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Jean-Paul BAILLY

Edito Avec le lancement de l’Euromed Postal, le pari engagé il y a maintenant un peu plus de 18 mois par le Groupe La Poste, en partenariat avec neuf postes organisatrices (Algérie, Égypte, Espagne, Grèce, Italie, Maroc Portugal et Tunisie) réunies au sein d’un comité de pilotage, a, de l’avis de tous les participants de la conférence de Marseille, été réussi. Cette manifestation qui a réuni plus de 500 participants originaires de 28 pays, a ainsi démarré une initiative originale d’ouverture et de dialogue sur des thèmes retenus collectivement par le comité de pilotage. La démarche visait à construire un espace d’échanges pour le rapprochement des opérateurs postaux des deux rives de la Méditerranée, pour la mise en commun d’outils et de méthodes de travail, et l’élaboration de produits et services labellisés. Ce sont les interventions et débats qui sont aujourd’hui rassemblés dans leur intégralité dans ce document que j’ai le plaisir de mettre entre vos mains. Vous y trouverez toute la richesse des échanges que nous avons eus pendant la journée et demi de travaux qui nous a réunis, dans le cadre prestigieux du Palais du Pharo, en séances plénières, tables rondes et ateliers. Le travail en ateliers notamment, va être le ferment d’actions concrètes qui seront développées, adaptées et lancées par les opérateurs postaux. Ces actions vont contribuer à renforcer les

liens qui se sont créés, au bénéfice des populations et clients de la zone Euromed, appelée à devenir, à l’heure de la mondialisation, un réservoir de croissance. Le souhait, partagé par les tous les partenaires, est de s’engager dans une démarche de long terme. La conférence de Marseille, premier Euromed Postal d’une série qui devrait être longue, marque la fondation d’une initiative qui va se prolonger pour créer une véritable communauté postale euro méditerranéenne, dont la forme et la structure juridique restent à définir. L’objectif commun visé est, n’en doutons pas, de positionner les opérateurs postaux comme des acteurs majeurs pour accompagner le formidable développement des échanges qu’on y attend. Enfin pour la suite, à l’heure de la mise sous presse de ce relevé des débats, je me réjouis tout particulièrement de la proposition de la poste égyptienne pour prolonger en 2008-2009 la démarche que nous avons initialisée à Marseille, sa continuité se voyant ainsi garantie. Nous nous retrouverons donc avec plaisir dans ce pays méditerranéen riche d’une si magnifique histoire, mais aussi résolument tourné vers son futur.


Sommaire

Palais du Pharo, Marseille


Sommaire Lundi 9 juillet 2007

1 Ouverture de la conférence

p 5

Discours de Madame Elske PALMIERI Adjointe au Maire de Marseille

p 6

Discours de Jean-Paul BAILLY Président du Groupe La Poste

p 8

Discours de Edouard DAYAN Secrétaire Général de l’Union Postale Universelle

p 10

Enjeux et perspectives d’Euromed par Olivier PASTRÉ Professeur à l’Université Paris VIII

p 13

2 Tables rondes

p 17

La convergence réglementaire

p 18

L’argent des migrants

p 28

L’offre commune aux PME

p 39

La sécurité

p 46

3 Fin de la première journée La vision régionale de l’Euromed par Michel VAUZELLE Président de la Région Provence Alpes Côte d’Azur

p 57 p 58

Conclusion des travaux de cette journée par Jean-Paul BAILLY p 62 Président du Groupe La Poste

Mardi 10 juillet 2007

4 Synthèse des ateliers réunis le 9 juillet

p 65

L’argent des migrants

p 66

La diversification du réseau des bureaux de poste

p 72

Le développement des services aux PME

p 76

5 L’Euromed Postal dans l’espace méditerranéen de demain Jean-Louis GUIGOU

p 83

6 Clôture de la conférence Georges LEFEBVRE

p 91

Délégué Général de L’Institut de Prospective Économique du Monde Méditerranée

Directeur Général du Groupe La Poste

p 84

p 92


Lundi 9 juillet 2007


Ouverture de la conférence Discours de Madame Elske PALMIERI

p 6

Discours de Jean-Paul BAILLY

p 8

Discours de Edouard DAYAN

p 10

Enjeux et perspectives d’Euromed par Olivier PASTRÉ

p 13

Adjointe au Maire de Marseille Président du Groupe La Poste

Secrétaire Général de l’Union Postale Universelle Professeur à l’Université Paris VIII


Ouverture de la conférence

Discours de Madame Elske PALMIERI Adjointe au Maire de Marseille

Didier ADÈS Bonjour à tous. Nous sommes plus de 500 réunis aujourd’hui, en provenance de 28 pays. Vos responsabilités sont immenses mais ne sont pas toujours bien perçues. En effet, vos métiers semblent tellement naturels que l’on oublie qu’ils puissent se heurter à des problèmes. Pourtant ces problèmes sont nombreux et vont se développer du fait de l’avancée des technologies et de l’exigence sans cesse croissante des utilisateurs. Accueillons nos premiers intervenants pour donner le coup d’envoi de cette conférence Euromed Postal. Merci Madame d’être avec nous. Je voudrais signaler que, bien qu’adjoint au Maire, vous n’êtes pas française. Elske PALMIERI Je suis néerlandaise de naissance, mais marseillaise de cœur. Didier ADÈS Merci de nous accueillir au nom du Sénateur Maire.

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Elske PALMIERI Monsieur le Président du Groupe La Poste, Monsieur le Directeur général du Bureau international de l’Union Postale Universelle, Mesdames et Messieurs, bonjour. Au nom du Sénateur Maire de Marseille, Monsieur Jean-Claude Gaudin que j’ai l’honneur de représenter à l’occasion de cette première conférence des Postes euro méditerranéennes, je vous souhaite la bienvenue à Marseille. Jean-Claude Gaudin est retenu par des obligations politiques et vous prie de bien vouloir l’excuser pour son absence. Il souhaitait par mon intermédiaire vous témoigner son attachement et celui de notre ville à renforcer les liens qui unissent l’Union européenne au bassin méditerranéen. Marseille, ville ouverte et riche de 26 siècles d’échanges, passerelle entre l’Union européenne et ses partenaires méditerranéens, s’est engagée depuis de nombreuses années en faveur du rapprochement des deux rives de la Méditerranée. Les sommets de l’Investissement en Méditerranée qui se sont déroulés en 2005 et 2006 dans la cité phocéenne ou la perspective de la Semaine Economique de la Méditerranée qui aura lieu en novembre prochain dans notre ville, témoignent de l’engagement fort de Marseille dans le développement de la coopération méditerranéenne. Nous sommes ici convaincus que l’Union européenne et les pays de la Méditerranée ont un avenir commun. Un avenir pour lequel nous devons partager des ambitions et des moyens. Ces ambitions sont aujourd’hui consacrées par la politique européenne de voisinage qui, dotée d’un budget de plus de 2 milliards d’euros, permet à l’Union européenne de mettre en place des actions avec nos pays partenaires du bassin méditerranéen dans les domaines politiques, culturels et économiques. L’Europe doit regarder vers le sud, après avoir concentré son action sur l’est et fait son élargissement à 27 Etats membres. Cet élargissement était une étape politique majeure dans la vie de l’Union européenne et sa réalisation témoigne de l’attractivité de la zone européenne. Toutefois, cet espace de paix, de stabilité et de prospérité que nous construisons en Europe doit dépasser nos frontières et s’étendre le plus loin possible. C’est notre plus vif souhait


Ouverture de la conférence

Elske PALMIERI

pour les pays du bassin méditerranéen. Et nous devons associer nos progrès et nos programmes. Ainsi notre coopération doit être institutionnelle et politique. Mais elle doit bien entendu aussi concerner le secteur privé et le développement économique et social. Dans cette perspective, les Postes euro méditerranéennes ont un rôle crucial à jouer, et cette première conférence illustre votre volonté d’être des acteurs à part entière dans cette coopération étendue au secteur privé. Nous savons bien que l’émancipation économique des PME et PMI est fortement conditionnée par le développement des opérateurs postaux et nous mesurons toute l’importance des travaux que vous allez effectuer à Marseille. Ces travaux porteront certainement sur une autre mission dont les Postes sont dépositaires. Je veux parler de la mission de service universel qui permet l’acheminement du courrier sur l’ensemble d’un territoire. Cette mission participe activement à la cohésion territoriale et à l’égalité d’accès des citoyens à de nombreux services. C’est dire si les Postes peuvent être à la base du développement économique et culturel de nos sociétés et de leur rapprochement. Votre mission reste ainsi très stratégique et conditionne souvent d’autres réussites et d’autres succès. Vous me permettez d’ailleurs de relever qu’à l’heure où le parlement européen est sur le point d’acter la libération des services postaux européens en 2011, les postes européennes se sont attachées à défendre leur conception du service universel, et ce avec un souci constant de protection des intérêts de leurs clients. Cette première conférence internationale des Postes européennes et euro méditerranéennes sera certainement pour vous l’occasion de faire l’analyse des avantages et des inconvénients du nouveau cadre réglementaire européen dont le vote en première lecture aura lieu demain au parlement européen. Ce changement à venir aura certainement des incidences sur vos travaux et nourrira probablement une partie de vos débats. Il ne doit cependant pas masquer l’importance de poursuivre le rapprochement des pays des deux rives de la Méditerranée. Un objectif auquel les Postes dans l’exercice de leur mission contribuent pleinement. Avant de laisser la parole à Monsieur Jean-Claude Bailly, que je remercie chaleureusement de son invitation, je voudrais le remercier d’avoir choisi Marseille pour accueillir cette première conférence. Je vous souhaite également un agréable séjour dans notre belle cité phocéenne. 7

Je vous remercie beaucoup.


Ouverture de la conférence

Discours de Jean-Paul BAILLY Président du Groupe La Poste

Bonjour et merci à tous d’être venus si nombreux pour participer à cette conférence. Permettez-moi de saluer particulièrement Mme Elske Palmieri, conseillère municipale de la Ville de Marseille, Edouard Dayan, et tous les plus hauts dirigeants des neuf Postes partenaires. Je souhaite également remercier les participants qui ont su prendre du temps sur leurs importantes fonctions quotidiennes pour assister à cette première, ainsi que les nombreux intervenants qui apporteront leur expérience, leurs idées et leurs questions au sujet des thèmes traités durant ces deux journées. Enfin je remercie tous ceux qui ont contribué à l’organisation de cette première conférence internationale. Je voudrais dire aussi notre satisfaction d’ouvrir cette manifestation importante à Marseille, premier port de la Méditerranée et plus ancienne ville de France. La cité phocéenne a toujours constitué au long de ses 2 600 ans d’histoire un irremplaçable trait d’union entre l’Europe et le monde méditerranéen. Cette conférence est organisée à l’initiative des neuf Postes méditerranéennes et elle est la première manifestation de la volonté commune née au printemps 2006 de renforcer leur coopération sur une zone appelée à connaître un fort développement dans les prochaines années. Développement que les Postes ont la volonté d’accompagner durablement en jouant leur rôle d’intermédiaires majeurs pour les échanges physiques, financiers et électroniques. 8

Acteurs économiques, sociaux et territoriaux, les opérateurs postaux sont des intermé­ diaires de premier plan dans la vie et le développement de leur pays. Ils peuvent engager


Ouverture de la conférence

Cette conférence est organisée à l’initiative des neuf Postes méditerranéennes …

Jean-Paul BAILLY

Jean-Paul BAILLY

les sociétés sur la voie du développement durable grâce à la nature de leur métier, à la diversité des populations qu’ils touchent, à leur rôle auprès des entreprises et à leurs res­pon­sabilités sociétales. Plus généralement, les Postes peuvent insuffler une dyna­mique de développement dans leur pays et engager des processus d’innovations. Pour y parvenir, les opérateurs postaux se doivent de partager leurs savoir-faire, leurs expériences et leurs expertises. Ce rapprochement est créateur de synergie et s’inscrit dans la volonté de renforcer les partenariats économiques dans les pays du pourtour de la Méditerranée. Face au grand nombre de champs de coopération potentielle et aux défis à relever dans cette optique s’est créé un comité de pilotage rassemblant les neuf Postes, dont l’objectif a été de promouvoir une plateforme d’échanges dans les services postaux. Il a aussi préparé le travail qui sera effectué dans cette conférence. Quatre thèmes importants feront l’objet d’une table ronde : la convergence règlementaire, à travers la possibilité pour les Postes du sud de s’inspirer de la régulation à l’européenne du service universel ; l’argent des migrants et les solutions que les Postes peuvent mettre en œuvre ; l’offre des Postes aux PME dont le dynamisme constitue un moteur de croissance important ; la sécurité dans le contexte international actuel. Je suis persuadé que ce type d’échanges portant sur des projets concrets et développant les rapprochements humains permettra au processus de Barcelone de fonctionner et à la zone économique euro méditerranéenne de se matérialiser. Je vous souhaite une conférence particulièrement fructueuse et vous remercie de votre attention.

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Ouverture de la conférence

Discours de Edouard DAYAN

Secrétaire Général de l’Union Postale Universelle

Depuis les débuts de l’humanité la communication n’a cessé de se développer. Seules les techniques changent. Les opportunités les plus importantes s’ouvrent donc au secteur postal. C’est avec une grande joie et une grande fierté que je suis parmi vous pour l’ouverture de cette conférence. Je tiens à remercier et à saluer la Poste et son Président pour cette initiative exceptionnelle qui fera date. Marseille a été un choix naturel pour accueillir un tel évènement, puisque point de rencontre du monde méditerranéen et de l’Europe, ville qui symbolise le port d’entrée et parfois d’adoption de migrants venus de toute la Méditerranée. Etre ici me touche particulièrement, en tant qu’ancien Directeur des affaires européennes et internationales de la Poste, mais aussi en tant que citoyen des deux rives de la Méditerranée qui a débarqué à Marseille le 3 décembre 1961 en provenance d’Oran. Le dialogue euro méditerranéen lancé notamment par la déclaration de Barcelone en 1995 a pris la forme d’un véritable partenariat économique et politique entre les pays membres de l’Union européenne et les pays du bassin méditerranéen. Ce partenariat a pour but la sécurité, la paix et la construction d’une zone de prospérité économique et de dialogue entre les peuples. La rencontre qui débute aujourd’hui a toute sa place dans ce processus et l’U.P.U. se devait d’en être un partenaire naturel. Les services postaux constituent un levier important pour le rapprochement des pays des deux rives dans le développement des communications et l’essor des échanges économiques. Autant d’objectifs que l’U.P.U., agence spécialisée des Nations unies, partage, soutient et aide à atteindre. Chacun des thèmes abordés doit trouver des réponses au niveau international. L’UPU qui regroupe l’ensemble des acteurs du secteur postal constitue le forum de discussions privilégié pour créer les conditions propices au développement des services postaux.

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Cette conférence est l’illustration de la dynamique régionale, réalité que notre secteur ne peut ignorer et sur laquelle il peut bâtir des opportunités de développement. L’UPU a fondé depuis 2005 ses actions autour d’une approche régionale. Cela est nécessaire dans un environnement globalisé et dans un contexte de développement des échanges internationaux. Notre approche vise à répondre aux besoins spécifiques du secteur postal de chaque région. D’ici fin 2007 nous aurons mis au point avec les gouvernements et les institutions postales régionales des plans de développement régionaux couvrant quasiment l’ensemble des régions du globe. Notre approche est flexible, et n’est pas nécessairement liée à une réalité continentale. Il s’agit de mettre en œuvre autour d’objectifs concrets les actions de développement du secteur postal : amélioration de la qualité de service ; mise en place de cadres réglementaires adaptés ; développement des services financiers ; information ou accès aux nouvelles technologies. Tant par le dialogue régional qui la sous tend que par son contenu, la conférence nous aidera à progresser ensemble sur des enjeux majeurs pour notre secteur. Les quatre thèmes abordés aujourd’hui doivent être envisagés dans leur dimension internationale.


Ouverture de la conférence

Permettez-moi de revenir sur la régulation et sur les transferts de fonds des migrants. Le premier thème que la conférence abordera est celui de la régulation, c’est-à-dire l’organisation des marchés postaux. Au niveau européen, le marché intérieur s’est construit depuis 1997 sur une approche équilibrée entre ouverture graduelle et maîtrisée des marchés à la concurrence et mise en place d’un service universel de haute qualité, abordable et accessible à tous. Le bilan que nous pouvons faire de ce processus est positif pour la qualité de service et la clarification des fonctions entre gouvernements, opérateurs chargés du service universel et autorités de régulation. Les opérateurs postaux européens ont mis en place une nécessaire coopération pour la fourniture du service universel, tout en devenant des entreprises efficaces, rentables et dynamiques ouvertes à l’international. Cette même politique d’équilibre préconisée au niveau européen inspire la communauté postale mondiale. L’U.P.U. a fait du service universel mondial une de ses principales priorités. Des questions restent cependant en suspens. Pourquoi et comment financer le service universel de manière stable et durable ? Pourquoi et comment dans les relations transfrontières encourager les opérateurs du service universel qui seront en total concurrence à coopérer afin d’assurer la couverture du service universel à tout citoyen ou à toute entreprise ? La question du comment est régulièrement posée, comme si le service universel était un poids ou une contrainte. Pourtant il apparaît clairement que le service universel est un vecteur de développement économique et d’intégration des marchés en particulier à l’ère du commerce électronique. L’UPU s’investit dans l’ère économique et le commerce numérique, qui pourraient permettre l’essor des services postaux et des échanges sur la toile. Ce rôle des services postaux comme facilitateur des échanges et du commerce est désormais reconnu au niveau international, notamment par l’Organisation Mondiale du Commerce avec laquelle l’U.P.U. travaille étroitement. Aucune solution d’organisation des marchés postaux n’est applicable partout de manière uniforme. Les réalités géographiques, culturelles, les structures économiques et le niveau d’intégration sont variables. Chaque pays et chaque région ont leurs spécificités qu’aucun modèle de régulation préétabli ne peut ignorer. L’U.P.U. conseille et guide ses pays membres en toute impartialité afin que le cadre réglementaire appliqué soit le plus adéquat possible. L’U.P.U. engage un partenariat avec les gouvernements intéressés au travers d’un plan intégrant tous les aspects de l’organisation du secteur postal dans le pays donné. Ce plan permet au pays de se doter de principes d’organisation et d’une politique de développement. Ce plan guide également les pays dans la réforme de leur marché et des structures postales. Ce processus est engagé depuis 2005 avec déjà plus d’une trentaine de gouvernements. Concernant les transferts d’argent des migrants, ils représentent un enjeu majeur pour la communauté internationale et pour les opérateurs économiques impliqués. D’après les estimations de la Banque mondiale, ce sont 276 milliards de dollars qui ont été envoyés en 2006 par les migrants dans leur pays d’origine. Le montant moyen d’un transfert est de l’ordre de 200 dollars. Cela ne comptabilise bien sûr pas les transferts effectués par les canaux officieux. Pour la région méditerranéenne, la Banque européenne d’investissement estime à 16 milliards d’euros les transferts de l’Europe

Edouard DAYAN

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Ouverture de la conférence

Edouard DAYAN

vers les pays du pourtour méditerranéen. Ce mouvement est en croissance constante et représente donc un formidable levier de développement pour les pays bénéficiaires, mais aussi pour les structures de transferts de fonds dont les opérateurs postaux font partie. Les services postaux ont en effet un rôle à jouer en proposant des services plus accessibles, plus sûrs et moins coûteux. L’U.P.U. agit auprès des grands bailleurs de fonds pour faire connaître les solutions que le secteur postal propose. Nous agissons de même auprès des organisations internationales et des décideurs internationaux. Au côté de nos pays membres, notre objectif est de construire un réseau mondial de transferts de fonds électroniques interconnectant les opérateurs postaux et s’interfaçant avec les systèmes existants. Cette construction s’articule autour des principaux corridors de migration. L’engagement de partenaires tels que la Poste nous permet d’avancer rapidement et de connecter de plus en plus de pays. A la fin de l’année, nous aurons raccordé au minimum 55 pays et ouvert 120 corridors. Cet effort doit s’accompagner d’une politique de communication au niveau national pour développer le service et le faire connaître aux clients. Cette conférence illustre la place qu’occupent les services postaux dans les relations entre pays du bassin méditerranéen. Elle constitue une première étape importante dans la mise en place d’un partenariat au service du développement des échanges entre pays de la région. L’U.P.U. est fière d’être associée à une telle initiative qui prend une dimension exceptionnelle. Je vous souhaite une excellence conférence et pleine réussite dans votre avenir.

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Ouverture de la conférence

Enjeux et perspectives d’Euromed par Olivier PASTRÉ

Professeur à l’Université Paris VIII, Economiste, membre du Cercle des Economistes

Didier ADÈS Vous êtes professeur d’université à Paris VIII et acteur économique engagé dans le secteur bancaire et la banque d’investissement en Tunisie en particulier. Cette double casquette vous donne un regard volontariste et constructif, mais aussi cette nécessité d’expliquer et de motiver. Parlons du mode d’emploi de cet espace et des conseils pour réussir l’Euromed Postal. Olivier PASTRE Je ne suis pas d’un optimisme fou, mais certains éléments positifs doivent être mis en relief. Avant toute chose, je voudrais rendre hommage à Jean-Paul Bailly qui est à l’origine de cette initiative. Je pense que l’Euro Méditerranée se fera par ce type de passerelle professionnelle. Je vais faire un peu de publicité au Cercle des économistes en introduction de mon exposé. Nous avons clôturé les 7èmes rencontres d’Aix hier, et dans notre déclaration finale nous nous sommes autoproclamés meilleurs économistes du monde. Cette année notre réflexion a porté sur le thème: « Quel capitalisme du 21ème siècle ? ». Nous en sommes sortis avec la certitude que les formes de capitalismes sont diverses et que chaque zone a ses spécificités qui nécessitent des modes de gouvernance spécifique.

Olivier PASTRÉ

La Méditerranée est une terre de contrastes et l’Euro Méditerranée est un univers de contrastes. Le Président de la République a décidé de faire de la Méditerranée un point central de sa politique. Il va d’ailleurs se rendre dans les pays du Maghreb dans les jours qui viennent, et cette volonté politique est importante. Par ailleurs, du côté des déceptions, on ne peut pas dire que la gouvernance européenne soit convaincante, même si elle s’améliore. Sa politique méditerranéenne n’est pas structurée et il reste de nombreux progrès à faire. Du côté du sud, on vient de découvrir que les pays du Moyen-Orient représentent 500 milliards de dollars d’investissement potentiels, qui jusqu’à présent étaient assez largement placés en bons du trésor américains. Il faut maintenant canaliser ces capitaux. Une autre déception porte sur le fait que depuis 15 ans nous rêvons à l’Union arabe, et cette dernière ne se fait toujours pas. Ma présentation a pour but de vous donner des éléments pour enrichir vos débats. Je vais distinguer cinq pièges à éviter et cinq défis à relever. Les pièges Premièrement, je ne crois pas que l’Euro Méditerranée ait tellement besoin d’argent. L’Europe a clairement fait le pari de l’est contre le sud. Si nous comparons les investissements faits en Europe de l’est à ceux du sud de la Méditerranée, nous constatons une disproportion importante. Pour autant, je ne crois pas que la solution passe aujourd’hui uniquement par l’injection de capitaux. Il en faut, mais la différence ne se jouera pas à ce niveau.

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Ouverture de la conférence

Deuxièmement, le piège est de ne pas croire en l’intégration régionale. L’Asie et l’Amérique latine émergent parce qu’elles se sont intégrées régionalement. Or à horizon raisonnable je ne vois pas de force politique d’intégration au sud de la Méditerranée. Troisièmement, il ne faut pas tout attendre du politique. Si la volonté euro méditerranéenne du Président de la République est une bonne chose, je ne suis pas sûr qu’elle suffise à enclencher la dynamique. Je penche en faveur d’une politique de bottom-up qui part d’initiatives individuelles dont l’articulation crée un résultat au niveau macroéconomique. Je suis assez déçu par le processus de Barcelone qui n’a pas été un accélérateur. Nous devons tirer les leçons de cette expérience et nous ancrer dans des projets concrets qui feront avancer le processus. Quatrièmement, il ne faut pas donner uniquement la priorité au commerce car l’Euro Méditerranée doit être plus qu’un espace commercial. En effet, ce n’est pas au niveau commercial que les projets se monteront durablement. Les investissements directs étrangers sont indispensables et permettront la création d’institutions. Enfin, cinquièmement, les grands projets ne doivent pas monopoliser l’attention. S’il en faut, il est également indispensable de réaliser que l’avenir d’Euromed passe par les PME et les petites structures. Il n’existe peut-être pas encore suffisamment d’instruments pour favoriser les échanges et les investissements directs étrangers dans ce domaine. Les défis Une fois ces pièges évités, il est possible de se tourner de manière plus optimiste vers l’avenir et de relever cinq défis. Le premier concerne la fracture numérique. Je suis toujours fasciné de constater que lorsque les grandes entreprises françaises se délocalisent en matière de technologies, elles se tournent vers Bangalore alors qu’elles disposent juste en face de main-d’œuvre adaptée pour ce type de réorganisation spatiale. Si nous ne faisons pas le pari de l’intégration numérique, je crains que cette fracture ne se creuse.

Aux Postes du nord d’investir et aux Postes du sud d’inventer.

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Olivier PASTRÉ


Ouverture de la conférence

Le deuxième défi est relatif à l’épargne des résidents méditerranéens à l’étranger. Je précise que le seul pays à avoir fait le pari de la collecte de cette épargne est le Maroc. Il faut aider les autres pays qui sont très en retard. De plus, il faut être conscient que les résidents méditerranéens à l’étranger ne sont pas homogènes, afin de créer un produit pour chaque type de clientèle. La Poste doit être à l’avant-garde de ces nouveautés puisqu’elle est la mieux placée pour canaliser intelligemment cette épargne. Cependant, d’autres banques ont découvert l’existence de cette masse de capitaux et se jettent dans la bataille. Le troisième défi consiste à créer des réseaux et des canaux entre l’épargne et les investissements aussi bien au nord qu’au sud de la Méditerranée. Il en va de même pour les micros crédits. De ce fait, je pense qu’il faut accélérer la création d’une Institution bancaire méditerranéenne. Le quatrième défi concerne l’Afrique subsaharienne. Il existe dans ce domaine énormément de potentiel de coopération qu’il faut envisager si nous ne voulons pas nous faire doubler par les chinois. Enfin, le cinquième défi se base sur le capital humain. Dans ce domaine il faut intensifier les flux et les formations, et créer des passerelles. Ce sont les hommes qui ont fait la Méditerranée et ils continueront à la construire. En conclusion, permettez-moi d’effectuer quelques remarques. Tout d’abord, si nous ne faisons pas l’Euro Méditerranée, nous rencontrerons d’importantes difficultés liées à la situation géopolitique. Il y a donc un devoir impérieux d’accélérer le processus d’intégration. Ensuite, je pense que c’est une très bonne idée d’avoir choisi Marseille pour ces travaux car cette ville joue un rôle éminent dans les liens avec la Méditerranée, et nous devons tout mettre en œuvre pour qu’elle le joue davantage. De plus, j’ajoute que je crois beaucoup aux institutions, et je pense qu’Euromed Postal devrait se doter d’une institution pérenne. Enfin, les Postes ont un rôle moteur à jouer dans l’intégration euro méditerranéenne. Aux Postes du nord d’investir et aux Postes du sud d’inventer. Merci

Olivier PASTRE ?

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Lundi 9 juillet 2007


Tables rondes La convergence réglementaire

p 18

L’argent des migrants

p 28

L’offre commune aux PME

p 39

La sécurité

p 46


Tables rondes

La convergence réglementaire Table ronde 1

Eng. Alaa FAHMY, Président, Egypt Post - Egypte Marc-André FEFFER, Directeur général délégué chargé de la Stratégie et de l’innovation, du développement international, de la régulation, du juridique et des systèmes d’information, Groupe La Poste - France Agostinho FRANCO, Responsable des services postaux, ANACOM - Portugal Nasr HAJJI, ancien Secrétaire d’Etat du Maroc chargé des Postes, des télécommunications et des technologies de l’information, Professeur à l’Institut National des Postes et Télécom de Rabat - Maroc Bror Anders MANSSON, Fondateur et Président, Citymail - Suède Nigel STAPLETON, Président POSTCOMM - Royaume-Uni Joëlle TOLEDANO, Membre du Collège, ARCEP - France

Didier ADÈS Je vous demande d’accueillir nos interlocuteurs. Nous constatons qu’il est effectivement plus pratique de parler un langage commun autour de la Méditerranée et pour cela il faut essayer de trouver des règles communes. Mais avant d’aborder cette vision d’ensemble, il faut regarder chez soi comment les choses sont organisées. La question est donc de savoir si une autorité de régulation est nécessaire dans une situation de monopole. Madame Toledano, selon vous, a-t-on vraiment besoin d’une autorité de régulation dans un pays où il existe un acteur unique qui dépend de l’Etat ? Joëlle TOLEDANO L’expérience de l’ensemble des industries de réseau me fait dire que cette question n’est pas simple. Nous avons eu – en dehors du secteur postal – un certain nombre de bilans effectué en partie par la Banque mondiale sur le grand mouvement de réformes des industries de réseau des années 1990. Nous nous sommes aperçus que les résultats obtenus dans les pays industrialisés étaient souvent positifs. En revanche, dans les pays en développement, nous nous sommes aperçus qu’il fallait adapter les politiques et se reposer un certain nombre de questions. Globalement, les diagnostics sont plus mitigés dans l’électricité et les transports que dans les télécoms. Pour en revenir au secteur postal, nous avons dans les pays industrialisés deux modèles assez concluants : celui des Etats-Unis et celui de la grande politique de libéralisation européenne qui inclut un régulateur indépendant. Concernant les pays en voie de développement, il n’y a quasiment pas eu de politique de réforme organisée et la réponse ne se situe donc pas uniquement dans la création d’un régulateur indépendant, mais dans l’ensemble des politiques qui doivent être menées sur ces sujets. Didier ADÈS Monsieur Fahmy, pensez-vous qu’une autorité est indispensable dans un pays comme le vôtre ? Estimez-vous qu’elle permette l’amélioration des performances des services postaux ?

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Alaa FAHMY J’étais Président de l’entité de réglementation des communications où j’ai beaucoup appris. La Poste fait partie du secteur des communications en général. La règlementation


Tables rondes

des communications m’a fait prendre conscience que les bénéficiaires sont au nombre de trois : tout d’abord l’Etat qui fournit les services aux citoyens, puis le citoyen et enfin le fournisseur de services. Il faudra donc établir un équilibre entre ces trois types d’acteurs. L’autorité de régulation est l’organe le plus à même d’atteindre ces objectifs. L’industrie postale est particulière car il s’agit d’une industrie de services et non de communications, c’est-à-dire que les services postaux fournissent également des services sociétaux. Une entité de règlementation permettra d’établir un certain équilibre entre les différents acteurs, tout en s’adaptant aux spécificités de chaque pays et de chaque institution. Nasr HAJJI Je pense que vous posez un problème important : celui de l’autorité de régulation. Madame Toledano a indiqué qu’il existait un problème de cadre organisé. Dans mon pays, la loi 24/96 adoptée en 1997 fixait un cadre règlementaire très précis sur les télé­coms et le secteur postal. Dans les deux cas nous partons d’un monopole, mais il est vrai que dans les télécoms nous avons avancé beaucoup plus vite. Cependant, l’objectif n’est pas le même. En effet, pour la Poste je ne pense pas que le monopole public ait vocation à être privatisé; il doit devenir compétitif dans un environnement libéralisé. Cette vision pose le problème de l’autorité de régulation qui coexistera alors avec une entreprise publique. Il faut obligatoirement que cette autorité de régulation soit indépendante des services publics.

Bror Anders MANSSON

Didier ADÈS Cette autorité de régulation va être un facteur d’autorité, mais aussi d’indépendance et d’exigence. Elle représente donc un plus pour les nouvelles entreprises qui vont devoir venir se tailler leur propre place. En Suède, comment cela s’est-il passé lorsque vous avez créé Citymail ? Votre option a été stratégique puisque vous avez saisi le cœur de marché où se trouvaient les clients. Bror Anders MANSSON Je suis acteur d’un marché libéralisé, et après 17 années de dérèglementation en Suède, je peux dire que tout fonctionne à peu près bien. Ce marché postal ne diffère pas des autres, et je m’étonne d’entendre l’inverse. En Suède, notre programme pilote a très bien fonctionné et nous possédons un des meilleurs services postaux d’Europe. Je voudrais insister sur le fait que le secteur postal est un des secteurs les plus importants du monde. Cependant, nous sous-estimons la force et la connaissance de ce que nous pouvons faire. En libéralisant, nous envoyons des signaux à d’autres domaines d’activités qui ne sont pas formés à travailler sur un marché ouvert. Il est impossible que vous soyez fiers de votre travail si vous n’êtes pas considérés comme compétents. Cet état d’esprit dans le monde postal démontre la nécessité d’une dérèglementation rapide. Le service postal français est un des meilleurs du monde, mais il ne faut pas attendre avant d’ouvrir le secteur à la concurrence. Didier ADÈS Monsieur Stapleton, vous dites que la concurrence profite déjà aux grands émetteurs de courrier grâce à l’amélioration des services de compétitivité et grâce aux tarifs. De

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Tables rondes

Didier ADÈS (animateur) - Bror Anders MANSSON - Nasr HAJJI - Agostinho FRANCO - Joëlle TOLEDANO - Nigel STAPLETON - Marc-André FEFFER - Eng. Alaa FAHMY

La confrontation des expériences est très enrichissante.

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Nasr HAJJI


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plus, vous rejetez la suggestion selon laquelle l’ouverture à la concurrence menace le service universel au Royaume-Uni. Nigel STAPLETON Je pense qu’une industrie du courrier doit changer pour croître. Nous avons vu des exemples de changements aux Pays-Bas et en Allemagne par la privatisation. En Grande-Bretagne, les changements se sont opérés grâce à la concurrence. Ce changement est certes douloureux, mais le service universel reste profitable et les clients ont le choix. Au fur et à mesure que la concurrence se développe, nous réduirons la règlementation. Mais elle est nécessaire dans la phase transitoire pour protéger le client des abus. Didier ADÈS Quel est le mode d’emploi d’une telle régulation ? Quel est le profil type du bon régulateur ? Joëlle TOLEDANO Un bon régulateur doit d’abord s’inscrire dans le cadre législatif qui lui est proposé. Selon les pays, il aura des objectifs différents en fonction des situations économiques qui sont très variées. Par exemple, aux Etats-Unis 700 lettres sont envoyées par an et par habitant, alors qu’elles ne sont que 100 à 200 dans l’Union européenne, et moins d’une vingtaine dans les pays du bassin méditerranéen. Sans un certain niveau de trafic, la libéralisation cassera un processus de création d’économies d’échelle et sera défavorable au marché. Je crois donc qu’un régulateur dans les pays en développement devra chercher la meilleure méthode pour permettre le développement du trafic. Les régulateurs cherchent tous une bonne qualité de service et des tarifs abordables, mais les mises en œuvre seront différentes selon la situation économique du pays et de sa Poste.

Joëlle TOLEDANO

Agostinho FRANCO Je suis tout à fait d’accord avec ce qui vient d’être dit. Il faut prendre en compte les aspects spécifiques de chaque pays pour appliquer les principes, mais également l’attente et les besoins de l’opérateur de services et de l’utilisateur. Quelle que soit l’origine de cet organisme de régulation, il est très important d’intervenir quand cela est nécessaire. Il ne faut pas prendre de décisions qui risquent de surprendre le marché; les décisions du régulateur doivent correspondre à des besoins de marché. Par exemple, si un fournisseur de services n’agit pas en fonction des obligations, alors le régulateur doit intervenir pour corriger cette situation. Didier ADÈS Est-ce que les utilisateurs ont leur mot à dire ? Agostinho FRANCO Oui. Les clients sont les utilisateurs et c’est pour eux que travaille l’opérateur. Vous pouvez soit promouvoir la concurrence pour avoir plus de choix, soit vous concentrer sur un opérateur, mais il faudra alors être certain que ce dernier soit en mesure d’assurer les services pour lesquels il a postulé. Au Portugal, lorsque nous avons déterminé les tarifs pour les services, nous avons écouté les associations de consommateurs avant de nous décider. Nasr HAJJI La confrontation des expériences est très enrichissante. Il faut partir d’un élément important : le client est au centre et la question du marché est fondamentale. L’objectif de libéralisation est donc fondamental dans les télécoms ou dans le secteur postal.

Agostinho FRANCO

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Didier ADÈS L’objectif fondamental est avant tout d’avoir un service le plus performant possible. Nasr HAJJI Oui, bien entendu. Mais en situation de monopole, rien ne provoque la motivation, contrairement au marché concurrentiel. Par exemple nous avions 150 000 abonnés au téléphone mobile, et l’opérateur historique justifiait cela par le pouvoir d’achat du marocain. Or en libéralisant et en proposant les bons produits, nous sommes passés à 17 millions d’abonnés. La concurrence permet d’attirer d’autres clients potentiels. La privatisation est un aspect différent du problème. Je pense que dans le domaine postal il faut conserver un opérateur public. Didier ADÈS Monsieur Feffer, faut-il selon vous privatiser et réguler ? Une autorité de régulation indépendante de l’Etat et des opérateurs est-elle le meilleur gage d’exigence ? Marc-André FEFFER L’autorité de régulation est la conséquence de l’évolution du marché et de l’offre postale. Chaque Etat doit avoir une idée précise de ce qu’il veut pour l’intérêt des consommateurs et le développement de l’économie. Historiquement, nous constatons que la régulation a plusieurs piliers et l’autorité de régulation vient aider à mettre en œuvre ces piliers. Le premier concerne les missions de service universel, en déterminant les besoins des uti­li­sateurs en termes de qualité de service et de prix abordables. Le cadre doit être fixé clairement par l’Etat, qui doit choisir entre concurrence ou monopole. Le second con­cerne l’ouverture du marché et le rythme d’ouverture. L’idéal est d’avoir une autorité indépendante qui apporte une approche économique et professionnelle. La Poste étant une entreprise d’Etat, ses objectifs sont fixés par les autorités politiques. Mais est-ce pour autant à l’Etat d’effectuer le monitoring de l’ouverture du marché ? Il semble que non et la création d’une autorité de régulation va dans ce sens. Nous attendons avant toute chose la pré­visibilité de cette autorité, qui doit être transparente, indépendante, et compétente. Sa vision économique du développement du marché et des différents acteurs constitue un élément capital. Didier ADÈS Monsieur Fahmy, suivez-vous cet avis ? Combien un égyptien reçoit-il de lettres par an ?

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Alaa FAHMY En Egypte, nous entreprenons un processus de réformes parallèles car nous croyons à la nécessité d’une autorité de régulation qui régulera tous les services. Nous avons choisi un processus progressif. Il y a environ 17 opérateurs dans le domaine postal, à travers des contrats avec le gouvernement. Il s’agit d’une première phase. Nous croyons que la régulation doit servir le marché et fournir les services les plus développés et les plus innovants. Il existera bientôt une autorité de régulation en Egypte, qui se basera sur le marché. Nous nous dirigerons vers la « light regulation » dans le cadre euro-méditerranéen. Didier ADÈS Comment fait-on pour évaluer la performance du régulateur ? Posons d’abord la question à ceux qui se trouvent dans une situation concurrentielle. Bror Anders MANSSON La discussion porte essentiellement sur la nécessité de régulation et le choix de l’Etat. Mais nous devrions aborder le sujet différemment. Nous avons appris que la plupart des activités dans le monde s’améliore lorsque le consommateur peut choisir le service qu’il souhaite. Même dans le monde postal, la concurrence est bénéfique et nous devons aboutir à un consensus sur ce point. En Suède, les politiques ont pris position pour le développement d’un marché postal ouvert à la concurrence dès 1992. Nous n’avions pas encore le cadre pour instaurer une autorité de régulation, et ça a été très dur pour Sweden Post. Maintenant le régulateur doit définir l’infrastructure pour déterminer le fonctionnement futur du marché. Je crois que l’autorité de régulation est évaluée par les consommateurs et par le fonctionnement du marché. Les sociétés postales doivent prendre position sans attendre. Il faut enlever les avocats et les lobbies pour investir dans ceux qui travaillent. Je crois dans le système public, mais il faut être très prudent dans notre approche.

Nigel STAPLETON

Nigel STAPLETON Le client est seul juge du fonctionnement de l’autorité de régulation. S’il dit que le résultat s’est amélioré, alors l’autorité a effectué correctement son travail. Seul son avis compte, puisque l’opérateur national dira toujours que le régulateur impose trop d’obligations, et les nouveaux entrants sur le marché demanderont toujours plus de protection de la part des autorités. Au Royaume-Uni, le client affirme que la concurrence a augmenté le choix et la qualité du service. De plus, les nouveaux opérateurs fournissent des services plus haut de gamme à des tarifs 10 % à 15 % inférieurs. Didier ADÈS Le cadre de déréglementation est-il uniforme dans la plupart des pays ou pensez-vous nécessaire la rédaction d’un code commun? Nigel STAPLETON Les marchés sont tous différents, de ce fait, la manière d’introduire la concurrence doit être cohérente avec chaque situation. Cependant, une norme minimale semble indispensable. Didier ADÈS L’Europe du courrier sera complètement libéralisée d’ici 2011. Faut-il se préparer de façon intense ? Il existe un fort courant qui affirme que cette libéralisation est impossible. Faut-il être conservateur ou au contraire faire de la surenchère ?

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Marc-André FEFFER

Marc-André FEFFER Nous ne sommes pas conservateurs. La concurrence existe déjà totalement sur les marchés du courrier à cause des modes de communication concurrents d’autres médias. De plus, je rappelle que 50 % de notre chiffre d’affaires courrier est en concurrence et nous nous préparons activement à la libéralisation. La Poste française affronte déjà les conditions d’un marché concurrentiel et est résolument prête à affronter l’ouverture totale du marché du courrier. Concernant l’évaluation, il est clair que les régulateurs ne peuvent s’auto-évaluer. Je pense qu’en fin de compte, seuls les Parlements pourront juger la manière dont se comportent les régulateurs. Le jugement portera sur la qualité du service produit, sur le développement du marché, mais aussi sur la santé de l’opérateur historique. En effet, si cet opérateur ne se porte pas bien, il n’y a plus de service universel. La tâche est complexe car la colonne vertébrale reste le service universel. Nasr HAJJI Je pense qu’il faudrait réintroduire dans cette discussion le rôle de l’Etat qui ne se limite pas à la régulation. Ses quatre fonctions principales concernent la stratégie, la régulation, la fourniture de services, et la cohésion sociale. Nous pouvons apporter des éclairages sur ces différents points. Pour les pays du sud notamment, le rôle de l’Etat dépasse clairement la fonction de régulateur. Une autre question se pose quant à la forme de la régulation. La question de la convergen­ce s’articule autour de deux axes pour les pays du sud. Le premier est que nous avons des relations privilégiées avec l’Europe, nos règles juridiques ne doivent donc pas trop différer, et nous avons toujours cherché à les rapprocher. Le rythme peut être différent, mais le principe est d’avoir des règles cohérentes avec celles de l’Union européenne. Le second axe concerne la société de l’information et la convergence entre les différentes technologies de l’information. Nous ne pouvons pas faire l’impasse sur une redéfinition de la stratégie de l’entreprise publique de la Poste. 24


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Joëlle TOLEDANO Je voudrais revenir sur l’aspect stratégique et sur le service universel. N’oublions pas que cette notion n’a pas le même sens dans tous les pays. En effet, en Afrique Subsaharienne, moins de 20 % de la population bénéficient de la distribution du courrier, qui est de plus payante avec un développement des boîtes postales payantes. Lorsque nous parlons de convergence, nous devons insister sur l’universalité de la distribution au plus près du consommateur, qui permet le développement du trafic. Malheureusement ce point n’est pas toujours au centre des réformes. Nigel STAPLETON Nos discussions ont beaucoup fait référence à l’impact des communications numériques. Nous devons être clairs sur le besoin de reconsidérer l’étendue du service universel pour satisfaire aux objectifs de cohésion sociale. Les aspects législatifs ont beaucoup évolué pour suivre le développement des médias. Les directives européennes fixent des normes minimales pour le service universel, mais je crois que la plupart d’entre nous fournissent un service qui dépasse largement cette norme minimale. Est-ce une bonne chose ? Trop de service universel risque de rendre la distribution du courrier trop onéreuse. Au Royaume-Uni, Postcomm bénéficie d’une délégation de pouvoir pour déterminer l’étendue du service universel. Ce rôle est difficile à assumer car il semble qu’il devrait plutôt incomber au parlement.

Nasr HAJJI

Didier ADÈS Nous avons effectivement vu que la place des services postaux est très particulière. Est-ce un service marchand ou un service public ? La question est posée, et vous avez tous donné une réponse avec certaines nuances. Y a-t-il des questions de la salle ? Pierre SALAMEH, Consul Général République Arab Syrienne, intervenant Je suis Consul de Syrie pour le sud de la France. Je voulais remercier les organisateurs pour cette initiative et pour l’invitation de la délégation syrienne. Je voudrais répondre rapidement à Monsieur Pastre quand il affirme qu’il n’existe pas de passerelle et que la politique n’est pas indispensable pour faire face aux enjeux méditerranéens. Je pense que cette affirmation est fausse et que les stratégies doivent être épaulées par un environnement politique. De plus, nous n’avons pas abordé le rôle de l’Etat au niveau de la rentabilité. Pourquoi privatiser un monopole si celui-ci est rentable? La notion de service peut-elle être apportée par l’Etat dans une entreprise privée? Je ne pense pas que ce soit incompatible. Nasr HAJJI Au Maroc, il existe des entreprises privées qui concurrencent l’établissement public sur certains marchés du courrier. Nous descendons progressivement le grammage des envois pour libéraliser totalement en 2011. La question ne porte pas seulement sur la rentabilité. Le problème du monopole est qu’il amène trop souvent les entreprises à s’endormir sur leur fonctionnement. Libéraliser, dans le cas de la Poste, ne veut pas dire privatiser. Il s’agit de conserver un opérateur public efficace dans un environnement concurrentiel. Marc-André FEFFER J’ajoute que la rentabilité n’est pas liée au monopole. Nous pouvons nous trouver dans un environnement concurrentiel en conservant cette rentabilité. 25


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Didier ADÈS L’autorité de régulation peut-elle être un bon aiguillon ? Marc-André FEFFER L’aiguillon est l’ouverture du marché, et l’autorité en est l’instrument. C’est un aiguillon à la fois coopératif et coercitif. Isabelle SEGNI, Banque mondiale, intervenante Je voudrais vous remercier pour l’excellence des débats qui se sont tenus. Nous revenons actuellement sur le consensus de Washington et le rôle du secteur privé dans les domaines d’infrastructure. Mais nous ne sommes pas encore revenus sur l’importance de la compétition. Le cadre légal du Maroc, sauf erreur de ma part, impose un monopole total sur le secteur. Le seul segment se situant en concurrence est l’Express international dont les clients sont principalement les entreprises. Nous savons que les PME constituent le principal moteur de la croissance économique. Or c’est sur cette partie de clientèle que l’opérateur historique a souvent baissé les bras face à la concurrence. Au niveau européen, le service universel distingue les entreprises des particuliers. Le cadre légal est similaire entre le Maroc et l’Egypte, et la réalité du marché est totalement différente. Poste Maroc est une entreprise performante qui détient une grande part du marché, et en Egypte, les parts de marché des concurrents sont relativement limitées. Nous pouvons donc nous interroger sur le rôle de l’Etat en l’absence d’un régulateur. Alaa FAHMY J’espère avoir bien compris votre intervention. Il n’existe pas de monopole en Egypte comme vous le pensez car les services postaux sont prestés par 17 sociétés. Nous avons effectivement un organisme national mais il ne monopolise pas ce genre de services. Nous avons parlé d’une autorité de régulation afin de protéger les droits de

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Isabelle SEGNI, Banque Mondiale


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l’organisme postal. C’est l’utilisateur qui doit être le premier bénéficiaire et les organismes postaux en Egypte offrent leurs services à tout le monde. Joëlle TOLEDANO Nous pouvons être d’accord sur l’importance d’un cadre règlementaire appliqué. Certains pays proposent des exemples à ne pas suivre, et c’est le cas de l’Amérique latine des années 1990-2000 où nous avons pu observer une libéralisation non voulue par le cadre règlementaire qui a conduit à une « concurrence destructrice » qui n’a satisfait personne. Nous devons garder en tête la nécessité politique de ce cadre règlementaire appliqué. Nasr HAJJI Au Maroc le cadre législatif et règlementaire existe : il s’agit de la loi 24/96 qui a différencié l’approche dans le domaine postal de celui des télécoms. La Poste est restée un établissement public, la libéralisation doit se faire de manière plus graduelle. Il existe des entreprises qui ne se limitent pas au courrier international. Nous descendons également sur le grammage, notre démarche est similaire à la démarche européenne. La question du financement du service universel n’a pas été abordée. Dans un modèle concurrentiel, il ne semble pas possible de conserver des activités non rentables. Un système de compensation est donc nécessaire. Dans les télécoms, nous avons instauré un fonds de service universel; 2 % du chiffre d’affaires des opérateurs sont reversés dans des comptes d’affectation spéciale. Il ne semble pas évident de mettre en place le même système pour la Poste car cet opérateur est beaucoup plus important. Pour nous, la Poste constitue la présence de l’Etat en de nombreux points du territoire; c’est la maison de l’Etat.

Eng. Alaa FAHMY

Anas ALAMI, Directeur général Poste Maroc En termes de libéralisation, nous parlons d’un marché de neuf envois par an et par tête. Il existe beaucoup de priorités dans les pays comme le Maroc. Une loi ne libéralisera rien car nous parlons d’un très petit marché. Didier ADÈS Mais justement, ne pourrait-on pas profiter de l’étroitesse du marché pour instaurer tout de suite le cadre dans lequel le marché pourra se développer ? Anas ALAMI La gouvernance constitue la priorité. Il faudrait établir une gouvernance qui permettrait à l’opérateur historique d’être flexible en lui donnant les mêmes armes. Au Maroc, nous avons un contrat de programme avec l’Etat ; nous sommes gérés de la même façon qu’une entreprise privée, et même si nous conservons une situation de monopole sur certains secteurs, nous ne gagnons pas plus d’argent. Notre rentabilité est en ligne avec ce que nous devrions gagner. Nous avons une filiale très performante sur le courrier express international qui gagne chaque année des parts de marché. A mon avis, la question est donc plus une question de gouvernance et de dynamisme, la libéralisation n’est pas la priorité sur notre marché. Didier ADÈS Je vous remercie.

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L’argent des migrants Table ronde 2

Anas ALAMI, Directeur général Poste Maroc - Maroc  Philippe de FONTAINE VIVE, Vice-président, Banque européenne d’investissement Khaled NEJI, Chef de division de La Poste tunisienne - Tunisie Abderrahmane HADJ-NACER, ancien Gouverneur de la Banque Centrale d’Algérie - Algérie Andreas TAPRANTZIS, CEO, Hellenic Post, ELTA - Grèce Patrick WERNER, Président du directoire, La Banque Postale - France

Didier ADÈS Je ne reviens pas sur ce que nous avons compris de la gouvernance qui permettrait aux différents acteurs, utilisateurs ou opérateurs de fonctionner en faisant davantage ce benchmarking que nous essayons d’initier. Ouvrons maintenant le nouveau volet sur l’argent des migrants. Je voudrais accueillir nos différents interlocuteurs. Olivier Pastré rappelait que cet argent des migrants représentait environ 276 milliards de dollars, pour des échanges moyens de 200 dollars par envoi. Ajoutons que cette partie ne représente pas la totalité de ce qui est transféré. En effet, l’argent transféré à l’occasion de vacances n’est pas comptabilisé, et les transferts moins légaux ne sont évidemment pas compris. Avant d’entrer plus dans le détail, Philippe de Fontaine Vive va nous proposer un chapeau d’introduction.

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Philippe de FONTAINE VIVE Tout d’abord, bienvenue aux postiers dans le club de l’Euro Méditerranée. Il est essentiel car chaque fois que des professionnels traitent un sujet, ils raisonnent en termes euro méditerranéens. L’argent des migrants représente un sujet concret. Pour la partie qui nous intéresse, il représente des transferts compris entre 14 et 16 milliards entre l’Europe et la Méditerranée ; 85 % de l’argent des travailleurs émigrés en Europe va vers la Turquie et le Maghreb, alors que pour les pays du Machrek cette proportion n’est que de 50 %. Pour certains de ces pays, ce flux est plus important que l’aide publique au développement et que certains investissements étrangers. Il faut donc en tirer le meilleur profit, dans l’intérêt même des travailleurs émigrés et des pays. Pour y travailler, il faut inverser trois idées fausses. La première est que les transferts auraient vocation à diminuer en allant dans un secteur formel. Il s’agit au contraire d’un marché porteur qui croît de plus de 10 % par an. La seconde idée fausse est que cet argent ne servirait qu’à aider les familles. Cette motivation est certes très importante, mais ce n’est pas la partie la plus dynamique. La très grande diversité des travailleurs immigrés est à prendre en compte. Enfin la troisième idée fausse est de mettre l’accent sur le secteur informel. Il ne s’agit nullement de la partie la plus dynamique. Si les postiers et les banquiers sont capables de proposer des produits modernes, les gens préfèreront la sécurité des transferts. Il faut donc être capable d’avoir une coopération transfrontière utile aux migrants pour qu’ils s’intègrent mieux dans les pays où ils viennent travailler. L’ensemble des partenaires doit s’investir dans ce processus pour inciter à la coopération. Enfin, il faut que ce transfert d’argent débouche sur de la création de richesses. Pour cela, il faut inciter les associations de


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micro crédits à utiliser cet argent, en les aidant à se constituer en réseau. Des initiatives intéressantes ont été prises pour permettre d’avoir des produits d’investissement en capital. La transparence doit être faite sur ces sujets, car plus il y a de transparence et de concurrence, plus le service sera efficace. Les banques vont être en concurrence avec les Postes, ce sujet illustrera je l’espère le fait que l’aiguillon de la concurrence est profitable aux utilisateurs. Didier ADÈS Concernant la concurrence, la part que les services bancaires de la Poste réalisent dans vos chiffres d’affaires est significative. Un bon banquier doit pouvoir sentir l’argent pour le ramener chez lui. Cette réflexion vous fait-elle honte au Maroc ? Anas ALAMI C’est effectivement une activité qui représente pratiquement la moitié du chiffre d’affaires, mais sa part est encore plus importante si nous nous intéressons à la croissance de ce chiffre d’affaires. La contribution des services financiers dans cette croissance est de trois quart. Ce constat ne nous rend pas fragile et nous permet au contraire de développer nos activités et d’innover dans ce créneau. Un secteur en croissance ne peut que favoriser l’activité. Dans le secteur des transferts nous avons commencé par lancer des produits monétiques, ce qui constitue un premier pas vers la bancarisation de nos clients. Ces produits ont permis au secteur monétique de se développer au Maroc en entraînant les banques dans notre sillage.

Abderrahmane HADJ NACER

Khaled NEJI Je partage ce point de vue. Nous sentons l’odeur de l’argent à la Poste tunisienne. En 1999, 55 % de notre chiffre d’affaires provenaient seulement du courrier, et 44 % étaient dus aux services financiers. Aujourd’hui la tendance s’est inversée car nous avons innové dans ce secteur. Nous avons introduit les technologies de la communication et de l’information dans nos services et nous avons diversifié de nombreux services. Didier ADÈS En Tunisie existe un secteur concurrentiel bancaire actif. Khaled NEJI Oui, et la Poste est totalement dans la concurrence sur ce secteur. Didier ADÈS Quelle est la situation en Algérie ? Abderrahmane HADJ NACER Les banques algériennes ont 1 000 guichets alors que la Poste en possède plus de 3 000. De plus, la Poste est localisée sur tout le territoire alors que les banques ne sont jamais en dehors des endroits qui les intéressent. Les banques représentent une

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force centrifuge alors que la Poste est une force centripète. La Poste représente la nation alors que la banque représente l’intérêt d’un collectif réduit. Dans tous les pays où existe un nationalisme à fleur de peau, cette idée de nation est assez fragile. La Poste est un des éléments qui fait tenir la nation. Le Maroc est le pays qui a le plus travaillé sur l’argent des émigrés. Dans ce pays, les banques populaires ont été à l’origine de l’innovation dans la façon de capter les intérêts de ces émigrés. Pour autant, elles n’en ont capté qu’une partie. L’autre partie se retrouve dans la Poste, le potentiel est donc assez fort. Didier ADÈS Intéressons-nous maintenant à la Grèce, et à la concurrence du secteur bancaire traditionnel. Comment cohabiter et être prospère dans une telle situation ?

Andreas TAPRANTZIS

Andreas TAPRANTZIS Les banques deviennent de plus en plus agressives, et le système bancaire en Grèce se développe très rapidement. Le problème est différent si nous parlons des systèmes postaux par rapport au système classique, pour des raisons historiques et d’économie nationale. Par exemple, il est important de noter qu’environ 12 % de la force de travail en Grèce est composée d’immigrants de pays limitrophes. Ces groupes représentent des cibles pour les systèmes postaux. La marque Poste est internationale, et les bureaux de Poste à travers les pays ont plus de points communs que les succursales d’une même banque. Nous n’avons pas encore exploité ce constat. Nous avons encore besoin d’utiliser des sociétés extérieures pour les transferts de fonds, sociétés qui ellesmêmes utilisent le réseau postal. D’ici quelques années, les statistiques montrent qu’il existera deux ou trois systèmes en concurrence dans le système monétaire. J’espère que nous serons assez rapides pour développer la plateforme des services postaux et pour profiter de ces opportunités. Je pense que nous avons deux atouts par rapport à la concurrence : un réseau énorme et la confiance. Didier ADÈS Il est vrai que l’image Poste transporte une notion de confiance plus forte que celle du système bancaire. Ce qui nous intéresse est le transfert des sommes modestes chez les particuliers. Vous évoquez les concurrences entre les banques. Que pouvez-vous faire pour améliorer vos parts de marché ? Pourquoi avez-vous besoin d’une Banque Postale dans la Poste ? Andreas TAPRANTZIS Un bureau de Poste ne peut pas concurrencer directement une banque. En revanche, un système bancaire postal offre l’accès aux services financiers pour une grande partie de la population. Nous ne sommes donc pas sur le même terrain et nous devons nous intéresser aux populations éloignées des grandes villes. Concernant la banque de détail, nous pouvons être concurrentiels grâce à une offre globale. Nous offrons un service amical aux clients qui ont peur d’aller à la banque pour demander des renseignements. Ces clients se sentent très proches de leur bureau de Poste et investissent en confiance. Nous ne sommes encore qu’au début de notre processus, et le service universel est en fait un problème de réseau postal. Les services financiers peuvent contribuer aux revenus additionnels.

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Didier ADÈS Où viennent les clients, où ne viennent-ils pas ? La question qui se pose est peut-être plus complexe concernant l’argent des migrants car il s’agit de savoir comment capter


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le client. Il faut que dans le pays de résidence, le client ait envie de transférer via les services postaux et que dans le pays d’accueil le destinataire des transferts ait suffisamment confiance pour laisser son épargne avant de la réinvestir. Vous devez donc être solidaires pour réussir. Patrick WERNER Vous avez raison, pour bien faire les transferts de fonds il faut être deux. Ce sujet est souvent abordé, et je crois que c’est ce qui fait la force des dispositifs de transferts d’argent existants. Didier ADÈS Si les sociétés de transfert d’argent, notamment Western Union, se développent bien, c’est aussi parce que leur système est souple, simple et rapide. Patrick WERNER Nous pouvons développer des produits qui présentent les mêmes caractéristiques. Nous devons répondre à des besoins moins immédiats et moins rapides que ceux couverts par les sociétés de transfert d’argent. Le premier devoir d’une banque postale est de proposer aux clients une gamme de produits répondant à l’ensemble des besoins. La gamme ne se limite pas à un mandat ordinaire ou à un transfert immédiat. Nous cherchons à développer des produits entre ces deux extrêmes autour de la dématérialisation des transferts qui permet de gagner du temps et autour de mandat à J+2.

Patrick WERNER

Philippe de FONTAINE VIVE Notre sujet est l’argent des migrants et pas seulement le transfert d’argent de ces migrants. La Poste a montré dans le passé qu’en instituant des conseillers financiers les clients étaient mieux traités dans l’ensemble de leurs besoins financiers. La problématique est la même pour les migrants : nous ne devons pas seulement les aider à transférer au coup par coup un peu d’argent, mais également leur permettre de créer une entreprise au bout de quelques années s’ils le désirent. Leur historique de crédit disparaît lorsqu’il quitte le pays d’expatriation pour revenir dans leur pays d’origine. Serons-nous capables, avec d’autres, de leur faire reconnaître par des comptes miroir un historique bancaire ? De plus, les migrants veulent aussi épargner dans de bonnes conditions et ne pas perdre une partie de cette épargne, notamment à cause des différences de fiscalité existant entre les pays. Didier ADÈS Monsieur Hadj Nacer, que répondez-vous à cette question qui est évidente ? Il faudrait en plus une bonne coopération entre la Poste du pays émetteur et celle du pays destinataire. Abderrahmane HADJ NACER Tout d’abord, nous constatons actuellement un effet d’éviction des petits porteurs qui sont éjectés des banques à cause de cette mode de la privatisation. La Poste locale est le seul guichet qui reste à leur portée. Elle doit donc s’adapter à ce petit porteur, qui nous informe sur la valeur réelle de la monnaie. Aujourd’hui, la Banque Postale française démarre quelque chose avec la Poste marocaine et je crois que nous allons dans la bonne voie. En effet, aucun circuit n’est encore adapté à ce marché qui reste très diversifié. Anas ALAMI Je voudrais réagir sur la privatisation dans le secteur bancaire qui pousse les banques à cibler une certaine catégorie de clientèle. Au Maroc il existe une forte concurrence de la

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Tables Rondes

Patrick WERNER - Andreas TAPRANTZIS - Abderrahmane HADJ-NACER - Khaled NEJI - Philippe de FONTAINE VIVE - Anas ALAMI

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part des banques pour venir sur notre créneau. La Poste propose des produits spécifiques pour certaines catégories de la population, et nous avons besoin de services bancaires pour faire face à la concurrence. Nous voyons émerger dans les banques de plus en plus de produits destinés aux marocains résidant en France, produits basés sur une prestation de transferts à des prix très compétitifs du fait du système de package. Cela oblige les Postes à proposer d’autres produits tels que la monétique pour rester dans la course. Didier ADÈS La palette des services que vous allez proposer sera certainement différente d’un pays à l’autre. Ne faudrait-il pas réfléchir à une sorte de convergence ? Patrick WERNER Avant de revenir sur la palette de produits et services, il me semble que la première étape pour un migrant est de lui faciliter le travail. Notre accord avec Poste Maroc repose sur une pré ouverture de compte chez Poste Maroc dans un bureau de Poste français. Nous évoquons souvent les barrières règlementaires, mais nous oublions les problèmes concrets : la barrière de la paperasserie. Un des intérêts de la collaboration est que le migrant constate que nous nous occupons de lui des deux côtés de la Méditerranée. C’est pour cette raison que nous avons accueilli des conseillers financiers de Poste Maroc. Concernant la gamme des produits et services, il est très important de développer la bancarisation qui commence par le compte à vue, puis continue par l’épargne et le crédit. Le jour où nous saurons faire sauter certaines barrières règlementaires, nous aurons énormément progressé. Pour nous le premier co-développement porte sur Poste Maroc. Didier ADÈS La fortune de mon partenaire fait ma fortune. Patrick WERNER Oui. Plus Poste Maroc sera développée, technique et professionnelle, plus le client de France sera bien traité. Ensuite, la question de l’utilisation d’une épargne à des fins productives à l’intérieur d’un pays est complexe. La procédure ne doit pas être compliquée, sinon nos systèmes d’information ne nous permettront pas de la mettre en œuvre. Il s’agit pourtant de la phase ultime du développement des pays du sud, et j’espère que nous y parviendrons. Didier ADÈS L’utilisation de cette épargne, une fois constituée, doit être canalisée. Les Banques Postales doivent donc réussir à retenir l’argent transféré. Est-ce dans votre métier d’être un partenaire du développement ? De plus, un problème peut survenir au niveau de votre partenaire, l’Etat, qui souvent utilise l’épargne pour quelques grands projets. Didier ADÈS (animateur)

Andreas TAPRANTZIS En Grèce ce n’est pas le cas. Nous avons calculé que près de 4 milliards d’euros sont déjà dans des comptes bancaires des migrants. Les statistiques montrent également que le compte bancaire moyen d’un migrant est le double de celui d’un citoyen grec. L’argent des migrants est peut-être trop volatil chez les premières générations qui commencent à travailler. Au fur et à mesure que le migrant s’insère dans la communauté, il souhaite économiser de l’argent et investir. C’est pour cette raison que la concurrence est si forte sur ce segment. Les banques proposent des transferts gratuits pour attirer ces populations dans leur système bancaire. Ce marché étant en pleine croissance, il est très important de disposer d’une offre globale pour les attirer et

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répondre à leurs besoins. Western Union utilise nos réseaux, nous devons donc capter ces parts de marché. Il faut capitaliser sur la confiance, sur la disponibilité de notre réseau et sur la proximité pour convaincre ces clients d’utiliser nos services. Didier ADÈS Nous sommes à peu près d’accord sur cette vision, mais comment fait-on pour améliorer la confiance, le service et la sécurité ?

Philippe de FONTAINE VIVE

Philippe de FONTAINE VIVE Chaque fois qu’un concurrent prend une initiative, les autres vont le faire aussi. 3,5 millions de turcs travaillent en Allemagne. Le système bancaire turc s’est donc mis à se refinancer en titrisant ses envois de fonds. Il n’y a pas une seule banque méditerranéenne hors Turquie qui fasse cela. Nous sommes en train de monter la première opération au Liban ; elle devrait être concrétisée dans l’année. Les Postes doivent s’intéresser à tout cela, car c’est la vitalité de ce business qui est en jeu. Nous avons des banques maghrébines qui créent des agences en Europe et qui rachètent des réseaux pour dénicher des clients. Le livret de développement constituera une réponse à un besoin de placement qui manque aujourd’hui du fait de l’absence d’attraction pour sortir des canaux traditionnels mis en place par des banques publiques. Abderrahmane HADJ NACER Il ne faut pas opposer les banques classiques à la Banque Postale. Nous devons aller vers la convergence. En effet, tout le monde n’a pas vocation en Algérie à disposer de 3 000 guichets. Rien n’interdit aux Caisses d’Epargne d’avoir un accord avec la Poste. De plus, l’épargne des algériens en dehors d’Algérie représente environ 50 milliards d’euros, à peu près autant que le chiffre d’affaires des Algériens de France dans les activités de restauration et de garage. Cet argent est placé dans des banques et à La Poste. Ces clients souhaitent être traités comme tout le monde. Ils ne veulent absolument pas de guichets ethniques. Cette convergence ne se fait pas car chacun raisonne dans son petit circuit. Nous devons travailler sur des accords pour gagner du temps et favoriser le développement. Patrick WERNER Un point me gêne un peu. Nous disons que 60 % à 80 % des flux des migrants ne vont pas à l’économie productive du pays parce qu’ils viennent nourrir la consommation, l’éducation et la santé. Mais sans consommation, éducation et santé, quelle est l’avenir de ces pays ? Je trouve qu’il existe une opposition trop grande dans le jugement que nous portons entre l’argent qui a l’air de ne pas servir et l’investissement productif. De plus, il existe un élément fondamental qui est la liberté de l’épargnant de faire ce qu’il veut de son argent. Nous ne pouvons pas forcer une personne à utiliser son argent contre ses souhaits. Nous devons quand même travailler sur des produits qui puissent faire cadrer le souhait du client et le besoin du pays. En raisonnant au cas par cas, nous arriverons à mener des actions utiles à l’épargnant et à son pays d’origine. C’est en tout cas notre démarche sur ces sujets.

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Khaled NEJI Nous pouvons discuter sur la manière de canaliser les flux financiers ou sur les accords entre opérateurs ou banques postales. Mais il faudrait peut-être songer à interconnecter les réseaux des bureaux de Poste dans les pays, puis à connecter les pays entre eux. Les pays du sud attendent les pays du nord sur ce segment ; c’est un créneau sur lequel nous pouvons jouer. Mais nous ne voyons pas les pays du nord s’intéresser à l’IFS, système sur lequel les pays du Sud ont bâti leur stratégie de transfert


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Khaled NEJI

Il faut capitaliser sur la confiance, sur la disponibilité de notre réseau et sur la proximité pour convaincre ces clients d’utiliser nos services.

Andreas TAPRANTZIS

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de fonds. Une Poste doit disposer d’autres systèmes électroniques pour qu’un client ne soit pas déçu. Nous devons créer ensemble de nouveaux produits, notamment sur le créneau des pensions. Didier ADÈS Du travail reste encore à accomplir ! Je retiens l’absence de confiance totale entre la Poste du pays A et celle du pays B. Jacques BLEIN, consul honoraire de Mauritanie, intervenant Très souvent un consulat a un représentant de la Banque mauritanienne dans ses locaux. Je crois que de nombreux ressortissants se plaignent de cette unicité de la représentation. Serait-il possible à la Banque Postale de faire un effort d’information pour les ressortissants qui ne connaissent pas la possibilité de s’adresser à un autre organisme qui canaliserait leurs économies et leurs gains ? Didier ADÈS Vous évoquez spécifiquement le cas de la Banque Postale française, mais j’imagine que la question se poserait de la même manière pour les autres. En d’autres termes, quand allez-vous ouvrir complètement la concurrence en faisant la promotion du voisin chez vous ? Patrick WERNER Cela reviendrait un peu à se faire hara-kiri, mais je veux bien venir au consulat de Mauritanie présenter notre offre. Sachez que la Poste française a fait avec Western Union une association pour développer les transferts d’argent Western Union en France à partir d’autres systèmes de distribution. Nous ne souhaitons absolument pas fonctionner sur un dispositif de monopole. Le vrai concurrent est l’informel, et moins les autres systèmes. Mohammed Larbi KEFFALA, postier Je suis heureux d’entendre que l’amalgame entre tous les migrants n’existe plus. J’envoie de l’argent de temps en temps, mais je souhaite être aidé et accompagné pour investir dans des produits financiers et contribuer au développement des marchés dans mon pays d’origine. Que font les Postes pour développer une telle offre complète ? Ma deuxième question concerne les Postes développées. Comment faire en sorte que les transferts de fonds ne soient pas assimilés à une décollecte mais contribuent au développement des Banques Postales européennes ?

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Anas ALAMI Je réagis parce qu’au Maroc, des études montrent que les transferts sont destinés aux familles des troisième, quatrième et cinquième déciles les plus pauvres. Ce sont donc des gens qui ont déjà un certain pouvoir d’achat, et le surplus de revenu est sûrement utilisé pour acheter des produits importés. Ces flux ne permettent pas le développement du pays. Si un jour ou l’autre cette manne disparaît alors que nous avons tout misé sur elle nous n’aurons pas d’autres moteurs de croissance. Nous sommes


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conscients de cette problématique au Maroc, et la Poste est bien placée pour transformer une partie de ces revenus en investissement. C’est une des raisons pour lesquelles la Poste a signé cet accord avec la Banque Postale. Didier ADÈS Si j’ai bien compris la première partie de la question de l’interlocuteur, ces produits existent peut-être, mais ils ne sont pas lisibles. Patrick WERNER Ça va venir, nous ne pouvons pas mener toutes les actions de front. Nous devons déjà abaisser le coût des transferts, puis bancariser les personnes, et enfin proposer une gamme complète de choix entre les différents types d’investissement, y compris l’investissement productif dans leur pays. Cela sera le dernier stade de notre travail avec Poste Maroc. Didier ADÈS L’autre volet de la question concerne la gamme des investissements. Les produits sont-ils attractifs ? Philippe de FONTAINE VIVE Sur ce sujet je dois rester modeste car je suis une banque publique dont personne n’évoque la privatisation et je crois que nous sommes là pour faire jouer la concurrence pour que les gens soient innovants. Avec Monsieur Hadj Nacer et quelques autres, nous avons proposé à Nicolas Sarkozy, Ministre de l’intérieur à l’époque, de créer le produit évoqué. Maintenant, en tant que Président de la République, il souhaite le voir développé pour permettre aux immigrés méditerranéens de mettre de l’épargne sur un livret et de la voir défiscalisée pour pouvoir créer une PME ou investir dans une PME. Pour cela, les postiers et les banquiers doivent avoir confiance les uns dans les autres, ils doivent être présents des deux côtés de la Méditerranée et les outils informatiques doivent être mis en place. J’estime qu’il n’y aurait rien de pire que de faire des effets d’annonce à l’occasion de conférence pour ensuite répondre aux clients que le produit n’est pas prêt. Les professionnels postiers doivent donc nous dire en combien de temps ils sont capables de mettre en place ce produit. Didier ADÈS Cela m’amène à vous interroger sur la formation des femmes et des hommes qui sont en contact direct avec le public. Promouvoir des produits financiers semble plus complexe que de vendre un timbre ou une carte prépayée. Recrutez-vous de la même façon ? Quelles formations sont prévues ? Andreas TAPRANTZIS Il est effectivement difficile de convertir un postier en banquier et en investisseur. Des formations spécifiques sont indispensables, cependant il existe des produits d’épargne simples à vendre. Pour les investissements plus importants, nous avons un conseiller qui explique les manières de procéder, et nous avons le programme postal financier,

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système simple et bon marché aisément compréhensible. Ce produit se vend d’ailleurs très bien au niveau des Postes. Patrick WERNER Une formation de 16 semaines existe pour les conseillers financiers, afin de les rendre aptes à conseiller les clients. Ilir BIBERAJ, poste albanaise, intervenant Concernant les transferts d’argent, nous avons une grande expérience en Albanie car nous avons des dizaines de milliers de migrants. L’argent envoyé de l’étranger va directement à la banque et ne s’arrête pas à la Poste. Est-ce un problème de confiance ? Ceci reviendrait à dire que les Etats ne sont pas dignes de confiance. Andreas TAPRANTZIS Il existe une demande de la part des clients. Si le besoin est de transférer l’argent le plus rapidement possible, la meilleure solution est de faire appel à Western Union. Mais ce choix est coûteux. Si le client peut se permettre d’attendre une ou deux journées, l’utilisation des mandats postaux sera moins onéreuse. Les albanais sont très nombreux en Grèce, ils n’ont pas confiance dans leur système bancaire car ils se souviennent du crash, et ils n’ont pas confiance non plus dans les systèmes étatiques. Il n’existe donc pas de bonne ou de mauvaise solution ; il faut définir le besoin et l’offre. Didier ADÈS La confiance se cultive et nécessite du temps. Ce qui va donner confiance en un établissement est lié à la défiance qui va s’installer vis-à-vis des autres. Je constate qu’en général la confiance dans la Poste est quelque chose de solide ; elle représente un atout. De plus il faut peut-être être davantage à l’écoute du client et de la concurrence. Enfin, il faut se rappeler que si nous sommes des professionnels nous sommes aussi des particuliers. Je vous remercie.

Le vrai concurrent est l’informel, et moins les autres systèmes. Patrick WERNER

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L’offre commune aux PME Table ronde 3

Hammad KASSAL, Vice-président de la Confédération générale des entreprises du Maroc - Maroc Giovanni PAPAGNO, Président-Fondateur de San Marino Mail - Italie Raymond REDDING, Directeur général du courrier du Groupe La Poste, Président de Sofipost - France Brahim SALHI, Sous-directeur des Etudes économiques et financières, Algérie Poste - Algérie

Didier ADÈS Intéressons-nous aux PME en accueillant nos intervenants. Les banquiers ont pour devise : « la fortune de mes clients fait ma fortune. » Ce principe pourrait également être appliqué à la Poste car il existe une corrélation entre la prospérité des entreprises, le degré de développement d’un pays et le volume de courriers. Il ne faut pas se tromper, le courrier n’est pas mort malgré la déferlante du fax en 1995 qui l’a fait souffrir en permettant de découvrir d’autres formes de transmission de documents et malgré l’avènement des e-mails. L’essentiel des échanges économiques se fait toujours à travers le courrier, des factures aux mémos en passant par le marketing direct. Nous allons aborder les enjeux et défis des postiers qui doivent s’adapter et anticiper les évolutions de la demande. Monsieur Redding, le courrier résiste-t-il bien à l’électronique ? Peut-on dire « dis moi comment se porte ton courrier et je te dirai si tu es un pays développé » ? Raymond REDDING D’une manière générale, la bataille entre l’ordinateur et l’enveloppe n’est pas perdue par le courrier. Nous devons être ambitieux, optimistes et réalistes. Ambitieux car de vastes marchés restent à explorer, y compris sur le courrier classique des PME. Si le marketing direct est un moyen de se développer pour les PME, nous avons besoin des PME pour nous développer. Nous devons donc engager une démarche gagnant-gagnant avec elles. L’avenir du marché du courrier est garanti par les valeurs d’usage de l’écrit dans tous les pays du monde. Sachez que 99 % des français ouvrent leur boîte aux lettres physique tous les jours. Et 92 % des français ouvrent l’intégralité de leurs courriers et le lisent, contrairement aux e-mails. Le courrier est un média efficace pour toutes les entreprises, notamment les PME. Comment répondre aux besoins des PME ? Faire des courriers reste une activité délicate, mais dans un monde submergé par la communication, elle permet de caractériser l’expéditeur et le destinataire de manière extrêmement précise. Aucun meilleur moyen de communication que le courrier n’a encore été inventé à ce jour. Didier ADÈS J’apprécie votre optimisme et votre enthousiasme. En d’autres termes, vous affirmez qu’en dehors du courrier il n’existe point de salut pour les entreprises. Raymond REDDING Je vous disais qu’il fallait être ambitieux, mais nous devons être également réalistes car la bagarre ne fait que commencer. Nous devons évoluer pour proposer des offres adaptées au monde contemporain. Le courrier d’hier ne sera plus le courrier de demain que nous devons inventer. Les nouvelles technologies représentent aussi une véritable

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opportunité pour développer de nouveaux services simplifiant l’accès au courrier, notamment pour les PME. Une longue guerre débute, mais je suis persuadé que des deux côtés de la Méditerranée nous avons commencé à inventer des solutions. Quel que soit notre degré de développement, nous nous apercevons que notre futur commence à se dessiner de manière similaire. Hammad KASSAL Je partage cet optimisme. Au Maroc, nous ne distribuons que neuf lettres par personne et par an. Pourtant ce marché va être amené à se développer. Les patrons de PME, pour effectuer leur recrutement, souhaitent recevoir des lettres manuscrites. Le courrier est alors un outil déterminant dans ce cas. De plus, notre culture fait que nous avons une grande confiance dans les lettres, dont la traçabilité est importante. Je répète que le courrier a un avenir important, aussi bien pour le particulier que pour l’entreprise.

Hammad KASSAL

Didier ADÈS Vous vivez dans un pays qui regarde résolument devant lui. Mais à l’époque de l’électronique, avec toutes les certifications existantes, nous aurions pu imaginer que vous fassiez de la prospection à moindre coût avec une plus grande diversité. Hammad KASSAL L’un n’empêche pas l’autre. La fracture numérique a été abordée ce matin. Sachez que nos PME ne sont pas encore équipées de matériel informatique qui permettrait le développement du courrier électronique. Elles constituent un tissu économique très hétérogène. L’avenir du courrier n’est pas dépassé. Didier ADÈS Qu’avez-vous à offrir aux entreprises ? Les PME souhaitent bénéficier d’un service équivalent à celui des pays européens.

Brahim SALHI

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Hammad KASSAL Un patron de PME souffre de trois problèmes fondamentaux. Le premier est l’isolement, accentué dans les régions enclavées. La Poste peut alors permettre de rompre cet isolement. Le deuxième problème est l’accès à l’information. Chez nous le secteur informel est encore très développé et l’accès à l’information reste un problème majeur. Nos bases de données sont insuffisamment développées et les banques ne sont pas implantées dans la plupart des régions. Le dernier problème est le financement. En tant que patron de PME, nous cherchons à externaliser un certain nombre de problèmes afin de nous concentrer sur notre activité. Si la Poste permet demain de résoudre ces trois problèmes, elle représentera l’outil idéal de développement de la PME. De plus nous demandons bien sûr un service de qualité au moindre coût et disponible. Aujourd’hui, de nombreuses PME isolées dans les montagnes ont réussi à se développer à l’international grâce à l’internet et au commerce électronique. Le problème est l’acheminement des marchandises. La Poste joue alors un rôle très important dans l’acheminement des marchandises au destinataire, à moindre coût et dans un temps raisonnable. Aujourd’hui on nous demande de plus en plus de travailler en flux tendu. Le risque est ainsi transféré sur nous, nous devons donc le transférer à notre tour sur quelqu’un d’autre. Si la Poste peut assumer cette charge, elle deviendra notre partenaire le plus important. Brahim SALHI Pour revenir au courrier en lui-même, je confirme qu’il n’est pas mort et qu’il ne mourra jamais ; il s’adapte. La société ne pourra jamais se passer de ce moyen de communication.


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Pour arriver à traiter le courrier hybride et le marketing direct, des préalables sont indispensables. La Poste algérienne investit énormément en équipement, en logiciel et en coopération et assistance, notamment avec la Poste française. Pour répondre à Monsieur Kassal, je voudrais préciser que le risque doit être partagé. Si vous espériez que la Poste prenne entièrement le risque, cela ne pourra jamais fonctionner. Vous disiez que les PME n’étaient pas très modernisées. Nous rencontrons également cette difficulté, et c’est justement la Poste qui va offrir le service de la numérisation. Didier ADÈS En effet, les attentes sont différentes. Cependant, certains arrivent à s’installer sur une niche de prospérité, c’est le cas de Giovanni Papagno qui est le patron de San Marino Mail. Cette société ne propose ni poste ni courrier électronique, il s’agit d’une société de prestation de services, au service du marketing direct. Giovanni PAPAGNO Le courrier traditionnel n’est pas mort et n’est pas prêt de disparaître. En tant que courtier, nous avons forgé des partenariats et nous sommes à même d’offrir des services de courriers électroniques. Mais d’après notre expérience dans ce domaine, une fois que l’équipement est mis en place, le coût est très bas. C’est pour cette raison que toute société qui utilise le système électronique envoie trop d’informations. Nous essayons donc de donner satisfaction à nos clients en étant à leur écoute et en répondant à leurs attentes. Nous pensons qu’à l’avenir le courrier va revenir et nos activités vont se concentrer sur ce domaine.

Raymond REDDING

Didier ADÈS En quoi les Postes peuvent-elles participer au développement des PME ? Raymond REDDING Nous pouvons avoir des offres qui permettent aux entreprises de s’identifier sur des vastes marchés. C’est la première étape avec des offres qui restent à améliorer. Nous devons également avoir des offres dont nous pouvons garantir qu’elles sont économiquement rentables pour les PME. Nous disposons de moyens de communication de masse qui restent difficilement accessibles aux entreprises. A côté de ces moyens de communication, le courrier permet d’adapter chaque relation. L’investissement restera onéreux, mais nous devons aider les entreprises à bien utiliser leurs fichiers. Le choix du fichier est en effet fondamental, que ce soit en prospection ou en fidélisation. Dans la plupart des pays du bassin méditerranéen, nous commençons à développer des offres qui permettent aux chefs d’entreprise d’accéder à des fichiers. De plus, l’externalisation est primordiale. En effet, un chef d’entreprise qui manque de temps externalise. La constitution d’un texte efficace est un véritable métier sur lequel nous pouvons aider les entreprises. Enfin, l’impression du papier doit également être confiée à l’opérateur postal, ainsi que la mise sous pli et la remise à l’opérateur. Ces offres permettent de mettre en œuvre les anciennes pratiques en utilisant les nouvelles technologies. Il nous reste beaucoup de choses à inventer car le courrier n’est plus un moyen de communication en situation de monopole. Dans l’avenir, il va falloir inventer les manières de mixer les différents moyens de communication. Ce mixage va faire appel à des techniques extrêmement subtiles qu’il nous appartient de développer pays par pays. Je sens que c’est dans cette capacité à packager de nouvelles offres à travers des éléments divers que nous arriverons à nous adapter et à offrir aux PME des produits correspondant à leurs besoins.

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Hammad KASSAL L’offre de services dans les Postes des pays développés est une offre de troisième génération alors que d’autres pays proposent encore une offre de première génération. Pour que la Poste réponde réellement aux besoins des PME, elle doit s’adapter à leur cycle de vie. Une entreprise en création a besoin d’un type bien précis de services ; puis lorsqu’elle se développe, ses besoins changent, enfin, au stade de l’internationalisation, les services demandées sont encore différents. La Poste, si elle réussit à stabiliser les PME des zones enclavées, participera au développement du pays. Le problème est qu’il existe une très forte concentration de création de PME dans des zones déterminées qui bénéficient de larges avantages. Les migrations sont donc liées à ce manque de services de proximité. Nous avons besoin d’être accompagnés dès le départ, et certains services très simples apporteraient une aide indispensable. Par exemple, la Poste pourrait être domiciliataire d’adresse pour les entreprises nouvellement créées qui n’ont pas encore de local. La Poste peut également être transmetteur de bonnes pratiques dans le milieu rural. Malheureusement, en termes de ressources humaines, les meilleurs éléments sont dans les grandes villes. Les bras cassés sont souvent envoyés dans les petites villes. Nous avons donc besoin que la Poste forme du personnel de qualité capable de répondre aux besoins de ces entreprises au niveau local. Il faut créer une synergie entre les organisations patronales et la Poste pour démystifier la création d’entreprise. Notre pays a du mal à amener les gens à créer des entreprises ; seules 10 000 sont créées chaque année. Je crois beaucoup au rôle de la Poste en tant qu’outil de déclenchement de cette mentalité. Didier ADÈS Giovanni Papagno, n’avez-vous pas l’impression que si la Poste va dans le sens évoqué par votre voisin, elle risque de vous piquer votre boulot ? Giovanni PAPAGNO Non, je pense que des choses doivent changer dans les Postes de tous les pays. Certaines administrations passent beaucoup de temps à former les postiers car à l’heure actuelle, le problème vient beaucoup plus des postiers que des services eux-mêmes. En effet, il n’y a rien à inventer, la Poste pourra mettre en œuvre tout ce qu’elle veut, mais le problème est en règle générale la mentalité du postier. Pour ce dernier, les lettres sont toutes les mêmes et souvent il ne les livre que lorsqu’il a le temps. Cette attitude n’est pas très utile pour les PME et les entreprises en général. Didier ADÈS Monsieur Redding, est-ce bien votre métier de faire tout ce que l’on vous demande ? Votre métier n’est-il pas en premier lieu d’acheminer le courrier ?

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Raymond REDDING Il faut poser la question comme vous le faites. Si les opérateurs postaux se contentent de transporter le courrier, leur avenir est compromis. Nous sommes, dans les pays européens, sur des marchés mûrs, au mieux stables. Les prix ne peuvent être augmentés, et la volumétrie baisse en moyenne de 1 % par an ; nous n’avons pas d’autres choix que de nous développer sur d’autres métiers, en intégration verticale, et de devenir un intégrateur de services. Les entreprises sont demandeuses d’externalisation de la fonction courrier, et les opérateurs sont légitimes pour y répondre.


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Brahim SALHI - Raymond REDDING - Giovanni PAPAGNO - Hammad KASSAL

Sur le marché de la PME, nous inventons de nombreuses choses en amont et en aval du métier traditionnel du courrier, nous avons des offres bien ciselées, mais je suis persuadé qu’en matière de PME nous n’avons pas trouvé la martingale. Dans tous les pays, nous savons traiter convenablement le particulier, mais celui-ci ne représente qu’un pourcentage minime du chiffre d’affaires. Nous savons également traiter les grandes entreprises, en revanche, il me semble qu’un lourd travail reste à effectuer pour trouver le moyen d’aider les PME. Ce défi est difficile car ces entreprises sont disséminées sur tout le territoire. Le marché de la PME constitue un véritable levier de croissance, et nous devons faire preuve de beaucoup d’imagination pour mieux faire profiter les PME des capacités de la Poste. Brahim SALHI Il n’est plus à prouver que les PME sont des facteurs de croissance pour l’économie d’un pays. La Poste a donc le devoir d’assister ces PME dans leurs missions qui participent à la croissance du pays. Le plus important est d’identifier les besoins de ces PME car cette simple identification représente 90 % de la tâche. Didier ADÈS En quoi vos Postes ont-elles besoin les unes des autres ? Car l’essentiel du marché se situe quand même au niveau local. Raymond REDDING Il est vrai que traditionnellement les PME sont locales. Mais il s’agit là d’une vision dépassée. En effet, la mondialisation et les échanges interrégionaux concernent les PME, il faut donc leur fournir la possibilité d’accéder à d’autres marchés. Aujourd’hui, les très grandes entreprises standardisent leur offre, en revanche, les PME offrent des possibilités d’innovations et de tradition. La spécificité de la PME constitue un des

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éléments de la future richesse économique. Il appartient donc aux opérateurs postaux d’essayer de favoriser ces échanges afin d’offrir de nouveaux marchés aux PME. Didier ADÈS De quels moyens vous dotez-vous pour répondre à ces objectifs que vous vous fixez ? Raymond REDDING Nous disposons de moyens très classiques de modification de l’offre. Peut-être que cette conférence peut également nous permettre d’améliorer ce qui existe, de proposer des offres communes donnant des garanties et de la visibilité à l’ensemble des opérateurs de nos pays, et d’essayer de créer ensemble de la valeur ajoutée. Nous devons agir vite pour donner aux chefs de PME qui le souhaitent la possibilité de conquérir de nouveaux territoires. Hammad KASSAL La force de la Poste est le réseautage, et son réseau est important au niveau mondial. Cela peut permettre un lien favorable pour le développement international de la PME. Mais au niveau local, la Poste peut mettre en réseau les PME. La survie de nos PME n’est plus sur les marchés locaux. Une PME qui n’arrive pas à s’internationaliser est une PME destinée à mourir puisqu’elle est concurrencée sur son propre marché. Elle doit donc se développer, mais sa petite taille l’empêche d’aller sur des marchés plus importants. Le regroupement peut être initié par la Poste de par son ancrage dans le terroir, en offrant également des facilités en termes de paiement ou autre. Giovanni PAPAGNO Je suis d’accord avec mes deux collègues. Mais si des entreprises locales qui veulent se développer à l’étranger se heurtent à des procédures compliquées, elles vont choisir un autre pays où les choses sont plus simples. Didier ADÈS Dans ce cas, choisiriez-vous un pays en fonction des services offerts par la Poste locale ou en fonction de l’état du marché ? Giovanni PAPAGNO Ce que je veux dire c’est que si une entreprise a le choix entre différents marchés similaires, elle doit évaluer les complications liées à ces marchés. Les services assurés par la Poste en local sont également analysés lors du choix du marché à conquérir. Un intervenant Bonjour, je suis correspondant en France de l’hebdomadaire économique « Challenge Hebdo Maroc ». J’aurais une question concernant le label Euromed. Comment êtesvous organisés pour faire du lobbying auprès des autorités pour promouvoir de la coopération ? Je prends un exemple : je voudrais éditer un journal et en tant qu’éditeur français, je bénéficie de tarifs postaux préférentiels. Les marocains ont de grandes compétences en impression, je choisis donc de délocaliser la phase d’impression. La Poste marocaine a-t-elle la capacité à redistribuer 100 000 exemplaires dans tout le bassin méditerranéen ? Comment est-il possible de faire avancer ce label Euromed ?

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Raymond REDDING J’ai quelques idées, mais je ne vais pas vous les communiquer. Le domaine de la presse est très administré en France, et la Poste doit appliquer les textes de loi. Nous avons des services organisés au sein de la Poste qui sont extrêmement actifs pour créer du


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lobbying en Europe et autour de la Méditerranée afin de créer un contexte le plus favorable possible à des échanges. Je ne peux pas répondre pour la presse en particulier, mais d’une manière générale, nous mettons en œuvre des moyens pour favoriser les échanges. Didier ADÈS Pour reposer la question différemment : en tant que transporteur et distributeur de courriers vous êtes dans une situation de quasi monopole. En revanche, dans la fonction des services proposés, comment freiner le dumping ? Raymond REDDING Soyons clairs, en Europe le marché transfrontalier est complètement libéralisé. Il existe donc un trafic assez significatif de colis déposés dans un pays pour être distribué dans un autre. Certains marketings directs d’entreprises françaises sont expédiés de pays étrangers : l’Europe du courrier est bien une réalité. Il nous reste à construire un courrier euro-méditerranéen. Agissons d’abord, puis ensuite notre capacité de lobbying auprès des autorités sera plus forte. Giovanni PAPAGNO

L’intervenant J’ai justement choisi cet exemple de la presse car la fracture numérique est une réalité. En tant qu’entrepreneur de presse, lorsque je rencontre des investisseurs, ils me conseillent de faire notre revue sur internet. Mais au sud de la Méditerranée, la valeur de la chose écrite est quasiment sacrée et les gens n’ont pas accès à internet. Voilà donc une véritable question sur la diversification de l’offre de distribution de papier dans le monde méditerranéen. Didier ADÈS Dans la non réponse de Monsieur Redding, j’ai quand même cru comprendre que certaines actions se mettaient en place. Un intervenant, expert conseil en internationalisation logiciel Ma question est destinée à Monsieur Redding. Je m’aperçois que dans mon métier, lorsque nous utilisons les TIC, nous rencontrons des problèmes liés à la prise en compte de la langue de l’utilisateur final. Je fais l’hypothèse que dans les échanges entre PME de la Méditerranée nous nous heurterons à un problème de bilinguisme, voire de multilinguisme. Nous avons intérêt à nous pencher sur ce problème, d’autant plus que si nous arrivons à le résoudre entre nous, la solution sera applicable aux pays asiatiques. D’après votre expérience, pensez-vous être confronté à cet obstacle ? Raymond REDDING La difficulté que vous évoquez est une réalité dans tous les échanges internationaux entre les pays qui n’ont pas la même langue. La spécificité de l’écrit et du courrier est qu’il y a toujours trois acteurs, à savoir l’opérateur postal, l’expéditeur et le destinataire. Toute la problématique est de mettre cette triangulaire en ordre pour une bonne compréhension. Et nous savons tous que cette phase est extrêmement délicate. Nous avons aux Etats-Unis une filiale spécialisée dans l’expédition de courrier à l’international. Cette filiale connaît un taux de croissance de 20 % à 25 % chaque année depuis deux ans. Les échanges trouvent donc des solutions, mais la compréhension entre l’expéditeur et le destinataire reste une réelle difficulté. Didier ADÈS Je vous remercie d’avoir été avec nous.

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La sécurité Table ronde 4

Reinhard FISCHER, Senior Vice President, Corporate Customs and external trade, Deutsche Post World Net, Head of WCO/UPU Committee - Allemagne Eric LE GRAND, Directeur sécurité, Groupe La Poste - France Patrick MARKARIAN, Directeur des services douaniers, Direction régionale des Douanes de Marseille - France Randy MISKANIC, Expert Sécurité postale, UPU Mario SILVA, Directeur Sécurité, CTT-Correios - Portugal

Didier ADÈS Ouvrons notre dernière table ronde et accueillons les intervenants suivants. La sécurité est un mot terrible qui prend de plus en plus de poids et qui devient pression, parfois révélateur d’obsessions sécuritaires. La sécurité est quelquefois le prétexte pour freiner toutes les actions que nous avons évoquées aujourd’hui. Comment assurer la sécurité ? Il est vrai qu’il n’existe rien de plus simple que d’acheminer des marchan­dises qui ne devraient pas l’être. La Poste serait-elle plus laxiste que les grands opérateurs privés ? Existe-t-il un traumatisme sécuritaire ? Ce traumatisme peut se décliner de différentes manières, et depuis le 11 septembre 2001 de nouvelles informations appa­ raissent chaque jour. La sécurité nécessite une confiance mutuelle et réciproque. Dans les échanges internationaux, vous devez avoir confiance en ceux qui ont émis les sacs que vous devez distribuer, et réciproquement. La douane est aujourd’hui européenne ce qui devrait simplifier les choses. Des procédures de protection des individus s’imposent à vous, ce qui n’est pas toujours très facile à vivre. Enfin, tout ceci nous amène à nous interroger sur les relations de partenariat avec les autorités.

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Eric LE GRAND Il est vrai que les Postes attirent les prédateurs de toutes sortes. La sécurité est avant tout un principe fondamental pour la gouvernance des entreprises que sont les Postes. Que protège-t-on ? Premièrement, la sécurité consiste à prévenir les problématiques d’accidents, les décès, donc l’intégrité physique de nos clients et de notre personnel en cas de braquage ou de livraison de colis dangereux. Deuxièmement il s’agit de garantir la sécurité des valeurs des colis que les clients nous confient. Nous parlons beaucoup de délai de livraison, et il n’y a rien de pire que de ne pas recevoir ses colis. Voilà donc le premier engagement que nous devons à nos clients. Troisièmement, il s’agit de garantir les informations confiées. Les problématiques d’intelligence économique existent dans les circuits postaux, ainsi que les informations sensibles que nous pouvons avoir sur nos clients eux-mêmes. Enfin, nous devons garantir nos process car les activités postales ont un rôle vital pour le fonctionnement des Etats. Quand la Poste dysfonctionne, les personnes et les entreprises les plus fragiles vont en subir les conséquences en premier lieu. Nous avons hérité des générations antérieures de notre capital de confiance. Le postier entre chez n’importe qui et dans n’importe quel ministère sans aucun contrôle. Nous sommes même quelquefois amenés à rappeler à ceux qui les accueillent certaines règles de précaution. Nous devons continuer à préserver ce patrimoine.


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Mario SILVA - Randy MISKANIC - Patrick MARKARIAN -Eric LE GRAND - Reinhard FISCHER

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Didier ADÈS Monsieur Fischer, dans votre domaine des échanges internationaux et des affaires douanières, qu’avez-vous à ajouter ? Reinhard FISCHER Je pense que les opérateurs postaux doivent se concentrer sur les défis du futur. Le 11 septembre a constitué un point de départ pour les Postes américaines qui ont introduit de nombreuses nouveautés dans leurs procédures sécuritaires. Ce qui est important pour la communauté mondiale est qu’elles ont introduit des cadres de standard de sécurité adoptés par l’OMC. De ce point de vue, tous les modes de transport comprenant des opérateurs postaux doivent se concentrer sur les changements à effectuer dans le futur, particulièrement en termes de qualité des données à destination des autorités de sécurité. Aujourd’hui nous devons assurer la description des biens aux autorités douanières pour leur donner la connaissance sur le contenu des colis et remplir ces exigences de sécurité. Les opérateurs postaux ne peuvent rester hors de ce cadre. Je pense que nous devons nous concentrer sur ces discussions en cours. Le service postal américain demandera certainement plus d’informations dans le futur et cela constituera un défi mondial. De plus, les autorités douanières doivent comprendre que ce type d’actions concernant les opérateurs postaux devrait recevoir un traitement particulier. En effet, les opérateurs postaux traitent des clients spécifiques tels que les particuliers qui n’ont pas l’habitude de donner des informations détaillées sur la classification de certains produits ou biens. Didier ADÈS Observez-vous que nous allons vers l’obsession ? Ce qui aurait pour corolaire un certain blocage. Reinhard FISCHER Cela dépend du mode d’action demandé par les autorités douanières. Si les opérateurs sont obligés de donner de plus amples informations, en retour ils sont en droit d’attendre une facilitation des échanges. La communauté économique n’est pas en position de dis­ cuter et elle ne peut remettre en cause la lutte contre le terrorisme. Si des informations plus détaillées sont disponibles, alors la chaîne logistique sera simplifiée. Didier ADÈS J’imagine que l’UPU a un rôle fondamental à jouer. Vous placez-vous du côté des opérateurs ou des sécuritaires ? Randy MISKANIC Nous sommes du côté des opérateurs et nous développons des programmes pour faciliter les mouvements de courrier et des biens pour satisfaire les opérateurs et les utilisateurs. Nous devons développer des programmes basés sur le risque pour présenter aux membres d’UPU les mesures à prendre pour surmonter les problèmes. Didier ADÈS Quel est votre diagnostic de la situation à l’heure actuelle ?

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Randy MISKANIC Actuellement le secteur postal est assez complexe. Il existe de nombreux aspects physiques, électroniques et financiers en termes de réseau. Le secteur postal doit être proactif dans ces trois réseaux pour gagner de l’argent. Historiquement les Postes


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ont toujours fait un bon travail dans les réseaux physiques. Nous devons étendre nos produits et nos services dans les offres électroniques et dans les services financiers ; nous devons alors étendre les mesures de sécurité. C’est un des domaines où il existe peut-être une faiblesse dans le secteur postal. Eric LE GRAND En matière de sécurité, nous nous faisons toujours attaquer sur le maillon le plus faible. Nous devons assurer une cohérence entre l’ensemble des pays collaborateurs du groupe d’actions pour la sécurité postale. Didier ADÈS Chaque Poste est dépendante des autres, pourtant, elles n’ont pas toutes atteint le même degré de vigilance, de surveillance et de savoir-faire. Comment gérer ces différences ? Mario SILVA Au niveau de l’Europe, nous croyons avoir un niveau très élevé de sécurité. Mais il s’agit seulement d’une croyance car il existe trois réseaux différents à la Poste. Au niveau physique, nous sommes sûrs d’avoir réussi à atteindre un niveau très élevé de sécurité, mais dans les autres réseaux, certaines différences peuvent encore être notées. Au niveau global, nous étudions encore ces informations. Il est bien évident qu’il existe des différences entre chaque région délimitée par l’UPU. Certains groupes de travail ont pour mission d’amener les expériences des régions ayant atteint un niveau élevé de sécurité dans les autres régions. Ce travail est laborieux, mais nous sommes certains d’arriver à un niveau minimum de sécurité globale.

Eric LE GRAND

Didier ADÈS Cette sécurité se basera sur de la confiance et sur des normes communes. Mario SILVA Oui, ainsi que sur des enquêtes, des audits aux aéroports et au courrier international. L’UPU étudie toutes ces informations et nous avons déjà défini des faiblesses sur différents niveaux. Didier ADÈS En vous écoutant, je pense à la Chine qui connaît des particularités liées à l’existence de Hong-Kong. En matière de courrier, je me demande jusqu’à quel point au niveau de la sécurité il n’y aura pas des Postes et une règle. Mario SILVA La Chine appartient aussi à l’UPU. Elle a la volonté d’obtenir les mêmes niveaux sécuritaires que les pays développés. Il est indispensable d’obtenir une confiance entre les différentes régions et les différents pays. Didier ADÈS Parlons des douanes. En quoi la Poste est-elle porteuse de risques pour la douane ? Elle est certes transfrontalière, et votre métier est de protéger les frontières. De quoi avez-vous peur ? Patrick MARKARIAN Nous n’avons pas vraiment peur de la Poste qui est avant tout un partenaire. La Douane intervient sur les mouvements de marchandises transfrontaliers, et sur le marché communautaire, la Poste bénéficie d’une dispense de déclaration, sous certaines con­ditions,

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pour les envois inférieurs à 50 kilogrammes. Vous l’avez souligné à plusieurs reprises, nous avons tous partie liée, et je fonde des espoirs vigoureux quant à la possibilité de disposer en amont d’un certain nombre d’informations qui pourraient permettre une analyse de risque préalable au départ ou à l’arrivée des envois. De cette façon nous pourrons concilier accélération du trafic, facilitation des opérations des envois postaux et sécurité. Didier ADÈS Qu’attendez-vous de votre partenaire pour améliorer ce fonctionnement ? Patrick MARKARIAN L’obsession sécuritaire ne doit pas nous gagner, mais à l’instar des sociétés de fret express qui donnent par voie informatique un certain nombre d’informations préalables à l’arrivée des colis, la Poste pourrait nous faire parvenir une sorte de feuille de route pour ses colis. Cette traçabilité informatique nous permettrait de connaître certaines informations nécessaires pour différencier le bon grain de l’ivraie et adapter nos contrôles au risque produit, risque pays ou risque opérateur. Patrick MARKARIAN

Didier ADÈS Qu’attendez-vous des opérateurs ? Patrick MARKARIAN Tous les opérateurs ne sont pas au même niveau de développement informatique mais certains disposent d’outils de réservation et de logistique qui pourraient nous permettre d’intégrer un niveau de risque et de sensibilité. Les contrôles seront ainsi mieux ciblés. Didier ADÈS Monsieur Fischer, avez-vous l’impression que la Deutsche Post pourrait mieux faire ? Reinhard FISCHER Nous pouvons toujours faire mieux ; les douanes peuvent également mieux faire. Nous devons évidemment assurer un certain niveau de gestion de risque, mais nous sommes en position d’assurer cela. Les autorités douanières doivent comprendre que nous avons différents clients et nous avons besoin d’un certain type de procédures qui doivent être disponibles pour les opérateurs postaux. Didier ADÈS Avez-vous l’impression qu’il existe d’importants maillons faibles dans cette chaîne ? Entre la grande poste centrale de Paris Louvre et un petit bureau de poste d’une ville de province, la sensibilisation n’est certainement pas la même. Comment arriver à mobiliser tout un réseau ? Combien êtes-vous à la Poste française ?

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Eric LE GRAND Je pense que nous sommes environ 280 000 agents, ce qui n’est pas facile à gérer. Mais nous disposons de plus en plus de moyens techniques à disposition de la sécurité. L’erreur serait de penser que toute cette technologie mise à disposition de la sécurité solutionne le problème. Dans tout dispositif, le maillon faible est toujours l’être humain. La Poste a fait d’importants efforts et s’est dotée de spécialistes de la sécurité. Pour autant, les problèmes ne sont pas réglés en totalité. Les spécialistes ne peuvent rien faire si les agents sur le terrain et le management opérationnel ne jouent pas leurs rôles en matière de sécurité. Nous devons former, sensibiliser, maintenir à niveau et mettre en place des règles faciles à appliquer.


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Didier ADÈS La notion de maillon fragile a fait sourire Monsieur Fischer. Reinhard FISCHER Je suis d’accord avec les propos de mon collègue, il est vrai que des formations sont indispensables. L’effectif de la Deutsche Post est similaire à celui de la Poste française, il faut donc déterminer jusqu’à quel point nous pouvons former. Mais notre problème se situe plus dans la relation commerciale avec des particuliers âgés qu’avec des entreprises. Nous devons assurer la sécurité jusqu’à un certain niveau, tout en nous assurant que les opérateurs postaux sont à même de travailler dans leur environnement. Mario SILVA Au niveau de la sécurité, l’information et l’échange d’informations au niveau global sont importants. Un pays peut être très compétent pour la sécurité dans son pays, mais au niveau international il doit recevoir des informations immédiates sur le courrier et les colis. L’investigation et l’information sur la sécurité doivent être immédiates. Nous avons réussi à créer au niveau de l’UPU des applications informatiques qui peuvent aider les échanges immédiats d’informations très précises quant aux problèmes de la Poste. Au niveau global, ne pas recevoir la même information de chaque région constitue une faiblesse. Patrick MARKARIAN Merci de me donner l’occasion de rappeler que des pistes sont lancées par les instances communautaires. Un règlement de 2005 porte d’ailleurs sur la sureté et la sécurité

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en général, dont la sécurité postale. Une des pistes à privilégier serait la notion d’opérateur économique agréé. Cela pourrait concilier les besoins de sécurité inhérents aux envois postaux et les aspects commerciaux consistant à ne pas retarder les envois postaux. L’article 5bis de ce règlement communautaire permet à la Poste et aux autorités administratives de mieux connaître l’opérateur et de mieux cerner l’effort de contrôle et l’impact des contrôles. Hind LFAL, Poste Maroc, intervenante Au Maroc nous avons un programme de catégorisation d’entreprises avec la douane qui permet à certaines entreprises de bénéficier de dispositions plus flexibles. Ce contexte euro-méditerranéen ne pourrait-il être l’occasion de réfléchir à des normes communes afin de permettre des échanges plus fluides entre les deux rives de la Méditerranée ? Didier ADÈS Est-ce un souhait ? Hind LFAL Oui, car cela permettrait de fluidifier les échanges. Patrick MARKARIAN Je ne vais pas me substituer aux instances communautaires, je ne suis pas autorisé à me prononcer pour la Commission ou le Conseil des Communautés. Mais je peux dire que la douane française approuve ce type de coopération et sera votre porte-parole à Bruxelles. Hind LFAL, Poste Maroc

Randy MISKANIC L’UPU veut des normes de sécurité couvrant les mesures physiques et procédurales dans ce secteur et nous y travaillons dans le groupe d’action sécurité postale. Nous avons aussi approché l’Organisation Mondiale des Douanes et nous travaillons sur la perspective internationale en essayant d’avoir une coopération régionale entre les différents secteurs. Didier ADÈS Regardons devant nous et un peu plus loin dans l’avenir. Je pense à l’e-commerce et à tous les nouveaux modes qui inondent chaque jour un peu plus vos boîtes aux lettres. Comment affrontez-vous cela en termes de sécurité ? Patrick MARKARIAN Les modes d’acheminement se diversifient et la douane essaye de s’y adapter. A travers les envois réguliers, la douane doit trouver les envois irréguliers. Je ne peux pas vous communiquer de détails précis sur nos modes de fonctionnement internes, mais nous avons par exemple à Paris un service permanent de veille internet où nous trouvons des envois irréguliers, tels que des contrefaçons ou des stupéfiants. Le vecteur postal se trouve de fait intégré à la chaîne logistique d’acheminement bien malgré lui, et nous avons de très bonnes relations avec la Poste qui nous permettent en cas de suspicion avérée d’accompagner le colis jusqu’à son destinataire.

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Didier ADÈS Malgré les techniques, êtes-vous toujours dans la course du gendarme et du voleur ?


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Patrick MARKARIAN Tout à fait, et les voleurs ont souvent une petite longueur d’avance. Nous sommes aidés juridiquement par un certain nombre de textes qui nous permettent ces livraisons postales surveillées. Nous devons faire preuve d’une capacité d’adaptation permanente pour lutter contre tous ces trafics. Didier ADÈS Si vous aviez des vœux, les uns et les autres, quels seraient-ils ? Pouvez-vous dire si globalement, à l’heure actuelle, le système est satisfaisant ? Puis-je dormir tranquille ? Reinhard FISCHER Je pense que vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. Pour revenir à la remarque faite par mon collègue de l’UPU, je pense qu’il faut mettre en place un système international électronique avec une partie de l’information disponible pour la gestion de risque. De ce point de vue, je pense que l’UPU et l’association des opérateurs européens sont sur la bonne voie et nous travaillons de concert avec la Commission européenne. Ce sujet est largement discuté avec la Commission depuis de nombreuses années. C’est pour cette raison que je peux affirmer que nous allons aboutir à une solution acceptable pour les opérateurs postaux et pour les responsables des douanes. Didier ADÈS Quel est le vœu que vous formulez d’une façon concrète ? Reinhard FISCHER Mon souhait est que ça doit se faire. Si les opérateurs postaux sont capables de gérer l’information électronique, nous pourrons nous en servir pour atteindre nos propres buts et atteindre la sécurité. C’est pour cette raison que je considère que cette situation est une situation gagnant-gagnant pour les opérateurs postaux. Mon vœu serait donc d’avoir un système international, disponible le plus rapidement possible.

Reinhard FISCHER

Eric LE GRAND Globalement, je dirais que les Postes n’ont pas à rougir de leurs actions en matière de sécurité. Nous sommes très organisés entre nous sur le plan international, nous échangeons nos bonnes pratiques et tous ensemble nous allons vers le haut. Nous avons de la chance d’être dans des domaines très réglementés, mais sur la mise en pratique des règles, nous pêchons encore un peu. Les postes se sont dotées de spécialistes, et maintenant les experts doivent savoir devenir des pédagogues et des simplificateurs. La problématique des Postes se retrouve dans leur taille et dans leur positionnement sur l’ensemble du territoire. Il va falloir faire œuvre de simplification et de pédagogie de manière à faire appliquer les mesures. De l’avis des organisations internationales avec lesquelles nous travaillons énormément, nous sommes assez bien organisés. Nous devons continuer dans cette voie. Didier ADÈS Parlons des risques de santé, et de ce qui peut être véhiculé par les courriers. Il existe une réelle facilité de contamination et des difficultés pour suivre et tracer les dangers. Eric LE GRAND Ce risque est pour moi le principal dont nous devons collectivement avoir peur. Nous devons y réfléchir pour nous prémunir. Nous ne sommes pas à l’abri d’un colis qui

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explose et d’un avion qui saute au dessus de nos têtes, mais il existe dans ce domaine des contrôles renforcés. Ce genre d’attentat n’aura qu’un impact local et contenu. En revanche, une problématique telle que celle de l’anthrax sèmerait une véritable terreur et bloquerait nos systèmes économiques. Certains sites contaminés lors de précédentes attaques ont été arrêtés plus de trois ans et demi. Un véritable travail doit encore porter sur ce sujet. Randy MISKANIC La probabilité d’être confronté à des armes biologiques est plus faible que celle de trouver des explosifs ou des marchandises dangereuses. Cependant, le secteur postal a dû réagir pour faire face à la panique liée à l’anthrax. Certains bureaux de poste avaient même installé des systèmes de détection des matières biologiques. L’UPU travaille de concert avec l’OMS, le bureau des Nations-unies, l’agence d’énergie atomique et d’autres organisations internationales afin de développer des programmes risques pour installer des procédures et des processus. Didier ADÈS Ces questions essentielles ne constituent pas la manière la plus rose de terminer une après-midi. Avez-vous quelque chose à ajouter Monsieur Silva ? Mario SILVA Comme Randy l’a déjà dit, notre expérience fait que les risque actuels sont beaucoup moins importants que ceux d’avant 2001. Nous notons dans les audits que la Poste, les aéroports et tous les intervenants au niveau de la sécurité ont renforcé les règles. Même nos audits ont du mal à faire ressortir les faiblesses. Cela signifie qu’il est maintenant beaucoup plus difficile d’envoyer par la Poste des matières dangereuses. Didier ADÈS En conclusion, je voudrais consacrer deux minutes aux usagers. Nous avons parlé des émetteurs, des systèmes postaux et des partenaires qui essayaient de veiller sur nous, mais le thème des usagers n’a pas été abordé. Comme si toutes les actions se devaient d’être discrètes. Eric LE GRAND A chaque fois que nous évoquons un risque, nous avons une contrepartie. Concernant la grippe aviaire par exemple, nous avons voulu attirer l’attention sur un risque réel et sérieux et cela a entraîné une réaction qui n’avait pas été anticipée. Toute information sur la sécurité à destination du public doit être bien pesée. Cependant, je pense que nous pouvons sensibiliser les utilisateurs afin qu’ils comprennent la nécessité d’indiquer sur leurs envois le nom de l’expéditeur et celle de ne pas envoyer de produits dangereux. Avant existait le secret de la correspondance, mais depuis que les flux internationaux sont passés dans des scanners, ce secret n’est plus d’actualité. Afin de sensibiliser les clients, nous étudions la possibilité d’afficher dans les bureaux des stickers tels que ceux présents dans les aéroports.

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Didier ADÈS Il s’agit donc d’un métier d’éducation civique. Eric LE GRAND Pour ses propres envois, La Poste peut améliorer ses pictogrammes. Randy MISKANIC Nous devons communiquer de l’information au public, mais elle doit être bien étudiée afin de ne pas provoquer de panique. Nous devons donner l’information aux agents de la Poste pour qu’il la relaye. Didier ADÈS Tous responsables et tous acteurs. Je vous remercie d’avoir été avec nous pour aborder ce sujet sans le dramatiser.

Tous responsables et tous acteurs.

Randy MISKANIC

Didier ADÈS

Mario SILVA

Eric LE GRAND

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Lundi 9 juillet 2007


Fin de la première journée La vision régionale de l’Euromed par Michel VAUZELLE Président de la Région Provence Alpes Côte d’Azur

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Conclusion des travaux de cette journée de Jean-Paul BAILLY p 62 Président du Groupe La Poste


Fin de la première journée

La vision régionale de l’Euromed par Michel VAUZELLE Président de la Région Provence Alpes Côte d’Azur

Je vous remercie. Merci Mesdames et Messieurs d’avoir la patience de rester assis dans vos fauteuils alors que l’appel de Marseille est là. Il s’agit d’une conférence internationale des postes euro méditerranéennes, et l’occasion était belle pour moi. Je remercie le Groupe La Poste et son Président d’avoir invité le Président de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur à venir devant vous. Je suis doublement attaché à ce que vous représentez aujourd’hui. La Poste est pour moi un élément essentiel de l’aménagement du territoire. Sans la Poste et son réseau, il n’y aurait pas de cohésion dans notre façon de concevoir un aménagement harmonieux du territoire régional, un aménagement humain, un aménagement qui permette le développement économique en prenant en compte les données de la vie quotidienne, en essayant de faire face à la mondialisation. Que l’on soit de droite ou de gauche – pour ma part je suis de gauche – nous sommes obligés d’être réalistes et de prendre la mondialisation comme un fait, avec ses aspects positifs qui permettent l’ouverture du cœur et de l’esprit, et ses aspects plus préoccupants qui portent atteinte à la liberté et à l’identité des cultures, avec des montages économiques modernes adéquats qui ne correspondent pas à certaines logiques de la grande finance mondialisée et qui provoquent des délocalisations parfois difficiles à comprendre. Il y a aussi cet abandon du service public lié à la conception que l’Europe a de l’économie. Nous pouvons imaginer une société qui reste humaine en permettant à chacun de bénéficier d’un service public tel que celui de la Poste. Nous devons éviter que la Poste, devenant seulement une affaire privée et de compétition, nous oriente vers une société à deux vitesses si dangereuse, avec une paupérisation des classes moyennes et une diminution des maigres moyens des catégories les plus défavorisées. Nous pouvons y voir une préoccupation d’ordre éthique, même si certaines sociétés vivent très bien dans des situations où de larges fossés existent. Nous avons un modèle de société français, pouvons-nous accepter d’abandonner les idéaux de la République et ce qui fait que la société française a représenté un modèle dans le monde entier ? Toute la société doit s’interroger pour savoir si nous allons accepter cette division de la société entre une minorité de privilégiés qui aura un service postal performant et une majorité de malheureux qui ne verra même plus arriver le facteur.

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Au-delà de ces images naïves se pose une véritable question politique de la conception de la dignité de l’homme, du respect des personnes et d’un minimum de cohésion dans les orientations d’une société qui marche d’un même pas et qui évite la création de conflits qui ne se résoudraient que par des solutions sécuritaires constamment renforcées. Ce sont les problèmes posés à la société aujourd’hui, et en tant que député, je suis content de pouvoir participer à ce débat de société. Je n’en dirai pas plus concernant le service public. Vous avez compris que pour l’aménagement de ma région, je souhaite qu’il y ait la plus grande cohésion entre des départements dont certains sont pénalisés par leur éloignement. Je suis attentif car je constate que la disparition d’un bureau de Poste conduit à la mort d’un village, et personne ne peut s’en réjouir. Une conception de l’aménagement du territoire disparaît en même temps. Voilà les immenses problèmes auxquels est confronté un Président de Région aujourd’hui, auxquels


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Michel VAUZELLE

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s’ajoutent les problèmes de transports et d’éducation nationale. Il s’agit d’une véritable réflexion à conduire, qui ne devrait pas lever les uns contre les autres les gens de droite et de gauche mais amener tous ceux qui sont de bonne volonté à réfléchir sur la société que nous voulons demain. Je voulais rendre hommage à La Poste et aux perspectives que j’espère développer avec elle en matière d’aménagement du territoire, si cela est possible au vu des directives européennes. La Méditerranée est un espace particulier, et je suis heureux que les Postes aient choisi notre Région, qui est une région charnière entre l’Europe et la Méditerranée. Ceci peut également représenter une difficulté supplémentaire car aux difficultés de la construction européenne s’ajoute un espace méditerranéen qui connaît d’importantes violences dans sa partie orientale et des lueurs d’espoir et de capacités formidables. Nos populations sont imbriquées, et hier j’étais à Tanger pour signer un accord de coopération technique, afin de traiter ensemble des projets techniques. J’ai également pris la Direction à Grenade d’une commission inter méditerranéenne de la conférence des régions périphériques et maritimes de l’Europe réunissant une cinquantaine de régions du sud de l’Europe. Cette association permet de discuter avec plus de poids à Bruxelles mais aussi avec nos partenaires méditerranéens de la rive sud. La Méditerranée a des difficultés à se construire. Le Président de la République a lancé l’idée d’une Union méditerranéenne, car il est clair que le processus de Barcelone a été une immense déception. Barcelone II a ensuite été présenté, mais des partenaires extra-européens ont fait en sorte que ce soit également un échec. Les européens ne comprennent pas que l’avenir de l’Europe ne se fera pas en tournant le dos à la Méditerranée. Il n’y a pas d’avenir de paix et de développement pour l’Europe sans prendre en compte la communauté de destin de l’espace euro méditerranéen. Si cela n’est pas admis, la xénophobie et le racisme combleront d’aise les intégristes. Nous entrerons alors dans un cercle vicieux qui ne permettra pas à l’Europe de vivre tranquille. Nous devons nous développer avec les pays de la Méditerranée en respectant leur souveraineté et leur identité pour apporter une réponse à long terme aux problèmes posés par l’immigration clandestine et au racisme. Le manque de possibilités offertes aux diplomaties d’Etat compte tenu de la difficulté rencontrée dans les relations avec le monde arabe et de l’impossibilité de résoudre les problèmes israélo-palestiniens et syro-libanais fait que pendant que les Etats constatent qu’ils ne peuvent rien faire, nous ne devons pas nous contenter de cette situation. Nous devons aborder les questions de coopération dans les domaines techniques et tisser cette trame qui contribuera un jour ou l’autre à une décompression dans cet espace qui ne peut être laissé dans son état actuel. Avec les régions méditerranéennes, nous avons créé de nombreux organismes qui effectuent un travail intéressant dans le cadre de l’arc latin ou dans le cadre des pays du Maghreb central, avec des partenariats très fructueux. Ce travail de diplomatie participative implique les élus locaux, les universitaires, les chambres de commerce et d’industrie, ou les chefs d’entreprise. A d’autres de porter une politique européenne de coopération concrète, sans faire de politique qui fâche. Nous avons des résultats remarquables, avec la bénédiction et l’aide du quai d’Orsay qui ne peut plus faire face aux foisonnements de ces relations directes entre ces régions.

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La volonté est de créer, avec les contraintes actuelles, des espaces humains à la mesure de l’attente de nos concitoyens et des nations qui entendent rester des communautés vivantes et non des sociétés déchirées par des conflits sociaux et des inégalités sociales qui conduiraient fatalement à des violences que nous ne pouvons pas accepter. C’est donc un message d’espoir que je vous apporte, car nous sentons monter de chaque côté une société nouvelle qui bouscule nos habitudes et nous oblige à faire preuve d’intelligence et d’imagination. Tant sur le plan méditerranéen que sur celui du service public de la Poste, je voulais à ma manière vous rendre hommage et vous dire que votre combat sur ces deux fronts est le mien. Je vous remercie d’avoir honoré ma région de votre présence. Didier ADÈS Merci Monsieur le Président. Très bonne soirée à tous.

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Conclusion des travaux de cette journée par Jean-Paul BAILLY Président du Groupe La Poste

Il ne s’agit pas d’une conclusion puisqu’il reste encore une matinée de travail. Je souhaitais tout de même vous dire quelques mots au terme de cette journée, pour apporter quelques éléments de synthèse et de remerciement. Tout d’abord je souhaite remercier l’ensemble des intervenants pour la richesse et la qualité des propos et des échanges, ainsi que les participants des trois ateliers. Je souhaite conclure cette première journée en revenant sur des points majeurs de cette journée de travail. Concernant l’argent des migrants, les débats d’aujourd’hui ont montré l’importance de cet enjeu, qui fait l’objet d’une prise de conscience croissante. Cette problématique concerne bien sûr les transferts d’argent, mais aussi l’accès de tous aux services financiers et l’utilisation de l’épargne des migrants dans leur pays d’origine. Intervenant majeur auprès des migrants, les Postes ont donc naturellement un rôle éminent à jouer et doivent se placer au cœur de ces débats, en tant que prestataire de services, mais aussi en tant que force de proposition et vecteur d’action. Plusieurs pistes ont été évoquées, d’autres le seront encore certainement demain. Je crois que faciliter l’accès des migrants à un compte bancaire est quelque chose de très important pour sécuriser leurs transferts d’argent. J’ai apprécié dans la table ronde le côté pratique et concret des analyses et des propositions faites. Nous devons donc sécuriser les transferts d’argent, mais aussi orienter les fonds transférés au profit du développement économique des pays récepteurs. La définition d’offre commune pour les PME est de toute évidence un enjeu majeur du développement économique. Des pistes concrètes ont été évoquées cet après-midi pour favoriser les échanges et le marketing direct, pour fédérer les initiatives commerciales et pour accompagner la dématérialisation en se positionnant sur les nouveaux services. La sécurité, nous venons de l’entendre, constitue également un enjeu fort pour les opérateurs postaux qui sont de plus en plus confrontés à cette problématique. La table ronde a permis de mesurer les enjeux et a mis en lumière les efforts et les résultats des Postes, qui les placent parmi les meilleures entreprises dans ce domaine. La sécurité s’appuie sur des moyens et des structures professionnelles, mais c’est aussi un outil majeur de management car elle est l’affaire de tous les postiers, dans chacun des postes de travail. Sécurité, qualité, efficacité sont des mots qui vont toujours de paire. Dès qu’une faille est constatée dans la sécurité, elle est souvent le signe d’une défaillance plus large des enjeux de management. Dans ce domaine de la sécurité où les problèmes et les enjeux sont internationaux, les coopérations entre les Postes sont essentielles. La mise en place d’une structure d’échanges dédiée à ce sujet pourrait constituer un moyen d’entraide et de détermination des actions prioritaires à construire.

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Je terminerai en vous livrant des réflexions sur la première table ronde car ce thème est peut-être celui qui est le plus au cœur de l’essence même des activités postales. Le


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secteur postal constitue un bien économique primordial et un lien social et territorial indispensable et apprécié des populations. Le modèle européen repose sur la fourniture d’un service universel de qualité et la création d’un marché unique des services postaux où les opérateurs sont régulés par des autorités indépendantes. Ce modèle s’est encore peu exporté du fait de la diversité des situations économiques et géographiques et des divers handicaps auxquels doivent faire face certains opérateurs. Mais je suis persuadé que pour accompagner le développement de la zone euro méditerranéenne dont le potentiel est considérable, le dynamisme des entreprises postales et la qualité de leurs prestations sont essentielles. Le processus de relocalisation des sociétés de services européennes et la croissance des échanges nord-sud génèreront mécaniquement une augmentation du courrier. Les Postes européennes ont donc un rôle à jouer pour accompagner les pays bénéficiant de cette croissance dans la structuration de leur outil de production et dans leurs efforts visant à une meilleure qualité. Ce type de coopération doit être privilégié, et je pense que dans ce cadre, cette première conférence joue un rôle moteur et sera source d’échanges nouveaux. Je souhaite partager deux souhaits avec vous. Le premier est le sentiment d’une vraie réussite pour cette conférence, en termes d’échanges, de rencontres, et d’envie de construire ensemble de manière concrète pour être sûr d’être un acteur qui compte dans un monde qui se mondialise. Je vous invite à continuer à réfléchir à ce que pourrait être la construction de cette communauté, de manière dynamique, constructive, et pilote. Mon deuxième souhait est que vous passiez demain une très belle et enrichissante matinée de travail, et dans l’immédiat une très bonne soirée. Je vous remercie de votre attention. Didier ADÈS Je voudrais demander à Monsieur Alaa Fahmy, Président de la Poste Egyptienne, de nous rejoindre. Jean-Paul BAILLY Nous sommes heureux de vous accueillir car la Poste Egyptienne a pris l’initiative d’émet­tre un timbre pour cette première conférence Euromed, et nous allons ensemble apposer la marque du premier jour. Alaa FAHMY La Poste égyptienne est très intéressée par la région Euro méditerranéenne vu le rôle et les perspectives futures de cette région pour les services postaux. Je remercie Monsieur Bailly de son initiative de nous réunir pour cet évènement très important dont j’espère nous cueillerons les fruits très prochainement.

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Mardi 10 juillet 2007

Synthèse


des ateliers réunis le 9 juillet L’argent des migrants

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La diversification du réseau des bureaux de poste

p 72

Le développement des services aux PME

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Synthèse des ateliers réunis le 9 juillet

Atelier 1 : l’argent des migrants

Didier ADÈS Accueillons Thierry Crop, Directeur de la Poste de la Réunion. Sa présence nous démontre qu’Euromed a des prolongements lointains. Accueillons également Abderrazak Bel-Hadj Zekri Directeur des recherches à l’Office Tunisien des étrangers. Voyons une fois de plus l’état d’esprit des participants. Un film est projeté dans la salle. Didier ADÈS Vous avez conduit les ateliers. Vous retrouvez-vous dans ces conclusions ? Abderrazak BEL HADJ ZEKRI Oui, car il y a deux aspects importants à mon avis. Le premier est de savoir comment transférer les ressources, et le deuxième est de savoir comment les utiliser pour le développement de mon pays. Didier ADÈS Avant d’aller plus loin, Thierry Crop, vous sentez-vous concerné par l’argent des migrants à la Réunion, dans la mesure où il existe des flux importants entre la métropole et notre lointain département ? Thierry CROP Nous nous sentons concerné car la Banque Postale est connectée à d’autres réseaux électroniques de transferts de fonds dont il a beaucoup été question dans cet atelier. Les réunionnais utilisent ce canal, notamment pour transférer des fonds à Madagascar. Didier ADÈS Que s’est-il raconté dans cet atelier, et qu’est-ce qui nous fait progresser sur ce marché des transferts, couvert aujourd’hui par une large gamme de produits ? Abderrazak BEL HADJ ZEKRI Avant d’entamer cette partie relative à la gamme des produits, je voudrais recadrer un peu le débat. Le titre de cet atelier, « l’argent des migrants », risque d’induire une connotation péjorative. Le migrant est aussi un acteur social et un acteur de développement car il produit des richesses dans le pays d’accueil et peut contribuer efficacement au développement de son pays d’origine. Je vais présenter les deux premiers axes qui se sont dégagés de cet atelier. Le premier concerne les points de convergence et le second les principaux obstacles rencontrés dans la mobilisation de l’épargne.

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Le premier point de convergence est lié à la réflexion entre migration et développement dont les transferts pourraient représenter un aspect important. Le deuxième constat est relatif au fait que les transferts migratoires sont durables et seront amenés à progresser. Le troisième point de convergence part du constat que les transferts sont peu


Synthèse des ateliers réunis le 9 juillet

liés à la conjoncture et sont amenés à durer et à évoluer. Ces transferts ont largement contribué à l’amélioration des conditions de vie des familles des migrants, à la réalisation d’avancées significatives dans le domaine de l’éducation et de la santé, mais ils ont également permis des investissements. Cette nouvelle orientation des transferts a amené les participants à insister sur la mise en œuvre d’un plan d’action permettant de faciliter l’utilisation des transferts comme outil de développement. Didier ADÈS Excusez-moi de vous interrompre, mais les participants à cet atelier ont-ils proposé des pistes de méthode ? Abderrazak BEL HADJ ZEKRI Les pistes sont à construire, mais le fait de prendre conscience de l’urgence et de l’importance des transferts comme levier de développement permet de tracer des stratégies précises. Le quatrième point de convergence est relatif à une meilleure mobilisation de l’épargne. Les participants ont relevé que la Poste demeure un acteur incontournable. En effet, les Postes ont toujours joué le rôle important de lien entre l’immigrant et son pays d’origine, et demeurent cet outil primordial. Cependant, certains obstacles subsistent, notamment l’inégalité des réseaux en place, la diversification de la règlementation en vigueur dans les pays et la prise de conscience différenciée quant à la place des transferts migratoires. A ces obstacles s’ajoutent des difficultés liées à la culture, aux mentalités, aux mutations des migrations, à l’attitude des différentes générations quant à leurs liens avec leur pays d’origine et à la faiblesse du partenariat gagnantgagnant autour de cette mobilisation des ressources. Je laisse maintenant la parole à Monsieur Crop pour qu’il vous présente les solutions envisagées et les perspectives. Thierry CROP Nous avons identifié un véritable marché en développement et les obstacles liés à la diversité des problèmes à régler. Nous avons mis en évidence deux sujets : les transferts d’argent sur lesquels de nombreuses études ont porté et ont permis d’attirer l’attention sur leur coût ; et l’argent des migrants de manière plus large. Pour évoquer des solutions, il faut tout de même commencer par traiter le premier sujet. Les institutions internationales ont mis en évidence l’importance des transferts comme élément de contribution au développement de l’économie des pays et au développement social, mais elles ont également toutes évoqué le fait que si le coût des transferts baissait, plus d’argent arriverait à destination. C’est à ce niveau qu’interviennent les Postes. En effet, beaucoup d’entre vous se sont étonnés de constater que Western Union s’appuyait sur un réseau majoritairement constitué de bureau de Poste, alors que les Postes n’ont pas été en mesure de s’organiser pour offrir elles-mêmes ce service. Si Western Union est un service premium a très forte valeur ajoutée, pour ses partenaires c’est aussi source de produit net bancaire conséquent. Paradoxalement, Western Union ne réalise

Abderrazak BEL HADJ ZEKRI

Thierry CROP

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Georges PAUL, animateur - Guillaume ALMERAS, consultant - Henry MARTY-GAUQUIÉ (BEI) - Thierry CROP (Groupe La Poste) - Abderrazak BEL HADJ ZEKRI (Office des Tunisiens à l’étranger) - Iñigo MORÉ, chercheur

que 10 % à 12 % des transferts de fonds mondiaux. Notre sujet revient donc à savoir comment les Postes peuvent s’organiser pour produire un service à coût moindre avec un niveau de qualité correspondant aux besoins exprimés par les migrants. Cet atelier nous a également permis de faire le point sur IFS, utilisé par une cinquantaine de pays. Nous avons mis l’accent sur la lenteur de l’évolution de ce canal, mais aussi sur les perspectives nouvelles qui nous donnent de l’espoir. Le sujet plus large de l’argent des migrants revient à savoir comment les institutions financières et les Postes répondent à ce marché émergent. Puisqu’il s’agit d’un marché, il doit être abordé à travers une véritable démarche marketing. Quels sont les besoins de ces clients ? Nous devons prendre en compte que les migrants ne constituent pas une population homogène et proposer des services répondant aux besoins de chaque catégorie du marché. Nous avons évoqué les transferts nord-sud, et nous avons également parlé du fait que certaines épargnes des pays du Maghreb cherchaient à se placer sur des produits dont les migrants ne disposent pas dans des conditions satisfaisantes dans leur environnement. Cette épargne se place donc en Europe. Pour répondre aux besoins des migrants, il faut prendre en compte le double attachement au pays d’accueil et au pays d’origine, ce qui débouche sur la nécessité de partenariat entre les institutions du nord et celles du sud.

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La deuxième démarche a concerné la manière de faire pour que cet argent facilite le développement. Quand les destinataires viennent chercher leur argent en cash, il ne reste aucun encours pour le monde bancaire en termes de ressources disponibles.


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Nous avons donc abordé la question de la double bancarisation qui permet d’offrir une gamme de produits et services qui réponde aux besoins de transformation de cet épargne en crédit et contribue à faire entrer cet argent dans les circuits économiques. Cette double bancarisation permet également aux institutions financières partenaires de mieux fidéliser leurs clients et de réduire les coûts des transferts. Nous avons également évoqué le type de produits et services qui pouvait donner envie aux migrants d’entrer dans une telle démarche. Nous sommes revenus sur le compte épargne co-développement et nous avons évoqué des produits sur lesquels travaillent la Banque Postale française et la Poste marocaine dans le cadre du partenariat. Nous sommes parvenus à la conclusion que nous pouvons attirer les migrants sur l’aspect transfert, mais aussi sur la gamme de produits et services qui peuvent être offerts. Nos économistes ont rappelé que ce n’était pas contradictoire avec le fait de chercher à mettre en place des dispositifs multilatéraux qui permettent de transformer plus facilement l’épargne en crédit, c’est-à-dire en ressources longues, notamment pour les PME de l’autre côté de la Méditerranée. En conclusion, les perspectives immédiates se retrouvent dans trois niveaux d’intervention pour les Postes. Le premier est de s’occuper de leurs clients et d’imaginer les produits et services permettant de mieux répondre aux besoins des migrants. Le deuxième niveau est de savoir ce que font les Postes entre elles pour disposer d’un véritable réseau de transfert électronique de fonds sur lequel elles seraient toutes connectées. Un participant de l’atelier a demandé si l’Euromed Postal n’était pas l’occasion de déboucher immédiatement sur la mise en place d’un comité de pilotage visant cet objectif à court terme. Enfin, le troisième niveau d’intervention concerne l’appui des Postes à toutes les démarches visant à mettre en place ce type de mécanismes multilatéraux. Nous savons que des rendez-vous étaient pris auprès de la Banque centrale européenne et que ce sujet est évoqué à Bruxelles. Suffisamment d’études ont déjà mis en avant la nécessité de créer cette institution multilatérale, donc les Postes doivent pouvoir appuyer ces mécanismes et ces institutions multilatérales. Didier ADÈS Vous venez de décliner l’application de ce sur quoi insistait Monsieur Zekri, à savoir que les migrants sont avant tout des acteurs sociaux et de développement. A partir du moment où nous avons ça en tête, nous dépassons la simple approche financière et nous allons vers la noblesse d’Euromed, c’est-à-dire un pilier qui lui permettra de se développer plus fortement. Un intervenant de la Banque Postale (Groupe La Poste) Thierry, pourrais-tu préciser la garantie concernant les crédits immobiliers pour les migrants ? Thierry CROP Dans les exemples donnés, nous avons insisté sur le cas du Maroc et les évolutions règlementaires permettant de mettre en place des dispositifs simplifiés. Le marocain client de la Banque Postale en France qui veut utiliser son épargne pour financer un projet immobilier au Maroc obtient un prêt de la Banque Postale. Cette dernière obtient de son partenaire au Maroc une garantie, Poste Maroc prenant elle-même une garantie sur le bien immobilier. Ce genre de mécanisme existe et est déjà utilisé par nos concurrents. La Banque Postale travaille donc sur ce système pour offrir la possibilité aux clients marocains de financer leur projet immobilier à partir de leur épargne constituée en France.

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Didier ADÈS J’imagine que ce système dépassera ensuite le cadre du Maroc. Thierry CROP Bien sûr. Ce qui a été mis en avant, compte tenu de l’ensemble des sujets à traiter et de l’ensemble des obstacles, est de se concentrer sur une communauté pilote, de mener cette démarche au bout de son développement avant de la généraliser. Un intervenant Ce dispositif est-il opératoire où est-il encore au stade de projet ? Thierry CROP L’accord entre la Banque Postale et Poste Maroc a été signé début mars. Les conseillers financiers marocains sont en formation actuellement pour être des conseillers financiers de la Banque Postale à part entière, dans les bureaux sélectionnés en fonction de la forte concentration de clients marocains de la Banque Postale, de la forte concentration de population marocaine à proximité et de l’implantation des banques marocaines en France. Ces conseillers seront opérationnels dans les jours à venir. Pendant ce temps, les travaux ont commencé pour organiser les conditions dans lesquelles nous pourrons offrir aux clients marocains en France cette double bancarisation. Nous avons lancé de manière pilote ce produit d’assurance prévoyance et les étapes vont se succéder pour que petit à petit nous étoffions la gamme et la démarche commerciale. Nous avions initialement voulu profiter de la vague de migration qui a lieu traditionnellement au début de l’été, mais ce laps de temps était trop court. Nous profiterons donc du retour pour démarrer ces opérations. Pierre SALAMEH, Consul de Syrie pour le sud de la France, intervenant Je voulais savoir sous quelle forme ont été passés les accords avec le Maroc, quelle est leur durée, et quels sont les engagements dans le temps. La démarche Postale sera-t-elle étendue au-delà du Maghreb ? Thierry CROP Il s’agit d’un accord contractuel entre deux personnes morales. Etant soumis à des organismes de tutelle, cet accord ne pourrait avoir lieu s’il y avait opposition d’un côté ou de l’autre. Patrick Werner a rencontré à Rabat l’ensemble des autorités de tutelle de Poste Maroc, les représentants du ministère chargé des migrants et la caisse des dépôts et consignation. Cet accord opérationnel est limité dans le temps puisque nous voulons mesurer les effets de cette démarche. Les conditions de partenariat sur les aspects financiers et stratégiques et les conditions dans lesquelles la Banque Postale s’est créée au 1er janvier 2006 peuvent appuyer les projets de Poste Maroc pour créer sa propre Banque Postale. Cet accord est donc circonscrit, mais ouvre des pistes que nous investirons au fur et à mesure. Il a vocation à être dupliqué, mais nous ne traitons pas de la même manière avec tous les pays car les conditions sont extrêmement différentes.

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Juan Ramõn MARTINEZ, ACHA, UPAEP, intervenant Cette question est relative au système IFS et aux transferts d’argent des pays latinoaméricains vers l’Europe. L’IFS est un système très intéressant, mais les Postes latinoaméricaines se heurtent au problème de la nécessité du fonds de réserve financier pour les pays en développement. L’alternative dont vous parlez pour Western Union doit être dotée d’une caractéristique de rapidité. Croyez-vous que l’installation d’un système de clearing soit envisageable dans le système IFS ?


Synthèse des ateliers réunis le 9 juillet

Thierry CROP Je ne suis pas spécialiste technique pour répondre au deuxième aspect de la question, mais je peux dire qu’il existe un système de clearing à l’U.P.U. pour le fonctionnement de l’IFS. Les conditions de son développement peuvent se traduire par des modalités différentes pour le projet concernant l’Afrique puisque les Postes ont la même caisse que l’Etat, ce qui a posé des problèmes par le passé en termes d’accumulation de dettes. Nous cherchons à utiliser les banques centrales pour séparer la trésorerie de la Poste et l’argent qui est transféré par les migrants du reste de la trésorerie de l’Etat. Concernant le premier sujet, il rejoint le thème du premier atelier sur l’importance du réseau, son développement, son financement et les conditions dans lesquelles nous pouvons apporter des activités additionnelles aux bureaux de Poste. La particularité des bureaux de Poste latino-américains est que quasiment aucun ne dispose de services financiers au sens classique des Postes du reste du monde. Mais nous voyons que les méthodologies mises en place par l’U.P.U. ont pour but de traiter avec les gouvernements des conditions de définition de la survie économique des Postes, voire de la définition du service universel. Le gouvernement peut inscrire dans ce service universel des services financiers de base en considérant que cela permet de financer le réseau postal et permet d’être un acteur de la bancarisation du pays. Didier ADÈS Je vous remercie d’avoir été avec nous et d’avoir rendu compte de cet atelier.

Juan Ramõn MARTINEZ - ACHA, UPAEP

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Atelier 2 : diversification du réseau des bureaux de poste

Didier ADÈS Accueillons Alberto Buttaroni de la Poste italienne. Avant de revenir sur ce sujet, voyons comment les participants ont vécu ces ateliers. Un film est projeté dans la salle Didier ADÈS Retrouvez-vous ce que vous avez vécu de l’intérieur de cet atelier ?

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Alberto BUTTARONI Bonjour à tous. Oui, je me retrouve. Je pense que n’importe quelle organisation postale va vers la diversification. Nos organisations sont toutes confrontées au même problème. Tout le monde a compris que nous devons maintenir nos activités. Nous avons posé les premières briques de notre système, mais ce ne sera pas suffisant pour le futur et nous devons évoluer. L’expérience de certains pays a été intéressante. Un autre point intéressant est que nous ne parlons pas seulement de nouvelles méthodes. Je pense qu’il y a de nombreux systèmes postaux qui travaillent dans les mêmes orientations à savoir que nous voulons éviter la perte de la clientèle. Cela nous a conduit à nous interroger sur la possibilité de voir marginaliser nos bureaux de Poste dans le futur. Ce fait ne devrait pas être constaté si nous faisons attention à ne pas proposer dans le futur les mêmes offres que dans le passé. Le bureau de Poste doit maintenir sa fonction de durabilité. Nous devons avoir de nouveaux revenus à partir d’un ancien fonctionnement. Les bureaux de Poste doivent présenter de nouvelles structures de coûts notamment grâce à l’utilisation des nouvelles technologies. Tout le monde doit y participer, et les bureaux de poste doivent être considérés comme les points d’entrée dans notre système. Mais il apparaît que nous ne pouvons pas utiliser les mêmes recettes dans tous les pays, qui dépendront du type d’offres disponible. Beaucoup de pays ont décidé de rationaliser leurs coûts, mais cela a parfois entraîné des problèmes de qualité. Nous travaillons sur une offre postale complétée aujourd’hui par une offre financière et tout le monde considère l’organisation postale comme le premier point de transfert financier. De ce point de vue, nous avons une offre énorme à proposer dans les activités financières et nous travaillons un peu comme des agents bancaires. L’autre dilemme porte sur notre rôle en tant qu’organisation postale. Nous sommes considérés comme fiables, et nous proposons le réseau le plus important. Cette cohésion sociale est l’une des valeurs ajoutées auxquelles nous contribuons et que nous devons préserver. Nous devons établir un équilibre entre ce que nous représentons aujourd’hui et l’efficience de nos coûts. Concernant les nouvelles offres, nous ne pouvons pas arrêter le progrès. Nous ne pouvons pas obliger nos clients à être présents dans nos bureaux de poste. Nous devons construire un environnement qui réponde aux exigences des clients. Notre environnement postal nous le permet car les clients peuvent s’y reconnaître et utiliser nos offres. L’atelier nous a ensuite permis d’aborder le type d’offre que nous devons élaborer. Les activités postales sont certainement la première brique d’un édifice. Le premier élément de cet ensemble d’offre est le bureau de Poste. Ensuite, si nous regardons le marché financier, nous pouvons prévoir que les assurances constitueront une extension


Synthèse des ateliers réunis le 9 juillet

des activités financières. Nous devons élargir nos activités financières et notre offre avec par exemple des enveloppes prépayées et des cartes de téléphone mobile. Grâce à notre politique par bureau, nous pouvons proposer à notre client une offre qui corresponde à l’offre fondamentale. Le problème est le choix du modèle commercial pour le futur. Il devra se rapprocher de nos activités habituelles. La première chose à considérer est le capital humain ; et nous devons optimiser le potentiel dont nous disposons. Il faut travailler à la formation et au développement d’une nouvelle culture. Sur la base de ces éléments, nous pourrons choisir d’autres offres, même si elles s’éloignent plus de notre cœur d’activité. Il faut bien réfléchir à la spécialisation, car nous ne pouvons pas forcer le client à acheter tout et n’importe quoi. Avec ce cadre, la question est de savoir ce que deviendra le service postal dans les vingt prochaines années. Nous espérons que nous aurons tous survécu, mais à quoi ressemblera la Poste ? Elle sera beaucoup plus conviviale, il y aura des équipements de pointe et les bureaux seront évalués par rapport à leurs contacts clientèle. Les activités vont continuer à se développer, et je pense qu’existera une séparation entre les activités automatisées et le service à la clientèle. Nous ne voulons pas que les clients soient obligés d’attendre à la Poste. Il faut que ce soit un choix librement fait. La Poste travaille à une nouvelle image, et c’est important car le client doit comprendre qu’il s’agit de quelque chose de différent. Nous devons choisir une troisième alternative, ni uniquement financier, ni uniquement un service de distribution, mais nous sommes La Poste. C’est dans cette définition particulière que réside notre avenir.

Alberto BUTTARONI

Didier ADÈS Y a-t-il eu un courant pur et dur disant que le bureau de Poste était un service public, ou au contraire un courant préconisant l’espace économique qui doit être rentable ? Alberto BUTTARONI Les opérateurs postaux travaillent pour donner du service aux clients, mais nous devons aussi faire entrer des revenus. Nous ne devons pas oublier notre présence dans les régions éloignées, nous devons continuer à servir tous les clients. La cohésion sociale est une valeur ajoutée. Il faut trouver un bon équilibre entre les coûts et les revenus. Il ne faut surtout pas perdre notre identité qui réside dans l’offre de services sur tout le territoire. Didier ADÈS Jusqu’où va la compétence d’un service postal ? Où sont les points de convergence entre les 28 pays représentés ici ? Alberto BUTTARONI Le point de convergence est une question très complexe. Je vais essayer de vous donner mon avis. Nous ne pouvons pas faire quelque chose de trop étendu ; nous devons nous concentrer sur notre cœur de métier, et nous devons travailler sur des offres complémentaires. Nous pouvons vendre des cadeaux dans nos bureaux de Poste, les clients le comprennent. Une totale diversification n’est pas selon moi une bonne idée

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Sébastien DECLERCQ (AT-KEARNEY) - Alberto BUTTARONI (Poste Italianne) - Nourredine BAKKALI ADROU (Poste Maroc) - Philippe LAZARE (Groupe La Poste) - Thierry TRESOR, animateur

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Nous devons construire

un environnement qui réponde aux exigences des clients. Alberto BUTTARONI

du point de vue commercial, car nous perdrions notre image et les clients ne nous comprendraient plus. De plus cette réorientation nécessiterait une nouvelle structure de coûts qui ne correspondra pas à celle existant. Il faut trouver un équilibre entre les nouvelles dépenses et les nouveaux revenus. A l’avenir, pour être plus rentable nous avons besoin d’avoir moins de dépenses que de revenus, et choisir une activité complètement nouvelle ne permettra pas cela. Didier ADÈS Concernant la diversification, où se situent les vrais obstacles ? Qu’est-ce qui vous effraie le plus ? Alberto BUTTARONI Ce qui me fait le plus peur est que nous choisissions de maintenir les activités existantes parce qu’elles sont sûres. Nous devons bouger et prendre des risques. C’est dans le choix du risque que nous allons nous révéler vraiment compétitifs. Didier ADÈS Nous partons donc avec des interrogations et non avec des conclusions. 75


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Atelier 3 : le développement des services aux PME

Didier ADÈS J’accueille Thierry Salvia, Directeur des ventes à la Direction du courrier du Groupe La Poste. Voyons également l’état d’esprit des participants à cet atelier. Un film est projeté dans la salle. Didier ADÈS Vous êtes-vous retrouvé dans ce retour d’expérience ? Thierry SALVIA Bonjour à tous. Nous avons eu des échanges très intéressants et très riches, et les retours de cette restitution sont élogieux. Dans la forme, nous n’avons pas eu le temps de vraiment échanger avec le public car le temps imparti était un peu court. Didier ADÈS Il a été dit très concrètement dans ce reportage qu’il fallait prolonger cette discussion. Que s’est-il raconté dans cet atelier ?

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Thierry SALVIA L’objet de l’atelier était de voir comment nous pouvons collectivement travailler au développement des PME-PMI. Beaucoup de sujets ont été abordés, je vais en détailler sept que j’ai pu isoler, qui peuvent être selon moi porteurs dans le cadre d’une opération de coopération pour l’ensemble des postes européennes. Le premier qui me semble incontournable est la création d’un label Euromed, pour fédérer des initiatives qui existent déjà entre les diverse Postes européennes et qui fonctionnent. Nous avons intérêt à utiliser ce qui existe déjà pour construire un socle de fonctionnement. Ce label pourrait travailler sur le positionnement du média courrier aujourd’hui. Nous avons tous intérêt à le valoriser auprès des PME. Nous ne le faisons pas suffisamment en France, et il me semble que cette situation se retrouve aussi en Europe. Valoriser le média courrier revient à se positionner et à élargir nos marchés, notamment dans le domaine de la communication. Il vaut mieux se battre collectivement sur un gâteau que sur une biscotte, ça fait moins de miettes. Pour construire ce marché, nous devons travailler sur des outils opérationnels tels que la mesure d’audience, le retour sur investissements, et tout ce qui pourra faire en sorte que les PME trouvent un intérêt à travailler avec les Postes. De ce point de vue, nous pouvons travailler avec les Postes européennes, et nous pouvons partager nos initiatives. Le deuxième point, également très pratique, serait de mettre en commun certaines choses. Par exemple, il faut faciliter l’accès aux bases de données internationales. En effet, toute entreprise en Europe devrait pouvoir avoir accès aux bases de données pour faire de l’export. Certaines choses existent déjà notamment dans le recensement, mais un label Euromed permettrait de clarifier ces outils. Troisième point, nous devons travailler sur la nécessité de faciliter l’accès au courrier pour les PME. Nos process de prise en charge doivent être plus simples et packagés. En ce sens, la Poste française travaille pour offrir des solutions aux PME, nous avons donc une certaine expérience que nous pourrions échanger avec nos collègues européens afin de progresser mutuellement.


Synthèse des ateliers réunis le 9 juillet

Didier ADÈS Qu’entendez-vous par « simplifier l’accès au courrier » ? Thierry SALVIA Nous devons simplifier nos process afin qu’une entreprise puisse rédiger, concevoir, envoyer un mailing facilement. Les PME ont besoin que nous les aidions en soustraitant une partie de ce process. De plus, nous devons les aider à se développer. Un discours plus offensif sur la manière de se développer et de gagner de l’argent nous permettra de marquer des points sur la partie commerciale et nous gagnerons des parts de marché. Ceci pourrait aussi être un sujet d’échanges sur les techniques de commercialisation du courrier auprès des entreprises. Le quatrième point qui a été abordé dans cet atelier concerne les échanges que nous pourrions avoir avec nos collègues dans le domaine des nouvelles technologies. Si nous ne le faisons pas, nos concurrents s’en chargeront et nous ne pourrons plus tenir notre positionnement dans le domaine du courrier. Les nouvelles technologies peuvent apporter énormément au courrier physique, nous devons donc partager sur la connaissance et les évolutions du marché. Nous devons faire un marché plutôt qu’exacerber la concurrence entre les Postes européennes. Le cinquième point concerne le domaine plus global. Le label Euromed peut contribuer à faire du lobbying sur l’utilisation des bases de données à l’international. Certains freins peuvent effectivement empêcher le développement du marketing direct. La CNIL nous permet de protéger l’accès aux bases de données, mais elle nous conseille également dans l’utilisation de ces bases. Euromed pourrait aider à faire du lobbying auprès des institutions pour faciliter l’accès aux bases de données. Le sixième point relève plus de la communication. Il faut montrer aux PME que les Postes méritent leur confiance. Nous devons travailler avec les Postes étrangères pour développer cette image de confiance à travers des concepts de communication, car il s’agit d’un atout primordial. Cette image viendra aussi de la confiance que nous apportons à nos clients domestiques. Enfin le dernier point porte sur la formation des hommes. Au-delà des organisations, je crois beaucoup aux compétences individuelles. Nous devons nous entraider sur la formation des commerciaux et des marketeurs puisque nous offrons des services technologiquement avancés qui nécessitent des compétences techniques et des compétences en commerce. De ce point de vue, nous avons des échanges d’expérience à effectuer avec les Postes étrangères.

Thierry SALVIA

Didier ADÈS Vous finissez sur les hommes, comme nous l’avions fait précédemment. Cette formation des hommes est bien entendu essentielle, mais il faut surtout réussir à leur donner envie. Comment fait-on pour avoir une bonne armée de vendeur qui ne marche pas qu’à la prime ? Thierry SALVIA Cette question dépasse un peu le cadre général, mais est essentielle. Il faut simplement des commerciaux qui aiment leur métier. Nous offrons beaucoup de services à

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Synthèse des ateliers réunis le 9 juillet

vendre aux PME-PMI. Traditionnellement nous accompagnons leur développement, ce qui s’est fait progressivement grâce à une force commerciale. Il faut faire ce métier avec beaucoup de passion, et la Poste française offre une palette de produits et services à vendre tout à fait intéressant pour un vendeur et passionnant dans les métiers des nouvelles technologies, du marketing direct, du transport ou de la logistique par exemple. Didier ADÈS Vous venez de restituer les points de convergence. Mais avez-vous senti que sur certains points, des problèmes pouvaient survenir ? Thierry SALVIA Tout s’est très bien passé avec mes interlocuteurs, et nous n’avons rencontré aucun souci. Pour parler directement, je pense qu’il faut avoir envie. Nous avons défini des actions simples à mener, et avec envie je suis persuadé que nous pouvons y arriver car technologiquement nous avons les moyens d’avancer sur les projets. Ensuite, sur le fond, chaque poste a une stratégie commerciale différente, mais chacune a compris la nécessité de travailler avec les entreprises et de développer le service. Didier ADÈS Avez-vous l’impression que les PME-PMI savent que vous existez et que vous pouvez les aider comme un vrai partenaire ? Vous voient-elles autrement qu’un passage obligé ? Thierry SALVIA Pour ce qui relève de la connaissance qu’ont les PME de nos offres de services, nous devons progresser et faire un important effort de communication. Et je crois que c’est également le cas pour les autres Postes européennes. Seules 40 % des PME connaissent la totalité de notre offre. Et seules 2 % des entreprises utilisent le marketing direct aujourd’hui en France. Au même titre que les autres Postes européennes, nous devons progresser en communication. Nous essayons de faire en sorte de constituer ce réseau d’information qui nous permettra de mieux communiquer auprès des entreprises. Didier ADÈS Parmi les 28 pays représentés, certains pays sont plus en avance que d’autres. Quelle est notre part de responsabilité ? Quelle peut être notre action pour tendre la main et aider ces pays, par solidarité mais aussi parce que ce sera rentable à terme ? Thierry SALVIA Il est toujours très difficile de se comparer avec les autres pays. Concernant les bases de données, nous pourrions contribuer à faciliter leur accès ce qui pourrait être géné­ rateur de développement des deux côtés. Aujourd’hui il existe partout des bonnes pratiques, nous devons savoir les saisir. Nous avons des projets bilatéraux avec la poste algérienne de mise en place d’un réseau de publicité sans adresse. Nous échangeons sur des sujets concrets, sans parti pris, et tout cela fonctionne plutôt bien. Nous évoluerons en menant des actions concrètes entre Postes. Didier ADÈS Y a-t-il des questions dans la salle ?

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Synthèse des ateliers réunis le 9 juillet

Smaïl SEGHIR (consultant) - Ahamed KADRY (Egypt Post) - Hugues GIRARD, animateur - Thierry SALVIA (Groupe La Poste) - Fabio CAMERANO (Poste Italiane) - Pascal BROUSSE (SAFIM)

Un intervenant Pour compléter ce qui vient d’être dit, nous avons beaucoup parlé dans cet atelier de courrier. Ce qui est toujours un peu perturbant pour des clients est de s’adresser à un prestataire qui ne va pas pouvoir rendre le service de bout en bout. C’est pour cette raison que nombre de nos concurrents dans le domaine du colis sont des entreprises intégrées. Un des enjeux pour les Postes, et le cadre du label est de nature à aller dans ce sens, est donc de donner l’impression au client qu’il a un service suivi, une information sur la distribution de son courrier. Nous devons essayer, avec des opérateurs différents, d’avoir un service « sans couture ». En revanche, pour aller chercher les clients très bas dans le tissu économique, les Postes sont certainement mieux placées que ces entreprises intégrées. Thierry SALVIA Ces propos me permettent de rebondir sur un sujet qui a été abordé hier mais que je n’ai pas cité. Nous devons faire vivre ce label avec les entreprises situées dans ces pays car toutes les initiatives ne se feront que grâce à elles. Euromed peut permettre de fédérer toutes les initiatives qui iront dans ce sens. Sans cette caution des entreprises, cette tâche sera difficile.

Dimitrios YIACOUMETTIS, ELTA

Dimitrios YIACOUMETTIS, Poste grecque, intervenant Il est évident, notamment en Grèce, que beaucoup d’entreprises considèrent que la meilleure façon de faire de la publicité est d’utiliser les médias de masse telle que la télévision ou les magazines. La question est donc de savoir comment nous pouvons conduire ces entreprises à utiliser le marketing direct pour organiser leurs activités de manière plus efficiente.

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Synthèse des ateliers réunis le 9 juillet

Stand Dejoie et cie

Didier ADÈS Peut-être en leur montrant des résultats du marketing direct. Thierry SALVIA Je ne vais pas vous donner toutes mes combines. Comme cela a été abordé hier, pour les PME nous pouvons mesurer le retour sur investissement du marketing direct. Didier ADÈS Tout le monde n’est pas familiarisé avec le marketing direct. Notons que la mesure se base sur le taux de retour. Thierry SALVIA Nous comparons le coût au chiffre d’affaires que ce marketing a entraîné. Son augmentation varie et peut aller de 1 % à 10 % en fonction des offres promotionnelles. Didier ADÈS Dans ces cas précis, ce support qui n’est pas excessif d’un point de vue tarifaire permet de cibler précisément et entraîne des résultats conséquents. Rappelons que 98 % des destinataires lisent leur courrier.

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Thierry SALVIA Tout à fait, c’est un média efficace puisqu’il est lu. L’intérêt est de pouvoir, au travers d’un investissement de départ, mesurer le retour sur investissement par les retours. C’est également un média que l’on peut tester à faible coût. C’est enfin un média très propice aux opérations de promotion des ventes, notamment la création de trafic sur les points de vente. Un distributeur qui souhaite faire venir des clients potentiels sur son point de vente peut effectivement utiliser la boîte aux lettres. Pour aborder les investissements publicitaires de manière plus large, notre objectif est de nous battre contre d’autres grands médias. Nous devons montrer que nous sommes soit plus efficaces qu’eux, soit que nous pouvons être utilisés en complément des campagnes de masse, notamment pour accompagner des campagnes de promotion. Il existe tout un arsenal de disposition, qui se complète avec le talent commercial, nécessaire pour convaincre nos annonceurs de faire appel à nous.


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Le stand de LA POSTE TUNISIENNE

Didier ADÈS Les chefs d’entreprise ont tous un principe simple, qui est de savoir combien ça coûte et combien ça rapporte. En effet, le test sur le marketing direct leur permet de voir que ce procédé peut leur rapporter beaucoup. Cécile GHIGLIONE, gestion des carrières grands publics La Poste, intervenante Quelle position avez-vous concernant les messages envoyés par SMS ? Ce système permet une information en temps direct pour les commanditaires, sans passer par un support papier. Quelle est la stratégie adoptée ? Didier ADÈS Il ne s’agit plus de la Poste. Thierry SALVIA Nous avons depuis peu des solutions qui peuvent relayer des campagnes par SMS. Par nos filiales, nous sommes donc positionnés sur des prestations de ce type. Nous intervenons dans le domaine du courrier physique, mais nous pouvons aussi relayer par fax, par e-mail et par SMS. Avec Mediapost nous sommes également positionnés sur l’e-mailing. Nous sommes sur une grande partie des outils de marketing direct. Nous croyons encore beaucoup à la valeur du média courrier physique, notamment pour ce qui relève de la promotion des ventes. Pour les soldes, nous avons diffusé de nombreux messages publicitaires. Didier ADÈS Je suis certain que les Postes des pays en plein développement économique vont brûler un certain nombre d’étapes pour aller directement vers le mail et vers le SMS puisque nous avons affaire dans ces cas à de l’efficacité immédiate. Thierry SALVIA Encore faut-il que le marché soit là pour réceptionner le positionnement. Didier ADÈS Je vous remercie.

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Mardi 10 juillet 2007

Euromed Postal dans l’espace


méditerranéen de demain Jean-Louis GUIGOU

Délégué Général de l’Institut de Prospective Économique du Monde Méditerranée

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Euromed Postal dans l’espace méditerranéen de demain

Euromed Postal dans l’espace méditerranéen de demain Jean-Louis GUIGOU, Délégué Général de l’Institut de Prospective Économique du Monde Méditerranée

Jean-Louis GUIGOU Délégué général de l’Institut de Prospective Economique Méditerranéen (IPEMed) Didier ADÈS Pour élargir encore le débat, accueillons Jean-Louis Guigou. Nous vous avons connu à la DATAR, structure qui a eu son heure de gloire à l’heure du Gaullisme, mais qui a conservé longtemps une grande influence sur l’aménagement du territoire. Actuellement vous êtes délégué de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen (IPEMed). Le hasard fait qu’aujourd’hui le Président de la République est en visite au Maghreb. Vous m’aviez transmis une citation du Président algérien Abdelaziz Bouteflika qui pose la problématique d’Euromed : « Il est tout à fait clair que nous sommes condamnés à avoir un avenir commun. Nous ne pouvons rien contre les lois de la géographie, par voie de conséquence, il y a quelque part une condamnation, une fa­ta­lité qu’il faut assumer positivement. » Euromed se justifie donc, encore faut-il lui donner un contenu. Jean-Louis GUIGOU Il faut effectivement donner un contenu à Euromed. En introduction, je voudrais adresser mes félicitations à tous les organisateurs, et il ne s’agit pas d’une formule de convenance. C’est une vraie réussite d’avoir 28 délégations du nord et du sud qui se parlent et qui s’interrogent. J’ai été positivement surpris par la très grande fierté que vous avez d’être postiers et de servir. Vous n’êtes pas banals, vous avez une mission de service public, vous le dites et c’est un atout dans la concurrence. J’ai également été surpris par votre volontarisme. Vous voulez la transformation et vous croquez l’avenir à pleines dents, alors que souvent les opérateurs historiques ressentent la concurrence comme un cataclysme et le progrès comme une régression. Je ne ferai qu’une critique aux organisateurs, mais elle est de poids. J’ai feuilleté le catalogue, et je n’ai pas vu apparaître la principauté de Monaco. Vous allez vers un incident diplomatique car Monaco a les pieds dans l’eau et fait de très beaux timbres. J’en arrive à votre question sur l’Euromed postal dans la méditerranée de demain. La première partie de mon exposé sera consacrée à la Méditerranée de demain, et la seconde au rôle de l’Euromed dans la construction de cet avenir. Cet exposé a été fait avec l’aide du Professeur Pierre Beckouche, que je remercie. Si vous trouvez l’exposé pertinent vous le féliciterez, si vous le trouvez banal vous me critiquerez. La Méditerranée de demain ne doit pas être remise en cause. Il vaut mieux se poser la question de savoir comment et quand faire cette union. Il faut accélérer l’histoire et passer de la prospective descriptive à la prospective stratégique. La prospective descriptive d’hier dit une chose simple : dans la mondialisation, les Etats ne peuvent plus rester isolés. Sinon, ils ne représentent que des confettis dans la mondialisation. Un coup de vent les chassera.

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Didier ADÈS Nous en avons déjà eu un exemple avec la chute de l’URSS.


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Jean-Louis GUIGOU Nous avons aussi des exemples plus anciens, avec par exemple l’Union européenne dès les années 1950. Quelques années après la chute du mur de Berlin, Bush senior a tout de suite vu que le monde allait se structurer en quartiers d’orange. Il a alors voulu créer l’ALENA, à laquelle l’Amérique du Sud a répondu avec le MERCOSUR. Actuellement, des liens se tissent entre l’Amérique du Sud et l’Amérique du Nord, le capitalisme s’intègre sur plusieurs fuseaux horaires et joue sur la complémentarité. Dans le même temps le Japon s’est associé avec la Chine, la Corée et les Philippines, puis viendront s’ajouter la Nouvelle-Zélande et l’Australie. Sur deux ou trois fuseaux horaires existent des systèmes intégrés. Revenons à l’Europe qui s’est élargie, mais en restant au nord. Nous disions qu’il ne doit plus y avoir de discussion : nous devons aller au sud, dans l’intérêt du sud mais aussi dans celui du nord. Si l’Europe reste seule, elle vieillit, et si nous laissons les pays arabes seuls, ils rencontreront des difficultés énormes. Dans les esprits des hommes politiques, le processus se fait. Le schéma du Président de la République est que l’Union européenne reste entre européens, les frontières seront arrêtées fin 2007, et l’Europe restera limitée. Les pays arabes ne rentreront pas dans l’UE. Donc sera créée à côté une Union méditerranéenne. Il faut maintenant passer à l’acte et voir comment peut se faire cette union. Sur ce comment, je me permets d’insister. Il faut arrêter le baratin et passer aux actions concrètes. L’histoire montre d’ailleurs qu’il faut du concret pour résoudre les difficultés, et la CECA le démontre puisqu’elle a été la base d’un avenir commun. Le président Sarkozy nous dit la même chose. A la Poste vous êtes dans le concret et vous pouvez mener des actions et être des artisans. Comment construire cette Union ? Des initiatives privées existent ; le Président Vauzelle, dans son discours très politique, a parlé de la constitution des régions en lobby à travers la Commission des régions méditerranéennes. Dans quelques mois est également prévue la réunion des villes de la Méditerranée. Les corps de métier se constituent également en union, sans attendre des directives nationales. A côté de ces initiatives privées, auxquelles il faut maintenant ajouter Euromed Postal, de grandes politiques vont se mettre en place. Le discours de Toulon du 10 février 2007 du candidat Sarkozy devant les pieds-noirs faisait état de la politique sécuritaire car les gouvernements du sud en ont marre des intégristes et souhaitent mettre de l’ordre. Ces gouvernements veulent aussi mener des politiques sur l’eau et le réchauffement climatique, ainsi qu’un politique agricole et une politique sur les échanges. Notre bureau d’études travaille d’ailleurs à ces projets de grandes politiques. J’en viens maintenant à la deuxième partie de mon exposé. L’Union méditerranéenne se fait, des initiatives privées doivent se monter, dont Euromed Postal. Je suis convaincu, mais je ne veux pas vous donner de leçons car c’est votre domaine et je me retire. J’ai deux convictions et trois domaines sur lesquels il faut avancer rapidement. La première conviction est que vous êtes sur du concret, des connexions de réseau, des transferts, de l’harmonisation. Il ne s’agit nullement de baratin, vous voulez communiquer. La deuxième conviction est que vous avez une culture et une éthique. Vous

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Il faut coudre des fils pour rapprocher les deux bords de la Méditerranée et développer des connexions avec les particuliers et les entreprises.

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possédez une identité, or il se trouve que dans les pays arabo-musulmans les maîtres mots sont harmonie, solidarité et cohésion. Je suis donc convaincu que le capitalisme pur et dur projeté là-bas va faire des dégâts et inquiète. Je suis convaincu que les mouvements mutualistes et coopératifs, sont mieux adaptés à ces sociétés que les banques. Trois pistes sont à explorer, mais je vais rester modeste puisque j’empiète sur votre terrain. Le premier domaine concerne l’intensification des connexions. Il faut coudre des fils pour rapprocher les deux bords de la Méditerranée et développer des connexions avec les particuliers et les entreprises. Nos experts insistent, il s’agit là d’une mission d’intérêt public de niveau international qui ne doit pas être laissée au secteur capitaliste. Allez voir comment les Postes travaillent dans les autres parties du monde et offrez de véritables transferts. Soyez en revanche attentifs au problème des retraites qui se posera pour les particuliers. Les migrants vont retourner dans leur pays à l’heure de la retraite, mais certains français désirent également prendre leur retraite en Afrique du Nord afin de multiplier par 4 leur niveau de retraite. Vous allez également être confrontés à des entreprises du nord qui vont répartir leur appareil de production au sud, mais aussi à des entreprises du sud qui souhaitent commercialiser leur production au nord. La Poste doit les aider dans leurs transferts. Le deuxième chemin sera de construire un espace homogène, d’homogénéiser les lois, les règlements, les standards et les normes. Vous n’êtes pas les seuls à devoir faire ce travail d’harmonisation, de compilation et d’articulation. Les connexions ne pourront se faire que s’il existe une harmonisation. La troisième piste que vous pouvez développer, et nous ferons des propositions, serait de pérenniser Euromed Postal. Vous ne pouvez pas réunir 28 délégations sans jamais donner suite à cette conférence. Vous êtes obligés collectivement d’exercer des pressions sur vous-mêmes pour trouver les moyens de pérenniser cet effort. Vous pouvez choisir soit une forme souple à travers un club d’échanges, soit une forme plus sophistiquée telle que l’alliance dans les transports aériens. Plutôt que de se concurrencer, les grandes compagnies aériennes ont décidé de faire leur marché commun. Réfléchissez donc à la possibilité de créer l’alliance des postes de l’Euro Méditerranée, avec des droits, des devoirs et des structures permanentes d’échanges. Je conclus à travers une citation de Michel Chevalier* : « Je formule le souhait, mais je le sens venir, bientôt la Méditerranée sera le lit nuptial de l’Orient et de l’Occident ». Mon souhait est que s’il doit y avoir le mariage entre l’Orient et l’Occident, les Postes soient les garçons d’honneur et les jeunes filles d’honneur de ce mariage historique.

*Michel Chevalier (1806-1879) Politique industrielle (1832)

Didier ADÈS Merci. Le moins que l’on puisse dire est que vous avez de l’enthousiasme et que vous le rendez crédible. Ce vœu d’action n’a rien de politique, il est purement sociologique. Derrière cette force de conviction, qu’est-ce qui va faire que nous allons passer plus aux actes ? Jean-Louis GUIGOU Qu’est-ce qui fait qu’une cathédrale tient debout ? Est-ce que ce sont les gros blocs, ou plutôt les petites pierres d’angle qui tiennent le toit ? Par exemple, l’union des directeurs des ressources humaines (DRH) de la Méditerranée est peut être une clé de voûte. Je n’en sais rien, je ne porte pas de jugement. Certains sujets lourds ont déjà fait l’objet de prise de position de la part du Président Sarkozy. Certaines angoisses sont communes aux pays de la Méditerranée, et la première d’entre elles est le problème du réchauffement. Le problème de la pollution de la Méditerranée est également une inquiétude collective. En effet, 85 % de cette pollution est due aux déchets urbains. La Tunisie, pour protéger le tourisme, a construit des stations d’épuration.

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Stand de Poste Maroc

Mais elle s’aperçoit maintenant que ses côtes peuvent être polluées par des déchets en provenance d’autres pays. Il apparaît donc clairement que tous les pays doivent s’y mettre ensemble. Le sujet de l’énergie et de la sécurité des approvisionnements est également central. Puis les problèmes d’immigration et de sécurité. Les menaces terroristes sont toujours d’actualité et les gouvernements souhaitent bénéficier d’aide dans les domaines de démocratisation. Je suis enthousiaste, mais ce qui me porte avant tout et que je sens que tous ces processus se mettent en place. Certains disent qu’en 10 ans, les pays du sud peuvent devenir les Dragons de l’Europe, avec des taux de croissance de 10 % et nous entraîner. Sans cela, l’Europe sera condamnée à vieillir. Les gens du sud ont besoin de nos méthodes, de notre confiance, en contrepartie ils nous offrent des marchés importants. Cela peut donc consister en une opération géopolitique extraordinaire dans les 10 à 15 ans à venir. Je termine sur une idée que l’on trouve déjà dans les propos du Président Sarkozy, et que l’on trouvait aussi dans les propos de Ségolène Royal, qui est que demain, l’Europe coopèrera avec l’Union des pays arabes, mais après-demain, elle communiquera avec toute l’Afrique. Didier ADÈS Merci mille fois. Je vous poserai une dernière question. Vous avez de l’enthousiasme, nous voulons tous y croire et espérer, mais dans le même temps, au mieux on envisage la complémentarité, mais de facto nous sommes dans un espace de concurrence. Comment faire avec cela ? 88


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Stand du Groupe La Poste

Jean-Louis GUIGOU Ce matin, nous avions une discussion avec un des conseillers de Michel Vauzelle, qui me disait que le contexte agricole de la région est assez délicat. L’agriculture de la région Provence Alpes Côte d’azur (PACA) est condamnée dans sa forme actuelle. Faut-il embaucher des maghrébins pour ramasser des fruits et légumes dans des conditions sociales déplorables ? Ou bien faut-il descendre les fruits et légumes là-bas ? Comment aller faire comprendre aux agriculteurs de Carpentras qu’ils doivent transformer leur comportement et leurs productions ? C’est pour le moment impossible, parce que le politique ne leur a pas expliqué que la tomate des pays du bassin méditerranéen n’est pas concurrente à la tomate provençale mais complémentaire. Il faut défendre toutes les agricultures de la Méditerranée contre l’agriculture du nord de l’Europe ou contre l’Australie et la Californie. Nous avons devant nous trois ans de travail car nous n’avons pas encore trouvé les bonnes formules. Pourtant, dès 2008 ou 2009 nous devons trouver des chemins de conciliation. Didier ADÈS Et pensez-vous que les postes peuvent quelque chose ? Jean-Louis GUIGOU Oui, en montrant l’exemple de la coopération, par leur culture commune. Didier ADÈS Merci Jean-Louis Guigou. 89


Mardi 10 juillet 2007


Clôture de la conférence Clôture de la conférence par Georges LEFEBVRE

Directeur Général du Groupe La Poste

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Clôture de la conférence

Clôture de la conférence

Georges LEFEBVRE, Directeur général du Groupe La Poste

Didier ADÈS Il est temps de mettre un point final à ce premier Euromed Postal. Je dis premier pour laisser supposer qu’il y en aura d’autres. Georges Lefebvre, à vous. Georges LEFEBVRE Mesdames et Messieurs, permettez-moi de vous dire combien je suis heureux d’être avec vous pour clôturer cette conférence internationale des Postes méditerranéennes ce matin. Notre volonté commune d’approfondir nos liens et notre coopération s’est traduite par la richesse des échanges et des débats tout au long de ces deux journées. Il serait vain de chercher à faire la synthèse de ces débats, ce n’est d’ailleurs pas mon objectif. Nous ne sommes pas à la fin d’un évènement mais bien au lancement d’une démarche enrichissante. Au-delà des travaux et du contenu de cet Euromed Postal, il a été l’occasion de mieux nous connaître en nous rencontrant. Les instants de convivialité ont aussi contribué à construire la confiance réciproque indispensable à toute construction commune. Je tiens à remercier l’ensemble des participants et des intervenants, ainsi que nos sponsors, sans oublier bien sûr tous ceux qui ont œuvré pour l’organisation de cette manifestation. Je voudrais apporter un remerciement particulier à Monsieur Guigou et à l’IPEMed pour son engagement, son enthousiasme, et pour l’aide importante qu’ils nous ont apportée. Je voudrais vous rassurer Monsieur Guigou, nous n’avons pas oublié la Poste de Monaco car l’Etat monégasque a concédé à la Poste française son service postal. Nous sommes ici à une réunion d’opérateurs, et à ce titre je suis également le Directeur de la Poste mo­né­gasque. Nous sommes réunis ici pour l’Euromed Postal, mais Euromed est aussi l’appellation d’une Ecole supérieure de Commerce de Marseille avec laquelle la Poste a conclu un partenariat en vue de la création d’une chaire de développement durable. Même si les deux objets sont assez différents, les deux Euromed se sont rencontrés à Marseille puisque l’Ecole a participé à la réalisation de cette conférence, notamment par l’aide que nous ont apportée ses étudiants interprètes en langue arabe. Pour clôturer cette conférence, je vous propose de vous livrer quelques réactions.

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Concernant l’argent des migrants, les travaux de l’atelier mettent clairement en évidence l’impérieuse nécessité de se tourner résolument vers des solutions modernes répondant aux améliorations attendues par nos clients, que ce soit en termes de rapidité, de sécurité ou de simplicité. Un cahier des charges ambitieux est établi, mais il est atteignable en développant des solutions alternatives au mandat qui existe déjà.


Cl么ture de la conf茅rence

Georges LEFEBVRE

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Ces solutions sont cumulables entre elles pour offrir un choix de rapidité/coût à travers une gamme complète. Cette voie mérite d’être approfondie par des travaux communs plus techniques. L’orientation des fonds transférés au profit du développement économique des pays récepteurs grâce à la définition d’une offre bancaire élargie à destination des migrants constitue également un objectif majeur à creuser ensemble dans les semaines et mois à venir. En particulier, la recherche d’une double bancarisation est une voie de travail à privilégier. L’étude de la diversification du réseau des bureaux de Poste, thème du deuxième atelier, a montré au-delà des différences existant entre les Postes nationales, que toutes sont concernées par cette question car toutes confrontées à un risque de déséquilibre entre les coûts fixes et leur activité stagnante ou en baisse. Par ailleurs, l’utilisation croissante des nouvelles technologies est la diffusion des automates constituent un deuxième élément de constat partagé. Le troisième constat est celui du risque de marginalisation des bureaux de Poste au profit d’autres canaux de distribution. Ce phénomène n’est pas inéluctable, et toutes les Postes ont fait preuve d’initiatives qui permettent d’être optimiste sur l’avenir du réseau des bureaux de Poste. Face à ce diagnostic commun, les Postes ont de toute évidence un intérêt mutuel à poursuivre et à consolider les échanges et les travaux au sujet de nouvelles pistes. Quatre thèmes ont été évoqués, il s’agit d’abord de valoriser nos clients, puis de maîtriser nos coûts en utilisant davantage les nouvelles technologies, de réfléchir à l’amélioration de la qualité de l’accueil, et enfin de travailler à de nouvelles offres. Gardons à l’esprit que tout n’est pas possible dans ce domaine, et que le client doit être un des juges de paix. Le dernier thème traité par les ateliers a été le développement d’une offre commune aux PME. Les premières pistes concrètes pourront utilement être approfondies et servir de base à des offres nouvelles. Je pense notamment à l’accès facilité à des bases de données internationales, à la mise en place d’un réseau d’entreprises exportatrices pour développer le marketing direct, ou à la création d’une veille technologique permettant d’accompagner le nouveau positionnement des Postes en matière de dématérialisation des échanges et de services intégrés et globaux pour les entreprises. L’ensemble de ces initiatives contribuera à alimenter la réflexion autour d’un label Euromed à

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destination des PME. Ce label permettra de favoriser les échanges entre les services commerciaux et marketing de la zone Euromed. Dans ce domaine, chacun a apporté de bonnes idées, et nous y avons trouvé des offres innovantes et une présentation des produits et services aux PME plus claire et plus simple que ce que nous faisons. Il y a donc déjà des leçons à tirer de ce partage. Toutes ces idées ajoutées à celles de la table ronde constituent un corpus riche et une base de travaux à poursuivre. Dans le domaine du courrier, nous avons un potentiel énorme à développer concernant les PME puisque seules 2 % d’entre elles ont recours au marketing direct. L’ensemble de nos échanges montre que ce premier Euromed Postal a permis de rapprocher davantage les opérateurs postaux du bassin méditerranéen et ouvre la voie à un approfondissement constructif et mutuellement fructueux. Il constitue la première page d’une belle histoire dont la suite sera écrite dans les années à venir. Je souhaite que cette première rencontre soit suivie de beaucoup d’autres, dont les formes restent encore à déterminer. Cette première réunion n’avait pas vocation à être exhaustive. Nous n’avons pas couvert tous les thèmes qui peuvent nous réunir. Nous aurions pu traiter de tout ce qui relève du métier du colis et de l’express, activités aussi très importantes, ou d’actions communes en matière de ressources humaines par exemple. Nous pouvons aussi montrer comment les échanges avec l’espace méditerranéen touchent l’ensemble du bassin méditerranéen. Plus largement, la vocation de cette réunion est de travailler avec l’ensemble des opérateurs postaux de la zone. Il faut avoir la modestie de la première réunion, qui servira de fondement pour un travail ultérieur. Enfin, dans cette construction de l’Euromed Postal, il faut aussi réfléchir à l’articulation que nous pouvons avoir avec l’U.P.U., dont le Directeur général nous a fait l’amitié d’être avec nous. Il faut également penser à l’Union européenne qui pourra très utilement nous aider dans nos travaux. Je tiens à vous remercier tous et toutes pour votre contribution très riche et à vous souhaiter un bon retour dans vos pays respectifs.

Georges LEFEBVRE

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Remerciements, à La Ville de Marseille, au Conseil Général département des Bouches-du-Rhône, à la Région Provence Alpes-Côte d’Azur, au personnel du Palais du Pharo, aux postes organisatrices, aux partenaires, à la direction de la communication du Groupe La Poste, à l’Agence Nationale de Communication et d’Information Provence-Alpes-Côte d’Azur. Crédits photos, La Poste André TUDELA - Jérémy SALIS Imprimeur COLORIAGE, Marseille création graphique : Pôle création PACA janvier 2008 © Groupe LA POSTE

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