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les grands thèmes du festival au rendez-vous des voyageurs

AU RENDEZ-VOUS DES VOYAGEURS

DE BRUCE CHATWIN À JACK KEROUAC

SUR LA ROUTE POUR SALUER BRUCE CHATWIN

Alexandra David-Néel, j’irai au pays des neiges, à voir Samedi au Cinéma Le Vauban, avant une rencontre avec le réalisateur Joël Farges.

S‘il est un « secret » du voyage (et de la littérature), si quelque chose se joue dans l’espace fluide de l’errance, c’est peut-être cela : ce point de réversibilité entre le Même et l’Autre, l’intérieur et l’extérieur, si difficile à penser, mais éprouvé si violemment, qui toujours nous appelle, et nous précipite indifféremment par les chemins et dans les livres… Belle moisson de livres voyageurs cette année encore qui nous disent l’inépuisable beauté du monde, le frisson de l’inconnu, et tout à la fois la diversité et l’unité de l’humaine condition. « Rien de plus vaste que le mystère du monde » écrit le poète André Velter : « Rien de plus violent que le goût de l’inconnu. Un cœur vivant est un cœur en partance » Partez en confiance, avec les compagnons qui vous attendent dans ces pages, et à Saint-Malo.

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Remise de Prix Bouvier Nicolas Bouvier fut, dès la première édition et jusqu’à sa mort, de l’aventure d’Étonnants Voyageurs, et ses livres continuent d’illuminer des générations de lecteurs, d’une écriture si fine, si légère, émerveillée, qu’il leur semble toucher à travers elle au grain même du monde... Le prix, fondé par le festival Étonnants Voyageurs, couronne chaque année le meilleur livre de voyage paru depuis l’automne. Décerné par un jury composé d’écrivains

La parution de En Patagonie, en 1977, le rendit du jour au lendemain célèbre Outre-Manche : la promesse d’une littérature nouvelle, retrouvant sa vigueur au contact du monde, dans une période où s’effondraient les idéologies supposées nous fournir des explications sur tout – à la condition de ne plus se poser de questions sur rien. Les livres qui suivirent, tous inclassables, Le vice-roi de Ouidah, Les jumeaux de Black Hill, Le Chant des pistes, Utz, devaient confirmer son statut d’écrivain majeur, se réinventant de livre en livre. Un météore, dans le ciel des lettres britanniques, dont la mort en 1989 devait faire une légende... Nicholas Shakespeare, romancier, auteur d’une monumentale biographie de Bruce Chatwin (1999) et Elizabeth Chatwin publient cette année chez Grasset un choix de lettres de l’écrivain, La sagesse du nomade, et c’est un enchantement : un chef d’œuvre. Également présents pour en parler : Colin Thubron et David Fauquemberg.

qui, pour la plupart, furent les amis proches de Nicolas Bouvier ( Alain Borer, Pascal Dibie, Alain Dugrand, David Fauquemberg, Gilles Lapouge, Bjorn Larsson et Catherine Shan), il en perpétue ainsi la mémoire. Qui sera le lauréat, après Aude Seigne en 2011 pour ses Chroniques nomades ? Réponse dimanche, lors d’une grande après-midi voyageuse.

Barry Miles

Tout un après-midi consacré à la littérature voyageuse, à l’occasion de la remise du prix Nicolas Bouvier, le dimanche, au théâtre Chateaubriand à 14h. Avec à l’honneur cette année deux immenses figures : Bruce Chatwin et Jack Kerouac... L’art du « travel-writing » « J’applique au réel les techniques de narration du roman, pour révéler la dimension romanesque du réel »

C’est ainsi que Chatwin répondait aux critiques troublés de ne pas retrouver dans En Patagonie un compte-rendu soucieux des faits, à la manière d’un reportage. La phrase, à elle seule, ne résume-t-elle pas ce qui fait d’un récit de voyage une œuvre littéraire ? D’autres l’ont théorisé sous l’appellation de «creative non-fiction ». Une rencontre sur l’essence de la littérature de voyage. Avec quelques-uns des meilleurs « travel-writers » actuels : Colin Thubron, Paolo Rumiz, Jim Fergus, John Vaillant et David Vann.

REPRENDRE LA ROUTE AVEC JACK KEROUAC Sur la route : rarement livre aura incarné une époque avec une pareille force, influencé tant de lecteurs de par le monde, suscité tant de vocations. Mais pourquoi cette fascination, encore aujourd’hui ? L’occasion, avant de courir au Vauban assister à la projection du film Sur la route de Walter Salles (voir p. 88), tout juste présenté à Cannes de saluer l’écrivain, dont on sait les origines bretonnes. Avec Barry Miles, grande figure de la Beat Generation, auteur d’un superbe Beat Hotel, sur la Beat Generation à Paris, et d’Ici Londres sur l’underground londonien. Et On the road de Walter Salles

avec Paolo Rumiz, grand marcheur devant l’éternel, Éric Sarner, auteur d’un beau documentaire sur l’écrivain, Jean-François Duval, qui sillonne depuis 20 ans les USA sur les traces des beatniks et JeanBaptiste Thoret, co-auteur d’un livre appelé à devenir culte : Road movie. La rencontre sera suivie de la projection de Jack Kerouac, un rêve américain au temps d’Hiroshima réalisé par Michel Viotte et Éric Sarner.

DIM., THÉâTRE CHATEAUBRIAND, 14H

Une matinée « Beat generation »

John Vaillant Comparé par certains au Croc-Blanc de Jack London, le second livre de John Vaillant, Le tigre, réveille l’homme préhistorique qui sommeille en chaque lecteur. Primé à plusieurs reprises, cet ouvrage de « non-fiction » mêlant technique de reportage et nature-writing, suit une équipe d’inspecteurs lancé sur les traces d’un fauve meurtrier aux confins orientaux de la Russie. S’engage alors un duel implacable, au cœur de la taïga. Tout simplement captivant.

La Beat Generation ne se limite pas à Jack Kerouac. Barry Miles en fut un acteur et dans Beat Hotel, il nous fait revivre avec verve la vie folle, généreuse, tumultueuse et désespérée de ces Américains à Paris, quand tous logaient dans un hôtel rue Git-le-Cœur, entré dans la légende. Avec Jean-François Duval, Alexis Gloaguen et Éric Sarner évoqueront Allen Ginsberg, avant la projection du film Howl de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, sur la jeunesse du poète, quand il écrivait le long poème qui devait lui valoir un procès pour obscénité : « J’ai vu les plus grands esprits de ma génération détruits par la folie, affamés, hystériques, nus, se traînant à l’aube dans les rues nègres à la recherche d’une furieuse piqûre »... LUN., Maison des associations, 10h

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les grands thèmes du festival au rendez-vous des voyageurs

Luis Sepùlveda, Daniel MorDzinski

Yarsagumbu, l’or de l’Himalaya, suivi de Himalaya, face aux abeilles géantes, deux films exceptionnels pour une matinée dans l’ivresse des sommets (Samedi, Auditorium, dès 10h)

Dernières nouvelles du Sud : un voyage sans but, sans boussole, sans souci du temps dans quelquesuns des derniers endroits où sont possibles les légendes, à travers la Patagonie, de San Carlos de Bariloche, jusqu’au Cap Horn avant un retour par l’île de Chiloé. Dont nos deux amis rapportent un formidable livre d’aventures, de rencontres, de témoignages sur la transformation d’un territoire mythique, où passe tout au long la musique douce-amère des choses inexorablement perdues.

Écrivains voyageurs

B

elle moisson, cette année encore : François Angelier, déjà responsable d’un formidable Dictionnaire Jules Verne récidive avec un indispensable Dictionnaire des voyageurs et explorateurs occidentaux, Jean-Luc Coatalem nous enchante avec Le gouverneur d’Antipodia, Jean-Louis Etienne nous propose ses Nouvelles histoires naturelles, Gilbert Grellet nous emporte aux Frontières du monde, Nicholas Jubber tire La barbe de l’ayatollah, Gilles Lapouge signe une petite merveille avec Le flâneur de l’autre rive tandis que sont réédités deux de ses chefs-d’œuvre, Equinoxiales, récit de voyage au Brésil, et La bataille de Wagram, Jean-Luc Marty laisse la barre de Géo pour nous livrer son Cœur portuaire, intime et intensément poétique, Barry Miles nous plonge dans le Londres underground, Olivier Rey relit Melville, la réédition de Vue sur la mer de Jean Rolin ravira tous ses fans : tout simplement une merveille, Paolo Rumiz fait revivre le rêve d’une Méditerranée des deux rives en traquant L’Ombre d’Hannibal, Éric Sarner nous propose un Voyage en Algéries plein d’émotion contenue, Colin Thubron signe un chef d’oeuvre avec Destination Kailash, Jil Silberstein se met à l’écoute de la forêt dans La terre est l’oreille de l’ours, Sanjay Subrahmanyan met le feu aux études historiques avec sa splendide et décapante biographie de Vasco de Gama, Jean-Baptiste Thoret nous livre le livre de référence sur les Road movies, Maarten Troost nous fait hurler de rire dans La Vie sexuelle des cannibales, tandis qu’avec Désolations, David Vann nous entraîne en Alaska, dans un voyage au bout de la solitude. Enfin, grande aventure avec John Vaillant dont Le tigre a été qualifié par Le Monde, « d’équivalent forestier de Moby Dick » !

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Programmation

AU RENDEZ-VOUS DES VOYAGEURS Les GRANDS DÉBATS / DEMI-JOURNÉes thématiques Samedi 26 mai

>M  atinée

Dans les mers du Sud et débat « Ils rêvaient d’un autre monde » Théâtre Chateaubriand 10h15

Dimanche 27 mai >A  près-midi

Nicolas Bouvier et hommages à Bruce Chatwin et Jack Kerouac Théâtre Chateaubriand, 14h

Lundi 28 mai >M  atinée

Beat Generation Maison des associations, 10h

Dim. Café littéraire, 12h

SOIRÉE >

Jim Fergus

Maarten Troost

La découverte de la culture Cheyenne lors d’un voyage dans le Midwest quand il avait 16 ans devait changer sa vie – et le Colorado est devenu sa terre d’élection, après 30 années d’errance. Ami de Jim Harrison et de Robert Redford, il s’est imposé dès Mille femmes blanches comme un écrivain majeur. N’hésitez pas à le suivre dans ses Espaces sauvages !

Publishers Weekly a salué comme « le livre le plus drôle de ces dix dernières années » La vie sexuelle des cannibales – récit de la découverte par l’inoffensif Maarten et sa vaillante compagne, Sylvia, des îles Kirabati, perdues aux fins fonds du Pacifique Sud. La vraie vie, s’écrient-ils ! Comme quoi tout le monde peut se tromper… Rien n’est plus ennuyeux que le récit d’un voyage réussi : autant dire que celui-ci vous tient en haleine de bout en bout et vous fait pleurer de rire à chaque page. Dim. Le nouveau monde 1, 12h

Hommage

Jean-Luc Coatalem Une enfance polynésienne, une adolescence malgache : il était écrit que ce breton serait marqué par le goût de l’ailleurs. Depuis, il n’a pas cessé d’arpenter la planète. Pour la revue Géo, certes, mais à la poursuite d’abord de ses rêves, dessinant à travers récits, romans et essais une géographie intime et rêveuse. Je suis dans les mers du Sud est une belle biographie de Gauguin. Et Le gouverneur d’Antipodia, dans les solitudes glacées d’un caillou perdu dans le Pacifique sud, tout simplement un grand roman. Peut-être son plus beau.

Les films Alexandra David-Néel, j’irai au pays des neiges (p. 69) / Boy (p. 72) / Duch, le maître des forges de l’enfer (p. 83) / Himalaya, face aux abeilles géantes (p. 69) / Howl (p. 81) / J’irai dormir chez vous : Bollywood (p. 82) / Jack Kerouac, un rêve américain au temps d’Hiroshima (p. 78) / L’envol (p. 78) / L’utopie de la Bounty (p. 68) / Les Himbas font leur cinéma (p. 70) / Les plongeurs du Yucatan (p. 71) / Makay, les aventuriers du monde perdu (p. 72) / Murundak, songs of freedom (p. 73) / On the road (p. 89) / Ouaga Paradiso (p. 78) / Sur les traces d’Alain Gerbault (p. 83) / Sur les traces de Tintin: Le Lotus Bleu (p. 75) / Thibault : Sénégal, la débrouille en musique (p. 77) / Yarsagumbu, l’or de l’Himalaya (p. 69)

Les invités

Alexandra David-Néel Elle fut exploratrice, journaliste, écrivain, tibétologue, orientaliste, féministe. Chanteuse d’opéra, aussi, et anarchiste, collaboratrice à l’âge de 20 ans de La Fronde, sous l’influence d’Elisée Reclus, le géographe libertaire… Et devint mondialement célèbre après que le 28 février 1924, déguisée en mendiante, elle ait pénétré à Lhassa, capitale du Tibet, jusqu’alors interdite aux étrangers. L’aboutissement d’une longue quête spirituelle : partie treize ans plus tôt du sud de l’Inde, et après des années de pérégrinations qui l’ont conduite des contrées méconnues de l’Himalaya aux plaines tibétaines jusqu’alors inexplorées, elle a traver-

S ur la Route Cinéma Le Vauban, dim. 20h15 (p. 89)

sé le continent asiatique pour découvrir le toit du monde, accompagnée d’un jeune Lama devenu son fils adoptif. Un film superbe lui rend hommage, illuminé par la performance étonnante de Dominique Blanc, littéralement habitée par son personnage : Alexandra David-Neel, j’irai au pays des neiges. Sam., Le Vauban - salle 5, 14H. Suivi d’une rencontre avec le réalisateur, Joël Farge.

François ANGELIER / Solenn BARDET / Elisabeth BARILLE / Jean-Michel BARRAULT / Patrick BERNARD / Laurent BIGNOLAS / Alain BORER / Eric BORG / Eliane BOUVIER / Olivier BRAMANTI / Elisabeth CHATWIN / Jean-Luc COATALEM / Johanni CURTET / Gérard DE CORTANZE / Antoine DE MAXIMY / Frédéric DEBOMY / Patrick DEVILLE / Alain DUGRAND / Jean-François DUVAL / Joël FARGES / Jim FERGUS / François GARDE / Alexis GLOAGUEN / IGORT / Nicholas JUBBER / Gilles LAPOUGE / Reif LARSEN / Thomas LAVACHERY / Tim LEBBON / Bruce MACHART / Jean-Luc MARTY / Véra MICHALSKI / Daniel MORDZINSKI / Erik ORSENNA / Jean ROLIN / Eric SARNER / Jérôme SEGUR / Luis SEPULVEDA / Nicholas SHAKESPEARE / Jil SILBERSTEIN / Nathalie SKOWRONEK / Jean-Baptiste THORET / Colin THUBRON / TIAN / John VAILLANT / David VANN

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