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Communauté, culture et Église dans le milieu canadien Rebecca J. Doig et Daniel H. Olsen

Quand Charles Ora Card et le premier groupe de pionniers mormons franchissent les frontières du Canada en 1887, ils « s’arrêtent et lancent un "hourra" pour célébrer [leur] liberté en tant qu’exilés pour [leurs] croyances religieuses ». (6:145) Ils trouvent un refuge au nord de la frontière où ils peuvent continuer de vivre selon leurs croyances religieuses sans être harcelés. Mais leur désir de recréer une société unique dans ce nouveau monde au nord du 49e parallèle nécessite une adaptation immédiate à un nouvel environnement physique, social et politique. Certains des aspects de la société qu’ils connaissent en Utah sont facilement transférés à l’environnement canadien, mais pas tous. Peu à peu, l’Église au Canada, à l’instar de l’Église mondiale, connaît une évolution culturelle au fur et à mesure qu’elle devient plus largement implantée, plus urbaine, plus multiculturelle, plus autonome financièrement et plus confiante. (6:145) Une communauté mormone distincte dans le sud de l’Alberta Quand les premiers colons mormons arrivent au Canada, ils sont résolus à être des citoyens à la fois fidèles et patriotiques dans leur nouveau pays. Une présence policière, représentée par la Police montée du Nord-Ouest en place dans la région, rappelle aux mormons canadiens leurs obligations légales envers le Canada. Ils adaptent consciencieusement leurs attentes afin de se conformer aux lois canadiennes. L’exemple le plus marquant d’une telle adaptation concerne les hommes polygames qui amènent une seule femme avec eux lorsqu’ils arrivent au Canada. Grâce au respect des lois canadiennes, les mormons connaissent un traitement équitable en vertu de la loi tout au long de leur histoire au Canada. Bien qu’ils aient parfois été victimes de préjugés sociaux, ils n’ont à peu près jamais subi de mauvais traitements de la part du gouvernement. (6:147, 150) Comme nous l’avons mentionné au chapitre 3, les pionniers mormons achètent les terrains de manière privée afin de s’établir dans les villages agricoles. Il s’agit surtout d’une tendance établie en Utah et inspirée par la collectivité modèle de Joseph Smith appelée

« Plan de Sion ». Ce modèle est souvent reproduit dans les régions montagneuses de l’Ouest, beaucoup plus que dans les lots de colonisations isolés typiquement retrouvés dans les Prairies canadiennes. Les villages ont de larges rues orientées vers les quatre points cardinaux, des terrains résidentiels d’une acre – assez grands pour un potager familial, une vache laitière, des chevaux, quelques petits animaux d’élevage – un emplacement centralisé pour une église et des bâtiments abritant les institutions scolaires et publiques. Les agriculteurs habitent dans le village mais sortent de la collectivité pour aller travailler à leur ferme, alors que les ouvriers travaillant dans les industries locales, les commerçants, les enseignants et les autres vivent dans le village proprement dit. On y observe alors les avantages liés à une collectivité très solidaire – le respect de la vie communautaire et des croyances et pratiques religieuses dans un milieu agricole. (6:148-49) Pendant les premières décennies suivant la colonisation de l’Alberta, alors que les gouvernements fournissent peu de services, l’Église de Jésus-Christ des Saints des Derniers Jours joue un rôle essentiel dans le développement communautaire de ces petites colonies. Elle est directement impliquée dans la mise en place des projets d’irrigation à grande échelle; elle y fonde des établissements et y développe davantage les entreprises, notamment l’élevage des bovins et du bétail, les minoteries et les magasins coopératifs. (6:150-51) L’Église s’engage aussi à offrir à ses membres de très bonnes opportunités pour développer «  l’intégralité de l’être » par la promotion de l’éducation, du loisir récréatif, de l’expression artistique culturelle, du sport, des arts ménagers, et encore plus. Les saints des derniers jours qui arrivent dans le sud de l’Alberta apportent avec eux certains loisirs favoris que l’on trouve habituellement en Utah plus qu’au Canada. Des courses à chevaux, des compétitions sportives, la course à pied, le baseball, le rodéo et surtout le basketball figurent parmi les loisirs préférés des pionniers mormons. Ces tendances culturelles sont renforcées par les liens familiaux et d’autres liens étroits avec l’Utah. Les sports canadiens typiques, comme le hockey et la crosse, sont moins populaires. (6:151-52) 33

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