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N° 67 30 Mars 2013

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FRANCOPHONIE Les genres littéraires (1/4)

Après les foires du livre de Bruxelles et de Paris, il ne me parait pas inutile de prendre un aperçu du monde littéraire actuel. Alors de nouveau, cette vision des choses est la mienne, je ne sais pas si elle est partagée mais c’est le sentiment que j’ai… Et pour commencer il est judicieux de refixer les bases car j’ai l’impression que beaucoup de personnes les ont oubliées et je ne parle même pas de grammaire ou d’orthographe.

Un texte est une succession de mots, de phrases ayant un sens ou non. Il faut différencier la forme du fond et pour finir la thématique. I) La forme : Il n’existe que deux formes de base de texte : la prose ou la poésie. Ensuite, il y a des variantes, des adaptations, des mélanges. La prose : C’est un texte linéaire suivi, de longueur variable divisé ou non en paragraphe. Les textes de prose sont regroupés en différentes catégories dont : Les nouvelles : texte de petite longueur de 1 à 20 pages A4 Les essais : texte de longueur variable mais généralement entre 20 et 50 pages A4 Les romans : texte de bonne longueur, d’au moins 50 pages A4 Les contes : texte de longueur variable, généralement lu Certaines pièces de théâtre : texte de longueur variable joué par des comédiens Les scénarii : texte aux spécificités propres joué par des comédiens ou transposé sur un support visuel. Les textes courts Les articles de presse La poésie : C’est un texte écrit selon des règles spécifiques généralement divisé en strophes composées de vers. Il y a donc une métrique à respecter. Les catégories sont nombreuses et variées selon les créations, les époques et régions du monde. Je ne les citerai donc pas toutes mais je reprendrai des formes particulières qui sont dérivées de la poésie. On ne peut donc parler de vers qu’à partir du moment où il y en a deux, un distique. Le monostiche ne permettant pas, faute de récurrence, de savoir s’il s’agit d’un vers ou d’une bribe de prose, sauf peut-être le cas particulier de l’alexandrin. Les poèmes en métrique classique Les poèmes à structure particulière Certaines pièces de théâtre écrites en vers. Les chansons rimées comme les odes et ballades. Les fables


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FRANCOPHONIE Les genres littéraires (2/4) Je sens déjà bondir la plupart des prétendus poètes, adorateurs de ce qu’ils appellent « vers libre ». Mais par définition, un vers n’est pas libre… Ce qu’ils écrivent n’est rien de plus que de la prose plus ou moins versifiée ; un texte dont on aurait mis à la ligne des parties afin de donner l’apparence d’une structure poétique. Cela n’enlève rien à la qualité de fond du texte mais ce n’est pas une œuvre poétique. Une œuvre n’est poétique que dans la mesure où il y a une contrainte de mise en forme, répétée, que ce soit au niveau de la strophe, de la rime ou de la métrique. Il ne faut donc pas appeler ce texte « poème » Le chat sautait La grenouille est morte Tout va bien à présent

Car même s’il a l’apparence d’un tercet, il n’y a aucune cohérence métrique, de strophe ou de répétition. Il s’agit simplement d’un texte en prose réparti sur trois lignes. Par contre : Le chat en vain sautait La grenouille est morte Tout va bien à présent Et le chien aboyait On ferme la porte Un beau jour de printemps

Est un poème (le contenu est on ne peut plus simple et plutôt absurde) mais il y a une récurrence métrique (6 pieds). On peut parler de tercet à présent puisqu’il y a deux strophes et elles riment entre elles. Bref, on peut imaginer des milliers de formes…

Il ne faut pas non plus confondre poétique et artistique… On utilise souvent à tort le terme poétique pour désigner un vase, un sentiment. C’est un adjectif qualificatif qui est détourné. Si une œuvre est poétique, cela suppose qu’elle respecte des règles de la poésie. Or à part un texte, rien ne peut respecter ces règles…


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FRANCOPHONIE Les genres littéraires (3/4) Pour conclure sur la poésie, il me reste à parler (encore) du slam qui n’est pas un genre poétique mais une performance dans laquelle des personnes présentent des textes parfois poétiques avec plus ou moins de talent.

II) Le fond Je ne m’étendrai pas sur ce sujet car il est subjectif… Il faut juste savoir que dans le roman, on peut diviser en fonction de l’objectif. Il y a les textes de fiction, des textes réalistes, des auto-fictions, des biographies et d’autres. La forme sera fonction du fond. Par exemple certains philosophes utilisaient des pamphlets ou des maximes comme la Rochefoucauld, Lafontaine préférait les fables pour transmettre sa vision de son époque tandis que Beaumarchais et Molière avaient opté pour le théâtre.

III) La thématique Il s’agit de la catégorisation par objectif. Le texte prend alors la forme qui correspond. Je me contenterai de recopier les pages 19-20 de « Plaisir d’écrire » de Stephan Van Puyvelde, Editions Novelas, 2012.

- Compte rendu/rapport : à caractère professionnel, il y a une structure particulière, voire des tableaux. - Courtois : qu’il ne faut pas à confondre avec l’amour courtois, c’est plutôt un message de courtoisie, de politesse destiné parfois à garder le contact. - Didactique : dont l’objet est l’apprentissage comme un livre scolaire. - Dramatique : dont le récit comprend des éléments tragiques. - Dramaturgique : lié au théâtre ou au cinéma comme une pièce ou un scénario. - Epistolaire : récit sous forme de lettre ou de correspondance. - Humoristique : dont le but est de faire rire. - Informatif : dont l’objet est d’informer le lecteur. - Mnémonique : qui fait référence à la mémoire, aux souvenirs. - Philosophique : récit sur la vie, sa conception, ses conséquences. - Poétique : sous forme de vers, où dont le thème est personnel, voire lyrique. - Policier : récit comprenant une énigme ou une intrigue généralement criminelle. - Publicitaire : l’objectif est d’inciter à prendre, suivre ce dont on parle. - Religieux : qui fait référence aux religions, à la morale. - Rhétorique : dont le but est l’argumentation, le débat, comme un récit de propagande. - Romantique : dont le thème est l’amour.


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FRANCOPHONIE Les genres littéraires (4/4) L’avènement du cinéma a créé de nouvelles catégories comme le thriller, le fantastique (qui est en réalité un mélange de religieux et de policier), l’érotique (qui est une version du romantique ciblé) mais qui fait sans doute plus facilement écho à nos habitudes contemporaines.

Bien souvent la forme du texte est passée au second plan et au vingt-et-unième siècle, on pourrait donc recatégoriser les textes selon leur apparence et non plus leur textualité. Audio (chanson, conte, poème) Visuel sur écran (cinéma, série, animé) Performance (théâtre, comédie musicale, slam, sketches, soirée poétique ou littéraire) Mais comme je l’ai dit, cette catégorisation met plus l’accent sur le média que la forme ellemême.

J’espère que cet instantané vous permettra d’y voir un peu plus clair parmi toutes ces variations des genres tout en sachant que même s’il y a des évolutions, la base reste quand même la même : de la prose ou de la poésie….

Van Puyvelde Stephan, ODT Mag 67, 30 Mars 2013, Novelas asbl


prose et poésie