Expressions 647

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SÉCURITÉ ROUTIÈRE

DU 29 MAI AU 5 JUIN

JUSTICE

Dans tous les quartiers, services municipaux, écoles, associations et habitants se mobilisent. Avec un temps fort le mercredi 30 mai aprèsmidi, sur le parvis du cinéma, autour de l’initiative “Qu’est-ce qu’on fait demain ?”.

Malgré “l’incompréhension, la colère et l’abattement”, Marin a décidé de ne pas interjeter appel du verdict condamnant son agresseur à 7 ans et demi de prison. “Marin est très fatigué, a expliqué sa mère, Audrey, il a décidé de tourner la page et de se consacrer à sa rééducation.”

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Marin veut passer à autre chose

PHOTO DR

Développement durable : agissons !

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Les centres de contrôle technique pris d’assaut P. 3

DANSE EN TRANSE

La Latine, c’est show ! P. 16

N° 647 du 16 au 29 mai 2018

www.expressions-venissieux.fr

Sous les pavés, l’Histoire Mai 68 à Vénissieux, c’était comment ? 50 ans après, des acteurs de l’époque se souviennent. Aux côtés de l’universitaire Vincent Porhel, co-auteur de Lyon 68.

PHOTO IHS RHÔNE-ALPES

DOSSIER PAGES 7 À 11


ACTUS

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Mercredi 16 mai 2018 - n° 647 / EXPRESSIONS

APRÈS LE PROCÈS

CÉRÉMONIE

La famille de Marin veut “tirer un trait”

Bienvenue aux nouveaux citoyens

Déçue du verdict mais désireuse de “passer à autre chose”, la famille de Marin a décidé de ne pas interjeter appel de la décision condamnant son agresseur à 7 ans et demi de prison.

P

Michèle Picard. On se souvient toujours de son premier vote, l’enthou-

victime en novembre 2016. Du 2 au

siasme qu’il y a à participer pour la

4 mai, le jeune homme qui l’avait

première fois à la vie démocratique, à

frappé trois fois à la tête avec une

confronter ses idées à celles des

béquille était jugé au tribunal d’as-

autres.”

sises pour mineurs de Lyon. Il com-

“C’est bien, cette invitation, ça fait offi-

pour

“violences avec usage ou menace

PHOTO DR

d’une arme suivie de mutilation ou infirmité permanente”. Âgé de

quait jusqu’à 15 ans de réclusion

Marin et ses proches ont accueilli le verdict “avec dignité et sobriété”.

éventuelle excuse de minorité.

de ne pas interjeter appel de la déci-

requis 14 ans de prison. Les jurés

18 mois que Marin est plongé dans

À l’issue des débats, le procureur a ne l’ont pas suivi. Ils se sont finale-

ment prononcés pour la peine

maximale, mais en lui accordant l’excuse de minorité. Il écope donc

de 7 ans et demi de prison. “Marin a été déçu. Je pense qu’il conservait l’espoir de voir cette excuse de mino-

rité écartée, parce que son histoire est une histoire exceptionnelle”, sou-

lignait après le procès son avocat, Me Frédéric Doyez.

Malgré “l’incompréhension, la colère

et l’abattement”, la famille a décidé

nous posions, mais nous accueillons

sion de la cour d’assises. “Cela fait

nous demandons aux nombreuses

la nuit, 18 mois qu’il se bat […], a

rappelé sa mère, Audrey, lors d’une

conférence de presse ce mercredi 9 mai à Lyon. Il est aujourd'hui très fatigué, il a l’impression d’avoir fait ce qu’il devait faire, il a décidé de tourner la page et de consacrer

toute son énergie à sa rééducation. Il faut tirer un trait.”

Et d’ajouter: “Ces trois jours de pro-

cès ne nous ont pas permis d’avoir les réponses aux questions que nous

ciel, ce n’est pas juste un papier qu’on

reçoit par la poste, apprécie Gaëtan,

la Libération du parc Dupic, à la

marqués.

commémoration de la capitulation

sans condition des armées nazies. Dans l’assistance, nombre d’ado-

lescents, notamment les élèves du collège Paul-Éluard, qui ont récem-

ment effectué une visite de mémoire au camp d’Auschwitz. Ils ont eu l’honneur d’ouvrir la céré-

monie par des lectures de textes, de poèmes, et de leurs propres

écrits, témoignages poignants d’un

voter car à Vénissieux, il y a beaucoup

d’enjeux par rapport à d’autres villes”. Pour Djabarati (photo), future assis-

tante sociale, “voter peut faire changer les choses, même petit à petit. Je n’at-

tends pas tout des élections mais c’est un outil du droit, et j’y suis très atta-

chée, pour combattre les inégalités!

L’élection la plus importante, pour moi, c’est l’élection municipale, il faut

commencer à agir près de chez soi”. g

K.M.

de ses études” et qu’il avait “beau-

coup de projets, même s’il est encore

trop tôt pour savoir s’il pourra les réaliser”. Le jeune Vénissian doit intégrer un centre d’accueil de jour au mois de septembre. “En attendant, nous cherchons des profes-

sionnels de santé pour assurer sa prise en charge.” g

CONSEILS DE QUARTIER Pasteur/Monery

Permanence mercredi 16 mai à 17 h 30, salle d’activités du groupe scolaire Pasteur (6, route de Corbas). Présidente : Sophia Brikh ●

Léo-Lagrange/Louis-Pergaud

Permanence mercredi 16 mai à 18 heures au foyer Claude-Debussy (1, rue Claude-Debussy). Président : Aurélien Scandolara

Roger Gay, président départemen-

● Parilly

tal de l’Association nationale des

Permanence jeudi 17 mai à 18 h 15 foyer Marcel-Sembat (11, bd Marcel-Sembat). Président : Jean-Louis Piedecausa

anciens combattants et amis de la

Résistance (ANACR), “il s’agit de

transmettre le flambeau de la

Mémoire du “conflit le plus meur-

dans son discours, pour “la jeu-

rappelait le maire, Michèle Picard,

génération sacrifiée, trente ans seu-

qui a eu une pensée particulière,

cipales aussi sont importantes. J’irai

qué que “Marin n’a pas fait le deuil

Comme le soulignait par la suite

trier de l’histoire de l’humanité”,

voter plus facilement, mais les muni-

Concernant l’avenir, Audrey a indi-

l’Histoire, qui les a profondément

mémoire”.

plus parler et où l’on est amené à aller

faire autant.”

Le flambeau de la mémoire voyage dans les abominations de

tielles sont celles dont on entend le

personnes qui nous soutiennent d’en

8 MAI 1945

le 8 mai, devant le monument de

fac à Lyon III, “les élections présiden-

le verdict avec dignité et sobriété. Et

Quelque 150 personnes ont assisté,

venu ne fait pas de moi un grand pas-

PHOTO RAPHAËL BERT

criminelle, moitié moins avec une

sont venus se faire remettre leur

de votre vie civique, a expliqué

dont le jeune Vénissian avait été

17 ans au moment des faits, il ris-

Le 4 mai, une trentaine d’entre eux

de citoyenneté est un acte fondateur

subir, après la terrible agression

clos

sionné de politique!” Selon Carla, en

sians ont atteint leur majorité civile.

ville de Vénissieux. “Cette cérémonie

plus grosses épreuves à

huis

listes électorales, 513 jeunes Vénis-

le maire et des adjoints, à l’hôtel de

c’était peut-être l’une des

à

étudiant en médecine. Mais bon, être

fin février 2018, date de clôture des

carte électorale en main propre par

our Marin et sa famille,

paraissait

Entre les législatives de juin 2017 et

nesse de l’époque, cette énième lement après celle de 14-18”. g

Joliot-Curie

Permanence mardi 22 mai à 18 heures, salle des Acacias (7, allée des Acacias). Présidente : Sandrine Picot ●

Charles-Perrault

Permanence lundi 28 mai à 18 heures au local du conseil (4, rue Gaston-Monmousseau). Présidente : Souad Ouasmi ●

Charréard/Max-Barel

Permanence mardi 29 mai à 18 heures au foyer Max-Barel (1, rue Max-Barel). Président : Serge Truscello ● Saint-Exupéry

Visite de quartier jeudi 31 mai, rendez-vous à 10 heures devant la Maison de quartier. Permanence vendredi 1er juin à 17 h 30 à la Maison de quartier, salle festive (45, boulevard Lénine). Président : Abdelhak Fadly ● Centre

Permanence mardi 5 juin à 18 heures au foyer Paul-Langevin (13 A, avenue Marcel-Paul). Présidente : Amina Ahamada Madi


ACTUS

EXPRESSIONS / Mercredi 16 mai 2018 - n° 647

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CHÈRE SÉCURITÉ

Contrôle technique : plus sûr mais plus cher La nouvelle mouture du contrôle technique sera en vigueur à compter du 20 mai. Les visites, plus longues et plus onéreuses, doivent améliorer la sécurité. Prévoyants, nombre d’automobilistes ont devancé l’appel. Dans les centres spécialisés, c’est l’embouteillage. moment par peur des nouvelles

une faille critique sur votre

tarif sera plus élevé après le 20 mai.”

contrôle technique révèle

véhicule,

vous

disposerez

de

24 heures pour corriger le tir, et ainsi garder le droit de l'utiliser. À

défaut, votre véhicule sera interdit de circulation ce jour-là, à partir de minuit, et vous aurez deux mois pour effectuer les réparations

nécessaires et une contre-visite. Les règles du jeu imposées par l’État se sont nettement durcies avec l’appli-

cation d’une directive européenne de 2004. Son objectif : “zéro mort

d’ici 2050”, grâce notamment à une harmonisation des contrôles techniques dans les États membres.

Pour obtenir l’autorisation de rou-

ler, votre voiture — si elle est âgée de plus de quatre ans — devra alors

être quasiment irréprochable. Les

nombreux automobilistes qui se sont précipités dans les centres de contrôle technique pour anticiper l’arrivée de la nouvelle réglementa-

tion ne s’y sont pas trompés. Résul-

tat, à l’heure où nous écrivons ces

lignes, il est extrêmement difficile

de trouver des places libres avant le 20 mai. Et ce à Vénissieux comme dans toute la région lyonnaise.

LES USAGERS

PRIS AU PORTE-MONNAIE

“C’est la catastrophe, se désole Franck Saroli, gérant d’Auto Tek.

Les gens qui ont anticipé le contrôle

ont pris toutes les places du mois de mai, et les gens dont le contrôle

arrive à échéance en mai n’ont plus de place.” Même constat chez Auto

Bilan Vica. “On est tous débordé, et

règles, ou parce qu’ils savent que le

Sur le fond, les automobilistes ont raison: il faut bel et bien s’attendre

à une augmentation des tarifs, dont personne ne fait mystère. Elle sera de l’ordre de 15 % à 20 % pour les premières visites. Les centres de

contrôles — des entreprises privées

pour qui la tarification est libre — répercuteront simplement l’allon-

gement de la durée de prise en

charge des véhicules. De 30 minutes en moyenne, la visite passera à

45 minutes. Car la loi imposera alors

133 points de contrôle contre 123 aujourd’hui. Et les défauts recher-

chés — ils s’appelleront désormais

“défaillances” — passeront de 410 à 610. “On va quand même y perdre un

petit peu, l’augmentation ne suffira pas. En 2019, apparaîtront de nou-

velles normes antipollution, qui nous

De 30 minutes en moyenne, la visite va passer à 45 minutes, les “défaillances” recherchées passant de 410 à 610.

obligeront à changer nos appareils”,

note Pierre Callamard. Qui ajoute

sent parfois le coup, surtout ceux

que si les professionnels pouvaient

dont le budget est limité. M. Salmi vient de déposer sa Clio dans un

autrefois se contenter d’un CAP, ils devront désormais posséder un baccalauréat professionnel.

“J’ai vu beaucoup de voitures reca-

lées pour défaillance critique, notam-

ment pour cause de corrosion perforante”, poursuit Pierre Calla-

mard. Mais le gérant met aussi en avant la sécurité sur la route. “J’ai souvent vu passer des voitures dan-

“ancienne, mais bien entretenue”, assure-t-il, précisant toutefois avoir anticipé au maximum en corri-

geant les défauts visibles. “Ces mesures sont vraiment exagérées.

La sécurité avant tout, d’accord. Mais on voit bien quand notre voi-

ture devient dangereuse. Il ne faut pas aller trop loin.” Pendant ce

temps, Axel suit de loin l’examen

de les laisser repartir”, soupire-t-il.

réaliser en avance pour éviter la

ter le contrôle. Cela nous embêtait

De son côté, Franck Saroli dénonce

les voitures dont “les plaquettes de frein ou les pneus arrivent sur la fer-

raille”, se réjouissant d’une loi qui

gérant, Pierre Callamard. Les clients

routes”.

se ruent chez nous au dernier

centre de contrôle. Une voiture

gereuses, qui n’auraient pas dû méri-

pas qu’ici, mais dans l’ensemble des

centres de contrôle, constate le

PHOTO RAPHAËL BERT

À

compter du 20 mai, si le

va “améliorer la sécurité sur les Quant aux automobilistes, ils accu-

de son Audi A3. Un test qu’il a fait nouvelle loi, mais qu’il redoute un peu. “Je suis aussi inquiet pour la sécurité que pour mon porte-mon-

naie. La sécurité c’est bien, mais qu’on pense un peu à nous aussi.” g

ALAIN SEVEYRAT

QUESTIONS / RÉPONSES ● Puis-je rouler sans contrôle technique ? L’automobiliste qui n’accomplit pas ses obligations en matière de contrôle technique est passible d’une contravention de 135 euros (4e classe). Ce montant est applicable aussi bien en cas de contrôle technique jamais effectué que de contrôle technique périmé ou dépassé. Le conducteur s’expose également à l’immobilisation de son véhicule par les forces de police ou de gendarmerie. ● Seulement 24 heures pour faire réparer leur voiture ? Oui et non. Quelle que soit la raison de l’échec au contrôle technique (mention “défavorable” ou “défaillance critique”), les automobilistes disposent de deux mois pour effectuer les réparations nécessaires. Toutefois, en cas de “défaillance critique” sur un véhicule, le propriétaire ne peut plus rouler à partir de minuit s'il n'effectue pas les réparations nécessaires. ● Le prix du contrôle technique va-t-il augmenter ? Oui, de 15 % à 20 % en moyenne selon les centres de contrôle. ● Toutes les défaillances entraîneront-elle une contre-visite ? Non, les défaillances mineures n’entraîneront pas de contre-visite. ● Et pour plus d’informations ? Consulter le site www.service-public.fr


ACTUS

PHOTOS RAPHAËL BERT

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Mercredi 16 mai 2018 - n° 647 / EXPRESSIONS

Pendant quelques jours, les élèves de Mme Perez ont découvert l’envers du décor d’un plateau de tournage, coachés par Steed Cavalieri, animateur jeunesse au centre social Moulin-à-Vent.

ENSEIGNEMENT ARTISTIQUE

Silence on tourne Pendant une semaine, une classe de CM2 de l’école Georges-Lévy a réalisé un court-métrage, Le Secret de Cassandra, dans le cadre du festival Les Palmes du moulin organisé par le centre social Moulin-à-Vent. Reportage sur le tournage.

I

Pas facile de jouer les mariés quand on a 10 ans surtout quand parmi les figurants, ça pouffe dans les rangs !

ntérieur jour - une salle de

l’heure de la récré. Vous ne courez

plies de rouleau de réglisse — des

C’est la fin de la récré. L’équipe tech-

ter une baguette de pain”, a conservé

Autour d’une table de banquet

loup, et surtout, vous ne tirez pas sur

menu — et des costumes s’empilent

Adam se relaient derrière la

vaisselle verts mais a revêtu sa plus

classe - un mercredi matin.

de la caverne des Mort’adelles, une famille de vampires devise gaie-

pas, vous ne jouez ni au foot, ni au

vos costumes.” Les élèves de CM2 de M

me

Perez se précipitent dans la

ment en compagnie d’une jeune

cour du groupe scolaire Georges-

et dégustant des croquettes de rat

instants leurs rôles respectifs.

princesse, trinquant au sang chaud et un steak de chauve-souris à la bave de crapaud. Quand tout à

coup, Frankenstein frappe à la porte, tombe amoureux de la prin-

cesse au premier regard... et une

sonnerie retentit. Coupez ! “C’est

Lévy, abandonnant pour quelques Depuis quelques jours, leur salle de

classe s’est transformée en plateau de tournage. Des affiches de films

décorent les murs, des squelettes en plastique tombent du plafond, les assiettes du banquet sont rem-

Une expérience enrichissante Pour son troisième tournage avec Steed, l’institutrice Mme Perez est rodée à l’exercice même si gérer plus de 25 élèves sur un plateau demande un sens certain de l’organisation. Dès le mois d’octobre, sa classe de CM2 a commencé à travailler sur ce projet qui s’inscrit dans le cadre de l’enseignement artistique et fait le lien avec les cours de français. “Ils ont écrit l’histoire, l’ont transformée en scénario, travaillé sur le story-board, passé des auditions pour décrocher les différents rôles. À la fois comédiens, accessoiristes, décorateurs, ils se sont impliqués du début à la fin. Ce genre d’expériences soude la classe, les élèves sont fiers du résultat.” Des enfants scolarisés en Ulis (unités localisées pour l'inclusion scolaire) ont également participé à l’aventure. “Cela permet de valoriser ces élèves qui ont des difficultés à l’école et de les raccrocher au cadre scolaire.”

spaghettis de ver de terre sont au au fond de la pièce. Celui qui orchestre tout ce petit monde, c’est Steed Cavalieri, animateur jeunesse

au centre social Moulin-à-Vent.Voilà six ans qu’il se rend dans les écoles du quartier et au collège Balzac

pour aider les élèves à réaliser des

nique reprend sa place. Luna et

caméra, Alya prend très à cœur sa

mission d’ingénieure du son tout comme Mohammed, le scripte, et

Hedi, le perchman qui “réalise son rêve de faire un film”.

SURTOUT PAS DE REGARD CAMÉRA

courts-métrages dans le cadre du

Il reste plusieurs plans à tourner et

“L’idée c’est de leur faire découvrir

sion monte d’un cran, l’excitation

festival Les Palmes du moulin. comment on fabrique un film de A à

Z, les notions de mise en scène, le langage cinématographique.” Écri-

ture du scénario, élaboration du story-board, l’animateur intervient dans les classes plusieurs fois dans

l’année jusqu’au montage final au cours duquel les enfants choisissent les meilleures scènes, les musiques

additionnelles, les effets spéciaux,

la fin de matinée approche, la ten-

est à son comble. Une fois la scène du banquet dans la boîte, au tour du mariage entre Cassandra, la prin-

cesse, et Frankenstein. On pousse

les tables et les chaises, on dresse le buffet au centre duquel trône le

gâteau des mariés en papier crépon, et on va chercher les figurants, des CM2 des autres classes tous déguisés

en monstres! Mme Perez l’institutrice

etc. “Les élèves apprécient de décou-

prodigue les derniers conseils pen-

nent en même temps l’importance

“Concentrez-vous et surtout pas de

vrir l’envers du décor et compren-

du travail en équipe. Et cela permet

au centre social de construire avec les écoles des partenariats solides, basés sur la confiance.”

dant que Steed motive les troupes. regard caméra, c’est la première

chose qu’on vous a apprise.” Ilyes qui interprète Frankenstein, “un rôle aussi simple à jouer que d’aller ache-

sa perruque bouclée et ses gants de belle chemise. Myriam alias Cassan-

dra a troqué sa robe de princesse contre une robe de mariée imma-

culée. Silence. Action ! Mais pas

facile de jouer les mariés quand on a 10 ans. Et parmi les figurants, ça

pouffe dans les rangs. “Ne fais pas la grimace Myriam, lance la maî-

tresse. Tu te maries, tu es heureuse!

Faites un effort pour vous tenir les mains.”

Encore un effort de concentration

pour tous les apprentis comédiens, Hiba, Sirine, Ryan, Quentin et les

autres. Cassandra et Frankenstein avancent face caméra sous les

applaudissements et les confettis. “Vive les mariés! Vive les mariés!” Pas de dernière prise de sécurité cette fois-ci. Clap de fin sur la journée. g

PERRINE PLATEAU JUIN, LE SECRET DE CASSANDRE SERA PROJETÉ AUX ÉLÈVES ET À LEURS FAMILLES AU CINÉMA GÉRARD-PHILIPE. TROIS PRIX SERONT ALORS REMIS, MEILLEURE HISTOIRE, MEILLEURE MISE EN SCÈNE ET MEILLEUR FILM.

LE 28


ACTUS

EXPRESSIONS / Mercredi 16 mai 2018 - n° 647

COLLÈGE ARAGON - ÉCOLE PASTEUR

ÉCOLIERS ET LYCÉENS SOLIDAIRES

Ils leur ont raconté des histoires

Gabriel-Péri court pour ELA

5

Formés à la lecture à voix haute, des collégiens d’Aragon ont embarqué des maternelles de Pasteur dans leurs histoires. Une vraie réussite, tant pour les ados que pour les tout-petits.

Ichem, Thomas, Kevin, et les qua-

sieurs ateliers sportifs (karaté,

laire Gabriel-Péri ont couru le

animés par des élèves de la sec-

tre cents élèves du groupe sco2 mai dernier pour l’association

de lutte contre les leucodystro-

phies (ELA), cette maladie dégénérative qui détruit le système

immunitaire et les neurones.

“C’est la 3e année que nous organisons cette manifestation”, précise le directeur de l’établissement,

Marc Laurent. Pour la première

PHOTO RAPHAËL BERT

fois, les enfants de maternelle ont également pu participer sur un

parcours adapté à leur âge. Pluuoi de plus motivant pour

à Mmes Mulbacher et Galguera,

pendant une heure, ils ont tra-

ne se sentent pas très à

français et documentaliste au col-

sélection des livres et des histoires,

des élèves de 6 et de 5 qui e

l’aise avec la lecture que de capti-

ver un auditoire d’enfants ? Ce matin-là, la classe de maternelle moyenne et grande sections de

Véronique accueille Mohamed, Badys et Irem, élèves de 5e au col-

lège Aragon. Sérieux, motivés, y mettant le ton et les bruitages, ils prennent les enfants par petits groupes pour leur raconter l’histoire de Totoche, puis celle de L’élé-

phant entièrement encombrant. De

vrais conteurs ! Le jeune public en redemande.

L’idée de cette rencontre revient

respectivement professeure de lège. “L’académie organise avant la rentrée scolaire une réunion des-

tinée aux enseignants nouvellement arrivés en REP, rappellent-elles. À

cette occasion, nous avons assisté à une conférence passionnante de

Sylvain Connac, professeur des écoles. Il nous a simplement dit :

“Quand un jeune ne souhaite pas trop lire pour diverses raisons,

faites-lui lire des histoires à des petits.” Nous avons eu envie de mettre en place cette activité.”

Une vingtaine d’ados étaient

concernés. Une fois par semaine,

vaillé avec la documentaliste à la

tion sport-études du lycée Frédéric-Faÿs.

Les enfants étaient manifestement ravis de fournir des efforts

pour la bonne cause : “Nous, on

est en pleine forme, c’est super important de penser à ceux qui sont malades.”

En amont de cette matinée solidaire, une collecte avait été organisée. Les enfants remettront 800 euros à l’association ELA. g

Et Jacques-Brel pour l’Unicef

ils ont appris à mettre le ton, à lire devant un public, à adopter la pos-

ture du lecteur. Les petits de Pas-

teur le leur ont bien rendu : yeux

écarquillés, bouche bée, tout ouïe.

Au-delà de cette satisfaction, les collégiens, surtout, ont énormé-

ment progressé selon leur profes-

seure de français : “Ils s’expriment beaucoup plus facilement en classe.

PHOTO RAPHAËL BERT

Q

e

step, danse…) étaient par ailleurs

Ils ont envie de prendre la parole, sont moins stressés. C’est vraiment très positif.” g

M.F.

Les terminales ASSP (Accompa-

de 700 mètres.

personne) organisaient le 3 mai

nariat a permis aux élèves de col-

gnement soins et services à la

dernier une course solidaire au

profit de l’Unicef. “Nous avons

travaillé sur un projet lié à la protection de l’enfance, précise Youcej. Collecter des fonds au profit

de l’Unicef s’est imposé comme une évidence.” Toute la journée, à

raison d’un départ toutes les

trente minutes, des élèves de l’ensemble du lycée polyvalent ont parcouru dans la cour une boucle

Un travail de recherche de partelecter des fonds : l’entreprise Koné, le restaurant Deuxième

avenue de la Cité Berliet ont

répondu à l’appel. Le magasin Carrefour a pour sa part offert jus de fruit et gâteaux. À

l’issue

de

cette

jour-

sera

remis

née, 416,23 euros ont été collectés.

Un

chèque

prochainement aux représentants lyonnais de l’Unicef. g


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ACTUS

Mercredi 16 mai 2018 - n° 647 / EXPRESSIONS

DU 29 MAI AU 5 JUIN

SOLIDARITÉ

Une duchesse Ă EmmaĂźs

Semaine du dĂŠveloppement durable

Ce 8 mai, à l’occasion de la visite offi-

presse française et britannique sur

gleterre et de son ĂŠpouse Camilla, la

par la communautĂŠ de Lyon depuis

cielle à Lyon du prince Charles d’An-

duchesse de Cornouailles est venue visiter EmmaĂźs, Ă VĂŠnissieux. Cer-

tains avaient beau plaisanter, on sen-

Dans le cadre de la semaine europĂŠenne du dĂŠveloppement durable, VĂŠnissieux se mobilise du 29 mai au 5 juin, en partenariat avec les structures ĂŠducatives et de la jeunesse, les associations locales et les habitants.

tait

chez

les

compagnons

et

bĂŠnĂŠvoles une certaine excitation en

attendant le cortège‌ La duchesse a

Mardi 29 mai

ÊtÊ accueillie par Geneviève Soudan

vert, le nouveau jardin partagĂŠ du

dents d’Emmaßs Lyon, en prÊsence

18Â heures: inauguration du Moulin

et Christophe Copard, vice-prĂŠsi-

de Michèle Picard, maire de VÊnis-

quartier Moulin-Ă -Vent. Rue Paul-

sieux, et de Saliha Prudhomme-

Vaillant-Couturier.

Latour, adjointe Ă la politique sociale

Mercredi 30 mai

et Ă la lutte contre la grande pau-

nement collectif (associations, habi-

Pour tous ceux qui Ĺ“uvrent quoti-

vretĂŠ.

“Qu’est-ce qu’on fait demain?â€?: ĂŠvĂŠ-

ARCHIVES RAPHAĂ‹L BERT

tants‌) en partenariat avec le Centre associatif Boris-Vian.

-14h30: projection du film Mia et

le Migou, Ă partir de 3 ans. CinĂŠma GĂŠrard-Philipe (entrĂŠe payante).

-16 heures-18h30:on rĂŠpare, on recycle, on plante, on joue autour

durable du lycÊe Marcel-Sembat‌

dÊchets d’Êquipements Êlectriques

du cinĂŠma GĂŠrard-Philipe. Anima-

-18h30: forum du Conseil citoyen

Place LĂŠon-Sublet.

du dĂŠveloppement durable. Parvis tions gratuites.

-19 heures:projection du film Le Potager de mon grand-père de Mar-

tin Esposito. CinĂŠma GĂŠrard-Philipe. Gratuit.

HĂ´tel de ville.

du dĂŠveloppement humain dura-

ble. PrÊsentation du plan oxygène

de la MĂŠtropole de Lyon puis dĂŠbat. HĂ´tel de ville.

Guesde, amĂŠnagĂŠ selon les prin-

cipes de la permaculture. 39, avenue Joannes-Valet.

- 16h45 - 17h45: spectacle La

LĂŠgende de Kiabu Boara par le MNLE. Parc Dupic. Gratuit.

-18Â heures:prĂŠsentation des pro-

ductions de l’EPJ CharrÊard sur la protection de l’environnement, res-

titution du projet dĂŠveloppement

au 0472214506.

-16Â heures-17Â heures: distribution de compost et plantations. Centre

citoyennes.

Lucie-Aubrac.

mains et se prĂŞtant au jeu des photos. Dans son discours de remercie-

ment en français, la duchesse a

estimÊ que l’abbÊ Pierre pouvait être fier. En repartant, elle a sou-

haitÊ bonne chance à toute l’Êquipe. Les sourires Êtaient sur toutes les

lèvres : certains très heureux

d’avoir pu serrer une main quasi royale, d’autres ÊtonnÊs de la sim-

plicitĂŠ de Camilla, beaucoup moins

protocolaire qu’on aurait pu le penser. g

ĂŠco-responsables dans le cadre de

la FĂŞte du sport et de la jeunesse.

Jeux et ateliers. Stade Laurent-GĂŠrin.

Mardi 5 juin

- 18h30: projection du documen-

taire Des clics de conscience suivie

VĂŠolia Ă Rillieux-la-Pape. DĂŠpart hĂ´tel de ville. Sur inscription

d’une rencontre avec le rÊalisateur

MÊdiathèque

- 9Â heures: visite du centre de tri 0472214506.

-19Â heures: Janus France prĂŠsente la plateforme interactive de signa-

lisation des difficultĂŠs rencontrĂŠes

Samedi 2 juin

-9Â heuresĂ 13Â heures: collecte de

à vÊlo sur l’agglomÊration. Centre associatif Boris-Vian. g

CONCOURS DES BALCONS ET MAISONS FLEURIS

Jardiniers amateurs, c’est l’heure ! L’an dernier, 111 personnes s’Êtaient inscrites, dont 23 pour la première fois, au Concours des balcons et maisons fleuris. Pour l’Êdition 2018, les inscriptions prendront fin le 30 juin. Il suffit de retirer la fiche d’inscription Ă l’hĂ´tel de ville ou de la tĂŠlĂŠcharger sur le site internet de la Ville (www.venissieux.fr). Ă€ l’exception des agents du service municipal des espaces verts, tout habitant peut s’inscrire dans l’une des cinq catĂŠgories suivantes : - Maison avec jardin visible de la rue,

fondateur d’Emmaßs), serrant les

MÊdiathèque

Guesde.

Lucie-Aubrac.

dotes (l’un a connu l’abbÊ Pierre,

avec les jardiniers de la Ville et les

social de Parilly, 27 b, avenue Jules-

Attias.

stock de livres, ĂŠcoutant leurs anec-

l’univers des graines et des semis

-14Â heuresĂ 18Â heures:animations

Jonathan

l’occasion d’attirer l’attention de la

bĂŠnĂŠvoles sur un meuble ou un

jardin!â€?, un atelier pour s’initier Ă

ĂŠlectrique de Pierre-BĂŠnite (CNR).

DĂŠpart hĂ´tel de ville. Sur inscription

ouvertes au jardin partagĂŠ Jules-

voles et 8 salariĂŠs), cette visite a ĂŠtĂŠ

discutant avec les compagnons et

-15 heuresĂ 17 heures: “Tous au

tives

de l’enfance sur les Êconomies - 14 heures et 18 heures: portes

pagnes et compagnons, 130 bĂŠnĂŠ-

Camilla a fait le tour des entrepĂ´ts,

bÊnÊvoles de la Fabrique d’initia-

-9Â heures:visite du barrage hydro-

d’eau.

l’avenue Marius-Berliet (90 com-

1973.

ĂŠlectroniques, avec Écosystème.

Vendredi 1er juin Jeudi 31 mai

- Ateliers dans les ĂŠcoles et maisons

diennement dans les locaux de

le travail social et solidaire menĂŠ

- Balcon ou terrasse sans jardin visible de la rue et fenêtres ou murs fleuris, - Immeuble collectif, - Hôtel, restaurants, cafÊs, magasins, Êtablissements industriels ou commerciaux avec ou sans jardin, - Jardin potager fleuri. L’inscription est Êgalement ouverte aux organismes gestionnaires de logements collectifs et aux associations reprÊsentatives de rÊsidents. La remise des rÊcompenses aura lieu au mois de dÊcembre.

Camilla a fait le tour des entrepôts de l’association.


Un anagramme qui a fait date : “Berliet” transformé en “Liberté” par les grévistes.

7

PHOTO IHS RHÔNE

DOSSIER

EXPRESSIONS / Mercredi 16 mai 2018 - n° 647

LES 50 ANS DE MAI 68

Sois Vénissian... et ne te tais pas ! Ça ne vous aura pas échappé : on fête les cinquante ans de Mai 68. Les journaux, les chaînes de télé, les radios n’ont cessé, depuis quelques semaines, de retracer les événements parisiens. Et ailleurs ? Plus exactement, à Vénissieux ? Que s’est-il passé ? L’occasion était trop belle de commencer ce dossier par une interview de l’historien Vincent Porhel, auteur avec Jean-Luc de Ochandiano du beau livre Lyon 68, très abondamment illustré, souvent de photos peu voire jamais vues. Restait ensuite à retrouver des témoignages d’ouvriers et d’employés en lutte, de leaders syndicaux, de grévistes municipaux et même celui d’un lycéen de l’époque. Tous Vénissians. Des souvenirs qui nous replongent dans une effervescence, des prises de conscience, des actions de solidarité, toutes ces choses qui ont amené un progressif changement de société. DOSSIER RÉALISÉ PAR : JEAN-CHARLES LEMEUNIER ET FRANÇOIS TOULAT-BRISSON PHOTOS D’ARCHIVES FOURNIES AIMABLEMENT PAR JEAN-LUC DE OCHANDIANO ET L’IHS DU RHÔNE-CGT

>>>


8 >>>

DOSSIER

Mercredi 16 mai 2018 - n° 647 / EXPRESSIONS

LYON 68

Désirs et réalités renons nos désirs pour

“P

scolaires du secondaire. Les histo-

événements qui, en 1967, secouent

nombreux et heureux

vent les mois de mai et juin 1968

slovaquie, au Mexique… et qui sont

taires, Vincent Porhel et Jean-Luc de

Le livre déborde le cadre de

aux éditions Lieux Dits, mérite son

“bornes’ historiques ?

Un beau livre richement illustré retrace les deux décennies d’histoire française et lyonnaise qui eurent pour point d’orgue Mai 68. Rencontre avec Vincent Porhel, l’un des deux coauteurs. des réalités” est l’un des

slogans de Mai 68. Il semble prendre toute son ampleur avec la sortie de l’ouvrage dirigé par deux universi-

Ochandiano. Non seulement Lyon 68,

qualificatif de beau livre — il est

richement illustré d’images rarement vues, certaines publiées en doubles pages — mais il est aussi le premier

à se pencher sur les événements de Mai 68 à Lyon et dans sa banlieue. Comment est né ce projet ?

Vincent Porhel : D’une rencontre avec Jean-Luc de Ochandiano, l’édi-

teur et moi-même, il y a presque

riens élargissent le cadre et inscridans une longue période de contestations.

Mai 68. Quelles en sont les Tout commence avec la guerre d’Al-

gérie. Ville industrielle, Lyon et sa

banlieue ont une forte population

immigrée. Mais jusqu’où pouvionsnous aller après Mai 68 ? Aux années quatre-vingt et la victoire de Mitter-

rand ? En 1983, avec le retour de la rigueur et la Marche pour l’égalité ? Nous avons préféré clôturer avec

l’explosion de l’usine Givaudan, dans le 8e arrondissement, en 1979.

deux ans. J’ai été chargé de consti-

On est passé à autre chose : un nou-

ger. Jean-Luc a participé à l’écriture

l’entrepreneur-roi, la crise.

tuer une équipe d’auteurs et de rédi-

et a collecté une iconographie

remarquable. À propos de Mai 68, on ne parle toujours que du mouve-

ment étudiant, et cela a été utilisé

par le pouvoir en place au moment des événements. La grève ouvrière est évacuée. C’est même cette lecture

qui est proposée dans les manuels

le globe aux États-Unis, en Tchéco-

les prémices du mois de mai suivant, il n’existe aucune explication satis-

faisante. Le problème des rappelés de la guerre d’Algérie passe très mal,

notamment dans le monde agricole. Il existe aussi une crispation, une radicalisation, l’émergence de partis

d’extrême gauche avec, à Lyon, une spécificité maoïste, en même temps que celle du PSU qui tient un rôle important et la présence d’un catho-

licisme social. Ce qui se traduit par

un anticommunisme primaire à la fois chez les maos, les cathos et les trotskos ! Ajoutons à cela la guerre

Renault-Billancourt à Paris et Berliet

C’est la fin du mouvement ?

keley et le Printemps de Prague.

de Berliet à l’époque. 7 000 ouvriers

l’ordre : les accords de Grenelle, la

du Vietnam avec les émeutes de Ber-

veau cadre, un nouveau patronat,

Comment démarre Mai 68 ?

Dans les années cinquante, avec la

diant très profond. Contrairement à

Vallée de la chimie, Lyon est une des premières concentrations indus-

trielles de France, avec 42 000 éta-

blissements. Avec la présence de ce que l’on appelle “la banlieue rouge”,

on note une forte présence du Parti communiste et de la CGT. Pour les

La France connaît un mal-être étu-

l’image de l’étudiant bourgeois,

à Lyon. Il faut bien mesurer le poids

sont dans la rue et, après Berliet, toutes les usines peuvent y aller.

Curieusement, à Lyon, c’est la SNCF qui démarre la grève.

beaucoup sont boursiers, précarisés

Quel est le quotidien de la grève ?

sement. Les positionnements de

la pétanque, au football, on mange et

et ont peur du chômage et du déclas-

l’État sont inquiétants : on com-

mence à parler du numerus clausus. Le mouvement part des cités univer-

sitaires, comme en 1965 à Antony, puis va s’étendre. Daniel Cohn-Ben-

dit a un vrai rôle historique. La fer-

meture de Nanterre et les premiers

affrontements devant la Sorbonne vont enclencher le mouvement dans

la France entière. L’appel de l’UNEF est répercuté et les manifs d’étu-

diants et lycéens obtiennent un suc-

cès dans toutes les villes de France. Le deuxième grand marqueur sur-

vient le 13 mai, avec la grève

ouvrière, menée surtout par la CGT.

Le 14 mai, les usines sont occupées,

Lyon 68, éditions Lieux Dits (2017), 226 p., 32 €

La grande manifestation du 13 mai traverse le pont de la Guillotière. Elle réunit 35 000

Il faut bien mesurer le poids de Berliet à l’époque. 7 000 ouvriers sont dans la rue et, après Berliet, toutes les usines peuvent y aller.

On occupe et on s’occupe : on joue à on discute. De temps en temps, on fait une manif. Il fait très beau et tout le

monde attend le départ du général de Gaulle. Le 24 mai, Lyon va compter

au niveau national comme, déjà, elle

avait compté en 1967 avec la grève de Rhodiacéta, qualifiée d’insurrection-

nelle. Ce jour-là, la mort du commis-

saire Lacroix va changer le cours des événements. Perçus comme des vic-

times, les étudiants deviennent dan-

gereux. En cause, les “trimards” sont

Tout commence à rentrer dans

CGT qui stoppe la grève. À Lyon,

les gros bastions reprennent le travail, Berliet à la mi-juin, les autres suivent. Fin juin marque le retour

à une sorte de normalité mais tout

ne fait que commencer. Pendant ces deux mois, on a assisté à la politisation des acteurs et actrices

de la contestation, à une révolution sexuelle connectée avec le féminisme.

On

autorise

les

femmes à contrôler leur propre corps, ce qui était inimaginable

deux ans avant. Lyon est au carrefour des grandes revendications de la période : Larzac, Lip, Malville

et le conflit Penarroya, en 1972, où les ouvriers immigrés se mettent en grève.

différents des “Katangais” qui, à Paris,

Que se passe-t-il à Vénissieux ?

Les trimards symbolisent une jeu-

ville. La CGT est à l’aise et le PC

nourrissent un vague projet politique. nesse délaissée, clochardisée, une autre vision des Trente glorieuses, une

autre facette, des gens sans avenir et à qui on n’en donne d’ailleurs pas. Vivant dans la marginalité et la vio-

lence, ils investissent la fac de lettres. Ils sont accusés d’avoir balancé le

camion qui aurait causé la mort du commissaire. Raton et Munch sont finalement innocentés mais, le 24 mai,

le mouvement part en sucette à Lyon. Puis, le 31 mai, une manif gaullienne calme le jeu.

Marcel Houël contrôle bien sa

tient la CGT. Berliet a mené de main de maître les événements de mai-juin. Ce fut une grève d’une énorme

ampleur…

Trente-six

jours, c’est quand même rare ! Quand les ouvriers reprennent le travail, ils font le tour de l’usine

avec le drapeau rouge, en chantant

L’Internationale, histoire de montrer au patron qu’ils sont toujours en situation de lutte. Et, après cette

victoire ouvrière tangible, on passe à autre chose. g


DOSSIER

EXPRESSIONS / Mercredi 16 mai 2018 - n° 647

9

DOMINIQUE ANNARELLI

“Le sentiment d’être acteurs de notre avenir” viens que la grève avait duré six

bre 1963, j’allais avoir

piquets de surveillance filtraient les

aux

17 ans en novembre. Nous faisions 50 heures par semaine et, le ven-

dredi, notre chef d’atelier nous

demandait si nous voulions venir le

samedi matin. La plupart du temps, je répondais par la négative parce

PHOTO IHS RHÔNE-ALPES

que rester dix heures debout par

personnes selon la police.

jour, cinq jours par semaine, était épuisant. Il n’y avait aucun tabouret, excepté pour les ajusteurs qui

avaient parfois les empreintes des moules à polir comme un miroir.

Nous embauchions le matin à 7 heures puis casse-croûte de

8 heures à 8 h 15, quart d’heure que

nous devions récupérer le soir de 18 heures à 18 h 15. Puis, une heure

Mai 68 à Lyon, l’expo Réalisée par l’Institut d’histoire sociale de la CGT, une exposition retrace les événements de mai-juin 1968 dans le Rhône. Elle sera visible le jeudi 31 mai à partir de 14 heures au cinéma Gérard-Philippe, le mercredi 5 juin aux archives municipales de Lyon, puis le samedi 9 juin à la salle Joliot-Curie lors de la fête de l’Union départementale CGT.

d’arrêt de 12 à 13 heures. La majo-

rité d’entre nous apportait sa gamelle pour le déjeuner. Il y avait cependant une cantine.

Concernant mai 1968, je me sou-

Nous n’avions pas le sentiment que ça allait être aussi important et qu’on en reparlerait cinquante ans après. Janine Gasc et Marie-Claude Gomez

semaines chez Duranton. Des

entrées. Il était hors de question de

nous en prendre aux machines. Au contraire, elles étaient nettoyées, huilées, impeccables.

Les nuits étaient longues et nous dormions peu. Les déplacements

étaient rendus très difficiles faute de carburant. Pour tuer le temps,

lors des gardes, nous jouions aux

cartes, j’ai appris ainsi à jouer au jeu “Mille bornes”.

Bien sûr, il y a eu aussi les manifes-

gendre de Monsieur Duranton.

Quels acquis avions-nous obtenus

en particulier de Roger Bourdeleau

toujours propriétaire, était venu

aussi paru trop long : augmenta-

Maison du peuple et je me souviens

qui était un excellent orateur. Nous

avions le sentiment de devenir un peu acteurs de notre avenir et la solidarité agissait sur nous comme un euphorisant.

À cette époque, l’entreprise était

déjà dirigée par Monsieur Cadiou,

Monsieur Duranton, alors âgé mais

nous inciter à reprendre le travail. Le responsable syndical CGT l’avait doucement pris par le bras et recon-

duit jusqu’au portail. Cela m’avait choqué et il m’avait semblé alors

que nous exagérions un peu en lui refusant l’accès à son entreprise.

à la fin de ce conflit qui m’avait tions, congés ? Pour donner une idée, en 1963, un jeune ouvrier

gagnait 2,80 francs de l’heure, un professionnel 5 francs et nous

avions trois semaines de congés l’été. J’ai quitté Duranton fin décembre 1968.” g

JANINE GASC ET MARIE-CLAUDE GOMEZ

“Le pays était arrêté, c’était phénoménal” entrées en 1962 à la Ville,

R

lons. Mais nous n’avions pas le sen-

(“On ne bougeait pas”) et le blocage

scolaire au Charréard et

tant

phénoménal”), ce qu’elles retien-

formatées par André Falcoz et Louis

bloqué et Janine évoque “les tickets

Janine Gasc était infirmière

dans le médico-social. “Jeunettes, on suivait les vieux ! On avait été Trinquier pour militer à la CGT.”

Ces deux Vénissianes de naissance avouent “être tombées dans la mar-

mite en 1968”. Elles se souviennent :

“Les plus âgées gardaient nos

PHOTO IHS RHÔNE

Chez Duranton, la grève a duré six semaines.

tations à Lyon et les meetings à la

Marie-Claude Gomez secrétaire

Le cortège des usines de Vénissieux en route pour manifester à Lyon

PHOTO COLLECTION ANNARELLI

“E

Fonderies

ntré

Duranton le 23 septem-

timent que ça allait être aussi imporet

qu’on

en

cinquante ans après”.

reparlerait

Berliet, Maréchal et la Rhodia à Saint-Fons donnent le la. Tout était pour l’alimentation fournis par le

CCAS et les cantines gratuites pour les enfants”.

Marie-Claude repense aux chalets

où vivaient les gens mal logés, “au

enfants tandis que nous étions du

Moulin-à-Vent, à Parilly avenue

Il fallait frapper le texte des tracts,

Gabriel-Péri”. Janine surenchérit :

matin au soir à la Maison du peuple. corriger les fautes, etc.” Le plus important étant “l’ambiance de camaraderie et de solidarité. Tout était nivelé, il n’y avait plus d’éche-

Jules-Guesde, à la cité d’urgence de

“Nous reversions une partie de nos

salaires dans les collectes pour les grévistes des industries.”

Plus que les pénuries d’essence

total (“Le pays était arrêté, c’était nent avant tout, c’est la présence

des femmes dans le mouvement, à commencer par les deux élues Mar-

guerite Carlet et Marie Cazorla. “Nous n’avions jamais pris la parole

jusque-là, reprend Janine, et nous

l’avons fait lors des meetings. J’étais tremblante !”

Mécontentes de reprendre le tra-

vail, et pas par fainéantise, elles

précisent : “Trinquier a cité Thorez : “Il faut savoir arrêter une grève”. On n’avait pas le sentiment de s’être

battues pour des salaires meilleurs mais d’avoir suivi le mouvement pour les autres.” g

>>>


DOSSIER

10 >>>

Mercredi 16 mai 2018 - n° 647 / EXPRESSIONS

ROGER BOURDELEAU

“On sentait que quelque chose d’important se passait !”

É

lu au conseil municipal

rentrés juste. Après, il n’y avait plus

conditions. La CGT a créé le syndi-

Alors que les accords de Grenelle

leau, ouvrier à Berliet et

qu’en 68, il s’était passé dix ans

bre de leurs revendications, surtout

ment est prévu au stade Charléty

depuis 1965, Roger Bourde-

alors âgé de 43 ans, était trois ans

plus tard “tout neuf secrétaire de l’Union locale CGT”. Il se souvient : “Avec Marcel Houël, nous étions en

délégation en URSS et nous sommes

d’avions ! Il ne faut pas oublier depuis l’arrivée de la V République e

et le mot d’ordre était : Dix ans, ça

suffit ! Encadrés par les gauchistes, les

étudiants

cassaient

tout,

contrairement aux salariés qui, en

occupant les boîtes, assuraient l’outil de production. Les ateliers pouvaient redémarrer du jour au lendemain.”

Roger poursuit : “Le mouvement

revendicatif ouvrier de 68 n’a jamais

été égalé. L’essence et les cigarettes étaient limitées, ça ressemblait aux restrictions de la guerre. Les transports étaient paralysés, l’alimenta-

PHOTO ARCHIVES MUNICIPALES DE LYON

tion n’arrivait plus. On sentait que

quelque chose d’important se passait ! À Vénissieux, 54 entreprises

étaient en grève dont vingt occupées. À Fantasia, une boîte de cuir et peaux, c’était par exemple le

Moyen Âge. Ce n’était pas possible

que des gens travaillent dans ces

cat et a fait aboutir un certain nomen ce qui concerne les conditions de travail. Le plus gros du mouvement

était à Berliet, Maréchal, la Snav,

Feudor, Électrodes, Duranton, les

transports, la SNCF, les services publics, Casino aux Minguettes, Carrefour… Tout s’est passé d’une manière

ordonnée,

disciplinée,

démocratique. Tout le mois de mai, la solidarité s’est organisée.”

“Berliet est resté l’exemple de l’occupation sans bavure. C’était la

locomotive ! Albert Rivat était le patron du syndicat à l’usine, qui

comptait 11 000 ouvriers. C’était

pareil à Maréchal et dans la chimie : sans bavure ! Il y avait des

réunions, des meetings, des manifestations… La Maison du peuple

était une ruche… Et, soudain la

prise de conscience d’une force.

Avec, au départ, l’union. Puis Charléty a été la rupture.”

s’achèvent, un grand rassembleà Paris, le 27 mai, à l’appel de

l’UNEF, auquel répondent le PSU,

le SNES, la CFDT, FO et le mouvement fédéraliste La Fédération — soit 35 000 personnes —, tandis

que la CGT, le PCF et le Mouvement

du 22-Mars (d’inspiration libertaire, dont Daniel Cohn-Bendit est l’un des représentants) refusent l’initiative. “On peut comparer la

situation de l’époque, qui marquait

la fin d’un conflit, avec celle d’aujourd’hui, où un autre conflit est en marche. À Charléty, tout le monde

était contre les communistes.

Aujourd’hui, on veut se débarrasser de la CGT !”

Quoi qu’il en soit et malgré Charléty, il estime que la CGT est sortie

renforcée. “Le SMIG a augmenté,

Débrayage massif à Berliet.

les droits syndicaux ont été obtenus, plus rien n’a jamais été comme avant.” g

GILLES GELEY

Les grandes vacances grévistes. Mon père, qui était gros

dans les boîtes aux lettres. Foutez-

ment

gréviste et on lui servait des

les a détruits.”

il se souvient non seuledes

grandes

vacances de cette année (“mai,

juin, juillet et août”) mais aussi de

sa carte d’enfant de gréviste.

“Tous les jours, on pouvait manger

gratuitement dans les cantines sco-

laires, ouvertes par le maire Marcel Houël pour les enfants de grévistes.”

Il rappelle la situation de Vénissieux : “Il y avait à l’époque

45 000 à 50 000 habitants, pas de

lycée et pas de fac. Les luttes des

lycéens et des étudiants se déroulaient à Lyon. Comme régnait la

pénurie, le buraliste de l’ancienne gare réservait ses cigarettes aux

fumeur, y allait avec sa carte de

boyards maïs, parce qu’il n’y avait plus que ça.”

Ses souvenirs sont précis, comme

y le feu, nous ont-ils répondu et on

Il se rappelle encore cet “esprit de

fête” qui régnait dans son quartier, le Charréard, “où quasiment

“ce combat des idées que menait le

tout le monde bossait chez Berliet”.

distribuer des tracts dans les cités,

me présente le matin au lycée

patronat” : “Comme il n’osait pas il envoyait des avions d’où on les

balançait par poignées, avec des slogans du style : “Mères de

famille, vos enfants ne mangent pas, dites à vos maris de reprendre le travail”. Je me souviens du stade

Laurent-Gérin et des tracts qui

tombaient. On les a ramassés avec

mes copains et on est allé voir nos pères pour savoir si on les mettait

À l’époque, Gilles est scolarisé. “Je

Charrial, les terminales avaient

formé un cordon pour empêcher les élèves d’entrer dans le lycée. Je me suis faufilé à l’intérieur du

lycée, puis j’ai ressauté la grille et foutu le camp ! En juin, il a fallu

organiser les examens. Comme j’étais en 6e, je ne suis pas retourné

au lycée avant la rentrée de septembre !” g

PHOTO CEDRATS

G

illes Geley avait 12 ans et


DOSSIER

EXPRESSIONS / Mercredi 16 mai 2018 - n° 647

11

ANDRÉ GERIN

“Ça a été la Grande Peur du patronat” n mai 68, le futur député-

E

sible et positive, pour l’entreprise

l’égalité des salaires pour les

ans. Fraiseur-outilleur ajus-

ouvriers, qui avaient un bon

20 % de moins que leurs aînés, à

prépare son CAP de dessinateur

répression syndicale, mais aussi de

maire de Vénissieux a 22

teur à Berliet depuis 1963, adhé-

rent du PCF depuis 1964, il est

délégué syndical depuis peu et industriel par les cours du soir.

Pour lui, “Mai 68 a éclos sur un ter-

reau politique et social fertilisé par

de nombreuses années de luttes. En février 1967 déjà, les CRS

avaient mis fin brutalement à une

tentative d’occupation des usines Berliet et Rhodia Ceta.

Il reflète aussi l’exaspération du PHOTO IHS RHÔNE-ALPES

pouvoir personnel et autoritaire du général de Gaulle, au pouvoir

depuis 10 ans. Un autoritarisme que l’on retrouvait aussi dans les

boîtes, et qui était remis en cause. À Berliet, on se souvenait de l’ex-

périence de gestion ouvrière de

l’entreprise entre 1944 et 1947. On savait que l’autogestion était pos-

qui s’est relancée et pour les salaire. Les années suivantes

avaient vu une reprise en main patronale avec une importante fortes résistances. Le PCF comptait

500 adhérents dans l’usine, menait des actions de solidarités avec les

travailleurs immigrés, contre les guerres coloniales… Il y avait beau-

coup d’effervescence dès avril 68. La répression des manifs du 13 mai a mis le feu aux poudres.

Pendant les 31 jours d’occupation de l’usine, les machines étaient

entretenues, prêtes à repartir. Il y avait chaque jour une assemblée générale et même un journal quo-

tidien. J’habitais à Vienne, je ne rentrais qu’un jour sur deux, faute d’essence. On demandait la recon-

naissance de l’activité syndicale

sur le lieu et le temps de travail,

moins de 18 ans, qui étaient payés

travail égal. Il y avait même des revendications sur l’hygiène : aux

Grands Ateliers de la VL, les WC étaient installés sur une passerelle, au vu de tous. Ça paraît insignifiant mais c’était une revendica-

tion de dignité. Les ouvriers

discutaient sur un pied d’égalité avec la direction. Ça a été la

Grande Peur du patronat. Dans les années qui ont suivi, il s’est orga-

nisé pour que ça ne se reproduise plus jamais !

Le PCF travaillait à l’union de la gauche, espérait un débouché politique dans la foulée. La défaite cui-

sante des Législatives de juin nous a mis un sacré coup sur la cafe-

tière… Au-delà de ce qui a été

obtenu, pour moi, Mai 68 a été un

moment de grande dignité, de combat pour le respect.” g

JACQUELINE SANLAVILLE ET ANNA RUGGIERO

es “emmerdeuses”, les “têtes

L

rouleaux en alu, un tube plat, la notice

étudiants parisiens suscite l’indigna-

les contremaîtres de la Spécia

remplir des caisses de six kilos… Tout

va pas rester à rien faire ! On a

nous étions marquées à l’encre rouge.”

faire de pause pour avoir les 30 francs

appelaient Jacqueline et Anna, dans les années 1960. “Syndicalistes et mili-

tantes politiques, filles de militants, La Spécia, filiale de Rhône-Poulenc

basée à Saint-Fons, fabriquait et conditionnait des médicaments tels que l’Aspirine du Rhône, le Gardenal,

le Fenergan, et comptait 900 salariés

en 1968, dont 600 femmes. “On était

payées 30 % de moins que les hommes, pour 9 heures par jour, avec 5 minutes

de pause le matin, autant l’après-midi, 45 heures par semaine, raconte Jac-

queline. Il fallait faire 1 800 boîtes par jour, placer dans chaque boîte cinq

à plier, coller la bande de contrôle et

ça dans des conditions de sécurité

lamentables. Je voyais des veuves de

50 ans pleurer sur leur table, ne pas de prime si on atteignait le rendement.”

Anna se rappelle que “pour les patrons, on n’était que des numéros. On ne s’en souvient plus, mais c’était

horrible, la vie d’ouvrier dans les

années 1950. Chaque progrès de la

dignité était obtenu par la lutte. À la

Spécia, en 1967, on avait obtenu que

la pause passe à 10 minutes, une prime de vacances et une de fin d’an-

née”. En 68, la répression contre les

tion à la Spécia. “On s’est dit : on ne débrayé et occupé l’usine. Chaque

jour, on a entretenu et nettoyé les machines, notre outil de travail. La

Un piquet de grève devant l’usine Sigma de Vénissieux.

CGT assurait la sécurité du site, le ravitaillement, la cantine, les déléga-

tions aux manifs, les négociations.” Les Spécia obtiennent une augmen-

tation et l’intégration des primes dans le salaire, mais mettront trois ans pour arriver aux 40 heures. Ils

gagnent aussi la reconnaissance du

droit syndical dans l’entreprise : “On avait désormais droit à un local, la

liberté d’afficher et de distribuer des tracts et notre presse, une vraie petite révolution.” g

PHOTO IHS RHÔNE

brûlées”. C’est comme ça que

PHOTO IHS RHÔNE

“Pour les patrons, on était des numéros”


CULTURE

12

Mercredi 16 mai 2018 - n° 647 / EXPRESSIONS

CONFÉRENCE

Sétif, l’autre 8 mai 1945 l’invitation du collectif

À

recherches, l’enquête éclaire par

autorités locales déclenchent une

“J’ai fait ce livre sans volonté de

tion” de Farouk Ababsa, le

sacres perpétrés par l’armée fran-

grande échelle. La police et l’armée

insiste Kamel Beniaïche, mais

dédicacé son ouvrage Sétif, la fosse

jusqu’à fin juillet 1945.

Kamel Beniaïche est l’auteur de Sétif, la fosse commune. Ce journaliste algérien était l’invité de la médiathèque, le 3 mai, pour évoquer ces massacres qui firent plus de 20 000 victimes selon la majorité des historiens. “Mémoire et réconcilia-

journaliste Kamel Beniaïche était reçu à la médiathèque Lucie-

Aubrac, le 3 mai. Il a présenté puis commune devant une trentaine de personnes. Fruit de douze ans de

de nombreux témoignages les masçaise et des milices de colons à Sétif, Guelma, Kherrata et dans

tout le Constantinois du 8 mai

Le mardi 8 mai 1945, l’un des défilés organisés pour fêter la fin des

hostilités de la Seconde Guerre mondiale (où de nombreux Algé-

riens ont combattu) s’était transen

manifestation

nationaliste et avait dégénéré en

affrontements meurtriers à Sétif.

“Veuillez prendre toutes les mesures

sont déployées dans la région, des

agissements anti-français d’une d’agitateurs”

parce qu’un travail de vérité est

milices de colons écument les

indispensable pour construire une

douars, des villages sont bombar-

amitié franco-algérienne solide.”

dés par l’aviation et la marine…

Farouk Ababsa relève que “Vénissieux est l’une des très rares villes

20 000 victimes selon la majorité

françaises à avoir une stèle commé-

des historiens. Elles seront le fer-

morant le massacre d’Algériens à

ment de l’insurrection de 1954 et

Paris le 17 octobre 1961. Et bien peu

la lutte pour l’indépendance. “Ce

de maires de France font comme

jour-là, les enfants ont compris qu’il

Michèle Picard, qui cite les massa-

faudrait se battre les armes à la

cres de mai 1945 lors des cérémo-

main pour devenir des hommes libres”, dira Houari Boumédiène, futur président algérien.

nécessaires pour réprimer tous minorité

polémique ni esprit de vengeance,

Les opérations feront plus de

UN MASSACRE COLONIAL

formé

campagne de terreur coloniale à

DEVOIR DE MÉMOIRE, TRAVAIL DE VÉRITÉ

nies

Kamel Beniaïche a écrit son livre “sans volonté de polémique ni esprit de vengeance”.

avait

Une participante, avocate d’origine

“Interpellons l’Éducation nationale

du gouvernement, le 11 mai. Loin

ments ne figurent pas dans le

La question de la transmission

ordonné le général de Gaulle, chef

de se contenter des meneurs, les

sétifienne, constate que ces événe-

manuel scolaire de sa fille, en CM2 :

pour qu’ils ne soient pas occultés.”

de

la

17 octobre”.

vœux l’ouverture des archives, “pour faire connaître et reconnaître les crimes de la colonisation et permettre le travail des historiens”. g

revient dans chaque intervention.

F.T-B.

Mère amère Françoise Guérin, qui a passé

développe pour son enfant fait

Jonas Lüscher à la médiathèque

délaisse le récit policier qu’elle

Happés par la qualité du livre,

La médiathèque est fidèle aux Assises

pourra aller cette femme. Peut-

Organisée par la Villa Gillet, cette

on se demande alors jusqu’où

maîtrisait bien — on lui doit, publiées

enquêtes

au

du

Masque,

trois

être jusqu’au pire.

commandant

Elle-même psychologue, Fran-

Lanester, incarné depuis par

çoise Guérin et la psychanalyste

Richard Berry dans une série

Nicole Borie — qui fut la pre-

télévisée — pour un roman sur

mière lectrice de Maternité —

le déni de grossesse. Paru chez

ont débattu autour du roman,

Albin Michel, Maternité décrit le

le 28 avril à la librairie Terre

drame d’une jeune cadre dynamique

enceinte

qui

des livres (Lyon 7e), la première

cache

d’abord son état autour d’elle

évoquant “ces souffrances dont

plus en plus de mal à l’assumer.

la mère et la responsabilité

puis, une fois le bébé né, a de

On remarquera d’emblée que le

on parle très peu : le désarroi de

livre, écrit à la deuxième per-

en jetant ensuite ses lettres à la

une confession ou à des conseils

vocabulaire psychanalytique, le

sonne du singulier, ressemble à

de la jeune femme à elle-même,

comme si elle s’écrivait — ce qu’elle fait avec les autres quand

elle a quelque chose à leur dire,

poubelle. Ne disposant pas du

lecteur moyen aura tendance à qualifier de folle cette jeune

mère dont la froideur à décrire

le peu de sentiments qu’elle

énorme qui lui incombe, l’effroi

du corps du bébé… C’est comme

si je m’adressais à toutes ces mères !”

g

internationales du roman (AIR). manifestation nous vaut chaque

année la venue d’un auteur de

renommée internationale: Nancy

Huston, Javier Cercas, Richard Russo, Ece Temelkuran… Cette année, c’est

l’écrivain suisse Jonas Lüscher qui sera reçu à Vénissieux le 24 mai à 15 heures. Philosophe et scénariste

dans l’industrie du film à Munich, Lüscher est remarqué dès son pre-

mier roman, Le Printemps des bar-

dans lesquels le capitalisme devient fou

français deux ans plus tard chez

Lainé dans Libération, se confrontent

bares, paru en 2013 et traduit en Autrement, qui lui vaut le prix FranzHessel. En 2017, toujours chez Autre-

ment, Lüscher publie Monsieur Kraft

JEAN-CHARLES LEMEUNIER

MATERNITÉ DE FRANÇOISE GUÉRIN : SORTI CHEZ ALBIN MICHEL, 22 EUROS.

LE

2

MAI

le

Michèle Picard a appelé de ses

ASSISES INTERNATIONALES DU ROMAN

craindre l’arrivée d’un malheur.

et

Présente elle aussi à la conférence,

FRANÇOISE GUÉRIN

une partie de sa vie à Vénissieux,

Libération

ou La Théorie du pire. Textes drôles et grinçants, brillants et acerbes, comé-

dies âpres, la presse salue les ouvrages

et où, selon les mots de Virginie Bloch-

“un pessimisme morbide européen et un optimisme violent américain”.

Jonas Lüscher viendra parler de son

travail et répondre aux questions du public. g

RENSEIGNEMENTS : 0472214554.


CULTURE

EXPRESSIONS / Mercredi 16 mai 2018 - n° 647

13

"NON STOP"

Pour Mado et Pierrot L’association Madeleine-Lambert rend hommage à la plasticienne et créatrice du service arts plastiques de Vénissieux et à son compagnon, le poète Pierre Giouse.

ARCHIVES RAPHAËL BERT

Avec l’enseignante d’arts plastiques, Anne-Laure Munari, et la prof principale, Caroline Pella, les 27 élèves d’une classe de 4e vont suivre six séances avec la plasticienne Maïté Marra qui leur propose de “montrer l’invisible.”

COLLÈGE PAUL-ÉLUARD

Mado nous a quittés en 2012 et Pier-

voulu rendre hommage. Ce qui sera

inséparables, ces deux artistes. Plas-

à la mairie du 3e arrondissement de

rot cinq ans plus tard. Ils étaient

fait, en cinq temps, du 22 au 26 mai,

ticienne de renom, Madeleine Lam-

Lyon.

plastiques de Vénissieux. Pierre

appréciera des lectures données

bert avait créé le service arts Giouse écrivait de la poésie et avait été l’un des initiateurs de la revue Verso, tout en s’amusant, avec ses Détournements (mineurs) et autres

Livres faits à la maison, à mettre lui aussi la main à la pâte artistique.

Baptisée Madeleine-Lambert, une

association a été fondée par les amis du couple dans le but de réu-

nir le plus grand nombre possible de ses œuvres. Puis, suite à la dis-

parition de Pierrot, c’est à ces deux

personnalités que l’association a

Outre les œuvres elles-mêmes, on par Marie-Paule Laval, Roger Dex-

tre et deux Vénissians, Sonia Viel et Thierry Renard. On pourra voir

également quelques vidéos et se

replonger dans la grande aventure

de l’UAP (Union des arts plastiques, dont Mado a été la secrétaire pendant vingt ans), qui donnera naissance

à

l’URDLA

-

Centre

international estampe & livre en 1978 et à la MAPRAA (Maison des arts

plastiques

Auvergne) en 1983. g

Rhône-Alpes

AU PROGRAMME Exposition du 22 au 26 mai à la mairie du 3e arrondissement de Lyon ● Mardi 22 mai à 15 heures : peintures de Madeleine Lambert, poésie

concrète de Pierre Giouse (présentation des œuvres de l’association Madeleine-Lambert et de collections privées). Ouverture de 14 h 30 à 19 heures. ● Mercredi 23 mai, 15 heures : les amis de Mado racontent sa vie, son œuvre (moments filmés). ● Jeudi 24 mai 15 heures : poésies de Pierre Giouse lues par MariePaule Laval, Sonia Viel, Thierry Renard, Roger Dextre. Présentation du fac-similé de Pierre Giouse À Manon. ● Vendredi 25 mai, 15 heures : Les artistes militants, l’art, les engagements (UAP, MAPRAA, URDLA). ● Samedi 26 mai, 16 heures : musique avec Gérard Sala, pot à 18 heures, soirée restaurant sur inscription.

Photo synthèse Dans le cadre d’un projet mené avec Le Bal/La Fabrique du regard, la plasticienne Maïté Marra intervient sur la photographie dans une classe de 4e. Avec ateliers sur le terrain.

I

l fait beau, ce jour-là, et le

à distribuer aux élèves. La grève

des bâtiments sur le ciel

ment et les jeunes se sont

soleil découpe les formes

bleu. Un temps idéal pour le projet pédagogique que mène avec

La Fabrique du regard et le cen-

tre d’art parisien Le Bal la plasticienne Maïté Marra — née à Vénissieux et qui montre son

film d’art, Cartographie d’une

violence avec corps et mots, au macLYON jusqu’au 27 mai.

Avec l’enseignante d’arts plastiques, Anne-Laure Munari, et la

prof principale, Caroline Pella, les 27 élèves d’une classe de 4e

retrouvés à photographier les

paysages avec des tablettes. Maïté les a laissés lui servir de

guides, intéressée par l’appellation des lieux — souvent non

officielle mais reprise par tout le monde dans le quartier. Les

collégiens l’ont donc amenée

sous la fresque du Carré rouge, puis dans “le jardin derrière” et,

enfin, auprès de l’immense statue de Georges Salendre, que les jeunes ont trouvée “moche, avec

vont suivre six séances. “Mon

ses gros pieds”. À vrai dire, ils

commente Maïté. Les élèves vont

et lui préférer la place rouge.

projet est de montrer l’invisible, parcourir les Minguettes et les

photographier en sortant du quotidien et de l’usage du quartier.”

La finalité est rappelée par Anne-Laure

Munari :

“Nous

aurons seize pages éditées sur papier qui regrouperont tout le

travail plastique et des textes

de la MAPRAA.

écrits avec Mme Pella.”

ASSOCIATION MADELEINE-LAMBERT : 06 15 24 32 72.

le projet, devait arriver de Paris

● Vernissage le 23 mai à 18 h 30, en présence d'Alain Lovato, président

de la SNCF en a décidé autre-

Ève Escofet Miro, qui coordonne

avec des appareils photo reflex

déclarent ne pas aimer ce lieu “Ici, il n’y a rien à faire à part

une chasse ou des corps-àcorps !” Comprenez : à part se courir après ou se battre.

Parmi eux, Younes était loin d’être un apprenti photographe.

“J’ai travaillé sur le projet de la barre Monmousseau avec un

appareil argentique. J’ai appris les bases de la photo. Ici, le soir, j’aime bien le reflet de la statue sur la tour.”

g

Tablettes à la main, les apprentis photographes s’exercent. À NOTER ● Samedi 19 mai, à l'occa-

sion de la Nuit des Musées, Maïté Marra présentera au macLYON son film, Cartographie d'une violence avec corps et mots. En présence d'Elvira Falque qui interprétera en ciné-concert la musique du film dont elle est la compositrice, à 19 heures et à 20 heures. Entrée gratuite à partir de 18 heures.


CULTURE LES ARTS D’ÉCHO À BIZARRE !

À VENIR médiathèque Lucie-aubrac Le prochain Bébé bouquine, l’instant tant attendu des 0-3 ans et de leurs parents, aura lieu le 19 mai à 10 h 30. Puis, dans le cadre des Assises internationales du roman (AIR) et en partenariat avec la Villa Gillet, la médiathèque recevra le 24 mai à 15 heures l’écrivain suisse Jonas Lüscher (voir page 12). Le 30 mai à 15 heures, Raconte-moi une histoire s’adresse aux enfants à partir de 4 ans tandis que, le 30 mai à 17 heures, les rendez-vous numériques pourront être suivis à partir de 12 ans, dans la limite des places disponibles. Le thème : handicap et numérique. Inscription possible depuis le 17 avril. Renseignements : 04 72 21 45 54.

Bibliothèque robert-Desnos Le 23 mai à 14 heures, l’atelier empreintes mené par Lucie

Albon (à partir de 3 ans, inscriptions auprès des bibliothécaires) sera suivi, le 24 mai à 10 heures, par Pas-sages (jusqu’à 3 ans), un spectacle en forme de balade avec la compagnie Les Oiseaux d’Arès. Renseignements : 04 78 76 64 15.

Traction avant L’atelier théâtre de la compagnie vénissiane présente, le 26 mai à 20 h 30 et le lendemain à 16 heures, à la salle ÉrikSatie, une comédie grinçante de Rémi De Vos. Interprété par Maryse André, Yves Blachon, Ingrid Bonnin, Clément Demarquet, Josiane Flores, Muriel Jaime, Danielle Lambert et Florent Lémery dans une mise en scène de Vincent Villemagne, Cassé raconte l’histoire d’un couple plongé “dans la violence sociale d’un néo-libéralisme triomphant”. Tarif : 10 euros. Réservation : 04 72 90 11 84 - 06 21 79 03 14.

plongez dans les cultures urbaines Créé par l’école de musique JeanWiener et soutenu par la média-

au programme À Bizarre ! ● Arts d’Écho : le samedi

Le rappeur Isha

thèque Lucie-Aubrac, le service

Jeunesse de la Ville et Bizarre !, le festival Arts d’Écho est réduit cette année à une seule journée. Mais une journée très bien remplie ! Véritable

plongée

dans

les

PHOTO JALI

14

Mercredi 16 mai 2018 - n° 647 / EXPRESSIONS

musiques actuelles et les cultures urbaines, les Arts d’Écho se dérou-

leront cette année à Bizarre ! le

le groupe Electric Mamba — qui

programme : des concerts de rap,

plusieurs surprises sont annoncées,

19 mai, à partir de 15 heures. Au de soul et de RnB, des sets dj, de la danse hip-hop, une exposition et différents stands d’initiation.

C’est également à Bizarre ! que, le escales, le festival gratuit qui se

déroulera parc Louis-Dupic du 13 au 15 juillet. On pourra y découvrir

20 édition oblige, qui nous replone

geront dans l’histoire des Fêtes escales.

24 mai entre 18 et 21 heures, seront officiellement présentées les Fêtes

ouvrira le festival le 13 juillet — et

Enfin, le 25 mai à 20 h 30, la salle de musiques actuelles reçoit le rap-

peur bruxellois Isha (photo), dont La vie augmente en est à son volume

2, et Double Å et Vax 1, auteurs, il y a six ans déjà, de Qui sont-ce ?. g

19 mai à 15 heures. Entrée libre. Ouverture des portes à 14 h 30. ● 24 mai, 18 à 21 heures : présentation des Fêtes escales avec Electric Mambo et des surprises. ● 25 mai, 20 h 30 : Isha + Double Å x Vax 1. Tarif prévente : 10 euros. Sur place, tarif plein : 12 euros. Sur place, tarif réduit : 10 euros. Pass Bizarre ! : 8 euros. Tél. : 04 72 50 73 19.

À l’école de musique ● 19 mai à 11 heures : audition

de la classe de piano de Philippe Cousin. ● 26 mai à 15 heures : audition des classes de cordes de Laure Villemin, Marc Rousselet, Vincent Magnan. ● 30 mai à 18 h 30, salle Érik-Satie : concert salade. Tél. : 04 37 25 02 77.

Cinéma gérard philipe

12, avenue Jean Cagne 04 78 70 40 47 cinemagerard.philipe@ville-venissieux.fr

Classé Art et Essai

Monsieur Je-sais-tout Le film de Stephan Archinard et François Prévôt-Leygonie fera l'objet d'un Ciné Café le 22 mai à 14 h 30. Avec, à l'issue de la projection, un café proposé par le cinéma et l'association LSR.

Le Bel Antonio Le 24 mai à 14h30, dans le cadre de Ciné Collection, Marcello Mastroianni incarne ce bel Antonio, héros — impuissant — du film éponyme de Mauro Bolognini, en 1960. Face à lui, Claudia Cardinale et Pierre Brasseur sont des atouts supplémentaires pour se précipiter.

Semaine du développement durable Coordonnée par le centre associatif Boris-Vian, la manifestation fait escale au cinéma le 30 mai avec deux films : Mia et le Migou, dessin animé de Jacques-Rémy Girerd, à 14 h 30 et Le Potager de mon grand-père de Martin Esposito à 19 heures. L'après-midi, ateliers divers sur le parvis de GérardPhilipe : réparations, créations à partir de matériaux recyclés, trocs de plantes et graines, jeux, etc.

Tarif plein : 6,70 €, tarif réduit : 5,80 €, tarif est-Écrans : 5 € / - de 14 ans : 4 €. Carte est-Écrans valable un an à partir de la date d’achat. Supplément: 1 € pour séances en 3D. www.ville-vénissieux.fr/cinema/grac.asso.fr/salles/64-cinema-gerard-philipe

Séances à l'attention des sourds et malentendants Monsieur Je-sais-tout (17 mai, 18 h 30) ; La Fête des mères (24 mai, 18 h 30).

COUP DE PROJECTEUR

Des serments d’hypocrites EVERYBODY

KNOWS D’ASGHAR FARHADI

Film d’ouverture du Festival de

Cannes, présenté en compétition,

Everybody Knows sort dans la foulée dans les salles. On suit avec un inté-

rêt croissant cette histoire de

mariage perturbé par un drame, avec tous ces personnages qui se croisent et que le spectateur identifie au fur et à mesure. Émergeant de la

multitude, Penelope Cruz et Javier Bardem se taillent la part du lion

avec l’Argentin Ricardo Darin. On est malgré tout en droit de se demander pourquoi c’est l’Iranien Asghar

Farhadi qui signe ce film espagnol,

sait, a curieusement été traduit en

guna, au cœur des vignobles du nord

sont très souvent au centre de la fil-

tourné dans le village de Torrela-

de Madrid. Le lien est évident

puisque Farhadi, qui a réalisé en 2013 Le Passé — le récit d’un couple qui se sépare rattrapé par des secrets

cachés — se sert ici aussi de ce

moteur scénaristique. Ce passé qui ressurgit n’est pas forcément connu

par les principaux protagonistes alors que Todos lo saben : le titre ori-

ginal, qui signifie Tout le monde le

anglais. Ça et les secrets familiaux

mographie du cinéaste. Que la société soit iranienne ou occidentale, elle est faite de mensonges, d’hypocrisie et de repli derrière la religion

(comme le personnage de Ricardo Darin). Farhadi se contente de

constater tout cela, sans porter de

jugement. Et nous embarque dans

un scénario assez passionnant à suivre. g


HISTOIRE

EXPRESSIONS / Mercredi 16 mai 2018 - n° 647

15

usines. Tous les restes alimentaires

sont récupérés, les épluchures et les

orties érigées en plats de résistance, la viande oubliée, tandis que le gou-

vernement vante les mérites des

ersatz — des aliments de substitution, comme les rutabagas, les topinambours, ou les glands grillés pour rem-

placer le café. Les combines de toutes

sortes se multiplient, notamment les

vols de récoltes dans les champs, et bien sûr le marché noir : les habitants

s’approvisionnent sous le manteau auprès des commerçants et des agri-

culteurs, mais en payant la nourri-

ture à prix d’or. Pour lutter contre ce commerce parallèle, les mesures pleuvent, qui interdisent “le transport des légumes sur le territoire de la com-

mune, de 21 heures à 7 heures”, et défendent “aux personnes étrangères

à la production agricole de pénétrer dans les champs”. Quant aux com-

merçants suspectés de marché noir, ils sont immédiatement menacés de

PHOTO VILLE DE VÉNISSIEUX

devoir fermer leur magasin, tel

M. Raymond, détaillant en fruits et

légumes, en septembre 1942, ou comme deux épiciers de la rue de Champagneux et de la rue de l’Indus-

trie, M. Turge et Mme De Libero, en juillet 1943.

Les jours sans

Cette répression ne suffit évidem-

ment pas à remplir les assiettes. Plus l’occupation s’éternise, et plus les rations diminuent. En mai 1943, le

À partir de 1940, les Vénissians entrent dans une période de pénurie alimentaire qui allait les marquer tout au long de la Seconde Guerre mondiale.

ette maudite guerre avait fait

C

quantités récoltées sur leurs exploi-

François Spennato, sommé d’appor-

restent souvent vides, au point qu’en

qui n’étaient plus là pour faire

chevreaux, lapins, volailles, et même

faire et se plaint : “Mes poules ayant

de la préfecture : “Je tiens à vous

organisa le pillage méthodique des

voit frappée de réquisitions. Ainsi en

marcher le commerce, tourner les usines et cultiver les terres. Comme

si ce mal ne suffisait pas, l’ennemi récoltes du pays, pour nourrir son

armée et les habitants du Reich. Résultat, dès septembre 1940, le gou-

vernement du maréchal Pétain

impose aux Français une réduction des quantités de nourriture, et ins-

taure des tickets de rationnement

pour toute la population, jeunes et vieux, riches et pauvres, citadins et campagnards. La guerre s’invite dans le quotidien de chacun, et vide les assiettes.

tations. Blé, avoine, colza, légumes, les œufs, rien n’échappe à l’adminis-

tration. Puis, sur la base des informa-

tions communiquées, la commune se 1943, les agriculteurs vénissians doi-

vent livrer une montagne de carottes,

salades, poireaux, choux, céleris,

pommes de terre — au total, 980 tonnes ! Gare à ceux qui n’appor-

tent pas les quantités demandées. En

novembre 1941, M. Gauchon reçoit

l’ordre de remettre une tonne

d’avoine à l’employé chargé des réquisitions, mais ne lui en donne

que 115 kg, en expliquant “qu’il n’en

une nourriture insuffisante pondent

peu. Nous sommes dix personnes à la maison dont six enfants et deux vieil-

lards à charge ; l’un, mon père, est âgé

de 90 ans et les œufs sont à peu près sa seule nourriture.”

Les habitants s’approvisionnent sous le manteau auprès des commerçants et des agriculteurs, mais en payant la nourriture à prix d’or.

juillet 1943, le maire s’alarme auprès

signaler la déficience toute particulière

du ravitaillement dans ma commune. Depuis longtemps, je ne vois aucun

arrivage de légumes sur les marchés. Les seuls légumes vendus, et ils sont

rares, le sont par les épiciers, et cette

source est tarie. Les habitants de ma commune n’auront plus aucune

source de ravitaillement.” Quand un

commerçant reçoit une livraison, aussitôt la population afflue de tous les quartiers, et forme des queues

interminables : en décembre 1943, “les habitants du Moulin-à-Vent doi-

vent dépenser 6 francs de tram et per-

dre plus de 2 heures pour recevoir

Ce pillage systématique laisse la com-

lettre du maire s’étonne de son atti-

nement sont censés fournir un

Face à la pénurie, chacun se

— mais encore faut-il qu’ils trouvent

dre espace disponible se mue en jar-

mières, n’échappe pas à la règle. Les

tude, et le menace de sanctions.

aux services du ravitaillement les

ter 40 œufs, n’est pas en mesure de le

avait pas et qu’il ne pouvait pas en

donner”. Quatre jours plus tard, une

paysans ont l’obligation de déclarer

raient conserver, car “pour la pre-

mière fois depuis la guerre, le pays lecte aura lieu en juin, et “de son suc-

Vénissieux, dont les champs regor-

gent de moissons et de cultures légu-

les derniers stocks de blé qu’ils pourrisque de manquer de pain” ; une col-

PAR : ALAIN BELMONT

deux millions de prisonniers,

maire implore les paysans de livrer

Même les personnes élevant deux-

trois poules ne sont pas épargnées.

mune exsangue. Les tickets de ration-

minimum quotidien aux habitants de quoi se nourrir ! Or les rayonnages

quelques kilos de pommes de terre”.

débrouille comme il peut. Le moin-

din ouvrier, notamment autour des

cès dépendent la Paix Sociale et la vie

du pays”. Un an plus tard, les mesures se font encore plus sévères. Les bou-

langers reçoivent l’interdiction for-

melle de servir des habitants d’autres

communes, et doivent vérifier que

les quantités de pain achetées par

leurs clients correspondent bien au nombre de membres composant leurs familles — soit 250 grammes

par jour et par personne. Désormais, les Vénissians crèvent de faim. D’après certains historiens, ils n’ab-

sorbent plus que 1 160 calories par

jour, au lieu des 2 000 à 2 500 qui leur

seraient nécessaires. Arrive enfin la Libération. Et avec elle la fin des pri-

vations ? Pas encore. La remise en route de l’économie ne se fait que

progressivement, et prend plusieurs

années. Les tickets de rationnement ne seront supprimés qu’en 1949. g

SOURCES : ARCHIVES MUNICIPALES DE VÉNISSIEUX, 6 F 52/2. LIVRE LES JOURS SANS. 1939-1949. ALIMENTATION ET PÉNURIE EN TEMPS DE GUERRE. LIBEL, 2017, 160 P.


16

SPORTS

Mercredi 16 mai 2018 - n° 647 / EXPRESSIONS

CHAMPIONNATS DE FRANCE

La danse latine, c’est show Le 5 mai dernier, dans un gymnase Anquetil bien garni, l’unanimité s’est faite autour d’un événement à portée nationale, les championnats de France de danse latine.

A

près une dizaine d’heures de compétition

impliquant

quelque

180 couples de danseurs venus

décrocher si ce n’est l’un des dix titres en jeu, du moins une place de finaliste, le ver-

dict est tombé: Jennifer Meunier et Stéphane

Guijarro, le couple vedette vénissian de Lyon

Métropole danse sportive (LMDS), a réci-

divé. Pour la troisième fois consécutive, il est devenu champion de France dans la caté-

gorie Senior 1. De quoi mériter l’ovation qui a suivi la réception de sa couronne. Même Christophe Rey, le responsable sportif vénis-

180 couples ont participé aux championnats de France à la sauce vénissiane dans un gymnase Jacques-Anquetil archi bondé.

sian, avait du mal à contenir son émotion.

“On va faire face à une féroce concurrence”,

avait prédit Stéphane lors de l’échauffement,

3e titre consécutif de champions de France en Senior 1 pour Stéphane et Jennifer.

Certes, la 5e place obtenue par ce couple lors

cha-cha-cha, rumba, paso-doble et jive — et

nier, en faisait un des favoris de l’épreuve.

Jennifer et Stéphane ont pris le meilleur sur

ment nuancé l’intéressé. Pour me rendre plus

plusieurs fois champions de France.

bien avant son passage devant les juges.

des Mondiaux de Miami, en novembre der“Mais le niveau s’est élevé, avait prudem-

efficace et plus performant, j’ai même quitté

séduire onze juges. Et presque à l’unanimité,

le couple Loguet-Deplano, des Toulousains On attendait également le comportement de

mes fonctions de président de Lyon Métropole

la relève vénissiane, à commencer par le

Myriam Bloas, la vice-présidente, qui a

Junior 2. Ensemble depuis trois mois envi-

danse sportive.” De quoi faire sourire repris le flambeau.

Sans faire injure aux autres couples en

démonstration et en compétition, cette

épreuve de danse latine Senior 1 était la plus

attendue. Les couples engagés devaient se

mesurer lors de cinq passages — samba,

couple Juliette Rey et Stephen Piroux, en ron, ils sont parvenus en phase finale, finis-

sant 6e, assez loin du duo vedette, les

jumeaux Quentin et Manon Zasio qui, après

avoir fait leurs armes à Romans, concourent dans leur nouveau club d’Aubagne, et tou-

jours avec brio puisqu’ils sont champions

de France depuis 2013, en Juvénile 1, puis Juvénile 2, Junior 1…

Enfin, pour compléter le parcours des cou-

ples vénissians vedettes, Laure Galy et Tho-

mas Vernay ont atteint la phase finale du National Adultes, finissant 6e sur 33 couples

sélectionnés, loin derrière l’intouchable duo composé d’Elena Salikhova et Charles-Guil-

laume Schmitt, de Colmar, sur les pistes depuis 13 ans, plusieurs fois couronné

champion du monde.

Pour ces finales, plusieurs élus de la ville autour de Michèle Picard, des responsables

d’associations ou de l’OMS, et même Carlos

Ferreira, nouveau président de la fédéra-

tion française de danse depuis un an, avaient tenu à être là. Ils ne l’ont pas regretté. g

e

6 place en Junior 2 pour les Vénissians Juliette Rey et Stephen Piroux.

DJAMEL YOUNSI


SPORTS

EXPRESSIONS / Mercredi 16 mai 2018 - n° 647

TAEKWONDO

La relève en démonstration

AGENDA Dimanche 20 mai ● 1er Open para-karaté

départemental organisé par le Sen No Sen Karaté Club en coopération avec le Comité départemental du Rhône/Métropole de Lyon de karaté, compétition organisée au gymnase AlainColas, à partir de 13h30.

17

GYM RYTHMIQUE

Le CMO-V tout en rythmes

Samedi 26 mai ● 5e tournoi inter-entreprises

n l’espace de deux Interclubs disputés

E

cinquante de hauteur, une cible à frapper

organisé par Vénissieux Handball aux gymnases JeanGuimier et Jacques-Anquetil, de 9 heures à 18h30. ● Les handballeurs du VHB accueillent Caluire au gymnase Jacques-Anquetil, à 20 heures. ● Rencontre “École de natation française” organisée par le CMO-V à la piscine Auguste-Delaune, de 13h30 à 17 heures. ● Les footballeurs de l’AS Vénissieux Minguettes reçoivent Vallée Gresse FC au stade Laurent-Gérin, à 18 heures.

ont attiré plus de 600 jeunes compé-

Sur les tatamis, les Vénissians les plus expé-

À partir du 1er juin

restauration qui ont fait le plein, de quoi nous

chez les Oursons. Même constat de supério-

Les prestations des plus petits, les Oursons, ont été les plus appréciées. en mai, Djamel Maaloum et son staff

titeurs, dont 335 pour la seule journée du 13 mai, des taekwondoïstes nés entre 2007

et 2016. “Une tribune bien garnie, des points satisfaire pleinement. Certes, on a dû redou-

bler d’efforts pour proposer un plateau de

choix, comme préparer le gymnase jusqu’à tard la veille, mais un tel Interclubs l’exigeait.”

Comme il y a trois semaines, on a retrouvé

les mêmes clubs au rendez-vous: de Bron à

Villeurbanne en passant par Belleville ou Givors. Pour cette deuxième réunion, un plateau de combats sans touche avec l’obliga-

tion pour les apprentis du TKD de s’appuyer sur deux techniques de coup de pied. Et pour

la partie spectaculaire de la discipline, le tant attendu parcours de coup de pied sauté: un ballon tenu par une ficelle à plus d’un mètre

d’un retourné.

rimentés se sont illustrés: Mokrani et Ba en minimes, Belkacem et Hamza chez les

pupilles, Bekhouche, Lagiekoveski et Guettaf rité chez les Givordins, Sadraoui et May.

Le potentiel affiché par les jeunes taekwon-

doïstes vénissians compense partiellement l’absence de leaders depuis quelques années. “Ce n’est pourtant pas évident d’at-

tirer la jeune génération, plus tournée vers

les portables, Facebook ou Instagram, déplore coach Maaloum. Mais on a quand même réussi à stabiliser le nombre de licen-

ciés (230), voire à l’améliorer un peu. On

arrive à travailler avec les plus jeunes, comme les Oursons, des enfants qui décou-

vrent le TKD, dès 3 ans… On peut parler de vent de fraîcheur.” g

● Portes ouvertes au rugby

pour les enfants et ados non licenciés de 5 à 17 ans, les mercredis et vendredis de 17 heures à 19 heures au stade Laurent-Gérin. Possibilité de créer une section de rugby loisir pour les mères de famille. Contact: ahmedr.usv@gmail.fr ou au 0750531589.

Samedi 2 juin ● Fête du sport et de la jeu-

nesse au stade LaurentGérin, à partir de 14 heures, manifestation proposée par la Ville et la direction municipale sports jeunesse, et famille.

Mayssane Dekhane et Ilhana Mujezinovic. La saison de compétitions tous azimuts touche à sa

fin, mais le club vénissian du CMO-V n’est pas en roue libre. Tant s’en faut. Déjà, les dirigeantes — Stéphanie

Beuque, la présidente, et Mariana Turcitu, responsable sportive — ont apprécié à juste titre les satisfecits

ramenés de Bourg-de-Péage : deux trophées de la Coupe formation 4 remportés par Ilhana Mujezinovic,

puis deux autres distinctions récompensant les places de 2e obtenues par Mayssane Dekhane.

D’autres trophées pourraient tomber d’ici la fin de saison puisque le club prépare le championnat de France “Ensembles” prévu ces 19 et 20 mai, à Cham-

béry. Jusqu’au mois de juillet, le staff, les gymnastes et les bénévoles seront bien occupés. Le club organise son vide-greniers le samedi 9 juin, devant le stade

Laurent-Gérin. Puis son gala de fin d’année le samedi 23 juin, au gymnase Alain-Colas, de 15 heures à 17 heures. Enfin, les enfants de 6 à 10 ans pourront

s’essayer à la gymnastique rythmique, le mercredi 27 juin, de 16 heures à 19 heures durant les portes

ouvertes. Il sera alors temps de souffler un peu… pour mieux se projeter vers une rentrée qui propo-

sera plusieurs nouveautés : une section multigym loisir (une activité différente par trimestre) pour les

6/15 ans, une section adulte pour entretenir son tonus et son dos, et enfin une section senior. g

ATHLÉTISME

Les sprints, épreuves reines à Parilly

BADMINTON

Les jeunes passent la seconde

Derrière le sigle TDJ, se cache une compéti-

(Bacly) et Villeurbanne.

d’œil en direction de la relève. Le tournoi

bre de catégories, le BVSE a pu compter sur

Vénissieux Sud-Est (BVSE), il y a dix jours au

(surclassé) et Axel Brancaz se sont classés

tion destinée aux moins de 19 ans, un clin

de jeunes (TDJ), organisé par Badminton gymnase Jacques-Brel, n’a rien eu d’une gen-

Devenu spécialiste du double dans bon nom-

un trio de jeunes en devenir. Mohamed Safir seconds en double masculin U17/U19 Espoir.

tillette épreuve de fin de semaine. Pas moins

Associé à Capucine Parente, Alex Brancaz a

en terre vénissiane, beaucoup d’habitués

mixte U17/U19 Espoir. Enfin, en double

de 130 badistes ont accepté le rendez-vous

des gymnases Brel et Triolet venus pour

s’imposer et prendre des points, notamment

les leaders régionaux issus des clubs de Lyon

récidivé, obtenant la même place en double

dames, Capucine en duo avec la Caluirarde

Lara Boiteux (JAA69) s’est hissée jusqu’en

finale U17/U19 Espoir. g

Au stade du Rhône de Parilly, les Interclubs ont été l’occasion le 6 mai dernier d’un rendez-vous de gala. En gueststars, Christophe Lemaitre et Floria GueÏ ont attiré la grande foule, une affluence presque record. Ce duo d’internationaux n’a pas déçu, s’imposant tous deux sur 200 m. La veille, en Nationale B, l’équipe de l’AFA Feyzin/Vénissieux s’était classée 3e.


18

SPORTS

Mercredi 16 mai 2018 - n° 647 / EXPRESSIONS

OFFICE MUNICIPAL DU SPORT

Les chantiers de Francis Rambeau Francis Rambeau a été réélu président de l’OMS pour trois ans. L’ancien conseiller municipal et retraité cheminot dévoile les défis qu’il s’est fixés avec son équipe. Il ne pouvait pas y avoir de sur-

Vénissieux Escrime. Ce dernier

son de l’actualité, notamment le

On veut également étoffer le centre

le seul candidat à l’élection pour

l’OMS, il présidait la commission

voir la création d’un équipement

activités. Pourquoi ne pas s’atta-

la présidence de l’OMS…

En effet. Mais je n’ai pas obtenu la

totalité des voix, il en manquait une (rires). Je repars avec presque

la même équipe, et le même bureau.

Hormis votre réélection, que

faut-il retenir de cette assemblée générale ?

Même si on va pouvoir compter sur sa présence lors des réunions

de bureau, Bernard Malfondet quitte son poste de vice-président,

il est remplacé par Maurice Chavanel de l’Amicale cycliste du Moulin-à-Vent.

était déjà un membre actif de

des jeunes et du bénévolat. C’est un vent de fraîcheur qui souffle sur notre association.

Quel est le rôle d’un assesseur ? D’abord d’observer le fonctionne-

ment d’une association comme la

nôtre. D’être assidu et d’apprendre progressivement “le métier”. Pour

des fonctions plus précises, il leur

faudra attendre un peu. Mais je ne suis pas inquiet, les deux nouveaux

membres font partie d’associations sportives, ils en ont même été pré-

sidents, Ghislaine est toujours res-

ponsable du Sen No Sen Karaté club de Vénissieux.

De nouveaux visages ?

Vous repartez donc pour un

assesseurs, Ghislaine Barbin, pré-

ceux que vous énonciez lors de

Oui, avec l’arrivée de deux jeunes sidente du Sen No Sen Karaté, et

Aurélien Tivillier, ex-président de

tour, avec d’autres objectifs que votre première élection ?

Bien évidemment. Surtout en rai-

médico-sportif, et développer ses

devenir du Puisoz et le souhait de

cher au suivi post-traumatique et

sportif ou pluridisciplinaire. Mais

non plus seulement aux visites

là, cela dépasse le cadre local.

classiques ? Et y intégrer une

Pour ce qui concerne le cadre stric-

cabine de cryothérapie pour amé-

tement vénissian, l’OMS va être

liorer par le froid, récupération

confronté à une augmentation de

musculaire, courbatures, tensions

la demande de pratique sportive.

musculaires, fibromyalgie…

La population est passée à plus de 62 000 personnes. Comment absor-

ARCHIVES RAPHAËL BERT

prise ou de suspense, vous étiez

ber ces nouveaux arrivants ? Outre

la maintenance et l’amélioration du patrimoine sportif, ne faut-il pas

envisager un nouveau gymnase à moyen terme ? Ce sont quelques-

2e mandat pour Francis Rambeau.

unes des questions qu’on se pose. Et

concernant

OMS ?

la

même, soutenir et encourager tous

c’est que le siège actuel de l’US

les efforts et initiatives visant à

Vénissieux est mitoyen avec notre

promouvoir et développer la pra-

local. Ce ne sont que des pistes de

sède un local attenant aux ves-

tique du sport à Vénissieux. g

réflexion et de travail, mais on y

tiaires du stade Laurent-Gérin. Et

songe.

pourquoi pas un agrandissement

rents à l’OMS, ce qui représente

Notre mission est toujours la

de Vénissieux, le VFC. L’avantage,

du centre médico-sportif qui pos-

Pour l’heure, 63 clubs sont adhé-

attirer davantage d’associations.

par le nouveau grand club de foot

une centaine de mètres, au-dessus

sieux ?

plus qu’il y a 8 ans. On aimerait

actuels pourraient être occupés

On envisage une délocalisation… à

associations sportives de Vénis-

quelque 12 300 licenciés, 4 000 de

en hauteur ? Du coup, nos bureaux

structure

Quid de votre rapport avec les

PROPOS RECUEILLIS PAR DJAMEL YOUNSI

LES RÉSULTATS DE LA QUINZAINE Taekwondo

remporté un succès à l’arraché face au

putés au stade de Parilly, début mai. Outre

Exploit des féminines de l’Entente Vénis-

Après Vénissieux et Montpellier, Yasmina

Pays de l’Arbresle (3-2, triplé de Hyseni), qui

les succès de Thomas Brachet (5 000 m

sieux/Villeurbanne/Lyon 8e (moins de

Aziez évolue désormais à Toulouse. Et c’est

replace le club, à une journée du baisser

marche) et de Léane Chastagner (disque),

18 ans) qui se sont imposées face à l’ASUL

toujours dans la catégorie des moins de

de rideau, en 3e position de District 2.

on note les bonnes perfs de Chloé Geniez

(29-28), favorite, lors des 16es de finale du

(400 m), Hachlaine Petit (800 m) et Juliette

championnat de France programmé à Am-

Ndom (triple saut).

bérieu. Elles se déplacent à Bouillargues-

49 kg, que l’ancienne vénissiane s’illustre. Aux championnats d’Europe seniors pro-

Escrime

grammés à Kazan en Russie, elle s’est

Qualificatif pour le championnat de France

emparée de la médaille de bronze.

de Nationale 3, le tournoi de Fontaine (38)

Football

Nîmes, samedi, pour le compte des 8es

Handball

a souri à Stéphane Vienne, une des fortes

De rebonds en rebondissements, le VHB a

de finale.

Gymnastique artistique

lames de Vénissieux Escrime, qui s’est

offert un somptueux final au gymnase Tola-

Victorieux 6 à 0 du FC Chambon-Feuge-

imposé à l’épée. Grégory Jeunet-Mancy

Vologe face à Marsannay. Menés de 4 buts

Virgil Bertet, une des valeurs sûres du CMO-V

rolles, les Vénissians de l’AS Minguettes

termine 7e, et Fabien Battut, 14e.

à quelques minutes de la fin du match, les

Gym, s’est classé 3e en individuel lors de

Vénissians ont retourné la situation et se

la finale du championnat FFG de National B

restent 2e ex aequo avec Roanne, mais

Athlétisme

sont imposés 32-31, avec un Valentin ins-

(18 ans et +) disputée à Auxerre. Du côté

Pour son dernier match de la saison — et

L’équipe de l’AFA Feyzin-Vénissieux a ter-

piré (11 buts). Ils chipent la 3e place de N2

des féminines, les deux équipes “Gymnis

de son histoire — à Laurent-Gérin, l’USV a

miné 3e des Interclubs de Nationale 2 dis-

à Caluire, battu à Dijon.

UFOLEP” se classent 4e et 7e.

à 6 longueurs de l’US Feurs, le leader.


AU QUOTIDIEN

EXPRESSIONS / Mercredi 16 mai 2018 - n° 647

EXPRESS

C’EST MA RECETTE !

L’artichaut party

Registre “Veille canicule�

Par les juniors chefs du collège Paul-Éluard de VĂŠnissieux

IngrĂŠdients :sixartichautsviolets,une

- Faites cuire les spaghettis al dente, ĂŠgout-

fraĂŽche, 6 cuillères Ă  soupe d’huile

chauts. Remuez bien.

gousse d’ail, une branche de menthe d’olive,sel,poivre,600 grdespaghettis, parmesanrâpĂŠ.

- Épluchez les artichauts jusqu’au cœur,

tez-les puis ajoutez-les dans le jus des arti-

- Faites un petit “nid� de spaghettis sur

quelques feuilles, ajoutez du parmesan râpÊ puis dÊgustez chaud !

enlevez le foin.

Les “Juniors chefsâ€? ont remportĂŠ le

de l’eau et du citron pressÊ.

salÊ�, le 28 avril (voir Expressions 646).

- Mettez les artichauts dans un saladier avec - Dans une casserole, faites revenir une gousse d’ail dans l’huile d’olive.

- Ajoutez des feuilles de menthe sur le cœur d’artichaut et dÊposez le tout dans la casserole.

- Ajoutez les aromates et une pincÊe de sel et un peu d’eau. Laissez cuire 30 minutes.

concours VĂŠni’chefs Juniors, catĂŠgorie “plat L’Êquipe est composĂŠe de ClĂŠmence D’Agostino, Wissem Mathlouti, Luca et Enzo Fon-

tana, Lina Haddada et d’Ornella Dell’Unto, en classe de 6e à Paul-Éluard. g

RESTAURATEUR OU PASSIONNÉ DE CUISINE, PARTAGEZ VOTRE RECETTE PRÉFÉRÉE AVEC LES VÉNISSIANS : CONTACTEZ-NOUS AU 04 72 51 18 12 OU PAR MAIL À REDACTION@EXPRESSIONS-VENISSIEUX.FR.

Le registre “Veille Caniculeâ€? permet aux personnes inscrites d’être appelĂŠes Ă leur domicile afin de s’assurer qu’elles vont bien quand le plan canicule est dĂŠclenchĂŠ. Les personnes âgĂŠes de 65 ans et plus ou les adultes handicapĂŠs qui souhaitent s’inscrire doivent prendre contact: - soit par tĂŠlĂŠphone avec le pĂ´le 3e âge de la Direction SolidaritĂŠ Action Sociale au 0472214302, - soit par mail, en indiquant vos noms, prĂŠnoms, âge, adresse et numĂŠro de tĂŠlĂŠphone, Ă l’attention du service maintien Ă domicile Ă l’adresse suivante smaintie@villevenissieux.fr

Apprendre la langue des signes L’association AELSF (AccessibilitĂŠĂŠgalitĂŠ langue des signes française) organise une journĂŠe portes ouvertes dans son local situĂŠ 46, rue Victor-Hugo mercredi 30 mai de 10 Ă 18 heures. L’occasion de dĂŠcouvrir les programmes de la rentrĂŠe 2018-2019 ainsi que les formateurs.

L’US VĂŠnissieux Rugby organise son 7e vide-greniers samedi 2 juin de 7 Ă 18 heures place EnnemondRomand. Prix au mètre: 4 euros. RĂŠservations jusqu’au 30 mai: 0685563433 - 0750531589 0672777309.

Profession photographe Depuis septembre dernier, Élodie Alvarez s’est lancĂŠe dans l’aventure de la photographie. DiplĂ´mĂŠe d’un bachelor spĂŠcialisĂŠ passĂŠ Ă l’Êcole lyonnaise de CondĂŠ, la jeune VĂŠnissiane a dĂŠcidĂŠ de s’installer Ă son compte. Mariage, famille, mode, portrait, publicitĂŠ... tout ce qui peut traverser un objectif l’intĂŠresse. “Je fais de la photographie depuis que je suis toute petite, depuis que ma mère m’a mis un appareil dans les mains. Dès que j’ai pu, j’ai commencĂŠ Ă prendre un peu tout en photo : les gens, les paysages, les objets, confie-t-elle. Je me suis aperçue qu’en fabriquant mes propres images, je pouvais m’exprimer, crĂŠer mon propre univers.â€? Aujourd’hui, Élodie Alvarez met en valeur

Recherche de bĂŠnĂŠvoles

celui des autres. Elle travaille avec plusieurs studios lyonnais, mais aussi avec des particuliers et des collectivitĂŠs.

A.S. PLUS D’INFORMATIONS SUR WWW.ELODIEALVAREZ.COM. CONTACT : 06 66 38 26 01 OU CONTACT@ELODIEALVAREZ.COM

RĂŠdaction : 1, rue Gambetta 69200 VĂŠnissieux. TĂŠlĂŠphone : 04 72 51 18 12. Mail : redaction@expressions-venissieux.fr Site du journal : www.expressions-venissieux.fr ParaĂŽtunmercredisurdeuxsurpapierrecyclĂŠ.

Directrice de publication : Christiane Brundu. RĂŠdacteur en chef : Gilles Lulla ✆ 04 72 51 18 12. RĂŠdacteur en chef adjoint : François Toulat-Brisson ✆ 04 72 51 76 65. SecrĂŠtaire de rĂŠdaction : Perrine Plateau. Journalistes : Michèle Feuillet ✆ 04 72 51 76 63. Jean-Charles Lemeunier ✆ 04 72 51 18 12. Alain Seveyrat ✆ 04 72 51 76 84. Djamel Younsi ✆ 04 72 51 76 62. Photographe : RaphaĂŤl Bert. Assistante de direction : Ghislaine DĂŠlĂŠaz. ChargĂŠ de publicitĂŠ : Boris Miachon ✆ 04 72 90 95 98 Éditeur : RĂŠgie autonome personnalisĂŠe du journal Expressions. Fabrication : IPS - 01 600 Reyrieux ✆ 04 74 08 96 96. Distribution : Codice - 69 200 VĂŠnissieux ✆ 04 72 33 04 30. Abonnement : 42 euros par an. Prix au numĂŠro : 1 euro. Tirage 32 500 exemplaires. issn : 1151-0935

MENUS DES RESTAURANTS SCOLAIRES MENUS DU 17 AU 29 MAI Jeudi 17 : concombres, betteraves, vinaigrette maison ; sautĂŠ de veau sauce chasseur, purĂŠe de pommes de terre maison ; Saint MĂ´ret ; brioche perdue ; pain 6 cĂŠrĂŠales. Vendredi 18 : salade de pĂŠpinettes au pesto ; filet de poisson meunière, petits pois Ă l’anglaise ; gouda* ; fruit de saison ; pain complet. Mardi 22 : pizza tomate mozzarella ; filet de poisson sauce safranĂŠe, jeunes carottes persillĂŠes ; crème dessert vanille ; pain*. Jeudi 24 menu bio : carottes râpĂŠes*, olives, vinaigrette maison ; boulettes de boeuf* sauce tomate, spaghetti*+fromage râpĂŠ ; yaourt nature* ; fruit de saison* ; pain*. Vendredi 25 TrĂŠsors des champs: salade verte, maĂŻs, dĂŠs de mimolette, vinaigrette maison ; filet de colin Tex-Mex, haricots verts persillĂŠs ; clafoutis aux cerises ; pain*. Lundi 28 : tarte au fromage ; sautĂŠ d’agneau au curry ; courgettes persillĂŠes ; Saint Albray ; ananas ; pain*. Mardi 29 : salade verte, gouda et cheddar, vinaigrette maison ; filet de merlu sauce crustacĂŠs ; pommes de terre vapeur persillĂŠes ; compote de pomme* ; pain*.

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Vide-greniers Basket Le CLAMV-Basket organise un videgreniers dimanche 27 mai, de 6h30 à 17 heures, place Ennemond-Romand. Mètre linÊaire: 4 euros. RÊservations le vendredi 18 mai, de 17h30 à 19h15, au foyer Vaillant-Couturier (32, rue PierreBrossolette). TÊl.: 0670716897.

Vide-greniers Rugby

INFO COMMERCE

19

Pour son action “accueil collectif de personnes âgĂŠes isolĂŠesâ€?, qui se tient un vendredi sur deux au centre social de Parilly, l’Êquipe des petits frères des Pauvres de VĂŠnissieux recherche trois ou quatre bĂŠnĂŠvoles disponibles un vendredi sur deux de 11 Ă 16 heures. Contact: 0672785252 ou venissieux@petitsfreresdespauvres.fr

PRATIQUE NumÊros rapides d’urgence Samu : 15 Police secours : 17 Pompiers : 18 Violences conjugales, victime ou tÊmoin : 3919

Urgences mÊdicales MAISON MÉDICALE DE GARDE 17, place de la Paix 04 72 50 04 05 - appel prÊalable au 04 72 33 00 33 Ouverte tous les soirs de 20 heures à minuit ; les samedis de midi à minuit ; les dimanches et jours fÊriÊs de 10 heures à minuit. CENTRE HOSPITALIER MUTUALISTE LES PORTES DU SUD 2, av. du 11-novembre-1918 04 72 89 80 00 SOS MÉDECINS 04 78 83 51 51 CENTRE ANTIPOISON 04 72 11 69 11 PHARMACIES DE GARDE 3237 RÊsogardes (0,34 ₏/minute) PHARMACIE OUVERTE LA NUIT Pharmacie des Portes du Sud : 49, boulevard LÊnine 04 72 89 40 62


PORTRAIT

20

Mercredi 16 mai 2018 - n° 647 / EXPRESSIONS

de la famille. Je n’ai jamais rien vu de tel : des

plantes qui se ferment quand on les touche,

des carcasses de voitures se faisant bouffer

par la forêt… Même les petits insectes peuvent faire mal. La Guyane a été plus qu’un voyage.

Elle a déclenché l’écriture d’une certaine manière.”

Choco Bé naît de l’histoire d’un suicide, celui d’un homme que Laura a croisé une fois. “Je ne suis pas sociologue, je n’ai pas de vérité.

J’ai commencé par une lettre à un personnage fictif qui est Choco Bé et j’ai inventé une his-

toire à partir d’un lieu qui m’a fait rêver. Le texte a été joué à Grenoble, mis en scène par Benjamin Moreau, et a fait l’objet d’une lec-

ture en Guadeloupe et d’une version radiophonique sur France Culture. Il a obtenu des

La Guyane a été plus qu’un voyage. Elle a déclenché l’écriture d’une certaine manière.

Dans ses veines coule un Maroni L

Laura Tirandaz. Ce 17 mai, à l’école de musique Jean-Wiener, Laura Tirandaz clôt officiellement sa résidence littéraire auprès de l’Espace Pandora. Un adieu à Vénissieux qui ressemble à un au revoir. PAR : JEAN-CHARLES LEMEUNIER. PHOTO : RAPHAËL BERT série de rencontres et d’ateliers d’écriture

aux enfants, de ce qu’ils entendent du monde

sistance écrivait une phrase, la

sence très appréciée s’achève le 17 mai, à

Originaire de la région, Laura voulait être

avec les habitants et les scolaires. Cette pré-

cachait dans une pliure du papier et passait

l’école de musique, avec une soirée de lec-

C’est à ce petit jeu littéraire que se sont livrés

gnée de deux musiciennes du groupe

la feuille au suivant afin qu’il fasse de même.

les jardiniers de l’Envol et de la Passion, deux jardins partagés de Vénissieux, avec

Laura Tirandaz. “Ça va être comme les

notices des médicaments, qui sont pliées, pliées”, remarquait une dame avec malice. Pour Laura, “pas la peine d’avoir de l’imagi-

tures et de musique : Laura y sera accompa-

Hidden People, Melissa Acchiardi et Aëla Gouvennec.

“Je ne connaissais pas Vénissieux, avoue-t-elle. J’ai pu découvrir la ville à travers une carto-

graphie générationnelle : je suis intervenue auprès d’écoles, de collégiens de 4e, d’ados des

nation” pour participer. Il suffit de partir de

EPJ Darnaise, de jeunes de la Mission locale,

entoure”.

thèque…”

ses sentiments et d’“être attentif à ce qui nous Poète en résidence auprès de l’Espace Pan-

dora, la jeune femme s’est installée fin février dans la commune pour mener une

d’adultes des centres sociaux et de la média-

Autant d’approches de ce que, citant

Michaux, elle appelle “l’espace du dedans” : “Je ne me rendais pas compte, par rapport

ENTRECHATS PERSANS

Laura, qui a fait un mémoire sur les pièces radiophoniques de Brecht et d’Adamov, s’in-

téresse à ce médium et travaille sur un documentaire sonore autour de l’ancien quartier ouvrier de Grenoble, Berriat. “La radio m’a permis de me retrouver dans des contextes

où je ne serais pas allée, de sortir de ma cham-

bre. Un micro crée moins d’inhibitions qu’une caméra et les gens se confient plus. La radio

est aussi liée à la poésie et j’ai réalisé des cartes postales sonores. En parallèle, j’écri-

vais de la poésie et mon texte Azizam a été

publié dans le premier numéro de la revue

Rumeurs, en juin 2016 (elle est co-dirigée par

deux maisons d’édition, La Rumeur libre et La Passe du vent, nda).” Un long poème où

elle précise que “dans ses veines coule un Maroni”.

Laura multiplie les résidences avec ateliers

d’écriture, les documentaires sonores. “J’en ai fait un pour la RTBF sur quatre personnes

qui avaient connu un accident de voiture. J’obtiens également une bourse d’écriture de la

SCAM, Brouillon d’un rêve. En parallèle, je

lis Henri Michaux, Marguerite Yourcenar, qui est essentielle, Julien Gracq, Heiner Müller...”

Laura trouve encore le temps de se lancer

dans des projets de traduction. “Mon père

es Surréalistes l’appelaient un cada-

vre exquis : chaque membre de l’as-

prix et a été traduit en allemand.”

qui les entoure. Ça peut être métaphysique.”

comédienne et a passé un master en arts du

spectacle. “Je prenais aussi des cours de théâtre. J’ai intégré le conservatoire de Grenoble

où je suis restée trois ans, et l’ENSATT. J’ai eu une compagnie et y ai mis en scène un texte

que j’avais écrit. C’est par le théâtre que j’ai

eu envie d’écrire. J’avais 25 ans ! Puis, je me

suis mise à lire de la poésie, j’ai découvert Césaire et les Surréalistes. J’écris aujourd’hui du théâtre et de la poésie, qui sont pour moi comme deux instruments de musique.”

Un de ses premiers textes, Choco Bé (2012),

part d’un fait divers qui se déroule à SaintLaurent-du-Maroni. “À partir de 16 ans, je suis allée en Guyane tous les étés retrouver

est iranien. La poésie est importante pour ce peuple, elle traverse sa vie.”

Elle étudie la calligraphie. “Il est beau de connaître plusieurs alphabets”, assure-t-elle

et elle se met à lire le persan et des poètes

tels que Forough Farrokhzad — morte dans un accident de voiture — ou Hafez.

“À l’ENSATT, j’ai eu la chance d’avoir pour prof André Markowicz qui, après avoir tra-

duit les grands auteurs russes, s’est mis à traduire les Chinois. Je m’intéresse beaucoup à cela.”

Au cours de sa résidence, Laura a travaillé

des poésies persanes avec des classes de pri-

maire, notamment des écoles Paul-Langevin et Gabriel-Péri. “La rencontre a été excep-

tionnelle. Nous avons enregistré leurs propres textes qui étaient assez incroyables ! C’est beau une expérience d’écoute collective !” ■