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B U L L E T I N M E N S U E L D E L’ U N I T É L O C A L E E U R O C I R C L E Marseille, 11-2012

““In InOther OtherWords Words““est estun unprojet projetde del’Union l’Unioneuropéenne, européenne,soutenu soutenuetetfinancé financépar parlalaCommission Commissiondes desAffaires Affairesjuridiques juridiques

In Other Words NEWS

Sommaire Editorial

1

Editorial

Vie de l’équipe 2 Tribune ouverte 3-5 Point presse

6-7

Recadrage

8-11

Aperçu du mois prochain 12-13 Agenda

14

“Milestones” Du renfort pour la dernière ligne droite Tr ibune ouver te : Act ua lités sur les Roms Le handicap mental : Un tabou ? Histoire et glossaire sur le handicap Aperçu du mois prochain : discrimination dans le journalisme Agenda : Zoom sur MP2013

Très vite, j’eus l’intuition qu’en fuyant le handicap, on s’isole. Il est là, il faut l’accueillir comme un cinquième membre, composer avec lui. Pour ce faire, la connaissance de ses faiblesses me semble primordiale” écrivait le philosophe suisse Alexandre Jollien dans son ouvrage “Eloge de la faiblesse”.

Ne nous sommes-nous pourtant jamais sentis “handicapés” à certains moments de notre vie ? Handicapé par l’appréhension, la peur, la tristesse, la colère, ou tout autre sentiment nous submergeant de manière si intense qu’il en finissait par nous bloquer littéralement.

Car au final, ne sommes-nous pas nous aussi Nous pensons souvent que le handicap se limite directement concernés ? au handicap physique ou mental. En tant que personne valide physiquement ou opérationelle Elif KAYI psychiquement, nous estimons donc que les Coordinatrice de l’équipe personnes handicapées, ce sont les autres. Ces fameux “autres” dont nous n’avons eu de cesse de parler au coeur des derniers mois par le biais de notre travail d’observation des médias. Au-delà du handicap physique, ce qu’on appelle “handicap mental” ou “handicap psychique” est le moins connu, celui qui fait le plus peur aussi. Il nous met mal à l’aise car il est difficile à cerner. A partir de quand parle-t’on de handicap mental ? Une personne souffrant de depression sévère peut-elle par exemple aussi être considérée comme souffrant d’un handicap ? Les limites du handicap mental restant extrêmement floues, comment ne pas éprouver une certaine apprehension à son encontre ?


In Other Words NEWS Vie de l’équipe

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In Other Words NEWS

Un peu de renfort pour la dernière ligne droite

Edité mensuellement à Jaén y Almeria (Espagne), Mantova (Italie), Mortagua (Portugal), Marseille (France), Timisoara (Roumanie) et Tallin (Estonie) avec l’approbation et le soutien de la Commission des Affaires Juridiques de l’Union Européenne. L’édition française est assurée par Eurocircle

Claudia Cuomo

Par Claudia Cuomo

J

L’entreprise éditrice ne peut être tenue responsable pour les commentaires de ses collaborateures

« Il y a deux sortes de journalistes : ceux qui s’intéressent à ce qui intéresse le public ; et ceux qui intéressent le public à ce qui les intéresse. » Gilbert Cesbron

e suis originaire de Napoli, en Italie, et j’effectue un projet de Service Volontaire Européen (SVE) à Marseille, auprès de l’association Eurocircle. En tant qu’activiste médias, je me suis toujours intéressée à l’aspect politique de la communication, verbale et non-verbale. Je pense qu’il est important de comprendre les effets des médias sur la société. Je me sens aussi concernée par les questions des droits de l’homme et de la discrimination. Dans le cadre de mon SVE, je participe au projet In Other Words, et je trouve que Marseille, avec son mélange de cultures européennes et arabes, représente un endroit important en matière de lutte contre la discrimination. J’aimerais y évoluer dans le travail et aussi dans le milieu de la photographie. Tout le monde dis que Naples est la jumelle de Marseille. Il me semble que c’est presque vrai, mais j’attends d’en découvrir plus sur cette ville...


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Tribune ouverte

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Actualités : Les Roms Entretien avec Caroline Godard, responsable du centre de Rencontres Tsiganes, Centre de ressources et d’information sur la culture tsigane Quelles sont les grandes mesures des « solutions alternatives » ?

« Malheureusement on a assisté à des expulsions sans aucune propositions faites aux familles » Par Camille Vergé uel est le bilan sur la situation des Roms à Marseille, depuis votre premier entretien avec l’équipe d’Autrement Dit, ici même il y a un an ?

Q

Un constat : le Président, quand il était candidat, avait annoncé qu’il n’y aurait plus d’expulsions sans des solutions alternatives, malheureusement depuis on a assisté à des expulsions sans aucune propositions faites aux familles. Les associations notamment le collectif dont on fait partie : le collectif Romeurope a interpelé le gouvernement. Des réunions des membres du collectif de Romeurope avec des membres du gouvernement ont abouti à une circulaire éditée le 26 Aout 2012. Elle préconise certaines actions à mener en amont d’une évacuation, notamment de prendre en considération les familles : prévoir de les reloger. Un préfet a aussi été nommé, monsieur Lallement entouré de collaborateurs qui doivent veiller à l’application de cette circulaire. Cela se traduit à Marseille par de nombreuses réunions en Préfecture entre les associations mais malheureusement le constat, c’est qu’on se trouve dans une situation piégeante : on essaie d’avancer sur des solutions et sur le terrain il y a des expulsions qui continuent sans propositions, donc ça nous met très en colère. La circulaire n’est pas appliquée ? Elle n’est pas appliquée car on a un préfet de région qui est très strict là-dessus. D’une part, il dit : « on appliquera les décisions de justice » et par ailleurs, il dit : « de toute façon les familles Roms qui sont ici n’ont pas vocation à rester, il faut qu’ils rentrent en Roumanie. » Cela rend difficile toutes actions …

Il y a des endroits où la préfecture est en train de rechercher des lieux, des terrains, des bâtiments vides, nous faisons la même demande. Si on a des lieux où les familles peuvent rester, on peut prévoir des aménagements transitoires (mobil homes, caravanes) pour qu’il y ait une situation de stabilisation de ces familles, que l’on puisse travailler avec elles sur leur projet ici ou de retour en Roumanie. Des bâtiments vacants il y en a, or la préfecture ne fait pas cette recherche-là et les collectivités locales restent bloquées sur la recherche de solution. Actuellement, pour éviter les procédures de justice la mairie met des arrêtés de péril sur pas mal de lieux. Quand il y a des arrêtés de péril, il faut effectivement évacuer car on dit qu’il y a danger pour les personnes. C’est ce qui s’est produit dans un endroit où les familles étaient déjà depuis 6 mois. Il y avait déjà eu des commissions qui étaient passées, donc, nous, on contestait cet arrêté de péril aussi rapide et l’évacuation précipitée dans la nuit. Le grand public est il au courant de ce fonctionnement ? Des expulsions pendant l’hiver… La trêve hivernale ne s’applique pas à des squats. Nous on avait demandé qu’elle soit élargie ne serait ce que par un minimum d’humanité. Il y a deux ou trois lieux où cela va être toléré mais c’est un bras de fer, ce n’est pas acquis facilement. Malheureusement, sur le sujet Roms, il y a une telle rigueur dans la population qu’on n’avance pas là-dessus. Expulser les gens comme la semaine dernière, en plein hiver, c’est insupportable. On met les gens dans la rue, comme ils ne savaient pas où aller, ils ont essayé de poser leurs tentes, la police est arrivée, elle ne voulait même pas qu’on mette les enfants à l’abri sous une tente. Cela est intolérable. Depuis un an, avez-vous des familles qui sont restées à Marseille, qui ont une position stable ? C’est toujours instable, avec des tendances plus courtes.


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Tribune ouverte

Maintenant un squat ça dure trois ou quatre mois. La plupart de ceux qu’on connait depuis le début de l’année, ils en sont à leur quatrième lieu de vie.

Avez-vous une couverture médiatique répondant à vos attentes lors d’événements, comme votre assemblée générale annuelle de samedi dernier ?

« Il y a ce pic médiatique parce qu’il ya un événement spectaculaire ou exceptionnel ; ce qu’on dénonce : les concertations en Préfecture et ce qui se passe sur le terrain, on n’en parle pas. »

Non là, on n’en attendait pas. C’était l’assemblée générale de notre association qui est ouverte à tous car on donne des informations sur ce qu’on fait et les actions que l’on a pu mener. Par contre, on s’attendait à avoir plus de presse et on en a pas eu du tout lorsque le collectif national Romeurope s’est réuni à Marseille cette année, on avait convié un point presse des journalistes. 90 personnes de toute la France se sont réunies samedi et dimanche, il y avait de quoi s’intéresser à ce qu’il se disait.

Avez-vous une visibilité médiatique, les rapports aux médias ont-ils changé ? Pour certains médias, il y a une lassitude, parce que c’est toujours la même chose, les expulsions… Il n’y a qu’à un moment où il y a eu un pic invraisemblable, au mois de septembre, des familles Roms ont été chassées par les habitants. Cela a donné une couverture médiatique impressionnante, même nationale, notamment sur la BBC et d’autres chaines encore. Mais après c’est retombé. Il y a un pic parce qu’il y a un événement spectaculaire ou exceptionnel, comme par exemple la réquisition citoyenne : un ensemble d’associations, de citoyens ont décidé de récupérer des locaux pour des familles qui étaient dans la rue. Ce qui se passe dans les concertations en Préfecture, justement c’est ce qu’on dénonce, la différence entre ce que se passe dans ces réunions et ce qui se passe sur le terrain, on n’en parle pas beaucoup. Communiquez-vous avec les journalistes ? Ca dépend lesquels, une journaliste qui suit le plus ces dossiers, qui travaille à La Marseillaise, m’appelle souvent, elle prend le temps d’avoir des explications, de bien suivre. Après d’autres, Mars actu aussi, sur internet. Mais on n’a pas tellement de contact avec la Provence. Un journaliste radio de France inter fait une émission : « Périphéries », sur des sujets qui traitent de l’exclusion et des discriminations. Il est venu faire un sujet sur les Roms à Marseille. Il a eu du mal à faire un sujet comme ça. Il expliquait que, comme il y a un climat de morosité général, il ne faut pas plomber les gens avec un sujet compliqué. Il a tenu bon, il a fait ces quatre émissions sur les Roms à Marseille mais ce n’est pas la rédaction qui lui a dit : « Fonce ! »… Il a du insister.

Cela a-t-il changé par rapport à avant ? J’ai été surprise de voir que ce nouveau gouvernement refaisait ce qu’on avait vécu avec l’autre. Parce que, localement, au moment d’une expulsion on propose aux familles deux nuits à l’hôtel pour les femmes et les enfants. Ce n’est pas acceptable, ça résout rien, donc forcément les familles refusent. Ce qui est râlant c’est l’information qui est donnée dans les médias : « l’expulsion s’est déroulé calmement, des propositions ont été faites aux familles, celles-ci ont refusé ». Du coup, les gens vont dire : « Ha ! Voilà, on leur propose des choses et ils n’en veulent pas. » Et encore, quand je dis deux nuits d’hôtel, ça va être dans cinq hôtels séparés, qu’est ce que vous voulez qu’ils fassent de ça ? Pour deux jours après se retrouver à la rue. Donc, redonner le communiqué de préfecture comme ça ne donne pas l’information complète. Ce problème de retranscription d’information dans les médias arrive t’il souvent ? Certains journalistes nous suivent mais ils ont du mal à faire passer les sujets à l’intérieur même de leur rédaction, parce qu’on leur dit : « Qu’est ce qu’on va en dire de plus ? » Cela nous désole un peu car justement cet épisode des Créneaux a levé un verrou dans la population. Ce qui a été choquant c’est qu’immédiatement la parole a été donnée à ces personnes qui ont pu témoigner qu’elles ne voulaient pas de ces familles donc qu’elles avaient mis le feu. Il y a quand même de quoi bondir quand on entend ça.


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Tribune ouverte « La violence est montée de la part de la population, les Roms deviennent des boucs émissaires » Y a-t-il eu un changement dans les mentalités ? La violence est montée de la part de la population, mais cela traduit autre chose, ce sont des gens qui ont des difficultés et des problèmes, les Roms deviennent des boucs émissaires. Une parole s’est libérée, les gens disent franchement : « On n’en veut pas ! ». On trouve cela très inquiétant. Sur Marseille, en période électorale, ça ne va pas arranger les choses : montrer qu’on veut trouver des solutions pour les familles Roms n’est pas porteur électoralement. Dans un quartier à coté de Plombières, la maire soutient ses riverains contre les Roms. Elle comprend l’exaspération des riverains, c’est un quartier pauvre avec ses difficultés, il ne faut pas rajouter d’autres difficultés, donc non, pas de Roms ici. Samia Ghali suite à l’incendie de la cité des Créneaux ne condamnait pas et elle comprenait. Cela légitime certains comportements et attitudes, si c’est relayé par les politiques forcément les gens se sentent légitimés.

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à des expulsions répétées, s’était mis à Gardanne. Dans un premier temps, le maire avait refusé et puis, il a accepté de mettre un terrain à disposition avec des conditions que l’on peut entendre et qu’on accepte. Il ne peut pas accueillir un groupe de plus de 60 personnes, ce n’est pas énorme. L’idée c’est que toutes les communes dans le département fassent ça. Un collectif de soutien à ces familles à solliciter diverses mairies. Pour l’instant, le seul retour est négatif. Des décisions européennes avec un changement de mentalité, pourraient-elles faire évoluer la situation ? L’Europe peut avoir un discours, mettre des moyens à dispositions, elle a des fonds. Mais, ce n’est pas satisfaisant de renvoyer toujours à l’Europe. Il y a 2000 Roms sur le département, et peut-être que, s’il y a des dispositifs mis en place, cela en fera venir d’autres… Des régions où il y a des choses de faites, le nombre de personnes augmente un peu, il y a 3000 Roms sur l’agglomération lilloise donc, on n’a pas eu une arrivée massive. C’est le fameux appel d’aire, que soit-disant les collectivités craignent.

Une idée sur le futur ? Sur la mise en place des propositions gouvernementales ?

Pour reprendre l’exemple de Lille, y a-t-il des situations de stabilité ?

C’est très long, si le gouvernement n’affiche pas une volonté politique claire et ferme, ça ne se met pas en place. Les discussions avec le préfet sont intéressantes, il y a une ouverture, un débat, mais il y a une distance entre ça et localement ce qui se passe. Le préfet est dans l’attente qu’on lui remonte toutes les informations locales, qu’on signale les abus et les choses qui ne vont pas : les violences policières sur les enfants, les refus de scolarisation…

Il y a eu des expulsions début juillet mais c’était un conflit entre le préfet et le maire, c’était compliqué. La différence au niveau de la mairie, c’est que c’est Martine Aubry qui est maire et que c’est un dossier qu’elle veut traiter.

Localement la mairie, la préfecture ne peuvent pas agir ? Quelle réponse recevez-vous ? C’est qu’ils ne veulent pas. Le discours de la mairie c’est : « Nous, on a déjà fait ! ». Notamment, car ils ont accueilli des familles à l’UHU (unité d’hébergement d’urgence) suite à l’expulsion de la porte d’Aix. On va vous dire constamment : « Nous, on a fait, on ne peut pas faire plus, ce n’est pas de notre compétence, c’est l’Europe ». On a quand même un exemple plus positif : un groupe de personnes qui, suite

Donc, c’est une décision politique ? Exactement. Mais il y a des hostilités, par exemple, à Lille les gens disent : « Nous, on va faire comme à Marseille si on installe les Roms. » Donc, ce n’est pas gagné, même s’il y a une volonté politique, il y a la bataille avec la population qu’il faut gagner aussi.


In Other Words NEWS Point Presse

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Le handicap mental : un tabou ? « Autisme : retard et gâchis en France » 10 Octobre 2012 La Marseillaise

un postulat loin d’être neutre et non vérifié. Pour seule explication, le journaliste ajoute : « explique le Conseil », mais comment tout cela est-il quantifié? Comment peut-on dire que ces faits (cessations d’activité et divorces) sont directement liés au handicap, et pire, causés par l’enfant handicapé ? Comment expliquent-ils que la dépression, qui est une maladie à part entière rappelons-le, est-elle aussi « causée » par l’enfant handicapé ? Il n’y a aucune justification : pas de chiffres ni de sources pour prouver la véracité de ces affirmations. Elles ne sont basées que sur des stéréo-

« Le harcèlement scolaire m’a détruit à petit feu »

26 Décembre 2012 Rue89

D

ans cet article, le titre présente objectivement le sujet qui va être traité, par contre le vocabulaire employé dans le sous-titre est négatif et construit pour être attractif. Les informations proviennent uniquement du Conseil économique, social et environnemental (CESE), institution dont le public attend objectivité et études chiffrées fiables sur lesquelles est censé être basé le rapport. Pourtant, dans cet article, les propos ne manquent pas de subjectivité et de préjugés, très négatifs et dévalorisant envers les personnes handicapées et leur famille. Certes, il est important de démontrer les carences de la prise en charge de l’autisme en France, les dysfonctionnements du système de santé et de formation dans ce secteur, le manque de budget… La première phrase de l’article insiste d’ailleurs sur ce point : « la mauvaise prise en charge de l’autisme en France ». Cependant, parler du « coût global de l’autisme » en incluant « l’impact sur les familles : cessations d’activité pour s’occuper de l’enfant, divorces, dépressions… » pose

Cet article publié le 26 Décembre 2012 sur Rue89 (site d’information et de débat sur l’actualité, indépendant et participatif) est intéressant par son thème et touche à la question du handicap de manière plus large. Alexandre témoigne du harcèlement, principalement verbal, qu’il a subi. « C’est en atterrissant dans un nouveau collège (privé) en cinquième que les autres m’ont très vite fait comprendre que j’étais différent : chétif, avec un strabisme et des sujets d’intérêt peu communs ». Ce harcèlement vécu dans l’enceinte scolaire, n’est qu’un exemple parmi tant d’autres vécus par des jeunes écoliers, collégiens ou lycéens. « Je veux parler pour que les lecteurs ne voient plus cette violence comme un simple jeu entre enfants ». Car il s’agit bien de violence, verbale, allant des moqueries en classes, sur internet aux bousculades et à la violence physique. « Je n’étais plus Alexandre mais j’étais appelé par un surnom (le nom d’un handicapé mental dans une histoire drôle). » Il mentionne même le fait qu’un professeur l’appelait de cette façon ainsi que les élèves qui restaient extérieurs aux brimades. Il décrit aussi la relation avec ses parents, la difficulté d’exprimer ce qui est vécu quotidiennement, la sensa-


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Point Presse tion de ne pas être toujours « pris au sérieux », de ne pas être cru. Ainsi que la passivité du CPE (conseiller principal d’éducation) sur la situation malgré les nombreuses visites de sa mère. Le harcèlement a donc des conséquences au delà du cercle scolaire : sur la vie familiale et personnelle. Dans la partie « les conséquences sur ma vie », on constate qu’être victime de discrimination, à cause d’un handicap physique ou mental, amène à un handicap social important. Alexandre n’est pas vu et défini en tant que personne mais seulement par son « handicap » physique. Le handicap social, on le retrouve dans son texte sous la forme de la « phobie sociale ». On constate que les insultes, surnoms qu’Alexandre subit sont en rapport avec son strabisme (handicap physique) mais aussi avec son comportement face aux autres : pas d’affirmation de soi, « naïf, trop pacifiste »… Cette condition de bouc émissaire atteint donc tout son être, ce qu’il donne à voir, et ce qu’il intériorise jour après jour. « On devient forcément suspicieux envers tout le monde avec des brimades quotidiennes ». L’extrême manque de confiance en soi du au traumatisme peut devenir un handicap social. La personne est limitée dans beaucoup de domaines, comme ici dans les interactions avec les professeurs et les autres élèves. La communication passe par la violence ou est esquivée par un repli total sur soi : « Je vivais dans un monde imaginaire… Mes pensées constituaient donc un refuge ». Cet harcèlement aura fait des dégâts à vie « aujourd’hui encore ces années m’obsèdent ». Il explique la raison de ce témoignage : dénoncer et informer. « En premier lieu, je veux dénoncer l’indifférence des autorités scolaires ». La non réactivité des professionnels au sein de l’école face à cette violence apparait comme le problème le plus grave. La normalisation des attaques verbales ou physiques et sa généralisation s’accompagnent d’un manque d’action sur le terrain. Certaines pourraient être entreprises comme la prévention contre le harcèlement à l’école, et l’avertissement contre les préjugés dans les médias : « D’autre part, je veux dire l’inexactitude du stéréotype du cancre harceleur et issu des quartiers défavorisés. C’est de cette manière que les médias dépeignent le caïd des cours de récréation. Or, il y a des souffre-douleurs et des bourreaux dans chaque établissement scolaire, qu’il soit huppé ou mal famé. »

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Retrouvez l’article sur : h t t p : / / w w w. r u e 8 9 . c o m / 2 012 / 12 / 2 6 / h a r c e l ement-scolaire-ca-ma-detruit-petit-feu-238088


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Recadrage

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Histoire et glossaire sur le handicap Qu’est ce que le handicap ?

Il est important de distinguer :

« Nous ne sommes pas le handicap… Nous ne sommes pas les maladies mais des personnes… qui ont certaines maladies. »

•Handicap ressenti : le fait de se sentir handicapé et de se déclarer comme tel, quelle que soit la nature du handicap. •Handicap identifié : la personne déclare une impossibilité totale à effectuer une tâche courante (voir, parler, marcher, se souvenir ...) Entrent aussi dans cette catégorie les personnes qui reçoivent une aide de tiers en raison de leur handicap, dont le logement a été aménagé spécialement ou qui utilisent une prothèse, un appareillage ou une autre aide technique. •Handicap reconnu : situation reconnue par l’administration. Cela recouvre diverses formes de reconnaissance administrative.

Quelques dates repères : 1946-1956 : Classification des enfants inadaptés 1975 : Loi sur les personnes handicapées (les com-

L

a terminologie utilisée est totalement liée à la compréhension et influence directement les représentations et l’interprétation de chacun. De cette manière, le lecteur intériorise et s’approprie le vocabulaire qui parfois relève de préjugés et stéréotypes qui mènent à une vision discriminatoire.

Evolution du vocabulaire Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le terme « handicap », avec une connotation moins agressive, est venu progressivement remplacer les termes « infirme », «invalide », « débile » ou « idiot », introduisant l’idée d’une différence surmontable grâce à la rééducation et la réadaptation qui prenaient alors leur essor. Le terme « handicap » s’imposera peu à peu, mais n’arrivera sur le terrain législatif qu’en 1957, quand il sera accolé au mot « travailleur ». Au fil du temps, de nombreux adjectifs ont été utilisés pour désigner les personnes handicapées, plus récemment, autant dans le milieu professionnel que dans la société, il est plus respectable d’employer « personne en situation de handicap », afin de ne pas confondre la personne avec le handicap auquel elle est confrontée. Cependant nous avons pu remarquer que le terme « handicapé » reste très largement utilisé.

missions médico-sociales confèrent aux personnes le statut de handicapé, sans qu’aucune définition limitative ne soit retenue. D’où des régimes de prise en charge spécifiques « en faveur » des personnes, selon l’origine de leur « handicap » et la sévérité de leur déficience. )

1980-1990 : Révision de la CIH (classification internationale du handicap). Le handicap est décomposé et décrit par ses différents éléments constitutifs : - La déficience qui est une perte de substance ou altération d’une structure ou fonction (psychologique, physiologique ou anatomique), elle correspond donc à une lésion (ex : amputation…) et/ou au déficit en résultant (ex : surdité, paraplégie …) - L’incapacité qui correspond à toute réduction (partielle ou totale) de la capacité d’accomplir une activité d’une façon ou dans les limites considérées comme normales (ex : incapacités à marcher, communiquer, mémorise …) - Le désavantage qui est une conséquence des déficiences ou des incapacités, il représente une limitation ou une interdiction d’accomplissement d’un rôle social normal, en rapport avec l’âge, le sexe, les facteurs sociaux et culturels (ex : faire des études, avoir un emploi, s’occuper…) Cette classification a des limites : l’enchaînement n’est pas univoque : une incapacité (impossibilité de se mouvoir) peut


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Recadrage entraîner des déficiences ; une déficience peut entraîner un désavantage social important sans incapacité… Ce modèle oublie le rôle de l’environnement : l’architecture (accessibilité…) et l’entourage (discrimination).

A partir de 1998 : La lutte contre les exclusions sociales se renforcent. En France, l’accent va être mis sur le phénomène d’exclusion sociale et conduire à une politique tendant non seulement à une réparation ou une réhabilitation médicale, mais à l’intégration de toutes les personnes reconnues comme handicapées – non seulement anciens combattants, accidentés du travail, infirmes civils, mais aussi personnes présentant des déficiences congénitales – dans une logique de solidarité nationale.

11 février 2005 : loi qui définie l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées : « toute limitation d’activité ou restriction de participation à la vie en société subie dans son environnent par une personne en raison d’une altération substantielle, durable ou définitive d’une ou plusieurs fonctions physiques, sensorielles, mentales, cognitives ou psychiques, d’un polyhandicap ou trouble de santé invalidant ».

Les définitions des dictionnaires :

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Plus largement en Europe, le handicap est un état « du aux barrières environnementales, économiques et sociales, qu’une personne, en raison de ses déficiences, ne peut surmonter de la même façon que les autres citoyens. » (Disabled Persons International) Le handicap « est l’interaction entre la déficience, la limitation fonctionnelle et une société qui produit des barrières empêchant l’intégration. »

Les « causes » des handicaps : maladies, traumatismes, malformations, vieillissement … Près de 12 millions de personnes, soit plus d’un quart de la population française déclare une incapacité ou une reconnaissance d’handicap. Voici la typologie Inserm (Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale), 7 groupes sont identifiés par l’Inserm : •Incapacités isolées et mineures •Personnes âgées dépendantes •Invalides, inactifs indemnisés •Accidentés du travail •Incapacités diffuses •Déficiences mentales accompagnées •Maladies limitantes

Dictionnaire de médecine Flammarion :

Les différents droits « à la solidarité de l’ensemble de la collectivité nationale » pour les personnes en situation de handicap :

(terme anglais emprunté au vocabulaire des courses de chevaux : han in cap ; la main dans le chapeau). Désavantage résultant d’une déficience ou d’une incapacité qui gêne ou limite le sujet dans l’accomplissement de son rôle social.

- L’accessibilité généralisée pour tous les domaines de la vie sociale (éducation, emploi, transports …) Plusieurs termes sont alors utilisés :

Le Petit Robert : Désavantage, infériorité qu’on doit supporter.

Dans les pays anglo-saxons, le handicap est un désavantage social dont la société est en partie responsable. Si le handicap n’est pas le seul fait de la personne (de ses déficiences) mais est également imputable à la société, les luttes pour réduire les handicaps n’auront plus pour seule cible les personnes (rééducation, prise en charge individualisées et catégorisées, etc.) mais aussi l’organisation sociale de la cité. La notion de handicap est donc une interrogation personnelle et philosophique autour de la « différence ».

•Intégration (milieu professionnel) •Insertion (milieu professionnel) •Inclusion (milieu scolaire) : « Tout enfant ou adolescent porteur d’un handicap doit pouvoir être scolarisé dans l’école la plus proche du domicile, appelé établissement de référence. » s’il a besoin d’un dispositif qui n’existe pas dans son établissement de référence, l’élève peut être inscrit dans une école ou un établissement scolaire autre, en milieu ordinaire ou adapté. »


In Other Words NEWS Page 10 - La compensation des conséquences du handicap - La participation et la proximité : par la création des Maisons départementales des personnes handicapées qui a un rôle d’information et d’accompagnement.

Recadrage peuvent communiquer, certaines vocalement, d’autres en signes, plusieurs dans les deux modes de communication. •Bigleux > Personne qui louche, personne strabique. Cette expression est de connotation péjorative.

Recommandations terminologiques •Incapacité > Limitation. Le mot « incapacité » met l’importance sur l’inaptitude. La personne est en fait capable mais elle a certaines limitations due à sa déficience. Elle doit donc adapter ses actions. •Invalidité > Limitation fonctionnelle. Le terme « invalidité » est de connotation péjorative. Il demeure toutefois largement utilisé dans le domaine des régimes et des assurances.

•Handicapé de la gle. Personne ayant

vue une

>

Personne aveudéficience visuelle.

•Infirme, invalide > personne ayant une limitation fonctionnelle. Ces termes déprécient la personne désignée. •Nain > Personne de petite taille. Personne dont la taille physique est nettement inférieure à la plus petite taille dite normale. •Cinglé / débile / dérangé / dingue / fou à lier /

•Malade > Une personne ayant une déficience. Une personne ayant une déficience n’est pas forcément malade.

malade mental … > Personne présentant un trouble

•Personne normale > personne non handicapée/sans limitation fonctionnelle. Naturellement, l’expression « personne normale » s’oppose à « personne anormale » qui serait insultant à l’égard des personnes handicapées. Le mot « normal » est utilisé en statistique où l’on fait référence à la norme.

•Attardé / retardé / simple d’esprit… > Personne ayant une déficience intellectuelle. Ces expressions sont blessantes et injurieuses. La majorité des personnes ayant une déficience intellectuelle comprennent la signification de mots qui manquent de respect. L’emploi d’un vocabulaire clair et précis et exempt de préjugé discriminatoire s’impose.

•Dur d’oreille > Personne ayant une perte auditive. Cette expression commune est ambigüe et blessante. •Handicapé auditif / Déficient auditif > Personne malentendante. La communauté des personnes sourdes ne considère pas la perte auditive comme une déficience, mais l’envisage plutôt du point de vue socioculturel. •Personne qui ne comprend rien > personne sourde/personne malentendante. Ne pas confondre « entendre » et « comprendre ». La surdité n’a rien à voir avec la faculté de comprendre. •Sourd-muet > Personne ayant des troubles de l’audition et de la parole. On associe souvent la surdité avec la mutité. Ceci est injustifié puisque certaines personnes sourdes, malentendantes ou devenues sourdes ont appris à se servir de leurs aides techniques et de la lecture labiale pour communiquer par la parole. Il s’agit d’une expression archaïque qui peut laisser croire que la personne est incapable de communiquer. Hors, les personnes sourdes

de santé mentale. Ces expressions blessent la personne.

•Bégayeur / bêgue > Personne ayant des troubles d’élocution. Ces expressions sont irrespectueuses. •Personne qui ne comprend rien/qui ne connait rien > Personne ayant des troubles d’apprentissage. Ces expressions péjoratives et irrespectueuses expriment une méconnaissance envers les personnes ayant des troubles d’apprentissage, plusieurs d’entre elles ont un niveau d’intelligence supérieur à la moyenne, elles ont seulement besoin d’aide supplémentaire et peuvent avoir la volonté d’apprendre autant que les autres.

Expression déconseillée, à éviter : « Vivre au crochet de la société ». Le handicap est toujours « situationnel » : une personne en fauteuil qui vit dans un environnement adapté, ne sera pas « handicapée » puisqu’elle sera autonome dans les activités de la vie quotidienne. S’il n’y a pas de matériel adapté, la personne se retrouve alors en « situation de handicap » puisqu’elle doit compter sur l’assistance d’autres personnes.


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Recadrage Termes relatifs aux personnes handicapées : •Acquis : Se dit d’affections qui ne sont pas d’origine congénitale, de naissance.

•Adaptation au lieu de travail :Evolution dumilieude travail vers une meilleure intégration des personnes handicapées. •Adaptation du lieu de travail : Réaménagement des locaux et de l’équipement, réaffectation des ressources assurant un meilleur accès aux personnes handicapées. •Aide fonctionnelle : toute aide, qu’elle soit technique ou non, pour assister ou adapter la communication, la lecture, l’audition, l’écriture (ex : appareil, accessoire, dispositif fonctionnel…) •Autonomie : L’aide fonctionnelle et l’adaptation du milieu favorisent l’autonomie des personnes handicapées •Centre de réadaptation : Assistent les personnes qui ont des difficultés diminuées dans leur démarche qui vise l’autonomie. Ne pas confondre avec le mot « réhabilitation » qui désigne l’action de faire recouvrer l’estime ; la réadaptation ou la rééducation est d’ordre physique. •Jeux paralympiques : Série de compétitions sportives à l’intention des personnes handicapées et tenues à l’extérieur du calendrier régulier des jeux olympiques. •Communauté sourde : Groupe social se distinguant avant tout par son mode de communication qu’elle soit gestuelle, orale ou tactile. •Langage des signes : Système de communication gestuel constitué de signes représentant les lettres de l’alphabet, les mots et les chiffre, selon le pays ou la langue parlée. •Lecture labiale : La personne sourde déchiffre le message en observant l’articulation des mots sur les lèvres du locuteur. La mimique et l’expression du visage de la personne qui émet un message sont très importantes pour la compréhension de ce message. •Surdi-cécité : Etat de la personne ayant à la fois une perte auditive et une déficience visuelle. •Intégration : Bien qu’il soit commun pour la majorité de la population de croire que les personnes ayant une déficience intellectuelle peuvent difficilement être pleinement intégrées dans la société, la plupart de ces personnes sont autonomes. Leur intégration signifie qu’elles ont un rôle dans la société, qu’elles ont différentes possibilités qui s’offrent à elles, qu’elles fréquentent l’école de leur choix, qu’elles ont accès à différentes activités, qu’elles partagent les mêmes lieux de vie que toute autre personne,

Page 11 qu’elles peuvent utiliser les services destinés à l’ensemble de la communauté et selon les mêmes modalités. L’intégration est l’adaptation d’une situation pour incorporer la participation des personnes handicapées. On définit le mot « intégrité » comme « entièreté ». Pour une société unifiée on doit assurer l’insertion de tous les individus dont l’inclusion des personnes handicapées. •Le handicap mental : le handicap mental est d’abord la conséquence sociale d’une déficience intellectuelle. Bien que le handicap prenne souvent une place importante dans leur vie et dans celle de leurs proches, les personnes handicapées mentales sont avant tout des individus qui ont besoin d’être entourés, de travailler quand ils le peuvent, d’avoir des loisirs… Bref, de vivre le plus possible avec et parmi les autres. Nous avons à considérer d’abord la personne avant d’y associer la notion de handicap. L’expression « handicap mental » qualifie à la fois une déficience intellectuelle (approche scientifique) et les conséquences qu’elle entraîne au quotidien (approche sociale et sociétale). Le handicap mental se traduit par des difficultés plus ou moins importantes de réflexion, de conceptualisation, de communication, de décision, etc. Ces difficultés doivent être compensées par un accompagnement humain, permanent et évolutif, adapté à l’état et à la situation de la personne. C’est à la solidarité collective qu’il appartient de reconnaître et de garantir cette compensation. Ce glossaire a été réalisé à partir de définitions trouvées sur différents sites internet : http://www.chups.jussieu.fr/polysPSM/santepublique/ handicaps.pdf http://www.sse.gov.on.ca/mgs/onterm/Documents/ Guides/vocapp.pdf http://www.insee.fr/fr/insee_regions/nord-pas-de-calais/ themes/pages_de_profils/P10_73/HSM_lexique.pdf http://www.unapei.org/-ce-qu-est-le-handicap-mental-.html


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Aperçu du mois prochain

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Interview de Linda Mohammedi, participante au Monde Académie Le mois prochain, l’Observatoire Autrement dit s’intéressera à la question de la discrimination dans le journalisme, nous vous donnons ici un avant-goût avec l’interview d’une jeune journaliste : Linda Mohammedi. Par Samir AKACHA

“Quand j’étais plus jeune, journaliste c’ét ait un rêve, pas un métier”

Linda Mohammedi a 25 ans. L’année dernière, elle a suivi l’atelier journalisme de Marseille (AJM), jusqu’à postuler récemment pour le Monde Académie (Newsletter d’Octobre)

Linda Mohammedi

C

omment t’es-tu intéressée au journalisme ?

En 2005, j’habitais encore à Bobigny. Remy Douat, journaliste à Regards, venait de mettre en place le Dawa, un atelier de journalisme en Seine Saint-Denis. Je n’ai pas pu finir l’atelier, je devais partir à l’étranger. Mais je suis restée sur ma faim. Et l’année dernière, à mon arrivée ici, j’ai entendu parler de l’Atelier Journalisme de Marseille. Je me suis dit : “C’est parfait, c’est la continuité de ce que j’ai commencé.” Je me suis inscrite et j’ai suivi pendant un an les cours assiduement. Ça m’a toujours intéressé d’essayer de comprendre le monde, les gens, ces gens qui sont balancés dans des situations extraordinaires. Au fond de moi, j’ai toujours voulu devenir journaliste. Comment as-tu postulé au Monde Académie ? J’étais à l’AJM, et je lisais le Monde. J’ai vu l’annonce pour le Monde Académie, c’était dans le même esprit que l’AJM ou le Marseille Bondy Blog. Il fallait faire deux re-

portages et un CV vidéo, et l’envoyer avant le 13 juillet. On était 3 ou 4 à concourir. J’ai écrit un article sur le panier, et sur une grand-mère de bobigny, arrivée en France dans les années 60. J’y ai mis tout mon coeur. Des nuits entières je ne dormais pas, j’ai tenté le tout pour le tout, de toute façon j’avais 25 ans, c’était la dernière année où je pouvais le tenter. La préparation s’est bien passée ? Pour mon CV vidéo, c’était l’angoisse. Tu te dis que tu vas être regardée par une journaliste du monde. Ils vont te juger. J’ai envoyé ça le 12 juillet à minuit, le 13 juillet c’était fini. J’étais à Barcelonne en week-end. Je voulais lâcher le truc mais je me suis dit : “Non non non, je l’envoie quand même comme ça.” J’ai changé douze mille fois de sujet sur le panier. Finalement je l’ai envoyé, puis juillet, août, septembre, pas de nouvelles. Le 10 Septembre, je reçois un mail : “Vous avez été pré-sélectionnée. Bon été à vous !” Je me suis dit qu’il y avait un problème. On ne pouvait même pas les contacter, tout s’est passé sur le site internet via une plate-forme dédiée. Une semaine après je reçois un mail : “Vous avez été prise !” 68 élus parmis 3000 candidatures du monde entier. Je n’y croyais pas, je me suis dit qu’ils allaient m’envoyer un message pour me dire qu’ils s’étaient trompés de Linda, que ce n’était pas toi. Puis, on a eu une invitation à la rédaction début octobre pour le premier séminaire. Ils nous ont présenté à nos parrains et marraines. On était 68, pour les 68 ans du monde cette année. 30 francophones venaient de l’étranger. On a été répartis dans des groupes de 4-5 personnes, avec deux parrains marraines chacun. Ils ont choisi au hasard la composition des groupes. Dans le mien, une personne habitait en Australie, une autre au Japon, une autre à Paris, et moi à Marseille. On avait des participants de Corée du Sud, de belgique, de partout dans le monde. A quoi servent les groupes ? Ce sont des groupes de travail. C’est un peu compliqué pour nous rencontrer. On est souvent au téléphone, par


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Aperçu du mois prochain skype ou email. J’ai deux marraines, Cécile Prieur et Emmanuelle Chevallereau, rédactrice en chef du service société. Dès que j’ai une question je les appelle. Je leur envoie mes articles pour avis, avant de les mettre sur le blog. J’en suis heureuse mais c’est un peu compliqué. Ils sont à Paris, moi je suis ici, tu n’oses pas forcément les déranger. En plus, c’est la première promo, il n’y a pas moyen de comparaison. L’année prochaine, il y aura une autre promo, avec 69 personnes... A la fin de l’année, en juin, ceux qu’ils jugeront meilleurs, ils leurs feront signer un contrat d’un an à la rédaction du Monde. Certains ont beaucoup critiqué cette initiative... J’étais un peu sceptique au début. J’en ai même parlé à Serge Michel lors du premier séminaire du Monde Académie, je lui ai demandé si c’était pas un coup marketing. Il m’a répondu que non, que le journalisme évolue et qu’il faut évoluer avec. Dans la rédaction ils ont à peu près tous la même tranche d’âge, sont issus des mêmes classes sociales. Ils viennent pratiquement tous des mêmes écoles, ils savent très très bien parler des choses qui sont en dehors des frontières, mais ce qui se passe juste à côté d’eux, juste derrière le périf, ils ne savent pas en parler, ils n’ont pas ce vécu là. Je pense que c’est important d’avoir cette parole-là, ces jeunes-là. Moi j’ai toujours voulu être journaliste. Mes parents n’avaient pas les moyens de me payer une école à 6000 euros. La discrimination positive c’est bien au sens où il y a beaucoup de choses à dire dans les banlieues, mais peu de voix sont écoutées. Tu veux parler de quoi ? De tout, de la petite vieille au coin de la rue ou des jeunes de banlieue. Mais pas forcément parce que je ne veux pas me cantonner à ça. C’est pas parce que je suis issue de l’immigration et que je viens d’une banlieue que je ne vais parler que de ça. Je veux parler de tout. Moi ce que je veux c’est apprendre le journalisme, et qu’on ne me stigmatise pas. On n’est pas que ça. Je lis la presse, c’est toujours les mêmes gens qui sont dans les rédactions. Quand je suis arrivée pour le premier séminaire, ce qui m’a choqué, c’est qu’ils avait tous 50-60 ans, et qu’il n’y avait qu’un ou deux noirs.

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Qu’est ce qu’on peut te souhaiter ? De décrocher ce contrat ! Faire ses classes au monde, c’est pas mal. Je trouve que c’est une très très belle rédaction, et j’aimerais bien continuer. Au séminaire, on a rencontré la plupart des journalistes. Ils ont un tel amour du travail qu’on se dit que c’est comme ça que l’on veut être. Florence Aubenas nous disais qu’à 25 ans elle ne savait pas ce qu’elle voulait faire. Par hasard, elle s’est retrouvée journaliste et elle a adoré ça. Ses yeux brillaient quand elle racontait ça. Je me suis dit : “Dans 20 ans, il faut que toi, tu sois elle.” Il y a Serge Michel que j’ai beaucoup aimé parce qu’il n’a fait aucune étude de journalisme. Il a vraiment galéré, et puis un jour ça a marché, à force de travail, voila où il se retrouve. C’est d’ailleurs un des fondateurs du Bondy Blog. Qu’est ce qui a changé pour toi ? Le monde nous a créé un blog à chacun, du coup je fais vachement gaffe à ce que j’écris. Je construit aussi mon réseau. Je me souviens d’un cours sur les sources par Emmanuel Riondé. A la fin il attendait quelque chose. Il nous dit : “Je vous ai parlé des sources pendant deux heures et vous ne m’avez même pas demandé mon numéro de téléphone.” Ça m’a marqué. Maintenant, à chaque fois que je parle avec quelqu’un, je lui demande son twitter, son mail... Un message à faire passer ? Il faut croire en ses rêves, il faut travailler et y croire. Ce n’est pas parce qu’on a pas eu la chance de faire de grandes études que ce n’est pas pour nous. Au lycée, si on voulait faire une prépa, les profs essayaient de nous en dissuader. Même dans ma famille, quand j’étais un peu plus jeune, journaliste c’était un rêve, pas un métier. Pour eux un métier c’était quelque chose que tu n’aimes pas forcément, mais qui te fais gagner un peu d’argent pour vivre. Si tu sens que c’est fait pour toi, fonce, et si c’est ton mektoub, et bien ça marchera.


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Agenda L’équipe d’Autrement Dit recommande...

A

vec une année 2013 sous le signe de la culture avec la programmation de Marseille Provence 2013, nos agendas risquent d’être bien remplis. Le plus difficile sera de choisir. Nous vous recommandons de regarder aussi du côté de la programmation de MP2013 OFF et d’aller , entre autres, faire un tour à l’exposition :

2013 Portraits de famille du 15 juin 2013 au 31 août 2013 au parc du 26ème Centenaire. «Ce projet à forte dimension participative s’inscrit dans une démarche citoyenne, où multiculturalité, mixité et respect des différences ont été les maîtres

EUROCIRCLE 47 rue du Coq 13001 Marseille Tel : +33-(0)491429475 Fax : +33(0)491480585 E-Mail : autrement.dit.13@gmail.com

mots. Chacune des familles, d’ici ou d’ailleurs, a souhaité poser autour d’une valeur commune : « celle d’être marseillais ! ».» Au total ce sont 6500 à 7000 personnes qui ont accepté de poser devant l’objectif et de participer à cette aventure. Les 2013 photographies seront exposées. Ce travail est effectué en partenariat avec le Service des Droits de la Personne- Division Femmes-Familles de la Ville de Marseille (SDPFF). Retrouvez toute la programmation de Marseille Provence 2013 OFF sur : http://www.marseille2013.com/

Nous vous rcommandons également le cycle de conférences organisé par échange et dif fusion des savoirs autour du thème : «Rêves et cauchemars de la mondialisation». Philosophes, géographes, historiens, politologues, etc. viennent faire par t de leurs réf lexions autour de ce vaste sujet polémique qu’est la mondialisation.

www.inotherwords-project.eu

Les conférences ont lieu à 18h45 à l’Hôtel du département 52 avenue de Saint-Just , Marseille 4ème. Vous pouvez retrouver le programme sur : www.cg13.fr


Newsletter "In Other Words"n.14 _ Novembre 2012