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BRUXELLES

SYNDICATS • N°01 • 15 JANVIER 2010

Pérou: où vont les fruits de la croissance? Depuis 2008, la FGTB de Bruxelles mène, via le département Coopération syndicale avec le Sud, un projet de solidarité avec la Confédération Générale des Travailleurs du Pérou (CGTP) (lire aussi Syndicats n°4, 27/02/2009). Concrètement, nous soutenons sa «campagne nationale de cotisation syndicale» (1). A l’occasion d’une formation à la gestion financière de projets et à la législation belge, les camarades péruviens Américo Domínguez Pizarro (secrétaire d’économie de la CGTP) et Elías Ysaí Aucassi Molina (coordinateur du projet) nous ont rendu visite. Au cours de cette rencontre, nous avons évoqué les problèmes rencontrés par les syndicalistes au Pérou mais aussi les effets de la crise financière, économique et sociale. Syndicats: Malgré une forte croissance économique, au Pérou, un habitant sur trois vit sous le seuil de pauvreté, beaucoup d’enfants travaillent, il y a encore des problèmes de malnutrition et aussi de corruption. Ne peut-on voir dans tous ces phénomènes l’effet d’un problème majeur de redistribution des fruits de la croissance? Américo Domínguez Pizarro (ADP): Jusqu’au 5 avril 1992, le Pérou a connu une économie d’Etat. A ce moment, le président Fujimori a fermé le parlement et installé le modèle néolibéral: privatisations, dérégulation du travail, globalisation économique, ouverture des marchés et ouverture des frontières. 50.000 travailleurs (des fonctionnaires) ont été licenciés. La CGTP a réussi à remettre 30.000 travailleurs à leur poste. La lutte a été permanente, grâce à la solidarité internationale dont nous vous sommes d’ailleurs très reconnaissants. Fujimori (2) a vendu toutes les entreprises d’Etat à un prix ridicule, bradant le développement du pays. Notre organisation a payé la contestation au prix de vies humaines et a fini par être désarticulée: plus personne ne voulait être dirigeant syndical! La croissance n’est pas le fruit d’une politique mais du marché, de la privatisation des entreprises publiques et de l’augmentation du prix des métaux précieux. Par contre, la pauvreté a augmenté. La CGTP exige toujours des investissements dans l’éducation, la santé, la sécurité sociale, les infrastructures, mais personne ne nous écoute! Aujourd’hui, les objectifs principaux du gouvernement d’Alan Garcia sont la vente des ressources naturelles (pétrole, gaz, eau, jungle), la privatisation des ports et aéroports, etc. Et toute la protestation populaire est en train d’être criminalisée. Les communautés indigènes de l’Amazonie sont menacées et leurs dirigeants exilés. A la GGTP, notre présidente, Carmela Sifuentes de Holguín, et notre secrétaire général, Mario Huamán Rivera, sont traduits en justice suite à des actions de protestation contre la privatisation. Nous n’avons pas peur de cela, nous avons encore plus de force pour lutter pour une patrie

libre et des ressources pour nos enfants et petits-enfants!

Syndicats: En 2011 il y aura des élections au Pérou. Comment cela va-t-il se passer? ADP: Pour nous, Alan Garcia est de droite et nous sentons que les partis de droite sont en train de s’unir. Il faut maintenant que la gauche s’unisse. La CGTP a la capacité de mobiliser, pas seulement ses membres, mais aussi les chômeurs, les étudiants, les universitaires,… mais nous ne sommes pas un parti politique, ce n’est pas notre rôle. Nous demandons aux partis politiques de gauche de s’organiser. Malheureusement, au Pérou, les pauvres votent à droite! Pendant les campagnes électorales, on leur donne de l’argent, un cadeau: un T-shirt, un accès à l’eau pour tout un quartier, une route, des escaliers, des latrines,...la droite achète des spots à la télé et matraque les gens. La gauche n’a pas d’argent et les pauvres n’ont pas la conscience de classe. Ils n’ont pas la capacité de réagir. Et au moment de voter, ils votent à droite. C’est pour ces raisons que le gouvernement ne s’intéresse ni à l’éducation ni la santé. Il faut arrêter cela. Nous voulons gagner la conscience des travailleurs. Syndicats: Voulez-vous nous expliquer votre campagne de cotisation nationale? ADP: Nous avons rassemblé tous les camarades qui s’occupent de l’économie dans une conférence nationale. Ils ont reçu du matériel de propagande (affiches et dépliants) qui explique l’importance de la cotisation syndicale. Nous sommes en train d’élaborer un règlement de cotisation qui devra être approuvé par nos instances. Ce projet-pilote est fait en collaboration avec 3 syndicats: les ports, les télécommunications et l’enseignement supérieur. Pendant la conférence, un bilan du taux de cotisation à la CGTP a été fait et est en cours de publication. Nous voulons que la comptabilité soit transparente pour tous! C’est vraiment un défi pour nous de présenter tous les comptes au centime prêt, car nous luttons contre un gouvernement corrompu et devons montrer l’exemple. Pendant notre formation en Belgique, nous avons participé à 3 jours d’ateliers sur l’administration fi-

nancière, économique et comptable du projet. Nous devons aussi établir un rapport financier et un rapport d’activités en suivant les règles imposées par la DGCD (Direction générale de la coopération au développement).

Syndicats: Quelles sont les actions qui vont être entreprises au cours des prochaines années? Elías Ysaí Aucassi Molina: Nous allons développer des ateliers de cotisation syndicale dans les provinces d’Arequipa, Cuzco, Piura et Chiclayo. L’objectif de ce projet est de chercher l’unité des syndicats membres de la CGTP. Mais le gouvernement développe des organisations syndicales parallèles (des syndicats jaunes), qui n’ont rien à voir avec de vrais syndicats. Certains de leurs représentants sortent de prison et, via la menace, empêchent la présence de notre organisation! Mais les gens ont peur. Par exemple dans la construction, le ministre oblige l’entreprise à engager des travailleurs affiliés à son syndicat. On a ce problème dans tous les secteurs! Dans le secteur des transporteurs, le gouvernement a cassé une grève en louant les transports et en y mettant d’autres chauffeurs. Tout cela existe parce que le système est corrompu. Plus notre syndicat est fort, plus des syndicats parallèles sont créés. Pendant les manifestations, il y a des infiltrés qui cassent des vitrines, puis on dit que c’est nous. Dans la presse il y a des campagnes dénigrantes, des rumeurs sont lancées... Les médias sont manipulés. Au travers de notre organisation nous essayons de contrecarrer le gouvernement. Nous savons que la lutte sera longue, mais nous sommes déterminés à la mener!

AVEC UN SEUL POUMON «LES CONDITIONS DE TRAVAIL EN PALESTINE OCCUPÉE»

MET SLECHTS ÉÉN LONG «WERKOMSTANDIGHEDEN IN BEZET PALESTINA»

25/01/2010, 18:00 FILM + SOIRÉE DÉBAT Á l’Université Populaire de Bruxelles Rue de la Victoire 26 - 1060 Saint-Gilles / UP, Overwinningsstraat 26 - 1060 Sint-Gillis Gratuit / Gratis - Drink de bienvenue / Welkomstdrankje Info : 02/552.03.57

Cotisations en vigueur au 01/01/2010 Cotisations effectives

Sans prime syndicale

Avec prime syndicale

Travailleur temps plein

13,90

14,25

Temps partiels - mi-temps </=

11,00

14,25

Prépensionnés

10,25

11,00

Chômeurs (nouvel affil.) 1er 3 mois

13,90

Cotisations réduites

(1) Puntualito: la mascotte de la campagne Cotisation (Abeja= abeille, puntual = ponctuelle). (2) La Cour suprême du Pérou a confirmé à l’unanimité la condamnation à 25 ans de prison de l’ex-président Alberto Fujimori pour violations des droits de l’Homme. L’ex-chef de l’Etat péruvien (1990-2000) a été condamné à 25 ans de prison pour sa responsabilité dans des massacres de civils en 1991-92 par des «escadrons de la mort», lors de la répression contre les guérillas d’extrême gauche, dont le Sentier lumineux (3/01/2010).

tarif normal tarif sans avec domiciliation domiciliation

Chômeurs (*)(tarif réduit avec DOM ou prélèvement direct)

11,75

9,25 (*)

Etudiants

1,50

1,50

Interruption de Carrière

4,50

4,00

Jeunes (-21 ans)

11,75

9,25

Gardiennes encadrées

3,10

3,10

Pensionnés

4,00

3,25

15/01/2010  

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