Catalogue 2013 festival international du film

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4 e ĂŠdition

festival international du film

sur yon La Roche 16-21 octobre 2013


partenaires

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

partenaires

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

sommaire pierre regnault Président de l’EPCCCY

p. 6 p. 12

Compétition Internationale prix, jurys, films

kelly Reichardt

première rétrospective française

p. 18

roee rosen

p. 26

xavier beauvois

p. 32

Nicolás Pereda

p. 36

le rayon vert : le cinéma comme écologie

première rétrospective française

rétrospective et invités

première rétrospective française

par Hervé Aubron

p. 42

capricci, actualités critiques

p. 43

Philippe garrel

p. 46

3e rencontres du cinéma indépendant

p. 48

séances spéciales

p. 50

la Nuit monstre(s)

p. 51

la critique sur internet, 2e édition

p. 54

jeune public

portraits de famille

par L’ACOR et le SDI

rencontres et débats

animée par le Clap Campus

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jacques auxiette

Président du conseil régional des Pays de La Loire Après une édition 2012 riche de très beaux moments de cinéma, nous nous retrouvons pour la 4e édition du Festival International du Film de la Roche-sur-Yon. Parce que le festival propose au public des œuvres singulières, récentes et plus anciennes, et des rencontres exceptionnelles avec des personnalités rares du cinéma, il rejoint les priorités de la Région en faveur du soutien à la création et de sa diffusion auprès du public. Au-delà de son soutien aux festivals de cinéma, la Région aide aussi directement la production de films. Deux d’entre eux sont d’ailleurs présentés en avant-première à la Roche-sur-Yon : le documentaire La Ligne de partage des eaux de Dominique Marchais figure en compétition ; Histoire de ma mort, du catalan Albert Serra, est présenté par son producteur Capricci après avoir remporté, cet été, le Léopard d’or du Festival du film de Locarno. Pour ces films, très attendus, mais aussi tous les autres qui vous seront proposés dans les jours qui viennent, la Région est fière de soutenir cette manifestation qui a su, par l’exigence de sa programmation, trouver sa place en Pays de la Loire tout en gagnant une vraie reconnaissance au plan national. A toutes et à tous, bon festival.

Une mutation, mais qui donnera quoi ?

paysages et turbulences

directeur de la publication Yannick Reix rédacteur en chef Emmanuel Burdeau couvertures © La Dernière Piste - Kelly Reichardt © Inside Llewyn Davis - Ethan Coen, Joel Coen rédaction Hervé Aubron, Philippe Azoury, Christophe Beney, Thierry Lounas, Jean-Pierre Rehm, Charlotte Serrand correction Marie-Mathilde Burdeau traduction de l’anglais Pauline Soulat graphisme et iconographie Valérie Zard imprimerie Belz imprimerie - La Roche-sur-Yon

Le cœur de La Roche-sur-Yon bat au rythme du cinéma avec une nouvelle édition du Festival International du Film. Qualité et audace sont une fois de plus au programme : compétition officielle, sélection de près d’une centaine de films, rétrospectives et débats…Le FIF est un moment partagé de réflexion, de découverte et d’ouverture sur le monde, en direction des professionnels, des cinéphiles amateurs et avertis. La magie du cinéma s’empare de La Roche-sur-Yon qui accueille ceux qui ont fait, font et feront l’actualité des salles obscures. La Roche-sur-Yon et le FIF partagent une même exigence de qualité, d’engagement en faveur de l’accès de tous à la culture, d’éducation à l’image. En ces temps difficiles, la culture est créatrice de lien. Elle doit préserver toute sa place pour jouer un rôle primordial dans notre cohésion sociale. Merci à l’équipe du festival et à nos partenaires qui travaillent avec passion à la préparation et au bon déroulement de cet événement. Bon FIF à tous !

Louis Bergès

Directeur régional des affaires culturelles des Pays de la Loire Le Festival International du Film de La Roche-sur-Yon (FIF) proposé par son directeur Yannick Reix et son programmateur Emmanuel Burdeau pour sa 4e édition, est désormais incontournable dans le paysage des festivals de cinéma. La présence d’Amira Casar, actrice aussi bien de rôles populaires que de rôles plus singuliers, comme présidente du jury, ou les rencontres du public avec des réalisateurs comme Xavier Beauvois (Le Petit lieutenant et des hommes et des dieux) ou Philippe Garrel, qui proposera une sélection émouvante de films liés à son environnement familial, démontrent que le FIF attire chaque année de grands professionnels du cinéma. Ce festival de cinéma contemporain présente 8 films en compétition, dont 7 pour la première fois en France, et propose une programmation exigeante avec un cinéma d’auteurs toujours en recherche. C’est ainsi que la réalisatrice Kelly Reichardt ou le visionnaire Roee Rosen viendront faire découvrir leur cinéma indépendant et créatif. Le ministère de la Culture et de la Communication soutient ce festival international qui participe sur ce territoire à la présence de la diversité artistique et culturelle et au rayonnement de la culture, met en œuvre un travail important en direction des scolaires s’inscrivant en cela dans le grand projet d’éducation artistique et culturelle présenté récemment par Aurélie Filippetti. Je souhaite à ses organisateurs, à toute l’équipe de l’EPCCCY et aux bénévoles un grand succès, et aux spectateurs beaucoup de plaisir et d’émotion.

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éditorial L’année dernière, la Présidente du Jury de la Compétition Internationale, Caroline Champetier, donnait au Manège une conférence au cours de laquelle elle évoquait son travail de directrice de la photographie auprès de Jean-Luc Godard, Nobuhiro Suwa et Léos Carax. Ce fut, de l’avis général, un des très grands moments de la 3e édition du Festival International du Film de La Roche-sur-Yon. Il y a quelques mois, après retranscription, enrichissement et transformation, le texte de cette conférence — devenue en quelque manière une autre conférence, un autre texte — était mis en ligne sur notre site, www.fif-85.com, au sein d’un nouvel espace que nous avons baptisé « Revue » pour marquer combien nous considérons ce festival comme un projet éditorial à part entière. Cette mise en ligne fut largement saluée et relayée. En France, mais aussi de manière internationale : une traduction anglaise fut ainsi proposée au mois de septembre sur le site MUBI.

PARTENAIRE DU FESTIVAL INTERNATIONAL DU FILM DE LA ROCHE-SUR-YON

Aller des films à la parole, et de la parole aux textes, tout cela dans un mouvement de traduction et de déplacement constants. Ne pas séparer le cinéma de la pensée et faire entendre cette pensée pour ce qu’elle est : non pas un commentaire accessoire, mais la continuation du cinéma par d’autres moyens. Prolonger l’espace du festival au-delà de son occurrence annuelle, sur Internet et au travers de projections mensuelles, notamment au Concorde. Espérer que ces prolongements approfondissent notre travail, en accroissent l’écho et accroissent aussi l’écho du travail de ceux, cinéastes, acteurs, écrivains, qui ont été nos invités. Ne pas replier le cinéma mais œuvrer sans cesse à l’ouvrir, et à l’ouvrir encore. C’est dans cette perspective, pour toutes ces raisons que la présence de Caroline Champetier, sa conférence et les aventures que celle-ci a connues ont acquis pour nous une valeur exemplaire, comme si tout à coup devenait tangible le rêve d’un festival qui ne séparerait pas la technique et l’esthétique, parlerait plusieurs langues, existerait sur plusieurs supports… Ne s’arrêterait jamais en somme, étant à la fois toujours le même et toujours différent. Pour toutes ces raisons, et pour d’autres encore. Faute de temps, Caroline Champetier n’avait pu en effet parler de son travail avec Xavier Beauvois, qu’elle accompagne pourtant depuis son deuxième long métrage, N’oublie pas que tu vas mourir (1995). Or Xavier Beauvois sera présent cette année, tout comme Caroline Champetier, pour la seconde fois. Et il se trouve qu’un autre cinéaste avec lequel ils ont tous deux travaillé, Philippe Garrel, sera là également, notamment pour l’avant-première de son nouveau film, La Jalousie. Ces continuités d’une édition l’autre nous sont essentielles. Nous ne saurions construire le festival s’il n’y avait en son cœur un tel principe de fidélité. Fidélité à Matt Porterfield, dont I Used to be Darker est l’un des huit films de la compétition internationale, trois ans après qu’il a remporté le Grand Prix pour Putty Hill, et deux ans après avoir été membre du jury présidé par Ingrid Caven. Fidélité à Nicolás Pereda : lauréat en 2012 du Grand Prix Ciné + avec Les Chansons populaires, le cinéaste n’avait pu faire le voyage du Mexique à La Roche ; il sera présent, cette année, pour la première rétrospective française d’une œuvre jeune mais déjà d’une grande richesse. Fidélité à Capricci, dont les films et les livres soutiennent chaque édition. Et fidélité à quelques compagnons. A Jean Narboni, membre du jury présidé par Amira Casar. A Philippe Azoury, qui accompagnera Philippe Garrel après avoir, en 2011, accompagné Shinji Aoyama. A Jean-Pierre Rehm, partenaire indispensable du programme consacré au génial artiste israëlien Roee Rosen. C’est en ce sens-là aussi que nous aimons parler du festival comme d’un projet éditorial, voire comme d’une revue. En ce double sens. D’un côté fidélité, inscription dans un temps qui excède celui de chaque édition considérée séparement, et qui excède les films pour les mêler aux paroles, aux textes, à d’autres entreprises, notamment éditoriales, que la nôtre. Et de l’autre souci de s’inscrire dans le contemporain, et seulement dans le contemporain : cette année, comme les précédentes, aucune sélection n’a un caractère strictement rétrospectif ; toutes tiennent au contraire de la prospective ou du pari. Ces deux sens ne sont évidemment pas contradictoires. Le contemporain n’est pas le fugace ou l’éphémère, mais ce qui donne au présent le sentiment de lui-même, ce qui permet d’affiner la perception de ce qui est en train de (nous) arriver. Il n’y a pas d’autre logique à l’élaboration de chaque édition, pas d’autre question que celle-ci : qu’est-il en train d’arriver au cinéma ? Beauvois, Pereda, Rosen sont quelques-unes des réponses avancées cette année : leur œuvre reste à venir, pour l’essentiel, tout en étant déjà en train d’arriver… Kelly Reichardt est une autre réponse encore, la première en vérité. Nous avions déjà fait part à la cinéaste américaine de notre admiration et de notre souhait de l’inviter, mais ce n’était pas le moment. Cette fois-ci, elle a dit oui. Cela ne pouvait mieux tomber : son nouveau film, Night Moves, vient de remporter le Grand Prix à Deauville, il sera projeté en avant-première quelques mois avant sa sortie française. Des cinq longs métrages qu’elle a réalisés à ce jour, Night Moves est celui qui formule avec le plus de rigueur et d’inquiétude le souci écologique qui anime son travail depuis ses débuts. Aussi était-il logique que nous souhaitions le faire résonner ailleurs, ce souci, en demandant à un autre compagnon, Hervé Aubron, de composer un programme de films réfléchissant à ce que serait le cinéma s’il n’avait pas l’écologie comme sujet, mais s’il se considérait lui-même comme écologie : comme environnement agissant au sein d’un environnement plus vaste. Un dernier mot. De la Compétition à Kelly Reichardt, il y a peut-être une idée commune, à l’arrière des programmations de cette 4e édition ; une idée qui serait plus et moins que cela ; un motif, plutôt : celui du paysage. Mais ce paysage n’est pas fixe, c’est un horizon, quelque chose qui s’en va à mesure qu’on s’en approche. Et de toute façon, ce n’est pas à nous de le désigner. C’est aux spectateurs d’en deviner l’aspect, d’un film à l’autre, et entre les films.

Les Chansons Populaires DE Nicolás Pereda GRAND PRIX DU JURY - CINé + 2012

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ciné+ est disponible par satellite et adsl sur

et par le cable sur

Yannick Reix & Emmanuel Burdeau

cineplus.fr

le cinéma découverte

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compétition internationale

compétition internationale

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

Jury international Carlo Chatrian

Né à Turin, Carlo Chatrian est directeur artistique du Festival del Film Locarno. Journaliste, critique, programmateur, il a participé à la publication de nombreux ouvrages, notamment consacrés à Errol Morris, Frederick Wiseman ou John van der Keuken, et collaboré à plusieurs journaux ou revues, dont Film Critica et Cine Forum. Sous-directeur du Festival du film d’Alba de 2001 à 2007, il a été membre du comité de sélection du Festival des peuples de Florence et de Visions du Réel à Nyon. Collaborateur du Festival del Film Locarno depuis 2002, il a été membre du comité de sélection et en charge des rétrospectives — Moretti, Lubitsch, Minnelli, Preminger… —, avant d’être nommé directeur artistique. Sa première édition à ce poste, qui s’est tenue du 7 au 17 août 2013, a été saluée comme une grande réussite.

© Sandrine Jousseaume

Mirwais

présidente

Amira Casar

Issue du conservatoire National d’Art Dramatique de Paris, Amira Casar complète sa formation auprès des Américains Blanche Salant et Paul Weaver. Comédienne polyglotte, elle a travaillé avec des cinéastes français et européens, aux univers poétiques et personnels aussi divers que Werner Schroeter (Nuit de Chien), Carlos Saura (Buñuel et la Table du Roi Salomon), Catherine Breillat (Anatomie de l’Enfer), les frères Larrieu (Peindre ou faire l’amour), Tony Gatlif (Transylvania), Thomas Gilou (La Vérité si je mens 1 (pour lequel elle obtient la nomination au César du meilleur espoir féminin), 2 et 3), les frères Quay (L’Accordeur de tremblements de terre), Eléonore Faucher (Gamines), Anne Fontaine (Comment j’ai tué mon père), la plasticienne Sophie Calle (Prenez soin de vous, à la Biennale de Venise 2008), Eran Riklis (Playoff), Guy Maddin (Spiritismes) ou Arnaud des Pallières (Michael Kohlhaas). Elle a récemment tourné en langue allemande avec Wolfgang Becker (Ich and Kaminski) et s’apprête à commencer le tournage de Saint Laurent réalisé par Bertrand Bonello. Pour la télévision britannique, elle a interprété avec succès Forty, réalisé par David More pour Channel Four. Pour son interprétation à la télévision dans La Femme qui pleure au chapeau rouge, biographie de l’artiste surréaliste et muse de Picasso, Dora Maar, elle a reçu le prix de la meilleure actrice au Festival de la Fiction de La Rochelle en 2010. Au Théâtre, elle s’est produite sur des scènes internationales telles que l’Almeida Theater à Londres (Aunt Dan and Lemon), au Barbican Center (Jeanne au Bûcher) d’Arthur Honegger avec le London Symphonic Orchestra sous la baguette de Marine Alsop, au Théâtre National de l’Odéon à Paris dans Suis-je encore vivante de Griselidis Real, et dans Les Enfants de Saturne, dans une mise en scène d’ Olivier Py.

Grand prix du jury Ciné +

CINE+ CLUB, groupe CANAL +, est heureuse d’accompagner le festival international de La Roche-sur-Yon pour la première fois. Le grand prix du jury CINE+ récompense le lauréat plébiscité par le jury professionnel. L’œuvre primée fera l’objet d’une acquisition par CINE+ pour un prix minimum de 15 000 euros auprès du distributeur français dudit film (sous réserve qu’il sorte en salles dans les deux ans à compter de la date de sa présentation au festival international de La Roche-sur-Yon).

LE PRIX de la PRESSE

doté de 1 000 euros par la ville de la Roche-sur-Yon, attribué au réalisateur lauréat, le Prix de la presse du festival international du film de La Roche-sur-Yon est décerné par un jury de journalistes à l’un des 8 longs métrages de la compétition.

LE PRIX DU PUBLIC ...6

doté de 1 500 euros par l’association Festi’clap, attribué au réalisateur lauréat, organisé par le quotidien Ouest-France et décerné par les spectateurs qui peuvent voter après chaque projection.

est musicien, compositeur, chanteur et producteur. Avec notamment Daniel Darc et Laurent Sinclair, il fonda en 1978 Taxi Girl, groupe célèbre pour son titre Cherchez le garçon, dont il fut le guitariste et le compositeur. Après la séparation du groupe en 1986, Mirwais poursuit une carrière de musicien solo et de producteur. Particulièrement recherché pour la singularité d’un son conjuguant rock, new-wave, disco et expérimentation synthétique, il a acquis une renommée mondiale en produisant trois disques de Madonna, Music (2000), American Life (2003) et Confessions on a Dance Floor (2005). Plus récemment, Mirwais a travaillé sur la bande originale de plusieurs films, dont Pardonnez-moi (2006) de Maïwenn, et produit l’album Arabology (2009), de la chanteuse Yasmine Hamdan.

Carlo Chatrian

Mirwais

Jean Narboni

est critique de cinéma. Après avoir été rédacteur en chef des Cahiers du cinéma de 1969 à 1974, il y a fondé et dirigé les éditions. Au sein de la collection Cahiers du cinéma / Gallimard, il a édité des ouvrages devenus des classiques, dont La Rampe de Serge Daney, La Chambre claire de Roland Barthes ou L’Homme ordinaire du cinéma de Jean Louis Schefer. Jean Narboni a récemment publié plusieurs livres : une monographie consacrée à Mikio Naruse (Les Temps incertains, 2006) ; un essai sur l’avant-dernier film d’Ingmar Bergman, En présence d’un clown (Voyage d’hiver, 2008) ; des notes actuelles sur Le Dictateur de Chaplin (Pourquoi les coiffeurs ?, 2010) ; un livre d’entretien avec Luc Moullet (Notre Alpin quotidien, 2009) et un autre, avec le pianiste Philippe Cassard (Deux temps trois mouvements, 2011), autour des rapports entre le cinéma et son autre passion de toujours, la musique. Dans l’ouvrage collectif Quentin Tarantino, Un cinéma déchaîné, il a également livré, tout récemment, une défense érudite et enflammée d’Inglourious Basterds.

justine Triet

est réalisatrice. Diplômée de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts de Paris, elle a réalisé différents films en vidéo qui interrogent la place de l’individu au sein du groupe : Sur Place (2007), tourné pendant les manifestations étudiantes ; Solférino (2008), réalisé lors des élections présidentielles… En 2009, elle réalise Des ombres dans la maison dans un township de Sao Paolo. Vilaine Fille Mauvais Garçon (2010), son premier moyen métrage de fiction, a été récompensé par de nombreux prix dans des festivals en France et à l’étranger. Son premier long métrage est sorti le 18 septembre 2013. Mêlant l’actualité politique et la fiction, l’élection de François Hollande à la Présidence et les déchirements amoureux, les affects de la foule et ceux d’un couple, sélectionné à l’ACID à Cannes et dans de nombreux festivals internationaux, lauréat du Prix du Public au festival Paris Cinéma, La Bataille de Solférino a été unanimement salué par la critique.

Jean Narboni

Justine triet

Jury presse

Maroussia Dubreuil

So film

Clémentine Gallot

M, le magazine du Monde

Jérôme Momcilovic

Chronic’art

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compétition internationale

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

premier film

Après la nuit Até ver a luz Basil Da Cunha

Suisse, Portugal . 1h35 . dcp Avec Pedro Ferreira, Joao Veiga, Nelson da Cruz Duarte Rodrigues scénario B.DC. Image Patrick Tresch Montage B.DC, Renata Sancho Production Box Productions Distribution Urban Distribution

C’est un film noir. Son héros se prénomme Sombra, il sort tout juste de prison. Il porte de longues tresses et exerce la profession de dealer. Son problème est classique, profondément ancré dans l’histoire du genre : Sombra a jusque demain pour rembourser une certaine somme d’argent, faute de quoi il n’est pas sûr qu’il lui sera accordé le droit de continuer à vivre. Après la nuit, c’est donc d’abord ici l’horizon à atteindre : tenir bon jusqu’au matin, survivre afin de pouvoir revoir le jour une fois de plus… C’est le cap de ce premier long métrage dont l’ambiance est presque intégralement nocturne. Sombra fuit à toutes jambes, rend visite à sa famille, retrouve son iguane, se promène sur les toits, cherche à la fois à réunir l’argent et à échapper aux hommes en colère lancés à ses trousses. Basil da Cunha, qui vit entre la Suisse et le Portugal, a tourné Après la nuit dans le quartier créole de Lisbonne, de sorte qu’il n’est pas interdit de penser au travail de Pedro Costa. Sauf qu’ici l’énergie, la fureur, la vitesse, la musique donnent à l’ensemble une tonalité américaine et comme un air de balade, voire de fête. Retour au bercail ou fête d’adieu ? Retrouvailles ou dernière fois ? Chaque scène paraît en tout cas empreinte de danger, arrachée à l’urgence mais aussi à l’obscurité, comme un larcin fait aux ténèbres elles-mêmes, chacune cherchant en effet sa lumière dans la lueur des phares, celle d’une lampe à huile tenue à la main, celle d’un feu qu’on allume et auquel on se réchauffe, celle d’une télévision qui luit dans un coin… Après la nuit ressemble à une course-poursuite, une chasse à l’homme. Après la nuit ressemble aussi à un exorcisme, à une incantation tantôt hurlée tantôt chantée, à une cérémonie magique enfin, avec son apprenti à la fois farouche et téméraire (Sombra), ses démons (les voyous) et ses bonnes fées (une petite fille au sourire dévastateur), ses aînés (la tante) et ses animaux sacrés (l’iguane).

première française

premier film - première française

Costa da Morte Lois Patiño

espagne . 1h20 . dcp Scénario D.M. Image L.P. Montage L.P., Pablo Gil Rituerto Production Zeitun Films, with the support of AGADIC Distribution Zeitun Films

En ouverture un carton, dont le texte est emprunté à Alfonso Daniel Rodriguez Castelao, écrivain du début du XXe siècle et père du nationalisme galicien. Il y est déclaré que la vie éternelle de la Galice — communauté autonome du nord-ouest de l’Espagne — résulte de sa capacité à faire entrer l’homme dans le paysage et le paysage dans l’homme. On ne saurait livrer plus nettement le programme, en préambule d’un long métrage, le premier de l’artiste Lois Patiño, dont le titre désigne déjà cette double « entrée », cette rencontre : Costa da Morte est en effet le nom de la partie de la côte galicienne dont les rochers escarpés ont été cause du naufrage de nombreux navires. L’entrée de l’homme dans le paysage et du paysage dans l’homme est majestueusement filmée par Patiño, saisie en d’amples plans larges embrassant ici les reliefs de la côte, là la pleine mer, là encore les manières — à pied, en bateau — de la pêche ou les rituels et les fêtes ayant lieu dans les villages alentour. Somptueux spectacle. A n’en pas douter, l’une de ses plus puissantes manifestations est donnée par ces hommes-grenouilles juchés sur un rocher au milieu de l’eau et faisant rempart de leurs corps rassemblés pour ne pas être emportés par les vagues. La beauté, dans Costa da Morte, va donc de pair avec le danger, la majesté se tient sans cesse au bord de la catastrophe. L’entrée de l’homme dans le paysage, l’entrée du paysage dans l’homme peuvent certes être une douceur, elles sont aussi un désordre, un fracas. Le récit d’anciennes légendes — celle d’un mont jadis réputé apporter fertilité… — voisine avec la chronique, narrée sur un ton tragi-comique, d’aventures et de mésaventures plus récentes, telles ces naufrages déversant parfois un drôle de trésor sur le rivage. Costa da Morte ne cesse ainsi de rejouer ce que le carton d’ouverture déclarait gage d’éternité, sur plusieurs registres à la fois, croisés et recroisés : le grandiose et l’ironique, l’immémorial et l’actuel, le naturel et le politique.

première française

Computer Chess

Emperor visits the hell

états-Unis . 1h32 . dcp Scénario A.B. Image Matthias Grunsky Montage A.B. Production Houston King Distribution Contre Allée distribution

chine . 1h07 . fichier hd Avec Li Wen, Dian Mai, Jie Zi Image Jie Ren Scénario, Montage, Production L.L. Distribution Cloudy Pixels

Andrew Bujalski

L’action se déroule il y a une trentaine d’années, dans les chambres, les couloirs et les salons d’un hôtel, au cours d’un week-end où a lieu un tournoi de jeu d’échecs électroniques. L’enjeu en est simple : lequel des participants à cette réunion rituelle sera assez génial pour présenter une machine enfin capable de battre l’homme ? Quel homme, en somme, remportera la victoire en signant la défaite de l’homme ? Auteur de plusieurs longs métrages, Andrew Bujalski est considéré comme le père d’un nouveau genre de comédie américaine baptisé mumblecore : petit budget, tonalité naturaliste, acteurs amateurs articulant à peine leurs dialogues (to mumble signifie marmonner). Il rend ici un hommage à la fois très précis et amusé, distancé et sophistiqué, parfaitement articulé en vérité à une époque de la technologie qui, vue de nos années 2010, ressemble à une manière de moyen âge. Noir et blanc, obtenue grâce à des caméras d’époque, l’image de Computer Chess évoque davantage le grain d’une vieille VHS que le piqué irréprochable de la vidéo numérique Haute Définition. Ces hommes et ces femmes — plus rarement — sont à la veille d’une avancée technologique majeure, mais le spectateur d’aujourd’hui les regarde évidemment d’un autre œil : comme des enfants, ou des comédiens, des chevaliers d’un autre siècle, charmants et désuets avec leurs grosses lunettes, leurs pulls à carreaux et leurs rivalités quelque peu risibles d’étudiants surdoués mal vieillis. Le comique du film repose principalement sur ces différences de rendu, ce croisement de tons et d’époques, ce regard que le cinéma porte vers l’arrière pour raconter l’histoire d’une projection dans le futur, cette haute antiquité informatique narrée entre deux couloirs, deux chambres, à deux pas d’une autre réunion, où un gourou des couples cherche à capter d’autres ondes. Où est la technologie, alors ? Et où le charme, la magie ? Où la science et où la fiction ? Où la chronique et où la parodie ? Ce sont les questions de ce film aussi modeste d’apparence que profondément virtuose. ...8

compétition internationale

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

Luo Li

Luo Li adapte ici trois chapitres d’un très célèbre roman chinois de la dynastie Ming. Ecrit au XVIe siècle, celui-ci porte en français plusieurs titres : Le Voyage vers l’Occident, La Pérégrination vers l’Ouest, ou encore Le Singe pèlerin. Son récit met notamment en scène un empereur du VIIe siècle, Li Shimin, hanté par le spectre d’un Dieu Dragon que le ciel a puni pour avoir indûment modifié le climat. Ne pas s’attendre, toutefois, à quelque superproduction en costumes avec casting de vedettes et monstres mythologiques numériquement recréés. S’attendre plutôt à l’inverse. Au lieu d’une débauche d’effets, un art du « deffet », selon le mot forgé par le poète Pierre Alferi pour désigner ce cinéma où tout s’inscrit allusivement, en creux : par défaut, par défaite… Quelles couleurs ? Noir et blanc. Quels décors ? Une voiture, un bord de rivière. Des bureaux, des appartements. Quels costumes ? Contemporains : chemises et cravates. Quelle manière ? Laconique, oscillant entre la comédie pince-sans-rire et le jeu de rôles. Le film reste à venir, il est au conditionnel. Quelques hommes à la mine neutre se contentent d’en esquisser le projet. Il se pourrait qu’ils répètent bel et bien, à moindre coût, un récit majeur de la littérature et de la mythologie chinoises. Il se pourrait que ces complots, ces menaces et ces contrats soient en fait ceux de quelque mafia très contemporaine. Il se pourrait encore que ces hommes rêvent, qu’ils s’amusent, qu’ils prolongent — en dépit de leur apparence de sérieux — quelque rêve d’enfant. Seuls une partie de go et des dessins font ostensiblement signe vers autrefois. Les têtes tranchées, les mondes souterrains, les visites en enfer, les condamnations à mort, les brefs trépas et les retours à la vie, tout cela ne fait qu’affleurer à la surface d’un film où chaque chose ne dépasse guère le stade, à la fois dérisoire et essentiel, du jeu. Jusqu’à ce que des images d’archives d’une inondation, sonnant la fin de la récréation, n’emportent tout sur leur passage. 9...


compétition internationale

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

première française

première française

L’Etrange couleur des larmes de ton corps

I used to be darker

belgique, france, luxembourg . 1h45 . dcp . Avertissement, des scènes peuvent heurter la sensibilité des spectateurs. Avec Elsebeth Steentoft, Klaus Tange Scénario H.C., B.F Image Manuel Dacosse Montage Bernard Beets Production Anonymes Films, Tobina Film, Epidemic, Red Lion Distribution Shellac

états-unis . 1h30 . DCP Avec Deragh Campbell, Hannah Gross, Ned Oldham, Adèle Exarchopoulos Scénario M.P., Amy Belk Image Jeremy Saulnier Montage Marc Vives Production Hamilton Film Group, The Steady Orbits, Nomadic Independence Pictures Distribution ED Distribution

Hélène Cattet et Bruno Forzani

De ce film à nul autre pareil, guère résumable, le synopsis dirait ceci : « Une femme disparaît. Son mari enquête sur les conditions étranges de sa disparition. L’a-t-elle quitté ? Est-elle morte ? Au fur et à mesure qu’il avance dans ses recherches, son appartement devient un gouffre d’où toute sortie paraît exclue... » Des cinéastes belges Hélène Cattet et Bruno Forzani, l’histoire récente narrerait ceci, qui ressemble presque à une légende : avec son premier long métrage, Amer (2009), le duo a stupéfait le monde cinéphile au point de s’attirer l’éloge de Quentin Tarantino en personne. L’Etrange couleur des larmes de ton corps ne se décrit pas davantage que son titre ne se prête à explication. En un temps où le cinéma de genre est fragile, le film de Cattet et Forzani frappe par la force de sa passion, la puissance de son affirmation. La passion est celle du giallo, ce jaune qui est en Italie la couleur de la série noire, la couleur du sang, celle des rêveries formelles et architecturales de Dario Argento, entre autres. L’affirmation passe par bien des détours et des chausse-trappes, à commencer par ceux, architecturaux ô combien, de son décor, un immeuble Art Déco qui tantôt s’ouvre comme une fleur, et tantôt se referme comme un piège. Sa caractéristique essentielle est pourtant ailleurs : L’Etrange couleur des larmes de ton corps est un film qui crisse, un film qui coupe. Les âmes sensibles trembleront sans doute au spectacle des lacérations pratiquées par le couple. Lacérations d’espace, lacérations de corps. Stridences sonores, stridences visuelles. Portes dérobées, disques rayés, lames effilées. Robes qu’on échancre, chairs qu’on découpe. Caresses, hurlements, cris étouffés. La quête du mari à la recherche de sa femme peut bien culminer en un délire dont il y a peu d’exemples dans le cinéma contemporain, L’Etrange couleur des larmes de ton corps n’en abandonne pas un seul instant ce qui fait la qualité de son style : une terrible précision de trait.

première mondiale

L’Homme-fumée

Cédric Laty et Vincent Gérard france . 1h35 . dcp Avec Éric Perruchot et Emmanuel Collin Scénario, Montage, Image C.L., V.G. Production Lamplighter Films Remerciements C.L., V.G.

Un ethnographe arrive un soir à Pernand-Vergelesses, village de Bourgogne. Dans son bagage il a un micro et un magnétophone. L’homme est réservé, discret, sérieux, un tantinet grave. Il est venu pour enquêter, interroger longuement les élus et les habitants de Pernand sur leurs existences, le choix que ceux-ci ont fait de s’installer là, ce que cela signifie, vivre ensemble dans la campagne française, aujourd’hui. Serait-ce un documentaire sur l’état de notre ruralité ? Oui. Recueillis avec patience, les témoignages sont précieux pour comprendre où en est la France à cet égard. Non, répondent avec fermeté Vincent Gérard et Cédric Laty : L’Homme-fumée est une fiction. Bien des signes et des traits, en effet, éloignent le film de l’enquête documentaire. C’est l’image, ce beau noir et blanc aux reflets de métal. C’est la fumée du titre, qui accueille l’inconnu à son arrivée et continuera souvent de l’accompagner. C’est la musique, venue d’ailleurs — d’Hitchcock, en particulier — et qui met comme un drame dans l’air. C’est enfin — c’est d’abord — le nom que porte notre héros au crâne chauve et à la voix douce. Il se nomme Tom Joad, comme avant lui le métayer des Raisins de la colère dans le roman de John Steinbeck. C’est-à-dire aussi comme Henry Fonda dans l’adaptation qu’en donna John Ford en 1940. C’est-à-dire encore comme celui que chanta Bruce Springsteen dans un album justement intitulé The Ghost of Tom Joad. L’homme-fumée est donc le fantôme de Tom Joad transporté des années 1930 à aujourd’hui, de l’Oklahoma et de la Californie à la Bourgogne. D’un exil et d’une crise l’autre : de la littérature au cinéma, du cinéma à la musique, d’hier à aujourd’hui, de l’Amérique à la France… C’est le moment de se souvenir qu’en 2005, Gérard et Laty avaient réalisé un portrait du grand photographe américain William Eggleston, intitulé By the ways. Les deux cinéastes reprennent aujourd’hui les chemins, d’autres chemins, pour nous parler cette fois de noir et blanc, et de non plus de couleur. De documentaire et de fiction, encore et toujours. D’enquête ethnographique, mais aussi de mythologie. De campagne désenchantée, comme partie en fumée. Et d’un enchantement qui, malgré tout, ne cesse de revenir. ...10

compétition internationale

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

Matthew Porterfield

En 2010, Matt Porterfield remportait avec Putty Hill le Grand Prix du premier Festival International du Film de la Roche-sur-Yon. Il n’avait pu, alors, faire le voyage de la côte est américaine à la côte ouest française. En 2011, il était membre du jury de la compétition internationale qui, sous la présidence d’Ingrid Caven, allait primer La Vida Util de Federico Veiroj. En 2013, après une carrière exceptionnelle dans les festivals du monde entier — Berlin, Sundance… —, son nouveau film, I Used to be Darker, est présenté en première française à la Roche-sur-Yon, en sa présence. Nous en sommes heureux. Un festival est fait de mille choses, sans doute. Il est notamment fait de fidélité. Fidélité, en l’occurrence, à la naissance et aux premières étapes décisives d’une œuvre d’importance. De quoi s’agit-il, avec I Used to be Darker ? Il s’agit de Baltimore, comme toujours avec Porterfield. Il s’agit d’improvisation et de sophistication, d’attente et d’abandon, de jeunesse et de douceur, de douceur et de terreur. Taryn, jeune Irlandaise du Nord en fuite, trouve refuge dans le Maryland auprès de son oncle et de sa tante. Ceux-ci, sur le point de rompre, ont déjà cessé de vivre ensemble. Leur fille, de l’âge à peu près de sa cousine, vit très mal cette séparation. La jeune Irlandaise pourrait en sus être porteuse d’une nouvelle propre à compliquer une situation déjà embrouillée. Co-écrit avec Amy Belk, I Used to be Darker est à ce jour le plus narratif des films de Porterfield. Son plus personnel, mais aussi son plus « collaboratif », aime-t-il à préciser. Le plus attentif à la participation, à l’expérience et aux émotions de ses acteurs. Le plus musical, en un sens à la fois métaphorique et très littéral. Les parents sont en effet interprétés par les musiciens Kim Taylor et Ned Oldhma dont les chansons, toutes de mélancolie et de colère mêlées, interprétées ici en direct, imprègnent ce très beau film.

première mondiale

La Ligne de partage des eaux Dominique Marchais

france . 1h48 . dcp Scénario D.M. Image Sébastien Buchmann Montage Jean-Christophe Hym Production Zadig Films, Arte France Cinéma Distribution Les Films du Losange

De sa source non loin du Massif central à son estuaire du côté de Saint-Nazaire, Dominique Marchais descend la Loire. Il filme ses remous, ses rives, son tracé. Il filme ce qui bruisse en elle et autour d’elle, les arbres, les poissons, les oiseaux… Il filme également les hommes, ce qu’ils font à cet environnement et comment celui-ci les fait en retour. Déjà, dans son premier long métrage, Le Temps des grâces, Marchais ne se contentait pas d’interroger les mutations récentes, parfois catastrophiques, de la campagne française. Il mêlait en même temps le silence et la parole, le paysage et les visages, conformément à une ancienne leçon héritée, entre autres, d’un mot fameux d’Ernst Lubitsch, selon lequel un cinéaste ne saurait filmer ses amis qu’à la condition d’avoir d’abord appris à filmer la nature, les collines… La Ligne de partage des eaux poursuit cette double tâche. Mieux : il la prolonge, la précise. Marchais creuse sans cesse le partage, précisément, entre le cours du fleuve et les circonvolutions de la parole humaine : parole des urbanistes, des politiques, des architectes réunis en assemblées, parole des citoyens essayant de se faire des conditions de vie moins agressives à l’environnement alentour. C’est bien un partage, en effet : une lutte, une division, une crise, mais aussi une redistribution sans cesse rejouée dont les termes ne sont jamais fixés — tout comme la jeune main qui, en préambule, assemble un puzzle et renonce à placer la dernière pièce, celle qui achevant le dispositif fermerait l’horizon, le paysage. Et de même que dans Le Temps des grâces, sans doute, le constat n’est pas gai : un monde, à l’évidence, est en train de disparaître sous nos yeux, une débâcle a lieu en silence, des espèces meurent, des arbres ne poussent plus… Tel n’est pas, toutefois, l’affect d’un film dont il faut au contraire admirer le calme, la grande paix sensible derrière les remous, l’obstination à croire qu’un accord est toujours sur le point de se réaliser. Des hommes entre eux, des hommes avec le monde. Et peut-être d’abord de ces deux accords l’un avec l’autre. E.B. 11...


kelly reichardt, à l’horizon

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

Kelly Reichardt, à l’horizon par Emmanuel Burdeau

Un couple prend la fuite en voiture à travers les marécages de Floride, persuadé d’être pris en chasse par la police pour un meurtre qui, en fait, n’a pas eu lieu (River of Grass, 1994). Deux amis se retrouvent après une longue séparation pour aller camper et rejoindre une source enfoncée dans la forêt (Old Joy, 2007). En route vers l’Alaska, une jeune femme au bord de la marginalité perd sa chienne dans une petite ville de l’Oregon (Wendy & Lucy, 2009). Non loin mais en un autre temps — le milieu du XIXe siècle —, trois familles cherchent à traverser les plaines du même Etat, guidées par un trappeur qui pourrait en vérité les mener à la mort, jusqu’à ce que le petit groupe croise un Indien sur son chemin (La Dernière Piste, 2011). Dans l’Oregon encore, trois activistes écologistes font sauter un barrage hydraulique, puis s’en retournent sans mot dire à leur existence coupée de tout (Night Moves, 2013). Il arrive peu de choses, dans les films que Kelly Reichardt réalise depuis une vingtaine d’années mais dont le public français n’a connaissance que depuis l’été 2007, date de la sortie, dûment saluée, d’Old Joy. A l’époque, la jeune cinéaste grandie en Floride, proche de Todd Haynes et de Gus Van Sant, avait déjà réalisé un premier long métrage, River of Grass (1994), puis un moyen métrage, Ode (1999), superbes l’un comme l’autre et inédits en France jusqu’à leur présentation dans le cadre de la rétrospective intégrale que lui consacre le Festival International du Film de La Roche-sur-Yon. Peu de choses et même rien, pour tout dire, de ce que laissent pourtant présager des récits empruntant à des genres bien répertoriés : le road-movie pour tous les films, et plus précisément le film de cavale pour River of Grass (avec l’ombre de La Balade sauvage de Terrence Malick), le western pour La Dernière Piste, le film politique dans Night Moves. Rien ? Le meurtre qui a jeté les amants sur la route n’est qu’une hallucination dûe à l’obscurité et au maniement maladroit d’une arme à feu. La cavale est un mirage, tout comme Cozy fantasme, un instant, qu’elle se débarrasse manu militari Sur les chemins tracés par Kelly de Lee assis à côté d’elle dans la voiture. Les deux amis ne vont pas s’entretuer ni même se déchirer, ils ne Reichardt, aucun signe ne s’inscrit tireront, à leur tour, que sur de vieilles cannettes. L’escapade achevée, chacun retourne à sa vie, Kurt à son avec certitude, aucune écriture errance, Mark à la femme de son futur enfant. Ni l’un ni l’autre n’aura dit ce qu’il retire de ce bref séjour au sinon celle que l’un des migrants cours duquel il semble bien qu’un temps, à la source, une sorte de paix ait été atteinte. de La Dernière Piste trace au Wendy est au désespoir, elle court partout pour retrouver sa chienne, elle interpelle les voisins, colle des affiches mais décide de laisser Lucy où elle est quand elle découvre le beau jardin entourant la maison de couteau d’un mot, « Lost », sur un ceux qui l’ont recueillie. La menace du danger est constante, dans La Dernière Piste, et plus encore celle arbre mort : aucun signe sinon, à de s’égarer, de manquer d’eau jusqu’à mourir de soif, et pourtant le film s’achève sur la vision de l’Indien la limite, le signe de la disparition s’effaçant dans la profondeur de champ, sans qu’on sache si en s’en allant ainsi celui-ci désigne enfin la des signes… bonne route à suivre — celle que le trappeur vantard s’est avéré incapable d’indiquer — ou si au contraire il succombe à cette perte qui est au cœur de tous les films de Kelly Reichardt. Une perte douce, une perte qui n’est jamais tout à fait perdue. Sur les chemins tracés par la cinéaste, aucun signe ne s’inscrit avec certitude, aucune écriture sinon celle que l’un des migrants du même film trace au couteau d’un mot, « Lost », sur un arbre mort : aucun signe sinon, à la limite, le signe de la disparition des signes… Et les terroristes de Night Moves ? Ils ont bien accompli quelque chose, eux, ils ont fait sauter un barrage : quelque chose (leur) est arrivé. Certes, mais en décidant de retourner à leur isolement et de n’être pas même attentifs aux conséquences notamment médiatiques de leur « exploit », c’est comme s’ils laissaient celui-ci se faire autrement voire se défaire autour d’eux, comme s’ils se condamnaient à leur tour à la perte et au rien. Précisons : Night Moves, pour lequel Kelly Reichardt vient de recevoir le Grand Prix du Festival de Deauville, est à ce jour son film le plus ambitieux. Le plus clair aussi. Parce qu’il transforme en question explicite un souci écologique sensible depuis toujours mais qu’elle avait jusque là refusé de thématiser pour lui-même. Mais aussi, et presque contradictoirement, parce que Night Moves montre combien ce souci a à voir, chez elle, avec le refus de la thématisation. Pour des raisons à la fois et indissociablement politiques et esthétiques. Si l’explosion du barrage ne sera pas le fort message adressé aux consciences que voulaient Dena, Josh et Harmon, ce n’est pas seulement, en effet, qu’après tant d’autres Kelly s’intéresse autant à l’exaltation qu’aux impasses de la lutte, renvoyant finalement chacun à sa culpabilité et aux petits calculs avec sa conscience. Ni même parce que, en cinéaste ennemie du spectaculaire, elle refuse d’accomplir l’explosion par les moyens du cinéma — d’en confier la réalisation à des effets spéciaux, d’avoir l’absurdité de demander à la technique de venir au secours de la nature — et préfère la laisser résonner au loin, hors champ. C’est que la contradiction passe ailleurs, dans ce film comme dans tous ceux qu’elle a réalisés à ce jour. Elle a lieu là où tout a lieu pour elle, dans la nature, dans le paysage. Il faut alors l’exprimer ainsi, cette contradiction : c’est le paysage qui fait désirer qu’une histoire arrive, c’est l’horizon qui fixe le cap — le cap en général, le cap aux récits —, mais le paysage est profondément ce à quoi rien ne peut arriver. On ne peut que le rejoindre, le retrouver. Qu’y prendre, qu’y reprendre place. Pas le transformer. Y compris et a fortiori lorsqu’on prétend agir sur lui en son nom. Autour de nous s’étendent à perte de vue des marais qui feraient un décor idéal pour notre drame, notre amour fou, notre cavale. Une source nous attend, où le mystère de toute chose va peut-être se dissiper. Il y a une frontière à franchir, pour passer de l’autre côté et échapper aux servitudes de ce côté-ci. Il y a un barrage à faire sauter, pour qu’enfin les gens voient les choses autrement. Quelque chose va arriver, c’est sûr, nous le désirons si ardemment. Nous ne savons pas quoi, mais nous savons où : là, autour de ce pont (voir Ode), dans cette plaine, au cœur de cette forêt, en traversant une rivière. Mais voilà : le paysage qui rend désirable qu’une histoire arrive, un exploit, un dénouement, une fracture, est aussi cela même qui garantit que cela n’arrivera pas. Le paysage qui appelle le drame est aussi ce qui résiste, majestueusement, silencieusement, à l’attraction des histoires. Seul le paysage arrive au paysage. Y arrive ou y retourne. Les amis demeuront des amis, affectueux et distants, la chienne reste où elle est, la piste reste à venir, à perdre ou à retrouver, la révolution écologique aussi. Aucun drame à cela, juste l’appel et le report, toujours, d’un drame futur. Films voyageurs qui sont aussi des films immobiles. Films poétiques qui sont aussi des films politiques. Films feutrés où tonne une colère. Films d’art qui sont aussi des films d’aujourd’hui et sur aujourd’hui. La nature qui est là, qui nous précède et qu’il est si délicat de rejoindre, si difficile d’actualiser : ainsi pourrait se dire le secret d’une des œuvres les plus fortes récemment apparues dans le cinéma américain. 13...

...12 NIGHT MOVES ©Tipping Point Productions, LLC


kelly reichardt, à l’horizon

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Inédit en France

RIVER OF GRASS

états-unis . 1994 . 1h45 . digibeta Avec Lisa Bowman, Stan Kaplan, Larry Fessenden, Dick Russell, Michael Buscemi sénario K. R. Image Jim Denault Montage Larry Fessenden Production Good Machine Remerciements Susan A.Stover, Anish Savjani, K.R.

« River of grass » est le nom donné par les indiens aux Everglades, un parc national au sud de la Floride. C’est là que la solitaire Cozy rencontre le marginal Lee. Alors qu’ils jouent avec le revolver que Lee a subtilisé au père de Cozy, un coup part. Croyant avoir tué un homme, le couple prend la fuite.

Inédit en France

ode

états-unis . 1999 . 0h46 . Digibeta Avec Billy Joe McAllister, Kevin Poole, Bobbie Lee Hartley, Heather Gottlieb sénario K.R. Image K.R. Montage Philip Harrison Production Susan A.Stover, Anish Savjani, K.R. Remerciements Susan A.Stover, Anish Savjani, K.R.

« Le Pont de Tallahatchie » : ce nom évoque les puissantes images d’une innocence perdue, une rivière aux eaux troubles et un mystérieux suicide. Outrepassant les consignes de sa famille autoritaire, Bobbie Lee Hatley retrouve Billy Joe MacAllister à leur habituel rendez-vous amoureux, Choctaw Ridge. Mais rien n’est simple, entre les deux jeunes gens : la religion leur fait obstacle, et parfois le désir aussi.

old joy états-unis . 2007 . 1h16 . 35mm Avec Daniel London, Will Oldham, Tanya Smith sénario K.R., Jonathan Raymond Image Peter Sillen Montage K.R. Production Film Science, Van Hoy/Knudsen Production, Washington Square Films Distribution Epicentre Films

Deux amis de longue date partent camper le temps d’un weekend. Les deux hommes se retrouvent rapidement confrontés aux différences qui les opposent : l’un est ancré dans la vie adulte, l’autre ne parvient pas à se défaire de la douce insouciance de sa jeunesse.

wendy & lucy états-unis . 2009 . 1h20 . 35mm Avec Michelle Williams, Will Patton, Will Oldham sénario K.R., Jonathan Raymond Image Sam Levy Montage K.R., Mike Burchett Production Field Guide Films, Film Science, Glass Eye Pix Distribution Epicentre Films

Wendy, accompagnée de son chien Lucy, a pris la route de l’Alaska dans l’espoir de trouver un petit boulot et de commencer une nouvelle vie. Mais sa voiture tombe en panne dans une petite ville de l’Oregon.

la dernière piste Meek’s Cutoff

états-unis . 2011 . 1h44 . 35mm Avec Michelle Williams, Bruce Greenwood sénario Jonathan Raymond Image Christopher Blauvelt Montage K.R. Production Evenstar Productions, Film Science, Oscilloscope Pictures, Harmony Productions, Primitive Nerd Distribution Pretty Pictures

1845, Oregon. Une caravane composée de trois familles engage le trappeur Stephen Meek pour les guider à travers les montagnes des Cascades. Parce qu’il prétend connaître un raccourci, Meek conduit le groupe sur une piste non tracée à travers les hauts plateaux désertiques. Tous se retrouvent bientôt perdus dans un désert de pierre.

avant-première

NIGHT MOVES

états-Unis . 2013. 1h52. DCP. Avec Jesse Eisenberg, Dakota Fanning, Alia Shawkat, Peter Sarsgaard, James Le Gros. sénario Jonathan Raymond, K. R. Image Christopher Blauvelt Montage K.R. Production Filmscience Distribution Ad Vitam

Dena, Josh et Harmon sont trois activistes écologiques vivant dans l’Orégon. Ils décident d’éveiller les consciences en faisant exploser un barrage hydro-électrique. Une fois leur exploit accompli, tous trois reviennent à leur vie habituelle. Mais ils doivent bientôt faire face aux conséquences de leur action, pour certaines aussi imprévues que douloureuses.

old joy © Epicentre Films - wendy & lucy © Epicentre films river of grass © K.R. - la derniere piste © Pretty Pictures ...14

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kelly reichardt, à l’horizon

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

THE ASCENT

Safe

union sovietique . 1977 . 1h51 . 35mm Avec Boris Plotnikov, Vladimir Gostyukhin sénario L.S.,Yuri Klepikov d’après Sotnikov» de Vasili Bykov Image Vladimir Chukhnov, Pavel Lebeshev Montage Valeriya Belova Production Mosfilm Distribution Arkeion

états-unis . 2011 . 1h59 . DVD Avec Julianne Moore, Xander Berkeley sénario T.H. Image Alex Nepomniaschy Montage James Lyons Production Chemical Films, American Playhouse, Kardana Films, Good Machine, Channel Four Films Remerciements Doriane Films éditeur

Larisa Shepitko

Deux partisans soviétiques quittent leur groupe pour aller chercher des vivres dans une ferme non loin. Les Allemands l’ayant atteinte avant eux, ils doivent s’aventurer en zone occupée. Ce voyage va aussi les conduire au plus profond de leurs âmes.

Todd Haynes

Carol White, une femme au foyer aisée et passive, partage son temps entre les séances d’aérobic, la cuisine et les achats pour sa maison. Son univers douillet bascule lorsqu’elle développe une allergie à ce qui l’entoure.

« Comme Barbara Loden, Larisa Shepitko est une auteur/cineaste morte trop jeune. Pourquoi connaissons-nous mal ses films ? Ils sont tellement clairs, précis, pleins de vie. L’action se déroule en URSS pendant la Seconde Guerre mondiale, elle raconte une histoire de guerre à travers ses moindres battements. S’il fallait trouver un film de guerre minimaliste, ce serait celui-ci. »

« C’est sans doute mon film préféré parmi tous ceux qu’a réalisés Todd Haynes. Je l’ai utilisé pour mes cours pendant des années, mais je découvre de nouvelles choses à chaque visionnage. Comme dans Les Désemparés, de Max Ophüls, le regard qu’Haynes porte sur la femme au foyer issue des classes moyennes détruit tout ce qu’on nous a raconté sur le Rêve Américain. »

The Cool World

wanda

états-unis . 1964 . 1h45 . digibeta Avec Clarence Williams III, Gloria Foster, Carl Lee sénario S.C., Carl Lee Image Baird Bryant Montage S.C. Production Frederick Wiseman Distribution Zipporah Films

états-unis . 1970 . 1h42 . 35mm Avec B.L., Michael Higgins, Dorothy Shupenes sénario B.L. Image Nicholas T. Proferes Montage Nicholas T. Proferes Production Foundation for filmakers Distribution Le Bureau Films

Shirley Clarke

« Nuit, jazz et drogue dans les rues de Harlem, The Cool World, deuxième long métrage de Shirley Clarke, va droit au plus exotique. Exotisme intégré par Clarke, quitte à le récuser aussi sec, comme le confirme l’introït introduisant un Harlem qui « continue à faire rêver tous les amateurs de jazz, à l’exception de ceux qui vivent à Harlem » […] Dans The Cool World, street culture, argot du ghetto et envolées poétiques se mêlent sans cesse, et le montage y accouple un vol d’oiseaux à une pile d’assiettes sales, l’appartement tapissé de satin d’un caïd et un taudis. Enregistrer la courbe de tension d’un personnage, le montrer capable de tuer ou en proie à un émoi de midinette, en d’autres termes à déroger à toutes les règles de construction: « I’m not interested in making a Hollywood picture » dit la cinéaste de The Connection. » Elisabeth Lequeret, Cahiers du cinéma n°632, mars 2008.

« Je n’ai pas revu ce film depuis des années. C’était sans doute à New York. Je ne sais plus où… A l’Anthology Film Archives ? Je suis incapable de me rappeler des circonstances, mais ce dont je me souviens, c’est d’avoir eu envie de le revoir dès la fin de la projection. Chaque fois que je vois une photo d’Helen Levitt, je me dis qu’il faut que je trouve un moyen de revoir ce film de Shirley Clarke. »

kes

Ken Loach

Barbara Loden

Mariée à un mineur de Pennsylvanie et mère de deux enfants, Wanda passe la majeure partie de ses journées affalée sur son canapé, en peignoir et bigoudis. Sans personnalité ni volonté, elle se laisse « divorcer ». Seule, elle erre sans but précis, et fait la connaissance d’un voleur, Dennis, dont elle devient la maîtresse et complice.

« Au moment du montage de Wendy et Lucy, j’ai montré une première version à une amie qui m’a dit : « Oh, tu dois être fan de Wanda. » Je n’avais jamais entendu parler de Wanda, ni de Barbara Loden. (En fait, je devais bien avoir entendu parler d’elle puisque j’avais lu Une Vie, l’autobiographie de son mari, Elia Kazan, mais je n’avais pas dû y prêter assez d’attention.) Je me suis tout de suite procuré le DVD. J’étais très jalouse de la simplicité d’ensemble – en termes de temps et d’espace –, de l’atmosphère ordinaire que Loden a construite avec soin. Les cadrages sont géniaux, le son est graveleux comme du sable et, bien sûr, elle a cette façon unique de jouer. Ce sera la première fois que je le verrai en salle. »

Propos de Kelly Reichardt traduits de l’américain par Pauline Soulat.

grande bretagne . 1969 . 1h50 . DCP Avec David Bradley (II), Colin Welland, Freddie Fletcher sénario K.L.,Tony Garnett, Barry Hines, D’après l’oeuvre de Barry Hines Image Chris Menges Montage Roy Watts Production Kestrel Films Ltd., Woodfall film Productions Distribution Les Films du Paradoxe

Billy Casper, garçon solitaire d’une douzaine d’années, vit dans une petite ville minière du nord-est de l’Angleterre, à Barnsley, dans le Yorkshire. Un jour, il déniche un jeune rapace. Il vole dans une librairie un traité de fauconnerie et entreprend de dresser l’oiseau, se donnant désormais tout entier à cette tâche.

« C’est peut-être le film le plus triste de toute l’histoire du cinéma. Il semble qu’il n’y ait absolument aucun jeu d’acteur. Le jeune personnage vit chaque moment devant la camera – tout est vrai, immédiat, plein de souffrance. »

Retrouver sur notre site, www.fif-85.com, le texte d'une conversation à propos de River of Grass, entre Kelly Reichardt et Todd Haynes

the ascent © Arkeion - Kes © Les Films du Pardoxe - safe © Doriane Films éditeur ...16

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Les vies infâmes de Roee Rosen par Jean-Pierre Rehm

« Roee Rosen », trois femmes tour à tour déclarent porter ce nom et prénom masculin. Assises derrière un bureau, elles le confessent, elles vont même jusqu’à raconter leur vie — sa vie. Par moments, elles se dressent pour se livrer à des gesticulations délirantes : bras levés au ciel, bras tendu en un salut fasciste, mimiques bizarres, mouvements de tête approuvant, désapprouvant. Un enfant nous explique dans une langue qu’il ne comprend pas qu’il est une marionnette aux ordres d’un manipulateur. Cela semble le réjouir. D’étranges peintures, motifs décoratifs, portraits, saynètes lugubres, ornent les murs de tous les décors. Des interludes musicaux ponctuent régulièrement les séquences. On y chante un air russe mélancolique accompagné à l’accordéon et à la scie musicale, on y interprète du Chopin, un quatuor joue un extrait d’opéra baroque, un hymne folk, une chanson yiddish ou le I wanna be your dog des Stooges. Deux adeptes SM confient face caméra leur penchant politique, l’une de gauche, l’autre d’extrême droite. Une séance d’exorcisme fait entendre la voix d’un ministre israélien immigré moldave. Une présentatrice d’un show télé enchaîne les grimaces simiesques et les blagues macabres pour le plaisir d’une assistance qui rit et applaudit à la demande. Une critique d’art à la chevelure un peu raide commente l’œuvre d’une artiste surréaliste belge au destin injustement méconnu. Etc. Voilà, en bien trop bref, quelques-unes des situations, amorces de scènes, fragments de plans, qui pourraient être rassemblées pour une éventuelle bande-annonce de la filmographie de Roee Rosen. On aura aisément saisi la singularité de l’affaire. Et pourtant, l’homme n’a pour l’heure que peu de films à son actif, et encore ne se présente-t-il pas comme un cinéaste. Il s’avoue artiste, et expose régulièrement dans les lieux communément dédiés à l’art une pratique plastique d’apparence plutôt traditionnelle. Tous les tableaux et dessins qui décorent les murs dans ses films sont ainsi de sa main. Sans omettre qu’il est aussi l’auteur d’un livre d’images pour enfants plutôt grinçant, ainsi que d’un roman pornographique, Sweet Sweat. Écrit en anglais et publié avec un appareil critique si rigoureux qu’on ne peut manquer de voir dans ce volume complet une parodie méthodique, l’ouvrage mime de manière scrupuleuse les Roee Rosen est à la fois Mabuse et publications érudites et le théâtre de leur distribution des rôles et des places : préface et préfacier, texte Rupert Pupkin, à la fois Geppetto original, postface critique, notes biographiques et bibliographiques, etc. L’ensemble se trouve en outre et Pinocchio, à la fois une jeune troublé des questions d’attribution, interrogations touchant à la figure de l’auteur, dont Roee Rosen femme qui chante sa joie de semble avoir fait un de ses terrains de jeu privilégié, jouant de la fameuse énigme : quoi revient à qui ? mourir et un Russe ses amours Artiste particulièrement agile, et d’une ironie aussi attentive aux structures qu’à ce qu’elles encadrent, ce perdues, à la fois un chien blanc n’est pas surprise qu’il se soit essayé au cinéma. Mais là comme ailleurs, rien ne va de soi. De même, par et un démon à face rougeoyante, exemple, que son roman obéit avec un raffinement calculé aux règles du genre pour mieux les mettre un saint et un pervers, un dadaïste en abyme, si le cinéma est servi pour lui-même, dans son efficacité dramatique autant que dans son mode dominant de diffusion, il est simultanément interrogé comme « format ». Ainsi lui arrive-t-il de citer et une surréaliste, à la fois l’état certains genres, alternant par exemple du documentaire à la comédie musicale. Mais il n’hésite pas non d’Israël et une femme de ménage plus à se servir de ses modes de diffusion, jusqu’à exploiter le régime de la bande-annonce (Confessions immigrée clandestine. Coming Soon, 2007), du bêtisier en bonus des éditions dvd (Gagging During Confession : Names and Arms, 2008), du clip musical (I was called Kuny-Lemel, 2007), autant que celui du talkshow télévisuel (Dr Cross, A Dialogue, 1994 ; Two Women and a Man, 2005 ; Hilarious, 2010). Pour autant, remarqué depuis 2005 en festival (Oberhausen, puis FIDMarseille, avant une très large circulation) et lauréat à Venise pour Tse (Out, 2010), Roee Rosen s’est très vite imposé comme une des figures les plus audacieuses, les plus complexes et les plus provocatrices de la production cinématographique récente. Sur quoi repose cette complexité ? Pour la résumer très injustement, disons : sur une stratégie du piège. Tout, chez lui, est au moins à triple fonds, et aucune image, aucune parole, aucun son ne s’avance autrement que masqué. Aucun des instruments d’authentification du cinéma n’est laissé indemne, tous sont employés à l’inverse comme des ressources aux puissances du faux-semblant, du trompe-l’œil. Quand bien même le régime naturaliste du documentaire, et notamment de l’interview, y trouve une place de choix, c’est précisément pour en renverser scandaleusement les attendus. Toute interview, on le sait, est calquée sur le mode de l’interrogatoire, ou, pour le dire autrement, de la confession, qui suppose l’application de la loi de l’identification absolue. Celui qu’on voit parler nous assure qu’il le fait en son nom, et, qu’il mente ou dise vrai n’y change rien, c’est d’abord son identité, son nom qu’il vérifie, ainsi que la coïncidence parfaite entre son visage et ses paroles. L’interview est cette scène où l’on joue à être soi-même, à sans cesse confirmer, jurer, performer ce soi-même, accomplir en acte de parole l’identité de soi à soi. Voilà, chez Roee Rosen, cette règle mise à mal. Dans The Confessions of Roee Rosen, par exemple, une femme raconte sa vie face caméra. Mais cette vie est explicitement celle d’un homme. Pis encore, elle ne comprend pas ce qu’elle dit, puisqu’elle lit sur un prompteur placé devant elle un texte hébreu, mais translittéré en caractère romain de sorte qu’elle puisse déchiffrer sa partition. Pis encore, deux autres femmes enchaînent ce discours à la première personne selon le même dispositif. Ces trois femmes sont des travailleuses immigrées clandestines en Israël, d’âges, de complexions de peau et de provenances géographiques diverses, représentatives significativement de trois continents : Europe de l’Est, Asie, Afrique. Roee Rosen les a payées pour effectuer ce travail-là. Voilà donc l’autobiographie d’un artiste mâle israélien plutôt malmenée : elle se trouve éclatée en trois, portée par l’autre sexe, par des corps sous contrat, par des voix maladroites, par des visages dont les bouches prononcent de l’inintelligible pour les oreilles. Confession brisée, brouillée, empêchée, soustraite à toute signataire. « Roee Rosen » se raconte, mais c’est pour mieux se dissoudre. La fin du film en atteste sans ambiguïté, livrant une suite de plans de matières en fusion, dont on hésite à déterminer s’il s’agit de peinture, de matière fécale, de sperme, de pisse ou de colle : des magmas colorés, comme tirés d’une vieille recette alchimique, saturent l’écran.

19... Vladimir’s Night © Roee Rosen


Les vies infâmes de Roee Rosen

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

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Les vies infâmes de Roee Rosen

Malgré cette confession à perte, il importe de noter trois choses. 1. Certaines parties du texte pourraient concerner ce trio de femmes, c’est-à-dire pourraient être partagées à la fois par « Roee Rosen » et par elles. Et c’est bien là le sens du reste paradoxal de l’exercice de la confession : ne parler que de soi, et atteindre pourtant dans le même temps à la valeur d’exemplarité universelle. Autrement dit : en même temps que Roee Rosen met en doute l’artifice d’authenticité proclamée, et médiatiquement hautement rentable, du « pacte autobiographique », selon l’expression de Philippe Lejeune, il met en œuvre des recoupements potentiels, des possibilités de solidarités communes. Mais ce sont toujours des solidarités par défaut, des fraternités inconscientes parce que la plupart du temps la résultante d’oppression. En outre, ces solidarités demeurent hypothétiques, elles ne sont que la projection invérifiable du regard du spectateur. 2. En prononçant avec difficulté ce texte, il arrive à ces trois femmes de commettre des fautes d’accent qui en altèrent considérablement le sens original. Autrement dit, à la fois elles agissent sur ce monologue et le ruinent, et elles se le réapproprient accidentellement. Même si elles n’en ont pas mesure, leur interprétation n’en devient pas moins unique, singulière, c’est-à-dire absolument signée, à chaque fois, par elles. En conséquence de quoi leur obéissance scrupuleuse au texte écrit n’empêche pas que quelque chose d’elles, leur origine, leur mauvaise maîtrise de la langue, leur fatigue, leur lapsus, en un mot leur intimité, bouscule dans ses effets cette même obéissance. 3. Si leurs mots sont soufflés par un autre, au nom d’un autre, et qu’elles ne les comprennent pas, en revanche la peine physique à exécuter cette tâche rémunérée, à s’inscrire dans ce contrat de pure violence, est éminemment visible. Rien n’est indemne, et de plus en plus d’ailleurs, dans la progression de l’une à l’autre, l’effort, l’embarras, voire l’angoisse, se lisent, comme sur un prompteur cette fois face à nous, sur leur visage, sur leurs gestes, sur leur maintien, sur leur élocution. Expulsées comme elles le sont du territoire de la parole, leur corps témoigne, moins idéalement que par des mots, de leur situation d’exploitées. C’est leur corps qui nourrit la partie documentaire manifeste de ce film devenu aussi leur autobio-cinématographie. Et par deux fois : dans son mutisme contraint auquel se superposent une langue inconnue et d’autres phrases que les leurs ; dans le labeur ingrat auquel il est soumis. A tout cela, histoire de corser encore l’approche de l’ensemble, il faut également préciser que le Roee Rosen Ensemble, ce groupe de jeunes musiciennes israéliennes qui jouent les interludes musicaux, chante en hébreu des airs dont les paroles sont initialement écrites en anglais, de Purcell à Iggy Pop, en passant par un gospel. Cruauté de l’expropriation, d’un côté ; violence de la réappropriation, de l’autre. C’est pourquoi le travestissement et la ventriloquie sont aussi récurrents. C’est pourquoi aussi ces opérations de possession et d’exorcisme sont mises presque systématiquement en résonance avec la présence de musiques jouées à vue. Roee Rosen y affiche par là son goût prononcé pour l’artifice, pour la réplique, en un mot, et dans tous ses sens : pour l’interprétation. Mais cette prédilection pour la démultiplication baroque des apparences, au détriment d’une origine toujours équivoque sinon absente, ne se contente pas de mettre en péril l’identité et d’exploiter jusqu’à ses extrémités la logique de la représentation. Elle se conjugue avec le registre de la comédie. C’est-à-dire avec une visée politique. En ce sens, ce n’est pas nouveau, Elia Suleiman dans Intervention Divine ou Avi Mograbi, dans la plupart de ses films, pour ne citer que des cinéastes du même territoire, usent pareillement du mélange des genres, de la comédie musicale, le tout dans une perspective de distanciation corrosive et comique d’allégorie politique. Mais là où Roee Rosen se distingue de ses collègues, c’est que chez lui le comique n’est plus simplement un solide outil dramaturgique, mais qu’il devient lui-même un terrain d’expérimentation équivoque. Grotesque, humour noir, blagues plates, potaches ou scabreuses, la fameuse logique carnavalesque ainsi mise en route ne se contente pas de retourner les situations ou de renverser les valeurs, selon la fameuse analyse de Bakhtine, elle les affole dans un tourniquet impossible à arrêter du seul geste de la bonne conscience rationnelle. Mélanger comme il le fait de manière si appuyée sexe et politique n’est pas l’application de vieux préceptes reichiens, c’est accepter l’extension sans réserve de son approche politique. Ce n’est bien entendu pas hasard que le final de Tsé cite explicitement celui de W(ilhelm)R(eich) : The Mysteries of the Organism (1971) de Dusan Makavejev, non pour apporter le fin mot de l’histoire, mais pour ajouter du trouble. Ou, pour le dire autrement, pour substituer à la seule logique sadique de l’ironie, un effet de balancier qui alterne ironie (maîtrise sadique) et humour (dépossession masochiste), selon la distinction proposée par Deleuze dans sa préface à Sacher-Masoch. C’est sans doute aussi à cette lumière qu’il faut comprendre la présence quasi exclusive de femmes ou de travestis dans ses films : le refus d’y inscrire, même par de simples effets de casting, une position évidente de maîtrise. Non que les femmes échappent à cette position : les jeunes musiciennes du Roee Rosen Ensemble dans The Confessions ou la dominatrice de Tsé sont bel et bien mises en parallèle par rapport à leurs consœurs « possédées », mais même là, la maîtrise n’est pas entière. Les musiciennes, dont le nom de leur formation dit assez leur impossible indépendance, obéissent à la partition et finissent par entamer l’hymne masochiste d’Iggy Pop. Et dans Tsé, la jeune maîtresse d’allure résolument masculine explique clairement qu’elle se trouve au service de celle qu’elle frappe et tente d’exorciser. Mais qui donc alors est « Roee Rosen » ? A la fois Mabuse et Rupert Pupkin, à la fois Geppetto et Pinocchio, à la fois une jeune femme qui chante sa joie de mourir et un Russe ses amours perdues, à la fois un chien blanc et un démon à face rougeoyante, un saint et un pervers, un dadaïste et une surréaliste, à la fois l’Etat d’Israël et une femme de ménage immigrée clandestine. Loin d’être exhaustive, cette liste, plutôt qu’une simple addition, suggère une surimpression où chaque nouveau personnage vient entrer en dialogue avec les autres pour tracer l’autoportrait mouvant, complexe, d’un cinéaste qui accepte d’endosser les habits d’arlequin de l’infamie. Publié dans le numéro 47 (été 2011) de la revue canadienne Cinema Scope, ce texte est inédit en français.

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Les vies infâmes de Roee Rosen

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Vers «Hilarious» Antécédents d’humour dysfonctionnel par Roee Rosen

de la télévision ; association du heavy metal et du « petit blanc », etc.). Les relations de pouvoir sont on ne peut plus claires, comme il est clair que Myers n’est pas Wayne. La force singulière et perturbante de Kaufman naît du flou de la frontière entre lui et son personnage. En d’autres termes, il n’est jamais pleinement typologique, parce qu’il est un cas unique. Cette singularité peut être considérée comme une originalité (il est sa propre source). Voilà qui mène au second principe, moins évident que le premier : l’exaltation romantique de l’authenticité pure de l’autre (l’enfant, le criminel, le poète).

hilarious © Roee Rosen

2. Seinfeld : l’humour en négatif comme téléologie vide

Hilarious est un monologue de stand-up écrit pour une femme. La perfomance emploie et sabote à la fois des outils comiques traditionnels. Elle consiste à raconter des blagues sans chute, à utiliser le comique de répétition sans ironie, à faire des gestes mimétiques ne singeant personne en particulier, à adopter des expressions et attitudes dont la signification reste floue, à faire de longues pauses et à écourter des phrases au point de suspendre la continuité du discours ; en bref, elle est une fermentation sans jus. Elle s’achève sur une longue blague, plus tragique que comique, mais qui insiste lourdement sur ce dernier aspect. Cette expérimentation présente trois caractéristiques manifestes. D’abord, d’un point de vue formel, elle constitue une performance verbale et corporelle se retournant contre elle-même. Son échec est donc programmé. En ce sens, elle renvoie directement à l’acte discursif de The Confessions of Roee Rosen, où les récitants s’exprimaient en un langage qu’ils ne comprenaient pas. Ensuite, l’humour doit y faire face à des sujets délicats, comme la peur, l’horreur, la sexualité, la douleur, la passion, la xénophobie, la mort, etc. Quand l’humour fonctionne sans humour, ces contenus se retrouvent exposés, affranchis de façon étrange et synthétique, sans qu’il soit possible de présager leur impact. Cette expérimentation repose enfin sur l’intuition qu’une élocution réussie peut se suffire à elle-même ; en d’autres termes, rien ne permet de présumer que la présence de l’humour sera plus drôle que son absence. Un échec à faire rire est aussi un succès comique, même s’il laisse une impression différente, perturbante. Le spectateur peut se sentir impliqué par cette différence et par l’effet qu’elle a sur lui (rire inapproprié, par exemple). L’écriture de ce monologue a engendré quelques surprises et changements de cap imprévisibles, que je n’évoquerai pas ici. Elle m’a également conduit à considérer certains précurseurs dont l’humour repose sur son échec même ou sur la négation des codes comiques. Leurs performances présentent toutefois des caractéristiques différentes de celles qui viennent d’être décrites : l’humour comme sa négation y suivent d’autres voies. Trois exemples forts sont brièvement traités ci-dessous.

1. L’anti-humour d’Andy Kaufman : l'écroulement de la comédie comme signe de la différence

Certains comiques américains sont explicitement désignés comme faisant de l’« anti-humour ». L’un des instigateurs du genre, Andy Kaufman, est sans doute aussi le plus fameux. Il utilise un mécanisme caractéristique de l’humour en négatif : l’interprétation de l’étranger. Le contenu de la blague est déplacé par l’étrangeté naïve et autiste de celui qui la raconte. Ce qui est drôle n’est pas ce qui était censé l’être, mais un événement, comme une bévue, une erreur, une incompréhension, un défaut de prononciation ou un dérapage. Cet événement peut être décrit de la façon suivante : « Quand l’intention n’était pas d’être drôle, le résultat l’est ; quand l’intention était d’être drôle, le résultat ne l’est pas : il est drôle en raison de son propre échec. » (Kaufman apparaît ainsi comme une image inversée du Pnin de Nabokov, dont les blagues ne sont pas drôles, mais dont les propos sérieux suscitent le rire par leur expression démesurément élaborée, surcompensation émouvante au fait qu’il soit étranger.) Par conséquent, l’accent étranger de Kaufman supporte mal les manières vulgaires et simplistes de l’humour ethnique (l’Italien passionné, le Français prétentieux, l’Allemand rigide, l’Américain vulgaire, ou tout ce qui tendrait à faire rire de l’autre en réduisant son étrangeté à une caractéristique donnée.) C’est en réalité l’opposé que Kaufman cherche à créer : un étranger inclassable, dont l’étrangeté est donc fondamentale. Le personnage de Kaufman suit deux principes. Le premier est l’éternel retour du pauvre type, du loser, de l’outsider. Kaufman a influencé sur ce point de nombreux personnages et comédies de situations (Wayne, le présentateur de télévision locale incarné par Mike Myers, ou le duo satyrique de heavy metal de Jack Black, « Tenacious D »). Si certaines de ces performances ont été désignées comme des cas d’« anti-humour », la plupart ne montrent pas l’écroulement de la comédie, car le spectateur comprend bien les conditions collectives concrètes qu’elles dépeignent (hiérarchie évidente d’un lycée de banlieue, où l’athlète séduit la fille et le pauvre type se fait avoir ; décalage entre les rêves de gloire de jeunes banlieusards et le monde

Les nombreux fans de cette série célèbrent sa capacité à construire un épisode, donc un ensemble de blagues, à partir de rien (le monde vide et égotiste des protagonistes). Seinfeld représente clairement la voix d’un groupe social donné en un temps donné. Si le jeune cadre dynamique des années 1980 était caractérisé par sa carrière ascendante, lui et ses amis apparaissent comme des cadres alanguis, décaféinés : ils sont au croisement entre les clichés sur la génération X et ceux sur les jeunes actifs. Ce sont des êtres avides mais gâtés, paresseux et mesquins, n’ayant que faire de leur absence de valeurs. Comme dans le cas de Kaufman mais de façon plus prononcée encore, l’admiration pour Seinfeld semble liée au caractère autobiographique de la série et à son apparence d’autocritique. La force à l’œuvre dans cette introspection est pourtant celle de l’affirmation, du contentement sinon de la passion de soi : je ne suis rien et j’en suis fier. Mon néant mérite ses privilèges a priori. En ce sens, l’estime de Seinfeld pour lui-même renvoie avant tout à une fierté nationaliste. Les traits comiques de ses amis, attachés à leurs petits défauts, permettent donc avant tout de compenser la normalité et la correction de Seinfeld. Leur ridicule vient de ce qu’ils ne sont pas aussi vides qu’ils le devraient : George est chauve, joufflu et nerveux, comme si c’était le prix à payer lorsqu’on est travailleur, l’horloge biologique d’Elaine la plonge dans une névrose relative, et Kramer est l’élément libidineux de la série, le Harpo Marx en chemise des années 1970, touffe de cheveux dressée sur la tête. Puisque l’on ne comprend jamais vraiment ce qui le motive, il semble un écho vide et grotesque au néant qu’est Seinfeld. Qu’est-ce que l’humour sans humour ? La question annonce l’autoréflexion. Quand l’humour même se décrit comme sans humour, ce qu’il n’est bien sûr qu’en apparence, il se fait explicitement art poétique. Greenberg dirait qu’il présente les signes de l’avant-garde (c’est ce qui fait au fond le succès de Seinfeld, série à la fois populaire et expérimentale – pour le dire simplement). Si l’idée d’avant-garde peut faire naître une certaine méfiance (en particulier lorsqu’elle est définie par Greenberg), il semble difficile de nier que ses visées sont dynamiques et critiques : le malaise formel renvoie à un malaise culturel, social et spirituel. L’amour de soi chez Seinfeld ne partage pas cet horizon. Le comique de la stagnation n’y

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apparaît pas comme la conséquence d’une désillusion (Je n’ai aucune chance de réussir, aucune voie à suivre). La stagnation dépend au contraire d’une satisfaction (Je me sens parfaitement bien ici. Je n’ai aucune raison de partir).

3. La gloire négative et le manque d’humour : Rupert Pupkin

Dans La Valse des pantins de Martin Scorsese (1982), Rupert Pupkin et Masha (Robert de Niro et Sandra Bernhard) sont des admirateurs obsédés de l’émission nocturne de Jerry Langford (Jerry Lewis). Ils vivent dans cette zone d’ombre où le fan devient un harceleur à la fois pathétique et menaçant. Leur attitude renvoie à ce que je nomme l’« illusion du spectateur », lorsque ce dernier se pense identique au héros auquel il s’identifie. Un tel phénomène trouve des échos profonds et divers dans notre société, mais la question mériterait d’être étudiée ailleurs en détails. La force de Pupkin, c’est de croire que si on lui donnait sa chance, il pourrait devenir une star comique, comme son idole Jerry. Bien sûr, on ne lui donne pas cette chance. Le spectateur le devine immédiatement lorsqu’il découvre Pupkin en train de répéter son sketch dans une pièce étroite, devant un public en carton, criant après sa mère se trouvant dans une autre pièce. Lorsque Pupkin et Masha comprennent que personne ne leur viendra en aide, ils kidnappent leur idole et exigent pour rançon un numéro de stand-up sur l’émission de Jerry. Le manque absolu de talent comique de Pupkin et l’agressivité sexuelle de Masha soulignent l’incapacité du couple à évaluer et reconnaître le ridicule de leurs attentes. Ils ne comprennent pas la machine de production, et ont perdu toute notion de hiérarchie sociale, de bienséance, mais aussi de morale et d’affect : ils ne font plus la différence entre l’affection qu’ils portent à leur star adorée et le harcèlement. Le film constitue en ce sens une description profondément réaliste de la nature cannibale et consommatrice de l’industrie du divertissement. La grande habileté de La Valse des pantins est toutefois de déjouer les attentes du spectateur, puisque Pupkin réussit à devenir une star. Ce retournement n’efface pas les pathologies singulières des protagonistes (ils sont impardonnables), mais il affirme la pertinence de leurs illusions dans le monde de la télévision et l’industrie du glamour. Si Kaufman révélait une nostalgie pour le sujet individuel romantique, Pupkin prouve que la prophétie de Warhol sur le quart d’heure de gloire de chacun s’est déjà réalisée dans le monde cannibale de la télévision. La Valse des pantins apparaît en ce sens comme la plus vive expression de l’écroulement de la comédie : le quart d’heure de gloire n’a pas besoin de justification. Il existe en tant que tel. Il est le fruit du besoin de vendre de la célébrité. C’est pourquoi l’humour sans humour lui correspond parfaitement.

19 octobre 2008 Traduit de l’anglais par Pauline Soulat.


Les vies infâmes de Roee Rosen

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

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programme 1

Les vies infâmes de Roee Rosen

programme 3

Perversion, rire et démons politiques

Dédoublements de la personnalité et identités fictives

Hilarious

2010. 0h21 . fichier hd - Bluray (nantes) Hilarious étudie la possibilité d’un humour dysfonctionnel et d’un rire nerveux lorsqu’il n’y a aucune raison de rire. Le film présente un monologue de stand-up joué en direct par une actrice comique, devant un public de studio. Si l’humour est un mécanisme capable de prendre en charge dans certaines circonstances des sujets dérangeants ou tabous, Hilarious sape cette possibilité en montrant son échec. La performance offre ainsi une nouvelle manifestation de ces sujets, qui se retrouvent exposés sans le couvert du rire. R. R.

Dr. Cross

Out («Tse»)

2005 . 0h17 . fichier hd Two Women : d’une part Justine Frank, artiste et écrivaine surréaliste de nationalité belge et israélienne, auteur de Sweet Sweat, un roman pornographique ; et d’autre part Joanna Fuhrer-Ha’sfari, traductrice du livre et critique d’art, qui accepte de parler du livre pour la première fois, et d’en montrer des images. A Man : Roee Rosen, qui les a toutes deux créées et ne dévoile plus leur travail mais le sien, celui de dessinateur, à moins qu’il ne dévoile à la fois l’un et l’autre.

1995 . 0h13 . fichier hd Une présentatrice avec une moustache, ou une psychanalyste ? Un acteur fou déguisé en lapin que cette dernière interviewe, ou un patient ? Dans les studios d’une tour de verre, Dr. Cross tourne en dérision les séances de psychanalyse et la téléréalité en les caricaturant et en les mêlant de manière subversive.

Two Women and a Man

2008 . 0h34 . fichier hd Out présente une scène de sadomasochisme dans un salon. La douleur croissante oblige la dominée à laisser échapper des cris de plaisir et de souffrance, mais aussi des phrases. La scène évoque donc à la fois la confession sous la torture et les rituels d’exorcisme. Elle reste toutefois la manifestation d’un plaisir décidé, puisque les deux participantes ne sont pas des actrices mais des membres de la communauté Israeli BDSM. Le démon s’exprimant à travers la dominée est à la fois elle-même et une autre. Les phrases prononcées sont en fait des citations du ministre israélien des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, l’un des hommes politiques les plus à droite d’Israël. R. R.

Confessions Coming Soon

2007 . 0h09 . fichier hd Le film est considéré par Roee Rosen comme la bande-annonce de ses Confessions. C’est un « monologique récité par un Israélien de 9 ans ne parlant pas encore anglais. Ce garçon est mon fils, Hillel. Il effectue cette performance discursive à l’aide d’une transcription du texte en alphabet hébreu, qu’il lit sur un prompteur. Lorsque le symbole * apparaît, Hillel doit imiter les mouvements ou expressions du visage du réalisateur, situé derrière la caméra ».

Film surprise 1

programme 2

I was Called Kuney-Lemel

2007 . 0h04 . fichier hd Kuni Lemal est ce héros yiddish légendaire que l’on rencontre dans les contes qui se déroulent dans les quartiers juifs (shtetl) avant la seconde guerre mondiale.Le film est décrit par Roee Rosen comme un clip musical et un pendant des Confessions : on y retrouve l’orchestre de musique de chambre qui divisait le film en trois parties, et qui interprète ici la musique d’un film israélien des années 1960, The Flying Matchmaker, dans lequel le personnage principal, Kuny Leml, joue deux rôles à la fois… Autant de « couches » qui donnent à ce seul plan fixe une profondeur à la fois mystérieuse et historique, et transforment l’orchestre en chœur.

Confessions

The Confessions of Roee Rosen

2008 . 0h56 . fichier hd Dans la tradition revendiquée de Saint Augustin et de Jean-Jacques Rousseau, nous sont donc promis les aveux de Roee Rosen, artiste israélien. L’autobiographie, de savantes analyses l’ont confirmé, suppose un pacte avec le destinataire, contrat de confiance tacite qui autorise au confessé de se cacher derrière ses révélations, et d’arborer pour finir toutes sortes de masques. C’est la stratégie choisie ici sans biais, puisqu’au sujet mâle attendu à l’image se substituent successivement face caméra trois femmes. En Rrose Sélavy se travestissait déjà Duchamp. Mais il y a plus ici que l’allusion dadaïste explicite. Ces femmes sont des travailleuses immigrées en Israël, venues chacune de pays différents, elles maîtrisent difficilement l’hébreu et le déchiffrent avec peine sur un prompteur devant elles. Explosé du coup le cadre étroit du confessionnal : ce que leurs paroles, leurs chorégraphies minimales aussi, révèlent, dépasse la seule intimité et ses pauvres petits secrets. Trio piégé, trio maladroit, qui s’expose à la place de R.R., qui ventriloque lui-même des délires bien trop vastes pour n’être pas partagés. J-P. R.

Film surprise 3

w.R. - ou les mystères de l’organisme © Dusan Makavejev

films choisis par Roee Rosen La Maison démontable

One Week Edward F. Cline, Buster Keaton états-unis . 1920 . 0h22 . Bluray Avec Buster Keaton, Sybil Sealy, Joe Roberts Scénario Paul D. Zimmermann Production Comique Films, Metro Pictures Distribution Lobster Films

Un jeune couple se fait offrir une maison en kit. Il ne reste plus qu’à la monter. Ce serait facile si un rival n’avait pas inversé les numéros des caisses.

La valse des pantins The King of Comedy Martin Scorsese

états-unis . 1983 . 1h50 . dcp Avec Robert De Niro, Jerry Lewis, Liza Minnelli Scénario Paul D. Zimmermann Image Fred Schuler Montage Thelma Schoonmaker Production 20th Century Fox, Embassy International Pictures Distribution Carlotta Films

Un comique méconnu, pour se faire reconnaitre, enlève le présentateur d’un show télévisé et n’accepte de le libérer qu’à la condition de participer à son spectacle.

Gagging During Confessions

W.R. ou les mystères de l’organisme

2007 . 0h04 . fichier hd Considéré par Roee Rosen comme une pièce supplémentaire de ses Confessions, et un assemblage de bonus, de « scènes ratées » (gagreel) dans la tradition de la télévision américaine. On peut cependant considérer ces nombreuses redites et sautes comme autant d’exercices de prononciation et de diction (les acteurs doivent déchiffrer une langue étrangère affichée sur le prompteur), qui vont vers l’affirmation du « je », de l’autobiographie, des Confessions of Roee Rosen.

W.R. - MISTERIJE ORGANIZMA Dusan Makavejev

Danemark . 1971 . 1h24 . 35mm Avec Milena Dravic, Ivica Vidovic Scénario D. M. Image Aleksandar Petkovic, Pega Popovic Montage Ivanka Vukasovic Production Dragoljub Ivkov Remerciements BFI

Hommage à la mémoire du psychanalyste Wilhelm Reich à partir de reportages sur la famille et les disciples de W.R. aux États-Unis et d’une fiction en Yougoslavie : l’amour impossible entre une militante de l’amour libre et un patineur étoile soviétique sur fond d’apparitions audacieuses du petit père des peuples, extraites du film mythique Le Serment de Mikhaïl Tchiaoureli tourné à la gloire de Staline en 1946.

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La passion de Xavier Beauvois par Emmanuel Burdeau

1. Le plus célèbre film de Xavier Beauvois s’intitule Des hommes et des dieux. Il est fort probable que le cinéaste né en 1967 à Auchel (Pasde-Calais) n’ait, en vérité, jamais parlé d’autre chose que de cela. Des hommes et des dieux. Du ciel et de la terre. Du haut et du bas. D’un côté la légèreté des nuages de l’Italie ou de Maroc. De l’autre l’eau trouble des côtes normandes ou du canal Saint-Martin à Paris. Un même motif les rassemble, qui serait le choc insensible et fatal entre les sommations de l’idéal et l’ordre des labeurs et des jours. L’idéal a déjà connu plusieurs noms et pris plusieurs figures, dans cette œuvre encore jeune. Nord (1991) l’a baptisé « romantisme », et surtout N’oublie pas que tu vas mourir (1995), dont la représentation de la drogue et du sida puis le final à Sarajevo firent scandale à Cannes, où le film remporta pourtant le Prix spécial du jury. Cinq ans plus tard, c’est le « peuple » qui fut l’idéal de Selon Matthieu (2000) : Benoît Magimel y interprète un ouvrier qui séduit la femme de son patron dans le dessein de venger son père, décédé peu après un licenciement abusif. Matthieu comprendra un peu tard qu’il n’aura fait que poursuivre une chimère. Il aura couru après le rêve d’un prolétariat intact, toujours assuré de son existence et de ses rituels, bien que le temps soit désormais celui des délocalisations et des machines. Il aura pousuivi, aussi bien, l’image d’une bourgeoisie traditionnelle, conforme à son cliché. Or celle-ci n’est plus. Le personnage incarné par Nathalie Baye est en effet revenu de tout, y compris de l’ivresse de son propre pouvoir. Aussi est-ce moins la vérité du théâtre social que sa virtualité que le jeune homme apprend auprès de son aînée. Moins le luxe et la jouissance qu’il goûte auprès d’elle que la mélancolie et, surtout, cette terrible drogue de perdre – au casino, et plus largement – qui, étant peut-être le seul luxe accessible ici-bas, est le cœur de tous les films de Beauvois. « Je veux des cendres, il me faut des cendres… », psalmodiait le junky en transe de N’oublie pas que tu vas mourir génialement interprété par Roschdy Zem. Comment ne pas comprendre aussi « Je veux descendre, il me faut descendre… » ? A chaque film, le spectateur peut ainsi entendre Beauvois murmurer cette même plainte, répéter qu’il veut réussir et qu’il veut échouer, inséparablement. C’est-à-dire qu’il veut réussir sous le signe glorieux de l’échec. Le Petit Lieutenant (2005) a donné un nouveau nom encore, celui de « police », à l’idéal, à la chimère dont a besoin chaque film de Beauvois pour se faire, et se défaire. Même assurance ingénue que dans N’oublie pas que tu vas mourir ou dans Selon Matthieu, même naïveté bientôt fracassée contre le mur de ce qui est. Ce que mesure cette fois Beauvois, c’est le fantasme de ce qu’être flic veut dire, dans la tête d’un bleu pétri de films et de bonnes intentions, à l’aune d’une double banalité, celle du crime et celle de la vie de bureau. Quant à Des hommes et des dieux (2010), l’idéal y est pur, si l’on peut dire : c’est la foi chrétienne. Beauvois y reconstitue en effet les dernières semaines des moines cisterciens de Tibhirine, enlevés et décapités en 1996 dans des conditions à ce jour encore mystérieuses. 2. On crut Beauvois chien fou, à ses débuts. On le crut tête brûlée, écorché vif. Sans doute l’était-il bel et bien : ses deux premiers longs métrages, à forte teneur autobiographique – le Pas-de-Calais, le père préparateur en pharmacie puis l’arrivée à Paris, le séjour à la Villa Médicis, la figure tutélaire de Jean Douchet… – ne sont-ils pas deux récits de révolte ? deux films épris de lyrisme et d’évasion impossible ? D’abord outrée, la manière du cinéaste n’a pourtant cessé de s’apaiser avec le temps. Après Selon Matthieu et Le Petit Lieutenant, ancrés dans un long travail d’observation documentaire, Des hommes et des dieux a poursuivi le chemin vers une sorte de paix. Il ne faudrait toutefois pas se laisser abuser : l’apparence de modestie qui s’est substituée aux orgues des premières années n’a nullement entamé, en vérité, les prétentions démesurées de Xavier Beauvois. Celui-ci a souvent invoqué l’art, la Renaissance italienne, les noms d’Eugène Delacroix ou de Jean-Sébastien Bach comme indices de cette démesure, mais c’est toujours du cinéma qu’il est question, chez lui, passionnément. Aussi et même d’abord. Du cinéma comme passion, sens christique inclus. Qu’est-ce que le cinéma, pour Xavier Beauvois ? Le lieu où l’idéal apparaît, puis disparaît. Où il se dévoile, puis se voile : exactement comme un ciel. Il ne sert donc qu’à une chose : à montrer des hommes et des dieux. Des hommes qui se prennent pour des dieux à force de croire dans les rôles qu’ils endossent. Et qui accèdent au divin par un drôle de chemin. Sans le savoir, en se trompant. A travers l’expérience d’une ascension puis d’une chute. Non pas en devenant enfin conformes à ces rôles, mais en réalisant que ces rôles ne tiennent pas : chaque film est l’histoire d’un monde qui s’écroule et d’un masque qui tombe. Plus Des hommes et des dieux progresse, et plus les frères réalisent ainsi que la violence extrémiste qui semble remettre en cause leur communauté – notamment dans les rapports d’amitié et d’assistance qu’elle entretient avec les habitants du village voisin – est l’événement qui peut en révéler la vérité. Ils croyaient que leur foi était résistance, ils comprennent qu’elle doit, profondément, être abandon. Car en donnant leur vie à Dieu, les frères ont dès l’abord consenti à devenir cela : des êtres de nonpuissance, faisant humblement accueil à tout ce qui vient. Même au désastre, surtout au désastre. C’est donc d’une seule voix qu’après bien des hésitations ils décideront, en dépit du danger, de ne pas quitter le monastère. Une telle déclaration d’impuissance bouleverse d’autant plus que Beauvois aime à décrire en des termes similaires sa tâche de cinéaste. S’entourer de collaborateurs plus intelligents que soi, au premier rang desquels Caroline Champetier. Laisser faire. Ouvrir le film au passage d’une grandeur qui dépasse ce dont son auteur se sait capable. Ne pas craindre de se montrer moindre, inférieur… A la sortie du Petit Lieutenant, Beauvois confia même qu’il avait consenti à interpréter le rôle de Nicolas Morbé parce qu’aucun acteur n’avait accepté d’entrer dans la peau d’un flic raciste, alors que lui ne détestait pas d’apparaître sous des traits « bêtes et méchants ».

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La passion de Xavier Beauvois

la Roche-sur-Yon 16 > 211 octobre 2013

3. L’un des grands moments de Des hommes et des dieux est la réponse que les frères opposent par le chant liturgique et le rassemblement de leurs sept corps à l’approche d’un hélicoptère de l’armée. Le découpage montre d’abord l’hélico et les frères comme une opposition terme à terme, un champ-contrechamp. Puis Beauvois révèle que leurs regards sont en vérité dirigés vers un vitrail. La machine dont l’ombre descend sur le monastère et dont le grondement emplit le ciel est certes une menace, mais par le jeu du découpage elle devient également une figure du divin. La catastrophe qui vient s’inverse donc en annonciation. L’idéal est toujours ainsi, chez Beauvois : il a deux faces. Le cinéma, lui, se tient à la jonction : au point de brûlante indifférence où s’équilibrent le plus et le moins. Le début et la fin, la venue et le départ. Dans la compagnie des hommes, Beauvois trouve des accents qui évoquent fortement le cinéma de Michael Cimino. La partie de chasse et le mariage de Selon Matthieu, les repas et les soirées de boisson entre flics du Petit Lieutenant, la liturgie de Des hommes et des dieux rappellent la première heure de Voyage au bout de l’enfer, avant le départ pour le Vietnam. Plus largement, la filiation ciminienne est présente à travers l’ensemble des rites d’affection, de rivalité et d’humour – même chez les moines, surtout chez les moines – par lesquels les hommes consacrent leur réunion et s’obstinent à se donner des airs de seigneurs alors même que tout s’effondre autour d’eux. Une telle inspiration est rarement notée à propos du cinéaste français. C’est qu’elle étonne, sans doute, de la part de celui qu’on crut Qu’est-ce que le cinéma, d’abord d’autant mieux voué à consigner des trajets solitaires qu’il interpréta lui-même les rôles principaux de Nord pour Xavier Beauvois ? Le et de N’oublie pas que tu vas mourir. lieu où l’idéal apparaît, puis Maurice Blanchot a rappelé, dans La Communauté inavouable, combien toute communauté n’existe qu’à se tenir disparaît. Où il se dévoile, au bord extrême de sa destruction. Communauté des ouvriers, communauté des policiers, communauté des puis se voile. Il ne sert donc moines : chacune de celles filmées par Beauvois tient de la sorte, en gravitant autour d’un centre vide. Chaque première fois y est aussi un adieu : le mariage précède de peu la mort du père, le petit lieutenant succombe au qu’à une chose : à montrer cours de sa première enquête… Mais les morts sont aussi des naissances, ainsi qu’il est dit dans Des hommes des hommes et des dieux. et des dieux, par la bouche de Christian / Lambert Wilson, dont certaines tirades citent des textes des moines Des hommes qui se prennent de Tibhirine. Le propos dépasse, on le voit, le cadre de la seule religion : si la communauté est faite pour la pour des dieux à force de célébration, ce qu’elle célèbre n’est jamais que la fragilité du commun qu’elle réalise. croire dans les rôles qu’ils Beauvois filme toujours du point de vue de la mort : N’oublie pas que tu vas mourir est une formule qui, chez lui, vaut programme. Le sacrifice pourrait être son unique sujet, et le martyre son horizon. Mais il lui aura fallu endossent. attendre Des hommes et des dieux pour que ce martyre soit réel et non pas dérisoire : Bertrand (Nord) se remet entre les mains de la police pour un meurtre – celui de son père – qu’il n’a pas commis ; Benoît (N’oublie pas) se jette de son propre chef sous les balles serbes ; Matthieu (Selon Matthieu) évolue dans un univers si incertain que même la mort ne veut pas de lui ; Antoine (Le Petit Lieutenant) se précipite au devant d’un couteau. Les frères de Des hommes et des dieux connaîtront bien, eux, l’extase de sombrer en connaissance de cause. 4. Le cinéma est certes sans consolation : tous les films se terminent mal. Beauvois n’est pas pessimiste pour autant, il est juste conséquent. Quelle consolation pourrait-il espérer en effet s’il ne voit d’autre nécessité à réaliser des films que d’affirmer l’immensité d’une croyance pour mieux l’amener ensuite à la ruine ? Mettre en scène n’est pas reconduire mais congédier la représentation, la mettre à nu. C’est épouser un rituel, une mise en scène préexistante (usine, commissariat, monastère...) avant d’en consigner l’échec. Le cinéma selon Beauvois est d’abord la cérémonie d’une cérémonie, puis la cérémonie du désastre de cette cérémonie. Mais ce désastre est le seul salut, puisqu’il arrache cette même cérémonie à l’ordre qui enferme et le film lui-même à la tautologie du redoublement. Quelques exemples. Les deux frères s’étreignent enfin, après la bagarre, sous le ciel lourd de Normandie, au dernier plan de Selon Matthieu. Le Petit Lieutenant ne cesse d’élargir à quatre ou cinq personnages des scènes que le spectateur croit d’abord réservées à un ou deux. Et l’assemblée des Alcooliques Anonymes, toute sinistre qu’elle soit, annonce par sa table en U le dernier repas de Des hommes et des dieux, pendant lequel l’écoute du fameux Lac des Cygnes de Tchaïkovski fait alternativement venir le rire et les larmes sur les visages des moines. Xavier Beauvois achève en ce moment le montage d’un nouveau film, d’après une rocambolesque histoire vraie : Roschdy Zem et Benoît Poelvoorde y jouent deux voyous s’emparant du cadavre encore frais de l’homme le plus populaire au monde, Charlie Chaplin, avec l’espoir de rançonner la famille de l’acteur et cinéaste. Le film a beau être annoncé comme une comédie, le synopsis ne trompe pas. Le cinéaste semble en être là, définitivement : le commun – son vide, son impossibilité, sa nécessité – est devenu son cher objet. A chaque film il s’approche davantage de l’identité entre le corps du cinéma et de celui de la communauté. Deux nigauds dérobent le cercueil de Chaplin. Un baptême est célébré dans une église orthodoxe au sortir de laquelle le commandant Vaudieu s’effondre en apprenant la mort du petit lieutenant. S’observant dans la glace, Benoît n’y trouve aucun des symptômes qui permettraient de reconnaître en lui un malade du sida. La scène où Matthieu éponge avec amour la tombe de son père succède à cette autre où son frère lui vante l’agencement des pièces de son pavillon, sur un chantier où pour l’heure ne pousse pourtant que de l’herbe. L’office des films est là : désigner à l’homme sa demeure. Hantée ou bien vacante. Cette demeure est un mausolée, c’est la maison vide où résonnent – ironiquement, tragiquement – l’appel et l’absence du divin comme seule marque possible du commun. A ce titre, mais à ce titre seulement, le cinéma est peut-être le lieu de l’humain par excellence. La critique a longtemps été divisée au sujet de Beauvois. Sa réputation n’égale pas encore, internationalement du moins, celle d’Arnaud Desplechin, d’Olivier Assayas ou de Claire Denis. C’est sans doute que Beauvois est un personnage torturé, peu conforme à l’image du cinéaste qui convient aux médias et à l’exportation du cinéma français. Les entrées France du Petit Lieutenant s’élevaient pourtant à 650 000 et celles de Des hommes et des dieux à 3 millions ! Le temps travaille donc pour lui. Le jour n’est plus lointain où Beauvois sera reconnu comme le plus grand cinéaste français des années 2000.

Une première version de ce texte a été publiée sur le site de la Cinémathèque du Québec, à l’occasion de la rétrospective consacrée à Xavier Beauvois qui s’est tenue en décembre 2012.

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voyage au bout de l’enfer © Carlotta Films - le petit lieutenant et des hommes et des dieux © Mars Distribution

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La passion de Xavier Beauvois

la Roche-sur-Yon 16 > 211 octobre 2013

Programme de courts métrages

Le Petit Lieutenant

france . 1986 . 0h07 . 16mm Avec Jean-René Gossart Scénario X.B. Image Charles Jobert Montage Catherine Schwartz Production, Distribution Le GREC

FRANCE . 2005 . 1h50 . 35mm Avec Nathalie Baye, Jalil Lespert, Roschdy Zem Scénario X.B., Guillaume Breaud, Jean-Eric Troubat, Cédric Anger Image Caroline Champetier Montage Martine Giordano Production Why Not Productions Distribution Why not

Le Matou

La pluie tape contre la fenêtre d’un asile. Un homme est terré, il tremble. Un chat rentre. Et ensuite ?

Notre ami Chopin

france . 2009 . 0h20 . dvd Avec Stanislas Merhar, Nicolas Lebovici, Olivier Rabourdin Scénario X.B., tiré du film collectif Psychoses produit par Pierre-Alexandre Schwab (P.A.S Productions) Image Caroline Champetier Montage Marie-Julie Maille Merci à P.A.S de nous avoir autorisés à extraire ce court métrage du film collectif Psychoses

Denis, pianiste schizophrène d’une trentaine d’années, est sous l’emprise de la «Voix». Celle-ci le guide, le commande. Mais Denis fuit, Denis court afin d’échapper à cette entité qui l’empoisonne. Au bord du gouffre, le jeune homme trouve une porte de secours par le biais de la musique. Pierre, Charles et Rosemina vont essayer de donner un nouveau souffle à Denis avant que ce dernier n’étouffe.

A Bicyclette

Jean Douchet

france . 2009 . 0h17 . dvd Avec Xavier Beauvois, Benjamin Siksou, Claude Chabrol Scénario Bernard Antoniol et Jean Douchet, tiré du film collectif Psychoses produit par Pierre-Alexandre Schwab (P.A.S Productions) Image Jean-Paul Agostini Montage Marie-Julie Maille Merci à P.A.S de nous avoir autorisés à extraire ce court métrage du film collectif Psychoses

Un jeune homme schizophrène en voie de rémission se voit pris par une obsession pour les vélos. Il se remémore un souvenir d’enfance où il sort traumatisé par son impossibilité à pédaler. Malgré tout, il tente à nouveau de monter à vélo et chute. Il finit à l’hôpital. Deux incroyables bonshommes vont alors prendre le relais, et l’aider par la magie du septième art afin d’éviter toute « rechute ».

à sa sortie de l’Ecole de Police, Antoine monte à Paris pour intégrer la 2ème division de Police Judiciaire. Caroline Vaudieu, de retour dans le service après avoir vaincu son alcoolisme, choisit le petit lieutenant pour son groupe crim’. Vaudieu s’attache rapidement à ce jeune homme plein d’enthousiasme, de l’âge qu’aurait eu son fils disparu...

Des Hommes et des Dieux FRANCE . 2010 . 2h00 . 35mm Avec Lambert Wilson, Michael Lonsdale, Olivier Rabourdin Scénario X.B., Etienne Comar Image Caroline Champetier Montage Marie-Julie Maille Production Why Not Productions Distribution Mars Distribution

Un monastère perché dans les montagnes du Maghreb, dans les années 1990. Huit moines chrétiens français vivent en harmonie avec leurs frères musulmans. Quand une équipe de travailleurs étrangers est massacrée par un groupe islamiste, la terreur s’installe dans la région. Les moines doivent-ils partir ? Malgré les menaces grandissantes, la décision de rester coûte que coûte se concrétise jour après jour.

PONETTE

Jacques Doillon FRANCE . 1996 . 1h37 . 35mm Avec X.B., Victoire Thivisol, Matiaz Bureau Caton, Delphine Schiltz Scénario J.D., Brune Compagnon Image Caroline Champetier Montage Jacqueline Lecompte Production Les Films Alain Sarde Distribution Tamasa

Nord

Ponette a 4 ans lorsque sa mère meurt accidentellement. Confiée à sa tante, la fillette ne supporte pas cette disparition. Elle continue obstinément de s’adresser à elle, convaincue qu’elle reviendra un jour.

FRANCE . 1992 . 1h39 . 35mm Avec X.B., Jean Douchet, Bulle Ogier Scénario X.B., Sophie Fillières, Arlette Langmann Image Fabio Conversi Montage Agnès Guillemot Production BVF, Société Générale de Gestion Cinématographique Distribution Forum Distribution

le vent de la nuit

Une famille, dans une petite ville du Pas-de-Calais. Le père, préparateur en pharmacie, s’enfonce de plus en plus dans l’alcool. La mère est clouée au chevet d’une enfant handicapée. Bertrand, le fils, cherche refuge auprès de pêcheurs de haute-mer, mais n’échappe pas à la désintégration générale.

Philippe Garrel

FRANCE . 1999 . 1h35 . 35mm Avec X.B., Catherine Deneuve, Daniel Duval Scénario P.G., X.B., Marc Cholodenko, Arlette Langmann Image Caroline Champetier Montage Françoise Collin Production Classic, Les Films Alain Sarde, Vega Film Productions Distribution Why not

N’oublie pas que tu vas mourir

Paul, étudiant, est l’amant d’Hélène, une femme mariée d’âge mûr. Parti à Naples pour une exposition, il y rencontre Serge, au volant d’une Porsche rouge, un homme mutique et désenchanté, marqué par son passé de militant. Ils font ensemble le voyage du retour à Paris.

FRANCE . 1996 . 1h58 . 35mm . Interdit aux moins de 16 ans Avec X.B., Chiara Mastroianni, Roschdy Zem Scénario X.B., Emmanuel Salinger, AnneMarie Sauzeau, Marie Sauzeau, Zoubir Tligui Image Caroline Champetier Montage Agnès Guillemot Production La Sept Cinéma, Why Not Productions Distribution Why not

de bon matin

Un jeune étudiant en histoire de l’art apprend lors des trois jours avant son incorporation pour l’armée qu’il est séropositif. Pour lui tout bascule et, à l’image des héros romantiques, il choisit de refuser son destin.

Selon Matthieu FRANCE . 2001 . 1h40 . 35mm Avec Nathalie Baye, Benoît Magimel, Fred Ulysse Scénario X.B., Catherine Breillat, Cédric Anger Image Caroline Champetier Montage Christophe Nowak, Agnès Touzeau, Isabelle Tardieu Production Why Not Productions Distribution Why not

Une famille d’ouvriers dans une ville de Normandie : le père, Francis, et ses deux fils, travaillent dans la même usine. Francis est licencié pour avoir fumé une cigarette sur son lieu de travail. Il meurt brusquement peu de temps après. Matthieu, convaincu du suicide de son père, n’a plus qu’une idée en tête : le venger.

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Jean-Marc Moutout FRANCE, belgique . 2011 . 1h31 . Dcp Avec X.B., Jean-Pierre Darroussin, Valérie Dréville Scénario J-M.M., Olivier Gorce, Sophie Fillières Image Pierric Gantelmi d’Ille Montage Marie Da Costa Production Need Prods Distribution Les Films du Losange

Lundi matin, Paul Wertret se rend à son travail, à la banque où il est chargé d’affaires. Il sort un revolver et abat deux de ses supérieurs. Dans l’attente des forces de l’ordre, Paul revoit les événements qui l’ont conduit à commettre son acte.

Voyage au bout de l’enfer Michael Cimino

état-unis . 1979 . 3h03 . Dcp version restauréee . Interdit aux moins de 16 ans Avec Robert De Niro, Meryl Streep, John Cazale Scénario M.C., Louis Garfinkle, Quinn Redeker, Deric Washburne Image Vilmos Zsigmond Montage Peter Zinner Production EMI Films Ltd., Universal Pictures Distribution Carlotta Films

1968. Mike, Steven, Nick, Stan et Axel travaillent dans l’aciérie de Clairton, Pennsylvanie. Formant une bande très liée, ils vont souvent chasser le daim ensemble. Steven épouse Angela, et Nick flirte avec Linda qui semble troubler Mike. Cette belle tranquilité disparaît lorsque Mike, Steven et Nick partent pour le Vietnam.

le vent de la nuit - selon matthieu - n’oublie pas que tu vas mourir © Why Not ...30

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Les air(e)s de Nicolás Pereda par Charlotte Serrand

Dans Où sont passées leurs histoires ? (2007), Vicente (Gabino Rodrígues) traverse un état du Mexique à pied pour chercher justice en ville. Là-bas, il demande à sa mère (Teresa Sánchez), employée dans une riche maison, de l’héberger. Leur chambre est confinée dans un cadre étroit, derrière un grand drap blanc, comme un cache-misère. Une large couture apparaît. Gabino enfile son t-shirt : à l’envers. Détails, certes, mais qui placent l’œuvre de Nicolás Pereda dans le revers, dans les revers. Revers d’un âge. Nicolás Pereda a 31 ans, déjà et seulement. Déjà, car il en est à son sixième long métrage, son septième si on compte Killing Strangers (2013, co-réalisé avec le danois Jacob Schulsinger). On y retrouve les mêmes acteurs fétiches, Gabino Rodrígues et Teresa Sánchez, laquelle avait accompagné Les Chansons populaires (2012), lauréat du Grand Prix du Jury l’année dernière. Et seulement, car à travers Gabino, personnage espiègle, trompeur, fainéant, farceur, mais fidèle, c’est l’adolescence que Pereda filme. Passage de la campagne à la ville, des rituels mystérieux (attacher une poule à un pieu fait revenir les morts) à ceux tout aussi étranges réalisés autour d’un frigo en panne, du travail de la terre aux petits boulots de commerçant. Il s’agit de passer de l’un à l’autre, de faire passer l’un dans l’autre : de brouiller les frontières. Le générique d’Où sont passées leurs histoires ? apparaît après vingt minutes, lorsque Gabino, de dos, se rapproche de la ville, répondant ainsi à la question de tous les films de Pereda : Où sont ses histoires ? Derrière lui. Il ne s’agira pourtant que d’y revenir. Revers d’une fiction et d’une production. Pereda a créé sa propre maison de production (En Chinga Films). Son cinéma oscille entre improvisation et mise en scène, expérimentation et documentaire, transgression de lieux, sans crier gare. A l’image des maisons qu’il filme (cabanes, bicoques, appartements vétustes desquels on se fait déloger), c’est un système en construction. Il en va de même dans la fabrication de l’image. Un simple flou suffit à suggérer que nous sommes dans le passé, un changement de point rapide fait passer le sifflement qui l’a provoqué dans le monde des esprits et de la disparition. Soudain, les voix ne sont plus les mêmes. Elles viennent d’un ailleurs — le son est postsynchronisé ; reconnaît-on celle de Pereda ? — et s’immiscent dans la fiction. Alors qu’une scène semble finie, elle recommence de plus belle, mais ne s’arrête pas au même endroit. Une autre a-t-elle lieu « pour de vrai » ? Il ne s’agissait que d’une répétition. La véritable scène sera (re)jouée dans une fête : déclarer son amour demande un peu d’entraînement. Revers d’un « endroit ». Dans ces courts-circuits, où se situent les films de Pereda ? Des lieux, nous ne savons pas grand-chose. Un seul nom de ville est donné : Cuetzalan. Cuetzalan détient le titre de « ville magique » et signifie « là où l’herbe abonde ». La force du cinéma de Pereda tient dans cette double origine. Sans « effets », la magie s’infiltre dans le réalisme, elle se satisfait des objets et des moyens purs du cinématographe : un micro (celui que Pereda prête à un enfant pour sonder le sol, peut-être pour sentir le pouls de ses amis disparus, dans Entretien avec la terre, 2008), un poste de radiocassette (qui diffuse les sons de la guerre dans Les Chansons populaires), une caméra volée (Perpetuum Mobile, 2009) ; et dans une « aire ». Ces films pourraient alors se rapprocher de ceux de Rabah Ameur Zaïmeuche, d’Alain Guiraudie, ou d’Albert Serra, en ce qu’ils font de leur cadre, un territoire ; des trajets des personnages, les contours d’une carte. Ils fabriquent une aire, une « aréalité », vitale. C’est elle, d’après les mots de Jean-Luc Nancy, qui permet de poser les bases nécessaires à la fondation d’une « communauté » (celle des acteurs fidèles ?). Et qui permet à une « extase » de s’infiltrer : cette magie incorporée, ces fous rires incontrôlés… Revers du réel. Nous serions donc là dans une utopie, mais une utopie réaliste. La clôture que fait poser un oncle d’Amérique autour de la bicoque de sa mère, qu’il a hâte d’enterrer pour récupérer des terres, apparaît comme substitut métaphorique et littéral d’une « border tortilla » (la frontière américano-mexicaine) meurtrière. A travers les disparitions des corps, des voix, des animaux, c’est le spectre des « disparitions forcées » qui plane, celui du documentaire, que Gabino rappellera en effrayant un vieillard avec les « narcotrafiquants ». L’avis de recherche sur le chien « Junto » serait anecdotique si on ne voyait pas, dans un autre film, Teresa Sánchez errer dans la forêt, seule, comme un animal. Pereda cependant ne tranche pas. Des spectres plus heureux, ceux d’un possible retour, sont évoqués, mais par d’autres voies : dans Les Chansons populaires, le père disparu est remplacé par un autre acteur, non professionnel. Voix, aussi : celle de la transmission, celle de la radio, celle de Pereda qui est souvent crédité au « son » et interviewe les acteurs en direct, celle d’une génération à une autre : dans L’été de Goliath, Teresa fait apprendre par cœur à Gabino une lettre pour qu’il la récite à son mari, qui est parti, de peur que ce dernier, à qui elle la destine, ne la lise pas. Gabino s’empressera de la faire apprendre à sa grand-mère, pour se débarrasser du fardeau ! A travers cette lettre (la fiction), c’est avec la mémoire, celle d’un passé qu’il s’agit de composer. Voies de la répétition, à prendre dans les deux sens du terme : celui du théâtre, qui pourrait aussi être ce drap blanc évoqué plus haut. Pereda fait sa planque, ses films ont lieu dans les coulisses, ce qui donne cette profonde dimension intime, notamment dans Tout à la fin est occupé par le silence (2010), sa tentative la plus radicale. Le film se déroule dans une salle de théâtre, presque entièrement dans le noir, éclairée à la chandelle d’un petit projecteur (la véritable toile de fond de la pièce est révélée à la fin par une sublime ouverture du diaphragme).

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...32 L’été de Goliath © Ondamax Films


les air(es) de Nicolás PeredA

Répétition d’un film à l’autre. Perpetuum Mobile — « morceau qui revient souvent », en musique — pourrait être la « formule » de Pereda. Dans Les Chansons populaires, la mère de Gabino lui fait réciter des chansons par cœur, pour l’aider dans son métier de vendeur de disques ambulant. Répétition, celle de la structure de la chanson populaire, éternel retour à l’origine, transcendé en langage filmique, qu’on a pu rapprocher d’un jeu oulipien. Répétitions, enfin, qui créent une familiarité entre les acteurs et le spectateur qui, à force de les reconnaître rit d’eux et avec eux. C’est peut-être dans ce rire et cette reconnaissance que réside l’un des plaisirs de cette rétrospective. Revers d’un geste. La disparition la plus ironique est celle d’une caméra. On accuse Gabino, mais au plan suivant, l’image change. Le cinéaste l’aurait-il subtilisée, cette caméra, étant par là le véritable grand adolescent de son œuvre ? Pereda parle souvent de ses films comme des « amusements ». On peut s’amuser, à notre tour, à le retrouver, ici, et là, farceur et espiègle.

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

Ensemble Juntos

canada, mexique . 2009 . 1h13 . blu-Ray Avec Gabino Rodríguez, luisa Pardo, Francisco Barreiro Scénario, Montage N.P. Image Alejadnro Coronado Production En Chinga Films Distribution FigaFilms

Gabino, Luisa et Paco vivent dans un appartement à Mexico. Ils n’ont pas l’eau courante et leur réfrigérateur vient de tomber en panne. A la disparition de leur chien, ils décident de partir à la campagne.

Perpetuum Mobile

canada, mexique . 2009 . 1h26 . 35MM Avec Gabino Rodríguez, Teresa Sánchez, Francisco Barreiro Scénario, Montage N.P. Image Alejadnro Coronado Production En Chinga Films Distribution Ondamax Films

Gabino conduit des camions de déménagement à Mexico. Il vit avec sa mère, Teresa, qui doit supporter ses caprices. Pris dans des situations burlesques, Teresa et Gabino atterrissent chez la grandmère de celui-ci pour déposer des meubles.

L’été de Goliath Verano de Goliat

canada, mexique . 2010 . 1h18 . blu-Ray Avec Gabino Rodríguez, Teresa Sánchez, Harold Torres Scénario, Montage N.P. Image Alejadnro Coronado Production En Chinga Films Distribution Interior13

Sous le choc du départ soudain de son mari, Teresa part en mission pour tenter de comprendre ce qui s’est passé. Sa quête se transforme en errances à la fois documentaires et fictionnelles, qui dressent le portrait de la ville et de ses habitants.

Tout à la fin est occupé par le silence

Todo, en fin, el silencio lo ocupaba mexique . 2010 . 1h02 . blu-Ray Avec Jesusa Rodríguez Scénario, Montage N.P. . Image Gerardo Barroso, Lisa Tillinger, Alejandro Coronado Distribution FigaFilms

Il s’agit du tournage d’une pièce, un monologue issu du poème de Juana Inés de la Cruz, « First I Dream ». L’actrice Jesusa Rodríguez (activiste et performeuse) attend sur le plateau pendant qu’autour, le réalisateur et son équipe travaillent.

Les Chansons populaires Los mejores temas

Où sont passées leurs histoires ? Dónde están sus historias ?

canada, mexique . 2007 . 1h13 . blu-Ray Avec Gabino Rodriguez, Juana Rodríguez Molina, Teresa Sánchez Scénario, Montage N.P. Image Alejandro Coronado Production En Chinga Films Distribution FigaFilms

Vicente, jeune fermier vit avec sa grand-mère dans une petite ville du Mexique. Lorsque son oncle revient des États-Unis et menace de vendre les terres de la grand-mère, Vicente se rend à Mexico pour réclamer justice.

Entretien avec la terre Entrevista con la tierra

canada, mexique . 2009 . 0h23 . blu-Ray Avec Amalio Mirande, Nico Miranda, Juano Rodríguez, Eufracia Miranda Scénario, Montage N.P. Image Sebastián Hiriart Production En Chinga Films Distribution FigaFilms

L’histoire de Nico et Amalio, deux enfants ayant perdu un ami lors d’une ascension en montagne, à travers une série d’entretiens et de reconstitutions, où documentaire et fiction se mêlent insensiblement.

canada, mexique . 2012 . 1h43 . dcp Avec Teresa Sánchez, Gabino Rodriguez, Luis Rodriguez Scénario, Montage N.P. Image Alejandro Coronado, Peter Gomez Millan Production Interior13 Distribution Capricci Films

Gabino, vendeur de disques ambulant, vit encore chez sa mère. Sous la douche, dans la cuisine, au lit, il s’entraîne à mémoriser les plus grands succès de la chanson mexicaine pour mieux les vendre. Un jour, après quinze ans d’absence, son père réapparaît avant de disparaître à nouveau.

Killing Strangers Matar extraños

canada, mexique . 2013 . 1h03 . blu-Ray Avec Gabino Rodríguez, Harold Torres Scénario N.P., Jacob Secher Schulsinger Image Miguel Tovar Montage N.P. Production, Distribution Interior 13

Des auditions ont lieu dans un salon aux allures de musée : on y parle et on y mime la guerre. Ailleurs, dans un paysage désertique, trois hommes du début du siècle dernier se perdent en cherchant à rejoindre la révolution mexicaine. Le parallèle souligne la théâtralité des films historiques, et la construction et déconstruction du mythe de la révolution.

Retrouver sur notre site, www.fif-85.com, le texte d’une rencontre avec Nicolás Pereda ayant eu lieu le 11 janvier 2013 au Museum of the Moving Image de New York, après une projection des Chansons populaires. ...34

Perpetuum Mobile © Ondamax Films - Où sont passées leurs histoires ? © FigaFilms 35...


Le Rayon vert : Le cinéma comme écologie par Hervé Aubron

Dans son livre Effondrement, l’Américain Jared Diamond suggère que les statues de l’île de Pâques ne sont pas seulement les vestiges d’une civilisation disparue, mais la raison même de cette disparition : les clans rivaux de l’île, à l’origine boisée et autosuffisante, se seraient livrés à une surenchère de statues monumentales, ces effigies étant à l’origine d’une fatale déforestation (on les faisait rouler sur des troncs d’arbres). L’hypothèse est discutée, mais peu importe : c’est une allégorie précieuse, tant le champ artistique renâcle toujours à concevoir sa propre incidence environnementale. Il paraît curieux d’encore éluder combien toute œuvre, quelle que soit sa nécessité propre, est d’emblée investie par une industrie culturelle loin d’être négligeable en termes économiques et écologiques. Si l’art a une incidence écologique, l’écologie, à l’inverse, produit des esthétiques, et en appelle aussi de nouvelles. Pasolini n’hésitait pas, par exemple, dans un article de 1975, à directement relier le dépérissement culturel de l’Italie et l’extinction d’une espèce animale, symptomatisant l’état de son pays : « Au début des années 60, à cause de la pollution atmosphérique et, surtout, à la campagne, à cause de la pollution de l’eau (fleuves d’azur et canaux limpides), les lucioles ont commencé à disparaître. Cela a été un phénomène foudroyant et fulgurant. (Aujourd’hui, c’est un souvenir quelque peu poignant du passé : un homme de naguère qui a un tel souvenir ne peut se retrouver jeune dans les nouveaux jeunes, et ne peut donc plus avoir les beaux regrets d’autrefois.) » Extinction des lucioles et des lumières... Tout comme, en 1989, Félix Guattari appelait à ne pas disjoindre « les trois écologies » dans lesquelles nous vivons, celle de l’environnement matériel, celle des rapports sociaux et celle de la subjectivité – oui, nos esthétiques, nos perceptions et nos imaginaires sont produits par notre écologie, en même temps qu’ils la font, qu’ils influent sur notre manière de la considérer (de la représenter et de la traiter). « Il y a une écologie des mauvaises idées, comme il y a une écologie des mauvaises herbes » : remarque du Britannique Gregory Bateson, que Guattari citait en exergue des Trois Écologies. Ce genre de considérations – ou de montages – demeure fort rare en 2013, il se pourrait même qu’elles Que serait donc un cinéma qui ne apparaissent toujours incongrues. Il est, au bas mot, surprenant que l’écologie et l’esthétique, les discours parle pas simplement d’écologie, et les savoirs que ces termes peuvent recouper, demeurent si cloisonnés. Ils partagent pourtant la question mais qui en soit et nous en rende de l’environnement : comment nous formalisons, pensons, intégrons ce qui nous entoure, comment nous le modifions ou le maquillons. Ce cloisonnement est d’autant plus dommageable que l’écologie politique partie prenante ? Ce serait des marque aujourd’hui sévèrement le pas. Les partis verts sont devenus des chevilles familières des coalitions films qui ne se considèrent pas de gouvernance, mais leur discours peine à dépasser le stade des règles de bienséance ou d’hygiène, voire simplement comme un point de du moralisme, des mots d’ordre oscillant entre bonne et mauvaise consciences. Or, la question écologique vue sur les choses, mais choses ne peut seulement passer par les consciences ou l’intellect, elle doit être aussi tout simplement perçue, être parmi les choses, n’éludant pas ce rendue sensible ; autrement dit, elle implique une esthétique. Rappelons que ce terme, à l’origine, n’a pas trait qu’ils rejettent dans l’atmosphère au beau, mais bien aux perceptions au sens le plus large – il est de même racine que l’anesthésie. et dans les têtes. Voilà bien l’enjeu : nous sommes écologiquement anesthésiés, et il faut aussi des récits ou des formes pour nous réveiller. Et il ne suffit pas, pour ce faire, que l’art décline ou illustre des motifs ou des thématiques écologistes, ou même qu’il devienne militant, sur le mode d’un tract amélioré. Avant même que d’investir l’écologie « des autres », l’art doit a minima être clairvoyant sur la sienne propre, ne plus se penser comme une miraculeuse bulle d’air pur, hors sol, exempte des avanies et gâchis ambiants – autrement dit, qu’il interroge la manière dont il a lui-même contribué à la grande dépense générale. Qu’il s’agisse de rappeler l’art à son environnement, et l’écologie à l’esthétique, le cinéma est stratégique. Trivialement, il aura été historiquement l’art le plus intrinsèquement industriel, le plus polluant aussi, produisant certes des plans, de la durée, mais aussi des monceaux de nitrate, de celluloïd et de plastique (VHS, DVD…). Et l’actuelle inflation des sorties en salles participe de l’étrange ère que nous vivons : celle d’une profusion inquiète de la pénurie à venir, consciente d’aller dans le mur mais profitant à plein régime du sursis d’abondance, tant que les avions volent, tant que les voitures roulent, tant que les films sortent… Dans le même temps, le cinéma aura été une formidable écologie, ou mieux : une écographie, au sens où il aura été obligé d’enregistrer et de cadrer ce qui l’environnait, au sens où il aura été, de fait, un aménagement du territoire. Que pourrait donc être un cinéma qui ne « parle » pas simplement d’écologie, mais qui en soit partie prenante, et qui nous en rende partie prenante ? Ce serait des films qui ne se considèrent pas simplement comme un point de vue sur les choses, mais choses parmi les choses, n’éludant pas ce qu’ils rejettent dans l’atmosphère et dans les têtes. Ce serait donc aussi des films matérialistes, au sens le moins restrictif du terme. Ce serait des films pour qui la distinction entre l’humain et le non-humain ne va plus de soi – cette chance fondamentale qu’a le cinéma de pouvoir passer par l’œil non humain de la caméra, et qu’il oublie parfois. Ce serait des cinéastes qui ne connaîtraient même pas le mot « nature », persuadés que notre environnement, où que l’on soit, est toujours déjà fabriqué, perclus de signes tout autant que de métaux lourds, nimbé de fantasmes individuels et de lubies collectives tout autant que d’ondes électromagnétiques. Ce serait des cinéastes intimement convaincus que l’écologie est tout à la fois l’horizon et la hantise de leur art, puisqu’il s’agit de ressaisir, repenser des espaces et des durées que nous ne comprenons plus. Il est bête d’utiliser le conditionnel puisqu’il a existé et existe de tels films : cette programmation en regroupe quelques-uns, issus de traditions et de registres très divers. Il ne s’agit nullement ici de faire manifeste, tout au plus d’esquisser un chantier, d’ouvrir un point de fuite, de guetter des lueurs, pourquoi pas des rayons verts. Un rayon n’est pas un objet ou une thèse, il éclaire et donne à voir. C’est un trucage au naturel, comme ce rayon émeraude pointant à l’horizon, dans certaines conditions atmosphériques, au terme du coucher du soleil, et du film d’Éric Rohmer qui donne son titre à ce programme. N’oublions pas les vertus qu’accordait l’héroïne du Rayon vert à ce phénomène optique (celles que rapportait déjà Jules Verne dans son roman du même titre) : qui a la chance d’apercevoir le rayon vert pourrait clairement lire, à cet instant précis, dans son cœur et dans ceux qui l’entourent. Préalable loin d’être inutile s’il s’agit d’embrasser, mais vraiment d’embrasser, ce qui nous environne.

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le rayon vert : le cinéma comme écologie

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

films + conférences

Le rayon vert : signes de pistes et repérages

par Hervé Aubron

En préambule de sa programmation, une intervention illustrée d’extraits de films. Que peuvent l’écologie et l’esthétique l’une pour l’autre, dès lors qu’elles partagent intimement la question de l’environnement ? Tel sera le chemin ou la clairière qu’il s’agira de défricher, en recourant aux films programmés, mais aussi aux œuvres d’autres cinéastes, d’Antonioni à Wes Anderson, de Renoir à Shyamalan. >> mercredi 16 octobre à 16h15 - manège

L’âge d’or de l’éco-fiction par Philippe Vasset

à partir d’Adaptation (Spike Jonze, 2003), récit d’un scénariste qui se perd dans l’écriture d’un film sur l’écologie, le romancier Philippe Vasset, auteur de Journal Intime d’une prédatrice, consacré au business arctique, analyse la place prise par les spéculations environnementales dans les films et la littérature. Catastrophe, mutation, régression : le devenir de la nature suscite les développements fictionnels les plus créatifs. >> vendredi 18 octobre à 14h00 - concorde

D’une zone l’autre par Jean-Christophe Bailly

Des environs pollués de Tallin où Tarkovski tourna Stalker aux routes traversant le Caucase en guerre d’aujourd’hui (filmées par Danièle Vallet-Kleiner), c’est la même tragédie du paysage que l’imagemouvement capte et répercute. Quel est le sens de cette imprégnation silencieuse? >> lundi 21 octobre à 15h15 - concorde

Adaptation Spike Jonze

états-unis . 2003 . 1h56. 35mm Avec Nicolas Cage, Tilda Swinton, Meryl Streep Scénario Charlie Kaufman d’après l’œuvre de Susan Orlean, Donald Kaufman Image Lance Acord Montage Eric Zumbrunnen Production Clinica Estetico, Good Machine, Intermedia, Propaganda Films Distribution Paradis Films

Le scénariste Charlie Kaufman – salué peu de temps auparavant pour le script de Dans la peau de John Malkovich – est rongé par le doute. Engagé pour adapter à l’écran un livre-reportage sur la vie de John Laroche, chasseur et trafiquant d’orchidées sauvages dans les Everglades, il est totalement bloqué, dans son travail comme dans son existence. Un jour, il croit avoir trouvé la solution : il va utiliser ses problèmes personnels comme base du scénario. Mais alors que l’inspiration vient et que l’histoire prend forme, Charlie va déclencher une série d’événements incontrôlables : entre la forêt primitive et la frivolité hollywoodienne, la biologie et le comble de la culture horssol, l’adaptation darwinienne et l’adaptation scénaristique, les liens deviennent aussi inextricables que les racines des orchidées.

erevan-moscou//partition.last Danielle Vallet Kleiner

C’était vraiment une époque pleine d’espoir [les années 1950], les choses allaient vers le haut plutôt que vers le bas. On avait le sentiment qu’on pouvait tout faire. L’avenir était radieux. Nous n’étions absolument pas conscients de jeter les bases d’un futur désastreux. Tous les problèmes existaient déjà, mais on glissait dessus ; on ne les voyait pas. Puis tout le lustre est parti, tout a pourri, et ça a commencé à suinter. […] la pollution commençait à se faire menaçante. On venait d’inventer les matières plastiques, d’étranges composés de produits chimiques, les polymères et un grand nombre d’expériences médicales, la bombe atomique et beaucoup de tests. On croyait que le monde était si grand qu’on pouvait y jeter tout un tas de saloperies sans que ça ait d’importance. Et c’est devenu incontrôlable. David Lynch, Entretiens avec Chris Rodley (2005)

2010 . 0h43 . fichier hd Image D.VK. Montage D.VK. Remerciements D.VK.

Si les films de Danielle Vallet Kleiner, catalysés comme tout dans son œuvre par l’expérience obstinée du décentrement et du voyage, suivent depuis 1991 des itinéraires définis par des données géopolitiques, ceux-ci prennent en compte une dimension subjective et une histoire personnelle. Recherche sur le temps et sa perception, sur les limites et les frontières d’un espace physique et mental, morceaux de monde comme on dit d’un morceau de musique, erevan-moscou//partition. last est une réflexion anthropologique et politique où l’invention du montage est une réponse à la nécessité de faire récit. Ce film tourné en 2009 est la traversée de deux des anciennes républiques de l’Union sovietique, l’Armenie puis la Georgie (alors en conflit avec la Russie). Film où le Caucase est la limite géographique et politique (frontière fermée entre Géorgie et Russie), voyage dont l’itinéraire et son inaboutissement est le sujet lui même, erevan-moscou//partition. last s’arrête donc là où le voyage s’arrête.

stalker

Andreï Tarkovski Allemagne de l’Ouest, russie . 1979 . 2h43 . 35mm Avec Alexandre Kaidanovski, Alissa Feindikh, Anatoli Solonitsyne Scénario Arkadi, Boris Strugatsky, A.T. d’après Arkadi et Boris Strugatsky Image AleksandrKnyazhinsky Montage Lyudmila Feiginova Production Aleksandra Demidova Distribution Arkeion Films

Pour une raison mystérieuse, une zone s’étendant sur des dizaines de kilomètres carrés est inhabitée. La traverser représente un danger mortel, bien avant Tchernobyl ou Fukushima. Des êtres humains, sous la conduite d’un « stalker » (une sorte de contrebandier), décident de s’y aventurer, car il est dit qu’au centre de cette zone existerait un lieu où tous les vœux sont exaucés. « To stalk » signifie approcher furtivement, rôder – aux confins de l’apocalypse et du recommencement. Grand mystique de la durée et de l’errance, Tarkovski laisse entrevoir une tentation de la table rase, une trouble fascination pour les environnements épuisés ou dévastés – ce qui doit être conjuré mais aussi ce qui oblige à réaiguiser ou repenser ses gestes.

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Il existe des images, comme nous les nommons ; sortes de membranes détachées de la surface des corps, elles voltigent de tous côtés à travers les airs. […] Je dis que les choses envoient de leur surface des effigies, formes ténues d’elles-mêmes, des membranes en quelque sorte ou des écorces, puisque l’image revêt l’aspect, la forme exacte de n’importe quel corps dont, vagabonde, elle émane. L’esprit le plus obtus va pouvoir le comprendre. Mainte chose visible émet des corpuscules. Certains se dissipent et s’évaporent, la fumée du bois vert ou la chaleur du feu, d’autres sont plus serrés, plus denses, telles en été, les tuniques rondes que déposent les cigales, les habitants les membranes que les veaux dès leur naissance abandonnent, la robe dont le serpent furtif se dévêt dans les ronces ; nous voyons sa dépouille flottante garnir les broussailles. Mais puisque cela se produit, une image ténue doit aussi émaner de la surface des choses. Lucrèce, De la nature (Ier siècle av. J.-C.) (trad. J. Kany-Turpin)

J’étais encore adolescent quand j’ai vu mon premier film. […] Ce qui m’avait si profondément remué, c’était une banale rue de banlieue, que le jeu des ombres et des lumières transfigurait. Quelques arbres se dressaient ici et là et au premier plan une flaque reflétait d’invisibles façades de maisons et un coin de ciel. À un moment, un souffle de vent fit bouger les ombres et les façades avec le ciel audessous d’elles se sont mises à ondoyer. Le monde d’en haut qui tremblait dans la flaque sale : cette image ne m’a plus jamais quitté. Siegfried Kracauer, Théorie du film (1960)

[…] de même que l’herbivore est, par rapport à la plante, un luxe – le carnivore par rapport à l’herbivore –, l’homme est de tous les êtres vivants le plus apte à consumer intensément, luxueusement, l’excédent d’énergie que la pression de la vie propose à des embrasements conformes à l’origine solaire de son mouvement. Georges Bataille, La Part maudite (1949)

Au milieu du champ s’étendait un énorme tas de décors, de châssis et d’accessoires. Un poids lourd arriva avec une autre charge pendant qu’il regardait. C’était le dépotoir ultime. […] Le tas de décors était le dépotoir des rêves. Les Sargasses de l’imagination ! Et le dépotoir s’accroissait continuellement, car il ne se trouvait pas un rêve flottant dans l’air qui n’échût ici tôt ou tard, rêve qui aurait d’abord été fixé dans le plâtre, la toile, le bois et la peinture. Un terrain vague non loin de Hollywood, décrit par Nathanael West dans L’Incendie de Los Angeles (1939)

Serions-nous enfin dignes de mériter ce terme par lequel les romans de sciencefiction nous ont depuis longtemps baptisés : celui de Terriens ? Bruno Latour dans Libération (1er février 2007)

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le rayon vert : le cinéma comme écologie

Programme de courts métrages

LA FORCE DES CHOSES

Ce programme rassemble cinq courts métrages, tournés entre 1949 et 1970 : la donne environnementale est alors absente du débat public, puis marginale, tout au mieux. Si ces films sont « écologiques », ce n’est pas par militantisme, mais par nécessité, par la force des choses : portés par un mouvement de fond de la modernité, leurs auteurs sont enclins à sortir des studios et à humer l’air du dehors. Ce faisant, ils investissent des friches encore peu filmées et sont dès lors bien obligés d’y être attentifs, d’inventer une manière de les regarder. Ils révèlent dès lors, comme de façon collatérale, la manière dont le genre humain bouleverse et modifie radicalement son écosystème.

LES HABITANTS

Obitateli Artavazd Pelechian

Ex URSS . 1970 . 0h10 . dvd Image Evgueni Anissimov Montage L.Volkova Production Bieloruss Film Distribution Films sans Frontières

Un rêve de symphonie animalière qui finit par donner aux bêtes, et non aux spectateurs, le dernier regard.

L’AMOUR EXISTE Maurice Pialat

france . 1960 . 0h19 . digibeta Avec La voix de M.P. Scénario M.P. Image Gilbert Sarthre Montage Liliane Korb Musique Georges Delerue Production Pierre Braunberger Distribution Les films du Jeudi

Il y a une fenêtre, derrière laquelle un train passe. La caméra se rapproche, puis elle s’éloigne. Une radio apparaît. En voix-off, celle de Maurice Pialat, qui commence avec ce film sa carrière de réalisateur : « Mon premier souvenir est un souvenir de banlieue. Aux confins de ma mémoire, un train de banlieue passe, comme dans un film. La mémoire et les films se remplissent d’objets qu’on ne pourra plus jamais appréhender ». Ou comment des réminiscences personnelles en viennent à dessiner une géographie et une écologie du périurbain, la forme d’une non-ville, de terrains vagues en barres bétonnées.

QUE SONT LES NUAGES ? Che cosa sono le nuvole ?

Pier Paolo Pasolini

Italie . 1967 . 0h22 . digibeta Avec Toto, Ninetto Davolli Scénario P.P.P Image Tonino Delli Colli Montage Nino Baragli Production Dino De Laurentiis Distribution F. Centro Sperimentale di Cinematografia

Des marionnettes humaines interprètent Othello, mais les pantins ont une durée de vie limitée : le dépotoir devient ici le seul horizon de la reproduction culturelle et des figures humaines, qu’elles soient fictionnelles ou non. À moins qu’il suffise de lever les yeux.

LE CHANT DU STYRENE Alain Resnais

france . 1959 . 0h19 . digibeta Avec Les voix de Pierre Dux, Sacha Vierny Scénario Raymond Queneau Image Sacha Vierny Montage Claudine Merlin, A.R. Musique Georges Delerue Production Pierre Braunberger Distribution Les films du Jeudi

« O temps suspends ton bol ! / O matière plastique, / qui es-tu, d’où viens-tu ? » Un singulier film d’entreprise commandé par la firme Pechiney à Resnais, consacré à la fabrication du plastique. Devant cette seconde Genèse, capable de recréer toutes les formes et couleurs, le cinéaste paraît à la fois glacé et fasciné, entrevoyant que les arts plastiques sont passés du côté des machines et de l’industrie.

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

La bête lumineuse Pierre Perrault

CANADA . 1982 . 1h57. DCP Avec Louis-Philippe Lécuyer, Philippe Cross, Maurice Aumont Scénario P.P. Image Martin Leclerc Montage Suzanne Allard Production Jacques Bobet Distribution ONF (office national du film du Canada)

Un documentaire grinçant, tour à tour burlesque et inquiétant sur la traditionnelle chasse à l’orignal (l’élan local), au Québec. Au fin fond de la forêt, des citadins croient opérer un retour à la nature en se joignant à une troupe de joyeux chasseurs aguerris. Ils constatent certes la survivance de rites primitifs, mais expérimentent également les faux-semblants d’une microsociété goûtant, non sans sadisme parfois, à l’ironie et à la duperie – à la mise en scène.

LE DIABLE PROBABLEMENT Robert Bresson

FRANCE . 1977 . 1h35 . 35mm Avec Henri de Maublanc, Antoine Monnier, Laetitia Carcano Scénario R.B. Image Pasqualino De Santis Montage Germaine Lamy Production GMF, Sunchild productions Distribution Gaumont

À la fin des années 1970, un jeune Parisien, piéton somnambule, n’a que le dégoût comme certitude : dégoût du monde environnant, nausée devant l’absence de causes susceptibles de le sortir de l’apathie. Il n’en rallie pas moins un petit cercle de militants écologistes, aussi ulcérés qu’inaudibles. « Ce qui m’a poussé à faire ce film, expliquait Bresson, c’est le gâchis qu’on a fait de tout. C’est cette civilisation de masse où bientôt l’individu n’existera plus. Cette agitation folle. Cette immense entreprise de démolition où nous périrons par où nous avons cru vivre. C’est aussi la stupéfiante indifférence des gens, sauf de certains jeunes actuels, plus lucides. »

THE HOst

Gwoemul Bong Joon-ho Corée du sud . 2006 . 1h59. 35mm Avec Song Kang-Ho, Hie-bong Byeon, Hae-il Park Scénario B.J-h., Won-jun Ha, Chulhyun Baek Image Kim Hyung-Goo Montage Sun-min Kim Production Showbox / Mediaplex, Inc., SBS Distribution Paradis Films

Pas de mystère sur l’origine du monstre difforme qui devient « l’hôte » de la Han, l’immense fleuve traversant Séoul. Dans la première séquence, un officier d’une base militaire américaine ordonne à un employé coréen de se débarrasser de dangereux produits chimiques, sans aucun égard pour la pollution qu’ils peuvent occasionner – en l’occurrence l’horrible mutation d’un animal aquatique qui se mue en un prédateur à la fois grotesque et vorace. Une famille modeste se lance à sa poursuite, au fil des méandres du fleuve, pour retrouver l’une des leurs, une fillette que la bête a remisée dans les égoûts de la ville, transformés en garde-manger. Une brillante variation sur le genre du film de monstre, lui-même conçu comme une forme mutante, un monstre composite agglomérant cinéma d’horreur, farce burlesque et mélo. H.A.

le diable probabalement © Gaumont - le chant du styren © Les films du jeudi - les habitants © Les Films sans frontières ...40

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CAPRICCI, Actualités critiques

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

avant-première

La Jalousie

CAPRICCI, Actualités Critiques

France . sortie prevue le 4 décembre 2013 . 1h17 . DCP Avec Louis Garrel, Anna Mouglalis Scénario P.G., Caroline Deruas, Arlette Langmann, Marc Cholodenko Image Willy Kurant Production Saïd Ben Saïd Distribution Capricci Films

Louis quitte Mathilde avec qui il a eu un enfant pour Claudia. Louis et Claudia font du théâtre. L’un enchaîne les rôles tandis que l’autre ne joue pas. Claudia aime Louis, mais elle a peur qu’il la quitte. Un soir, elle fait la rencontre d’un architecte qui lui propose du travail. Louis aime Claudia, mais maintenant c’est lui qui a peur qu’elle le quitte... Et au milieu, il y a Charlotte, la fille de Louis.

Liberté, la nuit France . 1983 . 1h22 Avec Emmanuelle Riva, Maurice Garrel, Christine Boisson Scénario P.G, Image Pascal Laperrousaz Montage Dominique Auvray, P.G Production INA Distribution INA Remerciements à Claudine Kaufmann de la Cinémathèque Française

Philippe Garrel, portraits de famille

la jalousie © Capricci Films

Depuis plusieurs années, Capricci, société nantaise de production, de distribution et d’édition, passe en revue son actualité pendant le FIF. Cette programmation une nouvelle fois l’occasion de présenter un instantané des films et des livres réalisés ou en cours, sans aucun lien apparent, en laissant simplement rêver la ligne. C’est une association le temps d’un événement, une mise en rapport d’auteurs découverts sans préméditation au Clémenceau, au Papy’s ou ailleurs. Au programme 2013, Philippe Garrel à qui Capricci a consacré un livre présentera son dernier film, La Jalousie, avec Anna Mouglalis, Louis Garrel et Esther Garrel. Quatrième collaboration entre le père et le fils, autour d’un épisode de la jeunesse sentimentale de Maurice, le grandpère, La Jalousie est un film élégiaque comme l’œuvre entière du cinéaste, mais c’est aussi un de ses films les plus vifs, légers et apaisés. Cette avant-première sera aussi l’occasion de réunir Philippe Garrel et Philippe Azoury, auteur d’un essai sur le cinéaste. L’incontournable Albert Serra, cinéaste catalan fidèle à La Roche-sur-Yon depuis Honor de Cavalleria et qui boucle avec Histoire de ma mort une trilogie historique et littéraire, fable crépusculaire autour de la rencontre entre Casanova et Dracula, Léopard d’Or au dernier Festival de Locarno. Œuvre sombre, décadente et bouffonne, Histoire de ma mort marque une nouvelle étape dans son cinéma. Il se confronte pour la première fois au corps féminin et à la violence, et cherche à déjouer les pièges de l’humanisme romanesque et du cinéma contemplatif. Découvert, il y a plusieurs années, en compagnie de Pedro Costa et Jean-André Fieschi au Festival DocLisboa au Portugal dans une version tronquée, In the land of the head hunters est le premier film tourné avec et écrit par des Indiens d’Amérique du Nord. Œuvre méconnue et pourtant incontournable de l’histoire du cinéma, c’est l’unique film réalisé par le grand photographe ethnologue américain Edward S. Curtis, spécialiste des tribus d’Amérindiens. Film d’aventures au tournage hors normes, c’est aussi un document inestimable sur leurs coutumes. Pour le 100e anniversaire du film, les laboratoires de restauration américains ont enfin remis sur pied une copie proche de la version originale. Cette nouvelle version est accompagnée d’un ciné-concert par le chanteur-guitariste Rodolphe Burger, qui avait déjà proposé une interprétation sublime de L’Inconnu de Tod Browning. Issu de l’intarissable filon portugais, est apparu cette année au Festival de Berlin un réalisateur portugais, ancien collaborateur de Joao Cesar Monteiro, Manoel de Oliveira et Paulo Rocha : Joao Viana. La Bataille de Tabatô est un film politique qui tresse ensemble les mythes, l’histoire coloniale et le présent d’un pays africain. Enfin, le Festival de La Roche-sur-Yon rend cette année hommage au jeune cinéaste mexicain Nicolás Pereda, réalisateur des Chansons populaires. Cinéaste expérimental qui aime l’acteur non-professionnel, comme Capricci aime le spectateur non-professionnel. Programmation d’amateurs donc, pour festivaliers peu avertis. ...42

Le nouveau film de Philippe Garrel, La Jalousie, s’inspire ouvertement d’un épisode de la vie sentimentale de son père Maurice, immense acteur disparu en 2011. Le scénario portait à l’origine la dédicace « A mon père » - une mention qui, entre-temps, a disparu du film. On ne sera qu’à moitié surpris, Philippe Garrel s’étant toujours plu à brouiller les pistes entre la pure fiction et les éléments empruntés à des épisodes de sa vie ou celle de ses amis. Le film n’est pas un témoin, ni une reconstitution. Il transforme la chose en autre chose et la plonge dans un autre temps. Quand on regarde La Jalousie, on sent une grande et magnifique présence, le film donne l’impression de se déployer en même temps que nous le découvrons, il vit entièrement au présent. Pourtant, il serait impossible de dire si cette histoire a eu lieu hier dans la nuit, ou il y a cinquante ans. Les signes de la modernité se font discrets, jusqu’à l’effacement. Mais ici, pour une fois, on remarquera que la source est moins masquée, plus franche. Au point même que, dans une interview donnée au moment de la présentation du film au festival de Venise en septembre, Philippe Garrel a ouvertement rendu le film à sa source autobiographique. Sans oublier d’apporter la joie de cette dernière précision : « Dans le film, je suis la petite fille. » Et Philippe Garrel d’offrir le rôle de l’enfant (cet enfant qui, avec ce film, fait son grand retour dans la trame garrelienne) à sa propre petite fille, Lena. Le rôle inspiré de Maurice Garrel est joué par le fils du cinéaste, Louis, qui a aujourd’hui l’âge de son grand-père. Dans le film, Louis a une sœur, qui est jouée par sa sœur dans la vie : Esther. C’est un film de famille, qui a la douceur d’une aquarelle, et la beauté poétique d’un repli. Mais c’est surtout un jeu vertigineux avec la transsubstantiation, où le passage de l’expérience de l’un dans l’innocence du corps d’un(e) autre donne aux plans un goût d’éternité. Pour prolonger ce rapport « filial » à l’œuvre dans le cinéma des Garrel, le cinéaste a lui-même choisi deux films : Liberté, la nuit, beauté de 1983, reprend le drame familial (le père et la mère divorcent) mais le plonge dans la fureur d’une guerre d’Algérie qui tue jusqu’en France. Maurice Garrel joue ici un rôle directement inspiré de sa vie. Dans Les Amants réguliers, tourné en 2005, Philippe Garrel fait jouer à son fils Louis les événements de mai 68 dont il avait été l’un des acteurs. Dans une scène d’anthologie, Louis regarde son grand-père Maurice improviser des tours de magie sous ses yeux. Le temps, nucléaire, retient son souffle. Le temps se suspend. Philippe Azoury Les passages entre guillemets, sont extraits du livre de Ph. Azoury, Philippe Garrel, en substance, Capricci, 2013

Un homme pris dans la tourmente des événements d’Algérie connaît un bonheur nouveau mais fugace avec une jeune Algérienne. « Le récit préfère s’intéresser à ce qui a du mal à se dire : la séparation, la rencontre, la peur amoureuse, plutôt que de raconter comme il est convenu de le faire dans le cinéma de genre, la clandestinité politique, les règlements de compte, tout cet espionnage qui entoure le film sans arriver à le pénétrer de l’intérieur. Il faut être très sûr de son geste pour casser un tel film d’action, une telle série B, et regarder dans ses failles pour faire monter l’un des plus beaux plans de femme jamais réalisés : celui de Christine Boisson dans son lit, serrant ses draps contre son ventre nu, tournant la tête vers la caméra alors que sommeille à côté d’elle son amant, Maurice Garrel, le père du cinéaste — ce lien père/fils ne va pas sans ajouter une difficulté supplémentaire pour que la séquence préserve cette pudeur magnifique. Les yeux de Christine Boisson laissent alors remonter le sentiment absolu du féminin devant l’amour, devant le don irrecevable de l’amour. La liberté est dans les mouvements politiques — peut-être. Elle est dans le lit des amants qui se retrouvent enfin face à eux-mêmes — cela, le film en est sûr. »

Les amants réguliers France . 2005 . 2h18 . 35mm Avec Denise Chiabaut, Guillaume Laperrousaz, Françoise Reinberg, Maurice Garrel Scénario P.G, Arlette Langmann. Image William Lubtchansky Montage Françoise Collin, P.G Production Maïa Films, Arte France Cinéma Distribution Ad Vitam

En 1969, un groupe de jeunes gens s’adonne à l’opium après avoir vécu les événements de 1968. Un amour fou naît au sein de ce groupe entre une jeune fille et un jeune homme de 20 ans qui s’étaient aperçus pendant l’insurrection. « Pour une fois, tout ici est censé porter ostensiblement sa date : c’est, en 2005, le grand film sur Mai 68 que le cinéma français n’avait toujours pas produit. Il sera divisé en deux périodes : la première est une reconstitution épique des barricades — une heure d’affrontements dans la nuit entre CRS et manifestants. Une heure de Molotov, de charges de CRS, de courses dans les ruelles du Quartier Latin. Une heure la peur au ventre, mais avec la rage pour vous brûler les doigts. La seconde période suivra certains des jeunes héros de Mai — il y a là un poète, un peintre, un fils de famille, un comédien de théâtre, un étudiant fiévreux, leurs fiancées, enfermés dans une maison, durant les quelques semaines de paranoïa opiumée qui suivirent l’échec du mouvement. A priori, Les Amants réguliers produit de la reconstitution et de la reconstitution seulement. Mais comme jouer aux anciens combattants n’est absolument pas du goût de Garrel, le projet va devoir passer une fois encore sous les fourches caudines de l’abstraction pour que ces images, plutôt que de sentir bon la naphtaline anti-gaulliste, s’éclairent aux lampions de la grogne estudiantine qui commence, en 2005, à se faire entendre (elle prendra feu en mars 2006 lors des manifestations antiCPE, parmi les plus violentes qu’ait connues la France ces dix dernières années, quasi comparables à celles de 1986). »

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CAPRICCI, Actualités critiques

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

In the land of the head hunters © Capricci Films

avant-première

Histoire de ma mort Historia de la meva mort Albert Serra

Espagne, france . sortie prévue le 23 octobre 2013 . 2h28 . dcp Avec Vicenç Altaió i Morral, Elyseu Huertas Cos, Lluis Serrat Masanellas scénario A.S. Image Jimmy Gimferrer Montage Àngel Martín Production Andergraun Films, Capricci Production Distribution Capricci Films

Casanova fait la connaissance d’un nouveau serviteur qui sera le témoin des derniers moments de sa vie. Quittant un château suisse aux ambiances galantes et libertines typiques du XVIIIe siècle, il passe ses derniers jours dans les terres pauvres et sombres de l’Europe septentrionale. Là-bas, son monde de légèretés et de mondanités ainsi que sa pensée rationaliste s’effondrent face à une force nouvelle, violente, ésotérique et romantique représentée par Dracula et son pouvoir éternel. La Bataille de Tabato est également montré dans le cadre des 3e rencontres du cinéma indépendant (p. 48-49)

La Bataille de Tabato A Batalha de Tabatô João Viana

Guinée-Bissau, Portugal . sortie prévue le 18 décembre 2013 . 1h23 . Blu-Ray Avec Fatu Djebaté, Mamadu Baio, Mutar Djebaté scénario E.S.C. Image Mario Miranda Montage Edgar Feldman Production Papaveronoir Distribution Capricci Films

Après trente ans d’exil, Baio accepte de revenir en Guinée-Bissau à la demande de sa fille. Fatu tient à ce que son père l’accompagne le jour de son mariage. Elle va épouser Idrissa, célèbre chanteur des Supercamarimba. La cérémonie doit se dérouler à Tabatô, le village des griots, peuple de musiciens. Mais lorsque Baio retrouve les lieux de son passé, les souvenirs de la guerre d’indépendance remontent à la surface. Pour en finir avec la guerre et ses fantômes, Idrissa décide de mener une dernière bataille...

In the Land of the Head Hunters Edward S. Curtis

états-Unis, Canada . 1914 - sortie prévue le 20 novembre 2013 . 1h07 . blu-ray Avec Stanley Hunt, Margaret Wilson Frank, Sarah Constance Smith Hunt, Mme David Hunt, Mme Mungo Martin scénario E.S.C. Image Edmund August Schwinke Production World Film Corporation, Milestone Films & Video Distribution Capricci Films

Motana, fils d’un grand chef indien, part à l’aventure pour acquérir des pouvoirs surnaturels. La nuit, il rêve de la belle Naida. Il se promet de l’épouser à son retour. Mais la jeune fille est aussi convoitée par le féroce Sorcier qui règne sur les chasseurs de tête. Craignant ses terribles sortilèges, Waket, père de Naida, lui a destiné sa fille. Une guerre entre tribus se prépare…

SOIRée CINé-concert avec Rodolphe Burger >> mardi 8 octobre à 20h00 stéréolux - nantes In the Land of the Head Hunters, le génial film consacré aux Indiens réalisé en 1914 par le grand photographe Edward S. Curtis, est enfin présenté dans une version restaurée. A mi-chemin entre le documentaire et la fiction, celui-ci présente notamment d’incroyables scènes de cérémonies, de rituels et de danse, au cours desquels les Indiens, revêtus de costumes d’ours ou d’oiseaux, exécutent de puissantes chorégraphies. Sur ces images dont la valeur historique est inestimable et la force plastique explosive, le musicien Rodolphe Burger, habitué des expériences inédites, improvise une musique dont les rythmes alternent le tribal et le rock. La rencontre de ce chef-d’œuvre et de ces sonorités jouées en direct transforme la séance en un moment unique, où chacun est bientôt porté à la transe.

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...44 histoire de ma mort © Capricci Films


3e rencontres du cinéma indépendant

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

3e Rencontres du cinéma indépendant par l’ACOR et le SDI

Le Festival International de La Roche-sur-Yon, le SDI (Syndicat des Distributeurs Indépendants) et l’ACOR (Association des Cinémas de l’Ouest pour la Recherche) s’associent à nouveau en 2013 pour organiser les Rencontres du cinéma indépendant, avec la même ambition : faire découvrir des œuvres d’auteurs inédites, issues des lignes éditoriales des membres du Syndicat des Distributeurs Indépendants, qui ne bénéficient pas de la notoriété préalable des films art et essai médiatisés. Les tensions commerciales sont toujours plus violentes sur le marché, au détriment des films les plus fragiles. L’accélération de la « rotation » des films programmés s’effectue au détriment de ces œuvres, qui ne disposent plus du temps nécessaire pour rencontrer leurs spectateurs, risquant de conduire à leur disparition. Or dans le secteur cinématographique, contrairement à la règle industrielle habituelle, la fonction « recherche et développement » n’est pas assurée par les groupes dominants. Le renouvellement de l’offre de films (accompagnement de nouveaux cinéastes, découverte des cinématographies peu diffusées, réédition des œuvres du patrimoine cinématographique, etc.) repose exclusivement sur les distributeurs indépendants, qui font office de « têtes chercheuses ». Ils en avancent les « frais d’édition » (promotion et tirage des copies), assumant seuls les risques d’un éventuel échec. C’est une démarche souvent ingrate puisque, si un auteur ou une cinématographie sont reconnus, leurs films seront ensuite proposés à des sociétés disposant de moyens financiers supérieurs, sans que ceux qui les ont fait découvrir puissent rivaliser ni recueillir les bénéfices de ce succès ultérieur. Afin d’être reconnus et d’avoir une chance de déclencher le « bouche à oreille » favorable qui leur donnera accès à un nombre significatif d’écrans, ces films doivent pouvoir être vus par le maximum de programmateurs des salles, de journalistes et de spectateurs cinéphiles. Les festivals à la ligne éditoriale exigeante, comme celui de La Roche-sur-Yon, sont des plates-formes idéales. Un jury composé de Antoine GLEMAIN – exploitant du Vox à Mayenne/salle ACOR , associé à Yannick REIX, Emmanuel BURDEAU, Charlotte SERRAND – équipe du Festival – et Catherine BAILHACHE – coordinatrice de l’ACOR – a accepté de sélectionner quatre films de qualité venant d’horizons géographiques très divers : Eka et Katia, chronique d’une jeunesse géorgienne de Nana EKVTIMISHVILI et Simon GROSS (Géorgie - Arizona Distribution) La Bataille de Tabatô de Joao VIANA (Guinée Bissau/Portugal - Capricci Films) - P.44 La Pie voleuse [programme de 3 courts métrages d’animation (1964/1973)] de Emmanuelle LUZZATI et Giulio GIANINI (Italie - Les Films du Préau) Leçon d’harmonie de Emir Baigazin (Kazakhstan - Arizona Distribution) Pour la première fois cette année, un échange aura lieu avec le public après la projection en privilégiant un « éclairage » thématique spécifique illustrant chaque film, avec la participation de son distributeur, éventuellement accompagné d’intervenants apportant leur expertise.

Vincent PAUL-BONCOUR & Étienne OLLAGNIER Co-Présidents du SDI

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Eka et Natia, Chronique d’une jeunesse georgienne © Arizona Distribution

La Bataille de Tabato A Batalha de Tabatô João Viana lire p.44

EKA & NATIA, chronique d’une jeunesse géorgienne Grzeli nateli dgeebi Nana Ekvtimishvili et Simon Groß

Géorgie . sortie prévue le 27 novembre 2013 . 1h42 . blu-ray Avec Lika Babluani, Mariam Bokeria scénario N.E. Image oleg Mutu Montage Stefan Stabenow Production Polarz Film Indiz, Arizona Production Distribution Arizona Distribution

Inséparables, Eka et Natia vivent à Tbilissi, en Géorgie, au lendemain de l’effondrement de l’Union soviétique. À 14 ans, elles vivent le quotidien des jeunes filles de leur âge, dans la rue, à l’école, avec les amis ou la famille. Confrontées à la domination des hommes, elles luttent pour leur liberté avec l’énergie et la force de la jeunesse.

la pie voleuse

Emanuele Luzzati et Giulio Gianni italie . 1964/1973 - sortie en fevrier 2013 . 0h36 . blu-ray Scénario E.L, G.G. Distribution Les Films du Préau

Trois fabuleuses adaptations en papiers découpés consacrées aux opéras de Rossini; Lindaro et sa fiancée, naviguant depuis Venise, font naufrage sur les côtes d’Alger. Ils sont faits prisonniers par le pacha Moustafa en quête d’une nouvelle épouse. dans une petite maison au pied du Vésuve vit un drôle de coquin. Menteur et paresseux, Pulcinella (Polichinelle), poursuivi par sa femme et par les gendarmes, se réfugie sur le toit et se met alors à rêver de triomphe et de gloire. A la tête d’un régiment de mille soldats, trois puissants rois se mirent en marche pour faire la guerre aux oiseaux. Mais la pie leur donna du fil a retordre.

Leçon d’harmonie Uroki Garmonii Emir Baigazin

Kazakhstan . sortie en fevrier 2013 . 1h54 . blu-ray Avec Timur Aidarbekov, Aslan Anarbayev, Mukhtar Anadassov scénario E.B. Image Aziz Zhambakiyev Production JCS Kazakhfilm/the Post Republic Halle, Rohfilm, Arizona Prod. Distribution Arizona Distribution

Aslan, 13 ans, vit avec sa grand-mère dans un village au Kazakhstan. Il fréquente un collège où la corruption et la violence tranchent avec son obsession du perfectionnisme. Le jeune Bolat, chef du gang des mauvais garçons, humilie régulièrement Aslan devant ses camarades de classe et extorque de l’argent à tous les adolescents. Aslan prépare une vengeance féroce et implacable.

Leçon d’harmonie © Arizona Distribution

L’ACOR - Association des cinémas de l’ouest pour la recherche

Le SDI - Le Syndicat des distributeurs indépendants

Créée en 1982, l’ACOR est une association inter-régionale implantée dans six régions de l’ouest de la France : Bretagne, Centre, Haute-Normandie et Basse-Normandie, Pays de la Loire et Poitou-Charentes. Elle regroupe vingt-six structures (cinémas pour la plupart labellisés « recherche » et associations) tounées vers la défense de l’art et essai et de la recherche dans le cinéma. L’ACOR a pour principal objectif la mise en œuvre, seule ou en collaboration avec des partenaires extérieurs, de pratiques communes de programmation, d’animation et de promotion des films, destinées à favoriser la découverte de nouveaux spectateurs et la rencontre des publics avec des œuvres cinématographiques et audiovisuelles variées et de qualité.

Créé en 1991 et regroupant 36 sociétés, le SDI est devenu une force incontournable de défense des intérêts des entreprises indépendantes de distribution cinématographique sur un marché de plus en plus soumis aux agressions de la concentration et à une difficulté croissante d’accès aux écrans pour les films exigeants. Il est la garantie du maintien en France d’une offre de films riche, diversifiée et «métissée». A l’origine de la présentation au public de près de 27% des films recommandés art et essai sortis en 2012 (144 titres), dont 37% de ceux qui relèvent des « cinématographies peu diffusées », ses adhérents sont en outre présents dans toutes les catégories : création récente et cinéma documentaire (88 films), œuvres destinées au jeune public (15 films), patrimoine (41 films). Le SDI agit pour que perdurent le pluralisme et la liberté d’action indispensables à l’exercice de cette profession, faite d’engagement aux côtés des films, de prise de risques et de passion.

www.lacor.info • contact@lacor.info

L’ACOR en région Pays de La Loire le Jacques Tati (fanal) à Saint-Nazaire (44) - – le Concorde à La Roche/Yon (85) Atmosphères 53 à Mayenne (53) - le Vox à Mayenne (53) - les 400 Coups à Angers (49)

L’ACOR dans les autres régions Scène Nationale (DSN) à Dieppe (76) - l’Ariel à Mont-Saint-Aignan (76) - l’Omnia à Rouen (76) - l’Espace Aragon à Oissel (76) - le Lux à Caen (14) - le Café des images à Hérouville-StClair (14) - le Dauphin à Plougonvelin (29) - la Salamandre à Morlaix (29) – le quai dupleix à Quimper (29) – le Quai des images à Loudéac (22) - l’Arvor à Rennes (35) - le Ciné-TNB à Rennes (35) - l’Apollo à Châteauroux (36) - les « Studio » à Tours (37) - Ciné’fil à Blois (41) - le cibdi à Angoulême (16) - la Coursive, scène nationale à La Rochelle (17) - le Moulin du roc à Niort (79) - le Tap cinéma à Poitiers (86) - le Dietrich à Poitiers (86).

www.sdicine.fr • sdicine@free.fr

LES MEMBRES DU SDI FILMS RÉCENTS A3 DISTRIBUTION - ACACIAS ACTE FILMS - ARAMIS FILMS - ARIZONA FILMS DISTRIBUTION - BODEGA FILMS - CAPRICCI FILMS - CHRYSALIS FILMS - COMMUNE IMAGE MEDIA - CONTRE-ALLÉE DISTRIBUTION - DISSIDENZ FILMS - DOCUMENTAIRE SUR GRAND ÉCRAN ÉQUATION DISTRIBUTION - HÉLIOTROPE FILMS HEVADIS FILMS - INDEPENDENCIA DISTRIBUTION - LES FILMS DE L’ATALANTE - LES FILMS DES 2 RIVES - LES PRODUCTIONS DE LA GÉODE - IBERI FILMS - JOUR2FÊTE - NIZ ! - OUTPLAY - SHELLAC - TERRE DES MONDES -ARAMIS FILMS THE FRENCH CONNECTION - URBAN DISTRIBUTION VERSION ORIGINALE/CONDOR - ZEUGMA FILMS -FILMS DISTRIBUTION FILMS DESTINÉS AU JEUNE PUBLIC CINÉMA PUBLIC FILMS - GEBEKA FILMS - LES FILMS DU PRÉAU - LES FILMS DU WHIPPET FILMS DU PATRIMOINE CARLOTTA FILMS MALAVIDA - SOLARIS DISTRIBUTION

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séances spéciales - débats - rencontres

Pasolini, deux fois encore Le Festival International du Film de La Roche-sur-Yon a tenu à poursuivre ses échanges avec le FIDMarseille, en prolongeant l’hommage qui a été rendu au cinéaste italien Pier Paolo Pasolini cette année dans la capitale de la culture. Au programme : Porcherie, dans lequel on retrouve Jean-Pierre Léaud, invité d’honneur de l’année dernière, et La Ricotta, reconstitution de la Passion du Christ au sein d’un tournage et film qui compte parmi ceux qui importent le plus aux yeux de Roee Rosen. Porcherie et La Ricotta seront accompagnés de deux conférences données par deux connaisseurs de l’œuvre de Pasolini, Hervé Joubert-Laurencin et Stéphane Bouquet.

Approches de La Ricotta par Stéphane Bouquet

italie . 1963 . 0h45 . 35mm Avec Laura Betti, Orson Welles, Mario Cipriani Image Tonino Delli Colli Distribution Carlotta Films

Qu’est-ce que La Ricotta ? Un film où Pasolini devient le peintre qu’il aurait pu être ? Un film où il rôde autour du Christ comme il aimait faire ? Un film sur les puissances ogresques du cinéma ? Ou tout cela à la fois ?

La Terre du Volcan - Porcherie par Hervé Joubert-Laurencin

italie, france . 1969 . 1h39 . 35mm Avec Pierre Clémenti, Jean-Pierre Léaud scénario P-P.P. Image Tonino Delli Colli, Amando Nannuzzi, Giuseppe Ruzzolini Production CAPAC, FIlm dell’Orso, IDI Cinematografica Distribution BAC Films

La partie sauvage de Porcherie, qui se déroule sur les pentes du volcan Etna, qui domine la ville sicilienne de Catane, aurait dû, un temps, être distribuée avec Simon du désert de Buñuel. On pourrait dire que la partie allemande, tournée dans une villa néo-palladienne de Stra, en Vénétie, est une sorte d’Ange exterminateur : tétanisés, on ne sort plus du domaine à la Marienbad.

L’une est la sauvagerie à l’état pur : meurtres, viols, cannibalisme, loi du talion. L’autre est la barbarie à l’état légal : crime sexuel dans l’enceinte de sa propriété, destruction et spoliation des juifs, fusion industrielle néocapitaliste, chirurgie esthétique. Le point commun est le Volcan. D’un côté il fume et mange les têtes d’hommes. De l’autre il a fondé l’immutabilité civilisatrice sur leur monstrueuse cuisson, et les paralyse de sa lave. Une fois de plus, il faudra revenir à Catane, à Marcello Mastroianni, au Bel Antonio, à sa larme, à sa dure impuissance, à son autre Nuit, celle qu’a écrite PPP en 1960 avant d’entrer vraiment en cinéma.

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

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Mati Diop, mille et un soleils TOUKI BOUKI

Djibril Diop Mambety Sénégal . 1973 . 1h26 Avec Magayer Niang, Maréme Niang, Christopher Colomd, Moustapha Toure scénario D.D.M. Image Pap Samba Sow, Georges Bracher Montage Siro Asteni Production D.D.M. Distribution Cinemateca de Bologna

Mory, jeune berger propriétaire d’une moto surmontée de cornes de buffle, et Anta, étudiante à l’Université, sont amoureux. Un rêve les anime, quitter Dakar, le Sénégal, et rejoindre le paradis, situé, croient-ils, à Paris. Pour acheter le billet de ce voyage, Mory rivalise d’astuces. Dans cette comédie aigre-douce, c’est la situation d’une Afrique des années 1970 qui se raconte, celle déchirée entre l’exil et la décision de rester, entre le rêve et la débrouille, entre l’ancien et le nouveau, mais c’est aussi une réflexion ample et drolatique sur le choix.

MILLE SOLEILS Mati Diop

france . 2013 . 0h45. dcp Avec Magaye Niang scénario M.D. Image Hélène Louvart,Mati Diop Montage Nicolas Milteau Production Anna Sanders Films remerciements Anna Sander Films

Sauf à se leurrer, hériter se choisit. Et exige même beaucoup : rien moins que de remonter dans le temps. C’est ce périple qu’entreprend ici Mati Diop, jeune cinéaste au parcours déjà avéré, en direction d’un film culte, Touki Bouki, réalisé en 1972 à Dakar par son oncle aujourd’hui défunt, Djibril Diop Mambety. L’argument en est simple : un couple d’amoureux rêve du paradis qu’ils situent à Paris et se donnent les moyens de le rejoindre. L’une embarquera vers l’idéal et l’exil, l’autre décidera in extremis de rester. Fable aux accents burlesques sur tradition et modernité, ce Voyage de la Hyène (traduit du wolof) évoque avant tout le choix : s’ingénier à être en mesure de choisir, puis choisir, libre des efforts déployés. Dans cet autre voyage auquel s’expose Mati Diop, l’histoire de sa famille, l’histoire du cinéma, l’histoire du Sénégal aussi, s’entremêlent, portées par Magaye Niang, le protagoniste de l’épopée d’alors, jusqu’à superposer les temporalités et faire revenir aujourd’hui des personnages (et leurs attributs : la fameuse moto-buffle) du film d’il y a 40 ans. Entre naturalisme et fantastique, entre hommage et enquête, entre humour et mélancolie, Mille Soleils remplit la promesse de son titre, et brille de bien des feux. J-P.R.- catalogue FID 2013

La Bataille de Solférino Justine Triet

SKORECKI DEVIENT PRODUCTEUR

france . 2013 . 1h34. blu-ray Avec Laetitia Dosch, Vincent Macaigne, Arthur Harari scénario J.T. Image Tom Harari Montage Damien Maestraggi Production Ecce Films Distribution Shellac

6 mai 2012, Solférino. Laetitia, journaliste télé, couvre les présidentielles. Mais débarque Vincent, l’ex, pour voir leurs filles. Gamines déchaînées, baby-sitter submergé, amant vaguement incrust, avocat misanthrope, France coupée en deux : c’est dimanche, tout s’emmêle, rien ne va plus !

Louis Skorecki france . 2013 . 1h34. digibeta

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Première mondiale du nouveau film — burlesque, grave, atypique — d’un grand critique qui est aussi un grand cinéaste (Eugénie de Franval, Les Cinéphiles…). Louis Skorecki a enfin quitté Libération, son squat depuis vingt-cinq ans. Il veut devenir producteur. Producteur de tomates ? Non, de films. Lui qui ne supporte plus le cinéma et n’aime que les séries télé — et encore —, comment va-t-il s’y prendre ?

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Federico Pellegrini Parallèlement à son activité de musicien - avec The Little Rabbits jusqu’en 2005, puis French Cowboy dans ses diverses formations - Federico Pellegrini mène depuis une dizaine d’années un travail irrégulier mais constant de vidéaste - avec les moyens du bord : caméra DV, appareil photo, ordinateur, décors improvisés... Il y est à la fois acteur, opérateur, monteur, scénariste, post-synchronisateur et de multiples personnages. france . 1969 . 1h34 Avec Federico Pellegrini scénario Federico Pellegrini Image Federico Pellegrini Production Federico Pellegrini - sauf 03 : une co-production Pierrick Sorin Production et Télénantes - 05 & 06 : commande de l’Hôtel Pommeraye à Nantes Remerciements Laurent Mareschal

01 - Les colocataires, Episode 0 (04:30) 02 - Bande à part, Les comédies musicales (04:12) 03 - Bande à part, En décors naturels (04:47) 04 - Bande à part, L’épisode de Noël (05:53) 05 - Hôtel Pommeraye (19:56) 06 - 4 Chambres sauvées des eaux (08:24) 07 - Les colocataires, Bonne (03:13) 08 - Bande à part, Le film politique (06:33) 09 - Bande à part, Le thriller (06:06) 10 - Bande à part, Epilogue (06:07)

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

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la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

La critique sur Internet, 2e édition :

Une mutation, mais qui donnera quoi ? La critique de cinéma connaît une mutation inédite. Pour la première fois dans l’histoire de l’art, une création et le discours sur cette création peuvent partager une même matière : le numérique. Pour prendre la mesure des perspectives offertes par ce changement, il faut imaginer le commentaire d’un tableau de maître se faire sous la forme de pures couleurs, celui d’une sculpture devenir une autre sculpture, une danse répondre à une autre, etc. Enfin pas tout à fait, car nous n’en sommes pas à projeter sur un écran de cinéma des critiques, qu’elles soient des textes ou des images en mouvement, simplement à les diffuser sur cette toile commune qu’est Internet. Avec l’offre croissante de la vidéo à la demande, le saucissonnage en extraits permis par YouTube et consorts, les captures d’écran, voire le montage inter-filmique à la portée du plus grand nombre, écrire sur le cinéma revient à plaquer littéralement son discours sur les images. Il ne s’agit pas encore de jongler avec celles-ci, comme Tom Cruise dans Minority Report, ni de confondre les films avec les questionnements qu’ils suscitent, d’indifférencier l’art et la critique – peut-être même n’est-ce pas souhaitable, à moins de considérer la critique comme un art, ce qui est un autre débat

– mais une chose est sûre : Internet s’impose en terrain commun et encore vierge qu’il convient de défricher. Reste à savoir ce que nous y trouverons : de véritables nouveaux chemins ou un statu quo ? Et qui en seront les aventuriers : des critiques solitaires dont la parole n’engage qu’eux ou des groupes de toutes nationalités, susceptibles de s’agglomérer les uns aux autres en fonction des circonstances ? Des amateurs ou des experts ? Ce sont les enjeux du débat organisé pour la deuxième année consécutive par le Festival International du Film de La Roche-sur-Yon. Des enjeux importants, d’où la nécessité d’inscrire cette prospective dans le temps, avec la participation active du public. L’édition 2012 s’interrogeait sur l’héritage de Serge Daney, critique que son goût pour la multiplicité des supports aurait sûrement amené à bloguer ou à twitter. Il convient de poursuivre ce travail et de l’orienter vers davantage de prospective, grâce à nos participants, complémentaires dans leurs approches éditoriales, techniques et commerciales. Christophe Beney, cofondateur de accreds.fr et enseignant-chercheur en cinéma.

feux croisés

la nuit monstre(s) The host

Bong Joon Ho (lire p.40)

L’Etrange créature du lac noir The Creature from the Black Lagoon Jack Arnold

états-unis . 1954 . 1h20 . dcp 3d Avec Richard Carlson, Julie Adams, Antonio Moreno scénario Harry Essex, Arthur A. Ross, Maurice Zimm, William Alland Image William E. Snyder Montage Ted J. Kent Production Universal International Pictures Distribution Carlotta Films

Au cœur de l’Amazonie, un paléontologue découvre un fossile de main appartenant à une espèce inconnue. Persuadé qu’il s’agit du chaînon manquant entre l’homme et le poisson, il rassemble une expédition pour exhumer le reste du squelette. L’équipe décide alors de descendre le fleuve en bateau, s’enfonçant dans un territoire sauvage et poisseux, sans se douter que les eaux abritent encore l’étrange créature…

Total Recall Paul Verhoeven

états-unis . 1990 . 1h53 . blu-ray . Interdit aux moins de 12 ans Avec Arnold Schwarzenegger, Rachel Ticotin, Sharon Stone scénario Ronald Shusett, Dan O’Bannon, Jon Povill, Gary Goldman, d’après l’oeuvre de Philip K. Dick Image Jost Vacano Montage Frank J. Urioste Production Carolco International N.V., Carolco Pictures, TriStar Pictures Distribution Carlotta Films

2048. Doug Quaid rêve chaque nuit qu’il est sur la planête Mars à la recherche de la belle Melina. Sa femme, Lori, s’efforce de dissiper ce fantasme. Doug va bientôt s’apercevoir que son rêve était artificiel et que sa femme est une espionne chargée de veiller à son reconditionnement mental. Il se souvient d’un séjour réel sur Mars, à l’epoque où il était l’agent le plus redouté du cruel Coohagen. Il décide de s’envoler sur Mars à la recherche de son énigmatique passé.

www.feuxcroises.com

La revue en ligne Feux Croisés est née d’une envie commune de la part de Cédric Bouchoucha et moi-même de s’affranchir d’une pratique universitaire du cinéma – que nous exerçons tous les deux depuis quatre ans – ne répondant pas totalement à nos attentes. L’idée d’écrire sur le cinéma via Internet s’est imposée pour d’évidentes raisons économiques : la maintenance d’un site comme Feux Croisés coûte moins cher que l’entreprise d’une revue papier. La publication de dossiers consacrés à des figures du cinéma, et plus rarement des séries télévisées, marque la différence de Feux Croisés, qui a d’abord souhaité au cours de sa première année se consacrer à un sujet par mois. La préparation de ces dossiers est, jusqu’à présent, toujours déclenchée par une actualité, mais nous ne cherchons pas à traiter toute l’actualité, tous les films, comme des données, à la manière de la plupart des autres webzines. Etudier, approfondir un auteur au gré d’une dizaine d’articles rédigés par des plumes exigeantes, venues de tous les horizons, tel est l’objectif. La pluralité des points de vue et des connaissances cinématographiques est donc au centre de la rédaction de Feux Croisés. Chloé Beaumont est cofondatrice et co-rédactrice en chef de feuxcroises.com

mubi

www.mubi.com

« La télévision avait deux avenirs possibles. Le jeu vidéo et l’école du soir. » Une idée que formulait Daney en 1982 et que je me plais, en la détournant, à reporter au cinéma, à l’objet téléviseur et à sa console vidéoludique potentiellement adjointe, qui permettent aujourd’hui de visionner les différents catalogues des offres locales de VOD. Chaque objet possède alors sa propre approche – le déplacement au cinéma se transpose en déplacement dans un menu. Les aménagements intérieurs simulent ceux de la salle. Le « cinéma à la maison » émule la « maison du cinéma », et les nouveaux supports du film sont partagés avec ceux de la vidéo, même du jeu vidéo. Directeur de MUBI France, je crois en l’avenir de la VOD en tant que moyen d’atteinte d’un public privé, pour différentes raisons, de nombreux aspects du cinéma ; en tant qu’accompagnement de la salle, de cinéma mais aussi de musée. Nous acquérons, programmons et partageons des films sur MUBI avec l’esprit non pas d’un phagocyte qui viendrait donner le coup de grâce à la dernière bobine, mais d’une nouvelle possibilité de voir et de partager, où que ce soit dans le monde, des films précieux qui ont parfois disparu des salles, ou qui n’ont jamais bénéficié d’une sortie française. La présence d’un film sur le vaste territoire qu’est Internet a engagé de nouvelles questions quant à sa protection et sa diffusion selon des règles elles-mêmes bouleversées, mais est surtout devenue un moyen, que j’estime unique en force d’atteinte d’un public désirant, de faire connaître ou redécouvrir des œuvres qui ont parfois plus que contribué à forger différentes histoires du cinéma, ou qui s’apprêtent à le faire. Quentin Carbonell est directeur de MUBI France.

BLOW UP http://www.arte.tv/fr/blow-up-l-actualite-du-cinema-ou-presque/3482046.html Lorsque ARTE m’a demandé de réfléchir à une émission de cinéma sur le net, j’ai commencé par définir ce que je ne voulais pas ou plus faire : pas de critique des films sortant tous les mercredis, pas de comptes rendus de festivals, pas de panoramas du jeune cinéma de tels pays, pas de rencontres avec les réalisateurs ou acteurs en promotion… Mon envie était plutôt de faire du montage, de plonger dans les images, de les faire entrer en résonnances avec d’autres, de les réinventer différemment en les extrayant de leur contexte pour les plonger dans un autre, bref de proposer une écriture critique fondée sur l’image et, surtout, le raccord. Cela a pris la forme de recut sur des thématiques (le métro, la piscine, l’école…), sur des cinéastes (Gus Van Sant, Fritz Lang, David Cronenberg…), sur des acteurs (Belmondo…), cela a également pris la forme de collisions entre deux films (Un homme qui dort meets Taxi Driver, Barton Fink meets Shining…), entre deux cinématographies (Alfred Hitchcock vs Brian De Palma) ou même entre un roman et un film (Bruges-la-morte de Rodenbach et Vertigo d’Hitchcock). Bref, avec la collaboration de nombreux cinéastes qui ont accepté de participer au site (Ange Leccia, Bertrand Bonello, Johanna Vaude, Laetitia Masson, Jean-Paul Civeyrac, Valérie Mréjen et beaucoup d’autres), l’enjeu de Blow up consiste à parler de cinéma tout en en faisant. Luc Lagier est rédacteur en chef et réalisateur du webmagazine Blow Up sur arte.fr LE MONDE - LE BLOG

www.cannes.blog.lemonde.fr ; www.cinema.blog.lemonde.fr

On aurait pu imaginer que la critique change de nature avec le Net. Que la possibilité d’intégrer au texte des vidéos, des photogrammes, des sons, influence l’écriture ellemême, et in fine la pensée. Il y a eu quelques exemples, passionnants d’ailleurs : le premier site des Cahiers du cinéma en 2000 (qui a fait long feu), le blog 365 Jours ouvrables de Joachim Lepastier... Mais dans l’ensemble, rien n’a vraiment bougé. Peu importe le support, ce qui différencie un texte de Chonic’Art, d’un autre publié par Le Monde, d’un troisième posté sur un blog cinéphile tient essentiellement à la plume de l’auteur. En même temps, c’est évident, l’activité critique s’est transformée. La disponibilité en ligne des films, ou du moins des extraits, change le rapport à la mémoire. Le temps où un souvenir brumeux, voire complètement déformé, pouvait avantageusement s’inscrire dans un texte, est révolu. Une telle licence n’est plus guère défendable. Avec les réseaux sociaux, surtout, la critique de cinéma se répand. Les discussions cinéphiles ne se limitent plus aux sorties de projection, elles se poursuivent en continu, sautant les frontières et les fuseaux horaires, passant du registre le plus trivial au plus érudit sans transition, se greffant sur n’importe quel objet. La critique contamine tout. Elle est partout. Isabelle Regnier est journaliste au Monde et tient deux blogs via lemonde.fr : Film Bazar et The Bubble.

Une retranscription écrite des rencontres sera faite par Marielle Millard, pour l’ACOR. ...50

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séances spéciales - débats - rencontres

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

masterclass Quel outil pour quel film Jean-Pierre Beauviala, fondateur d’Aaton, unique fabricant de caméras en France, évoquera quelques-unes de ses grandes inventions, ainsi que les cinéastes qui ont travaillé avec elles : Jean-Luc Godard, les frères Dardenne, Léos Carax, Claude Lanzmann, Xavier Beauvois…

film de clôture Inside Llewyn Davis Ethan Coen, Joel Coen

états-unis . sortie le 6 novembre 2013 . 1h45 . 35mm Avec Oscar Isaac, Justin Timberlake, Carey Mulligan scénario E&J.C. Image Bruno Delbonnel Montage E&J.C. Production Mike Zoss Productions, Scott Rudin Productions, StudioCanal Distribution StudioCanal

Inside Llewyn Davis raconte une semaine de la vie d’un jeune chanteur de folk dans l’univers musical de Greenwich Village en 1961. Llewyn Davis est à la croisée des chemins. Alors qu’un hiver rigoureux sévit sur New York, le jeune homme, sa guitare à la main, lutte pour gagner sa vie comme musicien et affronte des obstacles qui semblent insurmontables, à commencer par ceux qu’il se crée lui-même. Il ne survit que grâce à l’aide que lui apportent des amis ou des inconnus, en acceptant n’importe quel petit boulot. Des cafés du Village à un club désert de Chicago, ses mésaventures le conduisent jusqu’à une audition pour le géant de la musique Bud Grossman, avant de retourner là d’où il vient.

mubi MUBI est une plateforme VàD (Vidéo à la Demande) innovante, présente sur le marché international depuis bientôt sept ans et dédiée aux films d’auteur, classiques, rares et expérimentaux. Fonctionnant sur un principe unique «festivalier», MUBI vous propose 30 films par mois et, chaque matin, une nouveauté qui remplace le film le plus ancien de la sélection. Pour moins de 5€ par mois, vous aurez accès à un catalogue varié, choisi pour vous avec soin par une équipe de cinéphiles. Nous imaginons la VàD proche de la salle de cinéma, de musée, mais aussi de l’écrit et d’autres pratiques aux frontières toujours plus perméables. Il est donc naturel pour MUBI de s’associer au jeune et pétillant Festival International du Film de La Roche-sur-Yon qui partage nos ambitions de nouveauté et d’expérimentation. Vous pourrez retrouver sur MUBI France, durant le festival, plusieurs films tirés ou inspirés de la sélection 2013 pour prolonger cette expérience unique et exceptionnelle. Bons films à la Roche sur Yon, et sur MUBI.

>> Bénéficiez de 30 jours d’essai gratuit sur MUBI avec le FIF de La Roche-sur-Yon en vous rendant sur cette page : fr.mubi.com/fif85

RENCONTRES PROFESSIONNELLES L’OPCAL (Organisation de Professionnels du Cinéma et de l’Audiovisuel Ligériens)

est née de la volonté de professionnels du cinéma de développer et de promouvoir la filière cinématographique et audiovisuelle en Pays de la Loire. L’association est ouverte à tous les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel des Pays de la Loire, et s’est fixée plusieurs missions : informer et renseigner les professionnels, favoriser la diffusion de la création régionale, favoriser une réflexion sur l'avenir de nos métiers. Cette année, l’OPCAL sera présente sur le Festival pour participer à des sessions de réflexion sur des thématiques propres à la filière cinématographique et audiovisuelle.

Animation pédagogique : Rencontre avec un ingénieur du son

Le cinéma Le concorde porte la coordination départementale du dispositif national « Ecole et cinéma ». Ainsi depuis trois ans, nous offrons aux enseignants un temps de formation avec un professionnel du cinéma. Nous vous proposons cette année une rencontre avec Thomas Fourel, invité des Films du Plessis, qui s’appuiera, entre autres, sur les films programmés cette année dans le cadre de Ecole et cinéma pour parler de son métier et analyser le son au cinéma. Les Films du Plessis est une association vendéenne tournée vers les résidences d’artistes et les relations entre le public et les professionnels du cinéma. cette association part surtout de la question du lieu, ici un logis vendéen dénommé Le Plessis, pour penser un regard singulier sur le territoire, géographie fouillée par le cinéma. Thomas Fourel est l’invité automnal des Films du Plessis, il va réaliser un court métrage et partager son expérience d’ingénieur du son et monteur son. Il a notamment travaillé sur Poursuite (Marina Déak), Fading (Olivier Zabat), The Cat, the reverend and the slave (Alain Della Negra et Kaori Kinoshita), L’hypothèse du Mokole Mbembe (Marie Voignier), Opium (Arielle Dombasle), Les Mouvements du bassin (HPG)...

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la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

séances spéciales - débats - rencontres

MERCREDI 16 OCTOBRE 14:30 16:15 16:15 18:45 19:30

Avant-première jeune public Loulou, l’incroyable secret de Grégoire Solotareff - Manège. Conférence de Hervé Aubron Rayon vert : signes de pistes et repérages - Manège. Touki Bouki de Djibril Diop Mambety - Concorde. La Force des choses (programme de courts métrages) présenté par Hervé Aubron - Concorde. Soirée d’ouverture : Film surprise - Manège.

JEUDI 17 OCTOBRE 10:15 14:00 14:15 19:00 20:15 22:00

La Force des choses (programme de courts métrages) présenté par Hervé Aubron - Théâtre. Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois, suivi d'une rencontre avec le scénariste Etienne Comar - Manège. Wendy & lucy de Kelly Reichardt en présence de la réalisatrice - Concorde. Ouverture de la compétition. Première de La Ligne de partage des eaux en présence du réalisateur - Concorde. Night Moves de Kelly Reichardt, suivi d'une discussion avec la réalisatrice - Manège. première de Costa Da morte en présence du producteur - Concorde.

VENDREDI 18 OCTOBRE

9:30 Le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois, suivi d’une rencontre avec Jean Douchet - Concorde. 14:00 Adaptation de Spike Jonze, suivi d’une conférence de Philippe Vasset : L’âge d’or de l’éco-fiction - Concorde. 16:15 Histoire de ma mort d'Albert Serra, suivi d'une discussion avec le réalisateur et Carlo Chatrian - Concorde. 17:00 Conférence de Jean-Pierre Beauviala : Quel outil pour quel film - Manège. 19:00 entretien avec la terre et L’Eté de Goliath en présence de Nicolás Pereda - Théâtre. 19:30 première de Après la nuit en présence du réalisateur - Concorde. 19:30 Hilarious de Roee Rosen, suivi d’une rencontre avec le réalisateur et J-P.R. - Ateliers Millefeuilles/Nantes. 20:30 La Jalousie, de Philippe Garrel, en présence du réalisateur, des acteurs Anna Mouglalis, Louis Garrel et Esther Garrel - Manège. 21:30 In the Land of the Head Hunters présenté par Capricci Films - Théâtre. 22:00 Première de computer Chess en présence du producteur - Concorde. 00:15 >6:00 La Nuit Monstre(s) animée par le Clap Campus - Concorde.

SAMEDI 19 OCTOBRE

10:15 Ciné p’tit dèj’ jeune public la sorcière dans les airs de Max Lang et Jan Lachauer - Concorde. 11:00 Liberté, la nuit de Philippe Garrel, suivi d'une rencontre avec le réalisateur et Jean Douchet - Manège. 14: 00 Old Joy suivi d’une discussion avec Kelly Reichardt - Manège. 14:00 Première de L’Homme-fumée en présence des réalisateurs - Concorde. 14:15 Les Amants réguliers de Philippe Garrel, présenté par Jean Douchet - Concorde. 14:15 La critique sur Internet, 2e édition : Une mutation, mais qui donnera quoi ? - Théâtre. 15:20>16:30 Rencontre avec Kelly Reichardt (entrée libre) - Manège. 16:30 Perpetuum Mobile en présence de Nicolás Pereda - Concorde. 16:45 Programme 1 : Perversion, rire et démons politiques de Roee Rosen, suivi d’une rencontre avec le réalisateur et Jean-Pierre Rehm - Théâtre. 18:00 Porcherie de Pier Paolo Pasolini, suivi de la conférence de Hervé Joubert-Laurencin : La Terre du volcan - Concorde. 18:45 River of Grass et ode, en présence de Kelly Reichardt - Concorde. 19:00 Le Vent de la nuit de Philippe Garrel, présenté par Jean Narboni (sous réserve) - Manège. 19:30 Programme 2 : Confessions de Roee Rosen, en présence de Jean-Pierre Rehm - Théâtre. 20:45 La Ricotta de P.P.Pasolini, suivi de la conférence de Stéphane Bouquet : Approches de la Ricotta - Concorde. 21:00 Voyage au bout de l'enfer de Michael Cimino, présenté par Xavier Beauvois - Manège. 21:30 Première de L’Etrange couleur des larmes de ton corps en présence des réalisateurs - Concorde. 21:45 programme Federico Pellegrini en sa présence - Théâtre. soirée Concert gratuit des French Cowboy and the One - Fuzz’Yon.

DIMANCHE 20 OCTOBRE

10:30 > 21:30 journée ACOR-SDI animée par Catherine Bailhache - Théâtre. 10:30 Ciné p’tit dèj’ jeune public La pie voleuse de Emanuele Luzzati et Giulio Gianni 13:00 Eka & Natia, suivi d’une rencontre avec la distributrice Bénédicte Thomas 16:00 Leçon d’harmonie, suivi d’une rencontre avec Bénédicte Thomas 19:15 La Bataille de Tabatô, suivi d’une discussion avec Gilles Grand 10:45 N’oublie pas que tu vas mourir de XB, suivi d’une rencontre avec Caroline Champetier (sous réserve) - Manège. 14:00 Le Petit Lieutenant, suivi d’une rencontre avec Xavier Beauvois - Manège. 15:00 Programme 3 : Dédoublement de la personnalité et identités fictives de Roee Rosen, suivi d’une rencontre avec le réalisateur et Jean-Pierre Rehm - Théâtre. 16:00>17:30 Rencontre avec Xavier Beauvois autour de quelques extraits de films (entrée libre) - Manège. 16:45 W-R. ou les mystères de l’organisme, en présence de Roee rosen - Concorde. 17:15 Skorecki devient producteur de Louis Skorecki, en présence du réalisateur - Concorde. 18:00 Des hommes et des dieux présenté par Olivier Rabourdin, et suivi d’une rencontre avec Jean Douchet - Manège. 19:45 Première de I used to be Darker en présence du réalisateur - Concorde. 22:00 Première de Emperor Visits the Hell en présence du réalisateur - Concorde.

LUNDI 21 OCTOBRE

10:00 Ciné p’tit dèj’ jeune public ma maman est en amérique de Marc Boréal et Thibaut Chatel - Concorde. 15:15 erevan-moscou//partition.last de D. Vallet Kleiner suivi d’une conférence de Jean- Christophe Bailly : D’une zone l’autre - Concorde. 17:45 Stalker- Concorde. 15:15 L’Etrange créature du lac noir en 3D - Concorde. 13:30 Mille Soleils de Mati Diop, en présence de la réalisatrice - Concorde. 14:30 La Bataille de Solférino de Justine Triet, en présence de la réalisatrice - Manège. 19:30 Soirée de clôture - Inside Llewyn Davis de Joël et Ethan Coen - Manège.

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jeune public

la Roche-sur-Yon 17 > 23 octobre 2012

Jeune Public

Paysages et turbulences Le cinéma, et la pluralité des artistes dont le travail est présenté dans le cadre du festival, constituent une diversité d’approches pour appréhender le monde tel qu’il advient. L’écran de cinéma est ainsi un cadre et un médiateur idéal pour prendre conscience de notre environnement, ou plus exactement de nos environnements. Nous avons donc choisi des films où l’on pourra observer les géographies, les paysages et les protagonistes les plus variés : de la banquise d’Eskimal à la ménagerie du jardin des plantes à Paris de Nénette, en passant par l’univers aquatique de Ponyo ou encore l’« Insect-ville » de Jeannot l’intrépide, premier long métrage d’animation jamais réalisé en France. Il y sera question de l’impact des activités humaines sur la planète, du lien entre l’homme et le monde animal ou végétal. Dès le plus jeune âge, chacun pourra se confronter à ces questions, portées par le cinéma depuis son origine. Plusieurs avant-premières sont proposées dans un cadre convivial. Parmi celles-ci, nous sommes très heureux de vous présenter Loulou, l’incroyable secret, et son auteur-illustrateur, le très reconnu Grégoire Solotareff. Ou encore Ma maman est en Amérique, adapté d’un livre jeunesse, et qui a remporté la mention spéciale du jury au dernier festival international du film d’animation d’Annecy. Avec La Pie voleuse, les opéras du composteur italien Rossini sont revisités et illustrés par des films d’animation réalisés en papiers découpés, d’une précision et d’une originalité rares. Pour ceux qui ont suivi les éditions précédentes et ont eu la chance de suivre les aventures du Gruffalo en 2011 et du Petit Gruffalo en 2012, nous présentons le dernier film des créateurs de ce monstre aux grandes dents et à la pustule sur le nez. Cette fois, c’est d’une sorcière dont il sera question. Les connaisseurs pourront sans mal reconnaitre dans La sorcière dans les airs le style graphique soigné et lumineux déjà si présent dans les deux épisodes du Gruffalo.

OUVERTURE DU MERCREDI

loulou, l’incroyable secret Grégoire Solotareff, Éric Omond

france . sortie le 18 décembre 2013 . 1h20 . DCP > à partir de 5/6 ans Avec les voix de Malik Zidi, Stéphane Debac, Anaïs Demoustier Musique Laurent Perez del Mar Production Prima Linea Productions Distribution Diaphana

Après Loulou et autres loups, une nouvelle comédie d’aventure du fameux duo Loulou, le loup, et Tom, le lapin. Une plongée au cœur de Wolfenberg en plein festival de Carne... une quête trépidante dans le pays des loups, où réside l’incroyable secret de la naissance de Loulou.

CINE-P’TIT DEJ’ DU SAMEDI

la sorcière dans les airs Max Lang et Jan Lachauer

Grande-Bretagne . sortie le 27 novembre 2013 . 0h26 . DCP > à partir de 4 ans Avec la voix de Pierre Richard Scénario d’après l’album jeunesse de Julia Donaldson et Axel Scheffl Production Label Anim, Studiocanal, Mélusine Productions Distribution Les Films du Préau

Embarquement immédiat pour un programme familial et ensorcelant ! Une sympathique sorcière, son chat et son chaudron s’envolent sur un balai. Quel bonheur de voler ! Mais le vent se met à souffler très fort, et un dragon affamé vient de se réveiller...

CINE-P’TIT DEJ’ DU DIMANCHE

la pie voleuse

Emanuele Luzzati et Giulio Gianni (lire p.48-49)

CINE-P’TIT DEJ’ DU LUNDI

ma maman est en amérique elle a rencontré buffalo bill Marc Boréal et Thibaut Chatel

france . sortie le 23 octobre 2013 . 1h15 . DCP > à partir de 5/6 ans Avec les voix de Marc Lavoine et Julie Depardieu Scénario Jean Regnaud et Stéphane Bernasconi Production Label Anim, Studiocanal, Mélusine Productions Distribution Gebeka Films

Une petite ville de province. Les années 1970. Jean a 6 ans, il fait sa rentrée à la grande école. Quand la maîtresse demande à chaque enfant la profession de son père puis de sa mère, Jean réalise qu’il n’est pas comme les autres, s’inquiète et invente une réponse : « ma maman, elle est secrétaire ». En fait, elle est tout le temps en voyage sa maman, alors elle envoie des cartes postales à Michèle, cette petite voisine qui sait déjà lire et qui les lit à Jean. Jean se prend à rêver. À moins que la réalité ne soit tout autre. Et ça, entre septembre et Noël de cette année-là, Jean commence tout juste à le comprendre…

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la sorcière dans les airs © Les Films du Préau - Loulou © Diaphana - Ma Maman est en Amérique © Gébeka Films

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jeune public

la Roche-sur-Yon 17 > 23 octobre 2012

zoologic © N. Mitchell

BIBLIOGRAPHIE

Libre cour(t)s à l’environnement

des animaux et des hommes

programme pour 2/3 ans

Les Petits canards de papier

4 films inédits, 4 pays, 4 histoires, 4 esthétiques et techniques d’animation pour 4 visions de notre planète. ces films portent un regard plein d’humour et de poésie sur la nature. De quoi ravir les plus petits d’entre nous ! ce programme est réalisé en collaboration avec le Festival International du Film d’Environnement de Paris.

chine . 0h37 . DCP > à partir de 2/3 ans

0h36 . DVD/DCP/BLURAY

LIMACON & CARICOLES de G.Gamboa et S. kiladz - ACORN BOY de Dace Riduze - LE RENARD QUI SUIVAIT LES SONS de Fatemeh Goudarzi - ESKIMAL de Homero Ramírez Tena

programme pour les 5-9 ans 0h48 . 35mm/DVD/DCP

Ces 6 films évoquent chacun à leur manière l’impact de l’homme sur la nature et permettront aux enfants de s’interroger sur ces questions de société.

AYRTON LA BÊTE de Remy Burkel - FERRAILLES de Laurent Pouvaret CHINTI de Natalia Mirzoyan - LE RENARD QUI SUIVAIT LES SONS de Fatemeh Goudarzi - des montagnes d’emballages de Jacques-Remy Girerd PINCHAQUE, LE TAPIR COLOMBIEN de Caroline Attia La Riviere

programme dès 10 ans 0h56 . DVD/BLURAY

Ce programme inédit a été spécialement conçu pour le festival avec pour film phare L’Homme qui plantait des arbres de Frédéric Back. Adapté d’une nouvelle de Jean Giono, ce chef d’œuvre est un véritable manifeste de la cause écologiste. Parce que l’écologie ne se restreint pas à la question de la protection de la nature, ce programme traverse une conception de l’écologie dans ses différentes dimensions : scientifiques, sociales, politiques.

L’homme qui plantait des arbres de Frédéric Back more de Mark Osborne - FERRAILLES de Laurent Pouvaret - zoologic de Nicole Mitchell l’ile aux fleurs de Jorge Furtado

Solotareff

U

Grégoire Solotareff, Serge Elissade france . 2006 . 1h15 . DCP > à partir de 8 ans Avec les voix de Vahina Giocante, Isild Le Besco, Marie-Christine Orry Musique Sanseverino Production Prima Linea Productions Distribution Gebeka Films

Une licorne prénommée U vient au secours de Mona, une petite fille désespérée par la cruauté de ses parents adoptifs. Le temps passe, Mona grandit et se transforme en une jolie adolescente rêveuse et très préoccupée par son aspect physique. Un jour débarquent dans ce pays imaginaire les membres d’une famille de bruyants et loufoques

Studios de Shangaï

Voici un programme sur mesure pour les tout-petits, composé de films courts aux histoires adaptées. Réhausseurs, son moins fort, passage progressif au noir : tout sera réuni pour que les plus jeunes d’entre nous vivent leur première séance dans les meilleures conditions. LES CANARDS ET LE CHAT - LE VILAIN PETIT CANARD - UN GROS CHOU

Jeannot l’intrépide Jean Image

france . 1950 . 1h20 . 35mm > à partir de 4 /5 ans Sénario Jean Image, Eraine, Paul Colline, d’après le conte Le Petit Poucet de Charles Perrault Image Tchikine Montage Jaroslav Petrik Musique Sanseverino Production Les Films Jean Image Distribution Carlotta Films

Le petit Jeannot et ses frères se perdent dans la forêt. Après un voyage semé d’embûches, ils sont capturés par un ogre qui les rapetisse. Les voilà en cage comme des insectes. Mais Jeannot parvient à s’échapper, et sauve la Reine des abeilles d’une invasion de frelons. C’est alors que la rûche entière vient attaquer le château de l’Ogre... Premier dessin animé français de long métrage, Jeannot l’intrépide ressemble à un somptueux album colorié dont les insectes stylisés s’animent sur un rythme follement accéléré. Premier long métrage d’animation français.

Ponyo sur la falaise Hayao Miyazaki

japon . 2009 . 1h41. 35mm > à partir de 5 ans Sénario H. M. Montage Takeshi Seyama Directeur de l’animation Katsuya Kondo Production Le Studio Ghibli Distribution Walt Disney Studios

Un jour, alors qu’il joue au bord de la mer, Sôsuke rencontre Ponyo, un petit poisson-fille enfermé dans une bouteille en verre. Le coup de foudre entre les deux enfants est instantané, ils ne veulent plus se quitter. Mais le père de Ponyo, Fujimoto, créature de la mer autrefois humaine, ne voit pas d’un bon œil que sa fille veuille vivre avec les hommes.

nénette

Nicolas Philibert

france . 2010 . 1h10. 35mm > à partir de 8 ans Image N. P., Katell Djian Montage N. P. Production & Distribution Les Films du Losange

Née en 1969 dans les forêts de Bornéo, Nénette vient d’avoir 40 ans. Il est très rare qu’un orang-outan atteigne cet âge-là ! Pensionnaire à la ménagerie du Jardin des Plantes - à Paris - depuis 1972, elle y a aujourd’hui plus d’ancienneté que n’importe quel membre du personnel. Vedette incontestée des lieux, elle voit, chaque jour, des centaines de visiteurs défiler devant sa cage. Naturellement, chacun y va de son petit commentaire.

En semaine, les séances scolaires sont ouvertes au public*

* dans la limite des places disponibles ...56

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partenaires

Partenaires institutionnels La Ville de La Roche-sur-Yon La Région des Pays De la Loire La DRAC Pays de la Loire

Partenaires officiels Cinéma Le Concorde Espace Culturel Leclerc La Roche Sud Guënant Automobiles Ciné + Ouest France Capricci Bouvet-Ladubay

Partenaires associés

SNCF Scène Nationale Le Grand R Cinéville Association Festi’Clap Stéréolux - Nantes Bruno Fradin Propreté Acuitis MUBI école supérieure de réalisation audiovisuelle Bretagne Université de Nantes - Pôle universitaire Yonnais IUT de La Roche-sur-Yon Le Clap Campus SDI - Syndicat des Distributeurs Indépendants ACOR - Association des Cinémas de l’Ouest pour la Recherche Les Galeries Lafayette La Roche-sur-Yon Hôtel Napoléon Hôtel Mercure Le Brin d’appétit Le Bistro Yonnais Le Grand Café La Ville des Clouzeaux La ville d’Aubigny ACYAQ Impuls’Yon Rigaudeau La Petite Lanterne Igloo Les Ateliers MilleFeuilles Ambassade de Suisse

Mécène

GENERALI Assurances La Roche 85

Partenaires médiatiques France Bleu Loire Océan Eurochannel Prun’ Cassandre Horschamp Graffiti Urban Radio Terra éco Pointures Web Radio Accreds

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la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

les bénévoles Avec plus de 50 bénévoles sur les différents sites, Festi’Clap, l’association cinéphile de la ville de La Roche-sur-Yon veille à la bonne organisation et à un accueil de qualité du public et des invités. Pendant six jours, chauffeurs, hôtes dans les salles, accueil des scolaires, les membres de l’association sont sur tous les fronts. Festi’Clap, c’est aussi un partenariat fidèle avec le cinéma Le Concorde. Ce sont des projections mensuelles, des événements tout au long de l’année : soirées thématiques (architecture & cinéma, danse & cinéma, musique & cinéma) séminaires de deux jours consacrés à un grand réalisateur en direction de tous les publics et des scolaires également. C’est pour cette rentrée un nouveau rendez-vous mensuel avec des projections coups de cœur, films inédits choisis par les membres de l’association. C’est aussi un café-ciné mensuel chaque dernier mercredi du mois où l’on discute des derniers films vus. C’est enfin une façon d’accompagner les films programmés au Concorde avec notre blog : www.vogazette.fr. Vous aimez le cinéma à La Roche-sur-Yon ? Rejoignez Festi’Clap ! Nathalie Marchand, présidente de Festi’Clap .............................................................

www.vogazette.fr • namarchand@wanadoo.fr

les étudiants

Le festival international du film de La Roche-sur-Yon est l’un des événements majeurs de l’année universitaire et il est soutenu par le pôle yonnais de l’Université de Nantes, mais il est particulièrement attendu par les étudiants qui terminent leur DUT au département Information et communication de l’IUT sur le campus de la Courtaisière. C’est bien sûr, pour eux et pour tous, la chance de découvrir un choix large et ambitieux de films et d’auteurs, de réfléchir sur les enjeux du cinéma et d’approcher la réalité de ses métiers. Ils étoffent ainsi leur culture cinématographique en complément de la culture générale que leur dispense leur formation mais, pour les 60 étudiants en Information et communication, c’est davantage. Le festival est pour eux une belle occasion de tester leur savoir-faire et d’exercer sur le terrain ce qu’ils apprennent et expérimentent dans les salles de l’IUT. Pendant toute la durée du festival, les étudiants s’investissent dans des missions qui seront celles de leur future vie professionnelle dans la continuité de leur formation. Ils s’exercent à être photographes, libraires, guident les invités, manient la caméra et réalisent des vidéos que le public peut découvrir via un lien hypertexte sur le site web du festival FIF-85.com et directement sur la Web TV nantaise VLIPP ou encore deviennent le temps d’une semaine journalistes papier, web ou radio en assurant quotidiennement la parution de la gazette du festival, en alimentant les contenus éditoriaux ou en postant une chronique sur l’espace web qui leur est réservé. C’est donc six jours de formation hors-les-murs, totalement immergés dans le festival que vivent les étudiants de deuxième année. C’est la sixième fois que le département Information et communication de l’IUT de la Roche-surYon fait le choix d’une semaine banalisée qui permet une immersion totale, propice au cheminement de chacun, aux découvertes et aux acquisitions de savoir-faire et savoir-être professionnels. Une telle expérience est vécue comme une chance par les 60 étudiants et, pour certains, elle s’avère même déterminante pour leur orientation professionnelle.

équipe

la Roche-sur-Yon 16 > 21 octobre 2013

remerciements L’équipe du festival remercie particulièrement

Le président du conseil d’administration EPCCCY Pierre Regnault, Maire de la Ville de La Roche-sur-Yon et Président de La Rochesur-Yon Agglomération Les membres du conseil d’administration Les élus de La Roche-sur-Yon Martine Chantecaille (vice-présidente), Patricia Cereijo, Mathieu Durquety, Lisiane Guibert, Charlotte Leydier, Maryse Souchard, Tarek Tarrouche Les élus d’Aubigny Jany Guéret et Colette Barré Les élus des Clouzeaux Carmen Bonnet et Marie-Dominique Robin Les représentants culturels Marie-Pia Bureau, directrice de la scène nationale du Grand R, Jacques Francheteau, président du Ciné-club yonnais, Nathalie Marchand, présidente de l’association Festi’Clap, Patrice Gablin, président de la Cinémathèque de Vendée, Marie-Claude laurent, présidente du cinéma Le Carfour d’Aubigny La représentante du personnel Julie Auzou

L’équipe du festival remercie chaleureusement Bernadette Lafont. La ville de La Roche-sur-Yon et ses services municipaux, la mairie des Clouzeaux, la mairie d’Aubigny, le conseil régional, la DRAC des pays de la loire, Serge Giraudeau, Olivia Doerler, Sabrina Ferchaud et le service culturel, Soledad Melon, Chantal Marsais et le service communication, Yann Dubois et les services techniques de la villes, Bertrand Parsy, Nicolas bareuil, Rose-Marie Gauthier et Fabienne Bertin de la DSI, La Scène Nationale du Grand R, L’ACYAQ et les maisons de quartiers, l’association et le cinéma Carfour d’Aubigny, les membres de l’association festi’clap, l’IUT information-communication et particulièrement l’équipe du Clap Campus, l’office du tourisme, l’imprimerie Belz, la Médiathèques de La Roche-sur- Yon, Le Fuzz’yon, Cubecom, tous les comerçants et propriétaires qui ont participés aux bons plans, tous les cinémas qui diffusent nos supports de communication, Jean-Philippe Jutzi et Blandine Pierre de l’ambassade suisse, Eleonor Venti et Eric Franssen du WBI, Michel Lipkes, Fabienne Moris, Anaelle Bourguignon, Julien Nicou des Transport Rigaudeau, Isabelle Annonier de Ma product’Yon Locale, Victoria Chéneau de Cook and coach, Les Films du Plessis, Mr. Peluso, principal du Collège Herriot, Nicole Mitchell, réalisatrice de Zoologic Natalia Mirzoyan, réalisatrice de Chinti, Melpomen, Trans Phil Express, Sylvie pialat, Rebecca De Pas, Thierry Lounas, Jean-Pierre Rehm, Camille Lotteau, Pierre et Dominique Laudijois, Isabelle Prim, Jean-Pierre Beauviala, Romain Boulay, Sandra Doublet et toute l’équipe deMilleFeuilles, toute l’équipe de Stéréolux et Laurent Mareschal, Bomb Magazine, DJ Kubilai Khanh, Emilie Palito, toute l’équipe du concorde : Giulia Boccato, Jean-Pierre Bonnin, Marie-Ange Fiore, Sylvie Fourment, Olivier Gachenot, Antoine Guilbot, Lise Molnar, Nicolas Roulleau et Marina Thevenot, Pierre-Alexandre Schwab, Anish Savjani, Anne-Marie Serrand, et plus particulièrement Catherine Bailhache, Xavier Esnault, Christophe cochin, Laurence Moulineau, Dominique Bulteau, Tigrou, Gilbert, Jean-Luc, MarieChristine, David et Isabelle.

Tarifs

Pass festival plein tarif : 50€ / tarif réduit : 28€ 1 entrée plein tarif : 6.50€ / tarif réduit : 4.50€ 5 entrées plein tarif : 28€ / tarif réduit : 17€ Ouverture ou Clôture :8€ - Nuit Monstre(s) :10€ Scolaires :3€ - 1 entrée C.E. :4.50€

Les lieux de projections Le Grand R / Le Manège

Esplanade Jeannie-Mazurelle 85000 La Roche-sur-Yon

Le Grand R /Le Théâtre Municipal

Place du Théâtre 85000 La Roche-sur-Yon www.legrandr.com

Le Concorde

8, rue Gouvion 85000 La Roche-sur-Yon www.cinema-concorde.com

Le Cinéville

Rue François-Cevert 85000 La Roche-sur-Yon www.laroche.cineville.fr

Pour toutes informations : contact@fif-85.com

organisation délégué général du festival Yannick Reix programmateur Emmanuel Burdeau coordinatrice de la programmation Charlotte Serrand accueil des invités Julie Moreau & Chloé Sanchez consultante programmation Myriam Gast administratrice & responsable billetterie Baïny Diakité assistée de Éléonore Bondu comptable Philippe Vistour directrice technique émilie Rodière régisseur général Zober Ouahrani assisté de Valentin Frimaudeau régie lieux Wilfrid Wilbert attachée de presse Karine Durance communication, site internet & partenariats Matthieu Dubrac assisté de Léo Aribaud et Marine Monnier coordinatrice jeune public Julie Auzou assistée de Carmen Leroi et Pauline Avril rédacteur en chef de la Gazette des étudiants Christophe Beney visuel & catalogue Valérie Zard Nos équipes techniques Toute l’équipe du Grand R Tous les bénévoles de Festi’Clap Tous les étudiants du département information-communication de l’IUT

le petit lieutenant © Why Not

Bernard Germain, Chef du département Information et communication

la programmation est présentée sous réserve d’éventuelles modifications indépendantes de notre volonté et ne pouvant donner lieu à des réclamations

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films

A Bicyclette p. 30 Acorn Boy p. 56 Adaptation p. 38 Amants réguliers, Les p. 43 Amour existe, L’ p. 40 Après la nuit p. 8 Ayrton la bête p. 56 Bataille de Solférino, La p. 49 Bataille de Tabato, La p. 44-46 Bête lumineuse, La p. 40 Chansons populaires, Les p. 34 Chant du Styrène, Le p. 40 Chinti p. 56 Computer Chess p. 8 Confessions Coming Soon p. 25 Costa Da Morte p. 9 De bon matin p. 30 Dernière Piste, La p. 14 Des hommes et des dieux p. 30 Des montagnes d’emballage p. 56 Diable probablement, Le p. 40 Dr Cross p. 25 Eka et Natia, Chroniques... p. 46 Emperor visits the hell p. 9 Ensemble p. 34

réalisateurs

Arnold Jack p. 50 Attia La Riviere Caroline p. 56 Back Frédéric p. 56 Baigazin Emir p. 46 Beauvois Xavier p. 30 Boreal Marc p. 55 Bresson Robert p. 40 Bujalski Andrew p. 8 Burkel Remy p. 56 Cattet Hélène p. 10 Chatel Thibaut p. 55 Cimino Michel p. 30 Clarke Shirley p. 16 Coen Joel et Ethan p. 52 Da Cunha Basil p. 8

Entretien avec la terre p. 34 erevan-moscou // partition last p. 38 Eskimal p. 56 Été de Goliath, L’ p. 34 Étrange couleur des larmes de ton corps, L’ p. 10 Étrange créature du lac noir, L’ p. 50 Ferrailles p. 56 Gagging During Confessions p. 24 Habitants, Les p. 40 Hilarious p. 24 Histoire de ma mort p. 44 Homme qui plantait des arbres, L’ p. 56 Homme-Fumée, L’ p. 10 I used to be darker p. 11 I was called Kuney-Lemel p. 25 Ile aux fleurs, L’ p. 56 In the land of the head hunters p. 44 Inside Llewyn Davis p. 52 Jalousie, La p. 43 Jeannot l’intrepide p. 55 Kes p. 16 Killing Strangers p. 34 Leçon d’harmonie p. 46 Liberté la nuit p. 43 Ligne de partage des eaux, La p. 11

Diop Djibril p. 49 Diop Mati p. 49 Doillon Jacques p. 30 Douchet Jean p. 30 Ekvtimishvili Nana p. 46 Forzani Bruno p. 10 Furtado Jorge p. 56 Gamboa Gwendoline p. 56 Garrel Philippe p. 30-43 Gérard Vincent p. 10 Gianni Giulio p. 46-55 Girerd JR p. 56 Goudarzi Fatemeh p. 56 Groß Simon p. 46 Haynes Todd p. 16

Limaçon et caricoles p. 56 Loulou, l’incroyable secret p. 55 Ma maman est en amérique... p. 55 Maison démontable, La p. 25 Matou, Le p. 30 Mille Soleils p. 49 More p. 56 Nenette p. 56 Night Moves p. 14 Nord p. 30 Notre ami Chopin p. 30 N’oublie pas que tu vas mourir p. 8 Ode p. 14 Old Joy p. 14 Où sont passées leurs histoires ? p. 34 Out p. 24 Perpetuum Mobile p. 34 Petit lieutenant, Le p. 30 Petits canards de papier, Les p. 56 Pie voleuse, La p. 46-55 Pinchaque p. 56 Ponette p. 30 Ponyo p. 56 Porcherie p. 48 Que sont les nuages ? p. 40

Image Jean p. 56 Jonze Spike p. 38 Joon-Ho Bong p. 40 Keaton Buster p. 25 Lachauer Jan p. 55 Lang Max p. 55 Laty Cédric p. 10 Li Luo p. 9 Loach Ken p. 16 Loden Barbara p. 16 Luzzati Emmaele p. 46-55 Makavejev Dusan p. 25 Marchais Dominique p. 11 Mirzoyan Natalia p. 56 Mitchell Nicole p. 56

Miyazaki Hayao p. 56 Moutout Jean-marc p. 30 Munoz Vaquez Carlos p. 56 Osborne Marc p. 56 Pasolini Pier Paolo p. 40-48 Patiño Lois p. 9 Pelechian Artavazd p. 40 Pellegrini Federico p. 50 Pereda Nicolás p. 34 Perrault Jacques p. 40 Philibert Nicolas p. 56 Pialat Maurice p. 40 Porterfield Matt p. 11 Pouvaret Laurent p. 56 Reichardt Kelly p. 14

Renard qui suivait les sons, Le p. 56 Ricotta, La p. 48 River of Grass p. 14 Safe p. 16 Selon Matthieu p. 30 Skoreki devient producteur p. 48 Sorcière dans les airs, La p. 55 Stalker p. 38 The Ascent p. 16 The Confessions of Roee Rosen p. 24 The Cool world p. 16 The Host p. 40-50 Total Recall p. 50 Touki Bouki p. 49 Tout à la fin est occupé par le silence p. 34 Two Women and a Man p. 25 U p. 56 Valse des pantins, La p. 25 Vent de la nuit, Le p. 30 Voyage au bout de l’enfer p. 30 W.R. ou les mystères de l’organisme p. 25 Wanda p. 16 Wendy and Lucy p. 14 Zoologic p. 56

Resnais Alain p. 40 Riduze Dace p. 56 Rosen Roee p. 24 S.Curtis Edward p. 44 Skorecki Louis p. 48 Scorsese Martin p. 25 Serra Albert p. 44 Shetpiko Larisa p. 16 Solotareff Gégoire p. 55 Szkiladz Sylwia p. 56 Tarkovski Andrej p. 38 Triet Justine p. 49 Vallet Kleiner Danièle p. 38 Verhoven Paul p. 50 Viana João p. 44


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