Page 65

BUSINESS /

la création d’une entreprise… de manière financière. Pour assurer leur fonctionnement, les sites web de crowdfunding prennent une commission, généralement entre 5 et 10 %, sur le montant des sommes collectées. Si les premières plateformes étaient principalement consacrées au monde artistique, elles touchent aujourd’hui tous les secteurs. Quatre grands types de contribution peuvent être identifiés. Tout d’abord, le participant peut simplement effectuer un don, sans rien recevoir en retour. C’est ce que l’on appelle le donation-based crowdfunding. Il s’agit, en d’autres termes, d’une nouvelle forme de mécénat ou de charité. Le financeur peut également donner de l’argent et bénéficier de contreparties non financières une fois la campagne terminée. C’est sur ce mode de financement, appelé rewardbased crowdfunding, que « Demain » s’est appuyé. Selon la somme versée, le contributeur a pu recevoir un DVD du documentaire, apprendre à créer un potager agroécologique ou encore être invité à l’avant-première du film. De nombreuses plateformes, comme le précurseur Kickstarter, KissKissBankBank, Indiegogo ou encore Ulule, se sont développées dans ce créneau. Une troisième forme de financement, baptisée crowdlending, consiste à prêter une somme d’argent au créateur. Ce montant est ensuite remboursé progressivement à l’investisseur, avec ou sans intérêts selon la formule. Enfin, le crowdfunding peut prendre la forme d’un crowdinvesting, autrement dit, d’une prise de participation aux fonds propres, sous forme d’un investissement en capital, en obligations ou en royalties. En ce sens, le crowdlending et le crowdinvesting apparaissent comme une alternative, ou en tout cas un réel complément, aux banques et autres établissements de crédit traditionnels pour les start-up et PME en devenir. S’ils soulèvent diverses interrogations à cet égard, le crowdfunding et, plus largement, l’économie de partage ne sont toutefois pas encore encadrés légalement au Luxembourg. Seules quelques pistes et réflexions ont pour l’instant été évoquées, notamment en matière de fiscalité favorable au financement participatif.

« S’il s’agit d’un formidable levier de croissance, le crowdfunding n’en est pas pour autant un moyen de financement facile. » Un mode de financement encore timide

De réelles opportunités pour votre projet

Malgré tout, de jolis projets ont pu voir le jour au Grand-Duché grâce au crowdfunding. Citons, par exemple, le lancement du magazine diariesof en 2014, une publication dédiée au voyage et à la photographie développée par Jorge et Anabela Valente, un couple qui parcourt le monde à moto. Ils ont pu récolter 4 896 euros auprès de 154 donateurs. À une plus large échelle, le musée national d’Histoire et d’Art a pu acquérir l’an dernier un tableau du peintre néerlandais Koekkoek grâce à 282 mécènes qui ont donné plus de 100 000 euros. Aujourd’hui aussi, certaines plateformes au rayonnement européen cherchent à s’impliquer davantage au Luxembourg, à l’image de Bee Invested ou Raizers. Ces dernières soutiennent des projets immobiliers ou des start-up innovantes et proposent aux investisseurs en quête de diversification de leur portefeuille de contribuer à leur financement sous forme de prêt obligataire ou de prise de participation au capital avec, la plupart du temps, des retours sur investissement très élevés.

S’il s’agit donc d’un formidable levier de croissance, le crowdfunding n’en est pas pour autant un moyen de financement facile. De la même manière qu’une demande pour un financement traditionnel se prépare, un appel au crowdfunding ne s’improvise pas. Vous devrez réfléchir à vos besoins en termes de capital et à la structure la mieux adaptée à la nature de votre projet. Pour espérer réussir votre campagne, votre idée devra présenter une réelle plus-value pour les particuliers, et que celle-ci puisse être identifiée clairement et rapidement afin de susciter leur intérêt. Vous devrez aussi pouvoir vous appuyer sur une communauté forte qui se mobilise autour de votre initiative, la porte et la promeut. Les réseaux sociaux constitueront à cet égard un formidable allié. Enfin, une fois lancée, la campagne devra vivre dans le temps. N’hésitez pas à tenir informés vos contributeurs de l’avancement de votre projet, ils font, à présent, pleinement partie de votre aventure entrepreneuriale.

Au Grand-Duché, comme chez nos voisins belges et français, le crowdfunding prend principalement la forme d’un financement basé sur des dons et des récompenses non financières. Mais le financement collaboratif reste ici limité, comparativement au Royaume-Uni ou aux États-Unis où le nombre de projets réalisés et les levées de fonds par ce biais explosent. Ainsi, toujours d’après le sondage de TNS Ilres, seuls 17 % de la population résidente auraient déjà financé un projet via le crowdfunding. Pourtant, dès 2010, le Luxembourg était entré dans le mouvement, notamment à travers le lancement de la plateforme nationale Fransnextdoor.com. Par la suite, quelques autres acteurs ont réitéré l’expérience, à l’instar de Nubs et Crowdinvesting. Malheureusement, aucun d’entre eux n’a su perdurer, la masse d’utilisateurs étant trop faible que pour pouvoir rendre l’activité rentable.

#MAGAZINE / 65

En témoignent ces deux exemples, le crowdfunding constitue un outil de financement intéressant, notamment d’un point de vue marketing. Il vous permet en effet de créer un réseau d’ambassadeurs de votre projet, qui deviendront potentiellement vos premiers clients. Le financement collaboratif est aussi un excellent moyen de tester votre concept auprès du public. Ce « proof of concept » pourra ensuite séduire d’autres organismes de financement : banques, business angels, sociétés de capital-risque... Le crowdfunding est ainsi particulièrement bien adapté aux créateurs qui souhaitent développer une idée potentiellement séduisante pour le grand public, mais qui ne disposent pas des moyens suffisants pour lancer leur activité. Il peut également s’adresser à une entreprise en voie de constitution, qui éprouve des difficultés à convaincre des établissements de financement plus classiques ou qui souhaite obtenir des fonds complémentaires pour son capital d’amorçage. Enfin, les porteurs de projet qui désirent préserver leur indépendance vis-à-vis de la vision stratégique de l’entreprise y trouveront un intérêt.

Fm185  

Femmes Magazine 185 is out!

Fm185  

Femmes Magazine 185 is out!