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Cahier de Styles 2005 . 2010 LES NOUVELLES TENDANCES EN OPTIQUE LUNETTERIE


Ce cahier de styles permettra ... Aux directions artistiques

des fabricants de sentir dans quelles mouvances doivent s’inscrire leurs prochaines collections.

Aux designers

de s’inspirer de courants longs et attestés, illustrés ici par des concepts, des formes, des couleurs et des matières.

Aux directions marketing

de mieux segmenter leurs collections afin de donner des noms et des contenus forts aux argumentaires de vente et aux opérations marketings.

, Aux directeurs d enseigne

et aux distributeurs de réorganiser leur facing en « univers » afin de rendre leurs produits plus attractifs, plus proches du consommateur.


Cahier de Styles 2005 . 2010 LES NOUVELLES TENDANCES EN OPTIQUE LUNETTERIE

Nombreux

sont les Cahiers de style généralistes ; bien peu ont centré leur recherche exclusivement sur la lunetterie, dans toute la spécificité de ses produits. Rencontre inédite entre le discours du sociologue et l’œil du designer, le Cahier de Styles 2005-2010 que vous avez entre les mains fera date. Non content d’expliquer au lecteur les tendances de fond qui vont durablement structurer le marché, ce document de travail va jusqu’au bout de la démarche : jusqu’à la création de modèles inédits spécialement conçus pour l’occasion. Cependant, pour être pleinement efficace, l’étude attentive de notre Cahier de Styles 2005-2010 sera utilement complétée par la lecture des Tendances d’achat 2005-2010, document consacré à l’analyse théorique préliminaire qui a orienté le travail de designer de Sébastien Brusset que nous présentons ici. Il a valeur de texte fondateur. Une source d’idées inépuisable pour nourrir la réflexion de tout ceux que l’optique-lunetterie, et plus généralement l’histoire des formes, passionne et fait vibrer.

face


DE L ’ ANAL YSE SOCIOLOGIQUE À LA CRÉATION LUNETIÈRE


Rencontre, tout à fait inédite en optique, entre la démarche créative du designer et le discours sociologique qui observe et ausculte le consommateur, nous avons tout d’abord profilé les principales matrices qui gouvernent aujourd’hui les tendances :

quatre

Une tendance contextuelle : La ville-catastrophe, une apocalypse festive Une tendance réflexive, tournée vers soi : une écologie de soi Une tendance marquée par la difficulté d , aller vers l , Autre : l , altruisme désimpliqué Une tendance futuriste : le corps mutant A partir de cette analyse (développée dans les Tendances d’achat 2005-2010), la recherche du designer - en l’occurrence Sébastien Brusset - a ensuite pris le relais. A l’aide de moodboards, nous avons traduit visuellement les différents univers sociologiques. Puis nous avons proposé pour chacune des quatre tendances des lignes, des matières, des couleurs, des fonctions. Au final, vous trouverez, dans leur contexte visuel spécifique, des lignes de lunettes spécialement conçues à partir de nos quatre tendances matricielles. Les lunettes que vous allez découvrir ne sont pas des modèles finalisés, mais des directions de recherche extrêmement élaborées, de l’ambiance tendancielle jusqu’aux dessins techniques et la réalisation 3-D. Jamais un cahier de styles n’avait été aussi loin en optique lunetterie.


1 tend ance

une apocalypse festive


Où VIVONS-NOUS ? DANS LES VILLES, POUR LES TROIS QUARTS D’ENTRE NOUS.

Des villes nées en général de l,exode rural du XIXème siècle, toujours plus informes, toujours plus étendues. La ville, à travers son chaos, a longtemps été synonyme de lieu de tous les possibles, de toutes les énergies. On y perdait son identité, on y oubliait sa lignée, mais on y gagnait une faculté d’adaptation totalement inédite jusque là. L’individu y apprend la diversité, l’ouverture et la tolérance. Même s’il faut se tasser un peu dans le métro. Le 11 septembre à Manhattan, l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, ont tourné en cette fin d’année 2001 une page dans l’histoire des villes. Attentats, accidents à grande échelle, la ville est devenue menace. Ville piège, ville catastrophe. « Ground zero ». Voici donc, à peine quitté le second millénaire, que la ville naguère familière montre un tout autre visage. Nous ici, collectivement, vivons ce que nul homme avant nous n’a vécu. La ville autrefois était un abri. Un rempart contre les invasions, toujours venues de l’extérieur. Ce qu’elle n’est plus. Désormais le péril est intérieur. Plus d’endroit où se cacher. Plus de havre où s’abriter. L’individu contemporain est un être

exposé. Du coup, la communauté humaine que la ville définissait par le périmètre de ses murs n’a plus tout à fait le même sens. Le « principe de précaution » est là pour nous rappeler ce à quoi il répond. Nous vivons a priori dans la quotidienne fréquentation du risque. Les promesses de la modernité n’ont pas été tenues : cette absence d’abri est désormais une évidence. Pour autant la ville se vit sur un mode essentiellement festif, privilégiant la « sortie », l’excitation, le mélange, le métissage, la rencontre furtive. Une sorte de néobaroque devient un trait dominant de l’esthétisme général. Goût de l’étrangeté, du cosmopolitisme, jeu permanent de citations hors contexte, de détournement, d’ humour… L’effervescence de la ville produit un manteau d’Arlequin ; Arlequin crépusculaire dont le sens de la fête ne recouvre souvent que la politesse du désespoir. Mais une fête quand même. Bigarrée sous un ciel noir, traversée de références à des ailleurs, à des autrement, la mode actuelle conserve la grave légèreté d’un désenchantement assumé.


1. la ville-catastrophe, une apocalypse festive La tendance la plus contextuelle du moment est née de l’image dominante de ces dernières années, celle qui a frappé tous les esprits : les ruines du World Trade Center après le 11 septembre. La certitude que dans un monde de plus en plus interconnecté, la ville n’est plus une protection. Que la puissance n’est plus une garantie contre la vulnérabilité. Le danger ne vient plus du dehors, mais bien plus inquiétant encore, il surgit de l’intérieur même de la cité qui nous était jusque là familière. Hyper-complexe, le système est devenu aussi hyper-fragile. L’inquiétude de nos contemporains se dissimule derrière une pose volontiers agressive. Sur le plan des formes, la tendance est très architecturée,

avec des branches traitées comme des poutres, des traverses. Les branches sont aussi plus structurées que la face. L’ensemble est très mécanique, avec des charnières simples, visibles, et des vis apparentes. L’ambiance est froide, grise : métaux, verre, présence du béton armé, sur-visibilité de la matière brute, inox, aluminium, titane, magnésium ; coloris froids travaillés sur des fonds rougeâtres. Matériaux aux effets brossés, usés, avec des effets de terre sale. Les traits sont brutaux, avec des formes résolument géométriques, pour des personnalités qui entendent s’affirmer – s’affirmer pour faire face. Une distance aux choses réactive un certain esprit « dandy ».


ARCHITECTURAL B R U TA L STRUCTURAL TEXTURÉ URBANWEAR RAPIDE BOUILLONNANT GRIS MÉCANIQUE M AT I È R E B R U T E INOX ALUMINIUM BROSSÉ T I TA N E MAGNÉSIUM POUTRE T R AV E R S E C I N É M AT I Q U E LÉGER RÉACTIF EFFERVESCENT I N Q U I É TA N T CIMENT ARMÉ DARK CITY


1. la ville-catastrophe, une apocalypse festive

Entre chantier et catastrophe : « Ground zero ». Dark City. La ville est à la fois vécue comme un jeu et comme un piège. Mélange de proximité-promiscuité où les individus sont proches les uns des autres par accident mais au fond se protègent les uns des autres, dans des stratégies d’évitement, d’esquive. Caméras partout : individus épiés, filés. Urban parano. Bulles. Enveloppements amniotiques. Galbes protecteurs contre toute cette violence urbaine. Un incessant jeu de structuré / déstructuré, ouverture et retrait, que domine une effervescence créatrice. « Life goes on ». La vie continue. Plus urgente que jamais. Car en même temps la ville, dans ses mouvements browniens, c’est le recommencement de tous les possibles. La rencontre. L’improviste. Lumières, glamour et paillettes – fêtes post-apocalyptiques, ce qui n’exclue pas le plaisir mais au contraire exalte une certaine libération de la sensualité. Non sans provocation. La lunette, synthèse de cette tendance, est rigide : devant un monde qui s’écroule, elle se présente sous la forme d’un monobloc que rien ne peut désolidariser. Des formes qui inspirent confiance.


2 tend ance

une ĂŠcologie de soi


DANS UN MONDE SANS CESSE EN MOUVEMENT, LA SEULE NORME, C’EST MOI !

Lorsque s,éloigne le corps social revient le corps propre : celui qui est fait de chair. Mais cela vient de loin. Dans les années 70 le corps cesse de n’être qu’une force productive. L’automation le remplace. La force physique n’est plus indispensable à la production industrielle. De même, l’aspiration à vivre une sexualité affranchie de la maternité impose une nouvelle lecture. Au corps exploité s’oppose désormais un corps revendiqué : « Mon corps est à moi ! », proclament les féministes. Une « privatisation » qui, aujourd’hui, se traduit par le succès grandissant du piercing et du tatouage. On marque son emprise sur son corps comme on marque un territoire : pour en affirmer la possession et la singularité. Fabriquer une différence affirme pour l’individu, comme nous l’avons dit, sa différence essentielle : son identité. La priorité accordée au corps est certainement l’une des caractéristiques les plus saillantes de l’époque contemporaine. Un corps vécu comme un capital, une réserve naturelle qu’il convient de préserver. Cette conscience de soi par le corps a pris une telle importance que l’individu se définit de plus en plus par sa pure apparence. Puisque la communauté des

valeurs et des convictions a été frappée d’obsolescence, puisque les groupes d’appartenance ont désormais moins d’importance, reste la communauté des corps, la communion des apparences. « Soyez votre propre marque ! », dit-on outreAtlantique. L’individu, vivant désormais en dehors de groupes fortement structurant, s’autonomise. Le moi devient le nouveau territoire. Ce faisant, il est à défricher, à entretenir, à promouvoir. Au sens écologique du terme. D’autant que l’expérience de soi n’en reste pas au sensible : elle implique également un rapport à la fois plus intérieur et plus ouvert sur le monde. On assiste ainsi à un rééquilibrage entre apparence et intériorité, entre le fait de culture et le souci de la nature. Une conscience nouvelle : la Terre non plus comme décor mais comme condition de notre commune survie. Retrouver le contact avec le monde est redevenu une priorité. Réenchanter la vie en retrouvant une proximité élémentaire avec les choses de la nature. Faire corps avec le monde qui nous entoure.


2. une écologie de soi La globalisation nous a dépossédé d’un certain nombre de prérogatives : ce sentiment que l’individu n’a plus prise sur son présent. Or, moins l’on possède de contrôle sur le corps social, plus on cherche à contrôler son propre corps. C’est ce à quoi nous assistons aujourd’hui. L’homme comme la femme redécouvre son corps. Le culte du bien-être transcende la différence des sexes pour devenir l’une des valeurs les mieux partagées par tous. Mais ce retour à soi ne va pas sans une nouvelle ouverture vers le monde extérieur. Car il s’agit également de vivre en osmose avec son milieu, et non de se replier de manière autiste. Un soin tout particulier est accordé à l’environnement : écologie bien sûr, mais pas seulement. Fraîchement débarquée des Etats-Unis, la Feng Shui attitude fait fureur : la recherche d’un équilibre environnemental

pousse l’individu à s’intéresser à l’orientation d’une pièce, à la disposition des meubles, aux couleurs, aux ambiances. Une hyper-esthétisation de chaque détail, dans un seul but : l’épanouissement personnel, dans une double dimension à la fois spirituelle et sensuelle. Il faut se souvenir que le zen est né au Japon, pays de volcans et de tremblements de terre, parce que la paix se construit précisément là où elle n’est pas naturelle. Ce souci de soi est plus raffiné que le simple narcissisme que l’on connaissait jusque là. Car il existe sous cette nouvelle tendance un désir de libération par rapport aux déterminismes du moi identitaire, un souhait d’élévation, en dehors des cadres trop exigus. Echapper à la pression du social. Retrouver les valeurs éternelles de la paix intérieure et du monde extérieur.

g


g

FLUIDE PURE LIGNE CLAIRE CACHÉ I NT R OV E R S I O N VERT - BLEU - BLANC VIE N AT U R E B O I S - T I TA N E - C U I R EAU JAPON RAISONNÉ ART A N AT O M I Q U E CONFORT ERGONOMIQUE SILICONE PAIX SOUPLE RENOUVELLEMENT PERPÉTUEL ZEN ANALLERGIQUE MINIMALISME


2. une écologie de soi

Les formes du design issu de la tendance « Ecologie de soi » sont très anatomiques, naturelles, excessivement fluides. Rien de visible. Tout est masqué. Profond. Les mécanismes sont très intérieurs ; de même que toute la structure renvoie à l’intériorité du porteur. Rien d’agressif : aucune arête vive. Les lignes claires coulent de source. Elles portent l’idée d’un renouvellement perpétuel, d’une aspiration à se ressourcer. La branche de lunette rappelle la ligne pure d’un sabre japonais. Coloris doux, pastels, verts, bleus, blancs, couleurs « nature », effets nacrés, bois fins très purs, matériaux cristallins. Transparence zen. L’ensemble est très esthétisant, sensuel, protecteur, avec des touches de matières naturelles, notamment au niveau des manchons et des plaquettes : tout ce qui a contact avec la peau est en matière naturelle anallergique (cuir). La vie est une expérience en cours. Les sens sont aux aguets ; et l’individu n’est que la somme de ses sensations.


3 tend ance

,l altruisme dĂŠsimpliquĂŠ


CE N’EST UN SECRET POUR PERSONNE, LA DéSINTEGRATION DU CORPS SOCIAL EST DESORMAIS BIEN AVANCéE.

Le désinvestissement des individus par rapport aux groupes structurants (église, armée, , entreprise) a produit un niveau d autonomisation inconnu jusque là. On vit le lien social - le lien à autrui - sur le mode de l’interaction faible : avec légèreté, ironie et distance. On ne s’engage plus : ni dans une relation, ni dans une conviction. L’archétype de ce nouveau discours, c’est la vision qu’ont désormais nos contemporains du fonctionnaire, ou des services publics, sensés pourtant assurer le bien commun et perpétuer la nécessité même de ce lien social. Le gardien de la paix, le chirurgien ou le professeur étaient les fondements de notre être-ensemble. Ils semblent désormais faire figure d’ombres du passé. La conduite à l’égard des autres était autrefois régie par les préceptes de la morale. La charité était un devoir que l’on apprenait dans les églises. Les règles de politesse n’étaient pas des raffinements superflus mais fondaient la communauté. Elles libéraient l’homme de ses réactions instinctives. Aujourd’hui tout cela n’est plus. La communauté n’existe que comme agrégat temporaire et fortuit. Elle est vécue le plus souvent comme obstacle : la foule, l’embouteillage, l’attente aux caisses de supermarché… Et sur les autoroutes du dimanche soir, personne ne laisse sa chance à personne. Comme si

au fond chaque carrosserie ne cachait pas de braves types essayant simplement de ramener leur famille chez eux… L’Autre s’est donc éloigné. Et l’Autre, ainsi, nous manque. C’est pourquoi les adolescents surinvestissent émotionnellement dans des machines à fabriquer un peu de lien, comme les téléphones mobiles ou l’internet. Pourtant le sentiment de solidarité existe toujours, plus fortement peut-être qu’en d’autres époques. On le voit à chaque fois que la charité est organisée par la télévision : Restos du cœur, Sidaction, Téléthon,… Nos contemporains n’ont rien perdu de leur générosité. Mais tout se passe comme s’ils ne savaient que faire de cette générosité. Il faut la mise à distance à travers un média pour retrouver en nous le geste de donner. Notre isolement au milieu des foules post-modernes paralyse notre volonté d’avoir soin d’autrui. Toutes les tendances (mode, style de vie, design) sont des tentatives de remailler un lien ténu avec nos semblables.


, 3. l altruisme désimpliqué C’est la tendance de la rencontre avec l’Autre, de la rencontre « malgré tout », en dépit des obstacles et des difficultés liés à la vie postmoderne. Dans un monde où les rapports humains sont pudiques ou faussés, le luxe et les marques de reconnaissance sont importantes. Il faut laisser paraître, plus ou moins de bonne foi, qu’on se soucie des autres. On évite le pauvre du métro qui nous tend sa sébile mais on donne pour le Téléthon. La douleur, et plus généralement la présence des autres se vit sur un mode désincarnée et lointain : télévision, téléphonie mobile, rencontres internet, « speed date ». Les nouveaux rapports humains passent par le froid de la technologie, par sa rupture. Ils se vivent furtivement et à distance. La technologie éloigne l’autre dont la rencontre devient de moins en moins naturelle, de plus en

plus improbable. L’altruisme est toujours là, mais il s’exprime différemment. Dans cette société dite de communication les individus ont de moins en moins l’occasion de se parler les yeux dans les yeux. Les liens traditionnels tendent à disparaître. Pour être remplacés par la mise en scène du lien : c’est toute la pantomime afférente au téléphone mobile dans un lieu public, où l’effet de la communication sur les personnes présentes prime sur ce qui est effectivement communiqué, et sur la personne avec laquelle on communique. Il s’agit avant tout de signaler publiquement son appartenance pleine et entière au présent de notre société. L’individu recherche donc en permanence d’autre vecteurs de communication : les accessoires par exemple, montres ou lunettes.

pp


ROUGE-NOIR O S T E N TAT O I R E LUXE AFFICHÉ F L AT T E U R IMPULSIF É R OT I S M E O R - C O R N E - P L AT I N E PASSIONNEL VIF CHAUD SÉDUCTION APPARTENANCE GRIFFE S A U VA G E CARACTÈRE HEUREUX FOU A P P R O P R I AT I O N GLAMOUR GRAND VISIBLE ANTI-MÉCANIQUE F A S C I N AT I O N


, 3. l altruisme désimpliqué

Cette tendance « gauche caviar » sera donc caractérisée par des formes voyantes, fortement identitaires (il s’agit de signaux pour communiquer) avec des rappels d’éléments populaires (base de « lunette Sécu »). La distinction se joue dans la noblesse des matériaux, dans le détail précieux (strass discret), la finition exceptionnelle. De nos quatre tendances, c’est la plus ostentatoire. Le glamour, les marques de reconnaissances flatteuses, avec un côté passionnel, impulsif mais pudique, comme par jeu. La lunette possède l’ambiguïté du masque, qui dans un même mouvement à la fois cache et met en scène. Matières : or, platine, effet corne, matières naturelles et luxueuse (cuir). Imitation panthère. Effets rayures. Aspects satinés. La lunette est un élément de différenciation plus que le contact avec l’Autre. Une ambiance très cosmétique, avec des noirs et des rouges, des déclinaisons de roses. Les parties plastique sont complètement insérées dans la barre. Un point de strass , dont l’asymétrie surprenante est faite pour attirer l’autre. L’élégance devient le moyen d’esthétiser la fausseté des rapports humains.


4 tend ance

le corps mutant


DEPASSé, RéPARé, CLONé, APPAREILLé : DERNIER CONTINENT A COLONISER, RESTAIT LE CORPS.

Déjà l,armée, américaine fait opérer ses soldats afin de les doter d,une vision de nuit, ou d une »supervision». A cet égard, le corps naturel est effectivement une chose dépassée. Il s’agit désormais d’accroître les aptitudes de chaque organe. Superman n’est pas loin ! Au début des années 60 apparaît un mot pour exprimer l’alliance du corps naturel et de la technologie : cyborg. Une incarnation du mythe prométhéen. Le cyborg est un homme augmenté par le high-tech. L’américain Steve Man, par exemple, promène son regard sur les villes à travers des lunettes-caméras qui retransmettent en temps réel chaque image sur le Net. Il peut même altérer l’image qu’il a sous les yeux, en la recréant comme un photographe peut aujourd’hui traiter ses images à la palette graphique et en transformer le contenu. Sauf que lui vit véritablement dans le monde qu’il a la capacité de transformer. Vêtements intelligents et informatique embarquée font de l’individu l’auteur du monde dans lequel il vit. Ce transformisme du réel selon la volonté individuelle est l’un des fondamentaux les plus structurants de notre époque - même si, fort heureusement, il demeure marginal. Il pose une question : lorsque chacun vivra enfermé dans son petit monde virtuel, restera-t-il encore une place pour l’autre ? Nous avons vu la fin des communautés à interaction forte ; nous vivrons vraisemblablement la fin du monde Un qui fondait

notre dernière appartenance, le dernier lien entre les hommes. Toutes ces questions donnent un peu la direction de nos interrogations à venir. Qui suis-je ? Que m’est l’Autre ? Quelle relation nous unit ? En quel monde la partager ? Autant de problèmes qui, pour ne pas être nouveaux, se posent à nous d’une façon totalement inédite. Dans les années qui viennent, on ne dessinera pas une robe, une automobile ou une paire de lunettes sans se colleter, de façon plus ou moins implicite, à ces questions là. L’univers conceptuel qui se met ainsi en place sous nos yeux ressemble au New York des années 40 que le peintre Fernand Léger découvrit du haut d’un 52ème étage : un monde où formes, trajectoires et couleurs se confondent, se brouillent, s’interpénètrent, chacune débordant de son propre champ, sortant d’elle, pour venir bousculer et pervertir les autres dimensions de nos représentations, inventant des rythmiques, des motifs inédits. A partir de ces bouleversements il faudra patiemment en retrouver les logiques, en déblayer les voies nouvelles qui conduiront, soyons-en sûr, jusqu’à l’homme lui-même.


4. le corps mutant Une survivance du « no futur » exaltée par les possibilités sans cesse renouvelée du high-tech. Rencontre de l’esthétique néo-romantique et décadente « after-punk » et de l’esprit scientiste des « cyborgs ». Autrefois la technique servait à pallier, à améliorer les performances humaines. Mais l’humain a déçu ; il s’agit désormais de dépasser les capacités naturelles du corps et de l’esprit, d’en repousser les limites, voire de les remplacer. Informatique embarquée, nanotechnologies, machines imaginaires, multi-

fonctionnalités, gadgets à tous les étages, l’individu est à mi-chemin entre l’homme et la machine. Il ne subit plus le monde dans lequel il évolue mais au contraire le façonne, le crée à mesure qu’il s’y déplace. L’homme n’est plus sujet mais condition du monde. Ce n’est plus lui qui s’adapte à son milieu mais le milieu qu’il réadapte en permanence à ses goûts et à ses desseins. A travers ses lunettes il change les couleurs des choses, les éclairages, déplace ou efface les éléments de la scène visuelle, réorganise le visible selon ses besoins et ses envies.


GEEKS NANO-TECHNO FONCTIONS U S A G E S M U LT I P L E S MACHINES A N AT O M I Q U E M AT R I C E AUDIO-VISUEL C O M M U N I C AT I O N SILICONE TAT O O MANGAS CYBORG S U P R A- N O R M A L UV RÉACTIF CARAPACE CONFORT M AT I È R E FONCTIONNELLES


4. le corps mutant

Traversée de référents cinématographiques (Starwar, Robocop, Terminator, Bienvenue à Gattaca, Matrix), la tendance futuriste du « corps mutant » privilégie la fonction. Cette ligne propose de véritables carapaces high-tech, très anatomiques (silicone et matériaux souples à mémoire de forme), aux matières techno, injectés, froides, avec de saisissants effets 3-D. Tournée vers l’action, parfaitement intégrée au schéma corporel du porteur, la lunette se fait oublier (confort, légèreté). Elle n’est qu’un élément dans un dispositif global. La lunette « Corps mutant » n’est plus construite autour des verres. Au contraire, les verres sont fixés après la structure, et demeurent parfaitement autonomes par rapport à l’ensemble. Elle présente des projections métal sur injection plastique. Les teintes sont métal, grises, noires, vert « Matrix », très texturées, avec des effets de grillages. Beaucoup de teintes mates. La lunette devient un central multimédia où peuvent s’associer, un même écran internet, un appareil photo numérique, des micros, des dispositifs de téléphonie par résonance osseuse, etc.


L E S

N O U V E L L E S

T E N D A N C E

Cahier de Styles 2005 . 2010

u


S

E N

O P T I Q U E

usion

L U N E T T E R I E

Après s’être familiarisé avec nos quatre matrices à tendances et en avoir acquis les clefs conceptuelles et graphiques, le lecteur possède désormais une grande visibilité sur les quatre grandes directions de recherche qui vont inspirer la quasi-totalité du design de ces cinq prochaines années. « La Ville-catastrophe, une apocalypse festive » marque un contexte urbain déstabilisé par la mutation récente du sens traditionnel de la ville, propre à exalter une nouvelle urgence dans les modes de relation interpersonnelles ; « Une Ecologie de soi » marque la distinction liée à la maîtrise du corps et à l’introspection, dans une recherche permanente d’équilibre, d’échanges et d’harmonie avec le milieu ; « L’altruisme désimpliqué » marque le jeu de masque où l’individu, en un même mouvement, se cache et se dévoile, par l’usage de cet artifice que l’on nomme « accessoire » : la lunette ; « Le corps mutant » marque le dépassement de l’humain par le technologique dans une hybridation de naturel et d’artificiel. Ces tendances et leur analyse sociologique sont expliquées dans les Tendances d’achat 2005-2010 : les nouvelles attentes du consommateur optique (CLM Communication, 2004), complément indispensable de ce Cahier de Styles.


Cahier de Styles 2005 . 2010 LES NOUVELLES TENDANCES EN OPTIQUE LUNETTERIE

publication : clm communication, www.clm-com.com réalisation : exatypo, studio de design global, www.exatypo.com design des lunettes : modèles exclusifs © sébastien brusset copyright © juin 2004 Tous droits réservés

Cahier de Styles  

Reposant sur des analyses complémentaires des principaux cabinets de style, mais aussi de sociologues, de journalistes spécialisés et de des...

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