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Numéro spécial Plus qu’un témoignage d’une époque qui serait révolue, La Marche sonne comme un rappel dans un pays où les langues racistes semblent de nouveau se délier. Avec le Coluche et la Ligue des Droits de l’Homme, nous vous convions à une soirée débat autour de ce film le 13 janvier. La projection, à 19h30, sera précédée d’une collation à partir de 18h30.

En partenariat avec le cinéma Le Coluche

Autre rendez vous le mardi 28 janvier pour les ‘Bobines du Coluche’ consacrées au Mépris de Jean Luc Godard en présence de Benoît Muller, conférencier, qui nous parlera du film, de son réalisateur et de la ‘nouvelle vague’. A tous je souhaite une excellente année 2014 avant d’avoir le plaisir de le faire de vive voix. Marie−Claude Dugas

Le 13 janvier à 19h 30 au Coluche le 28 janvier janvier 18h 30

Collation à partir de 18h30


Synopsis En 1983, dans une France en proie à l’intolérance et aux actes de violence raciale, trois jeunes adolescents et le curé des Minguettes lancent une grande marche pacifique pour l’égalité et contre le racisme, de plus de 1000 kms entre Marseille et Paris. Malgré les difficultés et les résistances rencontrées, leur mouvement va faire naître un véritable élan d’espoir. Ils uniront à leur arrivée plus de 100 000 personnes venues de tous horizons, et donneront à la France son nouveau visage.

Nabil Ben Yadir, réalisateur belge né en 1979 Initié au cinéma par sa mère, Nabil Ben Yadir commence à écrire pour le cinéma dès l'enseignement secondaire. Après une formation en électromécanique à l’Institut René Cartigny d'Ixelles, cet admirateur de Scorsese et de Kubrick s'initie au septième art en devenant interprète, avec des rôles dans Au-delà de Gibraltar de Mourad Boucif ou Le Couperet de Costa-Gavras. En 2005, il réalise son premier court métrage, Sortie de clown, comme un essai préparatoire à son premier long métrage, Les Barons (2009), ou la vie de glandeurs bruxellois pleins de ressources. Cette incursion dans la mise en scène permet à Nabil Ben Yadir de connaître un beau succès d'emblée. En 2013, il réalise son deuxième long-métrage, La Marche, avec entre autres Olivier Gourmet, Hafsia Herzi et Jamel Debbouze.

Rencontre avec le réalisateur Nabil Ben Yadir et les deux comédiens Tewfik Jallab et Olivier Gourmet. Quand avez-vous pris connaissance pour la première fois de cette "Marche pour l’égalité et contre le racisme" ? Nabil Ben Yadir : Je vivais en Belgique et n’avais que 4 ans à l’époque. J’avais des souvenirs du rassemblement à Bastille et à Montparnasse, mais j’ai su plus tard qu’il s’agissait à l’origine d’une marche. Alors, quand j’ai découvert la véritable histoire de ces jeunes, je me suis dit : "Mais il faut en faire un film, les gars ! C’est une histoire cinématographiquement extraordinaire ! Ils partirent à 10 et arrivèrent 100 000, c’est du Corneille !" Curieux que je suis, je m’en voulais de ne pas connaître cette histoire. Comment se fait-il que je sois passé à côté ! En même temps, cela fait 30 ans que les gens passent à côté. Tewfik Jallab : Pour ma part, j’ai appris l’existence de cette marche lorsque j’ai reçu le scénario, et, pour moi, cela a été une révélation. Ensuite, je me suis documenté en regardant des images d’archives. Puis, j’ai rencontré Toumi Djaïdja à Lyon, au quartier des Minguettes, pour préparer le rôle, pour m’imbiber de sa personnalité et de l’endroit où les événements ont eu lieu. Cela a été une rencontre incroyable, mais j’ai pensé : Voilà, je connais l’histoire de Malcolm X et de Nelson Mandela par cœur


et, lui, je ne le connais pas. C’est dommage de ne pas l’avoir rencontré plus tôt et que la France ne l’ait pas rencontré plus tôt. Réaliser ou jouer dans La Marche est-il, pour vous, un moyen de lutter contre l’oubli, d’accomplir un devoir de mémoire ? Olivier Gourmet : J’ose le dire : La Marche est un film d’intérêt public. Certes, il ne va pas changer la face du monde, mais si à travers lui on parvient à sensibiliser ne serait-ce que deux personnes, quelque chose aura alors été accompli, un mouvement aura été amorcé. Le film ne dispense pas une leçon de morale mais essaie d’être proche de ces marcheurs, de leur mouvement, de leur discours, qui est un message d’amour, mais aussi une demande d’amour lancée à la France. N. B. Y. : J’ai souhaité faire un rappel de l’Histoire et rendre à Toumi ce qui appartient à Toumi. Mais, pour moi, le moteur principal reste le cinéma. Si l’histoire originelle ne tenait pas, si n’était pas cinématographique, on n’en aurait pas fait un film mais un documentaire. Le cinéma est une caisse de résonance magnifique, ce que les Américains ont compris depuis des années, au-delà du fait que ce soit une grosse industrie. T. J. : C’est l’une des raisons pour lesquelles nous faisons ce métier de comédien: évoquer des sujets forts, faire passer des messages et remettre l’histoire à jour. J’ai envie que la Marche soit inscrite noir sur blanc dans les manuels scolaires, qu’elle fasse partie de l’enseignement. Mais mon métier consiste aussi à distraire les gens. Le film n’est pas uniquement basé sur cette lutte pour l’égalité. Je le vois également comme un road movie dans les années 1980. Avec ce film, nous essayons, et je crois que le pari est réussi, de rendre hommage aux marcheurs, de parler de cette jeunesse des années 1980 un peu utopiste qui luttait pour l’égalité avec une forme de naïveté. Il faut qu’on montre aux jeunes que Tony Montana n’est pas le seul exemple. La Marche sort également dans un contexte où, en France, la parole raciste semble de nouveau se libérer. Le film peut-il inciter des jeunes aujourd’hui victimes de racisme à entreprendre ce même genre de démarche ? N. B. Y. : Est-ce que je pense qu’on devrait marcher encore en 2013 ? Oui, parce que la lutte pour l’égalité et contre le racisme est un chantier permanent. En même temps, on ne peut pas résumer la France à des unes de magazines dont je tairais le nom ici pour ne pas leur faire de publicité. Je n’y reconnais pas la France que j’ai parcourue durant le tournage. Le problème, c’est qu’on met davantage en lumière ceux qui crient que ceux qui parlent. La France qui accepte cette France multicolore et multiculturelle n’est pas assez sensationnelle pour qu’on la montre dans les journaux télévisés. Celui qui véhicule un message de paix s’inscrit moins dans le sensationnalisme que celui qui hurle à la haine. Des "Christian Delorme" il y en a aujourd’hui, il faut simplement leur donner la parole, leur tendre un micro.


O. G. : Nous ne partageons pas tous le même diagnostic sur la question du racisme en France. Jamel (Debouzze, qui joue dans le film) par exemple, pense qu’il y en a moins qu’il y a 30 ans. Oui, on dénombre moins d’actes de violence - nous n’en sommes pas à " l’été meurtrier" de 1983 où un crime raciste était commis tous les deux jours -, mais je pense que le retour du nationalisme et les élans communautaires favorisent le racisme. Le film le montre : à l’époque de la Marche, il n’existait pas ou peu de clivage religieux. On sortait encore de 1968, il y avait encore un élan, des cheveux longs et des idéaux. Aujourd’hui, ce serait peut-être plus compliqué de rassembler catholiques et musulmans au sein d’un même mouvement. Tewfik Jallab, après Né quelque part qui raconte les mésaventures d’un jeune Français dans le village algérien dont sont originaires ses parents, et aujourd’hui La Marche, ne craignez-vous qu’on vous abonne à ces films abordant les questions sociétales et identitaires T. J. : Si je peux toujours faire un film qui évoque des démarches positives, qui retrace le combat d’une génération en faveur de droits dont nous jouissons aujourd’hui, je le ferai. Mais je cherche autre chose aussi. En jouant dans Indigènes, Jamel Debbouze met en lumière la condition des tirailleurs lors de la Seconde Guerre mondiale, mais divertit également les gens avec Astérix ou le Marsupilami. C’est la manière dont je vois mon métier : toujours lier les deux. J’aimerais bien tourner, par exemple, pour un film de cape et d’épée ou de science-fiction. La Marche, d’ailleurs, relève un peu de la science-fiction. Marcher de Marseille à Paris dans le froid pour lutter contre le racisme, quand on lit le scénario, on se dit : Mais, ce n'est pas possible ils ont vraiment fait çà !.


Synopsis Paul Javal, scénariste, et sa jeune femme semblent former un couple uni. Un incident apparemment anodin avec un producteur va conduire la jeune femme à mépriser profondément son mari.

Le réalisateur, Jean Luc Godard Réalisateur suisse né en 1930, Jean-Luc Godard fait des études d'ethnologie à Paris. A la Sorbonne, il rencontre les "jeunes Turcs" du cinéma français : Truffaut, Rivette, Rohmer, avec qui il rédige des critiques dans la revue des Cahiers du cinéma. La sortie de son premier long métrage en 1959, A bout de souffle, en fait l'un des réalisateurs phare de la Nouvelle Vague. Dès lors, il va chercher à réinventer la forme narrative du cinéma, à travers de nombreux films : Une femme est une femme (1961), Le Mépris (1963), Pierrot le fou (1965). Il expérimente ensuite la vidéo. En 1980, il revient à un cinéma plus grand public qui attire des acteurs de renom. Il est sélectionné au Festival de Cannes trois fois pour Sauve qui peut la vie (1980), Passion (1982) et Détective (1985) et obtient le Lion d'or au Festival de Venise pour Prénom Carmen. Dans les années 1990, Godard fait un retour à l'expérimentation avec Eloge de l'amour. Dans sa perpétuelle volonté de "peindre les choses qui sont derrière les choses", Jean-Luc Godard est un véritable novateur qui a marqué l'histoire du cinéma français

Brigitte BARDOT, actrice française née en 1934. Poussée par son père vers des études de musique et de danse, Brigitte Bardot apparaît pour la première fois dans le magazine Elle alors qu'elle n'a que 15 ans. Elle touche au cinéma avec Le Trou normand en 1952, année où elle épouse le réalisateur Roger Vadim, malgré un refus parental. Leur union dure cinq ans, mais lui permet d'être propulsée vedette, grâce au film Et Dieu créa la femme et au scandale provoqué par la façon dont son mari l'utilise à l'écran. Elle épouse en 1959 l'acteur Jacques Charrier, une brève union dont est issu son unique garçon, Nicolas. Incapable de l'élever, il est confié à son père.


Elle joue aux côtés de Sami Frey, Simone Signoret et Alain Delon. En 1961, notre Bardot nationale connaît une nouvelle vague de succès grâce à la chanson Brigitte Bardot d'un jeune Franco-argentin, un 45 tours qui fait le tour du monde. Jean-Luc Godard la dirige dans Le Mépris aux côtés de Michel Piccoli. Elle se marie à l'industriel allemand Günter Sachs. Les succès cinématographiques s'enchaînent, elle touche aussi à la musique avec Gainsbourg qui abuse de son côté mi-ange, mi-démon. De Gaulle, tombé sous le charme, lui propose de devenir la nouvelle Marianne. Elle se retire du show-business, avant de revenir en 1986 avec sa fondation pour protéger les droits des animaux. Retirée dans sa résidence tropézienne, la Madrague, Brigitte Bardot épouse en quatrième noce Bernard d'Ormales. En 2003, la presse fustige la sortie de son livre Un cri dans le silence.

Michel PICCOLI, acteur et réalisateur français né en 1925. Issu d'une famille de musiciens avec une mère pianiste et un père violoniste, Michel Piccoli évolue, à son tour, dans la voie artistique mais vers le cinéma. A 20 ans, il est figurant dans un film de Christian Jaque. Sa carrière peut se résumer par des évolutions constantes, des expériences enrichissantes, des rencontres multiples. Dans les années 1960, il tourne pour Roger Vadim ou encore Hitchcock. D'autres grands réalisateurs croiseront sa route tels qu’Oliveira, Godard ou Sautet. Dans les années 1970-1980, Michel Piccoli interprète des personnages plus troubles, quitte à déplaire au public qui le découvre noir, cynique, voire méprisant comme dans Les Noces rouges. En 1991, l'acteur passe de l’autre côté de la caméra avec le court métrage Contre l'oubli, puis Train de nuit, en 1994. En 1997, sort son premier long métrage, Alors voilà. De cette expérience, Michel Piccoli tire une certitude : Je ne veux pas être élitiste, mais je sais que je serai incapable de réaliser quelque chose qui plairait au plus grand nombre. Depuis quelques années, l'acteur réalisateur monte sur les planches, notamment pour une pièce de Sacha Guitry intitulée Jalousie. Michel Piccoli, c'est avant tout 170 films (dont Le Mépris, Cent et une nuits) en 60 ans de carrière. Une figure emblématique du cinéma français qui revient à la réalisation en 2006 avec Ce n'est pas tout à fait la vie dont j'avais rêvé. Alliant ses deux passions, Michel Piccoli continue de tourner pour de grands noms : Jacques Rivette (Ne touchez pas la hache), Manoël de Oliveira pour Belle toujours, Le Miroir magique ou Jane Birkin pour Boxes.


NOS PROCHAINS RENDEZ− −VOUS lundi 13 janvier film à 19h30

La Marche de Nabil Ben Yadir

Collation à partir de 18h30

En présence de marcheurs de 1983

Cinéma « Le Coluche » (« Scènes et Cinés ») en partenariat avec la LDH

Mardi 28 janvier à 18h30

Le Mépris de Jean Luc Godard

Cinéma « Le Coluche » (« Scènes et Cinés »)

En présence de Benoît Muller, conférencier Vous prenez plaisir à découvrir l’éventail des genres offerts par le 7ième art. Alors, venez rejoindre notre association « Et le Ciné Va » afin d’aiguiser votre regard et d’affiner votre sens critique. Venez découvrir des films magnifiques et en débattre avec nous. participez au concours mensuel pour compléter vos connaissances et gagner des places de ciné ! enfin, bénéficiez de tarifs attractifs : un carnet de dix places à 47€ au lieu de 53 € les retransmissions d’opéras ou ballets en direct à 10€ au lieu de 14€ l’entrée gratuite aux conférences musicales introductives des opéras et ballets (au lieu de 3€)

Numéro Spécial janvier 2014