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A Belfort 88.6/97.7 FM

franceculture.fr/ @Franceculture

On peut enfin parler pendant les films. PLAN LARGE. LE SAMEDI DE 14H À 15H

Radio France/Ch. Abramowitz

Antoine Guillot

L’esprit d’ouverture.


ENTREVUES BELFORT 32E FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM 25 NOV. AU 3 DEC. 2017

ÉDITOS PRIX JURYS LA COMPÉTITION INTERNATIONALE LES LONGS MÉTRAGES PREMIÈRES FICTIONS FRANÇAISES LA COMPÉTITION INTERNATIONALE LES COURTS & MOYENS MÉTRAGES AVANT-PREMIÈRES & SÉANCES SPÉCIALES LA FABBRICA : SAÏD BEN SAÏD LA TRANSVERSALE : HISTOIRE SECRÈTE DU CINÉMA À LA TÉLÉVISION UN CERTAIN GENRE : RÉALITÉS VIRTUELLES PREMIÈRES ÉPREUVES : CHARLIE CHAPLIN CINÉMA ET HISTOIRE : HOLLYWOOD AVANT LA CENSURE ENTREVUES JUNIOR : JE SUIS UN HÉROS ! RENCONTRES PROFESSIONNELLES [ FILMS EN COURS ] LES VISAGES DE LA COMPÉTITION ÉQUIPE ET REMERCIEMENTS INDEX DES FILMS

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ÉDITOS

FRANÇOISE NYSSEN MINISTRE DE LA CULTURE

Le jeune cinéma indépendant connaît une effervescence exceptionnelle, qu’il nous revient de mettre à l’honneur et d’accompagner. C’est ce que réalise, magnifiquement, le festival Entrevues. Vitrine privilégiée pour les premières œuvres, il apporte un soutien décisif à travers les Prix qu’il décerne. Il fait aussi le pont entre création et patrimoine, en mettant à l’honneur de grands noms du cinéma à travers des rétrospectives. C’est une superbe manifestation, que le ministère de la Culture est fier de soutenir. Pour cet engagement artistique, d’abord : pour l’audace, l’exigence et la diversité de sa programmation. Pour son ancrage territorial, ensuite, pour la vie culturelle qu’il nourrit, pour l’accès à une création cinématographique originale qu’il offre à tous les habitants de Belfort et des alentours. Enfin, pour son action en direction des jeunes publics, qu’il mobilise et sensibilise – je pense notamment à l’initiative «#Jury Eurocks One#+#one#», qui propose aux 18-25 ans de désigner la meilleure bande-son d’un film de la compétition. Je tiens à remercier les collectivités territoriales mobilisées, l’ensemble des partenaires de cette édition, ainsi que les organisateurs, pour leur travail et leur engagement. Un très beau festival à toutes et à tous.

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ÉDITOS

DAMIEN MESLOT MAIRE DE BELFORT

Depuis quelques semaines, des personnages de cinéma sont apparus sur les murs de notre ville. Par exemple, Charlot et le Kid, adossés à une façade faubourg des Ancêtres guettant les passants. L’un des chefs-d’oeuvre de Chaplin, Les Lumières de la ville, est au programme du baccalauréat cette année, nous offrant l’occasion de proposer une intégrale des films de Charlie Chaplin et des courts métrages où vous verrez naître le personnage de Charlot. L’œuvre de ce cinéaste de génie traverse les générations depuis plus d’un siècle et provoque en nous un éventail d’émotions entre rires et larmes, et toujours avec un immense plaisir. Deux magnifiques ciné-concerts de Le Kid accompagnés par l’Orchestre Victor Hugo Franche-Comté seront au programme du festival, l’un à l’issue de la remise des prix de la compétition et le second un peu plus tôt dans l’après midi dans le cadre de la programmation d’Entrevues Junior. Le festival pour les enfants ne cesse de grandir et cette année c’est sur le thème : Je suis un héros ! et c’est avec 8 films que le jeune public pourra se divertir. À Belfort, nous accordons toute l’année une place importante à l’éducation à l’image. À travers les dispositifs scolaires et la programmation Ciné-junior, ce sont des milliers d’enfants qui découvrent le cinéma. À l’heure où l’image est partout et où les pratiques changent, il faut plus que jamais montrer ces films qui ont fait et font l’histoire du cinéma. Parions que les enfants qui vont découvrir Charlot à Entrevues en parlerons un jour avec leurs enfants et leurs petits enfants… Entrevues nous livre chaque année son lot de surprises et de belles rencontres et c’est avec impatience que nous attendons ce que cette 32e édition nous réserve. Je veux saluer toute l’équipe du festival qui prépare depuis des mois notre grande fête du cinéma, qu’ils en soient remerciés. Bon festival à tous#!


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MARIE-CLAUDE CHITRY-CLERC

VICE-PRÉSIDENTE EN CHARGE DE LA CULTURE CONSEIL DÉPARTEMENTAL DU TERRITOIRE DE BELFORT Depuis plus de 30 ans, le festival Entrevues offre chaque année aux Terrifortains un regard particulier sur le 7ème Art. Si cet événement est un rendez vous majeur de la vie culturelle locale, il a su également, au fil du temps, acquérir une renommée qui dépasse largement nos frontières. En offrant une vitrine et des récompenses aux premières œuvres dans le cadre de sa compétition internationale, en mettant en avant les fictions françaises de jeunes cinéastes, en invitant le jeune public à des projections adaptées... Entrevues propose cette année encore, du 25 novembre au 3 décembre, une parenthèse affûtée et originale sur le 7e Art. Courts et longs métrages internationaux, premières fictions françaises, avant premières et afters, rencontres professionnelles… sont autant d’invitations à découvrir ou redécouvrir des chefs d’œuvre, des œuvres singulières et des talents en devenir. Entre les auteurs d’hier et ceux d’aujourd’hui, c’est un véritable panorama des innovations cinématographiques dans le cinéma mondial qui est offert à la curiosité de chacun. En soutenant l’édition 2017 du Festival Entrevues, le Conseil départemental réaffirme cette année encore, sa volonté d’accompagner le développement culturel du Territoire. Il nous semble en effet essentiel de contribuer à favoriser l’accès de tous à la culture et de soutenir la créativité et la diversité culturelle de notre département surtout quand elle s’exprime avec un tel talent.


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ÉDITOS

MARIE-GUITE DUFAY

PRÉSIDENTE DE LA RÉGION BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ La formule d’André Bazin est célèbre#: le cinéma comme «#fenêtre ouverte sur le monde#». Puissante, l’expression s’est imposée avec la force de l’évidence, mais fut tant et tant de fois répétées qu’elle en a presque perdu de sa substance. Et pourtant. Car le cinéma est bien là, tout entier résumé#: projetées sur un écran, dans un cadre finalement restreint, défini, les images surgissent, nous projetant vers d’autres espaces et d’autres temps, ou nous ramenant vers le plus intime et contemporain… Et avec elles les dialogues, les situations, les musiques, les couleurs#: durant quelques minutes ou quelques heures, l’occasion d’un voyage, l’occasion de rencontres. Aujourd’hui, alors que les écrans –#multiples#– ont envahi notre quotidien, les passionnés s’efforcent de défendre le cinéma dans son originalité, dans sa qualité d’art singulier. C’est le propre de nombreux festivals de cinéma. Mais peu d’entre eux s’engagent avec autant de détermination que le festival Entrevues depuis plus de trente ans. Fort d’une prestigieuse histoire, le cinéma l’est aussi d’un avenir, n’en doutons pas. Entrevues y contribue en misant sur le partage#: avec le grand public, avec les professionnels, avec les structures culturelles voisines, avec les plus jeunes. Avec tous ceux qui, à l’image de Saïd Ben Saïd, pensent, aiment et vivent le cinéma. Entre découvertes et débats, chacun est conduit à tracer son propre chemin, sa propre expérience sensible. Et chacun en sort autre, enrichi, grandi. Partenaire fidèle du festival belfortain, la Région Bourgogne-Franche-Comté est particulièrement fière d’accompagner cette nouvelle édition. Chaque année, le festival Entrevues est plus qu’un rendez-vous cinéphilique#: c’est tout simplement un cadeau.


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FRÉDÉRIQUE BREDIN PRÉSIDENTE DU CNC

Dédié à la découverte de la création contemporaine, en particulier aux premières œuvres, et aux rétrospectives d’auteurs, le festival Entrevues a permis de montrer au public depuis sa création en 1986 par Janine Bazin, les œuvres de grands cinéastes à leurs débuts : celles d’Abdellatif Kechiche, de Yorgos Lanthimos, de Laurent Cantet, de Serge Bozon, de Claire Simon, ou encore celles de Laurent Achard, Brillante Mendoza, Alain Guiraudie, pour ne pas les citer tous. Le CNC porte une attention particulière au renouvellement des talents dans le cinéma, avec des différents dispositifs comme le soutien au scénario, l’Avance sur recettes, l’Aide aux cinémas du monde ou encore le dispositif « Talents en court » qui aide les jeunes cinéastes, ou ceux désireux de le devenir, à se professionnaliser. Le festival Entrevues accueille cette opération qui a déjà permis à 5 jeunes réalisateurs de montrer leur court métrage fini au public, et de bénéficier d’une résidence d’écriture. Par ailleurs, j’aimerais souligner la qualité pédagogique du Festival qui s’inscrit dans la politique d’éducation artistique du jeune public conduite par le CNC, à laquelle j’attache une grande importance. Je suis convaincue que donner les clés à nos jeunes pour comprendre le monde, c’est leur donner les outils pour appréhender la multitude des images qui font aujourd’hui partie de leur vie. Et quoi de mieux que le cinéma pour aider à cela ! Ainsi, la manifestation contribue au legs des grandes œuvres du patrimoine cinématographique mondial, et à donner aux jeunes générations les prémisses d’une culture visuelle et d’une réflexion critique sur le 7ème art et le monde dans lequel ils vivent. Je tiens particulièrement à remercier ses organisateurs, Lili Hinstin, sa déléguée générale, et toute son équipe, ainsi que la ville de Belfort, et la région BourgogneFranche-Comté avec la laquelle nous venons de signer un nouveau partenariat pour faire du cinéma et de l’audiovisuel un secteur fort, créatif et innovant dans le territoire. Excellent festival à tous.


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ÉDITOS

LILI HINSTIN DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE Nous vivons en ce moment, suite à l’affaire Weinstein et à ses répercussions dans le monde entier, une remise en question collective, à la fois intime et médiatique, de la position dominante dont jouissent les hommes et de la façon dont ils en usent ou en abusent. À notre grande surprise, force est de constater que la sélection de premiers, deuxièmes et troisièmes films que nous présentons en compétition cette année à Entrevues dessine bien involontairement une cartographie du masculin. Hommes qui jouent, hommes aimés, hommes prisonniers, hommes coupables, hommes qui cherchent l’amour, pères, fils… hommes qui veulent devenir des femmes. Oui, des femmes#: car au milieu de cet ensemble qui pourrait s’intituler «#Des enfants et des hommes#», se glissent de flamboyants portraits de femmes libres, indépendantes, imprévisibles. Mais Nul homme n‘est une île comme l’affirme le titre de l’un de ces films, d’après les vers du poète anglais John Donne#: «#Nul homme n’est une île, un tout, complet en soi ; tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble#». Ce tout, cette communauté humaine, c’est ce que regardent les cinéastes et c’est à travers cet archipel que le spectateur est invité à naviguer, d’un film à l’autre, d’une rencontre à l’autre, d’une expérience à l’autre. L’expérience de la découverte avant tout, où le spectateur comme les jeunes cinéastes sont les explorateurs de territoires inconnus#: l’indistinction du genre par exemple, qui se retrouve aussi bien dans les sujets des films – où la catégorie homme/ femme est réinventée par le désir individuel – que dans celui des films#: nous sommes bien incapables de déterminer si une partie des films que nous avons choisis relève de la fiction ou du documentaire. Rêvons. Rêvons que les catégories se brouillent, que les frontières disparaissent. Avec Saïd Ben Saïd, notre invité d’honneur cette année, figure majeure de l’industrie cinématographique française, producteur de comédies à succès à ses débuts et de grosses productions internationales, c’est à une programmation sur le rêve que nous vous convions –#à rebours de l’image du producteur comme technicien administratif et financier#: un producteur est quelqu’un qui rêve un film avec un réalisateur. SBS nous racontera avec ses complices (Jean Douchet, Pascal Bonitzer et François Gédigier) ces rêves qui l’ont conduit à produire les derniers films de Cronenberg, De Palma ou Verhoeven. Il nous offre aussi son «#festival rêvé#»#: quarante-sept films qui constituent sa constellation cinéphilique idéale à un moment T. Nous en projetterons dix, de Grémillon à Bennett Miller#– incarnant ce rêve dans la réalité, comme il le fait pour les films. De façon générale, c’est à une édition ludique et engagée que nous vous convions cette année#: les rêves de SBS dans La Fabbrica, les expériences autour de la réalité virtuelle dans la section Un certain genre, les femmes qui se jouent des hommes dans la réflexion sur «#Hollywood avant la censure#» pour Cinéma et Histoire, le burlesque inimitable de Charlie Chaplin de qui nous montrerons entre autres l’intégralité des longs métrages, mais enfin et surtout la stupéfiante énergie politique des jeunes cinéastes, notamment français, qui interrogent les innombrables oppressions du monde dans lequel ils vivent –#qu’elles soient économiques, sociales ou genrées#– en utilisant la fiction comme un outil ludique de transformation du monde, loin de l’esprit de sérieux de la génération précédente. À vous de jouer – amusez-vous.


LES PRIX

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PRIX DÉCERNÉS PAR LE JURY INTERNATIONAL :

LE GRAND PRIX JANINE BAZIN - 8.000€

LE PRIX D’AIDE À LA DISTRIBUTION CINÉ+

LE GRAND PRIX DU COURT-MÉTRAGE - 3.500€

- 15.000€ Décerné à un long-métrage, doté par la Ville de Belfort et soutenu par le GNCR

Achat de droits de 15 000€ pour une diffusion sur Ciné+ Club, au distributeur français du film lauréat.

PRIX DÉCERNÉS PAR LE JURY CAMIRA (CINEMA AND MOVING IMAGE RESEARCH ASSEMBLY) :

LE PRIX GÉRARD FROT-COUTAZ

LE PRIX CAMIRA

Sous l’égide de la Fondation de France, le prix récompense un réalisateur français pour son premier long métrage de fiction/ cinéma (compétition «#Premières fictions françaises#»).

Publication d’une interview et d’un article sur General Intellect, la revue officielle de l’association.

CINEMA AND MOVING IMAGE RESEARCH ASSEMBLY

– 5.000€

PRIX DÉCERNÉ PAR UN JURY JEUNE ACCOMPAGNÉ PAR UN PROFESSIONNEL DU MONDE DE LA MUSIQUE :

PRIX DÉTERMINÉS PAR LE VOTE DU PUBLIC À L’ISSUE DES PROJECTIONS :

LE PRIX EUROCKS ONE+ONE

LES PRIX DU PUBLIC

– 2.500€

Doté par les Eurockéennes avec le soutien de La Sacem Le prix récompense un film de la compétition internationale dont l’esprit musical est remarquable libre et novateur.

pour le long-métrage - 3.000€ pour le court-métrage - 1.700€


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LES JURYS

JURY DE LA COMPÉTITION INTERNATIONALE STÉPHANE BATUT, CINÉASTE ET DIRECTEUR DE CASTING

Après des études de cinéma, Stéphane Batut commence à travailler comme chargé de figuration puis directeur de casting. Depuis il a réuni le casting de films de cinéastes aux univers à la fois singuliers et différents : notamment Arnaud et Jean-Marie Larrieu, Claire Simon, Nicole Garcia, Alain Guiraudie, Serge Bozon, Claire Denis, Arnaud Desplechin, Noémie Lvovsky, Maïwenn, Axelle Ropert, Sharunas Bartas, Thomas Caillet, Laurent Cantet, Riad Sattouf et Whit Stillman. Il a réalisé deux documentaires : Le Choeur en 2007, puis Le Rappel des oiseaux en 2014, primé au festival Cinéma du Réel.

LÉA BISMUTH, CRITIQUE D’ART ET COMMISSAIRE D’EXPOSITION

Après des études en histoire de l’art et philosophie, Léa Bismuth devient critique d’art (notamment dans les pages d’artpress) et commissaire d’exposition indépendante. Elle explore les zones de contact entre espace d’écriture et espace d’exposition, et travaille avec des artistes de divers horizons. Citons ses commissariats pour Les Nouvelles Vagues du Palais de Tokyo, Les Rencontres d’Arles ou Le BAL. De 2016 à 2019, elle élabore une trilogie d’expositions à partir de l’œuvre de Georges Bataille : La Traversée des Inquiétudes, au centre d’art Labanque de Béthune.

EMMANUELLE CUAU, CINÉASTE

Après avoir été stagiaire sur le film de Robert Bresson L’Argent, Emmanuelle Cuau intègre l’IDHEC en 1983. En 1993, son premier court métrage Offre d’emploi est présenté en compétition à Entrevues. En 1995, son premier long métrage Circuit Carole remporte le prix Gérard Frot-Coutaz. En 2007, son deuxième long métrage Très bien, merci sort en salle, suivi en 2017 par Pris de court. Elle travaille actuellement à l’écriture d’un nouveau film, À découvert.

RADU JUDE, CINÉASTE

Radu Jude est diplômé en réalisation de l’Université des Médias à Bucarest. Son premier film, La Fille la plus heureuse du monde, remporte le prix CICAE à Berlin en 2009. Il réalise ensuite Papa vient dimanche (Prix du public à Entrevues en 2012) ainsi que deux courts métrages, Shadow of a Cloud (2013) et It Can Pass through the Wall (2014), tous deux sélectionnés à la Quinzaine des Réalisateurs. Aferim! remporte l’Ours d’argent de la meilleure mise en scène à Berlin en 2015. Son dernier film, The Dead Nation, était présenté au dernier festival de Locarno.

JEAN-MARC ZEKRI, DIRECTEUR DE SALLE DE CINÉMA

Depuis plus de dix ans, Jean-Marc Zekri est le directeur du cinéma Art et Essai le Reflet Médicis à Paris, dans lequel ont été programmés de nombreux films primés au Festival Entrevues (Le Parc de Damien Manivel, L’Été de Giacomo d’Alessandro Comodin, Leviathan de Lucien Castaing-Taylor et Verena Paravel…). Il est également distributeur de films de patrimoine au sein de la société Baba Yaga Films (Nathalie Granger de Marguerite Duras, Les Chevaux de Feu de Sergei Paradjanov, La Clepsydre de Wojciech Has…).


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JURY CAMIRA

CAMIRA (CINEMA AND MOVING IMAGE RESEARCH ASSEMBLY) EST UNE ASSOCIATION INTERNATIONALE COMPOSÉE DE CRITIQUES, CHERCHEURS ET PROGRAMMATEURS DU MONDE DU CINÉMA ET DES ARTS VISUELS.

JORGE FLORES VELASCO

Jorge Flores Velasco est fondateur de la maison de production Mangosta Multimédia, producteur de cinéma et de musique électronique et doctorant en études cinématographiques. Il a participé à l’organisation du festival de cinema DocLisboa au Portugal, de la Semaine du Cinéma Équatorien à Paris et du festival festival Edoc en Équateur.

ANDREA FRANCO

Andrea Franco est journaliste (La Furia Umana, Transit, Cine y otros desvios) et programmatrice pour des musées, cinémathèques et festivals (festival d’Ourense). Elle possède une maîtrise en Théorie et Critique de Cinéma, et coordonne un projet de cinéma et art-vidéo en streaming sur la ville et l’architecture en Iberoamérique

BENJAMIN LÉON

Benjamin Léon est docteur en études cinématographiques et audiovisuelles de l’Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3, enseignant à l’université de Lille et à l’université libre de Bruxelles. Spécialiste du cinéma expérimental, il a publié de nombreux article sur Andy Warhol, Jonas Mekas, Paul Sharits et Peter Hutton.

JURY EUROCKS ONE+ONE

EN ASSOCIATION AVEC LES EUROCKÉENNES DE BELFORT

Le jury est composé de 5 jeunes de 18 à 25 ans du territoire de Belfort, accompagnés de la compositrice et interprète Jeanne Added.

JEANNE ADDED

Jeanne Added est une auteur-compositeur-interprète qui oscille entre jazz et rock indépendant. Elle est nommée aux Victoires de la musique en 2016 dans les révélations de l’année pour son premier album Be sensational (2015), dans lequel figurent notamment A war is coming et Look at them. Après des études de violoncelle, chant et jazz dans divers Conservatoires Nationaux, elle collabore avec de nombreux musiciens tels que Vincent Courtois, Denis Charolles et John Greaves et compose et joue pour le théâtre. Elle sort son premier EP en 2011 et est nommée, la même année, aux Victoires du Jazz avec son trio Yes is a Pleasant Country.


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COMPÉTITION INTERNATIONALE

longs métrages

1ER, 2E OU 3E FILM, FICTIONS OU DOCUMENTAIRES


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ARÁBIA DE AFFONSO UCHÕA ET JOÃO DUMANS AUTUMN, AUTUMN DE JANG WOO-JING CASA ROSHELL DE CAMILA JOSÉ DONOSO CORPO ELÉTRICO DE MARCELO CAETANO I AM TRULY A DROP OF SUN ON EARTH DE ELENE NAVERIANI LA LIBERTÉ DE GUILLAUME MASSART MILLA DE VALÉRIE MASSADIAN NIÑATO DE ADRIÁN ORR NUL HOMME N’EST UNE ÎLE DE DOMINIQUE MARCHAIS PLAYING MEN DE MATJAZ IVANISIN THE LAST HOT LICK DE MAHALIA COHEN THREE QUARTERS DE ILIAN METEV

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14 COMPÉTITION INTERNATIONALE LONGS MÉTRAGES

ARÁBIA ARABY

AFFONSO UCHÕA JOÃO DUMANS FICTION / 2017 / BRÉSIL / 1H36 / COUL. INTERPRÉTATION CAST Aristides DE SOUSA, Murilo CALIARI, Glaucia VANDEVELD, Renata CABRAL, Renato NOVAES, Wederson NEGUINHO, Adriano ARAÚJO, Renan ROVIDA SCÉNARIO SCRIPT Affonso UCHÕA, João DUMANS IMAGE PHOTOGRAPHY Leonardo FELICIANO SON SOUND Pedro DURÃES, Gustavo FIORAVANTE MUSIQUE MUSIC Francisco CÉSAR, Christopher MACK DÉCORS PRODUCTION DESIGN Priscila AMONI MONTAGE EDITING Luiz PRETTI, Rodrigo LIMA PRODUCTION Thiago MACEDO CORREIA, Vitor GRAIZE CONTACT Vitor Graize vitorgraize@gmail.com

André, jeune habitant d’un quartier industriel brésilien, retrouve par hasard le journal de Cristiano, un des ouvriers de l’usine d'aluminium dominant la zone, qui vient de mourir seul sur un lit d’hôpital. Son journal intime conduit le récit du film qui bascule entre le conte féérique et la chronique politique d’un homme qui a toujours vécu aux marges d’une société de classes. Le récit de Cristiano trace un long chemin qui va de la prison au quartier industriel d’Ouro Preto où il est mort, en passant par les travaux dans les plantations d'orangers, le manque d’argent, les exploitations exercées par divers patrons, mais aussi par de très beaux moments d’amitié, de musique partagée, d’amour. Arábia est une fable cinématographique sur la condition d’invisibilité des travailleurs dans la grande machine capitaliste – ceux qui n’ont pas de voix, pas de tribune pour parler. Un acte de résistance poétique. André, a young resident of a Brazilian industrial area, happens to find the diary of Cristiano, one of the workers of the aluminium smelter that dominates the area and who has just died alone in his hospital bed. His diary dictates the action of the film, oscillating between the fairytale and the political chronicle of a man who has always lived at the margins of a class-based society. Cristiano’s tale traces a long pathway beginning in prison and ending in the industrial neighbourhood of Ouro Preto where he died, with work on orange plantations, money troubles, exploitation by various bosses, but also very beautiful moments of friendship, music shared, and love. Araby is a filmic fable about the state of invisibility of workers within the mighty capitalist machine – those who have no voice and no rostrum to speak from. A poetic act of resistance. (Elena Lopez Riera)

AFFONSO UCHÕA et JOÃO DUMANS avaient déjà travaillé ensemble sur The Hidden Tiger, co-écrit par João. Affonso Uchõa and João Dumans had already worked together on The Hidden Tiger, co-written by João. Affonso Uchõa : CM / SF : Designio ( 2009) LM / FF : Afternoon Woman (2010), The Hidden Tiger (2014) João Dumans : CM / SF : Everybody has it’s on way (2014)


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AUTUMN, AUTUMN JANG WOO-JIN FICTION / 2016 / CORÉE DU SUD / 1H17 / COUL. INTERPRÉTATION CAST WOO Ji-hyeon, YANG Heung-ju, LEE Se-rang SCÉNARIO, IMAGE, SON, DÉCORS, MONTAGE SCRIPT, PHOTOGRAPHY, SOUND, PRODUCTION DESIGN, EDITING JANG Woo-jin MUSIQUE MUSIC MO Seong-min PRODUCTION Bomnae Films CONTACT Jin PARK (M-Line Distribution) jin@mline-distribution.com

Ji-hyeon croise un ami de l’université qu’il n’a pas vu depuis des années, miroir bouleversant qui lui renvoie le reflet de la personne qu’il avait rêvé être dans une autre vie. Un homme et une femme, qui se connaissent à peine, décident de passer l’après-midi ensemble. Ils ont dépassé la cinquantaine, mais leurs corps flottent comme s’ils étaient des adolescents insouciants admirant le paysage idyllique de Chuncheon (destination touristique très populaire en Corée du Sud). Autumn, Autumn est un film en deux mouvements, qui déploie deux histoires n’ayant apparemment rien à voir, mais qui articulent un même geste mélancolique. Un film sur les fantômes du passé, les opportunités ratées, ou les rêves à venir. Du temps qui coule. Ji-hyeon bumps into a friend from university that he hasn’t seen in years, a disturbing mirror that reflects back the person that he had dreamed of becoming in another life. A man and a woman who hardly know each other decide to spend the afternoon together. They are over fifty, but their bodies float as if they were carefree teenagers, admiring the idyllic landscape of Chuncheon (a very popular tourist destination in South Korea). Autumn, Autumn is a film in two movements, deploying two apparently unrelated stories, but that express the same melancholy action. A film about the ghosts of the past, failed opportunities, dreams to come, and time that slips away. (ELR)

JANG WOO-JIN a étudié la réalisation à l’université de Hongik. Son film de fin d’études, A Fresh Start, a remporté le prix du meilleur film au festival de Jeonju, et a été sélectionné à Locarno dans la section Cinéastes du présent. Jang Woo-jin studied filmmaking at the Hongik University. His graduation film, A Fresh Start, won Best Film Award at Jeonju and was selected in Locarno in Filmmakers of the Present Section. LM / FF : A Fresh Start(2014)


16 COMPÉTITION INTERNATIONALE LONGS MÉTRAGES

CASA ROSHELL CAMILA JOSÉ DONOSO FICTION / 2016 / CHILI, MEXIQUE / 1H11 / COUL. SCÉNARIO SCRIPT Camila JOSÉ DONOSO IMAGE PHOTOGRAPHY Pablo ROJO SON SOUND Mauricio FLORES, Isolé VALADEZ MONTAGE EDITING Camila JOSÉ DONOSO PRODUCTION Juan Pablo BASTARRACHEA (TONALÁ LAB), Maximiliano CRUZ (INTERIOR XIII) CONTACT Juan Pablo Bastarrachea (Tonalá Lab) jpbastarrachea@gmail.com Maximiliano Cruz (Interior XIII) maximiliano@interior13.com

Casa Roshell, un club caché dans une ruelle de Mexico, est un espace d’invention, de jeux, d’épanouissement nécessaire pour les membres de la communauté des travestis de la capitale mexicaine. Camila José Donoso explore cet espace comme si elle assistait à un spectacle de cabaret transgressant les limites du documentaire pour construire le portrait fantasmatique d’un lieu. Sa caméra longe les couloirs de cette casa découvrant discrètement ceux qui se courtisent en murmurant, des couples qui s’embrassent au rythme d’un bolero infini, des ombres voluptueuses qui insinuent que l’amour est là, partout. Et tant pis pour ceux qui ne veulent pas comprendre qu’en franchissant certaines portes, tout est possible, même la liberté. Casa Roshell, a club hidden in a Mexican alleyway, is a site of invention, play, and the selffulfilment that is vital to the members of the transvestite community of the Mexican capital. Camila José Donoso explores this space as though she were watching a cabaret show, transgressing the limits of documentary to paint the fantasy portrait of a place. Her camera goes along the corridors of this casa, discreetly discovering those who woo in whispers, couples kissing to the rhythm of an endless bolero, voluptuous shadows implying that love is there, everywhere. Too bad for those who do not want to understand that by crossing certain thresholds, anything is possible, even freedom. (ELR)

CAMILA JOSÉ DONOSO a étudié le cinéma au Chili, où elle a réalisé plusieurs vidéos-performances, puis son premier long métrage Naomi Campbell. Elle travaille sur son troisième film, Nona, centré sur sa grand-mère. Camila José Donoso studied filmmaking in Chile, where she has directed several videoperfomances and her first feature Naomi Campbell. She works on her third feature, Nona, focused on her grandmother. LM / FF : Naomi Campbell (2013)


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CORPO ELÉTRICO BODY ELECTRIC

MARCELO CAETANO FICTION / 2017 / BRÉSIL / 1H34 / COUL. INTERPRÉTATION CAST Kelner MACÊDO, Lucas ANDRADE, Welket BUNGUÉ, Ana Flavia CAVALCANTI, Ronaldo SERRUYA, Marcia PANTERA SCÉNARIO SCRIPT Marcelo CAETANO IMAGE PHOTOGRAPHY Andrea CAPELLA SON SOUND Lucas COELHO, Danilo CARVALHO MUSIQUE MUSIC Ricardo VINCEZO DÉCORS PRODUCTION DESIGN Maira MESQUITA MONTAGE EDITING Frederico BENEVIDES PRODUCTION Plateau Produções, Desbun Filmes, África Filmes CONTACT M-Appeal festivals@m-appeal.com

Elias est designer dans une usine de textile à São Paulo, et passe ses soirées dans les bras de ses conquêtes masculines. Corps libre, corps électrique, il remet en question de manière simple et spontanée les nombreuses discriminations qui hantent le Brésil. Le film propose un parcours fluide et envoûtant dans la vie nocturne de São Paulo, où les corps se croisent, se séduisent, se travestissent et où les individus tentent tant bien que mal de trouver un sens à leurs vies. Dans ce premier long métrage, Marcelo Caetano s’attache à une galerie de personnages inoubliables, qu’il filme avec tendresse. À travers eux, c’est une horizontalité humaine qu’il propose contre la verticalité anxiogène de la métropole brésilienne. Elias is a designer at a textile factory in Sao Paulo and spends his evenings in the arms of his male conquests. As a free electron, he calls into question the myriad discriminations that haunt Brazil, in a simple and spontaneous way. The film presents a fluid and entrancing journey through Sao Paulo’s night life, in which bodies meet, flirt, and cross-dress, and in which individuals strive to give meaning to their lives as best they can. In this first featurelength film, Marcelo Caetano focuses on a gallery of unforgettable characters, filmed with great tenderness. Through them, he proposes a human horizontality, versus the anxiety-inducing verticality of the Brazilian metropolis. (Laurence Reymond)

MARCELO CAETANO a travaillé comme co-scénariste sur le film d’Anna Muylaert Don’t Call Me Son, et directeur de casting sur Aquarius de Kleber Mendonça Filho. Corpo Elétrico, sélectionné au festival de Rotterdam, est son premier long métrage. Marcelo Caetano worked as co-writer on Anna Muylaert’s Don’t Call Me Son, and casting director on Aquarius by Kleber Mendonça Filho. Body Electric, selected in Rotterdam FF, is his first feature. CM / SF : Bailão (2009), By Your Side (2011), Verona (2013)


18 COMPÉTITION INTERNATIONALE LONGS MÉTRAGES

I AM TRULY A DROP OF SUN ON EARTH ELENE NAVERIANI FICTION / 2017 / SUISSE / 1H01 / N&B INTERPRÉTATION CAST Khatia NOZADZE, Daniel ANTONY ONWUKA SCÉNARIO SCRIPT Elene NAVERIANI IMAGE PHOTOGRAPHY Agnes PAKOZDI SON SOUND Thomas REICHLIN, Philippe CIOMPI MONTAGE EDITING Gabriel GONZALEZ PRODUCTION Britta RINDELAUB (Alva Film), Elene NAVERIANI (mishkin) CONTACT Ines Skrbic (Film Republic) ines@filmrepublic.biz

Dans une Tbilissi essentiellement nocturne, hantée par des corps illégaux ou clandestins, April, prostituée qui sort tout juste de prison, va croiser le chemin de Dije, un Nigerian qui pensait se rendre à Georgia, États-Unis, et se retrouve malgré lui en Géorgie. Cette improbable rencontre offre à ces deux âmes perdues un bref mais précieux répit. Magnifiquement filmé dans un noir et blanc crépusculaire, I Am Truly a Drop of Sun on Earth dresse le constat implacable et glaçant d’un pays gangrené par la violence et l’indifférence, sur fond de féminicides. Mais par la grâce du regard qu’Elene Naveriani porte sur ses personnages, leur beauté et leur sensualité offrent au film sa lueur d’espoir. In an mostly nocturnal Tbilisi, haunted by illegal or clandestine bodies, April, a prostitute fresh out of jail, crosses paths with Dije, a Nigerian who thought he was going to Georgia, United States, but finds himself in Georgia, Caucasia. This improbable encounter offers these two lost souls some short-lived but precious respite. Magnificently shot in crepuscular black-and-white, I Am Truly a Drop of Sun on Earth offers an implacable and chilling observation of a country corrupted by violence and indifference, set within a context of femicides. Yet through the grace of the gaze that Elene Naveriani brings to bear on her characters, their beauty and sensuality lends a glimmer of hope to the film. (LR)

ELENE NAVERIANI a étudié la peinture à la State Academy of Art à Tbilissi, puis le cinéma à la HEAD à Genève. I Am Truly A Drop of Sun on Earth est son premier long métrage. Elene Naveriani studied painting at the State Academy of Art in Tbilisi, then film at the HEAD in Geneva. I Am Truly A Drop of Sun on Earth is her first feature film. CM / SF : Les Evangiles d’Anasyrma (2014)


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LA LIBERTÉ IN THE OPEN

GUILLAUME MASSART DOC. / 2017 / FRANCE / 2H26 / COUL. SCÉNARIO SCRIPT Guillaume MASSART, Adrien MITTERRAND IMAGE PHOTOGRAPHY Guillaume MASSART SON SOUND Pierre BOMPY MONTAGE EDITING Alexandra MÉLOT, Guillaume MASSART PRODUCTION Thomas JENKOE, Mehdi BENALLAL, Guillaume MASSART (Triptyque films), Jean-Laurent CSINIDIS, Jérôme NUNES (Films de force majeure) CONTACT Guillaume Massart (Triptyque Films) contact@triptyquefilms.com Valentina Novati (Norte distribution) valentina@norte.fr

Prison «"ouverte"» située en Corse, Casabianda accueille 130 hommes qui souvent terminent de longues peines pour des crimes sexuels intrafamiliaux. Alors que l’idée préalable était de partir d’une observation de ce singulier territoire d’enfermement, le cinéaste a adopté une forme et un geste différents. Plutôt qu’un arpentage, La Liberté est un «"film conversé"» où le cinéaste invente, dans de longues séquences, une parole avec des détenus. Cette attitude ne poursuit pas l’idée de rédemption – là n’est pas la question du film –, mais l’invention d’un chemin par les mots. Les itinéraires diffèrent, le déni en est un, tandis que certains saisissent le film pour avancer, faisant de la parole un territoire possiblement émancipateur. An “open” prison located in Corsica, Casabianda contains 130 men who are often serving long sentences for intrafamilial sex crimes. While the original idea was to start with an observation of this unique place of detention, the filmmaker later adopted a different form and modus operandi. Rather than an exploration, In the Open is a “filmic discussion” in which the filmmaker invents a way of talking with the inmates in the course of long sequences. This attitude does not follow the notion of redemption – this is not at stake here – but rather the invention of a pathway by means of words. The itineraries differ; denial is one of them, while others make use of the film to move forward, using speech as a potentially emancipatory tool. (Arnaud Hée)

GUILLAUME MASSART a réalisé onze courts métrages documentaires. Il est également producteur au sein de Tryptique films et monteur. La Liberté est son premier long-métrage. Guillaume Massart directed eleven short documentaries. He is also a producer at Tryptique Films and a film editor. In the Open is his first feature film. CM / SF : notamment Passemerveille (2008), Les Dragons n’existent pas (2009), Découverte d’un principe en case 3 (2012)


20 COMPÉTITION INTERNATIONALE LONGS MÉTRAGES

MILLA VALÉRIE MASSADIAN FICTION / 2017 / FRANCE, PORTUGAL / 2H06 / COUL. / INTERPRÉTATION CAST Séverine JONCKEERE, Luc CHESSEL, Ethan JONCKEERE, Valérie MASSADIAN SCÉNARIO SCRIPT Valérie MASSADIAN IMAGE PHOTOGRAPHY Mel MASSADIAN, Robin FRESSON SON SOUND Aline HUBER MONTAGE EDITING Valérie MASSADIAN PRODUCTION Sophie ERBS (Gaijin), João MATOS (Terratreme Films), Tom DERCOURT (Cinema Defacto) CONTACT Jane Roger (JHR Films) info@jhrfilms.com

Milla est amoureuse de Leo, et ces vagabonds célestes trouvent refuge dans une maison abandonnée. Leur petit univers précaire est remis en question par les séjours de Leo sur un chalutier. Commence alors un deuxième mouvement qui voit le personnage de Milla grandir, se transformer jusqu’à bientôt irradier le film. Un portrait de résistante, qui résonne des rencontres féminines éclairant son parcours. Une galaxie de femmes qui vient dessiner une humanité en souffrance mais solidaire, et une beauté qui se révèle là où on ne l’attend plus. Dans une lumière tombant sur un mur, dans le son d’un bébé têtant le sein, dans une complicité qui se passe de mots. Milla is in love with Leo and these desolation angels find refuge in an abandoned house. Their precarious little world is challenged by Leo’s job on a trawler. Thus begins a second movement in which Milla’s character grows up, transforming to the point of illuminating the film. A portrait of a fighter, a resistance shared by the other women she meets along the way. A galaxy of feminine characters who represent a suffering but supportive group, and the kind of beauty that appears where you’d least expect it: in the light falling on a wall, in the sound of a baby suckling at a breast, and in the kind of complicity that has no need for words. (LR)

VALÉRIE MASSADIAN est photographe et cinéaste. Son travail se concentre sur des personnages féminins. Son long métrage Nana a remporté le prix du meilleur premier film au festival de Locarno. Valerie Massadian is a photographer and a filmmaker. Her works concentrates on female characters. Her feature Nana was awarded Best First Film at Locarno Film Festival. CM / SF : Ninouche (2011), America (2013), Precious (2014) LM / FF : Nana (Entrevues 2011)


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NIÑATO ADRIÁN ORR DOC. / 2017 / ESPAGNE / 1H12 / COUL. SCÉNARIO, IMAGE SCRIPT, PHOTOGRAPHY Adrián ORR SON SOUND Eduardo CASTRO MONTAGE EDITING Ana PFAFF PRODUCTION Hugo HERRERA (The New Folder), Adrián ORR CONTACT Adrián Orr, orr.serrano@gmail.com Hugo Herrera (New Folder Studio), hugo@thenewfolder.com

Niñato, en espagnol, signifie quelque chose comme “celui qui n’a pas grandi”. David (aka Niñato) est un père de famille au chômage qui vit toujours chez ses parents dans un petit appartement de la banlieue madrilène, mais qui n’a pas abandonné son rêve adolescent": devenir une star de hip hop. La vie de David balance entre les beats de son rap et le rythme imposé par ses responsabilités. Une musique composée par des réveils joyeusement bordéliques les matins où il faut aller à l’école, par des devoirs infinis l’après midi, par des moments de solitude sur son lit d’adolescent la nuit, par le manque d’avenir permanent. Niñato est le portrait d’une classe ouvrière en pleine désintégration, mais c’est aussi un film sur la difficile et passionnante tâche d’éduquer. Un regard déchirant sur le passage à l’âge adulte et un récit plein de lyrisme sur l’épique du quotidien. Niñato, in Spanish, means something like “the one who never grew up”. David (aka Niñato) is an unemployed father living at his parents in a small apartment in the suburbs of Madrid, but who has not given up his teenage dream of becoming a hip-hop star. David’s life sways between the beats of his rap and the rhythm imposed by his responsibilities. A music consisting of a merry chorus of chaotic alarms on the mornings when he has to take the children to school, endless homework in the afternoon, moments of solitude in his teenage bed at night, and the lack of any permanent future. Niñato is the portrait of a disintegrating working class, but it is also a film about the difficult and exciting task of educating. It takes a heartrending look at the transition into adulthood in a tale full of lyricism in its depiction of the epic of everyday life. (ELR)

ADRIÁN ORR a étudié à la Lisbon Cinema School. Son film Buenas dias resistencia, mettait déjà en scène la même famille que dans Ninãto, son premier long métrage. Adrián Orr studied at the Lisbon Cinema School. In his short Good Morning Resistance he was already filming the same family as in Ninãto, his first feature film. CM / SF : The Ants (2007), Gentlemen (2010), Buenas dias resistancia (2013)


22 COMPÉTITION INTERNATIONALE LONGS MÉTRAGES

NUL HOMME N’EST UNE ÎLE NO MAN IS AN ISLAND

DOMINIQUE MARCHAIS DOC./ 2017 / FRANCE / 1H36 / COUL. SCÉNARIO SCRIPT Dominique MARCHAIS IMAGE PHOTOGRAPHY Claire MATHON, Sébastien BUCHMANN SON SOUND Mikaël KANDELMAN, Marc VON STURLER, Emanuele GIUNTA, Mikaël BARRE MONTAGE EDITING Jean-Christophe HYM PRODUCTION Mélanie GERIN, Paul ROZENBERG (Zadig Films) CONTACT Mathieu BERTHON (Météore Films) mathieu@meteore-films.fr

Dominique Marchais prolonge une réflexion entamée avec Le Temps des grâces (2010) et La Ligne de partage des eaux (2014). Nul homme n’est une île débute au Palais municipal de Sienne en envisageant les fresques du «#Bon et du Mauvais Gouvernement"» d’Ambrogio Lorenzetti. Il déploie ensuite cet intitulé dans des espaces contemporains, en Sicile et dans des régions alpines, où des initiatives locales relèvent d’une bonne gouvernance – et surtout de bon sens et de bien commun. Venant de John Donne, poète anglais du XVIIe siècle, le titre n’est pas l’appel à un repli généralisé, mais bien le vœu d’une interdépendance vertueuse. John Donne poursuit ainsi": «"[…] chaque homme est partie du continent, partie du large […]"». Dominique Marchais continues to explore what he began with Le Temps des grâces (2010) and La Ligne de partage des eaux (2014). No Man Is an Island begins at the Municipal Palace of Sienna, considering the frescoes of the Allegory of Good and Bad Government by Ambrogio Lorenzetti. It then applies this question to contemporary locations, in Sicily and alpine regions, where local initiatives demonstrate good government – and above all, good sense for the common good. The title comes from 17th-century English poet John Donne and is not an appeal for widespread withdrawal, but instead the expression of a desire for virtuous co-dependency. John Donne continues thus: “every man is a piece of the continent, a part of the main”. (AH)

DOMINIQUE MARCHAIS débute comme critique de cinéma au magazine culturel Les Inrockuptibles. Il a été sélectionneur au festival Entrevues jusqu’en 2002. Dominique Marchais first worked as a film critique for the French cultural magazine Les Inrockuptibles. He has been a programmer in Entrevues until 2002. CM / SF : Lenz échappé (2003) LM / FF : Le Temps des grâces (Entrevues 2009), La Ligne de partage des eaux (2011)


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PLAYING MEN MATJAZ IVANISIN DOC. / 2017 / SLOVÉNIE, CROATIE / 1H / COUL. SCÉNARIO SCRIPT Matjaz IVANISIN IMAGE PHOTOGRAPHY Gregor BOZIC SON SOUND Ivan ANTIC, Borna BULJEVIC MONTAGE EDITING Matic DRAKULIC PRODUCTION Marina GUMZI (NOSOROGI), Vanja JAMBROVIC, Tibor KESER (RESTART) CONTACT Marina GUMZI (Nosorogi) marina@nosorogi.com

Eut égard à son titre, il n’est pas surprenant que l’horizon de Playing Men soit joueur et masculin. Matjaz Ivanisin met d’abord en oeuvre un inventaire jouissif de jeux singuliers"; parmi eux un type de lutte où les corps sont parfaitement huilés, le jet de lourds fromages circulaires dans des rues pentues, des joutes manuelles aussi mathématiques que vocales. Mais le réalisateur met tout à coup son film en crise. Débute alors, comme au tennis, un nouveau set incertain, qui finit par toucher encore plus juste et profondément. D’abord avec cette idée que le jeu est à prendre au sérieux, surtout quand il constitue un événement historique"; puis que cette recherche est une remontée vers les origines, vers les rêves des petits garçons. Given the title, it is not surprising that Playing Men is both playful and masculine. Matjaz Ivanisin initially deploys an entertaining inventory of unique games; among them, a kind of battle in which bodies are perfectly oiled, tossing heavy round cheese down steep streets, and manual jousting matches that are as mathematical as they are vocal. But the director suddenly plunges his film into crisis. Thus, like in a tennis match, a new and uncertain set begins, which ends up touching an even more profound and apt nerve. Firstly, with the idea that games should be taken seriously, especially when they constitute historic events; and secondly, that this research is a return to the origins, to the dreams of little boys. (AH)

MATJAZ IVANISIN est écrivain et réalisateur. Il a étudié à la Slovene National Film School, dont il sort diplômé en 2007. Matjaz Ivanisin is a writer and director. He studied at the Slovene National Film School, and has been graduated in 2007. CM / SF : Che Sara (2002), Quick View (2005), Šentilj - Spielfeld, a Border Crossing (2009), Karpotrotter (2013), Little Houses (2014) LM / FF : Every Good Story is a Love Story (2017)


24 COMPÉTITION INTERNATIONALE LONGS MÉTRAGES

THE LAST HOT LICK MAHALIA COHEN FICTION / 2017 / ÉTATS-UNIS / 1H26 / COUL. INTERPRÉTATION CAST Jaime LEOPOLD, Jennifer SMIEJA SCÉNARIO SCRIPT Mahalia COHEN IMAGE PHOTOGRAPHY Maria Laura COLLASSO, Clarissa DE LOS REYES SON SOUND Javier FARINA, David MATORIN MUSIQUE MUSIC Jaime LEOPOLD, Branic HOWARD DÉCORS PRODUCTION DESIGN Pilar GONZALEZ MONTAGE EDITING Amanda LAWS, Daniel GARCIA PRODUCTION Deborah COHEN, Erin GALEY, Scott COHEN, Steve JOHNSTON, Dan WIEDEN CONTACT Mahalia COHEN mahalia.cohen@gmail.com

Hot licks, c’est avoir les doigts de feu sur son instrument. Est-ce encore le cas pour Jack, presque septuagénaire débonnaire mais entêté, toujours sur la route"? Le titre et bientôt quelques indices ne dissimulent pas une tonalité funèbre, on comprend que seul le trépas mettra fin à cette infinie tournée sillonnant les paysages et les rades de l’Americana. Jack rencontre une femme mystérieuse"; deux solitudes et trajectoires s’agencent, mais si sa voix illumine, elle dispose d’une part secrète et sombre. The Last Hot Lick semble s’ajuster cinématographiquement à la ballade folk, forme harmonique faite de motifs et de refrains, dont l’émotion découle de la justesse de l’interprétation et de la relation entre les accords. Hot licks refers to the flaming fingers of a musician. Is this still the case for Jack, a debonair but stubborn individual approaching seventy, still on the road? The title and a number of clues early on do not conceal the film’s funereal tone: we soon learn that only death could put a stop to this infinite tour, criss-crossing the landscapes and harbours of Americana. Jack meets a mysterious woman: two solitudes and trajectories are aligned, but while her voice lights up a room, there is a secretive and dark side to her. The Last Hot Lick seems to adjust to the folk ballad in filmic terms, a harmonic form made of themes and choruses, whose emotion stems from the aptness of its interpretation and the relationships between the chords. (AH)

MAHALIA COHEN a produit de nombreux courts et longs métrages, notamment H et Recommended by Enrique, de Rania Attieh et Daniel Garcia. The Last Hot Lick est son premier long métrage. Mahalia Cohen has produced numerous short and feature films. Among them : H and Recommended by Enrique, both by Rania Attieh and Daniel Garcia. The Last Hot Lick is her first feature film. CM / SF : Ama at Sea (2011), Balance (2009), Homer (2005), Tortoise (2004)


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THREE QUARTERS ILIAN METEV FICTION / 2017 / BULGARIE, ALLEMAGNE / 1H22 / COUL. INTERPRÉTATION CAST Mila MIKHOVA, Niki MASHALOV, Todor VELCHEV SCÉNARIO SCRIPT Betina IP, Ilian METEV IMAGE PHOTOGRAPHY Julian ATANASSOV SON SOUND Tom KIRK DÉCORS PRODUCTION DESIGN Nikolay HRISTOV, Ivelina MINEVA MONTAGE EDITING Ilian METEV PRODUCTION Ingmar TROST (Sutor Kolonko), Ilian METEV (Chaconna Films) CONTACT Sata CISSOKO (Memento films) sata@memento-films.com

Three Quarters dépeint une famille bulgare, un père professeur de physique et ses deux enfants qui cohabitent difficilement alors qu’une figure est manquante, celle de la mère. De ce déséquilibre fondamental, Ilian Metev tire le rythme étrange de son film, où chacun semble peiner à trouver sa place. Le père est peu présent, la grande soeur pianiste se bloque avant un concours, le petit frère fugue. Par sa mise en scène élégante et délicate, à travers un léger flottement de sa caméra, ou un espace souvent laissé vide dans le cadre, le film convoque l’absente, lui offrant même une place centrale. Chaque scène du quotidien offre ici bien plus que le visible. La caméra y révèle le sensible, et c’est bouleversant. Three Quarters depicts a Bulgarian family, a physics professor father and his two children, who are finding living together difficult with one figure missing – that of the mother. From this fundamental imbalance, Ilian Metev establishes the strange rhythm of his film, in which everyone seems to struggle to find their place. The father is somewhat absent, the big sister pianist is freaking out before a competition, and the little brother tries to run away. Through his elegant and sensitive direction, through a slight hovering of the camera, or a space often left empty within the frame, the film convokes the absentee, even giving her a central role. Each scene from daily life here offers much more than meets the eye. The camera’s revelation of subtle emotion is overwhelming. (LR)

ILIAN METEV a débuté comme violoniste avant d’étudier à la NFTS à Londres. Son premier long métrage Sofia’s Last Ambulance a été primé à la Semaine de la Critique à Cannes. 3/4 a remporté le Léopard d’or-Cinéastes du présent à Locarno. Ilian Metev started as a violonist, then studied cinema at the NFTS in London. His first feature, Sofia’s Last Ambulance, was awarded in Critic’s Week in Cannes. 3/4 won Pardo d’Oro-Filmmakers of the Present in Locarno. CM / SF : Goleshovo (2008) LM / FF : Sofia’s Last Ambulance (2012)


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CORNÉLIUS, LE MEUNIER HURLANT DE YANN LE QUELLEC LA POSITION D’ANDROMAQUE DE ERICK MALABRY LE CIEL ÉTOILÉ AU-DESSUS DE MA TÊTE DE ILAN KLIPPER LES GARÇONS SAUVAGES DE BERTRAND MANDICO NAUFRAGÉ VOLONTAIRE DE DIDIER NION

P.28 P.29 P.30 P.31 P.32


28 PREMIÈRES FICTIONS FRANÇAISES

CORNÉLIUS, LE MEUNIER HURLANT CORNELIUS, THE HOWLING MILLER

YANN LE QUELLEC

FICTION/ 2017 / FRANCE / 1H42 / COUL. INTERPRÉTATION CAST Bonaventure GACON, Anaïs DEMOUSTIER, Gustave KERVERN, Jocelyne DESVERCHÈRE, Christophe PAOU, Denis LAVANT SCÉNARIO SCRIPT Yann LE QUELLEC avec la collaboration de David ELKAÏM, Jean-Luc GAGET, Gladys MARCIANO IMAGE PHOTOGRAPHY Sébastien BUCHMANN SON SOUND Antoine CORBIN, Jean MALLET, Margot TESTEMALE MUSIQUE MUSIQUE Martin WHEELER, Iggy POP DÉCORS PRODUCTION DESIGN Florian SANSON MONTAGE EDITING Sandie BOMPAR, Yann DEDET PRODUCTION Agat Films & Cie / Ex Nihilo, Les Films de Mon Moulin CONTACT Julie Rhône (Agat films Cie) julie@agatfilms.com Emmélie Grée (Ad Vitam distribution) emmelie@advitamdistribution.com

Lorsque Cornélius le meunier décide de construire son moulin tout en haut de la montagne au-dessus d’un petit village, il est loin de se douter que sa présence, toute en sincérité et en énergie brute, va remettre en question l’ordre général. Cornélius fait preuve d’une énergie tellurique qui a vite fait d’inquiéter les villageois. Seule la belle Carmen semble capable de l’accepter tel qu’il est... même lorsqu’il hurle à la nuit tombée, possédé par une force qu’il ne peut maîtriser. Avec ce récit burlesque et tragique, où les corps et décors en disent bien plus que les mots, Yann Le Quellec poursuit l’exploration d’un univers ultra physique et chorégraphié, qui associe habilement l’art du cinéma à celui de la BD. Et filme avec grâce une nature profondément ambivalente, faite de souffrance et d’immense beauté. When the miller Cornelius decides to build his windmill on top of the mountain, above a little village, he is far from thinking how his presence, so sincere and rough, is going to upset the natural order of the village. Cornelius displays such telluric energy that he soon becomes a subject of concern for the villagers. Only the beautiful Carmen seems capable of accepting him for who he is… even when he howls at nightfall, possessed by a force that he cannot control. With this burlesque and tragic tale, in which bodies and settings speak volumes, Yann Le Quellec continues to explore an ultra-physical and choreographic universe that owes as much to the art of film as it does to that of graphic novels. He gracefully captures a deeply ambivalent natural world, full of suffering and immense beauty. (LR)

YANN LE QUELLEC a débuté sa carrière dans la production de films avant de commencer à en réaliser. Il est également auteur de bandes dessinées aux Éditions Delcourt. Cornélius, Le meunier hurlant est son premier long métrage. Yann Le Quellec begins as a film producer before directing films. He is also a cartoonist, at Delcourt Editions. Cornelius, The Howling Miller is his first feature film. CM / SF : Je sens le beat qui monte en moi (2012), Le Quepa sur la Vilni ! (2013)


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LA POSITION D’ANDROMAQUE ANDROMAQUE’S POSITION

ERICK MALABRY

FICTION / 2017 / FRANCE / 1H12 / COUL. INTERPRÉTATION CAST Mikaël GONCALVES, Isolde COJEAN, Morgane RASPAIL, Diane O’GARVEY, Pierre LALOYE, Julia ZUILI, Juliette RAMIREZ SCÉNARIO SCRIPT Erick MALABRY IMAGE PHOTOGRAPHY James COOTE, Elodie FERRÉ, Paul-Anthony MILLE SON SOUND Vianney AUBÉ, Juste BREYAT, Maude ALLAIN, Simon LEGALL, Sébastien LINSOLAS MUSIQUE MUSIC Zoé MALOUVET MONTAGE EDITING Raphaël D’ABOVILLE, Axel DEFOIS, Emma NAIZOT PRODUCTION Raphaël D’ABOVILLE, Sylvain BRESSON (Le petit remorqueur), Paul-Anthony MILLE, Pierre MILLE (Kafard Films) CONTACT Raphaël D’ABOVILLE (Le petit remorqueur) info@lepetitremorqueur.com

Comme chaque année, Mikaël s’installe quelques semaines à Paris, chez sa cousine Isolde qui travaille comme régisseuse dans un petit théâtre. Le jeune homme, qui a des problèmes de diction à cause d’une surdité partielle, doit poursuivre un bilan orthophonique pendant son séjour, mais une rencontre amoureuse va bouleverser son programme. Mikaël se laisse emporter par les marivaudages de la bande de filles qui gravite autour de sa cousine, par le rythme frénétique du monde du théâtre, par la musique des vers d’Andromaque de Racine qu’il répète sur scène. Il se laisse, enfin, attraper par l’ivresse de l’amour. Réalisé dans le cadre d’une école d’acteurs, La Position d’Andromaque reproduit en toute légèreté la vie rêvée des coulisse théâtrales. As every year, Mikaël goes to stay in Paris for a few weeks, at his cousin Isolde’s place, who works as a stage manager in a small theatre. The young man, who has problems with diction owing to partial deafness, must undertake a speech-language therapy assessment during his stay, but a love interest disrupts his programme. Mikaël lets himself get caught up in the light-hearted banter of the group of girls who gravitate around his cousin, in the frenetic pace of the theatrical world, and in the lilting music of the verse of Racine’s Andromaque, which he rehearses on stage. Finally, he is caught in the ecstasy of love. Produced within the context of an acting school, Andromaque’s Position reproduces the imaginary life behind the scenes of a theatre in a light-hearted way.(ELR)

Après avoir réalisé plusieurs courts métrages, ERICK MALABRY accompagne comme scénariste d’autres réalisateurs, jusqu’à son premier long métrage, La Position d’Andromaque. After having directed a few shorts, Erick Malabry works as a scriptwriter for other directors, until his first feature film as a director, Andromaque’s Position. CM / SF : Les Aoutiennes (1988), Les Amours Perdues (1989), L’Amour d’Estelle (1990), Les Beaux Jours (1992), L’Origine du Monde (2004)


30 PREMIÈRES FICTIONS FRANÇAISES

LE CIEL ÉTOILÉ AU-DESSUS DE MA TÊTE THE STARRY SKY ABOVE ME

ILAN KLIPPER

FICTION / 2017 / FRANCE / 1H17 / COUL. INTERPRÉTATION CAST Laurent POITRENAUX, Camille CHAMOUX, Marilyne CANTO, Alma JODOROWSKY, François CHATTOT, Michèle MORETTI, Frank WILLIAMS SCÉNARIO SCRIPT Ilan KLIPPER avec la collaboration de Raphael NEAL IMAGE PHOTOGRAPHY Lazare PEDRON SON SOUND François MEYNOT, Simon APOSTOLOU, Julien ROIG MUSIQUE MUSIC Frank WILLIAMS DÉCORS PRODUCTION DESIGN Anna LE MOUËL MONTAGE EDITING Carole LE PAGE PRODUCTION Nicolas ANTHOMÉ (Bathysphère productions) CONTACT Bathysphère productions diffusion@bathysphere.fr

Si Bruno est bien écrivain, il n’a plus rien publié depuis vingt ans, vit en colocation et mène à domicile une vie de bohème en caleçon et peignoir. Inquiets, sa famille et ses proches débarquent en lui voulant beaucoup de bien. Mais peut-on aider contre la volonté du principal concerné"? Surtout lorsqu’il est question d’internement. Le film est centré sur les performances des comédiens, Laurent Poitrenaux en tête, fantasque et touchant. Il s’agit aussi d’aborder l’idée de théâtralité – et même de vaudeville –, tout en cassant les temporalités et les niveaux de réalité. Ilan Klipper orchestre une comédie inquiète, presque exclusivement sous la forme d’un huis clos, questionnant avec acuité les normes que la société tend à imposer à autrui. While Bruno is indeed a writer, he has not published anything for twenty years, lives in a shared flat, where he leads a bohemian lifestyle clad in boxer shorts and dressing gown. Out of concern, his family and friends show up at his house with the best of intentions. But is it possible to help, even against the will of the man himself? Especially since there is talk of internment… The film focuses on the actors’ performances, especially the weird and winsome Laurent Poitrenaux. It is also about exploring theatricality – or even vaudeville – while breaking up temporalities and levels of reality. Ilan Klipper orchestrates a disturbing comedy, almost exclusively “in camera”, intently questioning the norms that society tends to impose on others. (AH)

Inspiré par Frederick Wiseman, ILAN KLIPPER fait son entrée dans le cinéma par le biais du documentaire, avec deux films sur la police, puis un film sur la psychiatrie. Inspired by Frederick Wiseman, Ilan Klipper starts in cinema by directing documentaries : with two films about the police, then one about psychiatry. CM / SF : Juke-Box (Entrevues 2014, Prix One+One), Pandore (Entrevues 2011) LM / FF : Flics (2008) et Commissariat (2009), co-réalisés avec Virgil Vernier, Saint-Anne (2010)


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LES GARÇONS SAUVAGES THE WILD BOYS

BERTRAND MANDICO FICTION / 2017 / FRANCE / 1H50 / N&B INTERPRÉTATION CAST Pauline LORILLARD, Vimala PONS, Diane ROUXEL, Annaël SNOEK, Mathilde WARNIER, Sam LOUWYCK, Elina LÖWENSOHN, Nathalie RICHARD SCÉNARIO SCRIPT Bertrand MANDICO IMAGE PHOTOGRAPHY Pascale GRANEL SON SOUND Simon APOSTOLOU, Laure SAINT-MARC, Daniel GRIES MUSIQUE MUSIC Pierre DESPRATS, Hekla MAGNUSDOTTIR DÉCORS PRODUCTION DESIGN Astrid TONNELLIER MONTAGE EDITING Laure SAINT MARC PRODUCTION Emmanuel CHAUMET (ECCE FILMS) CONTACT Louise RINALDI (Ecce films) rinaldi@eccefilms.fr Lucie PLUMART (UFO Distribution) lucie@ufo-distribution.com

Cinq adolescents ultra violents sont envoyés sur le bateau du Capitaine, qui doit les faire rentrer dans le droit chemin. Nous sommes au début du XXe siècle, et le trajet se révélera une aventure cauchemardesque. Arrivés sur une île à la nature sauvage et aux vertus aphrodisiaques, l’équipage va entamer une étrange métamorphose. Après de nombreux courts métrages baroques et d’une inventivité débridée, le cinéma de Bertrand Mandico se mue en un sublime papillon, qui déploie toute sa virtuosité plastique, faite de surimpressions à l’ancienne et de trucages physiques déments. Il invente ici un univers cinématographique dominé par les actrices, fait de fascination et d’angoisse, à l’image du désir à l’état pur. Five ultra-violent teens are sent off on the Capitan’s boat, who is charged with setting them on the straight and narrow. It is the early 20th century and the journey turns out to be a nightmarish adventure. Once they have arrived on an island whose natural wilderness bears aphrodisiac properties, the crew starts to undergo a strange metamorphosis. After creating many baroque short films of unbridled imagination, Bertrand Mandico’s cinema is here transformed into a sublime butterfly, wielding all of its artistic virtuosity, including incredible old-fashioned superimpositions and physical special effects. Here, he invents a filmic world dominated by actresses, combining fascination and anxiety, reflecting desire in its purest state. (LR)

Diplômé en cinéma d’animation au CFT Gobelins, BERTRAND MANDICO poursuit ses expériences visuelles dans ses nombreux courts métrages mais aussi dans ses textes, photos, dessins... Graduate from the Gobelins CFT in animation film, Bertrand Mandico continued his visual experimentations in his many short films, but also in his texts, photos, drawings... CM / SF : entre autres : Boro in the Box (2011), Prehistoric Cabaret (2013), Notre Dame des hormones (2014)


32 PREMIÈRES FICTIONS FRANÇAISES

NAUFRAGÉ VOLONTAIRE THE VOYAGE OF THE HÉRÉTIQUE

DIDIER NION

FICTION / 2017 / FRANCE / 1H33 / COUL. INTERPRÉTATION CAST Jérémie LIPPMANN, Jamie SIVES SCÉNARIO SCRIPT Didier NION, Thomas CHEYSSON, Yves NILLY IMAGE PHOTOGRAPHY Gilles ARNAUD SON SOUND Jacques SANS MUSIQUE MUSIC Grégoire HETZEL MONTAGE EDITING Catherine ZINS PRODUCTION Jérôme DOPFFER (Les Productions Balthazar) CONTACT Les Productions Balthazar infos@balthazarprod.com

En 1952, le scientifique Alain Bombard, voulant montrer la voie à tous les naufragés, se lançait dans une expérience qui fit grand bruit. Notamment parce qu’elle ressemblait à un audacieux pari": survivre une centaine de jours en traversant l’Atlantique sur un canot pneumatique, avec un équipement minimal et sans réserves d’eau ni de nourriture. Didier Nion s’empare de l’histoire fascinante de Bombard (déjà envisagée dans son documentaire réalisé en 2012, Bombard le naufragé volontaire) dans ce qui pourrait être un biopic conventionnel. Mais plutôt que de justifier et d’expliciter, il se centre sur l’idée de voyage initiatique, source d’une méditation sur l’extrême solitude comme condition et sur la relation entre le corps et l’esprit. In 1952, scientist Alain Bombard, wishing to show the way for all future victims of shipwrecks, embarked on an experiment that was widely publicised. This was largely due to the fact that it seemed a bold challenge: to survive one hundred days, crossing the Atlantic in a rubber dinghy, with minimal equipment, and without water or food. Didier Nion tackles the fascinating story of Bombard (already the subject of a documentary he had made in 2012, Bombard le naufragé volontaire) in what could have been a conventional biopic. But rather than justify and explain, he focuses on the idea of the voyage of initiation, as a source of meditation on the state of extreme solitude and the relationship between body and mind. (AH)

Après un CAP de menuisier, DIDIER NION travaille comme chef machiniste puis chef opérateur pour le cinéma et la télévision, avant de se diriger vers la réalisation de films documentaires. Équipier, il a traversé à de nombreuses reprises l’océan Atlantique. After a diploma in carpentry, Didier Nion works as key grip then DOP in cinema and television, before starting directing documentary films. As a crewman, he has crossed the Atlantic several times. CM / SF : Clean Time (1996) LM / FF : Juillet (1999), Dix-sept ans (2003)


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COMPÉTITION INTERNATIONALE

courts métrages

1ER, 2E OU 3E FILM, FICTIONS OU DOCUMENTAIRES


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DANSONS MAINTENANT DE MATHILDE BUY DÉTER DE VINCENT WEBER IONAS DREAMS OF RAIN DE DRAGOS HANCIU LE JOUR D’APPEL DE ANTONIN IVANDIZÉ LONDON CALLING DE RAPHAËL BOTIVEAU ET HÉLÈNE BAILLOT MI AMADO, LAS MONTAÑAS DE ALBERTO MARTÍN MENACHO LE PASSANT INTÉGRAL DE ÉRIC HAROLD REQUIESCAT IN PACE DE FABIAN PROKEIN ROUGE AMOUREUSE DE L. GARCIA SHE’S BEYOND ME DE TORU TAKANO WATER FOLDS DE JUNGHEE BIANN SEO

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COMPÉTITION INTERNATIONALE COURTS & MOYENS MÉTRAGES

DÉTER GO-GETTER LET’S DANCE

MATHILDE BUY FICTION / 2017 / FRANCE / 23 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION CAST Saskia COHEN, Léo CURCI, Sandrine JUGLAIR, Frédéric ATTARD, Léa NOACCO SCÉNARIO SCRIPT Mathilde BUY IMAGE PHOTOGRAPHY Juliette BARRAT SON SOUND Grégoire CHAUVOT, Geoffrey PERRIER, Louise ABBOU MUSIQUE MUSIQUE MICHEL ET NINA DÉCORS PRODUCTION DESIGN Shirley CHOLLON MONTAGE EDITING Lucas MARCHINA PRODUCTION Arnaud BRUTTIN CONTACT Géraldine AMGAR (La Fémis) g.amgar@femis.fr Trois jeunes gens s’entraînent dans la nuit montmartroise vers un festin joyeux et ravageur. Three young people wander through the night in Montmartre towards a celebration that is both joyful and devastating.

Étudiante en sociologie à l’ENS, MATHILDE BUY intègre le département réalisation de La Fémis en 2013. Dansons maintenant est son film de fin d’études. Formerly a student in sociology, Mathilde Buy joined the directing department at La Fémis in 2013. Let’s Dance is her graduation film. CM / SF : Lettres aux survivants (2014), Réflexe (2016)

VINCENT WEBER FICTION / 2017 / FRANCE / 37 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION CAST Sébastien WEBER, Antonin SCHOPFER, Anouk AGNIEL, Margaux LEYGONIE SCÉNARIO SCRIPT Sébastien WEBER, Vincent WEBER, Antonin SCHOPFER IMAGE PHOTOGRAPHY Vincent WEBER SON SOUND Mathieu CACHEUX, Romain POIRIER, Jean-Charles BASTION MUSIQUE MUSIC Jean-Charles BASTION, Vincent WEBER MONTAGE EDITING Suzana PEDRO PRODUCTION Olivier CAPELLI, Vincent WEBER (Les idiots) CONTACT Olivier Capelli (Les idiots) olivier.capelli@gmail.com Daniel passe seul ses vacances dans l’appartement de sa tante. Au bord de la mer, il va tenter de conquérir son bonheur, il est déter. Daniel spends his holidays alone in his aunt’s apartment. At the seaside, he will attempt to conquer his happiness: he is a go-getter.

VINCENT WEBER est diplômé de l’ECAL. Il aime le hip-hop, le Ricard et les films d’Andrzej Zulawski.Vincent Weber is graduate from ECAL. He loves hiphop, Ricard and Andrzej Zulawski’s films. CM / SF : La Noyée (2011)


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LE JOUR D’APPEL THE DAY OF THE CALL

DRAGOS HANCIU

ANTONIN IVANDIZÉ FICTION / 2017 / SUISSE / 35 MIN. / COUL.

DOC. / 2017 / ROUMANIE / 28 MIN. / COUL. IMAGE PHOTOGRAPHY Dragos HANCIU, Ileana SZASZ SON SOUND Vlad VOINESCU, Filip MURESAN MONTAGE EDITING Maria BALANEAN PRODUCTION Dan NUTU, Cristina HOFFMAN (Aristoteles Workshop Association) CONTACT Dragos Hanciu dragoshanciu@gmail.com Le vieux Ionas protège son champ de maïs des sangliers affamés qui viennent manger ses cultures. Dans le silence de sa méditation nocturne, Ionas va réaliser que s’il peut gagner la bataille contre les sangliers, il ne peut rien contre le temps qui passe. Iona is an old man who guards his cornfield against the starving boars coming to eat his crops. In his nocturnal taciturn meditation, Ionas might win the battle against the boars, but soon realize he cannot stand against something as big as time.

C’est en parcourant les rues sur son skateboard que DRAGOS HANCIU a commencé à filmer et prendre des photos. En 2012, il commence à étudier la réalisation à l’UNATC à Bucarest. Ionas Dreams of Rain est son troisième court-métrage. Dragos Hanciu started filming and taking photos by cruising on his skateboard. In 2012, he starts studying Film Directing at UNATC in Bucharest. Ionas Dreams of Rain is his third short film. CM / SF : The Floating Bridge (2014), Three ( 2016)

INTERPRÉTATION CAST Lucas CHURET, Quentin HEIZMANN, Edouard MERKT, Pavel MINKOFF, Christelle SANVEE DAVIDE SCÉNARIO, IMAGE SCRIPT, PHOTOGRAPHY Antonin IVANIDZÉ SON SOUND Paul LORENZATO DÉCORS PRODUCTION DESIGN Alice RIVA, Camille VANOYE MONTAGE EDITING Antonin IVANIDZÉ PRODUCTION HEAD Genève – Cinéma / cinéma du réel CONTACT Delphine Jeanneret (HEAD Genève) delphine.jeanneret@hesge.ch Apprenti agricole, Lucas se présente à la journée d’appel de l’armée française. Durant un exposé militaire, il rencontre un jeune appelé fasciné par l’œuvre de Charles Péguy. Tous deux partent pour une balade aux alentours de la caserne. Lucas is a farming apprentice called up to French army’s training day. During a military talk, he meets with a young conscripted who is fascinated by Charles Peguy’s writings. Both take off for the surroundings of the camp.

ANTONIN IVANDIZÉ a étudié de 2013 à 2017 au département Cinéma de la HEAD à Genève. Le Jour d’appel est son film de fin d’études. Antonin Ivandizé has studied from 2013 to 2017 at the department Cinema of the HEAD in Geneva. The Day of the Call is his graduation film. CM / SF : Le Réel parle pour nous (Entrevues 2016), La Nuit démocrate (2016)


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COMPÉTITION INTERNATIONALE COURTS & MOYENS MÉTRAGES

LONDON CALLING RAPHAËL BOTIVEAU HÉLÈNE BAILLOT FICTION / 2017 / FRANCE / 16 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION CAST Babak INALOO, Moein NONAHAL, Mohammad RAMIN, Reza RAHIMINEJAD PAKSERESHT, Ali HAGHOOI, Aurélien AMBACH ALBERTINI SCÉNARIO SCRIPT Hélène BAILLOT, Raphaël BOTIVEAU IMAGE PHOTOGRAPHY Noé BACH SON SOUND Sébastien CABOUR, ALI HAGHOOI MUSIQUE MUSIC Paul MOTTRAM, Paul CLARVIS, Siavash GHOMAYSHI DÉCORS PRODUCTION DESIGN Raphaël BOTIVEAU, Hélène BAILLOT, Béatrice DELECAMBRE MONTAGE EDITING Raphaël BOTIVEAU, Hélène BAILLOT PRODUCTION Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains CONTACT Natalia Trebik (Le Fresnoy) ntrebik@lefresnoy.net Un groupe d’acteurs amateurs, migrants de la Jungle de Calais, reprennent les rôles de Belmondo et ses acolytes dans Week-end à Zuydcoote, film de Henri Verneuil décrivant l’errance de soldats français cherchant à s’embarquer pour l’Angleterre en pleine débâcle de 1940. A group of amateur actors, immigrants from Calais’ Jungle, take over the roles of Belmondo and his fellows in Week-end at Zuydcoote film by Henri Verneuil portraying French soldiers seeking to embark for England during the military defeat of 1940.

RAPHAËL BOTIVEAU est diplômé du Fresnoy et titulaire d’une thèse en science politique. Cinéaste, enseignant et chercheur, il travaille en France et en Afrique du Sud. Raphaël Botiveau is graduate from Le Fresnoy and holds a Phd in political science. Filmmaker, teacher and researcher, he works in France and South Africa. CM / SF : Le mort saisit le vif (2016) Docteure en science politique, HÉLÈNE BAILLOT enseigne à Science Po Aix. London Calling est son premier film. Hélène Baillot holds a Phd in political science and teaches in Science Po Aix. London Calling is her first short film.

MY BELOVED, THE MOUNTAINS

ALBERTO MARTÍN MENACHO FICTION / 2017 / SUISSE, ESPAGNE / 24 MIN. / COUL. SCÉNARIO SCRIPT Alberto MARTÍN MENACHO IMAGE PHOTOGRAPHY Diego CABEZAS SON SOUND David PÉREZ RUÍZ MONTAGE EDITING Antonio TRULLÉN FUNCIA PRODUCTION HEAD – Genève, IZMO Producciones, Silvia Sánchez CONTACT Delphine Jeanneret (HEAD Genève) delphine.jeanneret@hesge.ch Un village et ses terres montagneuses avec des rites d’hier et d’aujourd’hui, dans lequel cohabitent légendes et chênes verts. Passage de la vie à la mort, de l’enfance à l’âge adulte. Un cycle qui commence avec les vautours et leurs rituels, qui se poursuit avec l’apprentissage de la chasse, et le retour improbable d’une jeune femme, Soledad. A village and it’s montainous lands with past and present rites, in which legends and green oaks cohabit. From life to death, from childhood to adulthood. A cycle that starts with vultures and their rituals that goes on with the apprenticehsip of hunting, and the unexpected return of a woman, Soledad.

ALBERTO MARTÍN MENACHO a étudié le cinéma et le montage à la Ciudad de la Luz à Alicante, puis les Arts Visuels à la HEAD à Genève. Mi Amado, Las Montañas est son film de fin d’études. Alberto Martín Menacho studied cinema and editing at la Ciudad de la Luz in Alicante, then Visual Arts at the HEAD in Geneva. Mi Amado, Las Montañas is his graduation film. CM / SF : Pata Negra (2015), La Chevalière (2016)


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REQUIESCAT IN PACE FABIAN PROKEIN TO A PASSERBY

ÉRIC HAROLD FICTION / 2017 / FRANCE / 12 MIN. / COUL. / INTERPRÉTATION CAST Camille CLAVEL, William FUJIWARA, Théo GAGLIONE, Rona LORIMER, Thomas PETIT, Camille POLET, Léo RICHARD SCÉNARIO, IMAGE SCRIPT, PHOTOGRAPHY Léo RICHARD SON SOUND Clémence PELOSO, Romain OZANNE MONTAGE EDITING Léo RICHARD PRODUCTION Margaux JUVÉNAL (COLLECTIF COMET) CONTACT Léo Richard (Collectif COMET) leo.richard@orange.fr Un talentueux figurant –"peut-être l’un des plus talentueux de l’histoire du cinéma"– déplore la destruction de son métier par le développement inéluctable des foules de synthèse. One talented movie extra – perhaps one of the most talented in the history of cinema – regrets the destruction of his profession by the unfaltering development of synthetic crowds.

Après des années passées à peupler les arrière-plans du cinéma, ÉRIC HAROLD rencontre Léo Richard (Le Voleur de Lisbonne, Entrevues 2016) avec qui il décide de réaliser son premier et probablement unique film. After years spent living in the backgrounds of films, Eric Harold meets Léo Richard (The Lisbon Thief, Entrevues 2016) and decides to make his first, and probably unique film with him.

FICTION / 2017 / ALLEMAGNE / 19 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION CAST Valentin BARTZSCH, Celine Marie YILDIRIM SCÉNARIO, SON SCRIPT, SOUND Fabian PROKEIN IMAGE PHOTOGRAPHY Martin HANSEN DÉCORS, MONTAGE PRODUCTION DESIGN, EDITING Fabian PROKEIN, Jenny FITZ PRODUCTION Fabian PROKEIN CONTACT Markus Kaatsch (augohr medien) markus@augohr.de Un jeune homme ressasse l’héritage que lui laisse son père. L’apparition soudaine, dans sa cuisine, en pleine nuit, d’une inconnue et d’un petit poisson va lui offrir l’occasion de parler des principaux événements de sa vie. A young man broods over his father’s legacy. In the middle of the night, a female stranger and a little fish appear in his kitchen, and he gets the opportunity to talk about essential incidents of his past.

FABIAN PROKEIN a suivi une formation d’acteur et étudie la philosophie depuis 2016 à Berlin. Requiescat in pace est son premier film. Fabian Prokein was trained as an actor and studies philosophy since 2016 in Berlin. Requiescat in pace is his first film.


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COMPÉTITION INTERNATIONALE COURTS & MOYENS MÉTRAGES

ROUGE AMOUREUSE SHE’S BEYOND ME RED LOVE

L. GARCIA

TORU TAKANO FICTION / 2017 / JAPON / 42 MIN. / COUL.

FICTION / 2017 / FRANCE / 23 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION CAST Gabriel ACREMANT, Boris SZTULMAN, Baptiste ROUSSILLON SCÉNARIO SCRIPT L. GARCIA IMAGE PHOTOGRAPHY Emmanuel FRAISSE SON SOUND Flavia CORDEY MUSIQUE MUSIC Clément GHIRARDI DÉCORS PRODUCTION DESIGN Luce JALBERT MONTAGE EDITING Sarah DINELLI, Lucas MARCHINA PRODUCTION Antoine GARNIER (Parsifal Films) CONTACT Antoine GARNIER (Parsifal Films) parsifalfilms@gmail.com Fragile, un peu paumé, Gaël est fou amoureux de Victor. Depuis que ce dernier l’a quitté pour Julie, il ferait n’importe quoi pour le récupérer. Il se rend chez lui en pleine nuit… Fragile and a bit lost, Gaël is madly in love with Victor. Since the latter left him for Julie, he will stop at nothing to get him back. He goes to his place in the dead of night…

Après des études de théâtre à l’université de Grenoble puis à Nanterre, L. GARCIA entre à la Fémis au département réalisation en 2014. Rouge Amoureuse est son premier film. After theatre studies in Grenoble then Nanterre, L. Garcia enters La Fémis film school in filmmaking department in 2014. Red Love is a first film

INTERPRÉTATION CAST Satoshi EBISU, Mayumi FUKUHARA, Erika SHIMAZU, Shohei MARUYAMA, Ma CHUNCHIH SCÉNARIO SCRIPT Toru TAKANO IMAGE PHOTOGRAPHY Tomohiko TAKENO SON SOUND Izumi MATSUNO MONTAGE EDITING Toru TAKANO PRODUCTION Toru TAKANO CONTACT Toru Takano tkntr422@yahoo.co.jp Kazuki, romancier en herbe, passe ses vacances d’été sur son île natale à écrire de nouveaux romans. De manière inattendue, il devient le responsable de l’auberge de jeunesse où il réside… One year, Kazuki, a fledgling novelist, spends his summer vacation on his hometown island writing new novels. He is unexpectedly put in charge of managing the guest house where he is staying…

TORU TAKANO est diplômé de l’université de Yokohama en innovation urbaine. She’s Beyond Me est son premier film. Toru Takano graduated from Yokohama National University of Urban Innovation. She’s Beyond Me is his first film.


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WATER FOLDS JUNGHEE BIANN SEO DOC. / 2017 / CORÉE DU SUD / 17 MIN. / N&B SCÉNARIO SCRIPT Junghee Biann SEO IMAGE PHOTOGRAPHY Junghee Biann SEO, Julien POUX SON, MUSIQUE SOUND, MUSIC Junghee Biann SEO MONTAGE EDITING Junghee Biann SEO PRODUCTION Gyung-gi Culture Center CONTACT Sichun KIM (Postpin) sichun@postfin.co.kr En Corée du Sud, sur l’île de Jeju, de vieilles femmes plongent et pêchent encore selon une méthode apprise dès leur plus jeune âge. Le film suit leur quotidien": gestes, voix, respirations se mêlent en un mouvement de vie unique. In South Korea, on the island of Jeju, old women dive and fish based on a method they learned in childhood. The film follows their daily lives: gestures, voices, and breathing are combined in a unique slice of life.

JUNGHEE BIANN SEO is a visual artist and filmmaker graduated from the Hongik University in Seoul and Le Fresnoy National Studio of Contemporary Arts in France. Junghee Biann Seo est une artiste et cinéaste diplômée de l’université Hongik à Séoul et du Fresnoy en France. CM / SF : Sing Under (2012)


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avantpremières séances spéciales


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DES JEUNES FILLES DISPARAISSENT DE CLÉMENT PINTEAUX JEAN DOUCHET, L’ENFANT AGITÉ DE FABIEN HAGEGE, GUILLAUME NAMUR, VINCENT HAASSER LE LION EST MORT CE SOIR DE NOBUHIRO SUWA MADAME HYDE DE SERGE BOZON MAKALA DE EMMANUEL GRAS LA NUIT OÙ J’AI NAGÉ DE DAMIEN MANIVEL ET KOHEI IGARASHI LES DESTINÉES D’ASHER DE MATAN YAIR JUSQU’À LA GARDE DE XAVIER LEGRAND BEAU TEMPS MAIS ORAGEUX EN FIN DE JOURNÉE DE GÉRARD FROT-COUTAZ JOURNÉE MUSIQUE & CINÉMA CINÉ-CONCERT : LE KID DE CHARLES CHAPLIN

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SÉANCES SPÉCIALES

COURT-MÉTRAGE HORS COMPÉTITION

CLÉMENT PINTEAUX FICTION / 2017 / FRANCE / 22 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION Marie DORAK, Alexandra TEDESCHI, Eva SOUQUIÈRES SCÉNARIO Clément PINTEAUX, Marie-Stéphane IMBERT, Baptiste PINTEAUX IMAGE Adrien MERVIL SON Flavia CORDEY, Saoussen TATAH, Mikhael KURC DÉCORS Hania OURABAH MONTAGE Clément PINTEAUX PRODUCTION Margaux JUVÉNAL, Anna BELGUERMI (La Fémis) Entre 1652 et 1657, 58 filles furent dévorées par un loup en Essonne. Quatre siècles plus tard, au même endroit, des jeunes filles disparaissent.

CLÉMENT PINTEAUX suit un cursus de lettres modernes et de philosophie avant d’intégrer La Fémis en département montage en 2013. Il réalise des films qui mélangent fiction, documentaire et mythologie. Des Jeunes filles disparaissent est son film de fin d’études.


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AVANT-PREMIÈRE

JEAN DOUCHET, L’ENFANT AGITÉ FABIEN HAGEGE GUILLAUME NAMUR VINCENT HAASSER DOC. / 2017 / FRANCE / 1H25 / COUL. AVEC Jean DOUCHET, Arnaud DESPLECHIN, Noémie LVOVSKY, Barbet SCHROEDER, Xavier BEAUVOIS, Saïd BEN SAÏD IMAGE Amine BERRADA SON Tristan PONTÉCAILLE MUSIQUE Arthur DAIRAINE MONTAGE Nicolas RIPOCHE PRODUCTION Kidam, Carlotta Films, Allerton Films

Figure mythique de la cinéphilie, Jean Douchet sillonne le monde entier pour rencontrer le public et parler des films qui le passionnent. Un soir, trois jeunes gens croisent son chemin. Fascinés et séduits par sa parole, le trio le suit dans ses pérégrinations et interroge ses proches, mais l’homme n’en demeure pas moins plein de mystères… Il y a huit ans, en 2008, nous étions encore lycéens et nous commencions à nous passionner pour le cinéma quand nous l’avons rencontré [Jean Douchet] à son premier ciné-club au Centre des Arts d’Enghien-lesBains, à côté de chez nous. Nous avons immédiatement été stupéfaits par le débat qui a suivi le film. Nous ne cessions de poser des questions. Jamais personne ne nous avait parlé de cinéma comme ça, avec simplicité et sagesse, ainsi qu’avec cet amour intarissable que Douchet a pour les films. (…) Il nous donnait confiance dans notre désir de faire du cinéma. Jean nous apprenait la mise en scène à travers les films car il est capable d’abolir les craintes que l’on se crée face aux œuvres qui nous semblent inaccessibles. Ainsi notre désir de devenir cinéastes à notre tour devenait plus concret. Fabien Hagege, Guillaume Namur, Vincent Haasser (note d’intention, 2017)


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SÉANCES SPÉCIALES

AVANT-PREMIÈRE

LE LION EST MORT CE SOIR NOBUHIRO SUWA FICTION / 2017 / FRANCE / 1H43 / COUL. INTERPRÉTATION Jean-Pierre LÉAUD, Pauline ÉTIENNE, Arthur HARARI, Isabelle WEINGARTEN, Louis-Do de LENCQUESAING IMAGE Tom HARARI MUSIQUE Olivier MARGUERIT MONTAGE Martial SALOMON PRODUCTION Balthazar Productions, Film-In-Evolution, Bitters End

Le tournage du film dans lequel joue Jean, un acteur âgé et célèbre, est interrompu. Il décide alors de revenir dans la maison abandonnée où vivait jadis le grand amour de sa vie. Au même moment, une bande d’enfants du quartier choisissent la demeure comme décor pour leur prochain film d’horreur. Jean-Pierre était depuis toujours un acteur très important pour moi, ce serait donc un mensonge si je disais que je n’avais jamais rêvé de travailler un jour avec lui, mais je ne pensais pas que cela pourrait se réaliser vraiment… Quand je l’ai vu, j’ai senti une puissante poésie cinématographique dans sa présence, dans sa façon d’être et de parler, ce qui m’a donné une forte envie de le filmer. À ce moment là, on a juste évoqué vaguement, l’idée de faire un film ensemble, mais rien n’était précis. Le point de départ, c’était le désir de capturer sa présence avec une caméra. (…) La mort est un sujet qu’on a souvent abordé plusieurs fois dans nos discussions avec Jean-Pierre pendant la préparation. «"La mort est la rencontre, l’important est de la voir arriver"»… Ce n’est pas une réplique que j’ai écrite. Elle est venue de l’esprit de Jean-Pierre et de ses réflexions sur la question#: «#Comment jouer la mort#?#». Et cela s’est exprimé dans son improvisation. Certes, elle est présente dans le film, mais ce qui importait le plus pour moi comme pour Jean-Pierre, c’était plutôt l’affirmation de la vie. Nobuhiro Suwa (Dossier de presse du film, 2017)


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AVANT-PREMIÈRE

MADAME HYDE SERGE BOZON FICTION / 2017 / FRANCE / 1H35 / COUL. INTERPRÉTATION Isabelle HUPPERT, Romain DURIS, José GARCIA, Adda SENANI SCÉNARIO Serge BOZON, Axelle ROPERT, D’après l’oeuvre de Robert Louis STEVENSON IMAGE Céline BOZON SON Laurent GABIOT MUSIQUE Benjamin ESDRAFFO DÉCORS Laurie COLSON MONTAGE François QUIQUERÉ PRODUCTION Les Films Pelléas, Arte

Dans un lycée professionnel en banlieue, Madame Guéquil, une timide professeur de sciences physiques, est méprisée par ses élèves et ses collègues. Un jour, elle est foudroyée et sent en elle une énergie nouvelle, mystérieuse et dangereuse… Prix d’interprétation pour Isabelle Huppert au dernier festival de Locarno. Le film est riche par ce qu’il donne à voir et à ressentir, mais en même temps ce n’est pas un film sur la réflexion, c’est un film qui joue la réflexion en direct avec le spectateur. Ce n’est pas un sujet qu’on traite, c’est une expérience qu’on tente. Réfléchir. Alors le spectateur doit faire son choix. Ce qui m’a frappé, c’est la façon dont le spectateur est violemment concerné dans le film. Il y aura forcément le spectateur qui rejettera le film, à cause du croisement des genres, de la stylisation ou de l’appel sans précaution à son intelligence de collégien, ou au contraire celui qui va adhérer totalement au film parce que l’intelligence devient le sujet visible et sensoriel. C’est la première fois que je vois un film comme ça, un film qui se permet de travailler quelque chose de tout à fait abstrait, la réflexion, en lui donnant concrètement corps par la mise en scène. Jean Douchet (entretien avec Serge Bozon, dossier de presse du film, 2017)


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SÉANCES SPÉCIALES

AVANT-PREMIÈRE

MAKALA EMMANUEL GRAS DOC. / 2016 / FRANCE, ROYAUME-UNI / 1H36 / COUL. INTERPRÉTATION Kabwita KASONGO, Lydie KASONGO SCÉNARIO, IMAGE Emmanuel GRAS SON Manuel VIDAL MUSIQUE Gaspar CLAUS MONTAGE Karen BENAINOUS PRODUCTION Bathysphère

Au Congo (RDC), un jeune villageois espère offrir un avenir meilleur à sa famille. Il a comme ressources ses bras, la brousse environnante et une volonté tenace. Parti sur des routes dangereuses et épuisantes pour vendre le fruit de son travail, il découvrira la valeur de son effort et le prix de ses rêves. Prix de la semaine de la critique, Cannes 2016. J’avais déjà fait deux tournages en tant que chef opérateur dans cette région et j’avais été marqué par le fait de rencontrer partout des hommes et des femmes transportant à pied des chargements de toutes sortes. Même au milieu de la brousse, on était sûr de croiser quelqu’un transportant quelque chose. Mais c’est l’image de gens poussant des vélos surchargés de sacs de charbon qui m’a visuellement le plus frappé. Je me suis alors demandé d’où ils venaient, quelles distances ils parcouraient, qu’est-ce que cela leur rapportait… (…) Je suis allé dans les villages autour de Kolwezi pour rencontrer des gens qui faisaient du charbon. J’ai rencontré Kabwita à Walemba et j’ai su très vite que je voulais faire le film avec lui. J’aimais son attitude, un peu en retrait mais pas timide, son allure, et surtout son regard, plutôt doux mais très vif. Il y a des gens pour qui on a simplement tout de suite de la sympathie, vers qui on est attiré et c’était le cas avec lui. Un an après, je suis revenu, et nous avons commencé à filmer. Emmanuel Gras (dossier de presse du film, 2017)


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AVANT-PREMIÈRE

LA NUIT OÙ J’AI NAGÉ DAMIEN MANIVEL KOHEI IGARASHI FICTION / 2017 / FRANCE, JAPON / 1H19 / COUL. INTERPRÉTATION Chisato KOGAWA, Takara KOGAWA IMAGE Wataru TAKAHASHI SON, MUSIQUE Jérôme PETIT MONTAGE William LABOURY PRODUCTION MHD Films

Comme chaque nuit, un poissonnier se rend au marché en ville. Réveillé par son départ, son fils de six ans n’arrive pas à se rendormir. Le matin, sa silhouette pleine de sommeil s’écarte du chemin de l’école et titube dans la neige, vers la ville… Le nouveau film du réalisateur du Parc, Grand Prix Janine Bazin, Entrevues 2016. En se plaçant ainsi dans la bulle de l’enfance et dans le sillage de leur petit personnage, les deux réalisateurs réussissent à restituer toute la fraicheur et l’inconscience de cet âge, une ambition loin d’être évidente sur le papier et parfois proche du funambule oscillant sur son fil, mais qu’ils mènent subtilement à son terme, le charme opérant sur la longueur et le film laissant une talentueuse empreinte dans l’esprit du spectateur. (…) Filmé en très beaux plans fixes et jouant à merveilles des ambiances sonores, La Nuit où j’ai nagé est une oeuvre tissée avec un grand art de la simplicité allusive. Souvent drôle et sachant ménager en douceur un minimum de suspense autour de son fil conducteur ultra-réaliste, le film a presque l’allure d’un conte poétique des temps modernes sur les liens profonds unissant deux êtres et sur le monde contemporain qui les sépare, un espace qui semble infranchissable et qui pourtant ne l’est pas dans l’âme innocente d’un enfant. Fabien Mercier (Cineeuropa, Septembre 2017)


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SÉANCES SPÉCIALES

AVANT-PREMIÈRE COUP DE CŒUR DE L’ACID

LES DESTINÉES D’ASHER DROGA ASZERA

MATAN YAIR FICTION / 2017 / ISRAËL, POLOGNE / 1H30 / COUL. INTERPRÉTATION Asher LAX, Ami SMOLARTCHIK, Yaacov COHEN, Keren BERGER SCÉNARIO Matan YAIR IMAGE Bartosz BIENIEK SON Mateusz ADAMCZYK MUSIQUE Michi WIANCKO, Judd GREENSTEIN MONTAGE Dov STOYER PRODUCTION Green Productions, Film Produkcja, Gesher Multicultural Film Fund

Asher, 17 ans, est partagé entre l’influence de son charismatique professeur de littérature et celle de son père qui souhaite le voir reprendre l’entreprise familiale d’échafaudages. Inspiré de l’histoire vraie d’Asher Lax, ancien élève du réalisateur quand celui-ci enseignait la littérature dans un lycée israëlien. Le jeune Asher, ses claquettes aux pieds, est à la recherche de sa place dans le monde, mais son chemin pour la trouver ne ressemble à aucun autre. L’émotion au cinéma surgit souvent parce qu’il y a surprise, quelque chose d’insoupçonnable qui fait effraction, quelque chose qui peut être beau et inquiétant à la fois. En cela, il n’y a pas un cinéma réactionnaire et un cinéma moderne, il y a juste un cinéma du programme et un cinéma de la surprise. Quand Asher prend la parole, c’est toujours par effraction, une rupture qui interrompt le cours de l’histoire. (…) Matan Yair a découvert un acteur incroyable qui ne bouge comme aucun autre, qui à travers son personnage invente un rythme unique, éruptif, violent et finalement bouleversant. Le personnage interrompt chaque scène, détruit chaque programme et conduit ainsi le film dans des endroits insoupçonnables. Pourquoi agit-il ainsi#? Peut-être répond-t-il, comme il peut ou comme il veut, à l’environnement et à la violence qui traverse Israël. À travers ce corps, Les Destinées d’Asher nous montre en tout cas ce pays comme nous ne l’avons jamais vu. Patric Chiha (catalogue de l’ACID, 2017)


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AVANT-PREMIÈRE FILM SOUTENU PAR LA RÉGION BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ

JUSQU’À LA GARDE XAVIER LEGRAND DOC. / 2017 / FRANCE / 1H33 / COUL. INTERPRÉTATION Léa DRUCKER, Denis MÉNOCHET, Thomas GIORIA, Mathilde AUNEVEUX SCÉNARIO Xavier LEGRAND IMAGE Nathalie DURAND SON Julien SICART MUSIQUE Thibault DEBOAISNE DÉCORS Emilie FERRENQ MONTAGE Yorgos LAMPRINOS PRODUCTION K.G. Productions, France 3 Cinéma, CNC

Le couple Besson divorce. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. Mais la juge choisit d’accorder une garde partagée. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher le pire…Le film a remporté cette année le Lion d’Argent et le prix du Meilleur Premier Film à la Mostra de Venise. Trois films m’ont guidé dans l’écriture#: Kramer contre Kramer, La Nuit du Chasseur et Shining. Je les ai oubliés ensuite, au moment du tournage, mais ils m’ont aidé à réfléchir aux thèmes que je voulais traiter, et à trouver les humeurs et les ambiances que mes personnages traversent. Kramer contre Kramer est un film sur le droit parental qui m’a beaucoup marqué. On y voit, pour la première fois, une femme abandonner l’exclusivité de la garde de ses enfants et il dépeint, avec une acuité terrible, la douleur de la séparation. La Nuit du Chasseur montre comment l’on peut se montrer sans concession avec les enfants pour arriver à ses fins. Shining m’a inspiré pour la dernière partie de mon film, la folie, l’enferment, la terreur. La violence conjugale peut mener à l’épouvante pure et c’est ce que je voulais raconter. Xavier Legrand (dossier de presse du film, 2017)


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SÉANCES SPÉCIALES

AVANT-PREMIÈRE PATRIMOINE

GÉRARD FROT-COUTAZ FICTION / 1985 / FRANCE, BELGIQUE / 1H25 / COUL. INTERPRÉTATION Micheline PRESLE, Claude PIÉPLU, Xavier DELUC, Tonie MARSHALL SCÉNARIO Jacques DAVILA, Gérard FROT-COUTAZ IMAGE Jean-Jacques BOUHON SON Yves ZLOTNICKA MUSIQUE Roland VINCENT DÉCORS Bénédict BEAUGÉ MONTAGE Franck MATHIEU, Paul VECCHIALI PRODUCTION Les Films A2, Diagonale Diffusion, J.M. Productions

Présenté en version restaurée, le tout premier long métrage de Gérard Frot-Coutaz porte un regard tendre sur la difficulté de vieillir.

Été 1985, à Ménilmontant. Jacques et Jacqueline sont mariés depuis quarante ans. Leur vie commune balance entre la tendresse et l’agacement. Aujourd’hui, l’atmosphère est à l’orage et leur fils, Bernard, débarque à l’improviste avec sa nouvelle amie… Équilibre entre une intrigue minimaliste, une mise en scène sobre et elliptique d’une part et d’autre part la richesse et la subtilité du jeu des acteurs, qui réussissent à donner chair (et âme) à ce canevas transparent, construit autour de quelques situations. (…) Le film glisse du côté de la comédie dramatique, se rapprochant de modèles plus ambitieux, quelque part entre Becker et McCarey, tableau d’un quotidien qui oscille entre l’insipide (rien de ce qui devrait se passer ne se passe) et de légères secousses sismiques (moments de crise vite désamorcées en apparence, mais s’accumulant, comme les nuages dans le ciel pour aboutir au drame – à l’orage – final). Crise de la communication, de la transmission, de l’héritage, il n’y a même plus de conflit de générations, juste un décalage. D’où la mise en place d’une fiction-gruyère, meublée d’attentes déçues et accumulant les signes discrets de l’implacable dégradation des choses et des êtres. Thierry Cazals (Cahiers du cinéma, Juin 1986)


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JOURNÉE MUSIQUE ET CINÉMA

LES NOUVEAUX TERRITOIRES MUSICAUX DU CINÉMA Organisée avec les Rencontres régionales de l’éducation artistique aux images du Pôle Image de Bourgogne-Franche-Comté

LE CINÉMA EST-IL SOLUBLE DANS L’ÉLECTRONIQUE ? RENCONTRE AVEC THIERRY JOUSSE, RÉDACTEUR EN CHEF DES CAHIERS DU CINÉMA DE 1991 À 1996, RÉALISATEUR ET AUTEUR.

Depuis les premiers usages du theremin au début des années 50 jusqu’à l’intégration tous azimuts de l’électronique dans le cinéma contemporain, la musique de film a parcouru un long chemin qui passe aussi bien par les groupes allemands des années 70 (Popol Vuh, Tangerine Dream…), par les partitions d’Edward Artemiev pour les films de Tarkovsky que par les films de John Carpenter, sans oublier les incursions de Air chez Sofia Coppola ou les expériences de Quentin Dupieux dans ses propres films… Je vous propose un voyage au pays des machines qui tentera de mesurer les effets, pervers ou non, de l’électro sur le cinéma. Bienvenue dans le monde des images sonores.

ONEOHTRIX POINT NEVER : AUX FRONTIÈRES DU SOMMEIL RENCONTRE AVEC THOMAS MALÉSIEUX, MÉDIATHÉCAIRE ET CRITIQUE POUR THEARTCHEMISTS.COM.

Un parcours en images dans l’univers du compositeur Daniel Lopatin (BO de Good Time des frères Safdie, The Bling Ring de Sofia Coppola…). Entre influences revendiquées ou imaginées, collaborations et commandes,… Comment Oneohtrix Point Never est-il devenu une figure singulière du paysage musical actuel#?

LE CIEL ÉTOILÉ AU DESSUS DE MA TÊTE (2017, 1H17, COMPÉTITION PREMIÈRES FICTIONS FRANÇAISES) Projection suivie d’une MASTER CLASS avec Ilan Klipper, réalisateur, et Frank Williams, compositeur. (p.30)

CONCERT FRANK WILLIAMS AND THE GHOST DANCE Tonalités incantatoires, rythmiques à réveiller les esprits, Ghost Dance appelle à la libération des âmes et des corps entre rock chamanique et ballades hypnotiques. AVEC : Frank WILLIAMS (Voix, Guitares), Valentine CARETTE (Voix, percussions) et POUMCHAK (Batterie)

FRANK WILLIAMS est chanteur et musicien. Il sillonne depuis sa jeunesse la voie ouverte par les mystiques du rock et les crooners de la soul music. Après avoir fondé le duo Williams Traffic au début des années 2000, il prend en charge le studio d’enregistrement La Fugitive, à Menilmontant, où il réalise les albums d’une nouvelle scène parisienne en pleine effervescence ainsi que de nombreuses musiques de film. Il fonde Ghost Dance, un groupe au son radical et chamanique, influencé par les mystiques du rock, le blues de Robert Johnson et la coldwave européenne.


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PASSION DE BRIAN DE PALMA LA JALOUSIE DE PHILIPPE GARREL MAPS TO THE STARS DE DAVID CRONENBERG ELLE DE PAUL VERHOEVEN TOUT DE SUITE MAINTENANT DE PASCAL BONITZER LA PETITE LISE DE JEAN GRÉMILLON LA DAME DE TOUT LE MONDE DE MAX OPHULS LE DESTIN DE MADAME YUKI DE KENJI MIZOGUCHI LES NUS ET LES MORTS DE RAOUL WALSH JUSTE AVANT LA NUIT DE CLAUDE CHABROL LE LIEU DU CRIME DE ANDRÉ TÉCHINÉ ÉTAT SECOND DE PETER WEIR BULWORTH DE WARREN BEATTY TURNING GATE DE HONG SANG-SOO LE STRATÈGE DE BENETT MILLER

P.61 P.62 P.63 P.64 P.65 P.66 P.67 P.68 P.69 P.70 P.71 P.72 P.73 P.74 P.75


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LA FABBRICA : LE FESTIVAL RÊVÉ DE SAÏD BEN SAÏD

Saïd Ben Saïd,

On ne parle pas assez du rôle central des producteurs dans l’Histoire du cinéma, souvent injustement réduit à une affaire d’argent et de pouvoir plus que de création (le sordide scandale Weinstein venant malheureusement confirmer quelques tenaces clichés). Le destin de bien des cinéastes s’est pourtant souvent joué sur la confiance que des producteurs leur ont accordée afin qu’ils puissent réaliser leur premier film et, affaire plus compliquée encore, pour leur donner la possibilité d’en réaliser d’autres. Si Saïd Ben Saïd a acquis en peu de temps la reconnaissance de nombreux cinéphiles c’est d’abord parce qu’il a permis à quelques grands cinéastes que nous avions cru égarés de faire leur retour : Brian de Palma avec Passion (en 2012, après cinq ans de silence), Paul Verhoeven avec Elle (en 2016, dix ans après son précédent long-métrage). Pour y parvenir, il a su leur offrir ce que tout producteur devrait pouvoir apporter à un cinéaste#: une raison de désirer encore (l’idée de remake ou le roman à l’origine de chacun des deux films cités), des conditions de travail et une économie à leur mesure. Ainsi, la plupart des films produits par Saïd Ben Saïd avec sa propre société (SBS Productions, fondée en 2010) semblent être nés d’une concordance entre son admiration pour des cinéastes et la nécessité qu’avaient ceux-ci de trouver de nouveaux moyens de créer. C’est pourquoi il a jusqu’à présent surtout produit des auteurs confirmés mais aux trajectoires aventureuses, incertaines, menacées. On comprend qu’il soit tant touché par Le Stratège (Moneyball, 2011) de Bennett Miller, dont le résumé qu’il propose semble être une manière indirecte de définir sa propre posture (il suffit de remplacer «#entraîneur#» par «#producteur#» et «#joueurs de base-ball#» par «#cinéastes#») : «#C’est un entraîneur qui va chercher de très bons joueurs de base-ball mais qui n’ont plus de place dans aucune équipe parce qu’ils ont vieillis et que les jeunes les ont remplacés#»*. Lorsqu’il a commencé à produire en son nom (après avoir travaillé pour M6 puis UGC), il a probablement ressenti une urgence

* Tous les propos de Saïd Ben Saïd cités dans ce texte sont issus d’un entretien réalisé pour l’occasion par Lili Hinstin, Anna Tarassachvili et l’auteur.


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comparable à celle de cet entraîneur en allant repêcher des auteurs trop vite mis sur le banc de touche, ou menacés de l’être. C’était sa façon de rendre ce qu’il leur devait à des cinéastes admirés. N’y a-t-il pas de plus belle raison de devenir producteur#? Précisons ici qu’il est aujourd’hui conscient d’être arrivé à un tournant#; après avoir surtout aidé les anciens, comme si c’était la première mission qu’il s’était donnée, il sent de plus en plus la nécessité de se tourner vers de jeunes cinéastes#: Kleber Mendoça Filho, et bientôt Nadav Lapid. Mais revenons en arrière, remontons aux origines. Très tôt, Saïd Ben Saïd a su que son amour du cinéma ne le conduirait pas à être cinéaste ou critique mais producteur. Un producteur par passion et vocation, ce n’est sans doute plus si fréquent. Tout part donc de sa cinéphilie, éclose pendant son enfance à Tunis, plus tard nourrie de cassettes VHS envoyées depuis la Belgique et enrichie grâce à un oncle qui lui fit lire Les Cahiers du cinéma et lui permit de rencontrer quelques amis à lui, collaborateurs ou proches de la revue#: André Téchiné, Jean-Claude Biette, Serge Daney, Pascal Bonitzer, Jean Douchet. Fidèle à ses années d’apprentissage, Saïd Ben Saïd collaborera avec Téchiné (lorsqu’il travaillait pour UGC) et produira des films de Bonitzer (trois jusqu’à présent#: Le Grand alibi, 2009, Cherchez Hortense, 2012#; Tout de suite maintenant, 2016). De l’enseignement de Jean Douchet, il gardera un goût prononcé pour le classicisme et ses prolongements (il est significatif que ses deux cinéastes de la Nouvelle Vague préférés soient Eric Rohmer et Claude Chabrol), et pour un cinéma puisant volontiers dans la littérature (qu’il considère comme «#au-dessus de tout#») ou le théâtre. De Grémillon à Cronenberg, d’Ophüls à Verhoeven, de Mizoguchi à Polanski, on retrouve cette exigence classique et ce goût du romanesque dans les films qui constituent son «#festival rêvé#» (p.59) autant que dans ceux qu’il a produits#: une inclination pour des récits complexes, pour un cinéma de la parole ou des méandres psychologiques. Philippe Garrel pourrait apparaître comme une exception dans son catalogue, en tant que cinéaste plus sensitif que narratif, privilégiant une forme plus poétique que romanesque, mais les trois films de lui qu’il a produits (La Jalousie, 2013#; L’Ombre des femmes, 2015#; L’Amant d’un Jour, 2017) sont justement ceux dont les récits sont les plus linéaires et resserrés. Ces deux-là se sont rencontrés au bon moment. On peut aussi lier à sa cinéphilie, autant qu’à sa double nationalité, la propension de Saïd Ben Saïd à enjamber les frontières géographiques et à provoquer de fructueuses migrations. Chez lui, cela relève parfois d’une savante alchimie, qui échappe totalement aux écueils et aux concessions inhérentes à tant de co-productions internationales : les résultats attestent qu’il sait exactement ce qu’il fait lorsqu’il propose au canadien Cronenberg de tourner son premier film sur le sol des États-Unis (Maps to the Stars, 2014), à l’américain Brian de Palma de réaliser le remake d’un film français (Passion) ou au hollandais Verhoeven de venir faire un film en France (Elle). Ici, le producteur ne se contente pas de relancer le désir du cinéaste à travers une commande, mais il le pousse également à se déterritorialiser, à prendre le risque d’un déplacement qui s’avèrera à chaque fois très productif. Ben Saïd lui-même n’est pas enraciné dans un seul territoire, il est un franco-tunisien travaillant en France mais avec un tropisme hollywoodien et portant un regard assez critique sur un cinéma français qu’il juge avec une saine sévérité (même s’il ne cache pas son admiration pour de jeunes cinéastes comme Alain Guiraudie ou Léa Fehner). C’est sans doute ce qui le pousse à toujours aller chercher ailleurs, jusqu’au Brésil ou en Israël. On pourrait comparer son rapport à la géographie à son lien avec l’histoire#: sa mémoire cinéphilique le situe sur un autre terrain que la plupart des autres producteurs. Ni strictement français, ni obsédé par la nécessité d’être à tout prix «#actuel#», il produit des films intemporels, insoumis aux modes, souvent même délicieusement à contre-courant. Sa cinéphilie n’est cependant pas nostalgique (un producteur


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nostalgique finirait d’ailleurs par ne plus rien produire). On l’a vu, il ne demande pas aux cinéastes qu’il produits, même à ceux qu’il sollicite par admiration, de refaire ce qu’ils ont déjà fait mais de tenter des expériences nouvelles. Quand on discute avec Ben Saïd, qui apparaît comme l’exact contraire du cliché du producteur arrogant, on devine ce qui chez lui doit rassurer et encourager les réalisateurs#: un mélange de modestie (qui confine à la timidité) et de précision, d’écoute et de rigueur. Car sa seule passion n’aurait pas suffi pour produire tant de films si singuliers, elle serait bien peu sans son sens très précis des nécessités artistiques et matérielles des cinéastes, des limites qu’il souhaite leur imposer et de celles qu’il peut leur permettre de dépasser. Pour ce producteur qui revendique comme seul modèle Rohmer et les Films du Losange, il faut déterminer pour chaque film l’espace de sa possibilité et de sa viabilité, et construire avec chaque réalisateur un système économique qui lui convienne. Si le producteur idéal est bien celui qui est capable de rêver d’un film avec un cinéaste, il doit aussi faire en sorte que ce rêve ne déborde jamais de la raison pour qu’il puisse se prolonger sans encombre jusqu’à sa réalisation. Il s’agit de trouver le plus juste équilibre entre le temps et l’argent, entre le confort et le risque, entre un savoir-faire et la nécessité de se renouveler. Sa collaboration avec Philippe Garrel est particulièrement exemplaire. Il lui a permis de travailler presque comme un réalisateur de série B, à la fois légèrement et rapidement, selon des modalités très précisément définies et respectées#: budget réduit, pellicule en noir et blanc, six mois de préparation avec les acteurs puis vingt jours de tournage, pour un film d’une durée d’environ 75 minutes. Ce mode de fonctionnement a incontestablement permis à Garrel de trouver un nouvel élan, d’entamer un nouveau cycle. «#Je pense, nous a dit Saïd Ben Saïd, que les associations fécondes sont celles où on rêve le même film, le cinéaste et moi. Avec Verhoeven j’ai vu le film que j’avais imaginé#». On suppose qu’il ne doit pas y avoir de plus belle satisfaction pour un producteur que d’être le premier spectateur d’un film réalisé par un autre mais conforme à la manière dont on l’a soi-même imaginé. N’est-ce pas le fantasme de tout cinéphile#? Marcos Uzal

MARCOS UZAL

Marcos Uzal est membre du comité de rédaction de la revue Trafic, où il écrit régulièrement. Il est aussi critique pour le journal Libération. Il a codirigé des ouvrages sur Tod Browning, Jerzy Skolimowski, Guy Gilles. Il est directeur de la collection « Côté films » aux éditions Yellow Now, pour laquelle il a écrit un essai sur Vaudou de Jacques Tourneur. Il est également responsable de la programmation cinéma à l’auditorium du Musée d’Orsay.


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Le festival rêvé de Saïd Ben Saïd : LE BARON DE L’ARIZONA (The Baron of Arizona) de Samuel Fuller (1950) ZVENIGORA d’Alexandre Dovjenko (1928) LA PETITE LISE de Jean Grémillon (1930) CIGALON de Marcel Pagnol (1935) JUSTE AVANT LA NUIT de Claude Chabrol (1971) LE BANDIT (The Naked Dawn) d'Edgar G. Ulmer (1955) MADADAYO d'Akira Kurosawa (1933) BULWORTH de Warren Beatty (1998) L'ÉCLAIR (Inazuma) de Mikio Naruse (1952) PLENTY de Fred Schepisi (1985) ÉTAT SECOND (Fearless) de Peter Weir (1993) LE ROMAN D’UN TRICHEUR de Sacha Guitry (1936) LE BAGARREUR DU TENNESSE (Tennessee’s partner) d’Allan Dwan (1955) L'ÉTRANGLEUR (The Boston Strangler) de Boston de Richard Fleischer (1968) À BOUT DE COURSE (Running on Empty) de Sidney Lumet (1988) TEODORA IMPÉRATRICE DE BYZANCE de Riccardo Freda (1954) ALLÔ, BRIGADE SPÉCIALE (Experiment in Terror) de Blake Edwards (1962) LA DAME DE TOUT LE MONDE (La Signora di tutti) de Max Ophuls (1934) L’AIGLE VOLE AU SOLEIL (The Wings of Eagles) de John Ford (1957) LA DAME DE MUSACHINO (Musashino-Fujin) de Kenji Mizoguchi (1951) MÉLODIE POUR UN MEURTRE (Sea of Love) de Harold Becker (1989) A BRIGHTER SUMMER DAY d'Edward Yang (1991) FOXCATCHER de Benneth Miller (2014) CONTE D'AUTOMNE d'Eric Rohmer (1998) LE LIEU DU CRIME d'André Téchiné (1986) LE VISITEUR (Agantuk) de Satyajit Ray (1991) SIMON DU DÉSERT (Simón del desierto) de Luis Bunuel (1965) LES NUITS BLANCHES (Le Notti bianche) de Luchino Visconti (1957) LE SUD (El Sur) de Victor Erice (1983) CLOSE UP (Nema-ye Nazdik) de Abbas Kiarostami (1990) LE DESTIN DE MADAME YUKI (Yuki fujin ezu) de Kenji Mizoguchi (1950) TURNING GATE de Hong Sang-soo (2002) LA FEMME SUR LA PLAGE de Jean Renoir (1947) L’INTRUSE (City Girl) de F-W. Murnau (1930) L’OPINION PUBLIQUE (A Woman of Paris) de Charles Chaplin (1923) FEMME OU MAÎTRESSE (Daisy Kenyon) d’Otto Preminger (1947) LES NUS ET LES MORTS (The Naked and the Dead) de Raoul Walsh (1958) L’ÉVANGILE SELON SAINT MATHIEU (Il Vangelo secondo Matteo) de Pier Paolo Pasolini (1964) MYSTIC RIVER de Clint Eastwood (2003) LE RÊVE DE CASSANDRE (Cassandra’s Dream) de Woody Allen (2007) FIN AOÛT, DÉBUT SEPTEMBRE d’Olivier Assayas (1999) LA VIE EST UN ROMAN d’Alain Resnais (1983) LE CAPORAL ÉPINGLÉ de Jean Renoir (1962) HATARI ! de Howard Hawks (1962) COMPLOT DE FAMILLE (Family Plot) de Alfred Hitchcock (1976) LE FILS UNIQUE (Hitori musuko) de Yasujirõ Ozu (1936) LE STRATÈGE (Moneyball) de Benett Miller (2011)


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LES RENCONTRES FABBRICA

Saïd Ben Saïd nous fait partager avec ses collaborateurs les secrets de fabrication d’un film au cours des «#rencontres Fabbrica#».

FABBRICA 1

AVEC FRANÇOIS GÉDIGIER (MONTEUR DE PASSION DE BRIAN DE PALMA)

François Gédigier est un monteur de cinéma français. Il a notamment travaillé avec Arnaud Desplechin (La Vie des morts ; La Sentinelle), Patrice Chéreau (La Reine Margot ; Persécution), et Claude Berri (Une femme de ménage ; Ensemble, c’est tout), mais aussi Brian de Palma (Passion) et Philippe Garrel (L’Ombres des femmes ; L’Amant d’un jour). Il a également travaillé sur Dancer in the Dark de Lars von Trier, réputé pour son montage complexe dû au très grand nombre de caméras utilisées pour les scènes musicales. Récemment, il a monté Barbara de Mathieu Amalric.

FABBRICA 2

AVEC PASCAL BONITZER (SCÉNARISTE DU LIEU DU CRIME D’ANDRÉ TÉCHINÉ ET RÉALISATEUR DE TOUT DE SUITE MAINTENANT )

Pascal Bonitzer est un scénariste, critique et réalisateur français. Il commence à écrire pour les Cahiers du Cinéma en 1969. En 1976, il adapte le livre de Michel Foucault, Moi, Pierre Rivière, ayant égorgé ma mère, ma sœur et mon frère pour René Allio. Il commence à travailler comme scénariste, notamment avec Jacques Rivette – plus de dix films dont La Belle Noiseuse et Va savoir, mais aussi Raoul Ruiz (Trois vies et une seule mort, Généalogies d’un crime) ou encore Barbet Schroeder, Chantal Akerman et André Téchiné, avec qui il collabore à de nombreuses reprises (Le Lieu du crime, Les Innocents, Ma saison préférée…). Il devient directeur du département scénario à la Fémis en 1986 et réalise son premier long-métrage, Encore, en 1996. Suivront Rien sur Robert (1999) ou Petites coupures (2003). Ses trois derniers films ont été produits par Saïd Ben Saïd : Le Grand Alibi (2008), Cherchez Hortense (2012) et Tout de suite maintenant (2016).

FABBRICA 3

AVEC JEAN DOUCHET

Jean Douchet est un critique, historien du cinéma, réalisateur, enseignant et conférencier. Plume emblématique des Cahiers du cinéma (dont il sera le rédacteur en chef adjoint, bras droit d’Eric Rohmer, entre 1958 et 1963), Jean Douchet y fera entrer quelques figures désormais indissociables de la revue mythique, telles que Barbet Schroeder ou Serge Daney. Il a publié plusieurs ouvrages sur le cinéma, entre autres : L’Art d’aimer et Alfred Hitchcock, mais aussi Nouvelle Vague et un recueil de chroniques : La DVDéothèque de Jean Douchet. Connu pour son goût de la transmission, il a enseigné dans de nombreuses écoles et universités. Il anime également des ciné-clubs notamment à la Cinémathèque française.


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FILMS PRODUITS PAR SAÏD BEN SAÏD

PASSION BRIAN DE PALMA

Dans une grande multinationale, deux femmes se livrent à un jeu pervers de séduction et de manipulation.

FICTION / 2013 / ALLEMAGNE, FRANCE / 1H41 / COUL.

J’ai rencontré De Palma à New York en décembre 2010 pendant la préparation de Carnage de Polanski. Je lui avais envoyé un dvd de Crime d’amour deux semaines auparavant et lui avais proposé d’en faire le remake. Il avait adoré le film de Corneau et m’avait dit pendant notre déjeuner «"I think I can do better"». Nous ne nous sommes pas dit grand chose de plus. Il arriva à Paris où il avait un appartement un mois plus tard et commença à écrire le scénario de Passion. On se voyait dans un restaurant sinistre du dix-septième arrondissement deux fois par semaine. C’est un neurasthénique, un grand triste et certainement (pour ces raisons) le cinéaste le plus drôle que je connaisse. Il est également très cinéphile et nous parlions beaucoup de vieux films ensemble. Il adorait me moucher quand on parlait de cinéma. Quand je lui demandais ce qu’il avait pensé de tel film dont je lui avais prêté le dvd la veille, sa réponse était toujours «#I hated it"». Les discussions étaient toujours passionnantes. Le scénario à proprement parler l’intéressait peu. Il ne parlait que de mise en scène. Dès qu’il avait une nouvelle scène en tête, il savait comment il allait la découper, où la caméra allait être bien avant d’en écrire les dialogues. C’est un cinéaste prodigieusement doué sur le plateau. Ses colères sont légendaires dans l’industrie mais nos rapports ont toujours été très bons à l’exception d’une ou deux discussions un peu tendues pendant le montage. Saïd Ben Saïd (Entrevues, 2017)

INTERPRÉTATION Rachel MCADAMS, Noomi RAPACE, Karoline HERFURTH, Paul ANDERSON, Max URLACHER SCÉNARIO Brian DE PALMA, d’après le scénario original d’Alain CORNEAU et Nathalie CARTER IMAGE José Luis ALCAINE MUSIQUE Pino DONAGGIO DÉCORS Cornelia OTT MONTAGE François GÉDIGIER PRODUCTION SBS Films, Integral Film


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FILMS PRODUITS PAR SAÏD BEN SAÏD

LA JALOUSIE PHILIPPE GARREL FICTION / 2013 / FRANCE / 1H17 / N&B INTERPRÉTATION Louis GARREL, Anna MOUGLALIS, Esther GARREL, Olga MILSHTEIN, Rebecca CONVENANT SCÉNARIO Philippe GARREL, Marc CHOLODENKO, Caroline DERUAS-GARREL, Arlette LANGMANN IMAGE Willy KURANT MUSIQUE Jean-Louis AUBERT MONTAGE Yann DEDET PRODUCTION SBS Productions

Une fillette observe le couple passionnel que forment son père et sa nouvelle compagne, bientôt gangréné par la jalousie. Le premier film de Garrel que je devais produire était La Lune crevée, d’après une nouvelle de Stendhal San Francesco a Ripa, mais je n’ai pas pu le financer car le projet n’obtint pas l’avance sur recettes et le devis était beaucoup trop élevé pour se lancer dans cette entreprise sans aide publique. Philippe eut alors envie de tourner un film sur son père qui venait de mourir. C’est comme ça que le projet de La Jalousie est né. Le scénario fut écrit en deux mois et réalisé en vingt jours à Paris en noir et blanc avec une équipe réduite. Cela est devenu par la suite le cahier des charges des deux autres longs-métrages que nous avons faits ensemble, L’Ombre des femmes et L’Amant d’un jour. En contrepartie de ce tournage éclair qui impliquait généralement une à deux prises par plan, j’acceptais de laisser Garrel répéter avec ses comédiens au moins six mois avant le début du tournage en payant les répétitions de sorte que les coûts de développement, c’est à dire l’argent investi en risque avant d’avoir la certitude que le film sera produit, atteignaient des niveaux très élevés. Nos discussions étaient parfois longues et âpres mais nous avons fini par trouver tous les deux un système de production adapté et non déficitaire et je suis vraiment très fier des trois films que nous avons faits ensemble. SBS (Entrevues, 2017)


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FILMS PRODUITS PAR SAÏD BEN SAÏD

MAPS TO THE STARS DAVID CRONENBERG FICTION / 2014 / FRANCE / 1H51 / COUL. INTERPRÉTATION Julianne MOORE, Mia WASIKOWSKA, John CUSACK, Robert PATTINSON, Olivia WILLIAMS SCÉNARIO Bruce WAGNER IMAGE Peter SUSCHITZKY MUSIQUE Howard SHORE DÉCORS Carol SPIER MONTAGE Ronald SANDERS PRODUCTION Integral Film, Prospero Pictures, SBS Productions et Sentient

Chronique sombre et cruelle du microcosme hollywoodien où gravitent un enfant-star de treize ans sorti de cure de désintoxication, une actrice vieillissante hantée par le fantôme de sa mère, un chauffeur de limousine qui se rêve star de cinéma et une jeune femme de retour à Los Angeles après un passage en hôpital psychiatrique. J’ai rencontré Cronenberg pour la première fois en 2003 et avais développé avec lui une adaptation du roman de Martin Amis, London Fields, qu’il n’a finalement plus souhaité réaliser par la suite. Nous sommes restés en contact car nous avions le même avocat à Los Angeles, Joel Behr. C’est lui qui m’a appris que Maps to the stars était un roman que David avait envie d’adapter depuis vingt ans. J’ai alors revu Cronenberg au festival de Cannes en 2012 au moment de la présentation de Cosmopolis et c’est à ce moment là que le projet a commencé à redevenir concret. Le film a été tourné l’été 2013 et présenté à Cannes en 2014. Le principe de production du film était le même que Carnage de Polanski, à savoir des acteurs payés au même tarif selon la clause de la nation la plus favorisée. Tous les intérieurs furent tournés en studio et en décors naturels à Toronto et le film fut financé en grande partie grâce à l’argent canadien et à une coproduction que j’ai pu monter avec Alfred Huermer, le coproducteur allemand de Passion, ce qui m’a permis d’obtenir la qualification européenne pour le film. SBS (Entrevues, 2017)


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FILMS PRODUITS PAR SAÏD BEN SAÏD

ELLE PAUL VERHOEVEN FICTION / 2016 / BELGIQUE, FRANCE / 2H11/ COUL. INTERPRÉTATION Isabelle HUPPERT, Laurent LAFITTE, Anne CONSIGNY, Charles BERLING, Virginie EFIRA SCÉNARIO David BIRKE, d’après le roman Oh… de Philippe DJIAN IMAGE Stéphane FONTAINE SON Katia BOUTIN, Jean-Paul MUGEL, Alexis PLACE MUSIQUE Anne DUDLEY MONTAGE Job ter BURG PRODUCTION SBS Productions ; SBS Films, France 2 Cinéma, Entre Chien et Loup, Twenty Twenty Vision

Michèle est une femme déterminée qui dirige sa société de jeux vidéo d’une main de fer. Un soir, un inconnu pénètre chez elle et la viole. Le lendemain, elle se rend à son travail et continue sa vie comme si de rien n’était… ou presque. Au mois de janvier 2012, Philippe Djian me téléphone pour me proposer de lire son roman Oh…, qui avait été publié quelques mois plus tôt, en me disant qu’Isabelle Huppert voulait jouer le rôle principal. Le livre m’enthousiasme et je déjeune rapidement avec Isabelle et lui en leur proposant de l’envoyer à Paul Verhoeven car je trouvais qu’il y avait dans le roman une puissance, une ironie et une férocité qui me faisaient beaucoup penser à ses premiers films hollandais. Ensuite, les choses vont très vite. Paul et Isabelle se rencontrent à Berlin pendant le festival, David Birke écrit le scénario mais Paul hésite à tourner le film en français qu’il lit parfaitement mais qu’il a beaucoup de mal à parler. Nous approchons alors des actrices anglo-saxonnes. Elles refusent toutes le rôle car elles ont peur que le film soit une «#apologie du viol#». Nous sommes alors en juillet 2014 et une onzième actrice vient de nous dire non. J’arrive alors à convaincre Paul de tourner le film en français. Isabelle et lui se revoient fin juillet. Elle lit le scénario, accepte le rôle avec enthousiasme et nous commençons dans la foulée la préparation. Parmi tous les cinéastes avec qui j’ai travaillé, Verhoeven est probablement celui avec lequel je me suis entendu le plus naturellement, sans me forcer. Il y a toujours des moments de tension entre un cinéaste et un producteur. Ils sont inévitables. Avec Verhoeven, je n’ai vraiment pas le souvenir du moindre désaccord. Le film qu’il a réalisé est vraiment celui qui s’est imposé à moi visuellement lorsque j’ai lu le roman. SBS (Entrevues, 2017)


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FILMS PRODUITS PAR SAÏD BEN SAÏD

TOUT DE SUITE MAINTENANT PASCAL BONITZER FICTION / 2015 / FRANCE / 1H38 / COUL. INTERPRÉTATION Agathe BONITZER, Vincent LACOSTE, Lambert WILSON, Isabelle HUPPERT, Jean-Pierre BACRI SCÉNARIO Pascal BONITZER, Agnès DE SACY IMAGE Julien HIRSCH SON Philippe KOHN MUSIQUE Bertrand BURGALAT MONTAGE Manu DE CHAUVIGNY, Élise FIEVET PRODUCTION SBS Productions, France 2 Cinéma, Samsa FILM

Nora Sator, jeune trentenaire dynamique, commence sa carrière dans la haute finance. Quand elle apprend que son patron et sa femme ont fréquenté son père dans leur jeunesse, elle découvre qu’une mystérieuse rivalité les oppose encore. Entre histoires de famille, de cœur et intrigues professionnelles, les destins s’entremêlent et les masques tombent. Des trois films de Pascal Bonitzer que j’ai produits, ce n’est pas celui qui a le mieux marché mais c’est certainement celui que je préfère. On a beaucoup parlé d’Isabelle Huppert en 2016. Ses deux grands rôles (L’Avenir et Elle) ont complètement éclipsé celui de Tout de suite maintenant où elle est bouleversante. Elle accentue par la précision de son jeu le caractère étrange et inquiétant du film. Il me semble aussi que c’est une œuvre très maitrisée non seulement sur le plan dramatique, mais aussi sur le plan visuel. C’est la première collaboration de Pascal avec le directeur de la photographie Julien Hirsch et le deuxième scénario qu’il écrit avec Agnès de Sacy. SBS (Entrevues, 2017)


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LE FESTIVAL RÊVÉ DE SAÏD BEN SAÏD

LA PETITE LISE JEAN GRÉMILLON FICTION / 1930 / FRANCE / 1H24 / N&B INTERPRÉTATION Pierre ALCOVER, Nadia SIBIRSKAÏA, ANDRÉ, Alexandre MIHALESCO, Alex BERNARD, Raymond CORDY SCÉNARIO Charles SPAAK IMAGE Jean BACHELET SON Antoine ARCHIMBAUD MUSIQUE Roland MANUEL DÉCORS Guy DE GASTYNE PRODUCTION Pathé-Natan

Libéré du bagne de Cayenne, Victor Berthier retrouve sa fille, Lise, à Paris. Celle-ci n’ose pas avouer à son père son véritable métier et lui fait croire qu’elle travaille comme dactylo. Bientôt, elle est entraînée par son amant dans une sordide affaire criminelle… Le 3e long-métrage, resté longtemps invisible, du plus poétique et méconnu des cinéastes français des années 1930, à l’aube du cinéma parlant. La France n’a jamais été pour moi dans la Marseillaise ou le drapeau tricolore mais dans La Règle du Jeu, Les Dames du bois de Boulogne et Le Ciel est à vous. Les films de Grémillon m’ont fait découvrir une France que je ne connaissais pas. C’est un cinéaste de première grandeur qui n’est à sa vraie place que depuis peu de temps, un grand styliste qui filme les choses et les êtres avec puissance et précision mais sans aucune ostentation. Il y a beaucoup de grandeur dans cette histoire de père qui se laisse accuser à la place de sa fille. C’est d’ailleurs le mot qui convient le mieux à toute l’œuvre de cet immense cinéaste. SBS (Entrevues, 2017)


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LA DAME DE TOUT LE MONDE LA SIGNORA DI TUTTI

MAX OPHULS

FICTION / 1934 / ITALIE / 1H29 / N&B INTERPRÉTATION Isa MIRANDA, Memo BENASSI, Tatiana PAVLOVA SCÉNARIO Max OPHULS, Hans WILHELM, Curt ALEXANDER, d’après un roman de Salvator GOTTA IMAGE Ubaldo ARATA SON Giovanni BITTMANN MUSIQUE Daniele AMFITHEATROF, Daniel Dax DÉCORS Giuseppe CAPPONI MONTAGE Ferdinando Maria POGGIOLI PRODUCTION Novella Film

Actrice célèbre, Gaby Doriot tente de se suicider. Pendant que les médecins tentent de la sauver, elle se remémore les épisodes les plus tumultueux de sa vie. Le seul film italien de Max Ophuls qui, fuyant le nazisme, passa par l’Italie avant de s’établir en France. «#[Le film] détone dans le panorama du cinéma italien de l’époque, par son écartèlement entre une comédie dramatique de type traditionnel et une sorte de délire expressionniste – souligné par la caméra virevoltante d’Ophuls#» (Jean A. Gili) Découvert tardivement grâce à Nicolas Saada, La Signora di tutti est un film essentiel quoique peu connu de Max Ophuls. Il est absolument digne de ses chefs d’œuvre américains et français et notamment de Lola Montes qu’il évoque avec quinze ans d’avance. Après avoir tenté de se suicider et pendant que les médecins vont essayer de la sauver, une célèbre actrice se remémore sa vie. Le film se regarde comme un rêve dont la force poétique vient, comme toujours chez Ophuls, de sa cruauté. SBS (Entrevues, 2017)


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LE DESTIN DE MADAME YUKI YUKI FUJIN EZU

KENJI MIZOGUCHI FICTION / 1950 / JAPON / 1H29/ N&B INTERPRÉTATION Michiyo KOGURE, Ken UEHARA, Eijiro YANAGI, Yoshiko KUGA, Yuriko HAMADA SCÉNARIO Yoshikata YODA, Kazuro FUNABASHI, d’après le roman de Seiichi FUNABASHI IMAGE JÐji OHARA MUSIQUE Fumio HAYASAKA PRODUCTION Shintoho Film Distribution Committee, Takimura Productions EN VERSION RESTAURÉE

Fille unique d’une vieille famille de la noblesse, Madame Yuki a épousé un homme qui ne cesse de l’humilier, la trompe ouvertement et dilapide sa fortune. Son ami d’enfance, Kataya, est épris d’elle. Mais Madame Yuki semble ne pouvoir se résoudre au divorce… Resté invisible en France pendant plus de trente ans, Madame Yuki dépeint avec une incroyable liberté pour les années 1950 la question de la sexualité féminine. C’est le premier film de la série des douze chefsd’œuvre des années cinquante et l’un des premiers Mizoguchi que j’ai découvert en 1987 avec Miss Oyu et La Dame de Musachino après avoir lu dans les Cahiers un beau texte d’Antoine de Baecque (Eaux profondes). Le film est d’une grande élégance formelle, à la fois très contemplatif et d’une grande tension dramatique. C’est un magnifique portrait de femme, incapable de résister à un mari qui l’humilie, la trompe et dilapide sa fortune. Madame Yuki passe de l’état de victime passive à celui de victime lucide qui finit par se suicider sous les yeux indignés de sa servante. Comme le dit Douchet : « Mizoguchi est ce que Bach est à la musique, Cervantes à la littérature, Shakespeare au théâtre et Titien à la peinture : le plus grand ». SBS (Entrevues, 2017)


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LES NUS ET LES MORTS THE NAKED AND THE DEAD

RAOUL WALSH

FICTION / 1958 / ÉTATS-UNIS / 2H05 / COUL. INTERPRÉTATION Aldo RAY, Cliff ROBERTSON, Raymond MASSEY SCÉNARIO Denis SANDERS, Terry SANDERS, d’après le roman de Norman MAILER IMAGE Joseph LASHELLE SON Robert B. LEE MUSIQUE Bernard HERRMANN MONTAGE William L. KUEHLARTHUR P. SCHMIDT PRODUCTION RKO Pictures

En 1943, alors que la guerre du Pacifique fait rage, le général Cummings, détesté de ses hommes pour sa cruauté, doit reprendre des îles aux Japonais. Irrité par l’attitude d’un lieutenant aux idées pacifistes, il l’envoie prendre le commandement d’une patrouille de reconnaissance menée par l’impitoyable sergent Croft. Ce n’est pas un film méconnu de Walsh mais c’est une œuvre malheureusement rare, non éditée en dvd et invisible en salles depuis au moins quinze ans alors que c’est le plus grand film de guerre de l’histoire du cinéma. Lourcelles disait qu’il est à la fois «"une étude approfondie de caractères et un récit épique, à la mise en scène ample et dense, montrant l‘homme face à l’ennemi militaire et face aussi à son ennemi le plus intime, c’est à dire lui-même"». Longtemps, j‘ai été le sergent Croft. Les grands films nous aident toujours à vivre notre vie en en vivant d’autres que la nôtre. SBS (Entrevues, 2017)


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JUSTE AVANT LA NUIT CLAUDE CHABROL FICTION / 1971 / FRANCE, ITALIE / 1H47 / COUL. INTERPRÉTATION Stéphane AUDRAN, Michel BOUQUET, François PÉRIER, Henri ATTAL, Jean CARMET SCÉNARIO Claude CHABROL, d’après le roman d’Edward ATIYAH, The Thin Line IMAGE Jean RABIER MUSIQUE Pierre JANSEN DÉCORS Guy LITTAYE MONTAGE Jacques GAILLARD PRODUCTION Les Films de La Boétie, Cinegai

Au cours d’une de leurs rencontres, Charles Masson, un père de famille, étrangle sa maîtresse, Laura, qui n’est autre que la femme de son meilleur ami, François. Ce dernier, dévasté par la nouvelle, ne tarde pas à découvrir que sa femme entretenait une liaison… C’est un film auquel je pense tout le temps. Je l’ai dit une fois à Chabrol après un déjeuner très arrosé chez lui à Gennes il y a une quinzaine d’années et il m’a répondu avec son éternel air bonhomme «"j’espère que vous n’avez pas de problèmes chez vous"». Comme tout grand film, c’est une œuvre très opaque tramée d’équivoque. Le personnage principal se retrouve dans une situation où toutes les issues sont bouchées pour lui. Il ne fait rien pour essayer d’échapper à son sort mais essaie de se confondre avec lui. Sur Chabrol, les plus grands malentendus règnent. Cinéaste de la bourgeoisie, par exemple. Voilà une vérité très restrictive. Son intuition des faits sociaux et des comportements humains est extraordinaire. Comme Simenon qu’il admirait beaucoup et qu’il a adapté plusieurs fois à l’écran. Claude était avec Rohmer le plus grand cinéaste de la Nouvelle Vague. SBS (Entrevues, 2017)


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LE LIEU DU CRIME ANDRÉ TÉCHINÉ FICTION / 1986 / FRANCE / 1H32 / COUL. INTERPRÉTATION Catherine DENEUVE, Danielle DARRIEUX, Wadeck STANCZAK, Victor LANOUX, Jacques NOLOT SCÉNARIO Pascal BONITZER, Olivier ASSAYAS, André TÉCHINÉ IMAGE Pascal MARTI SON François GROULT MUSIQUE Philippe SARDE DÉCORS Jean-Pierre KOHUT-SVELKO MONTAGE Martine GIORDANO et Suzanne KOCH PRODUCTION Films A2 et T. Films

Thomas, adolescent de quatorze ans, s’ennuie un peu dans le petit village du Sud-Ouest où il vit entre sa mère et ses grands-parents. Sa rencontre avec deux fugitifs va faire brutalement basculer sa vie. Le second film d’André Téchiné avec Catherine Deneuve amorce les thématiques leitmotiv de son œuvre : la filiation, le rapport à la mère, la construction de l’adolescent sans père… Je ne connaissais pas encore André Téchiné quand j’ai découvert Le Lieu du crime à sa sortie en salles en 1986. J’étais en classes préparatoires à Versailles et me rappelle être allé voir le film au cinéma Le Cyrano le soir du concours de Centrale. Je l’ai revu plusieurs fois depuis et il a conservé au fil des visions successives toute sa force et son lyrisme. La scène entre Catherine Deneuve et Danielle Darrieux, quand Lili annonce à sa mère qu’elle va partir, est inoubliable. C’est pour moi l’un des films les plus romantiques de l’histoire du cinéma français. SBS (Entrevues, 2017)


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ÉTAT SECOND FEARLESS

PETER WEIR FICTION / 1993 / ÉTATS-UNIS / 2H02 / COUL. INTERPRÉTATION Jeff BRIDGES, Isabella ROSSELLINI, Rosie PEREZ, Tom HULCE, John TURTURRO, Benicio DEL TORO SCÉNARIO Rafael YGLESIAS IMAGE Allen DAVIAU MUSIQUE Maurice JARRE DÉCORS John STODDART MONTAGE William M. ANDERSON, Armen MINASIAN, Lee SMITH PRODUCTION Spring Creek Productions, Warner Bros

Depuis qu’il a miraculeusement survécu à un crash d’avion, Max Klein n’est plus le même. Libéré de ses angoisses, il va peu à peu présenter des troubles du comportement, jusqu’à se croire immortel. J’avais avec Peter Weir un projet qui ne s’est jamais fait : The Keep d’après un roman de Jennifer Egan. C’est l’un de mes grands regrets. J’étais allé le rencontrer à Sydney pendant que Brian De Palma tournait Passion à Berlin. Nous nous sommes bien entendus. Je lui avais apporté des reproductions de dessins de Victor Hugo qu’il ne connaissait pas et qui lui avaient beaucoup plu car ils correspondaient à l’atmosphère du film qu’il voulait tourner. Puis nous nous sommes brouillés comme cela arrive parfois et j’ai cédé le projet à Jeremy Thomas qui, j’espère, produira un jour le film. J’ai vu État second à sa sortie en 1993. C’est un film qui montre avec une sensibilité frémissante la renaissance d’un homme qui vient d’échapper à un crash d’avion. Dix ans plus tard Weir réalisera son chefd’œuvre, Master and Commander, le dernier film hollywoodien à être à la fois une superproduction et un film expérimental. SBS (Entrevues, 2017)


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BULWORTH WARREN BEATTY FICTION / 1998 / ÉTATS-UNIS / 1H48 / COUL. INTERPRÉTATION Warren BEATTY, Halle BERRY, Oliver PLATT, Don CHEADLE, Sean ASTIN SCÉNARIO Warren BEATTY IMAGE Vittorio STORARO MUSIQUE Ennio MORRICONE DÉCORS Rick SIMPSON MONTAGE Robert C. JONES, Billy WEBER PRODUCTION Twentieth Century Fox Film Corporation

Alors qu’il entame son énième campagne électorale, le sénateur Jay Bulworth, surmené et las de l’hypocrisie de la vie politique, est déprimé. Sa mélancolie le pousse au suicide : il engage pour lui-même un tueur à gages. Puisqu’il n’a désormais plus rien à perdre, Bulworth abandonne la langue de bois au profit d’un francparler explosif. Surréaliste, hilarante et subversive, la fable campée par Warren Beatty et Halle Berry n’a rien perdu de son actualité politique aujourd’hui. Comme tout grand film américain, c’est un film d’auteur à cent pour cent. D’abord à cause de ses très grandes qualités formelles et surtout en raison de ses intuitions qui en font un film en avance sur son temps, qui ne démontre rien mais montre la vie politique américaine, tout cela à travers un personnage touchant et comique immortalisé par Warren Beatty. SBS (Entrevues, 2017)


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TURNING GATE SAENGHWALUI BALGYEON

HONG SANG-SOO

FICTION / 2001 / CORÉE DU SUD / 1H57 / COUL. INTERPRÉTATION SANG-KYUNG Kim, JI-WON Yea, SANG-MI Chu, HAK-SUN Kim SCÉNARIO SANG-SOO Hong IMAGE YOUNG-TAEK Choi SON SANG-HO Ahn, WON-CHUL Oh MUSIQUE IL Won MONTAGE SUNG-WON Ham PRODUCTION MK2 Distribution

Gyung-soo, un jeune comédien sur le déclin, quitte Séoul pour rendre visite à un ami écrivain. Là-bas, il est présenté à Myung-sook, une belle danseuse, qui tombe amoureuse de lui. Mais son ami est secrètement épris de la jeune danseuse… S’il n’avait réalisé que Turning Gate, Hong Sang-soo serait déjà un très grand cinéaste. Film rohmérien «#dans cette manière de filmer des personnages éternellement ignorants de leur propre désir#» comme le dit si bien Jean-François Rauger, Turning Gate est un film profondément désenchanté malgré des moments très drôles, segmenté en longues scènes aux dialogues abondants où plus les personnages parlent et moins ils comprennent le monde et, surtout, moins ils se comprennent eux-mêmes. SBS (Entrevues, 2017)


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LE STRATÈGE MONEYBALL

BENNETT MILLER FICTION / 2011 / ÉTATS-UNIS / 1H13 / COUL. INTERPRÉTATION Brad PITT, Jonah HILL, Philip Seymour HOFFMAN, Kerris DORSEY, Chris PRATT SCÉNARIO Aaron SORKIN, Steven ZAILLIAN, d’après Moneyball: The Art of Winning an Unfair Game de Michael LEWIS IMAGE Wally PFISTER MUSIQUE Mychael DANNA DÉCORS Jess GONCHOR MONTAGE Christopher TELLEFSEN PRODUCTION Columbia Pictures, Scott Rudin Productions, Michael De Luca Productions

L’histoire vraie de Billy Beane, ancien joueur de baseball devenu manager d’une équipe de seconde division": les Oakland Athletics. Avec un jeune et brillant économiste de Yale, ils vont reconsidérer la valeur de chaque joueur sur la base de statistiques et réunir une brochette de laissés-pour-compte ignorés par l’establishment du baseball… En trois films, Bennett Miller est devenu le plus grand cinéaste américain de sa génération. Pour le personnage principal du Stratège, Billy Beane, qui dirige une équipe de base ball, échouer n’est pas grave car il sait que le véritable échec consiste à ne rien tenter. Il embauche, à contre-courant des usages de la profession, des grands joueurs vieillissants qui n’ont plus de valeur sur le marché. C’est un film sur la passion et son rapport obsessionnel à l’échec. Mieux vaut perdre sans déshonneur et avec panache que d’aller contre ses idées. SBS (Entrevues, 2017)


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LA TRANSVERSALE :

histoire secrète du cinéma à la télévision française CHANTAL AKERMAN AUJOURD’HUI DIS-MOI / LE DÉMÉNAGEMENT JEAN-CLAUDE BRISSEAU LES OMBRES / L’ÉCHANGEUR CATHERINE BREILLAT BRÈVE TRAVERSÉE LEOS CARAX PIERRE OU LES AMBIGUITÉS CLAUDE CHABROL LE PÈRE / DE GREY JEAN EUSTACHE OFFRE D’EMPLOI PHILIPPE FAUCON MES 17 ANS GEORGES FRANJU LA LIGNE D’OMBRE PHILIPPE GARREL HANDA ET LA SOPHISTICATION / LES JEUNES ET L’ARGENT GUY GILLES CINÉ-BIJOU / PROUST, L’ART ET LA DOULEUR BENOIT JACQUOT JAPON. SHOMYO : PSALMODIE BOUDDHIQUE JEAN-LUC GODARD & ANNE-MARIE MIÉVILLE FRANCE/TOUR/DÉTOUR/DEUX/ENFANTS JEAN LAGUIONIE LA TRAVERSÉE DE L’ATLANTIQUE À LA RAME PATRICIA MAZUY TRAVOLTA ET MOI

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CHRIS MARKER L’HÉRITAGE DE LA CHOUETTE ON VOUS PARLE DE PARIS : MASPERO, LES MOTS ONT UN SENS LUC MOULLET INTRODUCTION / MA PREMIÈRE BRASSE / IMPHY, CAPITALE DE LA FRANCE / L’ODYSSÉE DU 16/9° JEAN RENOIR LE TESTAMENT DU DOCTEUR CORDELIER / JEAN RENOIR PRÉSENTE... MAURICE RONET BARTELBY JACQUES ROZIER JEANNE MOREAU : VIVE LE CINÉMA ! / MARKETING MIX BARBET SCHROEDER THE BUKOWSKI TAPES ANDRÉ TÉCHINÉ LA MATIOUETTE OU L’ARRIÈRE-PAYS AGNÈS VARDA NAUSICAA PAUL VECCHIALI CŒUR DE HARENG LETTRES D’UN CINEASTE : J.C. BRISSEAU, PAUL VECHIALI, A. CAVALIER, RAOUL RUIZ, J. ROZIER TABLE RONDE LA TÉLÉVISION DES CINÉASTES CARTE BLANCHE À BLOW UP

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LA TRANSVERSALE : HISTOIRE SECRÈTE DU CINÉMA À LA TÉLÉVISION FRANÇAISE

HISTOIRE SECRÈTE DU

HISTOIRE SECRÈTE À DU LA CINÉMA CINÉMA À LA TÉLÉVISION TÉLÉVISION FRANÇAISE FRANÇAISE

Commençons par un pied-de-nez à la Magritte#: ceci n’est pas une programmation sur la télévision. Cette rétrospective est bel est bien consacrée au cinéma et aux cinéastes français que nous admirons, ceux que les Entrevues célèbrent depuis toujours. Elle part non seulement du désir de les regrouper dans une histoire commune, mais avant tout d’explorer la part la plus secrète, la moins exposée, et donc la moins reconnue de leurs filmographies. Or, il se trouve que cette part gît très souvent, sinon presque systématiquement, dans les tiroirs de la télévision, comme le point où se recoupent, à un moment ou à un autre, toutes leurs trajectoires respectives. Il existe donc une part immergée du cinéma français qui, depuis la Nouvelle Vague jusqu’à nos jours, s’est écrite sur les registres de la télévision et dont il s’agit aujourd’hui de prendre la mesure. Considérer les choses sous cet angle permet en outre d’évacuer un débat d’arrière-garde, usé jusqu’à la corde, sur la supposée dualité entre cinéma et télévision, qui postule une différence de nature quasi métaphysique entre le petit et le grand écran. Une vieille idée reprise à tour de rôle par les défenseurs de l’un ou de l’autre#: jadis par une cinéphilie pointant du doigt la télévision comme son «#mauvais objet#»#; aujourd’hui par une «#sériephilie#» prétendant renvoyer l’objet-film à sa désuétude. En tout état de cause, la télévision a constitué un refuge, au moment (le tournant des années 1970) où la production cinématographique, telle que structurée historiquement, commençait à ne plus pouvoir éponger les filmographies des générations qui ont suivi la Nouvelle Vague. Elle est donc vite devenue une sorte de «#producteur parmi d’autres#» (souvent plus fidèle que les autres) pour les cinéastes qui avaient le besoin de travailler - même si le terme de «#mécène#» semble mieux lui convenir, avec ses commandes bien particulières, vouées à remplir des grilles de programme. C’est précisément le rôle qu’a pu jouer pendant un certain temps le Service de la Recherche de l’ORTF, dirigé par Pierre Schaeffer, puis de l’INA, et, suite à la diversification des


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chaînes, les différentes unités de production#: rôle de commanditaires en mesure d’assurer un certain roulement des commandes, avec ses «#directeurs de collection#» historiques comme Manette Bertin, Jean Frappat, Thierry Garrel, Pierre Chevalier et bien d’autres. La télévision ouvrait ainsi un guichet alternatif par rapport au modèle traditionnel de financement des films. À tel point que certains réalisateurs reconnus, comme Jacques Rozier, ou plus récemment Guy Gilles, boudés en leur temps par le milieu du cinéma, ont été amenés à construire la majeure partie de leur œuvre à la télévision. Avec ce paradoxe non négligeable que cette large part resterait moins célébrée, car à terme moins visible, que ceux de leurs rares films sortis en salles.

Tradition romanesque Un simple coup d’oeil dans cet immense océan de création, encore largement inexploré par la critique et les historiens, suffit à donner le vertige. Bien loin de l’image de standardisation intégrale qui s’y rattache, la télévision permet souvent aux cinéastes de faire ce qu’ils ne font pas d’habitude au cinéma, usant de la plasticité, de la souplesse, de la rapidité, parfois même du dénuement du médium pour inventer des temporalités propres, d’autres modes de récit, des situations documentaires différentes. La première chose à constater est que la télévision redonne à la tradition romanesque un caractère extensif que le cinéma, trop souvent vissé à la durée standard des séances, ne s’autorise qu’exceptionnellement. Lieu privilégié des récits à épisodes, la télévision donne libre cours à un foisonnement qui contribue à perpétuer les routines populaires du feuilleton, de la bande-dessinée, du serial ou de la chronique historique, que l’on pense à la magnifique Maison des bois (1971), de Maurice Pialat, fleuron du genre, ou au sinueux Homme sans visage (1975), de Georges Franju, hommage aux films de Louis Feuillade. Cette élasticité concerne tout aussi bien le documentaire#: The Charles Bukowki Tapes (1985), de Barbet Shroeder, accumule de brèves pastilles en une sorte de feuilleton cabossé sur le quotidien de l’écrivain, virant au slapstick malade et par moments inquiétant. On découvrira, au cours de cette rétrospective, le récit tortueux et perclus de gouffres, de Pierre ou les Ambiguïtés (1999), de Leos Carax, retranscription libre en trois épisodes du roman maudit d’Herman Melville et version longue de Pola X, qui, bien loin d’en expliciter les mystères, en prolonge singulièrement les zones de doute, le sentiment de perte et les plages d’effarement. Mais le romanesque ne s’arrête pas, pour ainsi dire, aux seules durées longues. Il a surtout constitué un fonds inépuisable et patrimonial pour une télévision d’État qui s’est longtemps donné la mission de diffuser la culture littéraire au plus grand nombre. Claude Chabrol, qui a beaucoup travaillé pour la télévision et adapté des romanciers aussi divers que Edgar Allan Poe ou Guy de Maupassant, dépeint dans De Grey, un récit romanesque (1976), épisode d’une anthologie de téléfilms d’après Henry James, une pernicieuse malédiction familiale, sujet qui rejoint ses évocations au vitriol de la bourgeoisie, mais en y instillant cette fois une touche diffuse de fantastique. Avec La Ligne d’ombre (1973), Georges Franju prélève dans l’œuvre de Joseph Conrad toute l’étrangeté d’un récit suspendu figé au milieu de la mer, avec son navire immobile où se nichent en secret une foule de chimères vaporeuses et d’images poétiques. Enfin, il faut reconnaître à Maurice Ronet, comédien passé quelques rares fois derrière la caméra, d’avoir parachevé, avec sa version de Bartleby (1976), splendide théâtre de désinvestissement social, calfeutré sous les usages courants et les petites mesquineries quotidiennes d’une relation de bureau virant à l’obsession, la plus belle adaptation d’Herman Melville (encore lui) à ce jour. La plus ignorée aussi.


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En dedans et au dehors Au-delà de la perpétuation de formes traditionnelles, la télévision a également marqué une rupture dans le champ des représentations et inventé des formes qui répondaient à sa structure même. La plus importante d’entre elles est sans doute celle du plateau, qui renvoie à son corollaire immédiat#: le direct. Le plateau, tel qu’on le conçoit pour la fiction, les émissions de divertissements ou les interviews, est avant tout un cadre englobant, qui doit contenir l’action ou le propos. Ce qui doit s’y produire est évidemment concerté, répété, prévu, mais enregistré au moment même de son exécution. Son esthétique se situe donc précisément à la croisée de deux mises en scène, celle du théâtre (d’où le nom de plateau) et celle du cinéma (puisque l’événement se produit pour des caméras). Les cinéastes de passage à la télévision ne s’y sont évidemment pas trompés, en décelant là un enjeu essentiel de la «#visibilité#» moderne et en se l’appropriant de façons diverses. Dans Le Père (1973), émission issue de la série Réalité/Fiction, Claude Chabrol fait rejouer à ses comédiens le texte d’une interview, celle d’un père de famille, menée un an auparavant par Claude Mosse. La base de l’expérience, qui permet de mesurer les contours de la réalité, réside justement dans le maintien à l’identique d’un plateau, qui, du documentaire à la fiction, joue un rôle d’invariant, comparable à la «#salle blanche#» d’un laboratoire. De même, la série France/ tour/détour/deux/enfants (1977), de Jean-Luc Godard et Anne-Marie Miéville, peut se voir comme une grande variation expérimentale sur le donné du plateau (le direct, le présent) et l’acquis des images (la pensée, la mémoire). Mais c’est aussi pour partir à l’assaut de l’extérieur que les cinéastes s’emparent de la mobilité du dispositif télévisuel. Dans Jeanne Moreau (1972), volet de l’émission Vive le cinéma"!, créée par Janine Bazin et André Labarthe, Jacques Rozier suit la comédienne dans des pérégrinations parisiennes pour s’entretenir avec diverses personnalités, comme Catherine Breillat, Bulle Ogier, Jerry Lewis ou encore Orson Welles. Le film donne cette impression rare d’être en partie improvisé, de s’inventer au gré du moment. Point n’est besoin de s’appuyer sur un quelconque argument pour justifier la rencontre avec des personnes admirées ou filmer la balade d’une actrice magnifique. Cinq ans auparavant, dans Les Jeunes et l’argent (1967), le tout jeune Philippe Garrel pratiquait déjà cette forme d’interview itinérante, allant chercher ses interlocuteurs dans la rue ou auprès des icônes de la jeunesse (Marianne Faithful), mais cette fois dans un but autrement plus politique, pour capter ce qui grondait alors dans l’air du temps, juste un an avant Mai 68. Enfin, dans le sublime Proust, l’art et la douleur (1971), Guy Gilles lançait son alter-ego et ange diaphane Patrick Jouané sur les traces de Marcel Proust, à la rencontre de sa servante Céleste Albaret ou dans le dédale d’une Venise mélancolique. À chaque fois, les réalisateurs se prémunissent d’un guide, pour leur ouvrir la voie d’un présent que la télévision, de par sa nonchalance naturelle, saisit parfois plus vivement que le cinéma.

Cahier de brouillon Mais le plus beau, dans la télévision, c’est quand elle se pense elle-même comme un objet domestique, adopte la forme des intérieurs dans lesquels elle trône et se met enfin à les refléter, comme en miroir. C’est tout l’objet d’une anthologie comme Télévision de chambre (1982-1984), série de téléfilms d’une heure en huis-clos, dont nous présentons plusieurs épisodes, comme Les Ombres (1982), de Jean-Claude Brisseau, portrait de famille en déliquescence dans un appartement HLM, ou La Matiouette ou l’arrière-pays (1983), d’André Téchiné, récit de retrouvailles en terres tarbaises d’après la pièce éponyme de Jacques Nolot. Dans Le Déménagement (1992),


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de Chantal Akerman, l’intérieur encore vide d’un appartement rempli de cartons devient la caisse de résonance d’un monologue magistralement interprété par Sami Frey. À chaque fois, la télévision se fait la réduction homothétique des volumes dans lesquelles nous vivons et installe une forme d’intimité avec le spectateur. Elle lui parle de l’intérieur, lui chuchote à l’oreille, l’enveloppe dans ses émissions. C’est d’ailleurs grâce à cette proximité que la télévision regorge, non pas d’objets inachevés, mais de formes de l’inachèvement#: les cinéastes lui livrent leurs croquis, esquisses, brouillons, pochades, carnets de notes et journaux intimes, comme autant d’ouvrages transitoires, nés au jour le jour. Exemplairement, la contribution d’Alain Cavalier, dans l’extraordinaire série Lettre d’un cinéaste, consigne la journée du cinéaste en plein travail (sur le scénario de Thérèse), maniant les objets qui se trouvent à sa portée et dont les diverses dispositions alimentent sa pensée, ses réflexions, ses rêveries. La télévision fut longtemps gourmande de ces programmes courts, propres à se glisser aisément dans ses grilles. Elle a ainsi suscité bon nombre de courts-métrages saisissants, comme Offre d’emploi (1980), de Jean Eustache, ou Marketing Mix (1978), de Jacques Rozier, deux satires sur un monde du travail aux horizons étriqués, issus de la série Contes modernes. Mais le roi incontesté de la forme courte reste encore Luc Moullet, champion de l’humour comptable, qui s’est appliqué tout au long de son œuvre à parodier les formes télévisuelles - celle du reportage «#embedded#» dans Imphy, capitale de la France (1995), ou de l’encart pédagogique dans le méconnu Introduction (1982). En regard d’un cinéma trop souvent surmoïque, la télévision a ainsi pu représenter un inconscient indiscipliné, débraillé, bordélique, souvent puéril et inconséquent, parfois sublime de vérité brute et de proximité. Cela se vérifie encore aujourd’hui, notamment avec le cas édifiant d’un Bruno Dumont, dont le cinéma a littéralement explosé de délire et d’extravagance (P’tit Quinquin, 2014) depuis qu’il a posé le pied à la télévision. Comme quoi la télévision à son meilleur, ce devrait être cet art-là#: celui de s’oublier complètement, de se dépouiller de ses oripeaux de Grand Auteur, pour devenir n’importe qui et peut-être enfin soi-même. Mathieu Macheret

MATHIEU MACHERET

Diplômé de l’ENS Louis-Lumière, Mathieu Macheret est critique au Monde et enseigne le cinéma au Centre Sèvres. Il a également écrit pour les Cahiers du cinéma et Trafic.


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LA TRANSVERSALE : HISTOIRE SECRÈTE DU CINÉMA À LA TÉLÉVISION FRANÇAISE

L’ INA - L’INSTITUT NATIONAL DE L’AUDIOVISUEL

UNE HISTOIRE SECRÈTE DU CINÉMA À L’INA : L’ART ET LA MANIÈRE DES IMAGES RETROUVÉES L’Institut national de l’audiovisuel est heureux de s’associer à cette programmation et de mettre en lumière les travaux des nombreux cinéastes qui ont trouvé à l’Ina un terrain de jeu où déployer leurs expérimentations et leurs recherches visuelles. Issue d’un catalogue audiovisuel riche de plus de 16 millions d’heures de programmes, la sélection proposée en partenariat avec le festival met ainsi à l’honneur près de vingt titres, alternant courts, moyens et longs métrages. Petit tour/détour dans le fonds de l’Ina pour la série éponyme de Jean-Luc Godard, quand Jean Eustache propose une Offre d’emploi et Jacques Rozier un Marketing Mix sous forme de «#Contes Modernes#». Voyage entre «#Réalité et fiction#» guidé par Claude Chabrol, «#Grands jours et jours ordinaires#» au rythme de la Première brasse de Luc Moullet ou lecture de la «#Lettre d’un cinéaste#», qui a offert une plume à Raoul Ruiz. On l’aura compris, La Ligne d’ombre entre télévision et cinéma a été estompée avec Georges Franju au profit de l’émergence d’un concept propre à Guy Gilles qui se nomme Ciné-Bijou. Conservés, numérisés et valorisés par l’Ina, ces programmes font aujourd’hui l’objet d’une politique de remasterisation en haute résolution. Grâce à ce travail, qui mêle haute technologie et approche artisanale, et suppose une connaissance fine des supports originaux comme une maîtrise des outils techniques, l’Ina souhaite proposer au public un nombre croissant de titres dans une qualité inédite d’image et de son. Mileva Stupar (Responsable de l’action culturelle et éducative à l’Institut national de l’audiovisuel)

TABLE RONDE

LA TÉLÉVISION DES CINÉASTES Pour accompagner la rétrospective, une table ronde est organisée pour explorer les rapports entre cinéastes et production télévisuelle.

Avec Catherine BREILLAT (cinéaste), Jean-Claude BRISSEAU (cinéaste), Thierry GARREL (producteur de télévision), Luc LAGIER (créateur et réalisateur de Blow Up, webmag d’Arte) et Mileva STUPAR (Responsable de l’action culturelle et éducative à l’Institut national de l’audiovisuel), modérée par Marcos UZAL (critique).


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CARTE BLANCHE À BLOW UP

CARTE BLANCHE À

BLOW UP LUC LAGIER

Luc Lagier est critique de cinéma, écrivain et réalisateur de documentaires. Il travaille principalement pour ARTE pour qui il réalise depuis 2010 le webmagazine Blow up après avoir été rédacteur en chef de Court-Circuit, le magazine du court-métrage de 2001 à 2006. Luc Lagier a également réalisé des documentaires pour ARTE sur la Nouvelle vague ou sur le cinéma d’horreurs des années 2000 et pour Ciné Cinémas sur Jean-Luc Godard, Kzrysztof Kieslowski ou Luis Bunuel. Il a également écrit des livres sur John Carpenter, Alain Resnais ou Brian De Palma. CINÉMA ! (5'05) UNE HEURE AVEC ALICE DE JEAN-PAUL CIVEYRAC (12'49) WONG KAR-WAI PAR THIERRY JOUSSE (5'55) PEDRO ALMODOVAR EN 6 MINUTES (6'57) L’ACIER CHEZ ROHMER PAR BENOÎT FORGEARD (5'18) TREE OF LIFE PAR JOHANNA VAUDE (5'18) LA BOUM EN 6 MINUTES (8'21) TÉLÉVISION ET CINÉMA (6'4)

Comment résumer 7 saisons de Blow up, plus de 300 éditions et presque 800 vidéos depuis sa création en octobre 2010#? C’est quoi, au juste, Blow up#? Eh bien Blow up est une émission de cinéma en ligne produite par Camera Lucida et hébergée sur le site d’ARTE, quasi exclusivement composée de vidéos, des rétrospectives de cinéastes, des portraits d’acteurs, des montages thématiques, des cartes blanches à des cinéastes, le tout en voix-off, affiches, typographies et extraits. Durant ces 7 saisons, Blow up a par exemple résumé la carrière d’Alfred Hitchcock, Pedro Almodovar, Michelangelo Antonioni ou Agnès Varda en 6 minutes chrono, classé les plus belles citations de chansons des Rolling Stones, les plus belles scènes de pluie ou les plus beaux regards caméras de l’Histoire du cinéma, reparcouru la filmographie de Kirk Douglas, Tony Leung ou Romy Schneider en 10 petites madeleines, envoyé des lettres à Gus Van Sant ou Rosanna Arquette, imaginé des montages où Robert De Niro a croisé Georges Perec, où Denis Lavant a dansé en boîte de nuit sur la musique de Justice, où Anna Karina et Jean-Paul Belmondo ont pris la route de nuit au rythme des Buggles et où Nicole Kidman, Bruce Willis et Robert Downey Jr ont assisté à une projection de L’Aurore de Murnau. De plus, Blow up a depuis sa création proposé à des cinéastes comme Jean Paul Civeyrac, Luc Moullet, Thierry Jousse, Johanna Vaude, Sébastien Betbeder ou Laetitia Masson, à des artistes venus des Arts plastiques comme Ange Leccia, Dominique Gonzalez-Foerster ou Valérie Mréjen, à des chorégraphes comme Gisèle Vienne ou à des écrivains comme Jean-Philippe Toussaint de réaliser pour Blow up, un hommage, un film, un ovni et parfois même plusieurs. Bref, durant 7 saisons, 300 éditions et 800 vidéos, Blow up a joué avec les images de cinéma, les a détournées, désacralisées, pour mieux les fétichiser. Luc Lagier


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CHANTAL AKERMAN

AUJOURD’HUI, DIS-MOI CHANTAL AKERMAN DOC. / 1980 / FRANCE / 45 MIN. / COUL. SCÉNARIO Chantal AKERMAN IMAGE Maurice PERRIMOND, Michel DAVAUD, Francis LAPEYRE SON Xavier VAUTHRIN, André SIEKIERSKI MONTAGE Francine SANDBERG PRODUCTION TF1, ©INA

SÉRIE GRANDS-MÈRES CRÉÉE PAR JEAN FRAPAT (TF1)

Trois grands-mères d’origine juive racontent leurs souvenirs, la vie de leur communauté avant la guerre, l’Holocauste et les efforts pour survivre à l’horreur. En écho à ces récits, la voix de la mère de la cinéaste conte ses relations avec sa mère et sa grand-mère. Monter et descendre sans cesse l’échelle des généalogies, passer d’une génération à l’autre, avec pour seul souci la filiation, c’est ce que redouble la discussion discontinue entre Akerman et sa mère qui ouvre le film et l’accompagne sur la bande sonore comme un fil rouge#: à la question inaugurale «#Dis-moi maman, quel souvenir tu gardes de ta mère"?#», la mère répond en évoquant sa propre grand-mère qui l’a recueillie au retour des camps. La voix-off de la mère, montée sur les images d’appartement, participe de la confusion et de l’identification des grands-mères entre elle#: pendant que l’une attend silencieusement à sa fenêtre ou cuisine à contre-jour, la mère évoque la chaleur du foyer de sa propre grand-mère. La parole produit une grande communauté exclusivement féminine, rassemblée par l’amour des aïeules et des enfants, et nécessairement, puisque cette histoire-là, particulière, s’organise autour des camps, par l’absence et la survivance à une famille disparue. Stéphane Delorme (Autoportrait en cinéaste, éd. Cahiers du cinéma, Pompidou, 2004)


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LE DÉMÉNAGEMENT CHANTAL AKERMAN FICTION / 1992 / FRANCE / 42 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION Sami FREY SCÉNARIO Chantal AKERMAN IMAGE Raymond FROMONT, Piotr STADNICKI SON Alix COMTE, Pierre TUCAT MONTAGE Rudi MAERTEN PRODUCTION La Sept, Les Poissons Volants

COLLECTION « MONOLOGUES », DIRIGÉE PAR JACQUES RENARD (LA SEPT)

Un homme emménage seul dans un appartement et se remémore son ancienne demeure ainsi que trois jeunes filles qui ont traversé sa vie. Déménager est toujours chez Akerman l’action pragmatique minimum qui creuse l’écart entre ce «#pour soi#» et cet «#en soi#», et permet à la parole de se glisser entre les deux pour en faire jouer toutes les différences. L’homme qui déménage se sépare des images aimées et arrive dans un espace sans raison, «#parfaitement dissymétrique#», une chambre qu’il devra meubler par la parole de ses projections, la projection de ses paroles. Il sonde d’emblée les bords de sa pièce, l’arpente en longueur et largeur pour en vérifier la déraison, passer chaque fois hors-champ (on ne verra jamais les bords de cet espace) et reprendre sa place, sur une chaise près d’une baie vitrée. (…) Cloué à l’écran par un lent zoom avant qui le vise pendant les presque 45 minutes du film, l’homme devient, comme la petite photo au fond de l’appartement du Wavelength de Michael Snow, cette face intense d’une image si proche que tout l’espace pourrait soudain y être aspiré#; si lointaine qu’il peut aussi s’en extraire et dire finalement face à la caméra, seul#: « Me voici."». Cyril Béghin (catalogue «#Bande(s) à part#» sur Chantal Akerman, 2014)


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JEAN-CLAUDE BRISSEAU

LES OMBRES JEAN-CLAUDE BRISSEAU FICTION / 1982 / FRANCE / 1H03 / COUL. INTERPRÉTATION Jacques SERRES, Nathalie BREUER, Dominique VERDE, Lucien PLAZANET, Eric LECOMTE SCÉNARIO Jean-Claude BRISSEAU IMAGE Georgy FODOR PRODUCTION ©INA

ÉMISSION « TÉLÉVISION DE CHAMBRE : ÉPISODE 1 » (TF1)

Huis-clos dans un appartement d’une cité HLM": Pierre, le père, tente désespérément de croire à l’amour de sa femme qui a décidé d’abandonner sa vie de femme au foyer pour devenir chanteuse. Tandis que le le fils adolescent fuit l’univers familial en décomposition, Nathalie, la cadette, observe ces ombres qui l’entourent. #Il est très beau, le téléfilm de Jean-Claude Brisseau (I.N.A. Prod.). D’une espèce qui manque cruellement, c’est-à-dire#: drôle, tonique, modeste, toujours intelligent, il a quelque chose de timide, malgré l’assurance d’être contemporain (je veux dire l’assurance d’être d’aujourd’hui) qui le traverse tout du long. Les quelques vérités qu’il a à dire, bien senties, ne conduisent jamais à la lourdeur mammouthique du paysage, pas plus qu’à la mièvrerie sur-travaillée de style. Une bonne part du film repose sur le personnage de la fille – un sacré personnage, c’est le moins que l’on puisse dire. C’est cette petite bonne femme qui juge, discerne, conduit les affaires#: curieux et attachant mélange de lucidité, maladresse enfantine, douceur, rudesse. Là est tout le talent de Brisseau#: réussir à capter quasi documentairement les étincelles d’intelligence, de vie, qui font tout le charme de cette fillette au corps lourd, un être en pleine mutation, que la caméra attrape au vole et réinjecte à la fiction. Louis Skorecki (Cahiers du cinéma, mai 1982)


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L’ÉCHANGEUR JEAN-CLAUDE BRISSEAU FICTION / 1982 / FRANCE / 23 MIN. / COUL. PRODUCTION ©INA Pour ce film j’ai utilisé un moment du scénario de De bruit et de fureur. Ces personnages m’étaient proches par mon activité professionnelle. C’étaient mes élèves ou les parents de mes élèves. J’ai pris la réalité et je l’ai réécrite. Jean-Claude Brisseau (pour le catalogue de Belfort, 2011) ÉMISSION « CONTES MODERNES : AU SUJET DE L’ENFANCE » (ANTENNE 2)

Un jeune garçon emménage avec sa mère dans une cité HLM. Il entre en classe de sixième et fait la rencontre d’un garçon, un camarade de classe aux activités mystérieuses. L’Échangeur, dont le titre fait référence à celui de Bagnolet, à l’ombre duquel vit cette jeunesse à la dérive que Brisseau filmera à nouveau dans De bruit et de fureur. L’imposant long métrage est déjà en germe dans ce court téléfilm qui concentre la plupart des motifs déclinés tout au long de son œuvre, mais d’une manière plus résolument sociale, presque documentaire, sur un ton très âpre non dénué de tendresse. Un garçon, tout petit mais plein d’énergie et d’ascendant sur ses camarades, y fait l’«#éducation banlieusarde#» d’un nouvel ami, plus effacé et passif. Avec ses camarades, il peine à l’école, méprise son professeur et joue au grand, fait du commerce d’armes, d’autoradios ou de revues érotiques et organise le strip-tease payant d’une jeune femme. Sur une mélodie sentimentale au synthétiseur, déjà entendue plusieurs fois au cours du film, on assiste au ralenti de la jeune fille qui se dénude en se déhanchant vaguement, vainement#: le ridicule, le sordide, la beauté suspecte, l’élégie sont déjà là. Moins maîtrisé que l’œuvre à venir du cinéaste, mais d’autant plus troublant. Raphael Lefèvre (Critikat, novembre 2006)


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CATHERINE BREILLAT

BRÈVE TRAVERSÉE CATHERINE BREILLAT FICTION / 2001 / FRANCE / 1H24 / COUL. INTERPRÉTATION Sarah PRATT, Gilles GUILLAIN, Marc FILIPI SCÉNARIO Catherine BREILLAT IMAGE Eric GAUTIER SON Yves OSMU MUSIQUE Patrick CHEVALIER DÉCORS Frédérique BELVAUX MONTAGE Pascale CHAVANCE PRODUCTION GMT

COLLECTION « MASCULIN/FÉMININ » CRÉÉE PAR PIERRE CHEVALIER (ARTE)

La rencontre entre Alice, une jeune Anglaise de 30 ans, et Thomas, un adolescent français de 16 ans, durant la traversée sur un ferry reliant la France à l’Angleterre. En cette fin du XXe siècle, après tous les combats pour la contraception et l’avortement des années soixantedix, le temps est venu de traiter de la profonde évolution des rôles et des images de l’homme et de la femme. «#Le thème du «"masculin-féminin"» est vraiment fait pour moi#», dit Catherine Breillat. «#C’est un sujet essentiel, mon seul sujet."» (…) Les conditions sont draconiennes#: vingt jours de tournage, budget limité à un million d’euros maximum, petite caméra DV obligée. La première à renâcler sur l’usage de la DV est Catherine Breillat. «"La DV aurait tout à fait pu convenir à ce type de récit. Mais j’aime la carnation et le blanc de la peau qu’on obtient avec la pellicule et on s’est rendu compte, en en discutant avec le chef opérateur Eric Gautier, qu’avoir une caméra 16mm sur l’épaule ne serait pas plus lourd qu’une petite caméra numérique."» En fait, elle qui n’a jamais tourné pour la télévision (si l’on excepte Aux Niçois qui mal y pensent, coproduit par la Sept Cinéma), aborde Brève traversée comme un film de cinéma. Claire Clouzot (Catherine Breillat, indécence et pureté, ed. Cahiers du cinéma)


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LÉOS CARAX

PIERRE OU LES AMBIGUITÉS LÉOS CARAX FICTION / 1999 / FRANCE, SUISSE / 2H49 / COUL. INTERPRÉTATION Guillaume DEPARDIEU, Catherine DENEUVE, Katerina GOLUBEVA, Delphine CHUILLOT, Petruta CATANA SCÉNARIO Léos CARAX, Lauren SEDOFSKY, Jean-Pol FARGEAU d’après le roman Pierre ou les Ambiguïtés d’Herman MELVILLE IMAGE Éric GAUTIER MUSIQUE Scott WALKER DÉCORS Laurent ALLAIRE MONTAGE Nelly QUETTIER PRODUCTION Arena Films, Canal+, Degeto Film, Euro Space, France 2 Cinéma, La Sept-Arte, Pandora Filmproduktion, Pola Production, Theo Films, Télévision Suisse-Romande, (TSR), Vega Film

VERSION LONGUE ET TÉLÉVISÉE DE POLA X

Pierre, romancier à succès, vit avec sa mère, Marie, dans un luxueux château en Normandie. Chaque matin Pierre part sur sa moto, rendre visite à Lucie, sa fiancée. Un jour, il rencontre en chemin une femme à la beauté inquiétante": Isabelle. Librement adapté du roman d’Herman Melville, Pierre ou les ambiguïtés est la version longue, sous forme de feuilleton télévisé, de Pola X, acronyme du titre original. Pierre ou les ambiguïtés, c’est Twin Peaks en plus anguleux et tranchant, en plus aristocratique, avec un imaginaire autre (nourri de Melville, de Dostoievski, de la littérature fin de siècle, de Cocteau) mais des logiques proches de Lynch, jusqu’à la revendication implicite d’un audacieux droit au grotesque. Le décor de ce conte nocturne même en plein jour ne saurait être banal, ne peut être qu’exceptionnel, le luxe intégral ou la détresse absolue. Lorsque défilera le générique de fin, ce sera sur fond d’images de la forêt, espace physique et mental hanté où se révéla l’inéluctable attraction. Mais, chez Carax comme chez Lynch, le lieu de la plus grande étrangeté, c’est encore la rue, le théâtre de la vie ordinaire. Lynch en part, Carax en fait son point d’arrivée, celui où ses héros déglingués viennent s’échouer sous les regards incrédules des passants. Et des nôtres. Car c’est plus que jamais chez nous que s’achèvera la chute. Erwan Huguinen (Cahiers du cinéma, septembre 2001)


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CLAUDE CHABROL

LE PÈRE CLAUDE CHABROL DOC. / 1973 / FRANCE / 36 MIN. / COUL. PRODUCTION ©INA LE FILM A FAIT L’OBJET D’UNE RESTAURATION IMAGE PAR L’INA

COLLECTION RÉALITÉ / FICTION CRÉÉE PAR JEAN FRAPAT SERVICE DE LA RECHERCHE DE L’ORTF

Une émission en deux parties : la réalité et la fiction. La réalité : l’interview d’un père de famille en mai 1972, réalisée par Claude Mosse pour la série du magazine «"Troisième œil"» (1ère chaine). La fiction : la réponse du père au cours de l’interview dont le texte (et le texte seul) a été mis en scène par Claude Chabrol avec des acteurs. L’émission s’achève par la confrontation entre la réalité et la fiction, le père de famille et ses filles assistent à la projection du film en présence du metteur en scène. Pour Réalité"/"fiction, les dialogues dactylographiés d’un document authentique, puisé dans les archives de la télévision parmi les magazines d’actualité, étaient proposés à un metteur en scène (il fallait que le texte soit suffisamment dramatique, émouvant ou drôle pour provoquer l’envie de l’adapter). Le réalisateur doit utiliser ce texte à la virgule près, comme si c’était un texte d’auteur, pour en tirer une courte fiction. Il n’a pas vu le document réel. D’un côté le monde de la vie, de l’autre celui de la représentation. Confrontation passionnante. Claude Chabrol, Patrice Chéreau ont été parmi les cobayes. Et parmi les téléastes, Maurice Failevic, Paul Seban, Michel Mitrani, Serge Moati. En fin d’émission, les participants du document réel que l’on a retrouvé pour la circonstance, quelques fois plusieurs années après, visionnent la fiction inspirée par leur expérience et la commentent. Christian Bosséno (CinémAction, Hors série, 200 téléastes français, 1989)


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DE GREY, UN RÉCIT ROMANESQUE CLAUDE CHABROL FICTION / 1976 / FRANCE / 48 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION Catherine JOURDAN, Daniel LECOURTOIS, Yves LEFEVRE, Hélène PERDRIÈRE SCÉNARIO Roger GRENIER, d’après la nouvelle De Grey : une romance de Henry JAMES IMAGE Jean RABIER MUSIQUE Guy CHICHIGNOUD Pierre JANSEN MONTAGE Jacques GAILLARD PRODUCTION ORTF/TECHNISONOR, ©INA /TECHNISONOR LE FILM A FAIT L’OBJET D’UNE RESTAURATION SON PAR L’INA

ÉMISSION « NOUVELLES DE HENRY JAMES » (TF1)

Une terrible malédiction pèse depuis plusieurs générations sur la famille De Grey, les contraignant à vivre reclus dans leur demeure familiale. L’arrivée d’une jeune fille dans la maison pourrait faire entrer un peu de vie en ces lieux, ou y ramener le malheur... J’adore James. C’est un des rares écrivains qui ait réussi, aidé par l’époque victorienne et post-victorienne, à montrer la pression sociale très forte sur les individus et leur art d’y résister par une notion très subtile de la politesse, une fragmentation de la vérité en suffisamment de parcelles pour la digérer. Et son analyse de la notion de Mal est une des plus fines qui se puisse trouver. Il a formidablement exprimé cette époque à travers ses apparences. Tout créateur cherche à travers les apparences pour trouver la vérité, et James plus que tout autre. On pourrait même dire que la différence entre le cinéma commercial et le cinéma non-commercial – du point de vue du projet moral et esthétique, pas des recettes – c’est que le premier n’est qu’un cinéma d’apparences et le second cherche à aller au-delà des apparences. Claude Chabrol (in Joel Magny, Claude Chabrol, ed. Cahiers du cinéma, 1987)


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JEAN EUSTACHE

OFFRE D’EMPLOI JEAN EUSTACHE FICTION / 1980 / FRANCE / 19 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION Boris EUSTACHE, Michel DELAHAYE, Rosine YOUNG, Michèle MORETTI, Jean DOUCHET SCÉNARIO Jean EUSTACHE PRODUCTION Antenne 2, ©INA

ÉMISSION « CONTES MODERNES : À PROPOS DU TRAVAIL » (ANTENNE 2)

Les étapes de recrutement successives d’un homme à la recherche d’un emploi. L’un des derniers films de Jean Eustache, dans lequel il fait jouer son fils Boris, est une commande de l’INA pour la série «#Contes modernes#» d’Antenne 2. Dans Offre d’emploi (1980), le très beau court métrage par quoi l’œuvre se referme, le cinéaste enregistre en effet, froidement, avec un pessimisme de fer, le renfermement du regard et de la voix. La déhiérarchisation cosmique du Jardin des délices vient mourir dans la rehiérarchisation bureaucratique d’Offre d’emploi. Le monde est désormais une prison. Les nouvelles procédures d’embauches, graphologie et phonologie, décrites ici dans leur moindre détail, incarnent bien évidemment ce qu’Eustache abomine, la toute-puissance du jugement, le retour en force des référents maîtres. Avec la graphologie et la phonologie, écriture et parole sont niées, elles ne vivent plus leur vie, n’ont de sens que pour autant qu’elles disposent les bases d’un portrait robot psychologique. Je ne parle plus que pour être parlé (je ne vois plus que pour être vu, et ainsi de suite). La fin du monde, pour Eustache, ne devait probablement pas avoir d’autre visage. Emmanuel Burdeau (Cahiers du cinéma, Avril 1998)


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PHILIPPE FAUCON

MES 17 ANS PHILIPPE FAUCON FICTION / 1996 / FRANCE / 1H14 / COUL. INTERPRÉTATION Valentine VIDAL, Toufik DAAS, Brigitte ROÜAN SCÉNARIO Philippe FAUCON, William KAREL, inspiré du l’histoire de Barbara SAMSON IMAGE Pierre MILON SON Jean-Louis GARNIER MUSIQUE Benoît SCHLOSBERG DÉCORS Françoise CLAVEL MONTAGE Ariane DOUBLET PRODUCTION Ellipse Animation, France 2, M6 Métropole Télévision

SÉRIE « LES MERCREDIS DE LA VIE » (FRANCE 2)

Au début des années 1990. Barbara est une adolescente de 16 ans mal dans sa peau. Elle entre au centre de repos des Pervenches pour trouver un remède à son mal-être. Là-bas, elle tombe amoureuse d’Antony, de dix ans son aîné, ignorant que ce dernier est séropositif. Mes dix-sept ans est le quatrième long-métrage de Philippe Faucon, mais le premier qui ne connaîtra qu’une diffusion télévisée. Il s’inscrit dans la continuité de Sabine (1992) et de Muriel fait le désespoir de ses parents (1995), mêlant au thème de l’adolescence en fugue les sujets contemporains de la toxicomanie et de la séropositivité. Mais sa noirceur et la violence des relations décrites, au sein d’une famille bourgeoise du Midi, le rattache plus à la descente aux enfers du premier, qu’à la comédie douce-amère du second. La beauté du film tient en premier lieu à sa simplicité d’approche. Faucon laisse du champ aux acteurs, affine son art discret qui consiste à sculpter leur présence dans le temps et dans l’espace, à accueillir la mobilité des corps et des élans amoureux, rendus d’autant plus urgents par les progrès invisibles de la maladie. Pour le cinéaste, faire vivre un personnage, c’est toujours partager une «#tranche#» de son existence, explorer les différents domaines d’influence et de sensibilité de celle-ci comme pour en dessiner la cartographie affective. Mathieu Macheret (pour le catalogue Entrevues, Novembre 2017)


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GEORGES FRANJU

LA LIGNE D’OMBRE GEORGES FRANJU FICTION / 1973 / FRANCE / 1H20 / COUL. INTERPRÉTATION Jean BABILÉE, Jacques BERNARD, Roger Blin, Tino Carraro, Kurt GROSSKURTH , Raymond JOURDAN SCÉNARIO Georges FRANJU, Louis GUILLOUX, d’après le roman de Joseph CONRAD IMAGE Marcel FRADETAL MUSIQUE Roland de CANDÉ DÉCORS Jean MANDAROUX MONTAGE Gilbert NATOT PRODUCTION ORTF, Télécip, ©INA LE FILM A FAIT L’OBJET D’UNE RESTAURATION IMAGE PAR L’INA

TÉLÉFILM PRODUIT PAR L’ORTF (2E CHAÎNE)

En juillet 1888, à Singapour et sur l’Océan Indien, au terme d’une carrière morne et sans surprise, un officier accepte de prendre le commandement d’un voilier sur lequel s’acharne le mauvais sort. Il découvre la mer et ses sortilèges, et révèle des qualités insoupçonnées. «#J’ai toujours pensé qu’une chose ne pouvait être poétique et à plus forte raison fantastique, c’est-à-dire émouvoir, que si elle était réaliste.#» (G. Franju, 1968) Avec Franju, nous revenons à une facture plus sage, à un certain classicisme. La violence est toute intérieure, les affrontements se font à fleurets mouchetés. La Ligne d’ombre n’est que la longue stagnation, sous un ciel lourd d’orage, dans une torpeur envoûtante, d’un vaisseau fantôme, empli de patates pourries, de fleurs vénéneuses et de matelots somnolents. L’ombre de Nosferatu flotte sur cette Odyssée immobile, dont l’Ulysse est un poète taciturne et la Pénélope une jouvencelle en sarong vaporeux qui se consume de mélancolie dans un jardin de Bangkok… Une réplique aussi insolite que celle-ci#: «#Si vous m’enfermez aussi nue que la paume de la main, je pourrais encore m’étrangler avec mes cheveux#» dit bien que Franju a été fidèle à ses propres démons, plus qu’à ceux de Conrad. Et c’est fort bien ainsi. Claude Beylie (Écran, Octobre 1973)


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PHILIPPE GARREL

LES JEUNES ET L’ARGENT PHILIPPE GARREL PHILIPPE GARREL DOC. / 1967 / FRANCE / 11 MIN. / N&B IMAGE Philippe GARREL / PRODUCTION ORTF ÉMISSION BOUTON ROUGE (2E CHAÎNE) Le portrait d’une jeune femme, Handa, muse et dandy au féminin. Filmée en très gros plans, avec des jeux baroques de caches et d’iris, Handa se livre à un monologue hautain et sarcastique face à la caméra. Elle aime ce qui est décadent, compliqué, précieux et ne supporte pas la simplicité … Ces dix minutes parfois hilarantes, parfois embarrassantes (par manière de bravade contre la routine, Handa qui finit sa nuit, se promène dans le métro du petit matin parmi les travailleurs immigrés effondrés de fatigue) se terminent sur une ultime provocation, filmée en zoom avant, les yeux droits dans l’objectif#: «#Bon, si vous êtes tombés amoureux de moi, vous pouvez m’écrire. Vous ne risquez rien, vous n’avez aucune chance, j’ai horreur, mais vraiment horreur, des gens qui regardent la télévision#». Cyril Beghin (catalogue «#Théâtres au cinéma#» sur Philippe Garrel, 2013)

DOC. / 1967 / FRANCE / 49 MIN. / N&B INTERPRÉTATION France GALL, Marianne FAITHFULL, Daniel HECHTER PRODUCTION ORTF, ©INA ÉMISSION « SEIZE MILLIONS DE JEUNES » (2E CHAÎNE) Une série d’entretiens, menés et filmés par Philippe Garrel, de jeunes ayant réussi dans divers domaines": la mode (Daniel Hechter), la photo (André Berg, filmé lors d’une séance avec France Gall), la musique (Marianne Faithfull)… Ils évoquent leur rapport au succès et à l’argent. «#Bonjour, je dois vous présenter notre émission Les Jeunes et l’argent. Elle se propose de montrer l’attitude de jeunes gens qui s’adaptent au système capitaliste, entendez par là ceux qui ont déjà accepté de lutter pour l’argent et plus précisément, ceux qui ont réussi. Cette soirée étant placée sous le signe de la jeunesse, c’est à eux que je m’adresse, parce que moi je commence vraiment à manquer d’air#». Philippe Garrel (Présentation de l’émission, 1967)


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GUY GILLES

PROUST, L’ART ET LA DOULEUR GUY GILLES

De Venise à Illiers-Combray, un voyage personnel et poétique dans la mémoire de Marcel Proust.

DOC. / 1971 / FRANCE / 1H25 / N&B

Pour Choses vues, Guy Gilles avait tourné en 1967 un court métrage à Illiers où un notaire avait sauvé de la démolition la célèbre maison de tante Léonie#: il avait filmé les souvenirs de ce notaire, Pierre Larchet, et ceux de Céleste Albaret, la gouvernante des dix dernières années de l’écrivain. Roger Stéphane lui suggère, pour célébrer le cinquantenaire (en 1972) de la mort de Marcel Proust, d’étoffer le film. C’est à Venise (que jamais l’écrivain ne visita malgré de nombreux projets) qu’un jeune homme, Patrick Jouané (acteur fétiche de tous les films de Guy Gilles), se promène en vaporetto et évoque le souvenir de l’écrivain. «#Lorsque Guy Gilles, écrit Jacques Siclier, fait référence à l’œuvre littéraire (dont Emmanuelle Riva lit quelques extraits), c’est toujours à partir des impressions, des émotions, des sentiments qu’elle éveille en lui. Guy Gilles ne se comporte pas, à propos de Marcel Proust, en journaliste ou en exégète. Dans les images souvent allusives et étrangement fascinantes de ce reportage lyrique, il fait passer ses propres obsessions. La dernière partie, traversée par le fantôme d’Albertine, et où le temps défile à l’envers, est d’ailleurs la plus subjective de cette œuvre de télévision à la première personne. Christian Bosséno (CinémAction Hors série, 200 téléastes français, 1989)

INTERPRÉTATION Patrick JOUANÉ, Céleste ALBARET, Pierre LARCHER et la voix d’Emmanuelle RIVA SCÉNARIO, IMAGE Guy GILLES PRODUCTION ©INA, ORTF ÉMISSION « CHOSES VUES » (1E CHAÎNE)

PRÉCÉDÉ DE :

CINÉ-BIJOU

FICTION / 1965 / FRANCE / 8 MIN. / N&B SCÉNARIO GUY GILLES PRODUCTION ©INA LE FILM A FAIT L’OBJET D’UNE RESTAURATION IMAGE PAR L’INA Sur les images d’un cinéma désaffecté et promis à la démolition, la voix de Guy Gilles évoque l’âme de ces salles de quartier en train de disparaître.


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BENOIT JAQUOT

BENOIT JACQUOT DOC. / 1979 / FRANCE / 52 MIN. / COUL. SCÉNARIO Benoit JACQUOT PRODUCTION TF1, SFP, ©INA

ÉMISSION « LA LEÇON DE MUSIQUE » (PRODUCTION INA) (1E CHAÎNE)

Les étapes de transmission de la pratique du Shomyo, psalmodie chantée à l’unisson dans une parfaite monodie vocale (et dont les règles ont été établies au IXe siècle), dans le monastère de Hasera, qui accueille chaque année des moines de la secte bouddhiste Shingon. Ce film méconnu de Benoît Jacquot plonge dans une cérémonie étrange, de par la distance qui nous en sépare et le secret intact de sa tradition. La caméra explore les formes du rituel, restitue son cadre architectural et naturel, et pénètre ainsi la matière même de la méditation. Mais le plus étonnant réside encore dans l’incantation. La parole est remplacée par le chant, profond, monolithique, envoûtant, et ce qui constitue l’ordinaire socle dialogué du cinéma s’envole ici en musique. Le sens est bousculé par la musicalité primitive. La voix humaine emprunte les codes stricts d’un appel à la divinité et n’atteint les voûtes spirituelles que par une discipline de fer. Cette psalmodie se vit, de part et d’autre de la caméra, comme un transport dans un autre monde, un autre temps, où les vacarmes et les turpitudes de la vie moderne ne seraient qu’un écho lointain, presque inexistant. C’est l’épreuve de cette altérité complète, de sa beauté intrinsèque et impénétrable, qui rend le film si précieux. Mathieu Macheret (pour le catalogue Entrevues, Novembre 2017)


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HISTOIRE SECRÈTE DU CINÉMA À LA TÉLÉVISION FRANÇAISE

JEAN-LUC GODARD & ANNE-MARIE MIÉVILLE

FRANCE/TOUR/DETOUR/DEUX/ENFANTS JEAN-LUC GODARD ANNE-MARIE MIÉVILLE DOC. / 1978 / FRANCE / 5H12 / COUL. INTERPRÉTATION Betty BERR, Albert DRAY, Arnaud MARTIN, Camille VIROLLEAUD SCÉNARIO Jean-Luc GODARD, Anne-Marie MIÉVILLE, d’après le roman de G. BRUNO IMAGE, MUSIQUE, MONTAGE Jean-Luc GODARD, Anne-Marie MIÉVILLE PRODUCTION Sonimage, Antenne 2, ©INA

Pour le centenaire du livre, Antenne 2 propose à Godard d’adapter Le Tour de la France par deux enfants, ode patriotique prisée des écoles de la IIIe République. Godard et Miéville en font une mini-série sur les divers moments de la journée d’une petite fille et d’un petit garçon interrogés à tour de rôle, à l’école, dans la rue, dans leur chambre, sur leurs conditions d’existence, leurs désirs, leur avenir, leurs rapports avec leurs parents ou leurs maîtres… Sous forme d’un grand feuilleton en douze épisodes de vingt-six minutes, qui, pour s’ajuster aux normes et usages du petit écran, est en même temps émission de variétés, dialogue, journal, documentaire, magazine, programme conçu pour s’insérer parmi les autres avec sa propre grille, son dispositif morcelé et répétitif, la série, plus encore que Six fois deux, imite la rhétorique télévisuelle, prend en compte ses découpages, ses genres, ses indicatifs, ses rythmes, sa signalisation. France"/"Tour"/Détour suit la règle du jeu, mais c’est pour la dérouter, elle en donne les formes pour s’en servir tout autrement, pour jouer avec ses règles. Car il y a du jeu dans ce travail, de la désobéissance et du déguisement dans cette grève du zèle. Dans ce goût du jeu, qui n’empêche qu’il puisse être grave et joyeux, agité et surprenant, il y a une envie d’enfance.# Jérôme Prieur (Le Monde diplomatique, Mai 1979)


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LES ÉPISODES : ÉPISODE 1 : OBSCUR / CHIMIE Camille est chez elle, dans sa chambre. Le «#journaliste#» (c’est-àdire Jean-Luc Godard, sous le pseudonyme de «#Robert Linard#») la questionne sur le jour et la nuit, l’existence, l’image, le travail ménager, l’obscurité et la lumière. ÉPISODE 2 : LUMIÈRE / PHYSIQUE Arnaud est dans la rue, à contre-jour. Le journaliste l’interroge sur la lumière, la clarté, sur ce qu’on peut éclairer et tirer au clair. ÉPISODE 3 : CONNU / GÉOMÉTRIE / GÉOGRAPHIE ET VÉRITÉ / TÉLÉVISION / HISTOIRE Camille va en classe. Questions sur l’école et la maison, le trajet de l’une à l’autre, sur le mouvement, sur les distances. ÉPISODE 4 : INCONNU / TECHNIQUE Arnaud, en classe, lit un livre de lecture. Sa maîtresse commente le texte et pose des questions. ÉPISODE 5 : IMPRESSION / DICTÉE Arnaud tire des stencils d’une leçon de calcul. Questions sur l’impression, l’imprimerie, sur ce qui l’impressionne, sur la mémoire. ÉPISODE 6 : EXPRESSION / FRANÇAIS Camille parle avec le journaliste de l’école et du travail, du travail et de l’argent, du cri et de l’emprisonnement, du fait aussi que personne ne puisse venir voir les enfants à l’école.

ÉPISODE 7 : VIOLENCE / GRAMMAIRE Le journaliste converse avec Camille, punie par sa maîtresse à recopier 50 fois la même phrase, sur l’obéissance, le devoir, les lois – celles de l’école et de la vie –, la copie et l’invention, l’école et l’entreprise. ÉPISODE 8 : DÉSORDRE / CALCUL Arnaud rentre de l’école avec un ami et répond au journaliste sur le commerce, l’échange, les mathématiques, la propreté, la multiplication, l’argent et la valeur des choses. ÉPISODE 9 : POUVOIR / MUSIQUE Camille lit une BD en écoutant un disque de Mozart. Questions sur la musique et son appartenance, sur le rôle du son par rapport à celui de l’image, sur le bruit, le savoir et le pouvoir. ÉPISODE 10 : ROMAN/ÉCONOMIE Le journaliste parle avec Arnaud, qui regarde à la télévision un film de James Bond, du spectacle, de la TV, du regard et de la digestion, de l’ennui, de l’envie de raconter et de parler, de la solitude. ÉPISODE 11 : RÉALITÉ / LOGIQUE Camille dîne avec ses parents et son petit frère. On n’entend que les commentaires du repas. Camille mange presque sans parler. ÉPISODE 12 : RÊVE / MORALE Arnaud se prépare à se coucher. Robert Linard parle avec lui du sommeil, du rêve, de la pensée, de l’existence, du bonheur et du malheur, de la vie et de la mort, de ce qui est obscur et clair, des origines du monde.


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LA TRANSVERSALE : HISTOIRE SECRÈTE DU CINÉMA À LA TÉLÉVISION FRANÇAISE

JEAN-FRANÇOIS LAGUIONIE

JEAN-FRANÇOIS LAGUIONIE ANIMATION / 1978 / FRANCE / 24 MIN. / COUL. AVEC LES VOIX DE Charlotte MAURY-SENTIER, Jean-Pierre SENTIER SCÉNARIO Jean-Paul GASPARI, Jean-François LAGUIONIE IMAGE Jean-François LAGUIONIE SON Christian DUSFOUR, Jonathan LIEBLING (bruiteur), Daniel MELLINGER, Robert THUILLIER MUSIQUE Pierre ALRAND MONTAGE Claude REZNIK PRODUCTION INA, Médiane Films

(ANTENNE 2) VERSION RESTAURÉE

Un homme et une femme entreprennent une traversée de l’Atlantique à la rame, un exploit comme un autre… Mais certains voyages durent toute une existence et la vie à deux (dans un espace réduit) n’est pas facile… Aussi faut-il sauver les apparences. Palme d’or du court métrage au Festival de Cannes 1978 et César du meilleur court métrage d’animation en 1979. Ce voyage quitte très vite le déroulement linéaire du temps et devient l’affrontement entre l’homme et la femme dans un espace infini (l’océan) où l’existence ne se déroule plus au rythme du passage des années. L’essentiel est une confrontation, en marge de l’histoire (on voit au passage le naufrage du Titanic, les restes de vaisseaux de guerre), des deux personnages avec l’amour et la mort, jusqu’à l’immersion finale qui assure leur fusion. Seul parviendra au rivage un cahier de bord, marquant le décalage entre ce qui reste du voyage, un récit quotidien et banal, et l’espace#/#temps différent, hanté d’apparitions surréalistes, où se sont engouffrés les deux personnages, rêve devenu « une seconde vie#». Yves Benoit (Rouge, Octobre 1978)


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PATRICIA MAZUY

TRAVOLTA ET MOI PATRICIA MAZUY FICTION / 1993 / FRANCE / 1H08 / COUL. INTERPRÉTATION Leslie AZZOULAI, Julien GÉRIN, Hélène EICHERS, Thomas KLOTZ, Igor TCHINIAEV SCÉNARIO Yves THOMAS, Patricia MAZUY IMAGE Eric GAUTIER SON Didier SAIN MUSIQUE Yarol POUPAUD DÉCORS Louis SOUBRIER MONTAGE Bénédicte BRUNET PRODUCTION ARTE COLLECTION « TOUS LES GARÇONS ET LES FILLES DE LEUR ÂGE : ÉPISODE 6 » D’APRÈS UNE IDÉE ORIGINALE DE CHANTAL POUPAUD (ARTE)

Fin des années 1970. Christine est une adolescente fascinée par John Travolta. Sur un pari, Nicolas, un garçon amateur de Friedrich Nietzsche rencontré dans un bus, décide de la séduire. Ils doivent se retrouver le lendemain à la patinoire où a lieu une fête. Primé à Locarno et à Belfort en 1993 (Grand Prix du long métrage français et Prix Gérard Frot-Coutaz). En un peu plus d’une heure, Travolta et moi trace la courbe immense qui va de l’innocence à la liberté, de la pure énergie à de la folie pure. On met le feu aux poudres, et le souffle de l’explosion, le cri de la jeune fille, sont de révolte. Deux jours et deux nuits durant, Christine n’aura pas dormi, aura connu l’amour, le réel —#l’amour réel, se sera battue pour lui, aura arpenté le monde, aura remué ciel et terre. Et le mouvement de Christine est comme celui de la Terre, révolutionnaire.# Camille Nevers (Cahiers du cinéma, Novembre 1994)


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CHRIS MARKER : CARTE BLANCHE À THIERRY GARREL / CARTE BLANCHE À LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE

L’HÉRITAGE DE LA CHOUETTE CHRIS MARKER DOC. / 1989 / FRANCE / 1H18 / COUL. NARRATION André DUSSOLIER SCÉNARIO Jean-Claude CARRIÈRE, Chris MARKER IMAGE Andreas SINANOS, Jimmy GLASBERG MUSIQUE Harald MAURY, Harrick MAURY, Eleni KARAINDROU, Krystof PENDERECK MONTAGE Khadicha BARIHA, Nedjma SCIALOM PRODUCTION FIT Production, La Sept, Attica Art productions Inc.

NUMÉRISÉ EN 2017 PAR LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE AU LABORATOIRE HIVENTY, À PARTIR DES NÉGATIFS ORIGINAUX 16 MM CONSERVÉS À LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE. PRODUIT PAR THIERRY GARREL POUR LA SEPT

Les trois premiers épisodes, de la série documentaire de Chris Marker consacrée à l’héritage de la Grèce antique dans le monde moderne. À partir de treize mots de racine grecque, le cinéaste balade sa caméra aux quatre coins du monde pour enregistrer la parole d’hellénistes, d’hommes politiques ou d’artistes et confronte leurs discours aux mémoires des cinémathèques. ÉPISODE 1 : SYMPOSIUM OU LES IDÉES REÇUES À Paris, Tbilissi, Athènes et Berkeley, des historiens se prêtent au jeu de la reconstitution du «#symposium#», le banquet grec, autour de tables garnies de mets et de vin. ÉPISODE 2 : OLYMPISME OU LA GRÈCE IMAGINAIRE L’héritage de la Grèce, recomposé dans l’imaginaire contemporain, a parfois donné lieu à de terribles détournements au profit d’idéologies totalitaires comme le nazisme. Les jeux olympiques de 1936 à Berlin sont à cet égard symboliques, et la représentation du corps dans Olympia de Leni Riefensthal témoigne de la récupération d’un idéal au profit d’une toute autre esthétique. ÉPISODE 3 : DÉMOCRATIE OU LA CITÉ DES SONGES Que recouvre précisément le mot «#démocratie#» lorsqu’il désigne la cité-état antique ou nos systèmes politiques contemporains#? Quelles sont les analogies ou, au contraire, les différences radicales entre des réalités séparées de plus de vingt siècles#? Certains fonctionnements ne sont-ils pas propres à toutes les civilisations#?


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+ BONUS «CONTRE LA TÉLÉVISION» :

ON VOUS PARLE DE PARIS : MASPERO, LES MOTS ONT UN SENS CHRIS MARKER DOC. / 1970 / FRANCE / 20 MIN. / N&B INTERPRÉTATION François MASPÉRO, Fanchita MASPÉRO PRODUCTION SLON SÉRIE « ON VOUS PARLE, MAGAZINE DE CONTRE INFORMATION » NON DIFFUSÉE À LA TÉLÉVISION

«#Un éditeur, ça se définit par son catalogue#». Filmé dans sa librairie La joie de lire, François Maspero parle de sa maison d’édition, des livres qu’il fabrique et de la manière dont il conçoit son travail. «#On vous parle de#» est une série de documentaires de contre-information créée par la coopérative de production et de distribution SLON, qui définissait son orientation politique selon 3 principes#: anticapitalisme, anti-impérialisme et remise en cause du monopole de l’ORTF. «#SLON a été pour l’audiovisuel, en plus modeste, ce que Maspero a été pour l’édition#» (Guy Gauthier d’après Sébastien Layerle , Caméras en lutte, mai 68)


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LUC MOULLET

QUATRE FILMS DE LUC MOULLET

Mes rapports avec la Télé diffèrent d’un film à l’autre, suivant qu’elle est productrice à part entière ou simplement coproductrice. J’ai appris qu’il fallait se méfier#: elle désigne un producteur délégué mais le pouvoir final dépend d’un personnage plus important avec lequel nous ne sommes pas en contact direct. Les opinions de l’un et de l’autre peuvent différer totalement. Souvent le producteur délégué émet quelques réserves sur le film en cours ou en fin de montage. Parfois par principe, pour bien montrer qu’il a son mot à dire. Le mieux est de ne pas discuter, et de faire une toute petite modification. Et ça passe... Lorsque c’est une coproduction, la marge d’intervention de la Télé est très réduite. Je me souviens que, avant le début du tournage de Ma premières brasse, l’INA avait fait des réserves sur le choix du noir et blanc. Il leur fallait une justification#: j’ai donc dédié le film à Ben Turpin, célèbre acteur comique du muet. J’avais auparavant proposé Genèse d’un repas à l’INA. Mais ils voulaient m’imposer la couleur, alors que je préférais le noir et blanc. Ça ne s’est donc pas fait. Sur Parpaillon, la Sept voulait quelques noms connus. J’ai proposé Rosette (interprète d’un film de Rohmer ayant eu le Lion d’Or à Venise), et Claude Melki, acteur cultissime des films de Jean-Daniel Pollet. Mais ça n’était pas assez. J’ai proposé Michel Drucker, ce qui les a enchantés. Mais ça ne l’intéressait pas. En compensation, j’ai proposé un sous-titre#: Parpaillon, d’après Alfred Jarry. Un nom connu. En fait, il n’y a que cinq secondes directement inspirées de Jarry. Là encore, ça a marché. En 1962, le Service de la Recherche de l’ORTF semblait d’accord pour financer la fin du montage de Terres noires. Ils m’ont demandé un devis. Je leur ai donné un devis de 2.000 francs. Ils m’ont dit qu’en fait ça faisait 4.000 francs, et c’était trop cher pour eux. Finalement, j’ai fini le film tout seul, pour 2.000 francs#» Luc Moullet (Pour le catalogue Entrevues, Septembre 2017)


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INTRODUCTION DOC. / 1982 / FRANCE / 9 MIN. / COUL. SCÉNARIO Luc MOULLET / IMAGE Jacques BOUQUIN / MONTAGE Janine VERNEAU / PRODUCTION ©INA / ÉMISSION LE CHANGEMENT À PLUS D’UN TITRE Un an après l’arrivée de la gauche au pouvoir avec l’élection de François Mitterrand, l’INA demande à 10 cinéastes (dont Godard, Grandrieux, Treilhou…) de répondre à la question «"Qu’est-ce que le changement"?"» Luc Moullet livre une étude méticuleuse – et non sans humour – des divers sens du mot «"changement"» au travers des points de vue religieux, scientifique, historique, politique...

IMPHY, CAPITALE DE LA FRANCE FICTION / 1995 / FRANCE / 23 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION Luc MOULLET / SCÉNARIO Luc MOULLET / IMAGE Lionel LEGROS / MONTAGE Isabelle PATISSOU-MAINTIGNEUX / PRODUCTION Les films d’ici, Canal plus / ÉMISSION L’ŒIL DU CYCLONE Fort de données scientifiques irréfutables, le réalisateur constate que Paris, surpeuplée et polluée, ne remplit plus son office de capitale de la France. Secondé par une équipe de tournage et une assistante, il part pour Imphy, petite ville située exactement au centre de l’Hexagone et imagine les aménagements nécessaires au site...

L’ODYSSÉE DU 16/9˚ FICTION / 1996 / FRANCE / 12 MIN. / COUL.

INTERPRÉTATION Jean-Christophe BOUVET, Claude MERLIN, Guillaume PELÉ, Antonietta PIZZORNO / SCÉNARIO Luc MOULLET / IMAGE Lionel LEGROS / PRODUCTION 13 production Dans une maison des Alpes, le père, la mère et le fils se battent pour voir à la télé le programme de leur choix.

MA PREMIÈRE BRASSE DOC. / 1982 / FRANCE / 43 MIN. / N&B AVEC Luc MOULLET / SCÉNARIO Luc MOULLET / IMAGE Richard COPANS, Michel DAVAUD, Alain SALOMON / SON Jean-Claude BRISSON / MUSIQUE Patrice MOULLET / MONTAGE Martine VOISIN / PRODUCTION ©INA «"En 1980, un fan qui dirigeait une collection à l’INA, Jean Collet, m’a proposé de tourner un des six téléfilms prévus sur le thème «"Le Grand jour"». Ne sachant pas nager, j’ai imaginé que ce serait un grand jour pour moi que celui où j’apprendrais à nager. Une option totalement imaginaire, car je me fous totalement de savoir nager ou pas. Le film raconte donc mon rapport à l’eau avant la date du grand jour, et mon odyssée ponctuelle de l’apprentissage."» (Luc Moullet)


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JEAN RENOIR

LE TESTAMENT DU DOCTEUR CORDELIER JEAN RENOIR FICTION / 1959 / FRANCE / 1H35 / N&B INTERPRÉTATION Jean-Louis BARRAULT, Michel VITOLD, Teddy BILIS, Micheline GARY, Jean TOPART SCÉNARIO Jean RENOIR IMAGE Georges LECLERC SON Joseph RICHARD MUSIQUE Joseph KOSMA DÉCORS Marcel-Louis DIEULOT MONTAGE Renée LICHTIG, Maryse BARBUT, Françoise LONDON PRODUCTION RTF, SOFIRAD, Compagnie Jean Renoir VERSION RESTAURÉE PRÉCÉDÉ DE : JEAN RENOIR VOUS PRÉSENTE

LE TESTAMENT DU DOCTEUR CORDELIER DOC. / 1960 / FRANCE / 2 MIN. / N&B

Cet épisode fait partie d’une série d’émissions, diffusées sur la 1e chaine, dans lesquelles Jean Renoir, assis dans un studio et face caméra, fait une présentation de ses films aux spectateurs.

Le docteur Cordelier, un célèbre psychiatre, confie son testament au notaire Maitre Joly, dans lequel il désigne son héritier": un certain Opale. Ce dernier se révèle être un sadique et dangereux meurtrier. Mais on découvre bientôt qu’Opale et Cordelier ne font qu’un… À la fin des années 1950, Jean Renoir, auréolé d’une gloire davantage liée à ses films des années 1930 qu’à sa dernière période inégalement accueillie par la critique, se trouve en situation de tourner son premier film pour la télévision, en l’occurrence pour l’ORTF, en pleine période de l’école des Buttes Chaumont. C’est l’occasion pour Renoir, cinéaste aventureux, de tenter une nouvelle expérience dans laquelle le tournage à plusieurs caméras et une légèreté retrouvée, à la fois contemporaine de la Nouvelle Vague naissante et de culture du direct chère à la télévision française de l’époque, seront des atouts non négligeables. Sur un canevas largement inspiré de L’Étrange cas du Docteur Jekyll et Mister Hyde, le fameux texte de Stevenson déjà plusieurs fois adapté au cinéma et réinscrit ici dans l’opposition nature/culture chère à l’auteur du Fleuve, Renoir produit, avec Le Testament du Docteur Cordelier, un objet étrange à la fois en rupture et en continuité avec sa propre œuvre et qui demeure, jusqu’à aujourd’hui relativement méconnu. Charles Tesson (Le Goût de la télévision, ed. Cahiers du cinéma, 2007)


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MAURICE RONET

BARTLEBY Maurice RONET FICTION / 1976 / FRANCE / 1H36/ COUL. INTERPRÉTATION Michael LONSDALE, Maxence MAILFORT, Maurice BIRAUD, Hubert DESCHAMPS SCÉNARIO Maurice RONET, Yvan BOSTEL, Jacques QUOIREZ, d’après la nouvelle d’Herman MELVILLE : Bartleby le scribe IMAGE Claude ROBIN MUSIQUE Gérard ANFOSSO DÉCORS Jean-Maie THOMEN MONTAGE Jean-Pierre ROQUES PRODUCTION Antenne 2, ©INA

Le quotidien des employés d’une étude de notaire est perturbé par l’arrivée d’un nouvel employé": Bartleby. Son caractère taciturne et son obstination à refuser certaines tâches vont provoquer le malaise, l’indignation puis la colère de ses collègues… Cette étrange histoire, adaptée d’une nouvelle d’Hermann Melville, a été réalisée pour la télévision par Maurice Ronet. La voici diffusée sur grand écran et cela lui confère une nouvelle dignité, hautement mérité. (…) L’attitude de Bartleby nous déconcerte et nous stimule, son regard absent-présent nous fascine (Maxence Mailfort exprime à merveille cette emprise), son refus trouve en notre âme une secrète approbation. Comme dit son employeur, à la fin du film (Michel Lonsdale [crédité ainsi au générique du film] toujours parfait)#: «#Que savez-vous de votre douleur en moi"?"». Bartleby est le contraire d’un récit arbitrairement hermétique, écrivait alors Télérama, dans une critique très louangeuse. C’est le cri étouffé et pathétique d’un fou, autrement dit d’un sage, qui résiste à sa manière à la folie de ce que l’on appelle la vie normale#: la réponse par l’absurde à l’absurdité ambiante. C’est Kafka plus Ionesco. Stanislas Gregeois (Télérama, Mars 1978)


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JACQUES ROZIER

JEANNE MOREAU : VIVE LE CINÉMA ! DOC. / 1972 / FRANCE / 66 MIN. / COUL. AVEC Jeanne MOREAU, Catherine BREILLAT, Jery LEWIS, Orson WELLES PRODUCTION ORTF, ©INA

ÉMISSION « VIVE LE CINÉMA ! » CRÉÉE PAR ANDRÉ S. LABARTHE ET JANINE BAZIN (ANTENNE 2) VERSION COURTE DE 41 MIN. ÉTABLIE PAR JACQUES ROZIER : VIVE LE CINÉMA ! N°2

Jeanne Moreau est la rédactrice en chef de cet épisode de «"Vive le cinéma"!"», émission créée par André S. Labarthe et Janine Bazin qui invitait une personnalité –"metteur en scène, actrice ou acteur, écrivain, homme politique, avocat…"– à suivre puis à commenter librement un mois d’actualité cinématographique. Mise en scène par Jacques Rozier, Jeanne Moreau nous entraîne à la rencontre de Catherine Breillat, Barbet Schroeder, Jerry Lewis et Orson Welles…. Jeanne Moreau évoque le cinéma qui va s’inventer sous nos yeux#; de dos d’abord, face à Catherine Breillat, les cheveux glissant dans l’ombre d’une salle de projection. Puis le rideau se lève sur la lumière, sur le théâtre, l’artifice des ors et du rouge, du costume et du chant, manière de dire#: vous ne regardez pas un reportage#; la télé, c’est une autre forme de fiction#: elle peut parler de cinéma, s’y substituer même. Vive le cinéma"! est un cri cinéphile, mais qui de la cinéphilie fait un film, un trajet dont le passeur est Jeanne Moreau, une figure, une histoire. L’hommage n’y a rien de guindé, nul n’y fait la révérence, seulement allégeance aux talents des autres en y mettant le sien. Le sien, c’est parfois un signe, une fausse coïncidence. Sébastien Bénédict (Jacques Rozier le funambule, ed. Cahiers du cinéma, 2000)


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MARKETING MIX FICTION / 1978 / FRANCE / 15 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION Bernard MENEZ, Bernard DUMAINE, Maurice VALLIER SCÉNARIO Jacques ROZIER IMAGE Jacques PAMART MUSIQUE André SIEKIERSKI MONTAGE Michèle ANDRÉ PRODUCTION Antenne 2, ©INA

ÉMISSION « CONTES MODERNES : LE TRAVAIL » (ANTENNE 2)

Jean-Yves Maginot, jeune diplômé d’école de commerce, souhaite grimper les échelons le plus vite possible. Pour cela, il tente d’imposer une nouvelle méthode de stratégie de marché dans l’entreprise qui l’engage en tant qu’attaché commercial. La particularité de cet excellent court-métrage, tourné en 1978 pour la télévision, est double. D’une part, il s’attache uniquement au monde de l’entreprise, à sa réalité hiérarchique, avec son lot de vexations quotidiennes, entre hommes (où il y a du répondant) et d’hommes à femmes (où il y en a moins). D’autre part, il suit ce monde pas à pas à travers un personnage d’attaché commercial (Bernard Menez) dont le statut social, ainsi que les mœurs et les aspirations, tranchent avec l’ordinaire des personnages des films de Rozier, même si ceux des Naufragé de l’Ile de la Tortue rivalisent d’inventivité pour se mettre en valeur au sein de leur agence de voyages. Le seul personnage qui rattache directement le film à son univers familier est celui de la secrétaire personnelle de l’attaché commercial, qui prend son courrier en sténo avant de la taper à la machine, dont on pourrait dire qu’elle est une des filles de Du côté d’Orouët.# Charles Tesson (Jacques Rozier le funambule, ed. Cahiers du cinéma, 2000)


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BARBET SCHROEDER

THE CHARLES BUKOWSKI TAPES Barbet SCHROEDER DOC. / 1982 / FRANCE / 3H30 / COUL. INTERPRÉTATION Charles BUKOWSKI, Linda LEE BUKOWSKI IMAGE, SON Steven HIRSCH, Elliot EINZIG PORTER, Paul CHALLACOMBE MUSIQUE Jean-Louis VALERO, Elliot EINZIG PORTER MONTAGE Barbet SCHROEDER, Paul CHALLACOMBE PRODUCTION Les Films du Losange

DIFFUSÉS SUR FRANCE 3

Au début des années 1980, à l’occasion de ses recherches pour son film Barfly réalisé autour d’un script écrit par Charles Bukowski à propos de sa propre vie, Barbet Schroeder interroge l’écrivain américain qui évoque avec lui ses obsessions sur la vie, la mort, l’art, son enfance et les femmes. Entre 1980 et 1986, je cherchais désespérément le financement de Barfly. Une fois par semaine, nous passions aussi deux ou trois heures à travailler sur une nouvelle version du scénario, plus dynamique, plus ronflante, avant de partir de chez lui [Charles «#Hank#» Bukowski] pour une nuit d’alcool et de discussions. Les sujets étaient très variés, mais Hank s’assurait toujours que chacun de ceux qui avaient atterri là ait pu prendre la parole, même s’il devait être violemment contredit par la suite. J’attendais toujours le moment où Hank se lancerait dans un de ses courts monologues. Ils étaient tout aussi beaux, puissants et drôles que ses écrits, toujours en lien avec son expérience personnelle. (…) J’ai filmé tout cela, refusant volontairement de tourner des plans en vue d’un montage ultérieur. Je savais que ce que je voulais montrer, c’était l’homme, ses paroles, et rien d’autre. Barbet Schroeder (présentation de l’édition dvd américaine, 2004, in catalogue «#Théâtres au cinéma#», 2012)


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ANDRÉ TÉCHINÉ

LA MATIOUETTE OU L’ARRIÈRE-PAYS ANDRÉ TÉCHINÉ FICTION / 1983 / FRANCE / 48 MIN. / N&B INTERPRÉTATION Jacques NOLOT, Patrick FIERRY, Perrout PATRICK SCÉNARIO André TÉCHINÉ, Jacques NOLOT, Laurent PERROUT, Philippe DU JANERAND d’après la pièce La Matiouette de Jacques NOLOT IMAGE Pascal MARTI SON Jean-Claude BRISSON DÉCORS Thierry FLAMAND, Christian GROSRICHARD MONTAGE MARTINE GIORDANO PRODUCTION ©INA

ÉMISSION « TÉLÉVISION DE CHAMBRE » : ÉPISODE 9 INA

Jean-Claude, jeune comédien parisien, retourne dans son village natal après dix ans de silence. Il retrouve son frère, Alain, qui a repris le salon de coiffure de leur père et qui s’est marié à une fille du pays, «"la Matiouette"». Adapté de la pièce de théâtre de Jacques Nolot, le film fut présenté à Un certain regard à Cannes en 1983. Ce film ne fait pas rire. Il fait peur et il serre le cœur. C’est sans doute qu’il y avait, dès avant l’écriture de l’adaptation, un peu plus que la simple charge, un peu plus que la satire ou la dénonciation de la cruauté ordinaire#: une vraie blessure, un mal comme il s’en cache dans les replis de l’arrière-pays. L’ennui de la satire, c’est la complicité#; la complicité contre, à l’abri de frontières rassurantes. Dans La Matiouette, André Téchiné a placé sa caméra à la juste distance, qui interdit d’avoir jugé d’avance. Les personnages du film sont notre seul repère#; les deux personnages#: pas d’alliance possible avec l’un contre l’autre, pas de front commun#: rien sans eux, rien contre eux. Il n’est pas de pays sans arrière-pays. Si on est là, dans le pays qu’on s’est choisi, c’est qu’on en a quitté un autre. Et ceux qui sont restés, les frères qu’on a reniés, les frères qu’on n’a pas voulu être, c’est à tort qu’on les croit immobiles, qu’on les prend pour des demeurés. Eux aussi ont suivi un chemin d’exil, à leur façon. On n’est jamais enraciné#: on s’enracine. Guy-Patrick Sainderichin (Cahiers du cinéma, Mai 1983)


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LA TRANSVERSALE : HISTOIRE SECRÈTE DU CINÉMA À LA TÉLÉVISION FRANÇAISE

AGNÈS VARDA

NAUSICAA AGNÈS VARDA DOC. / 1970 / FRANCE / 1H34 / COUL. INTERPRÉTATION France DOUGNAC, Myriam BOYER, Aris FAKINOS, Gérard DEPARDIEU, Gisèle PRASSINOS, Stavros TORNES SCÉNARIO Agnès VARDA IMAGE Charlie GAËTA MUSIQUE Mikis THEODORAKIS MONTAGE Germaine COHEN PRODUCTION ORTF

FILM CENSURÉ, NON DIFFUSÉ

Une jeune femme d’origine grecque (comme Agnès Varda) accueille des exilés grecs fuyant la dictature des Colonels. Cette fiction documentaire mêlant témoignages, confidences d’intellectuels et d’artistes résidant à Paris ou de réfugiés politiques récents, fut interdite par les Ministères des Affaires étrangères et de l’Économie. Depuis que je suis revenue, j’ai fait un film pour la télé, et Dieu sait si on est mal payé à la télé. C’est un film que j’ai écrit, pour la série «#Écriture pour l’image#», qui s’appelle Nausicaa. C’est un dossier sur la Grèce très subjectif. Il est très politisé dans la mesure où la Grèce, on ne peut pas en parler sans penser aux colonels, à la dictature et à la répression. On y trouve certains souvenirs de ma jeunesse, des personnages, des interviews d’exilés politiques grecs qui viennent dire ce qu’ils en pensent. C’est encore une fois un de ces films bazars… Mais j’avais un compte personnel à régler avec la Grèce, ça me tenait à cœur. J’ai voulu le faire pour le plus grand public possible, et donc c’était à la télé qu’il fallait le faire, c’était le seul médium pour ce film. (…) Inutile de vous préciser qu’une telle démarche, c’est, sur le plan de la carrière, sur tous les plans - financiers, administratifs, etc. -, une des pires conditions, c’est même plutôt un pas en arrière. Ce point de vue ne concerne que moi, mais il justifie ma façon de faire du cinéma. Si ça se trouve, je peux tourner en 16mm. Agnès Varda (Jeune Cinéma, février 1971)


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PAUL VECCHIALI

CŒUR DE HARENG PAUL VECCHIALI FICTION / 1983 / FRANCE / 1H30 / COUL. INTERPRÉTATION Hélène SURGÈRE, Anouck FERJAC, Nicolas SILBERG, Pierre BLOT, Roger PIGAUT SCÉNARIO Richard CARON, Pierre LESOU, Paul VECCHIALI PRODUCTION TF1, Hamster Production

COLLECTION « SÉRIE NOIRE », CRÉÉE PAR PIERRE GRIMBLAT (TF1)

Paris, dans les années 1950. Marly souhaite mettre fin à sa carrière de proxénète. Avant cela, il organise un casse avec son ami Barjo afin de pouvoir offrir une guinguette à sa protégée Nella. Mais Rolf, son ennemi juré qui rêve de fédérer la prostitution du 17e, lui tend un piège… L’un des épisodes d’une des dernières séries de TF1 avant sa privatisation, qui comprenait aussi Grandeur et décadence d’un petit commerce de cinéma de Jean-Luc Godard. On est peut-être, sans le savoir, dans un film de série B américaine. En tout cas, la mise en scène elle-même ressemble plus à un drame hollywoodien (plans larges, travellings fluides), qu’à un téléfilm français. Qu’il soit produit par la télévision ou par le cinéma, Vecchiali ne change pas de grammaire. Il ne se dédouble pas. «"Pourquoi travaillerais-je différemment d’ailleurs"? À la télévision, je me suis souvent entendu dire": ‟"Faut découper beaucoup, faire des gros plans#!"” Je ne suis pas d’accord. Un acteur parle aussi avec son corps. À la télévision, comme au cinéma, je ne suis pas décidé à changer ma manière de filmer en m’inféodant aux règles de la télé#». Par exemple, oser filmer les jambes des putes plutôt que leur corps tout entier et donner à la mise en scène une impulsion chorégraphique plutôt que naturaliste. Matthieu Orléan (Paul Vecchiali, la maison cinéma, ed. de L’Œil, 2011)


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LA TRANSVERSALE : HISTOIRE SECRÈTE DU CINÉMA À LA TÉLÉVISION FRANÇAISE

LETTRES D’UN CINÉASTE

LETTRES D’UN CINÉASTE Un programme de cinq «#Lettre d’un cinéaste#», série de l’émission culte Cinéma, cinémas, diffusée sur Antenne 2 de 1982 à 1991 et créée par Claude Ventura, Anne Andreu et Michel Boujut.

ALAIN CAVALIER

FRANCE / 1982 / 13 MIN. Alain Cavalier se filme pendant le travail d’écriture du scénario de son prochain film Thérèse. En voix-off, il fait part de ses angoisses de metteur en scène puis fait passer des essais à une jeune comédienne pour le rôle de Thérèse.

RAOUL RUIZ : LE RETOUR D’UN AMATEUR DE BIBLIOTHÈQUE CHILI / 1983 / 15 MIN. / PROD ©INA

Fin 1982, Raoul Ruiz retourne dans sa ville natale au Chili pour la première fois depuis son départ en 1974. A travers la quête d’un mystérieux livre à la couverture rose, il fait une balade dans Santiago et ses faubourgs, dans sa maison natale et chez des amis retrouvés. En filigrane, le coup d’état de septembre 1973 et le régime d’Augusto Pinochet.


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JACQUES ROZIER : LETTRE DE LA SIERRA MORENA FRANCE / 1983 / 21 MIN.

AVEC FABRICE LUCCHINI ET MAURICE RISCH (VERSION DIRECTOR’S CUT) Sur le thème «"comment faire un film aujourd’hui"», Jacques Rozier met en scène Fabrice Lucchini et Maurice Risch qui témoignent des difficultés que rencontrent les réalisateurs": commission d’avance sur recette, choix des acteurs, moyens de tournage...

PAUL VECCHIALI : UNE JOURNÉE ORDINAIRE FRANCE / 1983 / 14 MIN.

Paul Vecchiali raconte une «"journée ordinaire"» à partir d’une réflexion sur la lettre «"D"». Il va chez son producteur, rencontre l’actrice Monique Garnier pour un rôle dans Cœur de hareng, lui donne la réplique, fait ses comptes, reçoit sa soeur... La nuit tombe sur les hauts de Bicêtre.

JEAN-CLAUDE BRISSEAU FRANCE / 1990 / 14 MIN.

Caméra au poing, Jean-Claude Brisseau filme le quartier Marcadet à Paris": l’immeuble dans lequel il a grandi, l’endroit où il jouait avec ses copains, le cinéma dans lequel sa mère, femme de ménage, travaillait et lui rêvait.


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UN CERTAIN GENRE : RÉALITÉS VIRTUELLES

UN CERTAIN GENRE :

réalités virtuelles


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MIYUBI DE FÉLIX LAJEUNESSE ET PAUL RAPHAËL (FILM EN VR ) P.124 HÉRITAGE DE BENJAMIN NUEL (FILM EN VR ) P.125 LE MONDE SUR LE FIL DE R-W. FASSBINDER P.126 STRANGE DAYS DE KATHRYN BIGELOW P.127 THE TRUMAN SHOW DE PETER WEIR P.128 EXISTENZ DE DAVID CRONENBERG P.129 A SCANNER DARKLY DE RICHARD LINKLATER P.130 AUTREMENT, LA MOLUSSIE DE NICOLAS REY P.131 HER DE SPIKE JONZE P.132 TANT QUE JE BRILLERAI DE ELÉONORE WEBER P.133 JEUX SÉRIEUX [1, 2, 3, 4] DE HARUN FAROCKI P.134-135 MARTIN PLEURE DE JONATHAN VINEL P.136 REAL ESTATE DE NEIL BELOUFA P.136 HOTARU DE WILLIAM LABOURY P.137 CHOSE MENTALE DE WILLIAM LABOURY P.137 CONFÉRENCE DE FOUZI LOUAHEM P.122


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UN CERTAIN GENRE : RÉALITÉS VIRTUELLES

RÉALITÉS RÉALITÉS VIRTUELLES VIRTUELLES Commençons avec les mots. Par exemple#: «"Nous sommes tous encore ici"». Cette phrase pourrait être le leitmotiv de toute ma vie et de la vôtre. Tant que l’on peut la prononcer, on est en vie et l’on en témoigne. Elle nous relie en tant que vivants à tous les vivants, connus et inconnus, vous, moi et tous les autres. Surtout, cette phrase porte en elle à la fois une réalité et une virtualité. Elle décrit un fait incontestable et en laisse sourdre un autre, potentiel. Sous sa vérité énoncée de manière presque candide, elle fait entendre un gouffre à la fois absent et possible.

Nous jouons avec la virtualité depuis au moins Aristote, qui d’ailleurs s’en plaignait. Il consacre plusieurs réflexions de sa Poétique à considérer le problème posé par les fabulistes de son temps qui, à ses yeux, faisaient dans leurs vers un usage immodéré des créatures surnaturelles, comme les harpies, les nymphes, les fantômes ou les sirènes. Aristote cherche à les décourager mais il précise que, si c’est absolument nécessaire, il vaut mieux «adopter les impossibilités vraisemblables, plutôt que les choses possibles qui seraient improbables#». N’est-ce pas merveilleusement problématique#? Aristote, cependant, a perdu ce combat. Le dragon, l’hippogriffe, le sphinx, le petit homme vert ou Pikachu sont autant de mots antiques ou modernes cherchant à représenter des créatures virtuelles. Tant qu’il s’agit de mots, nul ne vient plus sérieusement placer de limites à sa tolérance au virtuel. Nous les acceptons facilement à présent, nous avons domestiqué cette brèche, cet écart que les mots fabriquent parfois avec notre monde. Il semblerait aujourd’hui que la virtualité ne pose problème ou ne soulève de perplexité, parfois de contestation que lorsqu’elle concerne les images… Et c’est bien pour ça qu’elle nous intéresse. Ici et maintenant, de nos jours à Belfort, à Paris et dans le monde entier, VR signifie Virtual Reality, qui se traduit par Réalité Virtuelle, qui ne signifie rien, si l’on y réfléchit. On aura beau inventer toutes sortes de machines extraordinaires, elles ne permettront jamais de nous extraire de la réalité pour nous projeter dans une


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dimension qui ne lui appartiendrait pas. Même le virtuel le plus parfait et absolu fait partie, hélas sans doute, de notre monde réel, qui l’a enfanté. La réalité virtuelle est une réalité tout court. VR, donc, est un terme qui ne désigne rien d’autre qu’une plateforme, un outil, un format dédié à un type d’images. Ce n’est rien d’autre mais c’est déjà considérable puisque cette plateforme a elle même le potentiel de devenir universelle et peut-être hégémonique, au même titre que le PC aujourd’hui. Car avant de servir à fabriquer de jolies images ou des images terribles, avant d’être un moteur à fictions, à récits, à documents, bref avant d’être un outil de création qui intéresse éventuellement le cinéma, la VR représente d’ores et déjà un immense business dans le monde du commerce, de l’immobilier, de la médecine, de l’enseignement et d’un nombre considérable d’autres activités, au-dessus desquelles trône, bien évidemment, l’industrie des loisirs. Et quel est le pays le plus développé dans ce domaine des applications industrielles de la VR#? Oui, la Chine. Dans le domaine de l’art, de la création, du cinéma, on peut suivre le même raisonnement: la VR n’est pas à proprement parler un genre en soi. Si elle fait genre aujourd’hui c’est parce qu’elle est encore, mais sans doute plus pour très longtemps, tenue pour une niche. Elle est vécue comme telle par tous les acteurs concernés. Dans la psyché du cinéma, la VR flotte comme une énigme, une expérimentation, une hypothèse, un truc tentant ou à tenter. Un filon, certainement, pour quelques uns. Mais en vérité, dans cette niche, tous les genres sont possibles puisque la VR est par vocation universelle. Nul ne s’étonnera donc d’y trouver le cinéma pornographique en très bonne place pour ce qui est du volume des productions et du nombre de studios déjà impliqués. Compte tenu des investissements nécessaires, on ne s’étonnera pas non plus de trouver de prestigieuses fondations artistiques parmi les financiers les plus réguliers du cinéma VR d’avant-garde. À l’intersection du film et des médias, on observe tout aussi logiquement la forte présence de grandes enseignes de presse, du New York Times à Vice, dans le journalisme VR documentaire. La rumeur hollywoodienne assure que les plus grands studios d’animation expérimentent à leur tour des solutions VR pour un futur proche, suivant en cela l’exemple des studios de développement de jeux vidéo, certainement les mieux instruits aujourd’hui des possibles dessinés et des problèmes posés par le cinéma VR d’animation. La niche, on le voit, grouille et la VR, bientôt, l’excèdera. Mais d’ici là, nous avons une chose agréable à considérer, une sorte d’avantage historique dont nous aurions tort de ne pas profiter#: nous sommes tous encore, ici, au même point, au même stade de la découverte. Acteurs, spectateurs et réalisateurs de VR partageons tous la même virginité anthropologique face à cette exploration. Si l’usage du casque est pour l’instant solitaire, c’est collectivement que nous l’expérimentons, la découvrons, réfléchissons à ses effets et conséquences. C’est l’aventure de notre génération, de notre siècle, que d’essuyer les plâtres d’une technologie qui va considérablement évoluer dans les années et décennies qui viennent. Nous sommes au néolithique de la VR et l’on ne peut même pas imaginer en quoi elle se transformera au fil des inévitables mutations qui lui sont déjà promises, à commencer par la miniaturisation#: une paire de lunettes légères, ou de lentilles de contact, suffira un jour pour s’immerger dans un espace VR. Pour ce qui concerne le cinéma, la VR ne peut pas être tenu pour une espèce étrange de nouvel accessoire ou d’ingénieux système, comme par exemple on a pu le dire du steadicam venu, au tournant des années 80, changer pour toujours la grammaire du travelling. Ce n’est pas non plus un approfondissement technologique comme le passage du noir et blanc à la couleur. L’analogie avec le passage du muet au parlant serait plus facile à soutenir, au moins quelques lignes, parce que le


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son apportait au film une dimension supplémentaire à la représentation réaliste du monde, indéniablement sonore, comme la VR rend compte du fait tridimensionnel de ce même monde. Mais au fait, est-ce bien sûr#? Vivons-nous dans un monde en trois dimensions#? Les plus sérieuses conjectures de la physique quantique en doutent fortement. On peut ainsi s’entendre expliquer, sans rien y comprendre, par des astrophysiciens éminents qu’il existe une bonne probabilité pour que nous soyons des créatures en deux dimensions tapissant les confins de l’univers, que par commodité nous nous représentons en trois dimensions. L’univers, disent-ils, serait ainsi une sorte d’hologramme. Pas un truc parano à la Matrix mais un hologramme, hum, naturel. La VR est peut-être le premier outil humain qui entretient un lien au moins métaphorique avec cette découverte. Elle nous donne l’illusion parfaite d’un monde en trois dimensions, apparaissant pourtant à la surface d’un écran qui n’en compte que deux. Et elle introduit de surcroit des questions auxquelles on ne peut ni échapper ni répondre, comme s’il s’agissait d’une discipline métaphysique#: où suis-je, où est l’axe de la mise en scène, où est le regard du réalisateur, où sont le proche et le lointain, où est la caméra#? Pire#: suis-je la caméra#? Parce qu’elle bouleverse en premier lieu toutes les conditions usuelles de la perception, la VR offre au cinéma une vraie bifurcation épistémologique : le code a changé ! Le langage des images, le jeu des acteurs, le concept même de l’acteur, la syntaxe du montage, la dynamique des mouvements, la structure des plans, la logique de l’effet, les principes du récit... tout est différent, transformé, encore non-inventé et peut-être introuvable. Comme le prouvent les programmations en miroir de Belfort 2017, où les films «#classiques#» traitant de virtualité côtoient ceux «#modernes#» qui la pratiquent, le cinéma n’a pas attendu la VR pour jouer avec le virtuel, et il n’a pas aujourd’hui besoin d’elle pour continuer à s’y intéresser. À sa façon, il n’a cessé d’être un art de la virtualité depuis ses origines. Fidèle à sa constitution d’ogre débonnaire, le cinéma absorbe la VR autant qu’il promet d’être absorbé par elle, pour son plus radieux salut. Le cinéma n’est en rien menacé, il s’en fiche, il continue d’être ce rêve humain préhistorique auquel tous les supports, toutes les technologies conviennent... Mais qu’aucune technologie ne parviendra jamais à épuiser. Olivier SÉGURET

OLIVIER SÉGURET

Olivier Séguret a été journaliste, critique et chroniqueur à Libération, essentiellement pour la rubrique Cinéma, qu’il dirige au tournant des années 2000. En parallèle, il a installé et développé la critique du jeu vidéo au sein du même quotidien, qu’il quitte en 2014. En 2015, il publie Godard Vif (G3J Editeur).


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UN CERTAIN GENRE : RÉALITÉS VIRTUELLES

CARTE BLANCHE À L’ESPACE MULTIMEDIA GANTNER CARTE BLANCHE À L’ESPACE MULTIMEDIA GANTNER

VERS UNE NOUVELLE PRATIQUE ARTISTIQUE : LA RÉALITÉ VIRTUELLE Depuis la fin des années 1980, les arts numériques n’ont cessé d’explorer les possibilités de la réalité virtuelle (VR), avec des installations interactives et immersives. Les rapides avancées et la démocratisation en cours des équipements multiplient, depuis quatre ans, l’émergence de nouvelles pratiques artistiques et cinématographiques autour de la VR et du «#cinéma à 360°#». L’Espace multimédia Gantner (l’EMG), centre d’art contemporain, dans sa mission d’expérimentation des nouvelles technologies, s’empare de cette pratique actuelle avec, à l’horizon 2018, un programme d’ateliers, de résidences et de diffusion de films et d’œuvres d’artistes. Car si ces nouvelles pratiques se développent largement, la singularité de ce medium reste encore à mettre en œuvre. Il y a donc un véritable travail de recherche à mener pour l’EMG tant dans la création que dans la diffusion de ces œuvres. Travail dont la collaboration avec le Festival Entrevues cette année, est un premier pas. L’EMG est une antenne de la Médiathèque Départementale du Territoire de Belfort Conventionné Centre d’art contemporain, il est soutenu par le ministère de la Culture et de la Communication, la Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne-FrancheComté, le Conseil Régional de Bourgogne -Franche-Comté et la commune de Bourogne.

CONFÉRENCE DE FOUZI LOUAHEM

QUEL AVENIR POUR LA VR ? FOUZI LOUAHEM Tour à tour scénariste et réalisateur d’expériences vidéos à 360°, directeur artistique du magazine de cinéma Bande à Part, Fouzi s’est investi au cours de ces dernières années dans de multiples projets VR.


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CARTE BLANCHE AU FRAC DE FRANCHE-COMTÉ

THE RECORD ULLA VON BRANDENBURG FILM SUPER-8 / N&B / 58' / 2005-2014 ISSUE DE LA COLLECTION DU FRAC DE FRANCHE-COMTÉ

Le Fonds Régional d’Art Contemporain de FrancheComté est riche d’une collection composée de près de 700 œuvres de plus de 300 artistes. Pour Entrevues, il présente une nouvelle acquisition : une pièce d’Ulla von Brandenburg intitulée The Record. Dans ce film en noir et blanc, l’artiste rejoue, en quelques secondes et avec humour et poésie, une scène d’un film de Jean Vigo. À travers cette courte séquence, Ulla von Brandenburg rend hommage au cinéma et à son histoire. Elle questionne le passage du cinéma muet au cinéma parlant, insistant sur le caractère artificiel du médium cinématographique. L’œuvre se rattache au thème de la réalité virtuelle par la mise en scène d’une construction factice d’une expérience sensorielle. Elle renoue par ailleurs avec l’acception première de cette expression utilisée d’abord par Antonin Artaud en mettant en exergue les mécanismes de l’illusion du monde du spectacle.


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UN CERTAIN GENRE : RÉALITÉS VIRTUELLES

FILM EN VR

MIYUBI FELIX LAJEUNESSE PAUL RAPHAËL FICTION / 2017 / CANADA / 40 MIN. / COUL. INTERPRÉTATION Owen VACCARO, P.J. BYRNE, Richard RIEHLE SCÉNARIO Owen BURKE, Félix LAJEUNESSE, Paul RAPHAËL PRODUCTION Félix & Paul STUDIOS

Dans une banlieue des États-Unis en 1982, un petit garçon reçoit un jouet robot pour son anniversaire": Miyubi. Le spectateur est invité à vivre cette expérience à travers le corps et la conscience de Miyubi. La plus longue fiction en réalité virtuelle à ce jour, tournée en prise de vues réelles.

FÉLIX LAJEUNESSE ET PAUL RAPHAËL sont deux réalisateurs et artistes visuels basés à Montréal. En 2008, ils fondent le studio de création et de production Félix & Paul et présentent partout dans le monde des installations vidéo, des environnements multimédias et des films en stéréoscopie 3D. En 2013, ils se plongent dans la VR en développant une technologie pour « saisir le réel » qui combine des systèmes de caméras et des logiciels de post-production qu’ils ont développé eux-mêmes. Ils ont collaboré avec le Cirque du Soleil, Jurassic World, et même Barack Obama.


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FILM EN VR

HÉRITAGE BENJAMIN NUEL FICTION / 2017 / FRANCE / 13 MIN. / COUL.

AVEC LES VOIX DE Anne STEFFENS, Claude GERBE, Jochen HÄGELE SCENARIO Benjamin NUEL IMAGE Robin MAULET, Raphaël KUNTZ MUSIQUE Xavier THIBAULT PRODUCTION Honkytonk Films, Les Produits frais

Dans un futur lointain, un pilote se rend secrètement sur Terre, planète interdite. Guidé par un scientifique et une prêtresse, il doit trouver la sépulture de Luke, prophète de la principale religion de la galaxie. Le premier film en réalité virtuelle de l’artiste et cinéaste Benjamin Nuel (HOTEL, web-série et jeu vidéo présenté à Entrevues en 2013).

Né en 1981 à Saint Etienne, diplômé des Arts décoratifs de Strasbourg et du Fresnoy – Studio National des Arts Contemporains, BENJAMIN NUEL navigue depuis ses débuts entre le cinéma traditionnel et l’art du jeu vidéo. Son projet HOTEL, web-série et jeu vidéo, coproduit et diffusé par ARTE, a été présenté dans une cinquantaine de manifestations, dont Entrevues en 2013. Il a ensuite réalisé un autre jeu vidéo The Reversal, toujours avec ARTE Web. Après une série de courts-métrages, il vient de terminer Héritage, son premier film en réalité virtuelle.


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UN CERTAIN GENRE : RÉALITÉS VIRTUELLES

LE MONDE SUR LE FIL WELT AM DRAHT

RAINER WERNER FASSBINDER FICTION / 1973 / ÉTATS-UNIS / 3H25 / COUL. INTERPRÉTATION Klaus LÖWITSCH, Barbara VALENTIN, Mascha RABBEN SCÉNARIO Rainer WERNER FASSBINDER, Fritz MÜLLER-SCHERZ, d’après le roman de Daniel F. GALOUYE IMAGE Michael BALLHAUS, Ulrich PRINZ SON Hans PAMPUCH, Ernst THOMAS MUSIQUE Gottfried HÜNGSBERG MONTAGE Ursula ELLES, Marie Anne GERHARDT PRODUCTION Westdeutscher Rundfunk (WDR)

EN VERSION RESTAURÉE

Pratiquement invisible depuis sa première diffusion sur la chaîne allemande en 1973, Le Monde sur le fil est le joyau méconnu de l’oeuvre gigantesque de Fassbinder. Dans ce Second Life ou Matrix avant l’heure, les autorités allemandes ont créé un monde artificiel peuplé d’avatars. Tout se complique quand l’un des concepteurs du Simulacron commence à se demander si le monde réel ne serait pas une création virtuelle… Cette rencontre entre Fassbinder et la sciencefiction est née de deux événements. Le premier est sa lecture enthousiasmée du livre qui inspire le film, Simulacron 3, de l’Américain Daniel F. Galouye. Petit maître de la science-fiction, Galouye signe avec ce roman, paru aux États-Unis en 1964, son meilleur ouvrage et surtout l’un des premiers, avec ceux de Philip K. Dick, à s’aventurer dans la description d’un monde virtuel. Autre facteur déterminant#: la collaboration entamée en 1972 par Fassbinder avec la télévision, qui met à sa disposition des moyens importants grâce auxquels le réalisateur élaborera le style sophistiqué des chefs-d’oeuvre de sa dernière période. Tourné en six semaines, principalement à Paris et à Créteil, ville nouvelle qui offre au réalisateur la modernité requise par le récit, le film est produit par la chaîne WDR, où il sera diffusé en 1973 sous la forme d’un diptyque. Jacques Mandelbaum (Le Monde, Septembre 2010)


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STRANGE DAYS KATHRYN BIGELOW FICTION / 1995 / ÉTATS-UNIS / 2H26 / COUL. INTERPRÉTATION Ralph FIENNES, Angela BASSETT, Juliette LEWIS, Tom SIZEMORE, Michael WINCOTT SCÉNARIO James CAMERON, Jay COCKS, d’après une histoire de James CAMERON IMAGE Matthew F. LEONETTI MUSIQUE Graeme REVELL, Deep FOREST, Skunk ANANSIE, Peter GABRIEL DÉCORS Lilly KILVERT MONTAGE Howard E. SMITH, avec la participation non créditée de James CAMERON PRODUCTION Lightstorm Entertainment

Los Angeles, la veille de l’an 2000. Une nouvelle technologie permet de vivre virtuellement n’importe quelle situation par procuration. Lenny Nero, le principal trafiquant de ces clips clandestins, tombe sur l’enregistrement d’un meurtre d’une violence inouïe. Désormais, sa vie est en danger…. Alors qu’elle [Kathryn Bigelow] découvre Deleuze, Foucault, Derrida, ou encore Guy Debord, elle se met à réaliser des «#performances#» vidéo qui, un jour, donnent naissance à un court métrage. «#Le sujet en était la violence au cinéma. C’est curieux de penser que ce qui m’intéressait à l’époque me passionne toujours autant aujourd’hui. C’est aussi le sujet de Strange Days. La violence fait partie de notre vie, la montrer au cinéma nous rend vivants. Moi, l’image du bonheur m’anesthésie."» Son penchant marqué pour la représentation de la violence à l’écran lui vient aussi de la peinture. «#Quand je peignais, je faisais des choses viscérales, extrêmement dures. Aujourd’hui, je suis dans le même état d’esprit, j’utilise des caméras, des lumières, des acteurs, mais pour moi, ils sont comme les pinceaux, les couleurs et la toile. Rien n’a changé. Marie Colmant (Libération, Février 1996)


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THE TRUMAN SHOW PETER WEIR FICTION / 1998 / ÉTATS-UNIS / 1H04 / COUL. INTERPRÉTATION Jim CARREY, Laura LINNEY, Noah EMMERICH, Natascha MCELHONE SCÉNARIO Andrew NICCOL IMAGE Peter BIZIOU MUSIQUE Burkhard VON DALLWITZ DÉCORS Dennis GASSNER MONTAGE William M. ANDERSON, Lee SMITH PRODUCTION Paramount pictures

Truman Burbank mène une vie calme et heureuse dans une petite ville balnéaire, aux côtés de sa femme Meryl. Il ne se doute pas qu’il est la star de l’émission de télé-réalité la plus regardée dans le monde, diffusée en continu 24 heures sur 24. Peter Weir anticipe les dérives des émissions de télé-réalité et de la surveillance qui verront le jour quelques années après la sortie du film. Le très grand charme de The Truman Show réside autant dans son séduisant «#dispositif#» (pour une fois le mot n’est pas galvaudé) que dans sa manière de rendre le spectateur complice involontaire de cette machination audiovisuelle. Le film multiplie les détails loufoques qui permettent à Truman de deviner que son monde est peut être une illusion. Ainsi au début du film, un projecteur venu de nulle part tombe du ciel pour s’écraser sur la chaussée devant le regard médusé de Truman. Ce n’est qu’une infime partie du gigantesque décor qui l’environne, peuplé de figurants et d’acteurs payés au cachet. De plus, Truman est manipulé pour servir des messages publicitaires et des placements de produits conçus pour le show, participant malgré lui à l’opération marketing construite sur lui. Nicolas Saada (Cahiers du cinéma, Novembre 1998)


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EXISTENZ DAVID CRONENBERG FICTION / 1999 / CANADA / 1H36 / COUL. INTERPRÉTATION Jennifer Jason LEIGH, Jude LAW, Ian HOLM, Willem DAFOE, Don MCKELLAR SCÉNARIO David CRONENBERG IMAGE Peter SUSCHITZKY MUSIQUE Howard SHORE DÉCORS Carol SPIER MONTAGE Ronald SANDERS PRODUCTION Alliance Atlantis Communications, Canadian Television Fund, Harold Greenberg Fund, TMN, Serendipity Point Films, Téléfilm Canada, Natural Nylon Entertainment, UGC

eXistenZ est un nouveau jeu virtuel révolutionnaire qui se branche directement au système nerveux des joueurs. Au cours de sa présentation publique, un homme du groupe des «"Réalistes"» tente de tuer sa célèbre créatrice, Allegra Geller. Elle est sauvée par un jeune stagiaire, qui l’aide à s’enfuir. Je suis du côté de la philosophie du film, qui dit que nous devons créer notre propre réalité. Pour moi, toute réalité est virtuelle, alors on peut choisir sa réalité. Donc, dans un sens, je suis neutre. Je suis un peu l’ONU. Mais comme le film s’inspire en partie de la lutte des intégristes musulmans contre Salman Rushdie, je suis aussi du côté de Salman Rushdie. Pour moi, la liberté de créer est absolument nécessaire. Dans le film, les Réalistes donnent l’impression que tout ce qui ne correspond pas à leur définition de la réalité est mauvais – pas seulement les jeux vidéo, mais tous les arts, toutes les interprétations métaphoriques de la réalité. Bien sûr, je suis contre cette conception. Le simple fait que je fasse des films le prouve.#(…)# Ce qui m’intéresse, c’est le processus par lequel les gens créent une nouvelle réalité. La religion n’est qu’un exemple. L’art peut en être un autre. J’ai avant tout envie de regarder comment cela fonctionne. Je ne veux émettre aucun jugement de valeur. C’est au public de décider si c’est horrible, excitant ou normal. David Cronenberg (propos recueillis par Frédéric Bonnaud, Les Inrockuptibles, Avril 1999)


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UN CERTAIN GENRE : RÉALITÉS VIRTUELLES

A SCANNER DARKLY RICHARD LINKLATER FICTION / 2006 / ÉTATS-UNIS / 1H40 / COUL. INTERPRÉTATION Keanu REEVES, Robert DOWNEY JR., Woody HARRELSON, Winona RYDER SCÉNARIO Richard LINKLATER, d’après le roman Substance mort de Philip K.DICK IMAGE Shane F. KELLY SON Ethan ANDRUS MUSIQUE Graham REYNOLDS DÉCORS Bruce CURTIS MONTAGE Sandra ADAIR PRODUCTION Warner Independent Pictures, Thousand Words, Section Eight, Detour Filmproduction, 3 Arts Entertainment

Californie, 2013. Près de 20% de la population est accro à une nouvelle drogue": la Substance M. Les agents infiltrés chargés de lutter contre ce trafic portent une combinaison ultramoderne qui brouille leur identité. L’un d’entre eux, Bob Arctor, a pour mission de retrouver la trace d’un suspect, Fred": lui-même. Libre adaptation de Substance Mort de Philip K. Dick réalisée en rotoscopie (technique d’animation permettant de redessiner une image à partir de prises de vues réelles). A Scanner Darkly est un kaléidoscope à deux dimensions où l’intérieur et l’extérieur, le haut et le bas, le fictif et le réel ne cessent d’échanger leurs attributs. Le jeu des apparences y est roi, à commencer par le scramble suit – une combinaison de brouillage – qui transforme Fred, agent undercover, en caméléon humain lors de ses passages chez New Path. «#On est ce qu’on fait semblant d’être, aussi faut-il faire très attention à ce qu’on fait semblant d’être.#», écrivait Kurt Vonnegut, autre grand maître ès ironie paranoïaque de la littérature américaine. Ici, les apparences ont pris le contrôle de l’Être et la défiguration physique imposée à Fred-Bob ne sera que la préfiguration de sa défiguration morale.#(…)#A Scanner Darkly, et c’est sa fidélité première au roman de Dick, n’est pas un film sur la paranoïa mais un film paranoïaque. Autant dire un film immobile, uniquement préoccupé de cette contamination du corps par l’esprit. Elisabeth Lequeret (Cahiers du cinéma, Septembre 2006)


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AUTREMENT, LA MOLUSSIE NICOLAS REY FICTION / 2012 / FRANCE / 1H21 / COUL. SCÉNARIO Nicolas REY, d’après le roman La Catacombe de Molussie de Günther ANDERS IMAGE, SON, MONTAGE Nicolas REY PRODUCTION Tout à Trac

Un film en neuf chapitres, basé sur des fragments de La Catacombe de Molussie, roman allemand écrit entre 1932 et 1936 par Günther Stern dit Anders («Autrement» en allemand), qui s’interroge sur les fondements du fascisme occidental à la veille de la Deuxième Guerre mondiale. D’une ambition presque aussi folle que lui, Nicolas Rey se propose il y a quelques années de faire un film à partir de Die Molussische Katakombe, qu’il n’a pas pu lire faute de comprendre l’allemand. Aiguillé par des amis germanophones qui lui en traduisent des fragments, il en prélève des passages qui se révèlent d’une saisissante actualité politique. Tournés sur de la pellicule 16mm périmée et projetés dans un ordre aléatoire, neuf chapitres juxtaposent à l’humour grinçant de la fable politico-philosophique la beauté lancinante de paysages nimbés de vert-de-gris. «#Il faut que le son et l’image frottent, sans se tuer#», affirme Rey#: employés de Météo-France ou ouvriers d’une scierie de la Drôme s’invitent donc au pays imaginé pendant l’ascension au pouvoir d’Hitler. Selon l’ordre des séquences qui échoit au spectateur, leur présence finale prouvera que l’humanité a survécu à la tyrannie molussienne – ou qu’elle a au contraire été engloutie dans ce qui ressemble à une forêt inondée. Charlotte Garson (catalogue de Cinéma du Réel, 2012)


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UN CERTAIN GENRE : RÉALITÉS VIRTUELLES

HER SPIKE JONZE FICTION / 2013 / ÉTATS-UNIS / 2H06 / COUL. INTERPRÉTATION Scarlett JOHANSSON, Joaquin PHOENIX, Amy ADAMS SCÉNARIO Spike JONZE IMAGE Hoyte VAN HOYTEMA SON Ren KLYCE MUSIQUE Arcade FIRE DÉCORS K.K. BARRETT MONTAGE Eric ZUMBRUNNEN, Jeff BUCHANAN PRODUCTION Annapurna Pictures

Theodore Twombly, solitaire et déprimé, n’arrive pas à se remettre de sa rupture avec Catherine. Il fait un jour l’acquisition d’un ingénieux système d’intelligence artificielle, une « voix », qui évolue et s’adapte à chaque utilisateur. En lançant le programme, il rencontre Samantha, une voix féminine intuitive et drôle. Peu à peu, ils tombent amoureux… Her s’intéresse à la naissance d’une liaison d’un genre inédit au cinéma, du point de vue de l’homme mais aussi de la machine. Samantha semble découvrir les émotions et les sensations humaines, s’interroge sur son existence, souffre dans un premier temps de son absence d’incarnation avant d’en comprendre les possibilités infinies. Her sous ses allures de comédie romantique postmoderne dialogue à la fois avec le cinéma d’Antonioni et la géniale matrice kubrickienne que constitue 2001, l’odyssée de l’espace. La voix de Samantha prolonge le trouble ressenti par le superordinateur HAL 9000 et son désir d’échapper à sa condition de machine, déplace la volonté d’autonomie et de puissance, le dérèglement paranoïaque vers la recherche effrénée de complicité et d’amour partagé. Jonze réussit un beau film mélancolique sur la solitude et le couple, aux images élégantes et aux dialogues proches de la perfection. Oliver Père (Arte.fr, Juillet 2017)


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COURTS MÉTRAGES #1 L’ARMÉE AMÉRICAINE

TANT QUE JE BRILLERAI (EXTRAIT) ELÉONORE WEBER DOC. / 2017 / FRANCE / 20 MIN. (EXTRAIT) / COUL. IMAGE Patricia ALLIO SON Carole VERNER MONTAGE Charlotte TOURRÈS, Benjamin VIAU, Ivan GARIEL PRODUCTION Perspective films

L’artiste et cinéaste Eléonore Weber présente un extrait de son travail en cours à partir des images des drones ou d’hélicoptères effectuées par l’armée américaine lors d’opérations en Irak, en Afghanistan ou au Pakistan. La scène se déroule en pleine campagne, dans un paysage montagneux ou sur le toit d’un immeuble. Au fond du plan, on aperçoit de fines silhouettes, suffisamment distinctes malgré l’éloignement. Parfois, des hommes à l’allure fantomatique se mettent à fuir, on en déduit qu’ils se savent observés. Mais le plus souvent, ceux qui sont visés ignorent qu’ils sont visés, ils n’ont pas repéré d’où venait la menace, aussi ont-ils l’air complètement désorientés. Nous sommes en Afghanistan, en Irak, au Pakistan… Les vidéos proviennent d’hélicoptères ou de drones. Celui qui filme est également celui qui tue, ou peut-être est-ce l’inverse. Pour conduire leurs opérations, les militaires mobilisent une technologie du regard des plus raffinées, à laquelle on peut difficilement rester indifférent si l’on se soucie soimême de faire des images. Tant que je brillerai tente de faire face à ces exercices de cruauté, en dévoilant le rapt esthétique qui les soutient. Chacune des vidéos montre, à sa manière, où mène le désir de voir, lorsqu’il s’exerce sans limites. Eleonore Weber


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UN CERTAIN GENRE : RÉALITÉS VIRTUELLES

JEUX SÉRIEUX [1,2,3,4] ERNSTE SPIELE [1, 2, 3, 4]

HARUN FAROCKI

DOC. / 2010 / ÉTATS-UNIS/ 44 MIN. / COUL. IMAGE Ingo KRATISCH SON Matthias RAJMANN MONTAGE Harun FAROCKI PRODUCTION Harun Farocki Filmproduktion

«#Hitchcok a fait plus d’un film dans lequel la scène qui a causé le traumatisme d’un personnage est finalement donnée à voir comme une scène de film. Ici on voit ce que le patient semble représenter. En tout état de cause, Hollywood se référait à Freud – la thérapie ici se réfère à Pavlov.#» Harun Farocki (Trafic, Juin 2011)

Une série de quatre films explorant les multiples utilisations de la réalité virtuelle et des jeux vidéos par l’armée américaine dans le recrutement, l’entrainement au combat et la gestion thérapeutique des syndromes post-traumatiques des soldats à leur retour. Le jeu vidéo est manifestement devenu aujourd’hui le médium dominant, celui qui marque de son empreinte la représentation collective. Les paysages désertiques (dans les jeux), avec leurs palmiers, leurs pistes de béton et leurs poteaux électriques, avec leurs statues de Saddam Hussein, marquent les enfants d’aujourd’hui comme le faisaient autrefois ces villages de montagne dont les éléments préfabriqués formaient les accessoires des trains électriques. Les villes irakiennes qui étendent à perte de vue leurs ruelles de bâtiment en béton, sur le toit-terrasse desquels des francs-tireurs font le coup de feu, vivront dans le souvenir plus longtemps que les images de la télévision. Quand mourront les joueurs d’aujourd’hui, dans cinquante ou soixante ans, ils ne penseront pas, comme citizen Kane, à un traineau, mais à une femme voilée croisée dans les rues d’une ville virtuelle. Harun Farocki (Trafic, Juin 2011)


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JEUX SÉRIEUX I : WATSON EST À TERRE (2010, 8 MIN.)

JEUX SÉRIEUX III : IMMERSION (2009, 20 MIN.)

En automne 2009, nous avons filmé une foreuse au «#Marine Corps base 29 Palms#» en Californie. Quatre marines sont assis côte à côte, l’équivalent de l’équipage d’un char. Ils ont des ordinateurs devant eux avec lesquels ils pilotent leur propre véhicule et regardent les autres dans leur unité d’entraînement par le biais d’un jeu vidéo. (…) Pendant l’exercice, l’éducateur place des explosifs et des insurgés dans les environs. Un tireur d’élite tire sur le mitrailleur du tank, retranscrit grâce à une caméra. Quand le tank roule sur le terrain en friches, cela génère un nuage de poussière. Malgré tous ces détails, la mort dans l’ordinateur est différente de la mort dans la réalité. Harun Farocki

Après une introduction technique, les thérapeutes militaires – qui étaient plus d’une trentaine – ont commencé, sur six postes informatique, à pratiquer des jeux de rôles. D’un point de vue stylistique, ces scènes m’ont beaucoup plu. Parce qu’ils portaient des casques, les patients-acteurs parlaient fort, et ils semblaient déclamer ce qu’ils disaient.#(…)#Et sur l’ordinateur –#dont nous enregistrions les images au fur et à mesure#– on pouvait voir ce que voyaient et ce que décrivaient les patients pris dans le jeu de rôles. Harun Farocki (Trafic, Juin 2011)

JEUX SÉRIEUX II : TROIS MORTS (2010, 8 MIN.) On y voit des hélicoptères flottant au-dessus d’un plateau de montagnes, accompagnés par une caméra virtuelle#–#une musique symphonique aux accords post-wagneriens présageant une atmosphère dramatique. C’est d’un mouvement semblable que ce regard-oiseau omnipotent quittera pour finir un village du Proche Orient animé numériquement. On y reconnaît sur des blocs de bâtiments des icônes de marques américaines telles que Pepsi ou Coca-Cola. L’opération guerrière réussie signifie toujours en même temps l’implantation efficace d’intérêts économiques. Christa Blümlinger (Trafic, 2011)

JEUX SÉRIEUX IV : UN SOLEIL SANS OMBRES (2010, 8 MIN.) Se référant aux images de Watson Is Down [Watson est à terre], la section Un soleil sans ombres forme plus qu’une simple synthèse. Cette quatrième séquence élargit les jeux «#sérieux#» de manière temporelle, les constituant en matériau de futurs espaces de mémoire. Le monde-modèle présenté à l’armée y sert, semblet-il, non seulement de repère pour la préparation ou pour les souvenirs de la guerre, mais aussi à la conception d’un monde réel de l’après-guerre. Christa Blümlinger (Trafic, 2011)


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UN CERTAIN GENRE : RÉALITÉS VIRTUELLES

UNE SÉANCE DE COURTS-MÉTRAGES DE JEUNES CINÉASTES CONTEMPORAINS.

MARTIN PLEURE

REAL ESTATE

JONATHAN VINEL

NEIL BELOUFA

FICTION / 2017 / FRANCE / 16 MIN. / COUL.

FICTION / 2017 / FRANCE / 20 MIN. / COUL.

INTERPRÉTATION Paul HAMY, Clémence DIARD, Sarah-Megan ALLOUCH-MAINIER SCÉNARIO Jonathan VINEL SON Lucas DOMÉJEAN, Daniel GRIES, Victor PRAUD, Romain ANKLEWICZ MONTAGE Caroline POGGI, Jonathan VINEL PRODUCTION Aka Productions

INTERPRETATION Yacine RAMDANI, Jeff RIAN / SCENARIO Neil BELOUFA / IMAGE Victor ZÉBO / SON Arno LEDOUX / DÉCORS Sarah PHILOUZE / MONTAGE Ermanno CORRADO / PRODUCTION Petit Film

Martin pleure. Il se réveille un seul. Ses amis ne lui répondent Martin part à leur recherche… réalisé à partir d’images tirées Grand Theft Auto V.

matin complètement plus, ils ont disparu. Un film entièrement du célèbre jeu vidéo

Un agent immobilier fait la visite du même appartement à cinq acheteurs potentiels, adaptant successivement son discours aux clients. Mais ce lieu est-il bien réel"? Centrée sur l’interrogation des stéréotypes, la pratique de Neil Beloufa fait fi des catégories et des hiérarchies pour construire, projet après projet, par sédimentation, un catalogue de références de ce qui construit notre mode de représentation. L’artiste avoue volontiers toujours utiliser le même procédé. Pour chaque projet, il choisit un imaginaire culturellement admis, largement représenté et partagé pour le remettre en scène, en vie. C’est dans sa réactivation que la figure opère un déplacement pour devenir autre chose qu’une simple référence. Et tout y passe, du monde des loisirs à l’exotisme, en passant par l’habitat standard… (Arte.fr, Août 2014)


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HOTARU

CHOSE MENTALE

WILLIAM LABOURY

WILLIAM LABOURY

FICTION / 2015 / FRANCE / 21 MIN. / COUL.

FICTION / 2017 / FRANCE / 20 MIN. / COUL.

INTERPRÉTATION Julia ARTAMONOV, Olivier LIN, Shanti MASUD, Garance MARILLIER / SCÉNARIO William LABOURY / IMAGE Raphaël VANDENBUSSCHE SON, MUSIQUE Maxence DUSSÈRE / DÉCORS Margaux REMAURY MONTAGE William LABOURY / PRODUCTION La fémis

INTERPRÉTATION Sophie BREYER, Malivaï YAKOU, Constantin VIDAL SCÉNARIO William LABOURY, Anne BROUILLET IMAGE Raphaël VANDENBUSSCHE / SON Maxime BERLANT DÉCORS Cécile PAYSANT / PRODUCTION Bobilux, Capricci Films

Martha se souvient de tout. Grâce à son don extraordinaire, elle est envoyée dans l’espace pour représenter l’espèce humaine. Un film kaléidoscopique sur le souvenir et l’oubli, réalisé à partir d’images trouvées sur internet et d’images de synthèse.

Depuis qu’elle est électrosensible, Ema vit recluse, coupée du monde. Son seul lien avec l’extérieur est mental, à travers ses expériences de sorties hors de son corps. Mais un jour deux cambrioleurs s’introduisent chez elle…

Le film opère un contraste flagrant entre deux mondes#: l’extérieur, terrestre, aseptisé, en noir et blanc et matérialisé par des objets#: le lit, le parlophone,.. Les êtres humains n’y sont plus que des voix off (Bernard le scientifique, la sœur) qui communiquent avec une Martha allongée. Le monde intérieur de la jeune fille quant à lui est composé d’une multitudes d’images de synthèse toutes plus belles les unes que les autres. Des « images-souvenirs » en couleurs qui modèlent sa mémoire. On s’y promène comme dans un pays imaginaire, rencontrant les chutes du Niagara aux côtés du Taj Mahal et du Christ Rédempteur. Tout y est riche en sensation et émotions. Marie Bergeret (Format court, Mai 2016)


PREMIÈRES ÉPREUVES :

charlie chaplin


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LES LUMIÈRES DE LA VILLE COURTS MÉTRAGES #1 COURTS MÉTRAGES #2 LE KID L’OPINION PUBLIQUE LA RUÉE VERS L’OR LE CIRQUE CHARLOT PATINE LES TEMPS MODERNES LE DICTATEUR MONSIEUR VERDOUX LES FEUX DE LA RAMPE UN ROI À NEW YORK LA COMTESSE DE HONG-KONG

P.145 P.146-147 P.148-149 P.150 P.151 P.152 P.153 P.153 P.154 P.155 P.156 P.157 P.158 P.159


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PREMIÈRES ÉPREUVES : CHARLIE CHAPLIN

PREMIÈRES ÉPREUVES :

charlie chaplin

Chaque année, Entrevues propose une programmation pour accompagner le film au programme du Baccalauréat des lycées en option cinéma-audiovisuel. Des lycéens de toute la France viennent à Belfort pour participer à cette proposition pédagogique ouverte à tous. Le film choisi pour l’année 2017-2018 est Les Lumières de la ville (1931). À partir de ce film, Entrevues propose une rétrospective intégrale des longs métrages de Charlie Chaplin, deux séances de courts métrages ainsi qu’un ciné-concert exceptionnel du Kid (1921) par l’Orchestre Victor Hugo Franche-Comté. Une exploration de l’œuvre du maître du burlesque, de la naissance du personnage de Charlot à Chaplin cinéaste. Entrevues organise aussi pour les lycéens deux ateliers. Charlotte Servel interviendra sur le film lors d’un atelier «#Les Lumières de la ville#: to talk or not to talk#?#». Et Francis Bordat animera une conférence plus générale sur l’œuvre de Chaplin «#Chaplin cinéaste#».

CHARLOTTE SERVEL

Charlotte Servel prépare à l’Université Paris 7 une thèse sur les films burlesques et les textes surréalistes en France pendant les années 1920 sous la direction de Laurent Le Forestier et de Nathalie Piegay. Agrégée de lettres modernes, elle a été chargée de mission au Ministère de la culture (2014) et chercheuse associée à la Cinémathèque française (2014-2016). Elle a publié dans Critikat et 1895 Revue d’histoire du cinéma.

FRANCIS BORDAT

Francis Bordat est professeur émérite de civilisation américaine à l’université Paris Ouest. Il a publié de nombreux ouvrages et articles sur l’histoire économique et socioculturelle de Hollywood. Spécialiste du cinéma burlesque et de Charlie Chaplin, il est notamment l’auteur de Chaplin cinéaste, Editions du Cerf, 1998. Il est cofondateur et membre du CICLAHO (Groupe de recherche sur le cinéma classique hollywoodien).


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CHARLOT, L’ANGE NÉCESSAIRE

— grâce des petits pas, génie des grands écarts Charlot nomme pour nous, spectateurs français, un mythe moderne, mais aussi le bon génie qui, jamais, ne cessera de regarder notre enfance. L’immortel vagabond qui se débrouille en chemin pour retenir la pauvreté de basculer dans l’indignité est mieux qu’un vénérable ancêtre. C’est un ange nécessaire qui volera toujours à notre secours, avec une aile pour faire rire et une autre pour faire pleurer. Tel est le génie artistique de Charlie Chaplin qui aura su conjuguer il y a un siècle le rire du burlesque avec les larmes du mélodrame afin d’en tirer le carburant nécessaire à faire voler Charlot si haut dans l’art du cinéma.

Le mélange des larmes Chez Charlot, la survie n’est pas seulement un malheur accablant sinon on n’en rirait pas. Ce n’est pas non plus qu’une série de pantalonnades désuètes sinon on ne serait pas à ce point bouleversé. C’est une grâce ludique, tout en pirouettes, l’acrobate retombant toujours sur ses deux pattes. Charlot manque de tenue, ses manières sont inconvenantes, la misère devrait avoir raison de lui, qui l’a connue enfant, mais l’artiste en tire des ressources inattendues, d’imprévisibles ressorts – des gags en forme de petites bombes lacrymogènes. Et si ses films continuent par-delà les générations à faire couler de chaudes larmes, c’est qu’elles ont ce goût si particulier d’être subtilement mélangées. Le mélange résulte en effet de cette grâce consistant chez lui à raffiner le rire en y mêlant à la fois la joie et la tristesse. La célèbre danse des petits pains dans La Ruée vers l’or (The Gold Rush, 1925) le prouve à jamais#: on pleure de rire du détournement enfantin des objets du repas, on pleure de tristesse devant la capacité d’un homme à jouer encore alors que la faim lui serre le ventre. C’est ainsi que la pantomime à laquelle ce fils d’artistes de music-hall s’est formé pour en devenir


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PREMIÈRES ÉPREUVES : CHARLIE CHAPLIN

un maître avec la troupe de l’imprésario britannique Fred Karno a pu se convertir en art du cinéma dans le tournant des années 1910. Et Charlie Chaplin de devenir, depuis l’usine à gags Keystone de Mack Sennett en 1914 jusqu’à ses premiers films auto-produits en 1918, l’une des plus grandes sinon la plus grande star du cinéma mondial de cette époque. Pour imposer son génie avec tant de simplicité, il aura fallu que Charlie Chaplin travaille beaucoup, lui qui aura joué dans plus de cent films et en aura réalisé plus de 80 entre 1914 et 1967. Pensons par exemple au double mouvement caractéristique de son personnage à l’intérieur du cadre#: tantôt le centre est un lieu désiré mais refusé à l’outsider rejeté à la marge, tantôt l’inclusion est une contrainte imposée au marginal qui ne pense alors qu’à fuir. Semblables à des renversements de sablier, ces mouvements expriment les allers et retours entre la comédie (la société est un petit théâtre d’apparences) et la tragédie (les retours de bâton portés par ceux qui tiennent aux apparences font mal à qui veut s’en jouer). La fameuse technique du coup de pied en arrière ainsi que l’usage de sa canne légendaire soutiennent chez Charlot l’expression stylisée d’un désir de maintenir l’équilibre face aux pressions sociales comme entre des genres censément contradictoires. C’est une danse qui se manifeste exemplairement dans la séquence des petits pains, ou dans la séance de patinage que s’offre pour souffler un peu le serveur exploité de Charlot patine (The Rink, 1915). Cette forme de respiration sera répétée pour être amplifiée dans Les Temps modernes (Modern Times, 1936)#: on y voit Charlot patiner en se bandant les yeux pour épater la «#gamine#» (Paulette Goddard), alors qu’il ignore que l’étage du rayon de jouets du grand magasin – où ils se sont infiltré de nuit – n’est protégé par aucune barrière de sécurité et donne sur le vide. Ici, le rire se fait suspense angoissant. Chez Charlie Chaplin, les gags ne font pas seulement mouche, ils forment une ample matière constamment reprise pour être développée et peaufinée dans des directions toujours originales. Conçu comme un écart, souvent tragi-comique, le gag propose ainsi un changement d’axe décisif modifiant le sens de la réalité observée.

Le corps en trop est celui qu’il faut L’ouverture des Lumières de la ville (City Lights, 1931) en témoigne magistralement#: Charlot ne s’y expose qu’à faire tache. Le vagabond gêne comme une poussière dans l’œil ou la puce qui lui fait se gratter le mollet. Plus encore il apparaît littéralement comme un grain de sable grippant la machine. Le corps inattendu, révélé avec le dévoilement officiel d’une statue sur les genoux de laquelle le trublion piquait un roupillon, est un corps en plus. Et le corps en plus d’apparaître de trop. On le remarquait déjà dans Charlot est content de lui (Kid Auto Races at Venice, 1914), le deuxième film où apparaît Charlie Chaplin, mais où déjà il a trouvé le costume et le personnage de l’immortel vagabond. La scène du reportage consacré à une course réelle de voiturettes en boîtes à savon est troublée par notre héros qui s’interpose dans le champ en gênant les opérateurs qui filment l’événement. Le coup de génie de ce film fou est double. Parce que la nouveauté de la figure du vagabond est le sujet d’une mise en abyme qui convertit une scène documentaire en séquence de fiction. Et parce que Charlot aimante le regard des vrais curieux présents en inventant un type de comportement repris par toutes les personnes voulant grappiller à l’occasion d’un reportage télé une petite minute de célébrité. C’est encore l’enjeu de Charlot débute (His New Job, 1915) où le petit monde du cinéma est dérangé par les prétentions du vagabond qui, coincé entre son rival et la porte du bureau du producteur, est ballotté dans un espace intermédiaire vécu comme un purgatoire.


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À chaque fois, l’organisation du monde est mise en défaut par la présence poil à gratter du gêneur, condamné à ne jamais pouvoir occuper la bonne place. Mais c’est aussi qu’aucune place n’est sacrée ou réservée et c’est pourquoi son anarchisme nous fait tant rire. Ainsi dans Le Pèlerin (The Pilgrim, 1923) où la défroque du pasteur utilisée comme un déguisement par Charlot est profanée en livrant ainsi un démenti comique au proverbe disant que l’habit ne fait pas le moine.

Le funambule et ses doubles La traversée des apparences fait rire mais elles s’imposent aussi avec tant d’hypocrisie que la tristesse n’est jamais loin de l’emporter. L’accoutrement du vagabond résume les tiraillements du héros se dépêtrant avec son désir tendu comme un fil de funambule de combiner intégration et indépendance#: la canne, le rectangle de moustache et le chapon melon tirent du côté d’un désir de respectabilité quand le pantalon trop court et les longs godillots rappellent à l’opposé la vérité clownesque des conventions. En témoignent aussi les doubles rôles de Mam’zelle Charlot (A Woman, 1915), Charlot au music-hall (A Night in the Show, 1915), Charlot et le masque ce fer (The Idle Class, 1921) et Le Dictateur (The Great Dictator, 1940). Le serveur qui se fait passer pour l’ambassadeur de Grèce dans Charlot garçon de café (Caught in a Cabaret, 1914) ou le millionnaire suicidaire et alcoolique emmenant son ami le vagabond faire la tournée des grands-ducs (Les Lumières de la ville) dérogent eux aussi au jeu sacré des apparences exhibées et des places réservées. L’expression de ces dédoublements aura demandé beaucoup d’efforts à Charlie Chaplin (on en voit trace dans le film How to Make Movies de 1918, en guise d’exposé de la méthode chaplinesque). Ainsi, sur les six mois de tournage des Lumières de la ville, 342 prises auront été nécessaires pour mettre en boîte la séquence de l’héroïne aveugle qui fait connaissance avec le vagabond en croyant avoir affaire à un bourgeois. Et la clé proviendrait probablement de l’idée, reprise de Charlot et le masque de fer, d’un passage de portière de voiture en guise de changement magique d’étiquette sociale. L’effort est si grand qu’il n’a de raison à rendre qu’à la sensibilité. Et il en faut du tact pour être ainsi touché par la fleuriste qui, ayant recouvré la vue grâce à son ange gardien, le reconnaît en lui touchant seulement la main. Le tact qualifie le devoir de l’artiste touchant à la vérité des apparences qui aveuglent en voilant le plus important#: la différence entre le riche et le pauvre n’est pas une faille mais l’écart le moins essentiel. La plus grande proximité entre le milliardaire qui n’a plus goût à la vie et le prolétaire qui veut vivre ses rêves de grandeur, plus tard encore entre le barbier juif et le dictateur, affirme contre les divisions de l’apparence l’unité primordiale du genre humain. Comme sur la frontière où se conclut Le Pèlerin avec cette drôle de danse du vagabond, un pied dans le joyeux bazar côté mexicain, un autre dans l’expulsion prononcée côté étasunien.

L’ange immortel Le vagabond est un ange qui danse en glissant en diagonale des assignations sociales. Malgré le rappel à l’ordre des règles qui prend très vite le visage de la déception amoureuse#: parce que la malice consistant à rebattre les cartes des apparences n’est pas appréciée par celle qui y joue sérieusement (c’est la gifle de Mabel Normand dans Charlot garçon de café, déçue d’avoir été trompée par le faussaire). Ou parce que la partie sociale est biaisée pour celui qui croyait y participer à égalité#: le retour inattendu du fiancé d’Edna Purviance dont le héros était tombé amoureux dans Le


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PREMIÈRES ÉPREUVES : CHARLIE CHAPLIN

Vagabond (The Tramp, 1915). Les expressions de la misère gagneront en diversité et en intensité à mesure que le comique se fait reporter d’actualités, la course de caisses à savon ayant été remplacée par les tranchées de la Première Guerre mondiale. Avec Charlot soldat (Shoulder Arms, 1918), Charlie Chaplin ouvre une voie féconde au réalisme cinématographique. L’expérience du soldat y est restituée de façon particulièrement audacieuse à une époque saturée de nationalisme et de militarisme. Et le regard se fera plus ouvertement critique avec le passage aux longs-métrages, de la critique de l’aliénation ouvrière dans Les Temps modernes à celle du totalitarisme dans Le Dictateur. La lutte nécessaire et mortelle contre le dictateur (puisque la légende voudrait que Hitler ait porté la moustache pour profiter de la popularité de Charlot) suivie par l’exil européen en conséquence du maccarthysme auront-elles eu raison de Charlot#? Il est vrai qu’avec Monsieur Verdoux (1947), le vagabond s’est transformé en double de Landru, séducteur doublé d’un criminel en série, condamné à mort par un monde rivalisant de cynisme dans le crime de masse. Le temps de Charlot n’est plus et son auteur réalisera ses quatre derniers longs-métrages à en cultiver d’une certaine façon le deuil. Après Monsieur Verdoux suivront d’autres autoportraits#: en clown vieillissant dans Les Feux de la rampe (Limelight, 1952), en monarque exilé dans Un roi à New York (A King in New York, 1957), pour finir avec La Comtesse de Hong Kong (A Countess in Hong Kong, 1967) où l’acteur-cinéaste ne fait qu’une courte apparition en domestique (comme dans L’Opinion publique (A Woman of Paris, 1923) où Chaplin se contentait d’apparaître comme portier tandis qu’il inventait les règles de la comédie sophistiquée). Reste que le vagabond est immortel. Le marginal est l’ange nécessaire, le chiffonnier génial qui à jamais fait joujou des rebuts dont est composée notre humanité. Le rêve angélique du Kid (1921) et la gracieuse descente du mât du Cirque (The Circus, 1928) le montrent littéralement#: Charlot vole, non seulement pour apaiser son ventre vide qui crie famine mais parce qu’il est un ange prenant soin de l’enfant que nous sommes restés. Au firmament du cinéma, les films de Charlie Chaplin brillent comme des étoiles éclairant le chemin, pareil à celui de Charlot et son amoureuse qui, à la fin des Temps modernes, s’en vont au loin. Parce que la vie continue. Saad Chakali.

SAAD CHAKALI

Assistant de conservation à la médiathèque ÉdouardGlissant du Blanc-Mesnil, Saad Chakali est l’auteur de plusieurs textes parus dans les revues Vertigo, Images documentaires, 24 images, Trafic et Éclipses dont il est un collaborateur régulier. Co-animateur du site internet Des nouvelles du front cinématographique, il vient de publier Jean-Luc Godard dans la relève des archives du mal (éd. L’Harmattan, 2017).


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LES LUMIÈRES DE LA VILLE CITY LIGHTS

CHARLES CHAPLIN FICTION / 1931 / ÉTATS-UNIS / 1H27 / N&B INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Virginia CHERRILL, Florence LEE, Harry MYERS, Allan GARCIA SCÉNARIO Charles CHAPLIN IMAGE Roland TOTHEROH MUSIQUE Charles CHAPLIN, José PADILLA MONTAGE Charles CHAPLIN PRODUCTION Charles CHAPLIN

Dans les rues d’une grande métropole, à la fin des années 1920. Charlot, le vagabond, tombe sous le charme d’une jeune et pauvre fleuriste aveugle et se fait passer pour un homme riche pour la séduire. Le premier film sonore –#mais non dialogué#- de Charlie Chaplin. L’hystérie qui a entouré l’arrivée de la parole a provisoirement mis à l’écart le film muet, ou sans dialogue. Cela ne signifie absolument pas qu’il a disparu ou qu’on ne le verra plus sur les écrans de cinéma. Les Lumières de la ville en est la preuve. C’est un film sans dialogue, mais le son est là. Pourquoi ai-je continué à faire des films sans dialogue#? Tout d’abord parce que le film muet est un moyen d’expression universel. Les films parlants ont nécessairement un espace limité, où les cantonne la langue particulière de peuples spécifiques. Je ne doute pas que l’avenir apportera un regain d’intérêt pour le cinéma muet, parce qu’il y a là une exigence constante vis-à-vis d’un medium dont l’usage est universel. On ne peut pas nier que la visée du drame véritable doit être universelle. Le mot «#élémentaire#» serait même mieux indiqué. Et je crois pour ma part que le médium aussi doit être universel plutôt que soumis à des restrictions. Charles Chaplin (New York Times, 1931)


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PREMIÈRES ÉPREUVES : CHARLIE CHAPLIN

COURTS MÉTRAGE #1

LA NAISSANCE DE CHARLOT

À la fin de l’année 1913, lors d’une tournée dans les music-halls américains, Charles Chaplin est remarqué par Mack Sennett et engagé par la Keystone Comedy Company à Hollywood#: «#Je n’avais aucune idée de ce que je devais choisir. En allant me costumer, je me suis dit que je devrais mettre des pantalons trop larges, des grandes chaussures, une canne et un melon. Je voulais que tout soit contradictoire#: le pantalon tombant, la redingote serrée, le chapeau trop petit, les chaussures démesurées. À la seconde où je fus habillé, le costume et le maquillage me firent sentir qui j’étais instantanément. Quand j’entrai sur le plateau, le personnage était entièrement là.#» Charles Chaplin (Histoire de ma vie, 1964)

POUR GAGNER SA VIE MAKING A LIVING

HENRY LEHRMAN 1914 / KEYSTONE / 12 MIN. INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Virginia KIRTLEY, Alice DAVENPORT, Henry LEHRMAN Slicker, un jeune dandy, est prêt à tout pour gagner de l’argent": se marier ou devenir reporter… La première collaboration avec Mack Sennett et la Keystone et la première apparition de Charlie Chaplin, pas encore Charlot.

CHARLOT EST CONTENT DE LUI KID AUTO RACES AT VENICE

HENRY LEHRMAN 1914 / KEYSTONE / 6 MIN.

INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Henry LEHRMAN, Frank D. WILLIAMS, Gordon GRIFFITH Charlot perturbe une équipe de tournage cherchant à filmer une course de voitures pour enfant, en faisant le pitre dans le champ de leur caméra. Tourné en seulement 45 min., le film fut complètement improvisé. La première apparition du personnage de Charlot.


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CHARLOT DÉBUTE

LE PÈLERIN

HIS NEW JOB

THE PILGRIM

1915 / ESSANAY / 30 MIN.

1923 / FIRST NATIONAL / 40 MIN.

INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Ben TURPIN, Charlotte MINEAU, Leo WHITE, Robert BOLDER

INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Edna PURVIANCE, Kity BRADBURY, Sydney CHAPLIN, Mack SWAIN

Embauché comme accessoiriste, Charlot est vite rétrogradé au poste d’assistant d’un décorateur du Lockstone studio (un jeu de mot faisant référence à son employeur précédent, Keystone –"«"key"» signifie clé, et «"lock"» signifie verrou), avant de devenir acteur, et tout se termine en catastrophe. Le premier film de Chaplin avec les studios Essanay.

Evadé de prison, Charlot le vagabond, est pris pour le nouveau pasteur par les habitants d’une petite ville. Le dernier court métrage de Charles Chaplin.

CHARLES CHAPLIN

CHARLES CHAPLIN


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PREMIÈRES ÉPREUVES : CHARLIE CHAPLIN

COURTS MÉTRAGE #2

DU RIRE AUX LARMES (LA NAISSANCE DE LA TRAGÉDIE)

Sous l’image du clown se cache celle de Jésus, sous le visage du bouffon qui fait rire, celui du sacrifié qui sauve. On sait que Chaplin ne met dans ce thème aucune idée de transcendance. Son esprit n’est pas religieux, il est pire#: il s’installe au centre du sacré et, comme le chaman, il possède le public en donnant spectacle de son suicide. Il faut qu’un art de spectacle impose aux hommes le sentiment d’une existence plus vraie. L’acteur seul peut conjurer les dieux en prenant sur lui leur colère. (…) L’art de Chaplin fut un immense effort pour explorer l’existence à travers un personnage imaginaire#: le dédoublement de son être réel et d’un corps imaginaire faisait de Charlot un bouffon

sacrifié au rire universel, seul instrument valable pour se délivrer de la souffrance, sous le masque. L’acteur découvre ici le sens profond de son existence car il conjure, en les prenant pour lui-même, les forces qui détruisent les hommes. Dans une époque comme la nôtre, où l’inconscient collectif cherche dans le spectacle public (meetings, fêtes, matches, etc…) à se délivrer de ce qui l’écrase, le rôle archétypal de l’acteur s’affirme victorieusement. Comme si la foule, dans le visage du bouffon-sauveur trouvait la force de détruire ses dieux obscurs. Jean Duvignaud (Le Mythe Chaplin, juillet 1955)


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CHARLOT À LA BANQUE

CHARLOT SOLDAT

THE BANK

SHOULDER ARMS

1915 / ESSANAY / 25 MIN.

1918 / FIRST NATIONAL / 46 MIN.

INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Edna PURVIANCE, Carl STOCKDALE, Charles INSLEE, Leo WHITE, Billy ARMSTRONG

INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Edna PURVIANCE, Sydney CHAPLIN, Jack WILSON, Henry BERGMAN

Charlot, l’homme à tout faire, aime Edna, la jolie secrétaire de la banque, mais elle en aime un autre Charles, le caissier.

Lors de la Première Guerre mondiale, Charlot est mobilisé sur le front en France. Piètre soldat et peu adapté à la vie des tranchées, il s’endort un soir sur son lit de camp et rêve de devenir un héros de guerre.

CHARLES CHAPLIN

COMMENT FAIRE DES FILMS ? HOW TO MAKE MOVIES?

CHARLES CHAPLIN 1918 (MONTRÉ EN 1959) / 16 MIN. Chaplin filme la construction de ses propres studios en 1918. Construits comme une rue de village anglais, on y voit ses activités quotidiennes, le personnel, les installations et des scènes de tournage…

CHARLES CHAPLIN

L’ironie a plus de force que l’apostolat. Et l’humour est une sorte de merveille qui comprend l’ironie et beaucoup d’autres choses avec. Ce petit tableau cinématographique est une des plus justes duretés qu’ait inspirées la guerre à un monsieur qui aime la paix. L’atmosphère bouffe, les détails plaisants et farces, un scénario fait comme un sketch, ne rendent que plus cruelle la satire de cette fantaisie qui ne déclame jamais#–#pas même contre une déclamation.#(…) Ce film justifie tout ce qu’on peut attendre du cinéma. Nous sommes vraiment là dans le fastueux domaine de l’illimité, n’est-ce pas#? Chaplin est d’ailleurs, par son génie personnel, au-dessus de l’art du cinéma. Nous n’aurions pas osé en espérer autant. Louis Delluc, (Écrits cinématographiques I. Le Cinéma et les Cinéastes, 1985)


PREMIÈRES ÉPREUVES : CHARLIE CHAPLIN

CINÉ-CONCERT PAR L’ORCHESTRE VICTOR HUGO FRANCHE-COMTÉ

LE KID THE KID

CHARLES CHAPLIN FICTION / 1921 / ÉTATS-UNIS / 1H08 / N&B INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Jackie COOGAN, Edna PURVIANCE, Carl MILLER, Tom WILSON SCÉNARIO Charles CHAPLIN IMAGE Roland TOTHEROH MUSIQUE Charles CHAPLIN, Piotr ILITCH TCHAÏKOVSKI MONTAGE Charles CHAPLIN PRODUCTION Charles Chaplin Productions UN CINÉ-CONCERT ORGANISÉ EN COLLABORATION AVEC L’ORCHESTRE VICTOR HUGO FRANCHE-COMTÉ ET COMPOSÉ DE 17 MUSICIENS Chef d’orchestre : Elizabeth ASKREN Violon 1 : Laetitia RINGEVAL, Alexis GOMEZ Violon 2 : Caroline LAMBOLEY, Célia BALLESTER Altos : Dominique MITON, Françoise TEMPERMAN Violoncelles : Georges DENOIX, Sébastien ROBERT Contrebasse : Afaf ROBILLIARD Flûte : Agnès VIOLET / Clarinette : Nicolas FARGEIX Basson : Benoit TAINTURIER / Cor : Sylvain GUILLON Percussions : Philippe CORNUS Piano, celesta : Sylvia KOHLER

Charlot recueille un bébé abandonné par une mère trop pauvre pour l’élever. Cinq ans plus tard, Charlot, devenu vitrier, prend toujours soin de l’enfant avec qui il est devenu très complice. La mère, désormais riche et célèbre, tente de retrouver son enfant. Le premier long-métrage de Charlie Chaplin est présenté en cinéconcert par l’Orchestre Victor-Hugo Franche-Comté. Si The Kid est une œuvre de transition, c’est qu’il nous parle de notre condition d’être-en-transit, mais aussi dessine les frontières d’une réalité double, où l’on passe sans transition du rire aux larmes, des froissements d’ailes aux coups de poings. Le regard de Chaplin-cinéaste lui-même est partagé entre ce qu’il veut nous faire sentir (la caméra à hauteur d’enfant se limite à son jeu vigilant, tandis que la main du policier entre dans le champ et saisit par l’épaule le gosse, qui l’avait exclu par insouciance de son cadre d’action) et ce qu’il veut nous démontrer (le fonctionnement inhumain de la Loi, comme dans la scène de l’enlèvement de l’enfant, où la caméra témoigne de la confrontation inégale). Aux niveaux des sentiments, Chaplin oppose l’esthétique glacée de l’amour conventionnel, celui du théâtre social, à la magie de «#l’amour en fuite#» celui qu’on arrache à la vie et au mépris des autres. Thierry Cazals (Chaplin aujourd’hui, 2003)

Photo :Le Kid © Roy Export S.A.S / Musique du Kid : Copyright © Roy Export Company Ltd. et Bourne Co.

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L’OPINION PUBLIQUE A WOMAN OF PARIS

CHARLES CHAPLIN FICTION / 1923 / ÉTATS-UNIS / 1H18 / N&B INTERPRÉTATION Edna PURVIANCE, Clarence GELDART, Carl MILLER, Lydia KNOTT, Charles K. FRENCH SCÉNARIO Charles CHAPLIN IMAGE Roland TOTHEROH SON Charles CHAPLIN MUSIQUE Charles CHAPLIN et Louis F. GOTTSCHALK PRODUCTION Regent - United Artists

Devant le refus de leurs parents respectifs, Marie et Jean, deux jeunes amoureux, décident de s’enfuir à Paris pour se marier. Mais Jean est retenu au dernier moment et Marie part seule. Ils se retrouveront, par hasard, un an plus tard, dans les rues de la capitale… Ici, Chaplin est au sommet de son art et cette œuvre, marginale en apparence dans sa carrière, en dit long sur lui-même et sa vision du monde. C’est comme si tout le décor, tout l’arrière plan social de ses autres films passait soudain au premier plan, en même temps qu’en disparaissait le personnage de Charlot, l’émotion mélodramatique et la verve burlesque. (…) Invisible pendant des décennies, L’Opinion publique est stupéfiant de modernité, de sécheresse expressive, de sobriété dans le jeu, de concision dans le récit, d’acuité dans le découpage, rempli d’ellipses fulgurantes. Le classicisme est ici absolu. Aucune fioriture, aucun temps mort. Menjou et les autres acteurs jouent avec une force et une économie de moyens rarissimes en ce début des années vingt, où le film, aux yeux des plus lucides fit l’effet d’une bombe. Mais le film ne connut pas le succès et Chaplin reprit son personnage qu’il entraîna alors sur les pentes de l’Alaska. Jacques Lourcelles (Dictionnaire du cinéma, 1992)


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PREMIÈRES ÉPREUVES : CHARLIE CHAPLIN

LA RUÉE VERS L’OR THE GOLD RUSH

CHARLES CHAPLIN FICTION / 1925 / ÉTATS-UNIS / 1H36 / N&B INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Mack SWAIN, Tom MURRAY, Henry BERGMAN, Malcolm WAITE SCÉNARIO Charles CHAPLIN IMAGE Rollie TOTHEROH MONTAGE Charles CHAPLIN, Gerard CARBONARA, Max TERR PRODUCTION United Artists

Charlot est chercheur d’or et part au péril de sa vie affronter le froid des montagnes d’Alaska pour faire fortune. Au cours d’une de tempête de neige, il se réfugie dans une cabane aux côtés de Big Jim, un chercheur d’or solitaire, et du bandit Black Larsen… En 1942, Chaplin remonte légèrement le film, supprime et remplace les intertitres par un commentaire et ajoute une musique qu’il a composée. Nous avons choisi de présenter le film dans sa version originale de 1925. La révision [en 1942] de Chaplin banalise la psychologie des personnages, celle du Vagabond, mais plus encore celle de Georgia, dont les motivations contradictoires s’effacent sous un sentimentalisme convenu. Surtout, elle tire vers le conformisme idéologique et moral une œuvre profondément critique et plutôt noire. Au prix d’une certaine incohérence, car la séquence originale de la lettre est d’une cruauté beaucoup plus homogène à l’esprit original de l’œuvre. C’est d’ailleurs cette cruauté qui faisait nettement apparaître le finale de 1925 comme un «#retournement#» invraisemblable, et nous poussait à l’interpréter, au mieux comme un rêve du Vagabond, au pire comme une complaisance commerciale de Chaplin – qui justifiait l’autocritique. Francis Bordat (Chaplin cinéaste, 1998)


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LE CIRQUE THE CIRCUS

CHARLES CHAPLIN FICTION / 1928 / ÉTATS-UNIS / 1H02 / N&B INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Allan GARCIA, Merna KENNEDY, Harry CROCKER, Betty MORRISSEY SCÉNARIO Charles CHAPLIN IMAGE Roland TOTHEROH, Jack WILSON, Mark MARLATT MUSIQUE Charles CHAPLIN PRODUCTION Charles Chaplin Productions

PRÉCÉDÉ DE :

Charlot patine THE RINK DE CHARLES CHAPLIN

FICTION / 1916 / ÉTATS-UNIS / 24 MIN. / N&B INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Edna PURVIANCE, James T. KELLEY Serveur maladroit dans un restaurant, Charlot se révèle habile et gracieux sur des patins à roulettes, qu’il pratique pendant ses pauses déjeuner.

Lors d’un spectacle de cirque, Charlot se retrouve par accident en plein milieu de la piste. Sa maladresse provoque l’hilarité du public et lui permet de se faire engager comme clown par le directeur. Charlot tombe amoureux de la belle écuyère Mirna et est prêt à tout pour la séduire… Dans ce film, l’une des institutions qu’affronte Charlot à travers le cirque est celle du spectacle et du moyen d’expression propre à Chaplin, le cinéma. Le Cirque se veut donc une réflexion sur le cinéma, son voyeurisme, son univers (sa piste) de rêve sur lequel on projette ses désirs ordinairement frustrés, mais qu’il faut traverser pour retrouver à la fin la vie, sa liberté et aussi sa solitude. Mais la nature même du cinéma est de proposer le monde du rêve et de l’illusion dans le même temps qu’il décrit, manifeste le monde réel. Le Cirque décrira donc ce combat entre la dureté du monde tel qu’il est et la tendresse d’un univers enfantin où le merveilleux pourrait se réaliser. Ainsi Chaplin fait de la réalité la base de son cinématographe.# Jean Douchet (Dossier collège au cinéma, 1995-1996)


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PREMIÈRES ÉPREUVES : CHARLIE CHAPLIN

LES TEMPS MODERNES MODERN TIMES

CHARLES CHAPLIN FICTION / 1936 / ÉTATS-UNIS / 1H27 / N&B INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Paulette GODDARD, Henry BERGMAN, Stan SANDFORD, Chester CONKLIN SCÉNARIO Charles CHAPLIN IMAGE Roland TOTHEROH, Ira MORGAN MUSIQUE Charles CHAPLIN MONTAGE Charles CHAPLIN PRODUCTION United Artists Charles Chaplin Productions

Ouvrier dans une grande usine, Charlot est vite surmené par le rythme effréné de son travail et sombre dans la folie. Il abandonne son poste et rencontre une jeune orpheline sans le sou, avec qui il va tenter de survivre dans la grande métropole. Le héros des Temps modernes n’implique aucune rupture par rapport au personnage traditionnel du «#tramp#». Toute son activité est guidée par l’instinct de (sur)vie. Charlot ne passe pas du «#pauvre#» (selon l’expression de Roland Barthes) au prolétaire conscient. C’est le monde qui évolue, pas lui. Dans les années 1910-1920, le «#tramp#» était l’envers de la prospérité américaine. Ses échecs comme ses réussites, obtenues par la débrouillardise, mettaient en lumière les rouages de l’idéologie de la réussite. (…) Ce que pointe Chaplin, ce sont les pièges qui guettent l’individu en détournant ses besoins, ses désirs et ses aspirations dans le magma social et vers des institutions qui le vident de sa substance. Le travail à la chaîne n’est ici que la forme métaphorique d’un aspect plus large, l’automatisation de l’individu par une réduction de son comportement à une série de réflexes collectifs qui l’amènent à adopter les principes qui règlent la mentalité américaine et occidentale en général travail, famille, argent, pouvoir (accessoirement patrie). Joel Magny (Chaplin aujourd’hui, 2003)


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LE DICTATEUR THE GREAT DICTATOR

CHARLES CHAPLIN FICTION / 1940 / ÉTATS-UNIS / 2H06 / N&B INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Jack OAKIE, Reginald GARDINER, Henry DANIELL, Billy GILBERT SCÉNARIO Charles CHAPLIN IMAGE Karl STRUSS, Roland TOTHEROH SON Percy TOWNSEND MONTAGE Charles CHAPLIN, Meredith WILLSON, Richard WAGNER, Johannes BRAHMS DÉCORS J. RUSSELL SPENCER MONTAGE Willard NICO, Harold RICE PRODUCTION United Artists Charles Chaplin Productions

Un barbier juif, vétéran de la guerre 14-18 et devenu amnésique, rentre chez lui après des années d’absence sans savoir que son pays est désormais dirigé par un dictateur raciste décidé à exterminer le peuple juif, Adenoid Hynkel, dont il est le sosie parfait… Écrite et tournée à une époque où l’Amérique n’était pas encore en guerre contre l’Allemagne, cette satire fondée sur la ressemblance entre Charlot et Hitler dépasse de loin le portrait au vitriol. Son héros, barbier juif du Ghetto d’un pays imaginaire, ressemble tellement à Charlot que sa judéité résonne en 1940 comme une défense de ce peuple opprimé. Mais le célèbre Petit Vagabond prête aussi ses traits au dictateur dans un film où la pantomime burlesque est mise à l’épreuve des horreurs contemporaines. Pourtant connu pour ses réticences envers le cinéma parlant, Chaplin prend à bras le corps le discours, à travers les harangues hitlériennes (que les spectateurs connaissent par les bandes d’actualités) mais aussi la prise de parole d’un anonyme – un homme de peu amnésique, destitué, déporté. Grâce à un usage novateur du son, le cinéaste le plus connu du muet signe ainsi une comédie d’une profondeur critique inégalée. Le tramp à la badine et au chapeau y apparaît pour la dernière fois, comme pour s’offrir en sacrifice à la tragédie en cours. Charlotte Garson (Le Dictateur, dossier «"Lycéens au cinéma"», 2012)


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PREMIÈRES ÉPREUVES : CHARLIE CHAPLIN

MONSIEUR VERDOUX CHARLES CHAPLIN FICTION / 1947 / ÉTATS-UNIS / 2H04 / N&B INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Mady CORELL, Allison RODDAN, Martha RAYE, Robert LEWIS SCÉNARIO Charles CHAPLIN, sur une idée d’Orson WELLES d’après la biographie d’Henri DÉSIRÉ LANDRU IMAGE Roland TOTHEROH, Curt COURANT SON James T. CORRIGAN MONTAGE Charles CHAPLIN DÉCORS John BECKMAN MONTAGE Willard NICO PRODUCTION United Artists Charles Chaplin Productions

L’entre-deux-guerres en France. Monsieur Verdoux, un employé de banque, perd son emploi en raison de la crise économique. Pour subvenir aux besoins de sa famille, il va choisir une nouvelle orientation et séduire puis assassiner une douzaine de femmes riches… Une histoire librement inspirée des crimes du célèbre tueur en série Henri Désiré Landru. Son audace, quoique moindre que celle du Dictateur, tient dans sa relation à son époque. Le film est censé se situer durant les années 30 mais l’immense désarroi dont il témoigne montre à quel point Chaplin n’a pas «#digéré#» la Seconde Guerre. On lit en filigrane du film combien l’écroulement général des valeurs de l’ancien monde l’a affecté et bouleversé. À cela s’ajoutent évidemment, pour augmenter son amertume, certains événements de sa vie privée et les campagnes auxquelles ils avaient donné lieu. Sur le plan formel, sa maîtrise reste la même, mais avec un caractère confiné, une étroitesse volontaire, une tendance à l’abstraction (en particulier par l’usage très poussé de la litote) qui s’accordent bien au climat d’asphyxie morale du film. (…) Certes, Monsieur Verdoux se veut avant tout un jeu de massacre. La permanente tentation humaniste de Chaplin s’y manifeste néanmoins, comme une fragile lueur surnageant au milieu d’un océan de cynisme et de dérision. Jacques Lourcelles (Dictionnaire du cinéma, 1992)


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LES FEUX DE LA RAMPE LIMELIGHT

CHARLES CHAPLIN FICTION / 1952 / ÉTATS-UNIS / 2H14 / N&B INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Claire BLOOM, Sydney CHAPLIN, Buster KEATON, Norman LLOYD SCÉNARIO Charles CHAPLIN IMAGE Karl STRUSS SON M. VAREILLE MUSIQUE Charles CHAPLIN DÉCORS Eugène LOURIÉ MONTAGE Joseph ENGEL PRODUCTION Celebrated Productions

Un jour, en rentrant chez lui, Calvero, une ancienne star du music-hall oublié de tous, sauve sa voisine, Terry, d’une tentative de suicide. La jeune femme est une ex-danseuse de ballet qui a perdu l’usage de ses jambes. Calvero se prend d’affection pour Terry et va tenter de lui redonner goût à la vie et peut être ainsi de se sauver lui-même. Les Feux de la rampe abandonne le temps collectif de l’Histoire pour le temps plus personnel de la biographie. Celui-ci n’est pas moins dur que celui-là, ni moins compté#: il boucle la vie des hommes avant l’extinction de leurs désirs, les «#condamne à l’amateurisme#», puis à passer la main, toujours trop tôt. «#Les feux de la rampe#», dit le carton introductif, «#d’où la vieillesse se retire pour laisser place à la jeunesse.#» (…) Comme Charlot craque à la chaîne, Calvero craque à la scène, victime des cadences infernales. Comme Verdoux dépassé par la course à l’argent et Hynkel par la course au pouvoir, Calvero est dépassé par la course au succès. À la différence de ses prédécesseurs, toutefois, il reconnaît au temps qui l’emporte une vertu supérieure, cyclique, et le fondement d’une philosophie sereine. «#C’est le temps qui écrit les meilleures fins#», dit-il à Terry. Il retrouve ainsi la temporalité des premiers longs métrages du muet («#Le temps guérit#», disait un carton de L’Opinion publique). Francis Bordat (Chaplin cinéaste, 1998)


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PREMIÈRES ÉPREUVES : CHARLIE CHAPLIN

UN ROI À NEW YORK A KING IN NEW YORK

CHARLES CHAPLIN FICTION / 1957 / ROYAUME-UNI, ÉTATS-UNIS / 1H45 / N&B INTERPRÉTATION Charles CHAPLIN, Maxine AUDLEY, Jerry DESMONDE, Oliver JOHNSTON, Dawn ADDAMS SCÉNARIO Charles CHAPLIN IMAGE Georges PÉRINAL SON John COX, Bert ROSS, Bob JONES MUSIQUE Charles CHAPLIN DÉCORS Allan HARRIS MONTAGE John SEABOURNE PRODUCTION Charles Chaplin Productions, Attica Film Company

Suite à une révolution dans son pays, le Roi Shahdov est contraint à l’exil et se réfugie à New York. Ruiné par son Premier Ministre parti avec la fortune du Royaume, il va devoir s’adapter à un nouveau mode de vie et accepte de participer à des films publicitaires pour gagner sa vie. Il rencontre alors un petit garçon, dont les parents sont accusés d’activités anti-américaines. Le malentendu est toujours le même#: ayant arbitrairement collé une étiquette sur une œuvre, on n’aime guère avoir à changer l’étiquette. Si Chaplin continuait à son âge à faire le pitre sous sa défroque célèbre, ce serait d’une inefficacité consternante, cela n’est pas difficile à comprendre#(…). Je n’ai pas trouvé, moi, de différence entre la première et la seconde partie du Roi à New York tout simplement parce que je n’ai pas commis l’erreur de m’apprêter à rire. Comme tout le monde, je lis les journaux et je suis au courant des mésaventures de Chaplin avec l’Amérique#; je connaissais le sujet de son nouveau film et la profonde tristesse de ses films précédents. Il était prévisible qu’Un Roi à New York serait le plus triste de ses films, le plus personnel aussi. François Truffaut (Les Films de ma vie, 1975)


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LA COMTESSE DE HONG-KONG A COUNTESS FROM HONG-KONG

CHARLES CHAPLIN

FICTION / 1967 / ROYAUME-UNI / 2H / COUL. INTERPRÉTATION Marlon BRANDO, Sophia LOREN, Tippi HEDREN, Margaret RUTHERFORD, Sydney CHAPLIN SCÉNARIO Charles CHAPLIN IMAGE Arthur IBBETSON (Technicolor) MUSIQUE Charles CHAPLIN DÉCORS Vernon DIXON MONTAGE Gordon HALES PRODUCTION Universal Pictures et Charles Chaplin Productions

Lors d’une escale à Hong Kong, une comtesse russe embarque clandestinement sur un bateau de croisière à destination des Etats-Unis. À bord, elle retrouve un diplomate milliardaire américain, rencontré plus tôt, à Hong Kong… Pour son dernier film, Chaplin utilise pour la première fois de sa carrière la couleur. Il n’est pas facile de parler de cette Comtesse, le dernier film de Chaplin, après tout le mal que la critique presque unanime en a dit, et surtout après tout le bien qu’Eric Rohmer, dans un article justement célèbre, en a écrit. (…) Je vois l’intérêt principal de La Comtesse de Hong-Kong dans une sorte de pari cinématographique par lequel Chaplin, au terme de sa carrière, réintroduit dans le cinéma parlant d’aujourd’hui, non seulement un des avatars les plus ressemblants de Charlot (la comtesse elle-même, qui, jusque dans les rondeurs de Sophia Loren, ne fait guère que réincarner «#Mam’zelle Charlot#») mais toute une écriture du burlesque muet. L’entrechoc de conventions hétérogènes qui en résulte est ce qu’il y a de nouveau et de déconcertant dans ce film – je n’en trouve guère d’équivalent que chez Preston Sturges. Projetées dans le moule de la comédie loufouque, voire sophistiquée, les grimaces burlesques détonnent, la vulgarité des gestes et des pensées choque. Irruption du naturel dans l’artifice, l’expression brute des corps désirants confond les codes de politesse (qui sont aussi des codes de vraisemblance). Francis Bordat (Chaplin cinéaste, 1998)


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THE KISS DE WILLIAM HEISE IT DE CLARENCE BADGER THE SMILING LIEUTENANT DE ERNEST LUBITSCH GIRLS ABOUT TOWN DE GEORGE CUKOR GOLD DIGGERS OF 1933 DE MERVYN LEROY I’M NO ANGEL DE WESLEY RUGGLES BABY FACE DE ALFRED E. GREEN

P.165 P.166 P.167 P.168 P.169 P.170 P.171


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CINÉMA ET HISTOIRE : HOLLYWOOD AVANT LA CENSURE

« Une femme, belle comme vous êtes, peut obtenir tout ce qu’elle veut dans ce monde, à cause du pouvoir qu’elle possède sur les hommes. Mais vous devez vous servir d’eux, et non les laisser se servir de vous » Baby Face Cette rétrospective s’intéresse à la période du cinéma immédiatement antérieure à l’établissement et à l’application du code d’autocensure à Hollywood. Avec ce code, surnommé le code Hays, et la création en 1934 d’un bureau, le Breen Office, consacré à la régulation des représentations cinématographiques, se met en place le célèbre système d’autocensure de l’industrie hollywoodienne, destiné à préserver l’industrie d’une censure extérieure, étatique ou autre – la «#Production Code Administration#» ayant pour mission de garantir la production des films les plus consensuels possible, pour un public familial, et surtout d’éviter tout risque de boycott de la part d’organisations morales ou religieuses. Les films proposés ici peuvent être vus comme les derniers feux d’un système plus libéral sur le plan des représentations – tout particulièrement des représentations de la sexualité, et de tout ce que le cinéma classique hollywoodien, au nom des bienséances, s’attachera à supprimer pendant plus de trois décennies. Il y a beaucoup de façons d’aborder ce moment de transition dans l’histoire du cinéma, tout juste passé au sonore et en prise directe avec une société frappée par la Grande dépression après la crise de 1929. Pour explorer cette période complexe, nous avons choisi de nous concentrer sur les figures féminines, qui cristallisent beaucoup des ambivalences, voire des contradictions, de la production du «#Pre-Code#». Les années 1930 aux Etats-Unis réinventent les femmes, ou la femme, Hollywood devient l’avant-poste de ces new women, et ses actrices, Barbara Stanwyck, Mae West, Joan Crawford, Kay Francis ou Clara Bow, en incarnent la quintessence. Il y a d’abord la sensualité#: dans ces films, les corps, surtout féminins, mais pas seulement, sont dévêtus, stratégiquement exhibés par des déshabillés, des dos-nus, et complaisamment révélés par des inserts dévoilant ici une cheville, là une épaule... Les personnages frappent par leur étonnante liberté d’action et de mouvement. Les héroïnes sont farouchement


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indépendantes, pleines d’esprit, insolentes, et occasionnellement vulgaires – il faut entendre Mae West, femme-spectacle mais pas femme-objet, murmurer dans I’m No Angel, entre deux ondulations de l’arrière-train, sans se préoccuper de savoir si elle est entendue, «#Crétins#», en toisant un parterre de spectateurs en adoration. Plus violente, Barbara Stanwyck clame haut et fort sa haine des hommes «#sales et pourris#» au début de Baby Face. L’accent est mis sur le désir féminin, des regards lubriques de cette même Mae West enchainant les amants aux caprices d’une princesse autoritaire (Miriam Hopkins) qui, dans The Smiling Lieutenant, repère sa proie (Maurice Chevalier, plus homme objet ici que french lover) dans la rue, avant de le sommer de l’épouser. Ce n’est pas un hasard si It a été écrit par la célèbre romancière britannique Elinor Glyn, connue pour avoir inventé une certaine écriture de la sexualité féminine dont s’inspirerait toute l’erotica féminine ultérieure. Ce «#je ne sais quoi#» que possède Clara Bow, et qui lui permet de transcender les barrières sociales et de séduire un homme de la bonne société au nez et à la barbe de ses rivales bourgeoises, c’est la certitude tranquille de son désir et de son sex-appeal. On a sans doute raison de voir dans cette période une «#parenthèse enchantée#» qui ne considère pas que les relations physiques commencent et s’achèvent avec le mariage. Le parlant a ouvert la voie aux dialogues virevoltants, épicés, osés, les allusions sont limpides#: deux gants d’homme en cuir qu’on jette près d’une lampe aussitôt éteinte, un homme se passant la main dans les cheveux pour se recoiffer tandis qu’une femme se remet du rouge à lèvres devant un miroir… Autant de signifiants explicites efficaces que les codifications pointilleuses du Code de censure viendront bientôt supprimer. Les personnages de ces films se fréquentent hors mariage, divorcent, se remarient, commettent l’adultère, ont des enfants illégitimes, et consomment une quantité impressionnante de boissons alcoolisées. Les héroïnes s’assument, vivant seules dans de grands appartements où elles se pavanent dans des déshabillés luxueux sous les regards de servantes noires souriantes et dociles. Voilà pour la liberté, l’impertinence, et le glamour. Mais on aurait tort de voir dans ces films une anticipation univoque du féminisme ou du female empowerment. Avant d’être outil de jouissance, le corps féminin est d’abord décrit comme un instrument de prise de pouvoir par ces femmes qui n’ont rien, ces «#damnées de la terre#», comme le formule explicitement Baby Face à travers ses étonnantes références à la Volonté de puissance de Nietzsche. En outre, entre ces femmes et la liberté, deux obstacles s’interposent. L’argent, d’abord. Et le retour, insidieux, d’un «#éternel féminin#» dont les stéréotypes s’insinuent discrètement sous la façade progressiste... et les décolletés plongeants. Le sexe –#et les interactions avec l’autre sexe#– est une monnaie d’échange qui permet à ces femmes de sortir de déterminismes sociaux dont les films suggèrent, plus ou moins explicitement, la dureté en cette époque économiquement dévastée. Sous le glamour, il y a aussi la nécessité de survivre, de manger et de payer le loyer Avant d’être amoureux, les échanges sont économiques, comme le montre l’ouverture, glaçante, de Girls About Town#: rejoignant deux messieurs d’un certain âge, convaincus de leur charme, deux jeunes femmes se motivent, dans les toilettes du restaurant, en pensant au chèque généreux qui les attendra après. Plus forte encore, l’ouverture de Gold Diggers of 1933 et sa construction kaléidoscopique de corps féminins démultipliés, vêtus de costumes couverts de fausses pièces d’or, chantant «#We’re in the money"» en fixant le spectateur droit dans les yeux. Les relations amoureuses sont d’abord pensées selon cette logique du rapport de forces. Rapports de sexes et rapports sociaux s’entrelacent étroitement. Un plan récurrent – un travelling vertical remontant le long des gratte-ciels de Manhattan, symbolisant l’ascension sociale inscrite dans cette métropole mère de tous les vices et de l’amusement – représente, en une allusion limpide salace, le désir physique des messieurs lubriques, outil permettant aux femmes de gravir l’échelle sociale... mais aussi l’imminence de la chute. Inutile de préciser à quel point le stéréotype de la gold digger –#sauf lorsqu’il est, comme dans l’éblouissant finale de Gold Diggers of 1933, sublimé en


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CINÉMA ET HISTOIRE : HOLLYWOOD AVANT LA CENSURE

drame social#– charrie des connotations négatives, qui non seulement établissent la cupidité fondamentale des personnages féminins, mais jettent un doute sur l’authenticité de ces «#désirs#» si fièrement proclamés, qui finissent par n’apparaître que comme une énième stratégie visant à dépouiller les pigeons qui, comme en atteste l’appartement de l’héroïne de I’m No Angel, n’auront servi qu’à assouvir le matérialisme effréné de leurs amantes. Mais, plus largement et profondément –#et bien sûr à des degrés divers selon les films#– les apparences libérées cachent souvent des constructions stéréotypes, et un éternel féminin résistant se cache sous les attitudes conquérantes de ces «#garces#» qui ne sont peut-être au fond, comme le dit (certes, ironiquement) une héroïne de Girls About Town, «#que des filles vieux jeu qui essaient de s’en sortir#». La piquante Claudette Colbert, qu’on aurait attendue plus combattive, accepte de se sacrifier et de céder sa place à l’épouse officielle. Des schémas mélodramatiques de filles-mères, séduites et abandonnées, reviennent parfois à travers des rôles secondaires, quand les héroïnes ne sont pas elles-mêmes converties et guéries de leur cynisme par un coup de foudre inopiné – Kay Francis finit par se rédimer et choisir l’amour plutôt que l’argent, et même la «#croqueuse d’homme#» jouée par Mae West succombe finalement au charme d’un amant plus doué que les autres. C’est peut-être la double conversion de Barbara Stanwyck qui laisse le plus songeur, la femme fatale arriviste devenant, d’abord, une employée de banque modèle, puis une amoureuse éperdue dont le souhait le plus cher est, au fond, d’«#avoir un ‘madame’ avant son nom sur sa pierre tombale#», et qui finit par tout sacrifier pour un homme. On laissera les spectateurs décider s’il faut voir dans ces dénouements bien sages un retournement de dernière minute peu convaincant, ou la morale profonde de films moins libérés qu’on pourrait le penser. Mais il reste la focalisation sur les femmes, autour desquelles les récits sont construits, et que leurs interprètes dotent d’une présence inoubliable. Certaines scènes laissent une empreinte marquante, dans leur combinaison de féminisme et d’anti-capitalisme, comme celle qui montre, dans Baby Face, la frêle Stanwyck faire ployer un conseil d’administration de grande banque entièrement masculin. Quelle que soit la fin, le retour de la morale, les hommes sont des figures bien falotes, et les films marquent aussi les débuts tâtonnants d’une intéressante complicité féminine construite sur le dos du patriarcat#: maîtresse et épouse s’unissent pour délier les cordons d’une bourse tenue serrée par un époux radin dans Girls About Town, Gold Diggers of 1933 s’ouvre sur la vision d’une joyeuse cohabitation entre amies fauchées mais solidaires, et The Smiling Lieutenant s’achève –#ou presque#– sur un savoureux duo chanté qui réunit au piano amante cachée et épouse légitime et éclipse résolument le pauvre mari pour lequel elles étaient censées rivaliser. Marie Frappat et Adrienne Boutang

MARIE FRAPPAT

Marie Frappat est maîtresse de conférences en études cinématographiques à l’université Paris Diderot – Paris 7. Auteure d’une thèse intitulée L’Invention de la restauration des films, ses recherches portent principalement sur la patrimonialisation du cinéma, les cinémathèques, les versions concurrentes et l’histoire de la restauration des films. Elle est co-responsable de la section « Cinéma et Histoire » au festival de Belfort depuis 2016.

ADRIENNE BOUTANG

Adrienne Boutang est maître de conférences en études cinématographiques dans le département d’anglais de l’Université de Bourgogne-Franche Comté (Besançon). Ses recherches portent sur le cinéma nord américain contemporain, la censure et la représentation de l’adolescence au cinéma. Elle a coécrit un livre sur les teen movies (Vrin, 2011), et ses derniers ouvrages publiés sont une monographie sur Rusty James de F. F. Coppola (Wild Side, 2017), un ouvrage collectif sur le Silence dans les arts visuels (Houdiard, 2017).


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THE KISS LE BAISER

WILLIAM HEISE FICTION / 1896 / ÉTATS-UNIS / 1 MIN. / N&B INTERPRÉTATION May IRWIN, John C. RICE SCÉNARIO D’après la pièce de John J. MCNALLY PRODUCTION Edison Manufacturing Company

L’un des tout premiers films projetés dans les cinémas met en scène deux célèbres comédiens de cabaret, John Rice et May Irwin, qui s’embrassent en plan serré": c’est la première scène de baiser au cinéma. Jugé impudique et obscène par de nombreuses ligues de vertus aux États-Unis, le film fit scandale et finit par être censuré. Quand la projection sur grand écran se généralisa, l’érotisme et la violence de certains spectacles polarisèrent immédiatement l’attention des critiques. Le célèbre Baiser de May Irwin et John C. Rice (Edison, 1896), extrait filmé d’un succès théâtral de Broadway, fit grand scandale, et suscita un commentaire fameux dans une revue de Chicago#: «#Grandeur nature, comparé à l’effet produit par cet acte grandi à des proportions gargantuesques et répété trois fois de suite. C’est absolument dégoûtant. Tout le charme ou reste de charme de Miss Irwin s’est évanoui, son jeu devient indécent et d’une prodigieuse vulgarité. De tels faits appellent l’intervention de la police#». Francis Bordat («#Le Code Hays. L’autocensure du cinéma américain#» Vingtième Siècle, revue d’histoire, juillet-septembre 1987)


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CINÉMA ET HISTOIRE : HOLLYWOOD AVANT LA CENSURE

IT LE COUP DE FOUDRE

CLARENCE BADGER FICTION / 1927 / ÉTATS-UNIS / 1H12 / N&B INTERPRÉTATION Clara BOW, Antonio MORENO, William AUSTIN SCÉNARIO Hope LORING, Louis D. LIGHTON, d’après le roman de Elinor GLYN IMAGE H. Kinley MARTIN MONTAGE E. Lloyd SHELDON PRODUCTION Paramount pictures, Famous Players-Lasky Corporation

STÉFANI DE LOPPINOT est l’auteur d’un ouvrage sur la Région centrale de Michael Snow (éditions Yellow Now, 2010) et a signé de nombreux articles dans les revues Exploding et Cinéma, entre autres. Ses textes cultivent un penchant pour les expérimentateurs en tous genres, à la croisée du cinéma expérimental, du cinéma muet, de l’histoire des sciences et de l’histoire de l’art. Les figures d’actrices fortes et indépendantes, telles Clara Bow, Hedy Lamarr ou Barbara Stanwyck, font également partie de son corpus favori.

Betty Lou Spence, une jeune vendeuse belle et audacieuse, tombe amoureuse de son employeur, Cyrus Waltham, le patron d’un grand magasin. Bien qu’ils appartiennent à des milieux différents, Betty Lou va tout faire pour le séduire. Si It ne s’inscrit pas dans l’ère dite «#précode#», il fut la rampe de lancement d’une actrice qui représenta à merveille l’esprit de cette période, la délicieuse Clara Bow. À l’opposé du personnage de vamp des années 1910, fortement lié à un esprit XIXe siècle, Bow y incarne une jeune fille des années 1920 enfin sorties de la guerre, qui jouit du moment présent, des plaisirs réservés aux hommes et du sexe sans complexe. Cette «#It girl"» à laquelle on ne peut résister et qui, par la grâce de sa spontanéité et son intelligence, parvient à gravir l’échelle sociale, inspirera nombre de personnages féminins des films pré-code. Passé 1929 les films se feront plus cyniques, mais la liberté absolue de Bow restera un modèle pour toutes. Stéfani de Loppinot (pour le catalogue Entrevues, Novembre 2017)


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THE SMILING LIEUTENANT LE LIEUTENANT SOURIANT

ERNEST LUBITSCH

FICTION / 1931 / ÉTATS-UNIS / 1H29 / N&B INTERPRÉTATION Maurice CHEVALIER, Claudette COLBERT, Miriam HOPKINS SCÉNARIO Samson RAPHAELSON, Ernest VAJDA, d’après l’opérette Ein Walzertraum d’Oscar STRAUS IMAGE George J. FOLSEY MUSIQUE Oscar STRAUSS MONTAGE Merrill G. WHITE PRODUCTION Paramount pictures

KATALIN PÓR est maître de conférences en Etudes Cinématographiques à l’Université de Lorraine. Spécialiste de l’histoire du cinéma hollywoodien classique, elle a notamment publié De Budapest à Hollywood. Le théâtre hongrois et le cinéma hollywoodien 1930-1943 aux Presses Universitaires de Rennes en 2009. Elle termine actuellement ou ouvrage sur le travail d’Ernst Lubitsch dans les studios hollywoodiens, à paraître en 2018 aux Editions du CNRS.

À Vienne, au cours d’une parade royale, le lieutenant Niki envoie un clin d’œil à sa bien-aimée, Franzi, une belle violoniste. La princesse Anna le prend pour elle et voilà le lieutenant obligé de se marier. Dans The Smiling Lieutenant, Lubitsch brodera des variations encore plus raffinées et audacieuses : c’est la maîtresse du héros, une violoniste (épatante Claudette Colbert) qu’il a ravie à son meilleur ami («#Plutôt que de prendre le thé, nous devrions dîner et ensuite petit déjeuner"» – «#Non d’abord le thé. On verra plus tard pour le dîner et le petit déjeuner"») qui va apprendre à la femme de ce dernier, la princesse de Flausenthurm (adorable Miriam Hopkins), ce qu’il faut faire pour séduire son mari : changer d’allure, de vêtements, ce qui nous vaut une chanson étonnante, aux lyrics très audacieux «"jazz up your lingerie#» d’Oscar Strauss et Clifford Grey. Colbert proclame qu’il faut arborer des sous-vêtements sexy et ce genre de notations disparaîtra du cinéma américain dès 1934. La transformation de Miriam Hopkins est un pur délice et le jeu de séduction entre elle et Chevalier reste un moment inoubliable. Bertrand Tavernier (DVDblog SACD, Mars 2015)


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CINÉMA ET HISTOIRE : HOLLYWOOD AVANT LA CENSURE

GIRLS ABOUT TOWN GEORGE CUKOR FICTION / 1931 / ÉTATS-UNIS / 1H20 INTERPRÉTATION Kay FRANCIS, Joel MCCREA, Lilyan TASHMAN, Eugene PALLETTE, Alan DINEHART SCÉNARIO Zoe AKINS, Raymond GRIFFITH, Brian MARLOW IMAGE Ernest HALLER MUSIQUE Ralph RAINGER PRODUCTION Paramount pictures

YOLA LE CAÏNEC enseigne à Rennes. Ses recherches ont porté sur les images de la femme dans la littérature fantastique, sur l’image en philosophie épistémologique et esthétique autour de Gaston Bachelard, l’œuvre d’Arnaud Desplechin, puis, pour sa thèse, Le féminin dans le cinéma de George Cukor (1950 à 1981). Elle a écrit et communiqué sur l’acteur de cinéma, le genre, le cinéma américain, l’esthétique amateure, a collaboré dans un festival, coréalisé des entretiens et des films.

À New York, deux élégantes et séduisantes jeunes femmes se font entretenir en courtisant de riches hommes d’affaires. Débarrassées de tout sentimentalisme, elles sont prêtes à tout pour maintenir leur niveau de vie, jusqu’au jour où elles font la rencontre d’un millionnaire et de son jeune associé lors d’une balade en yacht. Votre film Girls About Town nous a beaucoup plu, il nous a paru très adroitement traité et de sorte à éviter tous les ennuis qui auraient pu naître avec une histoire de ce genre. Du point de vue du Code, cependant, il y a une courte scène qui devrait être supprimée, selon nous. C’est le moment à la fête de Marie où elle soulève sa jupe, montrant ses jambes, tout en exécutant sa danse. Quant à la scène du film où elle se déshabille, dans la première partie du film, lorsqu’elle rentre dans son appartement, qu’elle enlève sa robe en se dirigeant vers sa chambre, et qu’on la voit finalement en sous-vêtements très légers, nous pensons qu’il n’y a pas là de violation technique du Code. Cependant, la scène pourrait choquer une partie du public et donc être éliminée par certains censeurs. Par conséquent, nous pensons qu’il serait sage de supprimer ce passage, si possible. Notes du Code de production : Lettre de Jason S. Joy (MPPDA-Motion Pictures Producers Distibutors of America) à B.P. Schulberg (Paramount), sept. 1931, (in Prima dei codici 2 alle porte di Hays, Festival de Venise, 1991)


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GOLD DIGGERS OF 1933 CHERCHEUSES D’OR DE 1933

MERVYN LEROY

FICTION / 1933 / ÉTATS-UNIS / 1H36/ N&B INTERPRÉTATION Warren WILLIAM, Joan BLONDELL, Aline MACMAHON, Ruby KEELER, Ginger ROGERS SCÉNARIO Erwin S. GELSEY, James SEYMOUR, d’après une pièce de Avery HOPWOOD IMAGE Sol POLITO MUSIQUE Harry WARREN, Al DUBIN MONTAGE George AMY PRODUCTION Warner Bros

FRANCIS BORDAT est professeur émérite de civilisation américaine à l’université Paris Ouest. Il a publié de nombreux ouvrages et articles sur l’histoire économique et socioculturelle de Hollywood. Spécialiste du cinéma burlesque et de Charlie Chaplin, il est notamment l’auteur de Chaplin cinéaste, Editions du Cerf, 1998. Il est cofondateur et membre du CICLAHO (Groupe de recherche sur le cinéma classique hollywoodien).

Polly, Carol, Trixie et Fay sont quatre jeunes danseuses dans un spectacle de music-hall. Faute d’argent, le spectacle est arrêté en pleine répétition. Mais un jeune compositeur, épris de l’une d’elles, vole à leur secours en se proposant de le financer. Au temps où n’existaient pas les magnétoscopes, ce film était couramment présenté comme une sorte de paradigme de l’évasion (movies as escapist entertainment) dans le cinéma hollywoodien de la Dépression#: par l’étalage des production values (le luxe des costumes, la splendeur des décors, la griserie de la musique et de la danse et la séduction érotique), la comédie musicale se serait employée à faire oublier aux Américains les réalités et les causes de la crise. Le cinéma fonctionnait bien comme un «#opium du peuple#». Et l’on citait à charge l’ouverture du film, où Ginger Rogers, au milieu d’une escouade de chorus girls presque nues, une grosse pièce d’or en guise de cache-sexe, chante «#We’re in the money#» en battant des cils et en tortillant des fesses. (…) Toute la suite du film montre les chorus girls à la fois lucides, cyniques et révoltées face à la réalité de leur emploi et de leur réputation, rassemblant toute l’énergie du corps et de l’esprit pour surmonter la peur du manque et l’angoisse de la déchéance, et négocier difficilement leur vie pour conserver un sens à leur poursuite du bonheur. Francis Bordat (Revue française d’études américaines, 2001-2002)


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CINÉMA ET HISTOIRE : HOLLYWOOD AVANT LA CENSURE

I’M NO ANGEL JE NE SUIS PAS UN ANGE

WESLEY RUGGLES

FICTION / 1933 / ÉTATS-UNIS / 1H27 / N&B INTERPRÉTATION Mae WEST, Cary GRANT, Gregory RATOFF, Ralf HAROLDE SCÉNARIO Mae WEST, d’après une histoire de Lowell BRENTANO et Mae WEST IMAGE Leo TOVER MONTAGE Otho LOVERING PRODUCTION Paramount pictures

Spécialiste du Pre-Code, des représentations de genre, et du cinéma de genre, MÉLANIE BOISSONNEAU est docteure en études cinématographiques et audiovisuelles. Elle est ATER à l’université Paris 3 Sorbonne-Nouvelle depuis 2017. Membre de l’IRCAV, elle a publié en 2010 chez Armand Colin Les pin-up au cinéma, co-écrit, et co-dirigé Tim Burton, horreurs enfantines, L’Harmattan, 2016. Elle travaille actuellement à la publication de deux ouvrages collectifs, le premier consacré au studio Hammer (Hammer, « laboratoire de l’horreur moderne »), le second aux nouvelles pratiques cinéphiles (Cinéphilies/sériephilies 2.0), tout en co-organisant un séminaire mensuel sur les cinémas de genre.

Tira est une séduisante et audacieuse dompteuse de lions dans un cirque, dont les numéros, toujours plus spectaculaires, attirent de nombreux hommes qui la courtisent et la couvrent de cadeaux. Elle multiplie les conquêtes après qu’un voyant lui a prédit qu’elle rencontrera un homme riche qui tombera amoureux d’elle… Les films parlants abreuvèrent Hollywood d’un nouveau type de créatifs : des artistes et des scénaristes venus des cultures plus commerciales de Broadway, du vaudeville et du burlesque. Ces styles urbains de spectacle et ces traditions du divertissement se révélèrent difficiles à intégrer au moule Hollywoodien. Mae West fut l’exemple le plus criant de cette rupture. Elle amenait à Hollywood un style de cinéma nouveau et très caractéristique, un composé de la scène et de la culture de la classe ouvrière des rues, qu’elle avait perfectionné à Broadway. Le code Hays a détesté : à leurs yeux elle incarnait tout ce qu’il y avait de plus odieux dans les traditions commerciales urbaines du spectacle (...) Malgré le voile d’ironie et de mystère dont elle s’enveloppait, elle restait manifestement cette jeune femme forte et audacieuse qui mettait en valeur la sexualité féminine de la classe ouvrière, sujet avec lequel Hollywood n’a jamais été très à l’aise.#» Marybeth Hamilton (in Prima dei codici 2 alle porte di Hays, Festival de Venise, 1991)


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BABY FACE LILIANE

ALFRED E. GREEN FICTION / 1933 / ÉTATS-UNIS / 1H11 / N&B INTERPRÉTATION Barbara STANWYCK, George BRENT, Donald COOK SCÉNARIO Gene MARKEY, Kathryn SCOLA, SUJET Mark CANFIELD (Pseudo de Darryl ZANUCK) IMAGE James VAN TREES SON Oliver S. GARRETSON MUSIQUE Leo F. FORBSTEIN MONTAGE Howard BRETHERTON PRODUCTION Warners Bros

FRÉDÉRIC CAVÉ est professeur de Lettres et chercheur indépendant. Initiateur de la revue The Wild Bunch, il se consacre aujourd’hui à l’étude de la censure hollywoodienne entre 1909 et 1942. Ses recherches récentes ont porté sur le scandale Fatty Arbuckle, sur l’arrivée de William Hays à la tête de la MPPDA et sur la rédaction du Code de production. Il travaille actuellement à l’étude de la distribution des films dans la mise en place de la régulation hollywoodienne.

Lily Powers quitte sa ville natale après la mort de son père pour s’installer à New York. Exploitée et vendue par son père, elle décide d’utiliser les hommes à son tour en usant de ses charmes pour obtenir ce qu’elle veut. Elle se fait engager dans une banque et va petit à petit gravir les échelons. Nous pensons qu’il va falloir encore apporter des modifications importantes au thème du film, si l’on veut qu’il soit parfaitement en accord avec la lettre et l’esprit du Code. D’abord, vous devez vraiment renforcer la conversation entre le cordonnier et Lily, pour montrer qu’il lui conseille de quitter son environnement sordide pour aller dans une grande ville où elle aura des perspectives économiques et culturelles valables, qu’il lui suggère de façon certaine qu’elle fasse bien attention à ne pas payer par l’immoralité le prix de cette évolution. Ensuite… Il sera nécessaire de construire la fin de telle sorte que l’on comprenne que Lily n’a pas suivi le conseil du cordonnier, et à la fin la montrer dépouillée de son statut social et de sa fortune, et ainsi ramener au fait que la philosophie actuelle du film, c’est à dire, «#utilise ton corps pour avancer matériellement#», a été entièrement rejetée et discréditée… Notes du Code de production : Lettre de James C. Wingate à Jack L. Warner, 26 avril 1933 (in Prima dei codici 2 alle porte di Hays, Festival de Venise, 1991)


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RITA ET CROCODILE DE SIRI MELCHIOR LILLA ANNA DE PER AHLIN, LASSE PERSSON ET ALICJA BJÖRK KIKI LA PETITE SORCIÈRE DE HAYAO MIYAZAKI MERLIN L’ENCHANTEUR DE WOLFGANG REITHERMAN BONJOUR DE YASUJIRO OZU L’ARGENT DE POCHE DE FRANÇOIS TRUFFAUT OÙ EST LA MAISON DE MON AMI ? D’ABBAS KIAROSTAMI CINÉ-CONCERT : LE KID DE CHARLES CHAPLIN

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CINÉMA ET HISTOIRE : HOLLYWOOD AVANT LA CENSURE

ACTIONS PÉDAGOGIQUES SÉANCES SCOLAIRES Chaque année, Entrevues met à disposition des élèves des écoles maternelles, élémentaires, des collèges et des lycées une sélection de films de la programmation, proposés en séances au choix en matinée.

EN INTRODUCTION AUX ATELIERS, UNE SÉANCE DU FILM LE PETIT FUGITIF DE MORRIS ENGEL ET RUTH ORKIN (1953, 1H20) SERA PROPOSÉE AUX ÉLÈVES.

CINÉ-CONCERT

le kid PAR L’ORCHESTRE VICTOR HUGO DE FRANCHE-COMTÉ Plus de détails sur le ciné-concert en page 150. AVANT-PREMIÈRE

RITA ET CROCODILE SIRI MELCHIOR FICTION / 2018 / DANEMARK / 30 MIN. / COUL.

PA RTI R DE

ATELIER DE LA CINÉMATHÈQUE FRANÇAISE : “LE CINÉMA, UN MONDE D’ÉMOTIONS” DU CP À LA 5E / DURÉE : 2H30 Joie, colère, tristesse… Un atelier pour partir à la découverte des émotions des personnages d’enfants dans les films et pour comprendre comment au cinéma, choix du cadre, jeu d’acteur, mise en scène des corps dans l’espace, mouvements de caméra permettent de créer ces émotions fortes et de les transmettre au spectateur.

JE SUIS UN HÉROS :

À

174

ANS

Rita est une fillette de 4 ans qui s’ouvre au monde avec son ami Crocodile. Avec lui, elle peut faire ce qu’elle veut : pêcher, camper, apprivoiser un hérisson, jouer dans la neige, aller au zoo ou se balader dans la forêt. Une collection de 6 courts-métrages qui dépeignent à merveille l’amitié et les émotions de l’enfance.


ANS

HAYAO MIYAZAKI FICTION / 1989 / JAPON / 1H43 / COUL.

À

KIKI LA PETITE SORCIERE

RT I PA R

DE

PER AHLIN, LASSE PERSSON ET ALICJA BJÖRK FICTION / 2012 / SUÈDE / 47 MIN. / COUL.

PA RTI R DE

LILLA ANNA

À

175

ANS

La petite Lilla Anna entraîne son Grand Oncle dans sa découverte du monde : en lui apprenant à pêcher, construire une cabane, skier… Elle est aussi petite qu’il est grand et aussi aventureuse qu’il est empoté. Une fidèle adaptation, en dessin animé, d’un classique de la littérature suédoise.

Kiki, une jeune sorcière, vient d’avoir treize ans. Pour respecter la tradition, elle part explorer le monde pendant une année, en compagnie de son chat Jiji. Elle pose bagages dans une petite ville où elle rencontre Osono, une gentille boulangère qui lui propose du travail.

Avec Lilla Anna, ces derniers [Per Ahlin, Lasse Persson et Alicja Björk Jaworski] adaptent également un classique des albums pour la jeunesse composé à quatre mains par un couple prolifique, Inger et Lasse Sandberg. Pionnier en matière d’illustrations enfantines, Lasse Sandberg popularisa la technique du collage. Fidèle aux albums, le film respecte leurs jeux de contrastes visuels : les personnages principaux, croqués en quelques lignes nettes, se détachent d’un décor plus abstrait et plus doux, aux effets de textures travaillés. Le procédé donne aux personnages une présence très particulière, et à leurs aventures gentiment burlesques une touche poétique discrète. Noémie Luciani (Le Monde, Avril 2015)

On sait le caractère autarcique de l’œuvre du cinéaste, structure-globe ressassant, en flux et reflux, figures familières, créatures spongieuses, formes modulables à l’infini. Kiki rompt avec cette immanence du merveilleux. Subtilement, Miyazaki y exploite ainsi l’ambivalence du balai#: véhicule, pour toute sorcière qui se respecte, mais aussi, pour le commun des mortels, moyen de se rendre utile à la tâche. Le balai devient la clé qui permet de passer d’un monde (le connu, le merveilleux) à l’autre (l’inconnu, le réel). Appuyant l’aspect «#bonne à tout faire#» de Kiki, Miyazaki la plonge dans un univers assez noir où tout fonctionne selon les lois du commerce et de l’échange de bons procédés : assister une boulangère pour obtenir un loyer, faire le ménage chez une ermite vivant au fond des bois, ouvrir enfin un délirant service de livraison volante à domicile pour gagner de l’argent. Vincent Malausa (Cahiers du cinéma, Mars 2004)


ANS

Le jeune Moustique, 12 ans, rencontre un jour le célèbre enchanteur Merlin, qui décide de faire son éducation. Ensemble, ils partent pour Londres, où a lieu un grand tournoi de chevalerie dont le vainqueur sera proclamé roi d’Angleterre... Walt Disney a renoncé en partie à ses sucreries et à ses sirops. Point de princesses roucoulantes ni de jolie chevaliers en nougat. Une forêt, un petit garçon, un vieux magicien, un hibou du nom d’Archimède, une épée magique, des métamorphoses et des prodiges. Walt Disney nous conte les enfances d’un roi –#le futur Roi Arthur#– son apprentissage du merveilleux. Il nous les conte avec bonhomie, dans le ton des imageries «#à l’anglaise#», en prenant les plus savoureuses libertés avec la légende. Son trait est devenu plus vif, plus nerveux. Sa palette s’est assagie. Sa technique de l’animation demeure la perfection même. Son film fourmille de trouvailles poétiques et de gags heureux. Michel Aubriant (Paris Presse, Décembre 1964)

BONJOUR

YASUJIRO OZU FICTION / 1959 / JAPON / 1H34 / COUL. / VERSION RESTAURÉE

A RT I R

DE

WOLFGANG REITHERMAN FICTION / 1963 / ÉTATS-UNIS / 1H19 / COUL.

RT PA I R

DE

MERLIN L’ENCHANTEUR

ÀP

CINÉMA ET HISTOIRE : HOLLYWOOD AVANT LA CENSURE

À

176

ANS

Dans la banlieue de Tokyo, Minoru et Isamu, deux jeunes frères, entament une grève de la parole pour protester contre leurs parents qui leur interdisent de regarder la télévision. Le second film en couleur de Yasujiro Ozu est aussi un auto-remake de Gosses de Tokyo réalisé en 1932. De tous les films de Yasujiro Ozu réalisés après la guerre, Bonjour est celui qui noue avec le plus de pertinence l’éternel conflit de communication des générations et celui de la modernisation accélérée du Japon des années 50. (…) La télévision est perçue comme élément potentiel d’abêtissement de millions de Japonais, mettant en péril l’écrit comme la parole, porteurs des valeurs traditionnelles. Dans le même temps, les commérages du voisinage, et tout particulièrement de Mme Okubo, donnent une piètre idée de ce qu’est devenu ce langage et de ce dont il est aujourd’hui porteur. Rien d’étonnant à ce qu’au refus d’acheter un téléviseur considéré comme un instrument d’abrutissement Minoru réponde par une mise en question du langage passe-partout des adultes qui donne son titre au film#: «#Bonjour… Bonsoir… Quel beau temps aujourd’hui, n’est-ce pas"?…"» Joel Magny (Dossier Lycéens au cinéma, 2008)


ANS

Bruno, Patrick, Laurent, Mathieu, Franck et sans oublier Martine, vivent les dernières semaines de l’année scolaire et attendent les vacances avec impatience. À travers la chronique des enfants de la ville de Thiers, François Truffaut dresse un portrait pluriel de l’enfance – un thème cher au cinéaste depuis son premier film Les Mistons. Le point commun entre tous les enfants montrés dans le film, c’est le désir d’autonomie, avec, en filigrane, le besoin de tendresse dont ils ne sont pas conscients. Julien, par exemple, chez lui c’est l’enfer, sa vie est dehors, il doit se débrouiller et ce qu’on ne lui donne pas il le prend. Patrick, qui vit seul avec son père infirme, se trouve dans une situation où il doit assumer des responsabilités au-dessus de son âge. Pas de mère, un père immobilisé dans une chaise roulante, tout cela le mûrit précocement et en même temps, sur le plan des sentiments, il est dans une confusion totale. Une femme pour lui, il ne sait pas si c’est la mère, la fiancée, la maîtresse#; un peu tout cela à la fois, sans doute. Tous les enfants doivent s’adapter. François Truffaut (entretien avec Claude-Marie Trémois, Le cinéma selon François Truffaut, 1988)

ÀP

Où EST LA MAISON DE MON AMI ?

A RT I R

DE

FRANÇOIS TRUFFAUT FICTION / 1976 / FRANCE / 1H45 / COUL.

A RT I R

DE

L’ARGENT DE POCHE

ÀP

177

ANS

D’ABBAS KIAROSTAMI FICTION / 1987 / IRAN / 1H27 / COUL. À l’école du petit village de Koker, en Iran. En rentrant chez lui, Ahmad se rend compte qu’il a gardé par erreur le cahier de Mohamed, qui court le risque d’être renvoyé. Ahmad part alors à la recherche de la maison de son ami pour le lui rendre. Le premier volet de la Trilogie de Koker, et le film qui a révélé Abbas Kiarostami, figure de proue de la Nouvelle Vague Iranienne, en France. Abbas Kiarostami n’utilise jamais les gamins pour émouvoir ou attendrir. Il ne les utilise tout simplement pas#: il a accès à leur monde. Plus généralement, son film se place dans la plus pure veine du mysticisme iranien. Où est la maison de mon ami#? est d’ailleurs le titre d’un poème, écrit par Sohrab Sepehri, peintre et poète iranien mort il y a une dizaine d’années et à qui le film est dédié. On y retrouve la bergerie, l’arbre mort et plus largement la recherche éperdue de la perfection en amitié, thème récurrent non seulement du soufisme, mais aussi de la littérature persane pré-islamique. Avec un instinct très sûr, Kiarostami a donc réussi ce tour de force#: mettre en cinéma un poème mystique. Sélim Nassib (Libération, Mars 1990)


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LES RENCONTRES RÉGIONALES DE LA DIFFUSION DU CINÉMA INDÉPENDANT EN PARTENARIAT AVEC LA RÉGION BOURGOGNE-FRANCHE-COMTÉ, LE CNC, LA DRAC, LE GNCR ET L’ACID Le festival est un lieu de rencontres privilégiées et un laboratoire de réflexion pour les professionnels impliqués dans le jeune cinéma de recherche. Afin de soutenir la diffusion du cinéma indépendant, Entrevues propose deux journées de prévisionnement et une table ronde avec les exploitants de BourgogneFranche-Comté, Alsace-Lorraine et Grand Est. 7 films sont présentés en avant-première en présence des réalisateurs et des distributeurs, et les projections sont suivies de discussions sur l’accompagnement des films. TABLE RONDE La table ronde interrogera cette année la mise en œuvre et les conséquences de la réforme Art et Essai adoptée en avril 2017 par le CNC et qui sera présentée par Corentin Bichet, chef du service de l’exploitation de la Direction du cinéma au CNC.

PRÉVISIONNEMENT GNCR : - MADAME HYDE DE SERGE BOZON (2017, 1H35)

p.47

- NUL HOMME N’EST UNE ÎLE DE DOMINIQUE MARCHAIS (2017, 1H32)

p.22

Distributeur : Haut et Court sortie prévue en mars 2018

Distributeur : Météore Films sortie prévue le 4 avril 2017

- LA NUIT OÙ J’AI NAGÉ DE DAMIEN MANIVEL ET KOHEI IGARASHI (2017, 1H19) p.49 Distributeur : Shellac sortie prévue le 28 mars 2018

- CORNÉLIUS, LE MEUNIER HURLANT DE YANN LE QUELLEC (2017, 1H42)

p.28

- LES GARÇONS SAUVAGES DE BERTRAND MANDICO (2017, 1H51)

p.31

Distributeur : Ad Vitam Distribution sortie prévue le 2 mai 2018

Distributeur : UFO Distribution sortie prévue le 14 février 2018

COUPS DE CŒUR DE L’ACID : - BELINDA DE MARIE DUMORA (2017, 1H55)

Distributeur : New story sortie prévue le 10 janvier 2018

- LES DESTINÉES D’ASHER DE MATAN YAÏR (2017, 1H30)

Distributeur : les Acacias sortie prévue courant 2018

p.50


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ATELIERS APARR

COLLECTIF DOC’ADDICT

Pendant le festival, l’APARR (Association des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel de BourgogneFranche-Comté) propose des ateliers (dispositif d’accompagnement à l’écriture) avec des scénaristes#; des séances de pitch avec des producteurs ainsi qu’un parcours de formation proposé à 5 réalisateurs régionaux sélectionnés dans le cadre du Parcours Jeunes Talents.

Le Collectif Doc’Addict (ADDICT : Acteurs du Développement du Documentaire Indépendant Cinéma et Territoire)en Bourgogne Franche Comté organise une rencontre de la Boucle documentaire ainsi qu’une table ronde autour de la diffusion du documentaire de création en région.

STAGE IMAGES EN BIBLIOTHÈQUES 15 responsables de collections audiovisuelles en médiathèques suivent ce stage agréé par le CFPT pour découvrir l’actualité de la production cinématographique et rencontrer les réalisateurs invités au festival. En partenariat avec la Médiathèque départementale du Territoire de Belfort.

La Boucle documentaire est le regroupement inédit de quatorze associations régionales et nationales d’auteur-e-s-réalisateur-trice-s qui se sont retrouvées pour défendre la création et la diffusion d’œuvres documentaires non formatées dans une économie viable.


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FILMS EN COURS

AIDE À LA POST-PRODUCTION 9E ÉDITION PROJECTIONS RÉSERVÉES AUX PROFESSIONNELS Le festival propose avec [films en cours] une aide à la post-production pour les 1er, 2e et 3e films internationaux. Six projets en fin de montage image sont présentés. Grâce à la participation des sociétés CinévidéoCim, Cosmodigital, Ike No Koi et Polyson, le lauréat bénéficie des prestations techniques suivantes#: • conformation et étalonnage pour un montant de 15 000 euros • finitions sonores (montage son / mixage / bruitage...) pour un montant de 10 000 euros • sous-titrage en anglais ou en français • DCP mastering • un directeur de post-production offre également ses compétences et assure le lien entre l’équipe du film et les prestataires partenaires pour le bon déroulement des travaux.

L’AMOUR DEBOUT MICHAËL DACHEUX

FICTION / FRANCE / PERSPECTIVE FILMS / 1H40 Martin, dans un dernier espoir, vient retrouver Léa à Paris. Ils ont tous deux vingt-cinq ans et ont vécu ensemble leur première histoire d’amour. Mais c’est bel et bien fini. Chacun s’emploie alors, vaille que vaille, à construire sa vie d’adulte et à s’ouvrir à de nouvelles rencontres. Le film suit l’itinéraire de l’un et l’autre, sur une période d’un an, saison après saison.

LE JURY [FILMS EN COURS] EST COMPOSÉ CETTE ANNÉE DE : Ava CAHEN, critique de cinéma et journaliste, membre du comité de sélection de la Semaine de la Critique Arnaud CHELET, co-gérant d’Ike No Koi Patric CHIHA, cinéaste Pierre HUOT, directeur de post-production Nicolas NAEGELEN, gérant de Polyson Philippe PERROT, gérant de Cosmodigital Fabián TERUGGI, responsable du développement de CinévidéoCim

L’ÉPOQUE

MATTHIEU BAREYRE DOC. / FRANCE / ARTISANS DU FILM / 1H45 DISTRIBUTEUR : BAC FILMS Il y a le Paris de l’Après-Charlie, son ordre et son esprit Et il y a les jeunes qui sortent la nuit. Je me demande ce qui les empêche de dormir.

Les professionnels ont accès aux films de la compétition internationale sur festivalscope.com. Les projets [films en cours] sont également consultables.


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ONE AND A HALF PRINCE THE LOAD ANA LUNGU

OGNJEN GLAVONIC

FICTION / ROUMANIE / MANDRAGORA / 1H40

FICTION / SERBIE-FRANCE-CROATIE / NON ALIGNED FILMS, CINÉMA DEFACTO, KINORAMA / 1H33

Trois amis, Iris, Marius et Istvan, partagent un appartement à Bucarest et forment, à leur façon, une famille heureuse. L’apparition dans leur vie du charmant Laszlo, un écrivain hongrois de Transylvanie, va mettre à mal l’équilibre du joyeux trio.

1999, Serbie. Alors que l’OTAN bombarde le pays, Vlada accepte un travail proposé par l’armée. La mission est simple : conduire un camion, d’un point A à un point B, sans se soucier du contenu de la cargaison. Mais au cours du trajet, ce mystérieux chargement se révèle un fardeau difficile à porter.

SEULS LES PIRATES

VITÓRIA

FICTION / FRANCE / PERSPECTIVE FILMS / 1H30

FICTION / PORTUGAL-ARGENTINE-FRANCE / TERRATREME, UN PUMA, LA BELLE AFFAIRE PRODUCTIONS / 1H33

GAËL LÉPINGLE

Géro, un comédien qui a perdu sa voix, fait vivoter son petit théâtre tout en refusant de quitter la maison dont la mairie veut l’expulser dans le cadre d’un projet de réaménagement urbain. Il préfère courtiser Emilie, la vacataire de mairie, ou piller tranquillement des chantiers. La visite de son neveu Léo, jeune garçon idéaliste, va tout faire basculer...

ICO COSTA

Henrique se cache dans une forêt portugaise reculée. Il a commis un acte irrémédiable dont il craint les représailles. Dans cette forêt, il essaie tant bien que mal de survivre.


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compĂŠtition internationale longs mĂŠtrages

1&2

3

4

5


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6

7

9 10

11

8 12

13 1 & 2 : Affonso Uchõa, João Dumans 3 : Mahalia Cohen 4 : Dominique Marchais

5 : Elene Naveriani 6 : Camila José Donoso 7 : Marcelo Caetano 8 : Adrián Orr

9 : Jang Woo-Jing 10 : Ilian Metev 11 : Valérie Massadian 12 : Matjaz Ivanisin

13 : Guillaume Massart


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compĂŠtition internationale courts mĂŠtrages

1

3 5&6

4

2


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8 7

10

9

11

12 1 : L. Garcia 2 : Dragos Hanciu 3 : Fabian Prokein 4 : Antonin Ivandizé

5 & 6 : Hélène Baillot Raphaël Botiveau 7 : Vincent Weber 8 : Eric Harold

9 : Junghee Biann Seo 10 : Mathilde Buy 11 : Alberto Martín Menacho 12 : Toru Takano


compétition premières fictions françaises

2

1

4

3

1 : Yann Le Quellec 2 : Didier Nion 3 : Bertrand Mandico 4 : Erick Malabry 5 : Ilan Klipper

5


L’ÉQUIPE DU FESTIVAL DÉLÉGUÉE GÉNÉRALE LILI HINSTIN SECRÉTAIRE GÉNÉRALE MICHÈLE DEMANGE ADJOINTE À LA DIRECTION ARTISTIQUE ANNA TARASSACHVILI COORDINATION DE LA COMPÉTITION ET DE [FILMS EN COURS] CÉCILE CADOUX SÉLECTION DE LA COMPÉTITION OFFICIELLE LILI HINSTIN, ARNAUD HÉE, ELENA LÓPEZ RIERA, LAURENCE REYMOND CONSEILLER À LA PROGRAMMATION MATHIEU MACHERET RENCONTRES CINÉMA ET HISTOIRE ADRIENNE BOUTANG, MARIE FRAPPAT DÉBATS CHARLOTTE CORCHÈTE RELATIONS PRESSE CATHERINE GIRAUD COORDINATION PREMIÈRES ÉPREUVES ISABELLE DUPERRIER ADMINISTRATION NATHALIE JAVELET COMMUNICATION ELSA LANÇON, EVA PROSPERO CATALOGUE ANNA TARASSACHVILI COORDINATION DES JOURNÉES PROFESSIONNELLES SARAH POINSOT CHARGÉES DES PUBLICS SCOLAIRES MEGI KRAJLEVIC ACCUEIL INVITÉS MATHILDE LOMBERGER, ADELE MARECHAL, LUCIEN PION, FABRICE BELEY, FREDERIC MACHIN ACCUEIL PUBLIC BRUNA GAERTNER, VINCENT CAPELLI, CHARLOTTE CHAUVIN RÉGIE GÉNÉRALE DELPHINE PUDDU, CORALIE TOINARD, BLAISE PETREQUIN RESPONSABLE TECHNIQUE, RÉGIE DES COPIES DUC TRAN RECHERCHE ET DOCUMENTATION CAROLINE MALEVILLE PROJECTIONNISTES THIERRY MONTHEIL, AURELIE AMIEL, SYLVAIN BICH, CLAIRE LIBORIO SOUS-TITRAGE DUNE STEPHANE LAMOUROUX, ALEX PICARDEAU VIDÉO MICHEL DEUS, OLIVIER MICHEL PRISES DE SON DIDIER PHILIBERT BOUTIQUE DU FESTIVAL NATHALIE PASCAL, EVA PROSPERO, TERENCE WISSLER RÉALISATION DE LA BANDE ANNONCE WILLIAM LABOURY MUSIQUE DE LA BANDE ANNONCE MAXENCE DUSSERE GRAPHISTE CATALOGUE LÉA MARCHET CONCEPTION ET DESIGN DU SITE INTERNET SÉBASTIEN FAUVEAU GRAPHISTES DECLINAISONS DES SUPPORTS MEGI KRAJLEVIC, THIERRY CUENAT PHOTOGRAPHE VINCENT COURTOIS TRADUCTION ANNA KNIGHT, ÉMILIE DIDIER JOURNAL ET BLOG DU FESTIVAL ELSA LANÇON, THIERRY CUENAT ET LES ÉTUDIANTS DE L’UNIVERSITÉ DE HAUTE ALSACE RÉDACTEURS JOSIANE BATAILLARD, JÉRÔME BAVEREY NICOLE CORDIER, SYLVIE COURROY, EVA KIEFFER, MATHILDE LOMBERGER, CATHERINE MARLE, CHRISTOPHE OTTELLO GUILLAUME RIETHER, FABIEN VÉLASQUEZ, LUC MAECHEL, CATHERINE MARLE GUYON, MICHELLE MEGY, LAURA ZORNITTA LE PETIT JOURNAL ILLUSTRATIONS ET MISE EN PAGE : MYRIAM HURÉ (EDITIONS CATALPAS)

CREDITS PHOTOGRAPHIQUES Jeanne Added © Marikel Lahana Ghost Dance © Dom Garcia Le Kid © Roy Export S.A.S Musique du Kid Copyright © Roy Export Company Ltd. et Bourne Co. Coréalisation Festival Entrevues Belfort et Orchestre Victor Hugo Franche-Comté Le Destin de Madame Yuki © Michiyo Kogure

LE FESTIVAL REMERCIE SES PARTENAIRES : La Région Bourgogne Franche-Comté, le Ministère de la Culture et de la communication, le Centre national du cinéma et de l’image animée, la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Franche-Comté, le Conseil départemental du Territoire de Belfort, La Cinémathèque française, Tandem, le cinéma Pathé Belfort, Ciné +, Les Eurockéennes de Belfort, La Sacem et l’INA / PCinévidéoCim, Cosmodigital, Ike No Koi, PolySon, Orchestre Victor Hugo Franche –Comté, La Poudrière, l’Espace multimédia Gantner, Frac Franche-Comté, Ecole d’Art Gérard Jacot, le GNCR, l’ACID, Pôle image Franche-Comté, l’Aparr, Urban Sketchers, Renault, Estimprim, Optymo, B&B hôtels, CIE 3 Chênes, la CMCAS, La CCI du Territoire de Belfort, Cezam, l’UHA, l’UTBM, Belfort tourisme, Festivalscope, JC Decaux / France Culture, Télérama, France Bleu Belfort-Montbéliard, Les Cahiers du cinéma, L’Est républicain, l’Humanité, Novo, Flux 4, Mubi, Tênk, Diversions, la Septième obsession, Sens critique, Toute la culture, Benschi, Sparse. LE FESTIVAL REMERCIE : Saïd Ben Saïd, Jean Douchet, Pascal Bonitzer, François Gédigier, Thierry Garrel, Bruno Deloye, Catia Riccaboni, l’Ina et particulièrement Mileva Stupar, Agnès Chauveau et Dies Blau, la Fondation Chaplin (Kate Guyonvarch et Arnold Lozano), Serge Bozon, Luc Lagier, Benoit Jacquot, Catherine Breillat, Eleonore Weber, Frank Williams, Olivier Seguret, Gael Teicher, Marcos Uzal, William Laboury, Valérie Perrin, Jean-Paul Roland, Betty Andrieux et l’équipe du cinéma Pathé. AINSI QUE TOUS CEUX QUI ONT CONTRIBUÉ À SON ORGANISATION : John Awesome, Jeanne Added, Betty Andrey, Géraldine Amgar, Christian Arbez, Elizabeth Askren, Célia Ballester, Stéphane Batut, Gilles Barthélémy, Mathurin Beauvert, Cyril Beghin, Medhi Benallal, Andrea Beoletto, Sandra et Olivier Bernard, Nicolas Berthelot, Léa Bismuth, Mélanie Boissonneau, Jean-Marie Boizeau, Francis Bordat, Victor Bournieras, Jean-Claude Brisseau, Jérôme Brodier, Yann Brolli, Valentine Carette, Emilie Cauquy, Marilou Caravati, Alain Cavalier, Frédéric Cavé, Saad Chakali, Arnaud Chelet, Sophie Cheviron, Cinéma Le Navire à Aubenas, Odile Conseil, Philippe Cornus, Baptiste Coutureau, Emmanuelle Cuau, Pierre-Alexandre Delarbre, Jeanne Delecroix, Georges Denoix, Stefani de Loppinot, Philippe Faucon, Constance Flahaut, Jorge Flores Velasco, Andrea Franco, Bernadette Gazzola Dirrix (INA), Denis Gil, Renée Godfrin, Nicolas Fargeix, Marion Gaquière, Jean-Baptiste Garnero, Alexis Gomez, Sylvain Guillon, Eliane Grisez , Fabienne Hanclot, Mathilde Henrot, Henri Hoyon , Pierre Huot, Myriam Huré, Hugo Jeuffrault, Gaelle Jones, Thierry Jousse, Laurent Juen, Isabelle Julien, Radu Jude, Lauriane Jussiau , Jeanne Lafonta, Caroline Lamboley, Yola Le Cainec, Joran Le Corre, Benjamin Léon, Virginie Lemarchand, Samantha Leroy, Mélanie Lhuillery, Benoit Keller, Marine Keller, Sylvia Kohler, Emeric de Lastens , Agnès Leblanc, Fouzi Louahem, Catherine Louvet, Thomas Malésieux, Maude Marchal, Sacha Marjanovic, Thibaud Martin, Patricia Mazuy, Dominique Miton, Luc Moullet, Nicolas Naegelen, Lise Nayrolles, Benjamin Nuel, Christelle Oscar, Céline Paini, Samuel Petit, Philippe Perrot, Hervé Pichard, Julia Pinget, João Pinharanda et Fernanda Jumah de l’Institut Camões, Katalin Por, Matthias Rajmann, Judith Revault-d’Allones, Louise Rinaldi, Laetitia Ringeval, Sébastien Robert, Afaf Robilliard, Sébastien Ronceray, Laure Saint Hillier, François Sanchez, Frédéric Savioz, Charlotte Servel, Barbet Schroeder, Philippe Schweyer, Gabrielle Sebire, Alain Seid, Nicolas Sosnovsky, Boris Spire, Benoit Tainturier, Françoise Temperman, Amandine Thévenin, Jérôme Thiebault, Sébastien Tiveyrat, Isabelle Truchot, Agnès Varda, Paul Vecchiali, Jean-François Verdier et l’orchestre Victor Hugo Franche-Comté, Camille Verry, Océane Vilbert, Jonathan Vinel, Agnès Violet, Bartlomiej Woznica, Sylvie Zavatta, Jean-Marc Zekri et l’équipe du Reflet Medicis, Laura Zornitta et tous les bénévoles et particulièrement : Steven, Adrien, Alain, Zohra, Les étudiants de l’IUT et les volontaires d’Uniscité. LES AYANS-DROITS, DISTRIBUTEURS ET CINÉMATHÈQUES : Neil Beloufa, Anne-Catherine Caron, Isabelle Ganne Caron, Antje Ehmann, Anna Faroqhi, Lara Faroqhi, Laurent Ferri, Nicolas Garnier, Monsieur Giraudon, Pierre Lesou, Nicolas Rey, Marina Rouyer / 13 productions, 20th Century-Fox, Ad Vitam, Agence du court métrage, Arp Selection, Arte, Artedis, Atlantique records, Bibliothèque nationale, Bodleian Library Oxford, Capricci, Carlotta, Ciné-Tamaris, Les Archives du film, La Cinematek, La Cinémathèque française, Cinémathèque royale de Belgique, La Cinémathèque de Toulouse, Les Acacias, Cineteca di Bologna, COSMOS, Diaphana, Disney, Documentaire sur grand écran, Ecce films, Les Films d’ici, Les Films du Jeudi, Les Films du Losange, Film sans frontières, Les films du Paradoxe, Folimage, Fondation Chaplin, Fox, Frac de Franche-Comté, Gebeka films, Grands films classiques, Haut et court, Iskra, Library of Congress, Lobster, MK2, Muse Condé, Le Pacte, Paramount, Park Circus, Pathé, La Pleiade, Poissons volants, RMN (Réunion des Musées Nationaux), Roy Export S.A.S., SBS productions, Shellac, Son et lumière, Sony Pictures, Tamasa, TF1 Production, La Traverse Films, UCLA Film & Archive, Warner, Wild Bunch, LES HÔTELIERS ET RESTAURATEURS : Atria Novotel, Brit Hôtel Belfort Centre - Boréal, Les Capucins, Kyriad, Best Western, Hôtel Saint-Christophe, Ibis Budget Belfort, Ibis budget Bavilliers, Ibis Danjoutin, B&B Hôtel, Hôtel le Vauban, Grand Hôtel du Tonneau d’Or, Claude de Barros, Estelle Rudloff, Estelle Redon. / L’Atelier du Tilleul, Culture Food, les caves du Salbert, Courtepaille, Le Bistroquet, La Pampa, Les Abeilles, La Poste, Marcel & Suzon, le restaurant Naka Naka, Flam’s, East 231


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cosmo digital


© LIRST

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LES DROITS D’AUTEUR FONT VIVRE CEUX QUI NOUS FONT RÊVER

#laSacemSoutient L’Action culturelle de la Sacem encourage la création de musique originale pour l’image et accompagne les compositeurs

© Pobytov

SACEM.FR


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Direction de la communication - 1117 - photos : extraits du documentaire

ement t r a p é D Le inéma c u d e r i partena teur,

u d’au public o urales, d n a r g Film nes r commu nu dans les ollèges… Soutee rt tisse c A s 7 le le s n rt. da ent, de Belfo épartem par le D ans le Territoire d sa toile mbre : En nove ues l Entrev mière > Festiva on en avant-pre eil s ti c n o je uC Pro soirée d ire lors de la ental du Territo m te r a p dé rt. de Belfo taire ocumen u film d édiathèque d is o M oire. > par la M le Territ organisé entale sur tout m départe : l’année ue Et toute édiathèq d’une M ersciné e c la p n > Mise e ue Arte + Univ r numériq s à distance pou s è avec acc abitants inscrit ntal h e s m le te s r u a p to éseau dé dans le r thèques. ia des méd rt.fr

elfo itoiredeb www.terr

“ Nul homme n’est une île” Documentaire de Dominique Mar chai

conseil depart

s (2017)

Cinéma Pathé Mardi 28 novembr eà En présence du réal

20 h

isateur


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b

29 e Festival International Marseille

Juillet 2018 L’ APPEL À FILMS EST DISPONIBLE EN LIGNE SUR LE SITE INTERNET DU 13 NOVEMBRE 2017 AU 19 MARS 2018

Lab 10th Plateforme internationale de coproduction L’APPEL À PROJETS EST DISPONIBLE EN LIGNE SUR LE SITE INTERNET DU 13 NOVEMBRE 2017 AU 19 FÉVRIER 2018

www.fidmarseille.org

10th International Coproduction Platform


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“The twelve-tone music among film festivals.” Jungle World, Germany

64.

International Short Film Festival Oberhausen 3 – 8 May 2018


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INDEX DES FILMS A A Scanner Darkly Amour debout (L’) Arábia Argent de poche (L’) Aujourd’hui, dis-moi Autrement, la Molussie Autumn, autumn

P.130 P.180 P.14 P.177 P.84 P.131 P.15

B Babyface Bartleby Beau temps mais orageux en fin de journée Bonjour Brève traversée Bulworth

P.171 P.107 P.52 P.176 P.88 P.73

C Casa roshell Charles Bukowski tapes (The) Charlot à la Banque Charlot débute Charlot est content de lui Charlot patine Charlot soldat Chose mentale Ciel étoilé au-dessus de ma tête (Le) Ciné-bijou Cirque (Le) Cœur de hareng Comment faire des films Comtesse de Hong-Kong (La) Cornélius, le meunier hurlant Corpo elétrico

P.16 P.110 P.149 P.147 P.146 P.153 P.149 P.137 P.30 P.96 P.153 P.113 P.149 P.159 P.28 P.17

D Dame de tout le Monde (La) Dansons maintenant De grey, un récit romanesque Déménagement (Le) Des jeunes filles disparaissent Destin de madame yuki (Le) Destinées d’asher (Les) Déter Dictateur (Le)

P.67 P.36 P.90 P.84 P.44 P.68 P.50 P.36 P.155

E, F, G, H Échangeur (L’) Elle Époque (L’) État second Existenz Feux de la Rampe (Les) France/tour/détour/deux/enfants Garçons sauvages (Les) Girls about town Gold diggers of 1933 Handa et la Sophistication Her Héritage Héritage de la chouette (L’) Hotaru

P.86 P.64 P.180 P.72 P.129 P.157 P.98 P.31 P.168 P.169 P.95 P.132 P.125 P.102 P.137

I I am truly a drop of sun on earth I’m no angel Imphy, capitale de la france Introduction Ionas dreams of rain It

P.18 P.170 P.104 P.104 P.36 P.166

J, K Jalousie (La) P.62 Japon. Shomyo : psalmodie bouddhique P.97 Jean douchet, l’Enfant agité P.45 Jean renoir présente le Testament du docteur cordelier P.106 Jeanne moreau : vive le cinéma ! P.108 Jeunes et l’Argent (Les) P.95 Jeux sérieux [1, 2, 3, 4] P.134 - 135 Jour d’appel (Le) P.36 Jusqu’à la Garde P.51 Juste avant la Nuit P.70 Kid (Le) P.150 Kiki la petite sorcière P.175 Kiss (The) P.165 L Last hot lick (The) Lettre d’un cinéaste : Alain Cavalier Lettre d’un cinéaste : Jacques Rozier Lettre d’un cinéaste : J.C. Brisseau Lettre d’un cinéaste : Paul Vechiali : Une journée ordinaire Lettre d’un cinéaste : Raoul Ruiz Le Retour d’un amateur de bibliothèque Liberté (La) Lieu du crime (Le) Ligne d’ombre (La) Lilla anna Lion est mort ce soir (Le) Load (The) London calling Lumières de la Ville (Les)

P.114 P.19 P.71 P.94 P.175 P.46 P.181 P.37 P.145

M Ma première brasse Madame hyde Makala Maps to the stars Marketing mix Martin pleure Matiouette ou l’Arrière-pays (La) Merlin l’Enchanteur Mes 17 ans Mi amado, las montañas Milla Miyubi Monde sur le fil (le) Monsieur verdoux

P.104 P.47 P.48 P.63 P.108 P.136 P.111 P.176 P.93 P.37 P.20 P.124 P.126 P.156

P.24 P.114 P.114 P.114 P.114

N, O Naufragé volontaire Nausicaa Niñato Nuit où j’ai nagé (La) Nul homme n’est une île Nus et les Morts (Les) Odyssée du 16/9° (L’) Offre d’emploi Ombres (Les) On vous parle de Paris : Maspero, les Mots ont un sens One and a Half Prince Opinion publique (L’) Où est la Maison de mon ami ?

P.32 P.112 P.21 P.49 P.22 P.69 P.104 P.92 P.86 P.102 P.181 P.151 P.177

P Passant intégral (Le) Passion Pèlerin (Le) Père (Le) Petite lise (La) Pierre ou les Ambiguïtés Playing men Position d’andromaque (La) Pour gagner sa vie Proust, l’Art et la Douleur

P.37 P.61 P.147 P.90 P.66 P.89 P.23 P.29 P.146 P.96

R, S Real estate Record (The) Requiescat in pace Rita et crocodile Rouge amoureuse Ruée vers l’Or (La) Seuls les Pirates She’s beyond me Smiling lieutenant (The) Strange days Stratège (Le)

P.136 P.123 P.37 P.174 P.38 P.152 P.181 P.38 P.167 P.127 P.75

T Tant que je brillerai (extrait) Temps modernes (Les) Testament du docteur cordelier (Le) Three quarters Tout de suite maintenant Traversée de l’atlantique à la rame (La) Travolta et moi Truman show (The) Turning gate

P.133 P.154 P.106 P.25 P.65 P.100 P.101 P.128 P.74

U, V, W Un roi à new york Vitória Water folds

P.158 P.181 P.38


LE FESTIVAL EST ORGANISé par la ville de belfort et cinémas d’aujourd’hui Adjointe au Maire, chargée des Grands événements : Delphine Mentré Président de Cinémas d’aujourd’hui : Gilles Lévy Déléguée générale : Lili Hinstin Secrétaire générale : Michèle Demange

LE FESTIVAL reÇoit le soutien de

LE FESTIVAL remercie les partenaires contribuant à sa réalisation

ainsi que les partenaires médias


Catalogue 2017 - Entrevues  
Catalogue 2017 - Entrevues  
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