Page 1

Les Templiers 2013 : Retour de Croisade - Tome 1 Ca y est, l'heure fatidique approche, avec 3 heures de sommeil seulement (la fin de course risque d'être faite en somnolant!!), Au gîte, ça fourmille. Le TriAventure est bien représenté pour ces 19e Templiers ; nous sommes six à prendre le départ : David, Renaud, Luc, Olivier, Rémy et moi. Chacun est dans sa bulle, à effectuer son process (la chaussure gauche en premier, toujours!!). Et tout à coup, il faut partir. Une petite photo pour la route. Alea jacta est...

David nous remonte au petit trop sur la ligne de départ et très vite les fumigènes illuminent la nuit donnant le top départ à 5h15. Pas le temps de cogiter, même pas d’émotion particulière. Le serrement de cœur et les larmes aux yeux, je l’ai eu la veille, lors du départ de La Monna Lisa avec en fond, la musique d’Era. Ça fout les boules !! Cette course que je vais vivre, me fait penser à certains ouvrages littéraires qui ont un côté «ultra» également. Le premier est un livre que je suis en train de lire. HungerGame. Dans un futur, des jeunes sont « prélevés » pour s’entre-tuer ; le gagnant est le dernier, bien entendu. Un autre récit, écrit par Stephen King, est Marche ou crève ; c'est un peu pareil, sauf que ces jeunes doivent marcher et ne jamais s'arrêter, sinon, la sanction tombe : une balle dans la tête... Ça va me donner du courage, ne rien lâcher !!!! Je suis en bonne compagnie (bras dessus, bras dessous) avec Luc et Renaud. Sur les conseils avisés de David et JeanClaude, nous partons tranquillement et quand ça commence à monter légèrement, nous marchons. Nous nous faisons alors doubler de toute part ; nous sommes les seuls à marcher. Je donne rendez-vous à toutes ces personnes un peu plus tard sur le parcours. Nous quittons le bitume et la première difficulté arrive à la sortie de Carbassas. Pour gagner le plateau, il nous faut monter un chemin plein de caillasses et à cela s'ajoute une chaleur digne d'un 15 août à 13h00 alors qu'il est à peine 6h00 du matin fin octobre !! Des gouttes de sueur tombent de mon front toutes les deux secondes (on nous a annoncé 80 % d'humidité) !! Sur les hauteurs, la fraîcheur nous fait un bien fou. Il fait encore nuit et c'est à cet endroit que je perds de vue Renaud puis Luc.


Le jour pointe le bout de son nez. La descente vers Peyreleau et le premier ravitaillement sont passés (très rapide car il n'y avait plus d'eau... c'est la panique chez les trailers). Direction St André de Vézines ; il y a un monde fou dans ce début de côte et je m'englue dans la montée en monotrace. Dès que ça s’élargit, je chausse les bottes de sept lieux et la remontée fantastique commence. Les côtes se font au pas de charge quand les autres coureurs marchent doucement et je les « avale » aussi goulûment dans les descentes. JC m'avait parlé de champignons préhistoriques ; « Oui JC, bien sûr ! Tu as dû en consommer un max en forêt de Fontainebleau des champignons !!». Mais force est de constater qu'il avait raison. Je vois maintenant à quoi il faisait allusion. De gros cailloux sorties de terre aux formes bizarres ; je passe également sous l'arc de triomphe, version Millau !!


A la sortie du ravitaillement n° 2, je croise Olivier qui galère avec son estomac. Il sert les dents et continue au courage. Nous n'en sommes qu'au km 31. Ophélie, Geoffrey et Jean Claude m'attendent à un endroit improbable, au milieu de nulle part et inaccessible !!! Ça me fait chaud au cœur et ça me regonfle le moral, même si, à ce moment-là, tout va pour le mieux.


Ce n'est que du plaisir ; ça monte, ça descend, ça relance, pratiquement pas de temps mort. Je maîtrise le sujet (pour le moment!!!) sans -trop- forcer et je suis comme un enfant dans un magasin de jouets. Arrivée sur les hauteurs de Roque Ste Marguerite, la vue est imprenable sur ce village où coule la Dourbie. Une fois le pont passé, ça remonte fort, en deux temps, vers Pierrefiche et le 3e ravitaillement. Les ravitos se font rapidement pour ne pas perdre trop de temps, mais je n'oublie pas de m'alimenter très souvent.

Tout au long du périple, je me crée des pauses régulières pour prendre des photos de ce paysage magnifique. Je ne peux pas ne pas m'arrêter et faire semblant de ne pas voir ces cartes postales grandeur « nature ». Je voudrais rester là, à contempler cette splendeur mais à chaque arrêt, c'est par dizaine que l'on me double ; alors pas question de s'endormir car il va falloir repasser tout ce petit monde. Ce qui n'est pas chose aisée car il y a de plus en plus de « promeneurs » dans cette course où le monotrace est roi. Jusqu'à vingt, trente runners viennent s’emplâtrer sur ces personnes et doubler prend un temps fou. Clignotant à gauche, mode cabri engagé et je saute d'un groupe à l'autre.


Ça commence à se corser. La descente jusqu'à Massebiau (km 61,5) est énorme, raide, longue, usante, cassante. Mes orteils n'ont pas le temps de se reposer, je me demande comment je vais les retrouver à l'arrivée et je ne sais plus comment les placer dans les chaussures pour atténuer la douleur... Les quadris ne sont pas en reste également. Jean Claude nous avait pourtant prévenus : « Il faudra être frais jusqu'au 55e car après ça se corse ». Il avait effectivement raison le vieux renard, aligné sur l'Endurance trail (105 km, 110e sur 521 arrivants, en 15 heures et 9e V2 !!). Après la descente, c’est plein de monde qui crie mon prénom (écrit sur mon dossard ; et oui je ne suis qu'un illustre inconnu en fait !). C’est extra !! Je relance et passe le pont de Massebiau. Même si ça pique, le moral est bon et j'ai le plaisir d'être accueilli par Isa et Ophélie. Elles sont en mode Formule 1. Elles connaissent leur rôle sur le bout des doigts : encouragements, joie, ravitaillement, conseils... C'est un encadrement au top. Ophélie court même à mes côtés pendant quelques minutes, discute, me distille quelques conseils. Cela, ajouté à un public « In fire », me donne l'impression d'être une grosse pointure du Tour de France. C'est énorme !!!

Mais je redescends très vite de mon piédestal, car la montée à la ferme du Cade est le début de ma souffrance. Je décide de sortir les bâtons pour alléger le bas du corps. Cette côte est interminable, abrupte à souhait et beaucoup s'arrêtent en cours de route pour récupérer. Nous sommes tous à la queue leu-leu, un vrai serpent de mer à l'agonie. Finie les fanfaronnades ! Et personne ne la « ramène », concentré sur


sa respiration et ses jambes qui brûlent. Arrivée en haut, je suis cramé, comme tout le monde d'ailleurs. Après 3 km d’ascension en presque 1h15, la ferme du Cade, le dernier ravitaillement et la dernière barrière horaire sont franchis. Ca y est, ça sent bon, la fin est proche, plus que 7 km environ. Allez, une petite soupe et au lit !! Une petite soupe seulement, car j'ai mal assimilé le parcours et ce que je croyais être une dernière petite bosse est en fait la cerise sur le gâteau (j'aime pas les cerises !!!). La grotte du hibou, ça se mérite (j'ai même pas vu cette fichue bête en plus !!) ; il faudra passer un mur de presque 2 km avec des marches hautes comme ça... Personne n'en croit ses yeux et tout le monde pioche dans ses dernières réserves et est au supplice. Je suis fatigué et mes jambes ne sont que douleurs. Puis, je sprint dans la nuit, dans une autre descente vertigineuse (même carbo, pas moyen de se faire doubler par qui que ce soit et si je peux en prendre deux ou trois... je sais : quel est l'intérêt ? Me direz-vous) . La dernière, qui m'emmène vers la ligne d'arrivée et cette foule anonyme qui m'applaudit et ces minots qui me tendent la main. C'est fort, très fort. Que d'émotions. Que de fatigue et de douleurs. Les larmes me montent aux yeux mais je les chasse vite car je suis FINISHER du Grand Trail des Templiers. 12H50. 1160 sur 2500. Veni, vidi, vici. Ce premier Ultra est une réussite et en appel d'autres...

Un grand merci au groupe composé de Isa, Mimi, Suzanne, Ophélie, Geoffrey, Jean Claude et sa femme, Didier, David, Renaud, et Luc. Les filles ont été « énormes » sur l'intendance au gîte et sur le terrain, tandis que David, Didier et JC nous ont coachés d’une main de maître avec tous ces petits conseils bien avisés. Ce gros week-end durant lequel nous nous sommes tous soutenus lors des différentes épreuves a été magique. A bientôt pour de nouvelles aventures, Benoît 'TiBen' Malet

Retour de croisade tome 1 triaventure  

Trail