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Bureau de dépôt de Liège X - Bimestriel - P104033

L

novembre & décembre 2012 | n° 94 | 6,50 €

Slow press

es coopératives

Vers un super réseau éolien en mer du Nord

Réveiller l’envie

d’entreprendre

Du cap Nord à Istanbul à vélo

Des justices alternatives en Belgique et au Sud

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00940

‡ Bio : les semences entrent en résistance ‡De la démocratie chez les animaux ‡0HWWUH¿QDX[FRQÀLWV du Congo


Cera

Beaucoup d’entre nous rêvent d’exercer un travail utile, qui participe à notre développement personnel et à celui de notre communauté, et dans lequel nous serions des acteurs concernés et reconnus. Mais comment y arriver ? Comment oser se lancer ? Où trouver les fonds et les compétences nécessaires ? La coopérative – une formule pour laquelle on observe un certain regain d’intérêt – est une belle manière de réveiller l’audace et l’envie d’entreprendre. Et d’apporter ses talents pour contribuer au remaillage indispensable d’un tissu économique et social délabré.

Soutenir les coopératives, c'est aussi contribuer à construire un monde plus juste !

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2

Tout est bon

C

rise, hausse du chômage, récession, stagflation, austérité… Tout ce qui touche à l’économique et au social est particulièrement sombre cet automne. Alors quoi, déprime généralisée ? Heureusement non, car toujours des alternatives existent. Dans le monde de l’entreprise comme ailleurs… Nous l’avons déjà dit et répété, mais les piqûres de rappel ne sont pas inutiles en ces temps difficiles : la crise peut aussi offrir de belles opportunités. Celle notamment de devenir plus conscients de ce qui est important pour nous, pour la communauté. De voir plus clair quant à nos envies : comment donner du sens à mon travail et mes actes, comment ne pas me laisser réduire à n’être qu’un simple consommateur, comment « prendre les choses en main et cesser de laisser tout se passer au-dessus de nos têtes », comme le dit justement Matthieu Vanhove, président du Conseil national de la coopération (lire notre dossier p.10 à 19). Biodiversité Notre imaginaire concernant le monde de l’entreprise privée n’est pas très varié. Grosses boîtes ou petites PME, nous les voyons mues principalement par le profit, d’un patron ou d’actionnaires, usant d’un système hiérarchique où chacun reste à sa place et où les décisions sont celles de quelques-uns, exécutées ensuite par les autres. Pourtant, d’autres modèles existent, et en économie comme ailleurs, la diversité est un plus. Renforcer cette dernière est en soi bénéfique, alors pourquoi ne pas profiter de la crise du système – ou au moins de ses difficultés – pour changer les choses, essayer de développer d’autres formules ? Il y en a en tous cas une qui fait régulièrement ses preuves : la coopérative. Si elle reste relativement peu connue chez nous, si un parfum un peu poussiéreux flotte encore autour d’elle, en d’autres endroits de la planète la coopérative est tout à fait florissante et d’actualité, et elle imprime une vraie dynamique positive à la société tout entière. Peut-être serait-il temps de nous y mettre sérieusement. Bien entendu, la coopérative n’est pas la panacée à tous les maux, et il ne suffit pas d’en fonder une pour s’assurer de sa pérennité et de sa réussite. Mais elle apporte bel et bien des réponses justes à la crise actuelle. Nous sommes, chacun le sent de manière plus ou moins diffuse, victimes d’une

espèce de déconnexion entre l’économie, la finance et la réalité. D’énormes sommes d’argent se brassent dans des sphères virtuelles, des biens inutiles sont produits par millions. Toujours plus grosses, les entreprises ou les banques agissent sans aucun égard pour leurs travailleurs ou leurs petits clients… « On nous parle d’économie réelle et d’économie financiarisée, remarque Matthieu Vanhove, il n’y a pourtant bien qu’une seule et même réalité ! » Dynamiser un tissu économique local, proche, qui répond à de vrais besoins, à des demandes concrètes, c’est remettre en quelque sorte l’économie sur ses pieds, c’est s’ancrer dans la réalité. Et dynamiser le tissu au moyen de coopératives, c’est replacer l’économie et l’entreprise au service de l’humain, et non l’inverse. Une coopérative est ancrée dans son environnement local. Celles qui réussissent le font souvent parce qu’elles sont portées par une communauté d’idées ou de besoins, l’incarnation d’une identité culturelle et sociale, ou encore celle d’un quartier ou d’une région. L’incitation à participer qui est au cœur de la coopérative (tous les coopérateurs sont invités à prendre part au moins à l’assemblée générale, en suivant souvent le principe démocratique « un homme, une voix ») la rend proche de nous et plus concrète. Une coopérative (1) n’est pas là dans le but de faire du profit pour le profit. Dans le cas d’une coopérative de travailleurs (2), c’est l’emploi, son maintien, sa qualité, son sens, qui est au cœur du projet : les travailleurs sont conviés à prendre part aux décisions, à débattre des orientations de l’entreprise. Si l’on prend l’exemple d’une coopérative de consommateurs (3), c’est le fait de répondre le mieux possible aux besoins partagés par le groupe qui est le fondement de l’entreprise. Lorsqu’il y a bénéfice, il est souvent en partie injecté dans des projets communautaires, sociaux, culturels, environnementaux, et rejaillit ainsi sur tous. L’intérêt collectif prime toujours sur l’intérêt individuel – ce qui parfois ne va pas sans problème, mais est tellement plus riche, même s’il est aussi profitable dans certains cas d’avoir une personne moteur, qui possède une vision et sait la faire partager. S’emparer des grands enjeux En ces temps de pertes d’emplois, de richesses (pour certains…) et de solidarité, participer au mouvement coopératif, en créant des coopératives ou en y prenant des parts, ou encore en en faisant


Edito

par Laure de Hesselle

dans la coopération la publicité, en les favorisant en tant que clients, est une vraie réponse à la crise. « Il nous faut nous réemparer des grands enjeux, des questions sociétales : l’équitable, le bio, les énergies renouvelables, les liens intergénérationnels, l’exclusion sociale… Et montrer qu’on peut faire de l’économie orientée autrement, estime Benjamin Huybrechts, chargé de cours à HEC-ULg, spécialiste de l’économie sociale. On ne va peut-être pas changer le monde avec des coopératives, mais elles peuvent être des laboratoires, dont les principes percoleraient ensuite ailleurs. » Les domaines dans lesquels des opportunités sont en germe ou fleurissent déjà sont multiples, l’énergie, les services, le logement, la santé… Et alors que l’Etat se désengage de divers secteurs sous prétexte d’économies à réaliser, laisser le privé s’y installer n’est pas une solution viable, sous peine de voir le fossé entre riches et pauvres se creuser dramatiquement. Les coopératives, avec leur modèle hybride, sont tout indiquées pour ces secteurs. Les frémissements sont là, l’engouement pour les coopératives citoyennes d’énergie éolienne en sont un très bel exemple. Et les initiatives actuelles ont la plupart du temps pour point commun d’être orientées vers l’intérêt général, et pas seulement vers celui des membres. Mais il faut encore y mettre un coup : selon une étude publiée par McKinsey, le nombre de créations d’entreprises en Belgique est aujourd’hui inférieur de 28 % (!) à la moyenne européenne (4). L’esprit d’entreprise nous manque, c’est certain, mais peut-être nous viendrait-il plus aisément en nous rassemblant pour monter des projets à plusieurs ? Et participer ainsi à la création d’activités économiques, de richesses collectives et pas seulement individuelles. Augmenter la visibilité des coopératives, aider à leur création en les simplifiant, en leur donnant des avantages fiscaux plus importants par exemple, développer des cours sur l’esprit coopératif dans le secondaire et le supérieur, tout cela amorcerait bon nombre de projets pour demain. Un argent qui vit Chacun d’entre nous ne va pas se métamorphoser en entrepreneur-coopérateur, c’est évident. Malgré tout, chacun peut donner un coup de pouce au mouvement. En devenant client de coopératives, bien entendu, mais aussi en devenant « investisseur ». En acquérant des parts, on peut participer à une aventure intéressante, faire vivre son argent dans des projets tangibles et positifs, l’y faire fructifier socialement et parfois financièrement.

Une économie qui donne envie es Belges économisent comme ils ne l’ont jamais fait, le chiffre atteint aujourd’hui 20 milliards d’euros par an. Au premier trimestre de cette année 2012, les actifs des foyers belges s’élevaient à 966,3 milliards d’euros, ce qui constituait un record historique. Les dettes de ces mêmes foyers se montaient, elles, à 206,9 milliards d’euros, qui sont pour 80 % des emprunts immobiliers. L’actif net total des ménages était donc de 759,4 milliards d’euros. Un formidable atout pour notre économie ! Encore faudrait-il mieux le valoriser, c’est-à-dire moins le conserver dans notre jeu, comme poire pour la soif ou par peur du lendemain. Dans ce contexte d’épargne très substantielle, les entreprises coopératives constituent un outil à la disposition de tous les citoyens pour lancer des activités dans des secteurs d’avenir. On pense notamment à toute la filière agro-alimentaire bio et/ou locale, à la rénovation de notre parc de logements (isolation, chauffage… ), à la production d’énergie (éoliennes, digesteurs, hydroélectricité…), aux nouvelles applications liées aux technologies de l’information, aux transports doux et alternatifs, à la santé et au bien être physique et mental, ainsi qu’à la culture. A l’heure où les nouvelles idées et les nouveaux projets fleurissent un peu partout, où les générations montantes éprouvent des difficultés à trouver un emploi décent, correctement rémunéré et surtout porteur de sens, le temps est venu de donner un coup de pouce au développement des sociétés coopératives. En facilitant leur création, en favorisant leur capacité d’investissement, en instaurant, dans le cadre de la transmission ou de la reprise d’entreprises, un droit préférentiel pour les projets portés par les salariés, une mesure prévue en France dans les mois à venir. Face au vent de désindustrialiation qui souffle sur l’Europe, alors que des grands patrons comme Mittal peuvent fermer des entreprises et jeter des milliers de travailleurs à la rue sans même que personne ne puisse se porter candidat repreneur (qu’est-ce que les politiques attendent pour légiférer à ce propos ?), une des voies d’avenir pour redevenir progressivement maîtres de notre économie est le développement des coopératives. Cette forme d’entreprise est par essence transparente, solidaire et au service de ses coopérateurs, qu’ils en soient salariés et/ou clients. En ces temps de mondialisation, les coopératives forment une économie qui n’a rien à cacher et qui donne envie d’y participer. ■ A.R.

L

Cela peut également se faire de manière plus indirecte, en plaçant nos économies dans des institutions comme Crédal, Cera ou Triodos, qui aident à la création de coopératives. Les banques classiques ont globalement fait preuve de cynisme, d’imprudence, d’absence d’éthique, et ne sont pas promptes à aider les petits créateurs d’entreprises (encore moins lorsqu’il s’agit d’une coopérative). Alors autant reprendre en main notre épargne, très importante en Belgique, faut-il le rappeler (5), et la transformer en une énergie positive et collective ! Une nouvelle banque (la bien nommée New B) serait d’ailleurs dans les cartons de quelques associations, dont le Réseau financement alternatif… Pour une finance qui entre en résistance ! ■

(1) Du moins celles qui fonctionnent vraiment selon l’esprit coopératif. La majorité des coopératives belges ne le sont en effet que pour des raisons techniques ou financières et n’appliquent pas la philosophie coopérative (lire notre dossier). (2) Qui est fondée (puis gérée) par ses travailleurs, soit en récupérant leur entreprise en faillite, soit en la créant de toutes pièces. Ils en détiennent les parts, font partie de l’assemblée générale et du conseil d’administration. (3) Où ce sont donc plusieurs personnes qui se rassemblent pour obtenir des prix plus justes grâce à leur nombre et à la suppression d’intermédiaires. Les clients sont alors également coopérateurs, ils sont conviés à l’AG et représentés au CA. (4) La Libre Belgique du 27 septembre 2012. (5) L’encours des livrets et des comptes à vue représentait 290 milliards d’euros en mars 2012, selon une étude d’ING.

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Sommaire

Edito Tout est bon dans la coopĂŠration

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Ethologie-Science De la dĂŠmocratie chez les animaux

Chronique Dutroux au couvent, Charlie Ă la mosquĂŠe par Claude Semal

9 Les dessous de notre assiette

28

En couverture

La tomate et le haricot

La planète coop

10

‡/HVHQWUHSULVHVFRRSpUDWLYHVXQWUDYDLO GpPRFUDWLTXH

Agriculture bio

30

Les semences entrent en rĂŠsistance

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Des justices alternatives ‡/HVFRRSpUDWLYHVpROLHQQHVHWGH FRQVRPPDWHXUV ‡9LQGH/LqJHoDURXOH

Politique

En Belgique ‡(YLWHUOHSURFqVHWKXPDQLVHUODPDFKLQH MXGLFLDLUH ‡5pVRXGUHSDFL¿TXHPHQWVHVFRQÀLWVHQ GHKRUVGHODMXVWLFH Au Sud ‡$X3pURXOHVURQGHVSD\VDQQHV ‡$X5ZDQGDOHVFRPLWpVDEXQ]LDSDLVHQWOHV FRQÀLWVIRQFLHUV ‡/HVŠFRPPLVVLRQVYpULWpªSRXUUpFRQFLOLHU XQHQDWLRQ

32

20

Qui a gagnÊ les Êlections ? 'HOœLPSRUWDQFHGXŠFDGUDJHªGHVUpVXOWDWV

RĂŠcit

38

Environnement La participaction citoyenne

Chronique

22 49

Energie Vers un super rĂŠseau ĂŠolien en mer du Nord

24

$X[FRQÂżQVGHOÂś(XURSHGXFDS1RUGj Istanbul, 10 000 km Ă vĂŠlo

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Le magazine de la mÊtamorphose Êcologique Imagine demain le monde paraÎt six fois par an, en janvier, mars, mai, juillet, septembre et novembre. CrÊÊ en 1996 et gÊrÊ depuis 2002 par l’Êquipe qui le rÊalise, Imagine est indÊpendant de tout groupe de presse ou parti politique. RÊsolument tournÊ vers l’Êmancipation citoyenne, le magazine traite de sujets se rapportant à l’Êcologie, aux relations Nord-Sud et aux grandes questions de sociÊtÊ. Clôture de la rÊdaction de ce numÊro le 12 octobre 2012. Le prochain numÊro sortira dÊbut janvier 2013.

Adresse, tĂŠlĂŠphone, fax et courriel 23, rue Pierreuse/ B-4000 Liège TĂŠl : 04 380 13 37 / Fax : 04 225 94 27 info@imagine-magazine.com - www.imagine-magazine.com TVA : BE 0479.486.737 RĂŠdaction Laure de Hesselle (ldh@imagine-magazine.com) Jean-François Pollet, chef de rubrique Nord-Sud (jfp@imagine-magazine.com) AndrĂŠ Ruwet, rĂŠdacteur en chef (andre.ruwet@imagine-magazine.com) Chroniqueurs et collaborateurs rĂŠguliers Etienne Bours, Jean Cech, Thierry Detienne, Jean Faniel, Christophe Haveaux, Philippe Lamotte, Isabelle MassonLoodts, Geoffroy Matagne, ValĂŠrie Mostert, AmĂŠlie Mouton, FrĂŠdĂŠrique Muller, Claude Semal, Pablo Servigne, Pierre Titeux , Sandrine Warsztacki et Arnaud Zacharie Ont ĂŠgalement collaborĂŠ Ă ce numĂŠro Claude Marthaler, Pablo Michelena, Jean-François PĂźtz, Illustrations - Julie Graux, Kanar, Manu et Stiki Corrections - Claude BouchĂŠ Partenaires rĂŠdactionnels CNCD-11.11.11 & IEW Abonnements et gestion ďŹ nancière Pascale Derriks - TĂŠl : 04 380 13 37 info@imagine-magazine.com

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Couverture Sophie Goblet – Scalp RÊgie publicitaire Expansion Partners - rue de Jausse, 109 B-5100 Wierde - Namur JoÍlle Goormans: 081 40 89 80 - 0474 32 60 09 joelle.goormans@expansion.be Tarifs sur demande ou consultez notre site www.imagine-magazine.com Graphisme SCALP - TÊl : 04 234 94 89 - info@scalp.be Impression +LIEMOs%UPEN ImprimÊ à 6000 exemplaires avec des encres vÊgÊtales sur papier 100 % recyclÊ et blanchi sans chlore Routeur Access - Parc industriel des Hauts-Sarts 25, rue d’Abhooz - 4040 Herstal - 04 256 50 03 Distribution AMP - Bruxelles (kiosques et librairies) Editeur responsable AndrÊ Ruwet 23, rue Pierreuse/ B-4000 Liège Les textes publiÊs peuvent être reproduits, après autorisation Êcrite de la rÊdaction.

5 Zoom 44 Vivre bien 45 Coups de cœur culturels 50 Agenda 51 Livres

Abonnements BELGIQUE : 35 â‚Ź Etudiants ou chĂ´meurs : 25 â‚Ź (envoyer une copie de la carte) 3 formules possibles s!BONNEMENTPARDOMICILIATION 1 an Ă 33 â‚Ź pour 6 numĂŠros. Grâce Ă  cette formule, vous recevrez Imagine sans vous soucier de l’ÊchĂŠance de votre abonnement. C’est aussi la formule la plus efďŹ cace. Elle ĂŠvite l’oubli, les dĂŠmarches administratives inutiles et nous ĂŠpargne des frais de rappel coĂťteux. Bien sĂťr, vous restez libre d’interrompre votre domiciliation Ă  tout moment, en le signalant Ă  votre banque. Une carte Ă  complĂŠter se trouve dans ce magazine. s!BONNEMENTPARVIREMENTBANCAIRE 1 an Ă  35 â‚Ź pour 6 numĂŠros Paiement par virement bancaire, par Paypal ou pcbanking (via www.imagine-magazine.com ) Le montant de l’abonnement est Ă  verser au compte Triodos 523-0402306-25 ou Fortis 001-3917998-50 Ă  l’ordre d’Imagine demain le monde 23, rue Pierreuse/ B-4000 Liège

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EUROPE : 55 â‚Ź (6 numĂŠros) RESTE DU MONDE : 60 â‚Ź (6 numĂŠros) Paiement par via Fortis 001-3917998-50 (code Iban BE86001391799850 - code Bic GEBABEBB07A) Anciens numĂŠros: s’informer auprès du service abonnements 0OURTOUTRENSEIGNEMENT Pascale Derriks TĂŠl : 04 380 13 37 - Fax : 04 225 94 27 info@imagine-magazine.com


Zoom

Switch to green Participez à un achat groupé d’électricité verte ! Imagine se joint à Greenpeace et à la Ligue des Familles pour proposer à ses lecteurs un premier achat groupé d’électricité verte. L’opération a été lancée en septembre dernier et se prolongera jusqu’au 19 novembre 2012. Le principe est très simple : 1> vous allez sur le site www.switch-to-green.be et vous complétez le formulaire d’inscription, sans aucun engagement à ce stade ; 2> vous recevez une proposition de contrat par e-mail, et cela dans les semaines qui suivent ; 3> si cette proposition vous intéresse, vous signez ce contrat et vous le renvoyez, votre nouveau fournisseur se chargera d’effectuer toutes les démarches administratives concernant votre transfert. Vous aurez ainsi posé un geste concret pour accroître la part de l’électricité verte en Belgique, qui est actuellement de 7 % seulement et qui devrait atteindre 13 % en 2020, selon les objectifs fixés par l’Union européenne. Enfin, avantage non négligeable : « Sur la base d’achats groupés ayant déjà eu lieu, on estime que chaque participant pourrait économiser 260 euros en moyenne sur sa facture annuelle d’énergie, c’est-à-dire de gaz et d’électricité », explique Arnaud Collignon, responsable de la campagne « Energie » chez Greenpeace Belgique. Depuis la libéralisation du secteur, 70 % des ménages belges n’ont pas encore changé de fournisseur. Par inertie, par oubli, par négligence, par lassitude de la paperasserie, par méconnaissance des avantages offerts par les nouveaux fournisseurs… Ou peut-être parce qu’ils sont tout simplement hypnotisés par les petits bonhommes aux cheveux rouges qui racontent des histoires dignes des contes de fées dans certains spots publicitaires, laissant croire, puisqu’ils ont l’air si gentils et si propres dans leur habit tout blanc, n’estce pas, qu’on peut bien leur faire confiance… alors qu’ils vendent surtout du nucléaire. Le classement de Greenpeace Avant de proposer cette opération, Greenpeace a actualisé, comme il le fait depuis plusieurs années, son classement des fournisseurs d’électricité en Belgique. Arnaud Collignon explique que deux éléments sont pris en compte pour dresser ce tableau : d’une part les modes de production de l’électricité actuellement vendue aux clients et d’autre part les plans d’investissement pour l’avenir. Dans le tableau (voir ci-contre) qui donne les résultats de ce classement, les fournisseurs sont tous notés sur 20, cette note étant assortie de mentions (de « très bien » à « très mauvais »). Chacun peut ainsi découvrir quelle note a été attribuée à son fournisseur actuel. La petite carte de Belgique montre enfin dans quelles parties du pays tel fournisseur opère aujourd’hui. La procédure prévue par l’opération « Switch to green » prévoit que seuls les fournisseurs ayant atteint la note minimale de 12 sur 20 et capables de fournir plusieurs milliers de clients supplémentaires seront contactés afin qu’ils proposent une offre. L’année du changement Arnaud Collignon remarque que ce sont les sociétés coopératives qui représentent aujourd’hui l’option la plus durable. Leur principal défi : arriver à accroître leurs activités de production et à élargir leur clientèle. Autre observation importante au terme de ce travail de six mois : « On constate un certain statu quo de la part des géants du marché présents en Belgique sous les marques Electrabel, Luminus, Nuon ou encore Essent. Avec une nuance : la politique de ces entreprises est fortement influencée par l’ancrage national des maisons mères. On observe ainsi que, dans les pays où des politiques plus durables ont été décidées, comme en Allemagne où la décision de sortir du nucléaire a été prise, les entreprises emboîtent le pas de la transition énergétique. » Bon à savoir enfin : les opérations groupées de changements de fournisseurs se multiplient actuellement en Belgique. L’année semble même être historique dans le secteur. En Flandre, ce sont surtout les provinces qui mènent le jeu. C’est à leur instigation que près de 300 000 ménages ont déjà changé d’opérateur. Test Achats a lui aussi lancé son opération, il y a quelques semaines. Mais à l’instar des provinces flamandes, l’association de consommateurs n’a pas l’air de se soucier du caractère vert des fournisseurs. Dommage ! « Switch to green » propose pour sa part de faire d’une pierre deux coups : le vert et les économies ! A vos souris ! ■ A.R.

Mons : habitat groupé cherche partenaires

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Zoom

Apprendre les gestes du menuisier-ÊbÊniste et se donner ainsi de meilleures chances de rÊussir de son projet : c’est l’idÊe de cette petite entreprise innovante baptisÊe Binôme. .

BinĂ´me

Le ÂŤ faire soi-mĂŞme accompagnĂŠ Âť

V

ous avez envie de construire une terrasse, un placard ou de placer un nouveau plancher. Mais vous hÊsitez, parce que vous doutez de vos compÊtences et que vous n’avez pas envie de vous planter‌ Dans ce cas, Edmond Poulit est peut-être l’ homme coup de pouce  dont vous avez besoin. L’ÊtÊ dernier il a lancÊ une petite entreprise dans le secteur de la menuiserie-ÊbÊnisterie. Son nom : Binôme (un ensemble de deux ÊlÊments). L’idÊe est originale : proposer aux personnes qui font appel à lui de travailler de concert, le temps pour celui qui a besoin d’aide d’avoir le pied à l’Êtrier.  Jusqu’à prÊsent, j’ai rÊalisÊ de petits projets, pour lesquels les menuisiers ne se dÊplacent pas, mais aussi des projets hors normes, aux dimensions particulières, ou encore des projets d’exception, comme la fabrication d’une malle pour un magicien, explique le menuisier à domicile. En fait, mes interventions sont adaptÊes à la demande : je peux donner des conseils (tarif : 50 euros pour deux heures) ; je peux Êtudier le projet et fournir des documents techniques adaptÊs (10 à 15 euros par document) ; je peux dresser une liste d’achat des matÊriaux, transmettre un plan et une mÊthode de travail ; et je peux aussi intervenir sur le chantier avec mes outils, comme un coach (35 euros de l’heure + TVA). Imaginons une personne qui veut placer une sÊrie de portes intÊrieures par exemple : j’en placerai deux avec elle, le temps de lui transmettre le savoir-faire, et puis elle se dÊbrouillera sans moi. Mon objectif est que les personnes qui font appel à mes services soient ensuite autonomes pour rÊaliser leur projet de rÊnovation ou de construction.  Avant de crÊer Binôme, Edmond Poulit a ÊtÊ formateur en psychopÊdagogie auprès de personnes en rÊinsertion, puis enseignant en ÊbÊnisterie dans une Êcole spÊcialisÊe. Il a donc dÊveloppÊ des compÊtences à la fois de pÊdagogue et de menuisier-ÊbÊniste. Il a inventÊ ce concept d’accompagnement en menuiserie et ÊbÊnisterie parce qu’il avait envie de travailler avec des personnes qui ont du temps, mais aussi l’envie d’apprendre des gestes de professionnels pour rÊaliser leurs propres projets. Edmond Poulit aime aussi travailler avec des groupes (Êcoles, associations‌). Il a ainsi construit une bibliothèque avec la Maison des jeunes de Banneux ou des meublestiroirs servant Êgalement de tables à l’Êcole Naniot, à Liège. Question : quelle Êconomie peuvent espÊrer rÊaliser les personnes qui font appel à lui ?  Environ 40 % par rapport au prix d’un menuisier-ÊbÊniste de niveau moyen , estime-t-il. Binôme est un projet qu’il lance avec le statut d’indÊpendant. Pour ce faire, il est soutenu par une coopÊrative d’activitÊs liÊgeoise appelÊe Step by Steppes, qui forme des personnes en leur prodiguant notamment des cours (gestion, marketing‌), en suivant leur activitÊ de près et en leur permettant de garder leur droit aux allocations de chômage pendant les 18 premiers mois d’activitÊ. ■ A.R.

OGM : tumeurs, rumeurs et prĂŠcisions

U

ne Êtude menÊe par Gilles-Eric SÊralini, professeur de biologie molÊculaire à l’UniversitÊ de Caen et chercheur bien connu pour ses travaux sur les OGM, a fait sensation en septembre dernier. PubliÊe par la revue Food and chemical toxicology et puis relayÊe par la grande presse (le Nouvel Obs en faisant une couverture), elle rÊvèle des effets sanitaires extrêmement inquiÊtants : les rats nourris au NK 603, un maïs gÊnÊtiquement modifiÊ commercialisÊ par Monsanto, dÊveloppent deux à trois fois plus de tumeurs que les autres. Même à très faible dose, les effets de l’OGM seul, ou de l’OGM associÊ au Round-up (l’herbicide de Monsanto employÊ en association avec l’OGM), ou encore du Round-up seul, sont très nocifs, et cela dès le quatrième mois. Après le choc de cette rÊvÊlation, notamment à la vue de rats porteurs d’Ênormes tumeurs, les rÊactions ont ÊtÊ très virulentes, de la part des certains chercheurs notamment, dÊnonçant le plus souvent l’un ou l’autre ÊlÊment de la mÊthodologie employÊe par l’Êquipe de l’UniversitÊ de Caen. Et la rumeur s’est rÊpandue : cette Êtude ne serait pas  sÊrieuse  sur le plan scientifique. Sur le site Internet Reporterre, le journaliste HervÊ Kempf, qui travaille aussi pour Le Monde, a rassemblÊ tous ces reproches pour en faire un questionnaire qu’il a proposÊ face camÊra au professeur SÊralini, en lui donnant la possibilitÊ de rÊpondre. L’interview dure 18 minutes. Pour permettre de se forger un avis, il est intÊressant d’Êcouter point par point les rÊponses qui sont apportÊes à ces diffÊrentes accusations. Certes, on peut toujours mener des Êtudes plus approfondies. Mais celle de SÊralini, exceptionnelle par son ampleur dans le dowww.reporterre.net maine des OGM, constitue une sacrÊe mise en garde. ■ A.R.

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Edmond Poulit – 0474 19 82 18 – e.poulit@gmail.com – binomebois.be info@stepbysteppes.be ou www.stepbysteppes.be

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Chronique Le pays petit

par Claude Semal*

Dutroux au couvent, Charlie à la mosquée berté ». Genre « une île déserte », avec des pingouins qui courent vite. A contrario, la réponse monacale ne me satisfait évidemment pas. Après Martin chez les sœurs clarisses, Dutroux chez les pères trappistes ? Pourquoi pas enfant de chœur ? Tiens, à propos. Monsieur Martin vient de demander, lui aussi, une réduction de peine. Et un bracelet électronique. Encore un qui veut se réinsérer… Allez, les pétitionnaires ! A vos plumes ! Je sens que l’Etat de droit va encore être menacé.

Ephémérides. Sur le chemin de l’école, septembre a saupoudré d’épeires diadème (parfois appelée araignée des jardins ou araignée porte-croix) le sommet des buissons. Ne croyez pas la rumeur qui les accable. Ces carnassières, dit-on, tendraient des pièges mortels pour dévorer leurs victimes. C’est un mensonge. Elles aiment la lumière et n’attrapent que les courants d’air. Si elles s’arrachent le ventre, c’est pour exposer leurs toiles immobiles au regard des passants. Ce sont des artistes. Ce soir, elles dîneront d’une goutte de rosée et d’un filet de vent. Madone. Je ne comprends pas. Je ne comprendrai jamais. Quoi ? La fascination de certains intellectuels pour « la crapule » (1). Faire de madame Dutroux une victime de la vindicte populaire, une héroïne de l’Etat de droit et une pionnière de la réinsertion « couventine », il fallait y penser. Ils y ont pensé. Ils en ont même fait des tribunes libres, des cartes blanches et des pétitions. La palme d’or au Vif – L’Express, qui a titré en couverture, avec Michèle Martin en madone souffreteuse : « Les victimes ont-elles tous les droits ? » (2). Je dois avoir eu un moment d’inattention. Rappelez-moi : quels ont été « tous les droits » de Julie et Melissa ? « Tous les droits » d’Ann et Eefje ? Ah ! oui. On parle de « tous les droits » des parents. Ces pauvres gens qui sont, à perpétuité, condamnés à porter l’impossible deuil d’un enfant torturé. C’est sûr, ils exagèrent. Ce sont eux, les « abuseurs ». Cigare. La loi américaine fait du mensonge un crime. On jure de dire « toute la vérité », la main sur la Bible. Mentir est un acte grave. Pour y avoir succombé, les présidents Nixon et Clinton ont perdu leur mandat. A contrario, les lois européennes autorisent généralement l’inculpé à nier, se taire ou mentir. Michèle Martin a ainsi toujours eu, pour seule stratégie de défense, de minimiser son propre rôle dans ces

crimes abominables. Elle s’est toujours présentée comme une « victime » manipulée par son mari. Elle en a donc dit le moins possible et n’a jamais collaboré avec la justice pour établir la vérité des faits. Or d’un simple point de vue moral, comment envisager la « rédemption » d’un criminel qui n’a jamais reconnu ses crimes ? La justice belge n’est pas un confessionnal. Chiens. Excusez-moi, mais le sort de madame Dutroux, qui nourrissait les chiens de son mari pendant que les petites agonisaient sous ses pieds, je m’en tape donc furieusement le haricot. Vous savez quoi ? Pour moi, elle pourrait même crever la bouche ouverte, au fond d’une cave, au terme d’une maladie longue et douloureuse. C’est curieux, hein ? Non que son sort m’indiffère. Simplement, il doit y avoir cinq milliards de personnes, sur la Terre, dont les conditions d’existence me préoccupent davantage. Celles dont, précisément, l’« Etat de droit » ne dit rien – quand il ne préconise pas leur renvoi, illico, en enfer, par le premier charter venu. A chacun ses priorités. Je n’aime pas plus

que vous les cris de haine que l’on entend parfois dans la rue. Mais je les comprends mieux que les pédants et hypocrites rappels aux vertus de la « réinsertion » quand, au même moment, on supprime des postes de juges, de policiers, de gardiens de prisons et d’assistants sociaux. Pingouins. Dans son immense sagesse, le législateur ne m’a, heureusement, pas confié la rédaction des lois. Fort bien. C’est l’honneur de la démocratie d’avoir supprimé la peine de mort. C’est l’honneur de la justice d’avoir instauré des réductions de peine qui évitent à des êtres humains de vivre, à jamais, comme des animaux en cage (3). Mais ce serait notre honneur à tous de reconnaître que ces deux mesures ont ouvert une brèche dans notre système pénal. Que faire, en effet, avec les violeurs, kidnappeurs, tueurs et psychopathes récidivistes, qui ne pourront jamais être « réintégrés » dans la société ? Tout le monde le sait : ceux-là resteront toujours dangereux, même après avoir purgé leur « peine ». Il y a là, me semble-t-il, quelque chose à inventer entre « prison » et « li-

Humour. J’ai passé la semaine à balancer entre un net soutien à Charlie Hebdo, au nom de la satire et du droit au blasphème, et la position plus critique que voici. Car Charlie n’est pas, à proprement parler, un journal « comique ». C’est un journal satirique, laïque et « à gauche ». Or en politique, contrairement au champ moral, on juge les actes sur leurs conséquences, pas sur leurs motivations. Que voulait Charlie ? Faire rire, combattre l’intégrisme et, sans doute, renforcer le camp laïque et moderne dans le monde arabo-musulman. A quoi est-il arrivé ? A faire grincer les dents, et à rassembler pratiquement toute une communauté autour de ses intégristes. Je laisse, pour une fois, la conclusion à l’un des Grands Penseurs Anonymes de Facebook : « Si tu dis du mal d’un Noir, cela s’appelle du racisme. Si tu dis du mal d’un Juif, cela s’appelle de l’antisémitisme. Si tu dis du mal d’un Arabe, cela s’appelle de la liberté d’expression. » Qui a dit que les musulmans manquaient d’humour (4) ? ■ (1) « La crapule (vieilli) : personnes qui ont des mœurs dissolues et malhonnêtes (voir canaille, pègre). » (Le Petit Robert) (2) Le Vif – L’Express, 6 septembre 2012 (3) Face à ce tout ce remue-ménage médiatique, lire la magnifique interview de Carine et Gino Russo dans Le Soir du 8 septembre 2012. Je ne sais pas comment ces deux-là font pour toujours trouver les mots justes. (4) Mon dixième album, Les bals, les BBQ et les crématoriums, vient de sortir chez Igloo Records / Franc’amour. Distribution AMG en Belgique et SOCADISC en France, ou par correspondance chez le producteur. *Auteur-compositeur, comédien et écrivain

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En couverture

Dans un monde Êconomique largement dominÊ par le modèle capitaliste une alternative crÊdible existe, qui peut nous apporter plus de dÊmocratie et de justice dans l’entreprise : la coopÊrative.

Etats-Unis Avec plus de 305 millions de membres de coopÊratives, les USA sont le pays oÚ ils sont les plus nombreux au monde. 30 000 coopÊratives (dont la grande majoritÊ, 27 000, sont des coopÊratives de consommateurs) y gÊnèrent plus de deux millions d’emplois (2009). La moitiÊ de ces emplois sont dans le secteur financier (crÊdits, assurances).

La planète Marginales, les coopÊratives ? Voyez plutôt ces quelques chiffres : sssUNMILLIARDDEMEMBRESCEST Ë DIREDED�TENTEURSDEPARTSDECOO P�RATIVES DANSLEMONDE sssMILLIONSDEMPLOISSURLAPLANÒTEDEPLUSQUELESMULTINA TIONALES  sssLESPLUSGRANDESCOOP�RATIVESMILLIARDSDEDOLLARSDE CHIFFREDAFFAIRESANNUEL (Source : International co-operative Alliance. Voir 2012.coop)

Canada Quatre Canadiens sur dix sont membres d’au moins une coopÊrative. Au QuÊbec, près de 70 % de la population sont membres. L’une des plus cÊlèbres est la Caisse Desjardins, groupe financier coopÊratif qui compte 6 millions de membres et clients, mais le mouvement touche tous les secteurs : les coopÊratives funÊraires – qui dÊveloppent une politique Êcologique et sociale – connaissent par exemple un fort succès.

Argentine Près de 13 000 coopÊratives y Êtaient enregistrÊes en 2008. L’autogestion et la rÊcupÊration, sous forme de coopÊrative, des entreprises en voie de fermeture par leurs ouvriers est une piste très suivie en Argentine depuis la crise de 2001. En 2009, 200 entreprises avaient ainsi ÊtÊ  rÊcupÊrÊes . Elles employaient 22 000 travailleurs en forme directe et 20 000 en forme indirecte. La coopÊrative UST par exemple a ÊtÊ fondÊe par 34 travailleurs d’une dÊcharge menacÊs de licenciement. Elle s’occupe Êgalement des parcs municipaux. Un quart de ses revenus sont aujourd’hui allouÊs à une multitude de projets communautaires (logements, banque, centre omnisport, agro-Êcologie, Êcoles, programme de recyclage, etc.).

BrĂŠsil

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Selon l’Organisation des coopÊratives brÊsiliennes, elles seraient plus de 6 500 en 2010, pour 9 millions de membres et 300 000 emplois. Mais la loi sur la coopÊrative date de la dictature, et pour la professeure de l’UCL Andreia LemaÎtre,  de nombreuses grandes coopÊratives ne respectent pas les valeurs coopÊratives. Des entreprises adoptent ce statut pour pouvoir engager des travailleurs autonomes et Êchapper ainsi au payement des cotisations sociales, et prÊcarisent l’emploi. D’autre part, il y a dans les quartiers populaires de nombreuses petites coopÊratives qui ne trouvent pas les moyens pour se formaliser et ne sont dès lors pas comptabilisÊes dans ces statistiques . En milieu rural, le Mouvement des Sans-terre soutient le dÊveloppement de coopÊratives pour organiser la production. [imagine 94] novembre & dÊcembre 2012

Espagne

En 2008, 15 % de la population Êtaient membres d’une coopÊrative. L’Espagne – ou plus prÊcisÊment le Pays basque – accueille le premier groupe industriel coopÊratif du monde, Mondragon : 85 000 salariÊs, 80 000 membres, le groupe rassemble près de 250 entreprises dans l’ÊlectromÊnager, la consultance, le vÊlo, l’alimentation, l’agriculture, la sous-traitance auto, les ascenseurs, le bois ‌ Et aussi une universitÊ, une banque coopÊrative, une coopÊrative d’assurance et un rÊseau de grande distribution. Sa force tient aussi à son caractère nationaliste basque – malheureusement l’aspect coopÊratif n’est pas toujours respectÊ dans le cas d’entreprises rachetÊes à l’Êtranger.


Norvège

coop Suisse Les deux grands distributeurs du pays – Migros (86 000 employés) et la Coop (75 000) – sont des coopératives, et en conservent l’esprit : forts investissements dans les secteurs culturels, sportifs, le développement durable, soutien à l’agriculture de montagne, l’ancrage suisse y est cultivé et développé.

Sur 4,8 millions d’habitants, 2 millions de Norvégiens sont membres d’une coopérative ! Consommation, logement (17% du parc immobilier est en coopérative, 40 % à Oslo), agriculture, pêche, énergie, transports, médias, soins de santé… Tous les secteurs sont concernés.

Belgique L’agriculture et la pharmacie sont les principaux secteurs où subsistent des coopératives. Mais un renouveau pointerait, avec comme fer de lance Ecopower, coopérative citoyenne d’énergie renouvelable, et ses 36 500 membres fin 2011, ses éoliennes, sa centrale électrique fonctionnant à l’huile de colza, ses micro centrales hydroélectriques et son projet de soutien à l’installation de panneaux photovoltaïques privés.

France

21 000 coopératives offrent 1 million d’emplois (soit 3,5% des travailleurs français). La France est le premier pays européen en nombre de membres : 32,4 millions. Sa plus grosse coopérative est le Crédit Agricole (6 millions de sociétaires). Les SCOP, sociétés coopératives ouvrières de production, comptaient plus de 39 000 salariés (2010), dont 80% sont salariés associés après 2 ans. Autre exemple, la coopérative de distribution Biocoop : 322 magasins (janvier 2011), près de 6000 produits référencés, un chiffre d’affaires de 460 millions d’euros en 2010, 2500 salariés sur le réseau et 700 en centrale. Dans un autre genre, les chaînes de supermarchés E.Leclerc et SystèmeU sont toutes deux des coopératives de commerçants.

Italie Le soutien aux coopératives est ici inscrit dans la Constitution, et le mouvement est extrêmement vivant. Tous les Italiens sont déjà passés par le Coop local, le petit supermarché, pour faire leurs emplettes. Les coopératives sociales sont très nombreuses (7 800 en 2010). La région de Trente par exemple est célèbre pour le Gruppo 78 : d’abord un cohabitat d’une dizaine de personnes handicapées et valides, la coopérative propose aujourd’hui des centres de jour, des logements encadrés, des ateliers, une ferme bio, et aide tous les exclus, qu’ils soient handicapés, malades mentaux, sortants de prison,

Japon

Kenya

Les coopératives de consommateurs ont en 2007 un CA de 34 048 milliards, soit 5,9% du marché alimentaire. Le Seikatsu Club par exemple – 300 000 membres – distribue plus de 3 000 denrées (nourriture, vêtements, produits du quotidien, livres), a participé à l’émergence des Teikei (qui ont inspiré les GAC chez nous), possède 3 laiteries et plusieurs fermes avicoles, des coopératives de service, rassemble des militants anti-ogm, des pacifistes, et promeut les Conseils coopératifs communautaires locaux.

63 % de la population tirent leur subsistance de coopératives. 250 000 Kenyans sont employés ou gagnent la majorité de leurs revenus dans une coopérative, et un sur cinq en sont membre. 70 % du marché du café, 76 % des Malgré leur mauvaise réputation d’outil Près de 240 millions produits laitiers, 95 % du coton sont d’oppression à l’époque de la dictature socialiste, d’Indiens seraient membres d’une détenus par des coopératives. Des les coopératives ont réussi à se renouveler et à devenir coopérative. Banques, logements, banques et des assurances des leviers de développement, grâce notamment au comagriculture, artisanat, tous les secteurs sont coopératives existent merce équitable. Les coopératives agricoles rassemblent 900 000 concernés. Elles sont notamment vecteur également. personnes qui génèrent une partie de leurs revenus grâce à elles. d’émancipation pour les femmes, grâce Certaines permettent une vraie amélioration des conditions de vie : la par exemple à la SEWA (Self emcoopérative Shallalà Honey par exemple, fait partie de The Honey of ployed women’s association), née en Ethiopia , un réseau de coopératives productrices de miel – une denrée 1972 avec des vendeuses de rue. très importante dans la culture éthiopienne – mis sur pied avec l’aide Elles sont aujourd’hui 1,3 million de du mouvement Slow Food. La coopérative permet aux apiculmembres, et le groupe rassemble teurs d’échanger leurs expériences, de trouver de meilleurs banque, coopératives agricoles débouchés, d’obtenir des prêts. Les femmes sont désoret d’artisanat, commerces, mais actives dans la production, s’occupant de la cire. pharmacies… Oromia, autre union coopérative, rassemble elle plus de 200 000 producteurs de café bio, s’implique dans l’éducation, la santé, l’accès à l’eau potable, [imagine 94] novembre & décembre 2012 11 l’écotourisme, et a créé sa propre banque.

Ethiopie

Inde


En couverture

Entreprises coopĂŠratives

Un travail dĂŠmocratique Porteur de sens, de justice, de redistribution des richesses, le mouvement coopĂŠratif HVWSRXUWDQWHQ%HOJLTXHXQSHXWLPLGH(WVÂśLOUHWURXYDLWXQVHFRQGVRXIĂ€H"



A Ă?TĂ? DĂ?CRĂ? TĂ?E i !NNĂ?E INTERNATIO NALE DES COOPĂ?RATIVES w PAR LES .ATIONS UNIES 3ON SLOGANÂŤ Les coopĂŠratives, des entreprises pour un monde meilleur. Âť %N CES TEMPS DECRISElNANCIĂ’RE ENVIRONNEMENTALE Ă?CO NOMIQUE SOCIALE DĂ?MOCRATIQUE LE MODĂ’LE COOPĂ?RATIF NE SERAIT IL PAS UNE PISTE POUR DĂ?VELOPPERUNEĂ?CONOMIEQUISOITPLUSJUSTE UTILE Ă‹ TOUS REDISTRIBUTRICE DE RICHESSE  1UI SOIT Ă‹ NOTRE SERVICE ET NON LINVERSE  -ALGRĂ?SESPRESQUEANNĂ?ESDEXISTENCE LACOOPĂ?RATIVENEST ELLEPASUNEIDĂ?EEXTRĂ? MEMENTMODERNEETDACTUALITĂ? Le mot et la chose #OMMENĂŽONS PAR UNE DĂ?lNITION CELLE DE L!LLIANCECOOPĂ?RATIVEINTERNATIONALEÂŤ Une coopĂŠrative est une association autonome

de personnes volontairement rĂŠunies pour satisfaire leurs aspirations et besoins ĂŠconomiques, sociaux et culturels communs au moyen d’une entreprise dont la propriĂŠtĂŠ est collective et oĂš le pouvoir est exercĂŠ dĂŠmocratiquement. Âť ,ES GRANDS PRINCIPES QUI RĂ?GISSENT CES ASSOCIATIONS PARTICULIĂ’RES SONTDĂ?lNISDĂ’SPARLUNEDESPREMIĂ’ RES COOPĂ?RATIVES LA 3OCIĂ?TĂ? DES Ă?QUITABLES PIONNIERSDE2OCHDALE#EGROUPEDETISSE RANDSVEUTALORSSASSURERUNSALAIREDĂ?CENT TOUTENVENDANTSESPRODUITSĂ‹DESPRIXRAI SONNABLES)LSOUVRENTENSEMBLEUNMAGA SINCOOPĂ?RATIFETPRATIQUENTLAVENTEDIRECTE ,EURSPRĂ?CEPTESSONTTOUJOURSDACTUALITĂ? >ADHĂ?SIONLIBREETVOLONTAIRE >UNMEMBRE UNEVOIX >RĂ?MUNĂ?RATIONLIMITĂ?EDESPARTSDECAPITAL DESMEMBRES >RĂ?PARTITIONDESBĂ?NĂ?lCESAUPRORATADES ACTIVITĂ?SDESMEMBRES ,!LLIANCEYADEPUISAJOUTĂ?

A Evrehaille, LST rĂŠalise une nouvelle construction basse ĂŠnergie en matĂŠriaux ĂŠcologiques.

>AUTONOMIEETINDĂ?PENDANCE >Ă?DUCATIONETFORMATIONDESMEMBRES >COOPĂ?RATIONENTRECOOPĂ?RATIVES >ENGAGEMENTENVERSLACOMMUNAUTĂ?  %N "ELGIQUE CES TRĂ’S BEAUX PRINCIPES NE SONTPASINSCRITSDANSLESTEXTESDELOIQUI RĂ?GISSENT LES COOPĂ?RATIVES ÂŤ Nous avons le statut coopĂŠratif le plus idiot du monde, SEXCLAME*ACQUES$EFOURNY PROFESSEURĂ‹LA (%# 5,GETDIRECTEURDU#ENTREDĂ?CONOMIE SOCIALEDEL5,GCe sont juste des sociĂŠtĂŠs de personnes Ă capital variable, dont le capital ne doit pas ĂŞtre ĂŠnorme et peut changer. Tout le reste est optionnel ! Âť (voir encadrĂŠ ÂŤ lĂŠgislation Âť).#ETTESOUPLESSEAATTIRĂ? NOMBRE DENTREPRENEURS MAIS LA GRANDE MAJORITĂ? DENTRE EUX SONT LOIN DAVOIR EF FECTIVEMENT LESPRIT COOPĂ?RATIF 5N #ONSEIL NATIONAL DE LA COOPĂ?RATIVE A DU COUP Ă?TĂ? CRĂ?Ă? EN  POUR OFFRIR UNE RECONNAIS SANCESPĂ?CIlQUE UNLABELAUXCOOPĂ?RATIVES iFAĂŽON2OCHDALEw2Ă?SULTATSENTRE

LST coopĂŠrative

Un outil de rÊsistance ous sommes des travailleurs, et même si nous sommes parmi les plus pauvres, nous avons droit à ce statut !  Lorsque naÎt la coopÊrative LST, à Namur, au milieu des annÊes 80, c’est pour revendiquer ce droit, rÊsister ensemble à la misère, sortir de l’assistance par le haut, grâce à un vÊritable emploi. Ses travailleurs-coopÊrateurs d’alors se sont rencontrÊs dans le mouvement LST (Luttes SolidaritÊs Travail) (1), rassemblement namurois plus large se battant pour l’accès au logement, à l’Êducation et le respect des plus pauvres. Achetant d’abord des outils grâce à une cagnotte commune, ils dÊcident de se lancer dans le bâtiment.  Certains travailleurs avaient une formation, explique Luc Lefèbvre, membre de la coopÊrative, et puis les exclus ont souvent un peu d’expÊrience dans ce domaine.  Ici, les nouveaux venus sont souvent formÊs sur le tas, par l’expÊrience, mais les contrats sont à durÊe indÊterminÊe, et la convention collective appliquÊe est celle du bâtiment. Pas question d’emplois au rabais.  Pas non plus de travailleur obligÊ d’être là par le CPAS , reprend Luc Lefèbvre. Les membres de l’Êquipe choisissent ensemble (et en accord avec le conseil d’administration de la coopÊrative) leur futur collègue, qui ne sera pas nÊcessairement le plus  rentable , mais bien celui avec lequel ils auront le plus envie de relever le dÊfi de travailler ensemble. Les dÊcisions, des plus petites aux plus grandes, se prennent souvent ainsi, en commun entre CA et Êquipe.  L’Êcoute existe dans les deux sens et les choix se font au consensus.  Et même si tous ne franchissent pas le pas, les travailleurs peuvent devenir coopÊrateurs après leur première annÊe de travail. Dans le secteur du bâtiment, entre travailleurs Êtrangers et stagiaires peu payÊs, la concurrence est forte. Mais LST coopÊrative est toujours prÊsente, avec huit salariÊs qui pour certains retrouvent ainsi l’accès à une vie dÊcente.  Je ne sais pas comment nous tenons, dit Luc Lefèbvre. A l’huile de bras, à la polyvalence, chacun sachant donner un coup de main dans tous les domaines tout en ayant sa spÊcialitÊ.  CrÊer aujourd’hui une coopÊrative pareille, par les exclus eux-mêmes, lui semble encore plus compliquÊ.  Il faut demander des autorisations pour tout au Forem, au CPAS, etc. Pour les plus pauvres, c’est le droit d’association qui est remis en question. Mais nous sommes prêts à rencontrer tous ceux qui voudraient se lancer, pour les aider !  ■ L.d.H.

ÂŤN

(1) www.mouvement-lst.org [imagine 94] novembre & dĂŠcembre 2012

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Thierry Jacquet, l’un des 44 coopÊrants agriculteurs de Coprosain

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LĂŠgisla

ilitÊ sponsab tive à re e par ra Ê p o ti s o on tuÊ iÊtÊ c nt être c du e Une soc m e x ir fi to art e  liga ). La  p ) doit ob rieur à t notaire fÊ n limitÊe (1 in a v e e tr ê (d ut nce entique nt ne pe concurre acte auth le monta tution à t ti n s o n d o a c it l, ap l ocia lors de la rtie du c capital s e libÊrÊe est la pa tr e la ê rÊ Ê it e o lib u d l ia anq d uros, pital soc pte en b 18 550 e s. Le ca r le com ro u u s e r e 0 0 rs i. t ve de 6 2 vent e celle-c s doiven , qui peu rÊation d associÊ dès la c Ê sociale que les lit a rÊ à n Ê fi lib à sociÊtÊ s, RL 50 euro r les SC al de 6 1 n cours, iste pou e x im t e n in n e m o m l ti lle ep capita st actue Une exc avec un sur les flexion e stituÊes s. Une rÊ Ê sociale lit ro a u être con n e fi 0 à 0 5 s e 2 v e ti d ra e Ê p nc . r les coo nt concurre ssiques à aligne atoireme tives cla tendant site oblig s e coopÊra c Ê n ve (2). ■ oopÊrati ociÊtÊ c ndateurs er une s mbres fo e m is o Constitu s tr nales. au moin nt très margi

Coprosain

une agriculture Ă taille humaine

so istent, mais iers Ê illimitÊe ex e tout terrien, Les doss èl responsabilit (1) Des SC à : CoopÊratives, un mod W-B, 2011. (2) Source ie sociale, SA de l’Êconom

PRISESAGRĂ?Ă?ESlN SOITĂ‹PEUPRĂ’S DES COOPĂ?RATIVES BELGESx /N TROUVE AUSSI DES COOPĂ?RATIVES AU SEIN DE LĂ?CONOMIE SOCIALEDESPRESQUEENTREPRISES Ă‹lNALITĂ?SOCIALESONTORGANISĂ?ESAINSI  "ON AN MAL AN CE SONT DONC QUELQUE  ENTREPRISESQUIONTADOPTĂ?CHEZNOUSCETTE FAĂŽONPARTICULIĂ’REDECONCEVOIRLETRAVAILET LĂ?CONOMIE Un modèle Ă promouvoir %ST CEPEUOUBEAUCOUP4OUTDĂ?PENDDU POINTDEVUE#EQUIESTCERTAIN CESTQUELES COOPĂ?RATIVES MANQUENT DE VISIBILITĂ? ÂŤ On n’en parle absolument pas dans les ĂŠcoles de commerce, REMARQUE 6Ă?RONIQUE (UENS COORDINATRICEĂ?DUCATIONPERMANENTEAUSEIN DE3!7 "3OLIDARITĂ?DESALTERNATIVESWAL LONNESETBRUXELLOISES FĂ?DĂ?RATIONPLURALISTE DENTREPRISES DĂ?CONOMIE SOCIALE  Or il y a un effet boule de neige, plus on en parle plus il y en a, et inversement. Et puis les crĂŠateurs de coopĂŠratives sont encore un peu perçus comme des rigolos. Âť ÂŤ Les gens les connaissent peu, donc s’en mĂŠďŹ ent, CONSTATE "ENJAMIN (UYBRECHTS CHARGĂ? DE COURS EN Ă?CONOMIE SOCIALE Ă‹ LA (%# 5,G Ce dĂŠďŹ cit de notoriĂŠtĂŠ est un handicap. Âť !INSI UNE SOCIĂ?TĂ? COMME %THIQUABLE ACTIVE DANS LE CIRCUIT COMMER CIAL CLASSIQUE REVENDIQUE PEU SON STATUT (voir p.15) ETELLENESTPASLASEULEÂŤ La coopĂŠrative est un modèle qui doit lutter en permanence pour sa lĂŠgitimitĂŠ,POURSUIT LE CHARGĂ? DE COURS entre secteur public et secteur privĂŠ capitaliste. La coopĂŠrative brouille les repères et est toujours menacĂŠe de rĂŠcupĂŠration d’un cĂ´tĂŠ ou de l’autre. Âť !USSILESPRITCOOPĂ?RATIFSINCARNE T ILSOU VENTCHEZNOUSDANSLES!3", QUIPEUVENT DĂ?VELOPPER DES ACTIVITĂ?S MARCHANDES n VOTRE MAGAZINE PRĂ?FĂ?RĂ? EN EST UN EXEMPLE n ET SONT PLUS FACILES Ă‹ CONSTITUER Ă‹ LA FOIS lNANCIĂ’REMENTETADMINISTRATIVEMENT Un collectif dĂŠmocratique ,E MODĂ’LE COOPĂ?RATIF A POURTANT BEAUCOUP DE SENS ET UNE VRAIE PERTINENCE )L CONSA

l y a 35 ans, trois agriculteurs, inquiets de voir le mÊtier dÊriver vers l’agro-industrie, se rassemblent pour rÊflÊchir à une autre façon de travailler. L’un vend des poulets, l’autre des pommes de terre, des farines, des produits laitiers, le troisième des lÊgumes bio. Pourquoi ne pas proposer le tout ensemble au marchÊ, en faisant le vendeur à tour de rôle ? Le projet fonctionne plutôt bien, et petit à petit, d’autres producteurs de la rÊgion (Ath, Lessines, Enghien‌) les rejoignent. Ils fondent alors une coopÊrative de producteurs, Agrisain.  Puis les consommateurs nous ont demandÊ de commercialiser directement notre bÊtail, raconte Paul Vankeerberghen, directeur et administrateur dÊlÊguÊ de Coprosain (1). Nous avons alors rachetÊ une boucherie, et du coup engagÊ pour celle-ci nos deux premiers salariÊs. Et crÊÊ Coprosain, qui s’occupe de la transformation et de la commercialisation des produits d’Agrisain.  La coopÊrative est prÊsente sur des marchÊs, mais aussi à travers des magasins à Ath, Mons et Braine-l’Alleud, et un service traiteur. Un objectif : vendre en direct, à un prix juste, les produits de 44 agriculteurs.  Si Coprosain n’Êtait pas là, la moitiÊ d’entre eux aurait disparu‌ La coopÊrative permet de maintenir de l’emploi, et surtout une ruralitÊ à taille humaine, dans de petites fermes de village.  Certains producteurs travaillent en bio, d’autres pas, mais tous sont des adeptes d’une agriculture paysanne, limitant notamment au maximum les intrants extÊrieurs. Les coopÊrateurs se rÊunissent rÊgulièrement par type de produit, pour discuter ensemble du cahier des charges, des livraisons, des prix. Puis une assemblÊe gÊnÊrale annuelle et une journÊe de brainstorming plus conviviale permettent de dÊcider des grandes orientations. Mais la gestion d’une coopÊrative ne s’improvise pas, il faut aussi savoir être rÊaliste, et faire passer la pÊrennitÊ de l’entreprise et du collectif avant les intÊrêts particuliers.  Il est nÊcessaire d’avoir un ÊlÊment fÊdÊrateur, explique Paul Vankeerberghen, une personne qui puisse coordonner les choses et qui soit acceptÊe par tous les agriculteurs.  Même dans une coopÊrative, la loi du commerce s’applique :  Toute une gamme de produits doit être proposÊe en un même endroit, sinon le consommateur se lasse de passer d’un lieu à l’autre, ou de ne pas trouver tout ce qu’il cherche.  Pour qu’il y ait des produits variÊs, il faut donc accepter que plusieurs producteurs vendent le même type d’articles (des fromages, des poulets...) via la coopÊrative, mais pas trop, pour ne pas dÊmultiplier les coÝts. Un Êquilibre qui a ÊtÊ dÊlicat à trouver (des ouvertures de restaurants mettant un moment la coopÊrative en danger), mais qui existe bien aujourd’hui.  Nous aimerions que d’autres coopÊratives naissent, dans d’autres rÊgions. On sent un frÊmissement du public, avec les GAC, les magasins à la ferme. Et nous avons maintenant acquis un savoir dans le domaine, nous en ferions volontiers profiter d’autres.  ■ L.d.H.

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CRE LE COLLECTIF  IL FAUT Ă?TRE AU MINIMUM TROIS POUR FONDER UNE COOPĂ?RATIVE ÂŤ C’est se rĂŠunir pour faire quelque chose qu’on ne pourrait pas rĂŠaliser de la mĂŞme manière tout seul, COMMENTE -ATTHIEU 6ANHOVE PRĂ?SIDENTDU#.# DIRECTEURCHEZ#ERAC’est ĂŠvident dans une coopĂŠrative de matĂŠriel agricole : c’est trop cher une seule personne, donc on se met Ă plusieurs pour acheter, utiliser et entretenir ses outils. Ce principe rĂŠgit en rĂŠalitĂŠ de très nombreuses coopĂŠratives. Âť %NTREPRENDRE ENSEMBLE DONNE AUSSI DU COURAGE UN SOUTIEN DE LA FORCE ÂŤ Tout seul, je n’y serais pas arrivĂŠ Âť EST UNE PHRASE COMMUNE CHEZ LES FONDATEURS DECOOPĂ?RATIVES4OUTCOMMEÂŤ Nous partagerons volontiers notre expĂŠrience Âť,BIEN LOIN DE LESPRIT DE COMPĂ?TITION TYPIQUE DU NĂ?OLIBĂ?RALISME #ERAPPORTAUCOLLECTIFSETRADUITĂ?GALEMENT DANS LA PRATIQUE QUOTIDIENNE DĂ?MOCRATI QUE #ETTEDĂ?MOCRATIESETRADUIRADIFFĂ? REMMENTSUIVANTLETYPEDECOOPĂ?RATIVEDE CONSOMMATION DETRAVAILLEURS DĂ?PARGNE MAISNENRESTEPASMOINSAUC“URDESPRO JETS $ANSLESASSEMBLĂ?ESGĂ?NĂ?RALESQUIRĂ?UNIS SENT TOUS LES COOPĂ?RANTS LE PRINCIPE i UN HOMME UNE VOIX w QUEL QUE SOIT DONC LE NOMBRE DE PARTS DĂ?TENUES PLACE CHACUN SUR UN PIED DĂ?GALITĂ? POUR FAIRE ENTENDRE SON AVIS ET DĂ?BATTRE  IL INCITE Ă‹ LA PAR TICIPATION ET DISSOCIE FONDAMENTALEMENT LE POUVOIR POLITIQUE DĂ?CISIONNEL DU POUVOIR DELARGENT DUCAPITAL $ANSLESCOOPĂ?RATIVESDETRAVAILLEURS LESRE LATIONS EN SONT PARFOIS RADICALEMENT CHAN GĂ?ES LADISCUSSIONDEVENANTLEMODEPRIN CIPAL DE GESTION ÂŤ L’implication n’est pas la mĂŞme que dans une entreprise classique, POURSUIT-ATTHIEU6ANHOVE avoir droit Ă  la parole et au vote dans un projet est extrĂŞmement stimulant. Âť ÂŤ Que des travailleurs soient propriĂŠtaires de leur outil de travail et dĂŠcident ensemble de l’allocation des revenus, c’est une forme de dĂŠmocratie,NOTE!NDREIA,EMAĂ”TRE PRO FESSEUR Ă‹ L5#, MEMBRE DU #IRTES #ENTRE INTERDISCIPLINAIRE DE RECHERCHE TRAVAIL %TAT ET SOCIĂ?TĂ? ET DU #ENTRE DĂ?TUDES DU DĂ?VE

(1) www.coposain.be

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En couverture

Agropia est une coopÊrative pÊruvienne, dont les produits sont disponibles chez nous grâce à une autre coopÊrative, Ethiquable.

Ă‚ LOPPEMENT Notamment, bien sĂťr, dans les pays du Sud, oĂš le capitalisme est très peu rĂŠgulĂŠ. Les coopĂŠratives sont une alternative portĂŠe activement par les mouvements sociaux. Elles visent alors tant la gĂŠnĂŠration d’emplois et de revenus que la crĂŠation d’espaces de citoyennetĂŠ. Âť ,ESPRIT COLLECTIF DE LA COOPĂ?RATIVE PERMET Ă?GALEMENTDEMETTREAUTOURDELATABLEDES PERSONNES QUI NAURAIENT PAS TRAVAILLĂ? EN SEMBLESPONTANĂ?MENT ÂŤ Des fournisseurs, des transformateurs, des vendeurs peuvent se parler, avancer dans la mĂŞme direction Âť,EXPLIQUE6Ă?RONIQUE(UENS PRENANT LEXEMPLED!GRICOVERT(lire encadrĂŠ p.16) COOPĂ?RATIVE DU "RABANT WALLON RĂ?UNISSANT PRODUCTEURSALIMENTAIRESETCONSOMMATEURS DANSUNEMĂ?MESTRUCTURE Des responsabilitĂŠs 3IL APPORTE UN VĂ?RITABLE PLUS EN TERMES SOCIAUX Ă?CONOMIQUES ET DE GOUVERNANCE LEMODĂ’LECOOPĂ?RATIFESTAUSSIRELATIVEMENT EXIGEANT #AR DĂ?CIDER ENSEMBLE NEST PAS TOUJOURS AISĂ? ÂŤ Les intĂŠrĂŞts des membres d’une coopĂŠrative ne seront pas aussi homogènes que ceux d’un groupe d’investisseurs avant tout prĂŠoccupĂŠs de la rentabilitĂŠ Âť, CONSTATE ,UCA #ICCIA DANS LOUVRAGE CONSACRĂ? AUX COOPĂ?RATIVES PAR 3!7 "   .AVIGUER ENTRE PRĂ?OCCUPATIONS SOCIALES ENVIRONNEMENTALES Ă?CONOMIQUESETDEPĂ? RENNITĂ?DELENTREPRISENESTPASĂ?VIDENT ET NE SIMPROVISE PAS ÂŤ Il faut savoir gĂŠrer cet ĂŠquilibre entre ĂŠconomique et social, EXPLIQUE6Ă?RONIQUE(UENS arriver Ă mettre le juste nombre de personnes autour d’une table pour qu’ils apportent quelque chose de positif et ne se tapent pas dessus. Il faut savoir se renouveler pour maintenir les gens impliquĂŠs, parvenir aussi Ă  partager sa vision du futur, ses objectifs. Âť ,A PARTICIPATION PEUT Ă?GALEMENT Ă?TRE PER ĂŽUE COMME UN POIDS PAR CERTAINS CAR ELLE ENTRAĂ”NEDESRESPONSABILITĂ?SÂŤ Nous vivons en Belgique dans une sociĂŠtĂŠ du salariat,

Le Frites thÊâtre

POURSUIT LA COORDINATRICE DE3!7 " oĂš l’on n’a pas toujours envie de se fatiguer Ă faire des rĂŠunions, etc. Or la coopĂŠrative ne peut pas marcher si les gens ne sont pas prĂŞts Ă  prendre leurs responsabilitĂŠs. Âť5NPOUVOIRPARTAGĂ? PEUTĂ?TREFORMIDABLE MAIS TOUT LE MONDE NEN VEUT PAS $EVENIR COOPĂ?RATEUR NE SE DĂ?CRĂ’TE PAS -AIS CELAPEUTSAPPRENDRE NĂŠcessitĂŠ et identitĂŠ ,ES COOPĂ?RATIVES SE SONT PLUS DĂ?VELOP PĂ?ES DANS CERTAINS LIEUX OU CIRCONSTANCES *ACQUES $EFOURNY EN A TIRĂ? DES LEĂŽONS  ÂŤ Dans ce domaine, nĂŠcessitĂŠ fait loi, CONSTATE LUNIVERSITAIRE. Nous avons besoin de pain et le boulanger coĂťte trop cher, par exemple. Ou nous voulons sĂŠcuriser notre ĂŠpargne et accĂŠder au crĂŠdit alors que les banques ne veulent pas de nous, autre exemple. Les gens dĂŠcouvrent qu’ensemble ils vont mieux rĂŠpondre Ă  leurs besoins. Âť ÂŤ Un soutien par sympathie ne sufďŹ t pas, COMPLĂ’TE "ENJAMIN (UYBRECHTS il faut un vrai besoin – plus prĂŠsent lorsque le marchĂŠ est inĂŠquitable. Âť $EUXIĂ’ME CONDITION LA PRĂ?SENCE DUNE IDENTITĂ?COLLECTIVEOUDUNECOHĂ?SIONSOCIALE FORTEÂŤ Au QuĂŠbec, pays de la coopĂŠrative, vivent des francophones au milieu d’un ocĂŠan d’anglophones, des catholiques dans un ocĂŠan de protestants, REPREND SON COL LĂ’GUE Ils n’ont eu de cesse de dĂŠvelopper les outils de leur autonomie. Âť ,UNE DES PLUS IMPORTANTES COOPĂ?RATIVES MONDIALES -ONDRAGON EST NĂ?E ET PROSPĂ’RE AU 0AYS BASQUE 0LUS PRĂ’S DE NOUS LES &LAMANDS PETIT PEUPLE RURAL ONT CONSTRUIT LEURS COO PĂ?RATIVES AGRICOLES DĂ?PARGNE ET DE CRĂ?DIT POURFAIREFACEAUXDĂ?TENTEURSDECAPITAUX ALORSFRANCOPHONESETURBAINSÂŤ Il ne faut

pas nier la force de la culture dans le dĂŠveloppement des coopĂŠratives. Âť #ES CONDITIONS SONT ELLES RĂ?UNIES AU JOURDHUI CHEZ NOUS  .OS BESOINS NOS IDENTITĂ?S SONT AUTRES SOUVENT PLUS NOM BREUX DANS LE MONDE CONTEMPORAIN -AISILSSONTBIENPRĂ?SENTS DEPLUSENPLUS PRĂ?SENTS ÂŤ Des choses intĂŠressantes se passent,REMARQUE"ENJAMIN(UYBRECHT en amont, du cĂ´tĂŠ des GAC, de la simplicitĂŠ volontaire, de la volontĂŠ d’une consommation locale. Âť,ECOMMERCEĂ?QUITABLE LEBESOIN EN Ă?NERGIES RENOUVELABLES EN STRUCTURES DINSERTIONPARLETRAVAIL SONTCERTAINEMENT DES SECTEURS DAVENIR POUR LE MOUVEMENT COOPĂ?RATIF *ACQUES $EFOURNY SE RĂ?JOUIT  ÂŤ Les gens refont cause et caisse communes. Âť -ETTRE EN AVANT LE MODĂ’LE COO PĂ?RATIF INCITER LES CITOYENS Ă‹ ENTREPRENDRE ENSEMBLE CESERATOUTBĂ?NĂ?lCE 4OUSĂ‹NOSPROJETSâ– Laure de Hesselle (1) Nous reprenons ici les formulations de Jacques Defourny : www.saw-b.be/ com/Sources-des-cooperatives-belges_Jacques-Defourny_SAWB-2mars12.pdf (2) Elles ĂŠtaient 457 en janvier 2008, 517 aujourd’hui, selon Lieve Jacobs, de Cera. Certaines d’entre elles ont l’agrĂŠment du CNC, il y a donc certains doublons. (3) Nous parlons tout au long de ce dossier des coopĂŠratives ÂŤ façon Rochdale Âť, l’essence dĂŠmocratique des coopĂŠratives n’Êtant pas inscrite dans la loi belge. (4) Dans certains cas, des diffĂŠrenciations sont possibles, selon l’implication dans l’entreprise (Lire portrait d’Ethiquable p.15). (5) ÂŤ CoopĂŠratives, un modèle tout terrien Âť, Les dossiers de l’Êconomie sociale, SAW-B, 2011.

Pour une culture dĂŠmocratique

omment, demain, pouvoir encore jouer, prÊsenter des spectacles pour tous ? A l’heure oÚ les budgets publics se rÊduisent, et que la culture est malheureusement la première sacrifiÊe, comment crÊer, montrer son travail et en vivre lorsqu’on est un  prolÊtaire de la culture , indÊpendant des grandes structures subventionnÊes ? Il faut inventer son propre emploi‌ Las de devoir à chaque spectacle chercher lui-même, et avec de plus en plus de difficultÊs, des salles oÚ jouer, de devoir prendre tous les risques financiers à titre personnel, notre auteur, compositeur, chanteur, acteur et chroniqueur Claude Semal s’est ainsi plongÊ dans une nouvelle aventure : une coopÊrative. L’idÊe ? Mettre sur pieds un chapiteau mobile, avec 100 ou 200 places, qui accueillerait des dÎners-spectacles. Une friterie serait en effet attenante à la scène, et le spectateur pourrait dÊguster à la fois les chansons, les textes‌ et les frites de la compagnie, accompagnÊes d’une bière artisanale ou d’un jus de fruit bio.  La coopÊrative me semble être la formule la plus juste, car nous appartenons bien au monde du travail (l’ASBL n’est du coup pas correcte pour moi) et sa structure reflète l’aspect collectif d’un tel Eric Drabs et Claude Semal dans  Cabaretje  projet.  Même si aujourd’hui il travaille un peu seul sur cette idÊe, l’objectif est bien sÝr d’y amener divers collaborateurs. Appel serait Êgalement lancÊ à des coopÊrateurs extÊrieurs, qu’ils soient organisateurs de spectacles (ayant alors droit à deux reprÊsentations à prix plancher), ou simples amoureux de la culture populaire intelligente prenant plaisir à investir dans une belle entreprise (avec un rendement espÊrÊ de 4 %) (1).  Nous nous centrerons d’abord sur notre compagnie, mais nous pourrons ensuite accueillir d’autres spectacles. Nous voulons crÊer notre propre outil, lÊger, pour continuer demain à jouer.  ■ L.d.H.

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(1) Toute personne intĂŠressĂŠe peut bien entendu contacter Claude Semal : claude.semal@gmail.com.

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Ethiquable

Le sens du travail

uand Stephan Vincent, ingÊnieur commercial, ancien secrÊtaire gÊnÊral d’Oxfam Magasins du Monde, rencontre Vincent De Grelle, ingÊnieur agronome, de retour en Belgique après des projets de coopÊration menÊs au Sud, ils parlent naturellement de commerce Êquitable‌ Et dÊcident de lancer la  marque  de produits fair trade française Ethiquable (1) dans le Benelux.  Il nous a semblÊ Êvident de crÊer une coopÊrative à finalitÊ sociale : il est normal d’avoir le même type de modèle d’entreprise que celui que nous attendons de nos partenaires !  Ethiquable Benelux se veut avant tout une coopÊrative de travailleurs.  La majoritÊ des parts est dÊtenue par eux, et tout nouvel employÊ peut devenir coopÊrateur après un an. Nous voulons que ce soit les gens qui y travaillent qui aient le pouvoir dÊcisionnel de l’entreprise.  Ethiquable France fait Êgalement partie des coopÊrateurs de la branche belge (et inversement), ainsi que la Sowecsom (SociÊtÊ wallonne d’Êconomie sociale marchande), mais tous deux devraient se retirer progressivement. Enfin, histoire d’apporter un peu d’argent frais et de compÊtences complÊmentaires, des coopÊrateurs extÊrieurs ont Êgalement ÊtÊ invitÊs à faire partie d’Ethiquable.  Nous avons peu de moyens, donc la dÊbrouillardise est de mise, et toutes les bonnes volontÊs sont les bienvenues. Mais les travailleurs ont des parts spÊcifiques, qui leur assurent de garder concrètement la primautÊ sur les dÊcisions.  L’entreprise doit faire son trou dans le monde du commerce. Et elle communique peu sur son appartenance au mouvement coopÊratif.  Dans l’esprit de beaucoup d’acteurs extÊrieurs, finalitÊ sociale rime avec non-professionnalisme‌ CôtÊ Nord, nous devons travailler de façon conventionnelle, être professionnels, user du marketing, etc.  Le but de la coopÊrative est de dÊfendre et de dÊvelopper l’activitÊ des producteurs de l’agriculture paysanne au Sud, mais aujourd’hui aussi au Nord, en leur assurant un prix juste, en prÊfinançant leurs rÊcoltes (avec parfois deux ans d’avance).  Mais pour y arriver, il faut

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toucher le consommateur du Nord en chaussant ses lunettes : il achète un produit parce qu’il le trouve beau, il le rachète parce qu’il le trouve bon. On cherche des choses typiques, de terroir. L’aspect Êthique et souvent bio est la cerise sur le gâteau.  L’aspect coopÊratif est lui peu à peu entrÊ dans l’ADN des quatre travailleurs actuels, même si cela n’a pas toujours ÊtÊ Êvident.  DÊcider tout seul peut sembler plus facile, mais ce n’est pas vrai sur le long terme. On se rend compte que grâce à cet esprit de discussion, de coopÊration, il y a une beaucoup plus grande implication de chacun dans l’organisation. Les stratÊgies solidaires sont plus intÊressantes que le repli sur soi. Pour moi, c’est un modèle qui a de l’avenir : les jeunes ne se satisfont plus d’un job qui donne juste un salaire, ils veulent être engagÊs, trouver du sens à leur travail.  ■ L.d.H. (1) www.ethiquable.be

Une histoire de hauts et de bas

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ES COOPĂ?RATIVES TROUVENT LEUR SOURCE NOTAMMENT DANS LE SO CIALISME ASSOCIATIONNISTE QUI VEUT FAIRE CONlANCE AUX INITIA TIVES DES GENS DE LA BASE %N "ELGIQUE SA PREMIĂ’RE INCARNA TION SERA UNE BOULANGERIE CELLE DES 6RIJE "AKKERS ENĂ‹'AND PUISCELLEDU6OO RUIT DONTĂ?MANERONTNOTAMMENTUNJOURNAL QUOTIDIENETAUJOURDHUIUNCENTRECULTUREL #ES INITIATIVES VONT RAPIDEMENT DEVENIR EXTRĂ?MEMENT POPULAIRES NOTAMMENT EN FOURNISSANTLANOURRITUREĂ‹DESMINEURSGRĂ? VISTESDANSLE"ORINAGEÂŤ Les coopĂŠratives sont alors la colonne vertĂŠbrale ĂŠconomique du mouvement socialiste, RACONTE *ACQUES $EFOURNY elles alimentent les caisses. A la ďŹ n du 19e siècle, elles prendront une coloration plus ĂŠducative, et seront Ă l’origine des maisons du peuple. Âť #ETTE VISION DE LA SOCIĂ?TĂ? SOLIDAIRE ASSO CIATIONNISTE VA POURTANT BIENTĂ™T Ă?TRE CRITI QUĂ?E PAR -ARX AU SEIN DE L)NTERNATIONALE ÂŤ Il estime que les coopĂŠrateurs adoptent des mentalitĂŠs de boutiquiers et perdent de vue le Grand Soir, EXPLIQUE LENSEIGNANT Le socialisme va se centraliser de plus en plus sous sa houlette, et les Belges vont le prendre particulièrement au sĂŠrieux. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, il n’y a quasi plus de coopĂŠratives de travailleurs chez nous. Âť 5NE Ă?VOLUTION DONT NOUS VIVONS ENCORE LES CONSĂ?QUENCES NOS SYNDICATS NE SOUTENANT PAS VRAIMENT CHEZ NOUS LA REPRISE DENTREPRISES PAR LEURS TRA VAILLEURS n CHOSE BEAUCOUP PLUS COMMUNE EN&RANCENOTAMMENT ,E PILIER CATHOLIQUE VA SE LANCER LUI AUS SI DANS LE MOUVEMENT COOPĂ?RATIF AVEC QUELQUES ANNĂ?ES DE DĂ?CALAGE %T CEST Ă?GA LEMENT UNE BOULANGERIE GANTOISE QUI EN SERA LE PRĂ?CURSEUR (ET 6OLK NĂ?E EN  ÂŤ L’idĂŠe principale de cette doctrine sociale

est celle de l’importance des corps intermĂŠdiaires, POURSUIT*ACQUES$EFOURNY qui veut que l’individu ne reste pas seul face Ă un Etat qui se comporte parfois en monstre froid. Âť ,ABBĂ? -ELLAERTS VA CRĂ?ER UNE PRE MIĂ’RECAISSEDĂ?PARGNEETDECRĂ?DITLAFUTURE #ERA LE"OERENBONDVANAĂ”TREDANSLAFOU LĂ?E ,ES LIBĂ?RAUX EUX MĂ?MES CONNAISSENT QUELQUESSUPPORTERSDELACOOPĂ?RATIVEnLES 0HARMACIES POPULAIRES EN SERONT LINCARNA TION ,ES COOPĂ?RATIVES DE CONSOMMATEURS NE SURVIVRONT PAS EN "ELGIQUE INCAPABLES DE PRENDRE LE TOURNANT DU LIBRE SERVICE ,E MONDE BANCAIRE COOPĂ?RATIF A LUI AUSSI PRESQUE DISPARU ÂŤ Alors que leur spĂŠciďŹ citĂŠ leur aurait permis de dĂŠpasser la crise ďŹ nancière actuelle plus facilement, elles ont ĂŠtĂŠ fascinĂŠes par les grandes banques, ont fusionnĂŠ avec elles, ont adoptĂŠ les mĂŞmes logiques. Âť .E RESTE AUJOURDHUI QUE #ERA QUI TOUTENFAISANTPARTIEDE+"# PROPOSE Ă‹ SES COOPĂ?RATEURS DE lNANCER DES PROJETS LOCAUX CONCRETS ET EST DEVENU LE SECOND MĂ?CĂ’NEPRIVĂ?DUPAYSDERRIĂ’RELA&ONDATION 2OI"AUDOUIN  #ESTDUCĂ™TĂ?AGRICOLEQUEFOISONNENTENCORE LESCOOPĂ?RATIVES AINSIQUEDUCĂ™TĂ?DESPHAR MACIESnDEUXMARCHĂ?SPARTICULIERS LEPRE MIERĂ?TANTRĂ?GULĂ?PARLA0!# LESECONDPAR LEGOUVERNEMENTFĂ?DĂ?RAL ÂŤ L’histoire des coopĂŠratives est ponctuĂŠe de haut et de bas,CONSTATE*ACQUES$EFOURNY c’est ainsi. Et l’on peut sentir des frĂŠmissements : les GAC sont un peu la prĂŠhistoire de coopĂŠratives de consommateurs ; les coopĂŠratives sociales d’insertion, apparues Ă  cause du sous-emploi, sont une nouvelle branche ; dans l’Êolien le modèle se rĂŠpand‌ On retrouve des communautĂŠs de destins autour des enjeux d’aujourd’hui. Âť â–  L.d.H.

Proxemia

Une entreprise socio-communale i une coopĂŠrative est souvent due Ă l’initiative de quelques amis entreprenants, elle peut aussi ĂŞtre portĂŠe par des pouvoirs publics. A Chapelle-lezHerlaimont, Proxemia (1), coopĂŠrative Ă  finalitĂŠ sociale et entreprise d’insertion liĂŠe aux titres-services, en est un bel exemple : ici, c’est la commune, et son bourgmestre d’alors Patrick Moriau, qui a voulu sa naissance dans le cadre d’un plan de cohĂŠsion sociale plus large. Avec l’aide de la Fondation Roi Baudouin pour son lancement, la commune, le CPAS, l’Agence locale pour l’emploi et l’ASBL Symbiose constituent le capital de dĂŠpart de la coopĂŠrative. Nous sommes en 2003, et l’entreprise devient une pionnière des titres-services. ÂŤ La coopĂŠrative ĂŠtait une ĂŠvidence, estime Eric Bernard, administrateur dĂŠlĂŠguĂŠ, vu la finalitĂŠ sociale de l’entreprise et l’accent fort que nous voulions mettre sur la coopĂŠration. Âť Presque dix ans plus tard, c’est une centaine de personnes qui travaillent chez Proxemia, et les pouvoirs publics (Ă  l’exception de la commune) ont quittĂŠ la coopĂŠrative, leurs parts ĂŠtant cĂŠdĂŠes Ă  des personnes privĂŠes intĂŠressĂŠes par l’expĂŠrience. Deux travailleuses en ont ĂŠgalement acquis. ÂŤ Le modèle contrat de travail-patrontravailleur reste encore très prĂŠsent dans les tĂŞtes. La participation Ă  une assemblĂŠe gĂŠnĂŠrale, c’est aussi une responsabilitĂŠ, et nous avons très peu de demandes‌ Âť La participation est mise en Ĺ“uvre ailleurs : dix fois par an, une rĂŠunion rassemble tout le personnel pour des ĂŠchanges suivis d’un repas. Deux aides mĂŠnagères ont participĂŠ Ă  des ateliers sur l’Êconomie sociale ; trois autres, avec une accompagnatrice sociale, ont apportĂŠ leur tĂŠmoignage en Suisse lors de rencontres sur le thème de la santĂŠ communautaire ; sept autres sont en relation avec le QuĂŠbec dans le cadre d’une rĂŠflexion et d’un ĂŠchange de bonnes pratiques‌ Un journal d’entreprise est d’ailleurs nĂŠ de cette aventure, rĂŠdigĂŠ aux deux tiers par les travailleurs. Le mĂŠtier n’est pas facile, physiquement et psychologiquement. ÂŤ Nous avons fait le choix d’une bonne rĂŠmunĂŠration, explique Eric Bernard (2). Et puis nous avons un “bonus qualitĂŠâ€? : nous investissons dans les locaux de la coopĂŠrative, pour inciter les travailleurs Ă  s’y retrouver, Ă  venir y faire des pauses, nous veillons Ă  distribuer le travail de façon ĂŠquilibrĂŠe entre lieux “coolâ€? et moins “coolâ€?, des activitĂŠs sont proposĂŠes aux enfants lors des rĂŠunions et des vacances, des accompagnateurs sociaux sont prĂŠsents dans l’entreprise‌ C’est un mĂŠtier qui mĂŠrite une bonne formation et une bonne considĂŠration. Âť Le ÂŤ modèle Âť de Proxemia serait-il reproductible ? Pour son administrateur, il faut assurĂŠment un cĂ´tĂŠ militant, croire dans son projet et oser. ÂŤ Mais nous avons eu la chance aussi de naĂŽtre dans un terreau local fertile. Âť â– 

S

L.d.H. (1) www.proxemia.be (2) De 1 100 à 1 900 euros net pour les aides mÊnagères.

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En couverture

Les coopĂŠratives ĂŠoliennes citoyennes

Un vent d’autonomie

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E DĂ?VELOPPEMENT DES COOPĂ? RATIVES Ă?OLIENNES CITOYENNES EST ENCORE RELATIVEMENT RĂ?CENT !VEC   COOPĂ?RATEURS lN PLUSUNELISTEDATTENTE %COPOWERESTLEFERDELANCEDE CE MOUVEMENT EN "ELGIQUE   #ETTE COO PĂ?RATIVEESTPRODUCTRICEDĂ?LECTRICITĂ? VERTE ET ELLE FOURNIT ACTUELLEMENT PLUS DE   DES CONSOMMATEURS EN &LANDRE 4RĂ’S ACTIVEETCONFRONTĂ?EĂ‹LEXIGUĂ•TĂ?DUTERRITOIRE mAMAND %COPOWER PARTICIPE Ă?GALEMENT Ă‹ PLUSIEURS PROJETS EN 7ALLONIE 4OURNAI 7AIMES (OUYET  ! LĂ?CHELLE BELGE LE RĂ?SEAU 2ESCOOPBE REGROUPE UNE DOUZAINE DE COOPĂ?RATIVES Ă?OLIENNES,ESCITOYENSQUISELANCENTSONT

Les coopÊratives, ça se mange ! alimentation compte Êvidemment pour une bonne part de notre consommation. Or là aussi des options plus Êcologiques, sociales et Êconomiques sont en train de germer dans le monde de la coopÊrative. Ainsi, à Meix-devant-Virton, des habitants se sont mobilisÊs à l’annonce de la fermeture de la dernière Êpicerie du village. Comment les moins valides allaient-ils encore pouvoir faire leurs courses ? La convivialitÊ n’allait-elle pas s’en ressentir ? Avec l’aide de la commune, après une petite enquête auprès de la population, une coopÊrative à finalitÊ sociale, La DÊbrouillardise villageoise (1), est mise sur pied et investit le petit commerce. Aujourd’hui, le magasin Epicentre propose (avec d’autres articles plus conventionnels) des produits locaux et/ou bio et/ou Êquitables, et sert de relais pour remplir les paniers d’un rÊseau associant consommateurs et producteurs. On peut aussi y prendre un cafÊ, discuter ou y travailler aussi, puisque ce sont des bÊnÊvoles qui tiennent le magasin à tour de rôle. Ailleurs, ce sont des collectifs qui ont poussÊ la logique des GAC un cran plus loin : La CoopÊrative ardente (2), lancÊe tout rÊcemment à Liège, proposera à ses coopÊrateurs dès 2013 des produits locaux, si possible bio et/ou Êquitables. Les commandes seront passÊes sur Internet puis livrÊes à domicile ou au travail. Ce sont des salariÊs en insertion professionnelle qui gÊreront le tout. Dans le Brabant wallon, Agricovert (3) allie lui 25 coopÊrateurs-producteurs et une centaine de coopÊrateurs  consom’acteurs , et propose des paniers et du vrac, choisis Êgalement sur Internet puis livrÊs dans des points relais. La coopÊrative acquiert Êgalement du matÊriel agricole à mutualiser entre producteurs. Plusieurs modèles sont donc imaginables, selon les besoins et les initiateurs du projet. Une multiplication de ce type de coopÊratives de consommateurs, soucieuses du bien commun en même temps que de leur bien propre, est certainement à espÊrer ! ■ L.d.H.

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(1) ladebrouillardise@skynet.be, 063 57 88 77. (2) www.lacooperativeardente.be, 04 287 70 06. (3) www.agricovert.be, 010 81 40 50, 0497 94 20 32.

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GĂ?NĂ?RALEMENTDESPERSONNESDĂ?SIREUSESDE PROMOUVOIR LA PART VERTE DANS LA PRODUC TIONDĂ?LECTRICITĂ? MAISAUSSILESĂ?CONOMIES DĂ?NERGIEILFAUTSAVOIRQUELESMEMBRESDE COOPĂ?RATIVESCONSOMMENTENMOYENNE DĂ?LECTRICITĂ? EN MOINS ET PLUS LARGEMENT LĂ?DUCATIONĂ‹LENVIRONNEMENT ,E CRĂ?DO DES COOPĂ?RATIVES CEST LA VALO RISATION DES RESSOURCES LOCALES LAUTONO MIE LA RĂ?APPROPRIATION PAR LES CITOYENS DESMOYENSDEPRODUCTIONDELEURĂ?NERGIE ÂŤ Nous sommes en train de rÊÊchir Ă la meilleure manière d’effectuer des investissements pour l’avenir de nos enfants. Outre la construction d’Êoliennes citoyennes, nous souhaitons aussi faire un travail d’Êducation, parler des modes de vie, notamment dans les ĂŠcoles. Nos objectifs sont donc Ă  la fois pĂŠdagogiques, ĂŠconomiques et politiques Âť RĂ?SUMAIT!LAIN UNPARTICIPANTĂ‹LA RĂ?UNION DES SYMPATHISANTS DE LA COOPĂ?RA TIVE&ERRĂ?OLE ENCOURSDECONSTITUTIONĂ‹ &ERRIĂ’RES ENJUINDERNIER !U PROGRAMME DE LA TRĂ’S CONVIVIALE SOI RĂ?E DE FĂ?TE QUI A EU LIEU Ă‹ LOCCASION DE LA NAISSANCE DE CETTE COOPĂ?RATIVE ET QUI RAS SEMBLAITUNEBONNECENTAINEDEPERSONNES BUFFET RĂ?GIONAL ET DEUX HEURES DE QUES TIONS RĂ?PONSES ,AMBIANCE Ă?TAIT CHALEU REUSE PRESQUEFESTIVE 4OUSLESASPECTSDUPROJETONTĂ?TĂ?ABORDĂ?S LE LIEU DIMPLANTATION LINTĂ?RĂ?T DE LANCER UNE COOPĂ?RATIVE AU BĂ?NĂ?lCE DES CITOYENS LĂ?TAT DAVANCEMENT DU PROJET INITIĂ? PAR %LECTRABEL '$& 3UEZ QUISOUHAITEIMPLAN TER QUATRE Ă?OLIENNES Ă‹ -Y SUR LE TERRITOIRE DELACOMMUNE

#OMMELE#ADREDER�F�RENCEWALLONLEPR� VOIT  UN GROUPE DE CITOYENS ET LA COM MUNEPEUVENTPARTICIPERËTOUTPROJETDIM PLANTATION D�OLIENNES Ë HAUTEUR DE   #E QUI VEUT DIRE QUE DANS LE CAS DE &ER RIÒRES DEUX�OLIENNESSURLESQUATREACTUEL LEMENT PR�VUES POURRAIENT TH�ORIQUEMENT DEVENIRLAPROPRI�T�DELACOOP�RATIVEETDE LACOMMUNE !CTUELLEMENT LACOOP�RATIVE&ERR�OLEAPOUR OBJECTIF DE RASSEMBLER LES MOYENS POUR CONSTRUIREUNE�OLIENNEDUNEPUISSANCEDE  -7 SOITUNINVESTISSEMENTQUIS�LÒVE Ë   MILLIONS DEUROS 3UR LA TOTALIT� DE CETTESOMME DOIVENT�TRECONSTITU�S DE FONDS PROPRES UN MILLION DEUROS CEST Ë DIREDEPARTSDECOOP�RATEURSDUNE VALEURDEEUROSCHACUNE SERONT APPORT�SPARDESSUBSIDESDELA2�GIONWAL LONNEETSERONTEMPRUNT�SËLABANQUE 4RIODOS $�BUT OCTOBRE LA PROC�DURE DE CR�ATION DE LA COOP�RATIVE �TAIT OFlCIELLEMENT LAN C�E CHEZ LE NOTAIRE NOUS EXPLIQUAIT *EAN &RANÎOIS #ORNET HABITANT DE LA LOCALIT� ET LUNE DES CHEVILLES OUVRIÒRES DE LENTHOU SIASMANTPROJET,ECAPITALDED�PARTN�CES SAIRE DEM�MEQUELEPLANlNANCIERETLES STATUTS �TAIENT Ë PR�SENT R�UNIS 5NE NOU VELLE COOP�RATIVE �OLIENNE CITOYENNE �TAIT ENTRAINDENAÔTRE■A.R. (1)  Les atouts d’Ecopower , lire Imagine n° 81, septembre-octobre 2010. (2) www.ferreole.be (3) Ce Cadre de rÊfÊrence pour l’implantation d’Êoliennes en Wallonie est sur la table du gouvernement wallon depuis dÊcembre 2011 et devait être adoptÊ le 19 juillet dernier. Cette dÊcision a malheureusement ÊtÊ reportÊe.

Une belle manière de sensibiliser les citoyens à l’Ênergie Êolienne est d’organiser la visite d’un parc, comme l’ont fait les gens de FerrÊole, en compagnie de leurs amis de SitÊol-Durbuy, ici au pied d’une Êolienne du parc de Vetschau (près d’Aix-la-Chapelle), en avril dernier.


Une image nouvelle apparaÎt dans le paysage wallon : le vignoble ! Et dans ce cas menÊ de belle manière, sous la houlette de la coopÊrative Vin de Liège.

Vin de Liège : ça roule ! La tempÊrature moyenne est en train de monter sur la planète et continuera à augmenter dans les dÊcennies à venir. La rÊgion wallonne dispose de bonnes terres, fertiles, profondes, oÚ la vigne pourrait s’Êpanouir à souhait. Le moment est-il propice pour se lancer dans la viticulture FKH]QRXV"/DFRRSpUDWLYH9LQGH/LqJHOœDIDLW¿Q Son objectif : produire un vin (blanc, rouge et mousseux) bio de qualitÊ. Mais aussi dÊvelopper un projet Êconomique, social et citoyen qui vaut le dÊtour. En route pour le nouveau vignoble liÊgeois !

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ISONS LETOUTDESUITENOUS AVONSĂ?TĂ?IMPRESSIONNĂ?S%N FAIT CELA FAISAIT UN MOMENT QUE NOUS LES OBSERVIONS DANS LEURS MULTIPLES DĂ? MARCHES  PRĂ?SENTER UN PLAN DAFFAIRES DIGNE DE CE NOM CONTACTER LES PREMIERS COOPĂ?RATEURS ENGAGER UN JEUNE VITICULTEURFRANĂŽAISPROFESSIONNELCONVAINCU COMMEEUXDELAPOSSIBILITĂ?DEMENERUNTEL PROJETĂ‹BONPORT Ă?LARGIRENCOREETENCORELE CERCLEDESCOOPĂ?RATEURSENPARTICIPANTĂ‹DES FESTIVITĂ?S FOIRESETSALONS PLANTERQUELQUES CENTAINES DE PIEDS EXPĂ?RIMENTAUX SUR LES COTEAUXDE.AIMETTE 8HOVĂ?MONT Ă‹,IĂ’GEx 4OUT CELA EXHALAIT UN BOUQUET DE SAVOIR FAIREDIGNEDEVĂ?RITABLESENTREPRENEURS ,EURVOLONTĂ?DĂ?CLARĂ?EDEPRODUIREDUVINBIO ET LA VISITE DE LEUR PREMIER GRAND VIGNOBLE PLANTĂ?DEPIEDSĂ‹(EURE LE 2OMAIN ONTACHEVĂ?DENOUSCONVAINCREOUI LACOO PĂ?RATIVE6INDE,IĂ’GEESTBIENPARTIE Une dĂŠmarche respectueuse de l’environnement ÂŤ Nous avons conclu des baux Ă ferme d’une durĂŠe de 27 ans et les propriĂŠtaires des terrains sont membres de la coopĂŠrative et croient donc eux aussi au projet Âť RACONTE

!LEC"OL LEJEUNEADMINISTRATEUR DĂ?LĂ?GUĂ? QUI EST AUJOURDHUI ET PAR AILLEURS RESPONSABLE ADMI NISTRATIF ET lNANCIER DE ,A "OUR RACHE UNEENTREPRISEDEFORMATION PAR LE TRAVAIL DANS LES DOMAINES DU MARAĂ”CHAGEBIOLOGIQUEETDELENTRETIEN Ă?COLOGIQUEDEPARCSETJARDINS/NLESENT TRĂ’SENTHOUSIASTE Ă‹LAISEDANSLENOUVEAU DOMAINEDECOMPĂ?TENCESQUISOUVREĂ‹LUI 5NE VIGNE EST EXPLOITABLE PENDANT UNE TRENTAINE DANNĂ?ES CE QUI MET LE PROJET Ă‹ LABRIDELOBLIGATIONDEPARTIRALORSQUELES PLANTS SONT ENCORE PRODUCTIFS 3UR LES CINQ HECTARES ET DEMI PLANTĂ?S EN AVRIL DERNIER LESDEUXTIERSSONTDESCĂ?PAGESDEBLANCET UNTIERSDEROUGE,EURSNOMS*OHANNITER ET 3OLARIS POUR LE BLANC ET #ABERNET #ORTIS POUR LE ROUGE ÂŤ Ce sont des cĂŠpages interspĂŠciďŹ ques, EXPLIQUE !LEC "OL Depuis 25 ans environ, l’Allemagne et la Suisse, deux pays grands producteurs de vins, ont menĂŠ d’importantes recherches pour croiser les cĂŠpages traditionnels, comme le fameux Riesling, avec des cĂŠpages principalement amĂŠricains et asiatiques. Leurs objectifs : augmenter la rĂŠsistance aux maladies de la vigne, comme le mildiou, l’oĂŻdium et la pourriture grise, et dĂŠvelopper les qualitĂŠs gustatives des vins issus de cĂŠpages tradi- Ă‚

Une dizaine de personnes figurent parmi les acteurs principaux de la coopĂŠrative. Parmi elles, Fabrice Collignon, ingĂŠnieur commercial, est celui qui a rĂŞvĂŠ le projet et qui a mobilisĂŠ les ĂŠnergies et les talents pour le lancer.

Romain BÊvillard, le jeune viticulteur et oenologue français, le technicien de l’Êquipe, engagÊ par la coopÊrative.

Et puis Alec Bol, lui aussi ingÊnieur commercial, qui est l’administrateur dÊlÊguÊ de la coopÊrative. Il a travaillÊ dans le secteur des Ênergies renouvelables et est aujourd’hui responsable administratif et financier de La Bourrache, une entreprise de formation, partenaire de Vin de Liège, qui propose des stages de rÊinsertion dans le maraÎchage bio.

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En couverture

L’opÊration de palissage d’une partie du vignoble, à Heure-le-Romain. Le travail a ÊtÊ rÊalisÊ cet ÊtÊ par les travailleurs en rÊinsertion de la coopÊrative.

Cabernet

Ă‚ tionnels. Cette approche moderne de la viti-

culture touche ĂŠgalement la fruiticulture, oĂš l’on trouve par exemple un pommier intĂŠressant appelĂŠ Ariane, dĂŠveloppĂŠ par l’INRA, l’Institut national de la recherche agronomique en France. Âť !LEC"OLESTCONSCIENTQUILVAFALLOIREFFEC TUERTOUTUNTRAVAILDECOMMUNICATIONPOUR PROMOUVOIRLESVINSISSUSDECESNOUVEAUX CĂ?PAGES -AIS DES RĂ?GIONS VINICOLES Ă‹ LA POINTEDUPROGRĂ’S COMMECELLEDE&RIBOURG EN !LLEMAGNE SY SONT DĂ?JĂ‹ ATTELĂ?ES TANT PAR DES TRAVAUX UNIVERSITAIRES QUE PAR LA PRODUCTION DE VINS DE QUALITĂ? 5N LABEL EUROPĂ?ENVIENTDAILLEURSDĂ?TRECRĂ?Ă?POURLE VINBIO0OURLOBTENIR ILSAGIRANONSEULE MENTDEPRODUIREDURAISINBIO MAISAUSSI DE RĂ?DUIRE FORTEMENT LES DOSES DE SULlTE PRODUIT EMPLOYĂ? POUR CONSERVER LE VIN ETSURTOUTDEPRENDRESESDISTANCESAVECLA iCHIMIEDUVINw DONTILESTTROPLARGEMENT FAITUSAGEAUMOMENTDELAPHASEDEVINI lCATION Douze hectares : parmi les plus grands vignobles belges ,ORSQUE LON PARCOURT LES RICHES TERRES DU VIGNOBLE D(EURE LE 2OMAIN ON CONSTATE QUELADĂ?MARCHEENTREPRISEPAR6INDE,IĂ’GE EST RESPECTUEUSE DE LENVIRONNEMENT ,ES MAUVAISESHERBESQUIPOUSSAIENTLĂ?TĂ?DER NIERENTRELESPLANTSnSIGNEĂ?VIDENTQUAU CUNHERBICIDENAVAITĂ?TĂ?RĂ?PANDUnĂ?TAIENT LĂ‹POURENTĂ?MOIGNER4OUTCOMMELALARGE HAIE PLANTĂ?E DE QUATRE RANGĂ?ES DESPĂ’CES DIFFĂ?RENTES ET QUI SERVIRA DE REFUGE POUR TOUTE UNE FAUNE VENUE APPORTER SON AIDE AUXVITICULTEURSENLUTTANTCONTRELESRAVA GEURS 5N VĂ?RITABLE Ă?CRAN DE VERDURE QUI DICIQUELQUESANNĂ?ES PROTĂ?GERALEVIGNOBLE DESGELĂ?ESTARDIVESAPPORTĂ?ESPARLEVENTDU NORD 0OURQUOI LES TERRAINS CHOISIS PAR 6IN DE ,IĂ’GE SE SITUENT ILS ESSENTIELLEMENT EN "ASSE -EUSE  ÂŤ Le sous-sol calcaire de la rĂŠgion est un rĂŠgulateur hydrique idĂŠal pour la culture de la vigne. Il draine les excès d’eau dont la vigne a horreur et maintient une certaine humiditĂŠ dont la vigne a besoin. Pour la ďŹ n de l’annĂŠe prochaine, 12 hectares auront ĂŠtĂŠ plantĂŠs Ă Heurele-Romain (Oupeye) et Eben-Emael (Bassenge). Nous allons aussi construire un nouveau bâtiment abritant un chai, Ă  proximitĂŠ du vignoble d’Heure-le-Romain. Âť

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,A COOPĂ?RATIVE CRĂ?Ă?E EN DĂ?CEMBRE  AVECEUROSDECAPITALĂ‹LINITIATIVEDE &ABRICE#OLLIGNON LINITIATEURDUPROJET SERA AGRĂ?Ă?ECOMMEiENTREPRISEDERĂ?INSERTIONw #ELASIGNIlEQUELLEAURALESCONTRAINTESDE RENTABILITĂ? DUNE ENTREPRISE TRADITIONNELLE MAISQUELLEPOURRAACCUEILLIRDESPERSONNES FRAGILISĂ?ES EN INSERTION PROFESSIONNELLE ENFAVEURDESQUELLESDESAIDESDĂ?GRESSIVES SONTACCORDĂ?ESDURANTUNEPĂ?RIODEDETROIS ANSÂŤ Il faudra six personnes pour que le vignoble tourne, dont trois en insertion Âť POURSUIT!LEC"OL %NAOĂ&#x;TDERNIER QUELQUEPERSONNESFAI SAIENTPARTIEDELASOCIĂ?TĂ?COOPĂ?RATIVEĂ‹RES PONSABILITĂ?LIMITĂ?EĂ‹lNALITĂ?SOCIALE3#2, &3 ,ABARREDESEUROSDECAPITAL AVAIT Ă?TĂ? DĂ?PASSĂ?E DONT QUELQUE   EUROSDECAPITALPRIVĂ? PLUSEUROS PROMIS PAR LA 3OWECSOM ET -EUSINVEST DEUX SOCIĂ?TĂ?S DINVESTISSEMENT PUBLIQUES ,OBJECTIF Ă?TAIT DATTEINDRE   MILLION DE CAPITALPOURLAlNDELANNĂ?E %N Y AJOUTANT UN EMPRUNT DE   MILLION LA SOMMEDE MILLIONSSERAITAINSIATTEINTE DEQUOIFAIRETOURNERLEPROJETSURDESBASES lNANCIĂ’RESSOLIDES #AR IL FAUDRA ATTENDRE  POUR QUE LES PREMIĂ’RES VENDANGES DE 6IN DE ,IĂ’GE PUISSENTĂ?TREEFFECTUĂ?ES%TQUELESĂ‹   BOUTEILLES ANNUELLES ESPĂ?RĂ?ES PUISSENTĂ?TREVENDUES DONTESDEBLANC ES DE MOUSSEUX ET E DE ROUGE ÂŤ Nous visons un marchĂŠ de niche, PRĂ?CISE !LEC"OLUne vente sur place, directement au domaine, puis Ă des cavistes et Ă  des restaurateurs, ainsi qu’à des entreprises, aux communes et Ă  la province de Liège, heureux de servir ce produit local lors des rĂŠceptions. Âť -AISCOMMENTEXPLIQUERLESUCCĂ’SDULANCE MENTDE6INDE,IĂ’GEÂŤ Le vin est un produit très chargĂŠ culturellement et symboliquement. D’autre part les valeurs sociale, environnementale et citoyenne du projet sont souvent citĂŠes par les coopĂŠrateurs parmi lesquels nous trouvons des proďŹ ls très diffĂŠrents : des amateurs de vin bien sĂťr, mais aussi des citoyens ďŹ ers de soutenir un tel projet d’entreprise, des patrons en vue, des syndicalistes‌ Âť Le dĂŠbut d’un mouvement ,ESCOOPĂ?RATEURSDE6INDE,IĂ’GESONTPRO GRESSIVEMENTIMPLIQUĂ?SĂ‹DIFFĂ?RENTSNIVEAUX

DANS LE PROJET  Nous sommes partis en car pour visiter des vignobles belges. Nous avons proposÊ une initiation à la taille de la vigne. Et 300 personnes ont participÊ à notre Fête de la plantation, en mai dernier. Certains coopÊrateurs se proposent de donner un coup de main pour le dÊsherbage. Nous pensons aussi faire participer ceux qui en auraient envie aux vendanges, mais de manière symbolique, car nous voulons rester professionnels  EXPLIQUELADMINIS TRATEUR D�L�GU� ,ID�E DE PUBLIER UN BLOG POURMONTRERLAVIEDELAVIGNEETPARLERDE LAGRICULTURE DUNE MANIÒRE PLUS G�N�RALE EST N�E DE CETTE VOLONT� DE FAIRE PARTICIPER LESCOOP�RATEURS /N TROUVE DEPUIS QUELQUES ANN�ES PLU SIEURSVIGNOBLESDIMPORTANCEEN7ALLONIE DONT CERTAINS EN i AGRICULTURE RAISONN�E w CEST Ë DIRE VEILLANT Ë UTILISER DES i DOSES RAISONNABLES w DE PRODUITS CHIMIQUES DE SYNTHÒSE TANT SUR LA VIGNE QUE LORS DE LA VINIlCATION %PINGLONSNOTAMMENT SANSAUCUNORDREDE VALEUROUDEQUALIT� LEDOMAINEVITICOLEDU #HENOY DE LA FAMILLE 'RAF� UNE DOUZAINE DHECTARES Ë %MINES DANS LE .AMUROIS LECHÉTEAUDE"IOULHECTARESEN(AUTE -EUSE ENTRE.AMURET$INANT LE2YDAR GENT  HECTARES Ë "OVESSE LE VIGNOBLE DES !GAISES Ë (AULCHIN PRÒS DE "INCHE LE VIGNOBLE DU CHOCOLATIER 'ALLER ET DE SA lLLEË6AUX SOUS #HÒVREMONT ETC-AISIL FAUT BIEN CONSTATER QUE QUANTITATIVEMENT LA &LANDRE A PRIS UNE LONGUEUR DAVANCE SURLA7ALLONIEDANSLESECTEURDELAVIGNE /N TROUVE AINSI UN DOMAINE DE  HEC TARES EN C�PAGES TRADITIONNELS AU CHÉTEAU DE 'ENOELS %LDEREN PRÒS DE 4ONGRES %T Ë 4IRLEMONT POUSSE   HECTARE EN BIO CHEZ (UGO "ERNARD AUJOURDHUI LE SEUL VITICUL TEUR V�RITABLEMENT BIO EN "ELGIQUE ET QUI POURLAPETITEHISTOIRE PARTICIPEDEMANIÒRE

Vin de Liège SCRL-FS Alec Bol (administrateur-dÊlÊguÊ) ou Romain Bevillard (viticulteur et œnologue), rue du Beau-Mur, 48 à 4030 Liège TÊl. 04 344 00 14 – info@vindeliege.be www.amisdelaterre.be (historique complet du projet)


Solaris

Champagne Vranken-Pommery

Quand Liège fait le bouchon

Pinotin Muscaris

n autre projet de vignoble existe à Liège : celui de Vranken-Pommery, le grand producteur de champagne (1). D’origine liÊgeoise, l’actuel patron du l’entreprise, PaulFrançois Vranken, a fait part de son intention de planter un vignoble sur les coteaux de la Cidatelle. Un retour dans sa ville natale, en quelque sorte (2). Son intention est d’y produire un crÊmant, un vin effervescent mousseux obtenu par une mÊthode traditionnelle. Les terrains visÊs au dÊpart Êtaient importants : celui des Filles de la Croix, une congrÊgation religieuse aujourd’hui en partance et qui possède une belle propriÊtÊ sur la colline derrière la rue Hors-Château, mais aussi un terrain voisin appartenant à l’EvêchÊ, ainsi qu’une partie de l’ancienne ferme Fabry, près du terrain de foot de Pierreuse, soit au total 13 hectares, dont 5 seraient consacrÊs à la vigne. Parmi tous ces endroits, le plus convoitÊ est Êvidemment le terrain qui se situe en front de Meuse. Bucolique, il a le mÊrite d’être visible des LiÊgeois, des visiteurs et des touristes, de plus en plus nombreux à parcourir les 86 hectares des fameux coteaux, classÊs trois Êtoiles au Guide vert Michelin Belgique-Luxembourg depuis 2011. Ce site est bien Êvidemment, et depuis le dÊbut du projet, celui sur lequel la coopÊrative Vin de Liège souhaiterait Êtablir une vitrine pour ses produits. Vranken-Pommery, arrivÊ en second – et peut-être inspirÊ par le projet de la coopÊrative ? –, mais avec beaucoup de moyens financiers, propose pour sa part d’investir dans la rÊnovation de certains murs qui soutiennent les sentiers des coteaux et d’ouvrir un centre viticole dans une ancienne Êglise du quartier Hors-Château, pourvu qu’un vignoble d’au moins trois hectares puisse être plantÊ à cet endroit. Dès qu’ils ont ÊtÊ informÊs du projet de ce grand producteur de champagne, des habitants du quartier ont immÊdiatement fait le bouchon. Ils se sont mobilisÊs et ont lancÊ diffÊrentes pÊtitions craignant des glissements de terrain dans cette zone particulièrement pentue, refusant l’utilisation de tous les produits en  -cides  (fongicides, herbicides‌) dans leur quartier très frÊquentÊ par des Êtudiants, et n’acceptant pas que des amÊnagements lourds soient effectuÊs sur les coteaux pour permettre l’utilisation d’engins agricoles dans une zone oÚ la biodiversitÊ peut se dÊvelopper de manière privilÊgiÊe. FâchÊ de cette rÊaction, disent certains, le patron de Vranken-Pommery ne voudrait plus entendre parler du projet, qui bÊnÊficiait pourtant du soutien de l’ancienne majoritÊ PS-cdH. Pour faire avancer l’idÊe du vignoble, la ville a d’ailleurs demandÊ, il y a quelques mois, une rÊvision du plan de secteur, afin de pouvoir affecter une partie de cette zone à des activitÊs agricoles. Aujourd’hui, des bruits contradictoires circulent, certains laissant entendre que Vranken-Pommery voudrait au contraire se lancer dans la culture de 120 hectares de vigne dans la rÊgion liÊgeoise, avec 60 emplois à la clÊ. La coopÊrative Vin de Liège a, de son côtÊ, proposÊ une rencontre avec Vranken-Pommery, en suggÊrant de cultiver une  vitrine  sur les coteaux de la Citadelle (une zone restreinte d’un demihectare en bio), mais au bÊnÊfice des deux parties. Cette proposition est jusqu’à prÊsent restÊe sans rÊponse. Si elle ne pouvait disposer d’un bout de terrain sur les coteaux de la Citadelle, la SCRL-FS Vin de Liège souhaiterait pouvoir cultiver un demi-hectare dans un autre endroit de la CitÊ ardente, au parc de la Paix rue Jean Haust, un autre flanc de la Citadelle, sur terrain exposÊ plein sud.  Cela nous permettrait de rÊunir les coopÊrateurs au pied du vignoble et surtout d’installer l’image de la culture de la vigne en ville , explique Alec Bol. Un projet sur lequel le nouveau conseil communal devra prendre position. ■ A.R.

U

Sauvigner

Johanniter

ACTIVEËLACOOP�RATIVE6INDE,IÒGE ENLUI PRODIGUANTDESCONSEILSAVIS�S  L’objectif principal actuel de la coopÊrative est bien sÝr de produire du vin bio de qualitÊ. Mais nous espÊrons aussi, grâce à notre chai, pouvoir aider d’autres fruiticulteurs à se lancer, en partageant nos locaux. Cela fait partie de nos perspectives d’avenir.  ,ED�BUTDUNMOUVEMENTEN7ALLONIE ■ AndrÊ Ruwet (1) Les parts de coopÊrateurs sont vendues au prix de 500 euros. Le nombre de voix dÊpend du nombre de parts. Chaque coopÊrateur ne peut peser plus de 10 % des voix. Il est prÊvu que cet investissement coopÊratif commencera à rapporter à partir de 2016-2017.

‡Š&RRSpUDWLYHVXQPRGqOHWRXWWHUULHQª Les dossiers de l’Êconomie sociale, SAW-B, 2011. (www.saw-b.be) ‡CoopÊrative : mode d’emploi. Manuel d’instructions à destination des utilisateurs de la sociÊtÊ coopÊrative, Febecoop, 2012. (www.febecoop.be) ‡%XLOGLQJD%HWWHU:RUOGVWRULHVRI co-operation, ICA, 2012. (2012.coop) ‡/HVLWHGX&RQVHLOQDWLRQDOGHODFRRSpration : economie.fgov.be/fr/entreprises/ vie_entreprise/Commissions_et_organes_ consultatifs/Conseil_National_Cooperation ‡/H&1&RUJDQLVHXQV\PSRVLXPRXYHUW à tous, le 22 novembre prochain. IntitulÊ  Les coopÊratives, leçons du passÊ, promesses d’avenir , il aura lieu à l’auditorium du MusÊe du Cinquantenaire, à Bruxelles, à partir de 13h30. Inscriptions avant le 9 novembre : notrecooperative.be/ symposium

(1) Le groupe Vranken-Pommery Monopole possède le plus important vignoble en Europe, rÊparti entre la Champagne, la Provence, la Camargue et le Portugal. (Source : WikipÊdia) (2) NÊ à Liège en 1947 Paul-François Vranken y a fait des Êtudes de Droit, avant de s’installer en champagne en 1976.

SociÊtÊ anonyme, coopÊrative, quelques diffÊrences Statut de l’entreprise

SociĂŠtĂŠ capitaliste, SA, SARL

DĂŠnomination du capital

Action

SCRL Part sociale

'pÂżQLWLRQ

Titre de propriĂŠtĂŠ juridique

Engagement financier dans une propriĂŠtĂŠ collective

RĂŠmunĂŠration

Dividende et plus-value

Revenu limitĂŠ lĂŠgalement

Cession

Pas de remboursement ; nĂŠgociable sur le marchĂŠ boursier

Remboursement conditionnel au-delĂ de la partie non remboursable et des rĂŠserves impartageables

Valeur de cession

A la hausse ou Ă la baisse ; instable

A la valeur nominale ; stable

Droit de vote

Proportionnel au capital investi

Un homme, une voix

Source : Sortie de crise : la coopÊrative, une forme organisationnelle innovante pour l’entreprise, DÊlila Allam et Sabine Monnier, 2010.

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Politique [Les jeux et les enjeux]

par Geoffroy Matagne, politologue à l’UniversitÊ de Liège *

Qui a gagnÊ les 'HOœLPSRUWDQFHGXŠFDGUDJHª Quels critères les diffÊrents acteurs politiques et les mÊdias mettent-ils en avant – ou omettent-ils de prÊsenter – lorsqu’ils s’efforcent de  cadrer  le dÊbat post-Êlectoral ? Pour exposer les rÊsultats du dernier scrutin en ce qui FRQFHUQHOHVPpGLDV2XOHXUPHLOOHXUSUR¿OTXDQGLOVœDJLWGHVSROLWLTXHV &RPPHRQYDOHYRLUOHŠFDGUDJHªGHVUpVXOWDWVHVWWUqVLPSRUWDQWHQ SROLWLTXH$XOHQGHPDLQGHVpOHFWLRQVELHQV€UPDLVSDVVHXOHPHQW

C

haque citoyen(ne) tente de donner du sens aux ĂŠvĂŠnements qu’il observe, qui se dĂŠroulent autour de lui ou qui lui sont rapportĂŠs. La masse d’informations qu’il reçoit chaque jour est ĂŠnorme et il ne peut porter, sur chacune, toute son attention critique. Les mĂŠdias et les acteurs politiques sont lĂ pour l’ aider Âť, en ÂŤ cadrant Âť les choses. Pour prendre position sur une question d’actualitĂŠ politique, sociale ou ĂŠconomique, le public base son jugement sur les ĂŠlĂŠments qui lui sont prĂŠsentĂŠs et il est inuencĂŠ par la manière dont ils le sont. En science politique et en communication, on parle d’effets de ÂŤ cadrage Âť (framing). Il s’agit de prĂŠsenter un ĂŠvĂŠnement ou un problème en mettant en avant une sĂŠrie d’ÊlĂŠments et d’enjeux spĂŠciďŹ ques tout en omettant d’en relever d’autres, pourtant tout aussi pertinents. Ce cadrage peut avoir des effets dĂŠterminants sur la manière de percevoir la rĂŠalitĂŠ et ainsi conduire Ă  des opinions, des prĂŠfĂŠrences et, au ďŹ nal, Ă  un soutien pour des dĂŠcisions fort diffĂŠrentes. Ces effets sont d’autant plus puissants que l’on accorde gĂŠnĂŠralement plus d’attention et de crĂŠdit aux acteurs politiques et aux mĂŠdias dont on se sent, a priori, le plus proche.

tats – mĂŞme partiels – sont connus, des ÂŤ gagnants Âť et des ÂŤ perdants Âť ne sont-ils pas ÂŤ identiďŹ ĂŠs Âť ? Pourtant, Ă ĂŠcouter sĂŠparĂŠment les diffĂŠrents acteurs politiques, les ĂŠlections seraient souvent un jeu Ă  somme positive oĂš tout le monde peut avoir gagnĂŠ, de son point de vue du moins. Comment expliquer cet apparent paradoxe ? Après les ĂŠlections, on assiste, en fonction de paramètres certes objectifs (les rĂŠsultats ĂŠlectoraux), Ă  une entreprise individuelle et collective de ÂŤ dĂŠďŹ nition Âť de la situation post-ĂŠlectorale. DiffĂŠrents acteurs participent Ă  ce processus (mĂŠdias, analystes, leaders et adversaires politiques des diffĂŠrentes formations). Ils dĂŠveloppent des stratĂŠgies discursives dans le cadre desquelles le choix des mots se rĂŠvèle fondamental : la ÂŤ stagnation Âť de l’un est la ÂŤ stabilisation Âť de l’autre ; une ÂŤ forte progression Âť se transforme en ÂŤ victoire historique Âť, etc. Ces exemples sont relativement frĂŠquents et jouent essentiellement Ă  la marge. L’Êclairage change, pas la dĂŠďŹ nition mĂŞme de la situation : une victoire reste une victoire, elle est plus ou moins glorieuse, un point c’est tout. Mais les effets peuvent ĂŞtre plus importants. Un recul en voix peut ĂŞtre prĂŠsentĂŠ comme une victoire, ĂŞtre acceptĂŠ et perçu comme tel et donc, politiquement, le devenir.

Qu’est-ce que  gagner  et  perdre  les Êlections ?

Rester ou arriver aux responsabilitĂŠs

La nature politique, et donc discutable, des choix portant sur des questions complexes telles que la sortie du nuclĂŠaire ou la luttre contre l’insĂŠcuritĂŠ en milieu urbain semble difďŹ cile Ă contester. En fonction de ses convictions idĂŠologiques, on hiĂŠrarchise les enjeux, les risques et les objectifs de manière diffĂŠrente. La sortie du nuclĂŠaire pourra ĂŞtre prĂŠsentĂŠe comme soulevant essentiellement des questions liĂŠes Ă  l’approvisionnement ĂŠnergĂŠtique ou Ă  la sĂŠcuritĂŠ des infrastructures et Ă  la gestion des dĂŠchets. La question de l’insĂŠcuritĂŠ, quant Ă  elle, sera traitĂŠe principalement sous l’angle, ÂŤ culturaliste Âť, de l’intĂŠgration, de l’exclusion socio-ĂŠconomique et scolaire ou de l’efďŹ cacitĂŠ et de la sĂŠvĂŠritĂŠ du système policier et pĂŠnal. Ces dimensions multiples d’un mĂŞme problème sont gĂŠnĂŠralement reconnues par tous, mais les prioritĂŠs sont placĂŠes diffĂŠremment. Dans ce genre de dossiers, des stratĂŠgies politiques de ÂŤ cadrage Âť ne surprendront que les tenants d’une perspective purement gestionnaire et technocratique du politique. Ce phĂŠnomène existe pourtant aussi pour des questions qui apparaissent plus factuelles, plus simples, plus immĂŠdiates. Prenons l’exemple des rĂŠsultats ĂŠlectoraux qui renvoient Ă  des critères de jugement ÂŤ solides Âť, les chiffres. Qu’est-ce que ÂŤ gagner Âť et ÂŤ perdre Âť les ĂŠlections ? Cette question ne semble pas Ă  première vue appeler de nombreux commentaires. La rĂŠponse n’est-elle pas ĂŠvidente ? Pour preuve, dès que les rĂŠsul-

DiffĂŠrents arguments peuvent en effet ĂŞtre mobilisĂŠs par les acteurs pour ÂŤ apprĂŠcier Âť les rĂŠsultats ĂŠlectoraux. Ils constituent un enjeu du combat politique qui accompagne les ĂŠlections. Comment dĂŠcider, dans le cadre d’une ĂŠlection particulière, du ou des ÂŤ gagnant(s) Âť et du ou des ÂŤ perdant(s) Âť ? Les consĂŠquences sont importantes pour les diffĂŠrents acteurs. Il s’agit par exemple de se positionner favorablement dans la perspective de nĂŠgociations politiques (le parti X peut lĂŠgitimement revendiquer de participer Ă la nouvelle majoritĂŠ et rĂŠclamer l’intĂŠgration de tel point de son programme parmi les prioritĂŠs du nouvel excutif parce qu’il a ÂŤ gagnĂŠ Âť les ĂŠlections) ou de prochaines ĂŠchĂŠances ĂŠlectorales (si une progression peut ĂŞtre prĂŠsentĂŠe comme un ÂŤ sommet historique Âť, une stagnation n’est qu’une ÂŤ ĂŠtape encourageante Âť). Quels sont les critères le plus souvent mobilisĂŠs ? Avoir plus de voix qu’avant (ce qui n’entraĂŽne pas nĂŠcessairement plus de sièges) ; avoir plus de sièges (quelles ĂŠlections faut-il prendre en compte pour la comparaison, les plus rĂŠcentes ?) ; connaĂŽtre la plus forte progression (en voix ou en siège) ; perdre moins qu’annoncĂŠ par les sondages et par la presse (ou gagner plus) ; ĂŞtre le premier parti (mĂŞme si l’on a perdu un grand nombre de voix ou de sièges ?) ; dĂŠpasser un parti ou un candidat concurrent (mĂŞme si on ne devient pas bourgmestre ?) ; pour un petit parti, ĂŞtre simplement reprĂŠsentĂŠ. Au ďŹ nal, l’objectif de tout parti politique ĂŠtant d’arriver

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élections ? GHVUpVXOWDWVHQSROLWLTXH

au pouvoir pour mettre en œuvre son programme, le seul critère qui compte n’est-il pas de rester ou d’arriver aux responsabilités ? 8QHHQWUHSULVHGH©TXDOL¿FDWLRQª Dans ces conditions, n’y a-t-il donc jamais aucun « perdant » incontestable, « évident » ? Si les critères potentiels sont nombreux et recouvrent un spectre assez large d’hypothèses, il n’en reste pas moins que l’entreprise de « cadrage » repose sur un certain nombre de paramètres « objectifs », les résultats électoraux. Partant, dans certaines circonstances, il serait difficile pour un parti d’affirmer avoir « gagné » ou du moins n’avoir « pas perdu » les élections. Un parti qui a beaucoup moins de voix qu’avant ; beaucoup moins de sièges qu’avant ; qui a connu une perte plus importante qu’annoncée par les sondages et par la presse ; dont les candidats ne l’emportent nulle part sur leurs concurrents et qui était au pouvoir avec peu d’espoir d’y retourner aura certainement plus de mal à présenter ses résultats comme autre chose qu’une défaite.

Et encore, il peut tenter de mettre en avant d’autres victoires, sur d’autres plans. Ecolo peut par exemple prétendre que sous son influence, les autres partis ont été amenés à « faire de la politique autrement », à se réformer, à être plus transparent, à « démocratiser » leurs structures internes (élection du président de parti par les membres par exemple), à intégrer la problématique environnementale dans leurs programmes (ce qui est, par ailleurs, une arme à double tranchant : quelle est alors la valeur ajoutée d’Ecolo dans un tel contexte ?). Ensuite, s’il s’agit, en effet, d’une entreprise de « qualification », elle est destinée à un public qui décidera d’y « croire » ou pas. La question n’est pas seulement « qui a “gagné” les élections ? », mais aussi quels critères les différents acteurs politiques mettentils en avant ou omettent-ils de présenter lorsqu’ils s’efforcent de « cadrer » le débat post-électoral pour y exposer leur meilleur profil ? ■ * Cellule d’appui politologique en Afrique centrale (CAPAC, www.capac.ulg.ac.be), Groupe de recherche en appui aux politiques de paix (GRAPAX, www.grapax.be) et Unité d’étude des systèmes politiques belges.

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Environnement

Participaction citoyenne

L’environnement, ça vous regarde ! Il existe aujourd’hui une volontÊ citoyenne de s’investir dans la gestion communale au-delà de l’Êlection des mandataires locaux. En PDWLqUHGœHQYLURQQHPHQWGHVPpFDQLVPHVHI¿FDFHVSHUPHWWHQWOHERQ IRQFWLRQQHPHQWGHFHWWHGpPRFUDWLHSDUWLFLSDWLYH

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ertains le dĂŠplorent mais la majoritĂŠ s’en rĂŠjouit : il est bel et bien ďŹ ni le temps oĂš les ĂŠlus au conseil communal bĂŠnĂŠďŹ ciaient de facto d’un blanc-seing valable pour la durĂŠe de leur mandature. DĂŠsormais, une part sans cesse croissante de la population souhaite un droit de regard et d’expression sur les projets qui inuenceront plus ou moins directement son quotidien. Des outils ont dès lors ĂŠtĂŠ progressivement mis en place aďŹ n de rĂŠpondre Ă cette volontĂŠ populaire et de permettre une participation citoyenne efďŹ cace. EnquĂŞtes publiques, rĂŠunions d’information prĂŠalables, commissions consultatives, interpellations lors des conseils communaux‌ sont quelques-uns de ces outils au service d’une dĂŠmocratie directe. A l’heure oĂš les communes du pays viennent de renouveler leurs cadres, il nous a paru utile de nous attarder quelque peu, non pas sur les diverses formes de participation offertes aux citoyens, mais bien sur la philosophie qui les sous-tend et l’intĂŠrĂŞt qu’elles revĂŞtent.

Il serait ĂŠgalement hypocrite d’afďŹ rmer que le phĂŠnomène Nimby n’existe pas et/ou qu’il n’utilise pas les armes que lui offrent les procĂŠdures de participation. Mais si des dĂŠrives existent bel et bien, elles restent marginales. Car l’opposition Ă un projet ne repose pas nĂŠcessairement sur une vision individualiste voire ĂŠgoĂŻste des choses, elle se fonde mĂŞme le plus souvent sur des ĂŠlĂŠments objectifs et probants au service d’un intĂŠrĂŞt collectif. Exemple : une opposition motivĂŠe par des ĂŠlĂŠments tels que la violation de la destination d’une zone d’habitat ou le caractère lacunaire d’une ĂŠtude d’incidence participe de facto Ă  la dĂŠfense des droits et des intĂŠrĂŞts de la collectivitĂŠ. N’oublions pas, enďŹ n, que ÂŤ participation Âť n’est pas synonyme d’ opposition Âť : la mobilisation citoyenne ne vise pas systĂŠmatiquement Ă  contester un projet ! Elle peut aussi s’inscrire dans une dĂŠmarche constructive de soutien (critique) oĂš elle prend tout son sens. Remarques et demandes de modiďŹ cation participent alors Ă  un travail collectif d’amĂŠlioration du projet initial et in ďŹ ne d’approbation de la rĂŠalisation Ă  venir.

L’information, prĂŠalable indispensable Permettre la participation citoyenne, c’est bien‌ mais insufďŹ sant : il importe aussi et surtout de faire en sorte que celle-ci puisse s’opĂŠrer efďŹ cacement. Dans cette optique, l’accès libre et facile Ă l’information constitue un prĂŠalable indispensable. Le citoyen doit pouvoir consulter tous les documents utiles pour se forger un avis ĂŠclairĂŠ ; mieux : l’autoritĂŠ communale doit veiller Ă  ce que le requĂŠrant bĂŠnĂŠďŹ cie de toutes les explications qu’il jugerait nĂŠcessaires Ă  la bonne comprĂŠhension de ces documents. Ce point s’avère particulièrement important en matière environnementale, compte tenu de la complexitĂŠ et de la technicitĂŠ des textes qui la rĂŠgissent. PrĂŠcision non nĂŠgligeable : la Convention d’Aarhus (1) et le Code de l’environnement reconnaissent expressĂŠment le droit d’accès Ă  l’information environnementale sans besoin de justiďŹ er un quelconque intĂŠrĂŞt pour appuyer sa requĂŞte. Exemple de situation concrète : lors de la procĂŠdure liĂŠe Ă  la demande d’un permis d’urbanisme, chacun peut consulter l’ensemble des informations Ă  ce sujet. Et si le citoyen souhaite des explications et/ou prĂŠcisions relatives Ă  ces informations, la commune est tenue de les lui fournir. Ce dĂŠveloppement des processus de participation citoyenne est toutefois loin de faire l’unanimitĂŠ en sa faveur. Certains y voient en effet une contrainte non seulement inutile mais aussi nĂŠfaste, en ce qu’elle retarderait les procĂŠdures et favoriserait les phĂŠnomènes de type Nimby (ÂŤ Not in my backyard Âť). Des arguments recevables mais pas pertinents pour autant. Droit individuel, enjeu collectif Certes, les mĂŠcanismes participatifs peuvent engendrer un allongement des dĂŠlais, mais il convient de faire la part des choses : n’est-il pas sage et opportun d’organiser une enquĂŞte publique qui dure 15 jours avant d’accorder un permis d’environnement qui produira ses effets pendant 20 ans ?

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Les clĂŠs de la rĂŠussite La participation ne doit pas ĂŞtre perçue comme une charge administrative, mais bien comme une opportunitĂŠ oĂš prĂŠvaut le modèle ÂŤ win-win Âť. Prenons l’exemple d’un projet immobilier soumis Ă enquĂŞte publique dans le cadre d’une demande de permis. En s’impliquant dans le processus participatif, le citoyen va disposer d’informations dont il n’aurait probablement pas eu connaissance par ailleurs. Cela lui permettra de lever certaines interrogations ou de balayer d’Êventuels prĂŠsupposĂŠs, mais aussi de formuler un avis argumentĂŠ. Ce processus participatif permet rĂŠgulièrement au public de dĂŠcouvrir la rĂŠalitĂŠ d’ÊlĂŠments qu’il se contentait jusqu’alors d’imaginer. Par exemple, des riverains mobilisĂŠs contre un projet d’implantation de telle ou telle installation technique peuvent Ă  cette occasion prendre conscience que celle-ci ne gĂŠnĂŠrera pas les nuisances sonores craintes par le voisinage. Le promoteur a pour sa part l’occasion de prĂŠsenter son projet Ă  la population et d’entreprendre un dialogue qui permettra, le cas ĂŠchĂŠant, de lever de potentiels points de blocage et d’Êviter ainsi que les choses ne s’enlisent et/ou ne s’enveniment. EnďŹ n, cette participation du public va permettre Ă  l’autoritĂŠ communale d’être mise en garde sur certains aspects du projet, tantĂ´t anodins tantĂ´t essentiels, qui posent problème Ă  sa population. Parallèlement, elle a l’occasion de faire connaĂŽtre Ă  ses citoyens un ensemble de contraintes et de rĂŠalitĂŠs qui leur ĂŠchappent parfois mais doivent ĂŞtre prises en compte dans une rÊexion globale. Cet ĂŠchange contribue Ă  alimenter les rÊexions des ĂŠlus et leur permet de prendre une dĂŠcision en pleine connaissance de cause. ResponsabilitĂŠ partagĂŠe Evitons cependant de tomber dans l’angĂŠlisme : il est clair que certains projets (liaison autoroutière, implantation d’un centre com-


Nouveau magazine télé de la RTBF et de télés locales

Alors on change ! es citoyens de plus en plus nombreux prennent des initiatives pour construire le monde de demain. Ce sont ces initiateurs de changement dont la RTBF et cinq télévisions locales (Canal C, TV Lux, Canal Zoom, Notélé et Télé MB) vont tirer le portrait. La première émission a pour fil conducteur le parcours professionnel de quatre personnes. > Elodie Wéry est diplômée en communication. A 28 ans, cette maman de trois jeunes enfants a dû simplifier sa vie et en venir à l’essentiel. Aujourd’hui, elle simplifie la vie des autres. Home organiser, c’est le métier qu’elle s’est inventé. > John Martin, héritier du groupe Schweppes et fondateur du complexe hôtelier Martin’s Hotels, limite l’impact de ses activités sur l’environnement, il sensibilise son personnel et sa clientèle au développement durable, soutient des projets humanitaires… autant d’évidences pour ce pionnier du management durable. > Muriel Germain tient une épicerie bio à Louvain-la-Neuve. Elle a compris que se nourrir autrement est une chose qui s’apprend. Au menu de ses ateliers cuisine : des légumes de saison, des légumineuses pour remplacer la viande. Des personnes en réinsertion professionnelle l’aident, notamment à accommoder les invendus plutôt que de les jeter. > Serge Peereboom est permaculteur. Dans la ferme Arc-enciel à Wellin, il cultive depuis 30 ans des légumes de qualité, en prenant soin de la terre et des hommes qu’elle nourrit. Un mode de vie qu’il s’active à transmettre. Pour repérer les initiateurs de changement qui alimentent la réflexion sur un monde en transition, l’équipe de l’émission, conduite entre autres par Isabelle Salesse et Philippe Pilate de la RTBF, a constitué un comité d’accompagnement autour de Vincent Commenne, promoteur des Créatifs culturels chez nous. Le programme sera diffusé en primeur sur les télés locales et sur La Deux à la RTBF (samedi 3 novembre à 13 h 25). ■

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mercial, projet éolien…) génèrent des tensions parfois vives entre les différents acteurs de la participation qui, tous, ont une part de responsabilité dans le bon ou le mauvais déroulement du processus. Le promoteur ne doit pas être là pour « imposer » son projet mais pour en faire une présentation laissant la porte ouverte au dialogue. Lors d’un projet en matière d’exploitation de carrière, par exemple, la version originale prévoyait un flux important de camions. Suite aux interventions du public lors du processus participatif, une solution alternative a été proposée et acceptée par l’exploitant afin de limiter le charroi. Le citoyen, lui, doit dépasser une vision individualiste pour faire primer l’intérêt collectif. Enfin, l’autorité publique doit se placer au-dessus de la mêlée et éviter de susciter la moindre suspicion de connivence avec l’un ou l’autre intervenant. Cette neutralité est primordiale pour assurer une participation efficace. Il n’y a en effet pire signal pour le public que l’impression que les jeux sont faits et que ses apports seront sans la moindre incidence sur la décision finale… Un exemple lamentable en termes de bonne gouvernance que l’on peut donner pour illustrer cette situation est celui cette autorité communale qui délivre à un exploitant un permis d’urbanisme lui permettant de poursuivre une activité sur un site alors que, quelque temps auparavant, l’Unité de répression des pollutions (URP) avait dressé procès-verbal et ordonné la cessation de l’activité. Les soupçons de collusion entre l’autorité communale et l’exploitant que la population peut légitimement nourrir mine toute possibilité de dialogue serein entre les trois parties. Une fois le processus de participation arrivé à son terme, il est important que les citoyens ayant décidé de s’y investir soient informés de la manière dont leurs remarques ont été (ou non) prises en considération. Certaines obligations s’imposent sur ce point aux autorités – comme par exemple la motivation des permis qu’elle délivre ou qu’elle refuse –, mais celles-ci ne doivent jamais hésiter à aller au-delà. Le sentiment d’utilité que les individus ressentiront ou non à l’issue du processus déterminera en effet sa survie et son dynamisme futur. ■ Jean-François Pütz et Pierre Titeux, Fédération Inter-Environnement Wallonie (1) La « Convention des Nations unies sur l’accès à l’information, la participation du public au processus décisionnel et l’accès à la justice en matière d’environnement », communément dénommée « Convention d’Aarhus », a été signée le 25 juin 1998. L’instrument de sa ratification par la Belgique a été déposé le 21 janvier 2003 auprès du Secrétaire général des Nations unies et elle est entrée en vigueur chez nous le 21 avril 2003. Cette Convention octroie des droits au public et impose des obligations aux autorités dans les domaines constituant les trois piliers que sont : 1) l’accès du public à l’information environnementale ; 2) la participation du public dans le processus de prise de décision liée à l’environnement ; 3) l’accès à la justice pour des matières environnementales.

/DFRQVXOWDWLRQSRSXODLUH les citoyens s’expriment directement i les diverses commissions consultatives et les enquêtes publiques font aujourd’hui partie intégrante de la vie des communes, il est un outil de participation citoyenne moins connu et rarement utilisé, bien qu’il constitue sans doute la forme la plus directe de l’expression démocratique : la consultation populaire. Celle-ci est instituée par le Code de la démocratie locale et de la décentralisation, qui reprend l’ensemble des règles régissant les pouvoirs locaux des provinces et communes wallonnes. Il s’agit d’un processus participatif à l’occasion duquel les citoyens sont appelés à se prononcer, en dehors de toute élection, sur une question précise formulée de manière telle qu’on y répondra par « oui » ou par « non ». Cet outil s’avère d’autant plus intéressant qu’il peut être actionné par les citoyens pour autant que la demande soit appuyée par un nombre minimum de personnes (récolte de signatures) déterminé en fonction de la population au sein de la commune. Il appartient à l’autorité communale de procéder à l’organisation de la consultation populaire, fût-elle initiée par des citoyens. Son déroulement s’apparente à la procédure électorale, à ceci près que la participation n’est pas obligatoire. Les votes ne sont dépouillés que si le taux de participation a été suffisant. A la différence de ceux du référendum, les résultats de la consultation populaire ne sont pas contraignants pour l’autorité. Il n’en demeure pas moins que celle-ci sera mise sous pression par le choix citoyen et devra s’expliquer si elle ne le suit pas. ■

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Energie

Vers un super rÊseau Êolien en mer du Nord ? /D%HOJLTXH¿JXUHSDUPL les pays les plus actifs GDQVOHGpYHORSSHPHQW de l’Ênergie Êolienne RIIVKRUH$WHUPHWRXV les parcs Êoliens en PHUGX1RUGSRXUUDLHQW PrPHrWUHUHOLpVSDU un gigantesque rÊseau pOHFWULTXHVRXVPDULQ connectÊ au rÊservoir hydro-Êlectrique de la 1RUYqJH8QYpULWDEOH Gp¿SRXUOœDYHQLU ÊnergÊtique de l’Europe.

Les sept pays riverains de la mer du Nord collaborent pour construire un rÊseau Êlectrique sous-marin de 6 200 kilomètres, capable d’intÊgrer plus de 100 parcs offshore. Le rÊservoir hydroÊlectrique norvÊgien agira comme une batterie gÊante pour stocker et restituer l’ÊlectricitÊ d’origine Êolienne.

L’

idÊe a sans doute germÊ dans la tête de quelques ingÊnieurs se baladant sur les plages de ZÊlande, le long des falaises de la Côte d’Opale ou des Seven Sisters anglaises, sur la pÊninsule danoise ou dans les fjords norvÊgiens : et si nos Êoliennes, qui s’Êrigeront un jour par centaines dans notre mer commune, Êtaient reliÊes par un immense rÊseau Êlectrique maritime ? Et si le vent du grand large offrait une opportunitÊ inÊdite à l’Europe ? Un rapport‌ dÊcoiffant Dans un premier temps, l’idÊe a fait sourire industriels et politiques. Puis est venue la ambÊe des prix du pÊtrole et les engagements

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europĂŠens pour dĂŠvelopper les alternatives. Les premiers parcs ĂŠoliens en mer dĂŠmontraient des performances supĂŠrieures Ă celles installĂŠes sur terre, grâce aux vents puissants du grand large. Les premiers chiffres conďŹ rmaient des productions ĂŠlectriques très intĂŠressantes, sans combustibles. Est alors arrivĂŠ un rapport scientiďŹ que (1), commanditĂŠ par Greenpeace et rĂŠalisĂŠ par le bureau d’Êtude belge 3E, qui amène Ă  cette conclusion : il est techniquement possible de rĂŠaliser en mer du Nord un rĂŠseau ĂŠlectrique de 6 200 kilomètres reliant, d’une part, plus de 100 projets ĂŠoliens et, d’autre part, les sept pays cĂ´tiers concernĂŠs (Belgique, Pays-Bas, France, Allemagne, Royaume-Uni, Danemark et Norvège). La puissance totale installĂŠe atteindrait 300 gigawatts d’ici 2030, soit 28 % de la capacitĂŠ actuelle de production d’ÊlectricitĂŠ dans l’Union europĂŠenne. DĂŠcoiffant‌


Plus loin, plus puissant, plus performant a Belgique s’est hissée à la troisième place à l’échelle mondiale en termes de capacité éolienne installée en mer. Le pays comptera, après les chantiers en cours, un total de 2 370 MW de puissance installée, soit l’équivalent en puissance de deux réacteurs nucléaires. Les sept concessions attribuées au large de notre côte constituent actuellement de véritables laboratoires d’innovation technologique à ciel ouvert. Dans les années nonante, les premiers parcs éoliens offshore (essentiellement danois et néerlandais) développaient quelques centaines de kilowatts, à proximité des côtes, en eaux peu profondes. Depuis lors, les projets européens s’écartent des côtes, loin des yeux des riverains, et nécessitent des forages dans des eaux de plus en plus profondes. Tandis que l’industrie éolienne développe des turbines de plus en plus performantes. C-Power, pionnier de nos parcs offshore avec 6 éoliennes de 5 MW dès 2008, vient ainsi d’installer 30 nouvelles machines de 6,15 MW chacune et prévoit l’installation de 18 nouvelles turbines en 2013. De son côté, Belwind – deuxième parc belge opérationnel à ce jour avec 55 turbines de 3 MW – testera en conditions réelles un prototype d’éolienne géante, fabriquée par l’industriel Alstom. Cette machine de 6 MW dispose d’un rotor de 150 mètres, composé de trois pales de 73,5 mètres chacune, et fonctionne avec une génératrice électrique à attaque directe, c’est-à-dire sans boîte de vitesses. Cette innovation pourrait permettre un gain de 15 % d’efficience dans la production électrique. Les cinq autres parcs belges en cours de construction bénéficieront également des nouvelles performances technologiques en cours. ■

MUMM - BMM - UGMM 2012

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Rapport : A north sea electricity grid [r]evolution, Greenpeace

Les 7 concessions belges sont désormais attribuées. Elles accueilleront à terme entre 450 et 550 éoliennes, soit l’équivalent en puissance de 2 réacteurs nucléaires.

Du vent et des vagues

Le projet Mermaid, qui accueillera de 70 à 75 éoliennes de 6 à 7 MW chacune, développera même une autre technologie renouvelable. Des convertisseurs d’énergie houlomotrice seront installés entre les éoliennes. Ces bouées innovantes exploiteront l’énergie des vagues et permettront ainsi de produire une capacité additionnelle de 20 MW. Un objectif cependant très ambitieux au vu des expériences existantes. Un projet pilote de 60 kW a été lancé à proximité d’Ostende. L’étape suivante est déjà en cours : des éoliennes flottantes de 10 MW, sans fondation – la principale contrainte technique –, amarrées aux fonds marins et résistant aux vents et tempêtes les plus violents. Une course à la « moisson du vent » que rien ne semble devoir arrêter, tant le potentiel en mer est immense. Il faut savoir que ces chantiers innovants impliquent de nombreuses entreprises belges, qui développent ainsi une expertise pour le marché européen et international. Et qu’est-ce que tout cela apporte comme emplois ? Selon la fédération européenne de l’éolien (EWEA), le développement offshore en mer du Nord permettra de créer 300 000 emplois d’ici 2030. ■ Le parc belge Mermaid installera des convertisseurs entre ses éoliennes pour exploiter également l’énergie des vagues.

Régulariser et stocker la production éolienne Ce réseau électrique maritime offre de nombreuses solutions techniques pour assurer une stabilité d’approvisionnement en Europe, sur la base de sources d’énergie non polluantes et renouvelables. La production éolienne, variable par définition, se trouverait fortement régularisée et donc mieux intégrée. Si la production d’une seule turbine fluctue beaucoup, celle d’un parc éolien isolé se trouve déjà plus stable. La connexion de nombreux parcs éoliens sur une vaste zone géographique minimise encore ces fluctuations et permet de rendre les prévisions plus fiables à l’échelle européenne. Ce réseau permettrait également une interconnexion avec l’imposant potentiel hydro-électrique de la Norvège, capable de compenser les variations résiduelles de l’énergie éolienne dans les pays concernés. Le réservoir hydro-électrique norvégien agirait en effet comme une gigantesque batterie, permettant de stocker l’électricité de source éolienne et de la restituer sur le réseau lors des pics de consommation d’électricité ou lorsque le vent est trop faible pour couvrir cette demande en temps réel. Les sept pays riverains de la mer du Nord sont désormais engagés dans la réalisation de ce super réseau. Première étape : lever les obstacles transfrontaliers et simplifier les procédures longues et complexes – qui freinent actuellement le planning et le placement des câbles sous-marins. Les développeurs installeront 140 GW d’ici 2030, soit la moitié du potentiel identifié. Le rêve de quelques ingénieurs devient réalité… ■ Christophe Haveaux En collaboration avec Renouvelle, la revue de l’actualité et de l’énergie durable (renouvelle.org)

mumm.ac.be (1) « A North Sea electricity grid (r)evolution », 2008, disponible sur greenpeace.be. Voir aussi offshoregrid.eu.

L’éolien favorise la biodiversité marine haque année, l’Institut royal des sciences naturelles (et plus précisément l’Unité de gestion du modèle mathématique de la mer du Nord) publie un rapport concernant l’impact des parcs offshore sur la biodiversité maritime. Le rapport 2012 confirme que les parcs opérationnels (C-Power et Belwind, soit 91 éoliennes au total) enrichissent le milieu naturel et attirent désormais 78 espèces marines différentes au pied des éoliennes. Les étoiles de mer, crustacés, poissons, mouettes, goélands et mammifères marins trouvent ici un lieu propice pour se développer, en dehors des voies de navigation et des zones de pêche. Si bien que l’on songe à y créer des visites touristiques pour les amoureux de la nature. La principale nuisance est le chantier de construction, dont le bruit fait fuir les mammifères marins tels que les marsouins. Pour y remédier, des ingénieurs allemands ont mis au point un système de rideaux de bulles autour du chantier, qui permet de limiter fortement la propagation sonore. Le chantier terminé, on constate le retour des mammifères à proximité des éoliennes. ■

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Ethologie-Science Par Pablo Michelena et Pablo Servigne

De la démocratie chez les animaux Qu’elles vivent en grandes sociétés ou en petites bandes, les espèces sociales sont nombreuses. Abeilles, fourmis, singes, rats, pucerons, amibes, loups, moutons… autant de groupes quotidiennement concernés par un problème crucial : comment prendre des décisions collectivement ? Et qui décide ?

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es milliers d’étourneaux tournoient au-dessus d’un clocher. Presque simultanément, ils tournent à gauche, puis à droite, et se posent. Ils semblent coordonnés, et font penser aux immenses bancs de poissons que l’on voit dans les documentaires. Des vagues d’individus coordonnées. Pourtant, on a beau les observer, impossible de distinguer un meneur… C’est le printemps, un essaim de milliers d’abeilles bourdonne sur une branche, la reine se trouve au milieu de cette masse grouillante d’ouvrières. La colonie doit vite choisir un emplacement pour s’installer. Plusieurs groupes d’éclaireuses reviennent informer la colonie, chacune a trouvé un endroit prêt à les accueillir aux alentours ! Mais comment feront-elles pour choisir le site le plus adéquat et décider du moment le plus propice au déménagement ? Ce ne sont que deux exemples parmi des milliers. Fascinants, car ces choix sont en général pertinents, survie du groupe oblige !Ce n’est qu’à partir de la fin des années 0 6 que l’on commence à décrypter ces mécanismes (voir encadré Historique). Et ce n’est que très récemment que l’on en a compris les grandes lignes.

Des décisions prises par le chef ? N’en déplaise à certains, les cas de groupes menés par un seul chef (leader) sont rares et isolés chez les animaux. Ils sont limités à des sociétés très hiérarchiques, oùles rapports de dominance sont forts, comme chez certains primates. On a pourtant longtemps cru à cette explication ! Aujourd’hui, une vision plus large du rôle de leader a émergé : dans de nombreuses espèces, il peut être assumé par n’importe quel individu du groupe, s’il arrive à entamer une action et à stimuler les autres à le suivre. Un individu peut devenir le « leader du moment » s’il est motivé par une information que lui seul possède, ou par des besoins qui lui sont propres, en lien (ou non) avec sa personnalité (mobilité, curiosité, etc.). Par exemple un zèbre qui détecte un crocodile en bord d’étang bondira et déclenchera un large mouvement de fuite du groupe. En réalité, ce type de leader ne représente pour les autres membres qu’un signal externe de plus, qui pèse (ou non) dans le choix de chaque individu. Mais ce mécanisme plus général n’explique pas tout. Loin de là. Appliqué à un vol d’étourneaux ou à un essaim d’abeilles, il ne fonctionne pas, car il impliquerait des capacités de perception (voire de reconnaissance) qui semblent dépasser de très loin ce dont ces petits individus sont capables. Il faut donc chercher une explication ailleurs… Quand la foule décide Face à l’inconnu, la science privilégie toujours les hypothèses les plus simples. Et si l’on considérait qu’il n’y avait tout simplement pas de chef ? Et si chaque individu n’avait même pas conscience du groupe dans sa globalité, mais n’était sensible qu’à ses voisins les plus proches ? Cette hypothèse est maintenant testée depuis 0 4 ans et confirmée par de belles expériences chez les insectes et la plupart des vertébrés (voir encadré Méthodo). Prenez un passant dans la rue qui regarde le ciel. Il se peut que personne n’y fasse attention. Mais si deux personnes regardent le ciel, la probabilité qu’une troisième personne les imite grimpe en flèche ! C’est pareil chez les étourneaux, les poissons ou les

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> Historique L’éthologie epuis l’Antiquité, les humains ont essayé de comprendre et de classer les comportements des animaux. Avant la révolution scientifique du 17e siècle, on les classait en animaux grégaires ou solitaires, en société fonctionnant avec ou sans chef, etc. Depuis, l’expérimentation a permis d’affiner les observations, et à partir du 19e siècle, sous l’influence du darwinisme, la discipline que l’on nomme aujourd’hui éthologie a connu une forte diversification : psychologie comparative, neurophysiologie ou écologie comportementale sont venues apporter leur pierre à l’édifice. L’étude expérimentale des phénomènes collectifs apparaît au cours du 20e siècle. Elle prend une tournure particulière dans les années 70 avec les travaux sur les phénomènes auto-organisés inspirés – entre autres – par les découvertes du prix Nobel belge Ilya Prigogine. Les mathématiques et la physique théorique fertilisent alors le champ de la biologie et permettent une avancée majeure dans la compréhension des systèmes complexes. ■

D

moutons. Lorsqu’un individu s’éloigne et qu’un autre le suit, le troisième larron bougera d’autant plus vite que deux de ses voisins sont déjà partis. C’est l’emballement par boucles de rétroaction (1). Ces comportements d’imitation, aujourd’hui bien mesurés et modélisés (voir encadré Méthodo), conduisent le groupe à choisir une option de manière rapide et efficace. Mais que se passe-t-il si deux « emballements » apparaissent simultanément dans un groupe ? Celui-ci part-il à gauche ou à droite ? Se scinde-t-il ? u Qi tranche ? Cela dépend de l’intensité du signal. Un zèbre qui part en courant ou un zèbre qui part en marchant n’aura pas la même signification pour ses voisins. Chez les abeilles, les éclaireuses effectuent une danse frétillante pour indiquer à leurs congénères qu’elles ont trouvé quelque chose d’intéressant. Plus la source est riche, plus la fréquence de la danse est élevée, et plus le signal sera attractif pour les voisines. Davantage de fourrageuses iront donc explorer cette source et reviendront à la ruche pour effectuer leur danse. L’emballement sera plus fort et l’emportera sur les autres. Face à des alternatives, une compétition entre plusieurs signaux conduit généralement le groupe à faire le meilleur choix. Enfin, il est important de comprendre que ces phénomènes autoorganisés (voir encadré Concept) n’excluent pas que certains individus aient plus de poids que d’autres dans la prise de décision. Par exemple, la cane dans un groupe de canetons ou la matriarche chez les éléphants occupent une place centrale au sein du réseau d’interactions sociales. Elles auront donc davantage tendance à être suivies lorsqu’elles se mettront en mouvement. Alors, démocratie ou pas ? Ici, le « fait collectif » étant apparenté à des formes de synchronisation (et au fait de suivre ou ne pas suivre), il semble tout à fait abusif de parler de démocratie. Pourtant, depuis une dizaine


d’années, on observe dans la littérature scientifique une dérive notable de la terminologie associée aux comportements collectifs. On y parle volontiers de « vote », de « démocratie », de « quorum » ou de « consensus ». Les principes démocratiques humains impliquent un niveau de conscience globale et un temps de débat à l’issue duquel on procède à une décision suivant un mécanisme qui a été accepté par le groupe (consensus, vote, etc.). Il n’y a évidemment rien de tel chez les animaux. Et si quelques observations chez les abeilles et les fourmis souhaitant changer de nid ou chez les macaques sur le point de se déplacer décrivent une forme de débats préliminaires, on est bien loin du fonctionnement de la démocratie athénienne. Même s’il sert à « faire mousser » les travaux de certains chercheurs, il n’est pas sûr que ce nouveau champ lexical rende compte de la richesse et de la diversité des mécanismes à l’œuvre chez les animaux. Il n’est pas sûr non plus qu’il rende justice aux démocraties humaines… Par contre, la compréhension des mécanismes d’imitation et d’auto-organisation chez les animaux peut servir à éclairer certains comportements humains : l’électeur prend-il réellement sa décision en âme et conscience, ou est-il influencé par ses voisins, sa famille ou les sondages ? ■

> Le concept L’auto-organisation

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(1) Ce phénomène est détaillé dans la rubrique « Ecologie-Science » du précédent numéro d’Imagine, n° 93, p. 30-31.

> Methodo Les poissons de Panurge our s’amuser à tester l’influence qu’exercent des individus sur leurs semblables, rien de tel que des leurres ! En 2008, une équipe internationale de chercheurs a réalisé une très belle expérience avec des poissons. Ils ont laissé à des poissons dans un aquarium le choix d’aller rejoindre un refuge qui se trouvait soit à gauche soit à droite (voir figure ci-dessous), où une réplique en plastique (le leurre) empruntait le chemin de droite juste devant leur nez. Si le poisson testé est seul, il suit systématiquement le leurre. Mais s’ils sont en groupe (de quatre ou de huit), un leurre n’a que peu d’influence sur leur choix, alors que deux ou trois leurres les attirent presque systématiquement à droite. Gageons que les moutons se sentent déjà moins seuls… Plus intéressant encore, si l’on place un faux prédateur en plastique sur le chemin de droite, un poisson seul empruntera systématiquement le chemin de gauche (courageux mais pas téméraire !). Mais si l’on envoie un groupe de trois leurres vers le prédateur, les petits groupes auront tendance à suivre… alors que les plus grands groupes (de quatre ou de huit) hésiteront et emprunteront les deux routes dans les mêmes proportions. Un effet annule l’autre : la peur du prédateur compense l’envie de suivre les copains. Voilà une belle démonstration de l’importance de la taille des groupes sur la survie de l’espèce. ■

P

Refuges

0,8m

l y a trois manières de créer de l’ordre dans un système. Soit une force extérieure vient organiser le système (un parent vient ranger la chambre de son bambin), soit l’ordre est inscrit dans le programme interne du système (par exemple la charte d’un habitat groupé), soit il naît spontanément du chaos par un phénomène qu’on appelle auto-organisation. Bizarrement, l’auto-organisation est très fréquente : des formes régulières des dunes dans le désert aux stries noires sur le corps des zèbres, en passant par des décisions collectives chez les animaux. Elle peut naître lorsque plusieurs éléments du système interagissent fréquemment. Sans interaction, pas d’auto-organisation. Ces interactions créent alors des boucles de rétroaction (amplification et régulation) qui font émerger des structures spatiales ou temporelles nouvelles et imprévisibles. Par exemple les flashes émis par les milliers de lucioles qui se synchronisent en bordure du fleuve Amazone… On peut aussi voir deux mécanismes coexister : par exemple les canetons courent vers la cane (signal extérieur), mais interagissent aussi (ils restent groupés et se suivent l’un l’autre). Deux mécanismes peuvent enfin se succéder : le baisser de rideau invite les spectateurs à applaudir (signal extérieur), et lorsque les applaudissements dispersés se transforment après quelques secondes en battements rythmés, c’est de l’auto-organisation ! ■

La référence incontournable est malheureusement en anglais : Camazine S. et al., 2001. SelfOrganization in Biological Systems. Princeton University Press.

Le peintre belge Zacharie Noterman (1820-1890) représentait avec humour et réalisme des scènes où les animaux s’engageaient en politique.

Réplique en plastique (leurre)

Réplique du prédateur

Direction des poissons

DEPART

1,5m Un classique de l’éthologie : le dispositif expérimental de choix « en Y ». Les poissons sont déposés dans le carré de départ et ont le choix d’aller vers deux refuges. À droite, les chercheurs ont fait partir un leurre en plastique, et ont placé un faux prédateur. Le choix n’est pas facile, suivre ses copains ou éviter le prédateur ?  Ward A.J.W. et al., 2008. « Quorum decision-making facilitates information transfer in fish shoals. » PNAS, n° 105, p. 6948-6953.

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Les dessous de notre assiette Jean-François Pollet

La tomate et le haricot La tomate est le légume le plus consommé, à forte valeur culturelle, donnant son goût à de nombreux plats nationaux, du riz gras burkinabé à la sauce bolognaise italienne. Le haricot se conserve bien et représente la première source de protéines végétales. Il est la viande du végétarien et du pauvre. Venue d’Italie, la tomate grappe tend à supplanter, sur nos étals, la classique tomate ronde.

La plante Venus tous deux d’Amérique du Sud, tomate et haricot se sont acclimatés partout, jusque dans les vergers de Scandinavie. Les deux plantes sont cependant physiologiquement très différentes. La tomate est fragile et exubérante, elle requiert beaucoup de soins, mais cette petite merveille peut donner, même chez nous, des récoltes appréciables oscillant entre deux et trois kilos par pied en culture non professionnelle. Le haricot est en revanche peu productif, robuste, économe en engrais et produits phytosanitaires. Savoureux et populaire, le haricot vert reste la coqueluche des jardiniers amateurs qui assurent chez nous, d’après certaines estimations, plus de la moitié de la production nationale. ■

Les haricots, comme toutes les légumineuses, vivent en symbiose avec une bactérie installée sur leurs racines qui synthétise l’azote atmosphérique. Cette symbiose permet à la plante de se passer d’azote, tout en étant particulièrement riche en protéines.

Associés > Une question existentielle. Combien de repas de famille ont-ils été animés par la question « la tomate est-elle un fruit ou un légume ? » Question insoluble puisque la tomate est un fruit pour le botaniste, qui cherche à décrire les organes des plantes, et un légume pour celle ou celui qui cuisine et classe les plantes selon leur usage. La tomate est donc plutôt un légume, le plus souvent consommé en plat salé. > Maïs et banane. Dans l’agriculture familiale du Sud, la culture du haricot grimpant est souvent associée à celle du maïs. Les paysans y gagnent en place et en engrais, le haricot fournissant de l’azote au maïs, tandis que le maïs sert de tuteur au haricot. En Afrique centrale, les fèves naines sont cultivées sous les bananiers, où elles servent de couvre-sol. ■

Les plus de demain

Et nous ?

Curiosité

L’avenir du haricot et des autres légumineuses se joue donc au Sud, où se concentrent les plus importants centres agronomiques consacrés à l’amélioration de sa culture. La recherche se penche sur l’introduction de nouvelles variétés aux qualités classiques – bon rendement, résistance aux maladies et à la sécheresse, adaptation aux sols pauvres – mais aussi de variétés aux propriétés inattendues, comme la cuisson rapide des grains afin d’économiser le bois de chauffage. Il y a là un véritable enjeu car le haricot sec exige plus d’une heure de cuisson. Les variétés riches en fer et en zinc font aussi l’objet d’une attention particulière, parce qu’elles offrent une nourriture adaptée aux paysans souffrant du sida. De plus, le haricot exige, à pouvoir nutritif équivalent, moins de travail que la céréale, ce qui représente un avantage certain pour les malades du sida, affaiblis, et qui ne peuvent rester longtemps aux champs. ■

Le Belge mange une dizaine de kilos de tomates par an, auxquelles il consacre 38 euros par ménage, plus 13 euros pour les produits en conserve. En 2010, les maraîchers belges ont produit 227 000 tonnes de tomates, soit près de la moitié de la production française. ■

Des tomates bio ont été cultivées dès 1973 dans un parc public de Bruxelles par Armand Ell, un négociant en vin. Celui-ci voulait, en élevant cette plante délicate sans utiliser d’engrais ni de produit phytosanitaire, démontrer l’intérêt d’une méthode de compostage mise au point au Moyen Age par des jardiniers appartenant à l’ordre des Templiers. La même méthode de compostage, dite « des Templiers », a également été étudiée en France par Jean Pain. Ses travaux ont mis en évidence les nombreux intérêts de cette pratique fondamentale du maraîchage bio. ■

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Les maraîchers professionnels cultivent une dizaine de variétés de tomates, toutes sont rouges et rondes. Il existe pourtant des centaines, voire des milliers de variétés dites anciennes, qui offrent une grande diversité de formes, de couleurs et de goûts.


Trois questions à Vincent Cantaert, producteur bio à Walhain > Est-il possible de produire des tomates bio en Belgique ? Oui, en utilisant une serre non chauffée. C’est alors un légume saisonnier disponible deux mois par an, de la fin juillet à la fin septembre. La serre allonge la saison et permet de prévenir le mildiou, la maladie des tomates, en protégeant les plants des pluies directes.

> Comment expliquer que la tomate bio ne représente que 4 % des dépenses des consommateurs de légumes frais bio, alors qu’elle « pèse » 18 % en conventionnel ? Ce n’est pas la demande qui manque, j’ai le sentiment que si je triplais ma production, je la vendrais. Mais la tomate bio, en circuit court, n’est disponible que deux mois par an, alors que la tomate conventionnelle est disponible pratiquement toute l’année. De plus, sa culture en bio n’est pas si simple, il faut une serre, de la main-d’œuvre, prévoir des rotations de cultures.

> Pourquoi vous êtes-vous spécialisé dans la culture de variétés anciennes ? Même en bio, il est possible de produire des tomates industrielles, choisies pour leur bon rendement. Les variétés anciennes offrent d’autres qualités, essentiellement gustatives, elles sont parfumées, moins acides, se prêtent à être mangées crues, et certaines variétés ont moins de pépins. ■

Expédition de tomates en Inde, troisième producteur mondial avec près de 12 millions de tonnes en 2010. La tomate cœur de bœuf, une variété oubliée, redevient à la mode. Cette tomate a été « améliorée » par les agronomes qui sont parvenus à la rendre très productive. Le goût de cette « améliorée » est cependant plus fade que la variété dont elle est issue.

Business et guéguerre Une course à l’armement technologique. Plante sensible et au mûrissement capricieux, la tomate n’est plus cultivée qu’en serre de façon intensive, avec le gros inconvénient d’épuiser rapidement les sols. Qu’importe, les serristes se passeront de sol en faisant pousser leurs tomates en gouttières alimentées de solutions liquides d’engrais chimiques. Comment alors rentabiliser ces outils high tech que sont devenues les serres ? En augmentant la productivité, pardi. L’allongement de la saison et la production de plantes hybrides permet de faire grimper la production à 40 kilos par mètre carré. Mais la vie biologique des plantes est impossible dans ces environnements aseptisés. Qu’importe, la pollinisation sera désormais assurée par des vibreurs électriques. Au risque de faire exploser le coût de la main-d’œuvre ? Pas de problème, on ajoutera des ampoules LED, cet apport supplémentaire de lumière fera encore grimper les rendements. Oui, mais si la lumière artificielle repousse la culture plus loin dans la saison, il faut alors sérieusement chauffer les serres au risque de faire exploser les coûts d’exploitation ? Toujours pas de problème : on chauffera les serres par cogénération, c’est-à-dire production d’eau chaude plus électricité, cette dernière étant revendue sur le réseau. Où s’arrêtera la course aux armements technologiques ? Aux Pays-Bas, troisième producteur européen de tomates après l’Italie et l’Espagne, les horticulteurs obtiennent dans leurs serres, chauffées et éclairées, le plus haut rendement au monde, avec près de 60 kilos du mètre carré, et visent les 80 kilos à court terme. La production d’électricité représente 20 % de leur chiffre d’affaires. Un partage du monde. Le haricot coupe en deux la planète, entre le Nord qui le consomme vert, en gousse, et le Sud qui attend que le grain arrive à maturité pour le sécher et allonger ainsi sa durée de conservation. L’Union européenne est le premier importateur de haricot vert, absorbant plus de 70 % des volumes échangés sur le plan international. Le Maroc est son premier fournisseur (100 000 tonnes), suivi du Kenya (35 000 tonnes) et de l’Egypte (26 000 tonnes) – la production de ces deux derniers pays nous parvient par avion, transformant ainsi un atout écologique en gouffre à carbone. Selon l’institut d’économie rurale Johann Heinrich von Thünen, l’acheminement par avion d’un kilo de haricots frais du Kenya émet 10,4 kilos de CO2. Au Sud, l’Inde, pays de végétariens par excellence, est le premier producteur mondial de haricots secs avec près de 5 millions de tonnes en 2010, mais il est également le premier importateur : un demi-million de tonnes (plus 3 millions de tonnes de légumineuses en tous genres). Le Brésil et le Mexique sont dans la même situation, ces deux gros producteurs (respectivement 3 et 1 million de tonnes) ne sont pas autosuffisants et importent une part de leur consommation. ■

Planète

Le prix ?

La tomate est devenue une véritable culture industrielle, avec son éventail de plantes hybrides, cultivées sous serre, hors sol, protégées par d’importants apports de pesticides. La tomate espagnole a cristallisé tous les excès. Cette industrie a couvert le Sud de l’Andalousie d’une mer de plastique, pompant sans compter les nappes phréatiques et exploitant une armée de travailleurs sans papiers. Plusieurs instituts, dont Bruxelles environnement, rappellent toutefois que les tomates espagnoles affichent une empreinte écologique quatre fois inférieure aux tomates produites en Belgique sous serre chauffée. La consommation énergétique des serres belges n’a pas été calculée, mais elle peut être extrapolée à partir des données françaises. Le quotidien Ouest France calcule en effet que les 200 hectares de serres bretonnes consacrées à la tomate mobilisent l’équivalent de la consommation en chauffage d’une ville de 100 000 habitants. Or la Bretagne produit la même quantité de tomates que la Belgique, quelque 200 000 tonnes par an, et dans des conditions similaires. Le bénéfice écologique du haricot, comme toutes les légumineuses (lentille, lupin, pois, pois chiche), est énorme. Il est capable de synthétiser l’azote atmosphérique grâce à sa relation symbiotique avec des bactéries présentes sur ses racines, ce qui lui permet de se passer d’azote, un amendement agricole vorace en énergie lors de sa fabrication. De plus, ces légumineuses sont très riches en protéines. C’est d’ailleurs au Sud, là où les populations ont un accès limité aux nourritures carnées, que 80 % de la production mondiale de haricots sont consommés. ■

Cultivée dans un environnement contrôlé, la tomate connaît une production prévisible qui se traduit par une stabilité des prix. Il en va de même chez nous pour le haricot dont la production, quelque 90 000 tonnes de haricots verts par an, est planifiée en début de saison par les conserveries et marques de produits surgelés qui passent des contrats avec les fermiers. ■

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Agriculture bio

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Kokopelli

2

Extraction des graines de courges. Toutes les plantes représentées sur la page sont extraites du catalogue de Kokopelli.

Les semences entrent Stop ! On ne sème plus ce qu’on veut. Pour être utilisée, la semence doit être dûment estampillée productive et homogène, soit tout le contraire des milliers de variétés de plantes comestibles qui ont nourri l’humanité jusqu’ici et qui la nourriront demain par leur aptitude à s’adapter notamment aux aléas climatiques. Dans les champs, des agriculteurs-citoyens, souvent vos fournisseurs de produits bio, se mettent en réseaux et élaborent des stratégies pour continuer à utiliser les semences de leur choix.

A

utrefois, la vie aux champs était simple. Les paysans sélectionnaient leurs plus beaux plants pour en réserver les graines qu’ils ressemaient l’année suivante. Un travail de sélection et de stockage délicat, car la moindre erreur se payait par une baisse de production l’année d’après. Aussi la production de semences a-t-elle progressivement été prise en charge par des professionnels qui garantissaient la qualité de leurs produits. La suprématie de ces semenciers a encore été accentuée par les bouleversements d’après-guerre, qui ont vu l’agriculture se mécaniser, recourir aux engrais et pesticides et s’orienter vers de nouvelles variétés, sélectionnées pour leurs hauts rendements ou carrément créées, comme les fameuses hybrides F1(1). A coté de l’agriculture industrielle dépendante des semenciers, existe aujourd’hui encore une agriculture paysanne qui continue à produire ses propres semences. C’est une minorité de paysans ou maraîchers qui utilisent des variétés sélectionnées depuis des dizaines, parfois des centaines d’années, au point qu’elles se sont « spécialisées », adaptées à leur terroir. La capacité évolutive de ces variétés devrait également leur permettre d’affronter à l’avenir les changements climatiques. Par ailleurs, des associations de conservation, comme Semailles en Belgique ou Kokopelli en France, s’attachent à encourager la culture de milliers de variétés de plantes, surtout potagères, rares ou anciennes, menacées de disparition par l’uniformisation de l’agriculture.

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Jusqu’ici l’industrie semencière et l’agriculture paysanne, bio ou amateur parvenaient à cohabiter, sous l’arbitrage de la loi qui définit strictement la production, l’usage et la commercialisation de semences. Or la Cour de justice européenne vient de jeter les uns contre les autres : semences anciennes contre semences industrielles, en donnant une nette préférence aux secondes. « Des milliers de plantes sont appelées à disparaître, s’étrangle Marc Fichers, secrétaire général de Nature et Progrès, association dédiée à l’agriculture biologique. Car, en pratique, la Cour de justice européenne contraint les agriculteurs à concentrer leur production sur un nombre très réduit de plantes proposées par les semenciers. » Maudit catalogue Au cœur de la décision de la Cour européenne du 12 juillet dernier, il y a le catalogue national, une sorte de bottin, contrôlé par les pouvoirs publics, des produits commercialisés par les semenciers. Ce catalogue national a été créé au début du siècle dernier pour garantir aux paysans une semence de qualité. En répertoriant les semences, le catalogue pouvait mettre de l’ordre dans le secteur, éviter la commercialisation d’une même semence sous des noms différents et offrir une sorte de label de qualité aux semences commerciales. L’idée n’était pas mauvaise, mais la législation s’est vite durcie, transformant le catalogue en machine à tuer la biodiversité. D’abord, pour être vendue, une semence doit obligatoirement être reprise au catalogue national. Ensuite pour être inscrite à ce catalogue, les semences doivent répondre à plusieurs exigences, notamment de rendement. Une variété doit être au moins aussi productive que celles déjà inscrites pour rejoindre le club des produits commercialisables. Or les variétés enregistrées l’ont bien souvent été suite aux actions entreprises par les semenciers eux-mêmes, qui ont présenté des variétés très productives obtenues grâce à de généreux apports d’engrais chimiques. La barre quantitative a donc été placée assez haut. Suffisamment haut pour empêcher l’admission dans le catalogue des variétés rustiques qui se distinguent par des qualités particulières : goût, tolérance à la sécheresse, aux sols pauvres, résistance aux maladies. Bref toutes les plantes que l’on trouve dans les jardins familiaux ainsi que dans les maraîchages bio sont exclues du catalogue. Celui-ci exige également que les semences soient homogènes, c’est-à-dire qu’elles donnent naissance à des individus rigoureusement identiques. Or les légumes anciens et les semences paysannes ne sont jamais parfaitement homogènes, l’homogénéité étant obtenue au terme d’une sélection d’une précision quasi chirurgicale pratiquée par les semenciers. Enfin, l’inscription d’une semence au catalogue est loin d’être donnée : 7 500 euros pour une grande culture, une céréale par exemple, et 500 euros pour des plantes secondaires, des montants rédhibitoires pour le paysan qui veut mettre ses semences en règle avec le catalogue. « On a taillé la législation sur mesure pour satisfaire


8

4 9

5

10 6 11

1

Baselle 'Asella Alba'

2

Oignon rouge de Huy

3

Carotte de Guérande

4

Concombre 'Kaiser Alexander'

5

Betterave 'Burpee's Golden'

6

Courge 'Yougoslavian Finger'

7

Cressonnette du Maroc (laitue à couper)

8

Chou cabus 'Pointu de Winnigstadt'

9

Piments doux (poivrons) 'Apple'

10 Tomates noires 'Purple Calabash'

7

11 Radis 'Formosa Giant Luo Buo'

3

en résistance les semenciers, au détriment de la biodiversité et de l’agriculture paysanne », s’insurge Marc Fichers. Tribunal Ce cadre législatif n’a pas, jusqu’ici, empêché quelques francstireurs de la profession d’utiliser des semences exclues du catalogue. Mais voilà qu’en 2005, Kokopelli, une association française qui anime un réseau de producteurs militants dévoués à la culture de 2 200 variétés de plantes rares ou anciennes est traînée devant les tribunaux par le semencier Baumaux qui s’estime lésé. De procès en appel, l’affaire aboutit devant la Cour de justice des Communautés européennes qui doit dire si oui ou non l’association est en droit de commercialiser des semences non reprises au catalogue. Et la réponse est non. « La sentence a été un électrochoc, se souvient François De Gaultier, chargé de l’encadrement des producteurs bio à Nature et Progrès. Nous avons soudain réalisé que le droit n’est pas adapté aux réalités paysannes. Au-delà de Kokopelli, l’arrêt met en difficulté tous les paysans qui utilisent des semences non reprises au catalogue. » De plus, la survie de milliers de variétés de plantes comestibles est désormais suspendue aux seuls soins des jardiniers amateurs. Un cauchemar pour la biodiversité.

ni ne vendent de semences à leur coopérative. Il n’y a donc aucun transfert de propriété. A Alès, Jean-Marc Guillet, responsable de Kokopelli, condamné par la Cour européenne en juillet dernier, attend beaucoup de ces réseaux. « Il faut se mobiliser pour défendre la semence libre. C’est le début de la chaîne alimentaire, ceux qui tiennent les semences, tiennent la population. Nous, à Kokopelli, on continue notre activité comme on l’a fait jusqu’à présent. On n’a pas à nous l’interdire, la diversité des plantes utilisées en agriculture représente un patrimoine génétique qui appartient à tout le monde. » L’association continue donc à distribuer ses semences hors catalogue, malgré l’épée de Damoclès qui pèse sur elle : la Cour européenne ayant confirmé le monopole du catalogue, le tribunal de Nancy va maintenant trancher le conflit qui oppose l’association au semencier Baumaux, lequel semble avoir la loi pour lui. Or Baumaux réclame un dédommagement de 100 000 euros à Kokopelli. De quoi couler l’association. Et intimider les initiatives en faveur des semences libres. ■ Jean-François Pollet (1) Les plantes hybrides sont obtenues par le croisement de deux variétés différentes dont les semences donneront des plantes très productives, mais impossibles à ressemer car leur descendance aura perdu les qualités des parents. Ces hybrides couvrent aujourd’hui les grandes cultures de maïs et de tournesol, ainsi que la majorité des plantes potagères, comme la tomate et notre chicon national.

Se réapproprier les semences L’agriculture paysanne devra-t-elle prendre le maquis pour poursuivre ses activités ? « Il y a des failles juridiques, tempère François De Gaultier. L’utilisation de variétés hors catalogue est autorisée, ce qui est interdit, c’est d’acheter la semence. Il y a donc des opportunités à saisir. Ce procès nous a fait comprendre que le domaine de la semence avait été abandonné aux semenciers, qui ont obtenu la législation qu’ils souhaitaient. Si les paysans et les citoyens réinvestissent cette activité, le législateur devra s’adapter. Il faut monter des réseaux, se réapproprier les semences, et on va le faire. » En France, le réseau Semences paysannes a analysé les failles juridiques qui permettent de contourner le catalogue national. L’association remarque notamment que la recherche sur des plants, l’expérimentation et la sélection échappent à ce catalogue. Il est donc possible de se procurer légalement des semences hors catalogue, de les mettre en culture « à l’essai » sur une petite surface, puis l’année suivante de ressemer la récolte à grande échelle. On peut aussi tout simplement acheter des graines (destinées à être mangées) plutôt que des semences. Rien ne distingue l’une de l’autre pour les céréales, le tout est de ne pas utiliser le mot semence, ni sur les sachets, ni sur la facture. Autre faille exploitée : s’il n’est pas propriétaire des graines utilisées, le paysan est en droit d’utiliser des semences hors catalogue. Ainsi, dans des coopératives allemandes qui produisent du blé en biodymamie, les paysans se sontils transformés en simples prestataires de services, qui n’achètent

Les deux catalogues vec ses exigences de distinction, d’homogénéité et de stabilité, le catalogue national barre l’accès à la plupart des variétés anciennes, aussi 90 % des plantes reprises au catalogue sont-elles des plantes hybrides, création des semenciers. L’exclusion des plantes anciennes est tellement systématique que les autorités européennes autorisent désormais les Etats à ouvrir un département particulier dans leur catalogue avec des conditions d’admission assouplies, afin de recevoir les « races primitives » et les « variétés naturellement adaptées aux conditions locales de culture ». Ce catalogue « amateur », créé il y a quatre ans seulement, doit encore évoluer, car il présente les mêmes inconvénients que son grand frère : des conditions d’inscription qui bloquent l’enregistrement de beaucoup de variétés et un coût d’enregistrement (500 euros) qui doit être repayé chaque année. Chaque Etat possède son propre catalogue. La totalité des références des catalogues des Etats européens, reprise dans le catalogue européen, compte 18 200 variétés d’espèces agricoles et plus de 16 200 variétés d’espèces potagères commercialisables. ■

A

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Des justices alternatives

d

Au Nor En Belgique

Un dossier de Jean-François Pollet

Eviter le procès et humaniser la machine judiciaire Chez nous, le système judiciaire engorgé imagine des alternatives qui permettent dans certains cas de ne pas en arriver au procès, ainsi que des modes de prévention et d’accompagnement qui humanisent la machine judiciaire.

L

a justice belge reconnaît une alternative qui permet d’échapper à un procès : il s’agit de la médiation pénale, dont la bonne fin met un terme à l’action publique (1). La procédure est rapide, peu coûteuse pour les pouvoirs publics et davantage tournée vers l’écoute de la victime. « A l’origine, en 1994, la médiation pénale avait été conçue pour répondre à la petite criminalité urbaine, constate Carl Beckers, attaché à la Direction générale des maisons de justice. La justice voulait entendre les faits et pousser l’auteur à les réparer, afin de mettre fin au sentiment d’impunité de la victime. En médiation pénale, la réponse est très rapide, en six mois, un an, les faits sont éclaircis et les dédommagements versés, alors qu’un procès peut se faire attendre deux ans. » Donner suite La médiation pénale est possible pour tout fait pour lequel le parquet demanderait une peine maximale de deux ans de prison. Elle est actionnée dès le début de la procédure judiciaire par le procureur du Roi qui prend connaissance d’un dossier et décide des suites à lui donner. Il peut alors proposer une médiation pénale, plutôt que de lancer des poursuites devant un tribunal. « Le parquet propose mais n’impose pas, poursuit Carl Beckers, la participation de la victime et de l’auteur présumé est volontaire. Pour les victimes, une proposition de médiation est plutôt une bonne nouvelle, car cela veut dire que le parquet donne suite à sa plainte et que des dommages éventuels seront assez vite réglés. »

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En Belgique, la médiation pénale et la transaction pénale sont les deux seules alternatives à un procès. Ces alternatives permettent d’échapper à la prison et à une inscription au casier judicaire. L’extension, à la va vite, par la Chambre, le 30 juin dernier, de la transaction pénale aux matières financières pose aujourd’hui question. Le milliardaire d’origine kazakh, Patokh Chodiev fut le premier bénéficiaire de cette disposition en versant 23 millions d’euros à la justice contre l’abandon des poursuites pour faux, association de malfaiteurs et blanchiment.

En 2011, 6723 médiations pénales ont été proposées par le parquet, un chiffre stable depuis cinq ans, avec 50 % d’échecs, ceuxci étant essentiellement dus au refus d’une des parties d’entrer en médiation. « Plus de conflits pourraient être résolus par cette voie, poursuit le fonctionnaire, mais les parquets ne sont pas toujours sensibilisés à cette procédure et ne pensent pas à la proposer. » Lorsqu’une médiation est lancée, un assistant de justice prend contact avec l’auteur et la victime pour leur proposer de trouver une réponse réparatrice aux dommages causés. « Ce sera une indemnisation en argent pour réparer les dégâts matériels et bien souvent une lettre d’excuses écrite de la main de l’auteur. Victime et auteur peuvent également se rencontrer, la première pourra exprimer ce qu’elle a ressenti et le second s’expliquera oralement », précise Anne Vauthier, elle aussi attachée à la Direction générale des maisons de justice. La médiation se termine en présence d’un représentant du parquet qui consigne les décisions des parties. Le parquet pourra également décider d’ajouter aux réparations accordées à la victime une mesure complémentaire sous forme de travaux d’intérêt général ou d’obligation de suivre une psychothérapie ou une formation professionnelle. L’exécution de ce contrat entraîne la fin de la médiation pénale et l’extinction de l’action publique. Justice est faite, sans l’intervention d’un tribunal.

Ressenti La procédure pénale connaît également une autre médiation dite « de justice restauratrice et réparatrice » (ou médiation loi 2005), parce qu’elle a vocation de permettre à la victime d’exprimer sa souffrance et ses questionnements et de s’emparer de son affaire pour imaginer les réparations qui lui semblent les plus justes. Cette forme de médiation ne remplace pas un procès, celui-ci est en cours ou a déjà eu lieu (la proposition de médiation adressée par Michèle Martin à Jean-Denis Lejeune, par exemple, entre dans les dispositions de la justice restauratrice et réparatrice), mais elle le complète en ouvrant un espace de dialogue entre une victime et son agresseur. La médiation de justice restauratrice et réparatrice peut être demandée à tout moment par l’une des deux parties pour obtenir des clarifications sur les faits, des dédommagements ou exprimer des émotions. Elle prend donc en charge un ressenti qu’aucun tribunal ne peut juger ou réparer. ■ (1) La fameuse amende routière représente l’autre alternative à la justice : cette transaction pénale pousse le ministère public à abandonner toute poursuite contre paiement d’une somme d’argent. Cette disposition de l’article 216 bis du Code d’instruction criminelle a été étendue l’année dernière à certaines infractions passibles de peines criminelles. Cette extension à la criminalité en col blanc (corruption, faux et usage de faux, détournement de fonds) a d’ailleurs soulevé un tollé parmi certains juristes qui dénoncent une justice de classe. La Ligue des droits de l’Homme a introduit un recours en annulation contre la loi modifiant l’article 216 bis. La décision de la cour constitutionnelle devrait tomber prochainement.


5pVRXGUHSDFL¿TXHPHQWVHVFRQÀLWV 7HQVLRQVGHYRLVLQDJHFRQÀLWVFRPPHUFLDX[GLVSXWHVGH couples : il est possible de vider ses querelles devant un tribunal ou, depuis une quinzaine d’annÊes, devant un mÊdiateur.

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lutĂ´t qu’un (mauvais) procès, la mĂŠdiation est un processus de rĂŠsolution des conits qui invite les parties Ă trouver ensemble des solutions Ă  leurs diffĂŠrends. ÂŤ C’est une formule rapide, souple et pas trop coĂťteuse que les tribunaux reconnaissent depuis 2005, insiste JoĂŤ lle Timmermans, prĂŠsidente de l’Union belge des mĂŠdiateurs professionnels (UBMP). Le mĂŠdiateur ĂŠcoute toutes les parties et s’attache Ă  faire baisser la tension qui existe entre eux, aďŹ n de les amener Ă  ĂŠlaborer leurs propres solutions. Ainsi la dĂŠcision ne vient pas d’en haut, comme en justice, mais des parties qui l’imaginent et s’engagent Ă  l’exĂŠcuter. On est certain que les solutions seront bien comprises, mieux appliquĂŠes et qu’elles auront plus d’impact Âť. Une mĂŠdiation, mieux qu’un procès, peut dĂŠnouer des situations très dĂŠlicates, comme lorsque deux parents veulent se sĂŠparer sans parvenir Ă  se parler, ni organiser la garde des enfants ou le partage des biens. ÂŤ D’autant que les tensions peuvent encore ĂŞtre exacerbĂŠes par la diabolisation de l’autre de la part des familles, prĂŠcise JoĂŤlle Timmermans. Le mĂŠdiateur, en rĂŠunissant les parties Ă  la mĂŞme table, en leur rendant leur humanitĂŠ face Ă  l’autre, leur permet de dĂŠgager ensemble les solutions qui donnent Ă  chacun la possibilitĂŠ de prĂŠparer l’avenir pour eux-mĂŞmes et pour leurs proches. Parfois les parties viennent avec

leur avocat. Si la sĂŠance se dĂŠroule bien, les parties s’expriment et les avocats ĂŠcoutent. On ĂŠvite les dossiers, aďŹ n que l’humain puisse s’exprimer. Âť Beaucoup d’Êmotions La mĂŠdiation est donc un exercice Ă trois qui place un mĂŠdiateur entre deux personnes opposĂŠes par un conit : le père et la mère dans les matières familiales, deux voisins ou un client et son fournisseur en matière civile et commerciale, ou encore un employĂŠ et son patron en matière sociale. Dès la première sĂŠance, le mĂŠdiateur fait signer un contrat d’engagement qui dĂŠďŹ nit le cadre des rencontres et leurs objectifs. Les parties expriment ensuite leurs griefs et leurs demandes. La sĂŠance dure entre une et deux heures, ÂŤ c’est bien assez, poursuit la mĂŠdiatrice, il y a beaucoup d’Êmotions qui se dĂŠgagent, certaines rĂŠalitĂŠs sont difďŹ ciles Ă  entendre, c’est ĂŠpuisant Âť. Au terme de la rencontre, le mĂŠdiateur demande aux parties de penser Ă  des solutions adaptĂŠes Ă  leurs situations respectives, d’Êlucider certaines questions comme le partage des fonctions et des tâches, pour la prochaine rencontre qui est programmĂŠe une Ă  deux semaines plus tard. En cinq ou six sĂŠances, les parties s’accordent gĂŠnĂŠralement sur des solutions et leur diffĂŠrend est rĂŠglĂŠ. Une mĂŠdiation peut durer nettement plus longtemps lorsque les parties sont nombreuses : que-

Le mÊdiateur doit être cadrant, à l’Êcoute, être clair dans son expression et avoir une capacitÊ de synthèse.

La mÊdiation en protection de la jeunesse a majoritÊ pÊnale est, chez nous, fixÊe à 18 ans. Ce qui signifie que des faits commis par un jeune seront portÊs devant un juge de la jeunesse, qui ne punit pas mais sanctionne si les circonstances l’exigent : placement en centre fermÊ ou ouvert, ou accomplissement de travaux d’intÊrêt gÊnÊral. Depuis 2006, c’est donc rÊcent, la loi sur la protection de la jeunesse recommande aux juges de proposer des mÊdiations pour rÊparer un acte de dÊlinquance.  La mÊdiation est ici tournÊe vers la reconstruction de la victime et un travail de prise en compte de l’autre, du côtÊ du jeune, explique Michel Heinis, directeur du Radian, qui pratique à Bruxelles ces mÊdiations. Il s’agit de trouver des manières de rÊparer, de permettre à la victime de s’exprimer et de faire le point sur ce qui lui est arrivÊ.  Cette nuance reprÊsente pour ces mÊdiateurs un petit casse-tête car, dans l’esprit de la plupart des victimes, un jeune dÊlinquant doit avant tout être remis sur le droit chemin par des peines et non être simplement invitÊ à Êcouter les remarques et demandes de ses victimes.  Leur première rÊaction est parfois de refuser de dialoguer avec le jeune, mais c’est moins courant qu’avant, l’idÊe de mÊdiation entre petit à petit dans les esprits.  Le mÊdiateur rencontre le jeune avec ses parents, puis le jeune à nouveau, souvent sans ses parents, puis il entend la victime. Celle-ci dÊcidera des dÊdommagements qu’elle souhaite et rÊflÊchira à sa volontÊ ou non de rencontrer le jeune.  C’est un moment important, poursuit le directeur, car la victime devra s’interroger sur ce qu’elle a vÊcu, les traces qui lui restent, sa volontÊ ou non d’en parler. La mÊdiation sert justement à aider la victime à dÊpasser l’ÊvÊnement, à se reconstruire et à pousser le jeune à rÊflÊchir aux consÊquences de ses actes pour l’aider à grandir.  Quant aux demandes de rÊparation, elles sont souvent classiques : règlement des dÊgâts matÊriels, remboursement des Êventuels frais de soins de santÊ ou de thÊrapie. Certaines demandes sont parfois inattendues.  Un homme qui s’Êtait fait tirer dessus à la carabine à plomb avait demandÊ à recevoir trois bouteilles de champagne, ce qu’il a obtenu, se souvient amusÊ, Michel Heinis. Un autre a demandÊ que le jeune vienne travailler chez lui durant une journÊe, c’est plutôt rare.  Mais c’est une demande qui laisse imaginer une journÊe d’explication propice à Êvacuer toute rancœur entre les parties. ■

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Des justices alternatives

Les diffĂŠrences entre procĂŠdure en justice et mĂŠdiation ProcĂŠdure en justice

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Des mÊdiations tellement plurielles QOH&RQVHLOGœ(WDWDWLTXpHQUHOLVDQW la loi sur la mÊdiation pÊnale, il trouvait que le nom choisi pour cette procÊdure n’Êtait pas le plus judicieux. Le Conseil n’a pas ÊtÊ ÊcoutÊ. C’est peut-être dommage, car il y a effectivement un risque de confusion. 8QHPpGLDWLRQLQWURGXLWXQWLHUVLPSDUWLDOHQWUH deux parties pour tenter de dÊnouer un conflit. On compte donc autant de types de mÊdiations qu’il y a de conflits : on ne rÊsout pas un diffÊrend entre un prof et un Êlève recalÊ en maths (mÊdiation scolaire) comme on règle un divorce entre Êpoux (mÊdiation familiale). C’est dire combien la pratique est plurielle, avec des consÊquences et des statuts juridiques très diffÊrents. La mÊdiation pÊnale est une procÊdure formelle, proposÊe par le parquet, qui tient lieu de procès et Êteint l’action publique. Elle est une vraie alternative à la justice, ce que ne sont pas les autres mÊdiations, mises en place en 2005. La mÊdiation de justice restauratrice et rÊparatrice reprÊsente plutôt un complÊment qui humanise la procÊdure judiciaire. Tandis que les mÊdiations familiales, civiles et commerciales ou sociales reprÊsentent de nouveaux modes de rÊgulation qui permettent de rÊgler pacifiquement les conflits et de vider une querelle avant qu’elle n’aboutisse devant un tribunal. La mÊdiation est alors prÊventive. ■

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MĂŠdiation

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Le juge dit la loi et tranche les litiges qui lui sont soumis en imposant des dÊcisions contraignantes. Il agit au nom de l’Etat, au regard de la lÊgalitÊ et rend des dÊcisions qui s’imposent aux parties. Le mÊdiateur cherche à mettre en œuvre des dÊcisions lÊgitimÊes par l’approbation des parties, qui cherchent par elles-mêmes, sur un pied d’ÊgalitÊ, des solutions à leurs conflits. Source : Extrait du livret pÊdagogique ÊlaborÊ par HÊlène van den Steen et ses collaborateurs en accompagnement du film Une manière de s’entendre, la mÊdiation.

relles d’Êquipes dans le monde du travail ou disputes d’hÊritiers qui impliquent 20 personnes incapables de se mettre d’accord sur le partage des biens. Accabler l’autre Au centre de la mÊdiation, il n’y a pas le droit mais l’humain, nous sommes donc loin des tribunaux.  La particularitÊ des mÊdiations, c’est de poser tout de suite le principe selon lequel il n’y a pas de gentils et de mÊchants, prÊcise ÊHlène van den Steen,

mÊdiatrice et formatrice. On ne travaille pas l’un contre l’autre, mais ensemble. A l’inverse des procès, oÚ les parties ont intÊrêt à accabler l’autre, à mettre ses torts en Êvidence, la mÊdiation va chercher des points de collaboration. Un jugement peut diviser, la mÊdiation va essayer de recoller les morceaux. Nous nous gardons de faire une analyse de la situation, nous sommes là pour soutenir les personnes dans leur situation et les rapprocher. On ne cherche pas non plus à savoir comment est nÊ le conit, mais comment trouver un modus vivendi qui permette à la vie de continuer.  $I¿UPHUGLDORJXHU

/DPpGLDWLRQHQSUDWLTXH es mÊdiations en matières familiale (hÊritage, divorce), civile (voisinage, Êcole) et commerciale (indÊpendants, entreprise) ou encore en matière sociale (travail, harcèlement) peuvent être demandÊes par une des parties qui y voit une solution rapide du conflit. Depuis 2005, les mÊdiations peuvent Êgalement être proposÊes par un juge qui invite les parties à trouver des solutions, puis à les prÊsenter à une prochaine audience de son tribunal. Le juge s’assurera alors de la lÊgalitÊ de l’accord et l’entÊrinera dans un jugement.

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‡8QHPpGLDWLRQRUGLQDLUHdure deux à trois mois, à raison de cinq à six sÊances espacÊes d’une jGHX[VHPDLQHV8QHKHXUHGHPpGLDWLRQcoÝte pour chaque partie entre 0 euro (si un service social ou public intervient dans les frais) et 75 euros. Le prix peut monter à 200 euros et plus si le processus est pris en charge par un avocat ou aborde des matières commerciales. ‡6HORQXQHHQTXrWHGHOœDVVRFLDWLRQ%0HGLDWLRQDXSUqVGHPpGLDWHXUVDJUppV VXUXQPLOOLHU au total), 3 223 mÊdiations ont ÊtÊ ouvertes en 2011, un chiffre en constante hausse mais qui reste modeste : il reprÊsente le vingtième des dossiers traitÊs par voie judiciaire. ‡&HUWDLQHV institutions publiques se sont dotÊes d’un mÊdiateur. Ainsi, la FÊdÊration WallonieBruxelles, afin de rÊpondre aux problèmes rencontrÊs par les citoyens avec ses services administratifs. Certaines communes l’ont aussi fait pour rÊsoudre des conflits de voisinage. ‡,OHVWpJDOHPHQWSRVVLEOHGHGHPDQGHUXQH conciliation en justice de paix. Durant la conciliation, le juge, s’il reprÊsente le droit, ne tranchera pas le litige, il placera les parties sur pied d’ÊgalitÊ pour OHVDLGHUjWURXYHUXQDFFRUG8QHFRQFLOLDWLRQHVWJUDWXLWH9XTXœHOOHVHWLHQWHQXQHVHXOHVpDQFH de 20 minutes, les conflits qui peuvent y être dÊbattus doivent être simples, par exemple un refus de restitution de garantie locative par un propriÊtaire rÊcalcitrant. ■

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L’Êvaluation de la rĂŠussite d’une mĂŠdiation est un exercice dĂŠlicat. La mĂŠdiation idĂŠale aboutit Ă un accord que les parties s’engagent Ă  mettre en Ĺ“uvre. Mais mĂŞme sans accord, la mĂŠdiation conserve ses vertus. ÂŤ Demander une mĂŠdiation, c’est dĂŠjĂ  afďŹ rmer que l’on veut prendre le problème Ă  bras-le-corps, poursuit ĂŠHlène van den Steen. MĂŞme si au ďŹ nal la mĂŠdiation ĂŠchoue, il y a toutes les chances pour que la situation ĂŠvolue ultĂŠrieurement. J’ai vu des parents quitter la mĂŠdiation fâchĂŠs, puis se reparler sur le pas de la porte ou aller discuter au bistro. C’est dĂŠjĂ  une reprise de dialogue. La mĂŠdiation apprend aux gens Ă  gĂŠrer une relation dĂŠlicate, Ă  s’envoyer des signaux clairs. Âť En dĂŠvoilant les non-dits, en remontant le ďŹ ls des disfonctionnements qui ont engendrĂŠ le conit, en rĂŠvĂŠlant la part d’humanitĂŠ de chacun pour ensuite dĂŠgager des solutions communes, la mĂŠdiation modiďŹ e le regard des parties. ÂŤ La mĂŠdiation aide Ă  changer les lunettes que l’on porte pour regarder la vie et l’autre diffĂŠremment Âť, conclut JoĂŤ lle Timmermans. â–  De nombreuses informations sont disponibles sur le site de l’Union belge des mĂŠdiateurs professionnels (www.ubmp-bupb.org) et sur le site de la Commission fĂŠdĂŠrale de mĂŠdiation (www.bemiddeling-justitie.be/fr). Le dvd Une manière de s’entendre, la mĂŠdiation, peut ĂŞtre achetĂŠ en adressant un courriel à : helene.vds@gmail.com.


Au Sud

Ronderos en reprÊsentation de thÊâtre action.

Les rondes paysannes montent des patrouilles de vigilance et DUELWUHQWFROOHFWLYHPHQWOHVFRQÀLWV qui agitent les communautÊs. NÊes spontanÊment dans les annÊes 70 pour contrer l’insÊcuritÊ et les FDUHQFHVGHVWULEXQDX[HOOHVVRQW aujourd’hui pleinement intÊgrÊes au système judiciaire.

La justice des rondes paysannes

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a nuit tombe sur les Andes pĂŠruviennes. Des hommes en poncho, coiffĂŠs d’un chapeau blanc, s’Êparpillent par groupes de quatre autour du village. Dans leur poche, ils ont glissĂŠ des feuilles de coca, quelques cigarettes et parfois de l’alcool. La nuit sera longue et demandera de la vigilance. Jusqu’au matin, les rondes paysannes vont surveiller les environs, repousser d’Êventuelles intrusions et discuter Ă voix basse de la vie du village. Les rondes villageoises sont apparues Ă  la ďŹ n des annĂŠes 70, sur les hauteurs andines, alors que les campagnes affrontaient une vague d’insĂŠcuritĂŠ, essentiellement des vols de bĂŠtail. ÂŤ Perdre une vache, alors que l’on n’en possède que deux, est un vĂŠritable drame, commente Emmanuelle Piccoli, anthropologue Ă  l’UCL, qui a ĂŠtudiĂŠ les rondes paysannes. Dans la communautĂŠ de Cuyumalca, au nord du PĂŠrou, un ancien militaire a alors proposĂŠ d’organiser des rondes de nuit. L’idĂŠe s’Êtendra très rapidement de communautĂŠ en communautĂŠ. Âť

par tous, oÚ ce qui importe est d’obtenir un consensus entre les parties.  Les rondes deviennent la première instance de justice pour les paysans. Elles sont proches, rapides et bon marchÊ. Elles traitent toutes les matières : les vols bien sÝr, mais Êgalement tout conit qui traverse le village : dispute de propriÊtÊ, reconnaissance de paternitÊ, recouvrement de dette.  C’est une justice d’hommes et de femmes qui se connaissent, elle n’est pas aveugle et impartiale, comme la justice occidentale. Elle connaÎt l’histoire de chacun. Selon que le coupable est un bon père de famille ou un membre d’une famille de sorciers qui a dÊjà causÊ beaucoup de problèmes, le jugement sera diffÊrent.  La sentence rendue par les assemblÊes (dÊnommÊes Êgalement rondes paysannes, comme les patrouilles de nuit) comprend des rÊparations aux victimes et des sanctions : coups de fouet, bain dans l’eau glacÊe des lagunes d’altitude, travaux communautaires, participation à plusieurs rondes successives.

Faute de preuves

Une capacitÊ à s’exprimer

Les ronderos ne sont pas armĂŠs, mais leur surveillance sufďŹ t Ă ĂŠloigner les maraudeurs. ÂŤ Les rondes ont surtout une fonction intĂŠgrative, insiste la chercheuse. En enrĂ´lant tout le monde, elles intègrent les ĂŠventuels complices des voleurs Ă  l’intĂŠrieur du village, qui se retrouvent Ă  dĂŠfendre la communautĂŠ contre eux-mĂŞmes. Les vols vont donc fortement diminuer. Âť Parfois, une ronde capture un voleur qu’elle remet Ă  la police. Mais faute de preuves, ou de motivation de la part de la police ou de la justice, le voleur est très vite libĂŠrĂŠ. ÂŤ Les rondes vont alors administrer elles-mĂŞmes la justice. Elles se structurent en grandes assemblĂŠes oĂš se pressent des centaines de personnes. Il ne s’agit donc pas d’une justice privatisĂŠe, mais d’une justice rendue

Un effet inattendu des rondes fut d’Êloigner la guĂŠrilla du Sentier lumineux dont les coups de force ont meurtri le PĂŠrou durant plus de 20 ans. ÂŤ Les rondes structurent les paysans, renforcent leur capacitĂŠ Ă s’exprimer, leur donnent une ďŹ ertĂŠ, une existence propre. Lorsque la guĂŠrilla tentait de faire du recrutement dans les villages, les rondes les repoussaient en disant qu’on n’avait pas besoin d’eux. Âť Le rĂ´le stabilisateur des rondes paysannes face Ă  la guĂŠrilla a encouragĂŠ l’Etat Ă  leur accorder une reconnaissance ofďŹ cielle. En 1986 , puis en 1991, deux lois font rĂŠfĂŠrence aux rondes. En 1993, la constitution pĂŠruvienne reconnaĂŽt explicitement ces institutions villageoises et leur fonction de justice. Les rondes, alternatives Ă  la jus-

Des alternatives courantes en $PpULTXHODWLQH a plupart des pays latino-amÊricains reconnaissent une justice plurielle, avec l’existence côte à côte d’un système judiciaire classique et d’une justice communautaire. La Colombie, pays pourtant connu pour ses politiques nÊolibÊrales, a ÊtÊ très en pointe sur cette question. Quant à la constitution bolivienne, elle ne reconnaÎt pas moins de trois justices alternatives : la justice originelle (pratiquÊe par les peuples d’Amazonie), la justice indigène (pratiquÊe dans les Andes) et la justice paysanne (pour les communautÊs andines paysannes). ■

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tice, deviennent un ÊlÊment de cette même justice.  Le PÊrou reconnaÎt dÊsormais le pluralisme judiciaire, conclut Emmanuelle Piccoli. Ce qui pose d’ailleurs certains problèmes, car deux systèmes coexistent dÊsormais avec leurs contradictions. Il y a un risque de shopping comme on dit, c’està -dire de voir un dÊlinquant mÊcontent de sa peine se tourner vers l’autre système judiciaire. Mais c’est aussi un aiguillon, car ce risque conduit les rondes à arrêter la peine la plus juste.  ■

Les rondes paysannes : vigilance, politique et justice dans les Andes pÊruviennes, Emmanuelle Picolli, L’Harmattan, 167 p.

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Emmanuelle Piccoli

Au PĂŠrou


Des justices alternatives

Au Rwanda,

Les comités abunzi apaisentOHVFRQÀLWVIRQFLHUV Sur les collines, des comités de sages arbitrent chaque semaine les FRQÀLWVGHYRLVLQDJH Les autorités rwandaises viennent de donner une UHFRQQDLVVDQFHRI¿FLHOOHj cette pratique ancestrale pour accompagner une opération très actuelle : la UpIRUPHIRQFLqUH

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Travaux de terrassement sur une colline. Malgré ces travaux collectifs, les conflits fonciers représentent 70 % des dossiers soumis à la justice civile.

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ne terre rare, des enfants de premières et secondes noces qui se disputent un même héritage, des femmes qui peinent à faire reconnaître leur droit, l’imbroglio engendré par le génocide qui a fait un million de victimes et mis en fuite trois millions de personnes, lesquelles n’ont pas toujours retrouvé leurs biens en rentrant, pas plus que les réfugiés de la génération précédente rentrés également après le génocide : autant de raisons qui font que les tribunaux rwandais croulent sous les conflits fonciers qui représentent 70 % des affaires civiles. r la rareté de la terre (une ferme moyenne O dispose d’un demi-hectare) a poussé les autorités rwandaises à cadastrer cette précieuse ressource, une opération délicate et prompte à faire exploser un nombre incalculable de conflits fonciers qui iront engorger les tribunaux. Les autorités se sont donc tournées vers la tradition des collines pour tenter de désamorcer la bombe du recensement cadastral, en réactivant une instance ancestrale de conciliation, les comités abunzi. Ces comités, composés de douze sages (les abunzi) élus par le village, entendent les conflits qu’on leur soumet et avancent des propositions de conciliation. « Une loi organise désormais ces comités, précise Anne-Aë l Pohu, chargé de programme à RCN – Justice et Démocratie. Ils sont incontournables dans la conciliation et l’arbitrage des conflits fonciers. Leur avis n’est pas

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obligatoire, en cas de désaccord les parties peuvent toujours s’adresser à un tribunal, mais elles doivent alors montrer au juge la décision des abunzi. » Sur les douze jurés du comité, chaque partie en choisit d’abord un, puis un troisième est désigné sur accord des deux parties. Seuls ces trois jurés se prononceront sur le litige, les neuf autres abunzi écouteront cependant les débats. « Ce mode de fonctionnement vise, entre autres choses, à limiter la corruption, car les jurés sont bénévoles et sont très souvent des paysans. Or s’absenter un jour par semaine des champs, c’est une charge qui compte, poursuit Anne-Aë l Pohu. La collégialité des débats limite les arrangements entre soi. » Le volume des affaires traitées par des comités abunzi n’est pas quantifié mais il est conséquent, puisque le Rwanda compte 2 500 comités qui se réunissent une fois par semaine. Une enquête bouclée l’année dernière par RCN note que les abunzi proposent une conciliation dans une affaire sur deux et qu’un tiers de ces tentatives est couronné de succès. Les « sages » dénouent donc un conflit sur six, un score moyen mais qui alimente l’idée de renforcer ces comités par des formations. D’autant que, toujours selon cette enquête, si la majorité des justiciables estime que les abunzi maîtrisent mal les lois et procédures, ils reconnaissent leur connaissance pratique du contexte local, leur proximité, et apprécient la rapidité avec laquelle ils tranchent les affaires. ■

Le précédant GHVJDFDFD n 2001, 12 000 gacaca (prononcer « gatchatcha) ont été mises en place pour juger les auteurs présumés du génocide. En principe inspirées de la pratique ancestrale des assemblées de sages qui arbitrent les conflits du village, les gacaca n’avaient cependant pas grand-chose de traditionnel. Les juges, d’ordinaire élus par la population, étaient imposés sur décision politique et surtout les gacaca étaient habilitées à prononcer des peines très lourdes, alors que les jurés n’avaient aucune formation juridique. « Le code pénal offre des garanties aux justiciables, comme la présence d’un défenseur, précise Anne-Aël Pohu, alors que les gacaca se déroulaient en l’absence d’avocat. Ce manquement aux droits de la défense est lourd de conséquence comparativement aux peines encourues qui vont jusqu’à 30 ans de prison, voire la perpétuité. » Malgré leurs défaillances, les gacaca ont eu le mérite de résorber le contentieux du génocide que les tribunaux engorgés auraient été bien en peine de régler. Les gacaca ont définitivement cessé leurs activités en juin dernier, lorsque le contentieux du génocide a été officiellement déclaré vidé. En 11 ans de fonctionnement, elles ont jugé deux millions de personnes et condamnés les deux tiers d’entre elles. ■

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RĂŠconcilier la nation

Les ÂŤ commissions vĂŠritĂŠ Âť /ÂśLGpHDIDLWVRQFKHPLQ$SUqVDYRLUWUDYHUVp un ĂŠpisode de violence, un pays ouvre sa SpULRGHGHSDFLÂżFDWLRQSDUOÂśpWDEOLVVHPHQWGÂśXQH ÂŤ commission vĂŠritĂŠ Âť qui entendra victimes et ERXUUHDX[IHUDODOXPLqUHVXUOHVYLROHQFHVDÂżQ GÂśpFKDIDXGHUXQSURMHWGHUpFRQFLOLDWLRQQDWLRQDOH Depuis 1984, une trentaine de commissions vĂŠritĂŠ se sont tenues de par le monde.

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n 30 ans, elles ont fait la lumière sur les ĂŠpisodes les plus sanglants qui ont dĂŠchirĂŠ la planète : gĂŠnocide du Timor oriental, massacre de 300 000 personnes au Guatemala, guerre civile en CĂ´te d’Ivoire et en oYugoslavie, torture au Chili, annĂŠes de plomb au Maroc‌ Les rĂŠvolutions arabes rÊÊchissent Ă l’installation de telles commissions vĂŠritĂŠ pour comprendre les rouages des rĂŠgimes Ben Ali, KadhaďŹ et Moubarak. Ecoutant victimes et bourreaux au cours d’une large enquĂŞte sur les violences qui ont marquĂŠ un pays et sa population, les commissions vĂŠritĂŠ mettent effectivement au jour des pans occultĂŠs de l’histoire nationale, aďŹ n de faire disparaĂŽtre l’hĂŠritage d’un traumatisme collectif. ÂŤ Avant de tourner une page, disent les juristes, il faut la lire. Âť 5RXDJHVGHOÂśDSDUWKHLG Une trentaine de commissions vĂŠritĂŠ ont clĂ´turĂŠ Ă  ce jour leurs travaux (1). Elles portent des noms diffĂŠrents selon les pays – commission vĂŠritĂŠ et rĂŠconciliation, instance ĂŠquitĂŠ et rĂŠconciliation, commission nationale, commission d’enquĂŞte –, mais toutes sortent du mĂŞme moule : ce sont des organes extrajudiciaires, composĂŠs de ďŹ gures nationales reconnues, mis en place par les Etats. La première initiative est partie d’Argentine en 1984, avec la crĂŠation de la commission nationale sur les disparus, chargĂŠe de mettre un nom sur les milliers d’anonymes discrètement liquidĂŠs par le rĂŠgime Videla entre 1976et 1983. C’est cependant la commission sud-africaine de 1995 qui eut le plus important retentissement. Durant cinq ans, elle a rĂŠvĂŠlĂŠ aux SudAfricains, qui suivaient les audiences Ă  la tĂŠlĂŠ, les rouages de l’apartheid qui venait de tomber. PrĂŠsidĂŠe par Desmond Tutu, haute personnalitĂŠ et prix Nobel de la Paix, la commission a tenu 20 000 audiences, offrant une reconnaissance aux victimes,

dĂŠtaillant leur calvaire, entendant les excuses des bourreaux venus expliquer leur geste et la structure de commandement. Un modèle intouchable ÂŤ En ďŹ n de mandat, les commissions rĂŠdigent un rapport et ĂŠmettent des recommandations au gouvernement, prĂŠcise la juriste et chercheuse Patricia Naftali de l’ULB. Ces recommandations sont malheureusement peu suivies d’effets. En Afrique du Sud, la commission avait proposĂŠ de lever une taxe pour ďŹ nancer un fonds d’indemnisation aux victimes. Cette taxe n’a jamais vu le jour. Âť Les bourreaux entendus en audience ne sont jamais poursuivis, ce qui transforme les commissions en machines Ă amnistier. En Afrique du Sud, sur 7 000 demandes d’amnistie, 11 %ont ĂŠtĂŠ acceptĂŠes‌ Tous les autres cas (89 )% n’ont curieusement pas fait l’objet de poursuites judiciaires. ÂŤ De plus, poursuit la chercheuse, la commission a enquĂŞtĂŠ sur les violations des droits humains, en excluant dès lors certains droits ĂŠconomiques, sociaux et culturels. Ce n’est pas un choix neutre, car ainsi on ne touche pas aux injustices structurelles, celles qui repoussent les populations noires Ă  la marge, pas plus qu’aux conditions d’accès Ă  la terre et aux richesses. Le problème, c’est que le modèle de la commission sudafricaine s’est imposĂŠ partout. Depuis 1995, toutes les commissions vĂŠritĂŠ de par le monde fonctionnent avec un mandat ĂŠtroit qu’il est difďŹ cile de rĂŠviser. Âť Avec leurs compĂŠtences très limitĂŠes, les commissions vĂŠritĂŠ ont au moins le mĂŠrite d’Êcrire une histoire consensuelle qui permet, Ă  dĂŠfaut de justice, une ĂŠbauche de rĂŠconciliation et l’Êmergence d’un nouvel Etat. Elles ont ĂŠgalement un inestimable effet cathartique, en libĂŠrant la parole des victimes. C’est Ă  cela qu’elles doivent leur surnom de ÂŤ tribunal des larmes Âť. â–  (1) Entre 30 et 40 commissions vĂŠritĂŠ se sont tenues, selon la dĂŠfinition qu’on leur donne, commissions rĂŠunissant des personnalitĂŠs publiques reconnues ou commissions d’enquĂŞte parlementaire.

Manifestation en mÊmoire des 200 000 GuatÊmaltèques tuÊs durant la guerre civile qui a fait rage de 1960 à 1996 ; 83 % des victimes Êtaient des Mayas. Ces faits sont à l’origine de la mise en place, en 1997, de la commission pour la clarification historique des violations des droits humains et des actes de violence.

La success story du Centre international de justice transitionnelle eux des membres de la commission sudafricaine, le leader religieux Alex Boraine HWOœDYRFDW3DXO9DQ=\ORQWFUppHQ avec la chercheuse Priscilla Hayner, le Centre international de justice transitionnelle, une ONG qui connaÎtra une vÊritable success story6RQ prÊsident, Juan MÊndez, devient le conseiller en matière de prÊvention des conflits de Kofi Annan, alors secrÊtaire gÊnÊral des Nations unies. Priscilla Hayner, le  cerveau  du Centre, rÊdige elle-même certains chapitres des rapports officiels onusiens. Les membres du Centre obtiennent des chaires dans des universitÊs prestigieuses, ils sont appelÊs à siÊger dans plusieurs commissions. Fort de son expÊrience, de ses rÊseaux acadÊmiques et politiques, le Centre parvient à introduire le modèle de la commission sud-africaine au cœur des SROLWLTXHVGHSDFLILFDWLRQGHOœ218&œHVWSRXUTXRL des commissions sont dÊsormais systÊmatiquement installÊes après un Êpisode violent. Elles sont la FRQGLWLRQLPSRVpHSDUOœ218SRXUDFFRPSDJQHUXQH transition politique et‌ pour la financer. ■

D

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Récit

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Du cap Nord à Istanbul, 10

Claude Marthaler 4XLQ]HDQVVXU OHVURXWHVGXPRQGH laude Marthaler a passé plus de 15 ans de sa vie à voyager à vélo. Durant ses périples, il a correspondu avec divers quotidiens suisses et des magazines spécialisés, puis présenté au retour des diaporamas numériques de ses aventures. Il est l’auteur d’une série de livres :

C

> Le chant des roues. 7 ans à vélo autour du monde, Olizane, Genève, 2002 (prix René Caillié des écrits de voyage, 2003) > Dans la roue du monde, Glénat, 2004 > Entre selle et terre. 3 ans à vélo en Afrique et en Asie, Olizane, Genève, 2009 > L’arc lémanique à vélo. 25 belles balades, Werd, 2011 (avec Delphine Klopfenstein) > L’insoutenable légèreté de la bicyclette, Olizane, octobre 2012. > L’homme-frontière... Du cap Nord à Istanbul, 10 000 km à vélo, Slatkine, Genève, à paraître en mars 2013. et de deux diaporamas numériques. Q Infos et contacts : www.yaksite.org ZZZUHG¿VKFRP\DN F\FORQDXWH#JPDLOFRP Blog en construction

L’itinéraire suivi par Claude Marthaler, entre le 17 juin et le 14 décembre 2011. Tout le voyage a été effectué à vélo, sauf trois passages en bateau : un premier de Kirkenes jusqu’à 35 kilomètres au sud du cap Nord (Finlande), un second d’Helsinki à SaintPétersbourg, et un troisième à travers le delta du Danube.

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par Claude Marthaler

000 kilomètres à vÊlo /HPRQGHUHVSLUHHWSDUIRLVOHVRXIÀHTXLOHWUDYHUVHRXYUHRXFUpHGHQRXYHOOHV IURQWLqUHV2GRQFFRPPHQFHOœ2ULHQW"2VHWHUPLQHOœ2FFLGHQW" (QSDUFRXUDQWGXQRUGDXVXGVHVFRQ¿QVRULHQWDX[ jOœHVWGHOœDQFLHQULGHDX GHIHU MœDLSULVOHSRXOVGHOœ(XURSHSHQGDQWVL[PRLVUHYLVLWDQWVRQKLVWRLUH FRQWHPSRUDLQHSRXUEURVVHUXQSRUWUDLWLPSUHVVLRQQLVWHGHFHWWHQRXYHOOHOLJQH GHGpPDUFDWLRQSHUPpDEOHjWRXVOHVWUD¿FVHWYpULWDEOHLVREDUHSROLWLTXHHQWUH Oœ(XURSHHWOD5XVVLH([WUDLWVGHFHFDUQHWGHYR\DJH La cathÊdrale orthodoxe de Karosta fut utilisÊe par l’armÊe soviÊtique comme halle de sport et salle de cinÊma.

M

a bicyclette tient le juste rythme pour me mener tour à tour vers des territoires endeuillÊs du soviÊtisme, de vÊritables culs-de-sac de l’histoire. Parmi eux, Karosta en est certainement le point d’orgue.

Karosta, paysage tatouĂŠ d’une lassitude totalitaire Cette ville, qui ne ďŹ gurait sur aucune carte jusqu’en 1991, ne ressemble aujourd’hui

Ă nulle autre dans le monde. En 1994, les navires russes quittèrent dĂŠďŹ nitivement son port et emportèrent les derniers des 20 000 soldats et familles russes qui la peuplèrent, ce qui en fait aujourd’hui un district nĂŠgligĂŠ de la Lettonie, Ă  moitiĂŠ fantĂ´me, peuplĂŠ de quelque 7 000 âmes. SituĂŠ au centre de la Baltique, dans une rĂŠgion oĂš la mer ne gèle jamais, son port artiďŹ ciel fut construit de main d’homme dès 1890, comme base commerciale puis militaire de la otte russe pour contrer le pouvoir croissant de l’empereur allemand e Guillaume II. Au dĂŠbut du 20 siècle, le port

formait un district militaire indĂŠpendant, une ÂŤ ville dans la ville Âť, qui pendant longtemps n’a pas communiquĂŠ avec la localitĂŠ voisine de Liepaja‌ si bien que l’envoi d’une carte postale de Karosta Ă Liepaja coĂťtait autant que pour Vladivostok, Ă  l’autre bout de la SibĂŠrie ! Une ville dĂŠcidĂŠment ĂŠtrange ou du linge sèche aux fenĂŞtres d’une rangĂŠe d’immeubles, face Ă  une autre couverte de grafďŹ tis Ă  hauteur d’un ĂŠtage et totalement dĂŠserte. Des familles russes y vivent pourtant encore, et parmi elles mĂŞme des Lettons attirĂŠs par des loyers bon marchĂŠ.

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Récit

Le détroit d’Irbe, qui permet l’entrée dans le golfe de Riga, eut de tous temps une grande importance stratégique, mais l’après-guerre vit ses villages côtiers devenir soudainement frontaliers. L’armée soviétique y implanta de nombreux corps d’armées : gardes-frontière, défense aérienne et bases navales. Des permis spéciaux obligatoires furent exigés pour accéder à de nombreuses « zones interdites ». Les heures de baignade furent réglementées. La côte fut contrôlée et fermée chaque soir pour éviter le franchissement illégal de la frontière… Toute une culture de la frontière naquit de cette période. Ces corps d’armées firent partie intégrante de la vie quotidienne, de l’économie locale jusqu’au flirt avec les jeunes filles du coin. Les soldats participaient aux événements culturels locaux avec les écoles. Les enfants furent engagés dans le « groupe des jeunes amis des gardes-frontière » et préparés aux défis de l’armée.

Les habitants d’Aluksne ne manquent pas d’humour : ils ont « tranché » la tête de la statue de Lénine au centre de leur ville pour la placer « le plus loin possible »… sur une rampe de lancement de fusées ! Un Russe chargé de tailler l’herbe aux alentours de cette statue prend la pose à côté d’un sac de chanterelles qu’il a ramassées. Il s’approche de l’imperturbable Lénine et pointe son nez en s’esclaffant : « Regarde ces impacts de balles négligeables, ils l’ont à peine fait éternuer. C’est du solide, du marbre finlandais ! » Le crâne chauve du « petit père des peuples », promis désormais à une solitude sidérale, me surplombe, même debout sur le cadre de mon vélo ! Son « jardinier » me propose de faire le tour du propriétaire. Quelques hangars camouflés sont scellés, sauf un : nous nous glissons sous un gigantesque toit semi-circulaire qui abritait un centre de commandement. Ironie de l’histoire, ce qui fut un lieu maintenu top secret pendant 70 ans est devenu aujourd’hui un atout touristique pour la Lettonie, annoncé comme tel sur son circuit de routes pour cyclistes ! Précisons que d’autres rampes de lancement, qui furent capables de propulser en Europe de l’Ouest des fusées R12 de 23 mètres munies d’ogives nucléaires, sont visibles au cœur d’une forêt profonde, cette fois-ci en Lituanie, sur l’ancienne base militaire de Plokstiné.

A Irbene, une allée de dalles mène à un gigantesque télescope autrefois utilisé par les Soviétiques pour l’espionnage. C’est aujourd’hui un cadeau inespéré à la Lettonie indépendante, récupéré par ses astronomes à des fins strictement scientifiques. Sous une pluie fine, le huitième plus grand télescope du monde, massif et irréel, apparaît soudain, entouré de morceaux de barbelés ébréchés qui vont mourir dans le sable de la côte. Dans un silence assourdissant, une sensation de grand vide me traverse : tous ces efforts déployés pour lutter contre l’Occident, l’ennemi désigné, évoquent maintenant l’abandon, la ruine et l’inavouable aveu de la faillite d’un système.

Mais comment diable habiter dans l’un de ces logements et avoir pour seul horizon une façade sans porte ni fenêtre, menaçant de s’effondrer, préfigurant le sort réservé à sa propre habitation ? Conçus provisoirement pour une trentaine d’années, ces « blocs » soviétiques – des cubes de béton produits en masse – furent assemblés rapidement par de simples structures métalliques soudées entre elles qui, sous l’effet de la rouille, menacent de s’écrouler. Un peu plus loin, des montagnes de gravats jonchent le terrain vague : des blocs détruits préventivement. Cet univers gris et minimaliste, construit partout sur le gigantesque territoire de l’ex-URSS (de la

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Biélorussie à la côte du Pacifique), tatoue le paysage d’une lassitude totalitaire que j’ai retrouvée dans les villes chinoises. Cette dérive mortelle et silencieuse me plonge physiquement dans la résignation et le désarroi. Si l’art contemporain a su trouver ici son décor de rêve, j’actionne mes pédales à vitesse réduite ou je marche, reniflant comme un chien un territoire meurtri, saisi par les décombres d’une histoire si absurdement réelle et contemporaine. L’empire Europe a disloqué les familles Giordis, un informaticien de 35 ans, exprime une opinion tranchée sur la

« Communauté » européenne : « Nous sommes passés très vite d’un empire à l’autre. L’Europe édicte ses lois, impose ses standards qui tuent toutes les petites entreprises. L’arrivée des supermarchés, qui sont entre les mains lituaniennes, mais aussi françaises ou finlandaises, a tué les petits commerces. Le bazar où la grandmère venait vendre ses œufs n’existe plus. La Communauté européenne a créé un eurocentrisme et un europrovincialisme, au sein duquel nous habitons… » Il remonte le temps : « Les invasions successives de la Lituanie par les Suédois, les Prussiens, les Polonais et les Russes ont mis en danger notre fragile identité…


Micha, Macha et un de leur fils, chez eux, en Ukraine.

Kaliningrad, monument à la gloire de la Grande Guerre patriotique. Kaliningrad (1), la ville native de Kant, poétiquement rebaptisée Lantarni Kraï (« pays de l’ambre »), est bâtie sur le modèle soviétique : boulevards tirés au cordeau et monuments massifs à la mémoire des soldats morts au cours de la Grande Guerre patriotique (2). Seul son dom (cathédrale) a été reconstitué, ainsi que quelques bâtisses en Jugendstil noyées dans ce confetti d’empire. Située dans le coude de la mer Baltique, Kaliningrad était jusqu’en 1991 avant tout une base militaire. Depuis lors, cette enclave d’environ un million d’habitants est non seulement exclusivement peuplée de Russes, mais elle est surtout isolée de sa mère patrie et encerclée par la Pologne et la Lituanie devenues européennes. Elle incarne désormais à l’échelle d’un oblast (en russe, une unité administrative de type « région ») de 15 000 kilomètres carrés, une sorte de Berlin-Ouest inversé. Considérée comme un pont par les Russes ou un abcès par les Européens, cette « île » légèrement plus grande qu’un tiers du territoire suisse pourrait bientôt accueillir une base de missiles Iskander : un avant-poste militaire russe au cœur même de l’Europe… (1) Littéralement « ville de Kalinin », du nom de Mikhaïl Kalinin qui fut membre du Politburo sous Lénine, puis sous Staline. (2) La Grande Guerre patriotique (Deuxième Guerre mondiale) fit environ 20 millions de morts du côté soviétique. Elle est ainsi nommée en référence à la Guerre patriotique de 1812 où la Russie battit les troupes de Napoléon.

mais nous ont appris à survivre. » Selon lui, la récente entrée de la Lituanie dans l’Europe représente paradoxalement un bien plus grand défi que la sortie du pays du bloc de l’Est : « Nous avons l’habitude d’une culture unique, nous ne sommes pas du tout armés à affronter le mélange qu’est l’Europe. Certes, l’Union soviétique a déporté beaucoup de monde en Sibérie, mais elle nous laissait libres au cœur de la famille. L’Europe a disloqué celle-ci : sur un total de 3,5 millions d’habitants, entre 500 000 et un million de jeunes Lituaniens sont partis travailler en Angleterre et en Norvège. Ils ne reviendront peut-être jamais. »

Le tour du monde à vélo ? Un cauchemar ! Micha et Macha habitent à trois kilomètres de la frontière polonaise. Lorsque je leur demande si je peux planter ma tente dans leur jardin, ils me répondent de concert : « Tu ne vas tout de même pas dormir dehors par ce froid, viens chez nous ! ». Micha me conduit dans la cour intérieure et me présente ses deux vaches, ses poules, ses oies, ses lapins et ses pigeons. Macha, qui déborde d’énergie, est une petite femme aux pieds bien attachés à la terre, au sourire franc et chaleureux. Elle me fait asseoir dans la cuisine, me sert un bortsch, du

pain à beurrer, du fromage, de la smetana (crème), du thé. Retraitée, elle ne touche pourtant qu’une pension de 120 dollars par mois, son mari cinq de plus. Du matin au soir, ce couple d’Ukrainiens tourne en rond dans sa cage. « Mange, mange ! », insiste-t-elle. Elle m’inonde de paroles dont je saisis ici ou là le sens. En lui passant un article écrit en russe à propos de mes voyages, elle n’en revient pas et appelle son mari. « Le tour du monde à vélo, un cauchemar ! », s’écrie-t-elle. Pour elle, vivre ma passion serait une condamnation à l’enfer… autant que pour moi, vivre sa vie. Ils me font dormir dans la seule pièce chauffée de la maison durant la nuit. Entre

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Récit

La Transnistrie, le pays qui n’existe pas. La Transnistrie est un minuscule territoire indépendant de facto, entre le fleuve Dniestr (Moldavie) et l’Ukraine, abritant aussi le plus grand dépôt d’armes et de munitions du continent européen. A l’exception de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie (deux autres « créations » russes), aucun pays ne l’a reconnu officiellement… pas même la Russie (qui a pourtant concouru à sa naissance et assure sa survie par ses investissements et la présence e de son 14  régiment d’infanterie).

Famille de Hongrois en Ukraine. Je traverse un autre village-rue, identique et anonyme. En train de former une botte de foin avec leurs fourches, un couple de paysans s’arrête net de travailler lorsque je leur demande de planter ma tente. Ils se regardent et je comprends en un seul instant que je dormirai dans leur maison. Comme le dit un proverbe ukrainien : « Un homme est bon lorsqu’il rend les autres meilleurs ». Comme partout à l’est de la frontière européenne, les gens se serrent la ceinture. S’il y a du travail, le maigre salaire, souvent destiné à soutenir une famille de trois générations confinée dans un espace réduit, devient dérisoire à la moindre chute de la devise nationale. On survit chichement avec le jardin potager. Les trafics de cigarettes, d’alcool et d’essence alimentent parfois la famille. Ici ou là, on se rend des services. L’hiver venant, on craint la hausse du prix du gaz, on se couvre de vêtements et on chauffe si possible au bois. Une vache et une génisse assurent quatre à cinq litres de lait quotidien et la volaille quelques œufs.

Bike for bread Portion d’une peinture murale à Lviv, emblématique du voyage à vélo. A force de rouler sur des routes paisibles, et à défaut d’être le roi des animaux, on devient une sorte de king of the road. A l’approche des cités, je me sens soudainement étranger, tellement la route est devenue le lieu central de mon expérience. Les bâtisses hachent l’espace, mes yeux doivent constamment s’ajuster, mes sens exacerbés par la fatigue sont assaillis de toutes parts.

utre projet de Claude Marthaler : filmer la culture du vélo à travers la planète. Le premier sujet annoncé s’intitule Bike for bread. Il s’agit d’une documentaire poétique sur les livreurs de pain qui sillonnent Le Caire, défiant les lois de l’équilibre en portant à bout de bras et sur leur tête, à travers une métropole de plus de 18 millions d’habitants, d’immenses plateaux garnis d’une montagne de galettes de pain baladi. Parmi les autres sujets : les Chukudu du Congo démocratique, les Dabbawalahs de Mumbaï, les Tricicleros de Bolivie ou les Bike messengers de New-York… une véritable culture mondiale du vélo. En un seul clic, un coup de pouce, 1 euro ou plus, vous pouvez contribuer à concrétiser ce projet. ■

A

www.kisskissbankbank.com/bike-for-bread

tas de linge à repasser, poste de télévision, photos de famille et tapis rouges couvrant les murs, je dors au chaud sous une lourde couverture. Au moment de partir vers les Carpates, ils s’inquiètent pour moi : « Il fait froid dans les montagnes ! ». Malgré mon refus répété, Micha s’en revient avec une paire de gants de laine qu’il m’offre... Dépasser les bornes « Où allez-vous, l’autre route est plus courte… », m’interpelle la douanière moldave aguichante et plutôt surprise. Elle m’invite aussitôt à me réchauffer près d’un radiateur à l’intérieur du poste. Sa collègue, suspicieuse, épluche mon passeport, une puissante lampe de poche à la main, l’œil rivé à quelques centimètres des pages.

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Elle me pose ensuite des questions plutôt banales à cet unique poste-frontière exclusivement féminin : « As-tu une femme ? – Oui, elle m’attend ! » (je mens) – Pourquoi n’as-tu pas d’enfants ? De quoi vis-tu ? » Je lui montre alors mon interview en russe qu’elle s’empresse de photocopier. Ses yeux s’illuminent. Son visage n’en finit pas de s’adoucir (le tampon sur mon passeport devenant une formalité réellement accessoire)… menaçant un instant de me faire succomber. Nous ne sommes heureusement pas en Europe : pas de caméras high-tech pour filmer ce discret flirt auquel l’arrivée d’un automobiliste met rapidement fin. La traversée des mondes se poursuit. Devant

son poste flambant neuf et puissamment éclairé, le douanier ukrainien me fixe droit dans les yeux : « Narcotic ? – Niet, sportsman ! » – Narcotic et sportsman vont bien ensemble », me fait-il remarquer non sans pertinence. Je pars d’un grand éclat de rire. Il m’appose un tampon et me souhaite bonne route ! Quelques kilomètres plus loin, je quitte l’Ukraine. Pas un chat, l’équipe de jeunes douaniers s’ennuie. Mon passeport est enregistré. « Tu n’as pas froid ? », me lance un milicien, suivi par son collègue d’un « Tu bois ? » Réponse : « Niet ! » Suivi d’un : « Tu fumes ? » Toujours « Niet !» Le douanier me rend mon sauf-conduit en souriant, mais aux yeux de son camarade,


De quelle « Communauté » parle-t-on ? Vue de près, l’Europe fonctionne à plusieurs vitesses. Les habitants des pays de l’Est, devenus aujourd’hui européens, vivant essentiellement d’agriculture, ont la vie rude. La division du continent pendant 70 ans a imprimé, de part et d’autre de l’ancien rideau de fer, des marques non seulement dans la géographie et les esprits, mais aussi dans l’économie qui connaît, à l’Est, de profondes disparités.

La route bordée de grands arbres et recouverte d’un lit de feuilles vertes ou jaunies surplombe des champs de pousses de tournesol sèches qui s’étendent à perte de vue. Le fond des vallons est tapi de roseaux. Des kolkhozes à l’abandon, il ne reste que l’armature en ciment. La Moldavie tombe dans l’oubli. Les feuilles crissent : un homme à vélo et sa femme assise en amazone sur le cadre me dépassent en souriant.

Chaque soir, je suis en quête d’un lieu acceptable pour planter ma tente. Contrairement à l’Europe de l’Ouest, la lisière orientale de l’Estonie offre encore d’immenses forêts sauvages où j’allume un feu pour me réchauffer. C’est l’heure du « repos du guerrier ».

je ne suis pas un drôle, presque un pestiféré dans ce monde post-soviétique où boire et fumer non seulement définissent un homme, mais représentent le gros du trafic illicite… Ces postes frontières isolés n’échappent pas à l’atmosphère détendue que procure la nuit. A la douane moldave, l’employée remonte la file de voitures pour récolter les passeports. Elle s’enquiert, simulant l’affection : « Tu n’as pas froid ? Entre. » Puis m’invite à la suivre dans un bureau désuet au fond du couloir et m’enjoint de m’asseoir dans l’unique fauteuil. Ses beaux yeux marron parcourent mon document d’identité avec une attention feinte, puis elle fonce droit au but, m’ordonne : « Donnes-moi 20 euros ! » – Satchem ? (« pourquoi ? », en russe).

Corruptia ! » Je ne fais ni une, ni deux, je me lève d’un bond et de mes longs bras saisis la poignée de la porte, la menaçant de la dénoncer à ses collègues ! Affolée, elle s’agrippe immédiatement à mes avant-bras et m’implore de ne pas mettre ma menace à exécution. Le poil hérissé, je m’assois pour lui épargner cette dénonciation qui lui vaudrait une condamnation en enfer. Elle retrouve un sang-froid de surface et pour masquer son soudain affolement, elle ajoute platement : « Je croyais que vos visas étaient tous des faux. » En la suivant jusqu’au bureau principal, je perçois son manque d’assurance. Elle enregistre mon passeport dans un silence de plomb, appose le tampon, et sans un regard charge sa collègue de me le rendre…

Même derrière la haute technologie qui équipe les postes de la frontière esteuropéenne, resurgit l’indomptable nature de l’homme, ses sentiments ou sa cupidité… Depuis la nuit des temps, les humains « dépassent les bornes » : l’amour et l’argent ont toujours été les plus grands des voyageurs… ■

THE END

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Vivre bien

Cuisine des cinq sens

Du sucre"1RQUDI¿Qp et avec modération… >0LQLPDGHOHLQHVDX[SpSLWHVGHFKRFRODW >0LONVKDNHDX[SRPPHVG¶KLYHUHWQRL[GHFDMRX

Temps de préparation 10’ (madeleines) + 5 minutes (milk-shake) Temps de repos 20’ (madeleines) Temps de cuisson 8’ (madeleines) 'LI¿FXOWpfacile Ingrédients (pour 24 mini-madeleines) 150 g de farine de riz ou de châtaigne 125 g de sucre de fleur de coco 125 g de beurre clarifié 2 œufs 2 càs de lait de riz 1 càc de poudre levante 100 g de pépites de chocolat noir (70 % de cacao) Ingrédients (pour le milk-shake)

Procédé

2 pommes d’hiver 2 bananes 1 poignée de noix de cajou 4 dattes 1 pincée de poudre de cannelle 1 càc de graines de chia 50 cl de lait de riz ou d’amande

1. Faite fondre le beurre clarifié dans un poêlon sur petit feu ou au bain-marie. 2. Au batteur électrique, fouettez les œufs avec le sucre. Ajoutez la farine et la poudre levante, mélangez puis versez le beurre ramolli et le lait de riz. Terminez par les pépites de chocolat et placez au frigo 20 minutes ou plus. 3. Préchauffez le four à 180°. Placez une cuillère à café de pâte dans des moules à madeleines huilés. Enfournez et laissez cuire 10 minutes. Sortez du four et laissez tiédir avant de démouler. 4. Accompagnez cette douceur saine d’un milk-shake fruité. Il vous suffira d’en mixer les ingrédients (pour 2 personnes, voir ci-dessus).

Le + nutritionnel En hiver, notre organisme a besoin d’aliments réchauffant. C’est le temps idéal pour réaliser des quatre heures sains et les déguster en famille. Afin de continuer à se régaler de bonnes « sucreries », ces petites madeleines sont un exemple de recette sans gluten (la farine de riz et de châtaigne en sont exemptes) et sans lactose (le beurre clarifié, appelé aussi ghee, ne contient plus de lactose, car nous l’avons retiré lors de sa préparation – voir article paru en juillet-août 2010). J’ai préparé ces douceurs saines avec le sucre de fleur de coco qui rappelle le tendre goût du caramel. Le nectar de la fleur de coco est en fait récolté en haut des cocotiers, puis chauffé à basse température, dans des marmites placées sur un feu de bois. Le nectar se transforme ainsi petit à petit en un sucre nutritif, revitalisant et énergétique, puisqu’il conserve les nutriments indispensables à nourrir nos cellules nerveuses et musculaires. Vous pouvez aussi remplacer ces sucres par d’autres sources intéressantes, comme le sucre de canne complet ou

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le sucanat (jus de la canne à sucre déshydraté), le sirop d’agave, le sirop d’érable, le miel et les sirops ou malts de céréales. N’oublions pas non plus les sucres des fruits séchés comme les dattes, les figues, les mangues, les bananes… ou encore le sirop de dattes ou de figues. Privilégiez toujours ces bons sucrants afin de ne pas vous déminéraliser avec des sucres blancs raffinés, morts et néfastes pour l’organisme. Les sucres raffinés et industriels sont les plus dangereux pour notre forme, notre humeur, notre système nerveux (hyperactivité et agressivité des enfants grands consommateurs de sucres) et notre santé. Malheureusement, ils sont omniprésents dans l’industrie agroalimentaire : biscuits, pâtisseries, confiseries, fast food, sodas, sauces (ketchup par exemple), conserves… A chacun d’entre nous d’être vigilant ! Quant aux quantités, n’abusons jamais du sucre quel qu’il soit, au risque de faire souffrir notre pancréas qui, à force de sécréter de l’insuline pour rééquilibrer le taux de sucre dans le sang (appelé aussi glycémie), n’en produira plus ou plus assez, ce qui ouvre la porte au diabète de type 2. Selon l’Office fédéral suisse de la Santé, « le sucre ajouté (tel le sucre de ménage, le glucose, le fructose) ainsi que le sucre présent dans le miel, le sirop et le jus de fruits ne devraient pas représenter plus de 10 % de l’apport énergétique journalier. Pour un adulte essentiellement sédentaire, dont la consommation énergétique journalière est d’environ 2 000 kcal, cela donne une consommation de sucre maximale de 50 g/jour ». Ce qui, si l’on fait le calcul, donne déjà plus de 18 kg par an ! Or nous sommes passés de 5 kg par an en 1820 à plus de 70 kg par an de nos jours ! Il ne fait plus aucun doute que cet apport massif de sucre est la cause d’un grand nombre de maux. Alors, une société sans sucre ? Sans sucre raffiné ou artificiel, oui ! Par contre et toujours avec modération, nous remplacerons ces produits par des sucres plus avantageux sur le plan nutritionnel et qui seront assimilés correctement. ■ Valérie Mostert - Créatrice culinaire - www.cuisinedescinqsens.be


Agir pour cultiver

O¶optimisme

J

e commence et termine chaque journée par une revue de presse et un petit tour de l’actu sur les réseaux sociaux. Trop souvent à mon goût, les nouvelles qui me parviennent dessinent un tableau bien noir. Cette semaine, en quelques heures, j’ai ainsi appris que le Congo avait donné son feu vert pour des explorations pétrolières dans les Virunga, j’ai lu le rapport Une vérité toxique d’Amnesty International et Greenpeace à propos du déversement de déchets toxiques en Côte d’Ivoire, j’ai découvert qu’une chaîne de supermarchés allemande avait eu la « géniale » idée de commercialiser des bananes prépelées dans des barquettes emballées de cellophane… Parfois, ce « bain d’infos » quotidien m’apporte aussi quelques rayons de soleil. Mais cette semaine, apprendre qu’une nouvelle forme de nuages a été identifiée par des internautes n’a pas suffi à provoquer une éclaircie dans ma perception de notre monde. Il y a des jours comme ça, et je suis persuadée de ne pas être la seule à le vivre, où la noirceur de l’humanité nous ôte toute joie de vivre. Faut-il pour autant baisser les bras ? « L’homme, cet animal suicidaire », titrait un article du journal Le Monde du 27 septembre dernier : on y découvrait le point de vue de Jared Diamond sur l’évolution de notre monde. « L’humanité est engagée dans une course entre deux attelages. L’attelage de la durabilité et celui de l’autodestruction. Aujourd’hui, les chevaux courent à peu près à la même vitesse, et personne ne sait qui va l’emporter. » Ce professeur de géographie de l’UCLA (University of California, Los Angeles), auteur de l’essai Effondrement (2005), n’est pas aussi pessimiste que le prétendent ses détracteurs. « On oublie le sous-titre de mon livre : Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie. Nous avons encore le choix… » Le choix de s’informer, mais peut-être aussi, de temps en temps, d’éteindre radios, ordinateurs et téléviseurs, de laisser les journaux de côté pour se mettre à agir. C’est ce que j’ai fait, fin août dernier, en me rendant au forum ouvert « One people One Planet » organisé à Louvain-la-Neuve. M’extraire du flux endiablé de mon quotidien professionnel et familial ne fut pas facile. Je répondais à une invitation avec un peu de curiosité, mais aussi beaucoup d’inquiétude. Je n’avais jamais participé à un forum ouvert et craignais le blabla inutile, la perte d’un temps précieux, l’ennui. J’y ai découvert au contraire une source incroyable d’énergie, d’inspiration, d’envie d’agir. Impossible de raconter ici l’ensemble des discussions suscitées autour du thème choisi : « Quels sont les changements individuels et collectifs nécessaires pour changer nos rapports à la nature, à l’économie et à la société ? » Des échanges dont est né de façon magique un ensemble impressionnant de pistes pour développer la finance solidaire, mieux gérer l’eau, nourrir le monde dans le respect de la terre et des hommes, intégrer les valeurs sociétales dans l’entreprise (1)… Au cœur de ce foisonnement d’idées, j’ai vécu une expérience inattendue. Comme j’étais accompagnée de mes enfants, nous avons choisi, après un atelier très cérébral, de nous inscrire à un atelier qui nous paraissait plus léger, sur le thème du plaisir et de l’envie de créer ensemble, d’inventer, en confiance… Martin Ophoven, l’initiateur de cette « discussion », nous a proposé une série de jeux inspirés des échauffements pratiqués par les comédiens qui font de l’improvisation théâtrale. Au lieu de pénaliser le groupe, la présence de mon petit Mathieu de quatre ans et demi a influencé positivement notre attitude ludique. Sans se parler, juste au moyen de jeux de balle, de gestes et de mimes, notre groupe a déployé une incroyable richesse : une dizaine de participants ne se connaissant pas au début de l’atelier se sont découverts en moins d’une heure dans leur diversité créative, et ont développé confiance, respect, conscience du groupe… « Nous sommes des êtres créateurs, plein de richesses à diffuser. C’est la biodiversité ! », a conclu Martin. Le souvenir de cette journée et de cette heure en particulier me nourrit encore aujourd’hui, et pour longtemps… Les enfants en reparlent souvent, eux aussi. Nous avons encore le choix d’éviter l’effondrement. Il est temps d’éteindre les radios, les télés, les ordis, de refermer les journaux et de sortir rencontrer les autres, encore et encore ! Agir, c’est aussi cultiver l’optimisme. ■ Isabelle Masson-Loodts

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La banque durable [imagine 93] septembre & octobre 2012

(1) Comptes rendus de ces discussions : www.onepeople-oneplanet.be/index.php?pg=agora

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Les bêtes du Sud sauvage Benh Zeitlin Hushpuppy, six ans, petite fille sauvage, vit seule avec son père, un homme abîmé par l’existence et malade. Alors qu’autour d’eux, au plus profond du Bayou de Louisiane, le monde s’écroule, les pôles fondent, la tempête se lève, l’eau monte, la petite communauté d’exclus réfugiée dans ce qu’elle appelle le Bathtub résiste et se bat, opiniâtre. Et Hushpuppy part à la recherche de sa mère. « Les ouragans, les marées noires, cette terre qui se désagrège sous nos pieds, tout contribue à donner le sentiment qu’un jour, inévitablement, tout ça sera rayé de la carte, explique le jeune réalisateur, New-Yorkais tombé amoureux de la Louisiane du Sud où il s’est installé depuis l’ouragan Katrina. La question qui m’intéressait était : “Comment trouvez-vous la force de regarder mourir ce lieu qui vous a rendu unique, sans perdre l’espoir, la joie et cet esprit de fête incroyable qui le caractérisent ?” » Aucun film ne mérite mieux la mention « coup de cœur » que ce petit chef-d’œuvre, qui nous touche au vif, et emporte tous ses spectateurs dans une émotion exceptionnelle. Réalisé à force de courage et d’obstination, produit par une bande d’artistes de la Nouvelle-Orléans (Court 13 réunit des musiciens, des monteurs, des conteurs), joué par des acteurs pour la plupart non professionnels, dont la captivante petite Quvenzhané Wallis, Les bêtes du Sud sauvage mêle réalisme brut et onirisme fantastique pour nous transmettre brillamment cet esprit de solidarité, de résistance, cet amour de la Terre et de tous les êtres qui la constituent, cette chaleur qui rassemblent des gens formidables. Violent et tendre, tragique mais avec des éclats de joie féroces, le film est à la fois très beau et riche de sens. Sans faire la leçon une seule seconde, il nous appelle à respecter la nature et les humains que nous sommes. A ne rater sous aucun prétexte. L.d.H.

1 h 33, sur les écrans à partir du 12 décembre.

Au-delà des collines Cristian Mungiu

CINÉMA

Alina et Voichita ont toutes deux été élevées dans un orphelinat d’une petite ville de Moldavie. Alina est partie travailler en Allemagne mais s’y sent épouvantablement seule. Le film s’ouvre sur son retour au pays : elle vient chercher Voichita, celle qu’elle aime, pour l’emmener. Mais son amie est depuis entrée dans un couvent, elle a rencontré Dieu, obéit à la règle et au prêtre qui mène la petite communauté besogneuse. Et n’a aucune intention de la suivre. Alina refuse de baisser les bras, elle occupe la place, son grand corps et sa passion perturbant de plus en plus le groupe. Victime d’une crise de tétanie, elle est envoyée à l’hôpital, qui ne sait que faire de cette jeune fille désespérée, et finalement la renvoie au monastère. Où se répand le sentiment qu’elle est possédée par le Malin et qu’il faut l’exorciser. Au départ d’un fait divers, Cristian Mungiu (palmé à Cannes pour son 4 mois, 3 semaines, 2 jours) fait d’abord du cinéma. Du grand cinéma, avec une réalisation d’une beauté puissante, qui nous donne à voir la moindre vibration de ses personnages. Il interroge aussi l’amour et le libre arbitre, les notions de Bien et de Mal, les effets de l’ignorance et de l’indifférence, l’injustice sociale. Le drame s’avance, mais toujours au nom du Bien et de l’amour. Mungiu ne juge pas, il regarde, nous offre une œuvre âpre et belle, qui demeure longtemps dans l’esprit du spectateur, l’interrogeant sur ses propres actes et convictions.

Musée Ianchelevici Sous-titrée « Impertinence Résistance Survivance », l’exposition du musée louviérois rassemble une trentaine d’artistes contestataires, réactifs, incisifs et critiques. Un parcours d’interventions artistiques dans la ville complète cette proposition irrévérencieuse, ainsi qu’un « kit du citoyen impertinent » pour nous inciter à réagir de façon drôle contre les incivismes de toutes sortes. Les thèmes du pouvoir, de la violence, de la domination, de la religion, de la contestation sociale, de la politique, de l’identité sont autant de sujets abordés par des plasticiens aussi intéressants que Kader Atia, Romain Gavras, Vanessa Beecroft, Sophie Ristelhueber et bien d’autres. Jusqu’au 23 décembre à La Louvière. Infos : www.musee.ianchelevici.be, 064 28 25 30.

L.d.H.

2 h 30, dans les salles le 21 novembre.

Jeunes publics

Epinglés

Glissement de terrain

Météores Théâtres Varia et Marni Une vingtaine de spectacles de théâtre, danse, cirque, musique ou multidisciplinaires ont été choisis à travers l’Europe pour émerveiller ou faire réfléchir les enfants de 3 à 18 ans (et les plus grands aussi). Nancy Huston sera de la fête, ainsi que l’excellentissime Tof Théâtre, qui présentera plusieurs de ses spectacles. (Du 12 novembre au 1er décembre à Bruxelles, infos : www.pierredelune.be, 02 218 79 35)

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Théâtre La Civilisation, ma Mère ! Ben Hamidou Seul en scène, Ben Hamidou s’inspire du roman de Driss Chraïbi pour nous parler d’une femme, mariée à 13 ans dans le Maroc d’avantguerre, dont les fils ouvriront les portes de l’émancipation et de la liberté. (Du 14 au 16 novembre à Namur. Infos : www. theatredenamur.be, 081 22 60 26.)

Les enfants de Jehova Fabrice Murgia Une femme s’adresse à son frère par vidéo interposée : elle tente de le convaincre de rejoindre les Témoins, qu’il a quittés, et de sauver ainsi son âme. Fabrice Murgia nous narre l’histoire d’une famille déracinée, qui trouve à se rassurer au sein d’une communauté sectaire. Et réfléchit à la manière dont nous sommes façonnés par notre enfance. (Au Théâtre national, à Bruxelles, du 20 novembre au 1er décembre, infos : www.theatrenational.be, 02 203 53 03. Au Théâtre de Namur, du 29 janvier au 2 février, infos : www.theatredenamur.be, 081 22 60 26. Au Festival de Liège, les 5 et 6 février,

infos : www.festivaldeliege. be, 04 221 10 00. A la Maison de la culture de Tournai, le 20 février, infos : www.maisonculturetournai.com, 069 25 30 80.)

Exist Théâtre de la Communauté Le Théâtre de la Communauté poursuit sa réflexion sur l’engagement, et entraîne des jeunes à sa suite en les incitant à participer, avant et après la représentation du spectacle Rose, à débattre et à s’engager, à prendre leur place. (Jusqu’au 15 décembre à Liège. Infos : 0498 86 55 29, www.actc.be)


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Coup de Coeur

MUSIQUE

Les bals, les BBQ et les crématoriums Semal Accordéon, guitares, piano, claviers, batterie, basse et contrebasse : Semal sort un nouvel album, avec un peu de tout, comme dans la vie, « des bals, des BBQ et des crématoriums ». Dans ces 15 chansons, des thèmes qui reflètent notre époque, comme Facebook (« J’ai plein d’amis sur Facebook, mais dans la vraie vie, je suis un plouc ») ; Botox song (« Dis-moi ce qu’elle a d’esthétique, la chirurgie qui fait des trous, pour fourrer les seins au plastique, et changer les filles en mérous ? ») ; ou encore La fin du monde. La Belgique est reine dans la poésie de Semal, avec une aubade à la patate, qui révèle à la planète entière tous les secrets de nos frites crapuleuses, suivie d’une ode à la baraque à frites, puis d’un portrait de Chez nous où « toutes les fanfares sont royales, les vendeurs de bidets fournisseurs de la Cour ». Témoin quinquagénaire de l’évolution de la paternité, Semal chante « tous les bébés, tous les papas, super héros », puis une petite valse pour elle, « avant que la jeunesse, dans les plis du miroir, ne referme ses volets ». Enfin la mort, « puisqu’il faut partir un jour, par la porte ou la fenêtre, pour ce voyage au long cours, au pays avant de naître », et un magnifique hommage à Guy Môquet, jeune résistant communiste assassiné par les nazis, et que Sarkozy voulut récupérer. « Ce dixième CD est un boson de Higgs. Enregistrer dix albums de chansons, en Belgique francophone, sans même passer par la case “Paris”, relève de la physique des cantiques », explique-t-il. Pour pouvoir mieux organiser sa vie d’artiste aux multiples talents, Semal vient aussi de lancer une coopérative (lire notre dossier en pages 10 à 19). A.R..

Sowarex, 2012.

Intranquillités

EXPO

BPS22 Dans le cadre de DABA Maroc, festival en cours dans toute la Fédération Wallonie-Bruxelles, le BPS 22 de Charleroi nous permet de découvrir trois grands artistes contemporains, Mounir Fatmi, Mohammed El Baz et Charif Benhelima. Tous trois issus de la diaspora marocaine, ils bousculent les idées reçues, remettent en Sleep Al Naim 2011-2012 - mounir fatmi question les pseudo-évidences, interrogent les limites du sacré. Ils osent, refusent de rester tranquilles, et nous montrent des œuvres frappantes pour ouvrir le dialogue. On peut notamment y voir une vidéo de Mounir Fatmi, Sleep (notre photo) : reprenant l’idée de Warhol, il filme un homme qui dort. Mais par le biais d’images de synthèse, c’est Salman Rushdie que nous voyons, dormant d’un sommeil impossible alors qu’une fatwa pèse sur lui. Charif Benhelima, lui, nous présente entre autres choses son travail photographique réalisé à Harlem, creusant l’aspect mythique de l’endroit, la dure réalité d’une population encore exclue. Quant à Mohamed El Baz, il nous propose notamment de tondre des tapis marocains, symbole cliché de son pays d’origine – et pourtant produits ailleurs, économie globalisée oblige… Jusqu’au 16 décembre à Charleroi. Infos : bps22.hainaut.be, 071 27 29 71.

Cinéma Cinéma méditerranéen Pour se réchauffer un brin dans les frimas de novembre, rien de tel que ce festival, qui présentera plus de 70 films en tous genres, courts et longs, fictions et documentaires, pour adultes et pour enfants. (Au Botanique à Bruxelles, du 9 au 17 novembre. Infos : www.cinemamed.be, 02 800 80 04)

DVD Take Shelter Jeff Nichols

Les aléas du calendrier ne nous avaient pas permis de parler de Take Shelter lors de sa sortie en salles. Voici une séance de rattrapage en DVD pour ce film exceptionnel… Curtis LaForche est un homme paisible et heureux. Mais bientôt un pressentiment terrible l’obsède, des cauchemars récurrents le terrorisent chaque jour un peu plus. Convaincu qu’une tornade apocalyptique approche, il veut protéger à tout prix sa famille, tout en s’interrogeant sur sa propre santé mentale. Les changements climatiques et l’atmosphère eschatologique qui en résulte sont à nouveau ici le terreau d’un film très fort, qui hante longtemps le spectateur. L.d.H. (A-Film)

Dans les rochers du Viallaneix Durif et Champeval « Toujours à réinventer, à rêver à nouveau. » Quoi ? La tradition pardi, cet équilibre fragile entre culture et terroir, entre mémoire et liberté, entre héritage et audace ! Ici, deux violons pour un répertoire de Corrèze, joués par deux musiciens qui se connaissent depuis longtemps : Olivier Durif et Jean-Pierre Champeval. Mais ces deux-là ont aussi connu les anciens violoneux du cru, musiciens à la générosité naturelle qui ont fait le lien avec ceux qui se sont lancés sur leurs traces. Ce chemin improbable que l’on peut prendre sans se retourner, parce que le son et la cadence sont restés dans l’oreille. Et c’est parti à coups d’archets, à deux violons, dans le plaisir brut de jouer ensemble en explorant une matière organique, énergique, ronde et splendide comme les montagnes du Massif central. Valses et bourrées bien sûr, ou alors marches de mariage et scottishes et ça tourne, ça tourne. Ça vous prend comme un vin couleur de terre qui soudain vous coule dans les veines. Parce que c’est une musique dépourvue de prétention, qui se déverse dans le flot de ses incertitudes et de ses accidents. Une musique qui sent fort et qui vous colle à la peau dans une incroyable beauté première. Comme une pépite qui brille au fond d’un torrent fougueux. Un disque rare, trop rare ! Etienne Bours

Cinq Planètes – L’Autre Distribution

Romans Elles quatre – Une adoption Nicole Malinconi, Evelyn Gerbaud Entrecoupé de dessins, ce petit livre explore les chemins de traverse de l’adoption, le rapport à la maternité qu’elle réinvente, la transmission renouée, le destin déjoué, les complicités mère-fille d’un nouveau genre. Fin et subtil. Th.D. (Esperluète, 2012, 40 p.)

Lignes de fuite Liliane Schraûwen Alain et Madeleine se découvrent par hasard sur une route alors qu’ils sont chacun brouillés avec la vie. Dans cet entre-deux, ils savourent quelques mo-

ments de bonheur suspendu, comme étonnés, mesurant le miracle de chaque pas qu’ils font. Th.D. (Luce Wilquin, 2012, 247 p.)

Jimmy le terroriste Omair Ahmad Un jeune homme poignarde un policier puis est battu à mort. Le beau roman de l’auteur indien nous retrace sa vie, celle de son père, celle aussi de la communauté musulmane d’une petite ville de l’Uttar Pradesh. Ou comment les humiliations, la peur, le mépris peuvent détruire. L.d.H. (Philippe Picquier, 2012, 190 p.)

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LIVRES

Chapardeuse Rebecca Makkai Lucy est une jeune bibliothécaire et elle prend son métier à cœur. Par le biais des livres, elle noue de grandes complicités avec les enfants et participe à leur éveil dans une petite ville du Middle West. Parmi eux, Ian, dix ans, a retenu toute son attention. Ses questions, sa curiosité, son imagination débridée lui ont été droit au cœur. Mais voilà : ses parents restreignent le champ de ses lectures au nom de principes moraux régis par les peurs du monde moderne. Et quand elle le retrouve un matin parmi les livres alors qu’elle ouvre la bibliothèque, quelque chose en elle se dérobe. Mue par un élan irrépressible, elle rompt les frêles amarres de sa vie de célibataire et prend la route avec l’enfant qui n’en attendait pas tant. Au hasard de son inspiration elle passe d’Etat en Etat, fréquente les motels et les snacks, rend visite à ses parents. Et surtout elle compose chaque jour davantage avec le mensonge, rusant pour ne pas laisser de traces dans une sorte de pacte avec l’enfant, même si elle mesure vite que sa posture est intenable. La fuite est surtout l’occasion pour elle de faire le point et de mettre de l’ordre dans ses choix, de réfléchir à ses racines et de s’inventer une nouvelle histoire. Jusqu’au moment où l’évidence s’impose, avec le retour en douceur à la réalité. Th.D.

Gallimard, 2012, 368 p. Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Samuel Todd.

C’est écrit près de chez vous Question pour un champion : citez-moi dix auteurs belges francophones ! Vous viennent à l’esprit l’incontournable Simenon, puis l’une ou l’autre lecture scolaire. Et si vous faites partie du cercle plus restreint des dévoreurs de papier, vous parviendrez sans doute à accéder à la question suivante, faute de quoi le gong sinistre retentira. Et pourtant, nous avons de quoi être fiers : notre littérature foisonne d’écrivains libres et originaux qui méritent d’être (re)découverts. Ils sont hébergés dans une collection destinée au grand public qui connaît un nouvel essor. Après la faillite en chaîne de plusieurs éditeurs, la Fédération Wallonie-Bruxelles a choisi de reprendre ce patrimoine et de le valoriser. Suite à un appel d’offres, un éditeur (Les Impressions nouvelles) s’est vu confier la tâche de fabriquer les ouvrages et de les diffuser à un prix démocratique. Avec une attention aux chefs-d’œuvre incontournables, mais aussi la volonté de valoriser des ouvrages plus récents tout en les présentant sous une forme attrayante. La collection Espace nord aligne aujourd’hui plus de 300 titres et s’enrichit chaque saison. Ainsi, vous trouverez dans les nouvelles parutions le roman Café Europa de Serge Delaive, Le souffleur inquiet de JeanMarie Piemme et La bibliothèque de Villers de Benoît Peeters. Soyez curieux ! Les circuits courts, cela marche aussi pour la littérature… Th.D.

www.espacenord.com

Sous le regard du lion Maaza Mengiste 1974, Addis-Abeba. La révolution parvient à renverser l’empereur, le roi des rois, Hailé Sélassié. Dawit, étudiant, a participé aux manifestations et protestations, tout à sa révolte pendant que sa mère malade se mourait à l’hôpital. Son père Hailu, chirurgien, tente de continuer son travail malgré tout, de plus en plus difficilement. Yonas, son frère aîné, professeur, essaye quant à lui de préserver sa femme et sa petite fille. Mais la révolution se mue en dictature sanglante… Dawit voit son meilleur ami se transformer en bourreau, incapable de désobéir aux ordres qui lui sont donnés. Hailu est obligé par le nouveau pouvoir de faire revenir à la vie une jeune fille horriblement torturée. La violence et la peur se répandent partout, chacun est sommé de prendre parti, d’agir, se découvrant courageux ou lâche, fidèle ou traître. Maaza Mengiste, qui a dû quitter l’Ethiopie enfant lors de la révolution, vit aujourd’hui à Brooklyn. Elle signe ici un premier roman passionnant, qui explore avec talent la grande histoire et ses répercussions sur ceux qui la vivent, les questions de l’engagement, de l’idéologie, du courage, sans imposer son jugement, en emportant le lecteur à sa suite. L.d.H.

Actes Sud, 2012, 357 p. Traduit de l’anglais par Céline Schwaller.

Personnages secondaires Alejandro Zambra Petit garçon de neuf ans, il espionne son mystérieux voisin pour faire plaisir à Claudia, la petite fille qui lui a confié cette mission secrète. Devenu écrivain et adulte, il fouille ses souvenirs, essaie de comprendre son enfance. Quelle était la vie des siens sous Pinochet ? Qu’ont vécu ces personnages secondaires, ceux qui n’ont pas pris position, ceux à qui la dictature n’a fait ni chaud ni froid, ces familles dans lesquelles « il n’y a pas de morts » ? Quelles traces ce passé a-t-il laissées sur les enfants d’alors ? « Pendant que le pays s’effondrait par morceaux, nous, nous apprenions à parler, à marcher, à plier les serviettes en forme de bateaux, d’avions. » Et comment le raconter ? Dans ce très joli livre, délicat, tout en petites touches, en allers-retours entre l’écrivain et son roman, entre l’autobiographie et la fiction, Alejandro Zambra pose son regard mélancolique sur la société chilienne d’hier et d’aujourd’hui, questionne la passivité de beaucoup, s’interroge sans toujours trouver de réponse. Un roman subtil et sensible, à l’écriture gracieuse. L.d.H.

L’Olivier, 2012, 167 p. Traduit de l’espagnol (Chili) par Denise Laroutis.

d,D/E&h>E^^d/DZΡ Sérénité du son du gong Pureté du bois couleur ivoire Beauté du V\PEROHGHO¶(YHLO par le développement de la Pleine Conscience Le MINDFULNESS TIMER vous aide à méditer en toute sérénité ± c¶est le gong qui vous signale la fin du temps de méditation que vous avez choisi. Un léger coup de gong pendant la méditation peut aussi vous rappeler jO¶LQVWDQWSUpVHQW à tout moment. /¶RXWLOLQGLVSHQVDEOHjYRWUHHQWUDvQHPHQWà la Mindfulness www.themindfulnesstimer.com / 04 75 59 00 52

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Chronique Géostratego Un coup de projo sur l’échiquier mondial par Arnaud Zacharie*

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n avril 2012, un mouvement rebelle baptisé « M23 » (1), issu de la mutinerie de quelques centaines de soldats et officiers de l’armée congolaise, a provoqué un nouveau conflit dans l’est du Congo, débouchant sur les habituelles scènes de violence et de déplacement des populations locales. Un nouveau conflit qui illustre l’incapacité des gouvernements locaux et de la communauté internationale à garantir la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs. /HVFKpPDKDELWXHOGXFRQÀLW Pour la société civile du NordKivu, épicentre des conflits à répétition, c’est la même scène qui se répète inlassablement depuis plus de 15 ans : en 1996, l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo) de Laurent-Désiré Kabila, alliée au Rwanda et à l’Ouganda, était partie de l’est du Congo pour faire tomber Mobutu ; en 1998, après que le Rwanda et l’Ouganda eurent rompu avec Kabila père, c’est depuis Goma que le RCD (Rassemblement congolais pour la démocratie), mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, lança une guerre qui dura près de cinq ans ; après l’organisation des élections de 2006 remportées par Joseph Kabila, c’est le CNDP

(Congrès national pour la défense du peuple) de Laurent Nkunda, soutenu par le Rwanda, qui menaça le pouvoir de Kinshasa, jusqu’à ce que ce dernier noue un pacte avec le pouvoir rwandais, débouchant sur l’arrestation de Nkunda au Rwanda, sur son remplacement par Bosco Ntaganda à la tête du CNDP et sur les fameux accords du 23 mars 2009, impliquant notamment l’intégration des troupes du CNDP à l’armée congolaise. Le nouveau conflit déclenché au Nord-Kivu par la mutinerie du M23, dirigée par Bosco Ntaganda – recherché par la CPI – et soutenu par le Rwanda selon un rapport des Nations unies (2), reproduit donc le schéma habituel d’un mouvement rebelle soutenu par le Rwanda, ce qui a provoqué la suspension d’une partie de l’aide de la Suède, de la Grande-Bretagne, des Pays-Bas et des EtatsUnis, malgré les dénégations de Kigali. L’origine de ces conflits à répétition se trouve dans la gestion désastreuse du génocide rwandais, avec le couloir humanitaire de l’Opération Turquoise qui permit à des génocidaires de se réfugier dans l’est du Congo, sous la bienveillance de Mobutu qui monnaya son offre de service. Ce fut ainsi la menace d’ex-génocidaires, rassemblés au sein des FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda) dans l’est du Congo, qui incita le pouvoir

rwandais à s’octroyer un droit d’intervention dans cette région et à soutenir des mouvements rebelles se nourrissant de l’exploitation illégale des ressources naturelles. Ce n’est toutefois plus, dans le cadre du présent conflit, cet argument qui est brandi par Kigali, qui réfute toute accusation de soutien au M23 et rejette la responsabilité sur le gouvernement congolais. Les conditions de la paix On ne peut en effet que s’interroger : l’armée congolaise, forte de plus de 100 000 hommes et épaulée par les 17 000 casques bleus de la MONUSCO, s’avère incapable de contrer une mutinerie de quelques centaines d’hommes qui ont pris le contrôle de Rutshuru, à une vingtaine de kilomètres de Goma, et levé des taxes sur la route allant vers l’Ouganda, sans être inquiétés outre mesure. Cette situation illustre l’échec de la politique de « brassage » des troupes rebelles au sein de l’armée congolaise, dont le salaire mensuel ne dépasse pas 55 dollars – lorsqu’il n’est pas détourné par la hiérarchie militaire –, ainsi que l’incapacité des casques bleus, qui ne disposent pas d’un mandat exécutif leur permettant d’affronter les rebelles de manière proactive, à sécuriser l’est du Congo. Ceci illustre également l’incapacité des gouvernements congolais

et rwandais, et plus largement des gouvernements de la région, à s’accorder en faveur de la paix : la situation évolue de relations conflictuelles à des opérations conjointes dans l’opacité la plus totale – la décision rwandaise de retirer les troupes présentes depuis 2009 dans le Nord-Kivu a ainsi affaibli le président Kabila qui affirmait que ces troupes avaient quitté le territoire congolais depuis l’accord du 23 mars 2009. En conclusion, ce nouveau conflit dans l’est du Congo est un cuisant échec pour les gouvernements de la région et la communauté internationale, incapables de garantir la paix et la sécurité de populations locales plongées dans la misère. La paix dans l’est du Congo ne pourra survenir sans la mise sur pied d’une armée congolaise digne de ce nom, une véritable lutte contre l’impunité et une politique de coopération régionale bénéficiant à l’ensemble des pays de la région des Grands Lacs. ■ (1) « M23 » se réfère aux accords du 23 mars 2009 entre le gouvernement congolais et les mouvements rebelles que le mouvement M23 a décrétés non respectés par le gouvernement congolais pour justifier sa mutinerie. (2) Comité des sanctions de l’ONU sur la République démocratique du Congo, Rapport annuel 2012, Nations unies, 2012.

*Secrétaire général du CNCD-11.11.11 (@ArnaudZacharie)

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Agenda

>> ConfĂŠrences

!!)RUPDWLRQV

3LFpQHUJpWLTXHHWFULVHÂżQDQFLqUH RYDWRQ"Une confĂŠrence de Ralph BĂślke et Ezio Gandin. Le 21 novembre Ă 19 h Ă  la Maison de quartier Malibran, rue de la Digue, 10, Ă  Bruxelles. ,QIRVZZZWHWUDDVEOEH

5pXVVLUVRQFRPSRVWune formation de Pascal Simus du ComitĂŠ Jean Pain pour recycler utilement 30 % de nos dĂŠchets. Le 11 novembre de 14 Ă 17 h au Crie du FSM, site du Fourneau SaintMichel, 10, Ă  Saint-Hubert. Infos : 084 34 59 73

$SSULYRLVHUQRVpWDWVGÂśkPH Cet atelier dâ&#x20AC;&#x2122;Ilios Kotsou propose un carnet de route pour mieux comprendre ses ĂŠtats dâ&#x20AC;&#x2122;âme et ceux des autres. Le 24 novembre de 10 Ă 18 h aux Sources, rue Kelle, 48, Ă  Bruxelles. ,QIRVZZZWHWUDDVEOEH /DVRFLpWpGH FRQVRPPDWLRQDWHOOH HQFRUHXQDYHQLU" Avec Philippe Defeyt, ĂŠconomiste et prĂŠsident du CPAS de Namur. Le 29 novembre Ă  midi au BIP, salle Zinneke, rue Royale, 2-4, Ă  Bruxelles. Infos : 02 219 33 45 /DPpGLWDWLRQFRPPHXQDUWGH vivre. Cette matinĂŠe avec Fabrice Midal pour apprendre une mĂŠditation dans une vision laĂŻque, ancrĂŠe dans la vie quotidienne. Le 4 dĂŠcembre de 9 Ă  12 h 30 Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;Ichec, Manoir dâ&#x20AC;&#x2122;Anjou, rue au Bois, 365a, Ă  Bruxelles. ,QIRVZZZWHWUDDVEOEH

!!(YpQHPHQWV 2SpUDWLRQ Sur le thème de la justice climatique, lâ&#x20AC;&#x2122;opĂŠration 11.11.11 UpFROWHUDGHVIRQGVSRXUÂżQDQFHU une cinquantaine de projets de dĂŠveloppement. La semaine de campagne est ĂŠmaillĂŠe de nombreuses animations. Du 8 au 18 novembre, partout Ă Bruxelles et en Wallonie. Infos : 02 250 12 30 ZZZFQFGEH

suivi dâ&#x20AC;&#x2122;une confĂŠrence et dâ&#x20AC;&#x2122;un dĂŠbat. Le 14 novembre, Ă 19 h, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;auditoire Croix du Sud, place Croix du Sud, 18, Ă  Louvain-la-Neuve. Infos : 0477 52 81 39 EUDEDQWRXHVW#QDWSUREH -RXUQpHGÂśLQIRUPDWLRQHWGH GpJXVWDWLRQSDQLHUVELRPour dĂŠcouvrir un groupe dâ&#x20AC;&#x2122;achats collectifs, dĂŠguster des fruits et lĂŠgumes bio et participer Ă  un atelier de graines germĂŠes. Le 16 novembre Ă  10 h, au Crie de Mariemont, rue du Parc, 29, Ă  La Hestre. Infos : 064 23 80 10 =HQWRSLD Durant trois jours, dĂŠcouvrez des techniques, des idĂŠes et des produits pour prendre votre vie et votre santĂŠ en main. Du 16 au 18 novembre Ă  Tour et Taxis, Ă  Bruxelles. ,QIRVZZZ]HQWRSLDFRP /HVFRÂ&#x20AC;WVGXQXFOpDLUHTrois coĂťts pour lâ&#x20AC;&#x2122;ĂŠnergie nuclĂŠaire ÂąHQYLURQQHPHQWDOÂżQDQFLHUHW dĂŠmocratique â&#x20AC;&#x201C; et trois confĂŠrences de Daniel Comblin, ĂŠcoconseiller, Eloi Glorieux de Greenpeace et Paul Lannoye, ex-dĂŠputĂŠ europĂŠen. Le 17 novembre Ă  partir de 10 h 30 Ă  la salle Article 23, place Emile Dupont, 1, Ă  Liège. Infos : 04 349 19 02 /HVSHWLWVGpMHXQHUV2[IDP une manière conviviale de commencer une journĂŠe avec des produits du commerce ĂŠquitable. Les 17 et 18 novembre, dans près de 200 lieux en Wallonie et Ă  Bruxelles. Liste complète des lieux : www.oxfammagasinsdumonde.be/petitsdejeuners-oxfam-2012 Infos : 010 42 02 11 'HVVLQHPRLXQHQDLVVDQFH journĂŠe de dĂŠbats autour de la naissance, pour les dix ans de lâ&#x20AC;&#x2122;association AlterNativeS, avec des tables rondes sur le travail en rĂŠseau autour de la naissance, lâ&#x20AC;&#x2122;accouchement dans une sociĂŠtĂŠ de la performance, la naissance respectĂŠe et la douleur, une cĂŠsarienne ou une pĂŠridurale, la notion de sĂŠcuritĂŠ, la naissance dĂŠclenchĂŠe, le projet de naissance face aux protocoles hospitaliers. Le 18 novembre de 13 Ă  18 h, au Domaine provincial du Bois des RĂŞves Ă  Ottignies. ,QIRVZZZDOWHUQDWLYHVEH

6HFRQGKDQGVHFRQGOLIH Une trentaine de stylistes et designers ont crĂŠĂŠ des pièces uniques Ă partir de vĂŞtements, meubles et accessoires FKLQpVDX[3HWLWV5LHQV'pÂżOpSXLV vente aux enchères. Le 9 novembre Ă  19 h, Ă  Tour et Taxis, avenue du Port, Ă  Bruxelles. EntrĂŠe : 30 euros. Infos : 02 541 13 83 'HPDLQRQPDQJHTXRL"Une soirĂŠe consacrĂŠe Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;avenir de lâ&#x20AC;&#x2122;agriculture. $YHFSURMHFWLRQGXÂżOPVache de guerre,

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/HSLFGHSpWUROHHWVHV FRQVpTXHQFHVVXUQRWUHTXRWLGLHQ &HFROORTXHDSRXUEXWGHGpÂżQLU 30 propositions concrètes permettant dâ&#x20AC;&#x2122;aller vers une future sociĂŠtĂŠ ÂŤ bas carbone Âť. Avec confĂŠrences, tables rondes et rĂŠdaction dâ&#x20AC;&#x2122;une liste de recommandations de mesures Ă prendre dâ&#x20AC;&#x2122;ici 20 ans. Le 29 novembre Ă  partir de 8 h 30, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;UniversitĂŠ de Mons, campus de Nimy. Infos : 0488 39 04 18

)DEULFDWLRQGHSURGXLWV FRVPpWLTXHV et soins dâ&#x20AC;&#x2122;hygiène quotidiens. Faire son shampooing, son savon, sa crème hydratante avec des produits naturels, sains et ĂŠconomiques. Le 16 novembre Ă 8 h 45 au Crie dâ&#x20AC;&#x2122;Anlier, rue Comtesse Adèle, 36, Ă  Anlier. Infos : 063 42 47 27

des dĂŠchets, dĂŠcouvrir les gestes qui peuvent nous aider Ă mieux gĂŠrer et diminuer notre quantitĂŠ de dĂŠchets. Du 26 au 30 novembre au Crie de Mariemont, rue du Parc, 29, La Hestre. Infos : 064 23 80 10

!!%DODGHV )DJQHGHV'HX[6pULHV +HUWRJHQZDOG Promenade naturaliste sur la piste des animaux. PrĂŠvoir son pique-nique et des vĂŞtements adĂŠquats. Le 2 dĂŠcembre, rendez-vous Ă 10 h, au Centre naturel de Botrange, route de Botrange, 131, Robertville. Infos : 080 44 03 00

/DOXWWHFRQWUHOHVORJHPHQWV inoccupĂŠs. Face aux nombreux immeubles abandonnĂŠs Ă Bruxelles, des instruments lĂŠgaux existent pour lutter contre les logements vides et pour rĂŠpondre aux propositions du secteur associatif. Le 16 novembre Ă  9 h, dans le bâtiment O-Zone, salle blanche, quai du Hainaut, 29, 1080 Bruxelles. ,QIRVODXUHQFHHYUDUG#UEGKEH )RUPDWLRQjODFUpDWLYLWpHWMHX[ SRXUXQSXEOLFLQWHUJpQpUDWLRQQHO Une formation pour apprendre Ă  utiliser des supports crĂŠatifs, prendre connaissance des expĂŠriences de terrain ĂŠmanant des associations travaillant lâ&#x20AC;&#x2122;intergĂŠnĂŠrationnel et crĂŠer une boĂŽte Ă  outils de pratiques professionnelles. Les 26 et 27 novembre, Ă  Bruxelles, lieu Ă  prĂŠciser. Infos : 02 660 06 56 /HVGpFKHWVoDYRXVUHJDUGHDurant la semaine europĂŠenne de prĂŠvention

'pFRXYHUWHGHVRLVHDX[GÂśHDXj Tervuren. Promenade dâ&#x20AC;&#x2122;observation des oiseaux dâ&#x20AC;&#x2122;eau pour dĂŠbutants. PrĂŠvoir des jumelles (indispensables) et des vĂŞtements adaptĂŠs Ă la mĂŠtĂŠo. Rendezvous le 8 dĂŠcembre, Ă  9 h 30, Ă  lâ&#x20AC;&#x2122;entrĂŠe du parc de et Ă  Tervuren, Paleizenlaan. ,QIRV&KULVWLDQ3KLOLSSH 02 675 66 13

1RXVLPSULPRQVDYHFGHV HQFUHVjEDVHGÂśKXLOHYpJpWDOH VXUGXSDSLHUUHF\FOp

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Flashes

Agroécologie. Entre pratiques et sciences sociales Coordonné par D. Van Dam, M. Streith, J. Nizet et P. Stassart La bio et l’agroécologie reviennent en force cette année ! Alors que certains tentent de redonner du sens à la bio ici en Europe, le grand mouvement de l’agroécologie nous arrive d’Amérique latine avec une force de conviction étonnante. L’agroécologie est bien plus qu’une méthode de culture, c’est la convergence entre un mouvement concret (des pratiques de paysans, des syndicats, des mouvements en lutte) et un éventail impressionnant de sciences (écologie, sociologie, agronomie, économie, psychologie, géographie, anthropologie…). Toute cette diversité se retrouve compilée dans un sommaire-éventail : définitions, certifications, semences, jardins collectifs, subsides, réseaux alimentaires, politique, agroforesterie, etc. Le défi d’un livre décloisonné a donc été réussi par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs, professeurs et acteurs (pour la plupart belges). Résultat : enfin une synthèse solide sur l’agroécologie en français ! Rédigé dans un langage précis, rigoureux et chiffré, il est accessible à tous les étudiants, aux chercheurs, et surtout au monde politique et aux militants curieux. Une base théorique indispensable.■ P.S. Educagri éditions, 2012, 312 p.

Debout l’Europe ! Cohn-Bendit et Verhofstadt Cela fait quelques années que Daniel CohnBendit (bientôt 68 ans !), écolo libertaire, leader de Mai 68, homme politique européen de nationalité allemande plongeant ses racines en France, et Guy Verhofstadt (bientôt 60 ans), ex-baby Thatcher de la politique belge et exPremier ministre resté très populaire, forment un duo d’excellents compères sur les bancs du Parlement européen. Le premier est le ténor du groupe des Verts et le second de celui des libéraux (ADLE). Ensemble, ils viennent de commettre un Manifeste pour une révolution postnationale en Europe. Leur texte de moins de 60 pages est rédigé en phrases courtes, directes et claires. En voici un survol permettant d’en appréhender le sens, radicalement tourné vers l’avenir, le libéralisme écologique et le multiculturalisme : « L’Europe

tremble sur ses bases. (…) Nous sommes rattrapés à toute vitesse par les nouveaux pays émergents sans être capables de réagir de manière inventive. La reconversion massive dont nous avons besoin pour sortir notre économie de sa dépendance aux carburants fossiles et pour bâtir une société durable exige d’énormes ressources financières dont nous ne disposons pas à l’heure actuelle. » Pour les auteurs, « les Etats membres portent pourtant l’entière responsabilité de la débâcle. (…) Soit nous œuvrons à une Europe véritablement unie et fédérale. Soit nous en restons aux Etats-nations, et l’émergence d’une Europepuissance dans le monde globalisé du 21e siècle est irrémédiablement compromise ». Le ton est ainsi donné. « Seule une attaque frontale peut encore nous sauver. (…) Comprenons la gravité de la menace. (…) Rectifions le tir. (…) Regardons devant et non derrière nous. (…) Ne comptons pas uniquement sur la rigueur budgétaire. (…) Investissons dans une transformation radicale de nos modes de production et de notre modèle de croissance. (…) La réduction de notre consommation par l’amélioration de nos performances énergétiques est la clé de voûte de toute politique tournée vers l’avenir. (…) La green economy est une opportunité réelle pour notre continent. Appelons green deal un projet européen d’envergure pour la modernisation écologique de nos économies. Tous les secteurs seraient concernés : l’industrie, la construction et la rénovation des bâtiments tant privés que publics, les transports individuels et collectifs, les énergies renouvelables, l’agriculture, la protection de la biodiversité, les déchets, etc. » L’appel à l’action politique est le point d’orgue de ce manifeste. « Ne tombons pas dans le piège du défaitisme. (…) Rompons le silence qui étrangle le projet européen depuis des années. (…) Réjouissons-nous du multiculturalisme des sociétés. (…) La variété culturelle est à la société ce que la variété biologique est à la vie sur terre. (…) Tournons le dos aux prophètes de l’apocalypse et à leurs vieilles lunes nationalistes et sécuritaires. (…) Finalisons ce que les pionniers européens ont commencé. » Afin de « lancer le chantier historique d’une Europe fédérale », les auteurs proposent aux électeurs d’élire en 2014 des fédéralistes européens. « Une victoire écrasante des pro-Européens serait le signal et le point de départ pour une grande Assemblée constituante. » « L’Europe doit une fois pour toutes se défaire du nombrilisme de ses Etats-nations. Une révolution radicale s’impose. (…) Par facilité, lâcheté et manque de vision, trop de chefs d’Etat et de gouvernement préfèrent ne pas voir ce qui est en jeu. Réveillons-les. Confrontons-les à leur impuissance. (…) Et montrons-leur la voie vers une autre Europe, l’Europe du futur, l’Europe des Européens. » Suit un entretien de 80 pages avec Jean Quatremer, le journaliste européen du quotidien Libération, en poste à Bruxelles. Ce petit livre, qui fait l’objet de doubles pages dans la grande presse internationale, a été publié simultanément cet automne dans les principales langues européennes. ■ A.R.

Vade-mecum de mécanique vélo Les Ateliers de la rue Voot « Apprends à entretenir et à réparer ton vélo et tu rouleras toute ta vie. » Pensé pour répondre aux besoins de tout cycliste en quête d’autonomie, ce Vade-mecum est le prolongement naturel de l’atelier vélo et des formations organisés par la dynamique ASBL de la rue Voot, à Bruxelles. Pratique, illustré et organisé par thèmes (le dérailleur, les freins, la roue…), il permet de comprendre comment fonctionne un vélo et d’apprendre les gestes permettant de se sentir à l’aise avec sa monture, en lui prodiguant les (petits) soins qu’elle mérite. ■ A.R.

www.voot.be – 3 euros, 50 p.

La bio entre business et projet de société Sous la direction de Philippe Baqué Cet ouvrage collectif rassemblant journalistes, agronomes, sociologues et paysans est un véritable événement éditorial ! Loin de l’argumentaire pédagogique, il s’agit ici d’une enquête approfondie sur le monde de la bio, entrecoupée par des chapitres « théoriques » qui donnent de la profondeur. Dès les pre-

mières pages, on se retrouve sur le terrain en Colombie, puis en France, en Espagne, au Maroc, aux Etats-Unis… On rencontre les acteurs – émouvants ou insupportables – d’un petit monde complexe. Les auteurs débusquent les contradictions, soulèvent les enjeux et les tensions, et n’oublient pas de mettre en valeur les expériences positives. Ce livre éclairant donne des armes aux militants, aux consommateurs responsables ou aux paysans essoufflés. C’est une évidence, une grande partie de la bio est devenue industrielle, poussée par les labels, l’Europe et les grandes chaînes de distribution. Cette bio se retrouve dans l’arène de la guerre économique, où tous les coups sont permis. Et les petits paysans trinquent. « S’ils veulent continuer à faire de la bio pour les supermarchés, ils vont être obligés de passer par des intermédiaires qui vont s’enrichir sur leur dos. C’est le système classique. Au final, dans les rayons bio, les produits sont vendus dix fois plus cher que le prix d’achat au paysan », commente avec lucidité un petit producteur colombien. Mais dans chaque région du monde, on trouve aussi de valeureux résistants qui font vivre une vraie agriculture. Celle qui préserve et qui nourrit, pas celle qui approvisionne les marchés internationaux. A l’image de cet éleveur de volaille bio en France : « Nous pourrions produire beaucoup plus de volailles et trouver facilement des clients. Mais plutôt que de nous agrandir, nous préférons aider quelqu’un à s’installer. » Tout est là : l’humain avant tout. Ou encore ce petit producteur bio en Andalousie : « Dans la région, beaucoup de monde s’est mis dans la bio pour recevoir les aides européennes. Moi je les refuse. Je ne suis pas d’accord avec elles et ce serait incohérent de ma part de les demander. Sur une même parcelle, j’ai des cultures associées, comme la vigne et les arbres fruitiers, et cela n’entre dans aucun programme de subventions. Je ne vais pas changer mes méthodes pour remplir des dossiers. » Le même pourrait vendre ses fruits plus chers sur les marchés internationaux, mais il préfère les vendre sur les marchés locaux. L’agriculture biologique ne peut être séparée d’un projet de société cohérent. Comme le souligne un petit producteur espagnol : « L’agriculture doit servir à établir l’équité, la justice, l’autonomie, l’autosuffisance et la souveraineté alimentaire. Sinon elle n’a pas de sens. » Une remarquable enquête ! ■ P.S.

Agone, 2012, 426 p.

Les partenaires d’

CNCD-Opération 11.11.11

Actes Sud – André Versaille éditeur, 2012, 157 p.

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Article ETHIQUABLE dans Imagine (nov-dec 2012) - Voir page 15  

article sur les coopératives et ETHIQUABLE dans le magazine Imagine de nov-dec 2012