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Le

pari du jardin

e x p e r i m e n ta L d e

Font obscure ENTRE AMBITIONS REALISATIONS ET APPROPRIATIONS

EUG E NI E TO U C A S

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SOMMAIRE Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 5 1. Un projet expérimental . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9

- Le contexte urbain du jardin

- Les initiateurs du projet

- Les associations, entre investissement et absentéisme

2. Analyse des liens sociaux et pertinence du projet . . . . . . . . . . . . . . . . . 16

- Les objectifs initiaux

- Fréquentation et population

- Les liens sociaux, transmissions et échanges entre les jardiniers

- L’apprentissage et la sensibilisation à l’environnement

- Les difficultés rencontrées

Conclusion . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26 Bibliographie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29

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L’intention de ce mémoire est de questionner le modèle des jardins potagers urbains au travers d’un exemple marseillais : le jardin de Font Obscure, en fonctionnement depuis 2009. Il s’agit d’un terrain d’étude particulier car il accueille, sur des parcelles délimitées, des associations dont les objectifs principaux ne reposent pas sur des thématiques liées au jardinage. En effet, ce jardin a été conçu dans la volonté de devenir un outil proposé aux associations afin de les aider, ou d’appuyer une démarche qui leur est propre. Nous questionnerons les éventuelles tensions entre les ambitions initiales, la réalisation du jardin et l’appropriation par les usagers. Nous verrons donc quelles ont été les dynamiques initiatrices du projet dans un contexte urbain spécifique : le 14ème arrondissement de Marseille, caractérisé par un taux élevé d’habitat social. Puis la concrétisation du projet impulsé par la Mairie de secteur de cet arrondissement, en étudiant les modes d’appropriation des jardiniers et les apports de ce type de lieu en terme notamment de lien social et d’apprentissage. Enfin, entre bienfaits et difficultés rencontrées nous dresserons un bilan sur la pertinence de ce projet. RÉSUMÉ /

MOTS-CLÉS

Jardin Culture Rencontre Partage Usage Appropriation Apprentissage 3


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Introduction

1. Site Internet de la revue de la société nationale d’horticulture de France et de ses sociétés adhérentes, www. jardinsdefrance.org/ la-collection/625-jardinage-et-lien-social/ les-jardins-familiauxdu-21e-siecle 2. Daniel Cerezuelle, Les jardins familiaux, lieux d’initiation à la civilité, 2003. 3. Stéphanie Laurent, Le jardinage et le salariat : historique des jardins ouvriers et perpétuation des inégalités de genre, 2012.

Depuis quelques années, les jardins urbains sont de plus en plus prisés par les citadins comme en témoigne leur engouement de plus en plus important1. Ces jardins se nomment aujourd’hui de différentes manières suivant leur mode de fonctionnement, leurs typologies et leurs caractéristiques physiques. Il existe en effet des lieux qui permettent de nous échapper de notre environnement urbain habituel. Les jardins partagés se définissent selon l’agence régionale de l’environnement comme des jardins conçus, créés et cultivés collectivement par des petits groupes d’habitants d’un quartier dans un milieu urbain. Les jardins familiaux quant à eux, s’organisent en parcelles séparées où chaque jardinier est libre de la gestion de sa parcelle, selon le Code rural (extrait de l’article L 561-1), L’existence de tels jardins repose sur une dynamique participative qui permet aux citadins de cultiver fruits et légumes pour leur consommation personnelle. Ce sont aussi des lieux où s’opère, s’ils sont bien conçus, une consolidation de la vie privée et une initiation à la «vie publique»2. En France ils sont apparu au début du 19ème siècle sous le nom de jardins ouvriers et ont connu une extension massive pendant la période d’entre-deux -guerres. Ils étaient au départ un remède à la pénurie alimentaire et mis à disposition des ouvriers par les employeurs pour éviter également que ceux-ci tombent dans l’alcoolisme3. Durant les Trente glorieuses, ils ont laissé place aux 5


jardins familiaux nommés ainsi pour faire oublier leur passé prolétaire. On en dénombrait 600 000 durant la Seconde Guerre mondiale, mais leur nombre va fortement diminuer durant cette période. En effet 90 % d’entre eux vont disparaitre en raison d’une urbanisation massive4. Dans les années 1970 leurs vocations n’est plus de soulager la misère ouvrière et sont valorisés comme des espaces de loisirs. Enfin, dans les années 1990, ils renaissent sous d’autres formes : les jardins collectifs, partagés. Aujourd’hui on constate un fort engouement pour ce type de dispositif urbain dont les apports sont bénéfiques et variés. À Marseille, les jardins familiaux vont suivre la même histoire qu’ailleurs en France5. Ce sont des lieux très demandés des habitants6 fonctionnant comme des lieux de détente où naissent des relations amicales entre les usagers. Généralement il s’agit d’un espace géré par une association où des parcelles sont délimitées et sont à la charge des jardiniers. Les espaces communs sont gérés collectivement par l’ensemble des jardiniers qui doivent suivre un règlement pour le bon fonctionnement du jardin. Ceux-ci sont réservés à des particuliers qui cultivent leurs légumes pour leur consommation personnelle durant leur temps libre. Pour comprendre les différentes appropriations et selon l’auteur Jean-Noël Consales, on constate deux types de pratiques et de comportements de la part des usagés. Certains considèrent le jardin comme une pièce supplémentaire du logement, un lieu d’accueil de la famille et sont totalement hermétiques aux autres jardiniers. D’autres considèrent le jardinage comme une activité de plein air, de détente et désirent entretenir des relations amicales avec les autres7. Après avoir choisi un cas d’étude qui possède des spécificités : histoire, mode de fonctionnement, 6

Carte des jardins partagés et familiaux de Marseille, http://www.libres-chemins.org, 2013

4. Françoise Dubost Jardins ouvriers, familiaux collectifs, ces mots qui prennent racine, Revue Ca ne mange pas de pain, 2011. 5. Jean-Noël Consales, Les jardins familiaux Marseillais : laboratoires territoriaux d’une agriculture urbain en Méditerranée, 2000. 6. http://www. libres-chemins.org 7. Jean-Noël Consales, Les jardins familiaux Marseillais : laboratoires territoriaux d’une agriculture urbain en Méditerranée, 2000.


localisation, public particulier, ce mémoire questionnera les apports de ce jardin en matière de fonctionnement, de liens sociaux et d’apprentissage des jardiniers dans un contexte urbain et questionnements qui lui seront propres. L’intérêt de ce mémoire est de questionner un dispositif urbain créé dans l’intérêt des habitants.

Jardins collectifs et/ou partagés Jardins familiaux et jardins ouvriers Jardin de Font Obscure

8. Carte des jardins partagés et familiaux de Marseille, http://www. libres-chemins.org, 2013

En octobre 2013, on dénombre 25 sites de jardins partagés et 11 sites de jardins ouvriers et familiaux à Marseille8. Ceux-ci sont répartis de manière assez homogène sur le territoire marseillais. Des recherches plus approfondies sur ces différents sites ont été effectuées et certains jardins m’intéressent pour questionner leurs fonctionnements et leurs spécificités. Après un repérage et une brève étude de terrain en fonction de l’accessibilité et de la pertinence du site pour mon sujet, je décide de baser ma réflexion sur le Jardin de Font Obscure. Mon choix a été établi en concertation avec Jean-Noël Consales, informateur clef concernant ces questions et spécialiste des jardins partagés et familiaux de Marseille, auteur d’ une thèse datant de 2003 intitulée « les jardins familiaux de Marseille, Gênes et Barcelone ». Il s’agit d’un terrain d’étude pertinent pour analyser les dynamiques du lien social, en ce qu’il représente un cas unique à Marseille, dont la mise en fonctionnement est très récente, puisqu’il existe depuis 2009. Le caractère novateur et expérimental du jardin s’explique par la spécificité qu’il a, d’accueillir sur des parcelles délimitées des associations de la ville de Marseille dont les objectifs premiers ne sont pas liés au jardinage . L’atout principal du jardin étant d’être un outil proposé aux associations pour atteindre leurs objectifs internes, renforcer les liens sociaux au sein d’un groupe, et permettre aux associations de se rencontrer. Le côté innovant du jardin provient donc de 7


son ambition à ne pas seulement viser le jardinage mais également à soutenir des démarches propres aux associations. Ce jardin de Font Obscure est situé dans un contexte de quartier dit difficile: le quartier de Saint-Barthélémy est habité en partie par des populations déshéritées qui vivent dans un habitat social dense et dégradé. De plus, ces quartiers sont actuellement l’objet de chantiers de rénovation urbaine pour lesquels les habitants n’ont pas ou peu été consultés. Dans ce contexte, il s’agit de questionner le rôle ainsi que le fonctionnement de ce type de jardin afin de déterminer les différents apports qu’il peut générer, en matière de renforcement de liens sociaux entre les différents collectifs de jardiniers. Parallèlement, comment un jardin potager peut-il être au service d’une association portée initialement sur d’autres engagements ? Mes hypothèses de travail seraient que ce jardin est un espace vivant où chaque association œuvre sur un bien commun en concertation et dans un processus d’échanges de savoir faire permanent. Il serait un espace qui permet de rassembler les habitants d’un même quartier quelle que soit la cité dont ils proviennent ou quelle que soit la strate sociale à laquelle ils appartiennent. Selon plusieurs auteurs9, les jardins potagers urbains sont aujourd’hui un moyen de s’évader de son quotidien tout en créant un environnement propice au développement de la vie sociale des jardiniers. Il s’agirait d’un espace public où promeneurs et jardiniers se côtoieraient, ce qui pourrait créer des échanges en rapport avec l’activité de jardinage. La méthodologie d’enquête sera principalement constituée d’ une série d’entretiens semi-directifs réalisés entre le 07/11/2013 et le 21/12/2013 avec les principaux acteurs du projet, sur le site du jardin de 8

Environnement proche du jardin de Font Obscure

L’enclavement du jardin de Font Obscure

9. Daniel Cerezuelle, Les jardins familiaux, lieux d’initiation à la civilité, 2003. Jean-Noël Consales, Les jardins familiaux Marseillais : laboratoires territoriaux d’une agriculture urbain en Méditerranée, 2000.


Font Obscure ou par conversation téléphonique. 1. Un projet expérimental

Jardin de Font Obscure

10. Site Internet de la mairie du 13ème et 14ème arrondissement de Marseille, http://www. mairie-marseille1314.com 11. Site Internet de l’Institut national de la statistique et des études économiques, http://www. insee.fr

Le jardin de Font Obscure est un jardin d’environ 2000 m2 situé dans le 14ème arrondissement de Marseille, 50 Avenue Prosper Mérimée. Il s’agit d’un grand quartier d’habitat social avec environs 40% des logements sociaux de Marseille situés dans les 13ème et 14ème arrondissements10. Il s’agit de l’arrondissement où le taux de chômage est l’un des plus élevé de la ville avec un taux de 25,9%11. Au sud du jardin se trouve le Parc de Font Obscure qui est un lieu public toujours ouvert. À l’Ouest, est implané le grand centre commercial du Merlan qui constitue un pôle attractif du quartier mais qui est peu structurant. Enfin à L’est et au Nord on trouve des logements sociaux regroupés dans des cités telles que Les Oliviers, Saint Paul. Ce jardin se situe dans la continuité du grand parc public de Fond Obscure à la croisée de l’Avenue Prosper Mérimée et de l’Avenue Saint Paul. Il ne se situe donc pas au cœur d’une cité HLM mais en périphérie. L’ensemble du quartier est marqué par de grandes emprises foncières publiques affectées à l’habitat social, de nombreux équipements publics (scolaires, hôpital...), un grand parc public : le parc de Font Obscure ainsi que le centre commercial du Merlan. Depuis les années 1990, ce quartier enregistre un fort processus de densification. Il s’agit d’une zone très urbanisée et très dense en terme de population. En effet, les 13ème et 14ème arrondissement sont les plus peuplés de la ville avec 150 000 habitants. En terme d’occupation du bâti c’est un quartier très lâche car on y trouve beaucoup de délaissés et d’espaces en friche. Aujourd’hui, et comme évoqué dans l’introduction, le quartier est sujet à de grandes rénovations urbaines 9


notamment au Sud : Saint Barthélémy PiconBusserine et à l’Est : Cité Saint Paul, dans le but d’un remodelage profond de ces quartiers pour améliorer la qualité de vie des habitants et les ouvrir sur la ville avec la création d’équipements, de pôles d’attractivité et de réseaux de transport en commun. De plus le projet de la L2, entre au cœur de cette zone urbaine puisque son parcours passera le long de l’Avenue Proper Mérimée avec des sections aériennes et souterraines. -Les initiateurs du projet Il est intéressant de se demander comment l’idée d’implanter un jardin à cet endroit est née. De ce fait, j’ai réalisé des entretiens avec les différents porteurs du projet comme Jean-Noël Consales ou Lionel Bénady, directeur du jardin, pour comprendre quelles ont été les dynamiques initiatrices du projet. Le jardin de Font Obscure se situe sur le terrain du centre d’animation de Font Obscure géré par Lionel Bénady employé par la mairie du 13ème et 14ème arrondissement de la ville de Marseille. Lors de ma rencontre avec Jean-Noël Consales, géographe et urbaniste en aménagement du territoire et qui m’a parlé le premier de l’existance de ce jardin, j’ai appris que l’idée est venue du directeur du centre d’animation, Lionel Benady qui se dit être sensible à ce genre de projet et à la nature. « Je pense que j’ai toujours été plus ou moins proche de la nature et puis le fait de… voilà, une sensibilité qui a émergé on va dire » (citation extraite de l’entretien du 14/11/2013 de Lionel Bénady, directeur du jardin de Font Obscure). Lionel Bénady est un natif de ces quartiers et a grandi à la Bussserine au Sud du centre commercial le Merlan et connaît très bien les 13ème et 14ème arrondissements. Jusqu’en 2009, le centre d’animation bénéficiait d’un terrain de 2000m2 d’espaces verts plantés non 10

Cité Les Oliviers, face au jardin


Cité Les Oliviers, face au jardin

exploités. Pour concrétiser cette idée, Lionel Benady contacte Jean-Noël Consales qui à l’époque terminait son engagement professionnel auprès de la fédération nationale des jardins familiaux en tant que président de la fédération à Marseille. Il lui explique qu’il aurait souhaité faire une place de village qui ne soit pas minérale mais végétale où les liens sociaux se développeraient entre les mamans et les habitants du quartier. C’est de là que lui est venue l’idée des jardins, pour combiner vie sociale et activité de plein air. La volonté de rendre cet endroit accessible aux personnes à mobilité réduite a tout de suite été énnoncée par le directeur du centre d’animation. Jean-Noël Consales, s’intéresse fortement à la proposition puisqu’il écrit sur ces sujets et est citoyen de ces quartiers. Bien que ne travaillant plus pour la fédération, il décide grâce à son expérience d’aider à la réalisation du projet. « Je pense vraiment que quand les projets sont bien menés ça peut être des outils assez fantastiques ces jardins là » (citation extraite de l’entretien du 07/11/2013 de Jean-Noël Consales). Ce terrain est un site intéressant pour implanter un jardin car le foncier est maîtrisé : il appartient à la mairie de secteur. Par contre, le centre d’animation ne possède aucun moyen pour financer ce projet. Afin de convaincre la marie de secteur que ce projet est réalisable et qu’il pourrait correspondre aux attentes du quartier, Jean-Noël Consales a lancé un travail avec quelques étudiants de licence pro « Aménagement du paysage » qu’il encadre pour faire une étude en amont sur la faisabilité du projet. Cette étude comporte des plans d’aménagements du site précis afin de faire visualiser le projet aux responsables du 13ème et 14ème et souligner les potentiels de ce site, ainsi qu’un diagnostic paysager et des relevés. Ce dossier a été monté avec la participation active de Lionel Bénady. De plus, une enquête a été réalisée par les étudiants, 11


auprès des habitants du quartier, pour savoir s’ ils seraient intéressés de disposer d’une parcelle ou de venir jardiner. Le résultat de cette enquête a montré que quasi-systématiquement des réponses positives avaient été formulées. Face à cette forte demande et en vue de la faible superficie du terrain, les principaux acteurs ont émis l’hypothèse qu’ils allaient créer plus de frustration en ne proposant des parcelles qu’à quelques familles plutôt que d’éléments positifs. C’est de là qu’est née l’idée de confier les parcelles à des associations qui seraient libres de gérer leur parcelle avec leurs membres. En effet on dénombre dans les 13ème et 14ème arrondissement de Marseille un tissu associatif très présent avec peu de contact entre les associations selon ces étudiants. Il s’agirait aussi d’un moyen de réunir les personnes qui n’avaient pas l’habitude de se côtoyer, dans un contexte convivial et « naturel ». Le site sera donc subdivisé en parcelles où chaque association pourra développer une appropriation particulière avec des conventions d’objectifs qui lui seront propres. Ce dossier contient également des détails concernant les ouvertures du jardin sur l’extérieur et des aménagements pour les personnes à mobilité réduite. Une fois le projet ficelé, des réunions se sont organisés avec les responsables de la mairie de secteur des 13ème et 14ème arrondissements dont le maire, la députée et la chef de service sur l’animation sociale, qui ont très vite adhéré au projet, tout comme les associations, très favorables à cette idée lors de la présentation de la démarche. L’accord a été obtenu mais la mairie ne disposant que de très peu de moyens pour ce type d’opération n’a pas pu apporter son aide financière à la réalisation du projet. Après une nouvelle réunion organisée par Lionel Bénady et les principaux intéressés, la décision de commencer l’aménagement du site a été prise. Sur les temps libres du directeur du 12


centre d’animation et avec l’aide des associations les travaux ont débutés. « Ce qui s’est passé, c’est-à-dire qu’ en quelques weekends, tout le monde s’y est mis et a défriché, retourné… Ce qui a lancé un jardin » (Jean-Noël Consales). Les plans du dossier n’ont pas été suivi dans leur intégralité mais ce dossier a été indispensable pour faire naître le projet et obtenir l’accord des décideurs. En parallèle, la mairie centrale, surtout pour des raisons politiques m’explique Jean-Noël Consales, a investi 37 000 € pour le développement de ce jardin dans le cadre de la charte des jardins partagés de Marseille. Selon Lionel Bénady, cet argent a permis de construire des cheminements pour les personnes à mobilité réduite (les parcelles étant déjà délimitées, les cheminements ont été construits autour), deux aires de pic-nic, des toilettes sèches dans une démarche écologique, et un point d’eau pour les plantations. Comme dit précédemment, le jardin de Font Obscure se trouve sur le site du centre d’animation de Font obscure au Nord du grand parc public prolongé par un centre aéré. Il est composé de 12 parcelles de tailles équivalentes attribuées à des associations. Les cheminements, en stabilisé, permettent aux handicapés d’accéder à toutes les parcelles. Sont installées deux aires de picnic avec des tables et on trouve deux points d’eau. Les toilettes sèches ne sont plus en fonctionnement actuellement car, comme me dit Lionel Benady, les associations ne jouaient pas le jeu pour l’entretien. On trouve également deux petites serres où le matériel de jardinage est rangé. Celles-ci leur ont été offertes par le Carrefour du Merlan. Pour l’arrosage des parcelles, c’est la mairie qui prend en charge les frais, mais dans un soucis d’économie, l’arrosage à l’arrosoir est privilégié et l’arrosage automatique a été stoppé. Pour le matériel, c’est le centre 13


d’animation qui a fourni les outils de base et chaque jardinier et/ou association achète ses semences et graines selon ce qu’il souhaite cultiver. Un règlement a été établi avec l’aide de Jean-Noël Consales et sous la validation du comité de pilotage qui sont les décisionnaires quant au fonctionnement du jardin. Ce comité de pilotage est représenté par le responsable de l’urbanisme et des espaces verts de la mairie 13/14, Bruno Bignone, l’élu vert qui avait suivi cette démarche Bruno Cocaign, Sylvie Hautcoeur, chef de service de l’animation sociale Jean-Noël Consales et Lionel Benady. Un représentant de chaque association fait également partie de ce comité de pilotage. C’est donc principalement la mairie de secteur qui a la gérance de ce projet. L’accès au jardin se fait par le portail principal devant le centre d’animation. Chaque association possède une clef pour entrer. -Les associations, entre investissement et absentéisme J’ai décidé de me rendre six fois sur le site à des périodes différentes de la semaine afin d’observer les jardiniers. J’ai également réalisé des enquêtes qualitatives in situ. J’ai rencontré quelques difficultés à prendre contact avec les associations qui n’étaient que rarement présentes sur le site, ce qui m’a questionné sur la pertinence de ce jardin et sur les raisons pour lesquelles je n’ai pu rencontrer aucun jardinier en activité. Est-ce dû à l’emplacement du jardin ? De la saison ? De la disponibilité des associations ? La majorité des associations ont été contactées en suivant la méthode d’entretiens semi-directifs et une dizaine d’habitants du quartier ont pu être sollicités de ma part. Actuellement on compte sept associations. C’est le 14

Localisation des associations par rapport au jardin de Font Obscure, Marseille


comité de pilotage et donc principalement la mairie qui décide de l’admission de nouvelles associations et des nouvelles demandes d’attributions de parcelles. Ces associations possèdent des objectifs très variés non liés au jardinage et possèdent plus ou moins de membres. Leur localisation se trouve parfois en dehors du quartier:

Jardin de Font Obscure Locaux associatifs

Hygia, Institut de beauté solidaire est une association basée sur l’estime de soi des femmes de quartiers dans le 13ème arrondissement. L’objectif était de développer un discours autour du jardin en tant que provocateur d’un bien-être corporel avec un travail autour de la cosmétique et de la nutrition. Le Service d’Éducation et de Soins à Domicile, SESSAD cote bleue est une structure qui propose un accompagnement éducatif à de jeunes enfants et adolescents en situation de handicap avec des prises en charges ponctuelles. Le jardin sera un support pour l’apprentissage et la découverte des enfants. Cette association se situe dans le quartier de la Joliette. La Confédération Syndicale des Familles, les Flamants, CSF est une association qui œuvre pour la qualité de vie des familles de la cité des Flamants dans le 14ème arrondissement de Marseille. Le comité des fêtes de Saint Barthélémy est dédié aux loisirs. Cette association se situe dans ce quartier de Saint Barthélémy dans le 14ème arrondissement, au Sud du parc de Font Obscure. Dans un but équivalent, Théâtre et société est une compagnie de théâtre qui est implantée à la Busserine, au Sud du centre commercial le Merlan. L’Association de Loisirs et d’Entraide de la Marine Bleue : ALEMB est une association du 14ème arrondissement basée sur le sport et les arts martiaux dont le but est d’allier celui-ci à la culture et aux loisirs, en permettant, par le biais des jardins de construire des relations et de la solidarité intergénérationnelle. 15


Et enfin le Centre social Saint Gabriel également dans le 14ème arrondissement dont le but est de mener avec les jardins un projet de sensibilisation à l’environnement et au jardinage pour les enfants du centre. D’autres jardiniers possèdent également une parcelle comme le cuisinier du centre aéré ou Lionel Bénady. Au départ il y avait aussi une parcelle pédagogique dédiée aux enfants du centre aéré. Nous verrons par la suite pourquoi ce n’est plus le cas. Une des raisons pour lesquelles le jardin ne serait pas très fréquenté pourrait être la distance relativement élevée entre les locaux associatifs et le jardin de Font Obscure, impliquant l’utilisation de moyens de transport. 2. Analyse des liens sociaux et pertinence du projet -Les objectifs initiaux Selon Lionel Bénady, les objectifs de ce jardin urbain destiné à des associations étaient multiples. Premièrement, l’idée de créer une place publique végétale où les habitants du quartier pourraient se retrouver pour un moment de détente, a été remaniée dans la réalité. En effet, le site du jardin de Font Obscure communique avec le bâtiment du centre aéré et la priorité est à la sécurité des enfants du centre. Les jardiniers des associations possèdent donc une clef du portail d’entrée et doivent veiller à ce qu’il reste fermé. De plus, des horaires d’accès ont été définis dans le règlement par le comité de pilotage : 8h00-19h00 en hiver et 8h00-21h00 en été. Il s’agit d’un lieu réservé aux jardiniers, un peu envié des gens de l’extérieur où les associations viennent jardiner et lier des relations amicales me dit Lionel. Il y a environ un mois, le jardin s’est fait vandaliser et les serres où le matériel était stocké ont été détruites. 16

Photographie du portail d’entrée


Photographie des deux serres vandalisées

Il n’y a pas eu de vol, seulement des dégâts matériels. Lorsque j’en parle avec les associations et Lionel, les coupables seraient des jeunes du quartier qui s’ennuient. Pour eux, il ne s’agit pas d’actes contre le jardin mais d’actes gratuits. Suite à cet incident, le comité de pilotage a embauché un vigile qui surveille le jardin durant tous les weekends afin que ce genre d’action ne se répète pas. Lors de mes visites en fin de semaine, je ne l’ai pas rencontré. Les responsables du jardin savent que la nuit les jeunes viennent squatter dans le jardin puisqu’ils retrouvent cannettes, mégots, préservatifs…Et cela même s’ il est fermé à clef. C’est pour cela que la journée la fermeture devient nécessaire, me confie une des responsables de l’association SESSAD. Toutefois, selon leurs dires, les jardiniers ne se sentent pas du tout en insécurité dans le jardin. Un autre argument a été formulé pour justifier la fermeture du jardin, c’est la présence du grand parc de Font Obscure qui est un parc public ouvert 24/24h. Les habitants ne manquent donc pas d’espaces verts accessibles. De plus Lionel m’explique que les jeunes ne se regroupent pas forcément dans des endroits qui leur sont destinés. Par exemple, un terrain de pétanque près du jardin a été aménagé il y a peu et est moins fréquenté que le parking du musée de la moto juste en face, bien qu’il soit aménagé pour être un espace public. Une des raisons pourrait être qu’il s’agit d’un espace à la vue de tous, et que les jeunes du quartier préfèrent des endroits à l’abri du regard comme par exemple le jardin durant nuit ou le parking. On peut tout de même se demander, si ces actes de vandalisme ne seraient pas dus à une forme de mécontentement d’être exclu de cet endroit, ou à une attaque envers la mairie de secteur fortement associée à ce jardin. Un autre des piliers du projet, en utilisant les termes 17


de Lionel était que le jardin soit accessible à des personnes à mobilité réduite. «C’est aussi une de mes sensibilités qui a émergé » (Lionel Bénady). Devant l’entrée un stationnement handicapé a été créé. De plus, grâce à l’aide financière de la mairie centrale à hauteur de 37 000 €, des cheminements adaptés ont été aménagés entre les parcelles. L’association SESSAD, qui s’occupe d’enfants handicapés peut ainsi accéder librement au jardin sous réserve d’un moyen de transport adapté. De plus, avec les enfants de cette association , des dispositifs de bacs de jardinage en hauteur ont été construits afin que des personnes en fauteuil roulant puissent jardiner de façon plus aisée. Actuellement les membres de cette association qui se rendent sur le jardin se composent de deux éducatrices spécialisées et de trois petites filles dont les troubles sont essentiellement moteurs ou souffrent de polyhandicap. Ce projet de jardin, se voulait aussi être un espace sur lequel seraient organisés des évènements destinés aux membres des associations mais aussi aux habitants. Par exemple lors de l’inauguration du jardin en 2009, l’association Théâtre et société, qui possède une parcelle a réalisé une animation musicale dans le jardin. Lors d’une autre occasion: la fête des jardins, une compagnie de théâtre « Les nains du Sud » a donné une représentation en extérieur et a permis un moment convivial où les associations et habitants ont pu se rencontrer12. Ce jardin est donc un endroit qui se prête bien à l’animation et permet de rapprocher les gens sur ce point. Une autre des volontés évoquée à propos du jardin de Font Obscure était de fonctionner sur des partenariats et des activités autour de la nature comme l’organisation de la cueillette des olives par les enfants pour leur apprendre comment l’huile était fabriquée, avec une association de quartier qui possède un grand parc de 18

Photographie des cheminements et d’une aire de PicNic.

Photographie d’un dispositif de jardinage accessible aux personnes en fauteuil roulant.

12. D’après un entretien avec Lionel Benady


six ha. Ce projet est donc déclencheur de petites actions enrichissantes pour les enfants13. De plus, au cours du premier entretien avec Lionel Bénady, il m’explique que l’idée principale des jardins était de permettre aux associations de s’outiller en termes de jardinage, de sensibilisation à l’environnement pour pouvoir investir les délaissés et bords de voiries comme des espaces appropriables, ou encore la couverture de la L2 de manière à ne pas seulement avoir une toiture minérale inexploitée. Dans l’Agenda 21, la mairie du 13ème et 14ème arrondissement indique que, pour poursuivre la démarche de la création de ce jardin, celle-ci a « saisi l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine afin que les délaissés de voiries, ou les abords des cités, soient systématiquement aménagés en jardins partagés. Ces lieux qui constituent des points noirs paysagers par leur manque d���entretien trouveront ainsi une utilisation écologique opportune répondant aux besoins des riverains14». Dans les faits, des réunions ANRU de concertation ont été organisées, malheureusement, en cette période de mutation du quartier, les habitants et associations ne se préoccupent pas de ces questions mais plutôt des logements et des changements à venir pour leur habitat. Pour les habitants du quartier, l’intérêt des jardins qui fleurissent aux pieds des immeubles n’est pas une priorité en vue de la situation actuelle notamment en terme de restructuration urbaine.

13. D’après un entretien avec Lionel Benady 14. Extrait de l’Agenda 21 de la mairie du 13ème et 14ème arrondissement de Marseille, 2013

-Fréquentation et population Lors de mes visites au jardin de Font Obscure je n’ai pu rencontrer qu’une seule association présente sur le site. Il s’agit de l’association SESSAD. Étaient présentes, les deux animatrices : Salomé et Zoulika ainsi que deux petites filles : Aïfa et Nadia de huit et dix ans. En raison du mauvais temps, une salle du centre aéré leur avait été prêtée pour travailler sur la théorie 19


des activités de jardinage. Cette association est présente tous les lundis après-midi et selon le temps varie son activité entre jardinage et théorie. Ce jour-là, était organisée une activité liée aux animaux et insectes du jardin. En raison de leurs emplois du temps très chargés, les enfants n’ont que peu de temps à consacrer au jardin, bien que les petites filles aimeraient venir plus. L’adhésion de cette association s’est faite par l’intermédiaire de Lionel, qui, à l’époque travaillait avec une des éducatrices et lui a proposé une parcelle. L’association Hygia est actuellement en mauvaise posture puisqu’elle est menacée de fermeture, cela peut expliquer son absence sur les jardins. Par ailleurs, Lionel m’a confié que l’association avait du mal à réunir les femmes pour venir travailler au jardin, malgré une présence assez régulière au début de leur adhésion. D’autres associations voient la gérance de la parcelle confiée à un unique membre. C’est le cas de Théâtre et société dont la parcelle est cultivée par un papy membre de l’association qui se rend sur le jardin tous les jours et dont la parcelle est très bien entretenue. Bien que ce ne soit pas l’idée initiale concernant le jardin, le comité de pilotage autorise cette pratique en vue de l’investissement et de la passion de ce jardinier. C’est aussi le cas pour l’association CSF Les Flamants où on constate que c’est la présidente et son mari qui profitent exclusivement de la parcelle. Dans les faits, ils ne sont pas venus au jardin depuis quelques mois d’après Lionel. L’association du comité des fêtes de Saint Barthélémy se trouve dans le même cas. Il s’agit d’une occupation par le trésorier qui avait très envie de posséder une parcelle. Celui-ci faisant partie d’une association et face à une parcelle vacante, le comité de pilotage a accepté la demande. 20

Photographie de la parcelle à disposition du papy, Association Théâtre et société


Les associations ALEMB (association sportive) et le centre social Saint Gabriel, lorsque je les ai rencontré, m’ont avoué ne pas être venus dernièrement en raison du mauvais temps. En effet, les enfants du centre social Saint Gabriel ne sont pas équipés pour jardiner dans le froid mais l’association projette de reprendre les séances très prochainement en vue de la forte demande des enfants. Ceux-ci étaient déjà habitués à jardiner sur une autre parcelle avant la création du jardin de Font Obscure. De plus, ils ne peuvent pratiquer cette activité que les mercredis après-midi (nonscolarité). C’est par le bouche-à-oreille que l’association a entendu parler de ce nouveau jardin dans le quartier. En ce qui concerne l’association ALEMB, la directrice m’a informé que les membres ne s’étaient pas rendus aux jardins depuis quelques temps mais que l’activité allait vite reprendre. Selon celle-ci, c’est l’occasion de réunir les membres autour d’une autre activité de loisirs que le sport en créant des échanges intergénérationnels. Il y a peu de temps, des personnes âgées ont contacté la directrice afin de rejoindre l’association uniquement pour pouvoir aller jardiner à Font Obscure. De l’avis du comité de pilotage, si la situation reste inchangée l’association pourrait ne plus bénéficier de la parcelle. Au départ, une parcelle était attribuée pour les enfants du centre aéré à côté du site sous l’impulsion de Lionel, mais très vite les animateurs n’ont plus reconduit les activités de jardinage à la grande déception des enfants. C’est dommage, me dit Lionel, mais il ne peut aller les chercher tout le temps, il faut qu’il y ait de la volonté de leur part. « Les animateurs comme je leur ai dit, comme j’ai dit à la directrice, il suffit qu’ils viennent taper à ma porte et puis on s’y met. Mais il faut qu’ils en aient envie… Ce n’est pas à moi d’aller 21


les chercher dans les salles » (Lionel Bénady). Toutes ces associations ont aussi l’occasion de se rencontrer lors des journées d’entretien des parties communes tous les deux-trois mois comme l’indique le règlement. Si la majorité est présente, certaines associations ne jouent pas le jeu et mettent en cause les dates qui seraient mal choisies, malgré une communication de celles-ci longtemps à l’avance. Cependant, elles ne communiquent à un aucun moment au directeur du jardin leur désaccord sur la date, qui pourrait je pense, être modifiée. Il s’agirait peutêtre d’un manque de volonté ou de motivation de leurs parts. -Les liens sociaux, transmissions et échanges entre les jardiniers Lors des entretiens avec les associations, j’ai constaté que toutes soulignent le caractère convivial des jardins de Font Obscure. Entraide, solidarité, échange et partage sont des mots qui reviennent souvent pour qualifier l’ambiance générale au sein du jardin. En effet, outre le fait de jardiner pour le loisir et la détente, je remarque que de réels liens se sont renforcés entre les jardiniers faisant partis d’une même association et créés entres associations différentes. Concernant l’association SESSAD, les petites filles handicapées apprennent à faire une activité de groupe où la communication est primordiale, ce qui a permis de renforcer les liens entre ces enfants tout en leur donnant un nouveau regard sur l’extérieur. Les éducatrices soulignent une solidarité présente dans les jardins en évoquant l’entraide par exemple avec le papy de l’association Théâtre et société qui vient souvent leur prodiguer des conseils. Un autre adhérent leur a aussi proposé de retourner la terre de la parcelle disposant des outils appropriés. Des rencontres ont été organisées entre les enfants de l’association ALEMB et ceux du SESSAD, créant 22


des liens qu’ils n’auraient peut-être pas pu développer ailleurs que dans les jardins. Selon la directrice de ALEMB, les enfants sportifs avaient été très impressionnés de voir que des enfants atteints de handicaps puissent jardiner et pratiquer cette activité avec eux. De fort liens d’amitié se sont aussi créés entre différents jardiniers. En plus d’échanger du savoir-faire et de l’aide sur les différentes parcelles, les jardiniers s’échangent aussi des graines ainsi que les fruits de leur récolte. Ils peuvent aussi compter notamment sur le papy qui arrose les parcelles voisines lors des vacances ou quand les associations sont fermées. Ceci démontre bien que ce jardin favorise les liens sociaux entre les différents acteurs, d’abord entre membres d’une même association, qui pourrait s’apparenter à une communauté, et puis entre les associations qui font parfois partie de cités HLM voisines mais qui ne communiquent pas selon l’étude des étudiants de Jean-Noël Consales. Malgré cette belle entente entre les jardiniers, il peut aussi il y avoir des conflits. Cela a été le cas avec l’association Culture et culture présente à l’ouverture du jardin. En effet, le principal bénéficiaire profitait du lieu pour inviter des amis à boire de l’alcool, ou encore avait essayé d’agrandir sa parcelle au détriment d’une autre attribuée à l’association HYGIA. Le conflit a duré un an avant que la parcelle ne lui ait été retirée selon la volonté du comité de pilotage et l’accord du maire de secteur Garo Hovsepian qui est le décisionnaire final. -L’apprentissage et la sensibilisation à l’environnement Le jardin de Font Obscure se trouve être un lieu d’apprentissage surtout pour les plus jeunes qui sont issus, pour la plupart, de la ville et qui ne connaissent pas la culture des fruits et légumes. 23


Les enfants du SESSAD, par exemple, sont ravis de voir que ce qu’ils apprennent en atelier les jours de mauvais temps se concrétise sur la parcelle : les processus de floraison, les insectes du jardin... Pour les enfants handicapés, il s’agit de continuer à apprendre mais différemment, de manière ludique de façon à ce qu’ils apprécient. L’objectif est de leur faire découvrir le jardinage en leur expliquant comment poussent les aliments qu’ils retrouvent dans leur assiette. Cela leur permet aussi d’acquérir une certaine satisfaction et fierté lorsque ceux-ci ramènent chez eux ce qu’ils ont produit. Ils participent également aux activités moins attractives mais qu’il faut faire également comme l’arrosage ou le nettoyage de la parcelle. La préservation de l’environnement est aussi un thème abordé par exemple par les responsables du Centre social Saint Gabriel pour l’apprentissage des enfants, en terme de consommation d’eau, de tri, de compostage dans le jardin pour les sensibiliser à cette question. -Les difficultés rencontrées Lorsque je demande à Lionel Bénady de dresser un bilan sur ce jardin qui reste à ce jour unique, celui-ci m’évoque une petite part de déception quant à la fréquentation du jardin. En effet surtout pendant l’hiver, les associations viennent moins souvent. Le fait de faire venir des associations dont les objectifs généraux ne sont pas liés aux questions de jardinage implique qu’elles aient un emploi du temps à respecter et d’autres activités prévues. Il faut donc qu’elles se dégagent des horaires réservés au jardinage pendant les jours d’ouverture des associations. Le fait que certaines parcelles soient gérées par des personnes seules, comme dans la plupart des jardins familiaux de Marseille permet une présence plus fréquente et un meilleur entretien du jardin. La question se pose alors de savoir s’il aurait été plus bénéfique 24


de confier des parcelles à de petits groupes motivés plutôt qu’à des associations qui sont, parfois malgré elles, moins présentes sur le site (Au vu des résultats très positifs de l’enquête des étudiants de Jean-Noël Consales, lorsqu’ils ont demandé le degré d’intérêt des habitants du quartier pour venir jardiner à Font Obscure). De plus, certaines associations ont complètement abandonné la parcelle qui leur avait été attribuée. Dans ce cas, la question est de savoir pourquoi ces associations très motivées au début ne s’investissent plus désormais et condamne une parcelle qui pourrait être beaucoup mieux exploitée par quelqu’un d’autre. L’engagement écologique que voulait tenir Lionel Bénady ne s’est pas fait sur tous les points comme par exemple pour l’utilisation des toilettes sèches, qui ont représenté un investissement de 7000 € et que les jardiniers n’ont pas su entretenir correctement. (On constate une absence de nettoyage de leurs parts). Après mon analyse je pense que la période actuelle : rythmée par une restructuration du quartier, et des élections municipales à venir, a conduit à : -D’une part un désintérêt pour les jardins de la part des habitants qui ont, pour l’instant, d’autres priorités. En effet, la mairie de secteur fait parvenir à Lionel Benady toutes les demandes de parcelle qu’elle reçoit et apparemment il y en a peu. -D’autre part, au maintien d’associations qui ne s’investissent pas dans les jardins : La mairie de secteur et ses élus étant décisionnaires par rapport à l’adhésion et la résiliation des contrats des associations membres du jardin, il ne serait pas bien vu de « maltraiter » les associations en période électorale. Une fois les élections passées, le comité de pilotage pourra alors réviser la liste des associations adhérentes du jardin pour ne pas empêcher certaines, plus motivées, de posséder à leur tour une parcelle. 25


Il est aussi intéressant de confronter les propos de la mairie avec ceux des différents acteurs du projet. En effet celle-ci, dans l’Agenda 21 2013 des 13ème et 14ème arrondissements, affirme que l’idée de créer ce jardin vient d’elle même, ce qui n’est pas le cas. Néanmoins, il en reste que la mairie et ses élus ont étés très favorables et encourageants pour le développement de cette idée. Dans le rapport des collectifs des quartiers populaires de Marseille et des environs datant du 16 novembre 2013, on trouve un article très favorable au développement de ce type de jardin dans ces quartiers : «Nous demandons la démocratisation des “jardins partagés”. Chaque quartier devrait avoir, sur site ou en annexe, un espace de reconnexion intergénérationnelle avec la nature».15 Conclusion Le jardin de Font Obscure est, comme dit précédemment, un jardin expérimental unique qui a la particularité d’accueillir sur des parcelles délimitées, des associations dont les objectifs ne sont pas liés au jardinage. Dans un contexte de quartier dit difficile, en pleine restructuration urbaine, il en résulte que ce projet répond à la demande actuelle et aux ambitions d’une nouvelle image de ces arrondissements par la mairie centrale, qui a encouragé le développement du projet, et la mairie de secteur qui souhaitait un engagement environnemental plus affirmé à travers notamment la création de jardin comme celui-ci. J’ai pu constater de nombreux bienfaits apportés par ce jardin potager urbain : il permet tout d’abord de cultiver des fruits et des légumes frais tout au long de l’année en sensibilisant les jardiniers et surtout les enfants aux processus de culture, et au respect de l’environnement. Le travail et l’apprentissage au jardiniers sont valorisés par le bénéfice des récoltes et cela leur permet de s’épanouir dans une activité de 26

15. Extrait du rapport des collectifs des quartiers de Marseille et des environs, 2013.


plein air en contact avec la nature. Ce jardin contribue également à renforcer les liens sociaux entre des personnes de générations différentes au sein même de l’association ou d’en créer avec les autres jardiniers. C’est aussi un lieu où les valeurs de solidarité, de convivialité sont très présentes et où règne une agréable ambiance générale. Ce lieu est d’ailleurs aussi un point de départ pour l’organisation d’activités favorisant les liens sociaux à travers des représentations théâtrales ou petits concerts de musique qui rassemblent les associations et habitants du quartier. Concernant les objectifs internes que souhaitent atteindre les associations, on constate que le jardin constitue un véritable outil pour appuyer les démarches de celles-ci à travers l’apprentissage et les liens intergénérationnels créés. J’ai pu observer que cela fonctionne particulièrement bien lorsqu’il s’agit d’enfants, soutenus par les membres associatifs qui les aident à devenir plus autonomes et sensibles aux questions environnementales dans une ambiance ludique et solidaire. En revanche, pour d’autres publics, le jardin est considéré comme une activité annexe aux objectifs de l’association, il est utilisé comme simple support d’activité : le jardinage, et parfois, la parcelle n’est utilisée que par un seul des membres de l’association qui en tire néanmoins des bénéfices reconnus, en témoigne la fréquence des venues du papy de l’association Théatre et Société qui se rend tous les jours au jardin selon Lionel. On constate néanmoins, malgré tous les aspects bénéfiques de ce jardin, quelques dysfonctionnements. Tout d’abord la faible fréquentation de ce lieu par certaines associations comme ALEMB ou le Centre social Saint Gabriel comme en témoigne leurs parcelles délaissées. 27


Passée la période d’élection municipale qui constitue un frein aux changements concernant les adhésions au jardin (les élus en place pourraient souffrir d’une «mauvaise image» par rapport aux associations qui représentent les habitants), la mairie devrait être, selon moi, plus attentive à la participation et à l’investissement des jardiniers et associations qui bloquent et condamnent des parcelles qui pourraient être mieux exploitées par d’autres jardiniers. Après une petite enquête réalisée dans le quartier, j’ai constaté que beaucoup d’habitants n’étaient pas au courant de l’existence de ce jardin et seraient, pourquoi pas, intéressés de s’approprier une parcelle. Une meilleure visibilité et lisibilité de cet espace serait donc nécessaire et pourrait donner l’envie aux habitants de jardiner, et ainsi développer l’idée de Lionel qui était d’investir les friches urbaines abondantes dans le quartier en véritables jardins appropriables. : « De manière aussi à ne pas avoir seulement une dalle de béton ou minérale sur la couverture de la L2 mais bien des espaces que les habitants vont pouvoir s’approprier, s’investir dans leur quartier et pouvoir influencer » (Lionel Benady). Enfin, l’idée de confier des parcelles à des associations, qui est une proposition tout à fait novatrice, est bénéfique : on le constate lorsque que l’on prend en compte les témoignages de l’association SESSAD par exemple. Cette idée pourrait être accompagnée par l’autorisation de l’accès à de petits groupes d’habitants motivés sur une même parcelle afin d’accentuer les liens sociaux entre ces personnes, accroître la fréquentation du lieu et permettre davantage l’ouverture du jardin vers l’extérieur.

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Bibliographie Ouvrages

- Daniel Cerezuelle, Les jardins familiaux, lieux d’initiation à la civilité, 2003 - Jean-Noël Consales, Les jardins familiaux marseillais : laboratoires territoriaux d’une agriculture urbaine en méditerranée, Méditerranée n°3.4, 2000 - Jean-Noël Consales, Les jardins familiaux de Marseille, Gênes et Barcelone, Rives nord-méditerranéennes, 2003 - Ségolène Darly, La « nature en ville » à l’épreuve de la requalification des banlieues, 2013 - Françoise Dubost, Jardins ouvriers, familiaux collectifs, ces mots qui prennent racine, Revue «Ca ne mange pas de pain», 2011 - Stéphanie Laurent, Le jardinage et le salariat : historique des jardins ouvriers et perpétuation des inégalités de genre, 2012 - Bruno Rajaud, L’importance des jardins familiaux dans le monde aujourd’hui, 1999 - Anonyme, Du jardin ouvrier au jardin partagé : un rôle social et environnemental, Bibliothèque numérique de L’INP n°4, 2007 - Anonyme, Rapport des collectifs des quartiers de Marseille et des environs, 2013 Filmographie - Bernadette Lizet, La ville fertile, 2011 Sites internet - Site internet du centre national de la recherche scientifique, vidéo « La nature en ville » www.cnrs.fr/bioville - Site internet du réseau des jardins solidaires méditerranéens, www.reseaujsm.org - Site internet de la Fédération Nationale des Jardins Familiaux et Collectifs, www.jardins-familiaux.asso.fr -Carte des jardins partagés et familiaux de Marseille, www. libres-chemins.org -Site internet de la mairie du 13ème et 14ème arrondissement de Marseille, www.mairie-marseille1314.com

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Remerciements Je remercie les encadrantes de ce mémoire : Muriel Girard, Alexandra Biehler, Arlette Hérat et plus particulièrement Anna Rouadjia qui m’a guidé dans mon travail et m’a aidé à trouver des solutions pour avancer. Je remercie également Lionel Bénady et Jean-Noël Consales, pour le temps et l’aide précieuse qu’ils m’ont accordés. Enfin, je remercie les associations pour avoir répondu à mes questions et plus particulièrement les éducatrices du SESSAD.

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Memoire Eugenie Toucas 5ème année