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BULLETIN MENSUEL DE L'UNITÉ LOCALE EUROCIRCLE Marseille, 03-2012 nº5

Sommaire Editorial

« In Other Words » est un projet de l'Union européenne, soutenu et financé par la Commission des Affaires juridiques

In Other Words NEWS

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« Editorial : La parité, une histoire de femmes? » Point presse

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des orphelins de la guerre, journée J ournée des lépreux, journée des enfants-soldats, Recadrage

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Vie de l’Observatoire

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Agenda

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“Milestones” • Le 8 mars : les femmes luttent toujours • La presse, révélateur du sexisme ambiant ? • La lesbophobie : une histoire de femmes ? • Soirée-débat « L’image des Roms dans les médias » • Où sortir? Que voir? Que lire? Récapitulatif de l’actualité marseillaise du mois.

journée contre le cancer, etc. Tous les ans, 87 jours reçoivent, sous l’égide de l’ONU, une attention particulière. Attirer l’attention du grand public sur des causes oubliées, inconnues, délaissées… Des initiatives somme toute pleines de bonnes intentions finalement et qu’il serait injuste de rejeter en bloc, même si on peut douter de leur résonnance. Le 8 mars est une de ces journées. C’est la journée internationale des femmes. Ou journée internationale de la femme, les versions divergent souvent. Il serait sans doute plus précis de l’appeler “journée internationale des droits de la femme”. Cela rappellerait surtout aux consciences que cette journée n’est pas un équivalent commercial de la Saint-Valentin à destination d’un public uniquement féminin. Même si cela peut faire plaisir de se voir offrir une rose dans certaines grandes enseignes quand on va y faire une course… Cette tendance, qui finit par masquer d’une tonalité quasi festive le caractère militant de cette journée, nous éloigne de son but originel, qui trouve sa source dans les manifestations de femmes au début du siècle dernier aux Etats-Unis mais aussi en Europe et au cours desquelles les femmes exigeaient l'égalité des droits, de meilleures conditions de travail et le droit de vote. Aujourd’hui, dans les pays dits “occidentaux”, les femmes ont le droit de vote et les conditions de travail ayant évolué, les femmes accèdent aujourd’hui à des postes qu’il aurait été impensable pour elles d’occuper il y a même un demi-siècle.

Alors, souvent, quand arrive cette journée du 8 mars, nous croyons « célébrer » la gente féminine par des attentions particulières, tout en tournant les yeux vers des pays où les conditions de vie des femmes demeurent particulièrement difficiles. Une ancienne danseuse pakistanaise, installée en Italie depuis une dizaine d’années après que son ex-mari l’ait attaquée et défigurée avec de l’acide, a récemment mis fin à ses jours, n’en pouvant plus de vivre dans un corps qu’elle qualifiait de « prison ». Ce type d’exemples nous laisse sans voix. Nous finissons par penser que nous avons bien de la chance de vivre là où nous vivons, où nous nous pensons à l’abri de ce type de « comportements sauvages ». Pourtant, c’est ici, là où notre liberté d’expression est sans doute plus aisée que dans bon nombre d’autres régions du monde, que nous devrions faire entendre notre désaccord sur le manque de parité dans le milieu professionnel mais aussi dans la vie familiale et personnelle, sur la discrimination par les gestes, mais aussi par les mots, les pseudo histoires drôles, les sous-entendus. Tout ce que nous finissons par ne plus voir, ne plus entendre et qui font des femmes ce qu’on appelle souvent “des citoyen(nes) de seconde classe”. L’histoire de la parité n’est pas seulement une histoire de femmes, mais une histoire de tous et de toutes. Elif Kayi Coordinatrice du projet


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In Other Words NEWS

Edité mensuellement à Jaén y Almeria (Espagne), Mantova (Italie), Mortagua (Portugal), Marseille (France), Timisoara (Roumanie) et Tallin (Estonie) avec l'approbation et le soutien de la Commission des Affaires Juridiques de l'Union Européenne. L'édition française est assurée par Eurocircle

L’équipe accueille une seconde coordinatrice

Carine Bigot

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a découverte de l’ONG Eurocircle fin 2011 a été une vraie rencontre. J’ai pu enfin trouver dans une même structure plusieurs corrélations avec mon histoire. Les trois grandes lignes de mon parcours sont les sciences humaines (la sociologie et

l’anthropologie), l’animation socioculturelle et les sciences du langage avec le Français Langue Etrangère. Après plusieurs expériences professionnelles dans le domaine socioculturel, c’est en tant que formatrice interculturelle et linguistique que j’entre à Eurocircle. Peu de temps après, Nicoletta Gomiero, la chargée du projet « In Other Words » est venue me parler de cet observatoire européen des médias pour lutter contre les discriminations sur lequel l’équipe travaille et m’a proposé de coordonner l’aventure avec Elif Kayi. J’ai tout de suite été enthousiaste à l’idée de participer à un projet citoyen, engagé et solidaire. Ayant eu l’occasion de coordonner une équipe, de travailler sur des projets d’écriture et d’organiser des évènements, je me suis dit que ma collaboration à ce projet serait passionnante et viendrait compléter mon métier de formatrice.

L’analyse mensuelle de la presse locale L'entreprise éditrice ne peut être tenue responsable pour les commentaires de ses collaborateurs

« Tant qu'une seule femme sur la planète subira les effets du sexisme, la lutte des femmes sera légitime, et le féminisme nécessaire. » (Isabelle Alonso)

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epuis deux mois, l’Observatoire « Autrement Dit » se concentre sur le sujet de l’homophobie. Le mois dernier, devant l’absence d’articles dans la presse locale à ce sujet, nous avions proposé une série d’entretiens, notamment avec des membres de l’association SOS Homophobie, ainsi qu’avec la journaliste de Med’in Marseille, Anne-Aurélie Morell. Nous avions aussi proposé un commentaire du débat proposé par le magazine en ligne News of Marseille. Ce mois-ci, nous regrettons à nouveau l’absence d’articles traitant du sujet de l’homophobie. Cette absence de couverture nous a conduit à nous focaliser dans notre analyse sur le sujet du sexisme et de la parité, qui reste à nos yeux pertinent pour le sujet, le 8 mars ayant servi de fil d’accroche à nos commentaires d’articles. Nous proposons aussi un encadré sur le sujet particulier de la lesbophobie. La conjoncture des sujets « homophobie » et « parité » nous amènera à nous pencher dans notre newsletter du mois prochain sur le sujet que l’on qualifie d’ « hétéronormalité ».

« Les femmes, précaires parmi les précaires » 6 mars, La Marseillaise


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Le 8 mars : Les femmes luttent toujours !

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eux articles traitant de la précarité des femmes, parus à quelques jours d’intervalle dans La Marseillaise (6 et 8 mars 2012), ont abordé le sujet de la parité, mais sous des angles quelque peu différents.

« Les femmes, précaires parmi les précaires » (Michelle Roubaud, 6 mars, p. 6) Ce premier article, d’une demi-page illustré d’une photo a pour thème principal la condition de la femme à l’étranger, en France et à Marseille. Le point de vue de cet article repose sur la description de différentes actions portant sur la lutte des droits des femmes, menées dans le cadre de différents événements (journée de la femme, FAME). Malheureusement, l’accumulation des descriptions d’actions dévalorise le travail de fond des associations. Le lecteur se perd dans les détails concernant l’organisation de la caravane -une action complémentaire à celle du 8 mars-, les problèmes que rencontrent les jeunes filles dans les pays en développement et la question du partage de l’eau au niveau mondial. Un des derniers aspects traité est la place précaire qu’occupent les femmes dans le domaine de l’emploi. La conclusion quant à elle adopte une vision plus large de la condition féminine dans l’histoire. Une multitude de thèmes est abordé en peu de lignes, pouvant engendrer une certaine confusion chez les lecteurs. Cet article reste cependant positif dans son ensemble car aucun terme discriminant n’y figure. De même, cet article met en lumière un grand nombre d’actions menées pour la lutte des droits des femmes, sans pour autant oublier de mentionner le fait que cette lutte reste d’actualité.

« Les inégalités persistent » (Angélique Schaller, 8 mars, p. 2) Le second article est un dossier de 3 articles, illustré par une photo représentant deux silhouettes - une masculine et une féminine-, et traitant de la place de la femme dans le monde du travail. La majorité des articles de ce dossier (2 sur 3) sont basés sur une étude réalisée par l’Insee et par la réactualisation d’archives (comme les propos tenus par le président Nicolas Sarkozy cinq ans plus tôt, lors des élections présidentielles). Les différents articles mettent en lumière les discriminations dont sont victimes les femmes dans le monde du travail, ou plus simplement dans la sphère publique. Dans le troisième article, intitulé « Combat », il est question du fait que les femmes ont remporté quelques batailles (éducation, emploi, droit de disposer de leur corps) « et même, selon une étude de l’Insee, sur le terrain du ménage ». Le terme « même », en apparence insignifiant, prend ici beaucoup de sens car il semble indiquer que le « domaine du ménage » est presque une sorte de « temple féminin », imperméable à la notion de parité. En ajoutant ce mot, la journaliste semble appuyer cette thèse, même si le but de son article est de souligner les avancées en matière d’avancée dans les droits des femmes. Néanmoins, les articles de ce dossier dénoncent, d’une manière pas toujours très neutre mais suffisamment approfondie, la persistance du statut précaire, qui reste le lot de beaucoup de femmes.


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Point presse

La presse, révélateur du sexisme ambiant ?

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ifficile de repérer et de pointer du doigt la « discrimination » à l’égard des femmes tant la domination masculine est ancrée dans notre culture et se disperse presque insidieusement par touches subtiles. Hommes et femmes semblent baigner dans une culture sexiste, parfaitement assimilée et partagée. Les conséquences négatives de ce climat sont pourtant bien réelles pour les femmes : inégalités des droits, violences verbales, physiques ou symboliques, etc. Comme le rappelle Pierre Bourdieu dans son livre intitulé « La domination masculine » (Editions du Seuil, 1998, p.55) : « Les structures de domination sont (…) le produit d’un travail incessant (donc historique) de reproduction auquel contribuent des agents singuliers (dont les hommes, avec des armes comme la violence physique et la violence symbolique) et des institutions, familles, église, école, Etat. »

dans la catégorie des « dominé(e)s ».

Les femmes, elles aussi prises dans ce système de pensée, participent souvent à ce travail de reproduction, se retrouvant parfois dans des situations d’autocensure, d’autodépréciation, voire d’auto-dénigrement et s’inscrivent ainsi

Nous allons voir ici comment certains articles dans la presse peuvent sembler, au premier abord, agir en faveur des femmes alors qu’ils ne font au fond que révéler le sexisme accepté.

« Les femmes s’engagent pour sauver les hommes » (La Provence, 17 mars 2012, p. 8) L’article concerne une campagne de la sécurité routière. Le constat est que les femmes ont moins d’accidents sur la route donc, par conséquent, elles se doivent d’agir pour « sauver les hommes ». On va les « utiliser » pour qu’elles puissent « calmer les ardeurs » aux volants de ces messieurs. « Tant qu’il y aura des hommes pour mourir sur la route, il faudra des femmes pour que ça change » Il s’agit une opération nationale qui vise à sensibiliser la population sur la mortalité des hommes au volant. Certes, on part bien d’un constat, il y a plus d’hommes au volant qui ont des accidents sur la route. Ceci est un fait, qu’il est possible de corroborer à l’aide de chiffres. Cependant, à partir de ce fait, voilà ce que l’on peut lire plus loin dans l’article : « Les femmes ont beaucoup plus de sagesse, elles ont une autre façon de voir les choses », explique Dominique Dirusso, comme pour souligner leur rôle, protéger leurs hommes. » L’article ici utilise une citation, mais le journaliste apporte son soutien à la thèse de cette opération nationale en ajoutant « comme pour souligner leur rôle, protéger les hommes ». On arrive ici à la reproduction de quelques-uns des rôles sexistes assignés à la femme : protéger (et, ici, protéger « leurs hommes »), être sage, bien se tenir.

Cette petite remarque pourrait presque passer inaperçue tant elle est commune. C’est là la perversité du sexisme, il est juste banalisé et somme toute, « normal ». Prenons un autre article qui semble également faire un point d’honneur aux femmes. Et pourtant…


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Point presse

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« Au club de Saint-Giniez, il y a de la place pour tous » (La Provence, 16 mars, p. 15) « Au club de Saint-Giniez, il y a de la place pour tous, des femmes aux jeunes en passant par des people, tout le monde participe » On peut déjà lire entre les lignes. On souligne qu’ici dans ce club bouliste, il y a de la place pour tous, aussi pour les femmes, comme-ci cela était un fait exceptionnel. Qui est censé tenir les rennes, participer en premier lieu, gérer, etc. ? La gente masculine, comme une évidence. Les femmes se retrouvent dans une classe à part avec « les jeunes » et « les people ». « On envierait presque les 190 licenciés ! Parmi eux une vingtaine de femmes. » et « « Ce sont des très bonnes joueuses. Nous les recevons volontiers au club. Elles jouent parfois même mieux que les hommes. Nous sommes fiers qu’elles nous représentent dans le département et même ailleurs », confie le président Roger Domini. (…) deux de ses joueuses, sont respectivement classées 5ème et 7ème sur 100. Une prestation remarquable. » Le caractère « remarquable » des prestations des joueuses parce qu’elles sont des femmes met en exergue la distinction sexiste sousentendant qu’en tant que femmes, ces joueuses partiraient avec un certain « désavantage ».

De ce postulat implicite, on aboutit presque « naturellement » sur la nécessité de faire honneur aux hommes de ce club bouliste qui acceptent les femmes et de rendre hommage à ces deux femmes qui arrivent quand même en tête du classement. Cette pensée binaire et réductrice, soumise à la pensée masculine dominante, ne fait que perpétuer, comme le soulignait déjà Bourdieu, les structures de domination masculine. On peut noter ici l’absence de recul par le journaliste qui cite le président du club, mais appuie ces déclarations par des phrases et des mots allant dans son sens : « Une prestation remarquable. »

Seulement femmes ? ..« femme de chambre », « femme de ménage », « femme fatale », « sagefemme », « tombeur de femmes », « homme à femmes », « femme-enfant », « maîtresse femme », « femme Parité de mauvaises mœurs », « femme médecin », « femmeAntonymes ≠ disparité, disobjet »… semblance, imparité

Parité Synonymes = égalité, équivalence, équilibre, conformité, concordance, identité, correspondance, similitude, rapprochement…


In Other Words NEWS Recadrage

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« PlaNet Adam fait émerger l’excellence des quartiers populaires » (La Provence du vendredi 16 mars, p. 13)

L’article est centré sur l’association PlaNet Adam, qui a pour but d’aider de jeunes entrepreneurs dans les quartiers populaires à devenir chefs d’entreprise. On peut constater que l’article ne montre en exemple que des hommes ayant réussi à monter leur entreprise grâce à cette association. A côté de l’article, un petit encart avec les chiffres clés précise : « 85 personnes ont créé leur entreprise dont 17 femmes ». A première vue, cet article n’est pas discriminant mais il révèle cependant encore une fois une certaine banalisation des inégalités, dues au sexisme dominant. 17 femmes qui ont créé leurs entreprises sur 85 personnes serait donc un nombre suffisamment important pour qu’on estime important de le souligner. A travers ces trois articles, certainement bien intentionnés –rappelons ici, comme nous l’avions déjà fait dans de précédentes newsletters que la discrimination n’est pas forcément toujours exprimée en termes négatifs- on ne peut que reconnaître qu’il y a du chemin à faire dans la manière de rendre compte de la place des femmes dans notre société.

La lesbophobie : une histoire de femmes ? Par Leslie Gattat

«

La lesbophobie tue ». Sur les autocollants de campagne de SOS Homophobie, on peut lire cette petite phrase. Pourtant, la lesbophobie, reste trop souvent une des grandes inconnues du champ des discriminations. Celles et ceux qui souhaiteraient obtenir une définition du phénomène en ayant recours au moyen traditionnel de recherche dans le dictionnaire resteront sur leur fin : aucune entrée dans le Larousse, ni dans Hachette, ni même dans aucun autre dictionnaire de référence. Et pour cause : le terme « lesbophobie » n’a pas encore été validé par l’Académie Française, précieux sésame nécessaire à toute entrée dans les dictionnaires. Pour tenter d’obtenir une définition succincte du terme de « lesbophobie », on se tournera donc vers le milieu associatif et militant. La Coordination des Lesbiennes en France (C.L.F.) propose par exemple la définition suivante : "La lesbophobie se traduit d’abord par l’effacement des relations amoureuses entre les femmes. Cette forme de sexisme qui nie la sexualité féminine conduit à l’invisibilité des lesbiennes.


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Recadrage

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Quand elle est perçue, la sexualité entre femmes est souvent considérée comme secondaire, accessoire, car privée de la référence majeure au phallus. Elle est utilisée de manière réductrice et caricaturale dans la pornographie comme objet de fantasme et de voyeurisme. La lesbophobie se traduit enfin par la peur et la haine envers les lesbiennes parce qu’elles transgressent les rôles féminin/masculin, et sont indépendantes des hommes sexuellement, et en partie économiquement. Elle se révèle être ainsi une discrimination selon le genre." Le terme de « lesbophobie » existe pourtant depuis les années 1990, mais son absence de reconnaissance lexicale indique de manière concrète et physique le manque de visibilité d’un combat essentiel pour l’évolution des meurs, et par conséquent de nos sociétés. Que ce cache-t-il derrière le terme de lesbophobie ? Pourquoi cette cause est si peu visible ? Pour tenter de répondre correctement à ces questions, il faut d’abord se rappeler que le concept de la lesbophobie est le résultat d’une double discrimination : l’homophobie et le sexisme. C’est cette double discrimination qui complique l’organisation de cette lutte du fait de la construction de nos sociétés, basées sur une vision patriarcale. Le volet sexiste de la lesbophobie est fondamental et structure ce combat bien qu’il soit fréquemment absent des débats. Il n’est cependant pas toujours aisé de détecter cette attitude hostile. La lesbophobie, empreinte de sexisme, avance rarement à visage découvert, surtout lorsqu’elle provient d’amis ou de la famille. Pourtant, certains chiffres indiquent une réalité bien différente. Dans un rapport sur la lesbophobie publié en mai 2008, l’association Sos Homophobie proposait les résultats d’un questionnaire autour de 11 contextes différents dans lesquels les répondantes étaient susceptibles de déclarer des épisodes lesbophobes : 45% des répondantes déclaraient au moins un épisode lesbophobe dans la vie quotidienne, 44% dans la famille, 24% parmi les ami(es) et 24% au travail. Les femmes témoignant d'épisodes lesbophobes mentionnaient en moyenne 3 contextes. Les domaines sont fortement liés entre eux puisqu'évoquer une situation de lesbophobie dans l'un des contextes augmente la probabilité d’en évoquer dans les autres. Lorsque l’on se penche sur l’ensemble des contextes, il semble que les agressions dans le cadre de la vie quotidienne soient les plus associées au fait de se déclarer victime de lesbophobie. Ce rapport pointe le doigt sur le fait que le phénomène de lesbophobie est sous-estimé.

Soirée des femmes en marche « La lesbophobie… du sexisme ordinaire ? », Café Equitable, 1er mars 2012

D’après Daniel Welzer-Lang, sociologue et membre du Groupe d'Études sur la Division Sociale et Sexuelle du Travail, il existe un rejet sociétal des formes de sexualité qui ne sont pas hétérosexuelles, ce rejet faisant partie du phénomène général d’homophobie. Concernant l’homosexualité féminine, la stigmatisation des lesbiennes coïncide entre leur rejet provoqué par la menace d’une image de femmes vivant « libres », c’est à dire sans homme. Daniel Welzer-Lang parle de « l’invisibilisation » de la femme en expliquant que « la femme est sexe pour l'homme ou n'existe pas ». La lesbophobie étant un phénomène frappant les femmes, on peut se poser la question de savoir si le combat contre ce phénomène doit passer par des coordinations non mixtes, c’est à dire uniquement féminines. Tout comme au sein des mouvements féministes en général, les avis divergent sur la question. Dans un article publié en 2008 sur le blog du magasine Têtu, Christine Le Doaré, présidente de SOS homophobie puis du Centre LGBT Paris IdF, argumente son point de vue autour de son expérience personnelle. Partant des origines du phénomène, elle expose un constat remettant en cause la mixité dans la lutte contre la lesbophobie, sans pour autant la dénigrer. Christine Le Doaré commence son article avec les mots suivants : « Pour parler honnêtement de mixité il faut poser un postulat de base : la société dans laquelle nous vivons est toujours patriarcale ». Pour elle, le sexisme est un « outil » de ce système et il engendre homophobie et lesbophobie. Cette thèse rejoint celle de Daniel Welzer-Lang qui souligne le sentiment de « danger » perçu par la société face à un modèle de vie et des pratiques non hétérosexuelles. Pour Christine Le Doaré, la persistance et l’omniprésence d’un système patriarcal a pour conséquence que seulement très peu de militantes lesbiennes parviennent sur le devant de la scène en matière de lutte pour les droits des LGBT, tout en conservant dans leurs revendications la lutte contre le sexisme.


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Vie de l’Observatoire

Elle insiste aussi sur le fait que les homosexuels hommes disposent d’un pouvoir relatif à leur appartenance au groupe des hommes, qu’ils ne sont pas prêts à remettre en cause. Selon elle, la mixité dans la lutte ne doit pas être rejetée en bloc, mais elle souligne l’importance d’espaces non mixtes pour mener une réflexion sur certaines questions. Pour Estelle Couture, bénévole chez SOS Homophobie, il est important que les associations « montrent l’exemple » en matière de parité, car la lutte contre les LGBTphobie doit être menée selon elle par tous, dans le but d’opérer un changement profond de la société. Bien consciente que « l’invisibilité des lesbiennes » découle notamment du « potentiel commercial » que détiennent les gays qui, toujours en majorité, transforment les lieux dit mixtes en espaces exclusivement masculins, elle admet l’importance de lieux non mixtes pour les lesbiennes. Une question méritant bien plus qu’un article pour trouver une réponse satisfaisante. Les origines de la lesbophobie

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liées au sexisme sont trop encrées dans nos sociétés pour que ce combat prenne fin rapidement. Mais il est primordiale que cette lutte soit connue et reconnue pour espérer un jour, que les meurs changent. L'intention de cet article n'est nullement d'imposer une vision purement féminine du problème de l'homophobie ou encore de hiérarchiser les causes mais simplement de mettre en évidence l'importance de la lutte contre la lesbophobie, dont la portée est trop souvent sous-estimée et absente des débats. En 2009 une vidéo réalisée par SOS homophobie résume assez bien les propos développés dans cet article. Vous pouvez la visionner sur: http://www.sos-homophobie.org/ article/etre-lesbienne-aujourdhui-ce-quils-et-elles-en-pensentun-micro-trottoir-realise-par-stephan. L’intégralité de l’article de Christine Le Doaré est disponible sur : http://blogs.tetu.com/nos_combats_lgbt/2011/11/28/ quelle-mixite/

Soirée-débat organisée par “Autrement Dit”

“L’image de Roms dans les médias ?” Par Clara Martínez Rodríguez

S

amedi 31 mars, La Bo[a]te nous a ouvert ses portes, dans le cadre du Festival Latcho Divano, pour notre

conférence-débat « L’image des Roms dans les médias ». La soirée était modérée par Hervé Vaudoit, journaliste à La Provence, et quatre autres journalistes avaient été invités pour témoigner de leur expérience. La soirée a rencontré un vif succès et la salle était remplie. Différentes questions se sont posées depuis le début : comment doit-on parler des Roms dans les médias ? Quand fautil parler des Roms, est-ce uniquement dans les situations de « crise » ? Pourquoi ne lit-on pas plus souvent de témoignages directs de Roms dans les journaux ? Quelle est la place des associations dans ce débat ?

« C’est toujours l’association qui les soutient qui parle en leur nom », expliquait-il. Il a aussi noté le manque de spécialistes sur le sujet au sein des rédactions, ce qui amène sou-

Le premier intervenant, Pierre Coronas, journaliste à Tour-

vent à une confusion dans la terminologie utilisée. Sur le

mag, a rédigé son mémoire de fin d’études sur le sujet des

même ton critique, il a souligné que les Roms sont présents

Roms dans la presse nationale. Il a énuméré quelques

dans la presse lorsqu’ s’agit de parler d’illégalité. Pour Pierre

points importants retenus au cours de son étude : les Roms

Coronas, la solution serait de former un spécialiste auprès

n’ont pas la parole dans les articles.

de chaque rédaction. Mais une question s’est immédiate


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Vie de l’Observatoire

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ment posée : une telle démarche est-t-elle concrètement possible ? Marjolaine Dihl de La Marseillaise, la seconde intervenante, a remis en question l’idée de « thématique Roms » dans les médias : « Est-ce qu’il y a la même chose pour les noirs ou les Arabes par exemple ? ». Elle a mentionné le problème de la langue, mais aussi le problème de défiance de la part des Roms lors de leurs échanges avec des journalistes. Pour rebondir sur l’idée du manque de compréhension, Marjolaine a raconté l’histoire suivante : « Il y a deux ans, au moment d’une expulsion, un groupe de vingt personnes allaient être évacuées. C’était un grand nombre de personnes qui allaient se retrouver dans la rue sans avoir où dormir. Après

intéressante avancée par Anne-Aurélie est la liberté des journalistes de faire son travail, notamment la liberté des journalistes de la pesse quotidienne régionale.

deux semaines dans cette affaire, nous avons découvert

Dans le dernier tour de parole, Hervé Vaudoit a différencié

qu’ils étaient en fait tous membre de la même famille ».

le travail de « crise » du travail d’ « initiative ». Selon lui, pour faire un bon reportage, il doit y avoir la parole de toutes les personnes concernées, c’est-à-dire, dans ce cas concret : les Roms, les associations et les Institutions. Mais il a ajouté qu’il est compliqué d’avoir les trois. Le public a été réactif avec des interventions très enrichissantes. Alain Fourest, fondateur de l’Association Rencontres Tsiganes a remercié la presse régionale pour son bon travail en général, mais il a remarqué que, parfois, « il y a de gros dérapages ». Il a valorisé aussi le travail des associations : « Le travail des médias est bon parce que les associa-

La troisième participante, Ursula Nagy-Duplantier, journa-

tions sont là pour les amener dans les bon sens ». Un autre

liste radio d’origine allemande, a raconté que lorsqu’elle a

participant a signalé la stigmatisation des mots à force d’en

réalisé son reportage sur les Roms, son intention était de

faire une mauvaise utilisation. Par exemple le fait d’utiliser

faire parler les personnes concernées. Quand l’association

les termes « gitans », « Roms » ou « gens de voyage » d’une

qui lui servait de médiateur l’a amenée au campement de

façon interchangeable, sans savoir ce qu’ils désignent.

Roms, elle s’est retrouvée, par hasard, face à l’expulsion des habitants par les forces de l’ordre. « Les gens avaient l’air triste, mais ils avaient envie de raconter, même dans un mauvais français ». Elle a suivi leurs mouvements et dans le nouveau campement, elle a trouvé une personne qui parlait très bien français et il lui a raconté sa vie. « Ils n’avaient pas de difficulté à parler au micro. Je pense qu’ils croyaient peut -être que j’allais les aider ». Pour Anne-Aurélie Morell, de Med’In Marseille, le problème vient du fait qu’il y a peu de Roms qui s’expriment, mais aussi du manque de connaissances. Elle a aussi posé la question de savoir s’il fallait aller voir les Roms uniquement pour parler quand il y a des problèmes, car le reste du temps, « on s’inquiète pas pour eux ». Une autre réflexion

Romain Donda de SOS Homophobie a conseillé aux journalistes de continuer à faire appel aux associations en tant que médiateurs parce que celles-ci savent d’après lui qui seront les personnes les plus pertinentes dans une recherche de témoins. Il a invité aussi les journalistes à mener leur travail d’investigation avant de lancer l’information car, parfois, certaines informations contenues dans les premiers papiers sont discriminatoires, et n’apportent rien en termes de contenu pour comprendre l’information. Une autre journaliste allemande, qui faisait partie du public, a pointé avec justesse le petit (gros) manque de la soirée : « On dit qu’il faut donner la parole à ce qui sont concernés, mais pourquoi il n’y a pas de Roms non plus ce soir ? »…


Agenda L’équipe d’Autrement Dit recommande... 8 Avril : Romano Dives - 41ème Journée internationale des roms Lieu : le Kiosque/Place Léon Blum Journée organisée dans le cadre du FESTIVAL LATCHO DIVANO Il est grand temps de se rappeler que « Rrom » signifie Homme en langue « rromani ». L’association Latcho Divano a pour but de valoriser les cultures tsiganes afin de lutter contre les préjugés et d’encourager le dialogue entre les populations. L’objectif du festival est de faire découvrir au grand public les différents aspects et origines des cultures tsiganes grâce à des manifestations artistiques et culturelles, ainsi que des actions plus militantes pour lutter contre les préjugés à l’égard des Roms. Tout au long du mois d’avril, Approches Culture(s) et Territoires propose une série de rencontres (formations, projections cinématographiques, etc.) autour des questions de mémoire, de migration et des principes républicains.

22 Mai, 9h-12h30 : Roms en (bidon)villes : quelle place pour les

migrants précaires aujourd’hui ?

EUROCIRCLE Eurocircle, 47 rue du Coq 13001 Marseille Tel: +33-(0)491429475 Fax: +33-(0)491480585 E-Mail : autrement.dit.13@gmail.com autrement.dit.13@inotherworproject.eu

Cité des Associations, 93 La Canebière, 13001 Marseille Atelier formation avec Martin Olivera Les bidonvilles du XXIème siècle semblent indissociables de la “communauté rom”, perçue à la fois comme culturellement exotique et socialement marginale. Mais qui sont en réalité les habitants de ces baraques construites dans les interstices urbains ?

22 Mai, 19h00 : Trois femmes à la mer Spectacle de Liuba SCUDIERI Spectacle théâtral en conte et musique inspire de vies et de témoignages de migrants. Approches Cultures & Territoires 98, rue de l’Evêché 13002 Marseille Tél : 04 91 63 59 88 act@approches.fr www.approches.fr

A voir ! « Bye bye Blondie », de Virginie Despentes

www.inotherwords-project.eu

Le film raconte l’histoire de deux jeunes adolescentes Gloria et Frances, qui se sont rencontrées dans les années 80 et one vécu une histoire d’amour comme on en vit quand on a seize ans : drogue, sexe et rock&roll. La vie les a séparées et elles ont pris des chemins très différents. Elles se retrouvent vingt ans plus tard. Le Renoir 24, cours Mirabeau 13100 Aix-en-Provence 15:35 et 21:40

Newsletter "In Other Words" n.5/Mars  

L'ouverture d'esprit et la remise en question des postulats est un exercice essentiel pour réduire les idées reçues et les stéréotypes à l'o...

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