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BRUXELLES

SYNDICATS • N°12 • 25 JUIN 2010

Réagis: un groupe de militants en action Le groupe de travail Réagis, composé de militants de la FGTB de Bruxelles, a lancé, le vendredi 7 mai dernier, sa 1ère journée d’action «In memoriam David Lachman». Une distribution de tracts devant la gare Centrale a voulu sensibiliser le grand public aux dangers de l’extrême droite. Un forum syndical, axé sur la valeur symbolique du 8 mai 1945 comme date commémorative de lutte, a rassemblé quelque 70 militants. Cette 1ère action est le résultat des réflexions et de la motivation du groupe. En voici les grandes lignes. Qui sont-ils? Le groupe est constitué de travailleurs et militants de la FGTB de Bruxelles qui se sont rencontrés à la suite des différents voyages d’étude à Auschwitz organisés par la Fondation du même nom. Tous ont été fortement marqués par la confrontation avec ce que peut devenir une société lorsqu’elle bascule dans un système totalitaire, qu’elle pratique la suppression des droits fondamentaux, la discrimination, l’emprisonnement arbitraire, la torture, le crime, la déshumanisation de l’individu, l’élimination des plus faibles ou de groupes désignés et qu’elle tente de contrôler les esprits. Convaincus de la nécessité d’agir sur le présent en intégrant les enseignements des survivants des camps et des résistants, ils ont décidé qu’il fallait impérativement RÉ-agir. Quel message? Le groupe souhaitait mettre en avant l’idée que les plus grandes conquêtes sociales, dont nous sommes les héritiers, n’ont pu être mises en œuvre après l’écrasement des régimes fascistes et nazis que par la force et la détermination d’hommes et de femmes, souvent issus de la résistance, à reconstruire une société plus juste et plus égalitaire, sur les ruines d’une société qui fut réduite à la guerre de tous contre tous. La motivation n’est pas d’idéaliser un passé mais d’en extraire les enseignements qui nous permettraient de ne pas retomber

dans les mêmes pièges et les mêmes logiques destructrices. A la veille des élections fédérales, ce message semblait avoir d’autant plus de force que les enjeux électoraux sont déterminants pour la préservation de la solidarité entre travailleurs des différentes régions du pays… Le forum syndical Il consacra avec équilibre des moments d’émotion et de réflexion. En ouverture du forum, un hommage fut rendu à David Lachman, résistant déporté dans les camps d’Auschwitz-Birkenau, décédé il y a un peu plus d’un an. Une séquence réalisée par le groupe et illustra la commémoration en compagnie de son épouse et de ses amis. Plus tard, en présence du Secrétaire général de la FGTB de Bruxelles, Philippe Van Muylder, un autre hommage fut rendu, en leur présence, à la camarade Lydia Chagoll, survivante des camps japonais, artiste aux talents multiples (danseuse, chorégraphe, réalisatrice et écrivaine) et militante très active, ainsi qu’au camarade Jacques De Backer, membre actif du groupe et militant syndical depuis plus de 50 ans. Entre ces moments d’émotion et d’interpellation, des interventions plus réflexives ont été menées magistralement par Yannis Thanassekos, Président de la Fondation Auschwitz en tandem avec le camarade Baudouin Ferrant, Secrétaire permanent de la Centrale Alimentation et fondateur du groupe Réagis (anciennement

nommé groupe Liberté et Tolérance) sur les logiques actuelles de déshumanisation opérées contre les travailleurs tant à l’intérieur qu’en dehors des entreprises. Filip De Bodt, coordinateur du centre de jeunesse T’Uilekot basé à Herzele et analyste des partis d’extrême droite en Flandre, a entamé la deuxième partie de la réflexion. La difficulté rencontrée par les militants qui luttent contre l’extrême-droite est de pouvoir déconstruire leurs discours «coups de poing» ou hermétiques comme par exemple «les droits collectifs non exigibles individuellement», concept qui signifie en réalité la volonté de supprimer les conventions collectives de travail et d’y opposer une explication puis une contre-argumentation, forcément beaucoup plus longues, parce que plus nuancées. Un accent tout particulier fut mis sur les dimensions cachées de leurs programmes particulièrement inégalitaires (salaire liés aux résultats de l’entreprise, interdiction pour les non-Belges d’être candidat aux élections sociales, remplacement de la progressivité de l’impôt par un taux unique, …), antisociaux (suppression des droits collectifs comme les CCT et la sécurité sociale, interdiction des grèves, des syndicats et des mutualités, limitation du chômage avec un contrôle biométrique des chômeurs, réduction drastique des services publics,…) et rétrogrades (interdiction de l’avortement, retour des femmes au foyer, …). Quel lien entre ces deux thèmes? La mise en œuvre de ce type de programme politique pourrait, en donnant les pleins pouvoirs aux entreprises privées pour leur permettre d’atteindre les profits attendus, mener à une plus grande insécurité sociale par le creusement des inégalités mais aussi une pression de travail beaucoup plus dure et plus forte pour les travailleurs qui sont dans l’entreprise. La guerre de tous contre tous. Nous en avons actuellement un aperçu mais ce n’est là qu’une entrée en

matière. Pour ne pas sombrer dans la culture du défaitisme, il faudra ouvrir très grande notre «fabrique de l’avenir». C’est pourquoi le groupe envisage de réitérer cette expérience et propose que le 8 mai devienne une date symbolique de lutte s’inscrivant dans un cadre d’action plus large.

8 MAI une date symbolique de lutte Il y a 65 ans les alliés gagnaient la seconde guerre mondiale aidés des résistants. Le 08 mai 1945 la guerre était finie en Europe. La démocratie était rétablie et le totalitarisme écrasé. Les camps de concentration et d’extermination sont libérés. L’économie devait reprendre; les forces de gauche étaient fortes et composées principalement d’anciens résistants armés. Le capitalisme voulait dicter sa loi sur la relance. C’était sans compter sur la force et le système d’organisation de nos résistants qui se sont battus pour créer d’autres conditions sociales. De nombreuses grèves et manifestations parfois meurtrières eurent lieux. De leur détermination, il nous reste les droits sociaux que nous connaissons. Soixante cinq ans plus tard, l’extrême droite est une force politique presque « normale » et le capitalisme, détricote lentement mais sûrement nos conquêtes sociales. Il nous appartient donc à nous, travailleurs, de devenir des acteurs sociaux et de reprendre le flambeau de nos aïeux. Faisons du 08 mai une date symbolique de lutte. Redevenons ces résistants acharnés à défendre nos droits et àentraver la marche du capitalisme et des idées totalitaires. Définissons ensemble un Programme de Résistance Européen visant à : - combattre le racisme, l’intolérance et les injustices sociales ; - maintenir le respect des Droits de l’Homme et de la dignité humaine ; - nous réapproprier les espaces de communication et d’information (média). Plus que jamais, à ceux et celles qui font l’avenir, nous voulons dire avec force et conviction que Ré-agir, c’est résister et résister c’est Ré-agir !


25-06-2010