Page 1

Les notes d'Europe Ecologie Les Verts au Conseil Régional de Bretagne n°2 ­ Méthanisation ­ Juin 2011

Elu référent

René Louail

Membre de la Commission Economie, agriculture et pêche rene.louail@wanadoo.fr

Méthanisation : séparer le bon grain de l’ivraie L a m é th a n i s a ti o n , c o m m e n t ç a m a r c h e ?

La méthanisation est une technique de fermentation qui consiste à accélérer la dégradation de matières organiques (animale ou végétale), grâce à l’action de bactéries, dans des «digesteurs», sortes de cocotte­minute hermétiquement closes et maintenues à température constante. La méthanisation permet de traiter des rejets aussi divers que les eaux usées, les boues de stations d’épuration, les déjections animales, les déchets de l’industrie agro­alimentaire, les ordures ménagères, les déchets agricoles, etc. Le résultat est la production d'un gaz, le méthane, mais aussi d'un digestat pour partie liquide et pour partie solide. Le méthane est ensuite récupéré puis brûlé pour produire électricité et/ou chaleur. Le digestat est compostable ou épandable.

U n o u ti l p e r ti n e n t p o u r l ' a u to n o m i e é n e r g é ti q u e

L a m é th a n i s a ti o n e s t u n e s o l u ti o n p e r ti n e n te p o u r tr a n s fo r m e r d e s m a ti è r e s organiques en énergie. Elle a toute sa place parmi l'ensemble des diverses solutions de production d'énergie renouvelable à même de favoriser l'autonomie énergétique de nos territoires. Pour cette raison, la méthanisation doit être intégrée au sein d'une politique énergétique cohérente et son développemement réalisé en fonction des projets de territoires et de leurs capacités de ressources en biomasse. Pourtant, à ce jour, le développement de la méthanisation est le plus souvent adossé aux politiques agricoles et mérite alors un examen attentif afin d'éviter les mauvais u s a g e s d e c e p r o c é d é q u i p e u v e n t s ' a v é r e r d r a m a ti q u e s .

Tordre le cou aux idées reçues…

E n B r e ta g n e , l a m é th a n i s a ti o n e s t e x c l u s i v e m e n t c o n s i d é r é e s o u s l ' a n g l e a g r i c o l e e t e s t p r i n c i p a l e m e n t a n n e x é e à l a p r o d u c ti o n p o r c i n e i n d u s tr i e l l e . Elle est alors présentée, à tort, comme une solution pertinente au traitement des l i s i e r s e t d o n c à l a l u tte c o n tr e l e s a l g u e s v e r te s . Son développement est aussi justifié par certains comme un moyen d'apporter «une assurance­revenu» aux paysans face à la volatilité des prix des productions alimentaires, en permettant à ces derniers de disposer d'un revenu complémentaire par la vente d'électricité.

. . . p o u r m i e u x é v i te r l e s é c u e i l s

U n c e r ta i n n o m b r e d ' i d é e s r e ç u e s s u r l a m é th a n i s a ti o n d o i t ê tr e d é m o n té a fi n q u e s o n d é v e l o p p e m e n t s e fa s s e d e m a n i è r e c o h é r e n te . La méthanisation constitue d'abord un outil énergétique pertinent dans le cadre de projets de territoires concertés. En revanche, elle ne doit en aucun cas devenir le cache nez d'un modèle agricole productiviste à bout de souffle. C'est pourtant le risque auquel nous sommes confrontés aujourd'hui : en abordant la méthanisation exclusivement s o u s l ' a n g l e a g r i c o l e , l e d a n g e r e s t a l o r s r é e l q u ' e l l e s o i t u ti l i s é e p o u r o c c u l te r l e s d é b a ts l i é s à l a c o n c e n tr a ti o n d e s e x p l o i ta ti o n s , à l a r é g u l a ti o n d e s m a r c h é s , a u tr a i te m e n t d e s p o l l u ti o n s . . . B r e f, à l a n é c e s s a i r e tr a n s fo r m a ti o n d ' u n m o d è l e agricole concentré, qui continue de produire 70 000 tonnes d'excédents d'azote o r g a n i q u e , e n m ê m e te m p s q u ' i l v o i t d i s p a r a î tr e 2 0 0 0 p a y s a n s c h a q u e a n n é e e n B r e ta g n e .


La politique régionale Méthanisation, où va la Région ? 2007 : la Région met en oeuvre un plan biogaz

En 2007, à l'initiative de l'Ademe et des Régions Bretagne et Pays de la Loire, un plan biogaz agricole est mis en oeuvre jusqu'en 2010. C'est l'association AILE qui anime ce plan et accompagne les projets pour les deux régions. L'Ademe, la Région, les Départements, l'Europe (fonds FEDER) et l'Etat les financent. Une aide directe a ainsi été apportée à une dizaine de projets depuis 2007 pour un budget de 700 000 €.

2010 : reconduction du plan biogaz

En 2010, la Région décide de reconduire le plan interrégional biogaz sur 2011/2013 doté d'un budget de 150 000 € afin de : «suivre le fonctionnement des installations ; capitaliser les expériences ; suivre la qualité des offres d’ingénierie et de construction ; diversifier les "modèles" de méthanisation agricole ; accompagner les démarches territoriales ; valider les couplages méthanisation et traitement des excédents ; trouver un statut au digestat ; diversifier les modes de valorisation du biogaz (injection, carburant…) ; expérimenter la production d’électricité de pointe ; valoriser les résidus de biomasse (fauches de voie verte, résidus de cultures, menue paille…).» Dans le même temps, la société EILAN (voir encadré), créée en 2010 par la Région pour accélérer la mise en oeuvre de projets producteurs d’énergie à partir de ressources renouvelables, prévoit 100 millions d'euros d'investissement par tranche de 5 ans pour développer la méthanisation.

2011 : l'Etat appuie la méthanisation, la Région interviendrait alors en complément

Le 19 mai 2011, l’Etat a décidé, lui aussi, de soutenir le développement de la méthanisation en augmentant de 20% les tarifs de rachat de l'électricité, permettant une rentabilité rapide des installations. Le prix de rachat artificiellement élevé pourrait alors permettre aux grands exploitants agricoles de développer seuls des méthaniseurs, ce qui limiterait une nécessaire régulation politique du développement de la méthanisation, et particulièrement de la méthanisation agricole. La Région Bretagne semble suivre les orientations de l'Etat. Son intervention se ferait en complément de ce dernier et se concentrerait alors : ­ sur un soutien complémentaire si une rentabilité rapide (6 ans) ne peut être atteinte, ­ pour orienter les projets émergents en Bretagne vers une limitation des cultures énergétiques, la non intensification des systèmes d’élevage, une valorisation thermique optimisée, une maîtrise de la concurrence des projets sur le territoire, ­ un soutien aux projets localisés sur les bassins versants algues vertes au regard des enjeux inscrits au Plan de lutte contre les algues vertes.

EILAN, un bon outil, de mauvaises orientations

A travers sa société d'économie mixte d'aménagement du territoire, la SEMAEB, la Région Bretagne a créé une nouvelle société dédiée aux énergies renouvelables, la Société par Actions Simplifiée (SAS) Eilan. Cette société pourrait représenter une opportunité forte pour développer les projets d'énergie propres sur les territoires, son statut juridique permettant de garantir la maîtrise publique des projets ainsi qu'une ouverture à l'épargne citoyenne. Malheureusement cette société restera un outil capitalistique classique, la Région souhaitant, à terme, en faire un fonds totalement privé. Les financiers ainsi que les énergéticiens, EDF, GDF SUEZ et Poweo notamment, sont partie prenante du projet. Ce sont eux qui se prononceront sur le choix des projets sélectionnés... laissant ces sociétés dans une situation potentielle d'abus de position. Alors que la conversion de notre modèle énergétique nécessite une mixité des énergies en fonction des potentiels par territoires (ici le bois et le photovoltaïque, ailleurs les énergies marines et la co­génération), la SAS s'oriente uniquement vers l'éolien et la méthanisation. Sur 20 ans, 10 projets éoliens sont prévus pour 71 usines de méthanisation. Eilan accompagnera ainsi les dérives potentielles d'un développement non maitrisé de la méthanisation agricole. A nous donc d'agir pour que la SAS Eilan devienne un véritable outil citoyen, œuvrant, dans le sens de l'intérêt général, pour une transition énergétique globale de nos territoires.


Notre analyse Une fausse bonne solution contre les excès d'azote Les grandes quantités de lisiers produites en Bretagne, issues de l'exploitation massive et intensive du porc, du fait de leur richesse en azote et phosphore, sont l'une des causes principales du phénomène des algues vertes. Selon certains, la méthanisation des lisiers permettrait de réduire les fuites d'azote et donc de lutter contre les marées vertes. A ce titre, l’axe majeur du plan gouvernemental de lutte contre les marées vertes consiste à méthaniser les lisiers, mais aussi les algues après leur ramassage sur les plages. Cela peut a priori paraître séduisant, la méthanisation permettrait alors de trouver une nouvelle source d’énergie propre, tout en éliminant la cause et la conséquence de la pollution.

La méthanisation n'élimine ni l'azote, ni le phosphore

Or, la fermentation anaérobie, enclenchée par le processus de méthanisation, produit du gaz carbonique (CO²) et du méthane (CH4), composés qui ne comprennent pas d'azote (N) : la quantité d’azote entrante dans le méthaniseur ressort donc en volume égal du processus de méthanisation. L'azote est simplement minéralisée ce qui en fait un produit certes plus rapidement assimilable par les sols lors de l’épandage, mais de ce fait plus difficile d'utilisation et provoquant une acidification importante des sols.

Toujours plus d'azote

Le lisier est pauvre en carbone, nécessaire au bon rendement de la méthanisation. Sa méthanisation implique donc d'y ajouter du carbone, sous forme de maïs ensilés, de paille ou de graisses de stations d’épuration, contenant eux­ mêmes de l'azote. Le bilan de la méthanisation se conclut, dans ce cas, par un excédent d’azote par rapport à l’azote initial issu du lisier. L’idée d’extraire l’azote en disséquant le digestat n’est quant à elle pas envisageable : à l’issue de la méthanisation, le produit sortant de la cuve est liquide, en le compressant on obtient une partie liquide, dite lixiviat, et une partie solide, le digestat. 70 % de l’azote est dans le lixiviat. De fortes quantités d'énergies fossiles sont alors nécessaires si l'on veut séparer l'azote de l’eau.

Phosphore et souffre amoindrissent le rendement de la méthanisation

La forte teneur en sable, sels, composés souffrés et phosphorés contenus dans les algues vertes pose des difficultés techniques : le rendement des bactéries méthanisantes décroit fortement en fonction de la teneur en phosphore et en souffre des intrants. Les algues vertes ne sont pas un bon produit méthanogène, bien au contraire.

Contre les algues vertes, un remède pire que le mal

La méthanisation des lisiers et des algues risque donc d'apporter un remède pire que le mal : un excès toujours plus grand d’azote, qui, épandu sous forme liquide, finira de toute façon dans les rivières, et alimentera ainsi toujours plus les marées vertes.

Changer de modèle

Nous considérons d'abord urgent de retrouver une activité agricole équilibrée où la notion de déchet n’existerait plus dans la mesure où, produits en quantités modérées, ils seraient naturellement recyclés par le sol. Cet équilibre implique nécessairement une baisse significative du nombre d’animaux élevés en Bretagne. Notre Région, qui représente 6% du territoire agricole français, ne peut continuer à produire 60% de la production porcine, 50% de la production de volailles et 20% de la production bovine de l’hexagone.


Les notes d'Europe Ecologie Les Verts au Conseil Régional de Bretagne n ° 2 ­ L a Mé th a n i s a ti o n

Un risque de concurrence entre cultures alimentaires et énergétiques Pour obtenir un bon rendement de la fermentation enclenchée par le processsus de méthanisation, les produits mis en cuve doivent avoir un bon taux de carbone. Plus il est élevé, plus la production de gaz le sera. Or, les lisiers sont pauvres en carbone et, lorsqu'ils sont utilisés, il faut alors alimenter les méthanisateurs par des sources externes de carbone.

Où trouver le carbone nécessaire à la méthanisation?

Deux solutions s’offrent alors dans ce cas : ­ mélanger les lisiers avec d’autres matières organiques déjà disponibles sur le territoire ; ­ envisager de consacrer des surfaces agricoles pour produire des cultures complémentaires riches en carbone. Cela se traduit alors concrètement par le développement de cultures, notamment de maïs, exclusivement dédiées à la méthanisation. Actuellement, par exemple, à l'unité de Moustoir Rémingol (56) l'introduction de couverts végétaux ne suffit pas à rétablir un rapport carbone/azote suffisant pour permettre une production optimale d'énergie : un apport conséquent de maïs devient alors incontournable accentuant encore les épandages d'azote sur les territoires.

Agriculture ou énergiculture?

La Bretagne dispose d'une Surface Agricole Utile (SAU) de 1 650 000 hectares, dont 460 000 en maïs. Avec un développement non maîtrisé de la méthanisation, c'est à nouveau plusieurs dizaines de milliers d'hectares de prairies, puits de carbone et pièges à nitrates, qui pourraient disparaître dans les prochaines années. Consacrer des surfaces agricoles à la production de céréales pour des méthaniseurs, reviendra à déplacer le problème de la nourriture de nos animaux d’élevage vers le Sud et donc à mobiliser ailleurs des terres qui devraient avant tout être consacrées à nourrir les hommes. Les enjeux liés à la concurrence entre cultures alimentaires et énergétiques, tant au niveau mondial que local, peuvent alors être accentués.

Une autre agriculture, une véritable politique alimentaire

A l'heure où 25 000 hectares agricoles disparaissent chaque année en Bretagne sous l'effet de l'artificialisation des sols (routes, zones d'activités, urbanisation, changement d'usage des terres...), il est urgent de préserver les productions alimentaires.


Une «assurance­revenu» pour les paysans ? La méthanisation en agriculture est souvent présentée comme « l'assurance­revenu » des paysans pour faire face à la volatilité des prix des productions alimentaires. Elle peut, en effet, permettre d'apporter aux paysans un revenu complémentaire, parfois très conséquent, par le subventionnement public pour l'installation des méthaniseurs eux­mêmes, mais surtout par la vente de l'électricité produite, grâce à un prix de rachat élevé du Kwh (20 centimes du Kwh).

Subventionner la méthanisation ou la concentration?

Le développement de la méthanisation en Bretagne est fortement lié aux grandes exploitations porcines et les orientations prises actuellement laissent craindre que les aides attribuées à l'installation des méthaniseurs se transforment en subventions déguisées à la concentration agricole. Cela conduirait à subventionner encore un peu plus les exploitants les plus riches, afin de leur permettre d’industrialiser leurs exploitations. Au détriment, bien sûr, des petits paysans, des candidats à l'installation et d'une agriculture respectueuse de l'environnement. La méthanisation doit d'abord être un outil d'autonomie énergétique de nos territoires. Elle doit profiter à l'ensemble de ses habitants.

Favoriser les spéculation

cultures

alimentaires,

combattre

la

La méthanisation peut accentuer la concurrence entre cultures alimentaires et énergétique, amplifiant les phénomènes de spéculation des marchés céréaliers mondiaux et par là­même les augmentations du prix des matières premières qui rognent le revenu des paysans. Avant le développement de la méthanisation, c'est bien d'une politique de régulation des marchés dont nous avons besoin pour garantir un revenu à tous les paysans.

Permettre aux paysans de vivre de leur production

Nous refusons que la méthanisation puisse être un outil accentuant la fuite en avant d'un système agricole à bout de souffle. Le débat sur la méthanisation pose la question du modèle agricole que nous voulons. Seule une régulation des marchés, la relocalisation des productions et des circuits de distribution peuvent, demain, permettre de garantir un revenu équitable aux paysans, qui doivent d'abord pouvoir vivre dignement de leur travail.


Nos propositions Oui à la méthanisation, si... Pour un développement cohérent de la méthanisation, respectueux des paysans et des territoires, l'intervention publique doit être conditionnée par plusieurs critères :

Les projets doivent être le fruit d'une analyse des besoins et ressources énergétiques des territoires, et non dimensionnés en fonction des volumes de déchets issus des productions agricoles. Il faut alors cerner l’optimum par territoire local au plan des apports organiques et veiller à préserver les surfaces agricoles alimentaires, comme la qualité des sols.

Les unités de méthanisation doivent être positionnées de manière à obtenir une valorisation énergétique optimale afin que l’électricité, comme la chaleur produite, puissent alimenter les réseaux de proximité (réseau de chauffage collectif, unité agro­alimentaire fortement consommatrice d’eau chaude, etc), ce qui exclut qu'elles puissent être la propriété et le fruit de la décision d'un seul exploitant.

Les installations doivent présenter un bon bilan énergétique et favoriser la lutte contre le changement climatique. Ce qui suppose de prévoir un "débouché chaleur" avant de penser production d'électricité.

Une démarche territoriale intelligente suppose donc la construction de partenariats entre acteurs du territoire (agriculteurs, transformeurs, collectivités locales, opérateurs des déchets verts ou des eaux usées…) afin de favoriser une mutualisation des installations de méthanisation

permettant ainsi de faire vivre des unités avec des apports variés, tout en diminuant, au fil du temps, les intrants liés à la concentration porcine.

Les formes juridiques porteuses doivent être définies en fonction de l’intérêt général et d'une maîtrise dans la durée du développement de la méthanisation. Les structures coopératives et para­publiques (Société d'Economie Mixte par exemple) sont dans ce cadre des outils pertinents. C'est là que la société Eilan devrait jouer pleinement son rôle.

Groupe des élu­e­s Europe Ecologie Les Verts au Conseil Régional de Bretagne 13 C, rue Franz Heller, 35 700 Rennes

Strollad Europa Ekologiez Ar re C'hlas e Kusul Rannvro Breizh 13 C, Straed Franz Heller, 35 700 Roazhon

http://europe­ecologie­regionbretagne.over­blog.com

­

Guy Hascoët

Anne-Marie Boudou

René Louail

Gaëlle Rougier

Yannik Bigouin

Sylviane Rault

Président du groupe Membre de la Commission Permanente et de la Commission Finances

Membre de la Commission Permanente et de la Commission Aménagement du territoire

Membre de la Commission Environnement

Membre de la Commission Culture Président de l'EPPC Livres et Lectures en Bretagne

02 23 21 36 70

Membre de la Commission Economie

Membre de la Commission Solidarités

Janick Moriceau

Membre de la Commission Permanente et de la Commission Economie

Notes d'Europe Ecologie Les Verts au Conseil Régional de Bretagne  

Note n°2 Méthanisation

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you