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Une tendresse désespérée me lie à mon papa Abed. Ses absences récurrentes m’ont souvent manquées enfant. J’aurais voulu jouer au cerf-volant avec mon frère Djalal, et imiter le bruit des avions au décollage. Vroum ! vroum !

Tous mes départs des aéroports restent marqués par ses souvenirs et ses absences.

Depuis quelques semaines, je retrouve notre joyeux bordel avec maman, Vadish et mat. Je range, je classe et déploie une énergie folle à organiser notre nouvelle vie. Je pense encore à la jeune adolescente, un peu hippie et sauvage. Le chat est toujours là et notre terrasse, autrefois notre terrain de jeu, je les cède à mon fils Vadish et lui fait voir ma vie .

Je veux qu’on écrive ce livre cher confident du tiers-monde, celui des nostalgies, des exils, des peines et des joies.

Je ne sais comment l’idée m’est venue, mais au fil des semaines, tu n’a cessé de me chuchoter que la vie c’est se brûler de questions. Dans mon souvenir parisien, cela a commencé sur une terrasse à Paris, par quelques échanges d’albums de photos. Mes quinze ans.

Puis ta voix chaude et apaisante, virile et tendre, dans ce sud français, et ton sourire plus tard, ton regard porté sur la jeune femme exilée, me fit éprouver le sentiment profond, que se loge dans mes entrailles en silence, jamais ouvert, la fille que je fus autrefois.

L’idée qu’un homme vint à moi sans que je sente la peur ou la méfiance, me fit sentir que j’étais femme , adulte et enfant à la fois.

Ce qui me trouble aujourd’hui que je tente de récupérer la mémoire de maman Blanquita, c’est le croisement invraisemblable de nos chemins et de nos vies.


L’amour authentique, qui donne cette force de vie, qui nous emplit l’existence, qui nous met en empathie avec les autres et l’univers, de toujours d’étonner et s’émerveiller ; il me semble que je le tiens d’elle.

Nous avons les mêmes itinéraires, avons fréquenté les mêmes établissements universitaire, et au même âge. Zorilla !

J’ai été mère de Vadish au même âge que maman, qui fut mère vers la trentaine. Souvent, quand je confie à maman , mes aventures amoureuses et mes passions, elle me murmure en ricanant : « Gisella fais attention à ton feu ! « Maman n’est pas énigmatique, elle est transparente et tout en couleurs, sensible , douce, à l’écoute de mes histoires, de mes coups de foudre, mes joies et plaintes. Longtemps, elle a su me sauvegarder de la relation conflictuelle avec papa Abed, au caractère riche et tumultueux, torturé, celui d’un exilé arabe au Sud des sud, qui n’a jamais su par des gestes tendres accueillir l’adolescente un peu maladroite et pleine d’énergie. L’être désiré, désire ! et se confiant en amour. Il me semble que c’est cela qui a tant manqué avec papa.

Malgré leurs algarades, blessures et injures, ils continuèrent de s’écrire. Ils s’inventaient un espace amoureux virtuelle, devenu cette fois miroir de leurs éthos, où ils déposaient leurs plaintes, leurs quotidiens, leurs espérances et espoirs de se revoir. Ils parlaient de leurs époux respectifs, de leur ex amantes et amants, et elle voulait qui la croit. Lui, avait repris ses tâches, ses rituels, loin du bruit , s’enfermant de son gueuloir de toujours, comme avant leur rencontre à Montmartre. Elle, dansait, buvait et faisait la folle. Elle el suppliait pour qu’il l’écoute, de rester son écrivain amoureux, l’amant arabe de

France.

La nostalgie la tenait en éveille. -

Me trouves-tu toujours aussi belle ?

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Il acceptait son jeu érotique, s’exhibant et dévoilant son corps pour lui seul et lui, lui murmurait « tu es splendide »

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Leurs conversations prirent un nouveau tournant, et faisaient écho aux aménagements de la maison où elle naquit, celle de Blanquita, Vadish et Mat, qui l’entouraient de leur amour


Une tendresse désespérée me lie à mon papa abed