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Les grands thèmes du festival Décentrement du regard

un nécessaire

Décentrement

du regard

G

igantesque brassage des peuples comme jamais l’humanité n’en avait connu dans son histoire, déplacements vers les centres occidentaux, Europe, Amérique, demain – déjà ? – vers les pays que l’on dit « émergents », télescopant langues et cultures, imposant de penser le nouveau en termes de flux, flux d’images, de sons, d’informations, d’argent, de cultures, de personnes, que rien semble-t-il, ne peut plus contenir, contrôler, diriger – où la fiction trouve une urgence nouvelle : d’articuler en des récits, pour chacun, les strates multiples qui le constituent. Ce que nous disions, il y a 20 ans déjà, « littérature-monde ». l

Le monde dans lequel nous entrons sera, est déjà, multipolaire. Nous ne sommes pas, nous ne sommes plus, le centre du monde. Est-ce vraiment une si mauvaise nouvelle ? Plus de centre – autre manière de dire que, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la terre devient ronde. Et tout, du coup, littérature, histoire, ethnologie, philosophie, journalisme, s’en trouve bouleversé. Exige, pour penser le monde et se penser, un décentrement du regard.

RÉVOLUTIONS A L’HEURE D’INTERNET

Prise de parole directe des peuples en révolte, quand Internet, les portables, les réseaux sociaux, font circuler images, textes, témoignages, là où, hier encore, les dictatures imposaient le silence, mise en cause des médias lourds débordés de partout par les réseaux sociaux, redéfinition nécessaire du métier de journaliste. l

ETHNOLOGIE EN QUESTION

Remise en cause du regard ethnologique par des populations jusque là objets passifs d’études qui prennent la parole : l’ethnologie étude de l’autre, vraiment, ou miroir dans lequel l’Occident – et l’ethnologue – se miraient ? Et voici que l’ethnologie s’en trouve ébranlée dans ses tréfonds. Écrivains et cinéastes venus d’Océanie, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, de Nouvelle-Calédonie seront présents à Saint-Malo. Beaux débats en perspective. l

SEULS DÉTENTEURS DE L’UNIVERSEL ?

Obligation pareillement de s’interroger sur les autres manières de penser, là ou nous nous imaginions seuls détenteurs de l’universel. Ainsi, tout près de nous, l’Islam. Y a-t’il une philosophie islamique ? Un autre Islam que celui qui bascule en intégrisme, et si oui, lequel ? Pourquoi, au juste, l’Islam aujourd’hui ? Nous avons invité 3 grands philosophes, qui nous proposent des lectures stimulantes. Sur l’Islam, et peut-être sur ce qui, en Occident, nous manque, pour refonder un « être ensemble » : ce qu’implique l’idée d’une dimension poétique de l’être humain, qui seule pourrait le fonder en son humanité. l

À L’HEURE DE LA « WORLD HISTORY » Ils mettent le monde des études historiques sens dessus-dessous. Colloques, articles, polémiques : voilà qu’on ne parle plus que de « world history », « histoires connectées », « histoire globale ». Sanjay Subrahmanyan, indien tamoul parlant onze langues, enseigne à l’UCLA (Californie). C’est un tour du monde à lui seul ! Son Vasco de Gama, légende et tribulations d’un vice-roi des Indes a mis le feu aux poudres, formidable récit qui propose une vision nouvelle, du personnage comme du monde indien de l’époque, carrefour commercial le plus actif du monde... et ce, tout simplement en croisant les sources disponibles, en sortant d’une vision exclusivement occidentale. Dans L’histoire à parts égales, Romain Bertrand, renouvelle notre regard sur la rencontre entre Orient et Occident en Indonésie, en 1569. Capitale pour les Hollandais, non-événement pour les Javanais : quatre navires vermoulus, 90 rustres faisant irruption dans un monde hyper-civilisé, en relation avec la Chine, l’Inde, le monde persan, et qui en repartent avec un peu de poivre pourri ! Quelque chose change, dans la manière de voir l’histoire du monde. Parce que le monde change, et que l’histoire n’est qu’une manière de poser au passé les questions du présent, pour leur donner sens et profondeur... SAM., auditorium MAUPERTUIS, 14H

VERS UNE “WORLD HISTORY”

Et grand tohu-bohu, enfin, dans les études historiques, quand des chercheurs proposent une vision qui ne réduirait pas l’histoire du monde à celle du regard occidental. « World history », « histoires connectées », « histoire globale » : qu’importent ces qualificatifs, c’est d’un décentrement du regard, là aussi, qu’il s’agit. Et la vivacité des réactions montre bien comme est sensible le point ainsi touché. Romain Bertrand

Littérature, cinéma, philosophie, ethnologie, histoire : un même basculement, celui-là même du monde qui vient..

Murundak, songs of freedom de Natasha GADD et Rhys GRAHAM

Quand les océaniens eux-mêmes disent le monde, et leur monde. Le Festival international du Film océanien fêtait sa 9e édition à Papeete en février dernier. Avec eux, nous vous proposons le meilleur de leur sélection (voir les pages films à partir de la p. 68).

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Sanjay Subrahmanyan

UN AUTRE ISLAM ? Rencontres avec trois penseurs d’aujourd’hui Christian Jambet

Daryush Shayegan

Est-il encore possible, s’agissant de l’Islam, de sortir du pilonnage idéologique et des idées reçues ? Le déferlement du fondamentalisme, dont on nous dit quotidiennement qu’il est en régression – alors que nous voyons chaque jour aux actualités des foules appelant à la guerre sainte – est tel, les débats si violents, que l’affaire paraît entendue : une religion de part en part politique. Mais ne nous privons-nous pas ainsi de tout moyen de comprendre ce qui est en jeu – et du même coup des moyens de lutter ? Pourquoi l’Islam ? Nous sentons bien qu’au delà des réductions idéologiques, sociologiques, politiques, il y a autre chose, qui nous échappe. Quelque chose qui manque. Peut-être nous manque... Christian Jambet, il y a de cela quelques années, avait enthousiasmé le public du festival par une conférence « Islam spirituel, islam politique ». Nous avons voulu, dans cette année de tumultes, prendre le temps de la réflexion, avec trois penseurs exceptionnels. Quel est ce « mystère » de l’Islam ? Comment s’arracher au diktat du politique ? Mais aussi : que nous dit cet « autre Islam » de la création artistique ? De la liberté ? Mais encore : un «Islam des Lumières » est-il seulement concevable ? Le dernier livre de Christian Jambet Qu’est-ce que la philosophie islamique ? a été salué comme un événement majeur. Le philosophe iranien Daryush Shayegan, dans La conscience métisse, propose une voie de sortie des oppositions Orient-Occident, tradition-modernité. Dans L’islam des théophanies : une religion à l’épreuve de l’art, Souâd Ayada met en lumière un « autre Islam», qui fait de l’œuvre d’art la voie d’accès à une dimension intérieure infinie de la personne : n’est-ce pas à partir de cette « dimension poétique » de l’être humain que peut se construire une pensée pour les temps présents? SAM. auditorium MAUPERTUIS, 15H45 / DIM. salle SURCOUF, 18H / LUN., auditorium MAUPERTUIS, 16h

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DÉCENTREMENT DU REGARD