlerait de photo-finish. Å

Lionel Messi : Vainqueur à répétition. T H E F I FA W E E K LY


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Sur le chemin de l’Olympe Alan Schweingruber

David Ramos/Getty Images

Un génie en position d’outsider : en 2013, les blessures se sont ­enchaînées pour le quadruple Ballon d’Or. Reste à savoir dans quelle m ­ esure ces absences répétées pèseront dans la balance du jury...

T H E F I FA W E E K LY

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n Argentine, on raconte que les plus belles filles du pays sont celles de Rosario. Mais depuis cinq ou six ans maintenant, ce ne sont plus les princesses qui représentent la grande ville industrielle. Aujourd’hui, Rosario a un roi et il s’appelle Lionel Messi. Lundi prochain, le joueur du FC Barcelone peut espérer se voir remettre le trophée du meilleur footballeur de l’année pour la cinquième fois d’affilée. Si le capitaine de la sélection argentine fêtait cette année son 37ème anniversaire, on pourrait considérer qu’il terminerait ainsi sa carrière en beauté. Mais le 24 juin prochain, la veille du dernier match de la phase de groupes de la Coupe du Monde face au Nigéria, Messi ne soufflera que 27 petites bougies. Cette rencontre pourrait néanmoins s’avérer décisive. L’Argentin a d’ores et déjà gagné tout ce dont un footballeur peut rêver : il est sextuple champion d’Espagne, triple vainqueur de la Ligue des Champions, quadruple meilleur buteur de la Ligue des Champions, quadruple Ballon d’Or et la liste est encore longue. Sa technique, sa créativité et son sens du jeu rappellent les plus grandes légendes du football comme Pelé ou Maradona. Mais voilà, il manque encore un titre au palmarès de l’attaquant pour accéder à l’Olympe : celui de champion du monde. Cette année, Messi est considéré comme outsider dans la course au Ballon d’Or. Depuis avril 2013, l’Argentin souffre en effet de blessures musculaires à répétition. Mais le jury pourrait une nouvelle fois se laisser séduire par l’irrésistible talent de Messi. On en a encore eu la preuve au printemps dernier, en Ligue des Champions face au Paris Saint-Germain : entré à la 62ème minute de jeu, il a su redonner vie au FC Barcelone, qui s’est qualifié pour les ­demi-finales. “Messi est le meilleur joueur du monde. Quand il boîte, il occupe la seconde place du podium”, a conclu la station de radio barcelonaise Marca à l’issue du match. Lundi soir, le monde du football saura si le jugement catalan recèle une part de vérité. Å

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Franck Ribéry : Le collectionneur de titres. 8

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Un mousquetaire au sommet de son art Franck Ribéry ruse, feinte, leurre et mystifie ses adversaires à sa guise. D’une certaine manière, il manie le ballon comme certains de ses illustres compatriotes maniaient autrefois l’épée.

Roland Zorn

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vec sa virtuosité et sa détermination ballon au pied, Franck Ribéry dispose de tous les atouts pour être le d’Artagnan des temps modernes. Comme le célèbre mousquetaire en son temps, l’ailier français bénéficie également d’une grande cote de sympathie, tout particulièrement chez les supporters du Bayern Munich. S’il enchaîne les actions d’éclat chez le récent vainqueur de la Ligue des Champions depuis 2007, il ne s’est jamais montré aussi fort qu’en ce moment. C’est pour cela que le joueur originaire de la ville ouvrière de Boulogne-sur-Mer a maintenant les yeux tournés vers la plus haute distinction individuelle offerte par le monde du football. En effet, après avoir été sacré meilleur footballeur d’Europe en août dernier, Ribéry espère maintenant décrocher le trophée de footballeur de l’année 2013. Il faut dire que celle-ci a été particulièrement riche en succès : “J’ai fait tout ce qu’il fallait. J’ai été constant à haut niveau et j’ai gagné des coupes et des titres avec le FC Bayern”, rappelle-t-il. Pour être précis, il a effectivement remporté la Ligue des Champions, le championnat et la coupe d’Allemagne, la Super Coupe d’Europe et la Coupe du Monde des Clubs. Rien de gratuit Cet artiste âgé de 30 ans affiche aujourd’hui un CV bien rempli. Parti tout en bas de l’échelle, il s’est frayé un chemin jusqu’au sommet à la force des crampons, sans jamais se laisser abattre par les échecs et autres coups du sort. Alors qu’il n’avait que deux ans, il a survécu à un grave accident qui l’a vu traverser la tête la première le pare-brise de la voiture conduite par son père François. Mais ses anges gardiens ont veillé sur lui et il arbore désormais “avec fierté” deux grandes cicatrices sur le front et la joue droite. “Elles sont la preuve que j’ai toujours dû me battre très dur pour avoir quelque chose et que dans ma vie, rien ne m’a jamais été donné gratuitement”, explique Ribéry.

Les batailles qu’il évoque, ce sont celles qu’il a dû mener pour obtenir une certaine reconnaissance sportive et humaine. Enfant, il a souvent été brimé et même discriminé à cause de ses blessures. Ribéry est de plus issu d’une communauté où le chômage atteint 60 pourcent et où l’atmosphère est souvent morose. Les grands clubs européens n’ont entendu parler de lui, au mieux, qu’en 2004, année où il a signé son premier contrat en Ligue 1 avec Metz. Il a ensuite rejoint Galatasaray en janvier 2005, mais l’incapacité du multiple champion de Turquie à lui payer son salaire l’a incité à rapidement changer d’air. Pendant deux ans, il a ensuite fait profiter l’Olympique de Marseille de sa vitesse, de son envie, de son toucher de balle et de sa joie de pratiquer un football offensif. Le Bayern Munich a décidé de le recruter en 2007. Le petit Français aux origines modestes mais au cœur grand comme ça a alors trouvé en Bavière une deuxième maison. Ce nouveau cocon lui a permis d’effacer la déception née de l’échec vécu pendant l’Euro 2008, mais aussi de digérer l’épouvantable fiasco de la Coupe du Monde 2010. On s’en souvient, Ribéry et quelques-uns de ses collègues s’étaient alors rebellés contre le sélectionneur Raymond Domenech.

pour que leur génie français atteigne enfin le sommet de son art. Aujourd’hui, Ribéry revient sur son parcours semé d’embuches sans nostalgie, mais avec la franchise dont il est coutumier : “J’ai beaucoup appris de mes échecs, ils m’ont forgé le caractère. Quand je repense à ma vie passée, je suis maintenant un homme très heureux. Je n’ai pas eu une bonne éducation, mais je ne suis ni bête, ni mauvais. Je suis quelqu’un d’émotionnel et un ami fidèle. Quand j’aime quelqu’un, je lui donne toujours tout ce que j’ai.” Au final, Franck Ribéry est un personnage sympathique, curieux, détendu, naturel, jamais avare de plaisanteries et surtout entier, sur le terrain et en dehors. C’est exactement pour cela qu’il est si apprécié. Å

Le Bayern a toujours soutenu Ribéry Même au plus fort de la tempête, le club munichois a toujours affiché son soutien à Ribéry, notamment lorsque celui-ci s’est retrouvé mis en examen dans une affaire de mœurs. À cette époque, son image dans l’opinion française était au plus bas et il aura fallu attendre l’Euro 2012 pour qu’elle commence à s’améliorer. Uli Hoeness, le président du Bayern, et Karl-Heinz Rummenigge, le président du conseil d’administration du club, n’ont pourtant jamais tourné le dos à ce grand farceur. Ce dernier a un temps perdu le sourire, lorsqu’il évoluait sous les ordres de Louis van Gaal. Si le Néerlandais a cherché à se débarrasser du numéro sept bavarois, ses successeurs Jupp Heynckes puis Pep Guardiola ont en revanche tout fait T H E F I FA W E E K LY

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Ronaldo est bien là Cristiano Ronaldo ne manque certainement pas de confiance en lui. La superstar en est convaincue : “Je mérite le Ballon d’Or, je le ­méritais sur toutes ces années.” Jordi Puntí

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Cristiano Ronaldo : Le buteur en série.

que peut représenter le troisième finaliste en lice, Franck Ribéry. Les trois conditions de la victoire Le Ballon d’Or reconnaît de façon individuelle une réussite qui ne peut être appréhendée que dans une logique collective. Pour résumer, nous dirons qu’il revient à des footballeurs répondant à trois exigences : 1. Avoir enchaîné des prestations exceptionnelles et décisives tout au long de l’année. 2. Avoir contribué, grâce à ces prestations individuelles, à l’amélioration du jeu de son équipe. 3. Grâce à son jeu collectif, l’équipe a obtenu des titres qui ont apporté du bonheur à ses supporters. Cristiano Ronaldo répond parfaitement aux deux premiers critères, mais c’est au niveau du T H E F I FA W E E K LY

troisième que le bât blesse : le Real Madrid n’a gagné aucun titre majeur en 2013. Avec l’équipe du Portugal, il a effectué des prestations solides, voire décisives, comme lors du dernier match de barrage, contre la Suède, où il a offert la qualification à son pays. Chez Ribéry, en revanche, les trois conditions sont réunies : le Boulonnais a joué un rôle majeur dans le triplé Bundesliga – Ligue des Champions – Coupe d’Allemagne du Bayern Munich et il a aligné des sorties de très haut niveau avec une régularité métronomique. Depuis sa signature au Real Madrid, la carrière de Cristiano Ronaldo épouse une trajectoire ascendante qui lui a permis de battre de nombreux records personnels ou propres au club merengue. En 2013 par exemple, il a dépassé son

Visionhaus/Corbis

28 ans, Cristiano Ronaldo aura ce lundi une nouvelle occasion de décrocher son deuxième Ballon d’Or après celui conquis en 2008, alors qu’il évoluait encore à Manchester United. Depuis, il s’est contenté de la place de dauphin à trois reprises, chaque fois derrière Lionel Messi. Pour CR7, la deuxième place est une forme de défaite. Le Portugais n’a pas la même approche qu’un Xavi Hernández ou un Andrés Iniesta. Les deux Barcelonais ont fêté leur présence parmi les trois meilleurs joueurs du monde, derrière leur coéquipier argentin, comme une victoire. Il y a quelques jours, alors qu’il recevait le prix Global Soccer à Dubaï, Cristiano a accordé une interview au quotidien sportif portugais A Bola. À cette occasion, il a réaffirmé son caractère conquérant lorsque le journaliste lui a demandé s’il méritait le Ballon d’Or. Pleine d’orgueil, sa réponse portait toutefois un fond plus circonspect que d’ordinaire. “Peut-être que je le mérite, comme l’an dernier ou il y a deux ans. Je crois que je mérite de le gagner tous les ans… Moi, j’aime tout gagner, mais je sais que ça ne dépend pas de moi. Parfois on gagne, parfois on perd.” Cristiano mériterait sûrement d’être récompensé chaque année pour son football flamboyant. D’autres joueurs sont passés par là avant lui. Cependant, chaque année, le Madrilène a été précédé par un génie – Messi –, qui a systématiquement évolué un ton au-dessus de la concurrence. Cette année en revanche, Ronaldo fait figure de favori par rapport à La Pulga. Au terme d’une saison gâchée par les blessures, lors de laquelle le FC Barcelone a dû s’adapter au changement d’entraîneur et faire face à la maladie de Tito Vilanova, il paraît difficile de voir Messi conserver son titre. L’autre paramètre à prendre en compte est la menace


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propre total de buts inscrits sur une année avec 66 unités à son actif. Cependant, cette influence retentissante sur le jeu de son équipe ne lui a pas permis de gagner beaucoup de titres. Là où ses qualités individuelles devraient être mises au service du collectif, il se produit souvent l’inverse. Le problème sautait aux yeux sous l’ère Mourinho, où les tactiques défensives avaient transformé Cristiano en un sauveur avec des buts inscrits in extremis. “Regardez ! Je suis ici !” En tout cas, si vous recherchez le meilleur du Cristiano Ronaldo version 2013, tournez-vous vers deux matches couperet. Le premier est la demi-finale de la Copa del Rey face au Barça, en février dernier. Tenu en échec 1:1 chez lui à l’aller,

le Real s’est imposé 1:3 au Camp Nou grâce à deux buts de Cristiano. Ces deux réalisations sont venues clôturer deux contre-attaques sur lesquelles CR7 a fait parler sa pointe de vitesse. Sur l’une de ces deux actions, il a provoqué un penalty qu’il a lui-même transformé et sur l’autre, il a mis au fond un ballon mal repoussé. L’autre confrontation, qui est sûrement son argument le plus précieux dans la course au Ballon d’Or, est le barrage remporté par le Portugal contre la Suède en qualifications pour Brésil 2014 (2:3). La Seleção das Quinas se présentait à Stockholm avec un avantage de 1:0. Après une première mi-temps sans but, Cristiano en a inscrit trois qui ont annihilé les efforts d’Ibrahimovic, auteur d’un doublé. Ce triplé constitue une T H E F I FA W E E K LY

démonstration de puissance, de rapidité en contre et de précision dans le dernier geste. Ronaldo était conscient que le monde entier avait les yeux braqués sur lui. La FIFA ayant repoussé la date butoir du vote pour le Ballon d’Or, il savait qu’il amassait là ses derniers suffrages. Quand il a inscrit son deuxième but, il s’est planté devant le public alors que ses coéquipiers accouraient vers lui pour le féliciter. "Moi, je suis présent. Moi, je suis présent !", lançait Cristiano, torse bombé et port altier. Lundi à Zurich, il sera sûrement tendu mais il devra respecter l’étiquette. Cependant, il y a fort à papier que s’il est élu Ballon d’Or 2013, Ronaldo pensera très fort “Moi, je suis présent !” lorsqu’il montera sur scène. Avec la même assurance que sur le terrain. Å 11


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La pionnière

La recordwoman

La tenante du titre

En 2013, Nadine Angerer a confirmé qu’elle appartenait toujours au cercle des meilleures footballeuses de la planète. Elle pourrait même devenir la toute première gardienne de but à remporter le Ballon d’Or. Le dernier rempart allemand a multiplié les prestations inspirées en Suède, contribuant ainsi au triomphe de son pays lors de l’Euro féminin. Joueuse la plus capée du groupe, l’internationale de 35 ans a été le véritable relais de Silvia Neid auprès de la jeune génération. Sur le terrain, elle a réussi l’exploit d’arrêter deux penalties norvégiens en finale du grand rendez-vous européen. La courte victoire (1:0) de la Mannschaft porte donc sa marque et ses extraordinaires performances individuelles ne sont pas passées inaperçues : Angerer a été élue footballeuse européenne de l’année. La solide gardienne, actuellement sous contrat avec le club australien de Brisbane Roar, compte à son palmarès la bagatelle de huit championnats d’Europe et deux Coupes du Monde. Son prochain grand objectif est de s’imposer au sein de la ligue professionnelle américaine, la National Women’s Soccer League, qu’elle rejoindra en avril. Elle devrait d’ailleurs annoncer le nom de sa nouvelle équipe dans les semaines à venir. Å

Pour présenter Marta Vieira da Silva, pas besoin d’aller chercher bien loin : entre 2006 et 2010, elle a été sacrée cinq fois d’affilée Joueuse Mondiale de la FIFA. En dépit de ce palmarès enviable, elle reste en panne de succès dans les compétitions internationales avec la Seleção féminine, aussi bien aux Jeux Olympiques qu’en Coupe du Monde Féminine. Cela n’empêche pas la joueuse de 28 ans d’envoûter les spectateurs par la qualité de son jeu. Marta sait très tôt ce qu’elle veut faire dans la vie. Elle quitte sa famille dès l’âge de 14 ans pour aller s’installer à Rio de Janeiro et concrétiser son rêve : devenir footballeuse professionnelle. Quatre ans plus tard, elle s’engage à l’Umea IK (Suède) et donne rapidement la pleine mesure de son talent : quadruple championne de Suède, elle inscrit 111 buts en 103 matches. Après un détour par les États-Unis, elle revient en Suède en 2012. Grande figure de la Damallsvenskan, la prestigieuse première division suédoise, elle conduit le Tyresö FF jusqu’en quart de finale de la Ligue des Champions féminine, une première pour ce club. Å

Joueuse Mondiale de la FIFA 2012, Abby Wambach n’a pas baissé de rythme en 2013. À 33 ans, l’attaquante américaine n’a rien perdu de sa puissance, de son dynamisme, ni de son caractère. La native de Rochester (État de New York) a eu l’occasion de se rapprocher de ses racines, elle qui a défendu avec brio les couleurs de Western New York Flash pour la saison inaugurale de la National Women’s Soccer League. Wambach a largement contribué au bon parcours du Flash jusqu’en finale, avec à la clé, malheureusement, une défaite 2:0 contre Portland Thorns. Elle n’en a pas moins inscrit 11 buts en 19 matches, ce qui fait d’elle la deuxième meilleure réalisatrice de cette NWSL, première du nom. En sélection, Wambach a franchi un cap historique le 20 juin dernier, au cours d’un match contre la République de Corée. Auteur d’un quadruplé, elle a dépassé à cette occasion Mia Hamm, qui était jusque-là la meilleure buteuse de l’histoire du football international avec 158 réalisations. Le nouveau record de Wambach ne semble pas près d’être battu, d’autant que celle-ci enchaîne toujours les buts avec une régularité extraordinaire. Å

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Moritz Schmid

Invincible : Nadine Angerer se saisit du Ballon d'Or à la manière d'une gardienne de but.


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Le rêve de Yuki Ogimi La Japonaise Yuki Ogimi, 26 ans, a fait partie des dix pré-nominées pour le titre de Joueuse Mondiale de la FIFA. Durement touché par le tsunami de 2010, le Japon a retrouvé l’espoir, en partie grâce au football. “Quand j’étais enfant, je rêvais déjà de jouer au football à l’étranger”, raconte l’attaquante de Chelsea. “Mon idole était Homare Sawa, qui a évolué pendant plusieurs années aux États-Unis et qui a remporté le titre de Joueuse Mondiale en 2011. C’est elle qui m’a donné envie de faire ce métier, quand j’avais cinq ans. À l’époque, il n’y avait pas de championnat féminin professionnel au Japon. Aujourd’hui, j’admire des joueuses comme l’Allemande Anja

Mittag. De leur côté, mes parents m’ont toujours soutenue. Ils ont tout fait pour que je devienne professionnelle.” “Au Japon, les footballeurs gagnent toujours plus que les footballeuses. Mais ce sont les femmes qui ont le plus faim de succès et qui prennent le plus de plaisir à jouer.” “La victoire en finale de la Coupe du Monde 2011 a coïncidé avec le tsunami au Japon. Nous voulions apporter un peu de bonheur aux gens, leur faire vivre quelque chose de positif pour que le pays reprenne courage. De nombreuses joueuses se sont ensuite rendues sur les zones touchées par la catastrophe, afin de montrer leur soutien. Le football

féminin n’est pas aussi développé chez nous qu’en Europe ou aux États-Unis. Dans ces conditions, notre victoire en Coupe du Monde est un vrai miracle.” “J’ai été surprise de ma nomination pour le Ballon d’Or. C’était une bonne nouvelle pour le développement du football féminin au Japon et pour le championnat. Chez les hommes, je pense que Zlatan Ibrahimovic aurait mérité de l’emporter.” Å Propos recueillis par Honey Thaljieh

Arnd Wiegmann/Reuters 120_foto-bylines_x12

Unies : Marta (de dos) félicite Abby Wambach au Gala FIFA Ballon d’Or 2012.

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Jürgen Klopp : L’aventurier

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a façon de jouer de son équipe est semblable à sa manière d’être : directe, offensive, détendue, aventureuse. Aujourd’hui, le Borussia Dortmund, c’est aussi et surtout Jürgen Klopp et sa relation fusionnelle avec son équipe. Il a façonné cette dernière de ses propres mains et lui a permis d’acquérir une dimension magistrale, avec l’aide de ses assistants dévoués depuis des années. Regarder le champion d’Allemagne 2011 et 2012 ainsi que le finaliste de la Ligue des Champions 2013 constitue presque toujours un événement, car pour ce groupe et son patron âgé de 46 ans, la routine est un concept inconnu. Les matches des Schwarz-Gelben entraînent presque inévitablement des risques et effets secondaires, quelle que soit la compétition. Il en va de même pour le coach, dont le caractère est souvent imprévisible. Si Klopp est un bon vivant, il peut aussi devenir invivable quand il se sent victime d’une injustice et qu’il ne 14

comprend pas les décisions d’autres personnes, comme les arbitres. Ses émotions, qui le rendent extrêmement sympathique aux yeux de beaucoup, lui jouent parfois des tours. Ainsi, ce même Jürgen Klopp, l’entraîneur de Bundesliga le plus apprécié d’Allemagne, peut aussi exceptionnellement se transformer en un être odieux, agressif et un brin excessif. Dans ce cas, il n’a plus franchement l’air aussi aimable que d’habitude. Ceux qui le connaissent depuis longtemps certifient que Kloppo (surnom qui lui a été donné dans le club de Mayence, où il a passé 18 années) n’a jamais changé d’un iota sa nature, son comportement ni sa manière de communiquer. “Il possède quelque chose qui ne s’apprend pas”, explique Harald Strutz, le président du club pour lequel notre homme originaire de la Forêt-Noire a joué pendant onze ans et dont il a été l’entraîneur de 2001 à 2008. “Il affiche une autorité, une mentalité et une sentimentalité naturelles.” Michael Zorc, directeur sportif du Borussia Dortmund, affirme que l’entraîneur lié au BVB T H E F I FA W E E K LY

jusqu’en 2016 est “authentique et ne joue pas la comédie. Outre son attitude positive, il est ambitieux, honnête et communique beaucoup.” Klopp, qui a largement contribué au renouveau du club de Westphalie, s’est vite remis de sa courte défaite 1:2 contre le FC Bayern Munich en finale de la Ligue des Champions. “Sa facilité à encaisser les revers est étonnante”, explique Christian Heidel. “Il faut dire qu’à Mayence, il a eu suffisamment d’occasions de s’y préparer.” Après ce magnifique duel face au rival bavarois, il a tout de même passé la nuit à faire la fête, même s’il a montré moins d’entrain qu’en d’autres occasions, au dénouement un peu plus heureux. Å

Lars Baron/Getty Images

Roland Zorn


F I F A B A L L O N D ’O R 2 013

Jupp Heynckes : Le gentleman

Roland Zorn

Joern Pollex/Getty Images

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oueur irrésistible, entraîneur intouchable et personnalité exemplaire : Jupp Heynckes, qui avait d'abord envisagé de devenir architecte, a influencé durablement les équipes qui lui ont été confiées avant de se retirer avec élégance au zénith de sa carrière. Champion d’Europe en 1972 puis du monde en 1974, quadruple champion d’Allemagne avec le Borussia Mönchengladbach, il dispose d'une puissance de frappe, d'une technique et d'une vitesse qui lui permettent de devenir le deuxième meilleur attaquant de son pays, juste derrière Gerd Müller. Passé entraîneur, ce Rhénan aujourd'hui âgé de 68 ans se transforme alors en coureur de fond. Sa persévérance, sa détermination et son éthique du travail lui ouvrent la voie royale. Il essuie certes quelques revers, à l’image de la défaite du FC Bayern en finale de la Ligue des Champions 2012 face à Chelsea, mais cela le stimule et le pousse à repartir au combat, à

aller encore plus loin. Imperturbable, le champion a beau savoir que son aventure avec le FC Bayern s'arrêtera à la fin de la saison, il ne perd pas de vue de son objectif et réitère l'exploit de 1998 lorsqu’il remporte pour la première fois la Ligue des Champions avec le Real Madrid (1:0 contre la Juventus Turin). Bravant les obstacles, il se hisse une nouvelle fois au sommet du football européen le 25 mai 2013 : un an après être passés à deux doigts de la victoire, les Munichois l’emportent 2:1 face au Borussia Dortmund. Si le Borussia Mönchengladbach a donné à Heynckes la chance de révéler ses talents d’attaquant, le FC Bayern lui a permis d'entrer au Panthéon des meilleurs entraîneurs mondiaux. Le triplé dans la poche (le club bavarois a également remporté le championnat et la coupe d’Allemagne), il est parti à la retraite le cœur léger et le sourire aux lèvres. Son œuvre est achevée, le résultat magnifique. Å

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F I F A B A L L O N D ’O R 2 013

Alex Ferguson : Le noble

Thomas Renggli

Laurence Griffiths/Getty Images

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ir Alex Ferguson, 72 ans, est une icône du football et la preuve vivante que, même dans un sport de haut niveau à l’évolution rapide, la continuité et la persévérance constituent des clés fiables du succès. Il a en effet entraîné Manchester United pendant 26 ans et y a remporté 39 titres, dont deux Ligue des Champions. Il a conclu sa formidable moisson par un treizième titre de champion d’Angleterre au mois de mai dernier, avant de tirer sa révérence. Adoubé en 1999, il a en outre reçu 30 distinctions et prix personnels, dont le Prix du Président de la FIFA en 2011 pour services rendus au football. Lorsque Ferguson a annoncé sa retraite à la fin de la saison dernière, l’information a même fait de l’ombre à la venue de la reine Élizabeth II au Parlement londonien. David Moyes, le successeur d’Alex Ferguson à la tête des Red Devils, mesure lui aussi la taille de cette ombre. Après l’élimination de son équipe en FA Cup, les médias lui ont rebattu les

oreilles des trophées glanés par Fergie et remis au goût du jour une question très délicate : “Sir Alex pourrait-il revenir ?” Cela semble bien improbable tant Ferguson a choisi avec précaution le moment de ses adieux. De plus, il sait parfaitement qu’un retour risquerait simplement de ternir sa propre image. Par expérience, il sait aussi que tout début peut être difficile. Lorsqu’il a été nommé entraîneur de Manchester United en 1986, il s’est battu pendant trois ans et demi pour percer. Il lui a fallu attendre le printemps 1990 pour soulever sa première coupe (la FA Cup) à la tête du club anglais. “Ce n’est qu’avec le succès qu’un entraîneur devient maître de son destin”, écrira-t-il plus tard dans son autobiographie. “La réussite ouvre toutes les portes et permet aux joueurs d’accepter tout ce que tu dis.” Ferguson sait de quoi il parle. Il a sorti Manchester United du marasme dans lequel il se complaisait et l’a ramené sur le toit du monde. Grâce à lui, le club s’est transformé en l’une des marques les plus renommées de la planète sport et le légendaire Matt Busby, T H E F I FA W E E K LY

prédécesseur de Fergie, est presque tombé dans l’oubli. L’Écossais est même devenu l’entraîneur le plus riche du pays avec une fortune estimée à 34 millions de livres sterling. Le microcosme footballistique a du mal à accepter qu’il puisse maintenant mener une vie de retraité. C’est pour cette raison qu’au plus tard à la prochaine défaite de Manchester United, son retour sera à nouveau exigé. Å

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LE DÉBAT

Indispensable Ballon d’Or

Le sourire du vainqueur : Johan Cruyff et son épouse Danny avec le Ballon d’Or 1971.

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e football est un sport collectif. Sans équipe, les joueurs, livrés à eux-mêmes, seraient dans l’impossibilité de remporter un match, même face à onze footballeurs médiocres. Toute récompense remise à un joueur ou à une joueuse n’a donc aucun sens sans considération pour l’équipe qui lui offre la chance de déployer ses qualités exceptionnelles. C’est encore plus vrai aujourd’hui qu’il y a dix, vingt ou trente ans. Dans le football contemporain et ses systèmes de jeu sophistiqués, on trouve certes encore quelques individualistes, mais ils ont beaucoup moins de marge de manœuvre que par le passé. Cette tendance se reflète également dans la disparition des postes de libero et de meneur de jeu, au profit du tiki-taka, un système qui ne laisse d’autre choix aux génies du football que de s’intégrer au collectif et de partager avec lui le succès. Ce déclin progressif des positions individuelles justifie que les joueurs les plus inspirés se voient récompensés, au-delà des tournois et des compétitions et indépendamment de l’équipe pour laquelle ils jouent.

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Chaque année, le FIFA Ballon d’Or couronne le meilleur joueur du monde. La FIFA organise le Gala du Ballon d’Or pour la quatrième fois. Les trois premières éditions ont été remportées par Lionel Messi, du FC Barcelone. L’Argentin figure encore parmi les nominés pour le titre 2013, aux côtés du Portugais Cristiano Ronaldo (Real Madrid) et de Franck Ribéry (Bayern Munich). Le FIFA Ballon d’Or est né en 2009 de la fusion de deux récompenses, le prix du Joueur Mondial de la FIFA (créé en 1991) et le Ballon d’Or remis par le magazine France Football (créé en 1956). Les légendes du football Stanley Matthews, Alfredo Di Stefano, Eusébio (lire aussi en pages 17 et 26), Johan Cruyff ou encore Franz Beckenbauer comptent ainsi parmi les lauréats du Ballon d’Or, tandis que Lothar Matthäus, Marco van Basten, Roberto Baggio ou Zinédine Zidane ont été sacrés Joueur Mondial de l’année par la FIFA. Mais l’omniprésence de Lionel Messi a fini par faire converger les deux récompenses. En 2009, il remporte à la fois le Ballon d’Or et le titre de Joueur Mondial de la FIFA. L’année suivante, l’attaquant, profitant de la fusion des deux prix, complète son tableau de chasse en empochant le FIFA Ballon d’Or. Il pourrait T H E F I FA W E E K LY

rester ainsi le seul joueur de l’histoire à avoir reçu l’ensemble des trois distinctions. En 1995, le règlement est modifié. Avant cette date, un Argentin n’aurait en effet jamais pu espérer remporter le Ballon d’Or, réservé jusqu’alors aux joueurs de nationalité européenne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Diego Maradona n’a jamais eu le privilège de soulever ce trophée. Depuis 1995, les joueurs non-européens qui gagnent leur vie sur le Vieux Continent peuvent concourir pour cette prestigieuse récompense. En 2006, une nouvelle modification assouplit encore un plus les règles et tout footballeur professionnel peut être soumis au vote du jury. Celui-ci est aujourd’hui composé des capitaines et des sélectionneurs des équipes nationales des 209 associations membres de la FIFA, ainsi que d’un panel de journalistes spécialisés. Leur décision pour l’année 2013 sera rendue publique lors du Gala du Ballon d’Or, qui se déroulera à Zurich le 13 janvier 2014. Å Les débats de The FIFA Weekly Qu’est-ce qui vous interpelle ? De quels sujets aimeriez-vous discuter ? Envoyez vos propositions à : feedback-TheWeekly@fifa.org.

Imago

Perikles Monioudis


LE DÉBAT

J’en ai marre de ces gens qui critiquent les cérémonies et qui, au final, les regardent en cachette à la télévision. Pourquoi le meilleur footballeur ou le meilleur entraîneur du monde ne devraient-ils pas être récompensés comme il se doit ? Le FIFA Ballon d’Or est une cérémonie honorable, qui consacre le vote d’un jury représentatif. Je suis fan de Lionel Messi et j’espère de tout mon cœur que mon compatriote remportera une nouvelle fois le titre de meilleur footballeur de l’année. Si l’on met de côté ses brefs passages à vide sous le maillot de Barcelone, il a été le meilleur joueur du monde en 2013. Federico Pérez, Rio Gallegos (Argentine)

J’attends avec impatience l’élection du 13 janvier 2014. Le monde du football a besoin de cette récompense, comme le monde du cinéma a besoin de la cérémonie des Oscars. Le titre ne devrait pas échapper à Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi. Ronaldo est tellement bon que son Ballon d’Or de 2008 ne suffit plus. Messi, lui, a gagné suffisamment de titres. Quant à Franck Ribéry, il a déjà eu la chance d’être élu Meilleur joueur d’Europe par l’UEFA. Pour moi, il ne méritait même pas cette distinction.

LE BILLET DU PRÉSIDENT

joueur mérite de gagner cette année : Franck Ribéry. Ses prestations avec le Bayern ont été incroyables. Sans lui, l’équipe n’aurait jamais remporté ses cinq titres en 2013. Cette constance doit être saluée par un Ballon d’Or. Anton Hotz, Innsbruck (Autriche)

“On n’accorde pas assez Q d’importance aux défenseurs.”

Antonio Vadini, Lecce (Italie)

Je trouve quelque peu absurde de récompen­ ser des individus alors qu’il s’agit d’un sport collectif. Au final, c’est la performance de l’équipe qui compte. L’important dans un groupe, c’est le niveau d’ensemble. Martin Hard, Hambourg (Allemagne)

Logiquement, le palmarès reflète la crédi­ bilité d’une récompense. Pour moi, un seul

De manière générale, je trouve que ces prix n’accordent pas assez d’importance aux défenseurs. Cette année encore, un seul joueur à vocation défensive figurait sur la liste des candidats. Je ne suis pas un supporter du Bayern, mais je trouve que Philipp Lahm aurait mérité de remporter cette récompense. Siegfried L., Cologne (Allemagne)

Réactions au Billet du Président Perikles Monioudis Le Billet du Président Sepp Blatter, paru dans l’édition précédente sous le titre “Stop à la comédie”, a suscité de vives réactions dans le monde entier. Aux yeux de NBC Sports, une chaîne américaine spécialisée, le Président de la FIFA a raison d’exiger que les simulateurs et les joueurs essayant de gagner du temps soient punis : “Il est grand temps que les choses changent et sanctionner les plongeons par une expulsion temporaire peut être la solution.” Le jour de la parution de la 11ème édition de The FIFA Weekly, le 3 janvier dernier, le tabloïd allemand Bild a de son côté appelé ses lecteurs à donner leur avis sur Internet. Parmi les 19 437 participants à ce sondage, 77 pour cent se sont

déclarés en faveur d’une pénalité à l’encontre des rois de la triche. Depuis Londres, le Telegraph estime que “la prise de position de Blatter contre les simulations recueillera l’assentiment de la plupart des supporters, entraîneurs et joueurs. Il s’agit d’un message clair adressé aux arbitres en vue de la Coupe du Monde l’été prochain. (...) Dans le football anglais, les plongeons restent un sujet très controversé. Rien que cette saison, 13 cartons jaunes ont déjà été distribués pour sanctionner ce type de pratique.” Les déclarations de Sepp Blatter ont également rencontré un écho favorable auprès des entraîneurs. Manuel Pelligrini, à la tête de Manchester City, Roberto Martinez, son homologue d’Everton, ou encore José Mourinho, manager de Chelsea, ont ainsi tenu à saluer les revendications du Président de la FIFA. Å T H E F I FA W E E K LY

Adieu Eusébio

ui est le meilleur joueur de l’année 2013 ? Qui est le plus grand footballeur de l’histoire ? Ces deux questions soulèvent des débats enflammés et bien malin celui qui saura faire l’unanimité. Ce lundi, la réponse à la première question sera livrée au Palais des Congrès de Zurich, lorsque le FIFA Ballon d’Or sera remis à Messi, Ribéry ou Ronaldo (par ordre alphabétique !). Mais un autre événement nous occupera tout autant que la distinction des plus grands talents actuels. Il nous faut en effet dire au revoir à l’un des joueurs les plus fantastiques du siècle dernier : Eusébio da Silva Ferreira, plus connu sous le nom d’Eusébio. Le Portugais, né au Mozambique, a dominé le monde du ballon rond dans les années 60. Meilleur buteur de la Coupe du Monde 1966, il est également une figure emblématique du Benfica Lisbonne, avec lequel il a notamment remporté la Coupe d’ Europe des Clubs Champions. Il symbolise une époque qui aura vu se croiser certaines des plus grandes légendes de notre sport : Pelé, Alfredo di Stéfano, Ferenc Puskás et bien sûr Eusébio. Ce dernier, comme di Stéfano et Puskás, n’a jamais pu gagner la Coupe du Monde. Il aura cependant marqué les esprits par sa technique, sa détermination et ses talents de finisseur. La Panthère Noire a également reçu de multiples distinctions, dont le Ballon d’Or en 1965. Son exemple illustre à merveille l’importance des récompenses individuelles dans un sport collectif. Le couronnement d’un seul joueur doit être possible, indépendamment des performances de son équipe. Eusébio était assurément le meilleur en 1966, mais le Portugal a échoué en demi-finale contre l’Angleterre. Ce revers n’ôte rien à ses nombreux exploits, bien au contraire. Nous réserverons donc au joueur et à l’homme un hommage digne de son rang.

Votre Sepp Blatter 19


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EN ROUTE POUR LE BRÉSIL: PLUS QUE 22 SEMAINES

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Une grande aventure

Au cœur de la jungle : le Teatro Amazonas témoigne de l’essor de Manaus, dû en grande partie au développement du commerce du caoutchouc.

Quatre matches du premier tour provoquent des discussions animées. Au cœur de la jungle, la ville de Manaus suscite peurs et inquiétudes. Pourtant, cette métropole de près de deux millions d’habitants dispose de nombreux atouts. Thomas Renggli

Frank Tophoven/laif

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epuis le tirage au sort, les Anglais suent à grosses gouttes, le sélectionneur amé­ricain Jürgen Klinsmann déplore “le pire des scénarios possibles” et Ottmar Hitzfeld évoque, sur le ton de la plaisanterie, la possibilité d’organiser son stage de préparation directement dans un sauna. La raison de ces bouillonnements intérieurs et de l’échauffement de certains esprits se nomme Manaus, l’un des douze sites de la Coupe du Monde 2014. “C’est un endroit que nous préfèrerions éviter”, confiait le sélectionneur anglais Roy Hodgson avant le tirage au sort. Le maire Arthur Virgilio a répondu du tac au tac : “Nous préfèrerions également que les Anglais ne viennent pas.” Manaus... Ces six lettres suffisent à générer des peurs et des angoisses aussi violentes que la perspective d’une séance de tirs au but contre l’Allemagne (du moins pour les Anglais). Les conditions climatiques qui règnent là-bas rappellent aux Européens qu’aucune équipe issue du Vieux Continent n’a jamais réussi à décrocher

le titre suprême en Amérique du Sud. Les statistiques météorologiques font froid dans le dos : 31,4°C, 83 pourcent d’humidité dans l’air et 180 jours de pluie par an. Deux saisons rythment l’année  : la saison des pluies, qui dure de décembre à mai, et la saison sèche, au cours de laquelle le thermomètre atteint fréquemment les 40 degrés. Pour connaître la liste des effets secondaires, consultez l’emballage ou demandez à votre médecin. Il existe pourtant une autre façon de voir les choses, beaucoup plus positive. Aucun site de la Coupe du Monde n’est plus fascinant ou plus exotique que cette métropole de près de deux millions d’habitants, nichée en pleine jungle. Grâce au développement du commerce du caoutchouc au 19ème siècle, Manaus a, un temps, fait partie des villes les plus riches du monde. À cette époque, il existait des liaisons maritimes directes avec Liverpool et New York. Les notables les plus fortunés ne se refusaient aucun caprice : considérant que l’eau du Rio Negro était trop sale, ils faisaient expédier leurs vêtements en Europe pour les laver. Sans doute s’agit-il du cycle de lavage le plus long de l’histoire de l’humanité. T H E F I FA W E E K LY

Le Teatro Amazonas, l’opéra de Manaus, a longtemps fait la fierté de la ville. Le bâtiment se dresse dans le ciel comme un monolithe, créant ainsi un remarquable effet de contraste avec les constructions modestes des alentours. Les matériaux qui ont servi à sa construction viennent presque tous d’Europe : les tuiles du dôme ont été fabriquées en Allemagne, les pavés de la cour ont été taillés au Portugal. Malheureusement, l’effondrement du cours du caoutchouc au début du 20ème siècle a mis un terme à ces extravagances. La ville de Manaus est progressivement passée au second plan, tant au niveau économique que commercial. L’opéra a retrouvé la lumière des projecteurs grâce notamment au célèbre film de Werner Herzog Fitzcarraldo, puis rouvert ses portes à la fin des années 1980 après de coûteux travaux de rénovation. La forte humidité ambiante et les infestations de thermites n’ont évidemment pas facilité la tâche des artisans. Grâce au tournoi à venir, la ville s’est offert une deuxième jeunesse, à l’image de son célèbre opéra. L’ancien stade Vivaldo Lima a ainsi eu droit à un lifting complet. Il brille désormais de mille feux et a même été rebaptisé pour l’occasion en Arena Amazonia. Cette enceinte de 42  000 places aux allures futuristes tranche radicalement avec la nature sauvage qui l’entoure. Ce spectacle unique vaut à lui seul le détour par Manaus. Il y a bien longtemps que la Coupe du Monde ne nous avait pas proposé une telle aventure. Å

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LE MIROIR DU TEMPS

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Île de l’Éléphant, Antarctique

Sir Ernest Shackleton et son équipage avaient entrepris de traverser l’Antarctique. Ils n’accomplirent que 85 milles au lieu des 1 800 prévus, la glace empêchant toute avancée de l’Endurance, le trois-mâts utilisé pour l’expédition. Vingt-deux hommes et 69 chiens de traineau se retrouvèrent ainsi prisonniers. Les premiers passèrent le temps en organisant des pièces de théâtre et en jouant au poker ou au football. Ils furent finalement libérés après cinq longs mois d’attente, assez pour organiser un championnat. Les sols inhospitaliers ne leur permirent probablement pas d’affiner leur technique, mais une chose est sûre : ils devinrent de véritables experts en chasse au pingouin et à l’otarie ! 22

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Frank Hurley/Courtesy the Ralls Collection

1916


LE MIROIR DU TEMPS

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À 1 500 milles nautiques au sud d’Hobart, Antarctique

Zhang Jiansong/Xinhua/Dukas

2014 Un siècle plus tard, la glace fait à nouveau parler d’elle. Le brise-glace chinois Snow Dragon, venu à la rescousse du navire touristique russe l’Akademik Shokalskiy, se retrouve lui aussi prisonnier. Heureusement, les occupations ne manquent pas : l’embarcation chinoise dispose en effet d’une salle de sport, d’un cinéma, de tables de ping-pong et de provisions jusqu’à fin avril. L’équipage se livre également à quelques parties de football. Le terrain n’est toutefois plus praticable aujourd’hui, puisque le brise-glace a finalement rompu les défenses glacées de l’Antarctique le 7 janvier.

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TRIBUNE

L E T O P 11 D E L A S E M A I N E

Les plus longues courses en solitaire

1

90 mètres : George Weah 8 septembre 1996 AC Milan – Hellas Vérone 4:1

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80 mètres : Wolfgang Schäfer 19 mars 1986 Bayer Uerdingen – Dynamo Dresde 7:3

Réflexion et réaction Perikles Monioudis

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irer est avant tout une affaire de précision. Lors d’un coup franc, le ballon doit passer au-dessus du mur avant de se diriger à l’opposé du gardien. Pour dire les choses autrement : sa trajectoire ressemble à celle d’une libellule en chasse. L’utilisation de nouveaux matériaux rend de tels effets possibles. De nos jours, le ballon est en effet devenu un véritable objet de haute technologie, tout comme les chaussures des joueurs. Dans les deux cas, nous sommes bien loin du cuir qu’on utilisait au début. Pourtant, dès les premières années de l’histoire du football, on pouvait déjà voir des joueurs tirer des coups francs miraculeux. Pelé a ensuite pris le relais avec sa technique inégalée, avant d’être au fil du temps rejoint par de grands noms comme Beckham ou Ronaldo. Mais la précision et l’intuition sont loin d’être la chasse gardée des spécialistes du ballon rond. Le photographe Martin Munkacsi (1896 – 1963) fut lui aussi le roi de l’exactitude. Il inventa une nouvelle manière de photographier qui lui permit de conquérir les magazines et de devenir célèbre dans le monde entier. Son credo  : Think while you shoot, réfléchir en appuyant sur le déclencheur. La capacité de réflexion de Munkacsi ne se limitait pas à insérer correctement la pellicule à l’intérieur de l’appareil ou à ouvrir plus ou moins le diaphragme. Elle allait bien au-delà de la simple manipulation du matériel. Le Hongrois fut l’un des premiers à comprendre que pour pouvoir reproduire le mouvement observé sur la pelouse, il fallait se laisser porter par ce dernier. Il anticipait ce qui allait apparaître devant son objectif, faisait la mise au point et

appuyait sur le déclencheur en même temps que la réalité rattrapait sa photo. Cela lui permit de photographier des parades de gardiens au moment même où elles avaient lieu. Munkacsi était le maître de l’anticipation, bien avant que ce concept n’envahisse le monde du football. L’ailier est sur le point de centrer devant le but, l’attaquant et son adversaire s’apprêtent à bondir pour reprendre de la tête tandis que le gardien brandit le poing pour dégager le ballon. Le photographe va immortaliser ces trois joueurs, il règle l’ouverture du diaphragme, attend le moment idéal. Maintenant ! Mais manque de chance, le ballon de l’ailier atterrit en touche, les joueurs devant le but n’ont même pas eu le temps de sauter. Peu importe le nombre de clichés ratés par Munkacsi. C’était là son avantage sur les joueurs : eux doivent absolument marquer, ils n’ont pas droit à l’erreur. Par contre, les nombreuses fois où Munkacsi a vu juste, le football s’est imprimé à jamais sur sa pellicule, ainsi que sur nos rétines. Les scènes de stade photographiées par Munkacsi sont tout simplement inoubliables. Think while you shoot. Football total, tiki­taka, systèmes de jeu imprévisibles… Mun­k acsi était là bien avant les Néerlandais, le FC Barcelone ou Arsenal. Oui, les beaux-arts ont souvent une longueur d’avance sur le football. Mais dans l’idéal, le football crée ses propres normes esthétiques et ces dernières n’attendent qu’une chose : être immortalisées. Å

3

77 mètres : Jefferson Farfan 22 octobre 2011 Leverkusen – Schalke 0:1

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70 mètres : Arjen Robben 29 février 2012 Angleterre – Pays-Bas 2:3

70 mètres : Kakà 3 septembre 2006 Brésil – Argentine 3:0 70 mètres : Pelé 3 mars 1961 Santos – Fluminense 3:1

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60 mètres : Nicola Berti 23 novembre 1988 Bayern Munich – Inter Milan 0:2

8

50 mètres : Diego Maradona 22 juin 1986 Argentine – Angleterre 2:1

11

50 mètres : Roberto Baggio 17 septembre 1989 Naples – Fiorentina, 0:1 50 mètres : Lionel Messi 18 avril 2007 Barcelone – Getafe 5:2 49 mètres : Yassine Chikhaoui 23 septembre 2007 FC Zurich – Grasshopper Club 1:0

Vous connaissez d’autres courses interminables ? Écrivez-nous : feedback-TheWeekly@fifa.org

La rubrique hebdomadaire de la rédaction de The FIFA Weekly T H E F I FA W E E K LY

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EUSÉBIO

L’ultime tour d’honneur

Sa simplicité, sa gentillesse et son élégance lui ont valu d’occuper une place à part dans le cœur de beaucoup de gens. Eusébio, sans doute le plus grand footballeur de l’histoire du Portugal, nous a quittés récemment. Cette triste nouvelle n’a laissé personne indifférent.

undi dernier, ils étaient plus de 10 000 au stade de la Luz de Lisbonne pour rendre un dernier hommage à Eusébio. Dimanche 5 janvier, la Panthère Noire s’est éteinte à l’âge de 71 ans, des suites d’un arrêt cardio-respiratoire. À plusieurs reprises, l’ancien international portugais avait fait savoir que sa dernière volonté serait qu’on lui accorde un tour d’honneur dans le stade de Benfica, son club de toujours. Porté par une petite voiture, son cercueil a donc fait le tour de la pelouse, avant d’être emporté vers l’église du quartier de Benfica pour les funérailles officielles. Le long du trajet, d’innombrables passionnés se sont rassemblés afin de témoigner de leur immense estime pour cet attaquant hors du commun. Toute sa vie durant, Eusébio a incarné le sport au Portugal. Le gouvernement a immédiatement réagi à l’annonce de son décès en 26

décrétant un deuil national de trois jours. Les réactions du monde du football n’ont pas tardé à affluer. “Le football a perdu une légende, mais Eusébio a gagné depuis longtemps sa place parmi les plus grands”, a déclaré le Président de la FIFA Sepp Blatter. Franz Beckenauer et Luis Figo ont rendu un hommage unanime à son talent. Pelé a pleuré la disparition d’un “frère”. José Mourinho a rappelé que les artistes étaient “immortels”. “Eusébio, nous ne t’oublierons jamais. Repose en paix”, écrivait Cristiano Ronaldo sur son compte Twitter avant de dédier son doublé contre le Celta Vigo à son aîné, le lendemain, en désignant le ciel du doigt. Un homme simple Les plus grands joueurs ont deux occasions d’atteindre l’immortalité : en raccrochant les crampons ou en mourant. Tout au long de son existence, Eusébio a toujours fait preuve d’une grande gentillesse, ce qui lui a valu de construire une relation particulière avec ses contemporains. Pendant de nombreuses années, il a été une référence incontournable T H E F I FA W E E K LY

au Portugal. Ses deux triomphes européens avec Benfica, son Ballon d’Or en 1965 et son titre de meilleur buteur de la Coupe du Monde 1966 ont fait rêver tout un pays, qui devait endurer la pauvreté et une dictature militaire. En 1998, il était élu parmi les dix meilleurs footballeurs de tous les temps par la FIFA. Eusébio da Silva Ferreira est né en 1942 à Maputo (Mozambique), une ancienne colonie portugaise. Son père, d’origine angolaise, décède du tétanos alors qu’Eusébio n’a que huit ans. Élevé par sa mère, il fait ses premiers pas au sein d’Os Brasileiros, une équipe de fans. Mais dès l’âge de 15 ans, le jeune Eusébio se fait remarquer au Sporting Lourenço Marques, le club de son quartier. Inf luence maternelle Selon le témoignage de l’intéressé, Eusébio est alors contacté par un recruteur de la Juventus, qui lui propose de se rendre en Italie. Sa mère refuse catégoriquement. Quelques années plus tard, le jeune prodige a grandi. Il s’est mué en un attaquant rapide et athlétique, doté d’une

Francisco Leong/AFP

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Jordi Puntí


EUSÉBIO

AFP

Incontournable : la “Panthère Noire” ouvre le score contre l’AC Milan en finale de la Coupe d’Europe 1963, mais Benfica s’inclinera tout de même.

belle frappe de balle. Le joueur brésilien José Carlos Bauer le recommande alors à son club, São Paulo. Ses dirigeants ne manifestent cependant aucun intérêt pour lui. Déçu, Bauer contacte son compatriote Béla Guttmann, qui occupe les fonctions d’entraîneur de Benfica. Après quelques péripéties liées à l’intérêt croissant du Sporting Lisbonne, Eusébio s’engage finalement en faveur des Aguias. Il apprendra quelques années plus tard qu’un billet de retour pour le Mozambique avait été réservé à son nom, au cas où l’expérience tournerait court. Le contrat signé par sa mère comprend la clause suivante : “Au cas où mon fils ne s’adapterait pas, l’argent du voyage sera déposé à la banque du Mozambique, afin que nous n’ayons pas à débourser un centime.” Cette disposition s’avère finalement inutile. Le 23 mai 1961, Eusébio fait ses débuts sous ses nouvelles couleurs, à l’occasion d’un match amical contre l’Atlético Clube de Portugal. Benfica s’impose 4:2, grâce notamment au triplé de sa nouvelle recrue. Quelques semaines plus tard, l’attaquant portugais se produit à Paris,

face au Santos de Pelé. Il entre en jeu à la 70ème minute, alors que son équipe est menée 5:0. La Perle Noire profite des quelques minutes passées sur le terrain pour s’offrir un nouveau coup du chapeau. Retenu par Salazar Eusébio porte les couleurs de Benfica pendant 15 ans. Durant cette période, il inscrit 317 buts en 301 matches officiels. Il attend les dernières années pour faire quelques infidélités aux Aguias, qui le mènent au Canada, aux ÉtatsUnis et au Mexique. Pourtant, les rumeurs de transfert le suivent comme une ombre tout au long de son illustre carrière. Les premiers gros contrats commencent à voir le jour à cette époque, ce qui alimente les spéculations. En 1964, l’Inter Milan soumet une offre officielle de plus de trois millions de dollars à Benfica. Eusébio est alors à l’apogée de sa carrière. Les dirigeants portugais acceptent, mais le dictateur Antonio de Oliveira Salazar bloque le transfert. La perte d’un ambassadeur de ce calibre n’a évidemment pas de prix pour lui. T H E F I FA W E E K LY

Interrogé sur le sujet dans les années suivantes, l’intéressé se contente d’une réponse diplomatique : “Pour moi, la politique, ça se passe balle au pied.” Malgré son surnom de Panthère Noire, Eusébio n’avait pas grand-chose à voir avec un félin. En observant les courses et les buts de l’ancien numéro dix, on se rend compte que sa pointe de vitesse, son toucher de balle, sa précision et la puissance de ses tirs étaient ses principaux atouts. Ses sprints vigoureux et sa capacité à trouver la cible de n’importe quelle distance ne laissaient que peu d’occasions aux défenseurs d’intervenir. Ses frappes étaient si célèbres que l’on parle encore aujourd’hui d’un “tir à la Eusébio”. Coupe du Monde 1966 : la consécration En général, les plus grands footballeurs ont derrière eux une carrière bien remplie. Si certains accèdent au statut de légende, ils le doivent à quelques exploits ou à des matches bien précis, restés dans les mémoires. Eusébio est définitivement entré dans l’histoire grâce à 27


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Vitesse et élégance : Eusébio fait la promotion d’un constructeur de voitures de sport.

Simplicité : malgré sa renommée, Eusébio est toujours resté proche des gens.

“S’il existe une personne en Europe en mesure de soutenir la comparaison avec Pelé, c’est bien lui.” Brian Glanville, auteur de History of the World Cup

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aussi gracieux que puissants. S’il existe une personne en Europe en mesure de soutenir la comparaison avec Pelé, c’est bien lui”. Opposés à la Corée du Nord en quart de finale, les Portugais sont passés complètement à côté de leur match, accusant un retard de trois buts après 20 minutes de jeu. Il a fallu tout le génie d’Eusébio pour remettre cette équipe en déroute sur le chemin de la victoire. Auteur d’un quadruplé, la Panthère Noire a finalement arraché la qualification au terme d’une partie rocambolesque gagnée 5:3. Muscles tendus, les yeux levés Le football est un sport épique. De tels exploits restent longtemps gravés dans la mémoire des fans. Ils sont pourtant de moins en moins nombreux à avoir été les témoins directs de ses triomphes. Qu’importe : sa façon de frapper la balle et sa capacité à faire la différence sont désormais ancrées dans l’inconscient collectif. Dimanche dernier, des rencontres disputées aux quatre coins du monde ont débuté par une minute de silence à la mémoire d’Eusébio. T H E F I FA W E E K LY

Dans notre imaginaire, il ressemblera toujours à l’image qu’en donne la statue posée devant le stade de la Luz : muscles tendus, les yeux levés, prêt à frapper et déjà tout à la joie de son prochain but. Å

Robert Legos/Presse Sport/freshfocus, Witters

deux rencontres inoubliables. La première n’est autre que la finale de la Coupe d’Europe 1962, remportée 5:3 face au Real Madrid à Amsterdam. En signant son deuxième succès consécutif dans cette compétition, Benfica a mis un terme définitif à la domination du Real Madrid sur la scène continentale. Auparavant, les Espagnols s’étaient adjugé cinq fois de suite le prestigieux trophée. En finale, Eusébio a inscrit deux buts à la formation madrilène, au sein de laquelle évoluaient pourtant quelques grands noms comme Alfredo Di Stefano, Ferenc Puskás ou Francisco Gento. Il n’avait alors que 20 ans. Il pose le second jalon de sa renommée en 1966, pendant la Coupe du Monde en Angleterre. Battu 2:1 par le pays hôte en demi-finale, le Portugal a néanmoins créé la surprise en montant sur la troisième marche du podium. À titre individuel, Eusébio s’est adjugé les titres de meilleur joueur et meilleur buteur du tournoi. Dans son livre History of the World Cup, Brian Glanville voit en lui “l’alliance de l’innocence et de l’élégance, capable de mouvements


L’ E X P E R T

La crème de la crème des arbitres

Une technologie qui a fait ses preuves : grâce au spray temporaire, le mur est toujours à 9m15.

L’année 2014 sera particulièrement chargée pour les arbitres. Nous attendons tous avec impatience le coup d’envoi de la Coupe du Monde au Brésil, dans cinq mois seulement. Le moment de vérité approche. Massimo Busacca

N

ous avons commencé dès 2011 à préparer cet événement. Une liste ouverte de 52 trios arbitraux potentiels a d’abord été établie. Un travail de formation et d’analyse a ensuite été effectué, comme dans n’importe quelle équipe de football. L’heure des choix est maintenant venue. Entre 30 et 33 trios (arbitres et assistants) seront désignés à la mi-janvier pour Brésil 2014. La sélection ne sera pas facile. Nous sommes très satisfaits du niveau de la plupart de nos arbitres. Mais seule la crème de la crème officiera lors de la Coupe du Monde. Cela a toujours été notre priorité. C’est essentiel quand on connaît l’ampleur et l’importance du tournoi. Nous avons travaillé dur au cours des trois dernières années. De nouveaux outils sont à notre disposition, comme la technologie sur la ligne de but ou le spray temporaire pour les

coups-francs. La Coupe du Monde des Clubs au Maroc nous a permis d’engranger de l’expérience et de confirmer que nous avancions dans la bonne direction. Ces deux outils ne représentent pourtant pas une fin en soi. La décision ultime revient toujours à l’arbitre, en son âme et conscience. Quoi qu’il en soit, la compétition marocaine a constitué une étape importante dans notre préparation pour la Coupe du Monde. Chacun des candidats potentiels a officié l’an dernier sur un ou plusieurs tournois de la FIFA. Cette situation a contribué à instaurer un climat de respect à l’encontre du corps arbitral, comme le montrent les statistiques. Le nombre de cartons distribués en 2013 sur les tournois de la FIFA a ainsi diminué de façon significative par rapport aux éditions précédentes. C’est le signe, selon moi, d’une attitude globalement plus respectueuse de la part des joueurs, à la fois entre eux, mais aussi envers les officiels. Nous avons pu observer une certaine homogénéité dans les T H E F I FA W E E K LY

décisions arbitrales, grâce au travail effectué collectivement. Il est essentiel de bien appréhender les différentes cultures footballistiques, les approches tactiques et l’art du positionnement, afin d’être toujours au bon endroit au bon moment. Des progrès évidents ont été effectués dans ce domaine. En plus des nouveaux outils mis à disposition des arbitres, la FIFA a instauré avant le début des rencontres un protocole officiel baptisé “Une poignée de main pour la paix”. Arbitres et joueurs se serrent la main en signe de respect et envoient à travers ce geste un message formidable au monde entier. C’est une initiative que j’apprécie tout particulièrement et qui mérite d’être reconduite lors de la Coupe du Monde. J’ai hâte de pouvoir travailler avec les arbitres de la liste réduite. Les mois qui précèderont le coup d’envoi de la Coupe du Monde seront très intenses. Les heureux élus participeront à deux stages. Ils seront ainsi fin prêts pour les quatre semaines de compétition au Brésil, au cours desquelles nous récolterons les fruits de cet investissement. Nous devons nous assurer d’avoir un arbitrage irréprochable pendant la Coupe du Monde. Å

Ancien arbitre international, Massimo Busacca (44 ans) est aujourd’hui responsable de l’arbitrage à la FIFA. 29


LE S CHAMPIONN AT S À L A LOUPE

VU DES TRIBUNES FA Cup

Moustache rose David Winner est un écrivain et journaliste basé à Londres. Sa bibliographie dans le football comprend notamment “Brilliant Orange” et “Dennis Bergkamp: Stillness and Speed”. Ballons roses et cadors en souffrance … La FA Cup version 2013/14 ne répond décidément pas aux canons du genre. Née en 1872, cette épreuve imprégnée de tradition est le trophée fondateur du ballon rond, la mère de toutes les compétitions de football. À son apogée, la finale de la FA Cup était simplement appelée “The Cup Final” car elle n’avait aucune concurrente. Dans l’ancien Wembley, en présence du Roi ou de la Reine, la foule agitait des mouchoirs blancs et entonnait “Abide With Me” pour célébrer la splendeur du football. La Cup débute à la fin de l’été avec les clubs amateurs et semi-professionnels. C’est début janvier, au troisième tour, lorsque les grosses écuries entrent en lice, qu’elle atteint des sommets de romantisme. À ce stade, il est possible de voir des ogres battus par des Petits Poucets. Aujourd’hui toutefois, les ogres sont plus faciles à terrasser. Les fans adorent toujours la Cup. Les clubs et les entraîneurs accordent, en façade tout du moins, un respect certain à sa splendeur passée. Nous assistons encore à de belles joutes. Cependant, les têtes d’affiche octroient davantage d’importance à la Premier League et à la Ligue des Champions, plus difficiles et plus lucratives.

La semaine dernière, le manager d’Aston Villa Paul Lambert a parlé de la Cup comme d’une affaire secondaire par rapport à la grande priorité : la lutte pour la survie en Premier League. Dans un Villa Park à moitié vide, son équipe a été expédiée 1:2 par Sheffield United, qui évolue en troisième division anglaise. Face à l’avalanche de blessures qui s’abat sur son groupe, à la lutte pour le maintien et contraint de disputer une demi-finale de League Cup trois jours plus tard, le manager de West Ham United Sam Allardyce a aligné ce qui ressemblait à une équipe de juniors face à Nottingham Forest. Résultat : une fessée 0:5 face à un pensionnaire de la D2 anglaise. En réponse aux grognements des supporters, Allardyce a déclaré qu’il faisait tout simplement preuve de “professionnalisme”.

tier affirme également que “la teinte exclusive [du ballon] améliore la visibilité et incorpore des graphismes qui génèrent un contraste visuel maximal en l’air”. Depuis le canapé ou les tribunes en tout cas, on n’y voit que du rose et les traditionnalistes broient du noir.

Complètement dépassée financièrement, la Football Association a beau être à cheval sur la tradition, elle ne peut pas faire grand-chose face à ces sacrilèges. Cette impuissance est compréhensible. En revanche, sa décision d’imposer un nouveau ballon rose sur toutes les rencontres de FA Cup est plus difficile à décrypter.

Cela dit, les footballeurs siciliens de Palerme arborent des maillots roses depuis 1907. Les journaux sportifs régionaux anglais étaient souvent imprimés sur du papier rose et pas plus tard que la semaine dernière, le joueur de cricket australien Mitchell Johnson s’est teint la moustache en rose, avant de viser des piquets de la même couleur lors d’un test match. Autres temps, autres mœurs … Å

Le football anglais a été créé pour promouvoir une conception profondément victorienne de la “virilité” : chevaleresque, martiale et – avant tout – pure. Or le rose est traditionnellement associé à la féminité et à l’homosexualité. Jayne Mansfield ne déclarait-elle pas que “la femme doit être rose et câline pour un homme” ? Le triangle rose utilisé dans les camps de concentration nazis est aujourd’hui un symbole provocateur de l’homosexualité assumée et affichée.

Nike insiste sur le fait que l’Incyte est “couleur mangue” avec des détails bleus. L’équipemen-

Les Reds ont battu Oldham Athletic sans forcer, mais les Citizens, défaits en finale de la dernière édition par Wigan Athletic (relégué dans la foulée), ont été tenus en échec 1:1 par les Blackburn Rovers, pensionnaires de la deuxième division anglaise. Quant à MU, il a concédé une embarrassante défaite 2:1 à domicile face à Swansea. 30

3ème tour de la FA Cup : Barnsley et Coventry à la lutte pour un ballon rose (1:2). T H E F I FA W E E K LY

Nigel Roddis/Getty Images

Bien entendu, les ténors du championnat anglais ne diront jamais non à un beau parcours dans la vénérable Cup. La nuance, c’est qu’ils veulent éviter de fatiguer ou de blesser leurs stars dans cette quête. Cette année, Liverpool, Manchester City et Manchester United ont ainsi tous fait le choix de laisser leurs meilleurs joueurs au repos pour ce Third Round.


LE S CHAMPIONN AT S À L A LOUPE

Serie A

La Juve se fait la malle Luigi Garlando est journaliste à la Gazzetta dello Sport et auteur de nombreux ouvrages.

La Serie A pourrait bien devenir un polar sacrément ennuyeux. Pourquoi ? Parce qu’on connaît déjà le nom de l’assassin : la Juventus. Lors de la reprise du championnat, les tenants du titre ont en effet surclassé (3:0) leurs dauphins romains, qui n’avaient pourtant enregistré aucune défaite sur les 17 journées précédentes. Désormais aux commandes avec huit longueurs d’avance, l’ogre piémontais semble très bien parti pour décrocher son troisième sacre consécutif. Ce serait un triplé historique, une performance jamais réalisée auparavant. Après un début de saison hésitant, la Vecchia Signora a vu son pas s’affirmer dans la foulée d’un Carlos Tevez très percutant à la pointe de l’attaque. Et comme la défense se montre toujours aussi solide, avec un seul but encaissé lors des dix derniers matches, on voit mal qui pourrait la faire trébucher. La Roma, qui piétine après son départ en boulet de canon, a terminé le dernier match à neuf contre onze après les exclusions de De Rossi et Castan. On peut légitimement se demander comment les protégés de Rudi Garcia vont digérer ce premier revers, notamment face à leur public, capable de passer de l’extase à la dépression en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Avec le succès sur la Sampdoria, le Naples d’Higuain est revenu à deux longueurs de la Louve. Les consignes offensives de Rafa Benitez, qui a bouleversé les habitudes de l’équipe napolitaine, sont en train de porter leurs fruits. En revanche, l’Inter s’est fait battre sur le terrain de la Lazio après un exploit de Miroslav Klose, ce qui permet à l’entraîneur Edi Reja de décrocher sa première victoire. Les relations entre le club laziale et l’ancien stratège Vladimir Petkovic, prochain sélectionneur de la Suisse, se poursuivront devant les tribunaux. L’autre écurie milanaise a mieux commencé l’année 2014. Ricardo Kakà a signé son 101ème

Au comble du bonheur : Paul Pogba célèbre le triomphe de la Juve sur l'AS Rome, qui restait sur 17 matches sans défaite.

“Luca Toni peut encore espérer figurer parmi les joueurs retenus pour la Coupe du Monde.”

même valu une convocation en équipe nationale. Mais ce retour météorique a tourné au drame et c’est désormais la Coupe du Monde brésilienne qu’il pourrait rater. Cesare Prandelli, le sélectionneur azzurro, a promis qu’il l’attendrait mais il s’autorise aussi à étudier d’autres pistes pour épauler Mario Balotelli. Et c’est le nom de Luca Toni, 36 ans, qui revient le plus souvent. Le champion du monde 2006 a déjà signé neuf buts avec Vérone, le promu, qui pointe au cinquième rang de la Serie A et qui n’en finit plus de surprendre. La ville de Roméo et Juliette se verrait bien revivre la saison 1984/85, celle du scudetto historique, et se prépare à affronter l’équipe de Naples. Ce choc nord-sud sera à coup sûr l’affiche de la dernière journée des matches aller. Å

but sous les couleurs rossonere et l’AC Milan a pu se débarrasser de l’Atalanta sur le score de 3:0. Enfin, on ne peut que déplorer l’énième grave blessure subie par le malheureux Giuseppe Rossi, attaquant de la Fiorentina. Rappelons que Pepito a déjà subi trois opérations chirurgicales entre 2011 et 2013. Son retour sur les terrains avait été la bonne surprise de la première moitié de la saison, puisque l’ancien joueur de Villareal avait signé 14 buts en 18 matches, ce qui lui avait T H E F I FA W E E K LY

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LE CL ASSEMENT FIFA Classement ÉquipeÉvolution Points

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Espagne Allemagne Argentine Colombie Portugal Uruguay Italie Suisse Pays-Bas Brésil

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Belgique Grèce Angleterre États-Unis Chili Croatie Côte d’Ivoire Ukraine Bosnie-et-Herzégovine France Mexique Russie Équateur Ghana Danemark Algérie Suède République tchèque Slovénie Serbie Costa Rica Roumanie Iran Écosse Arménie Venezuela Nigeria Panamá Cap-Vert Pérou Égypte Honduras Turquie Hongrie Mali Autriche Japon Tunisie Islande Cameroun Paraguay Monténégro Burkina Faso République de Corée Norvège Pays de Galles Albanie Australie Libye Slovaquie Guinée Afrique du Sud Israël Finlande Sénégal Jordanie République d'Irlande Ouzbékistan Zambie Bolivie Émirats arabes unis Togo Maroc Bulgarie Sierra Leone Pologne Gabon

0 0 0 0 0 0 0 0 2 -1 -1 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 12 -1 -1 -1 -1 -1 0 0 -3 -1 0 0 -3 0 1 1 1 1 1 1 5 0 0 0 0 1 4 0 5 -1 -1 0 0 5 0 0 3 -1 0 5 2 2 -1 2 3

1098 1055 1041 1019 1014 971 918 907 899 893 892 870 852 849 831 800 793 766 762 752 741 734 720 717 716 711 710 705 698 698 695 690 677 668 664 648 638 632 624 615 600 594 591 577 577 574 571 565 558 557 555 554 548 539 536 536 528 526 523 519 507 504 490 486 471 461 453

Rang juillet 2013

août 2013

sept. 2013

oct. 2013

nov. 2013

déc. 2013

1 -41 -83 -125 -167 -209 1ère place  

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hausse du mois  

Trinité-et-Tobago Haïti Jamaïque Belarus RD Congo ARY Macédoine Congo Oman Ouganda Arabie saoudite Angola Irlande du Nord Nouvelle-Zélande Salvador RP Chine Éthiopie Azerbaïdjan Estonie Moldavie Botswana Liberia Bénin Cuba Géorgie Lituanie Qatar Niger Koweït République centrafricaine Zimbabwe Guinée équatoriale Kenya Irak Bahreïn Canada Guatemala Tadjikistan République dominicaine Malawi Lettonie Mozambique Soudan Tanzanie Nouvelle-Calédonie Liban Luxembourg Burundi Namibie Chypre Philippines Kazakhstan Syrie Myanmar Gambie Malte Rwanda Suriname Turkménistan Grenade Palestine Lesotho RDP Corée Afghanistan Hong Kong Mauritanie Tahiti Vietnam

T H E F I FA W E E K LY

baisse du mois

1 -6 1 1 1 1 0 2 0 12 1 1 1 1 1 0 1 2 1 1 7 1 -53 0 0 0 0 1 0 -1 3 8 -1 8 2 2 2 -27 5 3 2 11 4 1 2 1 -12 1 1 6 4 6 10 3 4 -6 6 2 -6 5 0 -25 -11 4 2 -2 14

441 440 439 431 427 425 421 408 402 391 384 381 378 378 376 374 363 363 359 357 354 342 334 330 326 325 318 315 310 299 294 293 292 292 291 287 286 282 272 272 264 259 256 249 249 243 239 237 229 219 216 207 204 202 198 197 197 195 194 192 187 187 184 184 180 179 167

145 146 147 147 149 150 150 152 153 154 154 154 154 158 159 160 161 161 163 164 164 166 167 167 169 170 170 172 172 172 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 187 189 190 190 190 193 194 194 196 196 198 198 200 201 201 203 204 205 206 207 207 207

Antigua-et-Barbuda Thaïlande Sainte-Lucie Kirghizistan Saint-Kitts-et-Nevis Guyana Singapour Laos St-Vincent-et-les-Grenadines Liechtenstein Porto Rico Malaisie Inde São Tomé-et-Principe Belize Nicaragua Guam Indonésie Maldives Tchad Bangladesh Barbade Chinese Taipei Dominique Sri Lanka Aruba Îles Féroé Îles Salomon Népal Pakistan Bermudes Seychelles Maurice Curaçao Yémen Vanuatu Mongolie Fidji Samoa Guinée-Bissau Bahamas Swaziland Madagascar Montserrat Cambodge Brunei Timor oriental Tonga Îles Vierges américaines Îles Caïmans Papouasie-Nouvelle-Guinée Îles Vierges britanniques Samoa américaines Comores Andorre Érythrée Soudan du Sud Macao Somalie Djibouti Îles Cook Anguilla Bhoutan Saint-Marin Îles Turks-et-Caicos

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First Love


Lieu : K ir tipu r, N茅pa l Date : 12 ao没t 2013 Heure : 12h05

Navesh Chitrakar/Reuters

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N E T Z E R L’ E X P E R T

L’ O B J E T

Qui a été le meilleur joueur de l’année 2013 ? Et pourquoi ? Question de Tim Smith, Brisbane (Australie)

Perikles Monioudis

Un champion qui n’a pas froid aux yeux : Netzer pendant la Coupe du Monde 1970 au Mexique.

I

l arrive parfois que le vainqueur d’un vote soit connu avant même la tenue de celui-ci, du moins officieusement. Pour les fans et les personnes concernées, l’annonce du résultat ne revêt donc aucune tension particulière. L’an dernier par exemple, il était évident que Messi allait remporter le Ballon d’Or puisqu’il était, de très loin, le meilleur footballeur du monde. Mais cette fois-ci, la situation est quelque peu différente. L’Argentin a une nouvelle fois éclaboussé les terrains de sa classe, mais ses nombreuses absences dues aux blessures ne jouent pas en sa faveur. Ses concurrents, en particulier Cristiano Ronaldo et Franck Ribéry, ont fait preuve d’une remarquable constance pendant ce temps-là. Ronaldo et Ribéry sont deux joueurs d’exception, capables de faire pencher la balance à tout moment. Toutefois, je pense que le trophée de footballeur de l’année 2013 devrait être décerné au Français. Ce dernier, malgré de très bonnes performances lors des années précédentes, a encore haussé son niveau de manière significative. Ce changement n’a rien à voir avec sa forme physique ; Ribéry a tout simplement 36

entièrement modifié sa façon de jouer. Sa septième saison sous le maillot du Bayern Munich a été placée sous le signe des responsabilités. Le Bavarois semble se plaire admirablement dans ce rôle de meneur, car il ose prendre des initiatives et propose semaine après semaine son meilleur football. Si son club a remporté cinq titres la saison passée, Ribéry n’y est certainement pas étranger. Peut-être l’ailier tricolore sera-t-il également capable de tirer son équipe nationale vers le haut ? Pour le savoir, il faut attendre la prochaine Coupe du Monde. Les Bleus sont en crise depuis quelque temps déjà et veulent se servir du tournoi brésilien pour repartir du bon pied. C’est tout le mal que l’on souhaite à Ribéry. Å

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le football, sans jamais oser le demander. Posez vos questions à Günter Netzer : feedbackTheWeekly@fifa.org T H E F I FA W E E K LY

Dans l’Antiquité, les Jeux panhelléniques savaient honorer leurs meilleurs athlètes. Les vainqueurs se voyaient d’abord remettre une couronne préparée selon la légende par Niké, la déesse ailée de la Victoire. Ladite couronne était confectionnée en rameaux d’olivier sauvage à Olympie, en laurier à Delphes, en pin à Corinthe ou encore en feuilles de céleri à Némée. Les champions recevaient également une taenia, une bandelette de laine rouge qu’ils pouvaient nouer fièrement autour de leur crâne, ainsi qu’une palme. Les athlètes couronnés de succès devenaient de véritables héros dans leur ville d’origine car ils contribuaient grandement à la renommée de cette dernière. Des statues étaient érigées en leur honneur et les poètes chantaient leurs louanges. Des pièces de monnaie étaient frappées à leur effigie, tandis que les amphores remplies d’huile d’olive qui leur étaient offertes étaient aussi précieuses que leur contenu. Les trépieds et boucliers en bronze revêtaient une grande valeur matérielle, de même que les coupes en argent. Ces dernières nous amènent d’ailleurs à notre sujet du jour. La coupe en photo ci-dessus, qui se trouve dans la collection de la FIFA, a été fabriquée en Angleterre au 19ème siècle et plus précisément en 1870. On y voit un footballeur en action, qui repose sur trois drapeaux ressemblant à s’y méprendre à des poteaux de corner. Ressemblant seulement, car il en manque en toute logique un autre : en 1870, le terrain n’avait assurément pas la forme d’un triangle, si tant est qu’il l’ait jamais eue. Cela n’empêche toutefois pas la coupe de resplendir sur celui qui la lève fièrement vers le ciel. Niké, elle, n’a plus besoin de préparer de couronnes depuis bien longtemps. Å


LE TOURNANT

“La nuit où je suis tombé amoureux du football anglais” En 1969, Gérard Houllier a passé un an à Liverpool dans le cadre de ses études, à une époque où tout le monde se battait pour aller à Londres. Cette expérience a changé le cours de sa vie.

PhotoPQR/Voix du nord/Max Rosereau

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ela faisait longtemps que les Beatles n’étaient plus là. Devenus célèbres, ils avaient quitté la ville pour sillonner le monde entier. De toute façon, the place to be, c’était Londres. Quand on est professeur stagiaire, on peut être tenté d’aller passer son année à l’étranger dans le Sud de l’Angleterre. Mais moi, je voulais aller à Liverpool. J’étais fasciné par cette ville en raison du football. Je suis arrivé en août 1969. Au matin du premier jour, je me suis retrouvé devant ma classe et, immédiatement, j’ai dû choisir mon camp : Everton ou Liverpool  ? Garçons et filles, tous issus de milieux défavorisés, voulaient connaître mes couleurs. Ma décision a été instinctive et irrévocable  : à partir de ce moment-là, je suis devenu supporter des Reds. Trois semaines plus tard, mon ami Patrice Bergues, un fou de foot, est venu me voir et nous sommes allés à Anfield. Je vous le dis d’emblée  : les supporters espérant 90 minutes haletantes dans cette rencontre de Coupe d’Europe contre Dundalk [neuf fois champions d’Irlande] ont été déçus. Liverpool s’est imposé 10:0, soit la victoire la plus large de l’histoire du club à l’époque. Les Reds menaient 5:0 à la pause mais l’absence de suspense importait peu. Liverpool, avec ses stars Evans, Lawler et Smith, a fait le spectacle, livrant une prestation de gala, débordante de passion et d’envie. Je n’avais jamais vu cela. Même à 8:0 en leur faveur dans les derniers instants de la rencontre, ces Anglais repartaient à l’assaut de plus belle, inscrivant deux buts supplémentaires. J’assistais à une démonstration d’engagement physique à l’état pur. Ce soir-là, le 16 septembre 1969, je suis tombé amoureux du football anglais.

Nom : Gérard Houllier Date et lieu de naissance : 3 septembre 1947, Thérouanne (France) Carrière de joueur : Liverpool Alsop, Hucqueliers, AC Le Touquet Carrière d'entraîneur : AC Le Touquet, US Noeux les Mines, RC Lens, Paris Saint-Germain, France, Liverpool, Olympique Lyon, Aston Villa, Red Bull (directeur sportif international) Principaux titres : 3 championnats de France, Coupe UEFA, FA Cup

J’enseignais le français, je jouais pour l’équipe de l’Alsop High School et quand j’avais le temps, j’allais voir le grand Liverpool à Anfield. Cela n’a pas été facile de rentrer au bercail en 1970, après mon année à l’étranger. Qui aurait imaginé que j’allais revenir exactement au même endroit pratiquement 30 ans plus tard ? Après la Coupe du Monde 1998, j’ai répondu à un appel de Peter Robinson. J’avais obtenu de bons résultats avec le Paris Saint-Germain et les U18 français. Alors Secrétaire Général du Liverpool FC, Robinson m’a offert l’opportunité de développer le club conformément à sa philosophie. Quel honneur ! Jamais un entraîneur étranger n’avait officié à Anfield. Même si j’avais reçu une proposition intéressante en France, je n’ai pas hésité une seule seconde T H E F I FA W E E K LY

avant de signer à Liverpool. La vie nous réserve parfois des histoires extraordinaires : mon vieil ami Patrice Bergues était dans le même vol que moi pour le Nord de l’Angleterre. Le club l’avait engagé en tant qu’entraîneur assistant. Jamais je n’oublierai nos années ensemble à Liverpool, où nous avons gagné la Coupe de l’UEFA et la FA Cup. Et encore aujourd’hui, nous parlons de cette victoire 10:0. Propos recueillis par Alan Schweingruber

Dans la rubrique “Le Tournant”, de grands noms du football reviennent sur les moments qui ont marqué leur vie. 37


COUPE MYSTÈRE DE L A FIFA

The FIFA Weekly Revue hebdomadaire publiée par la Fédération Internationale de Football Association (FIFA)

Sept titres pour un joueur et huit équipes pour un titre. À vous de jouer !

Site Internet : www.FIFA.com/TheWeekly Éditeur : FIFA, FIFA-Strasse 20, Case postale, CH-8044 Zurich Tél. : +41-(0)43-222 7777 Fax : +41-(0)43-222 7878

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Lors de la cérémonie d'ouverture de cette Coupe du Monde, huit équipes étaient encore en lice pour le titre. De quelle édition s'agit-il ?

Président : Joseph S. Blatter Secrétaire Général : Jérôme Valcke Directeur de la Communication et des Affaires publiques : Walter De Gregorio

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Rédacteur en chef : Thomas Renggli Conception artistique : Markus Nowak

Le rapport entre la largeur du but et sa longueur est de...

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A  2 : 1 O  3 : 1

Rédaction : Perikles Monioudis (rédacteur en chef adjoint), Alan Schweingruber, Sarah Steiner Collaborateurs réguliers : Jordi Punti (Barcelone), David Winner (Londres), Hanspeter Kuenzler (Londres), Roland Zorn (Francfort), Sven Goldmann (Berlin), Sérgio Xavier Filho (São Paulo), Luigi Garlando (Milan)

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E  2,5 : 1 U  3,33 : 1

Quel joueur est actuellement septuple champion avec son club et son équipe nationale ?

Service photo : Peggy Knotz

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Production : Hans-Peter Frei (directeur), Richie Krönert, Marianne Bolliger-Crittin, Mirijam Ziegler, Peter Utz

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Correction : Nena Morf Ont collaboré à la rédaction de ce numéro : Honey Thaljieh, Giovanni Marti

Un but de légende à Wembley. Quel était l'adversaire ?

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E Angleterre Y  Real Madrid

Secrétaire de rédaction : Loraine Mcdouall

A  AC Milan P  Corée du Nord

Traduction : Sportstranslations.com Responsables de projet : Bernd Fisa, Christian Schaub Impression : Zofinger Tagblatt AG www.ztonline.ch Contact : feedback-TheWeekly@fifa.org La reproduction des photos et des articles, y compris sous forme d’extraits, est interdite, sauf accord de la rédaction et sous réserve de la mention “© The FIFA Weekly, 2014”. La rédaction n’a aucune obligation de publier des textes ou des photos non sollicités. Le logo FIFA est une marque déposée. Produit et imprimé en Suisse.

Solution de l’énigme de la semaine précédente : POST (explications détaillées sur FIFA.com/theweekly). Le gagnant des deux entrées pour le Gala FIFA Ballon d'Or est : Cordoba Burbano Nereida del Carmen, Mérida (Venezuela) Inspiration et application: cus

Faites-nous parvenir vos réponses le 15 janvier 2014 au plus tard à feedback-TheWeekly@fifa.org. Les concurrents qui auront correctement répondu à toutes les questions jusqu’au 11 juin 2014 participeront à un tirage au sort pour tenter de remporter deux billets pour la finale de la Coupe du Monde, qui aura lieu le 13 juillet 2014. Avant de participer, nous vous invitons à consulter les conditions générales, ainsi que le règlement du concours. Vous trouverez toutes les informations utiles à cette adresse : fr.fifa.com/aboutfifa/organisation/the-fifa-weekly/rules.pdf T H E F I FA W E E K LY

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DEM ANDE Z À L A F IFA !

LE SONDAGE DE L A SEMAINE

Partagez-vous l’avis de Sepp Blatter ? Les simulateurs doivent-ils être sanctionnés par une “expulsion temporaire” ? Quel footballeur a remporté le plus grand nombre de distinctions personnelles ? Steg Limpar, Aarhus (Danemark) Réponse de Thomas Renggli, rédacteur en chef : Il s’agit bien entendu de Franz Beckenbauer. Le Kaiser a accumulé entre 51 et 70 distinctions tout au long de sa carrière, selon les méthodes de comptage. De la médaille d’honneur de la FIFA au Ballon d’Or en passant par la croix du mérite allemand (1ère classe), l’ancien libéro de la Mannschaft a gagné tout ce qu’il y a à gagner. Sa collection personnelle comprend notamment le Prix du Champagne pour la joie de vivre, un titre de docteur honoris causa de l’académie des sports de Sofia, l’Ordre du Prince de Düsseldorf ou encore le “Bravo Otto”, un titre attribué par les lecteurs du journal éponyme. Il détient également le titre de général de l’armée du Togo.

Répondez à cette adresse : feedback-TheWeekly@fifa.org

Qui a été l’entraîneur de l’année 2013 ?

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LE NOUVE AU MAGA ZINE DE FOOTBALL The FIFA Weekly paraît tous les vendredis en version papier et électronique (www.Fifa.com/TheWeekly). En plus de proposer des informations sur les plus grandes stars et les plus beaux buts, le magazine ouvre le jeu vers les lecteurs. Envoyez vos réactions à : feedback-TheWeekly@fifa.org

 J UPP HEYNCKES   A LEX FERGUSON   JÜRGEN KLOPP

LES INCONTOURNABLES

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R É S U LTAT S D E L A S E M A I N E D E R N I È R E :

joueurs du FC Barcelone (en photo : Xavi) ont figuré dans l’équipe-type de l’année de la FIFPro depuis sa première édition, en 2005. Le Real Madrid (21 représentants) et l’AC Milan (10 représentants) complètent le podium de ce classement informel. Lionel Messi et Cristiano Ronaldo ont fait partie de ce “onze de l’année” six fois chacun.

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L’ I N U S A B L E

LE RETOUR

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mois sans Lionel Messi, c’est long. L’attaquant du FC Barcelone a fait son retour à l’entraînement la semaine dernière. Ses premières touches de balle ont été suivies avec autant d’atten-

fois, Marta a fait partie de la liste des nominées

tion qu’une finale de la Ligue

pour le titre de Joueuse mondiale de l’année.

des Champions. Les statis-

L’internationale brésilienne a été sacrée à cinq

tiques parlent d’elles-mêmes :

reprises. L’Allemande Birgit Prinz doit se conten-

Messi a signé trois buts et

ter de la deuxième place, avec trois victoires pour

une passe décisive, devant

huit nominations.

13 000 spectateurs. T H E F I FA W E E K LY

The FIFA Weekly Edition #12