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Regards droite sur la

2 juin 2014 - n° 41 Édité par la cellule “Veille et Riposte“ du Parti socialiste

Édito La crise française L’UMP est en crise, c’est entendu. Mais nos difficultés sont également patentes. Elles ne sont certes pas de même nature. Mais elles expliquent pourquoi le Front national étend son influence. Il a un leader, Marine Le Pen, et un message simple, un nationalisme d’exclusion, qui a recruté les thèmes de la gauche, tout en restant inscrit dans une tradition d’extrême droite. Cela dessine évidemment une urgence politique. Les élections européennes sont certes propices pour cumuler les mécontentements sans conséquences concrètes. Les élections municipales ont vu une progression nette du Front national, mais il n’a obtenu alors que 14,7 % des voix au premier tour. Quoiqu’il en soit, la réalité politique française en est changée. Et cela va entretenir la perte de confiance dans l’action politique qui est au cœur de la crise française. Ce n’est évidemment pas à nous de proposer des remèdes à la crise de l’UMP ! Elle est profonde. Derrière le spectaculaire de l’affaire Bygmalion, qui, pour reprendre les termes d’un éditorial du Monde, a révélé « l’hypocrisie et l’irresponsabilité » de la direction de ce parti, il y a des problèmes de fond non réglés depuis 2012. La sévère bataille pour le leadership va entrer dans une phase décisive – et vraisemblablement violente. Surtout, la question sur la stratégie n’est pas réglée. Alain Juppé propose un virage centriste. Les courants de la Droite forte et de la Droite populaire – arrivés en tête au vote militant lors du dernier congrès, rappelons-le – le refusent et défendent le cours proposé par Nicolas Sarkozy dans sa campagne. Résultat : pour les élections européennes, il n’y a eu aucune ligne claire et la cacophonie a dominé. Il en va de même pour les autres thèmes. Or, ce choix est crucial. Le Front national, entre autres, a prospéré sur la légitimation que lui a apportée l’UMP dans les dernières années sur ces thèmes clefs, « les frontières », « l’immigration », etc… La volonté de Marine Le Pen est de faire éclater l’UMP – que l’opportunisme sarkozyste a préparé –, de restructurer la droite autour d’elle. Aujourd’hui, cela peut ne pas être qu’une hypothèse… Les défis qui sont les nôtres ne sont pas moindres. Cette lettre, bien que consacrée à l’analyse de la droite – ne peut aujourd’hui que le marquer fortement. Car notre action commande ce que peut être l’issue de la crise actuelle. Nos responsabilités gouvernementales obligent d’agir dans deux dimensions en même temps, celle de l’actualité, avec la pression du quotidien et de l’événement, celle du projet qui seule donne le sens. C’est une articulation entre les deux qui a manqué dans les deux dernières années, tant pour ce qui concerne la France que l’Europe. Il nous faut dire pourquoi les mesures prises pour renforcer la compétitivité sont nécessaires, quel type de société nous défendons, une société humaniste, ouverte à tous, quel destin collectif nous voulons pour la France. Ce sont les repères dont les Français ont besoin, dans l’incertitude où ils sont. La difficulté est bien sûr que nous n’avons pas le temps pour une longue préparation, il nous faut accomplir cette tâche maintenant en coordonnant étroitement la pensée et l’action, du gouvernement, du Parlement et du Parti. C’est la condition de notre crédibilité. Alain BERGOUNIOUX


Une crise rampante à l’UMP depuis deux ans La droite UMP continue d’étaler ses divergences titaires » au plan idéologique. Cette ligne porte et contradictions. Elle n’a toujours pas soldé l’épi- une explication de la société, relevant de la discrisode et surtout les conséquences de son double mination, de la xénophobie et du repli échec du printemps 2012. Ni sur le plan poli- nationaliste. Elle magnifie la notion de frontière, tique, ni sur le terrain stratégique. Elle y a ajouté au nom de l’origine et de l’ethnie et, surtout, de la trois épisodes supplémentaires qui témoignent défiance de l’autre. Elle tourne donc le dos à la d’un vrai désarroi, jusqu’aux élections euro- démarche républicaine, fondée sur l’égalité et la péennes du 25 mai. citoyenneté et, surtout, le lien indissociable entre Le Congrès de l’automne 2012 s’est conclu en nationalité, citoyenneté et égalité des droits. Alain une sorte de vaudeville médiatique entre Jean- Juppé en a pris acte, en appelant à un congrès à François Copé et François Fillon et la l’automne. Mais, le débat n’est pas clos pour tragicomédie d’un groupe parlementaire bis, autant. éphémère à l’Assemblée Face à cette logique nationale. et mise en La ligne Buisson, l’homme qui épousée L’affaire des surfacturascène par Nicolas Sarenregistrait à son insu les tions de la campagne de kozy, depuis le fameux Nicolas Sarkozy, au de Grenoble du conversations politiques qu’il discours détriment de l’UMP, en 30 juillet 2010, on tant que collectif poli- nouait à l’Elysée avec le Chef de observe, en effet, une tique, est vécue de l’Etat de l’époque, continue de résistance interne plus manière d’autant plus ou moins affirmée de faire des adeptes. Elle conduit douloureuse au sein de ceux qui se réclament ce parti, que l’Etat-major soit du Chiraquisme – au « ni-ni », en matière de l’UMP a fait appel Alain Juppé, par exemélectorale, quand il s’agit de ple -, soit d’une forme de à la générosité de ses militants et de ses symchoisir entre l’extrême droite démocratie chrétienne pathisants, en juillet décentralisatrice et proet la gauche, et aux thèmes vinciale, à l’instar de dernier, pour solder les comptes de la camJean-Pierre Raffarin. Ces les plus « identitaires » au pagne présidentielle de responsables politiques plan idéologique. Nicolas Sarkozy, privé de refusent peu ou prou, la remboursement de frais « dérive identitaire » et de campagne sur décision du Conseil Constitu- préfèrent le discours et les pratiques issues du tionnel, présidé par Jean-Louis Debré. chiraquisme. Ils affichent une véritable aversion L’implosion du mardi 26 mai résulte de ce pro- vis-à-vis des thèmes de l’extrême droite et plaifond malentendu. dent pour le respect d’une tradition républicaine, Enfin, la campagne européenne a montré l’inca- certes conservatrice au plan social, mais fidèle à pacité de ce parti à définir un projet européen l’idée d’une égalité formelle dans la République. homogène et à l’exprimer d’une même voix. Une non-campagne. Cette contradiction s’est Une stratégie sous influence. En fait, les diver- exprimée et creusée à l’occasion de la campagne gences sont de plusieurs ordres. Tout d’abord, les européenne, l’UMP restant de surcroît directecontradictions stratégiques vis-à-vis de l’extrême ment soumise à la concurrence politique du FN, droite perdurent et s’amplifient. La ligne Buisson, qui récuse, par principe, la construction eurol’homme qui enregistrait à son insu les conver- péenne et déclame sa volonté de sortie de l’euro, sations politiques qu’il nouait à l’Elysée avec le présenté comme responsable de tous les maux. Chef de l’Etat de l’époque, continue de faire des Ainsi, des parlementaires UMP comme Henri adeptes. Elle conduit au « ni-ni », en matière élec- Guaino, ancienne « plume » de Nicolas Sarkozy, torale, quand il s’agit de choisir entre l’extrême Laurent Wauquiez ou Patrick Ollier ont signé des droite et la gauche, et aux thèmes les plus « iden- tribunes et des manifestes proposant une remise


à plat totale, et sans circonstances atténuantes, critique acerbe et immédiate sur ce chapitre, de de la construction européenne, instruisant une François Fillon. Quant à Jean-François Copé, plus critique en règle du bilan des dix dernières préoccupé par la montée et les rebondissements années de l’UMP au pouvoir en matière euro- des affaires de surfacturations au sein de l’UMP péenne. Henri Guaino allant jusqu’à indiquer, à et tentant de dégager sa responsabilité sur son plusieurs reprises, qu’il ne voterait pas en Ile-de- entourage et celui de Nicolas Sarkozy, il s’est France, pour Alain Lamassoure, tête de liste contenté d’une déclaration convenue et d’un régionale UMP, au prétexte que celui-ci incarne- commentaire poli d’une tribune, qu’il a avant rait une Europe « dont plus personne ne tout cherché à banaliser. voudrait ». De ce point de vue, il existe d’ailleurs un point Face à cette dénonciation en règle de l’acquis commun entre les différents rivaux de l’UMP. européen, des dirigeants tels qu’Alain Juppé ou Interdire le retour de Nicolas Sarkozy dans le jeu, Jean-Pierre Raffarin ont tenté un rappel à l’ordre et multiplier les références aux « primaires » sur la forme et sur le fond, invoquant la nécessité pour désigner le candidat de la droite à l’élection d’une Europe économique et monétaire, dans la présidentielle de 2017. Quitte à se dédire vis-à-vis mondialisation en cours. Cette initiative n’a de ce que l’UMP a pu dénoncer dans les pridébouché, dans un premier temps, sur aucune maires citoyennes organisées par le PS, à mise au point de la part l’automne 2011. Il existe un point commun entre de Jean-François Copé. Ce dernier se contenles différents rivaux de l’UMP. Le recours aux pritant d’esquiver le débat maires : une stratégie Interdire le retour de Nicolas interne, mais public, et d’empêchement. Sarkozy dans le jeu, préférant tenter de Si cette référence aux transformer l’élection primaires fait la quasiet multiplier les références aux du Parlement européen unanimité chez les « primaires » pour désigner le frères ennemis de l’UMP, en référendum pour ou contre François candidat de la droite à l’élection à l’exception notable de Hollande, ce qui, à l’éviNicolas Sarkozy, il n’en présidentielle de 2017. Quitte à se dence, n’était pas le demeure pas moins sujet. Bref, jouer la carte dédire vis-à-vis de ce que l’UMP que celles-ci posent un politicienne pour mieux problème de fonctiona pu dénoncer dans les primaires éviter d’aborder les nement pratique et questions qui fâchent et citoyennes organisées par le PS, politique à ce parti, faciliter le jeu du Front davantage habitué au à l’ a utomne 2011. national. culte du chef et aux Cet épisode en dit long sur l’incapacité de cette solutions verticales, pour agir. La polémique sur formation politique à parler clair et à retrouver les modalités de préparation de cette échéance ses esprits sur un projet européen cohérent et ne fait que commencer ; sachant que les trichelisible. À noter que l’intervention de Nicolas Sar- ries et contestations observées lors du vote kozy à trois jours du scrutin, redoutée par interne de l’automne 2012, ont laissé des traces certains, à l’UMP, mais sollicitée par d’autres, n’a indélébiles et ont marqué les mémoires des difrien réglé. Elle aurait même plutôt contribué à férents protagonistes potentiels. Ces rancœurs brouiller le message. En évoquant une quasi sont revenues à la surface en raison des déclarafusion franco-allemande pour assurer le leader- tions de Jérôme Lavrilleux à propos des comptes ship de l’Europe, Nicolas Sarkozy a souligné de campagne de Nicolas Sarkozy. D’où la viol’étendue de ses carences au pouvoir, inquiété lence de la réunion du bureau politique de l’UMP, grand nombre de nos partenaires européens, et le 26 mai. préconisé, dans la confusion, une Europe à trois En outre, la droite ne sait pas comment s’y prenvitesses. Il a surtout évité de trancher le débat dre pour organiser cette consultation, sans interne à l’UMP, en fait de plus en plus soumise tomber dans la bataille rangée, sur fond de défià la pression et à la surenchère de l’extrême cit financier aggravé. Elle sait, en revanche, que droite sur le registre du repli nationaliste. sans cette ultime parade, elle prendrait encore le Sa prise de position pour une suspension de risque de s’exposer au calendrier et au « tempo » Schengen, en vue d’une renégociation d’un imposés par Nicolas Sarkozy. Schengen 2, a confirmé une adhésion maintenue à la ligne Buisson, tout en suscitant la Une panne d’alternative. C’est aussi dans ce


contexte, que survient le rebondissement de l’affaire dite Bygmalion. Elle révèle, à l’évidence, plusieurs carences. L’UMP est mal gérée. Elle manque d’un leader incontesté. Elle n’a pas voulu dresser l’inventaire des causes qui l’ont conduites à être écartée du pouvoir national, en 2012. Elle connait de grandes difficultés avec les critères et les ressorts de la démocratie interne. Elle n’a pas de projet européen, ce qui pour un parti de gouvernement, pose un problème majeur de crédibilité. Quant à son projet pour le pays, il reste imprégné d’un jargon ultralibéral qui a échoué partout et, en particulier, en Europe. Il donne de surcroît des arguments, hélas commodes, à l’extrême droite vis-à-vis d’une partie grandissante des couches populaires salariées et retraitées. En fait, deux ans après 2012, la droite conservatrice et « libérale » se mure dans une opposition systématique et politicienne à la gauche. Au point de critiquer des projets gouvernementaux qu’elle appelait, encore de ses vœux, il y a moins de deux mois, et qu’elle dénonce aujourd’hui, sans autres raisons que la mise en cause personnelle du Chef de l’Etat. Elle ne dispose d’aucune alternative, d’aucune

réflexion autonome et novatrice, se contentant trop souvent de confirmer la ligne de sa campagne électorale de 2012, dans une course à l’échalote avec le FN sur les questions de société, d’identité nationale et d’immigration. Le triumvirat provisoire mis en place à la tête de l’UMP paraît l’avoir compris au moins pour des raisons tactiques, voire de survit. D’autant que les résultats enregistrés, le 25 mai, dans un contexte de très forte abstention - 6 français sur 10 - confirment qu’elle reste incapable de convaincre, faute de clarification et d’effort de réflexion dans ses rangs, sur l’essentiel. La conséquence logique de toutes ses contradictions et approximations a ainsi trouvé un premier épilogue, avec l’annonce du retrait programmé au 15 juin de Jean-François Copé de son poste de Président de l’UMP, et la perspective d’un nouveau Congrès avant la fin de l’année 2014. À moins qu’il ne s’agisse de l’amorce de nouvelles turbulences, tant le déni de réalité et de la défaite de 2012 et l’impréparation sur le terrain économique, mais aussi européen, l’ont emporté dans cette formation, depuis deux ans. M.B.


DÉCRYPTAGE & DÉBATS

Pierre Lefébure est Maître de conférences en science politique (Université Paris 13) et chercheur au Laboratoire Communication et politique (CNRS). Ses travaux portent principalement sur la communication politique (partis, médias, institutions), ainsi que sur le comportement électoral et les raisonnements des citoyens et convergent dans sa spécialisation sur l'analyse des campagnes électorales. Il revient, pour nous, sur la reconstruction politique et idéologique entreprise par l’UMP, depuis l’élection présidentielle*.

Deux ans et demi après l’élection présidentielle, où en est l’UMP ? Ce parti est aux prises à d’importantes luttes internes qui tiennent à son positionnement politique au sein de l’opposition. Fort de ce constat, la question du leadership est loin d’être réglée. Mais, il y a aussi les aspects doctrinaux qui soulèvent de nombreuses interrogations. Sur ce point, il faut se rappeler que des procédures ont été entérinées, dans les années 1990 au sein du RPR pour assurer progressivement la reconnaissance de sensibilités. Ces sensibilités peuvent désormais s’institutionnaliser dans l’UMP et potentiellement constituer des lignes politiques concurrentes, ce qui était encore récemment étranger à la culture organisationnelle de l’UMP. Ceci a eu pour effet de clarifier les positionnements

des courants internes, dans une logique d’affrontement doctrinal et idéologique. Depuis 2013, ses membres se livrent à un important travail programmatique, autour d’enjeux sociétaux et économiques. L’une des questions qui se pose, aujourd’hui, est de savoir si l’UMP est confrontée à une forme de raidissement et de droitisation, avec l’option prise par certains de ses dirigeants, après l’élection présidentielle. L’hypothèse d’une droitisation de l’UMP vous paraît-elle fondée ? La tentative d’arrimer le centre-droit à l’UMP, telle qu’elle s’était dessinée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, a échoué. Ce, d’autant plus que l’ex-président a joué une carte personnelle, laissant ainsi les cou-


dées franches à une droitisation du parti, moyennes embrassent une population dont la « droite forte » et la « droite pobien plus large que celle des petits compulaire » sont l’expression. Ces deux coumerçants ou des artisans indépendants. rants ont d’ailleurs pesé sur la charte de Elle englobe tout un pan de salariés qui l’UMP adoptée au Congrès de 2012. composent un large tissu social. PolitiMais, au-delà de ces affichages de principe, quement, il recoure à une méthode bien transparaissent de vrais débats sur les connue aux Etats-Unis, qui vaut à un questions économiques, morales et socourant minoritaire du Parti Démocrate ciétales. Sans oublier les aspects pénaux, de cibler très directement les classes qui valent aux dirigeants de l’UMP de moyennes, mais, là-bas, dans une apmultiplier les attaques contre Christiane proche très socio-économique, tandis Taubira et de pointer le laxisme supposé que Wauquiez en a une approche plus de la gauche en la matière. Et, à ce jeu, ce large qui vise à concurrencer de manière ne sont pas forcément les éléments les systématique la gauche et la social-déplus droitiers ou les plus conservateurs mocratie européenne dans leur prétention qui mènent la à mobiliser le salariat barque. Les peines intermédiaire et des « Les arbitrages politiques alternatives emporcadres moyens. manquent de lisibilité, au tent ainsi l’adhésion Il s’avère ainsi que, au d’une partie de même titre que les orientations sein de l’UMP, tend à l’UMP, sous l’angle se développer une qui en résultent. S’ensuit une d’une rationalisation sous-branche qui se de la politique judi- myriade de propositions, plutôt livre à une tentative ciaire et pénale. Ce de mobilisationde ce que l’affirmation permanente qui signifie, en clair, qui constitue, pour la que ce n’est pas tant d’un crédo conservateur fondé gauche, d’abord le la question de la rédu travail mais sur la droitisation des aspects monde insertion qui est en qui peut aussi être déjeu que le facteur finie par ses modes de économiques, sociaux économique proprevie, ses aspirations et et sociétaux. » ment dit. Tant et si ses craintes vis-à-vis bien que les arbitrages politiques mande l’avenir dans un discours reformulé quent de lisibilité, au même titre que les et recentré, par exemple, sur les politiques orientations qui en résultent. S’ensuit une scolaires, familiales et fiscales. Ceci pose myriade de propositions, plutôt que l’affirclairement un défi au Parti socialiste et à mation permanente d’un crédo conserses alliés, face à un adversaire qui s’emvateur fondé sur la droitisation des aspects ploie à capter des populations salariées, économiques, sociaux et sociétaux. en développant des thématiques liées non pas directement à leur situation proIl est donc difficile d’évoquer également fessionnelle mais plutôt à leur insertion l’emprise idéologique d’une mouvance droidans la société.. tière sur l’appareil… Sous le label de « classes moyennes » Oui. L’UMP est divisée et l’homogénéité transparaît donc une concurrence d’autant n’est pas son fort. Exemple, parmi d’autres, plus difficile à cerner pour la gauche la question des classes moyennes, dont qu’elle n’a pas réussi, pour l’heure, à Laurent Wauquiez et le courant de la définir un nouveau cadre référentiel dé« droite sociale » qu’il pilote ont fait leur finissant ces catégories d’électorats. cœur de cible. Elle tend à restructurer le Ce discours, pas encore enraciné ou lardébat économique et social, autour de gement partagé au sein de l’UMP, dessine publics cibles. en quelque sorte un adversaire encore Personne ne s’est emparé de cette théflou, mais potentiellement redoutable. matique avant lui, ce qui lui offre le Au sein du PS, ce débat peut trouver un champ libre. Mais, il entre aussi, sur ce écho pour retravailler également les cathème, en concurrence avec la gauche tégorisations utiles ou pertinentes pour qui s’adresse à toutes les catégories de s’adresser de manière audible à de larges salariés. Dans son esprit, les classes segments de population dont on sait


qu’ils ne se sentent plus ou pas assez pris interne, le corpus doctrinal et le sous-basen compte par les grands partis. Jusqu’ici, sement des différentes catégories sociales on était plutôt habitué à se référer au statut sont, en revanche, beaucoup plus difficiles professionnel et au rapport au travail qui à saisir. Fondamentalement, nous sommes avaient débouché aussi bien en termes de à un moment de l’histoire où l’absence de politiques éducatives, d’accès à l’emploi, de lisibilité l’emporte, y compris au sein de la logement ou de fiscalité et qui restent obpopulation qui vote à droite, notamment jectivement pertinentes. Mais, on comprend dans ces zones à distance des centre-villes bien que, pour de multiples raisons, certains des grandes agglomérations. Les perceptions publics puissent devenir moins sensibles à des électeurs touchent davantage le leaderces catégorisations et se reconnaître plus ship que la ligne idéologique. Et, je ne suis intuitivement dans d’autres grilles de lecture pas certain du tout que la situation se clarifie dont on sait qu’elles rencontrent déjà un à court terme. Les questions de personnes réel écho dans les pays anglo-saxons. Il semblent dominer, pour l’heure, et il y a existe donc bien, au sein tout lieu de penser de l’UMP, une logique soque les recomposiciétale qui contourne les « Les perceptions des électeurs tions de courants clivages socio-éconos’opèreront autour touchent davantage le miques pour servir de des dirigeants plutôt leadership que la ligne base à des propositions que des idées. visant à regrouper difféidéologique. Et, je ne suis pas Force est de constater, rents types d’électorats. dans ces conditions, La gauche, en général, et certain du tout que la situation qu’il n’y a pas, à l’UMP, le PS, en particulier, n’ont de leader identifié se clarifie à court terme. pas spécifiquement vocomme a pu l’être, en Les questions de personnes cation à emprunter cette son temps, un Phivoie et peuvent très bien semblent dominer, pour l’heure, lippe Séguin, figure de continuer à produire un proue du gaullisme et il y a tout lieu de penser que les discours par catégories social. En 1995, socio-économiques, mais recompositions de courants Jacques Chirac avait il faut être conscient des d’ailleurs bâti son slos’ o pèreront autour des exigences que cela supgan de campagne aupose et de la concurrence dirigeants plutôt que des idées. » tour de la « fracture avec ces reformulations sociale », d’inspiration en cours. séguiniste. À l’époque, ce n’est pas tant Emmanuel Todd qui a influencé l’ex-président L’UMP est-elle en capacité de porter un mesde la République que Philippe Séguin qui sage clair en ciblant les zones périurbaines et estimait que les questions sociales qui toururale, composées, pour l’essentiel, d’un élecchaient le pays attendaient des réponses torat populaire, et les zones industrielles, qui précises, fussent-elles de droite. Aujourd’hui, rassemblent une grande partie des Français pas plus un Laurent Wauquiez qu’un Henri les plus fragilisés ? Guaino, comme épigone d’une certaine Dans l’espace médiatique et à l’intérieur de conception du sarkozysme, ne sont en cal’appareil UMP, les différentes sensibilités pacité d’incarner une telle droite sociale qui ne s’expriment pas à l’aune des scores pourrait retenir idéologiquement l’attention qu’elles ont pu obtenir lors du congrès qui des populations péri-urbaines. De même, a suivi l’élection présidentielle. Leur capacité d’ailleurs, qu’il n’existe pas, outre peut-être à structurer leurs débats internes ne dépend Nicolas Sarkozy, de figure capable d’incarner pas de cette conception proportionnelle du une droite répressive. Il y a donc de fortes parti telle qu’elle s’est exprimée alors, mais logiques sociales ou spatiales qui sont corplutôt de la capacité des leaders de ces différélées avec le vote de droite sans que cela rentes sensibilités à capter l’attention des soit raisonné par les électeurs sous la forme médias. Il est donc difficile de définir l’état d’une adhésion à une offre idéologique spéobjectif de l’UMP. cifique et cohérente. S’il est possible de saisir l’attrait de telle ou telle personnalité, au regard de sa popularité


Vous ne croyez donc pas dans une unificaêtre considérés comme convaincus du tion des courants multiples qui traversent bienfondé de voter à droite. l’UMP ? Non. Ce parti renferme une multitude de Comment faut-il interpréter la recomposicourants et de sensibilités divergentes tion permanente de la vision idéologique de qui le rendent illisible. On constate bien ce parti ? dans les résultats électoraux que de larges Force est de constater la dépendance de segments de la société française, par l’UMP aux thèmes d’actualité. Au point exemple les habitants des zones périurque ce parti se situe aujourd’hui clairebaines, sont majoritairement acquis à la ment dans la réaction, même s’il s’efforce droite de démontrer sa capacité à gouverner. Mais les explications de ce phénomène Il est en cela l’héritier des partis gaullistes sont complexes. Cela tient-il à des raisons et néo-gaullistes qui fondaient leurs profiscales et de revenu ou plutôt au thème positions sur des approches multiples de la tranquillité et de l’ordre public, dès et diversifiées. lors que l’on choisit de s’installer dans Faute d’armature solide, il manque touun logement pavillonnaire plutôt que tefois de lisibilité. Et l’on voit bien que les dans un appartement situé en centreprincipaux marqueurs auxquels il se ratville, avec des nuisances sonores, la prétache dans les médias portent sur les sence de jeunes et d’une certaine animaquestions sociétales qui ont fortement tion culturelle permarqué le début du çues comme suquinquennat de Fran« L’UMP ne s’est pas mise en çois Hollande, autour bies ? Il est très difficile de trancher capacité de fournir un message du Mariage pour tous sociologiquement et de la politique pénale. et, la lisibilité de clair à l’adresse de ces électeurs, Sa volonté est de se dél’UMP restant faiqui ne peuvent donc pas être marquer de la gauche ble chez ces pusur ces questions qui considérés comme convaincus blics qui votent agissent finalement majoritairement à du bienfondé de voter à droite. » presque comme un redroite, il est difficile fuge pour une droite par de trancher politiquement. Ces publics ailleurs en manque d’unité et de perspourraient tout aussi bien basculer polipectives. Sans assumer un conservatisme tiquement vers la gauche écologique ou doctrinal foncier, c’est plutôt sous la losocialiste, pour peu qu’une offre corresgique du bon sens ou de la prudence ponde à leurs attentes, notamment leurs vis-à-vis des excès de la gauche et de attentes de protection face aux évolutions son laxisme présumé que l’UMP fonde perçues de la société. son unité. Et ce, même si certains acteurs Il n’y a donc plus de grille de lecture perse distinguent par leurs propos maximettant de figer les positions, telle qu’elle malistes, tandis que les dirigeants moa pu exister, dans les années 1980, aux dulent leurs discours en fonction des auEtats-Unis, autour du reaganisme et de diences. Face à Valeurs actuelles, Jeanl’adhésion d’une partie de l’opinion au François Copé se réfère ainsi davantage principe de la baisse des impôts. La réalité au conservatisme moral qu’en présence française est beaucoup plus confuse, tant d’autres médias, plus généralistes. Il existe et si bien qu’on ne peut parler, à propredonc une forme d’adaptation stratégique ment parler, d’une droitisation idéologique qui va de pair avec les mouvements de de certains segments démographiques. société qui n’ont pas forcément été antiIl y a bien un phénomène électoral qui cipés par l’UMP et dont on a pu mesurer cristallise les choix politiques à droite, les effets autour de la Manif pour tous. sans que l’on puisse fournir d’explications Le parti s’est alors rapproché des réseaux d’ordre sociologiques, correspondant à catholiques de droite, au prix d’une véricette démographie et cette géographie. table confusion en termes de positionL’UMP ne s’est pas mise en capacité de nement. Sous couvert d’entretenir un rapfournir un message clair à l’adresse de port de proximité avec les manifestants, ces électeurs, qui ne peuvent donc pas une trentaine de députés, parmi les plus


virulents, se disent prêts à intégrer, dans liens se situent plutôt du côté des anciens le corpus idéologique de l’UMP, des exicombattants ou des organisations patrogences d’ordre institutionnelles de cette nales ou de professions indépendantes. mobilisation radicale. Courant avril, on a Ce travail est complexe à recomposer et à vu l’intégration progressive, au sein de ce élargir auprès d’autres organisations à parti, sous le nom de « sens commun », revendications sectorielles. d’une sensibilité qui se veut porteuse des Cette logique est fonctionnellement équirevendications de la Manif pour tous. valente à celle que l’on a pu observer avec Il existe donc une forme de perméabilité le Tea party, aux Etats-Unis, qui était égaet d’échange entre une fraction de l’UMP lement perceptible avec les réseaux paavec des mouvements sociaux, revendiroissiaux conservateurs anti-Clinton à la catifs. Ce qui se joue ici, par analogie avec fin des années 1990 qui n’étaient pas néle Tea party, c’est une interaction entre cessairement rattachés au parti Républil’UMP et des forces sociales organisées, cain, mais qui ont joué un rôle de rabatassociatives, cultuelles ou syndicales, sur teurs de voix. Nous sommes aujourd’hui des enjeux et des revendications spécidans une situation équivalente, dans la fiques. mesure où Un autre élément m’appal’UMP s’emploie « Il existe une forme de raît éclairant à cet égard, à enrichir ses réc’est le lien avec le mou- perméabilité et d’échange entre seaux, par le vement Chasse, pêche, na- une fraction de l’UMP avec des biais d’organisature et traditions (CPNT), tions dont les remouvements sociaux, sous le précédant quinvendications revendicatifs. Ce qui se joue ici, quennat. Une organisation sont sectorielles, politique susceptible de lien direct par analogie avec le Tea party, sans présenter des candidats ni stabilisé avec aux élections présidentielle, c’est une interaction entre l’UMP le parti. Par régionales et européennes. comparaison et des forces sociales Elle avait été intégrée, au avec des partis organisées, associatives, terme de longues négoprogressistes ciations, dans la coordina- cultuelles ou syndicales, sur des ailleurs en Eution des partis de la majorope, la gauche enjeux et des revendications politique franrité, sous le mandat de Nicolas Sarkozy. Avec, à la çaise connaît spécifiques. » clé, des échanges d’intérêts également ce bien compris, autour de la capacité de type de difficulté auprès du secteur assoCPNT à apporter à l’UMP des votes ruraux, ciatif et des syndicats de salariés. C’est de plus en plus absents de son corpus tout l’enjeu du lien fragile des grands doctrinal, et la possibilité d’intégrer certains partis de gouvernement français avec les candidats CPNT sur les listes UMP. CPNT différentes organisations qui maillent bénéficiait ainsi d’un avantage organisanotre tissu social. tionnel, en échange d’un électorat que l’UMP avait sans doute moins travaillé Propos recueillis par B.T. par ses propres ressources. Ceci s’est largement étiolé après 2012, ce qui manifeste la difficulté de l’UMP à entretenir des rela* Cette interview a été effectuée avant la tions maîtrisées avec son environnement cirise, dite Bygmalion, qui a entraîné la social. démission de Jean-François Copé. Le constat vaut pour la Manif pour tous, dans un registre différent. Oui. Il marque clairement la volonté de l’UMP de se rapprocher d’organisations insérées dans des logiques sociales, ce qui n’est pas sa vocation première. Ses


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