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Patek Philippe Ladies Chronograph Dernier-né d’une longue lignée de complications dédiées aux femmes. p.4

EUROPA STAR PREMIERE LE JOURNAL DE L’ÉCOSYSTÈME HORLOGER SUISSE

NO 2/18 (Vol.20) MARS 2018 | 7.00 CHF € | EUROPASTAR.CH

ISSN 2297-4008

ÉDITORIAL

par

Pierre Maillard

Depuis 1927, date de sa création, Europa Star a été aux premières loges pour suivre, commenter, analyser et… subir également les quelques «crises horlogères» qui se sont succédées. A dire vrai, l’horlogerie, grosso modo, n’a fait qu’épouser à sa façon les crises mondiales – voire locales. Ça commence tout de suite assez fort pour nous avec 1929. Mais auparavant, il y avait déjà eu la fermeture du marché russe en 1917, la montée des protectionnismes, l’état de l’Allemagne en hyper-inflation, tout s’est cumulé. «Dès la fin de 1929, la chute des exportations horlogères entraîne un chômage qui atteindra des proportions dramatiques: sur les 24'791 personnes assurées dans le Canton de Neuchâtel, 14'258 sont au chômage, soit 6'634 complètement, 7'418 partiellement et 206 occupés aux travaux organisés par les autorités», assure la presse de l’époque.

D'où vient ce curieux sentiment d’anxiété que l’on sent poindre, cette forme d’incertitude? A son tour, dix ans plus tard, la Deuxième Guerre mondiale chamboule toutes les cartes. Mais l’horlogerie se redistribue (de tous côtés) et paradoxalement en profite. Entre 1939 et 1942 seulement, ses exportations passent de 196 millions à 284 millions. Après guerre, elle se réorganise profondément, se régule, se regroupe, reste dominante mais le quartz va arriver et tout balayer à nouveau. Pire même qu’en 1929. Inutile d’insister, on connaît l’histoire. Entre 1970 et 1976, le nombre d’employés en horlogerie baisse de près de 40%. Mais n’est-ce pas dans le vent de l’histoire? Le Japon est alors l’économie-modèle montante. A feuilleter les publicités dans nos pages, s’ensuit une période rock & quartz, une horlogerie de masse colorée, ludique, jetable qui va peu ou prou perdurer jusqu’à la réapparition sur les devants de la scène de l’horlogerie mécanique, redevenue depuis lors puissance absolue régnant haut la main.

Certes dans cette courbe montante, il y a eu quelques cahots ressentis, plus ou moins sévères, des «corrections» subies, dues aux folies des marchés (une folie, soit-dit en passant, suivie pas à pas par l’horlogerie). Mais quoiqu’on en dise, ces trous d’air ont été plus ou moins vite absorbés puisque l’horlogerie est passée de 10,3 milliards de francs suisses à l’exportation en 2009 à un maximum de 21,5 milliards en 2015, pour redescendre à près de 20 milliards en 2017. Donc dans l’ensemble, «jusque là, tout va bien», comme dit le dicton. L’horlogerie ne s’est-elle pas toujours montrée résiliente, opportuniste aussi, capable de se transformer? Mais alors d’où vient ce curieux sentiment d’anxiété que l’on sent poindre, cette forme d’incertitude? La connectée a jeté un trouble, les discours marketing ne fonctionnent plus vraiment, des start-ups plus ou moins éphémères surgissent dans toutes les niches, les goûts changent, un site de e-commerce possède un enviable data d’un million de vrais acheteurs d’horlogerie, des mouvements produits de façon intégralement robotisée passent le COSC, on invente de nouveaux matériaux aux propriétés inédites, le vintage se répand partout, le XXL est devenu vulgaire (enfin)… Tout se chamboule. Tout s’entremêle, révolution numérique, réseaux sociaux, connexion, e-commerce, mondialisation ou protectionnisme? Le tout envahi sous un flot de discours provenant de hordes de blogueuses, instagramers, influenceurs, pirates de réseaux sociaux, experts et autres conférenciers de profession… Sans compter d’humbles journalistes. L’industrie horlogère qui essaie toujours de tout contrôler, en amont la production, en aval la distribution et au-dessus la communication, voit – une fois de plus en regard de l’histoire – son édifice se lézarder. Les incertitudes sont nombreuses. Les «ruptures» légions. Mais ni plus ni moins que les voies qui s’ouvrent. Vous avez-dit «résilience»? Europa Star consacre dans ses différentes éditions un Dossier spécial passant en revue douze des majeures «Ruptures» en cours. A retrouver in extenso dans notre édition Europa Star Global (en anglais) et sur www.europastar.ch, en français.

Extrait d’une reproduction sur aquarelle datant de 1806 de la Danse des Morts de Bâle, réalisée en 1440

Résilience de l’horlogerie

Totentanz

L’horlogerie mécanique subit de tous côtés les assauts de la transformation numérique du monde, se confronte à l’émergence de la connexion, mais n’a pas dit son dernier mot, loin de là. La Totentanz nous rappelle simplement que rien n’est définitif dans ce bas monde. L’heure est à la rupture, au chambardement, à la «disruption», pour employer un terme devenu furieusement à la mode. A l’image de la Totentanz peinte à Bâle en 1440, tous sont entraînés dans une sarabande qui est en train de transformer le paysage de l’horlogerie (et, au-delà, de la société). Horlogers, techniciens, designers, hommes d’affaire, détaillants, intermédiaires, organisateurs de foires, journalistes, nous sommes tous confrontés à de profondes transformations qui touchent autant au produit lui-même qu’à la façon de le concevoir, de le fabriquer, de le communiquer et de le distribuer. Tous les modèles semblent être à revoir. Au moment où Baselworld entame une mue forcée (lire notre article en page 3), toute une série de ruptures se présentent. Nous en avons listé 12 qui touchent aux Styles, en train de changer, aux Canaux de communication et de distribution en plein bouleversement, et au rôle de plus en plus prédominant des Labos dans le futur technologique de l’horlogerie. (A lire page 22 et suivantes)


BASELWORLD

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Reproduction sur aquarelle datant de 1806 de la Danse des Morts de Bâle, réalisée en 1440

A l’heure du «Basel-bashing» Et si on arrêtait de dramatiser? Le «Basel-bashing» a atteint des sommets. A l’ère numérique, les salons horlogers doivent tous changer de fonctionnement. Comme les médias. Comme les marques elles-mêmes. Et c’est tout à fait normal. Par Serge Maillard

Y aura-t-il un pilote pour sauver la foire de Bâle? Depuis deux ans, grosso modo depuis la réelle explosion du numérique dans l’horlogerie, qui a coïncidé avec la crise chinoise, ce qui reste comme le plus important salon du monde horloger n’a trouvé que peu de défenseurs. L’événement se serait enfoncé dans le déni, le décalage, la décrépitude. Les journalistes reçoivent depuis le début de l’année de la part de l’organisation des interviews (ou plutôt des communiqués) de grands patrons promouvant l’importance de la foire. Mais le côté propagandiste béat de l’opération a plutôt l’effet d’enfoncer le clou que de remonter

l’image du salon. Ce n’est pas avec de grosses ficelles ni avec de lourds sabots qu’on séduira les adeptes du luxe à l’ère de la transparence, de l’ironie et de la lassitude face au politiquement correct. Pourtant, j’ai envie de défendre Baselworld. Malgré l’arrogance certaine dont a fait preuve l’organisation, corollaire à la rente monopolistique dont elle a longtemps bénéficié. Malgré son approche «froide», actionnariale, d’une manifestation qui devrait justement être un point «chaud» de l’année horlogère, celui du rassemblement, nécessaire alors que tout se fait aujourd’hui à distance. Une approche qui tranche tellement avec celle de l’équipe de la Fondation de la Haute

Horlogerie, la concurrente au vent en poupe, à la fois abordable, décomplexée et professionnelle. Malgré, enfin et surtout, la mise en place d’une véritable surenchère (dans le sens premier) des prix durant la manifestation, d’un autre âge tant les modes de consommation ont changé, cruel révélateur d’un décalage... Partout, des fissures craquèlent l’édifice. Face aux taxis explosant le compteur, Uber. Face aux hôtels prohibitifs, Airbnb. Face aux additions à 300%, TripAdvisor. Face aux stands uniformisés et onéreux, des concept stores extra-muros. La frustration accumulée a été telle que la réaction n’en est que plus disproportionnée. Baselworld serait «fini», menacé de disparition définitive, complètement dépassé. Dédramatisons pour commencer la menace de disparition de la manifestation. Au moins dans les deux prochaines années (selon nos informations sur les engagements pris par les exposants les plus importants)... Laissons-lui le bénéfice du doute, l’occasion de remonter la pente. L’heure de la réaction doit en effet

sonner. Car la profession a toujours besoin d’un grand moment de catharsis, de symbiose, de poignées de mains, d’effervescence. Mais différemment. Tant qu’elle conservera sa colonne vertébrale, composée des Swatch Group, LVMH, Rolex, Patek Philippe et autres Japonais, pour les plus importants d’entre eux – la foire continuera d’attirer si ce n’est des milliers comme autrefois, du moins quelques centaines d’autres acteurs de l’écosystème. Le noyau dur est là, qui continue de le soutenir concrètement, même si c’est du bout des lèvres. Mais proposer un stand à prix élevé ne suffit plus. Les émissaires de Baselworld ont sans doute sillonné la planète en quête de bonnes pratiques en matière de salons horlogers. Espérons qu’ils aient pris exemple sur la Dubai Watch Week, qui semble avoir elle-même bien inspiré le SIHH et son nouveau corollaire américain Watches & Wonders. C’est-à-dire: un vrai programme de réflexions et de conférences sans langue de bois, l’intégration des montres vintage prisées des fameux millenials, des espaces

interactifs (et pas seulement sur le stand de Samsung)... Bref, passer par le culturel, dans le sens de ce qui fait le sel de la culture horlogère si attractive pour des millions de personnes dans le monde, pour faciliter le commercial. Et ne pas poser un simple vernis sur un stress organisationnel et financier. Le changement doit se sentir dans les tripes! Chez Europa Star, nous aimons venir à Bâle depuis quatre générations. Nous y tenons cette année notre stand pour la 80ème année consécutive. Mon arrière-grand-père, horloger-éditeur ou éditeur-horloger (c’est selon), y tenait déjà un stand dans les années 1930. Mais comme nous autres médias, comme les marques elles-mêmes, la manifestation doit s’adapter. Car le trésor sur lequel elle était assise n’existe plus. Nous savons cette douleur inévitable à toute transition. Mais on sous-estime aussi trop souvent la résilience des acteurs de cette industrie, qui n’en sont en 2018 ni à leur dernière plongée, ni à leur dernier sursaut. Le temps dira si le prochain sursaut sera celui de Bâle...


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Patek Philippe Ladies Chronograph Dernier-né d’une longue lignée de complications dédiées aux femmes

Par Pierre Maillard

En 1916, Patek Philippe, qui a déjà derrière elle une très riche histoire de montres de poche à complications, vend à New York sa première montre-bracelet à répétition. Et c’est une montre de dame ! Une répétition à cinq minutes sur deux timbres, en or platiné, d’un diamètre de 27,1 mm pour une épaisseur de 9,3 mm. C’est, il y a plus de cent ans, la première incursion de la manufacture genevoise dans l’univers des complications mécaniques destinées aux femmes, mais ce n’est de loin pas la dernière… Au cours des longues décennies qui suivent, la manufacture genevoise ne délaissera jamais l’horlogerie au féminin, créant même dans les années 50 un atelier spécialisé dans la décoration, l’ornement et le sertissage des boîtiers et des bracelets pour montres de dame. Mais c’est

Au jour d’aujourd’hui, Patek Philippe est sans doute la marque qui offre le plus large éventail de complications mécaniques dédiées aux femmes.

depuis 1997 que Patek Philippe a systématiquement développé une offre devenue aujourd’hui complète de montres à complication destinées spécifiquement aux femmes: double fuseau horaire avec la Travel Time (1997), Phases de lune (1998), Calendrier Annuel et phases de lune (2005), Chronographe (2010), Chronographe à rattrapante (2011), Répétition Minute (2011), Heure Universelle (2011), Calendrier per-

pétuel et phases de lune (2012), Chronographe à échelles multiples (2014) Heure Universelle et phases de lune (2014) pour ne citer que les premières introductions, sans compter les variantes et les perfectionnements des calibres qui se sont ainsi succédés. Au jour d’aujourd’hui, Patek Philippe est sans doute la marque qui offre le plus large éventail de complications mécaniques dédiées aux femmes. L’indéniable succès de ces complications pour dames tient à un précieux et délicat équilibre: derrière l’élégant style d’apparence classique, chic, discret, mesuré, se cache une grande ingéniosité mécanique. Elle est mise au service de complications utiles, d’une grande simplicité d’utilisation, répondant ainsi parfaitement à l’intérêt croissant de sa clientèle féminine pour des montres techniquement sophistiquées mais parfaitement intemporelles.

1916

1997

P 594 5-Minute Repeater

Ref. 4937 Annual Calendar /Moon Phases

1998

Ref. 4858 Moon Phases

Ref. 4958 Moon Phases

2005


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Ref. 4864 (1997) Travel Time En 1997, Patek Philippe lance la «Travel Time» en versions homme et dame. Son ingénieux mécanisme permet de suivre l’heure dans deux fuseaux horaires différents de façon simple, fonctionnelle et d’une grande élégance. L’affichage combine deux aiguilles des heures indépendantes l’une de l’autre, identifiables par leur couleur différente, l’or pour l’heure domestique et le noir pour l’heure locale. Lorsque la fonction double fuseau n’est pas activée, on ne voit plus qu’une seule aiguille car toutes deux évoluent ensemble, parfaitement superposées et synchronisées. Deux poussoirs-correcteurs intégrés à la carrure de la montre permettent très aisément la mise à l’heure du deuxième fuseau horaire dans les deux sens (une innovation brevetée en 1959 déjà). Plébiscitée par les femmes, cette Travel Time inaugure le vaste programme des complications dames de Patek Philippe qui va s’échelonner avec constance et régularité au cours des deux décades suivantes.

2006

Ref. 4936 (2005) Quantième Annuel et phases de lune

Ref. 4857 (1998) Phases de lune et petite seconde En 1998, Patek Philippe présente une nouvelle complication pour dames dans un boîtier classique de style Calatrava. Dotée du plus petit mouvement mécanique de la manufacture, d’une qualité d’exécution exceptionnelle (à l’époque Poinçon de Genève, remplacé depuis par le Sceau Patek Philippe), cette nouvelle montre offre une présentation inédite des phases de lune et de la petite seconde disposées côte à côte.

2007

2010

En 1996, Patek Philippe avait lancé son fameux Quantième Annuel, une complication brevetée, alors exclusive. Pratique, lisible, simple d’emploi mais d’une grande sophistication technique, le Quantième Annuel a connu aussitôt un immense succès. En 2005, Patek Philippe décline pour la première fois cette complication dans une version exclusivement féminine au décor très raffiné: cadran en nacre naturelle, lunette sertie de 156 diamants ronds placés en quinconce sur deux rangs de taille inégale. Sa taille de 39 mm de diamètre offre une grande lisibilité aux différentes indications (heure, minute, seconde, jour, mois, date, réserve de marche et phases de lune). Une seule correction par an est nécessaire, fin février.

2011

Ref. 4934 Travel Time

Ref. 7059 Split-Seconds Chronograph

Référence 7130 (2017) Heure Universelle

Ref. 7071R (2010) Ladies First Chronograph

Ref. 7180/1 Skeleton

2012

2010 est une date marquante. Cette année, Thierry Stern inaugure sa présidence à Paris, place Vendôme, en présentant un nouveau mouvement de chronographe à remontage manuel, le Calibre 29-535 PS, intégralement développé et produit au sein de la manufacture. C’est un mouvement à roue à colonnes d’architecture traditionnelle mais sa fonctionnalité, sa haute fiabilité, sa précision (-3 ; +2 sec/jour) son confort à l’emploi sont étayés par six brevets techniques. Pour sa première sortie, ce nouveau mouvement est lancé en avant-première dans le «Ladies First Chronograph». Comme son nom l’indique, c’est la première fois que Patek Philippe lance ainsi un nouveau calibre et une nouvelle complication dans un modèle destiné aux poignets féminins. L’engouement est considérable. Tant et si bien que le rythme de sortie de nouvelles références compliquées pour dames s’accélère: on en compte vingt entre 2010 et 2018.

2013

Ref. 4968 Moon Phases

Ref. 7000 Minute Repeater

Ref. 7130 World Time

Ref. 7134 Travel Time

Ref. 7121 Moon Phases

Référence 7140 (2012) Ladies First Perpetual Calendar En 2012, après deux grandes complications féminines extra-plates, un chronographe à rattrapante et une répétition minutes, c’est au tour d’un Quantième Perpétuel, première complication de ce type proposée dans les collections courantes dames de la marque. Tout concourt pour en faire une montre ultra-féminine: boîtier rond Calatrava en or rose de 35,10 mm de diamètre, cadran blanc crème lumineux, fines cornes incurvées, lunette et boucle serties. Heure, minute, date, jour, mois, année bissextile, indication 24 heures et phases de lune se répartissent parfaitement l’espace, offrant une grande lisibilité. Deux fonds interchangeables viennent avec la montre, un fond massif en or rose et un fond saphir qui permet d’admirer l’architecture et les finitions du calibre 240 Q extra-plat, un des fleurons de la manufacture.

2014

Après une première apparition en 2011, l’Heure Universelle Référence 7130 est revenue en 2017 dans une nouvelle version particulièrement élégante de cette complication emblématique de Patek Philippe. Le boîtier d’or gris, la lunette de diamants, le disque des villes et le cercle des 24 fuseaux horaires convergent tous vers le centre du cadran finement guilloché dans des tons gris-bleu. L’heure locale s’affiche avec des aiguilles au centre du cadran, le nom de la ville associée apparaît au-dessus de la petite flèche rouge à midi, indiquant l’heure et la période de la journée, jour ou nuit. Les heures des 23 autres fuseaux se lisent en un coup d’œil sur le disque 24 heures, tournant dans le sens antihoraire à l’intérieur du disque des villes. Pour sélectionner un autre fuseau, une simple pression sur le poussoir à 10h suffit pour voir apparaître le nom de la nouvelle ville choisie à 12h. Une évidente simplicité, un camaïeu de tons gris-bleu, une classe folle.

2015

2016

2017

Ref. 4948 Annual Calendar / Moon Phases

Ref. 4968/400 Moon Phases

Ref. 4947 Annual Calendar / Moon Phases

Ref. 7175 World Time Moon

Ref. 7121/1 Moon Phases

Ref. 4675 Multi-Scale Chronograph


6 | EUROPA STAR PREMIÈRE

2018 Place au Ladies Chronograph, nouveau chronographe à remontage manuel! Le Ladies First Chronograph référence 7071 de 2010 est resté en production jusqu’en 2016. Après son grand succès, cette montre qui a tant séduit tire sa révérence et s’écarte pour laisser place à la nouvelle référence en la matière, la 7150, ou tout simplement le Ladies Chronograph. Comme le chronographe précédent l’était, ce nouveau chronographe devient désormais l’unique chronographe de la collection Dames de Patek Philippe. Ce nouveau chronographe à remontage manuel se coule désormais dans un très élégant boîtier rond en or rose de 38 mm de diamètre cerclé d’une fine lunette sertie de 72 diamants ronds. Un verre saphir doucement bombé de type «box», des cornes saillantes et légèrement torsadées, des poussoirs «champignons», autant de détails de son dessin qui rappellent que l’esthétique «vintage» est à nouveau dans l’air du temps. Mais ces subtiles allusions ne font que renforcer son caractère intemporel. Le même équilibre entre la fonctionnalité et la subtilité esthétique se retrouve sur le cadran. Opalin argenté, il est à la fois technique, au service d’une lisibilité sans concession de ses diverses indications chronographiques ou pulsométriques, et à la fois tout en harmonieuse délicatesse. L’heure et la minute se lisent au bout d’aiguilles en or rose de type Breguet qui pointent sur des chiffres Breguet également en or rose posés en appliques. Ils sont entourés d’un fin cercle d’or, comme le sont la petite seconde et le compteur 30 minutes. La nouvelle référence 7150 (de son petit nom complet 7150/250R-001) est montée sur un bracelet alligator, dont la boucle ardillon en or rose est sertie de 27 diamants. Au cœur de ce Ladies Chronograph à remontage manuel, sous un fond saphir type «box» parfaitement intégré à l’esthétique du dos du boîtier, bat le même calibre CH 29-535 PS apparu en 2009. Il descend de la très longue et assidue fréquentation de la maison genevoise avec l’art du chronographe, depuis le milieu du XIXe. Un parcours qui passe par nombre d’inventions, de brevets, d’innovations (un seul exemple un peu oublié, en 1923 Patek Philippe réalise sur commande le tout premier chronographe-bracelet à rattrapante). Ce Calibre 29-535 PS faisait suite au fameux Calibre CH 27-70 sur ébauche Nouvelle Lémania tant prisé des collectionneurs férus d’architecture traditionnelle. Et c’est aussi le premier mouvement chronographe manuel intégralement conçu et produit en manufacture. Comme déjà souligné, sa parfaite architecture et sa construction classique s’accompagnent dans le détail de six brevets différents portant sur l’optimisation de la transmission de l’énergie, la réduction des frottements, l’autoréglage, la synchronisation… Un calibre de référence, aussi bien esthétiquement que techniquement, de par sa fiabilité, sa précision, sa robustesse. Ainsi équipé, ainsi habillé, nul doute que ce nouveau Ladies Chronograph à remontage manuel marquera un degré supplémentaire et renforcera encore l’histoire déjà si riche de l’étroite relation entre Patek Philippe et le nombre grandissant de femmes amatrices de complication horlogère.

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EUROPA STAR PREMIÈRE | 7


BASELWORLD 2018

8 | EUROPA STAR PREMIÈRE

BELL & ROSS BR V2-92 & BR V2-94 STEEL HERITAGE

GLASHÜTTE ORIGINAL SENATOR CHRONOGRAPH – THE CAPITAL EDITION

ORIS CARL BRASHEAR CHRONOGRAPH LIMITED EDITION

BREITLING NAVITIMER 8


BASELWORLD 2018

10 | EUROPA STAR PREMIÈRE

JUNGHANS “MAX BILL LINE”

NOMOS AUTOBAHN

LUNDIS BLEUS 1100-OX “ONYX”

MOVADO MUSEUM 1881 AUTOMATIC


BASELWORLD 2018

12 | EUROPA STAR PREMIÈRE

MIDO MULTIFORT DATOMETER LIMITED EDITION

CARL F. BUCHERER MANERO PERIPHERAL 43 MM

TISSOT BALLADE

ANONIMO EPURATO


Great architecture meets great watch design.

Our terrace building is one of the most spectacular industrial structures of the early 20th century. We are celebrating its centenary with a limited-edition anniversary model of 100 timepieces featuring a luxurious 18-karat gold case as well as a stainless steel version limited to 1,000 watches. Junghans Meister Chronoscope Terrassenbau: self-winding movement, engraving of terrace building on case back, alligator leather strap. www.junghans.de

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BASELWORLD 2018

14 | EUROPA STAR PREMIÈRE

DE GRISOGONO ALLEGRA 25

BULGARI DIVAS’ DREAM MINUTE REPEATER

OMEGA DE VILLE TRÉSOR

CHANEL J12 COLLECTOR


MARQUES

16 | EUROPA STAR PREMIÈRE

Omega sur tous les fronts C’est le «grand frère» dans la famille du Swatch Group: la deuxième marque horlogère mondiale, Omega, a multiplié les initiatives sous la direction virevoltante de Raynald Aeschlimann. Ouverture remarquée d’un site de e-commerce aux Etats-Unis, nouvel écrin de production à Bienne, forte capitalisation sur le vintage dans les marchés les plus matures, nombreuses boutiques en Chine continentale... Revue avec le principal intéressé de la feuille de route d’Omega. Propos recueillis par Serge Maillard et Ashkhen Longet

Dans ce numéro d’Europa Star, nous vous proposons la rencontre avec deux hommes-clé du Swatch Group. Ils ont d’ailleurs tous deux servi au sein de l’armée suisse... Forcément, cela crée des liens. Ils sont aujourd’hui tous deux membres de l’état-major du premier groupe horloger au monde, pour lequel ils sont actifs depuis fort longtemps. Après avoir revu l’«ordre de marche» du colonel Walter Von Känel chez Longines (lire pages suivantes), avec qui nous avons partagé une tête de veau à St-Imier, nous sommes allés à la rencontre de l’officier Raynald Aeschlimann, 47 ans, qui pilote le navire Omega depuis son nouveau bâtiment biennois, ouvert l’an passé et dessiné par l’architecte japonais réputé Shigeru Ban. Omega est très présent sur l’Asie, d’autant plus avec les Jeux olympiques de Pyeongchang cette année. Vous continuez à y déployer de très forts moyens de marketing. Ce continent est-il l’«horizon indépassable» de la marque? Il faut bien comprendre les facteurs démographiques qui restent à l’œuvre en Asie. Nous ne sommes qu’au début de notre croissance en Chine ou à Singapour, sans parler de l’Inde... En Chine continentale, nous disposons déjà de 200 points de vente, dont 30 boutiques en propre. Sociologiquement, nous sommes voués à croître avec ce pays! Sur des marchés horlogers plus matures, en Europe, vous avez beaucoup capitalisé sur la force du vintage, autour de la Speedmaster et d’actions comme le Speedy Tuesday (la vente de 2012 modèles spéciaux Speedmaster, partis l’an passé en moins de 5 heures, ndlr)... La «trilogie 1957» (Speedmaster, Seamaster, Railmaster) lancée au dernier Baselworld a aussi connu un bon écho. On parle de «vintage», mais ce n’est pas non plus du copier-coller... Disons que nous avons remis au goût du jour les

produits Omega auprès des collectionneurs de ces pays. Mais il nous manque encore un axe plus fort sur le vintage féminin: nous allons y remédier l’année prochaine. Et puis, nous nous posons des questions sur votre potentiel aux EtatsUnis, le bastion de votre principal concurrent: votre dernière offensive est celle du lancement de votre propre e-commerce... Les Etats-Unis eux-mêmes ont encore un potentiel de «maturation horlogère», qui devrait nous profiter. J’en veux pour preuve que le prix moyen dans nos 28 boutiques en propre est plus élevé que dans les autres points de vente dans le pays. Or, il existe une vraie passion pour la montre et son histoire aux Etats-Unis, qui s’est illustrée lors de l’opération Speedy Tuesday, où les Américains étaient dans le top 3 des acheteurs. Cela nous a amenés à y ouvrir un site de e-commerce l’automne dernier, le premier pour notre marque. Cela a beaucoup fait jaser, justement, semblant lancer les hostilités sur le net. Après avoir ouvert vos propres boutiques, maintenant c’est le e-commerce: cela ne rassure pas forcement les détaillants... Cela ne rassure évidemment pas les détaillants qui ne croiraient plus en Omega. Je vous rappellerai que nous avons ramené notre nombre total de points de vente dans le monde de 7'000 à 2'500 aujourd’hui. Et ces 2'500, nous les gardons! Ils sont très fiers de collaborer et gagnent bien plus grâce à Omega que par les ventes d’autres marques. Ils ont su créer du business additionnel grâce à notre marque.

Raynald Aeschlimann

tribution actuelle. C’est une question de maillage d’un territoire immense. Certains de nos clients aux Etats-Unis se trouvent à 600 kilomètres du point de vente Omega le plus proche. C’est aussi culturel: un client américain est peut-être davantage prêt aujourd’hui du moins - à acheter en ligne qu’un Européen... Nous avons en effet pris cette décision en observant que le trafic sur notre site internet américain était énorme. Aux Etats-Unis, le e-commerce horloger est de facto devenu important, car c’est un moyen «complémentaire», par convenance ou par éloignement géographique, dans le réseau de distribution.

Quelle a été leur réaction au lancement de votre site de e-commerce aux Etats-Unis?

Quelle est la vocation du e-commerce aux Etats-Unis: servir de test avant de l’appliquer au reste du monde?

Ecoutez, je vous le dis clairement: pour moi cela n’a pas été un moyen de «tuer» la chaîne de distribution, mais de s’affirmer et de renforcer le contact direct avec le client final. Il faut voir la réalité: certains de nos clients achètent déjà en ligne car ils ne sont pas satisfaits de la dis-

Ce n’est pas un simple «test», car cette expérience est là pour durer. Les Etats-Unis ont été les premiers à en bénéficier, car c’est là où l’on voyait le plus grand potentiel et la plus grande demande. Dans la complémentarité entre vente physique et vente virtuelle dont on parle

beaucoup sur le marché, il y avait un grand vide sur ce territoire. Justement, si cette complémentarité est importante, pourquoi n’êtesvous pas présent, à l’instar de vos frères d’armes de Longines, sur une plateforme de e-commerce comme Tmall (filiale de Alibaba) en Chine, votre marché-phare? La règle est très simple: nous ne sommes pas présents sur des sites du type Amazon ou Tmall. Dans toute cette migration vers le web, il ne faut pas oublier l’expérience et l’image de la marque. Et pour le moment, je ne vois pas comment l’expérience Omega peut être apportée sur ces plateformes-là. Quel est actuellement le marché en croissance la plus forte pour Omega? La Suisse performe d’une manière incroyable, elle est dans le top 3 européen. Ensuite, je dois citer les Etats-Unis, vu les évolutions importantes depuis l’an passé, notamment en ligne. Et puis, il ne faut pas oublier Macao, qui est une vraie star asiatique et a su se transformer en eldorado des vacances pour les familles chinoises.

Qu’est-ce qui vous manque encore pour grimper sur la première marche du podium? Il me manque du temps! Le fait que nous soyons numéro deux mondial est déjà dû au fait que nous avons effectué un énorme travail. Et nous avons cette légitimité du passé: nous fêtons cette année les 70 ans de la Seamaster. Sur la légitimité du passé, justement, comment expliquez-vous que deux marques – Rolex et Patek Philippe – trustent constamment les premières places dans les ventes aux enchères horlogères, qui ont connu un beau boom ces dernières années, alors qu’Omega a aussi un fort héritage? Personnellement, je trouve que le côté spéculatif l’emporte beaucoup trop sur le côté «passion» lors des ventes aux enchères horlogères... Notre tour viendra! Au contraire, je ressens beaucoup plus de passion «sincère» dans le domaine des montres pre-owned, très prisé des jeunes générations, sans là que les prix n’explosent. Nous soutenons ce marché du pre-owned et nous sommes l’une des seules marques au monde à le


MARQUES

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Justement, au niveau de la production, vous avez inauguré votre nouvelle usine biennoise l’an passé. Quels en sont les avantages concrets?

faire dans notre segment de prix: par exemple, nous ne refusons jamais une restauration; nous rendons tous les composants changés, même si les personnes entendent ainsi personnaliser leur montre; et nous avons été précurseurs il y a bientôt dix ans en ouvrant une première Omega Vintage Boutique chez Somlo, à Londres. Nous réfléchissons beaucoup à intégrer ce thème dans notre stratégie.

La productivité a été augmentée... tout comme l’état d’esprit de nos employés: c’est un point fondamental, car ils travaillent dans un écrin dont ils sont fiers, où ils sont à l’aise, où l’ambiance est très bonne. Tout mettre sous un même toit, c’est cela, l’usine de demain, qui nous permettra de grandir plus vite.

Quelles collections allez-vous mettre en avant cette année?

Vous l’avez dit, Swatch Group est une puissance industrielle verticalisée. Il est aussi à la pointe de l’innovation sur l’automatisation de la production de montres mécaniques, avec la Sistem 51 de Swatch ou la Swissmatic de Tissot. Est-ce qu’Omega va en profiter aussi?

Les deux grands thèmes jusqu’à l’automne seront la Seamaster 300, à l’occasion de l’anniversaire que nous célébrons, mais aussi la De Ville: au-delà du vintage, Omega a également une clientèle jeune qui désire une montre plus haut de gamme, élégante, avec des diamants. Cette forte demande nous a poussés à créer une montre féminine que je situerais entre la Constellation et la Seamaster. Vous parvenez à créer une attente très forte, ponctuellement, autour de certaines éditions limitées de la Speedmaster, comme lors du Speedy Tuesday. Est-ce que le temps où toutes les nouveautés étaient introduites à Baselworld est révolu – ce qui explique aussi le débat autour de l’avenir de la foire? Le monde a changé, il est plus impatient et oublie aussi plus rapidement. Nous devons donc veiller à révéler l’information au bon moment, pour profiter de l’émotion de l’instant. Nous ne pouvons plus tout

Omega Seamaster Diver 300M

avoir à Baselworld, les introductions doivent être décantées intelligemment. Cela nous donne également un rythme à l’interne. Améliorer le «time-to-market», voilà ma priorité depuis mon arrivée, mon rêve ultime! Le cas de Speedy Tuesday montre bien à la fois la passion et l’impatience de nos clients. Oui, nous devons aller plus

vite mais non, nous ne sommes pas des robots. L’aspect humain reste important. Il est peut-être limitant au niveau du time-to-market, mais fondamental. Notre grande chance, en revanche, c’est que nous sommes verticalisés au Swatch Group: la plupart de nos fournisseurs sont à l’interne, ce qui donne des temps de réaction plus rapides.

Attention, j’insiste sur ce point: nous utilisons aujourd’hui l’automatisation pour le contrôle qualité et l’analyse des finitions de nos montres, mais certainement pas pour remplacer nos collaborateurs dans la production de nos montres. Donner naissance à une montre mécanique, dans nos niveaux de prix, cela reste le travail de l’homme. Comment fonctionnez-vous au niveau du R&D? Au Swatch Group, nous sommes très verticalisés et avons constitué des pôles de recherche à tous les niveaux. Mais nous ne sommes pas non plus fermés à la recherche com-

mune avec toute la branche: regardez le développement de composants en silicium, qui a été réalisé au Centre suisse d’électronique et de microtechnique, grâce aux ressources du Swatch Group et d’autres acteurs majeurs de la branche. La branche semble multiplier les initiatives au niveau de la personnalisation des montres. Cela pose aussi des défis logistiques énormes. Quelle est votre approche chez Omega? Nous faisons un effort marqué principalement sur le choix des bracelets. Vous allez le voir cette année, en particulier sur le bracelet NATO, qui est très en vogue. La personnalisation a de bons côtés, mais n’oublions pas que le succès d’une société active dans le luxe repose aussi une certaine image de marque. Plus celle-ci sera forte, moins la personnalisation sera nécessaire, même si celle-ci est tout à fait possible. Quel est le prix moyen aujourd’hui chez Omega? Il est de 6'000 francs et nous sommes leader entre 3'000 et 8'000 francs. C’est dans cette catégorie qu’est notre histoire, notre légitimité, notre force. Nos parts de marché y sont extraordinaires et nous y sommes dans notre «zone de confort»: vous ne nous verrez demain ni pousser l’offensive vers le haut, ni développer de la montre connectée: moi, je les appelle d’ailleurs les instruments connectés, car il n’y a pas d’âme!

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Longines: l’ordre de marche de Walter von Känel A 76 ans, Walter von Känel dirige toujours Longines d’une main de fer. Colonel de l’armée suisse, personnage haut en couleur, charismatique, à la fois débonnaire et ferme, le «Chef» comme l’appellent ses troupes, a traversé bien des batailles et a su faire de Longines une vraie «machine de guerre» dans un segment de prix abordables souvent négligé par les états-majors de la Haute Horlogerie. Aujourd’hui, Longines est en route pour atteindre les 2 milliards de chiffre d’affaires. Propos recueillis par Serge, Pierre et Philippe Maillard

Qui commande? «Lorsque j’ai débuté chez Longines en 1969, le mot d’ordre était: la technique commande, le marché suit. Cela nous a pris un petit moment pour inverser cet état d’esprit. Jusqu’en 1988, Longines était d’ailleurs une «manufacture» (même s’il y a autant de définitions de ce qu’est une manufacture que de pages dans la Bible!) qui produisait des boîtes, des mouvements, y compris des chronographes, mais pas de cadrans ni d’aiguilles. Quand la SMH (futur Swatch Group) a été constituée, une analyse a été faite et décision a été prise d’arrêter la manufacture et de travailler à 100% avec des mouvements ETA. Hayek Sr. avait décidé de distinguer clairement les marques, les manufactures et les services comme le chronométrage (lire à ce propos notre article sur Swiss Timing , pages suivantes). Et je peux vous dire que je ne le regrette pas, même si cela a pu être frustrant au début. Le 3 février 1988, j’ai donc dû informer les troupes qu’on arrêtait la manufacture et qu’on déléguait la fabrication de mouvements à ETA. Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir des coopérations de très haute qualité sur le développement des produits avec nos frères d’armes d’ETA. Nous avons donc réussi à changer l’état d’esprit chez Longines et depuis lors, le marché commande, la technique suit!»

La mission: occuper un territoire «En 1984, Nicolas Hayek Sr. m’a donné une seule et unique mission: «Walter, tu vas être numéro un dans ta plage de prix.» C’est simple: un colonel qui reçoit un ordre aussi simple est satisfait! Sur le plan des statistiques d’exportations de montres suisses, on peut se comparer sur la totalité et je peux

vous dire que je me sens très bien dans ma plage de prix! Nous y faisons plus du tiers des exportations suisses entre 1'000 et 3'000 francs (prix publique recommandé) . Je réalise les deux tiers de mes ventes avec 50 références (niveau boîtes). Nous avons produit l’an dernier environ 1,5 million de montres, mécaniques à 80%, équitablement réparties à 50/50 entre montres Hommes et Femmes, avec un effort marqué sur le trois aiguilles-calendrier. Avec la force de frappe industrielle de Swatch Group à nos flancs, Nick Hayek a annoncé que nous marchions vers les deux milliards de francs de chiffre d’affaires. C’est un marché de volume. Il y a du monde qui s’y intéresse, c’est normal... Alors, on a créé un «comité de réception» pour ceux qui viennent...»

Eclaireur sur le champ de mines électroniques «A mes débuts en 1969, j’ai été envoyé aux Etats-Unis comme stagiaire. Par la suite, dans les territoires qui m’ont été attribués, je couvrais le Japon au moment où le quartz se développait. L’horlogerie était en train de changer, il fallait réagir. Dans le domaine de l’électronique, nous avons utilisé le Dynotron en ce qui concerne les mouvements à pile, puis le Mosaba qui était un diapason en réponse à l’Accutron de Bulova. Sous pression des ventes, l’équipe de Longines est partie avec raison dans le quartz analogique. En 1969, nous avons lancé ainsi l’Ultra-Quartz puis nous avons commencé à acheter du quartz chez EM-Marin puis ETA. Pendant une période le quartz a été dominant, mais aujourd’hui il ne représente que 20% de notre production. Sur le quartz, nous avons notamment lancé notre propre contre-mesure et étions précurseurs avec le V.H.P. qui avait des performances supérieures au quartz traditionnel – et que nous venons de relancer l’an passé.»

Walter von Känel

L’infanterie de base «En ce qui concerne le mécanique, nous avions quelques calibres mécaniques manufacture très performants, qui ont été transférés à ETA. Cela nous a rapidement donné l’avantage, contrairement à d’autres marques, de pouvoir investir fortement sur la notoriété de la marque et sur le produit fini. Et, grâce à l’excellente coopération avec ETA, nous avons développé deux mouvements spécifiques destinés à du gros volume, un pour Hommes et un pour Dames. C’est notre infanterie de base! Pour le mouvement Hommes, nous sommes partis de l’ETA 2892A2, qui est devenu chez nous l’A31, avec des performances tenant compte de l’évolution de la production des composants. Dans la nouvelle collection Record, par exemple, l’A31 est en version silicium et COSC. Le mouvement Dames représente

plus ou moins 50% de nos montres automatiques. Historiquement, c’était l’ETA 2000/1, un calibre rond (diamètre 19.4, épaisseur 3.60mm) qui nous permet de faire des montres 25,5 mm, et que nous avons amélioré en lui donnant, aux côtés d’autres perfectionnements, +0,5 mm d’épaisseur: c’est devenu notre A20 et c’est un produit très important. Et tout cela est réalisé dans les ateliers ETA spécifiques installés dans nos propres murs: 250 personnes s’y emploient.»

Machine de guerre industrielle «Nous avons un degré d’automatisation de la production qui dépend des composants dont on parle. Si l’on parle des mouvements à gros volumes, c’est impressionnant de voir ce qu’ETA est en mesure de produire. Le symbole le plus fort de cette

puissance industrielle est sans doute le Sistem 51 de Swatch. Et je suis très content que le groupe participe à l’automatisation ou à la mécanisation de la production de calibres. Pour un calibre aussi sensible que le Dames, je suis impressionné de voir les lignes de production: par exemple, on ne trouve plus les «bugs» d’autrefois sur les opérations de huilage, qui étaient liés à l’erreur humaine. Ensuite, c’est également impressionnant de voir comment les fabricants de boîtes ont évolué. Tous les mois, je fais la tournée des fournisseurs. Les performances de la nouvelle génération des machines CNC qui font entre 20 et 30 opérations sont invraisemblables. Dans le domaine des aiguilles il y a aussi eu une très grande automatisation, mais beaucoup moins sur les cadrans. Et là où la machine n’a pas pu remplacer la main de l’homme, c’est dans le polissage, en particulier des boîtes et des bracelets.»


MARQUES Le champ de bataille du service client (CS) «Vu les volumes que nous produisons, je suis très engagé dans le CS, qui a été fortement développé chez nous: je dis toujours que c’est la meilleure réclame qu’on puisse avoir, et aussi la moins chère. Un mauvais CS aujourd’hui se sait et cette information se diffuse à la vitesse de l’éclair sur les réseaux sociaux. Tout le CS qui concerne les calibres de base est fait soit dans nos ateliers à St-Imier soit directement dans les 37 succursales du Swatch Group à travers le monde. Le niveau d’après, ce sont les détaillants. Les meilleurs sont agréés pour le CS et peuvent demander des composants. Nous avons aussi un atelier spécial Héritage où nous faisons tout le CS de la période manufacture de Longines, c’est-àdire les pièces allant jusqu’à 1988. Le Swatch Group a fait un bond en avant sur la qualité et l’efficacité du CS, y compris les locaux de réception, pour qu’ils soient accueillants. Mais l’ennemi public de la montre aujourd’hui, c’est le magnétisme. Je suis convaincu que nous allons faire un «big hit» avec le V.H.P. très résistant au magnétisme. La montre peut s’arrêter si l’on rentre dans une zone magnétique et elle rattrapera automatiquement le temps perdu.»

Flinguer le marché parallèle «En ce qui concerne le e-commerce, nous venons d’ouvrir notre propre site en Chine après celui des USA. Nous vendons aussi au même prix, sans rabais, sur des plateformes de e-commerce, à commencer depuis l’an passé par TMall, une filiale

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d’Alibaba. Ou c’est le prix officiel, ou nous ne vendons pas! J’ai rencontré à Pékin la directrice de TMall, qui vend aussi du parallèle. Or, nous luttons contre le parallèle: c’est ma guerre personnelle! J’ai flingué récemment des acteurs du marché parallèle en Italie, en Allemagne et en Autriche. Et je peux vous dire que ce n’était pas du petit volume... Nous mettons aussi la pression sur TMall pour qu’ils freinent le marché parallèle. Depuis 1867, toutes nos montres ont un numéro de référence personnalisé sur le dos de la boîte donc tout notre réseau est traçable. Je sais immédiatement à qui j’ai vendu chaque modèle. Nos succursales ont l’obligation de relever les numéros des montres qu’ils vendent aux détaillants. Nous devons couper les vivres aux détaillants qui nourrissent ces marchés! Nous avons récemment fait une saisie extraordinaire de montres du marché parallèle grâce à la douane chinoise avec qui nous entretenons de très bonnes relations et nous pouvons ainsi remonter les filières. Nous faisons de même en ce qui concerne les montres fausses. Nous produisons des quantités importantes, cela appelle malheureusement le marché parallèle ou la copie, c’est le prix du succès.»

matins, je reçois les ventes par référence et par pays, et je peux continuer à me regarder dans le miroir!»

Soldat discipliné à Bâle «Mon premier Bâle, c’était en 1969. A l’intérieur du Swatch Group, nous avons décidé que la question de Bâle était tranchée par le quartier général. Et nous sommes des soldats disciplinés, qui appliquons les décisions prises. Pour nous, ce qui compte à Bâle, ce sont les détaillants. Et c’est dom-

mage que les gros détaillants doivent venir deux fois en Suisse à cause des dates différentes entre Genève et Bâle... Ceci dit, nous avons toujours fait de très bonnes expériences à Bâle mais je n’y présente jamais une montre qui n’est pas d’ores et déjà en production. Je dois livrer dans la même année. Bâle c’est le premier test pour confirmer la pertinence de ce qu’on a mis dans le pipeline.»

Pas de quartier! «Cette année, nous faisons un effort particulier pour consolider les

collections V.H.P. et Record introduites l’an passé: nous lançons ainsi un Chrono V.H.P. Conquest et un modèle Record acier-or. En 2018, Longines a connu un départ extraordinaire. Sur janvier, je peux vous dire que j’en tombais des nues. Et j’ai de plus en plus d’informations qui indiquent que Longines serait devenue la troisième marque horlogère suisse (CA consolidé). C’est bien parti pour tout le monde en 2018 et pour le Swatch Group, c’est encore mieux. Mais jusqu’à présent, la meilleure année de notre histoire, cela reste tout de même 2014.»

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Au pas de marche en Chine «Nous sommes présents en Chine depuis un siècle et demi. Ce marché est considérable pour nous et le poids des Chinois se développe encore. Pour équilibrer nos marchés, nous devons faire un effort de promotion et de distribution en Europe et aux Etats-Unis. Mais ce sont des marchés très concurrentiels. Nous n’avons heureusement pas eu de problèmes de surstocks. Tous les

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Swiss Timing: fenêtre sur piste Les secrets de la photo-finish

Après avoir suivi les équipements de Seiko aux Championnats du monde d’athlétisme de Londres l’an passé, Europa Star a pu visiter un autre acteur de premier plan du chronométrage sportif, le leader mondial Swiss Timing. Cette société du Swatch Group a notamment été à pied d’œuvre lors des récents Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en Corée du Sud. Omega, Longines et Tissot sont ses principaux «clients». Par Serge Maillard

230 tonnes d’équipement, 300 chronométreurs, aidés de 350 bénévoles. Les chiffres du déploiement d’Omega aux Jeux olympiques d’hiver de Pyeongchang en février, dont la marque suisse était le chronométreur officiel, ne laissent pas d’impressionner. Derrière cette infrastructure, comme derrière les meetings d’athlétisme, les coupes du monde de ski, les compétitions automobiles Blancpain GT Series, le Tournoi des six nations de rugby, le Tour de France cycliste ou les matchs de NBA patronnés par Tissot ou encore les prestigieuses compétitions CIS d’équitation soutenues par Longines à travers le monde, on retrouve un seul et même acteur du Swatch Group: Swiss Timing, leader mondial du chronométrage sportif. Vous ne verrez quasiment jamais son nom sur le devant de la scène. Mais elle s’active très intensément en coulisses.

En février justement, Europa Star a pu visiter les locaux – calmes alors, car la majorité des employés se trouvaient en Corée du Sud – de l’organisation à Corgémont, dans le Jura bernois. Née en 1972 en vue de joindre les forces de Longines et Omega pour le chronométrage sportif, puis regroupée en 1988 sous un seul et même toit sous l’impulsion de Nicholas Hayek Sr., la société ne manque pas de travail, puisque l’équipement des Jeux olympiques lui est garantie jusqu’en... 2032!

Des capteurs au plus près du corps La société, qui compte plus de 400 employés sur trois sites en Suisse et en Europe, peut chronométrer pas moins de 135 disciplines sportives. Un vrai tournant dans son histoire a été l’apparition du transpondeur (émettant des signaux depuis des points géographiques précis),

marquant le passage de la main de l’homme à la machine et permettant de fournir des données de plus en plus précises. La mesure chronométrique continue de progresser chaque année. Plusieurs innovations ont ainsi marqué les récents Jeux olympiques, qu’Omega «couvrait» en Corée du Sud pour la 28ème fois de son histoire, depuis ceux de Los Angeles en 1932 (lors desquels trente chronomètres de la marque avaient été transportés aux EtatsUnis et fournis aux juges sur place). Mentionnons deux innovations en Corée du Sud, qui illustrent bien la force de frappe de Swiss Timing. Lors des épreuves de hockey sur glace, chaque joueur était équipé d’un capteur de mouvement fixé dans le dos, qui enregistrait des données et informations de jeu en temps réel, envoyées instantanément chez les téléspectateurs, ou utilisées a posteriori pour des analyses post-match. Même l’arbitre était équipé d’un système de détection de sifflet, qui lui permettait de communiquer via un micro avec le banc de chronométrage, afin d’arrêter la montre dès le coup de sifflet (gagnant au passage au moins une demi-minute par rapport à ce que les chronométreurs effectuent manuellement). Pour les épreuves de saut à ski, des capteurs de mouvement étaient fixés sur les skis des athlètes, enregistrant en direct les vitesses pendant le run, le décollage, à 20 mètres et lors de l’atterrissage. Le système permettait aussi de mesurer de nombreuses techniques de

saut, jusqu’aux angles formés par les skis des athlètes. Des données qui deviennent indispensables non seulement pour le spectacle via les temps et graphiques affichés à l’écran, mais aussi aux athlètes euxmêmes et à leurs entraîneurs afin d’améliorer leurs performances.

A qui appartiennent les données sportives? Une des grandes questions du moment porte justement sur la «propriété intellectuelle» des données recueillies par un chronométreur officiel. Pour l’heure, les règles – lorsqu’il y en a – ne sont pas uniformes. La vente de données fait néanmoins partie du business model de Swiss Timing. Par exemple, lors des compétitions automobiles Blancpain GT Series, l’organisateur de course SRO fournit les données recueillies par le chronométrage aux écuries et constructeurs. Le tout faisant partie d’un service global inclus dans l’inscription des participants. Les coachs comme le public réclament de plus en plus de statistiques. Une inflation telle que dans le stade, de plus en plus de spectateurs semblent captivés par l’écran de leur smartphone plutôt que de regarder directement la compétition elle-même... Swiss Timing vend aussi des équipements à des tiers, allant des caméras de photo-finish, des cellules photoélectriques, à des... piscines complètes.

La précision proposée par Swiss Timing atteint désormais le 10/1000ème de seconde mais les temps mesurés dépendent des règlements des fédérations partenaires: ainsi, si le cyclisme sur route se mesure à la seconde, celui sur piste l’est au 1/1000ème de seconde. La fameuse «photo-finish» est sans doute l’un des services les plus connus proposés par la société, de ceux qui retiennent le souffle du spectateur. Des cellules photo-électriques placées sur la ligne d’arrivée donnent le résultat qui s’affichera instantanément sur les tableaux du stade et à la télévision. Mais seule l’image de la photo-finish donnera le temps officiel et seuls les juges sont habilités à établir le résultat final, ce qui peut entraîner de légères corrections par rapport au temps mesuré par les cellules. En effet, le temps officiel est donné grâce à une caméra filmant une «ligne» de 3 mm sur l’emplacement précis de l’arrivée. De plus, une puce (généralement de la taille d’un timbre) fixée dans le dossard de chaque athlète donne sa position sur cette ligne d’arrivée, en guise de doublage de sécurité. Pourtant, dans certaines épreuves, il est arrivé que malgré une précision au 1/1000ème de seconde l’on ne puisse pas départager deux athlètes! Où placer, cependant, le curseur de la photo-finish sur le corps de l’athlète? Cela dépend de la discipline: le torse pour le 100 mètres, le bout de la chaussure du fondeur, la pointe de la lame de la chaussure du patineur de vitesse... A chaque fédération sa règle.

Premier ambassadeur de la Suisse? Davantage encore que les montres que l’on peut voir aux poignets de stars, le chronométrage de compétitions suivies par des millions de spectateurs à travers le monde offre une visibilié énorme à l’horlogerie suisse. Des règles strictes président cependant à l’affichage des logos: ainsi, aux Jeux olympiques, le CIO fixe par jour et par sport des quotas d’identification du logo qui sera retransmis à la télévision. La hauteur des logos Omega qui s’affichent sur les instruments ou les tableaux dans le stade ne doit non plus rien au hasard: pas plus de 1/10 de la hauteur totale de l’objet en question... et au maximum 10 centimètres. Le seul élément qui n’a pas évolué depuis les premiers Jeux olympiques de l’ère moderne d’Athènes en 1896 est au final la cloche signalant le dernier tour de piste. Une cloche tout ce qu’il y a de plus suisse...


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RJ-Romain Jerome: Marco Tedeschi, patron Millenial allons commencer par des fonctions chronographe et par la suite enrichir les collections en animations et complications. Une de mes toutes premières décisions a d’ailleurs été d’engager un nouveau directeur à la tête du département produit, un spécialiste du mouvement qui a travaillé chez Vacheron Constantin, Roger Dubuis et Hysek. Nous avons prévu de sortir notre premier module en 2019 et un premier mouvement maison en 2020. Passer par l’étape du mouvement in-house est indispensable si nous voulons développer notre créativité. Et cette démarche est favorisée par le contexte actuel.

A 32 ans, l’ancien responsable du Moyen-Orient chez Hublot prend les rênes de la marque non conventionnelle RJ-Romain Jerome, avec l’intention de développer une collection de base dans une maison qui s’est surtout faite connaître par ses séries limitées et ses partenariats avec des noms célèbres tels que Titanic ou Batman. Par Serge Maillard

Marco Tedeschi figure sans doute, à 32 ans, parmi les plus jeunes dirigeants d’une marque horlogère. Et pourtant, il bénéficie déjà de 11 années d’expérience accomplies chez Hublot dont il a été membre du comité de direction dès l’âge de 22 ans. «J’ai eu la chance de toujours travailler avec des visionnaires qui ne s’arrêtaient pas à la question de l’âge», dit-il. En effet, chez Hublot, Marco Tedeschi a d’abord œuvré comme directeur produit pendant près de 5 ans avant d’être nommé directeur régional pour le MoyenOrient et l’Afrique. Un dirigeant jeune, donc, pour une marque très jeune d’esprit avec une clientèle dont la moyenne d’âge ne dépasse pas celle de son nouveau patron. Avec pour feuille de route principale la constitution d’une colonne vertébrale, une première collection de base pour RJ – maison qui produit environ un millier de pièces par an – il a également pour objectif le développement de la marque en Suisse et au Moyen-Orient, deux marchés qu’il connaît bien. Rencontre.

Son parcours: début précoce chez Hublot Après 11 ans chez Hublot, vous restez dans la montre ultracontemporaine chez RJ, mais vous passez d’une grande structure à une entreprise au format «start-up»... En réalité, je connais bien l’esprit des petites structures car lorsque j’ai commencé chez Hublot, avec 40 personnes incluant la production (ndlr contre plus de 500 aujourd’hui), la société avait plutôt la taille d’une start-up. Comment cela s’est-il passé ? Jean-Claude Biver m’a recruté alors que je n’étais même pas encore diplômé de l’école d’ingénieurs. Pendant ma deuxième année, j’ai développé un concept de mouvement horloger à un seul axe. Je l’ai breveté puis je suis allé le présenter à Monsieur Biver qui, à la suite de notre entrevue, a souhaité m’engager immédiatement!

Du Biver dans le texte… Une telle offre ne se refuse pas, mais je tenais vraiment à finir mes études. J’ai finalement commencé six mois plus tard chez Hublot.

Ses partenaires: détaillants pointus et concept stores

Le mouvement développé durant vos études a-t-il été utilisé? Au final, non. Mais j’ai eu la chance d’arriver dans une marque qui avait la volonté de créer des mouvements à l’interne. Et c’est dans ce contexte que j’ai monté un bureau technique. Après plusieurs années au département design et produit, j’ai été nommé responsable du marché moyen-oriental et africain en 2011. Avec ces nouvelles responsabilités, j’ai donc découvert une nouvelle facette de l’industrie et en six ans, la filiale a réussi à doubler son chiffre d’affaires, grâce notamment à l’ouverture de nombreux points de vente et à des actions marketing ciblées comme la création d’un compte Instagram en arabe pour se rapprocher de la culture locale. Nous étions les premiers dans l’univers du luxe à faire cela. Justement, les propriétaires de RJ sont Saoudiens. Est-ce que cette connaissance du monde arabe a été un facteur-clé à votre nomination? Cela aide sans doute. Je pense que mon expertise dans le produit et la diversité de mon parcours, ayant occupé des positions clés à la fois au produit, au commercial et au marketing, ont été des critères déterminants.

Sa mission: la troisième ère de RJ Il y a eu deux périodes bien distinctes au sein de la marque. L’ère d’Yvan Arpa, très Steampunk, axée sur l’intégration de matériaux «bruts» avec le modèle Titanic; sous Manuel Emch, l’intégration du Pop Art, via de nombreuses collaborations avec les leaders de l’entertainement. Ces deux identités cohabitent chez RJ, comment allez-vous les gérer?

RJ est fort sur deux marchés en particulier, le Mexique et le Japon. Quel marché visez-vous avec cette nouvelle collection?

L'OBJET: APPAREIL-PHOTO RX100V Marco Tedeschi a trois passions: l’horlogerie, le voyage et... la photographie. Il utilise un appareil-photo Sony RX100V, qui est «très compact avec presque toutes les qualités d’un modèle Reflex». Très actif sur les réseaux sociaux, il a commencé par des photographies de paysage et s’est mis plus récemment au portrait et shoote aujourd’hui beaucoup de produits. On verra si Marco Tedeschi signe aussi les shootings photo de la marque...

Nous allons les conserver. Nous avons une base de clientèle fidèle, avec certains collectionneurs qui possèdent aujourd’hui plus d’une dizaine de pièces. J’ai suivi la marque depuis ses débuts et j’aime son côté différent dans l’univers horloger. A mes yeux, le boîtier du modèle Titanic constitue véritablement l’ADN de la marque, avec les griffes de côté, les aiguilles en flèches et le profil de la corne très caractéristique. Cependant il manquait à la marque une collection de base car toutes les pièces réalisées jusqu’à présent sont des séries limitées. La marque a noué beaucoup de partenariats, mais n’avait jamais vraiment construit une

«colonne vertébrale». La nouvelle collection présentée à Bâle, sur laquelle je travaille assidûment depuis mon arrivée, va donc servir de base pour les développements futurs. Aujourd’hui, les collections sont très disparates entre la Titanic très masculine et une montre Hello Kitty kawaii. Pour Hello Kitty, il s’agissait de la première collection dédiée exclusivement aux femmes, donc l’esprit diffère inévitablement. Et c’est précisément à cause de cet écart qu’il faut concevoir un modèle de base sur lequel nous pourrons nous développer. Nous présenterons une collection homme et une collection femmes aux dimensions plus abordables, même si aujourd’hui on ne peut plus vraiment parler de «taille homme» et de «taille femme». Qui dit séries limitées ou partenariats dit aussi généralement prix élevés. Votre nouvelle collection sera-t-elle plus abordable? Pour cette nouvelle collection, le premier prix va descendre en dessous de 10’000 francs, alors que le prix moyen aujourd’hui se situe plutôt entre 15'000 et 20'000 francs. Nous

Notre mission principale en 2018 est bien évidemment de continuer à maintenir nos deux marchés leaders mais également de renforcer notre présence au Moyen-Orient, marché que je connais très bien et où j’ai pu nouer de bons contacts. D’ailleurs, chez RJ j’ai retrouvé d’anciens clients. En parallèle, l’objectif est de développer la Suisse et l’Europe car si l’on veut être fort dans le monde, il faut commencer par être fort chez soi. Nous investirons également dans le e-commerce. Toutefois, les détaillants ont toujours un rôle majeur à jouer car ils ont une connaissance approfondie de la clientèle locale. Et c’est la raison pour laquelle lors du ralentissement horloger, certains d’entre eux comme Ahmed Seddiqi & Sons ont été plus résilients que les détaillants mono-marques. Quels sont les partenaires idéaux pour une marque atypique comme RJ? Avant tout, nous voulons renforcer nos liens avec des détaillants innovateurs, respectueux et solides. Nous souhaitons aussi accroître notre présence dans des concepts stores qui conviennent parfaitement à RJ et aux marques dont la clientèle n’entre pas forcément dans la boutique horlogère traditionnelle. Nous étions du reste chez Colette jusqu’en décembre dernier lors de la fermeture définitive de l’enseigne. Finalement, il est également essentiel d’aller à la rencontre directe du client final au travers de différents canaux comme par exemple les dîners de collectionneurs pour pouvoir former à terme une communauté locale d’amateurs pointus.


MRUP22 | EUROPA STAR PREMIÈRE

RUPTURES

TURES STYLES

RUPTURES STYLISTIQUES

La tentation risquée du néo-vintage Depuis quelques années déjà, progressivement mais sûrement, la vague du vintage étend son influence stylistique sur l’horlogerie «établie» comme aucun autre phénomène ne l’a probablement fait auparavant.

La multiplication exponentielle des niches Pas un jour ou presque sans que naisse ou cherche à naître une nouvelle marque, notamment via des plateformes comme Kickstarter. Etonnant, alors que l’horlogerie, en plein questionnement, se remet lentement des dépressions traversées au cours des trois dernières années. Concurrence ou opportunité?

B C

Le XXL se dégonfle L’horlogerie a roulé des mécaniques, s’est bodybuildée, a exhibé ses pectoraux, a fait de la gonflette à n’en plus pouvoir. Elle semble désormais avoir rangé ses seaux de vitamines et être revenue à un peu plus de décence. Changement de style, de mentalité, d’époque. XXL est OUT. A vos crayons, il faut revoir la copie.

La personnalisation, piste marginale? Réservée jusqu’à récemment à quelques montres de haut de gamme, la personnalisation étend son territoire. Désormais, grâce notamment à l’internet, aux configurateurs ou à de nouvelles technologies, nombre de marques tentent de se faire une place au soleil – ou de l’agrandir - en proposant différentes formes de personnalisation. Mais le phénomène reste cependant marginal.

Montres et connexion: un divorce consommé Tout marché a besoin d’un leader symbolique fort, d’une locomotive, d’un «benchmark» pour assurer sa pérennité. Rolex joue ce rôle pour la montre «traditionnelle», Apple pour celui de la montre «connectée». Les deux marchés semblent pouvoir coexister en paix à long terme, contrairement à ce que l’on a pu prédire.

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Au cours des deux dernières décennies, progressivement, la montre mécanique a grossi en taille, s’est mise à rouler des mécaniques et à exhiber ses organes. Elle est devenue voyante, a pris des couleurs, s’est coulée dans des formes débordantes. Les complications se sont empilées, les tourbillons sont entrés dans la danse, se mettant à tourner à deux, à trois, à quatre à la fois. En d’autres mots, un vent de folie a soufflé, les prix ont pris l’ascenseur, tout semblait possible – du moment qu’on pouvait le faire, et qu’on parvenait à le vendre. Mais l’époque a changé. L’arrogance stylistique n’est plus vraiment de mise. Les millenials plébiscitent le vintage ou le néo-vintage, le minimalisme a le vent à nouveau en poupe, les cadrans se déclinent selon les canons classiques, les tailles refluent partout, les montres redeviennent «portables». Les smartwatches sont arrivées à maturité et l’horlogerie a senti le vent du boulet qui passait tout près. Mais en même temps la révolution numérique a favorisé une éclosion exceptionnelle de start-ups horlogères et les niches se sont multipliées, pour le meilleur – une créativité stylistique redoublée, bien que souvent d’inspiration vintage – et pour le pire aussi – copies, produits médiocres, feux de paille, confusion des valeurs.

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RUPTURES

EUROPA STAR PREMIÈRE | 23

La fin annoncée du détaillant «moyen»

CANAUX

Le rachat de Tourneau par Bucherer est le dernier signal en date d’une consolidation de la distribution, dans le but d’avoir plus de poids dans les négociations avec les marques horlogères, face à leurs boutiques en propre et leurs nouvelles e-boutiques. De leur côté, certains conceptstores innovants et de petite taille, dont les patrons sont de vrais «curateurs», ont un brillant avenir devant eux. Les détaillants qui se contentent de monter des shop-in-shop et finissent par devenir davantage des acteurs de l’immobilier que de l’horlogerie, eux, ont plus de soucis à se faire...

RUPTURES COMMERCIALES Des anciens canaux, bien huilés, aux boulons bien serrés, qui acheminaient tranquillement les montres depuis les usines suisses vers leurs distributeurs ou détaillants, puis vers le client final, il ne reste plus grand-chose. C’est aujourd’hui une jungle de tuyaux, certains électrisés, d’autres non, qui s’est substituée à l’ensemble. Certains canaux, dans un état moyen, n’acheminent plus beaucoup de marchandises. D’autres, très sexy aujourd’hui, relient directement la marque à son client final. Tout à coup, avec la numérisation, l’industrie horlogère fait face à une telle profusion de possibilités qu’elle ne sait plus ou en donner de la tête: que privilégier commercialement? Des événements locaux avec ses partenaires fidèles? Ou au contraire ouvrir son propre e-commerce? Et sur Instagram, comment s’assurer que cet «influenceur» ne brasse pas surtout du vent? De nouvelles questions se posent. Nous les mettons en revue avec deux spécialistes du domaine. Cette période de rupture des canaux commerciaux a aussi permis à de nouveaux acteurs de s’engouffrer dans la brèche, de Tmall en Chine à Amazon aux Etats-Unis. Avec une forte présence des montres pre-owned et/ou vintage, très prisées de ces fameux millenials. Nous avons discuté avec le fondateur de l’une des plateformes de e-commerce horloger les plus importantes, Chrono24, qui nous a expliqué son ambition de se rapprocher des marques ellesmêmes. Et si ces deux univers se rejoignaient!

La numérisation à marche forcée

Sponsoriser des contenus sur Facebook, mettre en place un site de e-commerce, afficher les prix des montres, investir massivement dans le référencement sur Google... Les marques ne savent plus où donner de la tête face à la vague de fond numérique, qui emporte tout sur son passage. Et donnent l’impression de partir dans tous les sens, en oubliant souvent d’intégrer un acteur-clé: le détaillant. Les risques sont aussi nombreux que les opportunités.

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Nouveaux acteurs: l’ambitieux plan de Chrono24

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La fin de l’ambassadeur passif ?

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LABOS

RUPTURES MÉCANIQUES Longtemps intuitive et réservée à l’établi, la recherche horlogère est désormais passée du côté de la science et de la recherche technologique. Tous les grands groupes montent leurs «labos» et étoffent leurs unités R&D de chercheurs venus d’autres horizons. Les recherches se multiplient dans le domaine des matériaux, d’une régulation non-huygensienne, de solutions mécaniques jusqu’alors inédites, qui ont pour nom «compliance», «origami»… Sur le front de la production, de semblables phénomènes sont à l’œuvre : la robotisation, la mécanisation de gestes jusqu’alors réservés à la main de l’homme, l’automatisation font des pas de géant. On peut désormais produire d’excellents mouvements mécaniques – certifiés COSC – de façon intégralement robotisée. L’horlogerie mécanique, qui n’a pas dit son dernier mot, se transforme voire s’hybride. L’électronique fait son entrée au cœur des mécaniques les plus complexes, dessinant une future horlogerie mécanique «augmentée».

Chrono24 est devenu un des principaux acteurs du marché horloger à l’heure numérique. Avec environ un million d’utilisateurs enregistrés pour des transactions annuelles qui se montent à un milliard d’euros, Chrono24 est à la tête d’un veritable “trésor” de data – c’est à dire une liste de clients actuels de l’horlogerie. Son plan est de séduire désormais directement les marques elles-mêmes.

K L M

Dossier complet à retrouver sur europastar.ch (en français) et dans les pages de Europa Star Global 2/18 (en anglais).

On a vu tellement de stars poser montre de luxe au poignet et grassement rémunérées pour le faire, qu’on en a oublié que si ces personnalités étaient parvenues au sommet de leur art, c’est qu’elles avaient sans doute du talent... Dès lors, pourquoi ne pas en tirer parti? Les ambassadeurs 2.0 participent directement à la création du produit, réduisant au passage les risques de décalage voire d’hypocrisie liés à un contrat purement financier.

Les laboratoires au centre du jeu

Longtemps la démarche de l’horlogerie mécanique a été intuitive et expérimentale. On essayait, on prototypait, on défaisait, on refaisait, on corrigeait… jusqu’à ce que ça marche et que ça règle correctement. Cette époque est terminée. L’horloger n’est plus au centre de l’horlogerie et désormais, c’est le «labo» qui a pris le dessus.

Horlogerie et science: origamis, nanotubes et capsules

La montre mécanique actuelle est bien suffisamment réglée pour satisfaire nos besoins de précision quotidienne. Son attrait est ailleurs. Innover n’est pas tant une question de nécessité que de possibilité: car grâce aux recherches des labos, Huygens peut désormais être dépassé – et rapporter.

L’hybridation se glisse dans la Haute Horlogerie

L’hybridation entre mécanique et électronique est une des pistes de la recherche horlogère chronométrique. Mais au-delà, elle peut aussi devenir un outil stratégique pour monter en gamme (Seiko), pour affirmer un esprit pionnier (Piaget), pour séduire les élégantes (Journe), pour poétiser le luxe (Van Cleef & Arpels) ou pour rentrer de plain-pied dans la nexthorlogerie du XXIème siècle (Ressence). Vraies pistes, fausses pistes? A vous de choisir. Ou de combiner.


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24 | EUROPA STAR PREMIÈRE

STYLES

B

La tentation risquée du néo-vintage

Depuis quelques années déjà, progressivement mais sûrement, la vague du vintage étend son influence stylistique sur l’horlogerie «établie» comme aucun autre phénomène ne l’a probablement fait auparavant. Toutes les marques ou presque s’y mettent désormais, grandes comme petites, luxueuses ou abordables, historiques ou plus récentes. Toutes ou presque misent – et souvent gros – sur leur vintage. Ou plus exactement, leur néo-vintage. A raison? Par Pierre Maillard

C’était patent au cours du dernier SIHH. Des noms? Vacheron Constantin et sa nouvelle ligne FiftySix; Jaeger-LeCoultre qui consacre son stand presque exclusivement à sa nouvelle collection complète Polaris; Cartier qui lance une vaste opération revival de sa Santos; Girard-Perregaux, qui mise l’essentiel sur la renaissance de sa ligne Laureato; IWC et les 27 montres différentes de sa collection Jubilee; Panerai, qui réédite sa Luminor «Logo»… A Baselworld, c’est le même constat: Bell & Ross proclame à propos de sa collection Heritage que «le meilleur du passé inspire le présent»; Bulgari mise gros sur ses Serpenti nées dans les années 1940; Longines ressort «de nouvelles déclinaisons» de ses «ultraprécises» Conquest V.H.P. quartz nées en 1984; Mido commémore sa ligne Commander

née en 1959; Omega s’inspire de ses chronomètres de 1976 pour sa ligne Seamaster Olympic Games Collection… et ainsi de suite. Que signifie et qu’implique pour les marques cet emballement général envers le vintage?

Top to bottom ou bottom to top? Une des particularités du phénomène vintage – devenu progressivement un néo-vintage – est sans doute d’être issu «d’en-bas», du consommateur, et non pas d’avoir été imposé «d’en-haut», par la marque. La mode du vintage, qui perdure et se renforce depuis une dizaine d'années, se nourrit de toute une série de phénomènes sociaux et d'un air du temps passablement inquiet: nostalgie pour les Trente Glorieuses, cette insouciante période d'après-guerre où tout semblait possible, qui vit

l'explosion de la consommation, la libération des mœurs, la naissance du rock; quête du durable, de valeurs sûres contre une époque actuelle qui semble instable, angoissante, engagée dans une course dont on ne perçoit plus l'horizon; nécessité d'une consommation responsable, envie d'authenticité et de simplicité face à l'incessante surenchère technologique et à la dématérialisation de l'existence quotidienne… L’impulsion vient clairement du désir du consommateur, un consommateur que le vintage rassure. Dès lors, un nouveau marché s’est progressivement ouvert.

La construction du vintage En ce qui concerne l’horlogerie, un homme, Osvaldo Patrizzi, a joué un rôle central dans la «construction» progressive du marché vintage en créant Antiquorum en 1974 déjà. Peu à peu, toutes les maisons de vente aux enchères se sont mises à l’horlogerie vintage ou ancienne. Le nombre de collectionneurs a grandi dans des proportions très importantes, puis internet s’est mêlé à la partie et a donné un coup d’accélérateur à la tendance, la «démocratisant» au passage. On a vu apparaître les forums spécialisés, les ventes en ligne, les sites d’annonces de particuliers… Et avec la mode des hipsters barbus et autres millenials, le vintage s’est encore renforcé, éclatant le marché en une multi-

tude de sous-catégories spécialisées. L’attrait du gain a également joué son rôle. Lorsque l’on sait qu’à peine sortie d’un magasin, une montre neuve va perdre d’office plus d’un tiers voire 50% de sa valeur (notamment taxes et marges du vendeur), on peut raisonnablement penser qu’investir ne serait-ce que quelques centaines de francs dans une montre vintage d’occasion comporte bien moins de risques que d’investir dans une montre récente. Et ceci quelle que soit la gamme de prix. Au vu de récents records atteints en ventes aux enchères – comme la célèbre Daytona de Paul Newman – on pourrait craindre que le vintage soit une bulle prête à éclater. Juergen Delémont, responsable du département consacré au vintage de Beyer Chronometrie à Zurich – un des pionniers du genre – a la ré-

«Je ne comparerais pas le marché vintage à une bulle, c’est un bain de mousse aux centaines de petites bulles.» ponse: «Il y a des hauts et des bas, bien évidemment, et il y a des sommets, des limites qui sont atteints. Mais je ne comparerais pas le marché vintage à une bulle, c’est un un bain de mousse aux centaines de petites bulles. Si une explose, d’autres grossissent plus loin ou d’autres encore se dégonflent.»

Stratégies néovintages: les réussites TAG Heuer et Tudor Face à l’évidence de ce phénomène, les marques établies ont commencé à réagir, et ce de plusieurs façons. Si un Rolex ou un Patek Philippe ont habilement su utiliser les ventes aux enchères pour affermir et consolider encore leur haute cote (et, à cet abri, poursuivre tranquillement leur chemin fait d’améliorations successives), d’autres, moins favorisées en ventes aux enchères, s’en sont retournées dans leurs propres archives pour y puiser inspiration. On a ainsi progressivement vu surgir nombre de «nouvelles» collections directement décalquées et adaptées de modèles anciens, clairement destinées à séduire cette frange grandissante d’amateurs sensibles aux charmes successifs des années 1950, 1960 voire 1970. Une mention spéciale va à TAG Heuer pour son rôle de précurseur de ce «retour aux sources», avec les renaissances successives de la Monaco (1969, nouvelle en 2003), puis de la Carrera (1963, nouvelle en 2004, devenue depuis la «star»

de la marque) et enfin de l’Autavia (1962, nouvelle en 2017). Comme on l’aura remarqué, le néo-vintage, au fil de ses succès, recule chronologiquement dans ses sources d’inspiration. Chez Tudor, une stratégie intégralement néo-vintage méticuleusement déroulée a permis le redécollage remarquable de la marque. Cet exemple a essaimé et la recette est désormais largement mise en application. Mais la question se pose pourtant: cette stratégie est-elle valable pour tous ceux qui l’empruntent?

L’aventure incertaine de la Polaris Ce n’est pas ici que nous répondrons à cette question qui est une de celles que les CEO doivent désormais se poser. Quel poids exact mettre dans cette balance? On sait que Breitling sous pilotage de Georges Kern rachète tout ce qui ressemble à du vintage Breitling – la cote doit impérativement monter. Une orientation résolue que confirme la récente Chronoliner B04, avec son «bracelet en caoutchouc assorti rappelant les bracelets Breitling en acier tressé des années 1950». De son côté, l’opération Polaris menée par Jaeger-LeCoultre a surpris par le poids que la maison lui a accordé, comme si l’entreprise misait tout là-dessus, y consacrant la quasi-entièreté de ses vitrines et de son espace. La gentrification néo-vintage de l’aventureuse et mythique Polaris (1965) a laissé beaucoup d’observateurs un peu interdits. Que la Maison aux 1500 calibres différents mette tant d’ambition dans une opération de séduction milléniale un peu superficielle laisse songeur et dit bien le poids considérable qu’a pris cette tendance stylistique. Mais le risque est là. Ne dit-on pas que les amateurs de vintage préfèreront toujours l’original à sa descendance!

Bains de bulles Comme on l’a dit plus haut, le phénomène vintage ressemble à un bain de bulles. Qu’une éclate, une autre naît. Au fur et à mesure de sa vague grandissante, le vintage a séduit nombre de collectionneurs, souvent jeunes, s’intéressant de plus en plus à des niches bien particulières. Le vintage est devenu un monde en soi, un réseau qui échange peer to peer, qui dicte ses codes changeants. Les marques ne peuvent que surveiller ce qui s’y passe, s’adjoindre le service d’aficionados et suivre le courant. Anticiper est-il possible? Les paquebots virent plus lentement que les pirogues et le vintage est un fleuve mouvant, qui se nourrit de sa propre eau.


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STYLES

C La multiplication exponentielle des niches Pas un jour ou presque sans que naisse ou cherche à naître une nouvelle marque, notamment via des plateformes comme Kickstarter. Etonnant, alors que l’horlogerie, en plein questionnement, se remet lentement des dépressions traversées au cours des trois dernières années. Concurrence ou opportunité? Par Pierre Maillard

La comparaison est hasardeuse et ne sera pas raison pour tout le monde, mais on peut la tenter. Ces dernières années, des bières locales et artisanales ont partout été brassées et ont remporté de beaux succès. Plutôt que de le considérer comme une concurrence venue aspirer quelques hectolitres ici et là, les grands empires de la bière ont vu une opportunité dans ces micro-brasseries qui poussaient de partout.

Avant internet, la mondialisation et le crowdfunding, créer une marque était une autre paire de manches. Chacune de ces bières locales était une niche qui s’ouvrait. Alors elles ont racheté à tour de bras. Aujourd’hui, Carlsberg détient 729 marques de bière, AB InBev–SABMiller en a 404, Heineken 297 et le «petit» du groupe, Asahi, en détient 42. Soit au total plus de 1’400 marques de bière pour la bande des quatre.

Les «Quickstarters» Si nous faisons cette comparaison c’est que de partout, tous les jours ou presque, naît une «micro-manufacture» horlogère, une nouvelle marque, une nouvelle niche. Avant internet, la mondialisation et le crowdfunding, créer une marque était une autre paire de manches. Ce n’est pas un hasard si les marques horlogères nées auparavant l’ont été toutes ou presque à l’intérieur d’un tissu industriel bien pourvu et géographiquement localisé. Désormais, on peut lancer une marque de partout, la produire et l’assembler partout avec des composants de partout, et la vendre partout. Mr E., collaborateur d’Europa Star particulièrement attentif à tout ce qui commence à pousser, en tient une comptabilité rigoureuse (toutes les marques citées ci-dessous sont à retrouver détaillées sur europastar. com, ndlr). A titre d’exemples, en voici quelquesunes repérées récemment. Leurs noms ne vous diront probablement

pas grand-chose, à moins que vous ne soyez vous-même accros aux plateformes de crowdfunding. Pourtant, parmi ces start-ups, choisies au hasard d’une riche moisson, certaines vont peut-être diablement pousser. Qui sait? • Vamatic, Slovénie, classique, minimaliste, quartz et ETA automatique • Sekford, Royaume-Uni, sobre, minimal, Swiss Made, quartz • Xeric, USA, design spatial inspiré du système solaire Trappist-1, quartz Ronda • Grayton, USA, nom inspiré de “50 Shades of Grey”, classique sport, automatique Seiko • Camden Watch Company, Royaume-Uni, d’inspiration victorienne, quartz et automatique Miyota • Stage watches, Hong Kong, moyen de gamme, design affirmé et géométrique, Sellita SW200-1 automatique • Linjer, Norvège/Canada, super minimaliste et sobre, sans signature • Mad Watches, Canada, néoclassique, automatique et tourbillon de PTS Resources Ltd (HK) Tourbillon en-dessous de 600.- CHF • Knut Gadd, Suède, montre coussin vintage minimaliste, 100 euros, quartz japonais • Holthinrichs Watches, Pays-Bas, inspiration architecturale, impression 3D, ETA 7001, Made in Delft • Lundis Bleus, Suisse, design, pur, créatif, Miyota 9016 automatique • Laventure Marine, Suisse, montres de plongée d’inspiration vintage années 60 • Filippo Loreti, Italie / Lituanie, néo-luxe, inspiration classique italienne, Miyota, 200- 300 dollars. Cette dernière néo-marque, Filippo Loreti, a battu un record: en novembre 2016, 18,550 internautes souscrivent à la deuxième collection de la start-up pour un total de $5,170,445 réunis en trente jours, soit, à l’époque, la 18ème levée de fonds la plus importante de Kickstarter tous projets confondus! Mais, à lire l’avalanche de commentaires de clients déçus par la médiocrité du produit voire jamais livrés, cette apparente réussite soulève une question lançinante sur la fiabilité, la durabilité dans le temps, le service après-vente voire l’honnêteté

tout court de certains de ces «pureplayers» aux troubles intentions. Mais ose-t-on pour autant qualifier cette incroyable émergence de marques de simple «épiphénomène»?

Mille niches Tout comme les bières locales ont détourné ici ou là quelques tonneaux aux dépens des grands brasseurs, les néo-marques «quickstarters» rognent ici ou là sur les ventes des marques établies. Négliger ou mépriser le phénomène est sans doute la pire des réactions. Kickstarter est un formidable observatoire des modes, des tendances et des styles émergents. C’est un sondage en temps réel, qui plus est auprès de consommateurs qui s’engagent concrètement. Quels constats peut-on en tirer? Avant tout que le monde mondialisé se fractionne paradoxalement en mille tribus. En mille niches. Pure vintage, néo-vintage, minimaliste, classique, «disruptif», sportif, design, commémoratif, militaire, plongée, chic discret, flamboyant, inventif… il y en a pour toutes les niches. Et même pour certaines qui n’avaient pas encore été découvertes. Les groupes brassicoles, pour qui les bières de niche sont «un des axes stratégiques» (mais ne le clament pas haut et fort), cherchent ainsi «à coller au plus près à tous les segments de consommateurs potentiels». Verra-t-on à l’avenir quelques-unes de ces start-ups horlogères finir elles aussi dans l’escarcelle d’un groupe, discrètement ou ouvertement? Ou quelques-unes d’entre elles parviendront-elles à se développer au point de devenir une marque inscrite durablement dans le paysage?

C’est clairement l’ambition de certaines d’entre elles, qui cherchent à s’en donner vraiment les moyens. Qu’on pense par exemple à un Klokers, avec son affichage original, inspiré de la très 1960s règle à calcul, ou à un Code 41 qui, se voulant «100% transparente», proclame vouloir «révolutionner l'industrie horlogère en proposant des montres mécaniques de haute qualité à une fraction de leur prix». Certains, très rares, osent cependant lancer une maison de Haute Horlogerie par le biais d’un financement participatif. Czapek & Co. en est devenu l’exemple emblématique, par la réussite jusqu’à présent de son parcours, l’intelligence de sa progression et la qualité de ses produits. Mais peu ont osé se lancer à sa suite. A l’autre bout du spectre, une marque comme Daniel Wellington, née en 2009 comme pure marque de niche du «nouveau luxe», chic, minimaliste mais très bon marché, a vendu des millions de montres - en distribution directe et via un réseau de détaillants rapidement construit - et a influencé stylistiquement nombre de marques, dont certaines très établies. «Ce Suédois qui fait trembler Swatch», titrait BFM Business en 2015.

Leçons des circuits courts La brutale éclosion d’un Daniel Wellington n’a été rendue possible que grâce au web, aux blogueurs, aux «influenceurs», à Instagram (avec, semble-t-il, près de 1,5 million d’abonnés) et à ses «stars» monnayables. Du producteur au consommateur,

la ligne est désormais directe et démontre – parfois mais pas toujours – son efficacité. Mais ce qui est valable pour ces jeunes pousses animées pour la plupart par des jeunes gens très proches culturellement et sociologiquement de leur public visé, n’est pas transposable tel quel pour les marques établies – dont le public est plus diversifié et souvent plus âgé. Mais pour autant, les start-ups horlogères contraignent les marques «traditionnelles» à transformer au moins partiellement leur mode de promotion et de distribution. Ces marques, qui ont patiemment construit leurs réseaux de distribution physique organisés verticalement – et de plus en plus intégrés via les filiales directes et les réseaux de boutiques en nom propre – sont contraintes, sous peine d’échapper aux radars des milléniaux, d’échafauder des stratégies horizontales annexes et complémentaires afin d’essayer de rentrer dans le jeu qui se joue sur la toile. Avec des résultats pas toujours concluants (voire parfois pathétiques, comme ce haut cadre d’une grande marque historique surpris en train de «s’instagramer» méthodiquement le poignet avec son smartphone devant toutes les belles voitures qu’il apercevait). Stylistiquement, promotionnellement, commercialement, les jeunes pousses horlogères nées de la toile et se répandant sur la toile ont d’ores et déjà transformé les habitudes. Rien ne sert donc de les négliger. Sans pour autant les «copier» (ce dont beaucoup d’entre elles se font déjà une spécialité), elles sont un précieux sismographe de marchés de plus en plus éclatés en niches multiples.


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CANAUX

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La fin annoncée du détaillant «moyen»

Le rachat de Tourneau par Bucherer est le dernier signal en date d’une consolidation de la distribution, dans le but d’avoir plus de poids dans les négociations avec les marques horlogères, face à leurs boutiques en propre et leurs nouvelles e-boutiques. De leur côté, certains concept stores innovants et de petites taille, dont les patrons sont de vrais «curateurs», ont un brillant avenir devant eux. Les détaillants qui se contentent de monter des shop-in-shop et finissent par devenir davantage des acteurs de l’immobilier que de l’horlogerie, eux, ont plus de soucis à se faire... Par Serge Maillard

Alignées les unes à côté des autres, des dizaines de boutiques horlogères qui se succèdent et se ressemblent... Où vous trouvez-vous? Partout sur la planète! Cela pourrait être la Rue du Rhône de Genève, la Bahnhofstrasse de Zurich, presque n’importe quelle artère du centre de Hong Kong, le Dubai Mall, le Design District de Miami ou encore les grandes galeries de luxe de Macao. Est-ce, cela, l’avenir de l’horlogerie? Pour une part, oui, mais de moins en moins... Car le e-commerce va bouleverser la donne, alors que les marques horlogères ont multiplié durant la dernière décennie «dorée» l’ouverture de boutiques en propre. Le besoin de se rendre en boutique existera toujours, mais un peu moins

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qu’aujourd’hui (selon Bain, d’ici à 2025, environ 75% des achats se fera dans des boutiques réelles, environ 25% dans des boutiques virtuelles).

Du caractère, bon sang! La question qui est sur toutes les lèvres est actuellement moins celle des boutiques ou e-boutiques des marques (dont la proportion évoluera fatalement), que le devenir des détaillants indépendants ou des chaînes de distribution horlogère. Pressés par leurs partenaires euxmêmes sous pression d’un appareil de production dépassant la consommation réelle et cumulant donc les stocks, beaucoup ont accepté de céder ce qui faisait leur

identité, se transformant peu à peu en simple vitrines dans lesquelles les corners s’alignent, fournies par les marques, sous peine de résiliation de contrat... Et ont au passage abandonné leur rôle de curateur. Qu’est-ce qui a fait le succès d’un magasin comme Colette, à Paris? Son caractère! Est-il aujourd’hui imaginable, comme c’était le cas chez elle, que des montres à 80 dollars côtoient des modèles à plusieurs dizaines de milliers de dollars? On peut citer d’autres exemples de concept stores qui partagent à leur manière cet esprit intransigeant, comme Material Goods à New York. Bref, des lieux où c’est vraiment le propriétaire qui impose ses choix. C’est une minorité... mais une minorité qui pourrait se révéler gagnante sur le long terme. Car si un détaillant accepte de se soumettre totalement à ses partenaires, quelle valeur ajoutée lui reste-t-il? Son réseau bien sûr... Mais les collectionneurs n’apprécient pas forcément les choix «imposés», alors qu’ils ont accès à de plus en plus d’informations sur le produit et son prix, et se tournent par ailleurs de plus en plus vers le vintage et parallèlement vers le e-commerce. Si l’industrie horlogère était un peu moins rigide, elle pourrait s’ouvrir les portes de davantage de concept stores, afin de toucher différemment une clientèle exclusive, ultra-connectée, qui n’apprécie plus forcément de passer le pas de porte d’une boutique ultra-classique qui ressemble comme deux gouttes d’eau à sa voisine.

Une taille critique pour résister Ce qui manque aujourd’hui dans la distribution horlogère, c’est donc du caractère, ou alors... une taille critique pour conserver une identité et résister à l’uniformisation ambiante. Des acteurs comme Wempe, Les Ambassadeurs, Seddiqi ou The Hour Glass (mais aussi d’autres moins connus comme Relojeria Alemana à Majorque dont nous avons récemment tiré le portrait) se distinguent par une certaine taille, un choix varié de marques mais aussi la mise en avant de quelques noms indépendants qui «parlent» aux collectionneurs. Un peu comme si les marques du Carré des Horlogers du SIHH étaient devenues les «talking pieces» des bestsellers réels du reste de l’écosystème horloger. Si l’on observe d’ailleurs le temps consacré par les collectionneurs et les journalistes dans cet espace par rapport au poids économique mineur de ces acteurs, on se rend compte de leur effet magnétique et de ce qu’elles amènent concrètement à tout l’écosystème! Mais c’est surtout le rachat de l’Américain Tourneau par le Suisse Bucherer cette année qui donne un indicateur fort que les détaillants ayant résisté à la crise ne souhaitent pas se laisser emporter par la prochaine vague de fond, qui est le e-commerce. Une vague de fond qui est aussi alimentée par le recours de plus en plus fréquent des

nouvelles générations à l’achat de montre pre-owned en ligne, auprès d’acteurs comme Chrono24. La présence de Tourneau sur ce marché du pre-owned est donc tout sauf inintéressante pour Bucherer... La maison lucernoise s’affirme ainsi comme un nouveau géant de la distribution horlogère mondiale, un acteur que l’on se doit de respecter, un incontournable, bref un détaillant capable de parler d’égal à égal avec ses partenaires et même d’imposer ses choix.

«Planifier de l’audace» Nouer des alliances ou opérer des rachats pour se retrouver dans une «zone de confort» et augmenter sa résilience, ou alors mettre en place des choix plus draconiens dans la sélection et la cohérence des marques représentées, mais aussi des modèles... Dans cette configuration, quelle place reste-t-il au détaillant «moyen», encore le cas le plus fréquent, dépendant dans les faits d’un nombre limité de marques pour garnir ses vitrines? Et qui vit dans la crainte de l’ouverture d’une boutique en propre à proximité ou encore pire d’une e-boutique sur son territoire privilégié? L’horlogerie a toujours fait preuve d’inertie, tous ne sont donc pas menacés du jour au lendemain... mais qu’à la manière suisse, ils planifient au moins un peu plus d’audace à l’avenir!

La numérisation à marche forcée

Sponsoriser des contenus sur Facebook, mettre en place un site de e-commerce, afficher les prix des montres, investir massivement dans le référencement sur Google... Les marques ne savent plus ou donner de la tête face à la vague de fond digitale, qui emporte tout sur son passage. Et donnent l’impression de partir dans tous les sens, en oubliant souvent d’intégrer un acteur-clé: le détaillant. Les risques sont aussi nombreux que les opportunités. Par Serge Maillard

Ce sont deux «évangélisateurs digitaux». Pionniers de l’arrivée du web dans l’industrie horlogère, ils se distinguent par leur regard aiguisé, puisque cela fait vingt ans déjà qu’ils «prêchent le code informatique» dans la branche. David Sadigh, fondateur de l’agence

Digital Luxury Group, et Arnaud Dufour, ancien responsable IT e-services chez Richemont et professeur à la Haute école d'ingénierie et de gestion du canton de Vaud, ont commencé très tôt à être actifs en ligne dans le milieu horloger. Un milieu qui, malgré ce que l’on entend souvent, a démarré tôt sur le web, puisque les premiers sites de

marques horlogères sont apparus dès le milieu des années 1990. «Au départ, on parlait de sites brochures, une expression qui est devenue par la suite connotée négativement, rappelle Arnaud Dufour. L’idée était de présenter l’entreprise et son catalogue. Avec à l’époque pas mal de difficultés car internet était vu comme un outil très technique, aux antipodes de l’univers et des codes du luxe. De plus il existait de réelles limitations techniques: avec 256 couleurs et une connexion lente, difficile de magnifier les montres à l’écran...»

Lorsque montre de luxe et internet étaient déconnectés Il fallait alors plutôt parler de «déconnexion» entre l’esthétique du luxe et l’écran de l’ordinateur. C’était l’âge d’or du magazine sur papier

glacé, avec lequel le web ne pouvait guère rivaliser! Pendant longtemps, l’industrie horlogère en est restée au stade de l’expérimentation simple du digital. «La crainte que les responsables avaient à propos d’internet, c’est qu’ils voyaient beaucoup d’acteurs illicites usurper leur nom de marque et ainsi détourner leur trafic via les moteurs de recherche, souligne David Sadigh. C’était vraiment la jungle et cela a ralenti le processus d’adaptation au digital.» L’expert voit plusieurs raisons pour lesquelles l’industrie horlogère ne s’est pas aussi rapidement digitalisée qu’on aurait pu le croire: «Même consolidées dans des groupes, les marques avaient une faible connaissance du client final. Elles considéraient à l’époque que les détaillants eux-mêmes devaient prendre en charge et développer cette approche client.» Et ce n’est pas la croissance inouïe enregistrée durant les années 2000 par l’indus-

trie horlogère qui allait les pousser à changer de stratégie...

La «trilogie» iPhone, réseaux sociaux, e-commerce Pendant longtemps, la croissance horlogère a ainsi été découplée des sauts technologiques qui bouleversaient notre époque, fonctionnant sur un mode de distribution traditionnel. Mais petit à petit et bon gré mal gré, l’industrie a suivi les changements de comportements de ses consommateurs, de plus en plus connectés. Suivez l’argent... La dégradation de l’économie globale, la baisse des ventes horlogères en Chine et la crise de l’industrie qu’elles ont suscité, avec un engorgement massif des stocks juste au moment où de lourds investissements avaient été opérés dans des boutiques en propre, ont aussi


RUPTURES entraîné une orientation vers le digital, sous pression des actionnaires dans les groupes cotés en Bourse. «Le premier vrai tournant a été l’introduction de l’iPhone il y a une décennie, analyse David Sadigh. Les marques de luxe remarquent alors que leurs clients fortunés adoptent massivement cette interface de qualité.» Le top management des marques lui-même se convertit assidûment au smartphone: «Les patrons se sont rendu compte qu’il était très facile de publier du contenu sur internet, alors que ce domaine semblait jusque-là réservé aux geeks. C’est un tournant psychologique important.» «Cela a d’ailleurs créé un stress organisationnel dans les équipes informatique et marketing des entreprises horlogères, car le top management a souhaité pouvoir consulter son mail et le site web de la marque depuis son iPhone, ou son iPad», complète Arnaud Dufour. C’est le début d’un changement d’état d’esprit dans les marques comme chez le client.

L’inflation des réseaux sociaux Autre facteur déterminant, également porté par l’iPhone et la mobilité digitale: l’apparition et la montée en puissance des réseaux sociaux, au point que l’on peut aujourd’hui parler d’une deuxième «bulle internet», celle des social media, après la première bulle digitale du tournant du millénaire. Le media planning évolue en conséquence, alors que la presse était jusqu’alors le premier vecteur de communication du luxe. Attention cependant aux idées reçues. Selon le WorldWatchReport publié par DLG en 2017, le vecteur de communication en ligne le plus performant aujourd’hui en terme de trafic généré vers les sites des boutiques horlogères n’est ni Facebook, ni Instagram, ni Snapchat... mais la bonne vieille newsletter! «Le e-mailing est peut-être moins glamour, il reste cependant plus efficace, souligne David Sadigh. Le fait que tout le monde aujourd’hui est accro à Facebook ou Instagram crée des biais de perception.»

Transparence des prix: la fin d’un tabou? Troisième tournant, celui de l’e-commerce. «L’idée de communiquer en ligne pouvait encore être envisageable, mais celle de vendre sur internet ou d’afficher même les prix en ligne est restée longtemps un vrai tabou», souligne Arnaud Dufour. Il existe cependant des catégories de clientèle prêtes à acheter des montres de luxe en ligne, ou à effectuer au moins une partie du processus d’achat sur la toile. «Les collectionneurs achètent ou pré-achètent déjà des montres sur internet, par exemple si un modèle n’est pas disponible dans leur zone géogra-

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David Sadigh

phique. Les seuils psychologiques ont volé en éclat.» La révolution de l’e-commerce est néanmoins arrivée «par le bas», puisque ce sont d’abord – assez logiquement – les marques d’entrée de gamme, pour la plupart non Swiss made, qui ont commencé à vendre leurs produits en ligne. Mais c’est aussi l’explosion du marché du pre-owned et l’émergence de nouveaux géants du e-commerce comme Chrono 24 (lire notre interview dans ce dossier, ndlr) qui ont changé la donne.

Des initiatives disparates Il s’agit cependant de nuancer: la «bascule» du e-commerce n’est pas encore faite chez toutes les marques, même si les annonces se sont multipliées en ce sens, comme l’investissement d’Omega sur sa plateforme de vente aux Etats-Unis l’an passé. «Pour beaucoup d’acteurs, internet reste d’abord un outil de communication, estime Arnaud Dufour. Il est cependant acquis que le web est désormais incontournable dans la préparation de l’acte d’achat, même si l’achat lui-même se déroule encore très majoritairement dans le «monde réel». Les grands cabinets d’analyse tablent tous sur environ 20 à 25% des ventes qui se réaliseront totalement en ligne d’ici à 2025.» La boutique physique garde évidemment tout son sens. Mais que les consommateurs s’informent en ligne et achètent en boutique ou vice-versa, le mot d’ordre est l’hybridation ou plutôt, pour parler marketing, l’«omnicanalité». Arnaud Dufour précise: «Il reste encore quelques acteurs majeurs qui n’ont pas franchi le pas de l’e-commerce. Rolex est emblématique de cette position, même si l’affichage des prix de vente conseillés sur leur site montre une évolution. L’entrée de ces acteurs dans la vente en ligne fera grimper les chiffres.»

Des détaillants laissés sur le carreau Cependant, là où le bât blesse, c’est l’intégration du réseau de distribution dans les projets digitaux. Depuis le milieu des années 2000, les groupes horlogers – les marques

Arnaud Dufour

du groupe Richemont en particulier, mais aussi un acteur comme Omega au sein du Swatch Group – ont ouvert un nombre impressionnant de boutiques en propre dans le monde. Une stratégie née de la volonté «symétrique» de contrôler à la fois la production en amont (via des rachats de sous-traitants) comme la distribution en aval (via des points de vente en propre). «Ce déploiement a également favorisé le rôle d’internet, estime David Sadigh, l’objectif étant de susciter du trafic dans ces nouvelles boutiques à loyers élevés, qui ne bénéficiaient pas des réseaux historiques des détaillants locaux». Si l’on parle en effet beaucoup de connexion aujourd’hui, il faut aussi souligner la volonté des marques d’une connexion directe avec leurs clients finaux – et par conséquent la «désintermédiation» qui s’est opérée. Avec la remise en question – physique comme digitale – des partenariats historiques des marques avec leurs détaillants.

Une attitude «plus destructive que constructive» «En ce qui concerne la digitalisation des détaillants, il faut distinguer deux types d’acteurs, estime David Sadigh. On trouve d’abord des détaillants très ancrés localement, souvent depuis plusieurs générations et avec des moyens limités, pour qui il demeure compliqué de débloquer des budgets ou de développer une expertise en ligne. Ensuite, les chaînes de détaillants plus grandes ont, elles, davantage de chances de pouvoir lancer des initiatives en ligne soutenues par les marques. Tous deux sont confrontés à de nouveaux types de comportements de la part de leurs clients, très influencés par le digital.» Arnaud Dufour pointe une attitude plus destructive que constructive de la part de bien des marques vis-à-vis de leurs détaillant: «Il serait quand même bon que les marques assument enfin leur responsabilité par rapport à leur réseau de distribution historique sur le digital. Pour avoir vu le développement de l’e-commerce dans un certain nombre de marques, il faut reconnaître que des

Pendant longtemps, la croissance horlogère a ainsi été découplée des sauts technologiques qui bouleversaient notre époque, fonctionnant sur un mode de distribution traditionnel.

décisions business sont prises en défaveur des détaillants alors qu’ils sont sensé être des partenaires.» L’expert poursuit: «Or, si elles voulaient réellement soutenir leur réseau, les marques horlogères pourraient le faire! Par exemple en proposant à un client qui habite à proximité d’un détaillant agréé de faire livrer le produit commandé chez ce dernier, intensifiant ainsi le lien avec le client et avec le partenaire. Mais elles ne le font pas, a priori... Les détaillants ne sont la plupart du temps pas intégrés dans la stratégie digitale des marques. Le digital est plutôt utilisé par la marque pour tirer la couverture à soi...»

Intégrer le digital dans les discussions avec les détaillants Comment changer la donne? «Je plaide par exemple pour la copropriété des données clients entre la marque et les détaillants. Ce serait une vraie décision stratégique, qui ne peut venir que du CEO. Une telle base client commune serait développée entre partenaires, par exemple à travers l’envoi de newsletters communes. Une vraie stratégie digitale intégrant les détaillants permettrait de rassurer ces derniers.» Car de nombreuses perspectives s’ouvrent: «En ce qui concerne les logiciels de gestion des données clients, on en est vraiment à l’état embryonnaire, analyse Arnaud Dufour. Tout comme sur le service après-vente en ligne. L’idée de communautés virtuelles ou de clubs a fait long feu. Tout reste à faire en la matière. Pourquoi ne pas intégrer les détaillants dans ces processus?»

Comme un poulet sans tête... Mais faut-il investir d’abord sur la rénovation de son site? Sur la promotion de ses réseaux sociaux? Sur le lancement d’une boutique en ligne? Cela peut donner le tournis! Au final, on a l’impression que les marques testent beaucoup de pistes, un peu démunies face à la multiplicité des outils en ligne. Les possibilités sont si nombreuses que trop de marques paraissent «tirer» à tout-va, investis-

sant un peu (voire gros) partout, plutôt que de se concentrer sur une stratégie digitale claire. Un peu comme ces poulets décapités qui continuent à zigzaguer en toutes directions... Et ce n’est pas un tir groupé: «Toutes les marques accélèrent leur digitalisation mais elles ne le font pas avec la même intensité, souligne David Sadigh. Il arrive souvent que l’allocation de budgets importants dédiés au digital ne soit pas optimisée. Les problèmes les plus fréquemment rencontrés touchent à l’achat de mots-clé qui cannibalisent le trafic organique, aux banners publicitaires qui génèrent un trafic de faible qualité, ou encore à une énergie trop importante mise sur les réseaux sociaux.»

Réseaux sociaux, miroir des vanités? Si les social media sont très intéressants en tant que vitrine, le spécialiste dit observer fréquemment une méconnaissance du profil réel des followers de la base Instagram et assister souvent à une course aux fans, sans réelle réflexion de fond sur la conversion en vente, par exemple en redirigeant ces fans vers les détaillants... «Un des pièges types pour les marques est de courir dans tous les sens, et de privilégier les résultats quantitatifs, sans avoir établi au préalable une stratégie et des cibles claires.» Quelle que soit la stratégie choisie, celle-ci demande des investissements sérieux, souligne Arnaud Dufour: «On a vécu dans l’idée fausse qu’internet était gratuit. Or, une e-boutique coûte cher à mettre en place et à entretenir. Même si sa structure de coûts et les économies d’échelles qu’elle permet sont spécifiques, elle exige - comme une boutique physique - du personnel qualifié, des stocks, des outils et une recherche de visibilité.» Pour lui, la marche forcée, mais à reculons et à tâtons, des marques vers le digital, reste minée par une hantise de fond, ancrée dans un coin du cerveau des dirigeants: les craintes sur la survie même de la montre classique au poignet, face à l’arrivée de la montre connectée. «Et ils ont raison de se méfier, car presque rien n’a encore été fait sur la partie applicative de la smartwatch.» Même si le marché semble s’être segmenté (lire notre article à ce sujet dans dans le Dossier complet), cette peur identitaire a ancré une méfiance, consciente ou inconsciente, face à la vague de fond digitale, qui semble tout emporter sur son passage.


RUPTURES

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LABOS

Horlogerie et science: entre origamis, nanotubes et capsules K

La montre mécanique actuelle est bien suffisamment réglée pour satisfaire nos besoins de précision quotidienne. Son attrait est ailleurs. Innover n’est pas tant une question de nécessité que de possibilité: car grâce aux recherches des labos, Huygens peut désormais être dépassé – et rapporter. Par Pierre & Serge Maillard

Technologiquement devenu obsolète, l’art horloger perdure largement grâce à l’attrait de ses ingénieuses prouesses. Mais à force de voir se doubler, tripler ou quadrupler les tourbillons, le spectateur commence à se lasser. Au 17ème ou 18ème siècle, l’horlogerie cheminait à l’avant-garde de la science. Elle en était un outil de recherche fondamental, que ce soit en navigation, en astronomie, en balistique, en chimie… Et si la mécanique horlogère, une mécanique transformée, revenait à l’avant-garde scientifique? En effet, des recherches menées depuis quelques années arrivent aujourd’hui à des réalisations concrètes qui démontrent brillamment que la mécanique n’a de loin pas dit son dernier mot et qu’elle peut être totalement renouvelée.

L’horlogerie scientifique du 21ème siècle Les pistes de ce renouvellement sont variées: utilisation de fluides et de capsules chez HYT; spiraux en nanotubes de carbone et nouveau type de régulateur monolithique chez Zenith; recherches poussées en nanotechnologies chez Greubel Forsey; micro-pivot et lames chez Dominique Renaud… pour ne donner que quelques exemples, car d’autres marques se sont également lancées dans la recherche en régulation. Par ailleurs, le nouvelle mécanique dite «compliante», voire la mécanique-origami ouvrent des pers-

pectives véritablement inédites mais qui n’ont pas encore vraiment franchi les portes des laboratoires. Couplées avec certaines avancées dans la robotique, elles laissent augurer la possibilité d’une mécanique radicalement transformée, à tel point qu’il est difficile de prévoir ce que sera la montre mécanique dans quelques dizaines d’années… si elle existe toujours.

Révolution de la régulation: la Defy Lab de Zenith Cependant, la plupart des recherches qui parviennent aujourd’hui au stade de mise en œuvre concrète dans des produits qui commencent à être commercialisés couvrent la régulation elle-même et non pas l’approvisionnement énergétique qui reste encore largement traditionnel: barillet et train de rouages. C’est par exemple le cas dans la Defy Lab de Zenith ou chez Dominique Renaud. Avec la présentation du régulateur totalement innovant de la Defy Lab de Zenith, Guy Sémon et ses équipes de recherche pluridisciplinaires chez LVMH ont marqué un point majeur en parvenant à réunir en une seule pièce monolithique en silicium monocristallin d'une épaisseur de 0.5 mm les quelque 31 pièces du régulateur classique. Ni assemblage ni réglage ni lubrification ne sont plus nécessaires. La consommation d'énergie est considérablement réduite et l'ensemble est très peu sensible aux variations d'énergie incidentes et aux positions. Sa précision est d'environ 0.3 seconde par jour et elle se conserve

Le régulateur monolithique de la Zenith Defy Lab

parfaitement pendant les 95% de sa réserve de marche. De plus, cet oscillateur est insensible à la gravité, au magnétisme et à la température.

Révolution de la régulation: la DR01 de Dominique Renaud La solution de régulation proposée par Dominique Renaud avec sa récente DR-01 est toute différente mais elle aussi ouvre d’intéressantes perspectives. Un microscopique «pivot spatial» incassable soutient un lourd «balancier» à très haute inertie, dépourvu de son spiral remplacé par

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La plupart des recherches couvrent la régulation elle-même et non pas l’approvisionnement énergétique qui reste encore largement traditionnel: barillet et train de rouages.

un «résonateur à couteau à pivotement spatial». Des lames très affûtées vibrent en harmonie sur des rubis sphériques entaillés, avec un frottement minimal et donc avec une déperdition d'énergie dérisoire. L'arbalète qui maintient les lames affûtées fait office de spiral. Le balancier, vingt fois plus lourd qu'un balancier traditionnel, pivote librement, animé par un échappement de type détente libre à impulsion directe dit «à coups perdus». Ici en dix alternances, il donne une impulsion et neuf coups perdus. Ce qui signifie qu'on peut dès lors travailler à hautes voire très hautes fréquences. Les avancées proposées par cet ensemble micro-pivot incassable, résonateur à couteau à pivotement spatial et échappement à détente à coups perdus sont nombreuses et peuvent

être véritablement qualifiées de révolutionnaires. Avec une amplitude cumulée de 340 degrés entre chaque impulsion, avec une fréquence record «atteignant facilement» 12Hz (84'600 alternances/h), avec sa très faible consommation d'énergie et sa durée de marche «sans précédent» (on parle ici en semaines), avec enfin ses performances chronométriques superlatives, la DR-01 Twelve First ouvre véritablement un nouveau chapitre. Voire un nouveau livre car l'ambition de Dominique Renaud est de proposer au cours des années qui viennent douze différents prototypes de la DR qui s'attaqueront à tous les fondamentaux mécaniques jugés jusqu'à aujourd'hui intangibles.

L’ère nano: Greubel Forsey Robert Greubel et Stephen Forsey explorent quant à eux les possibilités étonnantes de la nano-mécanique. Le duo a présenté au SIHH 2018 un prototype totalement implémenté de leur Nano Foudroyante EWT. Cette nano-foudroyante consomme 1800 fois moins d’énergie qu’une foudroyante «normale» et le volume occupé par ce nano-mécanisme est réduit de 96%!


RUPTURES «Gagner à ce point en énergie et gagner en place nous ouvre des voies jusqu’à présent inédites, nous explique Stephen Forsey. En économisant à ce point la consommation énergétique, on parvient à des réserves de marche qui vont, à ce stade de nos recherches, jusqu’à 180 jours, avec un barillet de taille normale. De plus, nous pouvons utiliser l’énergie produite par les turbulences de l’air interne, les «courants d’air» deviennent fonctionnels. Une roue à propulsion peut ainsi fonctionner avec une énergie de 20 nano-newton, soit 100'000 fois moins que l’énergie nécessaire à mouvoir un mobile d’échappement.» Contrairement à ce qu’on pourrait penser, travailler à l’échelle nanométrique (il y a un milliard de nanomètres dans un mètre) ne signifie pas du tout travailler avec les mêmes composants, en plus petits. Bien au-delà de ce qui serait une «reproduction» micrométrique, passer de l’échelle du dixième et du millième à celle du milliardième permet de repenser toute la distribution énergétique et spatiale d’un mouvement. L’espace ainsi dégagé – un espace considérable à l’échelle d’un mouvement de montre – permet d’envisager des fonctions inédites. Lesquelles, au juste? «C’est un espace qui s’ouvre et qui nous oblige à penser: que faire de ce volume?, répond Stephen Forsey. Nous y avons déjà implanté un indicateur de fréquence mais après? Les perspectives créatives et fonctionnelles sont proprement inouïes.»

LVMH veut faire plier la mécanique Mais ce n’est pas tout et la mécanique du futur nous réserve encore bien des surprises. Les recherches scientifiques de Guy Sémon chez LVMH l’ont amené à explorer la mécanique dite «compliante». Cette nouvelle théorie des mécanismes est particulièrement utilisée en robo-

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tique afin de réaliser des tâches qui nécessitent de subtils dosages de la force. Elle pose de nouveaux postulats et crée de nouvelles liaisons basées non plus sur la seule interaction de pièces diverses toutes rigides mais permises par la déformation de morceaux de matières. C’est cette nouvelle théorie qui a permis de remplacer un ensemble composé de plusieurs parties fixes ou mobiles par une structure monolithique. Cette mécanique compliante débouche sur la possibilité d’envisager une mécanique-origami capable de se plier et de se déplier. Aujourd’hui encore réservée aux recherches en robotique, elle a permis déjà d’imaginer de petits robots qui peuvent changer de forme de façon autonome. De là à imaginer de nouveaux mécanismes horlogers, par exemple en forme de «fleurs» s’ouvrant et se refermant, il n’y a qu’un pas… qui reste à franchir.

Fluides et capsules chez HYT Et si l’innovation horlogère pouvait profiter à d’autres secteurs, comme le médical, où là il n’est plus tant question de la maîtrise du temps que de celle de la vie elle-même? On le remarque chaque année un peu plus lors du grand rassemblement des professionnels de la sous-traitance horlogère qu’est le salon EPHJ de Genève, où les spécialistes des microtechnologies, sous pression financière, cherchent à entrer dans le lucratif secteur des medtechs, dont la Suisse est également un pôle mondial. Rappelons ici par exemple que les premiers stents ont été développés à la fin des années 1970 entre Zurich et Lausanne, et la présence ajourd’hui en Suisse de géants du secteur comme Sonova, Ypsomed, Straumann, Johnson & Johnson Medical, Biotronik, ou encore Medtronic. C’est dans ce riche écosystème

qu’entend se développer Preciflex, la société-sœur de l’horloger HYT, bien connu pour ses montres sur lesquelles ce sont des fluides colorés qui indiquent l’heure en lieu et place des traditionnelles aiguilles. En réalité, HYT agit aujourd’hui comme une «vitrine» ou un «poisson-pilote» quant aux possibilités futures de Preciflex. Des applications qui concernent la maîtrise des micro-capsules contenant les fluides aujourd’hui utilisées dans la montre, demain dans le corps humain à des fins médicales? Mais on imagine sans peine que des normes bien plus contraignantes s’imposent dans le médi-

cal qu’en horlogerie. Il y a deux ans, le petit conglomérat a levé plus de 20 millions de dollars. Parmi les investisseurs figure un certain Peter Brabeck, l’ancien CEO de Nestlé, qui avait déjà fortement orienté le géant vers le secteur de la santé.

Les enjeux stratégiques derrière ces innovations Au-delà de l’aventure scientifique et technologique, les enjeux de cette nouvelle mécanique sont aussi stratégiques, permettant aux acteurs qui

y sont engagés de conquérir leur pleine autonomie. La réalisation de spiraux en nanotubes de carbone, toujours par l’équipe de Guy Sémon, le démontre parfaitement. Passée un peu inaperçue, cette réalisation étonnante – une première mondiale que de faire ainsi «pousser» des nanotubes pour former des spiraux – va permettre à LVMH d’acquérir son autonomie dans le domaine stratégique des spiraux, jusqu’alors largement dominé par Nivarox-FAR du Swatch Group. La science est ainsi un précieux allié dans les «guerres» de la concurrence.

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EMILE CHOURIET Meyrin www.emile-chouriet.ch ENIGMA Genève www.gbenigma.com F.P. JOURNE Genève www.fpjourne.com FABERGE Genève www.faberge.com FRANCK DUBARRY Genève www.franckdubarry.com FRANC VILA / Genève www.francvila.com FRANCK MULLER Genthod www.franckmuller.com FRED (LVMH) Genève www.fred.com FREDERIQUE CONSTANT Plan-les-Ouates www.frederique-constant.com GERALD GENTA (BULGARI) Meyrin www.geraldgenta.com GIO MONACO Genève www.giomonaco.com GRAFF Genève www.graffdiamonds.com GRECO GENEVE Plan-les-Ouates www.greco-watches.com GRENACHER Genève www.grenacher.com GVCHIANI Genève www.gvchiani.com HARRY WINSTON (Swatch Group) Plan-les-Ouates www.harrywinston.com HELFER Genève www.helferwatches.com HERITAGE Neuchâtel www.hwm-watch.com ICELINK Genève www.icelinkwatch.com IMPERIALI Genève www.imperiali-geneve.com JACOB & CO. Genève www.jacobandco.com LAURENT FERRIER Plan-les-Ouates www.laurentferrier.ch LE RHONE Satigny www.lerhone.com LEBEAUCOURALLY Genève www.lebeaucourally.com LEONARD Genève www.leonardwatches.com LOUIS VUITTON Genève www.louisvuitton.com M. STEPHANE Vésenaz www.m-stephane.com MAGELLAN Genève www.magellanwatch.com MAREMONTI Genève www.maremontiwatch.ru MATHEY-TISSOT Genève www.mathey-tissot.net MB&F Genève www.mbandf.com MECCANICHE VELOCI Genève www.meccanicheveloci.ch


EUROPA STAR PREMIÈRE | 31

MONTBLANC (Richemont) Versoix www.montblanc.com MOYA Genève www.moyawatch.com MYKRONOZ Genthod www.mykronoz.com OGIVAL Genève www.ogival-watch.com PATEK PHILIPPE Plan-les-Ouates www.patek.com PIAGET (Richemont) Plan-les-Ouates www.piaget.com PIERRE KUNZ Genthod www.pierrekunzgeneve.com PILO & CO Carouge www.pilo-watches.com QUINTING Genève www.quinting-watches.com RALPH LAUREN Plan-les-Ouates www.ralphlauren.com RATEL Genève www.cyrilratel.com RAYMOND WEIL Genève www.raymond-weil.com RJ - ROMAIN JEROME Genève www.romainjerome.ch ROGER DUBUIS (Richemont) Meyrin www.rogerdubuis.com ROLEX Genève www.rolex.com SARCAR Vésenaz www.sarcar.com SNYPER Genève www.snyperwatches.com TF EST 1968 Carouge www.tfco.ch TUDOR Genève www.tudorwatch.com UNIVERSAL GENEVE Meyrin www.universal.ch URWERK Genève www.urwerk.com VACHERON CONSTANTIN (Richemont) Plan-les-Ouates www.vacheron-constantin.com VAN CLEEF & ARPELS (Richemont) Meyrin www.vancleefarpels.com VAN DER BAUWEDE Genève www.vdb.ch VENUS Genève www.montresvenus.com YESLAM Genève www.yeslam.ch

JURA AEROWATCH Saignelégier www.aerowatch.com ANDRE MOUCHE Fahy www.andremouche.swiss AVIATOR Porrentruy www.aviatorwatch.ch CATOREX Les Breuleux www.catorex.ch CLAUDE BERNARD Les Genevez www.claudebernard.ch EDOX Les Genevez www.edox.ch ERNEST BOREL Le Noirmont www.ernestborel.ch L'DUCHEN Saignelegier www.lduchen.com L'EPEE Delémont www.lepee-clock.ch LOUIS CHEVROLET Porrentruy www.louischevrolet.ch LOUIS ERARD Le Noirmont www.louiserard.ch MATTHEW NORMAN Delémont www.matthew-norman.ch MAURICE LACROIX Saignelégier www.mauricelacroix.com PAUL PICOT Le Noirmont www.paulpicot.ch RICHARD MILLE (Horométrie) Les Breuleux www.richardmille.com RUDIS SYLVA Les Bois www.rudissylva.com SWIZA Delémont www.swiza.ch VALGINE Les Breuleux www.jic.ch/valgine VICENTERRA Boncourt www.vicenterra.ch WENGER Delémont www.wenger.ch LUCERNE CARL F. BUCHERER Lucerne www.carl-f-bucherer.com CHRONOSWISS Lucerne www.chronoswiss.com OCHS UND JUNIOR Lucerne www.ochsundjunior.ch SEQUENT Lucerne www.sequentwatch.com

MARATHON La Chaux-de-Fonds www.marathonwatch.com MARVIN Vaumarcus www.marvinwatches.com MCGONIGLE STEPHEN Neuchâtel www.mcgonigle.ie MCT Neuchâtel www.mctwatches.com METAL.CH Neuchâtel www.metalch.com MIDO (Swatch Group) Le Locle www.mido.ch MOUAWAD Les Breuleux www.mouawad.com MUREX Le Locle www.murexwatch.com OPTIMA Le Locle www.optimawatch.com PANERAI (Richemont) Neuchâtel www.panerai.com PARMIGIANI FLEURIER Fleurier www.parmigiani.ch PIERRE THOMAS La Chaux-de-Fonds www.pierrethomas.ch RAIDOX Le Locle www.raidox.ch RENLEY Neuchâtel www.renley.com RIBA MUREX Le Locle www.murexwatch.com ROTARY La Chaux-de-Fonds www.rotarywatches.com SCHWARZ-ETIENNE La Chaux-de-Fonds www.schwarz-etienne.ch SULTANA La Chaux-de-Fonds www.sultana.ch TAG HEUER (LVMH) La Chaux-de-Fonds www.tagheuer.com TAUCHMEISTER La Chaux-de-Fonds www.michel-perrenoud.ch TELOS La Chaux-de-Fonds www.teloswatch.ch TEMPVS COMPVTARE Neuchâtel www.tempvscompvtare.ch TISSOT (Swatch Group) Le Locle www.tissot.ch ULYSSE NARDIN (Kering) Le Locle www.ulysse-nardin.com VOUTILAINEN Môtiers www.voutilainen.ch VULCAIN Le Locle www.vulcain-watches.ch WAKMANN La Chaux-de-Fonds www.wakmann.ch WALTHAM Marin-Epagnier www.waltham.ch ZENITH (LVMH) Le Locle www.zenith-watches.com

BOUCHERON (Kering) Cortaillod www.boucheron.com BULER La Chaux-de-Fonds www.buler.ch BULGARI (LVMH) Neuchâtel www.bulgari.com CATENA Corcelles www.montres-catena.com CERTINA (Swatch Group) Le Locle www.certina.com CHAMPS ÉLYSÉES Neuchâtel www.champselyseestimepieces.com CHATELAIN La Chaux-de-Fonds www.chatelain.ch CHRISTOPHE CLARET Le Locle www.christopheclaret.com CHRISTOPHE SCHAFFO La Brévine CHRONOGRAPHE SUISSE CIE La Chaux-de-Fonds www.chronographesuisse.ch CORONA WATCH Neuchâtel CORUM (Haidian) La Chaux-de-Fonds www.corum.ch DIOR HORLOGERIE (LVMH) La Chaux-de-Fonds www.dior.com DREYFUSS & CO La Chaux-de-Fonds www.dreyfussandco.com DUBEY & SCHALDENBRAND La Chaux-de-Fonds www.dubeywatch.com OBWALD ELLICOTT 1738 La Chaux-de-Fonds www.ellicott.ch ENICAR La Chaux-de-Fonds www.enicar.com ALBERT RIELE Sarnen www.albertriele.ch ETOILE Le Locle www.montres-etoile.ch ANTOINE MARTIN Alpnach www.antoinemartin.ch FENDI Marin-Epagnier www.fendi.com FERDINAND BERTHOUD Fleurier www.ferdinandberthoud.ch FESTINA Bienne www.festina.com FLIK FLAK (Swatch Group) Cormondrèche www.flikflak.com FREDERIC JOUVENOT La Chaux-de-Fonds www.fjouvenot.com GAMIL WATCH La Chaux-de-Fonds GERGE Neuchâtel www.gergeswiss.com GIRARD-PERREGAUX (Kering) La Chaux-de-Fonds www.girard-perregaux.com GRAHAM La Chaux-de-Fonds www.graham-london.com GREUBEL FORSEY La Chaux-de-Fonds www.greubelforsey.com GUCCI (Kering) Cortaillod www.gucciwatches.com HAUTLENCE (Melb Holding) La Chaux-de-Fonds www.hautlence.com SCHAFFHOUSE HESJY Fleurier www.hesjy.ch HOROSWISS La Chaux-de-Fonds A. LANGE & SOEHNE (Richemont) Schaffhouse www.horoswiss.com www.lange-soehne.com HYT Neuchâtel www.hytwatches.com H. MOSER & CIE (Melb Holding) JAERMANN & STUBI Le Locle Neuhausen am Rheinfall www.h-moser.com www.jaermann-stuebi.com IWC (Richemont) Schaffhouse www.iwc.ch JAMES C. PELLATON Le Locle www.jamespellaton.com SCHWYTZ JAQUET DROZ (Swatch Group) La Chaux-de-Fonds www.jaquet-droz.com COINWATCH Pfäffikon www.coinwatch.ch JEAN D'EVE La Chaux-de-Fonds www.jeandeve.ch LUMINOX Freienbach www.luminox.com JEAN DUNAND Le Locle www.jeandunand.com MIRA Pfäffikon www.mirawatch.ch JEANRICHARD (Kering) La Chaux-de-Fonds PHILIP ZEPTER Wollerau www.zepter.com www.jeanrichard.com JULIEN COUDRAY 1518 Le Locle SOLEURE www.juliencoudray1518.ch JUVENIA La Chaux-de-Fonds www.juvenia.com ARLEA Wolfwil LOUIS MOINET Saint-Blaise www.louismoinet.com RL_Eurotec-Bulletin_98x47_v1.pdf 1 13.02.17 18:30 AUREMA Grenchen www.aurema.ch MAITRES DU TEMPS La Chaux-de-Fonds BREITLING Grenchen www.breitling.com www.maitresdutemps.com

NEUCHÂTEL ACCORD WATCH La Chaux-de-Fonds www.accordwatch.com ALEXIS GARIN Les Verrières www.alexisgarin.ch ARNOLD & SON La Chaux-de-Fonds www.arnoldandson.com AZIMUTH Neuchâtel www.azimuthwatch.com BALL WATCH La Chaux-de-Fonds www.ballwatch.com BIJOUMONTRE La Chaux-de-Fonds www.bijoumontre.com BLAULING Chézard-Saint-Martin www.blauling.com BOMBERG Neuchâtel www.bomberg.ch

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CAT Solothurn www.catwatches.com COACH Grenchen www.coach.com COVER WATCHES Solothurn www.coverwatches.com CYCLOS Dornach www.cyclos-watch.ch ETERNA (Haidian) Grenchen www.eterna.ch FAVRE LEUBA Solothurn www.favre-leuba.com FORTIS Grenchen www.fortis-watches.com GENIE Lohn-Ammannsegg www.genieswiss.ch HARWOOD WATCH CO. Grenchen www.harwood-watches.com JOWISSA UHREN Bettlach www.jowissa-watches.com KIENZLE Egerkingen www.kienzleuhren.de MANJAZ Nidau www.manjaz.ch NORD ZEITMASCHINE Büsserach www.nord-zeitmaschine.ch PORSCHE DESIGN Grenchen www.porsche-design.com ROAMER Soleure www.roamer.ch SWISS MILITARY-HANOWA Solothurn www.swissmilitary.ch TITONI Grenchen www.titoni.ch

DE HAVILLAND Yverdon-les-bains www.dehavilland-watches.com DODICI Montreux www.dodici.ch FRERES ROCHAT (Automates) Le Brassus www.freres-rochat.com HD3 COMPLICATION Luins www.hd3complication.com HUBLOT (LVMH) Nyon www.hublot.com HYSEK Lussy-sur-Morges www.hysek.com JAEGER-LECOULTRE (Richemont) Le Sentier www.jaeger-lecoultre.com JANVIER Ste-Croix www.vianney-halter.com JORDI Nyon www.jordiwatches.com LOUIS GOLAY Lonay www.louisgolay.com MANUFACTURE ROYALE Vallorbe www.manufacture-royale.com MUSE St-Cergue www.muse-watches.com PHILIPPE DUFOUR Le Sentier www.philippedufour.com PIERRE DEROCHE Le Lieu www.pierrederoche.com REBELLION Lonay www.rebellion-timepieces.com REUGE (automates) Sainte Croix www.reuge.com REVELATION Lully www.revelation-watches.ch ROD Lausanne www.rodwatches.ch ROMAIN GAUTHIER Le Sentier www.romaingauthier.com SLYDE Luins www.slyde.ch SPEAKE-MARIN Bursins www.speake-marin.com VALBRAY Lausanne www.valbray.ch VINCENT CALABRESE Morges www.vincent-calabrese.ch ZOUG DIETRICH Zoug www.dietrich-watches.com GC WATCHES (Timex Group) Zoug www.gcwatches.com RAM Cham www.ram-watches.ch RECONVILIER Zoug www.reconvilier.com

ST. GALL LUNESA Sevelen www.lunesa.com TESSIN ADRIATICA Camorino www.adriaticawatches.ch ALFEX Manno www.alfex.com BALCO WATCH Mendrisio www.balcowatch.ch BUCCELLATI Chiasso www.buccellati.com CANOPUS Magliaso www.amanzoni.com CUERVO Y SOBRINOS Capolago www.cuervoysobrinos.com DAMIANI Manno www.damiani.com DIANTUS Mendrisio DWISS Lugano www.dwiss.com EBERHARD Paradiso www.eberhard-co-watches.ch GUESS Bioggio www.guesswatches.com ORA Locarno www.oraswisswatch.com SALVATORE FERRAGAMO (Timex Group) Manno www.ferragamotimepieces.com SEA-GOD Chiasso www.sea-god.ch TENDENCE Lugano www.tendencewatches.com TIFFANY Chiasso www.tiffany.com TIMEX (Timex Group) Manno www.timexgroup.com VERSACE (Timex Group) Manno www.versace.com ZITURA WATCH Magliaso www.zitura.com

ZURICH ALEXORA Zurich www.alexora.com CAMEL ACTIVE Zurich www.mondaine.com CARL SUCHY Zurich www.carlsuchy.com CORNAVIN Zurich www.cornavin-watches.ch HELVETICA Zurich www.mondaine.com JUSTEX Zurich www.justex.ch LALIQUE Zollikerberg www.lalique.com LES MILLIONNAIRES Zurich www.millionnaires.ch M-WATCH Zurich www.mondaine.com MARC JENNI Zurich www.marcjenni.com MAURICE DE MAURIAC Zurich www.mauricedemauriac.ch MIKI ELETA (Pendules) Zurich www.eleta.ch MONDAINE Zurich www.mondaine.com MONTILIER Zurich www.montilier.com O&W Zurich www.chronotime.ch PAUL GERBER Zurich www.gerber-uhren.ch PHILIP STEIN Kilchberg www.philipstein.com SEVENFRIDAY Zurich www.sevenfriday.com SWAROVSKI Männedorf www.swarovski.com TORSO Zurich www.torsoswiss.ch URBACH Zurich www.urbach.ch WEINBECK Zurich www.weinbeck.ch WERENBACH Zurich www.werenbach.ch XEMEX Zurich www.xemex.ch ZASPERO Regensdorf www.zaspero.com

THURGOVIE ANDREAS STREHLER Sirnach www.astrehler.ch HANHART Diessenhofen www.hanhart.com

Liste non contractuelle

VALAIS WEST-END Leytron www.westendwatchco.ch VAUD ADRIANO VALENTE Lausanne www.adrianovalente.com ALAIN SAUSER CRÉATION Chamby www.alainsauser.ch ALFRED ROCHAT - AROLA Les Bioux www.arola-alfred-rochat.ch ANONIMO Chavannes-de-Bogis www.anonimo.com ARCADIA Versoix www.arcadiageneve.ch AUDEMARS PIGUET Le Brassus www.audemarspiguet.com BLANCPAIN (Swatch Group) Paudex www.blancpain.com BREGUET (Swatch Group) L'Abbaye www.breguet. com C3H5N3O9 Gand www.c3h5n3o9.com CHAUMET (LVMH) Nyon www.chaumet.com CHRISTIAN JACQUES Lausanne www.christian-jacques.com CLAUDE MEYLAN Le Pont www.claudemeylan.ch

Pour des informations complètes sur toutes les marques suisses et internationales, consultez www.europastar.com/brand-index

EUROPA STAR PREMIÈRE 25 route des Acacias, P.O. Box 1355, CH-1211 Genève 26 / Suisse / Tel: +41 22 307 78 37 / Fax: +41 22 300 37 48 / contact@europastar.com Rédaction: Pierre Maillard: pmaillard@europastar.com, Serge Maillard: smaillard@europastar.com, Ashkhen Longet (digital): longet@europastar.com Publicité, Marketing & Communication: Marianne Bechtel (Bab-Consulting): mac@bab-consulting.com tél. +41 79 379 82 71, Nathalie Glattfelder: nglattfelder@europastar.com, Véronique Zorzi: vzorzi@eurotec-bi.com, Catherine Giloux: cgiloux@europastar.com, Jocelyne Bailly: jbailly@europastar.com, Ashkhen Longet: longet@europastar.com, Myriam Laugier (Force Promotion), mlaugier@force-promotion.ch tél. +41 22 343 02 02 Graphisme: Alexis Sgouridis: asgouridis@europastar.com Direction du groupe Europa Star HBM: Philippe Maillard Éditeur: Serge Maillard Les publications du groupe Europa Star HBM: Europa Star Global, Europa Star Première, Watch Aficionado, Watches for China, Eurotec & Bulletin d’informations Sites web & iPad du groupe Europa Star HBM: www.europastar.ch, www.europastar.com, www.watches-for-china.com, www.watches-for-china.cn, www.watch-aficionado.com, www.horalatina.com, www.europastar.es, www.europastarwatch.ru, www.cijintl.com, www.worldwatchweb.com, www.eurotec-online.com • Les propos exprimés par les auteurs n’engagent que ces derniers. UNE PUBLICATION D'EUROPA STAR HBM SA. Abonnements: CHF 50, www.europastar.com/subscribe EUROPA STAR, MANUFACTURE ÉDITORIALE HORLOGÈRE DEPUIS 1927


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