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Béatrice Égémar

Béatrice Égémar

LE SCRIBE RAMOSÉ VIENT D’ÊTRE INJUSTEMENT EMPRISONNÉ À THÈBES, VICTIME D’UN COMPLOT ! SON FILS MÉRY, AIDÉ D’ANOUKET, DOIT À TOUT PRIX RÉTABLIR LA VÉRITÉ AFIN DE LE SAUVER. LEUR FOLLE AVENTURE LES AMÈNERA À DESCENDRE LE NIL, À ALLER DE VILLE EN VILLE POUR ÉCHAPPER AUX BANDITS, ET LES CONDUIRA JUSQU’AU SOMPTUEUX PALAIS DU FILS DE PHARAON…

Béatrice Égémar a travaillé comme juriste plusieurs années avant de se consacrer à ses deux passions : sa famille et l’écriture. Elle est l’auteur d’une vingtaine d’ouvrages pour la jeunesse, dont des romans historiques. L’Égypte ancienne n’a plus de secrets pour elle !

Le Fils du traître 14,90 € FRANCE TTC WWW.FLEURUSEDITIONS.COM RETROUVEZ TOUTE L’ACTUALITÉ DES ROMANS FLEURUS SUR

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Illustration de couverture : Romain Ronzeau Direction : Guillaume Arnaud Direction éditoriale : Sarah Malherbe Édition : Anna Guével, assistée d’Estelle Paoli Direction artistique : Elisabeth Hebert Direction de la fabrication : Thierry Dubus Fabrication : Axelle Hosten Mise en pages : Pixellence © Fleurus, 2016 Site : www.fleuruseditions.com ISBN : 978-2-2151-2935-6 Code MDS : 652 354 Tous droits réservés pour tous pays. « Loi n°49-956 du 16 juillet 1949 sur les publications destinées à la jeunesse. »


Béatrice Égémar

Le Fils du traître FLEURUS


Les héros de l’histoire Méry : fils de Ramosé, jeune de 13 ans intelligent et très instruit. Anouket  : fille de Roum et d’Hébat. Jeune fille de 12 ans qui rêve d’aventure. Ahmosé : ami de Roum, marchand. Amenher : prince de 13 ans, fils de Ramsès. Any : précepteur d’Amenher. Djéser : frère de Tjanéfer. Hathor : sœur aînée de Ramosé. Hérihor : directeur du Trésor d’Amon. Hori et Palik : enfants de Roum et Kipa. Iset : fille de Tjanéfer et Taouret. Ithou : époux d’Hathor. Scribe ambitieux au caractère difficile. Kay : Nubien, acolyte d’Oulen. Kipa : seconde épouse de Roum, belle-mère d’Anouket. Nébounenef : Grand prêtre d’Amon. Oulen : ancien malfaiteur, homme de main d’Hérihor. Paser : vizir du sud. Ramosé : père de Méry. Scribe passionné par son travail. Ramsès II  : pharaon qui régna pendant plus de 60 ans en Égypte au xiiie siècle avant notre ère. Roum : père d’Anouket, ancien soldat, tient la taverne de l’Ibis rouge. Séthi : scribe âgé. Taboubou : grand-mère d’Anouket et mère de Roum. Tani : veuve aveugle très serviable. Taouret : femme de Tjanéfer. Tjanéfer : médecin à Assiout. Touyou : ancienne nourrice de Méry, devenue intendante de la maison. Yéni : ami d’Ahmosé, marchand. Les mots les plus difficiles sont suivis d’une étoile (*). Reporte-toi au lexique p. 253 pour tout comprendre, et à la carte d’Égypte p. 251 pour suivre les aventures de Méry et Anouket. Bonne lecture !


Chapitre 1

Méry se leva et s’étira. Voilà deux heures qu’il écrivait, assis par terre sur une natte, et il commençait à avoir des fourmis dans les jambes. Il avait faim, aussi. Je pourrais aller aux cuisines, se dit-il, Touyou me trouverait sans doute quelque chose à grignoter. Des gâteaux au miel, peut-être, et ensuite, je reviendrais terminer le travail que m’a demandé Père. Il regarda Ramosé : son père étudiait un rouleau de papyrus, les sourcils froncés. Il était concentré sur sa tâche, comme toujours quand il travaillait. Méry l’admirait. Ramosé était tout ce qu’il rêvait de devenir  : un scribe intelligent, respecté, qui œuvrait sans relâche pour le Trésor 5


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d’Amon1. C’était un honneur d’être au service de ce dieu. Méry se souvenait très bien du jour où son père l’avait amené dans ses bureaux pour la première fois. À treize ans, il avait terminé sa formation et sortait de l’école ; il était temps pour lui d’apprendre le métier. Tout le monde avait accueilli avec courtoisie le fils de Ramosé, et Méry avait senti son cœur se gonfler d’orgueil et de fierté. Voilà deux mois maintenant qu’il travaillait avec son père, et ce sentiment ne l’avait jamais quitté. –  Père ? Ramosé leva les yeux vers son fils. –  Oui, Méry ? – Avec ta permission, je vais chercher quelque chose à manger. Désires-tu que je t’apporte quelque chose à boire ? De la bière ? Ramosé replongea le nez dans son papyrus. –  Non, je te remercie… Un bruit de voix venu des jardins lui fit tourner la tête. Méry s’approcha de la fenêtre. – Oh ! s’écria-t-il. Des gardes, avec des gourdins ! Que peuvent-ils vouloir ? 1.  Dieu créateur de la lumière, à l’origine de tout ce qui existe. Son lieu de culte principal était à Thèbes. 6


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Ramosé se précipita et écarta son fils. –  C’est Hérihor, dit-il d’une voix sourde. Par les dieux, est-ce qu’il oserait… Méry, s’il vient pour m’arrêter, tu dois te sauver ! –  T’arrêter ? bredouilla Méry, sidéré. Mais pourquoi le ferait-il ? Ramosé le prit par les épaules et plongea ses yeux dans les siens. –  Je n’ai rien fait de mal, tu m’entends ? Quoi que puisse dire Hérihor, ne le crois pas. Va voir le vizir, donne-lui les documents qui prouveront mon innocence. –  Quels documents ? Où sont-ils ? On entendait des cris, des voix, des bruits de pas précipités dans les couloirs. Tout à coup, la porte s’ouvrit avec fracas et un homme entra, suivi par trois gardes armés de gourdins. Plus âgé que Ramosé, il avait le crâne rasé et le front sillonné de rides. Il portait une robe de lin fin et un beau pectoral* d’or et de pierres dures. Méry le connaissait de vue : Hérihor, directeur du Trésor d’Amon. Il défia Ramosé du regard et lança : –  Ramosé, tu es accusé d’avoir volé un vase d’or appartenant au trésor du dieu. Honte à toi, tu as trahi Amon ! Gardes, emparez-vous de lui, et fouillez sa demeure ! 7


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Les gardes s’avancèrent vers Ramosé, mais Méry s’interposa : –  Vous n’avez pas le droit ! Mon père n’a rien fait ! Hérihor le dévisagea en fronçant les sourcils. –  C’est ton fils ? demanda-t-il à Ramosé. Au lieu de répondre, Ramosé s’écria : –  Sauve-toi, Méry ! Sans réfléchir davantage, Méry s’élança. D’un bond, il sauta par la fenêtre, retomba sur la terre noire du jardin, se redressa, courut. Il entendit son père crier : – Qu’Hathor1 te protège ! Quelqu’un hurla : –  Arrêtez-le ! Un garde, posté dans le jardin, s’élança à sa poursuite. Méry entendait ses pieds marteler le sol, de plus en plus fort, de plus en plus près. L’homme allait le rattraper, quand un chien surgit en aboyant et se jeta dans ses jambes. Toutouyi ! Méry bénit la brave bête. Il voyait déjà le porche d’entrée. Encore quelques pas… il allait si vite qu’il se cogna l’épaule contre le pilier, passa devant le portier stupéfait, et déboucha dans la rue. 1.  Déesse de l’amour et de la musique. 8


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*** Anouket écarta le rideau avec son coude et entra dans la salle, un plateau dans les mains. Deux cruches de bière, six gobelets, un flacon de vin, des galettes aux oignons…. c’est bon, elle n’avait rien oublié. À cette heure, la taverne de l’Ibis rouge était pleine. C’était un endroit vivant et chaleureux. Les mariniers venaient s’y désaltérer avant d’embarquer, et les artisans du quartier y faisaient une pause avant de reprendre le travail. Anouket zigzagua entre les clients, tenant bien haut son plateau. Elle les connaissait presque tous. Ces trois qui discutaient à voix basse, ils venaient du nord, dans le delta, et faisaient commerce d’huile et d’épices. Les scribes assis derrière eux étaient employés par le Temple de Karnak. Les autres, dehors, sur la terrasse, étaient des artisans… –  Pardon, pardon… Anouket posa un gobelet devant un marinier au visage luisant de sueur, et le remplit de vin de dattes. –  Merci, petite ! Les clients étaient gentils avec elle. Ils savaient que c’était la fille du patron, et il ne fallait pas se frotter à Roum. Il avait servi dans l’armée avant d’ouvrir l’Ibis rouge, et il 9


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était encore assez costaud pour assommer un bœuf. Puis Anouket n’était pas encore une femme, c’était une jeune fille, maigre et vive, les cheveux coupés aux épaules. On la prenait parfois pour un garçon, et cela l’arrangeait bien. Elle n’était pas pressée de devenir une femme, et d’avoir tous les ennuis qui vont avec. Elle voyait bien les regards que les clients lançaient à Kipa, sa belle-mère détestée. On aurait dit des chiens affamés devant un gâteau au miel ! Si c’était ça, devenir une femme, merci bien, ça ne la tentait pas. –  Oh ! Excuse-moi ! –  Il n’y a pas de mal ! Le marinier essuya rapidement la bière qu’Anouket venait de renverser sur son bras. –  Anouket ! Anouket se raidit. Kipa ! Il n’y avait qu’elle pour prononcer son nom ainsi, cinglant comme un coup de fouet. Elle prit son air le plus innocent. –  Oui ? –  Dépêche-toi, on a besoin de toi en cuisine. Anouket ne répondit rien et ne se dépêcha pas davantage. Kipa aimait prendre de grands airs, mais avec elle ça ne marchait pas. Sa belle-mère était une paresseuse, 10


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Anouket l’avait percée à jour très vite. Elle venait se pavaner à la taverne, mais ne faisait pas grand-chose de ses journées. Elle ne cuisinait pas, faisait rarement le service. En revanche, elle s’occupait bien de ses fils Hori et Palik, Anouket devait le reconnaître. Ses deux petits frères étaient des amours. Anouket sortit sur la terrasse qu’un auvent couvert de palmes protégeait du soleil. Deux tisserands du quartier, assis en tailleur sur une natte de papyrus, attendaient leur bière et l’accueillirent avec un sourire ravi. Elle posa galettes, cruche et gobelets sur une table basse et filtra la bière épaisse avec une passoire. Il fallait rentrer, maintenant, mais elle n’en avait pas envie. Kipa allait sans doute lui ordonner de faire la vaisselle ou une autre corvée. Tant pis ! Elle attendrait. L’après-midi se terminait, il faisait doux, et elle avait envie de flâner un peu avant le coucher du soleil. Elle s’éloigna de la taverne et se dirigea vers les quais. Près du fleuve, cela sentait la vase, les épices et le poisson. Anouket aimait regarder les bateaux, il y avait toujours quelque chose de nouveau à découvrir : une barque venue du delta, une cargaison de bois, d’objets exotiques, parfois même des petits singes enfermés dans des caisses. Anouket était curieuse ; si elle l’avait pu, elle se serait embarquée sur l’un de ces bateaux, elle aurait remonté le Nil jusqu’aux 11


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grandes cascades. Elle aurait vu des hommes à la peau noire et des animaux étranges dont lui avait parlé un vieux marinier, des bêtes au cou si long qu’elles pouvaient brouter tout en haut des arbres. Ou elle l’aurait descendu vers le nord, pour voir à quoi ressemblait la Grande Verte1. Mais, elle n’était qu’Anouket, fille de Roum le vétéran, une jeune fille haute comme trois pommes, qui devait faire la vaisselle. Elle soupira. Un jour, elle partirait d’ici et elle vivrait des aventures extraordinaires, elle en était sûre. « Frrrrrtttt ! Miaowww ! » Deux chats furieux passèrent entre ses jambes et continuèrent leur course-poursuite dans une remise. Les miaulements furent vite suivis d’un bruit de dégringolade. Anouket se précipita. –  Idiots ! Ils avaient fait tomber une pile de paniers et des rames posées contre le mur. Au beau milieu du désordre se trouvait un garçon, assis par terre, à demi assommé.

1.  La mer Méditerranée.


Chapitre 2

–  Tu vas bien ? s’inquiéta Anouket. Le garçon se redressa lentement. Il était plus grand qu’elle, mais pas beaucoup plus vieux. Mince, le visage fin, il portait un pagne de lin fin tout fripé et taché. –  Ça va, fit-il en détournant la tête. –  Qu’est-ce que tu fais là ? Tu te caches ? Le garçon la fixa et le temps d’un battement de cœur, elle lut la peur dans ses yeux. –  Pas du tout, répliqua-t-il. Je me reposais. Anouket haussa les sourcils, sceptique.

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–  Vraiment ? Ici ? Cet endroit est très confortable, c’est juste, ajouta-t-elle, moqueuse, en désignant les paniers écroulés sur le sol poussiéreux. Le garçon ne répondit rien. Intriguée, elle poursuivit : –  Quel est ton nom ? –  Méry ! Tu ne saurais pas, par hasard… Il la fixa, indécis. Il avait de beaux yeux, très noirs, aux cils épais. –  Que veux-tu savoir ? s’impatienta Anouket. –  Je cherche un endroit pour passer la nuit. Je ne dérangerai pas, je peux même donner quelque chose en échange, proposa-t-il. Il regarda la bague qu’il portait au doigt, et hésita. Elle lui venait de sa mère, il n’avait pas envie de s’en séparer. Il y avait peut-être une autre solution ? Il s’empara d’un coffret en bois qu’il avait caché dans la remise. –  Hé, s’écria Anouket en découvrant ce qu’il y avait à l’intérieur. Du papyrus, des calames*… Tu es un scribe ? Méry lui tendit un couteau de cuivre destiné à tailler ses calames. –  Oui ! Je peux offrir ceci en échange de l’hospitalité pour une nuit et de quelque chose à manger…

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Anouket réfléchit un instant. Elle pourrait l’amener à la maison, mais il n’y avait aucune chance que Kipa accepte de l’héberger. Heureusement, elle n’était jamais à court d’idées. –  Range tout ça, et viens, suis-moi. –  Attends ! fit Méry en bondissant sur ses pieds. Où me conduis-tu ? –  Chez la vieille Tani. Elle vit seule, et ne s’apercevra même pas que tu es là. Elle guida Méry dans le lacis de ruelles qui entouraient le port. Ils arrivèrent enfin devant une minuscule maison. –  Tani n’y voit plus guère, expliqua Anouket. C’est la veuve d’un potier. Tu pourras dormir dans son jardin, dans l’ancien atelier. Anouket poussa une porte. –  Tani ? Tu es là ? La vieille apparut en traînant les pieds. Méry n’avait jamais vu un visage si ridé, et si souriant. –  Un de mes amis cherche un endroit où dormir, tu peux lui prêter l’atelier ? Tani hocha la tête. Le garçon pouvait coucher là, du moment que c’était Anouket qui le recommandait, cela ne lui posait pas de problème. Méry s’inclina pour la 15


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remercier, on lui avait appris à respecter les aînés, mais Anouket l’interrompit : –  Allez, pas la peine de faire des manières, viens voir ! L’atelier se trouvait à l’arrière, au fond d’un jardinet où se dandinaient trois canards. En poussant le vieux tour de potier et un tabouret aux pieds branlants, Méry aurait la place de s’allonger. Anouket le laissa débarrasser et revint quelques instants plus tard, les bras chargés. –  Tiens ! J’imagine que tu as faim ? Elle lui tendit un plat fermé par un couvercle. Quand il l’ouvrit, une odeur délicieuse chatouilla ses narines. –  Merci ! Que les dieux te bénissent ! –  C’est juste un reste de ragoût de lentilles. Méry n’avait rien mangé depuis la veille, il dévora son plat. Quand il eut terminé, Anouket s’assit près de lui et demanda : –  Maintenant que tu as fini, dis-moi tout. Qui es-tu ? Elle croisa les bras et attendit, fixant sur lui ses grands yeux dorés en amande, aux cils immenses. Méry hésita et la dévisagea. Elle était maigrichonne et mesurait une demitête de moins que lui. Elle semblait inoffensive, mais pouvait-il lui faire confiance ? Si elle bavardait… –  Je m’appelle Méry... Anouket hocha la tête, pour l’encourager. 16


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–  Tu l’as déjà dit. Je peux commencer, si tu veux ? Moi, je suis Anouket. Mon père se nomme Roum, c’est le patron de la taverne de l’Ibis rouge. Ma mère est morte quand j’étais petite, et mon père s’est remarié. Elle grimaça. – Avec Kipa ! Elle est belle, paraît-il, mais moi, je la trouve laide, et surtout pénible ! –  Oh ! fit Méry, touché. J’ai perdu ma mère, moi aussi, mais je ne l’ai jamais connue, elle est morte en me mettant au monde. –  Nous sommes orphelins tous les deux, alors… –  Mais Père ne s’est jamais remarié. Je n’ai donc pas de belle-mère pénible à la maison, dit-il en souriant. –  Qui est ton père ? Un scribe très savant, j’imagine ? Méry hésita à dire son nom. Il avait l’impression que tout Thèbes devait être au courant de l’arrestation de Ramosé. –  Il travaille pour le Trésor d’Amon, dit-il, évasif. –  Et il t’a mis dehors ? – Non, protesta-t-il, je suis parti quand… c’est compliqué ! J’ai dû partir, voilà. Anouket soupira. –  Tu ne me fais pas confiance.

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–  Je suis désolé, dit Méry, embarrassé, mais je ne voudrais pas te causer des ennuis… Si Méry espérait éloigner ainsi Anouket, il se trompait. Au contraire, il piqua sa curiosité. –  Tu es en danger ? demanda-t-elle, l’œil brillant. Tu as fait une bêtise ? Tu n’as pourtant pas l’air d’un voleur ! Méry s’étrangla. –  Bien sûr que non ! Je n’ai rien fait, mais… –  Mais ? –  Je ne peux pas te le dire… Anouket recula, blessée. Très bien, s’il ne lui faisait pas confiance, tant pis pour lui ! Elle prit le plat vide et fila. Elle marchait vite, tête baissée, en colère. Il ne voulait pas lui parler parce qu’il était scribe et pas elle, c’était sûr. Ces gens instruits, avec leurs belles sandales et leurs bijoux, c’est toujours pareil. Ils vous regardent de haut, vous donnent des ordres, comme si vous ne valiez pas plus qu’une crotte de souris. Ce Méry se montrait poli, mais c’était seulement parce qu’elle l’avait aidé. Il la considérait sûrement comme une moins que rien, une ignorante. Eh bien, qu’il se débrouille tout seul, puisqu’il était si malin !

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*** Hérihor était contrarié. Son plan ne fonctionnait pas comme prévu. Il cessa de faire les cent pas et se tourna vers Oulen. –  J’ai fouillé le bureau de Ramosé, rien ! fulmina-t-il. Oulen ne bougea pas, il attendait les instructions de son maître. Voir sans être vu, parler le moins possible, c’était sa devise. Depuis qu’Hérihor l’avait sorti de prison, deux ans plus tôt, pour en faire son homme de confiance, il lui était entièrement dévoué. Sans lui, il aurait été condamné à travailler dans les mines. Il aurait été envoyé dans le désert avec d’autres prisonniers et on ne l’aurait jamais revu vivant. Au lieu de ça, il vivait à Thèbes, il était logé dans un bâtiment appartenant à Amon, bien nourri et bien vêtu. Il appréciait sa chance. De ses aventures passées, il gardait une cicatrice qui lui barrait la joue gauche, souvenir d’une bagarre au couteau, et le goût du silence. – Où Ramosé a-t-il pu cacher ces documents  ? poursuivit Hérihor. Tant que je ne les aurai pas trouvés, nous ne serons pas en sécurité !

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Oulen frémit. Le maître avait dit « nous », il savait ce que cela signifiait. Si Hérihor tombait, il l’entraînerait dans sa chute. –  Mais les gardes ont trouvé le vase dans son jardin, dit-il, comme tu l’espérais. – Oui, Oulen, tu l’avais bien caché, heureusement ; grâce à ça, Ramosé passe pour un voleur et cela m’arrange. Pour l’instant il est emprisonné, mais il peut parler pendant son procès, et me mettre en cause. –  Le procès ? demanda Oulen, surpris. Il y en aura un ? – J’espère l’éviter… pour l’instant, Nébounenef n’est pas au courant. Hérihor se tut, le nom de Nébounenef lui imposait un silence respectueux. Nébounenef avait été nommé Grand prêtre d’Amon quand Ramsès était monté sur le trône d’Égypte, trois ans plus tôt. Ce titre prestigieux en faisait un des personnages les plus importants du royaume. Nébounenef était un homme honnête, mais il était vieux et connaissait mal Thèbes. Avant sa nomination, il exerçait la charge de prêtre à Abydos, à trois jours de bateau de Thèbes. Dès qu’il fit sa connaissance, Hérihor comprit que le vieux prêtre serait facile à manipuler. Nébounenef avait du mal à se souvenir des noms et des visages ; dès son 20


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arrivée, il montra un vif intérêt pour tout ce qui touchait au culte des dieux et à la liturgie, mais la gestion de l’immense domaine, les papyrus à signer et les comptes à vérifier l’ennuyaient et le fatiguaient. Ce fut un jeu d’enfant pour Hérihor de gagner sa confiance et de détourner à son profit une partie du pouvoir de décision. Il n’empêche, si Nébounenef apprenait qu’un scribe du Trésor était soupçonné de vol et emprisonné, il exigerait un procès ! Il fallait tout faire pour le tenir à l’écart. – Je dois savoir quelles preuves ce sale fouineur de Ramosé détient contre moi ! S’il a vraiment les papyrus auxquels je pense… Hérihor n’en dit pas plus ; il ne voulait pas imaginer cela, ce serait une catastrophe, la ruine de tout le système qu’il avait mis en place depuis si longtemps et qui lui avait permis d’amasser une petite fortune. –  Ramosé refuse de parler. Mais son fils travaillait avec lui, poursuivit Hérihor, songeur, il sait peut-être où se trouvent ces documents. Malheureusement, ces imbéciles de gardes l’ont laissé filer ! Il faut que tu le retrouves, Oulen, ça ne devrait pas être difficile. Il s’appelle Méry, il a treize ans, il est plutôt grand, et mince. C’est un jeune scribe élevé dans le confort, qui n’a jamais dû dormir dehors ou 21


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souffrir de la faim. Livré à lui-même, il n’ira pas bien loin. ll doit se cacher quelque part dans Thèbes. Hérihor tapa du poing sur le mur. –  J’ai absolument besoin de ces documents, Oulen ! Tu dois retrouver ce garçon, au plus tôt ! Débrouille-toi, ou nous sommes perdus ! Oulen acquiesça. Il n’avait jamais déçu son maître. Il retrouverait ce Méry, même s’il devait aller le chercher au bout de la terre.


N° d’édition : 16234 Achevé d’imprimer en septembre 2016 par Legoprint, en Italie. Dépôt légal : octobre 2016


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