Page 1


Comment ai-je choisis mon sujet de fin d’étude ? Mon été 2017 fut ponctué par quelques phases de recherche autour de ce qui me portera pour cette dernière année de licence. Je me souviens avoir fais des recherches sur la Réalité Virtuelle, une thèse portant sur son usage premier écrite en 2004. Le sujet était intéressant, cependant il était plus question d’un medium que d’une thématique. De plus, je suis de fait totalement ignorante quant à cette nouvelle technologie que je n’ai jamais eu l’occasion de tester... Puis c’est lors d’une conversation - durant un trajet en voiture - avec ma mère que le souffle sortit pour la première fois, comme une idée lancée à la volé. Cette idée retenue naturellement mon attention, d’abord parce que la thématique était vaste, méthodiquement elle présentait quelque chose d’interessant dans la diversité qu’on pouvait en tirer. Puis très rapidement je me rend compte que mon raisonement vis à vis du souffle a quelque chose de particulier. Il est le suivant : Selon moi c’est lorsqu’on perd son souffle que l’on en prend conscience, il nous appelle à nous éveiller à son égard lorsqu’il nous manque, lorsqu’il s’en va. Autrement il est tout à fait instinctif et naturel, fondamental. Quelque part je reconnais comme axiome de mon raisonement que le souffle existe compte tenu de sa perte. Comme toutes choses qui sans son opposé n’a pas raison d’être. Cette vision est tout à fait subjective, l’idée n’est pas de convaincre le spectateur que les choses sont ainsi, il s’agit plutôt de l’en faire croire le temps d’un instant dans un environement qui peut sonner anormal, irrationnel, je l’espère intriguant et enigmatique, poétique et doux. Il est question pour moi de saisir un insaisissable, de voir l’invisible (en somme des choses et leurs contraires). Il y avait quelque chose d’autre que j’avais en tête, et que j’ai intentionellement lié au processus de création, il s’agissait de L’Enfer de Dante, je ne cache pas que je n’en ai lu que des bribes disperssées et écoutée le podcast France Inter dirigé par Syd Matter (depuis supprimé de Youtube et France Inter, difficilement trouvable). Ainsi naquit le concept d’une promenade dans laquelle on parcourt différents états/allégories. Mon cheminement m’a peu à peut mené à conçevoir ce travail comme un rassemblement de différentes cellules.

La cellule, parlons en justement. L’imagerie scientifique, que ce soit le regard microscopique sur des cellules, ou bien ce que l’on tire des algorythme lorsqu’on les imprimes en 3D (l’événement Mutations-Créations au Centre Pompidou de mars-juin 2017) est extraordinairement parfait à mes yeux. Je portes un certain intêret pour l’aspect transdisciplinaire que m’apporte cet attention. Je manipule des choses dont je ne comprends parfois pas grand choses, je les perçois comme des formes dont j’efface souvent la régularité, cette géométrie parfaite d’aglutinement qui est pour moi cet insaisissable.


Journal du 28 Janvier L’objectif fut de mettre au clair ce désordre expérimental dans l’optique de rigidifier ce vaste concept pour en tirer un resultat linéaire, chronologique et narratif. La structure globale déjà définie doit être revue, densifiée et doit mener à bout un court récit expliquant la présence de personnage(s) récurrent(s). I. La Naissance. (souffle divin) : Ainsi le récit prend forme à travers un personnage d’abord naissant d’une forme organnique et abstraite pour devenir figurative; on suit alors l’épopée de cet individu dont la forme et le traitement évolue au fil du récit. II. La poursuite. (effet de souffle) : Peu à peu notre protagonniste navigue dans un environement dont le souffle est chaotique, discident et imprévisible. Il s’en suit une fuite, une course à en perdre haleine, une tentative d’évasion. III. L’asphyxie. (à bout de souffle) : S’achève cet élan. Un dernier souffle, une brume clairvoyante vient suspendre l’espace temporel, le fige. Cut to white.


I. La Naissance. (souffle divin)

De sa profonde mère, encor froide et fumante, /Voici qu’au seuil battu de tempêtes, la chair /Amèrement vomie au soleil par la mer, /Se délivre des diamants de la tourmente. Vois son sourire suivre au long de ses bras blancs /De l’humide Thétys périr la pierrerie /Qu’éplore l’orient d’une épaule meurtrie ; /Et sa tresse se fraye un frisson sur ses flancs. Le frais gravier, qu’arrose et fuit sa course agile, /Croule, creuse rumeur de soif, et le facile /Sable a bu les baisers de ses bonds puérils ; Mais de mille regards ou perfides ou vagues, /Son œil mobile emporte, éclairant nos périls, /L’eau riante et la danse infidèle des vagues. Naissance de Vénus, Paul Valéry

Mes explorations m’auront naturellement menée à un traitement en 3D. Il me permet de mettre en place un environement à la fois onirique et réaliste. De plus l’animation donne à voir un mouvement naissant et volatile, il ne s’agit pas a proprement parlé d’un objet pour le moment. D’abord un silence lointain nous éveille à l’égard d’une soudaine forme de vie qui se manifeste dans cet espace numérique. L’environement est blanc, d’une clartée sans faille. Les dunes nous laissent que ce soudain éveil vient perturber un calme que l’on croyait jusqu’alors éternel.


Le souffle divin, Ce premier chapitre s’ouvre avec une vidéo dont le but est de créer un atmosphère hypnotique dans lequel peut se plonger le spectateur. Il s’agit d’un univers numérique immaculé et silencieux qui s’éveille à l’approche d’un souffle qui discipe une brume épaisse. Un rythme s’élance, celui des vas et viens du souffle, inspiration expiration. J’y figure ainsi une naissance universelle, celle de la mise en mouvement. Cette vidéo se déroule en trois parties : - Un monde statique, rien ne s’y passe, le spectateur est en attente. - Soudain, sans crier gare le reflet de l’eau qui tapisse cet univers se met à frémir. Les objets immobiles s’agitent eux aussi, leur rythme est binaire. - Peu à peu on quitte une vue d’ensemble pour se rapprocher des éléments, on rentre ainsi dans un cadre microscopique semblable à celui des atomes, des cellules. Cette courte vidéo est constituée intégralement d’image de synthèse élaborée sur Cinema 4D. Cette méthode me permet de mettre en place un univers à la fois onirique et réaliste.


I. La Naissance. (souffle divin) Aux côtés de l’imagerie numérique vient se joindre un travail qui lui est strictement opposé. Il s’agit ici d’une série de dessins à travers lequel je pourrai développer un vocabulaire graphique dans le but de figurer le souffle et son évolution passant du petit au grand format, de l’abstrait au figuratif, de la neutralité à l’affirmation colorimétrique. En effet, le format (du 10x10cm au 1x1m) ainsi que les mediums employés seront adaptables à l’état de ce souffle naissant. C’est à travers ces travaux que la forme abstraite touche à son paroxisme pour glisser vers la figuration, vers ce personnage qui plus tard fuiera jusqu’à en perdre son souffle. Afin de documenter cette imagerie abstraite du souffle je me suis intéressé à un projet Ulule de Aerodyne -financé avec succés- d’une soufflerie à fumé permettant de voir l’invisible, d’observer les déplaement de l’air. Cela me permet de toucher du doigt l’insaisissable que peut être ce souffle.

DANS UN MOUVEMENT SPONT ANNE IL S’ELANCE ET GRANDIT


II. La Poursuite. (effet de souffle) Il est temps pour le personnage de s’éveiller à l’égard de son environement. Rapidement il fera face à une sorte de chaos, une atmosphère dans laquelle le souffle bouscule l’ordre naturel des choses. Soudain un coup de vent, l’improbable se produit, l’insensé opresse notre personnage. Les événements qui subviennent entraînent alors celui dont on ne connait le nom dans une tentative de fuite, une course à en perdre haleine. Plusieurs citation seront mise à profit, elles constitueront une base de reflexion, suggérant toutes une interprétation du souffle. En somme cette partie de mon travail devrait donner lieu à un mélange entre animation 2D et illustrations numérique de façon à ce que des éléments tirés de print puisse être animés et s’intégrer au précédent travail de gif, dans un souci de réunir ces deux projets.

«Les vagues sont des monstres lorsque le vent souffle» «C’est ton propre flambeau que tu viens de souffler» «La jalousie est un souffle qui nous soulage»


III. L’asphyxie. (à bout de souffle)

Alors que notre héros atteins le bout de sa course, ayant déjà dépassé sa limite, un dernier souffle vient l’interrompre. Un souffle macabre vient suspendre l’espace temporel et fige tout sur son passage. Ne laissant derrière lui qu’une épaisse brume blanche.


Le 08 février 2018 Une plus mûre réfléxion m’aura menée à croire qu’il n’est finalement pas tant necessaire de constituer une histoire linéaire. Je crois maintenant que cette promenade autour du souffle pourrait être constitué de plusieurs cellules. Quand bien même celles-ci pourraient donner à voir différents états du souffle, elles ne se suivraient pas catégoriquement, c’est à dire, ne présenteraient pas un scénario parcouru par un seul et même personnage ou une seule et même personnification du souffle. Mon travail dans un premier temps se concentre autour de la vidéo d’introduction dont le but est de proposer un acceuil aux spectateurs, les émmergeant immédiatement dans mon atmosphère. Il s’agit d’une vidéo qui doit dans un premier temps créer une attente statique pour enfin faire naître un mouvement, celui du souffle divin. C’est alors que l’univers jusqu’alors énigmatique, présentant des objets diformes en lévitations, dans une sorte d’environement irrationel, s’éveil. La vidéo se veut hypnotique et surprenante, poétique et sans un mot, seul le son d’un souffle rythmée accompagne ce visuel. En terme de référence je me suis ici penchée sur les vidéos de Beauty of Science, un concept dirigé par Yan Liang dont le but est d’ouvrir la science chimie à un large public en présentant des vidéos qualitatives montrant des phénomènes chimiques. Ce qui m’intéresse dans ce travail c’est le constat d’une faible frontière entre science et art; il me semble tout à fait interessant de souligner qu’une telle perfection naturelle est commune à la recherche du processus de création artistique. Si le lien entre mon travail est ces vidéos n’est pas tout à fait évident, car il ne s’agit pas chez moi de reconstituer ces phénomènes en 3D, il aura pour moi était inspirant étant donné ma volonté de donner à voir un point de vue qui se rapproche de plus en plus de la matière, se détachant ainsi de l’environement globale. Quant au son dont est accompagné la vidéo, il aura été conçu par un artiste de Tunis, I-PKU qui dispose de quelques antécédents concernant l’échange entre musique, art et science. Il aura été question d’un dialogue entre nos deux disciplines, dans un souci de lui laisser une marge créative.

Le 13 février 2018 Figurer le souffle aura pour moi présenté quelques difficultés. L’idée de départ est de proposer un dessin assez spontanné, mêlant dessins d’observations scientifiques, schéma moléculaire, formes organiques et abstraites. Le souci fut d’y trouver une valeur ajoutée à ce travail dont le point de départ est relativement basique. Je pensa d’abord à une série de dessins sur format carré dont la taille augmente en même temps que l’ampleur de ces formes qui s’aglutinent. Or le problème posé par un affichage qui ne peut être confiné sur les murs de mon installation me mena à penser qu’il me fallait conçevoir un objet. J’aurais trouver ma solution au Fresnoy lors de l’exposition OCEAN, un travail étant tout à fait semblable à ma démarche (une série de dessins gravitant autour de la thématique des fonds marrins) y était présenté sous forme d’accordéons, le dessins n’est ainsi plus présenté au mur, il est disposé sur une table sous forme d’une grand frise. La frise, comme la frise chronologique, présente un certain intêret pour ce travail qui donne à voir une évolution. Mon petit grain de sel consistera en la superposition de deux frises, l’une transparente, l’autre en papier. Les techniques différents d’une frise à l’autre, laissant un espace de vide entre elles. Cette espace de vide m’interesse en ce qu’il est lié à l’idée de voir l’invisible, les frises cernes ce dernier et l’intègre au travail du dessin, il devient considérable et indispensable. De plus cette idée de voir l’invisible m’a percutée il y a quelques mois lorsque lors d’une convention scientifique à la Maison folie de Lille. On m’y avait proposé de voir l’invisible à travers une machine qui permettait d’étudier le mouvements de l’air, on appelle ça l’étude des turbulences, des études qui servent notament aux recherche dans le transport aérien. Si ce qui m’était donné à voir était très coloré, je decide pour ma part d’en proposer une version désaturée, me basant sur des images microscopiques de pollen, de bactéries et autre microparticules qui donnent à cet air insaisissable une matière invisible à l’oeil nu.


13 février 2018 Le souffle macabre est une épaisse brume blanche qui vient intérrompre la vie, cellc-ci qu’on voyait se disperser dans la vidéo d’introduction. A l’inverse elle vient ici reconquérir l’espace, faisant taire toutes forme de mouvement, contraignant l’espace à revenir à son état statique. Le travail mêle ici conception d’objets, photographie et peinture (digitale et classique). Il s’agit de raconter des fragments d’histoires qui se sont éteintes, de la même façon que lorsque le volcan de Pompéi en Italie a fait cesser soudainement toutes formes de vie. Partant de ce principe j’ai imaginais des situations tout à fait probables par lesquelles cette brume macabre serait passé. «Le souffle nous efface» (Le vent souffle, pièce écrite par Céline Delbecq). On a d’abord affaire à une situation très banale, celle d’un repas dans lequel tous les aliments ont perdus leurs couleurs, il n’émanent plus rien, ni odorat ni envie, ils ne sont plus qu’une enveloppe blanche. La situation se corse dans le second tableau ou la situation présenté n’est plus tout à fait banale. Elle met en scène la mort par asphyxie érotique, celle de Michael Hutchence, chanteur des INXS mort à la fin des années 90, dans une chambre d’hotel après s’être autoasphyxié, à la recherche de l’ultime orgasme. L’individu étant dans un etat psychologique critique, il avait tendance à s’infliger des douleurs telles que des brûlures de cigarettes. Il était également très addicte aux drogues, ne pouvant pas s’en procurer durant l’heure qui précéde à sa mort, il aura cherché une porte vers un plaisir qui s’avéra être le dernier. En parrallèle à la situation qui se dégrade, c’est également à cet instant que le point de vue photographique se rapproche des éléments, il s’agit là encore d’emprunter la voie d’un regard proche de la matière, comme si cette dernière se laissait ronger, corroder par cette brume.

Memoire  
Memoire  
Advertisement