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E D I T I O N S

l’Annuel

du

Cinéma 2011 Tous les films 2010

Éditions LES FICHES DU CINÉMA 69, rue du Faubourg Saint-Martin 75010 Paris - Tel. : 01 42 36 20 70 - Fax : 01 42 36 10 65 e-mail : administration@fichesducinema.com www.fichesducinema.com


En couverture : The Social Network de David Fincher (Sony Pictures Releasing France). © Sony Pictures

Conception graphique de la couverture : Sébastien Ragel © Fiches du Cinéma, Paris, 2011 ISBN : 978-2-902-51619-3 - Dépôt légal : avril 2011 Imprimé en France (Union européenne)


Rédacteur en chef :

Nicolas Marcadé Comité ayant participé à la rédaction des fiches : (les commentaires des fiches reflètent l’avis général du comité)

Christian Berger, Anne Berjon, Jean-Christophe Berjon, Michel Berjon, Géraldine Borrely, Isabelle Boudet, Jef Costello, Marguerite Debiesse, Xavier Ehretsmann, Patrick Flouriot, Audrey Foka, Leïla Gharbi, Michael Ghennam, (Pierre-)Simon Gutman, Roland Hélié, Anne Héligon, Marine Héligon, Rocco Labbé, Cyrille Latour, Camille Lebert Loiret, Gérard Lenne, Cédric Lépine, Nicolas Marcadé, Jean-Baptiste Morel, Julien Nève, Jeanne Nouchi, Marie Plantin, Marine Quinchon, Yolande Rambaldi, Chloé Rolland, Claude Rotschild, Louis Roux, Matthieu Stosse, Ghislaine Tabareau(-Desseux), Nathalie Zimra. Ont également collaboré à cet ouvrage :

Samuel Bianchini, Laurent Creton, Charles de Meaux, Michel Gondry, André S. Labarthe, Bruno Latour, Olivier Séguret et Caroline Vié. Coordination : Chloé Rolland Réalisation : Michael Ghennam

Documentation : Cédric Lépine. Index Thématique et Index des Genres : Michael Ghennam, Nicolas Marcadé et Chloé Rolland. Éphéméride : Marine Quinchon. Bibliographie : Michel Berjon. Nécrologie : Christian Berger. Habillage graphique : Sébastien Ragel (contact@pinkpunk.fr). Ont également participé à la réalisation de cet ouvrage :

Michel Berjon, Carole Bernard, Odile Ghennam, Cyrille Latour, Geneviève Marcadé, Marine Quinchon et Ghislaine Tabareau(-Desseux). Avec la participation amicale de : Philippe Rouyer. Merci à :

Georges Barret, Anne Berjon, Jean-Christophe Berjon, Jef Costello, Clémentine Charlemaine, Claudia Damiani, Anne Héligon, Bernard Hunin, Guillaume de Lagasnerie, Nathalie Lapicorey (Partizan), Sergio Marques et Valérie Pihet. Nous tenons également à remercier pour leur très précieux soutien :

Michèle Abitbol-Lasry, Christine Aimé, Florence Alexandre, Sabri Ammar, Viviana Andriani, Tony Arnoux, Élodie Avenel, Bruno Barde, Sophie Bataille, Stanislas Baudry, Quentin Becker, Coralie Belpêche, Jessica Bergstein-Collay, Camille Bonvallet, Rachel Bouillon, Florence Bory, Myriam Bruguière, Isabelle Buron, Michel Burstein, Jean-Charles Canu, Agnès Chabot, Valérie Chabrier, Carole Chomand, Sandra Cornevaux, Anne Crozat, Marie-Christine Damiens, Florence Debarbat, Julie Dejode, Alexis Delage-Thoriel, Aude Dobuzinski, Monica Donati, Blanche-Aurore Duault, Bénédicte Dubois, Isabelle Duvoisin, Jean-Bernard Emery, Laurence Falleur, Alexandra Faussier, Jean-Marc Feytout, Sylvie Forestier, Axel Foy, François Frey, Vanessa Fröchen, Benjamin Gaessler, Benoît Gallier (et toute l’équipe de Compédit Beauregard), Fanny Garancher, Mathilde Gaschet, Laure Gauthier, Astrid Gavard, Jean-François Gaye, Anne-Charlotte Gilard, Laura Gouadain, Laurence Granec, Audrey Grimaud, Émilie Gruyelle, François Hassan Guerrar, Olivier Guigues, Karine de Haynin, Mathilde Incerti, Nathalie Iund, Suzanne Jamet, Vanessa Jerrom, Jérôme Jouneaux, Yann Kacou, Naomi Kato, Muriel Kintziger, Séverine Lajarrige, Chantal Lam, Sandrine Lamantowicz, Cédric Landemaine, Annelise Landureau, Anne Lara, Pascal Launay, Anaïs Lelong, Thierry Lenouvel, Étienne Lerbret, Philippe Leroux, Agnès Leroy, Chloé Lorenzi, Émilie Maison, Grégory Malheiro, Olivia Malka, Linda Marasco, Jérémy Marque, Dany Martin de Seille, Sophie Martins, Floriane Mathieu, Annie Maurette, Karine Ménard, Laurette Monconduit, Michaël Morlon, Lison Müh-Salaün, Florence Narozny, Anne-Sophie Nguyen Phung, Delphine Olivier, Amandine Picard, Thomas Percy, Céline Petit, Eugénie Pont, Marie Queysanne, Clément Rébillat, Laurent Renard, Matthieu Rey, Stéphane Ribola, André-Paul Ricci, Leslie Ricci, Sophie Ricordeau (Librairie L’Atalante à Nantes), François Roelants, Alexis Rubinowicz, Sophie Saleyron, Isabelle Sauvanon, Alexandra Schamis, Robert Schlockoff, Dominique Segall, Éva Simonet, Audrey, Tazière, Aude Thomas, Charlotte Touret, Zeina Toutounji-Gauvard, Tristan Tramoni, François Vila, Jean-Pierre Vincent, Claire Viroulaud, Claire Vorger, Akinhola Wazi, Nicolas Weiss et Emmanuelle Zinggeler.


Pour Mahaut


Sommaire Éphéméride ................................................................................ p. 6 Les Films qui ont marqué l’année .......................................... p. 8 Carnet de tendances 2010 ...................................................... p. 9 Résultats du Box-Office ........................................................... p. 32 Liste alphabétique des films ................................................... p. 34 Toutes les Fiches des films sortis en 2010 ........................... p. 43 Index des Réalisateurs ............................................................ p. 643 Index des Titres originaux ....................................................... p. 650 Index des Premiers longs métrages (classés par réalisateurs et par nationalités)

................................... p. 654

Index des Nationalités ............................................................. p. 659 Index des Distributeurs ............................................................ p. 665 Index des Interdictions aux mineurs ..................................... p. 670 Index Thématique ..................................................................... p. 671 Index des Genres ...................................................................... p. 688 Festivals Français ..................................................................... p. 691 Festivals Étrangers ................................................................... p. 697 Récompenses et Prix Français ............................................... p. 705 Récompenses et Prix Internationaux .................................... p. 707 Références Bibliographiques ................................................. p. 711 Nécrologie ................................................................................. p. 718


Éphéméride 2010 Janvier

Mars

• 1er janvier : EuroPalaces reprend l’exploitation de quatre cinémas du circuit Rytmann à Paris. Cette opération permet au groupe de fusionner Le Miramar et le Gaumont Parnasse.

• 2 mars : Le groupe français Technicolor signe un accord avec les cinémas Bow Tie, à New York, aux États-Unis, pour le déploiement du système de projection en relief 35 mm dans 25 salles de cinéma.

• 8 janvier : La Haute autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur Internet (Hadopi) est mise en place par le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand.

• 8 mars : Le film de Kathryn Bigelow, Démineurs, remporte six Oscars, dont celui du meilleur film, au détriment d’Avatar. Le film français Logorama remporte l’Oscar du meilleur court métrage d’animation.

• 10 janvier : Le réalisateur et scénariste haïtien Raoul Peck succède à Claude Miller à la présidence de La Fémis.

Février • 1er février : Le Conseil de la concurrence invalide le Fonds de mutualisation pour le numérique en salle du CNC. Les professionnels envoient par la suite une lettre ouverte au Premier ministre et au ministre de la Culture dans laquelle ils s’inquiètent des “graves conséquences” qu’aurait “une soumission de l’évolution numérique aux seules lois du marché”. • 3 février : Fidélité Films remporte les droits d’Astérix 4 au détriment du projet de Thomas Langmann qui avait toujours été associé aux trois premiers épisodes avec Pathé. Le réalisateur du Petit Nicolas, Laurent Tirard, adaptera à l’écran l’album Astérix chez les Bretons. • 18 février : UGC annonce la signature d’un accord-cadre avec la société Ymagis pour la numérisation des 600 salles de son parc européen dans un délai de vingt-quatre à trentesix mois. Ce déploiement passera d’abord par la 3D relief à l’occasion du film de Tim Burton Alice au Pays des Merveilles prévue le 24 mars. • Fin février : Avatar passe le cap des 14 millions d’entrées en France et totalise plus d’1 M$ de recettes à travers le monde. Ce succès confirme l’explosion du numérique et de la 3D relief.

• 20 mars : France Télévisions et Ciel-écran donnent le coup d’envoi à la mode du hors-cinéma en proposant la diffusion du match de rugby France-Angleterre en 3D relief dans 23 salles de cinéma. Succès : l’opération attire 7 000 spectateurs.

Avril • 1er avril : Les présidents des principaux syndicats de producteurs exposent devant la nouvelle secrétaire générale du CNC, Maylis Roque, leurs propositions susceptibles de répondre aux problèmes des “films fragiles”, telle une rémunération composée d’une partie fixe et d’un intéressement sur les recettes nettes part producteur. • 13 avril : EuroPalaces et Imax corporation annoncent une nouvelle collaboration pour doter quatre autres salles de la technologie Imax, à commencer par une salle du Pathé Quai-d’Ivry en juin pour la sortie de Shrek 4. • Fin avril : Éruption du volcan islandais Eyjafjöll : le nuage de cendres paralyse le déroulement de nombreux festivals. • Fin avril : MK2 annonce son intention d’entamer la numérisation de toutes ses salles. • 29 avril : Frédéric Mitterrand signe un accord de coproduction avec son homologue chinois, Wang Taihua. • 29 avril : Le député UMP Michel Herbillon dépose à l’Assemblée

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nationale un projet de loi sur la numérisation des salles.

Mai • 6 mai : La Géode fête ses 25 ans. • 11 - 22 mai : Au Festival de Cannes, la présence en compétition du téléfilm Carlos d’Olivier Assayas reste controversée. La chypriote Androulla Vassiliou, commissaire européenne chargée de la Culture, ouvre le 17 mai le rendez-vous européen consacré au programme Media. • 25 mai : le cinéaste iranien Jafar Panahi, emprisonné depuis le 1er mars à Téhéran et membre du jury cannois, est libéré contre une caution de 163 000 € avec interdiction de tourner dans son pays. • 26 mai : Matthieu Gallet, 33 ans, est nommé président de l’Institut national de l’audiovisuel. CGR inaugure un multiplexe de 12 salles dans un bâtiment classé du centre de Bordeaux (33).

Juin • 15 juin : Jean-Frédérick Lepers et Christian Ninaud remettent à Véronique Cayla, présidente du CNC, un rapport qui conclut leur audit. • 17 juin : La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) élit Laurent Heynemann au poste de président où il remplace Jacques Fansten. • 24 juin : L’Association des producteurs indépendants (API) signe un accord avec les principales associations d’auteurs et d’éditeurs qui fixe le calcul du coût des films et de leur amortissement. • 24 juin : Vincent Bolloré annonce la création de Direct Cinéma, filiale qui préachètera 6 à 10 films par an pour renforcer l’offre de ses chaînes. • 27 juin - 3 juillet : La fête du cinéma enregistre une baisse de fréquentation d’environ 30% par rapport à l’édition 2009.


Juillet • 5 juillet : Rémy Pflimlin est choisi par Nicolas Sarkozy pour succéder à Patrick de Carolis à la tête de France Télévisions. • 10 juillet : UGC fait face à un deuxième mouvement social après l’annonce d’un plan visant à supprimer 95 postes d’opérateurs. • 12 juillet : En réaction à l’accord du 24 juin sur la transparence signé par l’API et les organisations d’auteurs, l’Association des producteurs de cinéma (APC) et l’Union des producteurs de films (l’UPF) signent de leur côté un accord avec les agents artistiques dans lequel ils émettent un certain nombre de contre-propositions. Un accord contesté par les signataires du 24 juin. • 26 juillet : Le gouvernement britannique annonce la disparition du UK Film Council. • 29 juillet : Miramax est vendue par Disney au consortium Filmyard Holdings pour 660 M$.

Août • 20 août : Avec plus de 940 M$ de recettes, Toy Story 3 devient le plus gros succès de l’histoire du dessin animé. Il surpasse Shrek 2 qui avait généré 920 M$.

Septembre • 6 septembre : Nicolas Sarkozy annonce une hausse de la TVA à 19,6 % pour les fournisseurs d’accès Internet (FAI). Celle des télévisions payantes reste à 5,5 %.

• 29 septembre : À sa troisième semaine d’exploitation, le film Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois a déjà attiré plus d’1,5 million de spectateurs en salles et devient le phénomène de l’année. • Fin septembre : première expérimentation des billets dématérialisés au Gaumont Alésia, à Paris.

Octobre • 15 octobre : Le remake italien de Bienvenue chez les Ch’tis, Benvenuti al Sud, franchit les 10 M€ de recettes en dix jours. Les Italiens prévoient déjà la suite, Benvenuti al Nord. • 20 octobre : UGC et Canal + créent le label “cinéastes de demain” dont profitera un film par mois à compter de janvier 2011. • 21 octobre : La Ville de Paris lance un plan d’action pour aider les salles indépendantes à s’équiper en numérique. La capitale dépensera 2,1 M€ d’ici à 2014. • 25 octobre : Véronique Cayla, la présidente du CNC, est nommée à la tête d’Arte et succède à Jérôme Clément, en poste depuis la création de la chaîne, qui fête ses 20 ans. • 29 octobre : Le plan de faillite de MGM est adopté. Le studio fusionne avec Spyglass Entertainment.

Novembre • 4 novembre : UGC se met au horscinéma en programmant La Traviata, le premier d’une série de 10 opéras programmés dans les salles jusqu’au 12 juillet 2011.

• 25 novembre : Le groupe Google signe un accord avec la SACD, la Scam et l’Adagp qui prévoit de rémunérer les auteurs dont les films seront diffusés sur YouTube. • 26 novembre : Martin Provost, le réalisateur de Séraphine, est condamné par le Tribunal de grande instance de Paris à verser 25 000 € à Alain Vircondelet pour atteinte à son droit moral sur la première version du scénario, contre les 100 000 € réclamés. Alain Vircondelet, auteur d’un livre sur l’artiste, avait assigné en septembre le réalisateur et ses producteurs pour contrefaçon. • 30 novembre : Frédéric Mitterrand installe le premier conseil d’administration du CNC, composé de 12 membres. Pour Véronique Cayla, “les pouvoirs publics disposent désormais d’une base juridique plus sécurisée et adaptée pour porter leur politique dans l’univers numérique”. Le budget du CNC vient d’être amputé de 20 M€ à la suite d’un prélévement exceptionnel à la faveur du projet de loi de finances 2011. • Fin novembre : avec plus de 5 millions de spectateurs en sept semaines d’exploitation, Les Petits mouchoirs, de Guillaume Canet, est le premier film français du box-office 2010.

Décembre • 15 décembre : Le Conseil des ministres officialise la nomination d’Éric Garandeau à la présidence du CNC. Paul Otchavsky-Laurens est nommé à la tête de la commission de l’Avance sur recettes.

• 10 septembre : La présidente du CNC, Véronique Cayla, nomme l’auteur et réalisateur Gustave Kervern président de la commission d’aide aux nouveaux médias. Il succède à Alain Le Diberder pour une durée de deux ans.

• 5 novembre : CGR annonce son intention d’abandonner le 35 mm au profit du numérique. Une pression de plus pour les distributeurs qui s’apprêtent à faire le deuil de la copie analogique, deux fois moins chère.

• 16 décembre : Producteurs, auteurs et agents signent un protocole d’accord sur “la transparence dans la filière cinématographique”, établissant des cadres de références pour apprécier la rentabilité des films et les conditions de rémunération des auteurs qui y sont liés.

• 24 septembre : MK2 inaugure le Germain Paradisio, rue de Buci, à Paris, une salle de projection privée de 24 places équipée d’un projecteur 2k et de la 3D relief.

• 17 novembre : Record de sorties en salles : 21 nouveaux films. Toute la filière est affectée par cette concurrence. La moyenne de spectateurs par copie s’effondre.

• Fin décembre : avec presque 5,3 millions de spectateurs en France, Harry Potter et les reliques de la mort (1re partie) est le plus gros succès du box-office 2010.

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Les films qui ont marqué (la rédaction en) 2010 Ajami Another Year A Serious Man A Single Man Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans Breathless Bright Star Carlos, le film City of Life and Death Copie conforme Dans ses yeux Des hommes et des dieux Eastern Plays Fantastic Mr. Fox Film Socialisme Fin de concession The Ghost Writer Inception Kick-Ass Lola Mammuth Mardi, après Noël Mother Mystères de Lisbonne Le Nom des gens Oncle Boonmee Poetry Shutter Island The Social Network Tournée Toy Story 3

de Scandar Copti et Yaron Shani (Israël) de Mike Leigh (Royaume-Uni) de Joel & Ethan Coen (États-Unis) de Tom Ford (États-Unis) de Werner Herzog (États-Unis) de Yang Ik-june (Corée du Sud) de Jane Campion (Australie) de Olivier Assayas (France / Allemagne) de Lu Chuan (Chine) de Abbas Kiarostami (France / Italie) de Juan José Campanella (Argentine) de Xavier Beauvois (France) de Kamen Kalev (Bulgarie) de Wes Anderson (États-Unis) de Jean-Luc Godard (France / Suisse) de Pierre Carles (France) de Roman Polanski (France / Allemagne) de Christopher Nolan (États-Unis) de Matthew Vaughn (Royaume-Uni) de Brillante Mendoza (Philippines / France) de Benoît Delépine et Gustave Kervern (France) de Radu Muntean (Roumanie) de Bong Joon-ho (Corée du Sud) de Raoul Ruiz (Portugal / France) de Michel Leclerc (France) de Apichatpong Weerasethakul (Thaïlande) de Lee Chang-dong (Corée du Sud) de Martin Scorsese (États-Unis) de David Fincher (États-Unis) de Mathieu Amalric (France) de Lee Unkrich (États-Unis)

D’autres films français pour se souvenir de 2010 L’Arnacœur Belle Épine Le Bruit des glaçons Copacabana Enter the Void Entre nos mains Happy Few Liberté Potiche Simon Werner a disparu... Une exécution ordinaire Un homme qui crie Un poison violent White Material

de Pascal Chaumeil de Rebecca Zlotowski de Bertrand Blier de Marc Fitoussi de Gaspar Noé de Mariana Otero de Antony Cordier de Tony Gatlif de François Ozon de Fabrice Gobert de Marc Dugain de Mahamat-Saleh Haroun de Katell Quillévéré de Claire Denis 8


Bilan 2010

Bad Lieutnant : Escale à la Nouvelle-Orléans

Mouvements intérieurs (v.p. 14). Le système de diffusion des films semble dans un état de restructuration permanent. En effet, outre le relief et un nouveau système de projection en salles, le numérique a engendré une multiplicité de supports de diffusion, qui n’en finissent pas d’être affinés techniquement et explorés dans leurs potentialités. Ainsi les sites de VOD sur Internet qui, de plus en plus éditorialisés, tendent, après avoir été de simples vidéo-clubs en ligne, à devenir de véritables ciné-clubs interactifs. Le Blu-ray, quant à lui, progresse, pousse le DVD vers la sortie et s’impose comme le support vidéo de référence. Par ailleurs, il développe de plus en plus ses possibilités en matière de bonus : appareil critique et/ou suppléments ludiques. Le numérique est une surface glissante. Les images y circulent plus rapidement, plus librement, et s’embarrassent moins des frontières. Durant le festival de Cannes 2010, s’il y eut des polémiques - petites - elles tournaient finalement toutes autour de la difficulté à catégoriser les images, à les identifier de manière claire et à s’en saisir en leur appliquant un cadre juridique ou critique. Ainsi, tandis qu’était présenté à Un Certain Regard son Film Socialisme, Jean-Luc Godard prenait ouvertement parti pour la libre circulation et le libre usage des images, contre la loi Hadopi qui vise à contrôler les flux et protéger le droit d’auteur. Film Socialisme est d’ailleurs un film non signé, dans lequel le nom de Godard n’apparaît qu’au milieu d’autres, dans la liste de tous ceux, vivants ou morts, dont les images, les mots ou les sons ont été mixés au sein de cet énorme collage. Plus tard, l’un des événements du festival a été la projection du Carlos d’Olivier Assayas dans sa version longue de 5h30, celle reconnue comme définitive par son auteur, mais qui est aussi sa version télé (puisque le film a été réalisé pour Canal+, qui, au même

À quoi ressemble le cinéma en 2010 ? A-t-il pris un coup de vieux ? A-t-il déjà eu recours à la chirurgie esthétique ? A-t-il changé ? A-t-il perdu ses illusions ? A-t-il décidé de refaire sa vie ? Physiquement dématérialisé, remis en cause dans son identité, son esprit, sa spécificité, il est, en tout cas, secoué. Le fait le plus marquant de l’année aura sans doute été, de nouveau, la 3D. Après s’être implantée l’an dernier, elle s’est véritablement systématisée en 2011. Signe d’une rapidité extrême des processus à notre époque : dès cette année, le fait qu’un film d’animation, ou plus généralement un divertissement de masse, sorte en 2D, a déjà commencé à être perçu comme une exception. Et en l’occurrence, la plus notable de ces exceptions aura été Inception. Blockbuster à la narration étagée sur plusieurs plateaux comme dans un jeu vidéo, gorgé à la fois de virtualité spectaculaire et d’effets pyrotechniques, ce film était pourtant à l’évidence taillé pour l’exercice. Mais, fort du succès de The Dark Knight, Nolan, farouche opposant au relief, a réussi à obtenir qu’Inception soit maintenu dans ses deux dimensions. Il n’en reste pas moins que son film fait figure de petit village gaulois. Car pendant ce temps, non seulement l’industrie en a fait la norme, mais les auteurs de renom, cédant à la pression des studios ou au goût de l’aventure, se mettent de plus en plus à tenter l’expérience. Tim Burton a ouvert le bal avec son Alice au Pays des Merveilles. M. Night Shyamalan lui a emboîté le pas avec Le Dernier Maître de l’Air. Et, les résultats ont beau ne pas avoir été très probants, les choses semblent devoir s’accélérer sur ce front en 2011, avec Gondry, Wenders, puis Scorsese, Bertolucci probablement... En attendant, en s’imposant comme un attribut incontournable des films, la 3D accélère le processus de numérisation des salles, soulevant sur son passage d’importants problèmes économiques

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moment, le diffusait en trois épisodes). La polémique, là, est venue du refus opposé à Thierry Frémaux de pouvoir présenter le film en compétition, en raison de ses origines télévisuelles. Bien qu’étant l’un des meilleurs films de la sélection officielle, Carlos a donc été projeté hors-compétition. Quelques mois plus tard, devait débarquer sur les écrans un autre film monstre, conçu par un auteur de premier plan dans les laboratoires de la télévision : Mystères de Lisbonne de Raoul Ruiz, proposé dans une version “courte” pour le cinéma (4h26 contre 6h). Film ou téléfilm, Mystères de Lisbonne a été accueilli comme le chef-d’œuvre de Raoul Ruiz et on l’a retrouvé, chez bien des critiques, tout en haut des traditionnelles listes des meilleurs films de l’année. Le phénomène du grand film réalisé pour la télé n’est pas inédit (Scènes de la vie conjugale de Bergman, Berlin Alexanderplatz de Fassbinder, La Maison des bois de Pialat ou Le Décalogue de Kieslowski sont des sommets de leurs auteurs ; et Heimat ou Nos meilleures années ont été des “one shot” marquants). Mais c’est peut-être la conjonction du Assayas et du Ruiz la même année qui fait sens. Ou cette polémique autour de Carlos, qui traduisait une forme d’impuissance à assimiler de nouveaux types de films et de nouveaux types de cinéma. Assez unanimement, la critique a su prendre Carlos et Mystères de Lisbonne comme ils étaient et les considérer comme des films à part entière. En revanche, une partie de cette même critique s’est braquée devant le fait qu’un objet aussi atypique que le stupéfiant Oncle Boonmee d’Apichatpong Weerasethakul puisse décrocher la Palme d’Or. Petite polémique à nouveau, dans laquelle entrait encore en jeu le fait que le film vienne “culturellement” d’ailleurs. En effet, Weerasethakul est issu du monde de l’art contemporain, et Oncle Boonmee, qui avait été précédé d’une exposition au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, est un film qui, tout en étant fondamentalement cinématographique, se nourrit aussi d’autres types d’images et de narrations. Or une certaine frange de la critique continue à considérer que ce type de films non figuratifs sortent du champ du cinéma. Pourtant cette récompense, attribuée (par Tim Burton, ce qui est un signe intéressant) dans le plus grand festival de cinéma du monde, dit assez clairement le contraire. Tout cela donne à penser qu’une mise à jour de la définition du cinéma s’impose. L’obsolescence des catégorisations (qu’elles visent à définir la nature, la valeur ou le statut juridique des images) est de plus en plus voyante. Les images semblent avoir acquis une liberté et une rapidité de mouvement qui leur font dépasser les cloisonnements préexistants, et les rendent souvent insaisissables. En d’autres termes, les images s’imposent. Elles peuvent provenir de l’art, de la télé, du jeu vidéo, d’Internet, si leur puissance les valide comme images de cinéma, il n’y a plus d’argument qui semble avoir assez de poids pour aller contre. Le monde va vite. Il est difficile à suivre. D’autant que tous les outils d’analyse et les points de référence semblent bousculés par le mouvement. Cela constitue une réalité qui dépasse le cadre du cinéma, mais qui se traduit fortement dans les films. En effet, thématiquement, le questionnement métaphysique et la crise personnelle ont été fortement à l’ordre du jour en 2010. Et la stupeur et l’incompréhension

auront sans doute été les motifs les plus récurrents de l’année. Stupeur horrifiée de la vieille dame de Poetry, découvrant le monde dans lequel vit (et auquel contribue) son petit-fils. Regard hébété de Gérard Depardieu dans Mammuth, lorsqu’il se retrouve confronté aux mutations du monde en allant récupérer ses points de retraite. Accablement des héros de A Serious Man, Bad Lieutenant ou Biutiful, pris dans des spirales de déveine qui finissent par disqualifier toute tentative de lutte ou de compréhension. Face à l’accélération de tout, les films, eux, ont eu souvent tendance à freiner, à retenir le temps en piétinant. Ainsi beaucoup de films de cette année, et souvent parmi les meilleurs, utilisaient des narrations en forme d’errance, de spirale ou de cercle : de tour en rond. Un tour en mer avec Godard, sur un immense bateau de croisière qui écume la Méditerranée mais ne va nulle part ; à bord duquel on rumine le passé ou bien on s’abrutit de divertissements. Une Tournée avec Amalric, avançant vaille que vaille dans la perpétuelle incertitude de l’étape suivante. Un tour de cadran avec Mike Leigh (Another Year), le temps que s’écoule une année, rythmée par des rendez-vous immuables, où rien ne semble changer et où pourtant les choses se disloquent de l’intérieur. Bad Lieutenant, Le Guerrier silencieux ou The American, eux, auraient parfaitement pu être de trépidants films de genre, pleins de combats, de poursuites et de suspense. Mais non. Au contraire, ils semblent tous trois en suspension, figés dans un vertige, une angoisse latente. Quelques accès de violence les ponctuent, mais l’action y semble totalement inhibée, intériorisée. Même The Social Network n’est pas un film d’action, d’élan, mais un film de mots, d’explications, de négociations, de commentaires. Et si dans Des hommes et des dieux il est question de guerre, de violence, de mort, de conflit, de danger, tout cela ne produit pas, là non plus, de l’action : ce sont la réflexion et le questionnement qui occupent tout l’espace. Le suspense tient à la résolution d’un débat intérieur. Le temps du film semble suspendu, dans l’attente de l’inéluctable. L’action ayant donc reflué vers l’intérieur des esprits, on peut la suivre et aller la retrouver dans des films-cerveau, où le temps est effectivement presque aboli. Dans Mr. Nobody, quelques secondes d’hésitation contiennent des hypothèses de vies exponentielles. Dans Inception, à la faveur des rêves, des échelles de temps de plus en plus dilatées sont enchâssées les unes dans les autres. Shutter Island se déploie dans un temps imaginaire. Dans Enter the Void le temps n’existe plus, puisque la vie est achevée. Il se trouve que ces films sont ceux qui transposent au cinéma le principe et la structure des univers virtuels. Et on notera que tous ne recourent au langage du virtuel que pour le connecter directement avec la mort, la folie, la fuite. Les films traitant de façon plus directe les problématiques liées à Internet et aux jeux vidéo (L’Autre monde, Chatroom, The Cat, the Reverend and the Slave) n’étant guère plus positifs, il paraît clair que, pour le moment, le virtuel ne se définit pas au cinéma comme une utopie positive. Plutôt comme un enfer. L’enjeu sera donc maintenant, soit d’en sortir soit d’y faire émerger des forces de vie. Nicolas Marcadé

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CARNET DE TENDANCES 2010

The Ghost Writer

Enquête préliminaire sur la décennie 2010 Dans L’Annuel 2010, ce “Carnet de tendances” n’existait pas : nous l’avions fusionné avec un ouvrage à part (Chronique d’une mutation), dressant un bilan de la décennie qui venait de s’écouler à travers dix ans de rencontres et de conversations. Aujourd’hui, quelque chose de nouveau commence, et il nous faut repartir à la découverte... Question : que se passe-t-il ensuite ? Les années 2000 ont été celles des mutations technologiques de l’ère numérique et des mutations économiques de l’ère mondialisée : que se passe-t-il ensuite ? À première vue, la même chose. En plus, en pire, en grand, en différent. À travers le phénomène 3D, notamment, les données technologique et économique fusionnent et progressent main dans la main. Et puis ? Que se passe-t-il ensuite ? L’année ne nous a pas fourni de réponses clé en main. Pourtant, on sait que la décennie qui s’ouvre en 2010 aura forcément une identité, et que ce qui la fera doit être déjà là, en germe, disséminé, mal visible. Alors plutôt que de tenter des prophéties et des paris sur l’avenir, nous avons choisi de partir du doute, et d’aller enquêter au hasard, en suivant différentes directions, pour voir ce qui tomberait, et si des choses n’allaient pas se recouper. Essayer de faire apparaître le visage de ces années 10, c’est comme construire un puzzle. Or, quand on fait un puzzle, on commence toujours par les angles. C’est donc ce que nous avons fait : aller voir des gens qui sont sur les bords du cinéma, positionnés sur des lignes de frontière. De part et d’autres. Certains qui regardent le cinéma depuis un autre territoire (la philosophie, l’art contemporain...), d’autres

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qui évoluent dans le cinéma mais passent régulièrement un œil, un pied, une main, dans des disciplines frontalières (l’art encore, les jeux vidéo...). Chacun a parlé depuis l’endroit où il était. Et plus que des réponses, chacun nous a amené de nouvelles questions, qui semblaient nous conduire vers un nouvel interlocuteur. Et ainsi de suite. Au bout du compte on en tire, non pas des conclusions claires, mais une impression générale de cohérence. On a, en effet, pu observer des phénomènes d’écho. Par exemple, on a constaté que les uns et les autres avaient spontanément le réflexe de se référer aux origines du cinéma pour parler de ce qu’il est en train de devenir. Comme si le moment était propice aux bilans précédant les nouveaux départs. Et puis on a pu noter des mots, qui revenaient d’un interlocuteur à l’autre ou qui résonnaient entre eux (“collectif ”, “génération”, “virtuel”, “transmedia”, “hybridation”, “jeu”, “interactivité”, etc.) et dont on se dit qu’ils vont compter, mais dont il reste à savoir comment ils vont s’agencer ensemble pour produire du sens. “Que se passe-t-il ensuite ?” : on lance cette question en avant. On la fait ricocher huit fois. À chaque rebond ça soulève des éclats désordonnés, des bribes de réponses. On regarde ce que ça donne...


CARNET DE TENDANCES 2010 Rendez-vous n°1. Ouverture des débats. Nous partions du flou. Pour commencer, nous sommes donc allés chercher un regard clair. Et nous avons opté pour celui d’André S. Labarthe, compagnon de route de la Nouvelle Vague, figure essentielle de la télévision, du documentaire et de la cinéphilie (Cinéastes de notre temps), observateur constant, penseur libre. Nous l’avons laissé donner la direction. Il nous a conduit à l’idée d’un changement de nature (touchant à la fois le “physique” et “l’esprit”) du cinéma.

Les chaos du cinéma Entretien avec André S. Labarthe Critique et cinéaste (Cinéastes de notre temps) Vous avez, comme cinéphile, critique, cinéaste, passeur, accompagné les cinquante dernières années du cinéma. Est-ce qu’aujourd’hui le cinéma continue toujours à vous passionner de la même façon ? À vrai dire, je ne suis plus du tout cinéphile. Je considère aujourd’hui la cinéphilie comme une sorte de maladie infantile du cinéma. À l’époque de la Cinémathèque, nous avions tous un carnet pendant les séances. Certains prenaient des notes frénétiquement, au risque de ne même pas voir le film. On dressait des listes. Il y avait par exemple la liste “Fritz Lang”. Le but était d’avoir vu tous ses films. Cela pouvait prendre des années en fonction des cinémas, des festivals, des pays où il était programmé. Les films n’étaient pas disponibles et accessibles comme actuellement. La cinéphilie consistait à entrer dans une logique de collectionneur : de titres, de filmographies, de fiches techniques, etc. Je me rends compte à présent que tout cela relève davantage de la nécrophilie. Et que c’est une démarche qui n’a plus lieu d’être aujourd’hui. Pourquoi, selon vous ? Dans les années 1950, on croyait à une vision exhaustive du cinéma. On pensait pouvoir parvenir à avoir vu tous les films. Aujourd’hui, la production est devenue tellement pléthorique qu’une telle ambition est bien évidemment irréaliste. En entrant à la Bibliothèque nationale, on sait d’avance qu’il est absolument impossible d’avoir lu tous les livres. Maintenant, c’est pareil avec les films. Le cinéma a rattrapé la littérature. L’autre bouleversement de la cinéphilie est venu de la diversification des modes de diffusion. Ils se sont à la fois multipliés et distingués les uns des autres. Du coup, les films eux-mêmes s’en sont trouvés modifiés. Un film américain des années 1930, par exemple, est devenu différent à cause de la façon dont il est consommé aujourd’hui. Prenons, par exemple, un gros plan sur un visage. Dans une salle de cinéma on voit une tête énorme, qui devient alors comme un paysage. Maintenant, lorsque le même gros plan est diffusé sur un écran de télévision ou d’ordinateur, la tête est ramenée aux dimensions de celle du spectateur. Donc ça fabrique un autre film. Car le gros plan cesse d’être un paysage : il devient psychologique. Or la force du cinéma, c’était justement sa capacité à dépasser la psychologie. Mais aujourd’hui, il y est ramené.

Votre appréhension de ce qu’est le cinéma a changé avec le temps ? En tous les cas, aujourd’hui, en ayant vu beaucoup de films, je perçois des choses que je ne percevais pas quand je découvrais le cinéma. Par exemple, je réalise l’existence de quelque chose qui a été présent dès l’origine. Avant même l’invention des frères Lumière, il y a eu les travaux de Jules-Étienne Marey, qui, à des fins scientifiques, a inventé le fusil photographique pour capter, image par image, le vol des oiseaux. Ensuite, les frères Lumière, eux, ont conçu une caméra sur pied, donc immobile, avec laquelle ils tournaient des films qui étaient des plans fixes de 45 secondes, des blocs de temps. Et ces deux inventions posent déjà deux façons différentes de faire du cinéma, que l’on retrouve jusqu’à aujourd’hui. D’un côté, il y a les cinéastes qui, comme Marey avec son fusil photographique, suivent le mouvement avec leur caméra : ce sont des chasseurs. De l’autre, il y a ceux qui, comme les Lumière, préparent leur cadre pour capter au mieux, par exemple, le tramway qui va entrer dans le champ : eux, ce sont des piégeurs. Il me semble que durant toute l’histoire du cinéma il y a toujours eu ces deux types de cinéastes : les chasseurs, comme Jean Rouch, et les piégeurs, dont Hitchcock pourrait être l’archétype. Ces dernières années, le cinéma est entré au musée. Que pensez-vous de cette démarche qui consiste à vouloir le valoriser comme un art, au sens le plus noble du terme ? Je pense que c’est une erreur. Aux Cahiers du cinéma, nous étions quelques-uns à penser que le cinéma n’a justement rien d’un art, et que c’est précisément là qu’est sa force. Il a toujours existé, dès les origines, avec Canudo, Delluc, Lherbier, etc., cette tendance qui consiste à vouloir démontrer que le cinéma est un art. Mais il me semble que ça n’a fait qu’en fausser la définition. De fait, aujourd’hui, le cinéma est beaucoup aux mains de gens qui se considèrent comme des artistes. Mais à mon avis, en se considérant comme des artistes, ils trahissent le cinéma. Il y a aussi une autre idée fausse, très répandue, qui consiste à définir le cinéma comme “l’art de l’image”. Or, il ne l’est pas du tout dans l’absolu : il l’est devenu. Au départ, le cinéma n’est pas l’art de l’image : c’est l’art de la réalité. Quand on voit les premiers films Lumière, il y a toujours dans le champ un élément imprévu : un chien qui passe, un bébé... Ce n’est qu’ensuite que l’on a commencé, par commodité,

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éléments du film pour fabriquer le sens, comme le spectateur de théâtre qui fabriquait son propre “film” à l’intérieur du “plan fixe” de la pièce. Simplement - et c’est là que cela devient délicat -, il faut que le cinéaste s’arrange pour que le spectateur ne fabrique pas n’importe quel sens. Il doit le guider. Pour ma part, un film où le metteur en scène annonce à chaque plan “mon film veut dire ça” ne m’intéresse pas du tout. Pourquoi irais-je voir un film si mon travail a déjà été fait ? Je dis souvent qu’un mauvais film est un film qui n’a pas besoin de moi.

à éliminer le hasard. Et à partir de là, le cinéma est devenu un art intentionnel. On a créé les studios, on a commencé à contrôler la lumière grâce aux projecteurs, les corps avec le maquillage, etc. On n’a cessé d’inventer des techniques qui permettaient d’obtenir le plus précisément possible l’image que l’on souhaitait. Et aujourd’hui, avec les effets spéciaux, on arrive à l’extrémité de ce processus : c’est-à-dire qu’il n’y a plus de réel, il n’y a que de l’image. Donc, à présent, le cinéma est effectivement devenu un art de l’image. Mais ça n’est plus le cinéma de Lumière. Votre regard est donc avant tout celui d’un historien du cinéma ? En partie seulement. Je ne crois pas à l’histoire du cinéma si on l’entend comme une histoire des films. Car alors, prétendre qu’il existe une histoire du cinéma, c’est dire par exemple qu’un film de Renoir est daté et qu’il n’est donc pas comparable au dernier Assayas... Or, selon moi, ces deux films sont contemporains, dans la mesure où chaque film n’existe que dans le moment où on le regarde. En revanche, on peut faire une histoire du décor, de l’éclairage, du maquillage, c’est-à-dire de tout ce qui fabrique le cinéma. Et puis il y a une autre histoire qu’il serait vraiment intéressant de faire, c’est celle du spectateur. Là, ça m’intéresse : comprendre, par exemple, comment le montage s’est imposé comme une prise du pouvoir du réalisateur sur le spectateur. Au XIXe siècle, la pratique culturelle dominante était celle du théâtre. Or, une pièce, c’est un plan fixe. Pour changer de plan, il faut un entracte. Mais, à l’époque, est arrivé un instrument fabuleux : les jumelles. Grâce à elles, à l’intérieur de ce plan unique, le spectateur pouvait faire son propre découpage, son propre film. Il pouvait faire un gros plan sur le visage de l’actrice, ou sur ses pieds, bref il faisait son cinéma. Il avait cette liberté-là. Puis au cinéma, vers 1908-1910, quand arrive le montage, après l’époque du plan unique des frères Lumière, c’est désormais le réalisateur qui fait le découpage, qui choisit les plans, qui fait tout ce que pouvait faire lui-même le spectateur au théâtre. Autrement dit, il impose sa vision et vole au spectateur son pouvoir. Ensuite, on peut envisager, comme l’a

fait Bazin, l’histoire du cinéma comme celle des moyens qu’ont inventés les cinéastes pour rendre au spectateur son pouvoir d’intervention (la profondeur de champ, par exemple, lui permet de nouveau de choisir où il veut regarder). À quel point de cette histoire du spectateur pensez-vous que nous en soyons aujourd’hui ? Pour dire où nous en sommes aujourd’hui, c’est l’histoire du spectateur vu par le cinéma américain qu’il faudrait faire. Car le cinéma américain a conçu un spectateur unique. Et c’est d’ailleurs pour ça qu’il marche dans le monde entier : parce qu’il ne s’adresse pas à un spectateur particulier, mais à une espèce de spectateur-type, qui est un spectateur passif, que l’on met dans un fauteuil et que l’on bombarde d’effets spéciaux. Et qui aime ça. Car le spectateur créé par le cinéma américain est un spectateur masochiste. De plus, en inventant le spectateur unique, les studios ont aussi, d’une certaine manière, créé un metteur en scène unique, qui doit satisfaire des exigences, un peu comme une machine. Donc pour moi, le bon cinéma est celui qui lutte contre cette conception-là du spectateur (et du metteur en scène). Un cinéaste se doit d’inventer à chaque film son propre spectateur. Le travail d’un metteur en scène n’est pas tant d’avoir des idées, mais d’organiser des formes sur un écran. La question du sens vient dans un second temps, et elle est l’affaire du spectateur. C’est à lui de se saisir des

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Aujourd’hui, la Nouvelle Vague est encore une influence très forte dans le jeune cinéma français. Beaucoup de films jouent de façon très explicite sur des références à Godard, Truffaut, Eustache, etc. Quel regard portez-vous sur cette influence persistante ? La Nouvelle Vague était issue d’un groupe de critiques, de gens extrêmement cinéphiles. Et pourtant, quand on regarde À bout de souffle ou Les 400 coups, on voit bien que ce n’est pas cela qui comptait. Ce sont des films qui créaient leur propre énergie, qui inventaient leurs propres règles. On pouvait admirer Hawks, Hitchcock ou Renoir, mais la seule leçon que l’on tirait d’eux, c’était une leçon de liberté. C’est aussi ce que je dis souvent à Godard : ce que j’aime dans ses films, c’est qu’ils me font me sentir libre. Ils ne me donnent pas envie de l’imiter, simplement ils me stimulent, m’incitent à faire ce que j’ai envie de faire. C’est ça la seule leçon qu’il y a à tirer des films de Godard. Donc, s’en servir comme modèle, c’est la pire des choses. Or, dans les quelques films récents que j’ai pu voir, il me semble que ce qui a été retenu de la Nouvelle Vague ce n’est pas la démarche, l’élan, mais seulement les “gimmicks” : une façon d’exploiter le naturel d’un acteur, les dialogues “à la Godard”, etc. Là encore, je trouve que c’est avoir un rapport passif avec les films. Alors que, comme je le disais à l’instant, il est fondamental de sortir d’un film en ayant exercé sa liberté. Pour moi, la grandeur d’un film ne le rend jamais écrasant. C’est même le contraire : un bon film, ça vous libère. Propos recueillis par Nicolas Marcadé, le 12 novembre 2010


CARNET DE TENDANCES 2010 Rendez-vous n°2. Mutation : la numérisation des salles. Fidèle contributrice de ces pages, Caroline Vié a choisi, cette année, de se pencher sur le problème de la numérisation des salles et de ses enjeux, en allant enquêter auprès des exploitants. Car, si les films doivent changer de texture et se projeter différemment, ça n’est pas sans conséquences...

Une révolution très discrète Par Caroline Vié Critique (20 minutes, Cinéma(s) sur France 5) et membre de la Commission de classification des films C’est une vraie révolution. Dans cinq ans, toutes les salles de France devraient avoir cédé aux sirènes du numérique. Adieu projecteur en 35 mm et galettes de pellicule : l’heure des ordinateurs a sonné. L’évolution est aujourd’hui programmée. Qui va profiter de ce changement ? C’est à cette question que nous allons tenter de répondre… Ce sont les distributeurs qui ont lancé cette vague de modifications, unique dans l’histoire du cinéma, voire dans celle de l’industrie. Pour faire des économies, ils n’ont pas hésité à encourager les salles à changer leur équipement dès 2007. “Cette révolution aura l’ampleur du passage du muet au parlant”, expliquait James Cameron en 2009. Le réalisateur d’Avatar, grand prêtre du numérique, défend le procédé bec et ongles. “Il existe pourtant une grande différence car c’est la première fois qu’un changement technique de cette ampleur frappe l’industrie sans apporter d’amélioration notable pour le spectateur”, explique Gérard Lemoine, responsable de quatre salles de cinéma à Palaiseau (91). Comme beaucoup de ses confrères, Lemoine a longtemps été sceptique sur l’intérêt que pouvait présenter le numérique et pourtant, à l’instar de nombreux collègues, il a fini par s’équiper. “On n’avait pas le choix”, dit-il sobrement. Les distributeurs, majoritairement américains, ont poussé à la roue. Ils vont progressivement supprimer le 35 mm, jugé encombrant et trop cher. Ils ont tout à gagner dans l’affaire quand on sait qu’une copie 35 mm leur est facturée 1500 euros et que le numérique leur permet une économie d’environ 90% ! On comprend qu’ils se soient frotté les mains en voyant arriver un soutien de choix en la personne de James Cameron, venu avec son Avatar sous le bras. Du jour au lendemain, même les “non croyants” comme les salles UGC, d’abord réfractaires au numérique, ont dû s’incliner devant ce triomphe au box-office prouvant que la 3D était incontournable. Refuser le numérique et donc la possibilité de montrer les films en relief leur coûtait trop d’argent quand d’autres exploitants plus clairvoyants ramassaient le pactole. UGC a eu tôt fait de cesser de jouer les irréductibles pour s’équiper en quatrième vitesse. Le relief est vite devenu l’atout majeur des chantres du numérique. Avatar, bien sûr, puis Alice au Pays des Merveilles de Tim Burton ont fait chausser des lunettes 3D à de très nombreux spectateurs poussant bientôt les firmes à sortir tout et n’importe quoi en relief en un phénomène de cercle vicieux vertigineux. Car pour un Sanctum d’Alistair Grierson, produit par Cameron, qui tire un réel parti du relief,

combien de Justin Bieber Never Say Never de Jon Chu ou de Choc des Titans de Louis Leterrier ont été gonflés artificiellement pour des raisons purement commerciales ! Si son potentiel d’attrait pour le public reste à démontrer, il est certain que le relief occupe le terrain. “Quand il s’agit de films pour enfants, nous devons souvent avoir une copie 3D et une copie 2D car certains parents refusent de payer plus cher pour le relief au motif que les bambins ne supportent pas les lunettes” dit Gérard Lemoine. Il semble donc que cette panacée en forme de recettes supplémentaires n’en soit pas vraiment une. Reste le “hors film” : retransmissions sportives ou événements culturels que les spectateurs pourraient venir déguster collectivement dans les salles. “Les tentatives faites en matière de sport n’ont pas vraiment fonctionné, précise Marc-Olivier Sebbag, Délégué général de la Fédération des Cinémas Français, les gens ont souvent de grands écrans chez eux et le public des opéras et des ballets reste limité. De plus, nos adhérents n’ont pas pour vocation de devenir des téléviseurs géants. Ils tiennent à leur spécificité de programmateur de films de cinéma.”

Quid du financement ? Pour s’équiper en numérique, il faut de l’argent car le matériel est fort dispendieux. Il faut compter entre 70 000 et 100 000 euros par écran et les salles profitent souvent de l’occasion pour rénover également leur équipement sonore, ce qui occasionne des frais supplémentaires. “Le spectateur y gagne très certainement en qualité de projection, précise Marc-Olivier Sebbag. Les salles équipées en numérique attirent davantage de spectateurs que celles qui ne le sont pas, même quand elles présentent des films en 2D. Il faut cependant avoir les moyens d’investir des sommes importantes à une époque où les exploitants tirent déjà la langue !” La Fédération, qui réunit la plupart des professionnels de la branche, milite efficacement pour éviter que certains restent sur le carreau. La première solution a été de demander aux distributeurs de mettre la main au portefeuille. Ainsi sont nées les “Virtual Print Fees”, surnommées VPF ou “contributions numériques” en français. Avec ces VPF d’environ 500 euros par copie, les distributeurs compensent le coût d’équipement des salles à concurrence du prix du matériel. Chaque copie distribuée en première exclusivité pendant les quatre premières semaines d’exploitation permet à la salle qui la projette de toucher une VPF. “Une loi adoptée en septembre dernier interdit tout

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Alice au Pays des Merveilles

mélange des genres”, insiste Marc-Olivier Sebbag. Pas question de confondre exploitation et programmation ! Les salles ne peuvent renoncer à la VPF pour faire pression sur un distributeur afin d’obtenir une œuvre convoitée, de même que ces derniers n’ont pas le droit de promettre moult VPF pour avantager un exploitant acceptant des produits moins attractifs ! Tout semble aller pour le mieux dans le meilleur des mondes… pour les cinémas qui obtiennent la primeur des longs métrages. Les autres n’ont pas droit aux VPF, ce qui est d’autant plus pernicieux que les cinémas passant les films en première exclusivité sont souvent aussi ceux qui font les meilleures recettes. “Un système d’aide remboursable financé par le CNC a été créé pour donner un coup de pouce aux salles jusqu’à trois écrans”, explique MarcOlivier Sebbag. Reste le problème de salles intermédiaires, offrant plus de trois écrans tout en n’ayant pas la puissance de feu des multiplexes. Ce sont ces derniers qui risquent fort de pâtir de la situation. “Je sors à peu près cent films en première exclusivité, ce qui me permet de générer environ 50 000 euros de VPF”, explique Gérard Lemoine. Comme de nombreux confrères, il a choisi de faire appel à un intermédiaire pour récupérer l’argent des distributeurs. “Bien que cette société prenne une commission, cela m’évite d’avoir à m’endetter trop lourdement”, explique-t-il.

Un avenir incertain Les salles de cinéma françaises se portent plutôt bien surtout si l’on compare leur situation à celle d’autres pays européens. Sept millions de séances de cinéma ont lieu chaque année dans les 2200 cinémas et sur les 5400 écrans de notre beau pays. Et les spectateurs affluent en masse ! La France est également le pays le plus “numérisé” d’Europe avec 30% des salles équipées et une prévision de 50% de salles en numérique d’ici la fin de l’année. “Le public apprécie de voir les films dans de meilleures conditions qu’autrefois, insiste Marc-Olivier Sebbag. Cet avantage qualitatif est évident car des spectateurs continuent à fréquenter les salles alors qu’il leur est maintenant facile d’accéder au cinéma chez eux.” Gérard Lemoine n’est pas convaincu par cet argument : “Le 35 mm était très performant et le numérique est aussi un souci pour les films du patrimoine. Il faut espérer que les pouvoirs publics seront prêts à financer la numérisation des grands classiques, sinon ils disparaîtront des salles obscures.” Dans cinq ans, toutes les salles de France seront passées au numérique dans un processus d’évolution subie mais inévitable. Distributeurs et exploitants souhaitent aujourd’hui que la conversion se fasse le plus vite possible. La cohabitation entre les deux formats est à la fois coûteuse et malcommode. Les distributeurs payent plus cher des copies 35 mm tirées en quantités

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moins importantes et les exploitants souhaiteraient pouvoir faire circuler les films plus facilement. “Le principal avantage du numérique est que cela nous permet de passer alternativement de la version originale et de la version française, ce qui constitue un véritable avantage pour le spectateur”, dit Gérard Lemoine. L’entretien du matériel numérique est cependant dispendieux (2500 euros par an). On ne connaît pas non plus sa durée de vie, estimée à une dizaine d’années, alors qu’un projecteur 35 mm est pratiquement increvable. “Un vrai problème va se poser quand les salles devront remplacer leur équipement”, dit Marc-Olivier Sebbag. Les VPF, prévues pour dix ans, n’existeront plus et personne ne peut aujourd’hui prédire ce qui arrivera demain quand les distributeurs, ayant obtenu satisfaction, ne seront plus contraints d’épauler les salles. “On a foncé et on ne peut plus revenir en arrière, mais quoi qu’il arrive, c’est le spectateur qui finira par payer”, s’inquiète Gérard Lemoine. En fait, les seuls partenaires à être certains de bénéficier de l’évolution sont les distributeurs, les fabricants d’équipement et les organismes financiers. “On n’a aucune visibilité sur l’avenir”, admet Marc-Olivier Sebbag. La Fédération nationale des cinémas reste très vigilante et continue à négocier pour que les exploitants ne soient pas les grands perdants de cette innovation qu’ils n’ont pas souhaitée. Rendez-vous dans dix ans pour un nouveau bilan.


CARNETDETENDANCES 2010 Rendez-vous n°3. Économie : le cinéma à l’heure du transmédia. Parce qu’il parvient à lier dans un même mouvement de pensée enjeux économiques et culturels, Laurent Creton est depuis deux ans un interlocuteur incontournable de L’Annuel du Cinéma. Pour ce troisième rendez-vous, nous lui avons proposé une analyse de l’année écoulée en forme de pronostic. Ou comment la profusion - flagrante en 2010 - des films et de leurs modes de consommation dessine le cinéma de demain. La réponse est, rappelle-t-il, à chercher du côté des capacités d’arbitrage du spectateur.

Trans-formes Entretien avec Laurent Creton Économiste du cinéma (Cinéma et stratégies : économie des interdépendances) 2010 a représenté une année exceptionnelle en termes de fréquentation : 206,5 millions d’entrées est un record qui n’avait pas été atteint depuis 1967. Dans le même temps, on vit de plus en plus à l’heure de la délinéarisation, autrement dit de l’éclatement des modes de consommation des films et des programmes audiovisuels. Comment se pose désormais la question du cinéma en salles ? Chaque année, les chiffres de fréquentation font mentir les sempiternelles prévisions annonçant la mort du cinéma et la fin de l’exploitation en salles. Cela étant - et c’est bien là tout le paradoxe -, le record de 2010 n’épuise pas la question du statut du cinéma, donc de celui de la salle, dans un univers multimédiatique toujours plus concurrentiel. Nous avons déjà eu l’occasion de le dire (voir L’Annuel du Cinéma 2009 et 2010) : si la sortie en salles fonde encore “l’identité cinématographique” d’un film, elle joue aujourd’hui un rôle essentiellement promotionnel par rapport à une valorisation ultérieure sur d’autres supports (DVD, télévision et désormais téléphonie mobile, vidéo à la demande, téléchargement, légal ou non, sur l’Internet). D’où un double mouvement symptomatique : d’un côté le raccourcissement de la durée d’exploitation des films en salles, de l’autre l’allongement et l’élargissement de leur valorisation sur d’autres supports. Ce phénomène, qui s’est intensifié ces dernières années, rappelle une leçon générale de l’histoire des médias, à savoir qu’un média nouveau ne se substitue pas aux précédents mais oblige chacun d’eux à se repositionner. Comment s’y retrouver dans cette concurrence médiatique ? On vit à l’heure du transmédia, une notion qu’il est d’autant plus important de saisir qu’elle bouleverse les catégories traditionnelles sur lesquelles on a pourtant encore besoin de s’appuyer. Pour tenter de s’y retrouver, essayons d’imaginer un tableau à deux entrées : horizontalement le type de production audiovisuelle (un film de cinéma, un téléfilm, une publicité, un film de famille, un clip, un jeu vidéo, etc.) ; verticalement, le lieu de diffusion/consommation (en salle, avec la variante multiplexe/Art et Essai, à la télévision, sur Internet, sur un smartphone ou une tablette type iPad). La matrice ainsi constituée serait énorme. On pourrait ensuite se pencher sur chaque case, chaque croisement de données - par exemple, un film de cinéma diffusé sur iPhone ou un

documentaire télévisé en salle - et voir ce que cette analyse révèle du positionnement relatif des médias, de leur statut, et des usages que l’on en fait. On verrait bien alors que l’équation cinéma = film + salle n’est qu’un petit élément à l’intérieur d’un processus d’hybridation beaucoup plus large. Vos travaux mettent l’accent sur le comportement… Une innovation correspond toujours à un réajustement, à une recombinaison d’usages anciens et nouveaux. Prenons la téléphonie mobile dont le développement a été fulgurant. Pourquoi, en quelques années, le taux d’équipement a-t-il atteint de tels chiffres ? D’abord sans doute parce qu’un téléphone mobile, c’est d’abord un téléphone fixe, sans fil… Son usage était déjà institué et s’inscrivait dans un processus d’appropriation de plus d’un siècle. La grande question de l’industrie des télécoms a ensuite été : maintenant que les utilisateurs ont appris à se servir de leur mobile comme téléphone, va-t-on pouvoir développer d’autres usages ? Et, typiquement, les smartphones sont utilisés au moins à 60 % pour autre chose que pour téléphoner (par exemple, regarder un film pendant son temps de transport en commun, lire une bande dessinée ou échanger sur les réseaux sociaux). De même, la grande réussite de l’iPhone tient à sa capacité à travailler des interfaces et des logiques d’usage simples et intuitives, en l’occurrence revenir au geste le plus élémentaire qui soit : désigner, toucher du doigt. Autrement dit, les usages évoluent en permanence, se recombinent et trouvent d’autres formes. Et une innovation est d’autant plus réussie qu’elle s’appuie sur des antériorités et des traditions. Ce qui m’intéresse ici par rapport au cinéma - qui s’inscrit dans la longue tradition des arts du spectacle -, ce sont les déplacements progressifs de tous ces usages, leurs recouvrements, leurs combinaisons. Il me semble qu’il faut toujours en revenir au spectateur lui-même. D’ailleurs, peut-on encore parler de spectateur ? Est-on “spectateur” de son ordinateur ou de son téléphone mobile ? En tout cas, se dégage une question centrale : comment gérer le transmédia, cette double profusion des productions et des écrans ? Commençons par la profusion des productions. Cette année, ce sont encore près de 600 films qui sont sortis

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en salles en France, parmi lesquels seulement seize dépassent les 3 millions d’entrées… On a encore trop facilement tendance à confondre multiplicité et diversité. Or, le constat le plus frappant, face à cette profusion des œuvres, est de voir que, systématiquement, la multitude tend à produire du même. Près de la moitié de la fréquentation des salles se concentre sur une vingtaine de films. Inversement, il y a près de la moitié des films mis en ligne sur des catalogues Internet comme fnac.com qui ne fait l’objet d’aucune commande. On est là dans une situation que décrit Chris Anderson avec sa théorie de la “longue traîne” : par rapport à la distribution classique, l’économie des réseaux Internet permet la mise à disposition de davantage de produits. Mais s’il y a bien mise à disposition d’une multiplicité de productions culturelles, la “traîne” est bien moins longue que ce qui fut pronostiqué, et le cumul des consommations très minoritaires ne parvient pas à contrebalancer significativement le primat des logiques de concentration. De nouveau, la question importante est de savoir quel va être le comportement du spectateur/ internaute/consommateur. Confronté à cette profusion, il se retrouve face à un défi cognitif (prendre connaissance de cette totalité) et pragmatique (faire des choix). Je pense que l’on peut considérer la coexistence de deux mouvements opposés. Il y a la logique de concentration sur un nombre restreint de titres, typiquement cette année Avatar. Cette concentration est créatrice de valeurs fédératrices à grande échelle. Après tout, ne l’oublions pas, la force symbolique du cinéma est de permettre à un large public de se retrouver, de se reconnaître, d’échanger, de partager autour d’un même objet culturel. L’autre logique est celle des clubs, des “niches”, où un groupe d’aficionados se retrouve autour d’objets très spécialisés et forme une “communauté”. On assiste là aussi, vous le voyez, à une reconfiguration d’usages anciens, sauf que, à l’heure actuelle, cette notion de communauté suppose une capacité beaucoup plus rapide à la fois à se constituer, à se diluer, et à se recomposer sous d’autres formes.

The Social Network

Et maintenant, comment considérer la profusion des écrans ? Une étude du CNC montrait il y a quelques années que les spectateurs avaient désormais complètement intégré l’idée qu’au bout de deux ou trois semaines, dans la plupart des cas, un film n’est quasiment plus à l’affiche. Dès lors, le fait de savoir qu’il pourra aisément être rattrapé sur d’autres supports conduit les spectateurs à renoncer définitivement à le voir en salles. Ils se disent qu’ils pourront le voir ultérieurement sur un autre support, c’est-à-dire possiblement jamais... Cette nouvelle donne modifie considérablement la notion de désir de cinéma, par rapport au modèle précédent fondé sur la rareté et sur l’exception. Qu’est-ce qui motive à aller voir un film en salles si l’on peut le télécharger ou le voir à la télévision ? La contrainte ne se pose pas tant en termes de budget financier qu’en termes de budget-temps. La question de l’allocation du temps et de la disponibilité est devenue fondamentale. Le sociologue allemand Hartmut Rosa a écrit un livre passionnant consacré à la critique sociale du temps (L’Accélération. Une critique sociale du temps, paru à La Découverte). Il y articule ensemble l’accélération des techniques (transports, communication), des transformations sociales (styles de vie, structures familiales, affiliations politiques et religieuses) et du rythme de vie. Le monde contemporain fragmente et semble détourner de la capacité de se concentrer durablement. D’où une interrogation sur les formats.

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D’un côté, il y a le mod��le du long métrage, qui suppose un véritable luxe de temps et de disponibilité mentale (par rapport à une œuvre, à une altérité, et par rapport à soi-même). De l’autre, l’explosion des instruments de communication multiplie les interactions de type pulsionnel, jouant sur l’injonction (un ami vient de m’appeler et je dois le recontacter d’urgence, les courriels qui appellent une réponse immédiate) et la séduction (on est entraîné vers des jeux, des interfaces attractives, etc.). Le spectacle actuel exalte la libido du zappeur et réactive en permanence la question du choix. Il faut sans cesse arbitrer entre une contrainte de disponibilité et une pulsion de satisfaction rapide. Dans cette perspective, on pourrait se contenter de ne voir que la bande-annonce des films… Dans quelle mesure ces interrogations façonnent-elles le cinéma de demain ? On n’a pas encore pleinement conscience de l’aspect générationnel de ces phénomènes. Il est sûr néanmoins que nos enfants auront été entièrement imprégnés de ce modèle-là. Il n’est qu’à voir avec quelle facilité, avec quelle intuition, les plus jeunes s’emparent des nouveaux outils de communication. Aujourd’hui, avec le numérique, la miniaturisation des caméras, le développement des smartphones et les sites comme YouTube, tout le monde peut tourner des films, les monter, les éditer, les diffuser… En quoi la mise à disposition de ces instruments dans un univers grand public est-elle de nature à agir sur le type de production cinématographique


et, plus généralement, sur le regard des spectateurs ? Quelles seront les conséquences en termes d’éducation, de formation à l’image ? Qui assurera, assumera, le rôle de médiation traditionnellement dévolu à la critique de cinéma ? Qu’en est-il de la notion de programmation et de prescription, face à cette profusion dans un univers dérégulé qui semble induire un certain formatage des choix et des goûts ? Classiquement, la programmation est un processus qui part de l’offre et du métier, vers le consommateur. Avec la délinéarisation et, disons, le modèle participatif du web 2.0, chacun a la possibilité de devenir son propre programmateur. On en revient donc à la question du choix. Sur quels critères se fait-il ? L’hyperconcurrence médiatique porte quelque chose de déstructurant… Je pense néanmoins que, face à cette profusion, à cette dispersion, il ne faut pas minimiser l’importance des grands rendez-vous, comme le festival de Cannes par exemple. Selon des modalités qui peuvent être renouvelées, ces événements constituent encore une référence commune et peuvent jouer un rôle prescripteur. De même, la notion d’éditorialisation reste primordiale au cinéma. Cela pourrait être la conclusion (provisoire ?) de tout ce que l’on vient de se dire : face à la profusion actuelle, chaotique et désordonnée, le travail éditorial (que l’on retrouve aussi bien dans la programmation d’une salle d’Art et Essai, dans des bonus DVD ou sur certains sites de VOD) est d’autant plus essentiel. Il offre un accompagnement et propose des cheminements. Certes le spectateur arbitre en permanence, mais il est important de lui offrir les moyens d’avoir des repères et de se situer. Face à la multiplicité inouïe des choix, l’éditorialisation est une proposition de sens et de cohérence. Une proposition qui dit en substance : êtes-vous d’accord pour tenter l’expérience, pour partir en voyage avec nous, pour cheminer sur ces territoires et éprouver le bonheur de découvrir ? Propos recueillis par Cyrille Latour, le 20 janvier 2011

CARNET DE TENDANCES 2010 Rendez-vous n°4. D’autres possibles : les arts numériques. Pour saisir davantage le cinéma pris dans un contexte de concurrence multimédiatique, il nous fallait un regard de praticien extérieur. À la fois artiste et chercheur, Samuel Bianchini interroge, par ses installations multimédia, exposées notamment au Jeu de Paume ou au Palais de Tokyo, nos modes de représentations et notre rapport à la réalité. À l’affut des possibilités offertes par les jeux vidéo et les réseaux sociaux, il considère le cinéma comme un média du passé. Polémique ou visionnaire ?

Le cinéma dépassé Entretien avec Samuel Bianchini Artiste multimédia En tant qu’artiste et enseignant-chercheur, vos travaux, fondés sur l’interactivité, sont en prise directe avec les évolutions techniques les plus récentes dans le domaine des nouveaux médias. Comment jugez-vous le cinéma dans ce contexte ? Sans tomber dans l’aveuglement béat du “technophile heureux”, j’essaie d’interroger les nouveaux modes de représentations pour comprendre comment ils vont se combiner, s’articuler, évoluer, dans une société de plus en plus conditionnée par son environnement technico-médiatique. Je m’inscris dans une démarche prospective. À ce compte-là, le cinéma incarne pour moi un média du passé et je ne m’explique pas que l’on s’y réfère encore comme à un modèle ultime et indépassable. Cette fascination des artistes ou des intellectuels pour le cinéma est un frein à la pensée actuelle. Elle empêche notamment de voir ce qui se passe du côté du jeu vidéo et des réseaux, qui sont tout de même des modèles beaucoup plus pertinents pour analyser le monde médiatique d’aujourd’hui. En quoi, selon vous, le cinéma est-il un “média du passé” ? Parce qu’il repose sur un protocole extrêmement figé : une salle plongée dans le noir, des spectateurs immobiles et une relation normée face à une œuvre finie. Or, les nouveaux médias bouleversent totalement ce paradigme. Un jeu vidéo est construit par l’activité de son public ; la Kinect ou la Wii s’appuient sur le mouvement des utilisateurs ; les supports mobiles pourront bientôt interagir en réseau via les processus de géolocalisation ; etc. Il y a actuellement une espèce d’hybridation des systèmes techniques et des systèmes de représentation. Ces médias jouent sur des “dispositifs opératoires”. Il y a une redistribution permanente des rôles. Les usagers, les spécialistes, les amateurs, les “créateurs” participent à la construction d’objets médiatiques ou de représentations partagées. On est loin, vous le voyez, du modèle de “production-restitution” propre au cinéma, où une succession d’opérations artistiques et/ou techniques intervient en amont et fixe l’œuvre une fois pour toute avant sa diffusion, en aval. En rester à cette contemplation du film comme objet fini en salle ne permet pas de comprendre l’intensité et la complexité de ce qui est en jeu avec les nouveaux systèmes médiatiques.

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Vous parlez, à propos des nouveaux médias, de “théâtre d’opérations”. En quoi est-ce différent du cinéma ? Le cinéma se situe typiquement dans ce que l’on appelle les industries de contenu. Avec les nouveaux médias, on entre plutôt dans une logique de conditionnement et de coopération. C’est ce que je désigne sous le terme de “théâtre d’opérations”, autrement dit un dispositif qui couple au plus proche la notion de représentation et celle d’opérations. On est, comme au théâtre, dans une forme de représentation qui a lieu ici et maintenant, conditionnée par un ensemble de règles prédéfinies et de rapports de forces. La question n’est donc pas tant celle du contenu d’ailleurs quel est le contenu de jeux vidéo multi-utilisateurs et persistants comme World of Warcraft ou Second Life ?- que celle des conditions : comment conditionner les opérations qui vont permettre de faire survenir une représentation ? Dans votre installation niform, vous conditionnez la mise au point d’une image (en l’occurrence, un cordon de policier anti-émeute à l’échelle 1) aux déplacements du public. Plus un individu s’approche, plus la zone de l’image qui lui fait face devient nette… Oui, je travaille beaucoup sur des dispositifs artistiques passant par la distance : comment le public, en agissant sur sa distance avec l’élément de représentation, noue ensemble affectivité et effectivité. La question de la distance - prendre du recul ou regarder dans le détail - est tout à la fois de l’ordre critique et physique. Ce que nie le cinéma puisque, physiquement, le protocole fige la distance entre le spectacle et le spectateur. On voit mal les spectateurs changer de fauteuil en cours de séance... Dans L’Image peut-elle tuer ? (Bayard), la philosophe Marie-José Mondzain écrit : “Quelle est la nouvelle donne de l’imaginaire quand il y a écran, et sur cet écran un flux qui ne répond plus du traitement de la distance ? La bonne distance ou la place du spectateur est une question politique.” Mais ici, une fois de plus, “la” distance est fixée, invariable.

Samuel Bianchini

En quoi la notion d’interactivité peut-elle changer les modes de narration traditionnels ? Je ne pense pas me tromper en disant que l’écriture, au sens premier du terme, est ce qui régit le cinéma. Les principes de conception, de production, et donc de financement, passent d’abord et quasi exclusivement par l’écriture (d’une note d’intention, d’un synopsis, d’un scénario, etc.). L’écriture au cinéma intervient en amont, avant même qu’il y ait à proprement parler un film, une œuvre. Avec les nouvelles formes médiatiques, elle intervient après coup. Ou plutôt, la narration s’effectue au moment où la représentation se construit avec le public. Bien sûr, cette narration est conditionnée. En fait, elle vient valider la justesse de son conditionnement. C’est ça qui est stimulant : cette façon dont on pense les conditions en prévision de ce qu’elles permettront de faire advenir. On se retrouve comme dans un jeu d’échecs ou dans une compétition de sport. Les règles sont écrites, mais l’histoire, la narration, elle, s’écrit en temps réel. C’est palpitant : elle se décide dans l’instant, parfois avec de tous petits coups qui renversent le cours de la partie... Si un spectateur de cinéma n’est pas à proprement parler actif, il n’en demeure pas moins qu’il peut

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“être agi” par un film. De même, l’activité ou l’interactivité propres au jeu vidéo tournent parfois au simple divertissement ludique… Je ne voudrais surtout pas avoir l’air d’opposer “passivité au cinéma” et “activité dans les nouveaux médias”. On sait trop bien, notamment depuis Le Cinéma ou l’homme imaginaire d’Edgar Morin (Éditions de Minuit), combien le cinéma suscite l’activité du spectateur et suppose ce qu’il appelle des “participations affectives”, participations d’autant plus importantes que l’activité physique est inhibée. Parallèlement, je suis frappé de constater à quel point les publicités pour la Wii ou la Kinect mettent l’accent sur la seule participation physique. On ne voit pas les images des jeux, mais un public interagissant avec ces images et même, parfois, dans une gradation des activités, comme une étrange mise en abyme, un public regardant un autre public qui interagit... Mais maintenant, attention, cette question de la participation physique n’est pas toujours à ranger du côté du ludique. Il est primordial de travailler l’interactivité dans l’art sans faire de la dimension “jouable” le point de validation absolu des œuvres. On pourrait prendre un certain nombre d’installations qui tirent parti du jeu vidéo et qui n’ont pour moi aucun intérêt. En revanche, le travail d’un artiste comme Martin


Le Chevallier concilie, de manière à la fois très fine et très simple, les participations affective, intellectuelle et physique. Avec Oblomov, par exemple, il conditionne l’action du héros, un personnage oisif, à l’intervention du spectateur. C’est à ce dernier qu’il revient d’agir directement sur le film, de réveiller ou non le dormeur, de bousculer ou non le personnage, comme si nous pouvions prendre la place de sa “bonne” conscience. L’influence du jeu vidéo peut-elle dessiner d’autres manières de voir et, partant, d’autres manières d’appréhender le cinéma ou, plus largement, les médias ? Jean-Bertrand Pontalis, dans l’introduction de Jeu et réalité du psychanalyste Donald Winnicott, distingue deux types de jeu : le game (le jeu à règle) et le play (le jeu qui se construit dans le jeu, en quelque sorte, sans règle et objectif préalable). Il se joue là en effet quelque chose pour l’avenir. Comment les enfants d’aujourd’hui, élevés avec ces nouveaux modes de représentation, vont-ils se familiariser avec la réalité ? Comment vont-ils apprendre à négocier avec l’extérieur et, par retour, apprendre à exister, à penser leur rapport au monde ? Le jeu, en tant qu’“aire intermédiaire d’expérience” (selon Winnicott) peut être un outil pour appréhender cette frontière intérieur/extérieur. Le jeu vidéo permet, dans une certaine mesure, de concilier les modalités pratiques et opératoires du jeu en même tant que l’exercice de la représentation. Et cet exercice - qui peut aussi être conflictuel - deviendra de plus en plus nécessaire compte tenu de la médiatisation croissante de nos sociétés. En terme d’industrie culturelle, le jeu vidéo peut s’imposer comme une alternative au cinéma, mais ne faut-il pas craindre un certain formatage des représentations ? En se développant de manière fulgurante, le jeu vidéo a dû adopter en effet un certain nombre de standards qui ne laissent pas assez de place à la création. Il y a trop peu de “jeux vidéo d’auteur” par exemple. Mais on sent qu’une dynamique

“ Le cross-média pourrait faire en sorte que le film ne soit qu’une pièce d’un ensemble plus vaste, d’une expérience plus complète. ” artistique plus indépendante est en train d’émerger, notamment avec les moteurs open source, dont chacun va pouvoir désormais se saisir… Aujourd’hui, avec le succès de la Wii ou surtout de la Kinect, on a tous appris à manipuler l’image comme Tom Cruise dans Minority Report. Le cinéma peut donc encore devancer certains désirs technologiques. Ne reste-t-il pas, en cela, une référence ? Oui, il y a tout un jeu d’allers et retours avec le cinéma. Quand Bernard Stiegler - à la suite de Jean-Michel Frodon - reprend cette expression prononcée en 1912 par un sénateur américain “le marché suit les films”, il analyse bien cette force de frappe médiatique propre au cinéma. En termes d’impact, le cinéma est aujourd’hui encore un des vecteurs importants pour amener à une reconnaissance de certaines images, de certains produits et de certaines écritures. L’interface de Tom Cruise dans Minority Report vient directement du Media Lab du MIT auquel Spielberg demanda de collaborer à son film. Quelque part, les chercheurs ont eu, avec ce film, les moyens de créer un scénario d’usage des interfaces qu’ils étaient en train d’inventer. Ils en ont fait une sorte de version démo grand public. De même, le bullet-time de Matrix est venu d’une installation artistique, Temps mort d’Emmanuel Carlier, présentée à la Biennale de Lyon en 1995... Depuis quelques années, les frontières entre cinéma et art contemporain semblent s’estomper. On a vu Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Abbas Kiarostami ou Amos Gitai entrer au musée… Je suis personnellement assez affligé par certaines de ces expositions. On voyait bien, par exemple, chez Godard, son incapacité à articuler

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ensemble les différentes zones de son exposition, comme un mauvais collage distribué dans un espace dont il ne savait visiblement pas quoi faire. Inversement, certains artistes comme Steve McQueen, Matthew Barney ou Valérie Mrejen font des films… Je suis plus intéressé par quelqu’un comme Lars Von Trier qui, à chaque film, arrive à repenser le système de production du cinéma. Une fois établis ces changements, il peut avoir une vraie liberté d’écriture. Dogville ou Les Idiots sont des films qui montrent que son auteur n’est pas dans une acceptation soumise voire naïve des règles du système qu’il emploie. Même si, au sens traditionnel, ses films finissent en salles, on sent que Lars Von Trier est en prise avec son medium et ses modalités de production, qu’il interroge. Là, on se dit que le cinéma n’est peut-être pas encore une “affaire réglée”… Chris Marker est également un chercheur passionnant. Quand il fait Level 5, il prouve que des formes alternatives sont possibles. Ce sont ces porosités-là qui me font avancer, davantage que tous ces artistes qui rêvent d’accéder au label cinéma. En 2010, la Palme d’Or a été attribuée à Oncle Boonmee…, un film produit par Anna Sanders Film (autrement dit issu du milieu de l’art contemporain) et dérivé d’une installation, Primitive, présentée un an plus tôt au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris. Que pensez-vous de ce cas d’hybridation ? L’exemple d’Apichatpong Weerasethakul est intéressant. On pourrait imaginer aujourd’hui une redistribution et une complémentarité, presque comme un jeu de pistes, entre différentes formes de représentations : regarder un film, parcourir une exposition, jouer un morceau de jeu vidéo pour comprendre ce qu’il y a dans un film, entrer dans un lieu de tournage grâce à la géolocalisation, etc. Le cross-média pourrait tirer parti de tout cela et faire en sorte que le film ne soit qu’une pièce d’un ensemble plus vaste, d’une expérience plus complète. Propos recueillis par Cyrille Latour, le 25 janvier 2011


CARNET DE TENDANCES 2010 Rendez-vous n°5. Regardons un penseur regarder le cinéma. Prenons encore un peu plus de hauteur et essayons de comprendre par exemple comment un penseur voit le cinéma, ou plus exactement comment il voit les films, c’est-à-dire ce qu’il y voit, ce qu’il en fait. Parce qu’il est certainement l’un des philosophes les plus originaux et les plus stimulants du moment, nous avons souhaité rencontrer Bruno Latour qui, dans ses livres et ses articles, utilise souvent les films comme un détour, comme un recours. Bilan inattendu : le cinéma est pour lui de l’ordre de l’expérience primitive.

Composer avec les images Entretien avec Bruno Latour Sociologue et philosophe des sciences

© Émilie Hermant

Depuis 1979, le philosophe Bruno Latour ne cesse d’articuler ensemble sciences, arts, techniques, politique et religion. Relisant la pensée occidentale - ethnocentriste et universaliste héritée de la philosophie moderne, il offre une alernative passionnante aux débats écologiques et au catastrophisme actuels. Son hypothèse ? La séparation théorique et critique que notre société a pris l’habitude d’établir entre nature et culture n’a pas lieu d’être, puisque “nous n’avons jamais été modernes”. Le monde, selon lui, est pluriel, empli de controverses (du port du voile au réchauffement climatique), qui sont autant d’objets hybrides relevant de collectifs d’humains et de non-humains, qu’il faut apprendre à composer. À Sciences Po., où il est directeur scientifique, il dirige actuellement un Master d’expérimentation des “arts politiques”, visant à confronter pratiques artistiques et scientifiques pour travailler sur cette notion de “composition” : “Les arts politiques doivent hésiter, tâtonner, expérimenter, reprendre, toujours recommencer, rafraîchir continûment leur travail de composition, écrit-il ainsi dans le Manifeste compositionniste qui tient lieu de programme à ce Master. […] Le monde commun est à composer, tout est là.” S’il n’a jamais écrit à proprement parler sur le cinéma, les films occupent une place importante dans ses cours, ses articles et ses livres. Quel genre de cinéphile êtes-vous ? Je vais vous décevoir, c’est une question qui me met très mal à l’aise. Je ne me considère ni comme un cinéphile, ni même

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comme un amateur. Je regarde beaucoup de films mais je nourris avec eux un rapport alimentaire, au premier degré, sans aucun répertoire analytique. C’est-à-dire que je suis très bon public : j’ai peur devant un film d’horreur, je ris à une comédie, je pleure à la fin d’un mélodrame... Les films s’impriment très profondément en moi. Mais je me retrouve tout à fait incapable de savoir comment on les apprécie. Pire : il m’arrive de changer d’avis sur un film après des années si l’on me fait une nouvelle remarque... Le film entier bascule alors sous une émulation positive ou négative. Au fond, j’ai toujours 7 ans face à un film, l’âge auquel j’ai découvert Peter Pan de Walt Disney. Je suis comme un gamin qui se brûle sur un poêle : je ressens le cinéma comme une expérience très puissante, très formatrice, mais qui ne passe pas par l’analyse. Comment le cinéma intervient-il au sein de votre travail ? Il est un recours formidable pour me faire comprendre. Par exemple, je réalise en ce moment une enquête consacrée aux différents régimes d’énonciation ou, pour reprendre l’expression un peu oubliée du philosophe Étienne Souriau, aux “modes d’existence”. Le sujet est donc pour le moins complexe, difficile. Aussi, je réfléchis à la façon d’accompagner ce livre d’une plate-forme numérique. Quels seraient les moyens d’intéresser les lecteurs/internautes à ces écrits qui sont, avouons-le, d’une désarmante austérité ? La réponse qui me vient est : des extraits de films. Le cinéma pourrait mettre les gens dans la bonne situation face à ces différents modes d’existence. Quels sont les films qui vous inspirent ? Comme je n’ai pas de critère analytique, je suis capable d’apprécier des œuvres très diverses, y compris certaines que vous ne considéreriez pas comme du cinéma : des séries comme À la Maison-Blanche ou Heimat ou des docu-fictions de la BBC consacrés à Pasteur ou à la découverte de l’ADN - que j’utilise souvent dans mes cours. Mais le fait d’avoir vu cinq fois Mon oncle de Jacques Tati et d’avoir autant ri à la cinquième qu’à la première fois ne me donne aucune vertu particulière pour l’étudier. En fait, je n’arrive pas à transformer cette expérience très particulière du cinéma. Je ne comprends pas pourquoi un film “fonctionne” ou pas.


Ça ne fait pas partie de mon dispositif argumentatif. Autant, je suis capable, de par ma formation et mon expérience, de percevoir les détails intimes d’un texte et de comprendre comment il évolue, autant, je me sens démuni face à un film.

“ Sans les films - et sans les romans -, on aurait une expérience tellement misérable du monde ! ” En 2010, vous avez invité Eugène Green à participer à une conférence au Centre Pompidou, dans le cadre d’une série intitulée “Selon Bruno Latour”. Qu’est-ce qui vous intéresse chez lui ? Le but de ce “Selon”/salon était de réfléchir à la question de l’éloquence et de la démonstration, deux modes de production de discours que l’on oppose alors qu’ils partagent, en art, en sciences ou en politique, des compétences communes d’articulation et de composition. Eugène Green a une théorie passionnante. Il estime que le cinéma est la version actuelle du baroque, art très populaire qui reposait sur les questions d’élocution. Le cinéma pose bel et bien un problème d’élocution, pas seulement verbale, évidemment... À ce propos, j’ai vu trois fois La Religieuse portugaise. Ce film me touche, d’une manière très primitive. Mais comment le comprendre ? Au fond, je crois au cinéma mais pas à la critique. Le discours philosophique, sémiotique sur le cinéma ne me dit rien du tout. Bien que j’ai lu tout Deleuze, je n’ai jamais pu m’intéresser à ses ouvrages sur le cinéma. Au fond, je me demande si l’on peut tenir un métalangage sur une œuvre d’art et si ce n’est pas plutôt l’œuvre elle-même qui est un métalangage. Vous avez publié dans Le Monde un article mêlant Avatar et le principe de précaution : “Si nous ne nous équipons pas d’une autre façon de penser - d’un autre avatar - nous ne pourrons pas survivre. Le temps de l’avancée inéluctable du progrès est terminé.

Il nous faut réussir à conjoindre deux passions opposées jusque-là : le goût de l’innovation et celui de la précaution.” Oui, par rapport à la critique, le cas d’Avatar est typique. J’ai lu des pages et des pages qui démontraient combien ce film était mauvais, boursoufflé et arrogant. Il n’empêche, c’est le seul film hollywoodien à ne pas aborder le clash moderniste nature/ culture sous le seul angle de la catastrophe. Au contraire, il opte pour une issue beaucoup plus intéressante : la recherche d’un espoir à la condition que ce que signifie avoir un corps, un esprit, une planète, soit complètement redéfini. La leçon du film, à mon sens, est que les humains modernes et “modernisateurs” ne sont pas physiquement, psychologiquement, scientifiquement, émotionnellement équipés pour survivre sur leur planète. Avatar est la seule œuvre suffisamment osée et puissante à dire que nous n’avons pas la terre sur laquelle nous pourrons survivre. Évidemment, c’est un cliché répété avec les moyens-massue d’Hollywood. Mais prenez d’un côté toute la littérature sur le développement et la crise écologique, et de l’autre James Cameron et ses millions de spectateurs conquis grâce au cliché : c’est lui qui va le plus loin. Avec ses effets mastodontes, il saisit quelque chose que seul le cinéma peut capter. Quand, à la fin, les hommes, défaits, quittent la planète Pandora, leur geste, auquel je ne connais pas d’équivalent, a quelque chose de puissamment mythologique. J’ai posé la question à de nombreux cinéphiles : dans quel film voit-on une frontière reculer ainsi de manière collective ? Le western avait déjà posé la question de la conquête et du recul, mais il y répondait à chaque fois de façon individuelle. Little Big Man ou Danse avec les loups, par exemple, se contentaient de destins personnels. Là, c’est l’ensemble d’une communauté qui rebrousse chemin ! Est-ce que le caractère grand public d’un film le rend plus intéressant à vos yeux ? Le cinéma est un grand producteur de clichés partagés, ce qui constitue un avantage pour mon domaine. Par rapport aux sciences sociales, les clichés populaires sont parfois plus

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avancés. Je ne dis pas ça par populisme. Il me semble par exemple qu’en dehors des films d’Ingmar Bergman, il y a extraordinairement peu de saisies de ce qu’est la crise amoureuse, de ces moments de conversion. Des films comme Persona ou Cris et chuchotements captent des choses extraordinairement subtiles : des transformations très rapides, dues à des mots prononcés, des attitudes, des intonations. De la même façon, j’ai le sentiment que je n’avais jamais vu l’Allemagne avant Heimat. Pour moi, la réconciliation franco-allemande, c’est Heimat. Parce que c’est long, précis, admirablement joué, et qu’on y voit des choses qu’on ne connaissait pas. C’est ça la richesse impressionnante du cinéma : un outil d’exploration du réel. Le cinéma serait donc, pour vous, un répertoire d’émotions et de connaissances ? L’amour, le cinéma, le roman : c’est tout de même ainsi que l’on apprend le monde, non ? Pour moi, les films se situent exactement au même niveau que les expériences vécues. Aussi constituent-ils pour moi - au premier degré, je le répète - un répertoire que je peux partager. Sans les films - et sans les romans -, on aurait une expérience tellement misérable du monde ! Je montre souvent à mes élèves Violences des échanges en milieu tempéré qui est une description parfaite de ce qu’est le reengineering. Ou alors, je leur parle de Prova d’orchestra qui, avec la qualité d’observation et le style de Fellini, permet d’assister à un phénomène rarissime : un groupe qui se désorganise puis se réorganise. Voilà deux occasions de repenser ce qu’est une organisation. De la même manière qu’avec les crises d’amour/haine de Bergman, ces films expriment des changements, des microbouleversements, qu’il serait très difficile à obtenir avec les moyens d’observation propres aux sciences sociales. Il n’y a que l’art - le cinéma, le roman - qui peut s’en saisir. Pourquoi, selon vous, n’arrivez-vous pas à appréhender davantage le cinéma ? Peut-être parce que je m’intéresse


surtout aux discontinuités. Le cinéma est trop plein, trop continu. Du moins, est-ce ainsi que je le reçois. En fait, je viens de Beaune, et, comme vous le savez, Beaune, avec les travaux de Jules-Étienne Marey, est la capitale du contraire du cinéma. Avec la chronophotographie, il a trouvé le moyen d’arrêter le mouvement. Le temps devient alors un espace susceptible d’être inspecté par le regard. Cette succession de mouvements suspendus me passionne, me parle, davantage que le mouvement continu du cinéma. C’est ce qui fascinait également Bergson : cette capacité à reconstituer le mouvement, certes, mais tout en l’arrêtant, en le spatialisant. Nous nous interrogeons cette année sur le devenir du cinéma. Comment considérez-vous les nouveaux médias ? Le multimédia me passionne, parce que, d’une certaine manière, il répond tout à fait à la problématique “compositionniste” : dans quel ordre et selon quels agencements convient-il de grouper les éléments que l’on est parvenu à rassembler ? Pour autant, il faut se méfier de la dispersion. Avec Internet, les livres se répandent par petits bouts. Or, on se rend compte rétrospectivement que l’effet cognitif du livre est son caractère fermé. Il a un début et une fin. Depuis trois siècles, le fait de réfléchir et d’argumenter s’est construit autour de cet effet de clôture du livre - que le cinéma a, soit dit en passant, réinventé sur une heure et demi, deux heures. Comment retrouver aujourd’hui, avec les outils multimédias, cet effet de clôture ? On ne peut pas juste se contenter de transposer le livre sur le web. Comment imaginer des parcours, qui ne soient pas simplement des parcours-papillons, mais qui permettent d’obtenir des effets de preuves et d’argumentation sur des distances longues, comme au fil des pages d’un livre ? C’est toute la difficulté du compositionnisme et de l’époque actuelle : comment réapprendre à faire quelque chose de fini à partir de ce qui ne l’est pas ? Propos recueillis par Cyrille Latour et Nicolas Marcadé, le 26 janvier 2011

CARNET DE TENDANCES 2010 Rendez-vous n°6. Retour au cinéma, via l’art contemporain. Cofondateur de la société Anna Sanders Films, le réalisateur Charles de Meaux renouvelle depuis une dizaine d’années le dialogue entre cinéma et art contemporain. Producteur attitré d’Apichatpong Weerasethakul, palmé en 2010, il aborde le cinéma comme un territoire commun à explorer et à partager.

Liberté de circulation Entretien avec Charles de Meaux Cinéaste (Shimkent Hotel, Stretch) et producteur (Oncle Boonmee)

Comment est née la société Anna Sanders Films ? De l’idée - très simple, en fait - que la maîtrise des outils de production était ce qui garantissait le sens. Cette idée était partagée par quatre personnes actives dans le champ de l’art contemporain - Pierre Huyghe, Philippe Parreno, Dominique Gonzales-Foerster et moi-même -, qui se posaient toutes la même question : comment sortir de la galerie, ce petit “laboratoire”, pour faire du cinéma “à l’échelle 1” ? Aux alentours de 1997-1998, nous avons ainsi fondé Anna Sanders Films. Notre première réalisation a été Blanche Neige Lucie, le film court où Pierre Huyghe donnait la parole à la doublure française du personnage de Walt Disney. Puis, très vite, nous avons mis en chantier Le Pont du trieur, le premier de nos films sortis en salles, que j’ai écrit avec Philippe Parreno. Le point de départ de ce film a été une vidéo exposée, notamment, à la Biennale de Lyon. Dans le domaine de l’art contemporain, vos œuvres étaient déjà d’une certaine manière cinématographiques... L’univers du cinéma a considérablement marqué les artistes de ma génération. Quand Douglas Gordon ralentit Psychose dans 24 Hours Psycho, quand Philippe Parreno réalise Zidane ou quand Pierre Huyghe, dans The Third Memory, reconstitue le braquage qui a inspiré Un après-midi de chien de Sydney Lumet..., chacun interroge le cinéma dans toute sa complexité. Au fond, nous avons passé des années à “démonter le jouet”, à réfléchir sur les codes du cinéma, à les détourner, à les décomposer, etc. Avec Anna Sanders Films, notre démarche consiste maintenant à faire les choses à l’échelle 1, en acceptant de nous confronter aux codes propres à la salle. Quand on montre une image dans une galerie, on s’intéresse à l’espace, à ce que veut dire le fait d’occuper un espace avec cette image. Et quand on montre une image au cinéma, on s’interroge sur ce qu’est le cinéma. Autrement dit ce n’est pas parce qu’un cinéaste présente ses rushes dans une galerie qu’il devient un artiste, et ce n’est pas parce qu’un artiste projette une image tremblante dans une salle qu’il devient un cinéaste. Nous nous employons donc à faire, avec notre sensibilité d’artistes, quelque chose qui soit spécifiquement du cinéma. Le Pont du trieur, par exemple, ne contient qu’une scène commune avec l’installation d’origine. Nos films ne relèvent pas non plus, comme on l’a souvent dit, du “cinéma expérimental”. Parce que le cinéma expérimental est une chose

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particulière, avec une histoire particulière. Et c’est aussi quelque chose qui est lié à une époque. Par exemple, on ne peut pas aujourd’hui faire des plans de 10 minutes en prétendant travailler sur le temps réel. Les cinéastes des années 1960-70 avaient énormément de choses à explorer, de tabous à faire tomber, et ils l’ont très bien fait. Mais ça ne voudrait rien dire de faire la même chose aujourd’hui. Quel est alors l’enjeu pour votre génération ? Et bien c’est justement de reconquérir le territoire du cinéma. Le fait que vos propres films abordent la question du genre participe-t-il de cette volonté ? L’idée que je poursuis est celle de l’épuisement, dans le monde contemporain, d’un certain nombre de codes. Le mode de consommation actuel impose une rapidité, une obsolescence : on lit davantage de quatrièmes de couverture que de livres, on voit plus de bandes-annonces qu’on ne regarde de films... Face à cet épuisement, je me demande ce que cela crée, justement, de rejouer à l’infini ces codes. C’est ainsi que mes films interrogent non pas le film policier en tant que tel, mais sa trace, non pas le film d’aventures, mais sa trace, etc. Et puis il y a une dimension programmatique que j’aime bien. Le Pont du trieur ou Shimkent Hotel sont construits sur un programme qui consiste à infuser de la fiction dans une réalité donnée et à voir ce qui se passe. Avec Stretch, j’ai pris le parti inverse : partir d’un lieu mythique du cinéma et le filmer pour de vrai. Dans les films classiques, Macao a toujours été reconstitué en studio et est devenu, à force, une sorte d’abstraction. Avec Stretch, j’ai voulu redonner une image réelle à cette abstraction. Comment définiriez-vous les valeurs qui rassemblent les membres d’Anna Sanders Films ? Nous nous sommes construits sur l’idée de territoire commun. Il n’y a pas de ligne éditoriale, pas de dogme. Nous ne croyons ni au génie ni à la pureté de l’imagination. En revanche,

“ Les spectateurs d’Oncle Boonmee ne sortent pas de la salle en se demandant si c’est du cinéma, de l’art ou autre chose. ” nous croyons que toutes nos identités, nos désirs, nos histoires, nos formes, sont autant de petits points qui finissent par dessiner un territoire. Nous souhaitons qu’Anna Sanders soit une sorte de plaque sensible, à la croisée des gens, des énergies, des idées. Après, nous ne sommes pas un collectif dans le sens où toutes les décisions seraient prises en commun. Il y a plutôt entre nous une sorte de circulation perpétuelle des imaginaires et des images. Apichatpong Weerasethakul a travaillé sur Stretch. J’ai passé un an dans la jungle avec lui pour Tropical Malady. Le chef opérateur de The Boy from Mars de Philippe Parreno est le même que celui d’Oncle Boonmee.Il y a d’ailleurs dans les deux films certaines images communes... Tout circule. Vous sentez-vous dans une position marginale ? Pas du tout. J’ai même l’impression que nos préoccupations et notre mode de fonctionnement nous placent au cœur du système. Nous sommes pleinement les fruits de notre société, de notre génération, avec ses angoisses, ses inquiétudes, ses joies, etc. Je ne me sens ni dans une position marginale ni dans une posture élitiste. Cela dit, ce qui nous distingue c’est que nous n’entrons pas dans la catégorie du producteur-financier. Il y a, partout ailleurs, une tendance très nette à confondre le rôle de producteur et celui de financier (avec ce paradoxe pervers qui consiste à ne considérer une œuvre comme un film de cinéma qu’à partir du moment où elle est financée par la télévision....). Or, ce ne sont pas du tout les mêmes métiers. Je n’ai aucune compétence en matière de finances, par exemple. En revanche, je pense, j’espère, avoir une compétence de producteur, c’est-à-dire une capacité à sentir ce qui peut émerger d’une proposition de cinéma et à faire en sorte que les choses avancent dans de bonnes conditions...

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Comment avez-vous été amené à produire Apichatpong Weerasethakul ? Nous nous sommes retrouvés justement sur le même “territoire”. Lui aussi évoluait dans le milieu de l’art contemporain, et il avait des désirs assez proches des nôtres. À l’époque, après des études d’architecture (à Bangkok) et d’art (à Chicago), il travaillait sur un film, Mysterious Object at Noon, qui, bien qu’on ne se connaisse pas, ressemblait étrangement à ce que nous faisions. Il y avait une affinité évidente. Notre collaboration a ainsi commencé avec ce film, que je n’ai pas pu sortir en salles, mais qui est en DVD dans la collection Anna Sanders Films (distribuée par MK2), puis j’ai produit tous les suivants : Blissfully Yours, Tropical Malady, Syndromes and a Century et Oncle Boonmee. Comment avez-vous vécu la polémique suite à l’attribution de la Palme d’Or à Oncle Boonmee ? Vous avez vu une polémique, vous ? Une polémique suppose des échanges, des prises de position, de la rhétorique, des idées... Or là, je n’ai pas entendu une seule personne qui avance des arguments, des ressentis, des intuitions pour invalider ce film. Plus globalement, comment considérezvous les critiques qui vous sont faites ? Curieusement, alors que nos films sont plutôt appréciés par la critique d’art, la critique de cinéma, elle, a parfois énormément de mal à appréhender nos objets. Même après dix ans, nous sommes encore traités par le mépris (quand on n’est pas purement et simplement insultés). Et les arguments restent toujours les mêmes. D’abord, certains reprochent à nos films de ne pas être “professionnels”, comme si on était encore en 1942, à la naissance de l’agrément et des cartes professionnelles pour le cinéma. Ensuite, on nous dit que ça n’est pas du cinéma, mais de l’art. Enfin, l’ultime argument des plus conservateurs consiste à dire que c’est de l’art “branché”. Autrement dit, ça n’est même pas de l’art. Or la question n’est de toute façon pas là. Les spectateurs d’Oncle Boonmee ne sortent pas de la salle en se demandant si c’est du cinéma, de l’art ou autre chose. Ils se disent


Oncle Boonmee

juste qu’ils ont vu quelque chose qui les a transportés dans un univers qu’ils n’imaginaient pas. Et de la même manière, pour moi, savoir ce qui est du cinéma et ce qui n’en est pas, est une question que je ne me pose pas. Simplement je vois des choses pertinentes et des choses moins pertinentes, des choses vivantes et des choses moins vivantes. Et puis je vois une histoire du cinéma, qui n’a pas à être confisquée par qui que ce soit : les films de Bergman, d’Antonioni, de Welles, de Kubrick, de Truffaut ou de Godard appartiennent à tout le monde. Il n’y a pas dix personnes qui savent ce qu’il faut en faire.

de faire une interview avec un journaliste de Paris Turf, qui était enthousiaste. Parce que nos films, même s’ils abordent des questions abstraites, sont en même temps toujours très sensuels, très proches du réel. Nos films, à mes yeux, ont au moins un mérite assez incontestable, c’est qu’ils respectent la complexité du monde et posent des questions. Et ils ont cette politesse, vis-à-vis du spectateur, de lui faire une proposition. Après, tout le monde n’est pas obligé de la suivre. Mais cette proposition est en tout cas validée par le fait que nos films se succèdent, et qu’ensemble ils tracent une ligne cohérente.

Votre volonté de faire du cinéma tientelle au fait de toucher un public moins restreint et spécifique que celui de l’art ? Oui. Ça nous fascine que nos films soient vus aussi par des gens qui achètent un ticket par hasard. C’est une fascination qui est du même ordre que celle qu’éprouvent beaucoup d’artistes vis-à-vis de l’architecture, et qui est liée à l’idée d’un art qui est au cœur de la cité. Nos films, même si on les juge élitistes, ne s’adressent pas qu’à un petit club. Le Zidane de Parreno s’est vendu en DVD à Noël, et à la Fnac, on le trouvait au rayon “Football”, pas au rayon “films incompréhensibles”. Quant à moi, pour Stretch, j’ai eu le grand bonheur

La fascination que le cinéma exerce sur les artistes tient-elle aussi à sa dimension collective ? Absolument. L’élan et la mobilisation que génèrent le cinéma lui donnent une dimension magique. Cette étincelle qui fait qu’à un moment donné on investit sur une idée autant de personnes, d’énergies, d’argent, d’intelligences, fait que le cinéma reste un miracle permanent. En ce sens-là, même si c’est un peu paradoxal, je considère que je fais encore davantage un travail d’artiste dans ma position de producteur que dans celle de réalisateur. L’accomplissement de mon fantasme de cinéma, c’est avant

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tout le fait qu’Anna Sanders existe de façon aussi concrète, dans de vrais murs, avec de vrais studios de production, une vraie maison d’édition, etc. C’est ça qui, à mes yeux, rend notre histoire enthousiasmante. Aujourd’hui les médias numériques et les jeux vidéo créent de nouvelles hybridations possibles, de nouvelles remises en cause pour le cinéma. Comment vous positionnez-vous par rapport à ces formes ? Travailler sur un médium numérique et interactif peut être pertinent par rapport à certaines réflexions. Mais ça ne rend pas pour autant obsolète le cinéma. Dire, par exemple, que le jeu vidéo est l’avenir du cinéma me semble être une erreur. Ça ne peut avoir de sens que par rapport à des arguments commerciaux très bas de gamme. Car, pour le reste, je crois que les jeux vidéo sont juste autre chose. Après, tous ces nouveaux médias ont le mérite d’inciter à s’interroger sur la narration telle que le cinéma l’utilise, et à en faire la critique. Et en ce sens, ils remettent exactement Anna Sanders au centre du jeu. Car, dans nos films, la narration est toujours en question. Elle ne s’impose jamais. Elle reste à la source de multiples possibles. Propos recueillis par Cyrille Latour et Nicolas Marcadé, le 10 février 2011


CARNET DE TENDANCES 2010 Rendez-vous n°7. Où l’on reparle des jeux vidéo. Aujourd’hui, l’industrie du jeu vidéo a économiquement dépassé celle du cinéma. Formellement, il est une force de proposition extrêmement prolifique (en termes de narration, d’images, etc.). Tout cela tend (comme nous l’avons vu avec S. Bianchini) à envisager sur le mode de l’opposition les rapports entre cinéma et jeux. Nous avons décidé de revenir sur le sujet avec Olivier Séguret, pilier des pages cinéma de Libération écrivant également régulièrement sur le jeu depuis une quinzaine d’années, qui pouvait se placer en arbitre ou en médiateur. Et en effet, pour lui, les deux médias ne s’opposent pas, mais coexistent de façon réciproquement bénéfique.

Les Mondes parallèles Entretien avec Olivier Séguret Critique cinéma et jeux vidéo (Libération) À Libération, êtes-vous à part égale critique cinéma et jeux vidéo ? Oui, absolument. À Libération il n’y a pas de service Jeux vidéo, donc je suis salarié du service Cinéma. J’ai eu une régénération personnelle très forte au contact du jeu. Peut-être parce que ça coïncidait aussi avec une époque où je trouvais que la critique de cinéma était dans une sorte de ronron, où il y avait moins d’enjeux, de passion... Et tout d’un coup, je me retrouvais en face d’un média qui avait énormément de points communs objectifs (de l’image en mouvement, des sons, des scénarios, des personnages...) et qui n’était en même temps absolument pas du cinéma. D’un point de vue critique, ça m’a beaucoup excité, et formé à voir différemment les choses. Vos premiers papiers étaient-ils inclus dans la rubrique cinéma ? Non, j’ai assez vite fait des choses à part, en essayant d’en glisser dans les pages Culture, puis dans les pages Écran. On m’a laissé vraiment libre de faire ce que je voulais. En revanche, il y avait une difficulté pour faire monter les choses. Par exemple, il y a une date symbolique et importante : c’est l’été 95. Libé a fait pour la première fois sa Une sur un jeu vidéo avec Lara Croft. Mais il a fallu attendre que ce soit l’été, que l’actualité soit un peu “faible” pour qu’ils laissent paraître comme ça un sujet très magazine et très décalé. Avez-vous commencé à vous intéresser aux jeux vidéo au moment où leur influence commençait à se faire sentir de façon plus forte dans le cinéma ?

Il est vrai que c’est à peu près à cette époque-là qu’il a commencé à être possible de faire de vraies analogies entre certains films et le monde du jeu vidéo, ou plus exactement la culture du jeu vidéo. Je pense que Matrix, par exemple, ne sortait pas de nulle part. Et, effectivement, je n’étais pas placé au même endroit que les autres pour le voir. Je pense que c’est un effet mécanique. À un moment, arrive une certaine génération, dont les frères Wachowski, qui a grandi avec les jeux vidéo. C’est encore plus net dans Speed Racer, qui est un film que j’aime vraiment beaucoup. Est-ce que le jeu vidéo atténue pour vous l’impact du cinéma ? Pas du tout. Le plaisir du jeu vidéo ne se développe pas au détriment du cinéma. C’est simplement un objet de comparaison, comme pour les chercheurs : parfois, une étude qui n’est pas dans leur champ, mais qui pose les problèmes de façon originale, peut éclairer leur champ à eux. Il ne s’agit donc pas de dire que c’est la même chose. C’est d’abord un éclairage, qui donne des clés pour trouver des points communs, mais aussi pour identifier les spécificités du cinéma. Je n’ai pas envie de créer la confusion, de mixer au maximum le cinéma et le jeu vidéo, je n’ai pas de théorie selon laquelle c’est ça l’avenir. Chacun, cinéma et jeu vidéo, a ses choses à faire, à dire mais, en même temps, il y a des points de jonctions possibles. En tant qu’utilisateur, vous trouvez que ce sont deux plaisirs totalement

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différents, celui du cinéma et celui du jeu ? Disons que ça n’est pas un hasard si les deux me plaisent. Je pense sincèrement que ce qui anime mon rapport au cinéma est la même chose : ce qu’on pourrait appeler un peu pompeusement la pulsion scopique. Je suis sensible à toutes les formes qui réveillent cette pulsion-là. Que la forme se nomme cinéma, jeu vidéo, photo, peinture, vidéo clip ou autre, ne change pas grand-chose. Tout ça est lié à un goût profond pour les images. Est-ce qu’il y a une tentation de la part du cinéma comme du jeu, d’essayer de fusionner avec l’autre ? Le cinéma français, aujourd’hui, est très peu concerné. Il y a des cinéastes qui s’intéressent à la problématique de la virtualité, du jeu vidéo (Gilles Marchand, par exemple). Mais dans l’industrie du cinéma, à part peut-être Luc Besson, on ne réfléchit pas du tout en termes de synergie et on n’essaie pas de voir ce qu’on peut faire avec le jeu. Dans l’industrie hollywoodienne, c’est différent. Des scénaristes d’Hollywood sont appelés à la rescousse par l’industrie du jeu vidéo pour les aider à développer des formes de récits particulières, etc. Il y a de plus en plus d’acteurs spécialisés dans le jeu vidéo. Comme la motion capture a fait d’immenses progrès, on les reconnaît de mieux en mieux. Oliver North est l’acteur le plus réputé dans le monde du jeu. Il a une filmographie impressionnante. Au début, il faisait des voix, comme dans une pièce radiophonique. Maintenant, il joue dans


L’Autre monde

des décors verts, remplis de capteurs. Rockstar North (le studio qui produit la série des GTA, sans doute le jeu le plus célèbre au monde aujourd’hui) va sortir L.A. Noire dans lequel les acteurs auront une place encore plus importante. Le Tribeca Film Institute vient d’ouvrir une section pour étudier les connexions et les interactions possibles avec le monde du jeu. Cannes, qui organise chaque année de nombreux colloques, pourrait en faire un sur les relations entre le monde du jeu et celui du cinéma. Ce ne serait pas déshonorant. Considérez-vous le jeu comme une forme d’art ? Je demande à ce qu’on me prouve le contraire. Il faut s’entendre sur le terme d’art. Georges Duby a écrit un livre sur saint Bernard, l’un des fondateurs de l’ordre cistercien. Il décrit de façon extraordinaire (je recommande la lecture de ces passages à tous les critiques d’art) la formation de cette idée d’art, au XIe siècle, avec les bâtisseurs de cathédrales. Les premiers artistes étaient les artisans, tailleurs de pierre, ouvriers, susceptibles de produire quelque chose qui sorte un peu de l’ordinaire et de la réalité quotidienne des gens. De ce point de vue je ne vois pas en quoi le jeu vidéo ne pourrait pas être considéré comme un art à part entière. Si on reprend le débat, à la fin du XIXe et au début du XXe, sur “le cinéma est-il un art ?” on retrouve exactement les mêmes arguments qu’aujourd’hui contre le jeu vidéo. Je ne suis pas convaincu que la question soit importante. Je comprends très bien qu’on se la pose, mais elle est un peu absurde. Un média ne peut pas être un art par essence : il le devient si

des artistes s’en emparent. Or je pense que dans le monde du jeu vidéo il y a des artistes, et donc des jeux qui sont des œuvres. Évidemment, par rapport au cinéma, c’est un monde horriblement commercial, mercantile. Mais il y a aussi de plus en plus d’indépendants. Même dans le domaine mainstream, il y a de vrais génies. L’inventeur de Mario, par exemple, pour moi c’est un génie ! En quoi un jeu peut-il être génial : dans son interactivité, sa narration, son esthétique ? Dans tout. Quand il est génial c’est qu’il est parfait. Le concepteur de Mario a presque inventé la grammaire du jeu de plate-forme, il a créé des codes qui ont ensuite été repris par tout le monde. C’est une industrie passionnante à voir évoluer. En quinze ans, je pensais que ça allait devenir énorme mais je ne pensais pas que ça allait dépasser, en chiffre d’affaires, l’industrie du cinéma et même l’industrie de la musique, ce qui est le cas aujourd’hui. Vous arrivez encore à trouver le temps d’aller au cinéma ? C’est le problème du jeu. Ça dévore du temps. Il y a des jeux qui, si on est un peu rigoureux ou si on aime vraiment ça, réclament 50 heures : il faut les trouver. Il y en a aussi qui réclament huit heures, mais d’autres qui en nécessitent 100, ou plus, si on veut vraiment tout faire. La culpabilité du gamer vient de là. À un moment, je me dis : oui, c’est génial, mais quand même, pourquoi passer 60 heures là-dessus ? J’aurais peut-être mieux fait de lire Faulkner ou d’aller me promener en forêt. Mais parfois je me dis que le levier

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révolutionnaire le plus puissant du jeu c’est peut-être ça : son côté chronophage, avec le sous-entendu du temps perdu. Car le jeu, si on le pousse à son maximum, produit des sociétés qui refusent le travail, qui refusent la société. Le jeu, c’est la fin du travail, de l’argent, parce que dans un jeu, on est “surpuissant”, on passe son temps à accumuler des milliards et à les disperser aussi vite. C’est évidemment ironique ce que je dis. Mais, dans la plupart des jeux d’aventures, l’étape ultime s’appelle “le combat contre le Boss”. C’est le terme officiel, dans tous les jeux. J’ai toujours trouvé que symboliquement, ça n’était pas rien... Est-ce que le monde du jeu n’est pas aussi un monde du repli ? C’est de moins en moins vrai. On joue de plus en plus en réseau. Dans les réseaux sociaux comme Facebook, il y a beaucoup de jeux. Pour les enfants, les jeux sont un motif de partage. C’est tellement cher qu’on se les prête, on les revend, on en achète d’occasion... Ce qui fait qu’on est obligé de faire partie de petits cercles, de communautés où s’échangent aussi des réponses à des problèmes : “je suis bloqué là, comment tu fais pour en sortir ?” Et puis, soit dit en passant, le cinéphile est très mal placé pour reprocher cela au gamer. Car lui aussi a toujours eu un côté ours. Le cinéphile, comme le gamer, n’est pas un être social. Il aime le monde, pas la société. L’Autre monde vous a intéressé ? Oui. D’une certaine manière, je l’ai trouvé d’autant plus intéressant qu’il ne cherchait pas du tout à être réaliste sur le monde du jeu vidéo. Le jeu qui est dans


le film - que je trouve très beau, très élégant - serait impossible dans la réalité. Techniquement, sur les interactions immédiates, il n’y a pour l’instant pas de jeux qui peuvent fonctionner comme ça. C’est une fantasmagorie. Est-ce que le jeu s’est, au départ, construit en référence au cinéma ou est-ce qu’il a rapidement trouvé sa propre grammaire ? Le jeu a énormément vampirisé le cinéma. Dans Uncharted, un personnage d’aventurier moderne, fabriqué de toutes pièces, est une démarque du héros hollywoodien cool d’aujourd’hui. Le jeu fait appel aux mêmes ficelles narratives que le cinéma. Ce sont des mondes très proches. C’est pour ça qu’il y a systématiquement un jeu associé à tout blockbuster. N’importe quel Batman a tout de suite son jeu. Mais ce ne sont jamais les meilleurs jeux. Les meilleurs sont ceux qui ne cherchent pas à singer le cinéma. Quand je dis que le jeu vampirise le cinéma, c’est dans un sens positif. Le cinéma, de la même manière, n’a fait que ça. Il a commencé en pillant le fonds littéraire, l’opéra, l’opérette, le théâtre. Cela paraissait naturel. Il y avait un vivier d’histoires déjà prêtes, qu’il s’agissait ensuite de transposer sur un nouveau média. Les films qui peuvent procurer un plaisir se rapprochant le plus du jeu vidéo, sont-ils des blockbusters ou au contraire des films d’auteur qui ont une narration un peu déconstruite ? Il y a effectivement des cinéastes qui, sans le savoir, ont une affinité naturelle avec ces constructions mentales issues des jeux vidéo. Je pense à Chris Marker. Ruiz aussi a un imaginaire très proche. Je suis sûr que si on lui montrait certains jeux ça l’intriguerait parce qu’il a un imaginaire très ludique, avec des constructions gigognes, qui se rapprochent de certaines formes de jeux vidéo. Donc, aux limites de l’expérimental, parfois, j’ai le sentiment qu’il y a quelque chose qui se rejoint. De manière tout aussi évidente que certains blockbusters qui jouent la connivence avec les adolescents gamers. Est-ce que vous avez le sentiment que le jeu vidéo périme un peu le dispositif du cinéma, c’est-à-dire la salle ?

“ Je ne vois pas en quoi le jeu vidéo ne pourrait pas être considéré comme un art à part entière. ” Non, parce que j’ai l’impression que les choses se font de façon naturelle, par capillarité. Le public qui a aujourd’hui 35 ou 40 ans a vécu avec le jeu vidéo. Et donc il est familiarisé avec des formes et des structures narratives que l’on n’hésite plus à lui montrer aussi au cinéma. Matrix a été un pivot, un moment-clé. Lost Highway aussi, c’est un film fantastique sur l’ubiquité virtuelle. Et Avatar ? J’aime beaucoup Avatar. Mais quand on voit les images du générique de Final Fantasy 13, qui est un vol plané sur le dos d’un dragon au-dessus d’une planète fabuleuse, cela vaut largement, au niveau de la perfection, de l’amplitude, ce que cherche à atteindre Cameron. Beaucoup de plans et de séquences dans le film de Cameron sont très comparables à certains jeux, au niveau des univers formels, des créatures et de leur réalisme. Cameron est de ceux qui affirment le plus brutalement un primat de la technologie sur le cinéma. Il veut être à la pointe de la découverte. Dans cette perspective-là, je pourrais faire une généalogie de toutes les influences qui viennent du jeu dans le film. Les dragons bleus sur lesquels le héros vole ont été très souvent vus dans les jeux. Les mondes suspendus, les îlots rocheux flottants, aussi. Et vous y percevez l’effet d’une forme de concurrence ? Non. Sincèrement, je n’arrive pas à le penser en termes de concurrence. Le cinéma et le jeu sont deux industries complémentaires, un peu jumelles, qui ont des métiers en commun : scénaristes, acteurs, professionnels de l’image électronique, musiciens. Il y a de grands compositeurs qui ne travaillent que pour le jeu. On mesure mal l’importance de cette industrie. Quand Cameron écrit Avatar, il pense : il faut qu’il y ait en même temps une équipe qui développe le jeu. Et il le confie à

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Ubisoft parce qu’il considère que c’est une bonne équipe. Mais il ne les dirige pas, au contraire, il leur dit : allez-y, faites-moi un bon Avatar en jeu vidéo. Est-ce qu’il y a un enjeu pour le cinéma dans le fait de fonder des mythes correspondants à l’époque du jeu vidéo ? Le premier Tron l’a vraiment fait. Il a fondé un nouveau mythe, mais au royaume du cinéma. Un héros sorti d’un imaginaire de jeu vidéo devient un héros du cinéma. Tout d’un coup on crée une figure qui n’existait pas avant. C’est comme le robot de Metropolis. Tron n’est pas un mythe collectif mondial dans la mesure où le film n’a pas été un gros succès, mais peu importe, c’est un film qui fait date. Le premier de sa catégorie. Peut-on faire un parallèle entre les rapports que le cinéma entretient avec le jeu vidéo et ceux qu’il a avec les nouvelles séries américaines ? Il y a effectivement une analogie possible dans le côté déstabilisant que l’une et l’autre des ces nouvelles formes ont pour le cinéma. Mais je trouve que c’est véritablement une chance. C’est un moyen qui est offert au cinéma pour savoir vraiment qui il est. Les séries américaines sont devenues diaboliquement fortes dans la narration : ça oblige donc le cinéma à trouver des formes de narration qui lui soient propres, à se redéfinir dans ce qu’il est lui, qui n’est pas de la série et qui n’est pas du jeu. L’autre chose que les séries et les jeux ont en commun c’est qu’ils s’appuient l’un et l’autre sur un fonctionnement extrêmement collectif (il y a d’ailleurs beaucoup de jeux qui ne sont pas signés par un auteur, qui sont uniquement la création d’un studio). C’est peut-être ça qui trouble tant le monde du cinéma, et en particulier du cinéma français, qui est tellement fondé sur la notion d’auteur. Mais cette remise en question du statut de l’auteur est probablement un phénomène plus général. J’ai l’impression, par exemple, que l’exposition de Michel Gondry à Beaubourg cherche beaucoup à briser ça, en remettant le collectif au premier plan. Propos recueillis par Nicolas Marcadé, le 16 février 2011


CARNET DE TENDANCES 2010 Rendez-vous n°8. Libre fusion. Au bout de ce tour d’horizon, de cette promenade autour du cinéma, il nous a semblé que l’idéal serait de conclure sur une proposition ouverte. Elle s’est imposée avec l’arrivée au Centre Georges Pompidou d’une installation conçue par Michel Gondry : L’Usine de films amateurs, un dispositif permettant au public de réaliser un film, en groupe et en 3h, en suivant une procédure réglementée. Avec ce concept, Gondry, cinéaste venu des arts plastiques et du clip, naviguant avec aisance du home-movie à la superproduction, ouvre encore le champ. Au sein de son usine, se mélangent sur un mode ludique la mythologie du cinéma et l’approche interactive du jeu vidéo et d’Internet. Nous l’avons rencontré au moment où l’exposition allait prendre fin.

Le jeu collectif

Entretien avec Michel Gondry Cinéaste (La Science des rêves, Soyez sympas, rembobinez, L’Épine dans le cœur, The Green Hornet) au niveau technique. Ensuite, il y a la dimension humaine du projet. Et là c’est quelque chose de beaucoup plus simple. Ce qui me plaît, c’est vraiment le plaisir des gens. Voir que les gens s’amusent, savoir que j’y suis pour quelque chose, ça me rend assez fier. Ce qui se passe entre eux au moment de la projection des films - ce mélange de fierté et de sentiment de ridicule partagé (et donc amusant) -, je trouve ça formidable. Là-dedans, je retrouve totalement ce que j’ai pu moi-même ressentir quand je faisais des petits films avec mes potes ; ou quand mon fils en a fait avec les siens en utilisant ma caméra vidéo. Ce que j’aime, c’est ce sentiment que l’on a lorsqu’on peut se dire qu’on a fait quelque chose, qu’on a réussi à aller au bout d’un projet, qu’on l’a fait ensemble et que chacun, finalement, en récolte les fruits. Mais, au fond, il y a aussi une dimension politique là-dedans, parce que ce que tend à démontrer ce système, c’est que l’on n’a pas besoin d’être guidé pour se distraire : on peut aussi faire son propre chemin.

Quel était votre objectif initial en créant L’Usine de films amateurs ? L’idée de départ, c’est la volonté de développer un système qui s’autosuffise. Le mot “système” s’entend généralement comme un terme négatif. Par ce mot-là, on désigne le plus souvent des entités abstraites qui gouvernent le monde et qui nous contrôlent. Mais si on en regarde la définition, on s’aperçoit que, dans son sens premier, le système est ce qui permet de diviser les fonctions de telle manière que l’addition de ces fonctions profite au tout. Et ça, ça m’intéresse beaucoup. Parce que, quand on a un but comme celui de gravir une montagne, ou bien de faire un film, si on est obsédé par le résultat final il va y avoir, à un moment donné, un découragement qui risque de rendre chaque étape infranchissable. Alors que si on trouve un système qui permette de ne se concentrer que sur le pas qu’on fait au moment où on doit le faire, ça permet de ne mobiliser son énergie que sur un objectif accessible. Et quand on additionne toutes ces étapes, on obtient un résultat global qui est cohérent, grâce au système. C’est ce qui m’intéressait

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Il serait donc dommage que l’expérience s’arrête là... Elle ne va pas s’arrêter. D’une part le dispositif, tel qu’il est conçu pour être présenté en galerie ou en musée, va (après New York, São Paulo et Paris) partir à Los Angeles, à Toronto et peut-être en Russie. Et d’autre part, avec Safia Hefzdy et Jamel Debbouze, nous avons créé une association dans le but de monter une usine permanente. Nous sommes en pourparlers avec le maire d’Aubervilliers qui mettrait à notre disposition une ancienne fabrique d’allumettes pour nous y installer pendant cinq ans. On pourrait démarrer les travaux en septembre. Dans ce cadre-là, on pourra imaginer des variantes. On pourra par exemple prévoir que des gens viennent de façon régulière. Est-ce que cela signifie qu’à terme l’usine pourrait devenir un endroit où se produisent des vrais films ? Je ne sais pas. Je suis prudent par rapport au fait de parler de cinéma. Si l’on prenait les films qui ont été réalisés dans le cadre de l’Usine et qu’on les présentait dans des festivals de courts métrages, les gens verraient 300 films avec les mêmes décors et il est probable qu’ils les trouveraient très mauvais. Parce qu’il ne faut pas les sortir de leur contexte. Et moi, je ne veux surtout pas qu’on se moque. Or c’est un peu ce qui s’est passé à New York, où des critiques d’art ont jugé


quand le film, lui, serait déjà passé à la suite. Si on avait vraiment creusé, on aurait pu faire des choses intéressantes. Mais du côté des studios, ce genre de choses n’intéresse personne. En plus ils regardent les rushes en 2D et donc ils ne comprennent rien : ils disent “mais pourquoi il reste de la fumée, là ?”

mon expérience de manière négative et assez snob, en disant que les films n’étaient pas terribles et que le système existait déjà. Dans l’art contemporain tout est dans le concept : et comme le concept de la participation du public existait déjà (il avait été utilisé dans les années 1990), je devenais forcément un plagiaire. C’est la raison pour laquelle, après cette expérience, quand on a communiqué sur L’Usine en France, j’ai fait très attention à ne me mettre ni au niveau de l’art ni au niveau du cinéma. Ici, c’est un lieu culturel, c’est un atelier, c’est une usine : je ne veux pas que ce soit jugé comme une école de cinéma. Est-ce que le fonctionnement de L’Usine rejoint ce que vous vivez dans l’industrie du cinéma ? A priori pas du tout. Mais il y a quand même des points de jonction. Quand on fait un film, on a la possibilité d’avoir des techniciens extrêmement aguerris, qui ont beaucoup d’expérience et qui coûtent cher. Mais ces gens-là, parfois, sont réticents à tenter des expériences, ils sont méfiants vis-à-vis des aventures nouvelles. À l’inverse, on peut avoir des gens qui démarrent, qui font donc plus d’erreurs et auxquels il faut consacrer du temps, mais qui, en revanche, ont une capacité d’investissement beaucoup plus grande. Et cet enthousiasme compense alors largement le manque d’expérience. Personnellement, je travaille avec les deux types de profils. Parfois je fais appel à des grands professionnels parce que j’ai besoin qu’ils me fassent bénéficier de leur expérience, qu’ils apportent une certaine solidité là où je sens des points faibles. Sur The Green Hornet, par exemple, il y avait beaucoup d’argent, je ne devais faire appel qu’à des gens très confirmés, et je me suis aperçu qu’il y avait des avantages. Au niveau du son, notamment, je ne me suis pratiquement occupé de rien, et à l’arrivée ça sonne formidablement. Mais à l’inverse, pour le montage de L’Épine dans le cœur, j’avais fait appel à une monteuse qui était presque débutante, mais dont je sentais qu’elle avait une personnalité forte. Et effectivement, elle m’a dégagé un truc d’enfer. Donc rien n’est noir ou blanc, les deux approches sont intéressantes. Est-ce que le côté ultra professionnel est ce qui vous intéressait au départ

The Green Hornet (2011)

dans le fait de faire un film de studio comme The Green Hornet ? Il y avait ça. Mais il y avait aussi le scénario, qui était assez naïf et touchant, avec ces deux superhéros qui s’engueulent. Et puis c’était un film populaire, grand public, qui pouvait toucher des gens qui n’ont pas l’habitude d’aller voir mes films. Et puis j’étais bien payé ! Le fait de faire un film en 3D jouait-il aussi ? Oui. La 3D m’intéresse. Alors j’ai essayé de voir ce que je pourrais faire qui n’avait pas encore été fait : utiliser la troisième dimension dans des changements de plans, dans des fondus, jouer sur les profondeurs... Mais si j’avais pu avoir plus de temps et de contrôle j’aurais aimé tenter beaucoup plus d’expériences. Par exemple, pendant toute la durée du tournage, j’ai voulu qu’on me montre un plan en négatif en 3D. Je suis convaincu que ça serait génial. Mais c’était visiblement trop demander... Ou alors il y avait une idée que j’avais lancée (que l’on a un peu testée, mais sans aller suffisamment loin) qui consistait à faire que les éléments qui étaient entrés dans la salle par l’effet du relief, durent lorsqu’on passait au plan suivant. Par exemple, quand il y avait une explosion avec de la fumée, je voulais que la fumée reste dans la salle

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Arrivez-vous à établir un lien entre le cinéma très “technologique” et riche de The Green Hornet et celui totalement bricolé de L’Usine de films amateurs ? Oui, je trouve qu’il y a une cohérence entre les deux. Ne serait-ce que parce que, dans les deux cas, ce sont des films de genre que l’on fait. C’est même la première étape du processus dans L’Usine : le choix du genre. J’ai adopté ce principe parce que, de tous ceux qu’on a essayés, c’est celui qui fonctionnait le mieux, qui permettait aux gens de se débloquer et de commencer à parler de quelque chose. Après, par rapport au résultat, je ne sais pas si c’est mieux ou moins bien de faire systématiquement des films de genre. Je sais en tout cas qu’au Brésil il y a eu des films super, justement parce que, comme ils n’étaient pas trop dans des références cinématographiques, les visiteurs ont fait des choses sur la vie de tous les jours, sur ce qu’ils connaissaient, et c’était très touchant. Aux États-Unis, il y a davantage une culture cinématographique, donc les gens jouent à faire du cinéma. À Paris, je pense que les gens jouent aussi à faire du cinéma. C’est pour ça qu’on essaie d’ouvrir au maximum à des groupes qui soient le plus possible extérieurs au milieu du cinéma, car c’est là qu’on a les meilleures surprises. Avec les enfants aussi on obtient des choses formidables : ils font tout exploser. Ils ont des idées que les parents sont obligés d’exécuter, donc ils se défoulent, ils les trucident... Récemment il y a des jeunes qui sont venus avec leurs parents et ils avaient décidé d’inverser les rôles : les enfants seraient les parents et les parent seraient les enfants. Je trouvais ça pas mal. Cette façon de proposer un travail qui soit totalement collectif correspond-elle à une image un peu idéale et utopique de ce que devrait être le cinéma ? Je ne sais pas. Je n’aime pas trop les réalisateurs qui se targuent d’avoir


leur définition du cinéma. En revanche le travail en commun, la valorisation des individus, ce côté positif de se dire que tout le monde est capable de faire quelque chose qui soit au moins assez bien pour se plaire à soi-même, sont des choses qui m’intéressent. Mais c’est au-delà du cinéma. Après, plus spécifiquement par rapport au cinéma, je pense qu’en France, il y a eu un impact assez étouffant de la Nouvelle Vague, qui était très bourgeoise et intellectuelle, et qui était faite par des gens qui venaient du verbe. Ce qui fait que le cinéma a en quelque sorte été monopolisé par le discours. Et, pour ma part, je trouve ça un peu dangereux, parce que les gens qui parlent le plus sont ceux qui écoutent le moins. Il y a des gens qui sont extrêmement doués pour donner l’impression que ce qu’ils disent est profond et intéressant. Ils ont une assise, une emprise sur l’opinion des autres, mais en fait ils ne servent qu’eux-mêmes et leur discours n’est au service de rien d’autre. C’est pour ça que je préfère les gens qui travaillent dans la science plutôt que dans la politique, par exemple. Parce qu’il me semble qu’ils observent davantage. Et c’est aussi pour ça que j’ai inventé pour L’Usine une nouvelle règle, qui est que celui qui n’a encore rien dit à la fin du processus doit raconter la fin de l’histoire. Les gens qui, par nature, parlent moins, écoutent plus. Et si on leur donne l’occasion de parler, je pense qu’ils auront quelque chose de plus intéressant à dire. Est-ce la raison pour laquelle vous ouvrez une usine à Aubervilliers, qui est en banlieue, pour que le mode d’expression que vous proposez revienne en priorité à des gens qui n’ont pas la parole ? Oui, je ne vais pas aller l’installer au Vésinet. Autant aller dans des endroits où il y a un manque d’activités pour les jeunes, et que ce soit l’occasion de montrer qu’ils sont capables de faire et de dire des choses. Cela me fait penser à mon meilleur ami à l’école, qui avait des résultats nuls partout et qui pensait qu’il n’était pas intelligent. Un jour, on a fait un jeu qui réclamait de l’intelligence pure, mais sans faire appel à la culture, à la connaissance ou au réflexe scolaire. Et bien il a écrasé tout le monde. Il avait l’esprit le plus vif de tous, et pourtant

il était persuadé qu’il n’était pas intelligent, simplement parce qu’il n’entrait pas dans les codes. J’ai toujours ça en tête : autant aller chercher ces gens dans des endroits où ils n’ont pas d’autres débouchés évidents.

Pensez-vous que le monde du cinéma, en France, est un milieu bourgeois ? Oui. Par exemple, si vous êtes acteur et que vous n’avez pas de problème financier vous pouvez attendre le rôle parfait, alors que si vous devez travailler pour vivre vous allez prendre tout ce qui vient. D’ailleurs, je ne crois pas que ce soit une expérience négative. Moi c’est ce qui m’est arrivé. En sortant d’école d’art, j’ai bossé chez Darty, au centre d’Hachette, dans des boulots d’intérimaire extrêmement chiants, dans une boîte de calendriers, comme dans La Science des rêves. Après, grâce à mes petits courts métrages, faire des clips a pu devenir un moyen de gagner ma vie. Et alors, si la musique n’était pas ma tasse de thé, ça n’était vraiment pas un problème : quand on m’a donné 40 000 francs pour faire le clip de Jean-Luc Lahaye, j’ai sauté au plafond ! Alors que maintenant je vois des jeunes qui me disent : on m’a proposé de faire ce clip, mais je ne suis pas fan de la musique, je ne devrais pas le faire, c’est mauvais pour mon image... Et donc il y a des gens qui ont le même type de raisonnement aussi par rapport aux films. Moi, il se trouve que ça n’a pas marché, mais il y a quelques années je m’étais positionné pour faire des films comme Souviens toi… l’été dernier, par exemple. À l’époque, le producteur m’avait jeté parce qu’il ne comprenait pas un mot de ce que je lui disais… Et puis il se trouve que ce producteur est aujourd’hui celui de The Green Hornet. Mais au fond, je pense qu’il ne comprend toujours pas un mot de ce que je dis...

cinéma vous conduit-elle à vous méfier vous-même de votre propre culture ? Je me suis passionné pour Buñuel, pour Welles, pour Chaplin, pour des gens qui ont marqué leur temps et qui ont eu une démarche artistique dans l’industrie. J’ai lu leurs mémoires, leur pensée, et puis je me suis aperçu qu’ils disaient tous le contraire les uns des autres. C’était intéressant de les écouter mais il fallait avoir la force de se dire que ce qu’ils disaient n’était que leur point de vue et que l’on n’avait pas à être influencé par ça. En revanche, ces références peuvent stimuler. Fritz Lang me passionne quand il parle de géométrie, j’adore aussi les Notes sur le cinématographe de Bresson. Mais il est important de ne pas se laisser terrasser par ces références. Cependant, je me suis aussi rendu compte qu’il est important d’avoir une philosophie quand on fait ce métier, parce que c’est la seule manière de rester cohérent. On fait un travail qui consiste à prendre sans cesse des décisions, qui concernent tous les domaines en même temps : la couleur du chapeau de l’acteur, le type d’objectif utilisé, la durée d’un plan, le caractère d’un personnage... Et donc, pour répondre à toutes ces questions dont on vous bombarde toute la journée, si on ne peut pas se reporter à une forme de pensée ou de personnalité un peu structurée, on est obligé de réfléchir pendant des heures et il peut devenir difficile d’aller au bout de son projet. En ce qui me concerne, c’est faire des interviews qui m’a aidé à définir ma propre philosophie. C’est en essayant de répondre aux questions des journalistes, en faisant l’effort de réfléchir à ce que je faisais que, de fil en aiguille, j’ai développé une réflexion. C’est comme le fait d’écrire : il a fallu que je rédige le protocole de L’Usine pour vraiment parvenir à le comprendre et à le théoriser. Écrire ce texte m’embêtait beaucoup au début, mais cela m’a permis de m’apercevoir que j’avais quand même des choses à dire. Ça m’a permis de mettre le doigt sur la dimension politique du projet. Il est donc intéressant de pouvoir expliquer ce que l’on fait, mais il ne faut pas être parasité par le discours au moment où l’idée vient.

Votre méfiance vis-à-vis des gens qui ont une pensée trop théorique sur le

Propos recueillis par Chloé Rolland et Nicolas Marcadé, le 21 mars 2011

“ Tout le monde est capable de faire quelque chose qui soit au moins assez bien pour se plaire à soi-même. ”

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Les meilleures entrées de 2010 (chiffres arrêtés au 25 mars 2011)

1. Harry Potter et les Reliques de la Mort - 1ère Partie (David Yates) Royaume-Uni / É-U.

France États-Unis Inception (Christopher Nolan) États-Unis Shrek 4 (Mike Mitchell) États-Unis Alice au Pays des Merveilles (Tim Burton) États-Unis Toy Story 3 (Lee Unkrich) France Camping 2 (Fabien Onteniente) États-Unis Twilight - Chapitre 3 : Hésitation (David Slade) La Princesse et la grenouille (Ron Clements et John Musker) États-Unis États-Unis Raiponce (Byron Howard et Nathan Greno) France L’Arnacœur (Pascal Chaumeil) France Des hommes et des dieux (Xavier Beauvois) États-Unis Invictus (Clint Eastwood) France Arthur 3 (Luc Besson) États-Unis Shutter Island (Martin Scorsese) États-Unis Moi, moche et méchant (Chris Renaud et Pierre Coffin) France La Rafle (Rose Bosch) Le Monde de Narnia : L’Odyssée du Passeur d’Aurore (Michael Apted) États-Unis France Océans (Jacques Perrin et Jacques Cluzaud) États-Unis Iron Man 2 (Jon Favreau) États-Unis / R-U. Robin des Bois (Ridley Scott) France Potiche (François Ozon) États-Unis Dragons (Chris Sanders et Dean DeBlois) États-Unis Prince of Persia (Mike Newell) États-Unis Sherlock Holmes (Guy Ritchie) États-Unis Le Choc des Titans (Louis Leterrier) États-Unis Night and Day (James Mangold) États-Unis L’Apprenti sorcier (Jon Turteltaub) États-Unis Expendables (Sylvester Stallone) Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec (Luc Besson) France France Le Mac (Pascal Bourdiaux)

2. Les Petits mouchoirs (Guillaume Canet) 3. 4. 5. 6. 7. 8. 9. 10. 11. 12. 13. 14. 15. 16. 17. 18. 19. 20. 21. 22. 23. 24. 25. 26. 27. 28. 29. 30. 31.

5 5 4 4 4 4 3 3 3 3 3 3 3 3 3 3 2 2 2 2 2 2 2 2 2 1 1 1 1 1 1

922 416 933 625 533 353 978 940 842 822 798 198 165 114 113 011 895 891 860 575 385 315 315 169 154 879 768 690 651 627 482

110 995 551 118 414 253 114 301 600 214 * 089 485 * 259 985 153 763 810 999 503 234 387 634 602 011 578 655 047 184 610 794 083

32. Salt (Phillip Noyce)

États-Unis

1 472 079

33. The Social Network ( David Fincher)

États-Unis

34. Tout ce qui brille ( Géraldine Nakache et Hervé Mimran)

France

1 436 068 1 420 096

35. Sex and the City 2 ( Michael Patrick King)

États-Unis

1 317 501

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36. 37. 38. 39. 40. 41. 42. 43. 44. 45. 46. 47. 48. 49. 50. 51. 52. 53. 54. 55. 56. 57. 58. 59. 60. 61. 62. 63. 64. 65. 66. 67. 68. 69. 70. 71. 72. 73. 74. 75. 76. 77. 78. 79. 80.

États-Unis The Karate Kid ( Harald Zwart) Belgique / R-U. Le Voyage extraordinaire de Samy ( Ben Stassen) États-Unis Mon beau-père et nous ( Paul Weitz) France La Tête en friche ( Jean Becker) États-Unis Percy Jackson (Chris Columbus) États-Unis Megamind ( Tom McGrath) France Gainsbourg (vie héroïque) ( Joann Sfar) États-Unis Fatal ( Michael Youn) États-Unis Valentine’s Day ( Gary Marshall) France L’Agence tous risques ( Joe Carnahan) États-Unis L’Homme qui voulait vivre sa vie ( Éric Lartigau) France Le Dernier Maître de l’Air ( M. Night Shyamalan) France Les Émotifs anonymes ( Jean-Pierre Améris) France L’Immortel ( Richard Berry) L’Amour, c’est mieux à deux ( Dominique Farrugia et Arnaud Lemort) France France L’Italien ( Olivier Baroux) États-Unis The Town ( Ben Affleck) France The Ghost Writer ( Roman Polanski) France Un balcon sur la mer ( Nicole Garcia) Espagne Planète 51 ( Jorge Blanco) France À bout portant ( Fred Cavayé) États-Unis Sexy Dance 3 ( Jon M. Chu) États-Unis Resident Evil : Afterlife ( Paul W.S. Anderson) États-Unis / Esp. Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu ( Woody Allen) France Mammuth ( Benoît Delépine et Gustave Kervern) É-U. / France The Tourist ( Florian Henckel von Donnersmarck) France Les Invités de mon père ( Anne Le Ny) États-Unis RED ( Robert Schwentke) France Elle s’appelait Sarah ( Gilles Paquet-Brenner) France Le Nom des gens ( Michel Leclerc) Royaume-Uni Kick-Ass ( Matthew Vaughn) France Il reste du jambon ? ( Anne Depetrini) États-Unis Date limite ( Todd Phillips) États-Unis Paranormal Activity 2 ( Tod Williams) États-Unis In the Air ( Jason Reitman) France Le Bruit des glaçons ( Bertrand Blier) États-Unis Green Zone ( Paul Greengrass) France La Princesse de Montpensier ( Bertrand Tavernier) États-Unis Kiss & Kill ( Robert Luketic) États-Unis Mange, prie, aime ( Ryan Murphy) Royaume-Uni StreetDance 3D ( Max Giwa et Dania Pasquini) États-Unis Piranha 3D ( Alexandre Aja) Royaume-Uni Tamara Drewe ( Stephen Frears) France Imogène McCarthery ( Alexandre Charlot et Franck Magnier) États-Unis Wall Street : L’Argent ne dort jamais ( Oliver Stone)

* film encore en cours d’exploitation

1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1 1

285 283 275 271 232 231 208 199 192 188 184 184 159 129 123 111 086 048 041 980 973 930 911 869 865 855 841 824 804 799 794 788 785 775 770 764 755 733 701 679 660 658 602 578 575

(Source : Le Film Français)

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635 822 391 714 510 393 113 451 912 852 906 413 157 * 188 061 721 699 701 117 299 778 843 560 413 844 904 003 344 031 665 * 238 473 086 132 958 500 850 237 626 606 707 562 516 932 521


Pour se repérer... Another Year où Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d'amour... L’Annuel joue à nouveau les Gardiens de l’ordre grâce à une classification ancestrale et unique en son genre. Il suffit de comprendre un classement à la règle de base assez simple : il s’établit sur la première lettre du titre. Ainsi, en toute logique abécédaire, Ça commence par la fin précède Ce n’est qu’un début... Seuls les articles définis (le, la, les, l’, the en anglais, il en italien, der, die, das en allemand, o en portugais ou el en espagnol) ne sont pas pris en compte. Ex : La Vie sauvage des animaux domestiques sera classé à V, alors qu’Une vie de chat se trouvera à U. De même, Sound of Noise et Le Bruit des glaçons seront respectivement classés à S et B. Qu’en est-il en cas de Copie conforme ? Tout à fait arbitrairement, Plan B précèdera Le Plan B. Les titres commençant par un chiffre ou un nombre seront classés à la lettre correspondante. Ex : 12 sera classé à D, tandis que 8 fois debout gambadera à H. Attention, dans les titres en langue étrangère, nous ne traduisons pas les chiffres (8 th Wonderland sera donc classé à E, pour “eight” en anglais). En outre, on ne tiendra compte ni des ponctuations (virgules, apostrophes...), ni même des espaces. Ex : on partira donc De son appartement avant de s’aventurer dans Destination Himalaya. Quand on vous dit que c’est logique ! Enfin, dans les index de personnalités, les particules de tous les artistes sont prises en compte. Ex : Charles de Meaux sera classé à D, tout comme Carlo di Montereau, tandis que Karl von Melun se trouvera à la lettre V.


Liste alphabétique des films sortis en France entre le 1er janvier et le 31 décembre 2010

Les étoiles que nous vous proposons représentent la cote moyenne de la rédaction

★★★★★ : une œuvre maîtresse - ★★★★ : un excellent film - ★★★ : un bon film ★★ : un film honorable - ★ : un film passable - ❍ : un mauvais film - ● : un film désastreux

A À bout portant (Fred Cavayé) Absence (L’) (Cyril de Gaspéris) Achille et la tortue (Takeshi Kitano) À 5 heures de Paris (Leon Prudovsky) Adam (Max Mayer) Adieu Falkenberg (Jesper Ganslandt) Âge de raison (L’) (Yann Samuell) Agence tous risques (L’) (Joe Carnahan) Agora (Alejandro Amenábar) Air Doll (Hirokazu Kore-eda) Aisheen (Chroniques de Gaza) (Nicolas Wadimoff) Ajami (Scandar Copti et Yaron Shani) Alamar (Pedro González-Rubio) Alice au Pays des Merveilles (Tim Burton) Alice ou les désirs (Jean-Michel Hulin) All About Steve (Phil Traill) Al’lèèssi... Une actrice africaine (Rahmatou Keïta) Allez raconte ! (Jean-Christophe Roger) Alpha et Oméga (Anthony Bell et Ben Gluck) Amelia (Mira Nair) Amélie au pays des Bodin’s (Éric Le Roch) Amer (Hélène Cattet et Bruno Forzani) American (The) (Anton Corbijn) American Trip (Nicholas Stoller) Âmes en stock (Sophie Barthes) Amore (Luca Guadagnino) Amour, c’est mieux à deux (L’) (Arnaud Lemort et Dominique Farrugia) Yves Saint Laurent - Pierre Bergé Amour fou (L’) (Pierre Thoretton) Amours imaginaires (Les) (Xavier Dolan) Amours secrètes (Les) (Franck Phélizon) Ander (Roberto Castón) Année bissextile (Michael Rowe) Another Year (Mike Leigh) Anvil (Sacha Gervasi) Ao, le dernier Néandertal (Jacques Malaterre) Apprenti Père Noël (L’) (Luc Vinciguerra) Apprenti sorcier (L’) (Jon Turteltaub)

★★ ★★ ★★★ ★★ ★ ★★ ❍ ★★ ★★★ ★★★ ★★★ ★★★ ★★★ ★★ ❍ ❍ ★★ ★★ ★ ★ ★ ★★ ★★★ ★★ ★★★ ★★ ★★

Arbre (L’) (Julie Bertuccelli) Arbre et la forêt (L’) (Olivier Ducastel et Jacques Martineau) Armadillo (Janus Metz) Arnacœur (L’) (Pascal Chaumeil) Arrivants (Les) (Claudine Bories et Patrice Chagnard) Arropiero Le Vagabond de la mort (Carles Balagué) Art d’être Arrabal (L’) (Bernard Léonard et Pierre-Alexis de Potestad) Arthur 3 La Guerre des deux mondes (Luc Besson) A Serious Man (Joel & Ethan Coen) A Single Man (Tom Ford) Au fond des bois (Benoît Jacquot) Autre Dumas (L’) (Safy Nebbou) Autre monde (L’) (Gilles Marchand) Autre rive (L’) (George Ovashvili) Aventures de Don Quichotte (Les) (Antonio Zurera) Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec (Les) (Luc Besson)

★★ ★★ ★★ ★★★ ★★ ❍ ★★ ★ ★★★★ ★★★★ ★★ ★ ★ ★★ ❍ ★★

B Baarìa (Giuseppe Tornatore) Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans (Werner Herzog) Baltringue (Le) (Cyril Sebas) Barons (Les) (Nabil Ben Yadir) Bas-fonds (Isild Le Besco) Bassidji (Mehran Tamadon) Be Bad ! (Miguel Arteta) Bébé, mode d’emploi (Greg Berlanti) Bébés (Thomas Balmès) Belle Épine (Rebecca Zlotowski) Benda Bilili ! (Renaud Barret et Florent de La Tullaye) Benvenuti al sud (Luca Miniero) Bernard, ni Dieu ni chaussettes (Pascal Boucher) Biutiful (Alejandro González Iñárritu)

★ ★★ ❍ ★★★ ★★★ ★★★★ ★★★ ★ ★ ★

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★★ ★★★ ● ★★ ★★★ ★★ ★★ ★★ ★★★ ★★★ ★★ ★ ★★★ ★★


Black Diamond (Pascale Lamche) Black Dynamite (Scott Sanders) Black Lightning c Éclair noir (L’) Blanc comme neige (Christophe Blanc) Blindés (Nimród Antal) Blind Test (Georges Ruquet) Bliss (Drew Barrymore) Blonde aux seins nus (La) (Manuel Pradal) Bocca del lupo (La) (Pietro Marcello) Bonheur de Pierre (Le) (Robert Ménard) Boogie (Gustavo Cova) Border Line (Roberto Lippolis) Borgia (Les) (Antonio Hernández) Boutchoux (Fabrice de la Rosa, Michaël Journolleau et Rodrigue Gbarssin) Braqueur (Le) La Dernière course (Benjamin Heisenberg) Breathless (Yang Ik-june) Bright Star (Jane Campion) Brothers (Jim Sheridan) Bruit des glaçons (Le) (Bertrand Blier) Buena vida (La) (Andrés Wood) Buried (Rodrigo Cortés) Burlesque (Steve Antin) Bus Palladium (Christopher Thompson)

★★ ★★★

Cher John (Lasse Hallström) Chèvres du Pentagone (Les) (Grant Heslov) Chicas (Yasmina Reza) Chimpanzés de l’espace 2 (Les) (John H. Williams) Chine est encore loin (La) (Malek Bensmaïl) Chloe (Atom Egoyan) Choc des Titans (Le) (Louis Leterrier) Chouga (Darezhan Omirbaev) City Island (Raymond De Felitta) City of Life and Death (Lu Chuan) Cleveland contre Wall Street (Jean-Stéphane Bron) Colts de l’or noir (Les) (Pierre Romanello) Come l’ombra (Marina Spada) Comme chiens et chats : La Revanche de Kity Galore (Brad Peyton) Comme les 5 doigts de la main (Alexandre Arcady) Commissariat (Ilan Klipper et Virgil Vernier) Complices (Frédéric Mermoud) Comtesse (La) (Julie Delpy) Confession d’un cannibale (Martin Weisz) Contes de la ferme (Les) (Hermína Tyrlová) Contes de l’âge d’or 2e partie (Hanno Höffer, Razvan Marculescu, Cristian Mungiu, Constantin Popescu et Ioana Uricaru) Convois de la honte (Les) (Raphaël Delpard) Copacabana (Marc Fitoussi) Copains pour toujours (Dennis Dugan) Copie conforme (Abbas Kiarostami) Corne d’abondance (La) (Juan Carlos Tabio) Coursier (Hervé Renoh) Crazies (The) (Breck Eisner) Crazy Heart (Scott Cooper) Crazy Night (Shawn Levy) Création (Jon Amiel) Crime (Vincent Ostria) Crime d’amour (Alain Corneau) Criquet (Le) (Zdenek Miler) Crossdresser (Chantal Poupaud) Cyrus (Jay & Mark Duplass)

★ ★★ ❍ ★★★ ❍ ★★★ ★ ★ ❍ ★ ★★ ★★★ ★★★★ ★★★★ ★★ ★★★ ★★★ ★★★ ❍ ★

C Cabeza de Vaca (Nicolás Echevarría) Ça commence par la fin (Michaël Cohen) Café du pont (Le) (Manuel Poirier) Cahier intime (Attilio Azzola) Caméléon (Le) (Jean-Paul Salomé) Camping 2 (Fabien Onteniente) Caótica Ana (Julio Medem) Capelito Le Champignon magique (Rodolfo Pastor) Captifs (Yann Gozlan) Cargo, les hommes perdus (Léon Desclozeaux) Carlos, le film (Olivier Assayas) Carmel (Amos Gitai) Cat, the Reverend and the Slave (The) (Alain Della Negra et Kaori Kinoshita) Cavaliers seuls (Delphine Gleize et Jean Rochefort) Cellule 211 (Manuel Monzón) Ce n’est qu’un début (Jean-Pierre Pozzi et Pierre Barougier) Centurion (Neil Marshall) Ce que je veux de plus (Silvio Soldini) Ces amours-là (Claude Lelouch) C’est ici que je vis (Marc Recha) C’est parti (Camille de Casabianca) Chant des mers du Sud (Marat Sarulu) Chantrapas (Otar Iosseliani) Chaque jour est une fête... (Dima El-Horr) Chasseur de primes (Le) (Andy Tennant) Chatroom (Hideo Nakata) Cheminots (Luc Joulé et Sébastien Jousse)

★★★★ ❍ ❍ ★★ ★ ❍ ❍ ★★★ ★ ★ ★★★★ ★ ★★ ★★ ★★ ★★

❍ ★★ ★ ★★ ★★★ ★ ★ ★ ★★★ ★★★★ ★★★ ★ ★★ ★★ ★ ★★ ★★ ★★★ ★ ★★ ★★★

★★ ★★★ ❍ ★★★ ★★★ ★ ★★ ★★★ ★★ ★★ ★ ★★ ★★ ★★★ ★★★

D Dame de trèfle (La) (Jérôme Bonnell) D’amour et d’eau fraîche (Isabelle Czajka) Dan et Aaron (Igaal Niddam) Daniel y Ana (Michel Franco) Dans ses yeux (Juan José Campanella) Dans ton sommeil (Caroline & Éric Du Potet) Date limite (Todd Phillips) Daybreakers (Michael & Peter Spierig) Dernier étage, gauche, gauche (Angelo Cianci) Dernier été de la Boyita (Le) (Julia Solomonoff) Dernier exorcisme (Le) (Daniel Stamm) Dernier Maître de l’Air (Le) (M. Night Shyamalan)

★★ ★★★ ★★ ★ ★★ ★★★★ ★★★ ★★ ❍ ★ ★★

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★★★ ★★★ ★★★ ★★★ ★★★★ ❍ ★★ ★ ★★ ★★★ ★ ❍


Dernier voyage de Tanya (Le) (Aleksei Fedorchenko) Des filles en noir (Jean-Paul Civeyrac) Des hommes et des dieux (Xavier Beauvois) Desierto adentro (Rodrigo Plá) De Silence & d’Amour (Michael Whyte) De son appartement (Jean-Claude Rousseau) Despuès de la revolución (Vincent Dieutre) Destination Himalaya Le Pays d’où vient le vent (Jeon Soo-il) De vrais mensonges (Pierre Salvadori) Dinner (The) (Jay Roach) Dioses (Josué Méndez) Dirty Diaries (Collectif) Disgrace (Steve Jacobs) Disparition d’Alice Creed (La) (J Blakeson) Divorce à la finlandaise (Mika Kaurismäki) Djinns (Hughes & Sandra Martin) Dog Pound (Kim Chapiron) Domaine (Patric Chiha) Don Giovanni, naissance d’un opéra (Carlos Saura) Donkey Punch (Olly Blackburn) Donnant donnant (Isabelle Mergault) Donne-moi ta main (Anand Tucker) Double Take (Johan Grimonprez) 12 (Nikita Mikhalkov) Dragons (Chris Sanders et Dean DeBlois) Draquila, l’Italie qui tremble (Sabina Guzzanti) Dream (Kim Ki-duk) Droit de passage (Wayne Kramer)

★★★

Épine dans le cœur (L’) (Michel Gondry)

★★ ★★★★ ★★ ★★ ★★ ★★★ ★

★★★

État d’élue (Luc Decaster)

★★★

Étranger (L’) (Franck Llopis) Étranger en moi (L’) (Emily Atef) Everyone Else (Maren Ade)

❍ ★★ ★★★

Expendables Unité spéciale (Sylvester Stallone)

Eyes of War (Danis Tanovic)

F

★★ ❍ ★★ ★★ ★★★★ ★★ ★★ ★★ ★★★ ★★ ★

Fair Game (Doug Liman)

★★

Faites le mur ! (Banksy)

★★★

Famille Jones (La) (Derrick Borte)

Fantastic Mr. Fox (Wes Anderson)

★★★

Fatal (Michael Youn) Fée malgré lui (Michael Lembeck)

★ ★★★★

Femmes de mes amis (Les) (Hong Sang-soo)

★★★

Fête des voisins, le film ! (La) (David Haddad) Fil (Le) (Mehdi Ben Attia)

★ ★ ★ ★★ ★ ★★★ ★★★ ★★ ★

★★

Femme aux 5 éléphants (La) (Vadim Jendreyko) Femmes du Caire (Yousry Nasrallah)

Film Socialisme (Jean-Luc Godard)

★★ ❍ ★ ★★

Fin de concession (Pierre Carles)

★★★★

Fix ME (Raed Andoni)

★★★★

Fleur du désert (Sherry Hormann)

Forêt contre-attaque (La) (Roger Kumble)

Freddy, les griffes de la nuit (Samuel Bayer)

From Paris with Love (Pierre Morel)

G

E Eastern Plays (Kamen Kalev) Éclair noir (L’) (Dmitri Kiselyov et Alexander Voytinskiy) Edge of Love (The) (John Maybury) 8th Wonderland (Nicolas Alberny et Jean Mach) El Greco Les Ténèbres contre la lumière (Yannis Smaragdis) Élite de Brooklyn (L’) (Antoine Fuqua) Elle s’appelait Sarah (Gilles Paquet-Brenner) Émotifs anonymes (Les) (Jean-Pierre Améris) Empire du Milieu du Sud (L’) (Jacques Perrin et Éric Deroo) Encerclement (L’) (Richard Brouillette) Encore un baiser (Gabriele Muccino) Enfance du mal (L’) (Olivier Coussemacq) En présence d’un clown (Ingmar Bergman) En promenade... (Collectif) Ensemble, c’est trop (Léa Fazer) Ensemble, nous allons vivre une très, très grande histoire d’amour... (Pascal Thomas) Enter the Void (Gaspar Noé) Entre nos mains (Mariana Otero) Entre nous deux (Nicolas Guillou) Envol (L’) (Renè Bo Hansen)

★★

Estômago (Marcos Jorge)

★★★ ❍

Gainsbourg (vie héroïque) (Joann Sfar)

Gardiens de l’ordre (Nicolas Boukhrief)

★★

Gentlemen Broncos (Jared Hess) Ghost Writer (The) (Roman Polanski) Gigantic (Matt Aselton)

★ ★★ ❍

Good Heart (The) (Dagur Kári) Grace (Paul Solet)

★ ★★ ★★★ ★★

★ ★★★★ ★★ ★★ ★★★

Greenberg (Noah Baumbach)

★★★

Green Zone (Paul Greengrass)

★★★

Guerrier silencieux Valhalla Rising (Le) (Nicolas Winding Refn)

★★★

H

★★★ ❍ ★★ ★★★★★ ★★ ★ ★★★

Happy Few (Antony Cordier) Harragas (Merzak Allouache) Harry Potter et les Reliques de la Mort - 1ère partie (David Yates) Hatchi (Lasse Hallström) Helen Autopsie d’une disparition (Joe Lawlor & Christine Molloy) Henry (Kafka et Pascal Rémy)

★★★ ★★★ ❍ ★★★

★ ★★ ❍ ★★★ ❍

Heure du crime (L’) (Giuseppe Capotondi)

★★

Holiday (Guillaume Nicloux)

★★

Home for Christmas (Bent Hamer)

★★

Homme au bain (Christophe Honoré)

37

★★★


Homme qui voulait vivre sa vie (L’) (Éric Lartigau) Horde (La) (Yannick Dahan et Benjamin Rocher) Hors de contrôle (Martin Campbell) Hors-la-loi (Rachid Bouchareb) Housemaid (The) (Im Sang-soo) 8 fois debout (Xabi Molia)

★★

L

★ ★★ ★★ ★★ ★★

Laban et Labolina (Per Åhlin, Alicja Jaworski, Karin Nilsson et Lass Persson) Laisse-moi entrer (Matt Reeves)

I Illégal (Olivier Masset-Depasse) Illusionniste (L’) (Sylvain Chomet) I Love You Phillip Morris (Glenn Ficarra et John Requa) Il reste du jambon ? (Anne Depetrini) Ilusiones ópticas (Cristián Jiménez) Immortel (L’) (Richard Berry) Imogène McCarthery (Alexandre Charlot et Franck Magnier) Inception (Christopher Nolan) Independencia (Raya Martin) Indigène d’Eurasie (Sharunas Bartas) Infectés (Álex & David Pastor) Inside Job (Charles Ferguson) Insoupçonnable (Gabriel Le Bomin) In the Air (Jason Reitman) Invention of Lying (The) (Ricky Gervais et Matthew Robinson) Invictus (Clint Eastwood) Invités de mon père (Les) (Anne Le Ny) Iron Man 2 (Jon Favreau) Italien (L’) (Olivier Baroux) Ivul (Andrew Kötting)

★ ★★ ★★

Lebanon (Samuel Maoz)

★★★

Légion L’Armée des anges (Scott Stewart)

Lenny & the Kids (Ben & Joshua Safdie)

★★★

Liberté (Tony Gatlif)

★★★

Livre d’Eli (Le) (Albert & Allen Hughes)

Lluvia (Paula Hernández)

Lola (Brillante Mendoza)

★★★★

London Nights (Alexis Dos Santos) Louise Michel, la rebelle (Solveig Anspach) Love & autres drogues (Edward Zwick) Lovely Bones (Peter Jackson) Lullaby (Benoît Philippon) Lumière (Peter-Arthur Straubinger)

★★ ★★★ ★ ★ ★★ ★ ★★★

M Mac (Le) (Pascal Bourdiaux) Machete (Robert Rodriguez et Ethan Maniquis)

★★ ★★ ★★ ★★ ★

Machine à démonter le temps (La) (Steve Pink) Magma (Pierre Vinour) Mains en l’air (Les) (Romain Goupil) Mains libres (Les) (Brigitte Sy) Mammuth (Benoît Delépine et Gustave Kervern) Mange, prie, aime (Ryan Murphy) Maniquerville (Pierre Creton)

★★★ ★★ ● ★★

Manolete (Menno Meyjes) Ma petite planète chérie (Jacques-Rémy Girerd) Marais criminels (Les) (Alexandre Messina) Mardi, après Noël (Radu Muntean) Marga (Ludi Boeken)

★★★ ★ ★ ★ ★ ★ ★

Mariage à trois (Le) (Jacques Doillon) Marmaduke (Tom Dey) Megamind (Tom McGrath)

K ★★★ ★★ ★★★ ★ ★★★ ★ ❍ ★

★ ★★ ★★★ ★★★ ★★★★ ★★ ★★★★ ❍ ★★★ ★★★ ★★★★ ★ ★★ ★★ ★★★ ★★

Memory Lane (Mikhaël Hers)

★★

Mesures exceptionnelles (Tom Vaughan)

★★ ★

Miel (Semih Kaplanoglu)

★★★

Milk (Semih Kaplanoglu)

★★★

Millénium 2 La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette (Daniel Alfredson)

★★

Millénium 3 La Reine dans le palais des courants d’air (Daniel Alfredson)

★★

Miral (Julian Schnabel) Mr. Nobody (Jaco van Dormael) Moi, la finance et le développement durable (Jocelyne Lemaire Darnaud)

38

❍ ★★★

Meilleurs amis du monde (Les) (Julien Rambaldi)

Meute (La) (Franck Richard) Kaboom (Gregg Araki) Karate Kid (The) (Harald Zwart) Kick-Ass (Matthew Vaughn) Killer Inside Me (The) (Michael Winterbottom) Kill Me Please (Olias Barco) Kiss & Kill (Robert Luketic) Krach (Fabrice Genestal) Kung Fu Nanny (Brian Levant)

❍ ★★

Lignes de front (Jean-Christophe Klotz)

Lost Persons Area (Caroline Strubbe)

J Jackass 3D (Jeff Tremaine) J’ai oublié de te dire... (Laurent Vinas-Raymond) Jamais sans toi (Aluizio Abranches) Jean-Michel Basquiat The Radiant Child (Tamra Davis) Je ne peux pas vivre sans toi (Leon Dai) Je ne vous oublierai jamais (Pascal Kané) Je voudrais aimer personne (Marie Dumora) Je vous aime très beaucoup (Philippe Locquet) Joseph et la fille (Xavier de Choudens) Journal d’un dégonflé (Thor Freudenthal) Just Another Love Story (Ole Bornedal)

★★★

Life During Wartime (Todd Solondz)

★★★ ★★ ★★ ★★★ ★★★ ★ ★★★ ★★

★★

Land of Scarecrows (Roh Gyeong-tae)

Libre échange (Serge Gisquière)

★ ★★ ❍ ★

★★

★ ★★ ❍


Moi, moche et méchant (Chris Renaud et Pierre Coffin) Mon babysitter (Bart Freundlich) Mon beau-père et nous (Paul Weitz) Monde de Narnia : L’Odyssée du Passeur d’Aurore (Le) (Michael Apted) Mon pote (Marc Esposito) Monsters (Gareth Edwards) Mords-moi : sans hésitation (Jason Friedberg et Aaron Seltzer) Mother (Bong Joon-ho) Mother and Child (Rodrigo García) Mourir comme un homme (João Pedro Rodrigues) Mourir ? Plutôt crever ! (Stéphane Mercurio) Mugabe et l’Africain blanc (Lucy Bailey et Andrew Thompson) Mumu (Joël Séria) Murmures du vent (Les) (Shahram Alidi) My Joy (Sergueï Loznitsa) My Name Is Khan (Karan Johar) My Own Love Song (Olivier Dahan) Mystères de Lisbonne (Raoul Ruiz) Mytho-Man c Invention of Lying (The)

★★★

Opération 118 318 Sévices clients (Julien Baillargeon) Organ (Matthieu Pons) Orly (Angela Schanelec) Orpailleur (Marc Barrat) Où sont passés les Morgan ? (Marc Lawrence) Outrage (Takeshi Kitano) Où vas-tu Moshé ? (Hassan Benjelloun)

★ ★★ ★ ❍ ★★ ★

Pacte du mal (Le) (Oskar Santos) Padre nuestro (Christopher Zalla) Paisito (Ana Díez) Paranormal Activity 2 (Tod Williams) Partir (Rémi Lange) Pas à pas (Bianca Li) Pauline et François (Renaud Fély) Percy Jackson Le Voleur de foudre (Chris Columbus) Perdu ? Retrouvé ! (Collectif) Petit roi Macius (Le) (Lutz Stützner et Sandor Jesse) Petits meurtres à l’anglaise (Jonathan Lynn) Petits mouchoirs (Les) (Guillaume Canet) Petits ruisseaux (Les) (Pascal Rabaté) Petits suicides entre amis (Goran Dukic) Petit tailleur (Louis Garrel) Phénomènes paranormaux (Olatunde Osunsanmi) Picture Me Le Journal vérité d’un top model (Ole Schell et Sara Ziff) Pièce montée (Denys Granier-Deferre) Pieds nus sur les limaces (Fabienne Berthaud) Piranha 3D (Alexandre Aja) Pivellina (La) (Tizza Covi et Rainer Frimmel) Plan B (Marco Berger) Plan B (Le) (Alan Poul) Planète 51 (Jorge Blanco) Plein pays (Le) (Antoine Boutet) Poetry (Lee Chang-dong) POLICIER, adjectif. (Corneliu Porumboiu) Post Grad (Vicky Jenson) Potiche (François Ozon) Pourquoi le dire ? (Hélène Duchemin) Precious (Lee Daniels) Predators (Nimród Antal) Premier qui l’a dit (Le) (Ferzan Ozpetek) Président (Le) (Yves Jeuland) Prima Linea (La) (Renato De Maria) Prince of Persia Les Sables du Temps (Mike Newell) Princesse de Montpensier (La) (Bertrand Tavernier) Princesse et la grenouille (La) (John Musker et Ron Clements) Procès d’Oscar Wilde (Le) (Christian Merlhiot) Protéger & servir (Éric Lavaine) Puzzle (Natalia Smirnoff)

★★★ ★ ★ ★★★ ★★★ ★★ ★★ ★★★★

★★★ ★ ★★★ ★★★ ★★ ★★ ❍ ★ ★★★ ★★ ★★★★ ★★★ ★★★★ ★★ ★★ ★ ★★ ★★ ★★ ★★ ★★

O Océans (Jacques Perrin et Jacques Cluzaud) Octubre (Daniel & Diego Vega) Oncle Boonmee Celui qui se souvient de ses vies antérieures (Apichatpong Weerasethakul) Ondine (Neil Jordan) On verra demain (Francisco Avizanda)

❍ ★★★ ❍ ★ ★★ ★★

P

★★★★ ★★ ★★★★

N Nannerl, la sœur de Mozart (René Féret) Nanny McPhee & le Big Bang (Susanna White) Ne change rien (Pedro Costa) Nénette (Nicolas Philibert) New York, I Love You (Collectif) Night and Day (James Mangold) Nine (Rob Marshall) Ninja Assassin (James McTeigue) Nocturnes pour le roi de Rome (Jean-Charles Fitoussi) No et moi (Zabou Breitman) Nom des gens (Le) (Michel Leclerc) Nord (Rune Denstad Langlo) Norteado (Rigoberto Perezcano) Nostalgie de la lumière (Patricio Guzmán) Nothing But the Truth Une vérité sud-africaine (John Kani) Notre jour viendra (Romain Gavras) Nous sommes la nuit (Dennis Gansel) Nous trois (Renaud Bertrand) Nowhere Boy (Sam Taylor-Wood) Nuits de Sister Welsh (Les) (Jean-Claude Janer) Nuits d’ivresse printanière (Lou Ye)

★★ ★★★ ★★★★ ★ ★★★

39

❍ ★★ ★ ★ ❍ ★★ ★★ ★★ ★★ ★ ★★ ★★ ★★★ ★★★ ★★ ★ ★★ ★★ ★ ★★ ★★★ ★★★ ❍ ★★★ ★★★ ★★★ ★★★★ ★ ★★★ ❍ ★★★ ★ ★ ★★ ★★ ★★ ★★ ★★★ ★ ★ ★★★


Q Quartier lointain (Sam Garbarski) Quattro volte (Le) (Michelangelo Frammartino) Que justice soit faite (F. Gary Gray) Questione di cuore (Francesca Archibugi)

Shutter Island (Martin Scorsese) Siffleur (Le) (Philippe Lefebvre) Simon Werner a disparu... (Fabrice Gobert) 600 kilos d’or pur (Éric Besnard) Skyline (Colin & Greg Strause) Small Is Beautiful C’est par où demain ? (Agnès Fouilleux) Social Network (The) (David Fincher) Soldat de papier (Alexeï Guerman Jr.) Soldat Dieu (Le) (Kôji Wakamatsu) Soldier’s Tale (The) (Penny Allen) Solutions locales pour un désordre global (Coline Serreau) Soul Kitchen (Fatih Akin) Sound of Noise (Ola Simonsson et Johannes Stjärne Nilsson) Sous toi, la ville (Christoph Hochhäusler) Splice (Vincenzo Natali) Stratégie du choc (La) (Michael Winterbottom et Mat Whitecross) StreetDance 3D (Max Giwa et Dania Pasquini) Submarino (Thomas Vinterberg) Suite parlée (Marie Vermillard et Joël Brisse) Summer Wars (Mamoru Hosoda) Sumô (Sharon Maymon et Erez Tadmor) Sweet Valentine (Emma Luchini) Swimmer (The) (Frank Perry)

★ ★★★ ★ ★★

R Rabia (Sebastián Cordero) Rafle (La) (Rose Bosch) Raiponce (Nathan Greno et Byron Howard) Rebirth (The) (Masahiro Kobayashi) Recon (Mattia Ballerini) RED (Robert Schwentke) Réfractaire (Nicolas Steil) Refuge (Le) (François Ozon) Régate (La) (Bernard Bellefroid) Reine des pommes (La) (Valérie Donzelli) Remember Me (Allen Coulter) Rendez-vous l’été prochain (Philip Seymour Hoffman) Repo Men (Miguel Sapochnik) Resident Evil : Afterlife (Paul W.S. Anderson) Rêve italien (Le) (Michele Placido) Révélation (La) (Hans-Christian Schmid) Rêves dansants (Les) Sur les pas de Pina Bausch (Anne Linsel et Rainer Hoffman) Rêveurs de Mars (Les) (Richard Dindo) Rien à perdre (Jean-Henri Meunier) Rivière Tumen (La) (Zhang Lu) Robe du soir (La) (Myriam Aziza) Robin des Bois (Ridley Scott) Rouge comme le ciel (Cristiano Bortone) Royaume de Ga’Hoole (Le) La Légende des Gardiens (Zack Snyder) Rubber (Quentin Dupieux) Rudo et Cursi (Carlos Cuarón) Runaways (Les) (Floria Sigismondi)

★★ ★ ★★★ ★ ❍ ★★ ★ ★★★ ★★ ★★ ★ ★★ ★ ★ ★★ ★ ★★★★ ★ ★★★★ ★★★ ★★ ★★ ★★★ ★★

★★★★ ★★★ ★★★★ ★★ ★★★ ★★ ★★★ ★★★ ★★★ ★★ ★ ★★ ★★★★ ★★★★ ★ ★★ ★★★★

T Takers (John Luessenhop) Tamagotchi, le film (Jôji Shimura) Tamara Drewe (Stephen Frears) Tatarak (Andrzej Wajda) Téhéran (Nader T. Homayoun) Tell Tale (Michael Cuesta) Temps de la kermesse est terminé (Le) (Frédéric Chignac) Temps des grâces (Le) (Dominique Marchais) Tengri, le bleu du ciel (Marie Jaoul de Poncheville) Tentation de Potosi (La) (Philippe Crnogorac) Terre de la folie (La) (Luc Moullet) Terre d’usage (Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil) Tête ailleurs (La) (Frédéric Pelle) Tête de Turc (Pascal Elbé) Tête en friche (La) (Jean Becker) Teza (Haïlé Gérima) Thelma, Louise et Chantal (Benoît Pétré) Thérapie de couples (Peter Billingsley) Tisseuse (La) (Wang Quan An) Tolstoï, le dernier automne (Michael Hoffman) Top Cops (Kevin Smith) Toscan (Isabelle Partiot-Pieri) Tourist (The) (Florian Henckel von Donnersmarck) Tournée (Mathieu Amalric) Tout ce qui brille (Géraldine Nakache et Hervé Mimran)

★★ ★★ ★★

S Salamandra Enfant de Patagonie (Pablo Aguëro) Salle n°6 Tchekhov (Karen Shakhnazarov) Salt (Phillip Noyce) Sans laisser de traces (Grégoire Vigneron) Sans queue ni tête (Jeanne Labrune) Saw 3D Chapitre final (Kevin Greutert) Scott Pilgrim (Edgar Wright) Secret de Chanda (Le) (Oliver Schmitz) Secret de Charlie (Le) (Burr Steers) Secrets (Les) (Raja Amari) Sentiment de la chair (Le) (Roberto Garzelli) Severn, la voix de nos enfants (Jean-Paul Jaud) Sex and the City 2 (Michael Patrick King) Sexy Dance 3 The Battle (Jon M. Chu) Sherlock Holmes (Guy Ritchie) Shirin (Abbas Kiarostami) Shrek 4 Il était une fin (Mike Mitchell)

★★★★ ★★ ★★★ ★★ ❍ ★

★★ ★★★ ★ ★ ★ ❍ ★★★ ★ ❍ ★ ★ ★ ❍ ★ ★ ★★ ★

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★ ★ ★★★ ★★★ ★★★ ★ ★★ ★★★ ★★ ★★ ★★★ ❍ ★★ ★★ ★ ★★★ ❍ ❍ ★★ ★★ ★ ★★ ❍ ★★★★ ★★


Toutes les filles pleurent (Judith Godrèche)

Tout va bien ! The Kids Are All Right (Lisa Cholodenko)

★★

Town (The) (Ben Affleck)

★★

Toy Story 3 (Lee Unkrich)

★★★★

Travailleu(r)ses du sexe (Les) (Jean-Michel Carré) Tribulations d’une amoureuse sous Staline (Borys Lankosz) Triomf (Michael Raeburn)

Voyage secret (Roberto Andò)

★★

Twelve (Joel Schumacher) Twilight - Chapitre 3 : Hésitation (David Slade)

Wall Street : L’Argent ne dort jamais (Oliver Stone)

Trop belle ! (Jim Field Smith) Tsar (Pavel Lounguine)

Waking Sleeping Beauty (Don Hahn)

★★★

★★

Un autre son de cloche (Francis Wolff) Un balcon sur la mer (Nicole Garcia)

★ ★

★★★ ★★★

★★★

White Material (Claire Denis)

★★★

★★★

Wholetrain (Florian Gaag)

Wolfman (Joe Johnston)

★★

World Is Big (The) (Stephan Komandarev)

★★

★ ★★

White Lightnin’ (Dominic Murphy) White Night Wedding (Baltasar Kormákur)

★★

Welcome to the Rileys (Jake Scott) When You’re Strange (Tom DiCillo)

★★★

★★

We Are Four Lions (Chris Morris) Were the World Mine (Tom Gustafson)

U Un ange à la mer (Frédéric Dumont)

★★

W

★★

Trois prochains jours (Les) (Paul Haggis) Trop loin pour toi (Nanette Burstein)

Voyage extraordinaire de Samy (Le) (Ben Stassen)

Y

★ ★★

Yeux de Julia (Les) (Guillem Morales)

★★

Une éducation (Lone Scherfig)

★★★

Yeux ouverts (Les) (Frédéric Chaudier)

★★

Une exécution ordinaire (Marc Dugain)

★★★

Yona La Légende de l’oiseau-sans-aile (Rintaro)

★★

Une famille très moderne (Josh Gordon et Will Speck)

Yo, también (Álvaro Pastor et Antonio Naharro)

★★ ★★

Une nouvelle ère glaciaire (Darielle Tillon)

Youssou N’Dour : I Bring What I Love (Elizabeth Chai Vasarhelyi) Yuma (La) (Florence Jaugey)

★★

Une Chinoise (Guo Xiaolu)

Une nuit au cirque (Fabien Remblier et Olivier Kaufer) Une petite zone de turbulences (Alfred Lot) Une vie de chat (Jean-Loup Felicioli et Alain Gagnol)

★★

Yves Saint Laurent - Pierre Bergé Amour fou (L’)

Une vie toute neuve (Ounie Lecomte)

★★★

Un homme qui crie (Mahamat-Saleh Haroun)

★★★

Un poison violent (Katell Quillévéré) Unstoppable (Tony Scott) Un transport en commun (Dyana Gaye)

c Amour fou (L’)

★ ★★★★

★★ ★ ★★

V Valentine’s Day (Garry Marshall)

Valhalla Rising c Guerrier silencieux (Le) Valvert (Valérie Mréjen) Vampires (Vincent Lannoo) Vénus noire (Abdellatif Kechiche) Vertige d’une rencontre (Jean-Michel Bertrand) Very Bad Cops (Adam McKay)

★★ ★ ★★★ ★★ ★★★

Very Hot Tub c Machine à démonter le temps (La) Vic le Viking (Michael Bully Herbig)

Vie au ranch (La) (Sophie Letourneur)

★★

Vie sauvage des animaux domestiques (La) (Dominique Garing)

★★

Village des ombres (Le) (Fouad Benhammou)

Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu (Woody Allen)

★★

Voyage du directeur des ressources humaines (Le) (Eran Riklis)

★★

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À bout portant Thriller

de Fred Cavayé Avec Gilles Lellouche (Samuel Pierret), Roschdy Zem (Hugo Sartet), Gérard Lanvin (le commandant Patrick Werner), Elena Anaya (Nadia Pierret), Mireille Perrier (le commandant Fabre), Claire Perot (le capitaine Anaïs Susini), Moussa Maaskri (le capitaine Vogel), Frans Boyer (Marek), Adel Bencherif (Luc Sartet), Valérie Dashwood (le capitaine Moreau), Grégoire Bonnet (Jaffart), Brice

Adultes / Adolescents

Fournier (Marconi), Virgile Bramly (le capitaine Mansart), Pierre Benoist (le capitaine Mercier), Arnaud Klein, Vincent Colombe, Jean-Charles Rousseau, Max Morel, Laurence Pollet-Villard, Patrice Guillain, Nicky Naude, Chems Dahmani, Diane Stolojan, David Saada, Arnaud Maillard, Bénédicte Dessombz, Grégoire Guist’hau, Frédéric Kontogom, Julie Mouamma, Sylvia Anicone.

Équipe technique Scénario : Fred Cavayé et Guillaume Lemans Images : Alain Duplantier Montage : Benjamin Weill 1er assistant réal. : Michaël Viger Scripte : Laurence Couturier Musique : Klaus Badelt Son : Pierre Mertens, Alain Feat et Marc Doisne Décors : Philippe Chiffre Costumes : Marie-Laure Lasson Maquillage : Catherine Bruchon

Casting : Olivier Carbone Production : Gaumont Production déléguée : LGM Films Coproduction : K.R. Productions et TF1 Films Production Producteurs : Cyril Colbeau-Justin et Jean-Baptiste Dupont Coproducteurs : Sylvain Golberg, Serge de Poucques, Adrian Politowski et Gilles Waterkeyn Prod. exécutif : David Giordano Distributeur : Gaumont.

85 minutes. France, 2010. Sortie France : 1er décembre 2010. Visa d’exploitation : 124952. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD. 308 copies.

Un homme ordinaire, une femme aimée en danger, une course poursuite dangereuse au nom de l’amour : Fred Cavayé reprend les ingrédients de son Pour elle et en livre une version au rythme bien plus effréné, mais pourtant moins prenante et cohérente.

Commentaire

© Thomas Brémond / Gaumont - LGM Films

Résumé Une course poursuite se termine par un violent accident. Dans le coma, l’accidenté est ranimé in extremis par un aide-soignant, Samuel, après qu’un intrus a tenté de le tuer. De retour chez lui, Samuel est assommé, et sa femme enceinte, Nadia, est enlevée. Il se réveille et reçoit un coup de fil l’informant que s’il veut la retrouver, il doit faire sortir l’accidenté de l’hôpital. Ce dernier est désormais surveillé par des policiers, qui ont découvert sa vraie identité : un malfrat du nom de Sartet. Samuel neutralise le policier qui le garde et oblige Sartet à le suivre. Sur le point de récupérer sa femme, il doit rebrousser chemin car ils sont suivis.

Dénouement Les médias s’emparent de l’affaire. Samuel prend peur. Il contacte le commandant Fabre, mais c’est le commandant Werner qui arrive le premier : il tue sa collègue et fait accuser Samuel. Ce dernier réussit à s’enfuir. Il retrouve Sartet, mais Werner a enlevé Nadia, après avoir tué le frère de Sartet (qui l’avait kidnappée pour faire évader Sartet). Samuel et Sartet découvrent que l’équipe de Werner est responsable de l’assassinat d’un riche homme d’affaires. Ils décident de pénétrer dans le commissariat afin de récupérer la bande-vidéo de ce meurtre, que Werner conserve pour faire chanter son commanditaire. Au poste, Samuel réussit à sauver Nadia. Il est rattrapé par des policiers, mais Sartet a eu le temps de lui donner la vidéo, qui le disculpe. Werner est arrêté... À sa libération conditionnelle, Sartet le piège : Werner est retrouvé pendu. © les Fiches du Cinéma 2011

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Coïncidence du calendrier, le deuxième film de Fred Cavayé, après le succès de Pour elle, sort en même temps que le remake américain de celui-ci, Les Trois prochains jours [v.p. 589]. Coïncidence troublante donc car, sans faire de mauvais esprit, À bout portant ressemble parfois à une version hollywoodienne spectaculaire de Pour elle. En tout cas, Cavayé ne se renouvelle pas : un quidam ordinaire (ici, Gilles Lellouche) est confronté au malheur de sa femme (ici, enlevée par des gangsters) et doit à nouveau remuer ciel et terre pour la sauver (cette fois en faisant s’évader un malfrat endurci, joué par Roschdy Zem). La différence marquante entre le premier et le deuxième film tient au rythme. Là où Pour elle mettait en place un crescendo efficace, À bout portant joue la carte de l’action ininterrompue : elle est lancée à plein régime dès les premières minutes, puis ne ralentit jamais. Le pari est donc ambitieux, et tenu avec une réussite très relative. L’efficacité de la réalisation est intacte et le cinéaste montre une habileté dans la mise en images des scènes d’action qui n’est pas si courante dans le cinéma français. Par contre, le suspense s’en ressent : là où Pour elle offrait une mécanique narrative impeccable, À bout portant s’appuie sur un récit moins brillant, voire parfois peu cohérent. De plus, la personnalité mystérieuse de Sartet fait que, malgré tout le talent de Zem, aucun lien ne se crée à l’écran entre lui et le héros. Ainsi, ce qui aurait dû être le thème central du film ne fonctionne pas vraiment. Reste donc un pur film d’action, plutôt prenant, mais sans relief. S.G.


L’Absence Drame

de Cyril de Gaspéris

Adultes / Adolescents

Avec Liliane Rovère (Anna), Cécile Coustillac (Félicia), Jocelyne Desverchère (Michelle), Jean-Baptiste Malartre (Christian), Eddie Chignara (Bob), Adrien de Van (Paul), Sarah Thomine-Desmazures (Claire), Olivier Broche (le visiteur), Marie-Pascale Amiot (la visiteuse), Léonard de Gaspéris (l’enfant) et la voix de Lionel Émery (l’animateur).

Équipe technique Scénario : Cyril de Gaspéris Images : Sophie Cadet Montage : Alexandra Melot 1re assistante réal. : Sarah Morel Scripte : Delphine Musichini Son : Nicolas Waschkowski Décors : Aurore Casalis Maquillage : Flora Carrara Casting : Annette Trumel

Production : Saraghina et Les Films Sauvages Producteurs : Jean-Christophe Soulageon et Cyril de Gaspéris Dir. de production : Emy Porcellato Distributeur : Les Films Sauvages.

75 minutes. France, 2009. Sortie France : 10 mars 2010. Visa d’exploitation : 122648. Format : 1,77 - Couleur - Son : Stéréo. 3 copies.

Une jeune auxiliaire de vie s’isole volontairement avec la vieille dame dont elle s’occupe... Un premier long métrage intelligent, sincère et bien interprété sur la dépendance et la servitude volontaire. Mais trop de longueurs affaiblissent le propos du film.

Commentaire

© Les Films Sauvages

Résumé Une maison quelque part au cœur des marais nantais. Anna est atteinte de démence sénile et sujette à des crises parfois violentes. Matin et soir, Michelle, une infirmière, passe pour lui prodiguer ses soins. Tout le jour, Félicia, jeune auxiliaire de vie, assiste Christian, le mari d’Anna, pour s’occuper d’elle. Peu de temps après une visite, qu’Anna rend insupportable, de leur fils, Paul, avec femme et enfant, Christian part. Il reste injoignable et, de toute évidence, ne reviendra pas. Curieusement, Félicia n’en informe pas Paul, à qui elle donne régulièrement de fausses nouvelles rassurantes. Parfois, Michelle et Félicia emmènent Anna à la piscine, où Bob, le maître-nageur, lui fait faire quelques exercices.

Dénouement Un soir, Michelle fait venir Bob chez Anna lorsque celle-ci dort. Avec Félicia, ils dansent, boivent, trop... La fête sera sans lendemain. Lorsque Michelle prend ses vacances, Félicia reste totalement seule avec Anna, ne vivant plus qu’en fonction d’elle. Une intimité certaine semble maintenant les lier, jusqu’au jour où une des nombreuses crises d’Anna heurte Félicia, qui pensait que la malade finirait par reconnaître sa gentillesse et son dévouement. Alors, la jeune femme laisse le flacon des calmants ouvert à portée d’Anna, qui avale tous les cachets un par un, machinalement... Lorsque Michelle revient, personne ne répond au téléphone, la maison reste fermée, un complet désordre y règne...

L’Absence dure à peine 75 minutes. Pourtant, son principal défaut est sa longueur. On a la fâcheuse impression que Cyril de Gaspéris, dont c’est le premier film, a cherché à dépasser la fatidique durée d’une heure en étirant maladroitement une séquence déjà peu utile - celle de la “fête” avec le maître-nageur, qui en devient pénible ou en insérant une visite un peu vaine d’un couple de prosélytes d’une quelconque secte tentant d’enrôler Félicia. C’est d’autant plus dommage que le sujet qu’il a choisi est à la fois original et courageux, et sa mise en images aussi discrète que pertinente. L’Absence, titre d’une heureuse ambiguïté, aborde deux formes de dépendance. Celle d’Anna, bien sûr, dont de Gaspéris (avec une Liliane Rovère parfaite) fait une peinture aussi dure que précise. Mais “dépendante”, Félicia l’est peut-être plus encore. Le meilleur du film est dans le portrait de cette jeune fille timide, introvertie, trop fragile pour ne pas se laisser envahir par cet emploi prenant, épuisant, appelé à se développer, d’auxiliaire de vie. Michelle, l’infirmière assez forte pour ne pas être dévorée par son travail, la met en garde, en vain. La force de de Gaspéris, soutenu par l’impressionnante interprétation de la toute débutante Cécile Coustillac, est d’avoir su faire sentir, comprendre, combien une telle aliénation peut se révéler complexe. Nouvel esclavage, peut-être, cette soumission quasi inévitable à une personne. Servitude volontaire, aussi, à laquelle seule l’absence de la reconnaissance qu’espérait tant Félicia met ici dramatiquement fin. Ch.B.

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© les Fiches du Cinéma 2011


Achille et la tortue (Akiresu to kame) Comédie dramatique

de Takeshi Kitano Avec Takeshi Kitano (Machisu Kuramochi, adulte), Kanako Iguchi (Sachiko, la femme de Machisu, adulte), Yurei Yanagi (Machisu, jeune homme), Kumiko Aso (Sachiko, jeune fille), Masato Ibu (M. Kikuta, le marchand d’art), Akira Nakao (M. Kuramochi, le père de Machisu), Reo Yoshioka (Machisu, enfant), Mariko Tsutsui (Mme Kuramochi,

Adultes / Adolescents

la belle-mère de Machisu), Ren Ôsugi (Tomisuke Kuramochi, l’oncle de Machisu), Aya Enjôji (la femme de Tomisuke), Eri Tokunaga (Mari Kuramochi, la fille de Machisu), Nao Ômori (le fils de M. Kikuta), Takashi Nishina, Makoto Ôtake, Beat Kiyoshi, Mansaku Fuwa, Takeshi Ôbayashi, Fuseeri Naomasa Musaka, Susumu Terajima.

Équipe technique Scénario : Takeshi Kitano Images : Katsumi Yanagijima Montage : Takeshi Kitano et Yoshinori Ota 1er assistant réal. : Takashi Matsukawa Scripte : Keiko Tani Musique : Yuki Kajiura Son : Senji Horiuchi et Kenji Shibasaki Décors : Norihiro Isoda Casting : Takefumi Yoshikawa

Production : TV Asahi, Bandai Visual Company, Tokyo Theaters Company, WoWow et Office Kitano Producteurs : Masayuki Mori et Takio Yoshida Prod. délégué : Yamato Saito Prod. exécutif : Shinji Komiya Prod. associés : Satoshi Kubo, Michihiko Umezawa, Kazuhiro Ohta et Tetsuya Nasuno Distributeur : Océan Films.

119 minutes. Japon, 2008. Sortie France : 10 mars 2010. Visa d’exploitation : 125649. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 21 copies (vo).

Machisu est un jeune Japonais qui consacre très jeune sa vie à l’art, sans jamais obtenir la reconnaissance attendue. Kitano achève sa trilogie autobiographique avec cette histoire plutôt classique, souvent drôle et touchante.

Commentaire

© Office Kitano

Résumé Machisu est le fils d’un riche collectionneur d’art. Enfant, il révèle un don pour le dessin, encouragé par tous. Lorsque le père de Machisu se suicide pour des raisons professionnelles, sa belle-mère le confie à son oncle et sa tante, qui vivent à la campagne, puis se suicide à son tour. Ces paysans méprisent les talents de Machisu et l’obligent à travailler. L’enfant se lie d’amitié avec l’attardé du village, avec lequel il dessine. Mais celui-ci meurt. Jeune homme, Machisu travaille à l’usine et essaie de vendre ses œuvres à Kikuta, un galeriste, qui les déprécie et lui conseille de suivre une formation artistique.

Dénouement Machisu rejoint les Beaux-Arts, où il suit les projets de ses camarades, adeptes de l’“action painting”. Ils se livrent à plusieurs expériences qui tournent régulièrement au désastre. Machisu épouse une collègue de l’usine, Sachiko, qui l’encourage à peindre et avec laquelle il a une fille, Mari. Adulte, Machisu se voue à l’art mais n’obtient toujours pas la reconnaissance de Kikuta, qui lui reproche de ne pas assez s’investir personnellement. Machisu se fait aider de Sachiko pour des expériences de plus en plus folles. Mari quitte la maison et, quelque temps plus tard, le couple ne peut que constater sa mort (Mari s’est suicidée). Sachiko quitte Machisu. Celui-ci se réfugie dans l’art et met sa vie en danger. Il découvre que Kikuta, qui méprisait son œuvre, la revendait en fait très cher. Plus tard, le couple se réconcilie. © les Fiches du Cinéma 2011

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Après Takeshis’ et Glory to the Filmmaker !, Takeshi Kitano achève sa trilogie autobiographique consacrée à l’art en évoquant cette fois son œuvre picturale. En effet, le récit raconte l’existence tourmentée d’un artiste peintre, depuis son enfance jusqu’à un âge avancé. Machisu est un artiste qui veut “être” artiste, qui cherche la reconnaissance des spécialistes, et dont la vie devient, malgré lui, une œuvre d’art. Plus classique que ses précédents films, Achille et la tortue (en référence au paradoxe de Zénon) est une fable divisée en trois parties, pour chaque âge de la vie, et, comme dans Hana-bi, le récit est ici ponctué par les peintures de Kitano, au style naïf et vivement coloré. Plutôt conventionnel dans sa première partie, consacrée à l’enfance de Machisu, le film glisse ensuite peu à peu vers la fantaisie (notamment dans les scènes consacrées aux séances d’“action painting” du groupe d’étudiants, qui sont aussi délirantes qu’enthousiasmantes). Il suit en cela l’évolution du personnage principal qui, de son côté, tente des expériences de plus en plus dangereuses, et sombre progressivement dans la folie. Avec ce film, Kitano confirme que son champ d’action ne se limite pas au cinéma de genre, et qu’il peut également exceller dans un registre plus intimiste, quasi autobiographique. En tant qu’acteur, il affiche une fois encore son inimitable masque impassible, évoquant Buster Keaton, pour entraîner le spectateur dans un univers burlesque, où le banal devient pathétique, absurde, et où la grâce investit le réel grâce à des cadres toujours aussi somptueux. M.Q.


À 5 heures de Paris (Hamesh Shaot me’Pariz) Comédie romantique

de Leon Prudovsky Avec Dror Keren (Yigal), Helena Yaralova (Lina), Vladimir Freedman (Grisha), Michael Warshaviak (Sergio), Lena Sahanov (Galya), Ariel Kruszyn (Asafi), Yoram Tolledano (Gershon), Dana Glozman (Natali), Dorit Lev-Ari (Sima), Yefim Gelman (Tolya), Lada Isarov-Gorevitch (la chanteuse du karaoké), Uri Sagi (le passager), Ohad Gil

Adultes / Adolescents

(le pilote), Olga Sitovotzky (la responsable de vol aérien).

Équipe technique Scénario : Erez Kav-El et Leon Prudovsky Images : Giora Bejach Montage : Evgeny Ruman Musique : Gavriel Ben-Podeh Son : Aviv Aldema Décors : Dror Elhadad Casting : Esther Kling

Production : 2-Team Productions Producteurs : Haim Mecklberg, Estee Yacov Mecklberg, Moshe & Leon Edery Producteur exécutif : Kainan Eldar Distributeur : Memento Films.

90 minutes. Israël, 2008. Sortie France : 23 juin 2010. Visa d’exploitation : 126148. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 39 copies (vo).

Un chauffeur de taxi israélien doit aller à Paris, mais se retrouve paralysé par sa peur de l’avion. Il rencontre une professeur de musique en cours d’émigration. Une innocente comédie romantique plutôt attachante malgré des maladresses.

Commentaire

© 2-Team Prod.

Résumé Assis sur le capot de son taxi, garé près d’un aéroport de la banlieue de Tel Aviv, Yigal regarde un avion décoller. Sujet à la phobie des airs, qu’il tente de surmonter avec l’aide d’un psy, il doit s’envoler pour Paris où sera célébrée la bar-mitsva de son fils. Lina, professeur de musique, intègre ce dernier dans sa chorale pour le punir d’avoir séché un cours. Elle et son mari, Grisha, ont le projet de partir vivre au Canada. Yigal prend par hasard dans son taxi Lina, accompagnée de deux amis. Peu à peu, tous deux sympathisent. Après une soirée karaoké, elle l’embrasse.

Dénouement Elle tombe aussitôt sur Grisha qui, de retour du Canada, l’attendait devant leur immeuble. Yigal survient : il rend la veste du mari prêtée par Lina pour la soirée. Un ange passe. Lina trouve dans la boîte aux lettres le visa permettant à elle et Grisha de s’installer au Canada. Elle n’en dit mot. Yigal attend Lina devant l’école : il veut lui rendre aussi la chemise qu’elle lui avait prêtée avec la veste. Elle se blottit dans ses bras. Rentrée tard, elle montre à Grisha le visa, puis lui dit qu’elle vient de voir Yigal. Devant l’école, Yigal attend son fils et Grisha, Lina. Celui-ci invite Yigal à leur soirée de départ au Canada. Yigal y va. Il déclare son amour à Lina. Grisha le gifle, puis s’excuse. Yigal le gifle. Lui et Lina vont passer la nuit ensemble. Lina est dans l’avion avec Grisha : elle lui avait promis de l’accompagner car le visa oblige Lina et Grisha à passer la frontière canadienne ensemble, sinon il n’est pas valable.

On se souviendra d’À 5 heures de Paris, mais peut-être pas pour ses qualités artistiques. Sorti juste après l’arraisonnement sanglant d’un convoi humanitaire à destination de Gaza, ce film israélien s’est en effet retrouvé au cœur d’une polémique - allant jusqu’à son boycott par le réseau de salles Utopia - sans commune mesure avec ce que dégage cette innocente comédie romantique. En effet, il n’y a, à proprement parler, rien de politique dans cette histoire d’amour entre Yigal, le chauffeur de taxi phobique des avions, et Lina, la prof de musique en cours d’émigration pour le Canada. Lui est condamné par sa peur à rester au pays. Elle est, de fait, en transit. La rencontre, impossible mais salutaire, sera brève et intense. Une jolie scène résume l’essentiel du film. Yigal croit voir une souris courir dans l’appartement de Lina. Paniquée, elle monte sur sa chaise. Il fait de même. Une amie les surprend dans cette posture incongrue. Rapide, légère, montée dans un staccato saisissant, la séquence repose sur un paradoxe plaisant : Yigal peut, d’une certaine façon, s’élever dans les airs grâce à une autre peur, partagée. Un début prometteur avant d’atteindre le septième ciel avec Lina... Les deux comédiens, D. Keren et H. Yaralova (Kedma), parviennent à dévoiler cet apprivoisement soudain avec beaucoup de sensibilité. Leon Prudovsky les dirige avec discrétion et subtilité. Il signe un premier film plutôt touchant malgré quelques facilités (son recours systématique aux chansons guimauves de Joe Dassin et d’Adamo) et un goût prononcé pour la démonstration. La peur de décoller, peut-être... L.R.

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© les Fiches du Cinéma 2011


Adam (Adam) Chronique

de Max Mayer Avec Hugh Dancy (Adam Raki), Rose Byrne (Beth Buchwald), Peter Gallagher (Marty Buchwald), Amy Irving (Rebecca Buchwald), Frankie Faison (Harlan), Mark Linn-Baker (Sam Klieber), Haviland Morris (Lyra), Adam LeFevre (Mr. Wardlow), Mike Hodge (le juge), Peter O’Hara (Williams), John Rothman (Beranbaum), Terry Walters (Michael), Susan Porro (Jen),

Adultes / Adolescents

Maddie Corman (Robin), Ursula Abbott (Kelli), Steffany Huckaby (Carol), Jeff Hiler (Rom), Brooke Johnston (Stephanie), Luka Kain (Bruce), Tyler Poelle (Bryan), Bill Dawes (Scottie), Mark Doherty et Tom Levanti (les policiers), Karina Arroyave (l’assistante du professeur), Andrew Patrick Ralston (Mr. Garland), Torsten N. Hillhouse (un invité), Lonnie McCullough, Hunter Reid.

Équipe technique Scénario : Max Mayer Images : Seamus Tierney Montage : Grant Myers 1er assistant réal. : Matthew Vose Campbell Musique : Christopher Lennertz Son : Zach Seivers Décors : Tamar Gadish Costumes : Alysia Raycraft Effets visuels : Aidan Fraser Dir. artistique : Natalie Tyler Casting : Sig De Miguel

et Stephen Vincent Production : Olympus Pictures, Northwood Productions et Deer Path Productions Coproduction : Serenade Films et Vox3 Films Producteurs : Dean Vanech, Leslie Urdang et Miranda de Pencier Coproducteurs : Geoff Linville et Gary Giudice Distributeur : 20th Century Fox.

99 minutes. États-Unis, 2009. Sortie France : 6 janvier 2010. Visa d’exploitation : 121363. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SR SRD. 10 copies (vo).

À travers une histoire d’amour touchante mais contrariée, Adam évoque le syndrome d’Asperger dans une vision débarrassée des clichés, mais malheureusement prisonnière d’un récit bien trop policé pour vraiment retenir l’attention.

Commentaire

© 20th Century Fox

Résumé De retour de l’enterrement de son père, Adam doit entièrement repenser son quotidien, très planifié en raison du syndrome d’Asperger dont il est atteint. Il est renvoyé de son travail. Il rencontre sa voisine, Beth, écrivain pour enfants. D’abord méfiante, Beth est finalement charmée par la fantaisie et l’honnêteté d’Adam et, contre toute attente, ils entament une liaison. Par un hasard en fait bien organisé, Adam rencontre les parents de Beth, Marty et Rebecca. Or, la franchise d’Adam passe difficilement auprès de Marty, surtout quand il l’interroge sur les poursuites judiciaires dont celui-ci fait actuellement l’objet.

Dénouement Un temps furieuse, Beth comprend finalement qu’Adam a raison, et que c’est son père qui a tenté de dissimuler la vérité et la gravité de la situation. Néanmoins, des difficultés apparaissent, notamment lorsqu’Adam réagit violemment après avoir appris que Beth lui a en fait menti pour lui faire rencontrer ses parents. Bientôt, grâce à l’aide de Beth, Adam décroche un très bon travail dans un centre d’observation spatial. Hélas, celui-ci est dans un autre État, et Adam supplie Beth de l’accompagner pour l’aider à s’adapter à ce nouvel environnement. Beth hésite, puis refuse. Marty est condamné. Quelques mois plus tard, Adam est parfaitement à l’aise dans son nouveau travail. Il reçoit par la poste le dernier livre de Beth, qui lui est dédié. © les Fiches du Cinéma 2011

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Par son approche et son sujet, Adam peut parfois rappeler les bons vieux films des Dossiers de l’écran. En effet, ce long métrage du réalisateur et scénariste Max Mayer serait parfait pour une soirée thématique sur le syndrome d’Asperger, mal dont souffre le protagoniste. Adam est un jeune homme solitaire, confronté à la mort de son père protecteur. Contre toute attente, il va séduire sa belle voisine, Beth, charmée par l’innocence et la fantaisie du personnage. Mais cette histoire d’amour complexe va se heurter aux inévitables problèmes qu’implique la condition d’Adam. Un scénario rempli de bons sentiments donc, obéissant à un schéma romantique classique mais, pour le coup, plutôt neuf et inattendu. En effet, Adam est, certes, traité comme un homme à problèmes, mais il est également dépeint comme un être normal, capable de réussir dans un travail difficile et prestigieux, et de connaître une vraie relation avec une jeune femme séduisante. La mise en scène est sobre tout en restant prévisible, et les multiples plans d’un New York bourgeois et romantique confèrent au film un ton de comédie sentimentale sophistiquée. Or, ce ton devient rapidement problématique. Car Adam est à l’image de son personnage central et des récits pour enfants écrits par Beth : bien trop mignon et dénué d’ambiguïtés pour convaincre. Entre la comédie élégante et inoffensive, le drame et l’onirisme (avec la représentation du monde d’Adam), le cinéaste ne choisit pas, et livre finalement une œuvre simplement convenable, polie et anecdotique. S.G.


Adieu Falkenberg (Farväl Falkenberg) Chronique

de Jesper Ganslandt

Adultes / Adolescents

Avec John Axel Eriksson (John), Holger Eriksson (Holger), David Johnson (David), Jesper Ganslandt (Jesper), Jörgen Svensson (Jörgen), Rolf Sundberg (le père de Jesper), Ulla Jerndin (la mère d’Holger et de John), Per-Ola Eriksson (le père d’Holger et de John), Helena Svensson (la mère de Jörgen), Leif Arne Gustavsson, Eva Lundskog, Johanna Raoust.

Équipe technique Scénario : Jesper Ganslandt et Fredrik Wenzel Images : Fredrik Wenzel Montage : Jesper Ganslandt et Michal Leszczylowski Musique : Erik Enocksson Son : Peter Rolandsson et Thomas Huhn

Production : Memfis Film Productrice : Anna Anthony Coproducteurs : Gunnar Carlsson, Tomas Eskilsson et Peter Aalbæk Jensen Producteur exécutif : Lars Jönsson Distributeur : ED Distribution.

91 minutes. Suède - Danemark, 2006. Sortie France : 12 mai 2010. Visa d’exploitation : 125990. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD. 6 copies (vo).

À Falkenberg, une bourgade balnéaire suédoise, cinq jeunes gens profitent de l’été tout en s’interrogeant sur l’avenir. Entre film de vacances et digressions mélancoliques, le film de Jesper Ganslandt est, à l’image de ses personnages, fragile et touchant.

Commentaire

© Memfis Film

Résumé L’été commence à Falkenberg. Tandis que John essaie de convaincre sa mère qu’il est heureux, son frère Holger se baigne dans la mer avec son meilleur ami, David. Jesper se souvient de leur enfance, durant laquelle ils étaient déjà tous amis. David et Holger croisent Jörgen, qui a décidé de monter une entreprise de petit déjeuner au lit. David écrit son journal intime. Il part en forêt avec Holger. Ils mangent des champignons et tombent malades, puis vont voir les chevaux avant de se baigner dans la rivière. Plus tard, David y retourne seul. Lors d’une autre séance de baignade, Holger et lui évoquent leur vie à la rentrée. Ils hésitent à quitter la ville.

Dénouement Holger prête main forte à Jörgen pour cambrioler une maison, mais ils fuient en entendant le bruit d’une voiture. Chacun s’occupe de son côté : Holger aux jeux vidéo, Jesper à des retrouvailles avec son père. David s’équipe d’un fusil et part en forêt, où il se tire une balle dans la tête. Holger apprend la nouvelle par téléphone. Il hurle et s’enfuit en courant, poursuivi par John. Il reste ensuite au lit, prostré. Un jour suivant, il reçoit par courrier le journal intime de David que ce dernier avait envoyé avant de se donner la mort. Il commence à le lire en compagnie de son père. Les quatre amis assistent à l’enterrement, puis sortent en ville. Dans son journal, David leur demande d’essayer de le comprendre et de continuer à vivre, ce qu’ils font.

Falkenberg est une petite station balnéaire de Suède, dans laquelle on se voit bien avoir une maison de vacances (par exemple un de ces petits chalets rouges) mais pas forcément vivre. Les cinq amis que suit le réalisateur n’ont donc pas beaucoup d’autres choix que de quitter la ville pour démarrer leur vie d’adulte. L’histoire de ce dernier été à Falkenberg va ainsi développer, dans la voix off et les conversations entre David et Holger, le sentiment d’arrachement de ceux qui peinent à abandonner l’âge insouciant de l’adolescence. La nostalgie va donc servir de fil conducteur au récit, qui, pour étayer le propos, multiplie les divagations : devant un coucher de soleil (ils durent particulièrement longtemps dans les pays scandinaves), lors d’une baignade bucolique ou en insérant des films de l’enfance des personnages. C’est parfois poétique, et, à d’autres moments, insistant et agaçant. Jesper Ganslandt, qui se met également en scène dans ce récit (c’est le copain “qui a déjà vécu à Oslo”), filme l’ensemble comme un témoignage intime, une vidéo amateur, dans laquelle on va chercher l’émotion et le sens dans des détails infimes - un regard, un geste - plus que dans le scénario, volontairement décousu. Si les séquences qui suivent David et Holger dans leurs promenades sont plutôt réussies, c’est moins le cas lorsque la caméra les quitte ponctuellement pour s’intéresser aux autres personnages, qu’on n’a pas le temps d’apprendre à connaître et dont on finit par se désintéresser. Néanmoins, les acteurs sont convaincants et le film finalement assez attachant. M.Q.

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© les Fiches du Cinéma 2011


L’Âge de raison Comédie de mœurs

de Yann Samuell Avec Sophie Marceau (Margaret), Marton Csokas (Malcolm), Michel Duchaussoy (Mérignac), Jonathan Zaccaï (Philibert), Emmanuelle Grönvold (De Lorca), Juliette Chappey (Marguerite), Déborah Marique (la mère de Marguerite), Thierry Hancisse (Mathieu), Emmanuel Lemire (le père de Marguerite), Roméo Lebeaut (Philibert, enfant), Jarod Legrand (Mathieu, enfant), Alexis

Adultes / Adolescents

Michalik (l’assistant de Margaret), Raphaël Devedja (Simon), Christopher Tram, Jacky Ribault, Franck Adrien, Jérémie Chaplain, Anne Robert, Antoine Roch, Clara Guipont, Christophe Rossignon, Marie-Dominique Liétar, Mireille Séguret, Henri Bourgon, Bernard Gerland, Guy Gaudenèche, Virginie Robert, Galaad Lebeaut, Orphée Lebeaut, Juning Luo, Gauthier Lodéon.

Équipe technique Scénario : Yann Samuell Images : Antoine Roch Montage : Andréa Sedlackova 1ers assistants réal. : Alain Braconnier et Lofti Aït Jaoui Scripte : Rachel Corlet Musique : Cyrille Aufort Chansons : Lisa Mitchell Son : Pierre Mertens Décors : Jean-Michel Simonet Costumes : Fanny Drouin Maquillage : Nurith Barkan

Casting : Gigi Akoka Production : Nord-Ouest Films Coproduction : Artémis Prod., Mars Films, France 2 Cinéma et Rhône-Alpes Cinéma Producteur délégué : Christophe Rossignon Prod. exécutive : Ève Machuel Producteurs associés : Philip Boëffard et Patrick Quinet Dir. de production : Jacques Attia Distributeur : Mars Distribution.

97 minutes. France - Belgique, 2010. Sortie France : 28 juillet 2010. Visa d’exploitation : 118178. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SR SRD. 361 copies.

Nouveau film de Yann Samuell (l’auteur de Jeux d’enfants) sur le duel rêves de gosses / compromis d’adultes. Nouveau film avec Sophie Marceau, la star des comédies de quadra. L’Âge de raison devrait nous “parler”, mais la communication est coupée.

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© Nord-Ouest Films

Résumé À 40 ans, Margaret est une femme d’affaires redoutable. Elle reçoit la visite d’un notaire à la retraite, Mérignac, qui dit la connaître : il lui apporte un paquet contenant des lettres écrites par une petite fille, Marguerite, le jour de ses 7 ans. Bien qu’ébranlée, elle s’envole pour Shanghai avec son collègue et compagnon, Malcolm. Là, elle reçoit un second lot de lettres et quitte la table des négociations. Le soir, elle discute avec Malcolm de leurs rêves d’enfants : les ont-ils laissé échapper ? Malcolm, qui voulait être pilote, lui demande alors qu’ils aient un enfant. Elle rend visite à Mérignac... dans son village d’enfance : petite, elle avait confié les lettres au notaire pour qu’il les lui remette à ses 40 ans, afin de s’assurer qu’elle serait devenue une femme bien.

Dénouement Elle se souvient de Philibert, son amoureux de l’époque, avec lequel elle pensait creuser un tunnel pour distribuer de la nourriture en Afrique. Une dernière lettre lui enjoint de le retrouver. Margaret quitte Malcolm pour aller dans le Sud. Elle rencontre Philibert et réalise qu’elle ne ressent rien pour lui. Elle rend ensuite visite à son frère, Mathieu, qui lui reproche son égoïsme. Puis Philibert lui apporte une vidéo de Mérignac, hospitalisé, et une dernière lettre : démunie, Marguerite avait fait la promesse à 7 ans de s’endurcir et de mentir. Margaret comprend son erreur : elle démissionne, s’excuse auprès de Mathieu et, enceinte de Malcolm, elle fonde une ONG avec Philibert pour aider les pays pauvres. © les Fiches du Cinéma 2011

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Nouvelle comédie de mœurs mettant en vedette Sophie Marceau, après le succès de LOL, où l’actrice de La Boum était devenue la mère d’une adolescente, L’Âge de raison aborde un autre aspect de la crise de la quarantaine : lorsque l’on se demande si on est devenu ce qu’on est. En l’occurrence, cette wonder woman des affaires a-t-elle respecté ses rêves d’enfant ? Yann Samuell - décidément adepte du miroir enfant / adulte, après avoir signé Jeux d’enfants en 2003 - part ainsi de l’idée que le personnage s’est écrit des lettres à 7 ans pour s’assurer qu’à 40 elle est restée quelqu’un de bien. Mais le spectateur, lui, sait d’emblée que quelque chose cloche dans cette vie aseptisée. Il a donc un train d’avance sur Sophie / Margaret, qui n’aura de cesse de chercher et de fuir la réalité dans le même temps. Le réalisateur ne cède pas à la facilité de faire envoyer valser sa vie entière par son personnage principal. Il tente un jeu subtil entre ce qu’elle est et ce qu’elle aurait pu devenir, disant au final que ce n’est pas si éloigné, à deux ou trois choses près (son compagnon a, par exemple, le droit de le rester, car la classique figure de l’amoureux d’enfance est ici détournée). C’est plutôt original. Cependant, cela ne crée rien : aucune émotion, aucune empathie, aucun plaisir. La mécanique du récit s’emballe à vive allure, mais à vide, si bien que le sentiment s’enraye et ne trouve aucune place dans ce film alors même qu’il est au cœur du sujet. Difficile, dès lors, de croire à l’amnésie de Margaret, même si on croit très fort en la puissance de l’inconscient. Ch.R.


L’Agence tous risques (The A-Team) Action

de Joe Carnahan

Adultes / Adolescents

Avec Liam Neeson (le colonel John “Hannibal” Smith), Bradley Cooper (le lieutenant Templeton “Futé” Peck), Sharlto Copley (le capitaine “Looping” Murdock), Quinton “Rampage” Jackson (le sergent Bosco “Barracuda” Baracus), Patrick Wilson (Mr. Lynch / l’agent Vance Burress), Jessica Biel (le capitaine Charissa Sosa), Gerald McRaney (le général Russ Morrison), Brian

Bloom (Pike), Henry Czerny (le directeur McReady), Yul Vázquez (le général Javier Tuco), Maury Sterling (Gammons), Terry Chen (Ravech), Omari Hardwick, David Huggins, Jacob Blair, Rad Daly, Kyle Riefsnyder, James O’Sullivan, Leah Carnahan, Dirk Benedict, Dwight Schultz, John Carnahan, Jon Hamm (Mr. Lynch [non crédité]) et la voix de Corey Burton (le narrateur).

Équipe technique Scénario : Joe Carnahan, Brian Bloom et Skip Woods, d’après les personnages de la série TV créée par Frank Lupo et Stephen J. Cannell (1983-87) Images : Mauro Fiore Montage : Robert Barton et Jim May 1ers assistants réal. : Jim Brebner et Lee Cleary Musique : Alan Silvestri Son : David Husby

Production : Stephen J. Cannell Productions, Top Cow et Scott Free Productions Coproduction : 20th Century Fox et Dune Entertainment Producteurs : Stephen J. Cannell, Tony Scott, Alex Young, Jules Daly, Iain Smith et Spike Seldin Coproducteur : Lee Cleary Prod. exécutifs : Ross Fanger, Ridley Scott et Marc Silvestri Distributeur : 20th Century Fox.

114 minutes. États-Unis - Royaume-Uni, 2010. Sortie France : 16 juin 2010. Visa d’exploitation : 125884. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SR SRD. 621 copies (vo / vf).

Le retour des héros baroudeurs des années 1980, au cœur d’une intrigue militaire complexe. Un film d’action référentiel et sans complexes, bien joué et sympa, mais, comme beaucoup de films hollywoodiens récents, inutilement long.

Commentaire

© 20th Century Fox

Résumé Lors d’une mission périlleuse et officieuse au Mexique, le colonel “Hannibal” Smith et le lieutenant Peck (dit Futé) rencontrent et recrutent deux nouveaux collaborateurs : “Barracuda” et un pilote à l’état mental douteux, “Looping”. Des années plus tard, ils sont en Irak. Ils acceptent une nouvelle mission : récupérer des plaques d’impression de billets américains, volées par Saddam Hussein. Une mission sur laquelle les accompagnent l’agent Lynch, de la CIA, et le capitaine Sosa, une ex de Futé. Or, les choses tournent mal : le général Morrison (qui les couvrait) est tué, les plaques disparaissent, et le groupe est arrêté pour leur vol.

Dénouement En prison, ils sont contactés par Lynch, qui les aide à s’évader. Le groupe se reforme donc et, grâce à Lynch, repère le vrai voleur des plaques : Pike, un mercenaire, grand rival d’Hannibal en Irak. Ils décident de démasquer le commanditaire, afin de prouver leur innocence. Une action spectaculaire leur permet de remettre la main sur les plaques (et sur Morrison, qui est vivant et est en réalité un complice de Pike). Mais ils sont à nouveau doublés et comprennent, un peu tard, qu’ils ont été manipulés par Lynch depuis le début. Ils contactent alors Sosa, qui les aide à piéger Lynch lors d’une opération complexe montée par Futé. Leur innocence est enfin avérée... mais ils sont toujours considérés coupables : cette fois, de s’être enfuis de prison ! Ils s’évadent donc à nouveau et entament une nouvelle vie de bons samaritains.

Les années 1980 étant très à la mode, L’Agence tous risques débarque enfin sur les grands écrans. À la réalisation : Joe Carnahan, qui avait prouvé son talent dans le registre du drame policier avec Narc, puis dans celui de la comédie noire avec Mise à prix. Ces qualités sont précisément demandées pour cette adaptation, qui, avant les Expendables de Stallone [v.p. 261], tente d’occuper le terrain du film de mecs bourru, macho et sympathique. Carnahan choisit d’assumer le côté humoristique et référentiel du projet, et tente de maintenir l’équilibre entre un sérieux essentiel pour l’action, et un second degré indispensable à ce genre d’aventures. Le casting constitue, de ce point de vue, la grande réussite du film : Liam Neeson est parfait en macho en chef (modèle John Wayne), Bradley Cooper (Very Bad Trip) se défend bien dans un rôle de play-boy ironique et dur à cuire (genre Ocean’s 11) et Sharlto Copley, la révélation de District 9, donne à Looping la folie nécessaire. L’alchimie entre les acteurs fonctionne très bien et offre au film ses meilleurs moments. Ces points positifs sont hélas gâchés par une recherche du spectaculaire qui pousse le cinéaste à enchaîner les séquences d’action invraisemblables. Le film se traîne alors en longueur et les dernières scènes de fusillade ne provoquent qu’un vague ennui. Il est étrange de constater qu’Hollywood ne réalise pas encore que, souvent, les comédiens constituent le meilleur atout de ses films, et que l’empilement de scènes d’action n’est pas essentiel pour “tenir” le spectateur. S.G.

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© les Fiches du Cinéma 2011


Agora (Agora) Drame historique

de Alejandro Amenábar Avec Rachel Weisz (Hypatie), Max Minghella (Davus), Oscar Isaac (Oreste), Michael Lonsdale (Thén), Rupert Evans (Synesius), Homayoun Ershadi (Aspasius), Ashraf Barhom (Ammonius), Manuel Cauchi (Theophilus), Sammy Samir (Cyril), Richard Durden (Olympius), Oshri Cohen (Medorus), Yousef “Joe” Sweid (Pierre), Omar Mostafa (Isidorus), Harry Borg (le préfet Evagrius),

Adultes / Adolescents

Charles Thake (Hesiquius), Clint Dyer (Hierax), George Harris (Heladius), Amber Rose Revah (Sidonia), Charles Sammut (un philosophe), Jordan Kiziuk (un disciple d’Hypatie), Angele Galea (Charition), Ray Mangion, Samuel Montague, Paul Barnes, Andre Agius, Christopher Dingli, Wesley Ellul, Alan Paris, Christopher Raikes, Nikovich Sammut, Alan Meadows.

Équipe technique Scénario : Alejandro Amenábar et Mateo Gil Images : Xavi Giménez Montage : Nacho Ruíz Capillas Réal. 2e équipe : Mateo Gil 1er assistant réal. : Javier Chinchilla Musique : Dario Marianelli Son : Glenn Freemantle Décors : Guy Hendrix Dyas Costumes : Gabriella Pescucci Effets spéciaux : Chris Reynolds

Effets visuels : Felix Bergés Dir. artistique : Frank Walsh Maquillage : Jan Sewell Casting : Jina Jay Production : Mod Producciones, Himenóptero et Telecinco Cinema Producteurs : Fernando Bovaira et Álvaro Augustin Prod. exécutifs : Jaime Ortiz de Artiñano et Simón de Santiago Distributeur : Mars Distribution.

126 minutes. Espagne, 2009. Sortie France : 6 janvier 2010. Visa d’exploitation : 125109. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD DTS. 300 copies (vo [anglaise] / vf).

Amenábar tend un fil(m) entre les premiers temps de l’ère chrétienne et le monde d’aujourd’hui, et montre les bégaiements de l’histoire. Ce faux péplum est une réflexion beaucoup plus subtile qu’il n’y paraît sur les mécanismes de l’intolérance.

Commentaire

© Teresa Isasi

Résumé Au IVe siècle après J-C., l’Égypte est sous domination romaine. Dans la cité d’Alexandrie, trois groupes religieux doivent cohabiter : les païens, les juifs et les chrétiens. Ces derniers, méprisés et marginalisés, gagnent lentement en influence. Hypatie, philosophe et astronome, est la seule femme à enseigner dans la grande bibliothèque, que dirige son père, le vieux sage Thén. Parmi ses élèves, Oreste, fou amoureux d’elle, et Synesius, l’un des rares chrétiens à être toléré dans la bibliothèque. Hypatie ne voit pas que Davus, l’un de ses esclaves, est épris d’elle. Or, une révolte chrétienne gronde, attisée par Ammonius, le chef de la milice.

Dénouement Davus, qui s’est converti, rejoint la milice d’Ammonius. L’autorité romaine protège un temps la bibliothèque, puis cède aux chrétiens : les païens doivent partir, la bibliothèque est mise à sac, et Thén meurt. Le soir même, Davus se rend chez Hypatie, qui l’affranchit. Quelques années plus tard. Les chrétiens tiennent sous leur coupe la ville, désormais dirigée par Oreste, qui s’est converti. La milice d’Ammonius commet des exactions contre les juifs. Connaissant l’amitié qui unit Hypatie à Oreste, le grand prêtre Cyril veut contraindre ce dernier à la désavouer. Il refuse. Puis, sur les conseils de Synesius, Oreste convoque Hypatie et la supplie de se convertir, mais elle ne cède pas. Elle est alors capturée par la milice. Pour lui éviter d’être lapidée, Davus l’étouffe. © les Fiches du Cinéma 2011

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Agora arrive en boitant sur nos écrans, après s’être fait casser les reins à Cannes par une presse presque unanime. Il faut dire que la façon dont avait été programmé le film alimentait le malentendu en laissant croire qu’il s’agissait d’un grand péplum d’auteur. Or Agora n’est pas cela et ne prétend jamais l’être. Avec une absolue franchise, il s’annonce comme un film politique, utilisant l’Histoire comme métaphore pour parler du monde d’aujourd’hui. Et il tient cette ligne avec une absolue rigueur. À l’échelle du centre d’Alexandrie, autour de la fameuse agora, Amenábar réunit toutes les données qui composent la situation actuelle : conflits de religions, montée de l’intolérance, désaveu des intellectuels, impuissance des politiques, récupération des tensions sociales par les extrémistes religieux... Avec une grande intelligence, le cinéaste procède par associations (les premiers chrétiens sont montrés comme les talibans de l’époque, etc.) et évite toute prise de position directe et transposable. Car il ne cède pas au manichéisme : certes les chrétiens apparaissent comme les grands méchants parce qu’ils sont en position de force, mais les juifs et les païens ne sont ni plus purs ni plus malins. Au-delà des groupes religieux particuliers, le film s’interroge juste sur l’incapacité de l’Homme à douter et à accepter la complexité du monde. Pour le reste Agora n’est pas une œuvre très flamboyante. Comme dans Mar adentro, la réalisation d’Amenábar est globalement plutôt terne, mais traversée de jolies inspirations. Le film n’en reste pas moins très respectable et assez passionnant. N.M.


Air Doll (Kûki ningyô) Conte

de Hirokazu Kore-eda Avec Doona Bae (Nozomi, la poupée), Arata (Junichi), Itsuji Itao (Hideo), Joe Odagiri (Sonoda, le fabricant de poupées), Masaya Takahashi (Keiichi, le vieil homme), Kimiko Yo (Yoshiko, la jeune fille à la réception), Ryo Iwamatsu (Samezu, le patron du vidéoclub), Mari Hoshino (Miki, la jeune fille renfermée), Susumu Terajima (Todoroki,

Adultes / Adolescents

le policier), Sumiko Fuji (Chiyoko, la vieille dame), Tomomi Maruyama (Shinji, le père), Miu Naraki (Moe, la fille), Tasuku Emoto (Toru, l’étudiant).

Équipe technique Scénario : Hirokazu Kore-eda, d’après le manga Philosophical Discourse, The Pneumatic Figure of a Girl de Gouda Yoshiie Images : Ping-Bing Lee Montage : Hirokazu Kore-eda 1er assistant réal. : Tarô Nishiyama Musique : World’s End Girlfriend Son : Yutaka Tsurumaki Décors : Yohei Taneda et Hiroki Kaneko

Costumes : Sachiko Ito Effets visuels : Hajime Matsumoto Production : TV Man Union Coproduction : Bandai Visual Company, Eisei Gekijo, Engine Film et Asmik Ace Entertainment Producteurs : Toshiro Uratani et Hirokazu Kore-eda Prod. exécutifs : Masao Teshima, Yutaka Shigenobu, Kazumi Kawashiro et Takeo Hisamatsu Distributeur : Océan Films.

126 minutes. Japon, 2009. Sortie France : 16 juin 2010. Visa d’exploitation : 126543 Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SR. 15 copies (vo).

Une poupée gonflable prend soudain vie et découvre le monde. Audacieux, Kore-eda aborde ce sujet invraisemblable avec sérieux et candeur. Le projet reste un peu inabouti, mais il est ponctué de scènes tout à fait bouleversantes.

Commentaire

© Océan Films

Résumé Comme chaque soir, Hideo, un petit employé, rentre chez lui, où l’attend Nozomi, une poupée gonflable qui lui sert de compagne. Le matin, après son départ, la poupée se lève. Elle a pris vie mystérieusement. Elle s’aventure alors dans les rues de Tokyo, vêtue de son costume de soubrette. Comme un enfant, elle a tout à découvrir et s’émerveille de la moindre petite chose. Elle atterrit dans un vidéoclub, où travaille Junichi, dont elle tombe illico amoureuse. Elle est embauchée par le patron. Dès lors, chaque soir, elle rentre sagement chez Hideo, à qui elle sert “d’ersatz sexuel” en reprenant son immobilité de poupée. La journée, elle croise d’autres personnes seules, dont un vieillard à qui elle se confie.

Dénouement Elle se promène aussi avec Junichi. Mais un jour, elle se coupe la main par accident et se dégonfle. Junichi se précipite et la regonfle en soufflant dans sa valve centrale. “Remplie” de cet air amoureux, elle s’émancipe et se transforme peu à peu. Elle cherche des réponses à sa “naissance”, à ce cœur qu’elle sent en elle, auprès de son fabricant. En vain. Hideo, qui a acheté une autre poupée, s’effraie de la voir “en vie”. Elle s’installe avec Junichi mais le blesse en espérant pouvoir le regonfler comme il avait fait avec elle. Il en meurt. Plus seule que jamais, Nozomi se laisse mourir sur le tas des ordures non-combustibles.

Et Pinocchio renaquit du côté de Tokyo. Il s’appelle Nozomi et c’est une fille : une poupée gonflable dotée d’un cœur. Un cœur qui la rend “triste et heureuse à la fois”. C’est avec la sobriété et le réalisme qui sont sa patte que le réalisateur japonais Hirokazu Kore-eda (Nobody Knows, Still Walking) s’est emparé de ce thème fantastique. La surprenante scène d’ouverture, où Hideo fait l’amour à sa poupée dans un crissement de plastique, est à ce titre exemplaire et laisse présager du meilleur. Nozomi s’éveille, admirablement incarnée par Doona Bae, qui en fera fantasmer plus d’un avec sa tenue de soubrette et ses grands yeux écarquillés. Elle se révèle particulièrement touchante dans sa naïveté exacerbée, confrontée aux grandes questions existentielles : “Pourquoi suis-je là ? Pourquoi moi ?” Mais une fois lancée la situation, Kore-eda semble soudain embarrassé par son personnage. Cette poupée docile et candide est comme une page blanche sur laquelle il n’ose pas écrire. Nozomi est dès lors condamnée à déambuler dans la ville, au cours de scènes de “découverte du monde” peu inspirées : la poupée s’émerveille d’une bouteille en verre, d’une petite fleur sur le bord du chemin... Kore-eda s’égare aussi autour du thème éculé de la “solitude dans les grandes villes” et alourdit son film de personnages secondaires caricaturaux. Mais, heureusement, la créature réussit à dépasser les hésitations de son “maître”. Et le destin de Nozomi, qui souffre et qui rit, aux prises avec les sentiments humains, nous bouleverse. Car il nous rappelle que, parfois, la vie ne tient qu’à un souffle... I.B.

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Aisheen (Chroniques de Gaza) (Aisheen (Still Alive in Gaza)) Documentaire

de Nicolas Wadimoff

Adultes / Adolescents

Équipe technique Scénario : Nicolas Wadimoff et Béatrice Guelpa Images : Franck Rabel Montage : Karine Sudan 1ers assistants réal. : Lana Matar et Sani Abou Salem Musique : Darg Team Son : Monther Abou Eyada

Production : JCC Coproduction : Akka Films Coproducteur : Nicolas Wadimoff Producteur délégué : Fayçal Hassaïri Productrice exécutive : Joëlle Bertossa Distributeur : Solaris Distribution.

85 minutes. Qatar - Suisse, 2009. Sortie France : 26 mai 2010. Visa d’exploitation : 126434. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 7 copies (vo).

Réalisé en quinze jours, peu après la dernière attaque d’Israël sur Gaza, ce documentaire dresse le portrait univoque, intéressant et précisément construit d’une population meurtrie, partagée entre la lassitude, la haine et, en dépit de tout, un vivant désir d’avenir.

Commentaire Aisheen signifie en arabe “toujours vivant”. En janvier 2009, quelques semaines après la dernière guerre de Gaza, “guerre sans merci” d’Israël contre le Hamas destinée à consolider l’opération “Plomb durci”, le documentariste suisse Nicolas Wadimoff a obtenu une autorisation de tournage de quinze jours dans la bande de Gaza. Entouré d’une petite équipe et aidé par des “fixeurs”, il a donc promené caméra et micro du Nord au Sud, auprès de civils palestiniens victimes des récents bombardements. Dans un petit parc d’attractions, un homme montre à un jeune garçon ses manèges détruits. Un agriculteur, plus las que haineux, se désole auprès de ses fils de l’arrachage de ses oliviers millénaires. Un jeune blessé se promet de mourir en martyr, comme son frère. Au zoo de Gaza, les animaux aussi souffrent de la situation. Trois jeunes gens évoquent leurs rêves interdits. L’un laisse émerger une sorte de haine tranquille pour les “Juifs”. Surréaliste, le cadavre d’une baleine s’est échoué sur la plage. Dans la zone des tunnels, on trafique - des armes sans doute, mais de tout aussi tandis que retentit encore le bruit des bombes. Des éducateurs utilisent les événements pour faire rire ou réfléchir les enfants. Au son des drones israéliens, les têtes se tournent, inquiètes, vers le ciel. Au-delà du spectacle de désolation des décombres, certains croient encore à un futur et font en sorte qu’il advienne, comme les chanteurs du groupe de rap Darg Team, dont les textes dénoncent bien sûr les attaques, mais aussi une islamisation étouffante de leur territoire, à l’instar de cette directrice d’un centre culturel de la libre pensée qui déplore cette religiosité © les Fiches du Cinéma 2011

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© Solaris Dist.

rétrograde et ouvre les enfants à d’autres horizons. Le cinéaste capte les regards, les mots, et donne ainsi visage et paroles à ces hommes, ces femmes et ces enfants rarement approchés de cette façon. Il leur restitue une identité propre, non réduite à leur seul état de Palestiniens victimes. On fera certainement le reproche à Wadimoff de n’avoir filmé que le côté palestinien, et d’être de surcroît produit par un programme “jeunesse” de la chaîne Al Jazeera. Il s’en explique : son propos n’était pas de se situer dans une impartialité équilibrée au trébuchet, ni de souligner les donnes politiques de cet interminable conflit, mais de dresser un constat, juste après les bombes, dans un territoire choisi, qu’il connaît et défend depuis longtemps. Rendons-lui cette justice de ne pas se dissimuler derrière une fallacieuse équité et de ne faire que dépeindre un intelligent et sensible paysage après la bataille. Usant de travellings et de panoramiques pour montrer une topographie modifiée par les tirs de mortier, cadrant en plans fixes les humains, il construit son film avec fluidité, entre fatalisme, attente et projets d’une population “toujours vivante”. Pas de voix off, pas de présence du filmeur à l’écran : Wadimoff s’adresse à un spectateur responsable, capable de mener une réflexion à laquelle il offre les interstices nécessaires. M.D.


Ajami (Ajami) Thriller social

de Scandar Copti et Yaron Shani Avec Shahir Kabaha (Omar), Ibrahim Frege (Malek), Fouad Habash (Nasri, le plus jeune frère d’Omar), Youssef Sahwani (Abu Elias, le patron d’Omar), Ranin Karim (Hadir, la fille d’Abu Elias), Eran Naim (Dando, le policier), Scandar Copti (Binj, l’homme à la barbichette), Elias Sabah (Shata, l’ami d’Omar), Hilal Kabob (Anan, l’homme qui fait

Adultes / Adolescents

des travaux pour Abu Elias), Nisrin Rihan (Ilham, la mère d’Omar et Nasri), Tami Yerushalmi (la mère de Dando), Moshe Yerushalmi (le père de Dando), Sigal Harel (la sœur de Dando), Abu-George Shibli (Sido, le grand-père d’Omar), Ghassan Ashkar.

Équipe technique Scénario : Scandar Copti et Yaron Shani Images : Boaz Yehonatan Yacov Montage : Scandar Copti, Yaron Shani, Burkhard Althoff et Doris Hepp Musique : Rabiah Buchari Son : Kai Tebbel Effets spéciaux : Bashir Abu Rabi’a et Sassi Franco Effets visuels : Florian Obrecht Dir. artistique : Yoav Sinai

Production : Inosan Coproduction : ZDF et Arte Producteurs : Mosh Danon et Thanassis Karathanos Producteur délégué : Zehava Shekel Coproductrice : Talia Kleinhendler Producteurs exécutifs : Rupert Preston, Allan Niblo et James Richardson Dir. de production : Tony Copti Distributeur : Ad Vitam.

124 minutes. Israël - Allemagne, 2009. Sortie France : 7 avril 2010. Visa d’exploitation : 124795. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 68 copies (vo).

Autour du quartier d’Ajami, en Israël, des personnages sous tension deviennent les rouages d’un engrenage fatal. Ce très intelligent premier film réussit à décrire la montée de la violence entre Israéliens et Palestiniens sous la forme d’une imparable mécanique de thriller.

Commentaire

© Inosan

Résumé Ajami, quartier de Jaffa, en Israël. Un voisin de la famille d’Omar, un Arabe israélien, est abattu par des mafieux : ils l’ont pris pour lui, lors d’une expédition punitive. Car un oncle d’Omar a tué un racketteur : depuis, tous ses proches sont en danger. Craignant pour la sécurité de sa mère et de son jeune frère, Nasri, Omar cherche une solution. Abu Elias, un notable du quartier, engage un conciliateur, qui trouve un terrain d’entente. Du coup, Omar doit rembourser une somme folle en deux semaines. Malek, un Palestinien, arrive clandestinement à Ajami. Sa mère se meurt à l’hôpital : une opération coûteuse pourrait lui sauver la vie. Il travaille avec Omar dans le restaurant d’Abu Elias.

Dénouement L’un de leurs amis, Binj, doit cacher de la drogue pour un ami dealer. Des policiers israéliens, parmi lesquels Dando, un homme brisé par l’assassinat de son frère soldat, font une descente chez lui mais ne trouvent pas la drogue. Après leur départ, Binj meurt d’une overdose. En fouillant sa maison, Omar et Malek trouvent la drogue (qui a, en fait, été remplacée par de la farine par Binj). Ils décident de la vendre. Abu Elias découvre qu’Omar a une liaison avec sa fille, Hadir : il le chasse. Puis il avertit les collègues de Dando : ces derniers se font passer pour des acheteurs auprès d’Omar. Lors de la vente, Dando perd les pédales en voyant la montre à gousset de son frère sur Malek : il frappe celui-ci avant d’être abattu par Nasri, qui avait suivi son frère. Nasri est tué, Omar s’enfuit.

Réalisé par un duo israélo-palestinien, Scandar Copti et Yaron Shani, ce film choral “punchy” est une plongée suffocante dans le quartier d’Ajami, à Jaffa. Entraînée dans la spirale du “struggle for life”, une noria de personnages appartenant à des groupes sociaux et culturels différents, sinon antagonistes, se heurtent de plein fouet, se râpent les uns contre les autres et s’affrontent dans une exiguë âpreté. À l’image du cinéma israélien dans son (bel) ensemble, ce premier long métrage n’en finit pas de diagnostiquer (à travers une mécanique de petits drames individuels) le malaise d’une société née au forceps, déchirée par l’inflation de sa propre paranoïa, dans laquelle les échanges, les relations, qu’ils soient ou non vectorisés par l’argent, restent déterminés par des logiques claniques ou tribales. Pour preuve : la séquence - stupéfiante de brutalité - de la négociation où, pour faire l’objet d’une dette, la survie d’un homme est mise aux enchères et crûment marchandée. Porté par un montage nerveux, densifié par une construction non-linéaire, Ajami précipite le spectateur, jet de pierre après jet de pierre, au bord du ravin où, enfin, peut-être, on “ouvre les yeux” - pour reprendre les derniers mots du film. Récompensé d’une mention spéciale à la Caméra d’Or au Festival de Cannes en 2009, Ajami est clairement défini comme un film de genre. Sans renoncer, du point de vue du divertissement, à ses ambitions, il s’attache à montrer un pays en crise comme s’il s’agissait de procéder ni plus ni moins à une vivisection. Remarquable. L.R.

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Alamar (Alamar) Chronique initiatique

de Pedro González-Rubio

Famille

Avec Jorge Machado (Jorge), Roberta Palombini (Roberta), Natan Machado Palombino (Natan), Nestor Marín “Matraca” (Matraca), Garza Silvestre (Blanquita).

Équipe technique Scénario : Pedro González-Rubio Images : Pedro González-Rubio Images sous-marines : David Torres et Alexis Zabé Montage : Pedro González-Rubio Musique : Diego Benlliure et Uriel Esquenazi Son : Emmanuel & Rodolfo Romero et Manuel Carranza Décors : Pedro González-Rubio

Dir. artistique : Mariela Ripodas Production : Mantarraya Producciones Coproduction : Xcalakarma Producteurs : Jaime Romandía et Pedro González-Rubio Producteur exécutif : Manuel Carranza Distributeur : Épicentre Films.

70 minutes. Mexique, 2009. Sortie France : 1er décembre 2010. Visa d’exploitation : 126714. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 13 copies (vo).

Pendant ses vacances auprès de son père, d’origine maya, un enfant part à la mer et découvre une nature préservée. En digne héritier de Flaherty (Louisiana Story), le documentariste Pedro González-Rubio épure son style. Un petit miracle de poésie.

Commentaire

© Mantarraya Prod.

Résumé Jorge vivait avec Roberta à Rome. Ils ont eu un fils, Natan, mais ont compris qu’ils n’avaient pas les mêmes raisons de vivre. Alors Jorge est reparti vers son pays, le Mexique. Aujourd’hui, le petit Natan dit au revoir à Roberta et part rejoindre son père. Jorge l’emmène en bateau sur la mer des Caraïbes, où vit Matraca, son père, dans une maison sur pilotis. On y dort dans des hamacs et on y vit de pêche. Jorge et Matraca pêchent des langoustes dans les coraux, puis de magnifiques poissons. Ils les préparent sur la barque et les vendent en pleine mer. Matraca montre à Jorge comment tirer le fil quand le poisson mord à l’hameçon. Natan les regarde pêcher et écailler les poissons. Les restes sont mangés tantôt par un crocodile, tantôt par les frégates. Matraca prépare des tortillas au barracuda.

Dénouement Un héron garde-bœufs s’approche. L’échassier, surnommé Blanquita, entre manger dans la maison et les accompagne sur la barque, qu’ils vont nettoyer sur une plage. Matraca lit lorsqu’il pleut. Jorge initie Natan à la lutte et apprivoise Blanquita. Sur terre, Natan découvre de nouvelles plantes. Jorge lui dit qu’il veillera toujours sur lui, même après son départ. Natan apprend la nage sous-marine puis résume ses vacances en dessins, qu’il met dans une bouteille à la mer. Voguera-t-elle vers le Mexique ou l’Italie ? Après ses vacances, dans un parc italien, Roberta lui fait des bulles. © les Fiches du Cinéma 2011

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Sous des apparences minimalistes (court, peu d’explications, trois ou quatre personnages, un seul décor : la mer), voici un film étonnant, envoûtant, et finalement très singulier. Tout d’abord, est-ce de la fiction ? La lecture du générique, à la fin, donne une partie de la réponse, puisque Roberta, Jorge et Natan jouent leur propre rôle, mais pas Matraca, ni... Blanquita ! Alors on peut dire qu’on est, et qu’on reste, perpétuellement à la lisière des deux genres, profitant à la fois des qualités du documentaire (acuité de l’improvisation, authenticité des personnages, découverte d’un milieu exotique) et de la fiction (montage restituant de façon très vivante ce milieu et les activités de pêcherie, interaction imprévisible entre les personnages)... La fragilité du film, qui se retrouve aussi dans la fragilité du milieu filmé (on est proche de la zone polluée par la plate-forme BP en 2010), apporte une poésie et une sorte de grâce due aux relations humaines essentielles et à la présence forte des éléments naturels (faune et flore aquatiques vivant en harmonie). Le spectateur se met ainsi à la place du petit Natan et découvre une nature sauvage et magique, comme lorsque l’oiseau s’introduit dans la maison. Du coup, Alamar permet de nous oxygéner, sans tomber dans un écologisme bêta. La grande barrière de corail de Banco Chincherro était d’ailleurs sans doute le lieu rêvé pour nous laver les yeux et faire le vide dans nos têtes... Le film touche alors le plus grand nombre, car il parle de l’importance vitale de la nature et de la transmission entre les générations. M.B.


Alice au Pays des Merveilles (Alice in Wonderland) Aventures

de Tim Burton

Famille

Avec Mia Wasikowska (Alice), Johnny Depp (le Chapelier Fou), Helena Bonham Carter (la Reine Rouge), Anne Hathaway (La Reine Blanche), Stephen Fry (Chess, le Chat), Crispin Glover (Ilosovic Stayne / le Valet de Cœur), Alan Rickman (Absolem), Matt Lucas (Tweedledee / Tweedledum), Barbara Windsor (Mallymkun, Le Loir), Marton Csokas (Charles Kingsleigh), Tim Pigott-Smith

(Lord Ascot), Christopher Lee (Jabberwocky), Timothy Spall (Bayard), Leo Bill (Hamish), John Surman, Imelda Staunton, Peter Mattinson, Ethan Cohn, Geraldine James, Frances de la Tour, John Hopkins, Jim Carter, Rebecca Crookshank, Eleanor Tomlinson, Joel Swetow, Michael Sheen, Holly Hawkins, Eleanor Gecks, Michael Gough, Jessica Oyelowo, Paul Whithouse.

Équipe technique Scénario : Linda Woolverton, d’après les romans Alice au Pays des Merveilles (1865) et De l’autre côté du miroir (1871) de Lewis Carroll Images : Dariusz Wolski Montage : Chris Lebenzon 1re assistante réal. : Katterli Frauenfelder Animation : David Schaub Musique : Danny Elfman Son : William B. Kaplan

Décors : Robert Stromberg Costumes : Colleen Atwood Casting : Susie Figgis Production : Roth Films, Team Todd et Zanuck Company Producteurs : Richard D. Zanuck, Suzanne & Jennifer Todd et Joe Roth Coproducteurs : Katterli Frauenfelder et Tom Peitzman Distributeur : Walt Disney Pictures.

109 minutes. États-Unis, 2010. Sortie France : 24 mars 2010. Visa d’exploitation : 125616. Format : 1,85 (2D / 3D) & IMAX - Couleur - Son : Dolby SR SRD DTS. 735 copies (vo / vf).

L’univers de Lewis Caroll et celui de Tim Burton ont en commun de regorger d’images, de sens cachés, d’incitations à la rêverie. Hélas, de leur rencontre, ils ressortent l’un et l’autre ternis, car l’inventivité visuelle géniale de Burton s’exprime au détriment du récit.

Commentaire

© Walt Disney

Résumé Alice a 19 ans et se rend, à contrecœur, à une fête où Hamish (jeune Lord repoussant, mais que tous veulent la voir épouser) la demande en mariage. Avant de répondre, elle suit un lapin (celui de son rêve récurrent dans un autre monde) et tombe dans son terrier. Après une chute vertigineuse, elle entre au Pays des Merveilles, où elle ne cesse de rapetisser et grandir. Elle y croise d’étranges créatures, qui demandent à Absolem la chenille si elle est la vraie Alice. C’est qu’ils veulent lui confier la mission de sauver leur pays en tuant le Jabberwocky, monstrueux champion de la diabolique Reine Rouge, qui a volé le pouvoir à sa douce sœur, la Reine Blanche. Alice hésite devant cette charge, jusqu’à la capture de son ami, le Chapelier Fou, qu’elle part délivrer à l’aide du chien Bayard.

Dénouement Alice se fait passer pour une demoiselle d’honneur au château où elle doit récupérer l’épée qui tuera le Jabberwocky. Mais le Valet de Cœur, dont la Reine Rouge est amoureuse, est séduit par Alice, avant de se rendre compte de sa véritable identité. Le Chapelier doit être exécuté, mais Chess, le chat invisible, lui porte secours et ils appellent la Cour à la révolte. Alice et ses amis s’enfuient et retrouvent la Reine Blanche. Alice est au plus proche d’elle-même et décide d’affronter le Jabberwocky en ce “jour frabieux” prévu par l’Oraculum. Tout rentre dans l’ordre à l’issue de cette bataille. Alice retourne chez elle, donne sa réponse - négative - à Hamish et prend son destin en main.

Alice au Pays des Merveilles est un conte qu’on ne se lasse pas de revisiter. Chacun peut se projeter dans les thèmes développés par cette nouvelle adaptation : la question identitaire est particulièrement importante pour cette Alice au seuil de l’âge adulte, qui oscille entre petite et grande Alice, mais dont la véritable “Alicité” est surtout remise en cause par l’apostrophe récurrente d’Absolem : “qui es-tu ?” Globalement, l’insécurité est présente chez tous les personnages, ce qui entraîne une remise en cause de la définition de la folie par rapport aux conventions sociales. Du pain béni pour permettre à Tim Burton une nouvelle ode aux bizarreries de chacun : énorme tête de la Reine Rouge, dont les courtisans ont tous adopté la difformité, changement de couleur du Chapelier au gré de ses humeurs, maniérisme de la Reine Blanche... Cependant, dans ces décors brumeux et inquiétants, les acteurs dansent une “guigandeli” un peu fatiguée. En effet, l’union de ces deux univers riches, dont on ne pensait jamais venir à bout, produit certes un univers hyperfoisonnant, mais auquel il manque un peu de chair (et donc de l’émotion). Concentré sur la technique, Tim Burton semble avoir rempli parfaitement le cahier des charges Disney (la 3D, réellement impressionnante, fourmille de trouvailles), mais il investit d’autant moins ses personnages et son histoire, qui paraît comme désincarnée (pourquoi donc transformer son Alice en combattante de dragon ?). Il laisse alors filer le rythme, trop trépidant, et se dissoudre l’étrangeté du conte dans un univers trop peu inquiétant. C.L.L.

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Alice ou les désirs Chronique érotique

de Jean-Michel Hulin

Adultes / Grands Adolescents, des idées et des images peuvent heurter

Avec Caroline Mercier (Alice), Cécile Calvet (Léa), Axel Zeppegno (Rémy), Jean Fornerod (Rodolphe), Guillaume Zublena (Maxime), Bruno Henry (François), Emmanuel Dabbous (le maître), Ariane Andrieux (Clémence).

Équipe technique Scénario : Jean-Michel Hulin et Cécile Calvet, d’après une idée originale de Jean-Michel Hulin Images : Laurent Andrieux Montage : Jean-Michel Hulin 1er assistant réal. : Barthélémy Brossel Son : Bastien Chauvin et Frédéric Ladevèze Décors : Laurent Marmol

Maquillage : Anna Marta Prazak Production : 5ème Planète Producteur : Arnaud Boland Dir. de production : Arnaud Boland Distributeur : Les Films à Fleur de Peau.

100 minutes. France, 2009. Sortie France : 24 février 2010. Visa d’exploitation : 122882. Interdit aux moins de 16 ans. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SR. 1 copie.

À la suite d’une rupture, Alice s’initie auprès de sa cousine Léa aux plaisirs du sadomasochisme. Souvent maladroit dans sa mise en scène, ce film assez bourgeois ne parvient à bousculer ni les tabous, ni les lieux communs, ni le spectateur.

Commentaire

© 5ème Planète

Résumé Lors d’un dîner chez sa cousine Léa et son mari Maxime, Alice, 26 ans, annonce à son ami Rodolphe qu’elle ne l’aime plus et le quitte. Alice s’installe alors dans un studio près de chez sa cousine qui est, comme elle, professeur dans un lycée. Autour d’un verre, Léa lui apprend que son mari et elle ont des relations libertines. Puis, elle lui montre des photographies de jeux érotiques sadomasochistes et convainc Alice de se prêter à une séance photo dans des poses suggestives.

Dénouement Alice commence à fréquenter un collègue, François, et fait des rencontres coquines sur Internet. Elle découvre que son meilleur élève, Rémy, fréquente Léa. Rémy propose à Alice une séance SM. Elle accepte de se laisser dominer par Léa et Rémy, qui lui offrent une nouvelle tenue et l’emmènent au lycée, où elle couche avec Rémy. Ils sont tous deux troublés et Rémy cesse de venir en cours. Léa est très inquiète. Alice propose à François d’essayer le SM avec elle, mais celui-ci en profite pour la sodomiser contre sa volonté. Alice passe ensuite une journée avec un maître SM rencontré sur Internet, qui en fait son esclave, la fouette et l’enferme. Elle craque lorsqu’il lui annonce qu’elle sera le jouet sexuel d’un groupe d’invités. Rémy vient la chercher. Ils se fréquentent et Rémy lui propose de le suivre à Los Angeles. Alice lui explique qu’elle ne veut pas renoncer au sadomasochisme. © les Fiches du Cinéma 2011

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Jean-Michel Hulin entame avec ce film un projet de “trilogie amoureuse”, où il abordera, sous trois angles et à travers trois personnages de femmes d’âges différents, les vertiges de l’amour. Premier volet du cycle, Alice ou les désirs aborde les choses par le versant érotique, en racontant l’initiation d’une jeune professeur de mathématiques aux joies du sadomasochisme... Alice pourrait donc a priori se situer dans la lignée des derniers Brisseau (Les Anges exterminateurs, À l’aventure...). Mais hélas, l’approche est ici extrêmement frileuse et les différentes scènes de sexe, qui devraient être le cœur du film, semblent bien fades. À l’exception peut-être de la séquence centrale, entre Rémy et Alice, elles se révèlent incapables de susciter le trouble à un quelconque niveau. Il faut dire que, dans la mesure où elle est très mal filmée, l’actrice principale (Caroline Mercier) a beau s’exposer dans des poses plus que suggestives, nue ou affublée de divers gadgets, elle ne peut espérer éveiller une grande émotion chez le spectateur. Par ailleurs, le scénario contient des incohérences qui nuisent à la crédibilité des personnages. Ainsi cet élève surdoué et majeur, qui se retrouve pourtant en Terminale, juste parce que cela permet d’exploiter sans problème moral les clichés érotiques du désir entre professeur et élève et de l’inversion du rapport dominant-dominé. Finalement, ce film qui se voudrait érotique se contente donc de n’être qu’une sorte de petit manuel pratique du sadomasochisme. On ne peut qu’espérer que les deux autres opus de la trilogie sauront lui donner rétrospectivement un peu d’intérêt... M.Q.


All About Steve (All About Steve) Comédie

de Phil Traill

Adultes / Adolescents

Avec Sandra Bullock (Mary Horowitz), Thomas Haden Church (Hartman Hughes), Bradley Cooper (Steve), Keith David (Corbitt), Ken Jeong (Angus), Katy Mixon (Elizabeth), DJ Qualls (Howard), Beth Grant (Mrs. Horowitz), Holmes Osborne (Soloman), Howard Hesseman (Mr. Horowitz), Delaney Hamilton (la petite fille sourde), Luenell (Lydia), Jason Jones (Vasquez), Elliott Cho (Daniel), M.C. Gainey

(Norm, le chauffeur routier), Kerri Kenney-Silver (Miss Hancock), Rachel Sterling (la botaniste), Carlos Gómez, Christina Carlisi, George Sharperson, Stephanie Venditto, Joe D’Angerio, Shanda Laurent, Mickey Giacomazzi, P.J. Marino, Wayne Grace, Bridget Shergalis, Noah Munck, James Martin Kelly, Joy Darash, Bryan Moore, Andrew Caldwell, Dorie Barton, Dori Kancher, Larry Dorf.

Équipe technique Scénario : Kim Barker Images : Tim Suhrstedt Montage : Rod Dean et Virginia Katz 1re assistante réal. : Angela C. Tortu Musique : Christophe Beck Son : José Antonio García Décors : Maher Ahmad Costumes : Gary Jones Effets spéciaux : Shannon J. Thompson

Dir. artistique : Austin Gorg Maquillage : Ann Masterson Casting : Juel Bestrop et Seth Yanklewitz Production : Fortis Films Coproduction : Radar Pictures et Dune Entertainment Producteurs : Sandra Bullock et Mary McLaglen Prod. exécutifs : Ted Field, Nick Osborne et Trevor Engelson Distributeur : 20th Century Fox.

100 minutes. États-Unis, 2009. Sortie France : 24 mars 2010. Visa d’exploitation : 125555. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SR SRD DTS. 10 copies (vo / vf).

Une verbicruciste un brin trop bavarde tombe folle amoureuse d’un cameraman... qui s’empresse de déguerpir. Prévu pour être une comédie désopilante entièrement au service de Sandra Bullock, All About Steve tombe laborieusement à plat.

Commentaire

© Fortis Films

Résumé Conceptrice de mots croisés pour le Sacramento Herald, Mary Horowitz retourne chez ses parents le temps de la dératisation de son appartement. Comme elle néglige sa vie amoureuse, ses parents ont organisé pour elle une “blind date” avec Steve, cameraman à CNN. Mary a le coup de foudre. Et dans sa voiture, elle saute sur Steve, qui prend peur et s’enfuit. Mary conçoit alors des mots croisés consacrés à Steve... Mais son patron la renvoie. Elle le prend comme un signe et décide de rejoindre Steve !

Dénouement Elle file à Tucson, où il a été envoyé avec Hartman, le reporter, et Angus, le technicien, mais il est déjà à Oklahoma City. Elle l’y rejoint et lui décroche accidentellement un scoop. Hartman découvre l’existence de Mary et la manipule pour jouer un tour à Steve. L’équipe se rend à Galveston pour couvrir une tempête : Mary les suit, et survit à une tornade. Ils sont ensuite envoyés dans le Colorado, où des enfants handicapés sont pris au piège dans un puits de mine désaffectée. Les enfants sont sauvés, mais Mary tombe dans le trou, aux côtés d’une fillette qui est restée coincée. La presse et les chaînes télé s’emballent. Des rumeurs commencent à courir sur Mary. Steve prend sa défense tandis qu’Hartman se jette dans le puits pour secourir Mary et la fillette. Grâce à l’ingéniosité de Mary, ils parviennent à sortir du puits. Steve s’excuse auprès de Mary, et l’encourage à ne pas changer.

All About Steve s’est donné pour impératif de réunir une distribution éclectique et pour le moins curieuse : Sandra Bullock (habituée des comédies sentimentales), Thomas Haden Church (Sideways) et, échappés de Very Bad Trip, Bradley Cooper et Ken Jeong. L’objectif est clair : détourner les principes de la comédie romantique en transformant l’héroïne en un personnage instable et obsessionnel. À la frontière de la dépression et de la folie douce, Mary s’entiche d’un cameraman et se met donc à le (pour)suivre avec une obstination à toute épreuve. Avec son mélange de candeur innocente et de persévérance aveugle, ce personnage aurait pu enrichir l’intrigue, en le dotant d’une dimension plus inquiétante. Malheureusement, ce n’est pas le cas... Car Phil Traill, dont c’est le premier long métrage, n’a jamais envisagé le scénario autrement que comme une comédie au ras des pâquerettes. Le rythme est fondé sur des gags absurdes et sur le décalage entre l’excentricité de cette femme et la perception que les autres ont d’elle. Les acteurs ne sont pas dirigés et n’ont pas grand-chose à défendre, à l’exception de Bullock, qui en fait beaucoup trop. La comédienne, récompensée à juste titre pour cette prestation d’un Razzie de la pire actrice, s’évertue en effet à rendre son personnage original, mais ne parvient qu’à l’enfoncer un peu plus dans la caricature. Peu drôle, laborieusement construit, All About Steve se conclut sur une note chère aux frères Farrelly : un éloge de la différence. Mais ici, ce dénouement classique et formaté tombe comme un cheveu sur la soupe. Mi.G.

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Al’lèèssi... Une actrice africaine Documentaire

de Rahmatou Keïta

Adultes / Adolescents

Avec Zalika Souley, Mustapha Alassan, Mahamane Bakabé, Moustapha Diop, Boubacar Souna.

Équipe technique Scénario : Rahmatou Keïta Images : Philippe Radoux-Bazzini Montage : Omar Ba, Sébastien Garcia et Yero Maïga 1er assistant réal. : Manuel Gasquet Son : Manuel Gasquet et Issaka Yousouf

Production : Sonrhay Empire Productions Productrice : Maryam Keïta Dir. de production : Maryam Dia et Éliane Lacroux Distributeur : Unzéro Films.

69 minutes. Niger, 2005. Sortie France : 17 novembre 2010. Visa d’exploitation : 127929. Format : 1,66 - Couleur - Son : Mono. 1 copie (vo).

À Niamey, le portrait de la première actrice nigérienne, Zalika Souley, qui a connu la gloire puis l’oubli, permet d’évoquer l’histoire d’une industrie cinématographique moribonde et les tabous qui persistent dans la société. Un sujet passionnant, qui aurait pu être plus fouillé.

Commentaire Un jour ordinaire dans la vie d’une femme humble, qui fait son marché, va chercher l’eau à la fontaine et attise le feu avant de préparer le repas. Zalika Souley a été la première femme du Niger à accepter de jouer dans des films. Elle raconte comment Mustapha Alassan, alors jeune réalisateur, l’avait choisie pour jouer dans Le Retour d’un aventurier, le premier western africain, dont des extraits (épiques !) émaillent son récit. Zalika avait embrassé la carrière de comédienne par jeu, puis l’avait poursuivie par passion, contre l’avis de ses parents. Des témoignages suivent. Ceux des pionniers du cinéma nigérien : Boubacar Souna, Mahamane Bakabé, Moustapha Diop... La réalisatrice les filme chez eux et chacun y va de son anecdote sur son travail avec Zalika, sur la fabrication des films, et sur cette époque révolue où le tout jeune gouvernement avait encore la volonté de fonder une industrie du cinéma. Aujourd’hui, il n’y a plus d’argent pour faire des films et il n’y a même plus de salles pour les voir. Les prises de vue dans les établissements de la ville attestent que tout tombe en ruines et que le marché est inondé par le commerce illégal de cassettes vidéo et de DVD. Le Niger avait pourtant été le premier pays d’Afrique subsaharienne à développer sa propre industrie, après la décolonisation. Jean Rouch n’y était pas pour rien, puisque certains des jeunes cinéastes avaient été ses assistants. Zalika, elle, avait enchaîné les rôles et gagné beaucoup d’argent, qu’elle avait dépensé aussitôt, sans penser à l’avenir. Naïvement, elle avait sacrifié sa vie de femme pour donner corps à des personnages (entremetteuses, prostituées) qui lui © les Fiches du Cinéma 2011

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© Sonrhay Empire Prod.

ont collé à la peau, faisant fuir les hommes et attirant la honte sur sa famille. Le public, confondant fiction et réalité, a même fini par la rejeter tout à fait, en l’insultant. Star délaissée, le film la montre honorée à l’étranger pour sa carrière d’actrice, à la suite de quoi elle sera enfin reconnue et décorée dans son propre pays. Grâce à cette distinction, un poste à la MJC locale lui sera confié pour conter des histoires aux jeunes générations et parler de son expérience dans le cinéma. Mais le film se clôt en annonçant brutalement qu’en 2000, Zalika a fini par émigrer en Europe, pour y travailler comme femme de ménage. Si la réalisatrice fait ici un important travail de mémoire en rappelant le destin de cette femme puis l’indifférence qu’elle a subie, et par extension les difficultés que connaît le cinéma africain pour exister, on pourra toutefois regretter qu’elle n’ait pas creusé davantage certaines pistes du film comme les rapports entre cinéma colonial et cinéma nigérien, ou la place singulière des femmes dans cet univers très masculin. Il nous manque des repères pour bien saisir les enjeux de cette histoire, mais les quelques extraits de films utilisés en disent long sur la richesse d’un patrimoine trop souvent injustement confiné dans les rétrospectives et les festivals. L.G.


Allez raconte ! Animation

de Jean-Christophe Roger

Famille

Avec les voix de Éric Métayer (Laurent), Élie Semoun (Éric), Fred Testot (l’animateur), Omar Sy (Momo), Virginie Hocq (Marion), Nicolas Marié (Beauregard), Barbara Tissier (Brigitte), Dominique Collignon-Maurin (Hubert), Renaud Rutten (Jean-Pierre), André Chaumeau (Robert).

Équipe technique Scénario : Jean-Christophe Roger, d’après la bande dessinée de Lewis Trondheim et José Parrondo (2001-2003) Montage : Fabienne Alvarez-Giro Animation : Audrey Brien, Gilles Rudziak et Florence Henrard 1er assistant réal. : Lionel Kerjean Musique : Nicolas Borycki et Christian Perret

Son : Bruno Seznec Décors : Émilie Rimetz Casting : Jean-Marc Pannetier Production : Les Armateurs et Mélusine Productions Coproduction : StudioCanal et 2 Minutes Producteurs délégués : Didier Brunner et Stéphan Roelants Producteur exécutif : Ivan Rouveure Distributeur : Gebeka Films.

77 minutes. France - Luxembourg - Belgique, 2010. Sortie France : 20 octobre 2010. Visa d’exploitation : 117141. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SR. 93 copies.

Un gentil papa doué pour raconter des histoires participe à une émission télévisée délirante. Un film d’animation familial atypique, à l’esthétique un peu fade et parfois très maladroit. Mais l’ensemble est aussi bourré d’énergie et très drôle !

Commentaire

© Les Armateurs

Résumé À l’heure du coucher, Laurent raconte, à sa façon, une histoire de Zorro à ses enfants. Le lendemain, on annonce à la télévision les candidats sélectionnés pour participer à l’émission Papa raconte, qui met en concurrence les imaginations des pères doués pour raconter des histoires à leurs enfants sur des thèmes imposés. Laurent est mort de peur à l’annonce de sa sélection, mais sa femme, Brigitte, motivée par le premier prix (une voiture) et ses enfants le décident à participer. Il y fait la connaissance de Momo, jeune papa noir, qui raconte ses histoires en musique, de Marion, mère féministe, du plutôt grossier Jean-Pierre et d’Hubert, néo-aristo fan d’Histoire. Il découvre également qu’il doit affronter Éric, son pire ennemi et collègue dans une grande maison de production.

Dénouement Laurent passe la première épreuve haut la main, talonné de près par Éric. Avec la complicité d’une des hôtesses, ce dernier s’acharne à disqualifier Laurent. Brigitte s’en rend compte et entreprend de l’arrêter. L’émission continue, ponctuée d’intermèdes parodiques de chanteurs connus. Momo, Jean-Pierre, Hubert et Marion sont éliminés. La finale oppose les deux ennemis jurés, sous l’œil de leur patron, Beauregard, qui menace de virer le perdant et veut récompenser le gagnant d’un premier rôle au cinéma. Chacun essaye de tirer son épingle du jeu dans une prestation délirante. L’intégrité et le talent de Laurent sont récompensés : il remporte la victoire... tandis que Momo et Marion filent le parfait amour !

Allez raconte ! est au départ une BD pour enfants de Trondheim et Parrondo, qui a donné lieu à deux séries pour M6, réalisées par Jean-Christophe Roger qui signe également cette adaptation cinématographique à la demande des producteurs des Armateurs (Kirikou et la sorcière, Les Triplettes de Belleville...). Le style graphique très simple de la BD est respecté et malheureusement encore enlaidi par un procédé d’animation 2D flash qui rend l’esthétique du film naïve et fade. Dommage, car ce film recèle, par ailleurs, de nombreuses qualités. D’abord, il est très drôle : les interludes de l’émission - assurés par des parodies de Jackson, Polnareff, Brel ou Johnny... - sont très réussis. La construction des personnages manque parfois de subtilité (les méchants sont vraiment méchants, les gentils sont des vrais gentils), mais certains sont dessinés de façon assez juste : par exemple, la maman féministe, qui ose le scandale, n’a besoin de personne, et enferme le prince charmant dans un donjon en attendant qu’une “preuse” cavalière vienne le sauver... mais qui est en réalité prête à tout pour le grand amour ! La stigmatisation des émissions TV, des humiliations sur lesquelles elles reposent et de la bêtise de leur présentateur, est également bienvenue. Enfin, Allez raconte ! est une véritable apologie de l’imagination, faisant preuve d’une vraie créativité et sachant maintenir l’intérêt au fil d’historiettes pourtant décousues. Ce film, qui proclame que l’art de conter des histoires est la réponse à tout, est peut-être maladroit et pataud par moments, mais il est aussi sympathique et généreux ! C.L.L.

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Alpha et Oméga (Alpha and Omega) Animation

de Anthony Bell et Ben Gluck Avec les voix originales de Justin Long (Humphrey), Hayden Panettiere (Kate), Dennis Hopper (Tony), Danny Glover (Winston), Christina Ricci (Lilly), Larry Miller (Marcel), Chris Carmack (Garth), Eric Price (Paddy / Mooch), Vicki Lewis (Eve), Kevin Sussman (Shakey), Brian Donovan (Salty), Bitsie Tulloch (Sweets), Kevin Sussman, Maya Feltheimer, Eric Lopez, Christine Lakin, Mela Lee, Bitisie Tulloch, Paul Nakauchi.

Famille

Et les voix françaises de Pierre Tessier (Humphrey), Kelly Marot (Kate), Bernard Tiphaine (Tony), Richard Darbois (Winston), Marie-Eugénie Marechal (Lilly), Michel Mella (Marcel), Bernard Alane (Paddy), Déborah Perret (Eve), Denis Laustriat (Garth), Guillaume Lebon (Shakey), Thierry Ragueneau (Salty).

Équipe technique Scénario : Christopher Denk et Steve Moore, d’après une histoire de Steve Moore Montage : Joseph L. Campana et Scott Anderson Musique : Chris P. Bacon Son : Paula Fairfield et Carla Murray Chorégraphies : Lee Martino Décors : Mike Hodgson Dir. artistique : Donald A. Towns Casting : Bernie Van De Yacht

Production : Alpha & Omega Productions pour Crest Animation et LionsGate Producteurs : Richard Rich, Ken Katsumoto et Steve Moore Producteurs exécutifs : Noah Fogelson, Max Madhavan et Michael Paseornek Producteur associé : Timothy Yoo Distributeur : Metropolitan Filmexport.

88 minutes. États-Unis - Inde, 2010. Sortie France : 20 octobre 2010. Visa d’exploitation : 127634. Format : 1,85 (2D / 3D) - Couleur - Son : Dolby SR SRD. 391 copies (vo / vf).

Parce qu’ils sont issus de deux clans différents, Humphrey et Kate n’ont pas le droit de tomber amoureux. Le destin va évidemment se charger de réunir les deux jeunes loups au fil d’une aventure très classique et malheureusement dénuée d’humour.

Commentaire

© Metropolitan

Résumé Kate et Humphrey jouent souvent ensemble. Mais le père de Kate ne voit pas cela d’un bon œil car pour des raisons politiques, elle est promise à Garth, fils du chef du clan de l’Est. Un jour qu’ils s’éloignent de la meute, Kate et Humphrey sont capturés par deux hommes, qui les abandonnent dans une forêt inconnue. Loin de leur réserve naturelle, ils sont perdus et décident de tenter à tout prix de retrouver leur meute. Commence alors pour eux un long périple plein de dangers, dans lequel ils sont aidés par Marcel, un jars québécois passionné de golf qui utilise son savoir pour éloigner tous les importuns, et Paddy, un canard anglais serviable qui leur servira de guide.

Dénouement Pendant ce temps, du côté des clans Alpha et Oméga, la situation s’aggrave : seule l’union de Kate et Garth pourrait apaiser la tension. Lilly, la petite sœur de Kate, est très attirée par Garth. Les jeunes loups, quant à eux, continuent leur périple et eux aussi, rapprochés par leurs difficultés, se laissent aller à quelques effusions. Marcel et Paddy, toujours présents, les guident enfin jusqu’à leur meute. Dès leur retour, les noces de Kate et de Garth sont programmées, ce qui rend Humphrey très triste. Lilly et Garth sont également désespérés. Lors de la cérémonie, Kate et Garth ne jouent pas le jeu : ils s’éloignent l’un de l’autre au moment où ils devraient rapprocher leurs museaux comme le rituel l’impose. C’est alors que chacun d’eux va vers son élu(e), sous les yeux ébahis de la foule. © les Fiches du Cinéma 2011

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À la tête d’Alpha et Oméga on trouve deux techniciens qui, s’ils signent ici leur premier long métrage, sont déjà de vieux routiers de l’animation. En effet, Anthony Bell a une vingtaine d’années de carrière (il a obtenu en 2003 l’Emmy Award de la meilleure série animée pour Les Razmoket) et Ben Gluck a travaillé sur plusieurs films Disney, notamment La Ferme se rebelle. Le résultat de leur collaboration est un produit assez standard, déclinant les thèmes et les recettes classiques du cinéma pour enfants (un récit initiatique, plein d’aventures et de grands sentiments, transposé chez des animaux), sans vraiment chercher à les renouveler. Les graphismes n’emportent pas non plus la mise. De fait, Alpha et Oméga ne parvient pas à se démarquer des créations novatrices des studios Pixar ou DreamWorks. Le film enfin véhicule le désormais indispensable message écolo (jeter ses poubelles dans la nature, c’est mal) et se réfère au fait que des loups ont effectivement été capturés au Canada, avant d’être relâchés dans l’Idaho pour la reproduction. La principale attraction réside alors dans l’animation 3D, honnête, qui devient cependant prétexte à d’interminables scènes de glissades et autres chutes qui apportent un peu de dynamisme à un scénario tristement convenu. Ici, un jeune loup un peu gaffeur va devoir prouver son courage pour séduire la princesse de la meute rivale, évidemment assisté par des personnages secondaires comiques : un jars québécois qui se prend pour un Français et son assistant, un “canard laquais”. La meilleure blague du film... L.R.


Amelia (Amelia) Biopic

de Mira Nair

Adultes / Adolescents

Avec Hilary Swank (Amelia Earhart), Richard Gere (George Putnam), Ewan McGregor (Gene Vidal), Christopher Eccleston (Fred Noonan), Joe Anderson (Bill), Mia Wasikowska (Elinor Smith), Tom Fairfoot (Balfour), Cherry Jones (Eleanor Roosevelt), Aaron Abrams (Slim Gordon), Dylan Roberts (Leo Bellarts), Scott Yaphe (William Dalten), Ryann Shane (Amelia, jeune),

Elizabeth Shepherd (Frances Putnam), William Cuddy (Gore Vidal), Richard Donat (Gallagher), Scott Anderson, Sarah Kitz, Paul Johnston, Keelin Jack, Jeremy Akerman, Derek Keurvorst, Joe Renzi, Duane Murray, Elizabeth Saunders, Precious Chong, Geoff Gillespie, Sarah Dood, Hamish McEwan, Michael Daly, Jeffrey Knight, Kathryn Haggis, Thomas Hauff, Alexandra Maclean.

Équipe technique Scénario : Anna Hamilton Phelan et Ron Bass, d’après les livres East to the Dawn (1999) de Susan Butler et The Sound of Wings de Mary S. Lovell (1989) Images : Stuart Dryburgh Montage : Allyson C. Johnson et Lee Percy 1er assistant réal. : Walter Gasparovic Musique : Gabriel Yared Son : Drew Kunin

Décors : Stephanie Carroll Costumes : Kasia Walicka Maimone Casting : Avy Kaufman Production : Fox Searchlight Pictures et Avalon Pictures Producteurs : Ted Waitt, Kevin Hyman et Lydia Dean Pilcher Coproducteur : Don Carmody Producteurs exécutifs : Ron Bass et Hilary Swank Distributeur : 20th Century Fox.

111 minutes. États-Unis, 2009. Sortie France : 14 avril 2010. Visa d’exploitation : 125556. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SR SRD DTS. 11 copies (vo / vf).

La vie d’Amelia Earhart, pionnière de l’aviation et femme résolument en avance sur son temps. Malgré tous les efforts de Mira Nair, ce biopic, taillé sur mesure pour Hilary Swank (et un hypothétique 3 e Oscar) mais privé de tout souffle épique, ne décolle jamais.

Commentaire

© 20th Century Fox

Résumé Miami, 1er juin 1937. L’aviatrice Amelia Earhart s’apprête à entamer un tour du monde avec le navigateur Fred Noonan. New York, 1928 : Amelia a un rendez-vous avec l’éditeur George Putnam. Elle rêve d’être la première femme à traverser l’Atlantique, il a été engagé par la riche propriétaire d’un avion pour trouver une aviatrice. Amelia découvre qu’elle ne sera que simple passagère, “en charge du commandement de l’avion”... Elle accepte malgré tout. La tentative réussit : l’avion amerrit au Pays de Galles. Amelia devient une célébrité aux États-Unis. George, sous le charme, la séduit. Lors d’une soirée, Amelia rencontre Gene Vidal, un célèbre pilote de West Point.

Dénouement 1931 : Amelia accepte d’épouser George. Elle cherche à populariser l’aviation chez les femmes. George, discret, veille à ses intérêts. Amelia lui annonce qu’elle veut traverser l’Atlantique en solitaire. 1932 : Amelia réussit, là où tous avaient échoué depuis Lindbergh. George lui trouve de nombreux contrats publicitaires. Amelia revoit Gene, puis sympathise avec Eleanor Roosevelt (à qui elle recommande Gene pour superviser l’aviation civile). Amelia et Gene entament une courte relation : elle finit par choisir George. Celui-ci réussit à lui obtenir un Electra, le seul avion capable de faire le tour du monde. Amelia engage Fred : il devra l’aider à accomplir ce nouveau défi. Le 2 juillet 1937, leur Electra se perd dans le Pacifique.

Méconnue en France, Amelia Earhart fut l’une des plus grandes figures de l’aviation outre-Atlantique, avec Lindbergh et Howard Hughes. Sa vie, faite d’exploits techniques et d’engagements sociaux et féministes, en faisait un personnage tout désigné pour l’un de ces grands biopics dont Hollywood a le secret. Autant dire que la déception est énorme : à sujet épique, scénario réducteur et terne. Bien sûr, tous les ingrédients sont là : la partition symphonique de Gabriel Yared (oscarisé pour Le Patient anglais), la photo léchée de Stuart Dryburgh (La Leçon de piano), la minutieuse reconstitution d’époque... Sans oublier la cinéaste Mira Nair (Salaam Bombay !) à la mise en scène, et Hilary Swank (oscarisée pour Boys Don’t Cry et Million Dollar Baby) dans le rôle-titre. Pourquoi ce projet ne décolle-t-il jamais (sans mauvais jeu de mots) ? Parce que, malgré tous les efforts de Nair pour rendre compte de la complexité de son personnage et mettre en image sa face cachée (notamment ses engagements publicitaires et l’influence de son mari), les impératifs du biopic écrasent l’œuvre. Parce que la fade romance entre Amelia et Putnam, son insaisissable Pygmalion, se voit accorder le maximum de place dans un film qui paraît alors très étriqué. Enfin, parce qu’Amelia ne dit finalement presque rien du contexte historique. Conçu avant toute chose comme un luxueux véhicule censé apporter un 3e Oscar à Swank, le film est privé de tout souffle, corseté par les conventions du genre et plombé par des prestations masculines transparentes. Mi.G.

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Amélie au pays des Bodin’s Comédie

de Éric Le Roch Avec Vincent Dubois (Maria Bodin), Jean-Christian Fraiscinet (Christian Bodin), Muriel Dubois (Claudine Bodin), Thierry Liagre (Tutur), Pierre Aucaigne (Momo), Philippe Manesse (le curé), Alex Pandev (Betty Glorke), Christèle Chappat (la patronne), Xavier Letourneur (le promoteur), Yvan Garouel (M. Grandin), Sébastien Fraiscinet (Birod), Jean-Pierre Durand (Robert Zinzette), Vincent

Adultes / Adolescents

Fraiscinet (Birot), Elric Thomas (Monsieur Delahayes), Gabriel Le Doze (le maire), Bob Martet (La Gapouille), Jean-Pierre Bigard (le banquier), Thierry Beccaro (François Becourt), Serge Hazanavicius (le docteur Whatesle), Camille Dubois (Amélie, à 10 ans), Hammou Graïa, Ludovic Laroche, Isabelle Chenu, Nicole Avezard, Hervé Devolder, Rebecca Hampton.

Équipe technique Scénario : Vincent Dubois, Jean-Christian Fraiscinet et Éric Le Roch, d’après les personnages du film Mariage chez les Bodin’s d’Éric Le Roch (scn. : É. Le Roch, 2008) Images : Wilfrid Sempé Montage : Valériane Baby 1re assistante réal. : Johana Katz Scripte : Émilie Barbault Musique : Alain Bernard Son : Emmanuel Bonnat

Décors : Luc Boissinot Costumes : Isabelle Meignen-Gourbeyre Effets spéciaux : Autre Chose Maquillage : Laure Eugène et Vincent De Monfreid Production : Agence BJP et ADR Productions Coproduction : SND Producteurs : Jean-Pierre Bigard et Pascal Verroust Distributeur : ADR Distribution.

80 minutes. France, 2009. Sortie France : 26 mai 2010. Visa d’exploitation : 122926. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SR DTS. 81 copies.

Récemment devenus parents, Christian et Claudine Bodin décident d’acheter une maison. Plus clémente avec les personnages que le précédent épisode, cette satire du monde rural en a, par contre, conservé le style visuel très imparfait.

Commentaire

© ADR Dist.

Résumé Claudine, la femme de Christian Bodin, accouche dans un champ avec l’aide de sa belle-mère. Tout le village vient voir Amélie, le bébé, à la maternité. Lorsque Maria Bodin les chasse de chez elle, Christian et Claudine, réfugiés dans une grange de la maison, envisagent de déménager et espèrent acheter une maison. Christian va trouver le banquier, qui lui explique les formalités d’emprunt. Christian trouve des petits travaux dans la région. De son côté, Maria va s’entretenir avec le prêtre pour faire baptiser Amélie, mais se dispute avec lui.

Dénouement Le prêtre reçoit Christian et Claudine, et une date de baptême est arrêtée. Peu après, lors de leur anniversaire de mariage, Christian et Claudine découvrent qu’ils ont tous deux signé une promesse de vente pour une maison auprès du même promoteur immobilier, un arnaqueur. Leur banquier est furieux. Christian et Claudine acceptent de passer à la télévision dans l’espoir de retrouver le promoteur véreux qui les a spoliés. Ils reçoivent le soutien de tout le village. Pendant le baptême d’Amélie, Christian, soupçonné de cambriolages, est interpellé par les gendarmes. Maria découvre que le vrai coupable est le prêtre de la paroisse. Avec lui, ils font tout pour faire accuser le promoteur, qui est arrêté. Remis d’un infarctus, Christian rentre chez lui. Un de ses patrons lui propose de devenir gardien de son château, où Amélie fête ses 10 ans. © les Fiches du Cinéma 2011

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Après Mariage chez les Bodin’s Vincent Dubois et Jean-Christian Fraiscinet retrouvent les rôles - auparavant réservés à la scène - de Maria et Christian Bodin, une veuve et son fils à l’esprit un tantinet indigent, qui s’occupent d’une ferme dans un petit village. Seulement Christian est désormais marié à Claudine, père d’une petite Amélie, et il se décide, à presque 50 ans, à quitter son foyer et surtout à se débarrasser de sa mère, dont la principale activité consiste à critiquer son fils et sa bru. Fort du succès du premier film qui, tourné en six jours, avait été, après Bienvenue chez les Ch’tis, le film le plus rentable de l’année 2008, Éric Le Roch récidive donc avec cette suite dans laquelle le bébé raconte en voix off les mésaventures de ses parents. Il s’appuie cette fois sur un scénario plus solide que le précédent, cherchant à construire une histoire et à créer des effets de suspense. En outre, il s’adjoint même la présence de “guest stars” comme Thierry Beccaro, le présentateur de l’émission de télé Motus. Et même si l’image et les effets sont toujours aussi approximatifs, on sent le film bien plus pensé et construit que Mariage..., plus lisse aussi. Car ce qui avait fait le succès du premier épisode c’était avant tout les personnages, caricatures grossières de paysans mal embouchés, moches, bêtes et, dans le cas de Maria, méchante à souhait. Si cette suite réserve elle aussi à ses spectateurs un joyeux florilège d’expressions campagnardes, le scénario est beaucoup moins cruel avec ses personnages, dont il révèle rapidement les “bons” côtés. Assez pour lasser les fans ? M.Q.


Amer Thriller expérimental

de Hélène Cattet et Bruno Forzani Avec Marie Bos (Ana, adulte), Delphine Brual (Graziella), Harry Cleven (le chauffeur de taxi), Bianca Maria D’Amato (la mère), Cassandra Forêt (Ana, enfant), Charlotte Eugène-Guibbaud (Ana, adolescente), Jean-Michel Vovk (le père), Bernard Marbaix (le grand-père), Charles Forzani (l’agriculteur / l’homme à la voiture rouge), Jean Secq (l’épicier), Béatrice Butler

Adultes / Adolescents, des idées et des images peuvent heurter

(l’épicière), Thomas Bonzani (Nono), Benjamin Guyot et Yves Fostier (les éboueurs), Francesco Italiano (l’embaumeur), François Cognard (la silhouette), Henriette Raimondé, Christophe Da Silva, André Francol, Nicolas Léandri, Damien Gossa, Arnaud Mariani, Laurent Lafont, Frédéric Miniutti, Gordon Butler, Elia Zanzo, Cyril Dellerba, Jérôme Konté Deloste, Stéphane Peragnoli.

Équipe technique Scénario : Hélène Cattet et Bruno Forzani Images : Manu Dacosse Montage : Bernard Beets 1er assistant réal. : Joël Godfroid Scripte : Bruno Pons Son : Iannis Heaulme Décors : Alina Santos Costumes : Jackye Fauconnier Effets spéciaux : Daniel Bruylandt

Maquillage : Charlotte Siderius Production : Anonymes Films et Tobina Film Producteurs : Ève Commenge et François Cognard Dir. de production : Ève Commenge Distributeur : Zootrope Films.

90 minutes. Belgique - France, 2009. Sortie France : 3 mars 2010. Visa d’exploitation : 119774. Interdit aux moins de 12 ans. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD. 3 copies.

Une petite fille, à la famille étrange, grandit. Ses fantasmes vont l’amener vers le pire. Cet hommage au giallo délaisse les scories et les imperfections qui participent pourtant à l’intérêt du genre. Et ici pas d’enquête. Pour aficionados.

Commentaire

© Zootrope Films

Résumé Dans une grande maison, une petite fille entend des bruits étranges et épie une inquiétante vieille femme, dont la présence semble insupporter sa mère. La nuit venue, sa curiosité la pousse jusqu’à une chambre où repose le corps d’un vieil homme, aux ongles longs et noirs. Pour lui voler une montre à gousset, elle lui casse un doigt. Lorsqu’elle ouvre le cadran de la montre, le mort ouvre les yeux. Puis la fillette visualise sa mère et son père en train de faire l’amour et se sent agressée par la vieille femme. Elle referme le cadran et le calme revient. La petite fille est maintenant adolescente. Elle accompagne sa mère au salon de coiffure du village. Pendant que sa mère se fait coiffer, elle joue avec un garçon. En courant après son ballon, elle se retrouve face à une bande de motards. Sa mère, qui l’a retrouvée, la gifle.

Dénouement Devenue une superbe jeune femme, elle arrive dans une petite gare, prend un taxi et s’installe dans la villa de son enfance. À la nuit tombée, elle sent des mains gantées tenter de la noyer dans son bain. Elle fuit dans le jardin. Les mains, armées d’un rasoir, la caressent. Une silhouette passe la grille : c’est le chauffeur, qui lui ramène le foulard qu’elle a oublié dans le taxi. Le rasoir s’abat sur lui, puis le torture et le tue. La jeune fille se réveille à côté du cadavre, les mains gantées. Elle aperçoit une ombre inquiétante. Elle la poursuit, puis la poignarde. À la morgue, des mains se posent sur le corps sans vie de la jeune femme.

Amer est un hommage au giallo. Ce genre, à la production pléthorique dans les années 1960 et 1970, fonctionnait notamment sur une fétichisation de certains éléments plastiques. Ici, l’hommage est si appuyé que l’on peut parler d’une fétichisation de cette fétichisation. En effet, Amer reprend, dans une exacerbation supplémentaire, la survalorisation d’éléments du décor par des cadrages serrés ou de parties du corps des personnages par de très gros plans : le réel est parcellarisé car c’est ainsi que le tueur, prisonnier de son traumatisme, l’appréhende. Et le film réutilise, en l’exaspérant encore plus, la dilatation de certains moments du récit, au point qu’elle engendre une abstraction graphique. Le giallo (“jaune”) désigne en Italie le roman policier, à cause des couvertures jaunes d’une célèbre collection, publiée par les éditions Mondadori de 1929 jusqu’aux années 1960. Puis, à partir des années 1960, un cinéma policier contaminé par des thèmes horrifiques et fantastiques, et un intérêt plus ou moins exhibé pour la sexualité. Mais, Amer oublie que le giallo, c’est aussi le plus souvent une rapidité du récit. Celui-ci connaît à la fois nombre d’ellipses et est saturé de péripéties, qui n’obéissent pas forcément aux lois de la cohérence, tout comme le déroulé de l’enquête policière. Les meurtres, servis par une mise en scène stylisée, deviennent de plus en plus bizarres, la moisson d’indices ne faisant que multiplier les coupables potentiels et... les victimes. Ici, rien de tout cela, pas même d’enquête. Car, il s’agit d’un pur exercice stylistique pour aficionados. P.F.

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The American (The American) Thriller

de Anton Corbijn

Adultes / Adolescents

Avec George Clooney (Jack / Edward), Violante Placido (Clara), Thekla Reuten (Mathilde), Paolo Bonacelli (le Père Benedetto), Filippo Timi (Fabio), Irina Björklund (Ingrid), Anna Foglietta (Anna), Johan Leysen (Pavel), Antonio Rampino (le directeur du bureau de poste), Silvana Bosi (la vieille vendeuse de fromage), Raffaele Serao (le barman), Sandro Dori

(le serveur de la Locanda Grapelli), Giorgio Gobbi (le conducteur de Vespa), Lars Hjelm et Björn Granath (les chasseurs), Ilari Cramerotti, Angelica Novak et Isabelle Adriani (les prostituées), Guido Palliggiano (le serveur au marché), Samuli Vauramo (le jeune Suisse), Patrizio Pelizzi (Antonio [non crédité]).

Équipe technique Scénario : Rowan Joffe, d’après le roman A Very Private Gentleman de Martin Booth (1990) Images : Martin Ruhe Montage : Andrew Hulme 1er assistant réal. : Mihka Cheyko Scripte : Eleonora Baldwin Musique : Herbert Grönemeyer Décors : Mark Digby Costumes : Suttirat Anne Larlarb Effets spéciaux : Renato Agostini

Effets visuels : Modus FX Dir. artistique : Denis Schnegg Maquillage : Jenny Fred Casting : Béatrice Kruger Production : This Is That, Greenlit et Smokehouse Coproduction : Focus Features Producteurs : Anne Carey, Jill Green, Ann Wingate, Grant Heslov et George Clooney Producteur délégué : Enzo Sisti Distributeur : Mars Distribution.

103 minutes. États-Unis, 2010. Sortie France : 27 octobre 2010. Visa d’exploitation : 127603. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD DTS. 318 copies (vo / vf).

Un tueur professionnel se réfugie dans les Abruzzes pour une dernière mission. Pour son second film, après le très personnel Control, Anton Corbijn signe un thriller à la mélancolie sourde, aussi ascétique que son personnage. Déroutant.

Commentaire

© Mars Dist.

Résumé Jack file le parfait amour avec une Suédoise dans le Dalarna. Mais des tueurs le poursuivent. Il les tue, ainsi que la Suédoise, et s’échappe à Rome. Là, Pavel, son commanditaire, lui rappelle que son métier lui interdit de se faire des amis, puis l’envoie se cacher à Castelvecchio, un village perché des Abruzzes. Il s’y fait passer pour Edward, photographe paysagiste. Il sympathise avec le Père Benedetto. Au marché de Sulmona, la ville proche, il rencontre Mathilde, l’exécutrice du prochain contrat proposé par Pavel. Elle passe la commande d’une arme. Edward commence à la fabriquer. Il fréquente aussi le bordel de Sulmona, où il apprécie régulièrement les charmes de Clara. Elle aussi s’attache à lui.

Dénouement Mais les Suédois le localisent et il doit déjouer leurs pièges. Il commence à soupçonner tout le monde : le curé, Clara, et même Pavel. Restant méfiant, il fait essayer l’arme à Mathilde dans un coin perdu de la montagne, près d’une rivière. Il y amène aussi Clara, pour un pique-nique tendu. Le Père Benedetto lui confesse ses péchés de jeunesse... Puis il livre l’arme à Mathilde, en se tenant sur ses gardes. Le lendemain, lors d’une procession religieuse, il confie tout son argent à Clara et lui demande de l’attendre à la rivière. L’arme de Mathilde, que Jack avait trafiquée, explose lorsqu’elle tente de tirer sur lui. Avant de mourir, elle lui révèle que Pavel a commandité son meurtre. Lors d’un duel, Jack tue Pavel et est blessé. Il rejoint Clara pour mourir dans ses bras. © les Fiches du Cinéma 2011

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Anton Corbijn s’intéresse beaucoup aux choses de la psychologie. Et comme le veut l’adage selon lequel ce sont ceux qui en parlent le moins, qui en font le plus, le cinéaste néerlandais ne donne aucune information pour caractériser son personnage de tueur solitaire, lui-même particulièrement taiseux. Ainsi, il l’aborde tel qu’il avait évoqué Ian Curtis dans son premier film, Control : à l’aune d’un changement de vie salvateur, il observe les indices, souvent physiques (crises épileptiques dans Control, insomnies ici), des déflagrations - mais aussi des sursauts - de sa conscience. Dès lors, puisque la figure du tueur à gages appartient aux clichés du cinéma noir, Corbijn recompose méthodiquement tous les motifs imposés du genre (courses-poursuites dans les ruelles, lettres anonymes, le tueur qui devient la cible...) et aligne les stéréotypes (le dernier contrat, la prostituée naïve, le boss ténébreux, la tueuse froide), afin de laisser l’attention se concentrer sur l’univers mental de son personnage. The American arbore alors une image léchée, à l’esthétique soutenue, presque académique, pour finalement en dévier la trajectoire vers une complète abstraction, soulignant une ambiance de plus en plus paranoïaque. Si cette option peut aisément dérouter, il faut se rappeler qu’Anton Corbijn fut longtemps photographe spécialisé dans le portrait, et que ce spectacle apparemment hiératique dévoile l’obsession de son regard pour les tourments d’un homme à la recherche d’une impossible rédemption. On peut alors espérer qu’à l’image de son tueur mécanique mué en héros condamné, ce film fébrile trouve à être aimé. Ch.R.


American Trip (Get Him to the Greek) Comédie

de Nicholas Stoller

Adultes / Adolescents

Avec Jonah Hill (Aaron Green), Russell Brand (Aldous Snow), Rose Byrne (Jackie Q), Sean Combs (Sergio Roma), Elisabeth Moss (Daphne Binks), Colm Meaney (Jonathan Snow), Aziz Ansari (Matty), Kali Hawk (Chantal), Nick Kroll (Kevin), Dinah Stabb (Lena Snow), Derek Ressallat (le docteur Coltrane), Lino Facioli (Naples), Ryan Shiraki (Rianna), Kristen Bell (Sarah Marshall),

Stephanie Faracy (Wendy), T.J. Miller (Brian, le concierge), Zoe Salmon (elle-même), Carla Gallo (Destiny), Lars Ulrich (lui-même), Pink (elle-même), Mario López (lui-même), Billy Bush (lui-même), Kurt F. Loder (lui-même), Pharrell (lui-même), Christina Aguilera (elle-même), Rick Schroder, Tom Felton, Nicholle Sanchez, Danny O’Leary, Tom Chadwick, Meghan Markle, Elena Beuca, Ivan Shaw.

Équipe technique Scénario : Nicholas Stoller, d’après les personnages du film Sans Sarah, rien ne va de Nicholas Stoller (scn. : Jason Segel, 2008) Images : Robert Yeoman Montage : William Kerr et Michael L. Sale 1er assistant réal. : Gary Marcus Musique : Lyle Workman Son : Pud Cusack Chorégraphies : Anne Fletcher

Décors : Jan Roelfs Costumes : Leesa Evans Casting : Jeanne McCarthy Production : Apatow Productions pour Universal Pictures Coproduction : Relativity Media et Spyglass Entertainment Producteurs : Judd Apatow, Nicholas Stoller, David Bushell et Rodney Rothman Coproducteur : Jason Segel Distributeur : Universal Pictures.

109 minutes. États-Unis, 2010. Sortie France : 1er septembre 2010. Visa d’exploitation : 126412. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SR SRD DTS. 41 copies (vo / vf).

American Trip reprend un personnage secondaire du film Sans Sarah, rien ne va, rock star anglaise mégalo et touchante, et le confronte à un naïf Américain. Un classique “buddy movie”, porté par ses comédiens et par la sincérité de son hommage au rock.

Commentaire

© Apatow Prod.

Résumé Aaron Green est stagiaire dans une grande maison de disques. Quand son patron, Sergio, demande à son équipe des idées pour relancer la boîte, Aaron suggère d’organiser un concert de la rock star déchue Aldous Snow au Greek de Los Angeles, où il avait, dix ans plus tôt, enregistré un Live légendaire. Sergio l’envoie à Londres chercher la star. Avant de partir, Aaron se dispute avec sa petite amie, Daphne, et se pense séparé. À Londres, Aldous entraîne Aaron dans une nuit de fête, le fait boire et l’incite à coucher avec des filles. Au matin, ils réussissent à partir pour New York, où Aldous doit participer à un show télé. Puis, Aldous décide soudain d’aller à Las Vegas pour voir son père, Jonathan. Les retrouvailles dégénèrent en soirée de beuverie et de drogue. Sergio, qui les a rejoints, se bat avec Jonathan. Aaron et Aldous s’enfuient ensemble.

Dénouement Enfin, ils arrivent à L.A. Aldous reprend contact avec son ex-femme, la sulfureuse pop star Jackie Q. Mais elle lui apprend alors qu’elle va épouser le batteur de Metallica et qu’il n’est pas le vrai père de leur fils. Aldous débarque alors chez Aaron, alors que celui-ci essaie de se réconcilier avec Daphne. Aldous propose un “plan à trois”. Aaron et lui finissent par se disputer. Le soir du concert, Aldous envoie un message à Aaron pour lui dire qu’il va se tuer. Celui-ci réussit à l’en dissuader. Aldous se rend au Greek et triomphe. Quelques mois plus tard, Aldous, désormais “clean”, poursuit son come-back, épaulé par son jeune producteur : Aaron.

American Trip (étrange “traduction” de Get Him to the Greek) reprend et développe un personnage du film Sans Sarah, rien ne va : Aldous Snow, une rock star anglaise has been, à la fois totalement mégalo et étrangement attachante. Cette fois, c’est ce personnage qui est au centre du film, flanqué d’un fan zélé, qui tente d’organiser son come-back en ramenant le chanteur à Los Angeles pour un concert exceptionnel. Le choc entre cet Américain moyen, naïf et gentil, et la star décadente, mais également paumée et manipulatrice, forme l’intrigue d’un film qui, sous bien des aspects, s’apparente à un bon vieux buddy movie modèle standard. Mais plusieurs éléments sauvent le film des clichés dans lesquels il pourrait souvent sombrer. En premier lieu, la sincère et évidente passion pour le rock des auteurs, qui proposent ici des caricatures de chansons à la fois hilarantes et très proches des originales. Cette passion s’exprime également à travers les caméos de quelques stars, en particulier Lars Ulrich, batteur de Metallica, ou Puff Daddy (de son vrai nom Sean Combs), qui fait montre d’un tempo comique franchement impeccable. D’ailleurs, les acteurs sont tous bons et offrent au film son autre grand point fort. Non seulement leur sens comique est irréprochable, mais ils savent aussi donner à leurs personnages une certaine vulnérabilité. Cette distribution est dominée par Russell Brand, royal dans le rôle d’une sorte de mélange entre Bono et Pete Doherty, une star à la fois très maligne et très fragile, diva ridicule mais également souvent touchante. S.G.

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Âmes en stock (Cold Souls) Comédie fantastique

de Sophie Barthes Avec Paul Giamatti (Paul Giamatti), David Strathairn (le docteur Flintstein), Dina Korzun (Nina), Emily Watson (Claire), Katheryn Winnick (Sveta), Lauren Ambrose (Stephanie), Armand Schultz (Astrov), Oksana Lada (Sasha), Rebecca Brooksher (Yelena), Boris Kievsky (Oleg), Gregory Korostishevsky (Igor), Stella Stark (la mère de Paul), Michael Tucker (le metteur en scène de théâtre),

Adultes / Adolescents

Jeannette Gould (Marya dans Oncle Vania), Michael Aronov (le mafieux), Natalia Zvereva (la mule blonde), Kim Denkhaus (la ballerine), Yevgeniy Dekhtyar (le réceptionniste de l’hôtel), Brienin Bryant (la jeune fille), Laura Heisler (la cliente), Ted Koch (l’officier de l’INS), Seth Austin (la personne androgyne), Bobby Lundon (l’étudiant), Abe Mendel, Michael Stuhlbarg.

Équipe technique Scénario : Sophie Barthes Images : Andrij Parekh Montage : Andrew Mondshein 1re assistante réal. : Mariela Comitini Scripte : Olenka Denysenko Musique : Dickon Hinchliffe Son : Robert Fernandez Décors : Elizabeth Mickle Costumes : Erin Benach Dir. artistique : Michael Ahern Casting : Daniel Swee

Production : Touchy Feely Films et Journeyman Pictures Coproduction : Memento Films Production et Arte France Cinéma Producteurs : Andrij Parekh, Dan Carey, Elizabeth Giamatti, Jeremy Kipp Walker et Paul Mezey Coproducteur : Alexandre Mallet-Guy Distributeur : Memento Films.

101 minutes. États-Unis - France, 2008. Sortie France : 5 mai 2010. Visa d’exploitation : 120973. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 20 copies (vo).

Un irrésistible numéro de Paul Giamatti sur fond de stockage d’âmes à New York. Le postulat semble obscur ? Peu importe, car le résultat est un petit plaisir. Avec ce premier long métrage drôle et poétique, Sophie Barthes affiche un talent prometteur.

Commentaire

© Memento Films

Résumé Paul Giamatti, le célèbre acteur américain, traverse une période difficile. Très absorbé par les répétitions d’Oncle Vania de Tchekhov, et malgré son indéniable talent, il est déprimé. Il tombe alors sur un article à propos d’une “banque des âmes”. Il s’agit d’une agence privée qui permet à ses clients de stocker leur âme dans un tube en verre. Ils se sentent alors plus légers, insouciants, et pleins d’énergie. Paul décide de tenter l’expérience. Les effets ne se font pas attendre : il se sent beaucoup mieux. Mais sa femme ne le reconnaît plus et, sur scène, il n’a jamais été aussi mauvais.

Dénouement Devant les critiques de son entourage, Paul décide de retourner à l’agence. On lui propose alors de remplacer son âme par une de celles du catalogue. Paul choisit l’âme d’une poétesse russe. Le trafic d’âmes avec la Russie est très important et assuré par Nina, une “mule”, qui incorpore un grand nombre d’âmes. Le transfert réalisé, Paul réalise une performance théâtrale grandiose. Tout semble rentrer dans l’ordre. Mais Paul a des visions de la vie de la poétesse. Décidément, il veut récupérer son âme à lui. Mais celle-ci a été volée par Nina pour Sveta, la maîtresse d’un mafieux russe, qui veut devenir meilleure actrice. Paul et Nina partent en Russie récupérer l’âme de Paul. Ils apprennent alors que la poétesse est morte. De retour à New York, la banque des âmes est saisie par le gouvernement. Paul reste auprès de Nina, tombée malade à cause du trafic. © les Fiches du Cinéma 2011

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Âmes en stock est le premier film de Sophie Barthes, jeune Française travaillant aux États-Unis. S’appuyant sur le concept surréaliste d’une agence proposant de stocker les âmes, Barthes signe un petit ovni comme seul peut en offrir le cinéma indépendant américain. Le film repose en grande partie sur l’interprétation savoureuse de Paul Giamatti, dans son propre rôle : névrosé, lâche, indécis, remuant, il réactualise avec grâce le prototype new-yorkais popularisé par Woody Allen. Il suffit de voir sa tête lorsqu’il découvre que son âme a l’apparence d’un pois chiche ! À cet égard, les curieux pourront avoir une bonne idée du ton tragi-comique de l’ensemble en jetant un œil aux photos du film : Paul perdu, Paul n’écoutant pas son interlocuteur, Paul en train de manger des carottes, Paul en train de jouer Tchekhov... C’est bien simple : Giamatti est partout. Inévitablement, ce scénario absurde évoque autant Dans la peau de John Malkovich qu’Eternal Sunshine of the Spotless Mind. Toutefois, ce serait une erreur d’entrer dans une comparaison avec ces films. Car Âmes en stock réussit rapidement à imposer sa propre identité, notamment grâce à des moments de poésie, aussi soudains que marquants, qui aèrent l’ensemble de la plus belle manière. Toujours rapides et pudiques, ces images laissent une trace. Il n’y a finalement qu’une seule chose que l’on pourrait reprocher à la réalisatrice : c’est d’être partie à New York pour tourner ce film... Reviendra-t-elle en France pour son deuxième, qu’on espère découvrir au plus vite ? R.L.


Amore (Io sono l’amore) Peinture sociale

de Luca Guadagnino Avec Tilda Swinton (Emma Recchi), Alba Rohrwacher (Elisabetta “Betta” Recchi), Flavio Parenti (Edoardo “Edo” Recchi Jr.), Marisa Berenson (Allegra Rori Recchi), Diane Fleri (Eva Ugolini), Pippo Delbono (Tancredi Recchi), Gabriele Ferzetti (Edoardo Recchi Sr.), Mattia Zaccaro (Gianluca Recchi), Edoardo Gabbriellini (Antonio Biscaglia), Martina Codecasa (Delfina),

Adultes / Adolescents

Liliana Flores (Liliana Macedo), Maria Paiato (Ida Marangon), Waris Ahluwalia (Shai Kubelkian), Emanuele Cito Filomarino (Gregorio Sanfelice), Jimmi Carlos Zuniga Macias (João Macedo), Perluigi Colpo, Ginevra Notarbartolo, Piero Castellini, Claudia Monicelli Bagnarelli, Gaia Chaillet Giusti, Ina Neidal, Diego Giglio, Andrea Paduano, Laura Huston.

Équipe technique Scénario : Barbara Alberti, Ivan Cotroneo, Walter Fasano et Luca Guadagnino Images : Yorick Le Saux Montage : Walter Fasano Réal. 2e équipe : Stefano Mordini 1re assistante réal. : Cinzia Castania Musique : John Adams Son : Francesco Liotard et Riccardo Spagnol Décors :

Francesca Balestra Di Mottola Costumes : Antonella Cannarozzi Maquillage : Paola Cristofaroni Production : Mikado Film et First Sun Coproduction : Rai Cinema Producteurs : Tilda Swinton, Francesco Melzi d’Eril, Luca Guadagnino, Marco Morabito, Alessandro Usai et Massimiliano Violante Distributeur : Ad Vitam.

118 minutes. Italie, 2009. Sortie France : 22 septembre 2010. Visa d’exploitation : 126518. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 69 copies (vo).

Il y a du Visconti dans ce portrait d’une famille bourgeoise industrielle de l’Italie du Nord, avec cependant quelques tourments amoureux au milieu de la belle mécanique protocolaire. La réalisation est cohérente, maîtrisée, et les personnages bien dessinés.

Commentaire

© Ad Vitam

Résumé Il neige à Milan. Les domestiques s’affairent chez les Recchi. On fête l’anniversaire du patriarche. Il lègue ses usines de textile à son fils, Tancredi, et à son petit-fils, Edo, malgré sa défaite au tennis face à son ami Antonio, un simple cuisinier. Betta offre à son grand-père sa dernière création. Emma, l’épouse de Tancredi, s’ennuie, comme toujours. Après la mort du vieil Edoardo, Emma découvre que sa fille, en formation artistique à Londres, est lesbienne. Quant à Edo, il annonce ses fiançailles avec Eva lors d’une grande réception autour de la piscine. Tancredi est resté à Londres, où il gère l’entreprise Recchi. C’est Antonio qui assure la cuisine. Il trouble Emma par sa spontanéité. Elle va déjeuner, entre femmes, là où Antonio travaille et elle se pâme devant ses plats. Un jour qu’elle se promène à San Remo, elle le retrouve. Il lui montre son jardin dans la montagne, là où il aimerait ouvrir un restaurant.

Dénouement Emma est séduite et ne pense plus qu’à Antonio. Elle le retrouve au jardin, lui parle de ses origines russes, de son plat fétiche, l’oukha, que seul Edo apprécie. Lors d’une réception pour célébrer l’achat de l’entreprise par un homme d’affaires indien, Edo, jaloux, exige des explications de sa mère. Elle le pousse accidentellement dans la piscine et il meurt. Après l’enterrement, elle avoue son amour pour Antonio à son mari, qui la rejette... ainsi que toute la famille. Elle s’enfuit de chez les Recchi.

Cette chronique d’un amour est classique, voire un peu compassée, et, en même temps, post-moderne, à l’instar du couple d’acteurs qui incarne les grands-parents : Ferzetti tournait il y a 50 ans chez Antonioni, et Berenson il y a 40 ans chez Visconti, avant d’être Lady Lyndon. Avec le personnage d’Emma, bourgeoise délaissée et qui s’ennuie loin de ses racines, on pense autant à Lady Chatterley qu’à Madame Bovary (le prénom n’est évidemment pas un clin d’œil gratuit). La réalisation est précise et assez maîtrisée, loin des modes. La maison de ces grands bourgeois lombards se prête à une mise en scène froide, construite, statique. Le côté guindé voire emprunté des scènes d’intérieur, renforcé par le protocole répétitif des réceptions, avec sa nuée de domestiques affairés, vole en éclat quand la bourgeoise découvre l’amour dans le jardin. L’inspiration de la réalisation se fait alors panthéiste, l’échelle des plans grossit, la palette des couleurs éclate, et l’extase sexuelle d’Emma s’accompagne d’images d’une vie végétale et animale jusqu’alors ignorée. Le film devient brutalement physique, s’ouvrant à tous les sens, y compris le goût, par le biais de la cuisine. On découvre aussi que cette femme n’était pas vraiment de cette société, son mari l’ayant “importée” lors d’un voyage d’affaires. D’où sa complicité avec sa domestique, Ida, et sa passion pour un cuisinier. Ses erreurs de positionnement de classe feront qu’elle sera chassée, telle une pestiférée. Mais dans la séquence finale, tout ce monde immuable reprend sa place de façon presque chorégraphique. M.B.

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© les Fiches du Cinéma 2011


L’Amour, c’est mieux à deux Comédie sentimentale

de Arnaud Lemort et Dominique Farrugia Avec Clovis Cornillac (Michel), Virginie Efira (Angèle), Annelise Hesme (Nathalie), Manu Payet (Vincent), Laurence Arné (Claudine), Shirley Bousquet (Swan), Jonathan Lambert (Ariel), Laurent Lafitte (Sylvain), Lancelot Roch (Arvid), Diane Dassigny (Stella), Sophie Vouzelaud (Hélène), Emmanuel Suarez (Romain), Marie Vincent (la mère de Michel), Clémence Aubry (Candice), Étienne Draber

Adultes / Adolescents

(le grand-père de Michel), Monique Martial (la grand-mère de Michel), Jonathan Cohen (José), Patrice Pujol (le maire), Laurence Oltuski, May Olofsson, Amandine Dewasmes, Chantal Bronner, Denise Aron-Schröpfer, Sandrine Molaro, Xavier Lafitte, Coralie Audret, Philippe Vieux, Isaure De Grandcourt, Jacques Miocque, Catherine Loewe, Dominique Farrugia [non crédité].

Équipe technique Scénario : Franck Dubosc et Arnaud Lemort Images : Éric Guichard Montage : Sylvie Gadmer 1re assistante réal. : Louna Morard Scripte : Laurence Lemaire Son : Marc-Antoine Beldent Décors : Louise Marzaroli Costumes : Véronique Perier Effets visuels : Joel Pinto Maquillage : Mabi Anzalone

et Géraldine Kechichian Casting : Michael Laguens Production : Few Coproduction : StudioCanal, Les Trois 8 et France 2 Cinéma Producteur délégué : Dominique Farrugia Productrice exécutive : Dominique Brunner Dir. de production : Kader Djedra Distributeur : StudioCanal.

100 minutes. France, 2010. Sortie France : 5 mai 2010. Visa d’exploitation : 104990. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SR SRD. 325 copies.

Persuadé que le grand amour ne peut venir que du hasard, un célibataire endurci peine à trouver sa moitié... De cet argument absurde, Farrugia et Lemort tirent une comédie romantique sous influence américaine, qui réserve de bons moments.

Commentaire

© Few

Résumé Michel se marie. Un an plus tard, il divorce devant un notaire qui n’est autre que Vincent, son meilleur ami. En fait, Michel, qui a été bercé toute son enfance par la belle histoire de la rencontre de ses grands-parents et de ses parents, ne peut se résoudre à un amour qui ne soit pas le fruit d’un hasard total. Vincent, lui, multiplie les conquêtes en séduisant les femmes divorcées qui défilent dans son bureau. L’une d’elle, Nathalie, a une amie célibataire, Angèle, qui pourrait plaire à Michel. Vincent décide d’orchestrer la rencontre “de hasard”, dont Michel a toujours rêvé. Coup de foudre immédiat.

Dénouement Michel apprend que Vincent a manigancé sa rencontre avec Angèle, ce qui jette le discrédit sur leurs sentiments. Il rompt avec elle et cesse tout contact avec Vincent, qui vient d’être largué par Nathalie. Un an plus tard, les deux amis se retrouvent. Vincent est amoureux d’une hystérique dont il ne tarde pas à se lasser. Michel a un chien qu’il a appelé Angèle. En le promenant dans un parc, il tombe par hasard sur... Angèle. Elle lui apprend qu’elle a refait sa vie. Michel tente, conseillé par Vincent (qui a reconquis Nathalie), de devenir un dragueur. En vain : il ne peut oublier Angèle. Il se force tout de même à inviter sa secrétaire à dîner. Mais c’est alors qu’Angèle débarque pour lui annoncer qu’elle a quitté son compagnon ! Déçue, elle décide de quitter Paris. Michel se précipite à la Gare du Nord et lui dit qu’elle est la femme de sa vie. Ils s’embrassent. © les Fiches du Cinéma 2011

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Les rapports de D. Farrugia avec le cinéma ont toujours été un peu compliqués. D’ailleurs, à la suite du mémorable échec de Trafic d’influence, il avait totalement abandonné la réalisation pour se consacrer à la production. Et c’est un peu par cette voie-là que, dix ans après, il revient derrière la caméra. En effet, ici, Farrugia intervient d’abord comme renfort sur un projet qui est avant tout celui d’Arnaud Lemort (auteur des oubliables L’Antidote et L’Entente cordiale), qui coréalise le film et en a coécrit le scénario avec Franck Dubosc. Cependant, on peut retrouver dans L’Amour, c’est mieux à deux un esprit proche de Delphine : 1 - Yvan : 0, le premier Farrugia, à savoir une réappropriation décontractée et assez drôle des comédies sentimentales américaines. Il faut se souvenir que si, aujourd’hui, la plupart des comédies françaises se réfèrent à des modèles américains, Farrugia et son compère Chabat ont été les premiers à essayer de transposer l’esprit Saturday Night Live en France, et qu’ils savent mieux que quiconque le faire de façon à la fois érudite et décomplexée. Ici, le film s’élabore donc sur un canevas des plus standards (ils sont faits l’un pour l’autre mais un obstacle absurde va compliquer leur chemin vers le bonheur). Car ce qui compte, ce n’est pas l’histoire mais ce que les réalisateurs, scénaristes et comédiens en font. Or, tous ont l’air de prendre du plaisir, d’être de connivence, de faire ce qui les amuse. Si bien que cet enchaînement de saynètes, certes inégales, est ponctué de moments vraiment drôles, et baigne globalement dans un esprit tout à fait sympathique. N.M.


Yves Saint Laurent - Pierre Bergé

L’Amour fou Documentaire

de Pierre Thoretton

Adultes / Adolescents

Avec les interventions de Pierre Bergé, Betty Catroux, Loulou de la Falaise, Jack Lang.

Équipe technique Scénario : Pierre Thoretton et Ève Guillou Images : Léo Hinstin Montage : Dominique Auvray Réal. 2e équipe : Hopi Lebel 1re assistante réal. : Ève Guillou Musique : Côme Aguiar Son : Thomas Boujut Dir. artistique : Olivier Pacteau

Production : Les Films du Lendemain et Les Films de Pierre Coproduction : France 3 Cinéma Producteurs : Kristina Larsen et Hugues Charbonneau Dir. de production : Olivier Guerbois Distributeur : Sophie Dulac Distribution.

98 minutes. France, 2010. Sortie France : 22 septembre 2010. Visa d’exploitation : 122600. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 19 copies.

Filmé au jour le jour le temps de la vente aux enchères de sa collection d’art, Pierre Bergé évoque cinquante ans de vie commune avec Yves Saint Laurent. Un portrait hagiographique sans nuance, vampirisé par l’homme d’affaires.

Commentaire Du 23 au 25 février 2009, dans la nef du Grand-Palais, l’homme d’affaires Pierre Bergé mettait aux enchères l’imposante collection d’art privée qu’il avait patiemment constituée avec son compagnon, le couturier Yves Saint Laurent, décédé le 1er juin 2008. Autour de cet événement, L’Amour fou parcourt, images d’archives et entretiens à l’appui, cinquante années d’une vie commune tout entière dédiée à la haute couture et à la passion de l’art. Rencontre, premiers succès, mais aussi jours sombres, fêtes dispendieuses, drogues, dépressions..., le film dévoile les coulisses de cette vie de couple rythmée par l’implacable cycle des collections et l’exigence de la création. Des jardins de Majorelle à Marrakech au château Gabriel en Normandie, en passant par le somptueux appartement parisien bientôt vidé de ses nombreuses œuvres d’art, Pierre Bergé se confie, face caméra, et raconte les bonheurs comme les douleurs. Au premier abord, créant des parallèles inattendus entre leur collection d’art et les propres créations d’Yves Saint Laurent (la fameuse robe Mondrian, les collections inspirés des arts primitifs, etc.), L’Amour fou s’annonce comme un film sur l’intimité d’un artiste et son rapport à l’art. Comment viennent les idées ? Sur quel terreau privé, personnel, s’est épanouie l’inspiration d’un styliste considéré aujourd’hui comme révolutionnaire ? Mais, très vite, l’omniprésence de Pierre Bergé vampirise l’ensemble du film. Il ne s’agit en fait ni de création ni d’intimité, ni même, tristement, d’amour

© Pierre Bergé

- fût-il fou... -, mais d’un sentiment plus complexe et ambigu qui a trait aux enjeux de pouvoir et de mémoire. Dicté par les paroles rigides de l’homme d’affaires, le film tourne à la volonté de contrôle, comme s’il fallait figer une fois pour toutes le “mythe Saint Laurent” dans une histoire officielle labellisée Pierre Bergé. Contre-exemple symptomatique : depuis deux ans, le PDG de la maison YSL s’oppose, au nom du droit à l’image, à la diffusion de Célébration, d’Olivier Meyrou, un documentaire sur les dernières années de travail du couturier, jugé moins flatteur pour le couple. Là, avec L’Amour fou, aucune crainte : le portrait est en tout point empathique et hagiographique. Témoin privilégié et principal intéressé de l’histoire, Pierre Bergé veille ainsi scrupuleusement à l’héritage et à la mémoire de son ex-compagnon, redorant au passage son propre portrait, souvent écorné par les médias qui ont fait de lui un oiseau de proie calculateur quand il dit avoir plutôt assumé, dans l’ombre, le rôle de l’ange gardien protecteur. Sa démarche peut paraître compréhensible, mais on ne peut que regretter qu’elle dirige l’ensemble du film. L’Amour fou y perd non seulement son objectivité, mais surtout son intérêt... C.L.

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Les Amours imaginaires Chronique sentimentale

de Xavier Dolan

Adultes / Adolescents

Avec Monia Chokri (Marie Camille), Niels Schneider (Nicolas), Xavier Dolan (Francis Riverëkim), Anne Dorval (la mère de Nicolas), Marie-Christine Cormier (la barmaid), Louis Garrel (l’invité à la soirée finale), Perette Souplex (la coiffeuse), Magalie Lépine-Blondeau, Olivier Morin, Anne-Élisabeth Bossé, Gabriel Lessard, Éric Bruneau, Patricia Tulasne, Bénédicte Décary.

Équipe technique Scénario : Xavier Dolan Images : Stéphanie Weber-Biron Montage : Xavier Dolan Son : Sylvain Brassard Costumes : Xavier Dolan Conception visuelle : Xavier Dolan Maquillage : Melissa Purino

Production : Mifilifilms et Alliance Atlantis Vivafilm Producteurs : Xavier Dolan, Daniel Morin et Carole Mondello Dir. de production : Carole Mondello Distributeur : MK2 Diffusion.

100 minutes. Canada, 2010. Sortie France : 29 septembre 2010. Visa d’exploitation : 127369. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 95 copies.

Pour son deuxième film, Xavier Dolan raconte une tragique et dérisoire histoire d’amour déçu. Il confirme une originalité que peu assument et qui - maladresses, imperfections et prétention comprises - témoigne d’une grande maturité et d’un talent prometteur.

Commentaire

© Clara Palardy

Résumé Deux amis : Francis, qui est gay, et Marie. Lors d’une soirée, tous deux tombent en même temps sous le charme de Nicolas, jeune éphèbe à boucles blondes. Ils le revoient ensemble pour boire un verre. Puis, Marie reçoit une carte de Nicolas l’invitant à sortir le jeudi suivant. Mais elle apprend vite que Francis a reçu la même. Ils se retrouvent donc. Nicolas les entraîne dans une partie de cache-cache. Le soir, ils dorment tous les trois ensemble chez Francis. Nicolas invite Marie au théâtre. Francis lui laisse le champ libre et refuse de les accompagner... Mais il s’arrange pour être dans le même restaurant qu’eux après la représentation.

Dénouement Puis c’est la soirée d’anniversaire de Nicolas. Saoul, il étreint chaleureusement Francis et est à deux doigts d’embrasser Marie. Ils passent à nouveau une chaste nuit tous les trois. Au matin, Nicolas leur propose de partir dans le chalet de sa tante. Là-bas, un moment de complicité entre Francis et Nicolas met Marie en fureur. Elle s’éclipse, puis décide de partir. Francis la rattrape et se bat avec elle sous les yeux de Nicolas. Suite à cet épisode, le trio éclate. Chacun de leur côté, Francis et Marie font leur déclaration à Nicolas. L’un et l’autre sont rejetés. Francis et Marie se retrouvent. Nicolas part pour huit mois en Asie. Un an après, Francis et Marie revoient Nicolas dans une soirée. Ils refusent de lui parler. Puis leurs regards se portent ensemble vers un jeune éphèbe à boucles brunes... © les Fiches du Cinéma 2011

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La présentation de J’ai tué ma mère à la Quinzaine des Réalisateurs en 2009 avait consacré Xavier Dolan, tout juste 20 ans alors, comme un petit prodige. On l’attendait donc au tournant avec ce second film, réalisé dans la foulée. Et le résultat, inévitablement, divise. Car, avec Les Amours imaginaires, Dolan pousse à l’extrême ce qu’on appellera, selon la sympathie avec laquelle on le regarde, ses tics ou son style : une esthétique clipesque multipliant les effets (ralentis, filtres de couleurs, etc.), une voyante accumulation de références (Wong Kar-wai, Almodóvar, Honoré, le cinéma indépendant américain et la Nouvelle Vague française...) et un côté journal intime qui peut flirter avec une forme de narcissisme. Ici le style passe d’autant plus au premier plan (et peut donc d’autant plus agacer) que le scénario est infime. Là où le rapport mère/fils, qui était au centre de J’ai tué ma mère, était complexe et tendu, ici les personnages sont des archétypes qui ne servent qu’à illustrer un thème (le tourment amoureux) dans des variations qui ambitionnent sans doute d’avoir la limpidité et l’universalité d’une chanson d’amour populaire. Le film peut donc paraître un peu superficiel. Mais il faut reconnaître à Dolan le grand mérite d’être dans un rapport assez juste avec ce qu’il fait : il assume de traiter les sujets de son âge, d’avoir la naïveté de son âge, d’aimer dans le cinéma ce qui “fait cinéma”, d’avoir envie d’essayer des choses, tout en s’employant à faire des films qui tiennent debout. Et cela fonctionne. Car on peut effectivement se retrouver dans cette fragile chronique romantique et se laisser émouvoir. L.R.


Les Amours secrètes Drame historique

de Franck Phélizon Avec Déborah Durand (Louise / Sarah), Grégory Barboza (Hans), Frédérique Dupré (Huguette), Sullivan Leray (Robert), Jérémie Elkaim (Jean), Emni Blakcori (Michel Dubreuil / Albert), Anémone (Margot), Richard Bohringer (Marcel), Nicolas Buchoux (Wilfried), René Vaysse (le Père Piolet), Wladimir Hodzack (Jean, âgé), Giulia Salvatori (Marie-Louise), Gêrome

Adultes / Adolescents

Graffeo (l’enfant à l’enveloppe), Samuel Gueville (un otage), Christian Martin et Gilles Naudy (les officiers de la Gestapo), Bernard Eguermanne (le chef SS) et les voix de Claude Carvin (Jean, âgé), Rodolphe Sanguinetti (la voix à la radio) et Philipp Mayrhofer (les voix allemandes).

Équipe technique Scénario : Franck Phélizon, et Sandrine Gauvin Images : Raphaël Pannier Montage : Luc Barnier 1er assistant réal. : Jules Raillard Scripte : Giulia Salvatori Musique : Nicolas Peyrac Martin Nachon et Fabien Levy Chanson : S’aimer tellement fort interprétée par Maurane Son : Pierre Henry

Décors : Philippe Jacob Costumes : Kelly Manceaux Effets spéciaux : Guillermo Badilla Coto Maquillage : Virginie Tafani et Véronique Bettel Production : CFC Films et UPL Films Producteur exécutif : Alexandre Piot Distributeur : UPL Media Group.

85 minutes. France, 2009. Sortie France : 9 juin 2010. Visa d’exploitation : 120543. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD. 30 copies.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, une jeune Juive et un officier SS s’aiment en cachette. Plombé par une mise en scène statique et peu inspirée, un jeu d’acteurs inégal, noyé sous les bonnes intentions, ce premier long métrage s’avère un grand ratage.

Commentaire

© UPL Films

Résumé De nos jours, un vieil homme lit un journal intime. 1942, Sarah raconte dans son journal sa vie depuis un an : sous la nouvelle identité de Louise, elle chante dans le cabaret d’Huguette qui l’héberge chez elle avec d’autres Juifs, le vieux Marcel et le jeune Robert. Avec l’aide de Hans, un officier de la Waffen SS qui rejette les idées nazies, Huguette fournit des faux papiers à ses hôtes de passage pour partir en Angleterre. Louise vit une grande passion cachée avec Hans, sous le regard jaloux de Robert, et sous celui impassible de Margot, la mère d’Huguette, muette depuis la mort de son fils. Après le départ de Marcel, Huguette accueille Michel, un résistant recherché par la Gestapo. Une idylle naît entre eux.

Dénouement Arrive le jour du grand départ pour tous. Louise et Robert, en retard au rendez-vous, voient alors Huguette et les autres se faire embarquer par la Gestapo. Ils fuient seuls en zone libre vers la maison des parents de Louise. Là, celle-ci retrouve son frère, Jean, accablé par l’assassinat de leurs parents par des nazis. En zone occupée, Huguette meurt sous la torture. Hans découvre que Michel était en fait un infiltré de la Gestapo. Il le tue et rejoint Louise dans le Sud. Mais Jean, ne voyant en lui qu’un nazi, lui réserve un accueil agressif. Par vengeance, Jean tue Hans, qui venait d’apprendre qu’il allait être papa, et dénonce Louise et Robert, qui sont arrêtés et déportés. Il lit alors le journal de Louise. Il est ce vieil homme qui reste, aujourd’hui encore, hanté par sa terrible erreur.

Après avoir signé quelques courts métrages, Franck Phélizon s’attaque pour son premier long aux événements de la Seconde Guerre mondiale. Les amours secrètes relatées ici, et inspirées d’une histoire vraie, sont celles d’une jeune femme juive et d’un officier SS, sous l’Occupation. Empli de bonnes intentions, Phélizon a aussi voulu “rendre hommage à des héroïnes méconnues : ces chanteuses de cabaret, qui profitaient de leurs relations avec les Allemands pour aider les Juifs”. Hélas, c’était beaucoup de choses pour une première fiction sans moyens et surtout sans idées. Tout vire très vite au grand ratage. À commencer par la mise en scène qu’il est difficile de critiquer tant il semble ne pas y en avoir. L’intrigue avance ainsi à coups de tête-à-tête, filmés en plans quasi fixes, dans une pénombre permanente. La rareté des décors, le rythme statique et théâtral, fabriquent une atmosphère compassée et étouffante. Enfin, le recours à la voix off de Louise lisant son journal intime, redondante avec l’image falote, alourdit inutilement l’ensemble. Pour compléter le tableau, la direction d’acteurs se révèle catastrophique. Chacun joue sa partition dans un registre différent, les plus mauvais jouant très faux. Dans cette cacophonie de prestations, seuls surnagent Déborah Durand, qui insuffle une belle fraîcheur au personnage de Louise, et les vieux routiers Anémone et Richard Bohringer, embarqués sur ce navire en perdition. C’est d’autant plus gênant que l’on ressent la sincérité et l’engagement de toute l’équipe au travail. I.B.

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Ander (Ander) Chronique de mœurs

de Roberto Castón Avec Josean Bengoetxea (Ander), Cristhian Esquivel (José), Mamen Rivera (Reme), Pilar Rodríguez (la mère), Leire Ucha (Arantxa), Pako Revueltas (Peio), Pedro Otaegi (Evaristo), Eriz Alberdi (Iñaki), Unax Martín (l’enfant), Juantxo Querejeta (la réceptionniste), José Cruz Gurrutxaga (le boulanger), Txarli Marqués, Jon González, Pedro Rojas, Iker Isturriz, Iker Urtiaga,

Adultes / Adolescents

Fermín Olivares, Benito Olivares, Ainhoa Juárez, Igor Intxaurraga, Ismael Ozerinjauregi, Gersson Renato Duarte, Aitor Intxaurraga, Gabriel Ángel Herreros, Ernesto Vega, Francisco Javier Iturbe, Juan Carlos García, Pau Guillén, Egoitz García, Paula Egilor, Jon Egilor, Andrea Ekai, Fco Javier García, Miren Aingeru, Odamis Asorio, Naia Berrio, David Ekai, Estibaliz Aiarza, Miren Aniorte.

Équipe technique Scénario : Roberto Castón Images : Kike López Montage : Iván Miñambres 1er assistant réal. : Carlos Javier Domínguez Scripte : Eraitz Loiti Son : Josu González et Jon Zubeldia Costumes : Atoya Arandigoyen Maquillage : Haizea Garmendia

Production : Berdindu Coproduction : Ilusión Óptica et Bitart Producteur exécutif : José María Gonzalo Producteurs associés : Fernando Díez et Roberto Castón Dir. de production : Pau G. Guillén Distributeur : Bodega Films.

128 minutes. Espagne, 2009. Sortie France : 17 février 2010. Visa d’exploitation : 125124. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 10 copies (vo).

Brokeback Mountain au Pays Basque, soit la chronique d’un amour impossible entre deux paysans. Avec une approche sèche et naturaliste, Ander reste malheureusement trop sage et prévisible, malgré une sobriété plutôt prometteuse.

Commentaire

© Berdingu

Résumé Ander, 40 ans, célibataire, vit dans une ferme isolée du pays basque espagnol avec sa mère et sa sœur, Arantxa. Le matin, il travaille à l’usine, et l’après-midi il s’occupe de ses bêtes, qu’il emmène brouter. Un soir, la mère, inquiète de ne pas le voir rentrer pour dîner, envoie sa fille le chercher. Elle le trouve dans leur champ, incapable de marcher après avoir fait une chute. Arantxa, qui doit se marier le mois suivant, ne peut aider à la ferme et la famille se résout à engager un ouvrier agricole péruvien : José. La mère s’en méfie, mais Ander apprécie José, qui travaille bien et l’aide dans sa vie quotidienne. Ils deviennent inséparables.

Dénouement Le soir de l’enterrement de vie de garçon d’Iñaki, le futur mari d’Arantxa, Peio, un voisin, propose à Ander qu’ils se partagent Reme, une femme du village qui se prostitue. Ils embarquent aussi José, peu enthousiaste. Lors du repas de mariage, José doit aider Ander à uriner. Dans les toilettes, tous deux, bien éméchés, font l’amour pour la première fois, puis Ander, horrifié par son acte, chasse José. Celui-ci continue à travailler à la ferme, mais Ander l’évite. Enfin, comme il n’arrive plus à jouir avec Reme, il couche de nouveau avec José. Le lendemain, la mère tombe dans le coma. Ander se croit coupable et refuse d’admettre qu’il aime José. Mais Reme, qui, fuyant Peio, échoue à la ferme avec son fils, le somme de penser à son bonheur et ils finissent par vivre tous les quatre ensemble, comme une vraie famille. © les Fiches du Cinéma 2011

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La révélation brutale d’un désir homosexuel, dans un environnement apparemment réfractaire, et la difficulté à assouvir ce désir sont devenues depuis peu une matrice scénaristique largement exploitée. L’amour passion entre deux cow-boys (Le Secret de Brokeback Mountain), deux Juifs intégristes (Tu n’aimeras point) ou, comme ici, deux paysans basques, permet d’afficher une certaine modernité avec des ressorts dramatiques pourtant largement éprouvés depuis des décennies - à savoir ceux du mélodrame : un amour empêché à cause du social. Il y a néanmoins quelque chose de touchant et de fort à observer cette féminisation du désir amoureux chez un homme. Mais, en obéissant à un canevas aussi serré, les variations narratives sont souvent minimes et les morceaux de bravoures, obligés (la description d’un cadre pittoresque, peu propice au flirt homosexuel, la cristallisation du désir, la violence des sentiments refoulés, la clandestinité honteuse). À ce compte-là, Ander reste par trop sage et prévisible. La mise en scène, sèche et naturaliste, si elle réussit à porter un regard incisif sur un monde aux préjugés tenaces, manque malheureusement de souffle. R. Castón refuse obstinément tout lyrisme - un parti pris louable et plutôt prometteur - sans parvenir pour autant à faire de cette sobriété un véritable vecteur de sensibilité. L’intrigue se résout dans une banale effusion de bons sentiments, quand le sujet aurait certainement gagné à plus d’audace. Ce conte moderne sur la difficulté à être soi-même ne repose au final que sur la seule force de son pitch. Dommage. L.R.


Année bissextile (Año bisiesto) Drame

de Michael Rowe

Adultes / Grands Adolescents, des images peuvent heurter

Avec Mónica del Carmen (Laura), Gustavo Sánchez Parra (Arturo), Marco Zapata (Raúl, le frère de Laura), Ireri Solís (la voisine), Nur Rubio (la caissière du supermarché), José Juan Meraz (l’amant de la voisine), Diego Chas, Jaime Sierra et Armando Hernández (les rencontres masculines de Laura), Ernesto González, Bertha Mendiola.

Équipe technique Scénario : Michael Rowe et Lucía Carreras Images : Juan Manuel Sepúlveda Montage : Óscar Figuera Jara 1er assistant réal. : Rodrigo Bello Noble Scripte : Astrid Rondero Chanson : Afrodita Son : Antonio Diego et Santiago de la Paz Costumes : Adolfo Cruz Mateo Dir. artistique :

Alisarine Ducolomb Maquillage : Vanessa Campos Production : Machete Producciones et Imcine Producteurs : Edher Campos et Luis Salinas Producteurs associés : Olga González et Gustavo Campos Dir. de production : Laura Pino Distributeur : Pyramide.

92 minutes. Mexique, 2010. Sortie France : 16 juin 2010. Visa d’exploitation : 126435. Interdit aux moins de 16 ans. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD. 49 copies (vo).

Primé à Cannes comme meilleur premier film de l’édition 2010, Année bissextile, de l’Australien (installé au Mexique) Michael Rowe, est un film âpre, tout à la fois réaliste et métaphorique, et entièrement habité par une prodigieuse comédienne : Mónica del Carmen.

Commentaire

© Pyramide

Résumé C’est le mois de février d’une année bissextile. Laura, une jeune Indienne, vit à Mexico. Journaliste célibataire, elle passe ses journées dans son petit appartement, depuis lequel elle réalise ses interviews et écrit ses articles. Chaque soir, elle fait une croix sur son calendrier, rayant le jour qui vient de s’écouler. Les journées passent, uniquement ponctuées par les appels de sa mère et les visites de son petit frère, à qui elle raconte une autre vie que la sienne, bien plus merveilleuse. Laura travaille, mange sommairement en regardant la télévision, épie ses voisins et se masturbe en les observant s’enlacer. Pour rompre cet ennui, elle sort et collectionne les histoires sans lendemain. Un soir, Laura rencontre Arturo. Elle le conduit chez elle, ils font l’amour et tous deux sont bouleversés par les jeux érotiques initiés par Arturo.

Dénouement Ils se retrouvent dès lors régulièrement. Laura se soumet aux exigences d’Arturo, qui semble être l’instigateur de leur relation sadomasochiste. La fin du mois de février approche. Laura fait part à Arturo de l’ultime mise en scène qu’elle prévoit pour le lendemain : au terme de leurs ébats, il devra lui trancher la gorge. Mais le lendemain soir, Arturo ne se présente pas à son appartement. Laura raye alors pour la dernière fois le jour sur le calendrier : le 29 février, date anniversaire de la mort de son père incestueux. Le lendemain, elle pleure, et tourne la page de février. La vie continue en mars.

Premier long métrage réalisé par le scénariste Michael Rowe, et coup de maître récompensé au Festival de Cannes 2010 par la Caméra d’Or. Ce metteur en scène australien, qui réside au Mexique depuis une quinzaine d’années, a choisi d’aborder dans son film les rapports de pouvoir entre un homme et une femme, mais aussi de décrire par cette métaphore la complexe partition de la société mexicaine. Pour y parvenir, Rowe ne laisse rien au hasard et se souvient qu’il est aussi un auteur de théâtre. Afin d’isoler son propos, il applique à ce drame la règle des trois unités qui régissait naguère le théâtre classique : l’unité d’action, au nom de laquelle les intrigues secondaires sont proscrites (ici, seuls les agissements de Laura sont montrés) ; l’unité de lieu (la caméra ne quitte pas l’appartement de Laura, excepté dans la scène d’ouverture) ; et l’unité de temps, que Rowe a étendue d’une journée à un mois (février dans une année bissextile). À cette construction, s’ajoute une réalisation qui s’appuie sur de longs plans-séquences, des dialogues réduits au minimum et une totale absence de musique, qui laissent le spectateur dans un état d’hébétude proche de celui de Laura. Année bissextile repose également sur l’interprétation de Mónica del Carmen, qui parvient à camper magistralement cette anti-héroïne rongée par son passé. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, cette introspection cathartique n’est pas sans rappeler la force des grands films de la nouvelle vague mexicaine : ceux de Carlos Reygadas (Batalla en el cielo, Japón) ou d’Alejandro Gonzales Iñarritú (Amours chiennes, Babel). G.Bo.

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Another Year (Another Year) Chronique

de Mike Leigh Avec Jim Broadbent (Tom), Ruth Sheen (Gerri), Lesley Manville (Mary), Oliver Maltman (Joe), Peter Wight (Ken), David Bradley (Ronnie), Martin Savage (Carl), Karina Fernandez (Katie), Michele Austin (Tanya), Phil Davis (Jack), Imelda Staunton (Janet), Stuart McQuarrie (le collègue de Tom), Eileen Davies, Mary Jo Randle et Ben Roberts (les proches en deuil),

Adultes / Adolescents

David Hobbs (le pasteur), Badi Uzzaman (Mr. Gupta), Meneka Das (l’amie de Mr. Gupta), Ralph Ineson (l’ouvrier à la perceuse), Edna Doré (la dame du jardin), Gary Powell (l’homme au bar), Lisa McDonald (la fille au bar), Nicolas & Nathan Jarvis (Isaac, le bébé).

Équipe technique Scénario : Mike Leigh Images : Dick Pope Montage : Jon Gregory 1er assistant réal. : Josh Robertson Musique : Gary Yershon Son : Tim Fraser Décors : Simon Beresford Costumes : Jacqueline Durran Effets visuels : Dolores McGinley Dir. artistique : Andrew Rothschild

Maquillage : Christine Blundell Casting : Nina Gold Production : Thin Man Films pour Film4 Productrice : Georgina Lowe Productrices déléguées : Gail Egan et Tessa Ross Productrice exécutive : Danielle Brandon Dir. de production : Sarah McBryde Distributeur : Diaphana.

129 minutes. Royaume-Uni, 2010. Sortie France : 22 décembre 2010. Visa d’exploitation : 128018. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD. 151 copies (vo).

Un couple serein de sexagénaires accueillants est le point d’ancrage de ses proches. Partant de cette trame classique de chronique sociale, Mike Leigh resserre sa focale sur un personnage satellite et signe le portrait magnifique d’une femme en vrac.

Commentaire

© Thin Man Films

Résumé Tom et Gerri forment un couple heureux et équilibré. Il est ingénieur géologue, elle est conseillère psychologue dans un centre médical. Bientôt retraités, ils aiment jardiner dans leur carré potager d’un jardin ouvrier, même si le printemps se révèle pluvieux... Leur maison est chaleureuse. Ils y reçoivent souvent et volontiers famille et amis : Joe, leur fils de 30 ans célibataire, mais aussi Mary, une collègue de Gerri entre deux âges, sans enfant, collectionneuse d’échecs amoureux, gaffeuse, extravertie et un peu soûlante. Contre le temps qui passe et le désespoir qui rôde, Mary s’habille jeune et sexy, achète une voiture, fume et boit un peu trop.

Dénouement Un week-end d’été, Tom et Gerri reçoivent Ken, un ami d’enfance de Tom, alcoolique souffrant de solitude. Au cours du barbecue dominical avec d’autres convives, Ken, ivre, drague Mary, exaspérée. Elle-même minaude pathétiquement avec Joe, gentil mais surpris car il l’a toujours connue. À l’automne, Joe présente enfin à ses parents son enjouée et saine petite amie, Katie, envers qui Mary, blessée et jalouse, se montre désagréable. Gerri, déçue, la tient dès lors à distance. La femme de Ronnie, le frère de Tom qui vit à Derby, meurt durant l’hiver. Le couple s’occupe de tout et accueille Ronnie en séjour. Il est seul quand Mary, défaite, passe. Au retour de Tom et Gerri, elle supplie cette dernière de renouer leur amitié. Joe et Katie sont attendus. Gerri hésite puis garde Mary à dîner. À table, Mary paraît abattue, absente. © les Fiches du Cinéma 2011

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Sans doute l’âge de Mike Leigh (67 ans) n’est-il pas indifférent à son choix d’explorer les effets du temps qui passe sur les gens ordinaires, ceux qu’il connaît et comprend. Au-delà de cette envie, il creuse ici ce dont il avait traité de façon moins convaincante dans son précédent film, Be Happy : le lien organique entre la protection du bonheur et une certaine dose d’égoïsme. Pour ce faire, il s’appuie sur une construction et une écriture d’une intelligence redoutable et d’une implacable précision. De ce couple à l’harmonieuse complicité, en apparence altruiste et généreux, il dévoile, par de discrètes notations de regards et de remarques échangés, les limites d’une empathie qui leur procure, en toute bonne conscience, un confort moral supérieur. Autour de ce pivot affectif, qui se teinte, au fil des séquences, d’une doucereuse cruauté, Mike Leigh fait graviter puis émerger les figures de leurs bonnes œuvres, destinées à le rester, et notamment le personnage de Mary, archétype, dans un premier temps, du second rôle de copine stressée, volubile et plutôt envahissante. Aussi émouvante que crispante, elle fait d’abord sourire par ses mésaventures. De confidences avinées en maladresse chronique, de flirt pathétique en agressivité désolante, elle finit par rendre les armes. Le cinéaste l’accompagne jusqu’à sa défaite, plan final bouleversant qui laisse groggy. Aventure d’acteurs s’il en est, le film est formidablement servi par des interprètes familiers de l’univers de Leigh. Tous méritent notre admiration. N’en citons qu’une : Lesley Manville, inoubliable Mary aux rêves piétinés, qui lutte si vaillamment contre la dépression. M.D.


Anvil (Anvil ! The Story of Anvil) Documentaire

de Sacha Gervasi

Adultes / Adolescents

Avec les interventions de Steve “Lips” Kudlow, Robb Reiner, Tiziana Arrigoni, Kevin Goocher, Glenn Gyorffy, William Howell, Ian Fraser “Lemmy” Kilmister, Slash, Chris Tsangarides, Lars Ulrich, Nigel Hudson.

Équipe technique Scénario : Sacha Gervasi Images : Christopher Soos Montage : Jeff Renfroe et Andrew Dickler Musique : David Norland Son : Matt Dennis Production : Metal on Metal Production Coproduction : Little Dean’s Yard et Ahimsa Films

Productrice : Rebecca Yeldham Producteurs exécutifs : Sacha Gervasi et Christopher Soos Productrices associées : Lauren McClard et Dana Sano Distributeur : Zootrope Films.

80 minutes. États-Unis, 2008. Sortie France : 3 février 2010. Visa d’exploitation : 125199. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 12 copies (vo).

Vrai documentaire sur un groupe de métal canadien n’ayant jamais rencontré le succès, mais n’ayant jamais non plus abandonné, Anvil dépasse l’anecdotique et le ridicule pour devenir un touchant éloge de la force de l’amitié et des rêves.

Commentaire Si l’on voulait voir les choses sous un angle purement marketing, on pourrait présenter Anvil comme un croisement entre deux succès du “rock movie” : Dig ! (2004) et Spinal Tap (1984). Avec ce dernier, légendaire faux docu de Rob Reiner, Anvil partage le fait de se pencher sur le heavy metal des années 1980, son folklore, et la confrontation avec la dure réalité, quand le succès n’est pas celui escompté. Le film rejoint même celui de Reiner sur des points assez précis : les références à Stonehenge, un improbable (et salutaire) succès au Japon... Mais, contrairement à Spinal Tap, qui était une pure création de Reiner et de ses comédiens, Anvil est un vrai groupe de heavy metal. Et c’est cette authenticité qui fait que le film est, au bout du compte, bien plus proche de Dig !. En effet, Dig ! contait les tourments du Brian Jonestown Massacre, un groupe de rock psychédélique américain, qui estimait, à juste titre, ne pas avoir obtenu la reconnaissance qu’il méritait, tandis que les Dandy Warhols, groupe “ami” dont ils étaient proches, rencontrait un succès international. Anvil se penche sur cette même vieille et indémodable histoire : des musiciens qui estiment qu’il n’y a pas de différence entre eux et les rock stars milliardaires et refusent d’abandonner leur rêve. En plaçant au début du film des interviews de sommités du métal, comme Slash (ancien guitariste vedette des Guns’n’Roses) et Lars Ulrich (batteur emblématique de Metallica), qui expliquent leur admiration pour Anvil, le cinéaste rend son sujet plus poignant encore. Oui, et ce sont les stars du genre qui le disent, Anvil était un bon groupe, qui avait

© Zootrope

absolument tout pour réussir ! Ce qui rend le combat de ces deux losers - le chanteur, Lips, et le batteur, Robb Reiner - à la fois triste et assez beau. La vraie grande différence entre Dig ! et Anvil tient à un point majeur : là où Dig ! racontait comment le leader du groupe, Anton Newcombe, s’était acharné à saboter ses chances par un comportement volontiers autodestructeur, Anvil montre deux musiciens faisant tout ce qu’il faut pour réussir et se heurtant à un obstacle qui ressemble purement et simplement à... la poisse ! Patiemment, le documentaire raconte les tournées désastreuses, les enregistrements de démos et d’albums refusés par les majors, le quotidien de deux quinquagénaires ados qui refusent l’évidence et préfèrent sombrer plutôt que de rentrer dans le rang en se soumettant à la banalité d’une existence ordinaire. Cette persévérance folle, mais également admirable, rend réellement émouvant (même lorsqu’on n’est pas fan de heavy metal) ce film sur la puissance des rêves et de l’amitié. Enfin, peut-être est-il utile de préciser que, encore une fois, comme Dig ! l’avait fait pour les Brian Jonestown Massacre, Anvil a très sérieusement relancé la carrière de ces deux has been, et leur a permis de se rapprocher enfin véritablement de leurs objectifs. S.G.

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Ao, le dernier Néandertal Aventures

de Jacques Malaterre

Famille

Avec Simon Paul Sutton (Ao / le père d’Ao), Aruna Shields (Aki), Craig Morris (Boohr / Itkio), Helmi Dridi (Aguk), Vesela Kazakova (Unak), Maria Belalova (Gounh), Iana Atanassova (la femme de Boohr), Ilian Ivanov (Ao, à 9 ans), Lachezar Ivanov (Oa, à 9 ans), Mario Mihailov (Ao, à 11 ans), Dimitar Mihailov (Oa, à 11ans), Iroslav Petkov (Craw), Victoria Zaimova (la mère d’Ao), Yavor

Veselinov (Aka), Petar Genkov (Kaeko), Sara Malaterre (Wama, à 4 ans), Stanislav Stanev (le chasseur manchot), Jivka Invanova (la vieille femme), Anna Bankina, Velin Damianov, David Tipov, Neoko Kirov, Nazam Myumyunov, Danail Ubretenov, Valentin Stoyanov, Christo Assenov, Kristina Invanova, Blagoe Nikolich, Aleksandra Nalbantova, Ivan Nalbantov.

Équipe technique Scénario : Philippe Isard, Jacques Malaterre et Michel Fessler, d’après le roman Aô, l’homme ancien de Mark Klapczynski (2003) Images : Sabine Lancelin Montage : Jennifer Augé 1ers assistants réal. : Éric Pujol et François Chaillou Musique : Armand Amar Son : Pierre-Yves Lavoue et Jean-Luc Verdier

Décors : Christian Marti Costumes : Jean-Daniel Vuillermoz Effets spéciaux : Adrien Morot Effets visuels : Thierry Delobel Maquillage : Greta Velikova Production : UGC YM Coproduction : France 2 Cinéma Production exécutive : SoFilm Producteur : Yves Marmion Prod. exécutif : Patrick Sandrin Distributeur : UGC.

84 minutes. France, 2010. Sortie France : 29 septembre 2010. Visa d’exploitation : 100253. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SR SRD DTS. 359 copies.

Voici un film qui s’inscrit dans un genre peu représenté : les aventures préhistoriques. Ao... joue la carte de l’authenticité savante pour conter l’extinction d’une race. Il en résulte un film plutôt bien fait, mais très classique et handicapé par une voix off absurde.

Commentaire

© Patrick Glaize

Résumé Ao rentre donner à manger à sa tribu, les Néandertaliens, et voir son bébé nouveau né : Néa. Mais une attaque des Homo Sapiens a tué tous les membres de sa tribu, ainsi que sa fille. Ao décide de retourner sur la terre de son enfance pour retrouver son frère, Oa, dont il a été séparé des années auparavant lors d’un échange de tribus. La traversée commence, avec ses dangers. Ao est capturé par un groupe d’Homo Sapiens. Leur comportement, non respectueux envers la vie, le choque. Il s’enfuit et emmène avec lui une femme enceinte, d’une autre tribu d’Homo Sapiens, prisonnière elle aussi : Aki. Cette dernière accouche d’une fille. Ao croit retrouver Néa en elle.

Dénouement Aki supporte difficilement Ao, mais comprend qu’il peut la protéger contre les attaques de la tribu. Ao tente un instant de s’enfuir avec le bébé, mais Aki les rattrape. Lentement, une complicité finit par s’instaurer. Ao tombe gravement malade, mais, grâce à un mélange de plantes dont elle connaît le secret, Aki parvient à le guérir. Ils atteignent enfin la caverne de l’enfance d’Ao, mais trop tard : la mystérieuse maladie qui a tué tant des siens est passée par là aussi, et Oa est mort. Ils se réfugient dans une caverne, et Ao tente de violer Aki, qui réussit à le repousser. Ils rencontrent des Homo Sapiens, qui accueillent Aki mais rejettent Ao. Finalement, Aki fuit et rejoint Ao. Quelques années plus tard, elle est enceinte de lui. © les Fiches du Cinéma 2011

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Ce premier long métrage redonne vie à un beau et noble sous-genre un peu mésestimé : l’aventure préhistorique. Mais attention, Ao... est loin des aventures fantaisistes à la Rahan, car ici le scénario a été écrit sous le contrôle d’une batterie de scientifiques ayant un objectif simple : réhabiliter l’homme de Néandertal, ce mal aimé dont on nous apprend ici qu’il n’était pas un stade inférieur de l’Homo Sapiens, mais simplement une autre espèce. D’où la fable d’Ao, dernier de sa tribu, qui va se retrouver confronté aux hommes et à leur cruauté dans la quête de son frère. Le tout est pimenté par une liaison dépassant les races, avec une belle Sapiens. Ode à la tolérance, Ao... réactive, peut-être délibérément, tous les clichés du bon sauvage faisant face à la vilenie de la civilisation dite avancée, mais gangrenée par la haine et la violence. L’ensemble rappelle alors aussi bien Le Dernier des Mohicans de Michael Mann que le Apocalypto de Mel Gibson. Le film fait preuve de plus d’originalité dans son atmosphère et sa reconstitution, pointilleuse et souvent impressionnante. Il perd par contre beaucoup de sa crédibilité à cause d’une invraisemblable voix off, dont le sérieux pontifiant finit par rendre certaines scènes tellement pompeuses qu’elles en deviennent hilarantes. Sans doute le cinéaste voulait-il rendre sa narration plus claire, mais il passe ainsi à côté de la force du sujet en en esquivant les difficultés (filmer le silence ou l’incommunicabilité). Reste un film d’aventures familial plutôt correct, mais au bout du compte très classique et prévisible. S.G.


L’Apprenti Père Noël Animation

de Luc Vinciguerra

Enfants

Avec les voix de Benoît Allemane (le Père Noël), Nathan Simony (Nicolas), Line Renaud (Solange Folichon), Isabelle Mergault (Madame Poulmer), Pierre-François Martin-Laval (Edgar), Lorànt Deutsch (Randolph), Julie Gayet, Jean-Pierre Marielle, Bruno Salomone, Didier Brice.

Équipe technique Scénario : Alexandre Révérend, d’après la série créée par Jan Van Rijsselberge et Alexandre Révérend (2006-2007) Montage : Céline Kélépikis 1er assistant réal. : Rafaël Vicente Musique : Nerida Tyson-Chew Chanson : Arthur H Son : Nostradine Benguezzou Décors : Baptiste Lucas Dir. artistique : Richard Despres

Production : Gaumont, Gaumont Alphanim et Avrill Stark Ent. Producteurs délégués : Clément Calvet, Christian Davin, Avrill Stark, Ross Murray et Paul Young Producteurs exécutifs : Jean-Pierre Quenet et Rebecca Tolliday Dir. de production : Tanguy Olivier Distributeur : Gaumont.

80 minutes. France - Australie, 2010. Sortie France : 24 novembre 2010. Visa d’exploitation : 124345. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 279 copies.

Prolongeant une série télévisée pour enfants, ce dessin animé français conte l’histoire d’un petit garçon pressenti pour succéder au Père Noël. Un film débordant de bons sentiments simples, sans ironie aucune et destiné à un public très jeune.

Commentaire

© Gaumont

Résumé À cause de ses trous de mémoire, le Père Noël manque presque de rater (et donc de gâcher) sa fête. Solange, son assistante, lui fait comprendre qu’il doit se trouver un successeur. En Australie, le petit Nicolas voit avec tristesse son meilleur ami dans l’orphelinat, Félix, partir avec deux parents américains. Les anciens Pères Noël se réunissent et consultent la boule de cristal pour trouver le remplaçant : c’est Nicolas ! Un lutin se rend à l’orphelinat, mais est surpris par un des camarades de Nicolas, jaloux de comprendre que ce n’est pas lui qui a été choisi. Nicolas part vers le pôle Nord, où le Père Noël l’accueille pour démarrer sa formation.

Dénouement Les premiers pas sont difficiles, et Nicolas manque d’abandonner. En Amérique, les parents de Félix se retrouvent obligés de vivre dans une caravane. À force de persévérer, Nicolas se fait respecter. Mais, par maladresse, il provoque un incendie. Fâché, le Père Noël part faire la tournée des cadeaux sans lui. Mais Nicolas le rejoint avec la boule de cristal magique du Père Noël. À l’orphelinat, le Père Noël se fait arrêter par des policiers pour l’enlèvement de Nicolas. Après un combat acharné contre son camarade jaloux, qui tente de s’emparer de la boule de cristal, Nicolas règle la situation et offre à Félix son cadeau : une nouvelle maison. Le Père Noël lui confie alors sa boule de cristal, et les responsabilités qui vont avec.

Après une série télé plutôt bien accueillie, L’Apprenti Père Noël passe donc sur le grand écran et tente de réveiller notre bonne vieille animation française encore un peu sclérosée. L’esprit de Noël y fait une apparition, à travers une intrigue typique des téléfilms de cette époque, remplie de bons sentiments et d’un merveilleux souvent mielleux. Au menu donc : un petit orphelin, choisi par le Père Noël pour devenir son remplaçant, malgré sa timidité et ses peurs. L’histoire, les personnages et le style graphique destinent assez exclusivement le film au plus jeune âge : l’humour reste basique, l’émotion est amenée par des ficelles assez grosses et jamais un soupçon d’ironie ne vient pimenter le récit. Le film bénéficie d’une animation et de dessins plutôt corrects, même s’ils demeurent très classiques. La progression narrative est également convenue, et son impact reste très relatif. Là où les productions américaines ou japonaises continuent de pratiquer avec succès un grand écart en mêlant sophistication du récit et de l’humour (pour les parents) avec émotion et efficacité visuelle (pour leurs enfants), L’Apprenti Père Noël continue à ne s’adresser qu’à un public très ciblé, et le fait avec un certain manque d’imagination qui devient, au bout d’un moment, agaçant. Cela fait longtemps que les cinéastes savent que les enfants peuvent tout à fait apprécier les surprises et l’originalité. Mais cette piste n’a visiblement pas été jugée intéressante à explorer par les créateurs de cette nouvelle histoire de Père Noël, qui ne restera finalement guère marquante. S.G.

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L’Apprenti sorcier (The Sorcerer’s Apprentice) Fantastique

de Jon Turteltaub

Famille

Avec Nicolas Cage (Balthazar Blake), Jay Baruchel (Dave), Alfred Molina (Maxim Horvath), Teresa Palmer (Becky Barnes), Omar Benson Miller (Bennet), Toby Kebbell (Drake Stone), Monica Bellucci (Veronica), Alice Krige (Morgane), James A. Stephens (Merlin), Gregory Woo (Sun-Lok), Peyton Roi List (Becky, jeune), Jake Cherry (Dave, jeune), Nicole Ehinger (Abigail Williams), Ethan

Peck (Andre), Adriane Lenox (Ms. Algar), Parisa Fitz-Henley (la copine de Bennet), Wai Ching Ho, Jason R. Moore, Henry Yuk, Robert B. Capron, Sándor Técsy, Marika Daciuk, Manish Patel, Oscar A. Colon, William Devlin, Victor Cruz, Melissa Gallagher, Brandon Gill, Jordan Johnston, Izuchukwu Mozie, Joe Lisi, Amit Soni, Adria Baratta, Rosie Moss, Maha Chehlaoui, Ian Alda.

Équipe technique Scénario : Matt Lopez, Doug Miro, Carlo Bernard, Lawrence Konner et Mark Rosenthal Images : Bojan Bazelli Montage : William Goldenberg Musique : Trevor Rabin Son : Shannon Mills Décors : Naomi Shohan Costumes : Michael Kaplan Effets visuels : John Nelson et Jeppe N. Christensen Production : Saturn Films,

Broken Road Productions et Junction Entertainement pour Jerry Bruckheimer Films Coproduction : Walt Disney Pictures Producteur : Jerry Bruckheimer Producteurs exécutifs : Nicolas Cage, Todd Garner, Chad Oman, Mike Stenson, Norman Golightly et Barry H. Waldman Distributeur : The Walt Disney Company.

105 minutes. États-Unis, 2010. Sortie France : 11 août 2010. Visa d’exploitation : 126776. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SR SRD DTS. 534 copies (vo / vf).

Bruckheimer et Cage sont de retour, cette fois avec un film tout public qui s’inspire d’une séquence de Fantasia pour échafauder un croisement entre action et magie à la Harry Potter. Le résultat est une œuvre hollywoodienne insipide et professionnelle.

Commentaire

© Walt Disney

Résumé Après de terribles batailles, le sorcier Balthazar voit son maître Merlin mourir des mains de Morgane à cause de la traîtrise de son ami Horvath. Veronica, la femme qu’il aime, se sacrifie pour emprisonner Morgane. Balthazar jure de retrouver le Prime Merlinum, celui qui sera le successeur de Merlin. Des siècles plus tard, il croit le reconnaître en la personne de Dave. Mais à l’issue d’une bataille, Balthazar et Horvath se retrouvent emprisonnés dans une jarre pour des années. Ce n’est que dix ans plus tard que Balthazar, libéré de ce mauvais sort, peut retrouver Dave, devenu un physicien timide et maladroit. Il lui explique qu’il est destiné à devenir sorcier et entame son apprentissage.

Dénouement Horvath, lui aussi libéré d’un sort, continue sa quête des bagues de sorcier afin d’obéir à un plan concocté par Morgane. Dave tente de gérer sa nouvelle vie, tout en flirtant avec son amour d’enfance, Becky, qu’il a retrouvée par hasard. Mais les choses ne se passent pas toujours comme prévu, et lui et Balthazar doivent affronter des sorciers démoniaques, libérés par Horvath. Balthazar est neutralisé par Horvath, qui peut alors libérer Morgane, toujours captive du corps de Veronica, et exécuter son grand plan : invoquer les morts afin de régner sur le monde. Dave, aidé par Becky, met à profit ses connaissances scientifiques et magiques afin de contrer Horvath et Morgane. Saine et sauve, Veronica est libérée de l’emprise de Morgane et peut enfin retrouver Balthazar. © les Fiches du Cinéma 2011

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L’Apprenti sorcier marque le retour du duo dynamique du cinéma d’action des années 1990 : Nick Cage et Jerry Bruckheimer, déjà à la tête de “classiques” du genre, tels que Les Ailes de l’enfer, 60 secondes chrono et les Benjamin Gates, réalisés par Jon Turteltaub, qui signe également cette nouvelle livraison. Cette fois, l’acteur et le producteur s’attaquent à un classique éloigné de leur univers : le Fantasia de Disney. Plus précisément, ils se réapproprient la scène où l’apprenti tente de faire le ménage grâce à ses pouvoirs magiques et se laisse dépasser par les balais enchantés. Autour de cela, ils greffent une sombre histoire de duel éternel, où un sorcier recherche celui qui pourra devenir le remplaçant de Merlin, lequel se révélera être un jeune homme timide et clairement dépassé par les événements. Ce film illustre un virage des productions Bruckheimer vers un registre plus familial. Toute violence un peu choquante est évacuée au profit d’ingrédients beaucoup plus consensuels : spectaculaires scènes de magie, gags faciles et romance sirupeuse. Comme d’habitude, Cage apporte une touche de décalage en incarnant un sorcier baroudeur aux cheveux filasse, plus proche de Mad Max que de Mandrake. Le tout est un peu long, souvent gratuit, mais bénéficie du sens du casting du producteur (dont Jay Baruchel, grande asperge qui fait un héros convaincant) et du professionnalisme éprouvé de son équipe, bienvenu à une époque où certaines superproductions gâchent leurs moyens à cause d’une forme d’amateurisme. C’est peu, mais c’est déjà ça. S.G.


L’Arbre [The Tree] Drame

de Julie Bertuccelli Avec Charlotte Gainsbourg (Dawn O’Neil), Marton Csokas (George), Morgana Davies (Simone O’Neil), Aden Young (Peter O’Neil), Gillian Jones (Vonnie), Penne Hackford-Jones (Mrs. Johnson), Christian Bayers (Tim), Tom Russell (Lou), Gabriel Gotting (Charlie), Zoe Boe (Megane), Bob MacKay (Ab), Murray Shoring (l’inspecteur du gouvernement), Taren &

Adultes / Adolescents

Robert Joseph Stewart et Wencis Burns (les amis de Lou), Margaret Foote et Betty Cartmill (les jumeaux Mackenzie), Patrick Boe (Mr. Lu), Arthur Dignam (l’oncle Jack), Wendy Playfair (la tante Harriet), Jackie Kelleher (la tante Jacqueline), Benita Collings (la tante Mary), Ryan Potter.

Équipe technique Scénario : Julie Bertuccelli et Elizabeth J. Mars d’après le roman L’Arbre du père de Judy Pascoe (2002) Images : Nigel Bluck Montage : François Gédigier 1er assistant réal. : Chris Webb Musique : Grégoire Hetzel Son : Olivier Mauvezin Décors : Steven Jones-Evans Costumes : Joanna Mae Park Maquillage : Wendy De Waal

Casting : Nikki Barrett Production : Taylor Media et Les Films du Poisson Coproduction : Arte France Cinéma, ARD/Degeto, WDR/ARTE et Tatfilm Productrice : Lætitia Gonzalez Coproductrices : Yael Fogiel et Sue Taylor Prod. associés : Flaminio Zadra, Paolo Colombo et Alberto Fanni Distributeur : Le Pacte.

100 minutes. France - Australie - Allemagne, 2010. Sortie France : 11 août 2010. Visa d’exploitation : 116368. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD DTS. 221 copies (vo [anglaise] / vf).

En Australie, une famille confrontée à la mort du père investit son deuil dans le figuier géant qui surplombe la maison. Filmée dans un registre naturaliste et contemplatif, une histoire touchante et simple. Parfois trop.

Commentaire

© Le Pacte

Résumé Dawn et Peter vivent un bonheur tranquille en Australie avec leurs quatre enfants, dans une maison à l’ombre d’un figuier géant. Mais Peter meurt soudainement d’une crise cardiaque. Deux mois après, Dawn a toujours du mal à émerger de sa tristesse. C’est Tim, l’aîné, qui s’occupe des enfants. Simone, 8 ans, croit que son père s’est réincarné dans le figuier. Elle s’y réfugie de plus en plus souvent et lui parle de longues heures. Elle confie son secret à Dawn. Mais avec la sécheresse, les racines de l’arbre ressortent, abîment les canalisations et gênent les voisins. Dawn reprend peu à peu des forces. Elle trouve du travail dans l’entreprise de plomberie de George, avec qui elle commence à flirter.

Dénouement Une branche du figuier s’effondre dans la chambre de Dawn. Noël arrive, la famille part en vacances avec George, que Simone se refuse à accepter. À leur retour, les racines du figuier de plus en plus envahissantes ont causé de nouveaux dégâts. Dawn accepte que George vienne arracher l’arbre avec ses hommes. Mais Simone s’y oppose farouchement et campe sur une branche. Dawn cède à sa fille, stoppe l’opération et rompt avec George. Peu après, un terrible ouragan déferle sur la région. Dawn et les enfants se réfugient dans les fondations de la maison. Au petit matin, le figuier a été déraciné et la maison détruite. Libérés, Dawn et les enfants partent vers de nouveaux horizons.

Il est immense, magnifique. Une cité, un monde à lui tout seul. Un arbre aux mille ramifications. Ce figuier géant est, on l’aura compris, l’un des personnages principaux du film. C’est à son pied que la camionnette du père vient finir sa course en cahotant. À l’intérieur, le conducteur a succombé à un arrêt cardiaque. Dehors, le soleil se couche en douceur, l’atmosphère vibre d’insectes et de vent. En quelques plans, Julie Bertuccelli (Depuis qu’Otar est parti) installe son univers. À sa manière fine et délicate, elle montre la mort qui fait irruption dans des vies sereines. Elle raconte l’histoire, adaptée d’un roman de Judy Pascoe, d’une famille confrontée à la perte brutale du père. Le figuier géant cristallise le travail de deuil de chacun des membres de la famille, et plus particulièrement de la maman et de sa petite fille. Sa présence protectrice imprègne la pellicule, ses branches sont autant de bras prêts à accueillir ceux qui ont besoin de réconfort. La nature joue comme une caisse de résonance des sensations humaines, ce que Bertuccelli filme, avec réussite, dans un style contemplatif. Toutefois, l’option naturaliste cohabite avec une part de surnaturel. Est-ce le frémissement des feuilles ou les murmures du père disparu ? La question reste en suspens. Libre à chacun de se faire son idée. Charlotte Gainsbourg, elle, prête sa fragilité au personnage de Dawn. Sa voix fluette, cette jolie façon de susurrer se révèlent ici particulièrement justes. Seul bémol : la simplicité de l’histoire et des enjeux. Car, à force de dépouillement, de distance et de tact, le film peut devenir lassant. I.B.

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L’Arbre et la forêt Drame

de Olivier Ducastel et Jacques Martineau Avec Guy Marchand (Frédérick Muller), Françoise Fabian (Marianne Muller), Sabrina Seyvecou (Delphine Muller), Yannick Renier (Rémi), François Négret (Guillaume Muller), Catherine Mouchet (Françoise), Sandrine Dumas (Élisabeth), Pierre-Loup Rajot (Charles Muller), Nicole Maufrais (Madeleine), Serge Maufrais (Henri), Léa Henry,

Adultes / Adolescents

Maxim Henry et Julia Housard de la Potterie (les enfants), Éric Larzat (le notaire).

Équipe technique Scénario : Olivier Ducastel et Jacques Martineau Images : Matthieu Poirot-Delpech Montage : Mathilde Muyard 1er assistant réal. : Sébastien Matuchet Scripte : Claudia Neubern Son : Régis Muller Décors : Dorian Maloine Costumes : Élisabeth Mehu

Effets visuels : Pascal Laurent Maquillage : Valérie Thery-Hamel Casting : Antoine Carrard Production : Maïa Cinéma et Les Films du Lendemain Producteurs : Kristina Larsen et Gilles Sandoz Dir. de production : Olivier Guerbois Distributeur : Ad Vitam.

97 minutes. France, 2008. Sortie France : 3 mars 2010. Visa d’exploitation : 119555. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD. 59 copies.

À 77 ans, un homme révèle son secret à sa famille, sidérée. Quelle famille n’a pas ses secrets ? Grâce à ses portraits d’êtres blessés, ce drame singulier du duo Ducastel & Martineau est une œuvre profondément humaniste, complexe et d’une grande maturité.

Commentaire

© Ad Vitam

Résumé 1999. Guillaume injurie son père, Frédérick, parce qu’il n’est pas venu à l’enterrement de Charles, fils aîné de Frédérick et Marianne. Marianne et Françoise, l’ex-femme de Charles, essayent de calmer Guillaume qui part, ivre, avec femme et enfants. Frédérick ne dîne pas non plus, préférant parler au grand tilleul de la cour. Delphine, la fille de Charles, reste coucher chez ses grands-parents avec son ami Rémi. Wagner les réveille en fanfare. Marianne excuse son mari et rappelle qu’il a dû fuir l’Alsace en 1943, après avoir été enfermé un an pour raison politique. Delphine culpabilise de ne rien ressentir, mais accepte de participer au cadeau d’anniversaire de Frédérick pour Marianne. À cette occasion, Frédérick explique que Charles lui avait demandé de ne pas venir à son enterrement. Son aîné l’avait d’ailleurs harcelé toute sa vie, à cause de son secret...

Dénouement Frédérick cachait qu’il était homosexuel et avait été interné en camp de concentration pour cette raison. Un enfer, suivi d’une libération inexpliquée. Réfugié chez Marianne, il avait planté un tilleul, et des milliers d’autres arbres. Quand Charles eut 13 ans, il lui révéla son secret, gardé par Marianne. Et Guillaume naquit. En apprenant tout cela, Guillaume explose, désespéré. Françoise et Marianne se font des confidences nocturnes, Frédérick et Rémi se parlent dans la forêt. Frédérick poursuit sa confession, s’explique sur Wagner, et fait une donation à Guillaume, réconcilié, et à Delphine, qui jamais ne coupera le tilleul. © les Fiches du Cinéma 2011

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Il y a l’arbre, à la fois repère, racine et legs, il y a l’arbre de vie, l’arbre du bien et du mal, “l’arbre généalogique” (traduction du titre international du film). Et il y a la forêt, celle que Frédérick a plantée au fil des années. On apprendra que seuls les arbres lui ont permis de survivre dans un environnement hostile, puis de revivre après le traumatisme. La forêt cache-t-elle le secret de l’arbre ? On découvrira en fait plusieurs secrets, le poids du passé, de la guerre, des préjugés. Et par ricochet, les femmes aussi ont leurs secrets... La forêt wagnérienne est également convoquée. La musique a ici une grande place, car elle aussi permet de multiples interprétations. Les beaux paysages forestiers du Loiret sont filmés en travelling, avec générosité (en 35 mm et en Scope, pour la première fois depuis Drôle de Félix). Car Ducastel & Martineau renouvellent leur cinéma. L’ambiance est plus bourgeoise, la forme plus classique, mais ils restent fidèles à leurs thèmes de prédilection, à l’âpreté, à l’humanité mais aussi au décalage des situations et des personnages. L’accent est devenu assez bergmanien, ce qui est un compliment. Avec ses vestes en tweed ou en cuir, Guy Marchand trouve ici l’un de ses plus grands rôles, peut-être parce qu’il est à contre-emploi. Le couple Marchand-Fabian est admirable à l’écran. On sent qu’ils ont une longue histoire, qu’ils ont surmonté la tragédie et que leur amour les protège. Le couple Seyvecou-Renier incarne la jeunesse et l’avenir. Enfin, Catherine Mouchet apporte au film une essentielle dose de recul et de légèreté. M.B.


Armadillo (Armadillo) Documentaire

de Janus Metz

Adultes / Adolescents, des images peuvent heurter

Avec les soldats du bataillon danois de l’ISAF 7.

Équipe technique Scénario : Janus Metz, d’après une idée de Kasper Torsting Images : Lars Kree Montage : Per K. Kirkegaard Musique : Uno Helmersson Son : Rasmus Winther Jensen Effets visuels : Daniel French Casting : Camilla Magid Production déléguée : Fridthjof Film Production

Coproduction : Film i Skåne, Auto Images et VPRO Producteurs : Ronnie Fridthjof et Sara Stockmann Coproducteurs : Magnus Gertten et Lennart Ström Producteur associé : Kasper Torsting Dir. de production : Maria Havaleska Distributeur : DistriB Films.

103 minutes. Danemark, 2010. Sortie France : 15 décembre 2010. Visa d’exploitation : 128016. Format : 1,78 - Couleur - Son : Dolby SRD. 26 copies (vo / vf).

Pendant six mois, le cinéaste danois Janus Metz a suivi le quotidien d’une section basée en Afghanistan. Le scénario de ce documentaire en fait un brûlot, contestable dans sa forme mais percutant, sur le rôle et les attitudes des soldats de la coalition.

Commentaire Malgré son nom, Armadillo n’est pas un documentaire animalier sur le tatou mais le nom d’un camp aménagé en Afghanistan à la frontière des territoires contrôlés par les Talibans. Pendant six mois, le Danois Janus Metz a suivi le quotidien d’un régiment, depuis le départ - dernier repas familial, fête “de mecs”, séance d’adieux à l’aéroport jusqu’au retour au Danemark. Le film, récompensé par le Grand prix de la Semaine de la Critique à Cannes, prête au débat. D’abord parce qu’en suivant la vie des soldats, il met en exergue ce que plusieurs cinéastes (comme Kathryn Bigelow avec l’oscarisé Démineurs) avaient déjà traité sur le mode de la fiction : la fâcheuse tendance qu’ont les soldats à se prendre pour des héros de jeux vidéo quand on leur met un fusil entre les mains. Ensuite parce que la mise en scène et le montage du film, la dramatisation des événements, amincissent encore la frontière entre fiction et documentaire, au point que le film ne présente pratiquement aucune différence notable avec Redacted par exemple. Car, au lieu de décrire le quotidien des soldats à la manière d’un reportage, Armadillo s’oriente ostensiblement vers le film à thèse, tout comme le faux documentaire de Brian de Palma. Après une première heure plutôt longuette pendant laquelle les soldats piétinent dans les champs et font de la gonflette à leurs heures perdues, histoire de pouvoir tomber la chemise sans avoir l’air de gringalets, une mission permet aux plus téméraires d’aller donner une leçon à ces fameux Talibans qu’ils ont appris à haïr, à force d’expéditions ratées. En six mois, les jeunes recrues ont eu le temps de devenir amers, de

© Fridthjof Film

s’ennuyer, d’avoir peur enfin de tous les civils, au milieu desquels ils s’avouent incapables de reconnaître les potentiels terroristes. Parmi les volontaires, les deux “héros” du film : Daniel, un grand blond à la langue bien pendue, et Mads, un petit brun aux airs d’adolescent tenté par l’aventure. Et, bien sûr, le cinéaste. S’ensuit une séquence à la Full Metal Jacket, qui perd les soldats dans les ruines d’une ferme afghane avant qu’ils ne massacrent les fameux Talibans. La caméra se perd dans tous les sens, le réalisateur se met à jurer, jusqu’à la victoire de la section, qui revient triomphalement à Armadillo se vanter d’avoir vidé les chargeurs de leurs fusils sur cinq Afghans agonisants. L’image se stabilise, et le réalisateur tient enfin son sujet. Si de nombreuses fictions avaient déjà abordé ces thèmes, si les images de soldats posant devant des Irakiens humiliés avaient déjà scandalisé, Armadillo, justement parce qu’il s’agit d’un documentaire, vient réalimenter le débat sur la cruauté humaine lorsqu’elle est érigée en exemple ; sur l’addiction des soldats à l’adrénaline ; et, d’un point de vue esthétique, sur le rôle du cinéma et de l’image. Car, devenu malgré lui le témoin de ce qui pourrait devenir une affaire d’État, Janus Metz prend peu de distance et ne nous épargne rien. Ce qui rend le film à la fois discutable et diablement efficace. M.Q.

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L’Arnacœur Comédie romantique

de Pascal Chaumeil

Adultes / Adolescents

Avec Romain Duris (Alex), Vanessa Paradis (Juliette), Julie Ferrier (Mélanie), François Damiens (Marc), Helena Noguerra (Sophie), Andrew Lincoln (Jonathan), Jacques Frantz (Van Der Becq), Jean-Yves Lafesse (Dutour), Amandine Dewasmes (Florence), Tarek Boudali (le manager de l’hôtel Montecarlo Bay), Jean-Marie Paris (Goran), Geoffrey Bateman

(le beau-père de Juliette), Franck Massiah (Franck), Natasha Casheman (la belle-mère de Juliette), Hiromi Asai (la femme d’affaires japonaise), Dominique Gaffieri (le commissaire priseur), Sophie Jezequel (l’employée de bureau), Élodie Frenck (la copine d’Alex), Audrey Lamy (la policière), Julien Arruti, Adina Cartianu, Camille Figuereos, Philippe Lacheau, Nina Melo.

Équipe technique Scénario : Laurent Zeitoun, Jérémy Doner et Yoann Gromb Images : Thierry Arbogast Montage : Dorian Rigal-Ansous Réal. 2e équipe : Thomas Lipmann 1er assistant réal. : Frédéric Drouilhat Scripte : Sophie Lebreton Musique : Klaus Badelt Son : Pascal Armant Décors : Hervé Gallet Costumes : Charlotte Betaillole

Effets spéciaux : Julien Poncet de La Grave Maquillage : Frédéric Marin et Suzel Bertrand Casting : Tatiana Vialle Production : Yumé Quad Films Producteurs : Nicolas Duval Adassovsky, Yann Zenou et Laurent Zeitoun Dir. de production : Camille Lipmann Distributeur : Universal Pictures.

105 minutes. France, 2009. Sortie France : 17 mars 2010. Visa d’exploitation : 123625. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SR SRD DTS. 379 copies.

Le film de Pascal Chaumeil répond enfin à une vraie question : existe-t-il une comédie romantique à la française ? La réponse est oui, quand on sait appliquer la recette, avec les bons dosages et les bons ingrédients. Quitte à situer l’action… �� Monaco !

Commentaire

© Yumé Quad Films

Résumé Alex est briseur de couples professionnel : engagé par l’entourage, il séduit des jeunes femmes malheureuses en ménage, leur donnant ainsi le courage de changer de vie. Flanqué de sa sœur et de son beau-frère, Alex utilise des méthodes éprouvées : espionnage, fausse identité et numéro de charme irrésistible. Ce système infaillible s’avère coûteux. Poursuivi par un dangereux créancier, Alex accepte un contrat singulier de Van Der Becq : séduire sa fille et héritière Juliette, heureuse d’épouser un homme qui lui ressemble. À Monaco, où se prépare la noce, Alex se fait passer pour le garde du corps de Juliette. Elle reste inaccessible, il se surprend à tomber réellement amoureux. L’arrivée du fiancé et de l’amie d’enfance complique encore sa mission. Mais Alex comprend que Juliette n’est pas si lisse et s’ennuie auprès de son futur époux.

Dénouement La veille du mariage, Alex improvise une escapade nocturne pleine de fantaisie. Juliette est sous le charme et se confie : si elle est si raisonnable aujourd’hui, c’est qu’elle ne l’a pas toujours été. Ainsi, elle se reproche son absence lors du décès de sa mère… Ému, Alex préfère encourager Juliette à se marier. Elle découvre bientôt qu’il n’est pas celui qu’il prétend. Mais elle apprend aussi qu’il a renoncé à l’argent de sa mission. C’est le déclic pour quitter la cérémonie de mariage et courir vers lui. De son côté, Alex court aussi vers elle. Ils se retrouvent et se jettent dans les bras l’un de l’autre. © les Fiches du Cinéma 2011

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Avec son titre astucieux, L’Arnacœur présente bien. Mais l’étiquette “comédie romantique” allait-elle (enfin) coller au costume ? Car pour des raisons plus ou moins obscures, le genre semble appartenir exclusivement aux anglo-saxons, les tentatives françaises échouant trop souvent lamentablement à combiner romance et rire. Heureusement, Pascal Chaumeil semble avoir (enfin) trouvé l’alchimie ! Pour le rire, l’idée du briseur de ménages est ici judicieusement exploitée de façon burlesque : changement d’identité du héros, tour à tour médecin sans frontières, chanteur de gospel ou garde du corps ; numéro de charme surjoué et répété à l’identique ; techniques d’espionnage dignes de James Bond (et filmées comme telles) mais d’une efficacité contestable ! En froid séducteur, faussement empathique, Romain Duris est épatant. Il l’est aussi en arroseur arrosé, sincèrement amoureux de sa proie. Qui peut se vanter de parodier Dirty Dancing en étant à la fois drôle et touchant, jamais ridicule ?! Les allers-retours entre la comédie et la romance lui doivent donc beaucoup, mais il est en cela bien soutenu par les seconds rôles : le couple original et attachant que forment J. Ferrier et F. Damiens, ou H. Noguerra en copine déjantée, nous font marcher même dans les situations les plus invraisemblables. Enfin, pour le romantisme, on peut compter sur le charme de Vanessa Paradis, très en place, même pas agaçante ! Le tout sur fond de principauté monégasque, décor de rêve pour happy end conventionnel. Quand le cahier des charges est aussi bien rempli, pourquoi bouder son plaisir ? A.H.


Les Arrivants Documentaire

de Claudine Bories et Patrice Chagnard Avec Caroline Bergot, Colette Albergue, Juliette Roussel, Réda Khoudrani, David Chelidze, Marielle Bernard, Céline Strugalski, Aude Michalik, Élie Yazbeck, Samir Kasri, Oyenike Amao, Boubacar Touré, Diaba Sissoko, Jamal Machichi, Ali Zgnagui, Julie Romano, Munkh-Erdene Khurelbaatar, Sujeevan Nagaratnam,

la famille Kaneshamoorty, Zahra, la famille Mulugheta, la famille Wong.

Adultes / Adolescents

Équipe technique Scénario : Claudine Bories et Patrice Chagnard Images : Patrice Chagnard Montage : Stéphanie Goldschmidt 1re assistante réal. : Julie Romano Musique : Pierre Carrasco Son : Pierre Carrasco Chanson : Savane d’Ali Farka Touré Production déléguée :

Les Films d’Ici Production associée : Les Films du Parotier et Amip Producteur délégué : Serge Lalou Producteurs associés : Marysette Moisset et Xavier Carniaux Dir. de production : Katya Laraison Distributeurs : Happiness / CTV International.

113 minutes. France, 2009. Sortie France : 7 avril 2010. Visa d’exploitation : 119058. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 12 copies.

Deux cinéastes ont capté le désarroi et les difficultés de demandeurs d’asile au sein d’une plate-forme d’urgence. Certains partis pris de ce documentaire, intéressant à plusieurs égards, soulèvent quelques interrogations sur les motivations des réalisateurs.

Commentaire Été 2008 : Claudine Bories et Patrice Chagnard ont planté leur caméra au cœur de la CAFDA (Coordination pour l’Accueil des Familles Demandeuses d’Asile). Cette structure d’urgence parisienne associative financée par l’État accueille chaque jour des femmes enceintes ou des couples avec enfants venus, à l’issue d’odyssées périlleuses, demander asile dans un pays qui ne les opprimera pas en raison de leurs croyances, de leurs opinions ou de leur appartenance à une ethnie. La plupart ne parlent pas français, ignorent parfois les trajets empruntés par leurs passeurs et craignent des représailles. Certains ont transité par d’autres pays européens, qui ont relevé leurs empreintes, ce qui, en vertu de la kafkaïenne procédure dite “Dublin”, les prive de tout droit en France. Leur trouver hébergement, nourriture et soins, préparer leur dossier pour l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) est la tâche des travailleurs sociaux, aidés par des traducteurs, qu’ils rencontrent ici. Les cinéastes se sont attachés aux entretiens de deux d’entre eux, Colette et Caroline, avec “leurs” demandeurs : Zarah, une Érythréenne de 20 ans, enceinte de huit mois, passée par les geôles libyennes, séparée de son compagnon au cours d’une traversée ; une famille de tamouls, opposants au Sri Lanka ; un couple de Mongolie extérieure (elle, journaliste, enceinte, a dénoncé un trafic policier) et un couple d’Éthiopiens avec un bébé, victimes de persécutions religieuses. Non représentatif (la majorité des demandeurs d’asile de la CAFDA sont des Tchétchènes qui, par sécurité, ont refusé d’être filmés), le choix des

© Julie Romano

familles suivies est toutefois intéressant, varié et émouvant. En revanche, le focus sur deux des onze travailleurs sociaux de la CAFDA pose question sur les intentions des réalisateurs, qui semblent avoir privilégié une dramaturgie spectaculaire plutôt qu’une réelle réflexion sur la difficulté d’appliquer une politique d’asile pétrie de contradictions. En effet, le désordre de Colette la conduit à d’évidentes fautes professionnelles et l’agressivité de la jeune Caroline tétanise littéralement Zahra. On imagine combien ces comportements sont anxiogènes pour des gens fragilisés par leur périple et leur déracinement. Ce choix donne une image partiale de ce travail, certes éprouvant, mais pour lequel, justement, les travailleurs sociaux sont formés. Seule la juriste Juliette, dans son aide au récit (document capital pour la demande d’asile), trouve avec humanité une distance intelligente auprès des demandeurs. Elle n’est pas, hélas, mise en exergue. La réalisation opte pour un champ / contrechamp assez étouffant, qui rend bien compte de la tension des entretiens, de quelques séquences parfois tragi-comiques dans la salle d’attente “tour de Babel” et d’une échappée avec la famille tamoule au temple de Ganesh, grâce à quoi peut-être aurons-nous un autre regard sur les étrangers visibles que nous croisons dans nos villes. M.D.

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Arropiero Le Vagabond de la mort (Arropiero - El Vagabundo de la muerte) Documentaire

de Carles Balagué

Adultes / Adolescents

Avec les interventions de Manuel Alcalá, Andrés Benítez, Xavier Bernal, Josep Boixadós, Lluís Borrás, Victor M. Frias, Luis Frontela, Conrado Gallardo, José Marti Gomez, Roger Mercadé, Salvador Ortega, Juan Antonio Roqueta, Bernardo Sanchez, Chritina Amanda Tur.

Équipe technique Scénario : Carles Balagué Images : Josep Gusi Montage : Carmen M. Guzmán 1er assistant réal. : Josep Gutiérrez Musique : Carles Pedragosa Son : Àlex Albors et Xavier Serra

Production : Diafragma Coproduction : TVC Producteur : Carles Balagué Productrice déléguée : Rosa Bosch Producteur exécutif : Jordi Ambrós Dir. de production : Susan Batalla Distributeur : Ciné Œil Productions Cinématographiques.

80 minutes. Espagne, 2008. Sortie France : 24 mars 2010. Visa d’exploitation : 124793. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 1 copie (vo).

Arrêté en 1971, Manuel Delgado Villegas a confessé 48 crimes. Carles Balagué dresse le portrait de cet étrange tueur en série à travers les témoignages parfois surréalistes de ceux qui l’ont connu. Ce film ne vaut malheureusement que par son sujet.

Commentaire Le 8 janvier 1971, les policiers de Puerto de Santa María, en Espagne, sont avertis de la présence d’un cadavre de femme au milieu de la campagne. Ils arrêtent le fiancé de la victime, Manuel Delgado, “El Arropiero” (du nom des friandises qu’il vendait avec son père), tranquillement installé sur son balcon en train de fumer une cigarette. Delgado confesse volontiers le crime, et 47 autres commis depuis le début des années 1960. Afin de vérifier ses dires, les policiers décident d’emmener avec eux Delgado sur les lieux des crimes. Le personnage méritait donc qu’on s’intéresse un peu à lui, ce qu’il souhaitait visiblement lorsqu’il confiait avec complaisance ses meurtres aux enquêteurs. En 2008, vingt ans après la mort de Delgado, le réalisateur Carles Balagué est reparti sur les traces du serial-killer. À plus ou moins juste titre, il a choisi une mise en scène et un montage assez grossiers, quasi amateurs, estimant sans doute le sujet assez fort pour faire l’impasse sur tout ce qui ferait de son reportage un film original. Les témoins sont tous d’accord sur un point : El Arropiero est probablement le plus grand tueur en série d’Europe, bien que sur les 48 crimes avoués, seuls 22 aient été prouvés, dont sept qui ont pu effectivement lui être imputés. En retournant sur les pas des enquêteurs de l’époque, le réalisateur reconstitue le périple d’El Arropiero à travers l’Espagne et la France, à grand renfort de photographies prises à l’époque de l’enquête. Au fil du récit, le spectateur découvre que l’enquête des policiers s’est rapidement transformée en un circuit touristique, depuis les plages espagnoles jusqu’à Paris, en passant par Marseille et © les Fiches du Cinéma 2011

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© Diafragma

Ibiza. Sur les photographies, Delgado a tout d’un simplet, avec son ridicule costume de cow-boy. Les témoignages des policiers se succèdent, Delgado devient Manuel, puis Manolito, un copain. On les voit, lui et les policiers, poser devant les lieux des meurtres, comme le ferait une bande d’ados devant la tour Eiffel. Balagué interroge des personnes qui ont connu Delgado sur sa santé mentale. Lorsqu’on demande à l’un d’eux s’il pensait que Delgado était fou, il répond que le meurtrier était au contraire très civilisé puisqu’il commandait toujours sa viande à point au restaurant. Peu à peu, Arropiero devient moins un film sur Delgado que sur l’inefficacité des enquêteurs. On apprend ainsi qu’au terme du voyage, les rapports d’enquête ont tout simplement été perdus - cela arrivait souvent, mais il semble que ce ne soit pas moins le cas aujourd’hui -, ce qui a rendu tout jugement impossible. Faute de pouvoir être condamné, Delgado a donc été placé en hôpital psychiatrique. Cerise sur le gâteau, un psychiatre très sérieux révèle que Manuel avait le gène des serial-killers, soit un petit chromosome en plus qui pourrait, dans une certaine mesure, expliquer son comportement meurtrier et nécrophile (il allait jusqu’à déterrer des cadavres de vieilles dames pour assouvir ses pulsions). M.Q.


L’Art d’être Arrabal Documentaire

de Bernard Léonard et Pierre-Alexis de Potestad

Adultes / Adolescents

Équipe technique Montage : Mariana Bouhsira Animation : Frédéric Lernoud Musique : Agni Akkitham Son : Zaki Allal

Avec Fernando Arrabal.

Production : Alt-O Productions Distributeur : Accatone Distribution.

60 minutes. France, 2010. Sortie France : 29 septembre 2010. Visa d’exploitation : en cours. Format : 1,77 - Couleur - Son : Dolby SR. 1 copie.

Auteur de films inclassables et de pièces absurdes, cofondateur du mouvement Panique, penseur iconoclaste, Fernando Arrabal méritait bien un documentaire. L’Art... en dresse un portrait au présent, faisant un peu revivre le souffle de révolte des 70’s.

Commentaire Fernando Arrabal, écrivain, cinéaste et poète, est à l’origine d’une œuvre inclassable, tout en provocation et extravagance, entre surréalisme, théâtre de l’absurde et happening sauvage. Cofondateur avec Topor et Jodorowski du mouvement (ou plutôt de l’anti-mouvement) “Panique”, réalisateur de sept films (dont Viva la Muerte, J’irai comme un cheval fou et L’Arbre de Guernica), auteur d’une quinzaine de romans (Baal Babylone, L’Enterrement de la sardine) et d’une centaine de pièces de théâtre (Fando et Lis, Le Cimetière des voitures), Arrabal reste aujourd’hui encore une figure majeure de la pensée libertaire. Comme Duchamp, Ionesco et Vian, il fut nommé Transcendant satrape du Collège de Pataphysique en 1990. Iconoclaste facétieux, érotomane amoureux des mots, l’homme est désormais obnubilé par l’idée de laisser une trace de son “génie” et par celle de mourir en “Saint”. Traduction : “Atteindre l’amour sublime à travers la pornographie, l’érotisme ou l’amour de l’amour”. Pour tenter de dresser, dans les limites d’un documentaire filmé, le portrait de l’insaisissable artiste, Bernard Léonard (décédé pendant le montage) et Pierre-Alexis de Potestad ont choisi de suivre Arrabal au présent, de conférences en vernissages (dont l’inauguration d’une immense statue à son effigie), de voyages personnels en terrasses de café (avec son ami Jodorowsky). Chaque étape est l’occasion d’évocations tous azimuts, où l’écrivain se raconte avec gourmandise et auto-analyse son œuvre avec une complaisance espiègle. “Ma patrie c’est l’exil”, raconte-t-il ainsi pour décrire son parcours,

© Alt-O Prod.

depuis Melilla, au Maroc, où il naît en 1932, jusqu’à Paris où il habite depuis 1955, en passant bien sûr par l’Espagne de Franco, qui a si durement marqué sa jeunesse et l’ensemble de son œuvre. Fils d’un peintre condamné à mort par les Franquistes, Arrabal a été lui-même emprisonné en 1967, et ses écrits furent interdits jusqu’à la mort du dictateur. De manière opportuniste et quelque peu disproportionnée, Bernard Léonard et Pierre-Alexis de Potestad en profitent pour faire alors un lien avec le procès pour incitation à la haine raciale de Michel Houellebecq, ami d’Arrabal (du moins les voit-on partager un repas). Mais, plus généralement, le documentaire mêle à ces évocations des extraits de films et de pièces de théâtre, qui font revivre un temps le joyeux esprit de révolte paillard qui soufflait sur les années 1960-70. En vrac, on (re)découvre l’amour d’Arrabal pour le jeu d’échecs, la physique quantique, les mathématiques fractales, la mythologie et, globalement, la confusion. On (ré)apprend à conjuguer ensemble liberté, résistance et subversion. Seul regret : volontairement empathique (voire emphatique), le film tourne parfois à l’hagiographie sage et polie. Une forme un peu prématurée d’embaumement pour un artiste aussi bouillonnant. C.L.

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Arthur 3 La Guerre des deux mondes Aventures

de Luc Besson

Famille

Avec Freddie Highmore (Arthur), Mia Farrow (la grand-mère), Penny Balfour (Rose), Robert Stanton (Armand), Ron Crawford (Archibald), Antony Hickling, Raphaël Bascoul-Gauthier, Richard Davis, Cooper Daniels, Mendy Laurent, Mike Powers. Avec les voix originales de Lou Reed (Maltazard), Selena Gomez (Sélénia), Iggy Pop

(Darkos), Jimmy Fallon (Bétamèche), Douglas Rand. Et les voix françaises de Gérard Darmon (Maltazard), Mylène Farmer (Sélénia), Marc Lavoine (Darkos), Cartman (Bétamèche), Frédérique Tirmont (la grand-mère), Frédérique Bel (Rose), Jean-Paul Rouve (Armand), Michel Duchaussoy (Archibald), Jacques Frantz.

Équipe technique Scénario : Luc Besson, sur une idée de Céline Garcia et d’après le roman Arthur et la guerre des deux mondes de Luc Besson (2005) Images : Thierry Arbogast Montage : Julien Rey 1er assistant réal. : Stéphane Gluck Musique : Éric Serra Son : Martin Boissau Décors : Hugues Tissandier

Costumes : Olivier Bériot Effets spéciaux : Pierre Buffin Casting : Todd M. Thaler Production : EuropaCorp Coproduction : TF1 Films Production, Apipoulaï Prod et Avalanche Productions Producteur : Luc Besson Coproducteur : Stéphane Lecomte Prod. associé : Emmanuel Prevost Distributeur : EuropaCorp.

100 minutes. France, 2010. Sortie France : 13 octobre 2010. Visa d’exploitation : 120254. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD DTS. 778 copies (vo [anglaise] / vf).

Arthur et ses amis Minimoys cherchent un moyen de grandir pour combattre Maltazard, qui menace le monde des humains. Cette conclusion des aventures du jeune héros de Luc Besson déçoit par son manque d’ambition scénaristique.

Commentaire

© EuropaCorp

Résumé Le cruel Maltazard est parvenu à quitter le monde des Minimoys pour celui des humains. Les Minimoys, Arthur, Sélénia et Bétamèche décident de le combattre. Tous trois se mettent en route pour la maison d’Arthur, où ils espèrent récupérer un élixir qui les fera grandir. Maltazard va trouver un chirurgien esthétique et le convainc de lui refaire le visage. Dans les tuyaux de canalisation, Arthur et ses amis essaient d’échapper à Darkos, le fils de Maltazard. Ce dernier se rend dans la maison d’Arthur, dont il épouvante les parents et oblige le grand-père, Archibald, à lui remettre l’élixir, grâce auquel il fait grandir son armée.

Dénouement Arthur, Sélénia et Bétamèche poursuivent Maltazard, laissant Darkos, devenu leur complice. Ils s’arrêtent dans une ruche, où ils demandent à la Reine de fabriquer un nectar qui fera grandir Arthur. Pendant ce temps, les pompiers, appelés par le père d’Arthur, s’apprêtent à enfumer la ruche. Arthur parvient à communiquer avec sa mère, qui stoppe les pompiers. Arthur avale le nectar et retrouve sa taille humaine. L’armée de Maltazard attaque la ville. Maltazard capture Arthur et Archibald, qui réussissent à se libérer. Grâce à Sélénia, une abeille pique Maltazard avec un élixir qui le fait redevenir Minimoy, et la ville est libérée des ennemis. Arthur se réconcilie avec son père. Maltazard vit désormais sous cloche dans la cuisine familiale. © les Fiches du Cinéma 2011

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Après les héros de Toy Story et de Shrek, c’est au tour d’Arthur, le jeune héros de Luc Besson, de faire ses adieux au grand écran au terme de quatre ans de bons et loyaux services auprès du jeune public. Contrairement à Toy Story 3 [v.p. 585] et Shrek 4 [v.p. 533], Arthur 3, qui mêle prises de vue réelles et images de synthèse, ne cède pas à la mode de la 3D relief. Le réalisateur a préféré conserver le graphisme et l’atmosphère surannée des films précédents dans cette suite immédiate du deuxième épisode. Le jeune héros et ses deux amis, la courageuse Sélénia et son frère, l’ingénieux Bétamèche, se lancent encore une fois à la poursuite de l’infâme Maltazard, bien décidé à prendre sa revanche sur les humains. L’ensemble n’est pas déplaisant, mais manque d’énergie. Les trois petits Minimoys sont sympathiques, mais ce sont surtout les personnages secondaires qui séduisent : Darkos, le fils idiot-mais-gentil de Maltazard, la maman doucement déjantée d’Arthur, Archibald, son grand-père. Dans quelques saynètes, ces personnages réussissent à donner du souffle à une intrigue qui tend à s’embourber dans des séquences trop longues et un peu répétitives, comme si le récit voulait compenser son manque d’originalité. Au troisième épisode, l’univers des Minimoys semble avoir délivré tous ses secrets et c’est dans le monde réel - une parodie des années 1960 - que se déroule l’action. Ce parti pris occulte évidemment beaucoup du merveilleux qui faisait le charme des premiers opus. Enfin, les quelques idées amusantes du film sont exploitées à outrance, jusqu’à ennuyer le spectateur un peu averti. M.Q.


A Serious Man (A Serious Man) Drame intimiste

de Joel & Ethan Coen Avec Michael Stuhlbarg (Larry Gopnik), Richard Kind (l’oncle Arthur), Fred Melamed (Sy Ableman), Sari Lennick (Judith Gopnik), Aaron Wolff (Danny Gopnik), Peter Breitmayer (Mr. Brandt), David Kang (Clive Park), Jessica McManus (Sarah Gopnik), Brent Braunschweig (Mitch Brandt), Benjamin Portnoe (le copain de Danny), Alan Mandell (le rabbin Marshak), Ari Hoptman (Arlen

Adultes / Adolescents

Finkle), Jon Kaminski Jr. (Mike Fagle), George Wyner (le rabbin Nachtner), Amy Landecker (Mrs. Samsky), Michael Tezla, Stephen Park, Claudia Wilkens, Katherine Borowitz, Raye Birk, Allen Lewis Rickman, Michael Lerner, Jane Hammill, Michael Engel, Yelena Shmulenson, Adam Arkin, Piper Sigel Bruse, Fyvush Finkel, Ronald Schultz, Charles Brin, Simon Helberg, Tim Russel.

Équipe technique Scénario : Joel & Ethan Coen Images : Roger Deakins Montage : Roderick Jaynes [Joel & Ethan Coen] 1re assistante réal. : Betsy Magruder Scripte : Thomas Johnston Musique : Carter Burwell Son : Craig Berkey Décors : Jess Gonchor Costumes : Mary Zophres Dir. artistique : Deborah Jensen

Maquillage : Jean A. Black Casting : Ellen Chenoweth et Rachel Tenner Production : Mike Zoss Productions, StudioCanal et Working Title Films Coproduction : Focus Features et Relativity Media Producteurs : Joel & Ethan Coen Producteurs exécutifs : Robert Graf, Tim Bevan et Eric Fellner Distributeur : StudioCanal.

104 minutes. États-Unis - Royaume-Uni - France, 2009. Sortie France : 20 janvier 2010. Visa d’exploitation : 125225. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SR SRD DTS. 133 copies (vo).

Les Coen évoquent leur père à travers un personnage de professeur de math pris dans la tourmente. Ils mettent tout leur talent de conteurs et de stylistes au service de la peinture d’une crise existentielle. Un film déroutant, inconfortable, mais brillant.

Commentaire

© StudioCanal

Résumé Midwest, 1967. Larry Gopnik passe des radios. À l’université où il enseigne, un étudiant coréen essaie de le soudoyer pour obtenir une meilleure note. De retour chez lui, sa femme lui apprend qu’elle le quitte pour un de leurs amis, Sy Ableman. Le lendemain, le comité de titularisation de l’université l’informe qu’ils ont reçu une série de lettres anonymes très négatives à son sujet. Sy l’assure de son profond respect, mais l’enjoint à quitter sa maison. Larry s’installe dans un motel avec son frère Arthur, joueur compulsif, malade et sans travail. Le père du jeune Coréen vient le relancer chez lui. Face à la déroute de sa vie, Larry tente de trouver des réponses auprès des rabbins de sa communauté. Le premier, trop jeune, l’aide peu.

Dénouement Sy meurt dans un accident de voiture au moment même où Larry a lui-même un accident sans gravité. Il est forcé de payer les obsèques. Il doit aussi préparer la bar-mitsva de son fils. Ses finances deviennent problématiques. Il fume de l’herbe avec sa voisine, sur laquelle il fantasme. Arthur est arrêté par la police du Nevada. Larry l’envoie au Canada en lui donnant l’argent du Coréen. Le plus célèbre rabbin de la région refuse de le recevoir. À la bar-mitsva, Larry comprend que Sy était l’auteur des lettres anonymes. Sa demande de titularisation est acceptée. Alors qu’il corrige la note du Coréen, il reçoit un appel inquiet de son docteur. Une tempête menace la petite ville...

Arrivant après l’Oscar de No Country for Old Men, A Serious Man ressemble fort à un film de remise en question. En effet, d’une part les Coen y exposent de façon plus frontale que jamais la dimension philosophique de leur travail (une certaine vision de l’absurdité de la vie), d’autre part ils y prennent le risque de raconter une histoire simple et qui les implique (de leur propre aveu, le personnage principal est en grande partie inspiré de leur père). Cependant, ce film en apparence à part se raccorde parfaitement au reste de leur œuvre, puisque la passivité des “héros”, l’hésitation devant l’action ou les choix moraux sont des sujets que les deux frères déclinent depuis Miller’s Crossing. La nouveauté est qu’ils les abordent cette fois sans se cacher derrière le paravent de l’humour, du pastiche ou du cinéma de genre. Mais la force du film est qu’il garde tout de même la trace de tout cela. Il s’en nourrit. Il envoie des signes que l’on croit reconnaître, mais qui sont sortis de leur contexte, détournés vers une autre finalité. Des comédies, il reste une forme de détachement ironique qui devient une posture philosophique. Des pastiches, il reste une façon de faire revivre les années 1960 à la lisière du fantasme et du souvenir. Des polars, il reste le suspense. Un suspense lancinant, qui reste ici sans objet et devient alors la percutante traduction de l’angoisse métaphysique. Totalement maîtres de leur cinéma, les Coen font parfaitement parler la forme sans avoir besoin de recourir au discours. Et A Serious Man parvient ainsi à être un film à la fois captivant et profond. S.G.

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A Single Man (A Single Man) Conte dramatique

de Tom Ford Avec Colin Firth (George Falconer), Julianne Moore (Charley), Nicholas Hoult (Kenny), Matthew Goode (Jim), Jon Kortajarena (Carlos), Paulette Lamori (Alva), Ryan Simpkins (Jennifer Strunk), Ginnifer Goodwin (Mrs. Strunk), Teddy Sears (Mr. Strunk), Paul Butler (Christopher Strunk), Aaron Sanders (Tom Strunk), Aline Weber (Lois), Lee Pace (Grant), Adam Shapiro (Myron),

Adultes / Adolescents

Marlene Martinez (Maria), Nicole Steinwedell (Doris), Elisabeth Harnois (la jeune femme), Keri Lynn Pratt (la secrétaire blonde), Jenna Gavigan et Alicia Carr (les secrétaires), Ridge Canipe (le jeune garçon), Erin Daniels (l’agent de banque), Tricia Munford (la caissière), Sarah Smick [non créditée] et la voix de Jon Hamm (Hank Ackerley [non crédité]).

Équipe technique Scénario : Tom Ford et David Scearce, d’après le roman Un homme au singulier de Christopher Isherwood (1964) Images : Eduard Grau Montage : Joan Sobel 1er assistant réal. : Richard N. Graves Musique : Abel Korzeniowski Son : Leslie Shatz Décors : Dan Bishop Costumes : Arianne Phillips

Effets visuels : Dan Schmit Dir. artistique : Ian Phillips Maquillage : Kate Biscoe Casting : Joseph Middleton Production : Fade To Black Coproduction : Depth of Field et Artina Films Producteurs : Tom Ford, Andrew Miano, Robert Salerno et Chris Weitz Coproducteur : Jason Alisharan Distributeur : Mars Distribution.

99 minutes. États-Unis, 2009. Sortie France : 24 février 2010. Visa d’exploitation : 125548. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD. 65 copies (vo).

En retraçant la dernière journée d’un homme qui ne parvient pas à faire le deuil de son compagnon, Tom Ford signe un premier film très réussi, dont la stylisation extrême et la beauté époustouflante ne cachent en rien la profondeur des émotions.

Commentaire

© Mars Dist.

Résumé Los Angeles, 1962. Il y a huit mois, George Falconer a perdu son compagnon, Jim, dans un accident de voiture. Un matin, n’imaginant pas de continuer à vivre sans lui, George décide de se suicider à la fin de la journée. Tandis qu’il se prépare à aller travailler, Charley, sa meilleure amie, l’appelle pour l’inviter à dîner. George s’efforce d’être aimable avec ses voisins et le personnel de l’université où il est professeur. Lors d’un cours sur Huxley, il critique la société de consommation. Aucun étudiant ne semble s’y intéresser, excepté le troublant Kenny, qui l’aborde après le cours. Puis George vide son coffre à la banque et achète des balles pour son revolver.

Dénouement Sur un parking, il rencontre un jeune prostitué espagnol, Carlos. Il discute avec lui avant de refuser ses services. Le soir, il prépare des lettres d’adieu, et met en évidence papiers importants et vêtements pour son enterrement. Après avoir réfléchi à la meilleure manière de se tuer, il va chez Charley. Seule, divorcée, Charley se souvient de leur relation passée... Elle est encore amoureuse de George. Puis George se rend au bar où il avait rencontré Jim, seize ans plus tôt. Il y est rejoint par Kenny, qui le suivait. Ils discutent et se baignent, nus. George est essoufflé. Ils rentrent chez lui. Kenny s’endort après avoir subtilisé le revolver de George. Alors qu’il ne pense plus à se tuer, George meurt d’une crise cardiaque. © les Fiches du Cinéma 2011

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L’adaptation d’Un homme au singulier de Christopher Isherwood (1964), qui évoque une journée d’un homme dévasté par la mort de son compagnon, marque la première expérience cinématographique du styliste Tom Ford. Il signe un film, justement, extrêmement stylisé. La mise en scène joue notamment sur les variations de couleurs, transposition des monologues intérieurs du roman : les tons gris traduisent la solitude de George, tandis que les quelques instants qui lui redonnent goût à la vie sont filmés dans des couleurs très vives. A Single Man est sans cesse d’une élégance et d’une beauté époustouflantes. Outre la lumière, les décors (la maison de verre et son mobilier design) et la musique sont magnifiques. Mais Ford ne délaisse pas pour autant les personnages et leurs émotions, qui restent toujours au premier plan. Après la longue préparation matinale au cours de laquelle George décide de mourir car il n’arrive pas à surmonter son deuil, le film devient de plus en plus lumineux et met en exergue la beauté de chaque rencontre. La beauté du désir, aussi, à travers des personnages débordant de sensualité : entre autres, Matthew Goode (Match Point) en amant défunt ou Nicholas Hoult (qui a beaucoup grandi depuis Pour un garçon !) en suave étudiant en pull angora. Colin Firth (récompensé à la Mostra de Venise) livre ici une subtile variation autour de son habituel emploi de gentleman anglais sachant cacher ses sentiments. La scène où il apprend la mort de son amant, mêlant détresse et humiliation, est bouleversante, tout en sobriété. An.B.


Au fond des bois Drame

de Benoît Jacquot Avec Isild Le Besco (Joséphine), Nahuel Pérez Biscayart (Timothée), Jérôme Kircher (le capitaine Langlois), Bernard Rouquette (le docteur Hughes), Mathieu Simonet (Paul), Luc Palun (Coudroyer), Jean-Pierre Gos (le docteur Corvot), Jean-Claude Bolle-Reddat (le procureur), Jean-Marc Stehle (le forgeron), Yvette Peyremorte (la femme de Coudroyer), Adrien

Adultes / Adolescents

Kauffmann (Cyprien), Valérie Soyez (Marie, la voisine de Coudroyer), Tiphaine Benoît (Doris, la fille de Marie), Madeleine Celis (Françoise), Philippe Dofny (le président), Hervé Peyrard (le pharmacien), Daniel Dumas (le berger), Pascal Lopez et Sébastien Soudais (les brigands), Bruno Riner (le gendarme), Grégoire Terme et Damien Mazel (les montagnards).

Équipe technique Scénario : Julien Boivent et Benoît Jacquot Images : Julien Hirsch Montage : Luc Barnier Musique : Bruno Coulais Son : Henri Maïkoff, François Musy et Gabriel Hafner Décors : Sylvain Chauvelot Costumes : Christian Gasc Maquillage : Liliane Rametta Casting : Antoinette Boulat

Production : Cine-@, Albertine Productions, Passionfilms, et Egoli Tossell Film Coproduction : Arte France Cinéma et Rhône-Alpes Cinéma Producteurs : Matthieu Tarot, Philippe Carcassonne et Jens Meurer Dir. de production : Marie-Jeanne Pascal Distributeur : Les Films du Losange.

102 minutes. France - Allemagne, 2010. Sortie France : 13 octobre 2010. Visa d’exploitation : 124467. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 65 copies.

S’emparant d un fait divers du XIXe siècle, B. Jacquot retrouve I. Le Besco et poursuit son exploration du mystère féminin, et plus généralement du mystère de l’amour, entre contrainte et consentement. Un conte rêche, où affleurent pourtant sensualité et trouble.

Commentaire

© Les Films du Losange

Résumé 1865, dans le sud de la France. La jeune Joséphine, promise à Paul, croise le regard d’un répugnant vagabond, Timothée, qui la suit jusque chez elle et demande pitance à son père, le docteur Hughes. Au dîner, Timothée dit être le fils de Dieu et le prouve par quelques tours de magie. Joséphine est prise d’angoisse. Le lendemain, seule avec cet intrus, elle sent qu’il prend possession d’elle : elle se raconte, se déshabille, et il la viole. Reprenant conscience, elle le congédie. Puis elle le rattrape et le suit. Ils se réfugient chez des paysans, qui, alertés par les cris de la jeune femme, mettent Timothée dehors. Mais Joséphine souffre alors atrocement, et rejoint Timothée. Tandis qu’ils ont des rapports sexuels, elle lui promet la prison. Il lui répond qu’elle est consentante.

Dénouement Ils sont attaqués par des villageois, qui blessent Timothée à la main. Lors d’un mariage, Joséphine boit beaucoup, embrasse Timothée et met en scène un spectacle où il la brûle. Plus tard, elle lui fait l’amour. Au matin, elle s’enfuit, mais Timothée vient la rechercher. Sa plaie s’est infectée. Des policiers viennent arrêter Timothée, qui sera amputé. Joséphine est entendue par le capitaine Langlois, qui cherche à établir si elle était ou non consentante. Malgré un doute persistant, Timothée, qui a avoué son crime, est condamné à douze ans de prison. Joséphine met au monde leur enfant, qu’elle élèvera à Paris, avec son époux, Paul, après la mort de son père. Avant son départ, elle rend visite à Timothée.

Au départ, il y a un article, paru dans Libération, dans lequel l’historienne du droit Marcela Iacub relatait un fait divers ayant eu lieu en 1865. Benoît Jacquot en a tiré ce scénario, où il dissèque, sous la forme d’un conte, les étrangetés qui fondent l’être humain et son devenir social. Ainsi, deux forces, de prime abord tout à fait opposées, s’affrontent : la blonde virginale et le vagabond diabolique. Il ne fait nul doute que le second a la capacité d’envoûter la première, et alors de la déflorer. Mais un trouble s’installe bientôt : la jeune fille ne cherche-t-elle pas, en le suivant, à échapper à une vie morne, partagée avec son bon père ? C’est toujours l’émergence d’un fantasme inconscient, le reflux d’un dysfonctionnement intérieur, que, d’une manière ou d’une autre, le cinéma de Jacquot révèle. Isild Le Besco préférant irrémédiablement l’ivresse du danger amoureux dans À tout de suite, Isabelle Huppert faisant le choix de disparaître littéralement dans Villa Amalia, etc. Ici aussi, et c’est ce qui est le plus intéressant à décrypter sur le visage d’Isild, la “sortie de route”, l’événement tragique (le viol et le rapt) provoque - ou finit par provoquer une forme de jouissance, de révélation de soi : la “Vierge” Joséphine enfantant la fille “du fils de Dieu”. Jacquot signe alors des scènes d’une grande puissance érotique, qui prennent vie dans un décor, l’Ardèche, éminemment pictural. Pourtant, le film ne se départit, hélas, jamais vraiment d’une vision trop cérébrale de son sujet, empêchant de sentir, intuitivement, physiquement, la portée universelle de ce conte. Ch.R.

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L’Autre Dumas Drame

de Safy Nebbou Avec Gérard Depardieu (Alexandre Dumas), Benoît Poelvoorde (Auguste Maquet), Dominique Blanc (Céleste Scriwaneck), Catherine Mouchet (Caroline Maquet), Jean-Christophe Bouvet (Monsieur Bocquin), Mélanie Thierry (Charlotte Desrives), Philippe Magnan (le ministre Guizot), Christian Abart (l’inspecteur Flanchet), Florence Pernel (Ida Ferrier

Adultes / Adolescents

Dumas), Michel Duchaussoy (le sous-préfet Crémieux), Roger Dumas (Monsieur de Saint Omer), Pierre Glénat (le fonctionnaire de la Sûreté), Alexis Michalik, Luc-Antoine Diquéro, Éric Seigne, Ophélia Kolb, Pierre Soubestre, Daniel Isoppo, Julie Boulanger, Chloé Coulloud, Gaëlle Jeantet, Martin Mallet, Vincent Martin, Sophie Tutusaus, Sandy Lobry, Oscar Copp, Philippe Beautier.

Équipe technique Scénario : Safy Nebbou et Gilles Taurand, d’après la pièce Signé Dumas de Cyril Gély et Éric Rouquette (2003) Images : Stéphane Fontaine Montage : Bernard Sasia 1er assistant réal. : Philippe Larue Scripte : Rachel Corlet Musique : Hugues Tabar-Nouval Son : Pascal Jasmes Décors : Cyril Gomez-Mathieu Costumes : Karen Müller Serreau

Maquillage : Turid Follvik, Hervé Soulié et Corine Maillard Casting : Agathe Hassenforder Production : Film Oblige Coproduction : UGC Images, France 2 Cinéma et K2 Producteurs : Frank Le Wita et Marc de Bayser Coproducteur : Dominique Janne Dir. de production : Nathalie Duran Distributeur : UGC.

105 minutes. France - Belgique, 2009. Sortie France : 10 février 2010. Visa d’exploitation : 111680. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SR SRD DTS. 281 copies.

Le débonnaire Dumas (Depardieu) face au torturé Maquet (Poelvoorde). Safy Nebbou tente de redonner ses lettres de noblesse au nègre du célèbre écrivain. Mais il passe à côté de son sujet, ténu mais fascinant : un rapport ambigu de mutuelle domination.

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© Pascal Chantier

Résumé Le célèbre Alexandre Dumas, toujours accompagné de son “collaborateur” - en fait son nègre littéraire -, Auguste Maquet, passe quelques jours en Normandie, dans une auberge où il a ses habitudes. Les deux hommes échangent leurs chambres, c’est ainsi que la jeune et ravissante Charlotte Desrives adresse sa requête à Maquet, le prenant pour Dumas : son père se meurt en prison, seul Dumas, grâce à son nom et ses relations, peut œuvrer pour sa libération. Maquet, tout à fait séduit par Charlotte, s’y engage sans lever la méprise. De retour à Paris, il demande secrètement à Céleste Scriwaneck, la compagne de Dumas, de pouvoir s’installer chez elle avec la jeune femme.

Dénouement En fait, Charlotte n’est pas venue seule : révolutionnaire, elle impose à Maquet de cacher des armes et attend impatiemment le renfort de ses compagnons, dont son amant. Maquet est dévasté, mais il continue de vouloir l’aider. Puis, Céleste croise Charlotte. Pensant qu’elle est la maîtresse de Dumas, elle l’invite à la grande fête organisée par ce dernier, pour le piéger. Mais, c’est Maquet qui y est démasqué. Pour se venger de l’imposteur, Dumas le renvoie et décide d’aider lui-même Charlotte. Or, celle-ci était surveillée en haut lieu : Dumas est donc fait prisonnier. Mais la Révolution éclate, et Dumas est libéré. Trop tard pour Charlotte : son père est mort en prison. Malgré leurs trahisons réciproques, Maquet et Dumas, indispensables l’un à l’autre, reprennent leur collaboration. © les Fiches du Cinéma 2011

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A priori, il est étrange de retrouver S. Nebbou à la tête de ce film d’époque, contant les relations tumultueuses entre le célèbre Alexandre Dumas et son nègre, Auguste Maquet. Mais le film, en fait, n’est pas sans points communs avec L’Empreinte de l’ange, le précédent long métrage du jeune réalisateur. Il y a déjà le duel au sommet de deux grands acteurs (le couple Depardieu / Poelvoorde fait suite au couple Bonnaire / Frot), dont les personnages s’empoignent dans une relation ambiguë d’admiration et de haine. Ensuite, Nebbou place ici encore au cœur de son film un personnage trouble, en pleine crise d’identité, tentant de s’élever “contre”, pour finalement s’imposer “avec”. Le principal intérêt de cet Autre Dumas est justement de montrer que derrière le célèbre écrivain, il ne pouvait y avoir que deux hommes, qui n’en faisaient qu’un, malgré leurs velléités d’indépendance. Les séquences reconstituant l’acte de création de ce monstre à deux têtes sont ainsi les plus réussies, et Poelvoorde, notamment, s’y révèle d’une grande profondeur. Mais Nebbou plaque sur ce duel psychologique un second récit qui dissipe finalement la tension. L’affranchissement du valet par rapport à son maître prend ainsi la forme d’un combat pour une femme, puis d’un engagement politique. On se dit alors que le sujet était là : dans leur façon de se mesurer l’un à l’autre sous n’importe quel prétexte, Dumas et Maquet vivaient en fait une relation proche d’un rapport d’amour passion, éminemment créateur, mais aussi destructeur. Dommage que Nebbou l’ait noyé dans une trop classique reconstitution historique. Ch.R.


L’Autre monde Thriller

de Gilles Marchand Avec Grégoire Leprince-Ringuet (Gaspard), Louise Bourgoin (Audrey), Melvil Poupaud (Vincent), Pauline Étienne (Marion), Pierre Niney (Yann), Ali Marhyar (Ludo), Patrick Descamps (le père de Marion), Pierre Vittet (le petit frère), Swann Arlaud (Dragon), Francesco Merenda (Samos), Mohamed Diakite (le patron du cybercafé).

Adultes / Adolescents

Et les voix de Moon Daily (Sam / la prostituée / l’acheteuse), Laurent Lacotte et Grégoire Leprince-Ringuet (Gordon), Romain Ogereau et Leslie Clack (les acheteurs), Patrick Vo (un membre du club), Michael Rickwood (la porte / Paul).

Équipe technique Coréalisation (séquences Black Hole) : Djibril Glissant Scénario : Gilles Marchand et Dominik Moll Images : Céline Bozon Montage : Nelly Quettier 1re assistante réal. : Rafaèle Ravinet Virbel Musique : Anthony Gonzales et Emmanuel d’Orlando Son : Gérard Hardy, Philippe Baudhuin et Pierre Mertens

Décors : Jérémie Sfez Costumes : Joana George-Rossi Effets visuels : Nicolas Rey Production : Haut et Court, Versus Production, France 2 Cinéma, RTBF et Fortis Film Fund Producteurs : Carole Scotta, Caroline Benjo, Simon Arnal et Barbara Letellier Coproducteurs : Jacques-Henri & Olivier Bronckart Distributeur : Haut et Court.

104 minutes. France - Belgique, 2010. Sortie France : 14 juillet 2010. Visa d’exploitation : 117158. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD. 136 copies.

Un jeune homme naïf se laisse fasciner par une mystérieuse blonde et l’univers virtuel qu’elle lui fait découvrir. Malgré une intéressante approche architecturale des mondes virtuels, le suspense n’est pas au rendez-vous de ce thriller.

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© Haut et Court

Résumé Gaspard et Marion, de jeunes amoureux, trouvent un téléphone portable. Sa propriétaire, Audrey, fréquente, sous le nom de Sam, Black Hole, un cybermonde. Elle a rendez-vous avec un dénommé Dragon. Gaspard et Marion suivent le couple qui tente de se suicider. Ils interviennent à temps pour sauver Audrey mais pas Dragon. Gaspard dérobe la caméra qui a servi à filmer le suicide. Bientôt, le hasard le fait se retrouver chez Audrey et son frère Vincent. Il apprend à Audrey qu’il l’a sauvée. Il est attiré par elle, mais Vincent s’interpose. Gaspard entre en contact avec Sam dans le cybermonde sans dévoiler son identité. Sam l’emmène sur la plage noire, le purgatoire des avatars. Ils concluent un pacte : elle devra embrasser son sauveur, il devra blesser sa petite amie.

Dénouement Gaspard devient odieux avec Marion. Il passe une soirée bien arrosée avec Audrey et ses copains. Elle l’aguiche mais finit dans les bras d’un autre. Gaspard surprend Vincent qui s’est introduit chez lui pour récupérer le film du suicide. Il comprend que Vincent a assisté à la scène, sans intervenir. Dans Black Hole, Gaspard révèle son identité à Sam et lui conseille de porter plainte contre son frère. Il ignore que c’est en fait Vincent qui parle à la place de sa sœur. “Elle” l’invite chez elle. Là, Gaspard se fait assommer et traîner jusqu’au toit de l’immeuble. Il assiste impuissant au suicide d’Audrey, qui saute dans le vide. Vincent est arrêté. Bouleversé, Gaspard retrouve Marion et lui demande pardon.

Connu comme un scénariste de premier choix (il a coécrit les excellents Harry, un ami qui vous veut du bien de D. Moll et Ressources humaines de L. Cantet), G. Marchand est passé derrière la caméra avec moins de bonheur. Après l’inégal Qui a tué Bambi ?, il récidive avec L’Autre monde, improbable thriller qui interroge l’impact du virtuel sur la vie réelle, à travers l’histoire de Gaspard, héros falot qui se laisse happer par un jeu en ligne. Dans sa première partie, le film emprunte, par son thème, à La Femme de l’aviateur de Rohmer : un jeune homme piste un moment, en compagnie d’une jeune femme, quelqu’un sur lequel il a été amené par hasard à s’interroger. Marchand se réfère aussi à Hitchcock. En effet, comme dans Vertigo, la configuration des lieux (même si, en l’occurrence, ils sont virtuels) a une grande importance. Les motifs architecturaux structurent le film, qui alors nous accroche en nous entraînant dans de fluides déambulations entre mondes parallèles. Malheureusement, les choses se gâtent ensuite. Et, les cordonniers étant les plus mal chaussés, c’est justement le scénario, trop alambiqué, qui alourdit de plus en plus le film, à mesure qu’il nous conduit vers une surprise finale téléphonée. En voulant trop ouvertement organiser la confrontation entre un thème moderne et une structure narrative classique, Marchand s’autorise trop de grosses ficelles : personnages stéréotypés, oppositions binaires... Du coup le thriller ne fonctionne pas, et l’évocation du virtuel ne va pas assez loin, faute d’un langage cinématographique totalement adapté et mis à son service. L.R.

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L’Autre rive (Gagma napiri) Drame

de George Ovashvili

Adultes / Adolescents

Avec Tedo Bekhauri (Tedo), Galoba Gambaria (Tsupak), Nika Alajajev (Goshka), Tamara Meskhi (Mariam), Archil Tabukashvili et Temo Goginava (les garçons), Jano Izoria (Jangul), Lia Abuladze (Zita), Berdia Inckirveli (Daur), Leri Zardiashvili (le conducteur), Leila Khokhosadze (la tante Maro), Sopho Gvritishvili.

Équipe technique Scénario : Nugzar Shataidze et Rustam Ibragimbekov Images : Amir Assadi Montage : Kim Sun-min Musique : Josef Bardanashvili Son : Vladimir Golovnitshi, Nezamedin Kiaie et Ivo Heger Décors : Merab Joxadze

Production : Kino Company, East Gate Film et George Ovashvili Production Producteurs : George Ovashvili, et Sain Gabdullin Producteurs associés : Marat Sarulu, Stan Rodman et Rémi Roy Distributeur : Arizona Films.

93 minutes. Géorgie - Kazakhstan, 2009. Sortie France : 26 mai 2010. Visa d’exploitation : 125566. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 7 copies (vo).

Tedo fuit son quotidien, fait de larcins et de confrontations avec sa mère prostituée, pour aller chercher son père en Abkhazie. À travers son périple, le cinéaste G. Ovashvili dresse le portrait d’un pays en ruine, encore convalescent d’une guerre ethnique.

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© Arizona Films

Résumé Depuis que la guerre a dévasté leur province natale, l’Abkhazie, Tedo vit avec sa mère dans une cahute en tôle à proximité de Tbilissi, en Géorgie, où il travaille comme apprenti dans un garage. Pour empêcher sa mère de se livrer à la prostitution, comme elle a l’habitude de le faire, il participe avec les gosses du quartier à de petites rapines où il s’agit de détrousser bourgeois et notables de quelques lari qu’il rapporte à la maison. Mais cela ne suffit pas. Après avoir découvert un soir qu’elle continuait à recevoir l’un de ses clients réguliers, Tedo décide de partir à la recherche de son père, resté en Abkhazie, de l’autre côté du fleuve et de la frontière.

Dénouement Commence pour Tedo un long voyage à travers un pays en ruine, meurtri par un conflit ethnique dont il se remet difficilement. En train ou en camion dans le meilleur des cas, à pied le plus souvent, Tedo croise de pauvres gens qui survivent tant bien que mal. Alors qu’il passe la frontière avec une famille de paysans, un homme est abattu sous ses yeux. Un soir, recueilli dans une étrange maison, il se fait passer pour sourd et muet afin de ne pas avoir à répondre aux questions sur ses origines. Arrivé à Soukhoumi, il finit par retrouver son père, qui semble vivre dans des conditions plus dures encore que les siennes. Il repart seul. Et croise un groupe d’hommes, qui l’obligent à danser. © les Fiches du Cinéma 2011

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Avec L’Autre rive, nous voici amenés à découvrir, à travers les yeux d’un enfant dont le regard au fort strabisme paraît en refléter les stigmates, les décombres d’une guerre ethnique consécutive à l’effondrement d’un empire : l’U.R.S.S. Jadis florissante et prospère, la Géorgie n’est plus qu’un champ de ruines où tout est détruit, l’habitat, l’agriculture et l’industrie, et bien sûr, une certaine forme d’humanité. En ce sens, et au-delà de la situation décrite, cette “autre rive” décrit le territoire d’où nous est envoyé le film par-delà cette ligne, aussi mince qu’infranchissable, qui sépare une rive de l’autre, celle où règne la paix de celle où la guerre emporte tout. Tous les partis pris du film semblent confirmer cette hypothèse : L’Autre rive donne l’impression d’avoir été conçu vite, dans cette urgente nécessité qui pousse à sacrifier le détail à l’ensemble, la beauté de l’image à la sincérité du plan, la lettre à l’esprit. Reste la question de l’enfant, personnage problématique susceptible de nous donner le sentiment d’en être l’otage. Dans cette affaire de “grands” qu’est la guerre, l’enfant est mécaniquement démuni : il est un souffre-douleur sur le sort duquel nous pouvons nous attendrir et pleurer à chaudes larmes quand ce conflit, dont il est la victime innocente, nous a laissés à peu de choses près, d’une indifférence de glacier himalayen. Récompensé dans de très nombreux festivals - Wiesbaden, Seattle, Grenade, Paris, Erevan, Copenhague, Kiev, Rome et Belgrade - et pas seulement par le public, ce premier film de George Ovashvili donne en tout cas l’envie d’en découvrir très vite le suivant. R.H.


Les Aventures de Don Quichotte (Las Aventuras de Don Quijote) Animation

de Antonio Zurera

Famille

Équipe technique Scénario : Antonio Zurera, d’après les personnages de Don Quichotte de la Mancha de Miguel de Cervantès (1605-1615) Images : Javier Guijarro Montage : Ángel Izquierdo Animation : Javier Guijarro Musique : Emilio Alquézar Son : Fabien Pochet

Production : Milimetros Feature Animation et M5 Audiovisual Coproduction : Canal Sur TV Producteurs : Ángel Izquierdo, Carmen Pérez et Antonio Zurera Productrice exécutive : Lucia Gomez Dir. de production : Elena Gomez Distributeur : Colifilms Diffusion.

73 minutes. Espagne, 2009. Sortie France : 12 mai 2010. Visa d’exploitation : 126095. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 80 copies (vf).

Tentative de vulgarisation de l’œuvre de Cervantès pour les enfants dès 4 ans, Les Aventures de Don Quichotte risque autant d’embrouiller ces derniers que d’endormir leurs parents. En définitive, une louable mais confuse entreprise.

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© Colifilms

Résumé Sancho est un petit rongeur fasciné par les écrits de Cervantès, le célèbre auteur qui habite la même maison que lui. Toutes les nuits, Sancho raconte à ses enfants l’histoire de Don Quichotte, le célèbre lynx chevalier qui part à l’aventure avec son inséparable Sancho Panza. Sancho se met donc en scène avec Don Quichotte. Ils arrivent dans une auberge et Don Quichotte y est sacré chevalier par l’aubergiste. Ils chargent ensuite les moulins et se retrouvent coincés dans une dimension parallèle où flottent des livres. Pinocchio va les aider à retourner dans leur monde.

Dénouement Pinocchio leur parle de la célèbre île au trésor qui doit recéler le moyen pour eux de retourner dans leur monde. Là-bas, Don Quichotte se bat contre un monstre mécanique manipulé par une méchante pieuvre prête à tout pour être nommée meilleur méchant du mois dans son club des méchants. Don Quichotte en sort victorieux. Ils découvrent que le trésor est en réalité un livre, car les livres renferment la sagesse du monde. Munis de ces précieuses leçons, ils réapparaissent dans le monde réel et Don Quichotte reprend sa quête d’aventures quand il voit à l’horizon un nuage de fumée : probablement des pillards assoiffés de sang qu’il faut occire, pense-t-il aussitôt. Sancho le suit fidèlement, emporté par l’incorrigible imagination romanesque de son ami. C’est ainsi que s’achève l’histoire contée par Sancho, mais nul doute que Don Quichotte ne va pas en rester là !

Spécialiste de la postproduction ayant notamment fait ses armes dans trois adaptations d’Astérix des années 1980, le réalisateur espagnol Antonio Zurera n’est pas un nouveau venu dans le monde de l’animation. Dès 1978, il a travaillé sur la série télévisée de Cruz Delgado, Don Quichotte de la Mancha. Porter en 2010 sur grand écran une version très atypique des aventures de Don Quichotte est une ambition noble, mais risquée. De toute évidence, le résultat surprend : lorsque Don Quichotte charge les moulins et se retrouve avalé par ces derniers, il atterrit dans un chaudron ardent, rempli de livres volants, où se trouvent pêle-mêle Pinocchio, une baleine géante volant dans l’espace et même une réplique de machine faisant furieusement penser aux Indestructibles. Mais, l’animation, ici, n’a rien de comparable, malheureusement, à celle des studios Pixar. On se demande alors pourquoi les auteurs n’ont pas été plus fidèles à l’œuvre de Cervantès et ont préféré n’en garder que les grandes lignes et certains passages ? Car le récit devient ici d’une complexité rare, et mêle des références à la crise actuelle, aux problèmes écologiques et même aux phénomènes touristiques en Espagne. En accumulant ainsi les références tant artistiques que thématiques, les auteurs rendent le film illisible et aboutissent finalement à l’inverse de ce qui était leur ambition de départ. En effet, Cervantès n’a jamais paru si ennuyeux, terne et confus. Les enfants riront peut-être ici ou là, pendant que les parents tenteront de ne pas sombrer dans un sommeil profond... Triste spectacle. R.L.

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Les Aventures extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec Aventures

de Luc Besson Avec Louise Bourgoin (Adèle Blanc-Sec), Mathieu Amalric (le professeur Dieuleveult), Gilles Lellouche (l’inspecteur Léonce Caponi), Jean-Paul Rouve (Justin de Saint Hubert), Laure de Clermont-Tonnerre (Agathe Blanc-Sec), Jacky Nercessian (Marie-Joseph Espérandieu), Philippe Nahon (le professeur Ménard), Christophe Dimitri Réveille (la momie Shelsoüt),

Adultes / Adolescents

Gérard Chaillou (le président Armand Fallières), Grégory Ragot (Bertrand, l’assistant), Nicolas Giraud (Andrej Zborowski), Swann Arlaud (le crieur de journaux), Benjamin Broux (le serveur), Youssef Hajdi (Aziz), Moussa Maaskri (Akbar), Pascal Loison (le prisonnier), Frédérique Bel, Jean-Michel Molé, Éric Naggar, François Chattot, Michel Gondoin.

Équipe technique Scénario : Luc Besson, d’après la série de bandes dessinées de Jacques Tardi (1976-2007) Images : Thierry Arbogast Montage : Julien Rey Réal. 2e équipe : Roger Delattre 1er assistant réal. : Stéphane Gluck Musique : Éric Serra Son : Ken Yasumoto Décors : Hughes Tissandier Costumes : Olivier Bériot

Effets visuels : BUF Maquillage : Jean-Christophe Spadaccini Casting : Swan Pham Production : TF1 Films Production, EuropaCorp et Apipoulaï Prod. Productrice : Virginie Besson-Silla Producteur associé : Luc Besson Dir. de production : Thierry Guilmard Distributeur : EuropaCorp.

107 minutes. France, 2010. Sortie France : 14 avril 2010. Visa d’exploitation : 123765. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD DTS. 636 copies.

Adèle Blanc-Sec, une jeune journaliste, est prête à tout pour guérir sa sœur malade, y compris réveiller des momies ! Dans cette adaptation spectaculaire de Tardi par Luc Besson, l’énergie de Louise Bourgoin et le rythme du récit font mouche.

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© Magali Bragard / EuropaCorp

Résumé Paris, 1911. Avec ses expériences, le scientifique Espérandieu fait éclore un œuf de ptérodactyle, qui attaque la voiture d’un préfet. Au Muséum d’Histoire naturelle, le professeur Ménard et son assistant Zborowski (fou amoureux de la journaliste et écrivain Adèle Blanc-Sec) découvrent l’œuf éclos... Pendant ce temps, Adèle est en Égypte. Elle trouve un sarcophage renfermant la momie d’un docteur de Ramsès II, qu’elle espère ramener à la vie (avec l’aide d’Espérandieu) pour guérir sa sœur Agathe, réduite à un état végétatif. Adèle échappe au cruel professeur Dieuleveult et rentre à Paris. L’inspecteur Caponi découvre par hasard le ptérodactyle chez Espérandieu, qui est arrêté puis condamné à mort.

Dénouement Adèle imagine plusieurs stratagèmes pour délivrer Espérandieu, en vain. Justin de Saint Hubert doit aider Caponi à capturer la bête. Adèle va demander la grâce d’Espérandieu au Président, et le sauve d’une attaque du ptérodactyle. Puis, grâce à Zborowski, elle trouve le dinosaure et le chevauche pour libérer Espérandieu. Saint Hubert tire sur la créature : il blesse mortellement Espérandieu, auquel la bête est liée. Espérandieu a juste le temps de réveiller la momie, qui est en fait un ingénieur atomique ! Celui-ci escorte Adèle au Louvre, où Ramsès II et sa cour sont réveillés et guérissent Agathe. Les momies parties faire le tour du monde, Adèle arrange une rencontre entre Agathe et Zborowski, avant de partir en croisière sur le Titanic... alors que Dieuleveult fomente sa vengeance ! © les Fiches du Cinéma 2011

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Sur le papier, on pouvait craindre le pire de cette première adaptation des aventures de l’héroïne culte du dessinateur Jacques Tardi : Adèle Blanc-Sec. Difficile d’abord d’imaginer que les univers de Luc Besson (Le Grand bleu, Arthur 3 [v.p. 87]) et de Tardi (hanté par la guerre de 1914-18) soient en mesure de cohabiter. On voyait également mal la très sympathique Louise Bourgoin incarner le personnage taciturne et rebelle d’Adèle Blanc-Sec... Pourtant, il faut s’incliner. Car si l’adaptation n’est, forcément, pas vraiment fidèle à l’idée que se fait le lecteur des bandes dessinées, Besson aura tout fait pour : les gueules sont là, le Paris de l’avant-guerre aussi, et on retrouve également l’humour. Le cinéaste vide la place de la Concorde pour le générique, investit la tour Eiffel, recrée le Montmartre des fermes et le Jardin des Plantes (et jusqu’à la gare maritime de Cherbourg) avec un plaisir évident et communicatif. Si le début fait craindre une sorte d’“hyper Amélie Poulain” (voix off, caricatures parisiennes...), le récit s’en éloigne dès qu’intervient l’héroïne. Bourgoin (ex-miss météo du Grand journal de Canal+, vue depuis dans Blanc comme neige [v.p. 112] ou L’Autre monde [v.p. 92]) s’approprie Adèle à sa manière, exubérante et frondeuse, pour entraîner ce récit d’aventures dans le registre de la comédie. Le film fourmille, par ailleurs, de références plaisantes : Tintin, Indiana Jones, voire Lawrence d’Arabie, dont Éric Serra plagie allègrement la musique pour les séquences en Égypte. Du très bon divertissement familial en somme. Un bémol ? La sous-exploitation de M. Amalric dans le rôle du méchant. M.Q.


Baarìa (Baarìa) Fresque historique

de Giuseppe Tornatore Avec Francesco Scianna (Peppino Torrenuova), Margareth Madè (Mannina), Nicole Grimaudo (Sarina, jeune), Angela Molina (Nicole, adulte), Valentino Picone (Luigi), Lina Sastri (Tana), Salvo Ficarra (Nino), Giovanni Gambino (Peppino, enfant), Davide Viviani (Peppino, adolescent), Gaetano Aronica (Cicco, adulte), Enrico Lo Verso (Minicu), Alfio Sorbello (Cicco, jeune), Luigi Lo Cascio

Adultes / Adolescents

(le mendiant), Michele Placido (le représentant du PCI), Laura Chiatti (l’étudiante), Nino Frassica (Giacomo Bartolotta), Monica Bellucci (la fiancée du maçon), Maurizio San Fratello (Michele), Ana Faranna (Angela), Gaetano Sciortino (Pietro), Giorgio Faletti, Corrado Fortuna, Paolo Briguglia, Franco Scaldati, Raoul Bova, Vincenzo Salemme, Luigi Maria Burruano, Marcello Mazzarella.

Équipe technique Scénario : Giuseppe Tornatore Images : Enrico Lucidi Montage : Massimo Quaglia 1er assistant réal. : Alberto Mangiante Musique : Ennio Morricone Son : Faouzi Thabet Décors : Maurizio Sabatini Costumes : Antonella Balsamo et Luigi Bonanno Effets spéciaux : Mario Zanot et Dirk Meister

Effets visuels : Storyteller Maquillage : Vincenza Lamparelli Production : Medusa Film Coproduction : Quinta Communications Producteurs : Tarak Ben Ammar et Marina Berlusconi Prod. exécutif : Mario Cotone Dir. de production : Giorgio Innocenti Distributeur : Quinta Communications.

160 minutes. Italie - France, 2009. Sortie France : 16 juin 2010. Visa d’exploitation : 118810. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SR SRD DTS. 50 copies (vo / vf).

Giuseppe Tornatore suit le destin de Peppino, depuis son enfance comme pauvre berger jusqu’au départ de ses enfants. Si la mise en scène nous en met plein les yeux, elle ne pallie pas les carences d’un récit parfois confus et assez banal.

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© Martha Spedaletti

Résumé Peppino est le fils cadet d’une famille de paysans pauvres de Bagheria, près de Palerme. Enfant, il s’amuse avec ses camarades, se rend à l’école et travaille parfois dans les oliveraies d’un Don avec son frère Nino. Il pose pour la fresque d’une église. Un été, son père, Cicco, loue les services de Peppino à un berger de la région qui lui apprend les légendes locales. Peppino devient laitier. Durant son adolescence, son frère part rejoindre l’armée, tandis que lui s’engage auprès des communistes. Devenu adulte, il rencontre Mannina lors d’une fête et ils tombent amoureux.

Dénouement Nino rentre de la guerre très marqué. Mannina est promise à un autre. Elle et Peppino se barricadent pour forcer leurs entourages respectifs à accepter leur amour. Ils ont gain de cause et les deux amoureux se marient. Leur premier enfant est mort-né. Plusieurs années plus tard, Peppino est devenu un militant politique très actif. Des émeutes secouent les grandes villes qui opposent communistes et policiers. Le père de Peppino meurt. Peppino et Mannina ont trois enfants : Michele, Angela et Pietro. Peppino voyage en Russie pour le compte du parti et va travailler en France. Il devient député. Ses enfants sont désormais adolescents et les disputes familiales se font de plus en plus fréquentes. Peppino accompagne à la gare son fils qui part faire ses études à Rome.

De l’autre côté des Alpes, le dernier film de Tornatore a surtout fait parler de lui parce que Silvio Berlusconi (qui en est le producteur à travers l’incontournable société de production Medusa) l’a qualifié de “chef-d’œuvre”. Or, Baarìa n’est certainement pas un chef-d’œuvre, car il manque à cette gigantesque reconstitution un scénario solide, susceptible de captiver le spectateur durant 2h40. Fresque monumentale, le film raconte le quotidien d’une famille depuis les années 1910 jusqu’aux années 1960, et évoque donc au passage le fascisme, la Seconde Guerre mondiale, le communisme et la mafia, confortablement installée dans la petite ville de Bagheria. Cependant, plus qu’un récit historique, Baarìa reste avant tout la chronique nostalgique que l’on pouvait attendre de l’auteur de Cinema Paradiso. Ce nouveau film s’en rapproche d’ailleurs par son caractère communautaire et les séquences au cinéma qui rythment le film et permettent au spectateur de suivre les sauts dans le temps. Mais, à vouloir brasser trop d’informations, le récit se disperse, oublie son sujet principal et pèche par son manque d’émotion. Si la première partie du film, qui suit les déboires de Peppino enfant, ne manque pas de charme, le récit de son âge adulte est moins passionnant, notamment à cause de l’acteur principal, qui manque singulièrement de charisme alors qu’il est supposé incarner un leader politique. Le reste du film est à son image : généreux dans ses intentions, mais trop policé, comme si le réalisateur avait systématiquement gommé les images et les idées qui pourraient perturber le confort du public. M.Q.

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Bad Lieutenant : Escale à la Nouvelle-Orléans

(The Bad Lieutenant : Port of Call - New Orleans) Film noir

de Werner Herzog

Adultes / Grands Adolescents

Avec Nicolas Cage (Terence McDonagh), Eva Mendes (Frankie Donnenfeld), Val Kilmer (Stevie Pruit), Tom Bower (Pat McDonagh), Jennifer Coolidge (Genevieve), Denzel Whitaker (Daryl), Fairuza Balk (Heidi), Brad Dourif (Ned Schoenholtz), Alvin “Xzibit” Joiner (Donald Godshaw dit Big Fate), Shawn Hatosy (Armand Benoit), Irma P. Hall (Binnie Rogers), Shea Whigham

(Justin), Michael Shannon (Mundt), William Finklestein (Dave Jacobs), Nick Gomez (Evaristo Chavez), J.D. Evermore (Rick Fitzsimon), Tony Bentley (Hurley), Vondie Curtis-Hall, Tim Bellow, Joe Nemmers, Lucius Baston, Lauren Swinney, Jeremy Aaron Johnson, Sam Medina, Lance E. Nichols, Noel Arthur, Matt Borel, Gary Grubbs, J. Omar Castro, Douglas M. Griffin.

Équipe technique Scénario : William Finkelstein, d’après le film d’Abel Ferrara (scn. : Victor Argo, Abel Ferrara, Paul Calderon et Zoe Lund, 1992) Images : Peter Zeitlinger Montage : Joe Bini 1er assistant réal. : Michael Zimbrich Musique : Mark Isham Son : Jay Meagher Décors : Toby Corbett Costumes : Jill Newell

Production : Edward R. Pressman Film Coproduction : Lieutenant Productions, Nu Image Films et Saturn Films Producteurs : Stephen Belafonte, Nicolas Cage, Randall Emmett, Alan & Gabe Polsky, Edward R. Pressman et John Thompson Coproductrice : Melanie Brown Distributeur : Metropolitan Filmexport.

122 minutes. États-Unis, 2009. Sortie France : 17 mars 2010. Visa d’exploitation : 124311. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SR SRD DTS. 289 copies (vo / vf).

Remake du film d’Abel Ferrara par le grand cinéaste allemand Werner Herzog, ce Bad Lieutenant est un film noir à la fois sombre et délirant sur un policer dépravé, porté par un Nicolas Cage dont la grandiloquence agacera ou séduira selon les goûts.

Commentaire

© Metropolitan

Résumé Nouvelle-Orléans, pendant l’ouragan Katrina. Le sergent Terence McDonagh sauve Chavez, un prisonnier, de la noyade. Suite à cet acte de bravoure, il est promu lieutenant, mais se retrouve affligé de fortes douleurs au dos. Son médecin lui prescrit du Vicodin. Mais c’est insuffisant. Terence use donc de sa position pour obtenir de la drogue, pour lui et pour sa petite amie, Frankie, une prostituée. Terence est chargé de l’enquête sur le meurtre d’une famille africaine. Après avoir identifié un témoin - Daryl, un jeune livreur il découvre que l’auteur du massacre est le dealer Big Fate. Déjà harcelé par un bookmaker auquel il doit de l’argent, Terence se crée de nouveaux problèmes en chassant de chez Frankie le fils de Winnick, un gros entrepreneur véreux : il se retrouve avec une enquête de la police des polices, qui le rétrograde, et un truand à ses trousses, Dave, qui exige un dédommagement.

Dénouement Par sécurité, Terence place Frankie chez son père, alcoolique. Puis, il propose ses services à Big Fate : il le préviendra des descentes des stups. La collaboration fonctionne bien. Il peut rembourser ses dettes. Quand Dave et ses hommes rendent visite à Terence, Big Fate et ses sbires les descendent. Terence crée une fausse pièce à conviction pour faire inculper Big Fate du massacre de la famille. Winnick retire sa plainte. Terence est réintégré, puis, après l’arrestation de Big Fate, promu capitaine. Plus tard, dans une chambre d’hôtel où il prend de la drogue, Terence retrouve Chavez. © les Fiches du Cinéma 2011

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Voilà un projet incroyable : un remake de Bad Lieutenant (1992) avec Nicolas Cage pour remplacer Harvey Keitel, la Nouvelle-Orléans à la place de New York et Herzog pour succéder à Ferrara ! Le fait que ce remake soit réalisé par un cinéaste au moins aussi légendaire que l’auteur original change évidemment bien des choses. Premier film noir de Herzog, Bad Lieutenant porte sa marque, mais est aussi le “bébé” de Cage. Tourné dans sa ville, produit par ses soins, il est son projet artistique le plus ambitieux depuis Adaptation. Ce Bad Lieutenant nouveau reprend l’idée du flic drogué et corrompu, mais s’éloigne de la problématique religieuse de Ferrara. Le premier élément marquant est la Nouvelle-Orléans : une ville en ruine, filmée ici comme elle l’a rarement été. En dressant un parallèle entre le décor et l’état psychologique du personnage principal, le film se place dans la lignée des précédents Herzog, où la folie des protagonistes se reflétait dans leur environnement. Cage accompagne ce thème par une performance délirante, qui évacue rapidement toute notion de réalisme. Herzog le suit en s’offrant de temps à autre des digressions à la limite du surréalisme ou du burlesque. Et dès lors, l’adhésion du spectateur sera fonction de sa sensibilié à la liberté et au goût de l’excès qui caractérisent l’ensemble. Ainsi, certains trouveront le film casse-cou, imaginatif et stimulant, les autres juste ridicule. On peut en tout cas admirer Herzog d’avoir ainsi su jouer le jeu du film de genre, tout en signant une œuvre totalement personnelle et imprévisible, baignant dans l’angoisse existentielle et l’humour noir. S.G.


Le Baltringue Comédie

de Cyril Sebas Avec Vincent Lagaf’ (Guy), Philippe Cura (Sam), Thaïs Kurby (Lola), Frédéric Vilches (Igor), Virginie Stevenoot (Victoire), Lilou Fogli (Constance), Ketty Zac (Ketty), Ken Samuels (l’Américain), Noom Diawara (Wifi), Albert Sounigo (Vassili), Luca Lombardi (José), Jean-Luc Couchard (le boss), Jo Prestia (le marchand d’armes), Marie-Noëlle Eusebe (Mathilde), Émily Flory (Émilie), Sarah-Laure

Adultes / Adolescents

Estragnat (la secrétaire du boss), Marie Polet (la secrétaire de Victoire), Sébastien Dumenil (le voiturier), Patrice Bertrand, Marie-Clotilde Ramoz Ibanez, Cécile Durand, Linda Clarens, Alban Casterman, Jessica Flores, Valérie Derrien, Pierre Marie, Flavien Prioreau, Sébastien Buffet, Candice Mechitch, Valérie Metterfi, Audrey Daoudal, Prudence Maudou.

Équipe technique Scénario : Bibi Naceri, Fred B., Chris Nahon, Cyril Sebas, d’après une idée originale de Vincent Lagaf’ Images : Tariel Melavia Montage : Jean-Luc Thomas, et Hachdé 1er assistant réal. : Emmanuel Rondeau Musique : Pierre Marie Son : Yves Levêque Décors : Emma Cuillery

Costumes : Cristine Guégan Effets visuels : Stéphane Bidault Maquillage : Tina Rovère Production : Wesh Wesh Production, StudioCanal, Five 2 One, Lag’Alone Production et De La Lune Production Producteurs : Alain Grandgérard, Stéphane Meterfi et Fred B. Distributeur : MC4 Distribution / C Comme Cinéma.

86 minutes. France, 2009. Sortie France : 27 janvier 2010. Visa d’exploitation : 114471. Format : 1,85 - Couleur - Son : Dolby SRD. 90 copies.

Absent des dictionnaires académiques, le mot baltringue semble avoir été inventé pour servir de titre à ce film proprement “bon à rien”, suivant la définition proposée par Wikipédia. Rien à voir avec un nanar, car le terme ne serait ici qu’un euphémisme...

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© MC4 Dist.

Résumé Animateur de télé-achat riche et célèbre, Guy se moque des critiques qui le qualifient de “producteur de génie et présentateur nul”. Lors d’un casting organisé par sa chaîne, Guy remarque le talent de chanteuse de Lola. Jalouse, la directrice de casting congédie la jeune fille, mais Guy la rattrape. Il fait la connaissance de Sam, l’oncle de Lola, très énervé par la mise en fourrière de sa voiture. Guy propose de le conduire à un rendez-vous d’affaires en Normandie. Sur place, Guy ne lâche plus Sam et comprend qu’il est un espion au service de l’État. Sa mission : récupérer une arme chimique des mains de dangereux trafiquants russes. La présence de Guy lui complique la tâche. Mais, de casino en terrain de golf et de night-club en villa luxueuse, les deux compères parviennent à se tirer de situations périlleuses et à s’emparer de l’arme.

Dénouement Les Russes à leurs trousses, ils se réfugient dans la cité où vit Lola. Sam lui avoue son vrai métier. Les jeunes du quartier proposent leur protection. Grâce à leur courage et à l’ingéniosité de Guy, les Russes sont rapidement arrêtés par la police. Mais, compte tenu des méthodes employées, Sam et Guy se retrouvent eux aussi en prison. Après plusieurs semaines d’interrogatoire, impossible de leur faire avouer le vol des deux millions qui accompagnaient l’arme chimique. Libérés et devenus amis, Sam et Guy retrouvent Lola et les habitants de la cité pour une gigantesque fête.

Comme les mots nous manquent, on peut toujours essayer de parler chiffres. Le Baltringue, c’est d’abord une idée de Vincent Lagaf’. Trois scénaristes pour la développer, dont le frère de Samy Naceri pour le plus connu, et un certain Fred B. pour le plus courageux ?! Plus un réalisateur, Cyril Sebas, qui poursuit ici en solo une carrière déjà brillamment commencée avec la coréalisation de Gomez vs Tavarès en 2007. Et “Le Juste prix” est de... 40 000 entrées France ! Un bide ? Plutôt un exploit, pour un film qui tient surtout de la punition pour le spectateur. Dès les premières minutes, le malaise s’installe : la parodie du milieu de la télé, censée nous être servie par un spécialiste, tombe brutalement à plat. Rien, ni les décors au rabais, ni la lumière inexistante, ni le cadrage approximatif ne parviennent à décoller du premier degré. Ensuite, c’est pire, puisqu’il faut subir une pseudo intrigue policière, tellement puérile qu’aucun acteur n’y croit. Le ressort comique repose sur une énième représentation du tandem emmerdeur/emmerdé, ici Lagaf’ et Philippe Cura, ex-Caméra café, plus à plaindre qu’à blâmer. En effet, outre des répliques qu’on n’oserait même pas lancer en fin de soirée, il faut aussi compter avec quelques cascades rondement bâclées. Au milieu de tout ça, gageons que même un fan de Lagaf’ n’y retrouverait pas ses petits ! Privé de toute spontanéité (et de toute direction d’acteur), le comique de la télé devient carrément pathétique, enchaînant clin d’œil “What else ?” et mimique à la De Niro que votre meilleur ami maîtrise mieux. Pour un peu, on compatirait... A.H.

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Les Barons Comédie dramatique

de Nabil Ben Yadir Avec Nader Boussandel (Hassan), Mourade Zeguendi (Mounir), Monir Ait Hamou (Aziz), Julien Courbey (Franck Tabla), Amelle Chahbi (Malika), Fellag (R.G.), Jan Decleir (Lucien), Salah-Eddine Benmoussa (Kader), Jean-Luc Couchard (Ozgür), Michel Israël (David), Édouard Baer (Jacques), Mélissa Djaouzi (Milouda), Hajar Koutaine (Raja), Fatima Ouchay (Aïcha), Bouga (Mimoun), Claude

Adultes / Adolescents

Sémal (William), Ben Hamidou (l’imam), Virginie Efira (l’artiste incomprise), Rachid Benbouchta, Abdel Boalam, Yasser Jaafari, Adil Bouzakhti, Najwa Rouani, Christophe Goudine, Alexandre Wajnberg, Leila Ben Mosbah, Mohamed Zaher, Tarek Achak, Bella Wajnberg, Laurent Hérion, Gauthier de Fauconval, Abdel Mouhssin, Nabil Ben Yadir, David Heuschen, Abdellah Elkorchi.

Équipe technique Scénario : Nabil Ben Yadir et Laurent Brandenbourger, avec la participation de Sébastien Fernandez Images : Danny Elsen Montage : Damien Keyeux 1er assistant réal. : Nicola Oliverio Scripte : Julie Ghesquière Musique : Imhotep Son : Dirk Bombey Décors : Mohamed Ayada

Costumes : Patricia Gelise Maquillage : Fabienne Adam Production : Entre Chien et Loup Coproduction : Prime Time, RTBF et Liaison Cinématographique Producteurs : Diana Elbaum et Sébastien Delloye Coproducteurs : Antonino Lombardo et Arlette Zylberberg Dir. de production : Françoise Hoste Distributeur : Haut et Court.

111 minutes. Belgique - France, 2009. Sortie France : 20 janvier 2010. Visa d’exploitation : 119551. Format : Scope - Couleur - Son : Dolby SRD. 130 copies.

Les “barons” sont quatre amis qui pensent que chaque pas que l’on fait sur cette Terre est compté et nous rapproche fatalement de notre fin. Un film qui mélange avec plaisir les tons et, en fin de compte, séduit. Sympathique et touchant.

Commentaire

© Entre Chien et Loup

Résumé Hassan est un “baron”. Ses amis d’enfance et lui ont inventé ce terme pour officialiser une vieille théorie. Selon eux, chaque être humain naît avec un nombre défini de pas : quand ce nombre est atteint, la vie est terminée. C’est pourquoi les barons en font le moins possible : ils ne veulent pas gâcher leurs pas. Pourtant, Hassan développe en cachette ses talents de comique pour un “stand-up” de banlieue. Ses amis et lui traînent à l’épicerie du coin, et utilisent une fois par semaine la BMW qu’ils ont achetée à huit. Quand Hassan a du mal à contrôler ses sentiments pour Malika, la sœur de son ami Mounir, il sent que tout son mode de vie est sur le point d’imploser.

Dénouement Le père d’Hassan fait une attaque. Hassan s’en veut tellement d’avoir pu être l’une des raisons de cet infarctus qu’il accepte enfin le poste de chauffeur de bus et abandonne ses prétentions artistiques. Quand son père se réveille, il est ravi de voir que son fils s’est assagi. Hassan a également abandonné l’idée de se mettre en couple avec Malika, et se fiance avec une jeune fille de sa communauté. Pourtant, lors de son mariage, ses amis piègent la mariée pour rendre leur union impossible. Hassan est de nouveau libre : il va déclarer sa flamme à Malika. Mounir l’apprend et le passe à tabac. Mais, peu après, il a un accident mortel de voiture. Hassan embrasse sa carrière de comique, et rend hommage à Mounir dans l’un de ses sketchs. © les Fiches du Cinéma 2011

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Pour son premier film, Nabil Ben Yadir évoque ses amis d’enfance. La “glande” chez ce groupe d’amis atteint des proportions insoupçonnées : les “barons” dorment avachis au milieu des légumes, conduisent leur BMW achetée à huit, et roulent des mécaniques en sortant de l’ANPE. Rien de bien renversant. Mais, loin d’être une ode à la fainéantise, ce long métrage ne s’y vautre d’abord que pour en exposer par la suite les travers pernicieux. Le ton est souvent léger, l’image parfois très plaisante et, pourtant, le film n’est pas toujours ce qu’il paraît être. Tons et thèmes se mélangent dans une atmosphère d’une rare nonchalance : l’ambition du personnage principal, son dilemme amoureux, son rapport avec son père, avec ses amis, etc. Le risque était de se perdre dans une telle profusion, de ne traiter que superficiellement tous ces thèmes. Au contraire, Ben Yadir utilise au mieux le temps qui lui est imparti : chaque situation est résolue, la conclusion est exemplaire de concision et, au bout du compte, le film fait passer ses messages de différentes manières. Par moments, on passe de la comédie légère à une approche plus tendue d’enjeux liés à la communauté musulmane (place de la femme, rôle du père, racisme) avec une brusquerie étonnante. Certains mettront ces ruptures de ton sur le compte de l’inexpérience du réalisateur. Pourtant, Nabil Ben Yadir fait preuve d’une louable exigence d’exhaustivité, d’une efficacité prometteuse et d’une subtilité inattendue pour une comédie. Un auteur à suivre. R.L.


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Annuel du Cinéma 2011 - Extraits