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BULLETIN MENSUEL DE L'UNITÉ LOCALE EUROCIRCLE Marseille, 05-2012 nº8

« In Other Words » est un projet de l'Union européenne, soutenu et financé par la Commission des Affaires juridiques

In Other Words NEWS

Sommaire Editorial

1

Vie de l’équipe !

2-3

Point presse

4-5

Recadrage

6-7

Pour aller plus loin Agenda

8-9

10

“Milestones” • L’Observatoire « Autrement dit » en Estonie • Extrême droite, une banalisation dangereuse ? • Interview d’un journaliste sur le rapport entre les médias et le FN • Pour aller plus loin, un point de vue sociologique sur la question • Où sortir ? Que voir ? Que lire ? Récapitulatif de l’actualité marseillaise du mois

Editorial

D

ifficile d’ignorer la montée en puissance –médiatique en tout cas – du Front National au lendemain du premier tour des élections législatives de juin. En faisant défiler les pages d’accueil des sites Internet des principaux quotidiens français, le nombre d’articles ayant trait au parti et à sa présidente, Marine Le Pen, donnait presque le vertige. Lorsqu’il est question de stratégie dans les rangs de la droite classique, par exemple, il devient presque impossible de ne pas au moins mentionner le Front National. Idem souvent pour les partis d’extrême-gauche, qui auraient perdu le soutien populaire dont ils jouissaient à l’origine au profit de leur opposant d’extrême-droite. L’époque ne semble pourtant pas si lointaine, quand le père de l’actuelle présidente et luimême ancien président du parti, Jean-Marie Le Pen, criait à un complot ourdi par le monde médiatique à son égard. Sa fille s’aventure parfois dans ce sillon. On ne se hasardera pas ici à tenter d’établir si le parti en lui-même et ses dirigeants ont eux aussi changé, mais une chose en tout cas a bel et bien changé : la représentation et représentativité du Front National dans le paysage médiatique français. Aborder la question du Front National en dehors du simple rapport de résultats électoraux et de déclarations lors des campagnes continue cependant de poser un dilemme presque moral à de nombreux journalistes. Je me rappelle ainsi avoir refusé de réaliser un entretien avec Marine Le Pen pour un magazine en ligne. L’idée aurait été de présenter Marine Le Pen de manière plus

incongrue, de lui poser des questions plus personnelles. J’ai trouvé la mission périlleuse, pas tant dans la réalisation que dans la réception du produit fini, c’est à dire la lecture pour le public. Dans un pays démocratique, tout personnage légalement reconnu comme un intervenant politique doit trouver sa place dans le paysage médiatique, et je ne critiquerai jamais un confrère s’aventurant sur le terrain que j’ai personnellement évité. Mais il me reste des doutes quant à l’intérêt final d’une telle entreprise. Dans un travail journalistique, on peut et doit même être amené à rencontrer et échanger avec des personnes de tout bord, dont les idées et convictions sont en contradiction avec les nôtres. Mais il faut avoir confiance dans le travail que l’on réalise. Et je ne l’avais pas dans ce cas. Comme quoi, même banalisé, officiellement aseptisé et démocratisé, rajeuni, politiquement "corrigé", le Front National entretient une relation avec les journalistes qui est encore loin d'être une évidence.

Elif KAYI Coordinatrice de l’équipe


In Other Words NEWS Vie de l’équipe

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In Other Words NEWS

Front National et médias, une relation complexe

A

Edité mensuellement à Jaén y Almeria (Espagne), Mantova (Italie), Mortagua (Portugal), Marseille (France), Timisoara (Roumanie) et Tallin (Estonie) avec l'approbation et le soutien de la Commission des Affaires Juridiques de l'Union Européenne. L'édition française est assurée par Eurocircle

u lendemain des présidentielles, en épluchant la presse, un constat est flagrant, les articles sur le FN sont nombreux. L’équipe s’interroge et décide de s’intéresser à la relation entre les médias et le FN. Ce sujet et la question des discriminations ne sont pas si éloignés, particulièrement si on s’intéresse au thème de l’immigration. Pourquoi ce sujet est-il plus présent dans la presse ? Comment en parle t’on ? Le point presse de ce mois-ci réfléchit à ces questions en s’appuyant directement sur des articles du quotidien La Provence. Nous avons trouvé judicieux de compléter ces commentaires en recueillant l’avis d’un journaliste de ce même quotidien. Jawad Rhazi, étudiant en journalisme et nouveau volontaire sur cette newsletter a cherché à mieux comprendre la position du

journaliste face à ce sujet délicat. Pour aller plus loin, le point de vue sociologique de Madalina Stroilescu, étudiante en sciences humaines, tentera de nous éclairer sur la relation complexe entre les médias et le Front National, à travers, notamment, une analyse chronologique. L’agenda de ce mois-ci sera, quant à lui, tourné vers l’autre, la culture de cet « autre », parfois si proche de nous mais que l’on ne voit pas et ne connaît pas. Vous trouverez également dans la rubrique « Vie de l’équipe », la présentation de la troisième rencontre européenne de l’observatoire « Autrement dit » qui a eu lieu à Tallinn en Estonie, début mai. Nous vous souhaitons à toutes et à tous une bonne lecture !

Rencontre en Estonie de “In Other Words” L'entreprise éditrice ne peut être tenue responsable pour les commentaires de ses collaborateurs

L

es partenaires du projet européen « In Other Words » se sont réunis début mai à Tallinn La troisième rencontre du projet européen « In Other Words », auquel participe Eurocircle par la biais de l’Observatoire « Autrement Dit », réunissant tous les partenaires des différents pays, a eu lieu les 3 et 4 mai à Tallinn, en Estonie. Toutes les équipes étaient présentes : l’Estonie, la Roumanie, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la France. Le séminaire a commencé par une matinée de conférences concernant des travaux réalisés autour de la représentation des minorités dans les médias.

« Une démocratie est d’autant plus stable qu’ elle peut supporter un plus grand volume d’information de qualité. » Louis ARMAND (1905-1971)

Dans l’ordre chronologique, voici les sujets qui ont été présentés : • La présentation des résultats principaux sur l’analyse des médias en Estonie par Mari-Liis JAKOBSON, (Politology lecturer, Institute of Governance and Political Science, Tallinn University), • La représentation des minorités dans les médias par le docteur Myria GEORGIOU (London School of Economics, Dept. of Media and Communications)

Tallinn, Estonie

• L’image des minorités dans les médias en France, en Allemagne et au Royaume-Uni par Claire Frachon, journaliste et consultante en média • Pour clôturer la matinée, l’image des minorités dans les médias estoniens avec plusieurs représentants d’associations œuvrant pour lutter contre les discriminations, entre autres, des LGBT ou encore des personnes handicapées.


Marseille, 05-2012 nº8

Vie de l’équipe

Présentation de notre travail

Il est intéressant ici de souligner qu’une des conférencières, Claire Frachon, a collaboré à la rédaction d’une étude, sous la coordination de Virginie Sassoon, intitulée « Médias et diversité : de la visibilité aux contenus, Etat des lieux en France, au Royaume-Uni, en Allemagne et aux Etats-Unis » (Ed. Karthala/Institut Panos, 2008). Ce livre s’interroge sur la place qu’occupe la diversité culturelle dans les médias au sein de ces pays et présente un bilan révélant les liens entre les médias, l’opinion publique et les institutions privées, durant les vingt dernières années. Après cette matinée enrichissante, un point sur le travail réalisé par chaque partenaire et sur le travail à réaliser pour les prochains mois a été fait. Chaque partenaire a pu présenter son équipe de volontaires, sa façon de travailler, la méthodologie mise en place dans son pays. Certaines se concentrent sur les médias web, d’autres sur la presse nationale ou d’autres, comme notre équipe, travaillent sur la presse locale. A Tallinn, la recherche est menée par l’Université. La plupart des volontaires sont donc des étudiants. Le dernier après-midi du séminaire a d’ailleurs été consacré à une visite de l’Université et une rencontre avec des volontaires estoniens. D’autres se mettent en lien avec des associations représentant certaines minorités et luttant contre les discriminations.

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Un même sujet pourra être traité différemment en fonction du contexte socioculturel et politique du pays concerné. Si on prend le sujet de l’immigration, il est certain que la manière de l’aborder diffèrera clairement si celui-ci est étudié, par exemple, en Estonie, en France ou encore en Roumanie. La problématique ne sera pas la même et les répercussions dans les médias non plus. Les discriminations vécues par les personnes immigrées et les stéréotypes véhiculés ne sont pas identiques et n’ont pas le même impact, le même poids. L’histoire de la France ou de l’Estonie en matière d’immigration et le rapport qu’elle entretient avec elle sont différents. Si l’équipe estonienne ou française se concentre sur ce sujet dans le cadre du projet, la méthodologie employée et le travail réalisé ne pourront être comparables. A l’échelle européenne, des éléments peuvent cependant se recouper et chacun peut apporter sa petite pierre à l’édifice. Ainsi, à titre d’exemple, un glossaire va être constitué reprenant tous les termes et les définitions importantes abordées au cours du projet. Des vidéos vont également être réalisées. A Eurocircle, une vidéo a, par exemple, été produite sur le sujet de la communication. Comment parler des minorités dans les médias en restant objectifs ? Comment un journaliste doit-il œuvrer lorsqu’il aborde un nouveau sujet ? Quels paramètres sont à prendre en considération quand on aborde un thème délicat pour pouvoir communiquer « efficacement » et de manière équilibrée ? Voici quelquesunes des questions auxquelles ont répondu dans cette vidéo Ursula Nagy-Duplantier, journaliste indépendante, et Adele, membre de SOS Homophobie. Vous pourrez visionner cette vidéo sur le site européen du projet « In Other Words » : www.inotherwords-project.eu La rencontre de clôture du projet aura lieu chez les partenaires espagnols, à Almeria, en Andalousie, au mois d’octobre.

Une des questions centrale du projet « In Other Words » est la recherche de volontaires. Où trouver les volontaires ? Qui peut être motivé(e) pour travailler sur ce projet ? Comment la participation à ce projet peut-elle être communiquée comme une expérience riche, utile et valorisante pour les volontaires ? Autant de questions qui, durant le séminaire, ont nécessité un vrai temps de réflexion. L’échange entre partenaires européens est toujours intéressant, permet d’élargir les points de vue et de croiser les différentes manières de fonctionner. Réunion à Tallinn


In Other Words NEWS Page 4

Point presse

Extrême droite, une banalisation dangereuse ?

L

Un autre article du même quotidien et datant du 4 juin titrait quant à lui : « Je suis de gauche mais je vote Front National ». Au vu de ces deux articles, on ressent une certaine confusion qui nous amène presque à nous demander si l’on parle bien d’un parti d’extrême droite.

a presse parle du Front National (FN). Normal. Normal ? Alors que ce parti prône des valeurs plutôt anti-républicaines et peut aussi se montrer discriminant envers certaines minorités - les immigrés, au sens large du terme, pour ne citer qu’eux - une partie du monde des médias semble s’être accoutumée à la présentation de cette idéologie et être moins encline à montrer du doigt cet aspect, pourtant problématique. Le Front National est traité comme tout autre parti. Après tout, nous vivons dans une démocratie.

Une place non négligeable est accordée au sujet du Front National. Toujours dans le quotidien La Provence, le 28 mai, celui-ci fait la une : « La grande offensive provençale du FN ». Les pages deux et trois sont entièrement consacrées au parti. Page 2, le soustitre indique : « Fort des 23,9 % obtenus en Paca à la présidentielle, le FN rêve de faire élire des députés. Une première depuis 1997 ». Le lecteur est-il appelé à partager ce rêve ? Quelques jours plus tard, le 8 juin, nouveau titre : « Le FN fait monter la tension entre le PS et l’UMP ».

La presse participe t’elle à la banalisation de ce parti en légitimant sa place dans les médias et en le traitant comme un parti quelconque ? N’est-il plus « choquant » aujourd’hui de voir un parti extrémiste appelant à la nonacceptation de la différence, voire au rejet de certaines minorités présentes sur le territoire national, qu’il accuse d’être – tout au moins en partie - la source de tous les maux des français ? En feuilletant la presse locale, on observe, la plupart du temps, des rapports sur la montée du Front National, constat peu ou pas questionné. Est-ce qu’une simple présentation de ce constat peut amener le lecteur lambda - averti ou non - à se poser certaines questions ? En se familiarisant avec le parti, ne le rend-on pas finalement plus acceptable, plus proche, plus banal ?

Au niveau du fond, il est aussi question du style des candidats : ceux-ci auraient changé depuis l’époque de Jean-Marie Le Pen. Le Front National lui-même aurait changé et serait « moins agressif ».

Dans les commentaires suivants, nous nous concentrerons sur une partie de la couverture effectuée par le quotidien régional La Provence.

« Le look de Paul Cupolati, le candidat du FN pour ces législatives de 2012, avec ses cheveux gominés, son costume anthracite trop large et sa cravate rose criarde assortie à sa chemise, c’est plutôt celui d’un VRP. »

Exemples :

Le 23 mai dernier, un petit article de La Provence du 23 mai titrait : « Marine Le Pen tempérée ». L’article présentait « une Marine » prête à faire gagner « très exceptionnellement » (sic !) des candidats des partis de l’UMP, voire du PS, au second tour, en fonction de leur « valeur humaine ».

Suite Page 5... Des pages entières consacrées au FN


Marseille, 05-2012 nº8

Point presse

Quelques exemples de titres...

« Son style décontract’, sa taille mannequin, sa beauté timide et diaphane donnent au parti diabolisé un visage angélique qui intrigue furieusement. Marion Maréchal - Le Pen repousserait même les avances des télés françaises, officiellement parce qu’elle refuse de se laisser "pipoliser" ni de prendre une place qui n’est pas la sienne. La jeune fille a l’air plutôt discrète mais elle se soigne. » « La voix qui ne tremble pas, l’œil déterminé, elle a la même mécanique de mots que sa tante, l’aisance en moins. » (La Provence, 28 mai, p. 2-3) L’image qui ressort de cette couverture est celle d’un Front National fort, légitimé et adouci. Mais qu’en est-il des valeurs que le parti continue de prôner, et qu’on peut qualifier d’anti-républicaines, voir sectaires ? Bataille des dirigeants, espoirs, ambitions du parti sont les points forts de cette couverture médiatique. Les questions de fond tournant autour de l’essence même du parti sont absentes. Une banalisation, une normalisation du parti s’est bien mise en place.

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In Other Words NEWS Recadrage

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« L’analyse du rapport entre journalistes et FN a changé » Propos recueillis par Jawad RHAZI

L

es rapports entre le Front national (FN) et les médias ont souvent été ambigus. Denis Trossero, chef du service Fait-divers/Justice au quotidien La Provence a accepté d’éclaircir certaines zones d’ombre qui planent sur la relation entre le FN et le milieu du journalisme. Rencontre. - Les journalistes travaillent-ils différemment lorsqu’ils évoquent la question du Front National ? Je ne suis pas journaliste politique, mais j’ai une pratique du traitement du Front national parce que j’ai souvent côtoyé ce phénomène. Dans une société démocratique, on est sensé donner la parole à tous les partis, que l’on partage ou non leur idéologie. La question du FN est préconnotée, il faut être prudent dans le traitement de l’information relative à ce parti et essayer d’avoir suffisamment de recul. Le FN représente une partie de la population, et à ce titre, ces dirigeants ont le droit d’être entendus même si leur parole est souvent polémique.

Il faut prendre de grandes précautions pour ne pas dériver vers une certaine banalisation du calembour, de l’humour déplacé, des éléments qui peuvent devenir discriminatoires. - Le FN a enregistré son meilleur score lors de la dernière élection présidentielle. Comment expliquez-vous la percée de ce parti d’extrême-droite ? Les médias y sont-ils pour quelque chose ? Comme je l’ai dit tout à l’heure, le Front National représente une partie non négligeable de la population française. La question qu’on peut vraiment se poser est la suivante : est-ce que c’est le citoyen qui fait le pouvoir du FN ou est-ce que ce sont les médias qui lui donnent une certaine audience ? Je pense qu’il y a un peu des deux, il ne faut pas tomber dans la banalisation. Dans une société qui se revendique démocratique telle que la société française, c’est difficile de concevoir qu’on parle de François Bayrou, de François Hollande ou de Nicolas Sarkozy sans évoquer Marine Le Pen. Quand ce parti a commencé à prendre de

Denis Trossero, chef du service Fait-divers/Justice au quotidien La Provence

Suite Page 7...


Marseille, 05-2012 nº8

Recadrage l’ampleur, il y a une dizaine d’années, j’ai eu des discussions assez tendues avec des confrères qui ne voulaient pas qu’on aborde le sujet, car c’était le parti scandaleux. Aujourd’hui, l’analyse du rapport entre le journaliste et le FN a nettement évolué. -Le discours frontiste est considéré comme un discours qui véhicule des valeurs antirépublicaines. De quelle manière le journaliste peut-il aborder le sujet tout en conservant la neutralité qu’impose sa déontologie ?

-

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Finalement,

le

FN

est-il

victime

de

l’affront

médiatique ? Ou est-ce un rôle joué par ce parti afin d’entamer un processus de dédiabolisation ? Je pense que c’est une stratégie. Il ne faut pas oublier que depuis 20 ans, le discours de Jean-Marie Le Pen est très complotiste. Il reprochait aux médias de ne pas donner la parole à son parti. Si le FN ne récoltait pas assez de voix, s’il n’était pas représenté à l’Assemblée nationale, c’était la faute des journalistes. La stratégie de sa fille aujourd’hui,

C’est très difficile, ça représente une angoisse pour les

c’est de dédiaboliser. Elle a compris qu’il fallait banaliser

journalistes. Il ne faut pas tomber dans l’agressivité mais

son parti pour gagner des voix. Elle emploie rarement le

être dans le professionnalisme, c’est-à-dire poser des

terme

questions bien fondées. Ceci n’empêche pas le journaliste

nationaliste, mais c’est vrai que les médias sont souvent

d’être critique, voir pertinent. A titre d’exemple, quand

tombés dans le panneau du FN, les deux sont mis en

Marine Le Pen est l’invitée d’une émission de télévision,

cause.

d’extrême-droite

et

parle

plutôt

de

droite

elle attend que le présentateur l’attaque. En l’attaquant, le public va sentir que le journaliste est anti-FN, et de ce fait, Marine Le Pen va tomber dans la mise en cause personnelle du journaliste, ce qui légitimera forcément sa prise de position. Il est plus difficile d’interviewer un représentant du FN qu’un représentant d’un autre parti politique.

A propos de l’auteur Jawad RHAZI Né au Maroc, je me suis installé en France il y a trois ans pour poursuivre mes études après l’obtention de mon baccalauréat. J’ai suivi une formation en Droit et en Sciences Politiques à l’Université de Nice Sophia Antipolis avant d’intégrer l’Ecole de Journalisme et de Communication de Marseille il y a un an. Durant ma courte période de formation journalistique, j’ai été amené à rencontrer des personnes de divers horizons : hommes politiques, artistes, chefs d’entreprises ou encore journalistes.

C’est par le biais d’une de ces personnes rencontrées, Elif Kayi, journaliste et membre de l’équipe coordinatrice du projet européen « In Other Words », que j’ai découvert l’existence d’un observatoire des médias installé à Marseille. Ce qui m’a intéressé en premier lieu, ce sont les causes pour lesquelles se bat « Eurocircle » à travers ses divers projets. Lutter contre la discrimination sous toutes ses formes, œuvrer pour l’instauration d’une paix sociale et répandre les valeurs humaines et démocratiques représentent mes idéaux. A travers le projet « In Other Words », j’aurai l’opportunité d’œuvrer, ne serait ce que partiellement, pour l’établissement d’une société où tolérance, mansuétude et cohabitation sont les maîtres mots.


Marseille, 05-2012 nº8

Pour aller plus loin

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Les médias, alliés et ennemis du Front National Par Madalina Stroilescu

L

’extrême droite est un sujet extrêmement présent dans la recherche contemporaine, et qui suscite toujours un questionnement sur la normalité de ce phénomène. Le processus de « dédiabolisation » du Front national mis en œuvre par Marine Le Pen s’est avéré un pari réussi. Cette stratégie s'est réalisée progressivement dans le temps, tout au long de la trajectoire électorale de Jean-Marie Le Pen. Au premier tour des élections présidentielles de 2012, Marine Le Pen est arrivée en troisième position, réalisant un score historique pour le Front National avec 17,9 % des voix. La banalisation du phénomène FN est liée à un changement structurel sociopolitique car il s’associe à un retour vers des valeurs plus traditionnelles.

Marine Le Pen

La droite radicale a subi une phase de renouvellement suite à la modernisation sociale et culturelle suivant les changements après-guerre en Europe. Même si cette période reste marquante pour le concept de droite extrême, ceci n'est que vaguement lié aux précédentes versions d’extrêmes droites fascistes et antisémites. On peut cependant souligner que le racisme et la xénophobie ont alimenté le succès électoral en Europe occidentale des partis national-populistes. Ces derniers ont souvent été définis à travers leurs positions anti-immigration et ont généralement été caractérisés comme étant « exclusivistes ». C’est ainsi que les médias - et pas seulement eux - ont attribué aux partis d’extrême droite des étiquettes comme fascistes, racistes ou pétainistes, le modèle normatif des médias s’inscrivant dans la représentation des « droits de l’homme ». Le discours destructif et totalitaire était de moins en moins agréé, voir toléré par le large public.

Le bon camp est devenu celui des « droits de l’homme », de la normalité consensuelle démocratique, et le mauvais celui du totalitarisme et de la haine. La course électorale fait qu’il faut attirer et maintenir un maximum d’adhérents et, comme tout parti politique dépend des votes et des postes, le but repose surtout sur le succès électoral. A force de vouloir gagner leur électorat pendant les élections présidentielles, les partis d’extrême droite, comme le Front National, doivent se rallier aux règles du jeu politique et médiatique. Comme dans toute forme de discours politique, il faut enchanter l’électorat et les militants, l’utilité ultime étant de faire gagner des voix aux partis représentés. La parole politique télévisée s’inscrit dans un certain nombre de règles à suivre. De même, le populisme du Front national, par sa nature, implique l'ajustement à l'évolution des préoccupations, des demandes et des besoins du public. Cette « contextualité » du Front National fait qu’on parle d’un parti qui doit s’inventer constamment et qui doit s’adapter le plus vite possible à son public. Dans sa tentative pour rester contemporain, le Front National a du changer le discours et s’adapter à l’environnement actuel. Il est évident que le sujet de l’immigration reste un élément central du positionnement politique du Front National. Mais en reliant la question de l'immigration à la droite radicale, il y a le risque d’exercer un effet négatif sur la légitimité perçue. Cette légitimité, cependant, est importante pour les chances électorales du Front National, surtout que la plupart des électeurs ne sont pas disposés à adhérer à un parti qui n'est pas favorable à la démocratie libérale. Au début de sa carrière politique Jean Marie Le Pen s’est fait remarquer pour ses propos choquants. Un parti pris qu’il assume peut-être dans l’esprit qui veut « qu’il n’existe pas de mauvaise publicité ». En conséquence, certaines chaînes ont refusé de l’accueillir sur leurs plateaux. Le paradoxe réside dans le fait que pour avoir du succès électoral, il faut passer par les médias afin de capter son public, et aussi pour gagner sa légitimation sur la scène politique. Pour obtenir ce succès, il est important que les leaders du Front National apparaissent sur les chaînes de télévision.


Marseille, 05-2012 nº8

Pour aller plus loin Les enjeux sécuritaires des élections de 2002 ont mis au centre du débat politique des sujets chers à la rhétorique lepéniste, comme l’insécurité et l’immigration. Les sujets ont gagné plus de saillance et de visibilité sur la scène publique. Ce contexte porteur va être invoqué chaque fois que Jean-Marie le Pen expliquera la modération du Front National. La modération du discours se fait avec une certaine légitimation de la part du public et laisse la possibilité aux leaders frontistes de se positionner comme des sortes de prophètes visionnaires. Il est évident que le contexte sociopolitique a mis en avant de la scène médiatique des sujets galvaudés par le Front National. Ce qui est intéressant, c’est qu’un discours lepéniste, très ciblé, très contextuel et très concret au départ, devienne de plus en plus conceptuel et abstrait. Celui-ci utilise beaucoup les termes des journalistes ou des académiciens qui ont étudié le parti, comme dans l’affirmation « vous êtes victimes de la lepénisation des esprits » (« lepénisation des esprits : les électorats choisiraient de voter pour le FN parce qu’ils ont fini par adhérer aux thèses que ce parti et son leader déclament sur différentes thèses »1). Jacques Le Bohec remarquait dans son étude de la sociologie du phénomène Le Pen : « Il faut également tenir compte du travail de construction symbolique. Les scores électoraux du FN ne s’expliquent pas uniquement par un dialogue entre les électeurs et candidats. Les représentations des réalités font partie intégrante de la réalité.

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Elles résultent d’un travail involontaire et non orchestré, où sont impliqués des agents sociaux en apparence extérieurs (adversaires, journalistes, savants, etc.). En reconnaissant le FN comme adversaire à combattre, comme dangereux pour la démocratie, comme digne héritier d’un courant politique, ils ont fait grandir ses dirigeants. En prenant au sérieux ses thèses, ils se sont placés sur le même terrain et les ont légitimées. »2. Les leaders du Front National ont intégré dans leur discours l’étiquetage abstrait fait par les professionnels, ce qui est devenu une source d’argumentation dans leur rhétorique. Pour conclure, il faut souligner que la modération du discours du leader frontiste est le sujet d’un débat qui s’est imposé depuis une décennie, et que ce qu’on appelle maintenant la banalisation du Front National n’est que le résultat d’un processus graduel de légitimation. Vous pourrez trouver en ligne le mémoire « Les métamorphoses du Front National » de Madalina Stroilescu sur le serveur : http://dl.transfer.ro/transfer_ro-25mayc35f03a391adf2.zip

1 LE BOHEC, Jacques, Sociologie du phénomène Le Pen, Paris, La Découverte, 2005, p.51 2 LE BOHEC, Jacques, Sociologie du phénomène Le Pen, Paris, La Découverte, 2005, p.96

A propos de l’auteur Ma recherche constitue le point de départ d’une étude

Madalina STROILESCU

portant sur les différentes transformations qui ont eu lieu J’ai grandi en Roumanie, où

au sein du principal parti de droite radicale en France : le

j’ai obtenu mon diplôme à la

Front National. La caractéristique de mon approche est

Faculté de Sciences Sociales

d’étudier ce sujet à travers une analyse visuelle parmi les

Babes

ensuite

discours télévisés des leaders frontistes pendant les années

voyager et je suis partie étudier

électorales de 2002, 2007 et 2012. Je souhaite surtout

à l’étranger, aux Etats-Unis,

examiner les changements importants qui se sont opérés

puis en France. Après une

dans le discours du Front National au cours de cette

licence de Sociologie en tant

dernière décennie. Je suis passionnée de voyages, j’adore

qu’étudiante

découvrir des cultures différentes et partager la différence.

Bolyai.

J’ai

Erasmus

à

Nantes, j’ai décidé de continuer mon cursus à Paris. Je suis

La haine de l’autre m’indigne et m’étonne toujours. J’en ai

actuellement étudiante en Master de Sciences Sociales à la

fait mon sujet d’étude afin de mieux comprendre les

Sorbonne.

raisons et les sources profondes d’un tel rejet.


Agenda L’équipe d’Autrement Dit recommande... Exposition photo : « Un an de révolutions arabes » Pour marquer le 1er anniversaire des révolutions arabes, Alain Mingam organise une exposition qui réunit le travail de plusieurs correspondants. Cette initiative de la région PACA est un hommage à ceux qui luttent pour leurs droits ainsi qu’aux journalistes, en première ligne sur l’actualité. Hôtel de Région 27, place Jules Guesdes 13481 Marseille Horaires : du lundi au samedi de 9h à 19h (fermeture les jours fériés) Jusqu’au 28 juin Renseignements et inscriptions des groupes : 04 91 57 52 78 Pour plus d’infos : www.regionpaca.fr Exposition photo : « Femmes d’Egypte au cœur de la révolte »

EUROCIRCLE Eurocircle, 47 rue du Coq 13001 Marseille Tel: +33-(0)491429475 Fax: +33-(0)491480585 E-Mail : autrement.dit.13@gmail.com autrement.dit.13@inotherworproject.eu

Les photos sont de Rabha Attaf, grand reporter, spécialiste du monde arabo-musulman. De retour du Caire où elle a couvert les événements depuis février 2011, Rabha Attaf présente un choix de photos prises au jour le jour, au fil des événements, photos de femmes en hommage à toutes celles qui sont descendues dans la rue afin de demander le respect des droits humains. du 7 au 19 juin Maison d’Amnesty de Marseille 159 bd de la Libération 13001 Marseille Soirée théâtre "Comment je suis arrivée là !" de Zohra Aït Abbas et Farid Ferragui Samedi 23 juin à 20h30 Dans le cadre du Festival Tamazgha #7, musiques berbères et populaires d’Afrique du Nord, ce spectacle théâtral, accompagné par la musique de Farid Ferragui (chant, luth et percussions), met en avant la diversité artistique de la culture kabyle. Un rendez-vous unique en son genre traversant frontières et générations… Théâtre de la Sucrière Parc François Billoux 246 rue de Lyon 13015 Marseille A voir aussi :

www.inotherwords-project.eu

Ces 3 petites vidéos pour lutter contre les idées reçues sur l’immigration sur le site Médiapart : http://www.mediapart.fr/content/immigration-trois-films-danimation-contre-les-idees-recues


Newsletter "In Other Words" n.8/Mai