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Couvertures Nathalie Baptiste Photographiée par Esteban Hendrickx. Chat Photographié par Esteban Hendrickx.

Contenu 04

L’art du Tattoo John

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Sara

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Jessica Mélissa The Tattoo Shop The End


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Laisser sa trace L

a technique du tattoo consiste à introduire dans la peau des pigments de couleur, la couleur introduite apparaît ensuite par «transparence» après la cicatrisation de la plaie provoquée par le piquage. L’encre est déposée par l’aiguille dans un espace assez précis à la limite entre le derme et l’épiderme. La profondeur de la piqûre varie en fonction des types de peaux et des parties du corps, c’est à dire entre 1 et 4 mm, les zones les plus épaisses se situant dans le dos. Les tatouages sont des dessins à l’encre du Japon ou de Chine, ils sont habituellement décoratifs ou symboliques mais surtout indélébiles et se trouvent sous la peau. Il faut donc bien réfléchir à ce que représente le tatouage et à l’emplacement de celui-ci, car ce type de modification corporelle reste à vie.


ORIGINES

Les raisons pour lesquelles les gens choisissent d’être tatoués sont diverses. Identifications à un groupe, cosmétiques, rituels religieux et utilisations magiques sont les plus fréquentes. Initialement, ces marques sur la peau étaient des signes d’appartenance à un groupe religieux. Cependant, les Maoris, les pirates et les anciens prisonniers en étaient friands pour d’autres raisons. Le tatouage a connu une forte tendance dans les années 90. Il n’est alors plus qu’une manière d’afficher son appartenance à un groupe, à une tribu ou à un quartier. C’est un moyen de revendiquer son originalité, de séduire, de s’embellir, ou parfois même de choquer. Un tatouage correspond souvent à un moment important de la vie, agréable ou douloureux. Certains adolescents le vivent comme un rite de passage ou une mode et agissent parfois sur une impulsion qu’ils regretteront par la suite. Le lieu de l’inscription est un choix personel, le creux des reins, le dos, la poitrine, la cheville, les épaules, les mains et parfois même le visage. L’emplacement possède également une grande importance dans le rendu du tatouage. Il est possible de se faire retirer un tatouage, mais ce type d’opération ne doit être réalisée que par un dermatologue expérimenté. Les tatoueurs habituels ne sont pas forcément compétents pour ce genre d’intervention, il faut savoir qu’on efface un tatouage à l’aide d’un laser qui brûle la peau.


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FINALITÉ

Démarche

Notre objectif principal est d’illustrer et de rapporter le lien entre le tatoueur et la personne qu’il tatoue. Nous cherchons aussi à connaître les raisons qui poussent les clients à se faire tatouer et bien sûr à comprendre la symbolique de leurs tatouages. Dans notre groupe, personne n’était tatoué, mais nous étions tous curieux de savoir comment réaliser un tatouage et de le recréer sur un corps humain. Nous avons décidé d’approfondir notre curiosité et de faire plusieurs recherches. Nous nous sommes donc rendus dans plusieurs salons de tatouages, dans un premier temps à Namur, puis dans la capitale, à Bruxelles.

Nos premières recherches au niveau des salons de tatoueurs ont été positives. BOB TATTOO, un des salons les plus réputés de Namur, nous a accueilli avec plaisir et a directement collaboré pour nous faire découvrir dans un premier temps l’atelier, mais aussi comment recréer un tatouage sur un corps. Nous nous sommes également rendus à deux autres tatoueurs environants, mais cette fois-ci sans succès car ces derniers voulaient à la fois garder leur anonymat et également ceux des clients. Nos recherches se sont donc étendues vers Bruxelles où un tatoueur nous a sympathiquement proposé son aide et sa collaboration.

MOTIVATIONS

SUJETS

Le tatouage est un art à nos yeux, nous étions donc attirés par cette forme de graphisme et de création. Notre curiosité a donc pris le dessus et nous avons découvert le tatouage tant au niveau artistique, qu’au niveau technique.

Nos interviews portent essentiellement sur les clients qui venaient se faire tatouer. Nous leur avons demandé d’où leur venait l’idée de se faire tatouer, mais aussi ce que le tatouage représentait pour eux. Certains ne savaient pas répondre, ce n’était parfois qu’un choix purement esthétique, d’autres nous expliquaient que certains de leurs tatouages avaient une histoire parfois personnelle, parfois basée sur leur style de vie ou leur philosophie...

Photographie Cyprien Godin et Esteban Hendrickx. Texte de Nicolas Pirotte. Namur le 21/09/2010 et Bruxelles le 22/09/2010


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Á 75 ans, ton corps est quand même moche...

J

onathan Borms est un jeune Bruxellois designer de formation travaillant aussi dans le graphisme , la photographie, les illustrations,... Entre studio de design, magasins de vélo et roulant son fixie dans Bruxelles, John est toujours sur quinze projets en même temps... Infatigable, cultivé, sympa, il nous livre sa vision du tattoo.


SYMBOLIQUES Mes tatouages résultent de différentes raisons : parfois pour des convictions graphiques, sociologiques et symboliques ou alors pour des raisons plus familiales ou sur un vécu personnel. Je possède en tout sept tattoos. Certains sont réfléchis, puis d’autres sont des délires voire même des conneries... La symbolique des tattoos sur mon torse représente vingt ans d’histoire familiale. C’est en quelque sorte une sorte de post-it, une devise, une ligne de vie.... Ca me sert à ne pas oublier d’où je viens, où je vais. C’est un «post-it» tant pour les points positifs que négatifs. Le style du tattoo est dans l’esprit graphique « rock & roll », non pas pour faire comme les petits zigotos branchés mais parce qu’il écoute du rock depuis l’âge de neuf ans et que le rock est aussi une espèce d’héritage culturel familial. Les hirondelles? Il y a plusieurs significations. Pour les marins, l’hirondelle symbolise le retour à la terre après un voyage. En effet, l’hirondelle s’en va mais revient toujours. De plus, au moyen-âge,

l’hirondelle symbolise le nid, la famille. En partant d’une brindille elle est capable de loger et nourrir toutes sa famille. C’est dans ces deux symboliques qu’il se retrouve le plus par rapport à son vécu et son histoire familiale. Les trois lignes sur ma jambe sont plus une conviction graphique qui peut être applicable à bien d’autres choses à mon sens. En effet, c’est une recherche


de contraste, d’opposé, une confrontation du minimal (la ligne) et du maximal (trois lignes forment un symbole, une forme, par exemple : une chaussette de footballeur - Ou pas...) résultant par un ensemble massif de trois traits simples. Le but était de partir d’opposés graphiques pour obtenir un ensemble cohérent.

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Pour mes orteils, il s’agit plus d’un délire personnel étant donné que peu de personnes les voient. Les mots « left », « right » dans la culture anglophone sont des symboles en eux-mêmes, presque des pictos. J’aime la typo, et donc j’ai décidé de faire une typo typiquement issue de la culture tattoo old school des années 80. Le cœur sur mes fesses est aussi un joyeux délire. En fait j’ai voulu le même cœur au même endroit que le bisounours... Au final j’ai en tout et pour tout passé à peu près quinze heures à me faire tatouer. Comme premier tattoo, je conseillerais la lèvre inférieure : on ne sent presque pas la douleur.

SUR LE CORPS Au niveau de l’endroit que je choisis de tatouer, le premier critère de sélection c’est le dessin... Certains dessins ne sont pas possibles à certains endroits. J’ai essayé la plante des pieds mais ca n’a pas tenu. En général, je vais toujours dans le même shop mais j’aime me faire tatouer par des mecs différents. Mais je compte bientôt changer... c’est important de changer d’air de temps en temps. Pour l’instant ma limite se situe au niveau des bras et du visage. En ce qui concerne le caractère définitif du tattoo, il nous répond qu’il s’en fout car de toute façon avec ou sans tattoo, à septante-cinq ans il sera moche... Autant être moche et rigolo que moche tout court. Vis à vis de mon boulot, cela se passe sans trop de soucis puisque de toutes façon mes patrons comme mes clients m’engagent parce que je suis un «artiste sympa»...

Jonathan Borms Photographié, interviewé par Esteban Hendrickx, Cyprien Godin et Tom Point à Ixelles le 21/09/2010


S

ara est une jeune étudiante en infographie à la Haute École Albert Jacquard. Elle vient de rentrer en première année et se verrait bien en jeux vidéo. Calme, drôle, Sara n’a pas froid au yeux, elle était prête à se faire photographier par trois inconnus dans son kot... Juré craché on a été sages.

On n’a besoin de personne pour avancer


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SORTIR DE LA MASSE Le tatouage est une envie de longue date, je connaissais un tatoueur qui était intéressant, humainement et graphiquement. J’ai prix le temps de la réflexion pendant quatre mois approximativement. Finalement, je l’ai fait à l’âge de vingt ans. J’avais envie d’un tatouage que personne d’autre n’ait, un tatouage unique. Il représente une phrase en anglais traitée graphiquement, par mes soins mais aussi en collaboration avec le tatoueur, qui veut dire « On a besoin de personne pour avancer ». Dans la composition graphique sont intégrés aussi quelques

chiffres qui ont des significations particulières pour moi, des dates,… Sans tout révéler, le tatoo à plusieurs niveaux de lectures que tout le monde ne peut pas spécialement comprendre. Il faut aussi pour cela me connaître un peu plus et connaître aussi mon vécu. J’ai aussi choisi de le réaliser sur mon côté car je n’ai pas envie qu’il soit un frein à ma vie professionnelle, le coté est un endroit discret lorsqu’on est habillé dans la vie de tous les jours et dans la vie professionnelle. C’est aussi une zone du corps qui ne se déforme pas. Le tatoo gardera donc, la forme que


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j’ai voulue. Dans le futur, continuer sur un ou plusieurs tatouages est une idée que je ne rejette pas… Rien n’est décidé encore, je pense peut-être tatouer le portrait de mes grands-parents maternels, mais je le ferais faire par un autre tatoueur, il n’y a encore rien de sur !

Sara Fintolini Photographiée, interviewée par Esteban Hendrickx, Thibault Danloy et Guy Delhaxhe à Namur le 22/09/2010


“Lede lotus, symbole la réalisation de J

essica Stampa est une mère de famille bruxelloise de deux enfants issus d’un mariage tibétains avec Oujhin rencontré à Taïwan. Elle aime le tatouage pour la représentation symbolique qu’il peut apporter, la culture tibétaine, les voyages, cuisiner et s’évader en méditations.

l’être


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TANKA BRUXELLOIS J’ai toujours aimé les tatoos mais j’ai malheureusement toujours manqué de temps et d’argent pour en faire un grand. Plus jeune, je me suis fait tatouer un petit chat mais ne le trouvant plus très intéressant j’ai par la suite décidé d’en réaliser un par dessus afin d’en faire un tatouage plus personnel, plus symbolique et recouvrant l’ancien. J’ai épousé un tibétain et j’ai eu la chance de vivre pendant plusieurs années en Thaïlande, j’ai aussi bourlingué en Inde, au Tibet. Finalement, j’ai été séduite par un tatoueur bruxellois lui aussi fort proche de cette culture. Mon désir était de tatouer une fleur de lotus car dans la culture asiati-

que, elle est le symbole de la pureté malgré qu’elle ne pousse que dans la vase... J’aime ce contraste de signification, ça me correspond bien. L’idée étant la, j’ai laissé le tatoueur réinterpréter le tatoo, mélangeant une fleur de lotus et des symboles et motifs tibétains. L’endroit a été choisi car j’avais envie de recouvrir mon premier tatoo fait sur un coup de tête. Pour moi, le lotus est «ma fleur» parce que je n’ai pas toujours fait les meilleurs choix dans ma vie mais depuis la rencontre d’Oujhin, mon mari tibétain, et la naissance de nos enfants, je tente d’aller vers une vie plus pure.


Prochainement j’ai le projet de faire un tatoo supplémentaire représentant un tanka tibétain dans le dos. J’ai trouvé sur internet, un tatoueur new-yorkais travaillant avec des spécialistes du tanka (grand tapis représentant un dieu tibétain) et lui-même s’est spécialisé dans le tatoo tibétain. Malgré tout, je ne pense pas que ce projet aboutira concrètement : j’ai peut-être commencé trop tard pour ca et puis mon mari préfère que je n’aie pas un dieu tatoué sur le dos. Je pense que je me contenterai de représenter une série de motifs et symboles présent sur les tankas tibétains. Un des avantages à réaliser ce travail à New-York est l’usage d’un baume anesthésiant pour réduire la douleur inhérente au tatouage, une pratique prohibée en Belgique. Pour certaines occasions, je cache un maximum le tatouage (vu l’endroit, il est difficile de le cacher entièrement). J’avoue que je devrais peut-être le cacher plus souvent mais au final je trouve que le monde des tatoués à évolué ces dernières années et que cela passe beaucoup mieux à l’heure actuelle.

Jessica Stampa Photographiée, interviewée par Esteban Hendrickx, Tom Point et Cyprien Godin à Bruxelles le 22/09/2010

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Un tatouage, c’est un échange entre tatoueur et tatoué

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M

élissa est étudiante à la Haute Ecole Albert Jacquard, section 3D. Elle poursuit son cursus après des humanités en option photographie. Nous avons appris à la connaitre en quelques dizaines de minutes. Pressée entre deux cours, elle a accepté de nous mener rapidement chez elle pour une séance confessions - photos.


Un héritage familial Depuis toute petite je baigne dans le monde du tatoo. De part mes parents, de part leurs amis, connaissances, j’ai toujours vu des gens tatoués autour de moi. Mon père et ses amis sont de grands adeptes du tatouage. Tout cela a fait que j’ai rapidement développé l’envie de me faire tatouer. A l’âge de douze ans déjà, j’ai fait moi-même mon premier tatouage avec une aiguille et de l’encre de chine. Il représentait trois petits points. Mon tatouage suivant a été réalisé à dix-sept ans, avec l’assentiment de mes parents. Le fait d’avoir commencé tôt ne m’a pas spécialement créé beaucoup de problèmes avec

l’opinion des gens, puisque je vis littéralement dans ce milieu. Néanmoins, le regard des autres, je m’en fous. Mon corps me plait à moi et c’est tout ce qu’il me faut. Sinon j’essaye quand même de tatouer pour l’instant sur des endroits du corps que je pourrais masquer ( haut des bras, clavicules,… ). Ensuite, lorsque je serai établie professionnellement, j’aviserai pour les endroits plus en évidence. Je n’ai pas vraiment de limites quant aux nombres de tatouages, je voudrais juste faire de mon corps une œuvre d’art. Malgré tout je ne ferai jamais rien sur le visage !


L’endroit de mon tatouage est quelque chose que je ne décide pas spécifiquement. C’est le dessin qui prime. Ensuite, l’endroit est déterminé avec le tatoueur, sur base des critères, des contraintes liées à la technique du tatouage en lui-même. Je ne veux encore rien faire sur le cou, les mains, les avant-bras, rien sur ce qui se voit et qui pourrait me fermer des portes professionnellement. Pour l’instant je veux pouvoir les cacher si j’en ressens le besoin. Pour arriver à un bon résultat final, le tatoueur doit aussi s’amuser, trouver son plaisir. Il est nécessaire de lui laisser un peu de liberté pour qu’il s’approprie le travail. Je choisis bien évidemment le dessin, puis j’en discute avec lui, on le modifie avant de tatouer. Cette phase du tatouage que les gens ont souvent tendance à oublier peut parfois prendre énormément de temps ! C’est une vraie collaboration entre le tatoueur et le tatoué, un échange.

Un message caché La signification des tatouages est assez variée… Sur la clavicule, les dés ont un message sous-jacent qui est la date de mise en couple avec mon copain. Celui sur le bras a une signification aussi tout particulière, il symbolise pour moi la liberté puisque je l’ai fait lorsque mon père m’a chassé de la maison. Généralement, lorsque je me décide pour un nouveau tatouage, il résulte d’une expérience de vie, d’un choix, quelque chose qui me définit et qui à l’avenir fera partie de moi et me suivra toujours.

Plus tard, j’aimerais me faire tatouer les articulations, os, vaisseaux sanguins à divers endroits du corps. Une autre idée, sur le torse, j’aimerais représenter la peau écartée et découvrir à l’intérieur du corps des engrenages. D’une manière générale, mon but est de couvrir mon corps des tatouages, mais cela sera possible seulement lorsque les conjonctures privées et professionnelles s’y prêteront au mieux.

Mélissa Pêtre Photographié, interviewé par Esteban Hendrickx, Biesmans Antoine, et Pirotte Nicolas à Namur le 22/09/2010

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The Tattoo Shop

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eux sympathiques tatoués, une cave à l’allure insalubre, des graffitis un peu partout, bienvenue au Tattoo Shop.


STEPH

Passionné par les tatouages des marins, j’ai fait faire mon premier tatouage à 16 ans avec l’accord de mes parents. J’ai toujours voulu devenir tatoueur et j’y étais vraiment obstiné. C’est en 2004, un an après la création du Tattoo Shop que j’ai rencontré Alex, le patron du salon et je lui ai demandé de me former pour devenir tatoueur.

«Je passais mes journées à dessiner des lignes sur une feuille avec un poids au boût de mon crayon pour m’entraîner» J’étais tellement nerveux lorsque j’ai réalisé mon premier tattoo que c’est le patient qui devait me calmer pour ne pas que je foire le tattoo ! Au fil des années, mon corps s’est mis à ressembler de plus en plus à un exutoire. Au delà de l’allure agressive de mes tatouages, certains possèdent une réelle signification dans ma vie. J’ai dessiné celui derrière mon oreille en mémoire de mon frère et d’une fille qui comptait beaucoup pour moi.

«Une fois j’ai tatoué un transexuel aux dessus des parties intîmes ! Je ne sais toujours pas si je dois dire «il» ou «elle»...»


STAN

Et le tatoué dans tout ça ? Je suis un habitué du studio, ça fait environ 15 ans que j’ai rencontré Alex, le patron et on s’est vraiment lié d’amitié. C’est une véritable histoire d’amour entre moi, Alex et Steph ! Mon premier tattoo, je l’ai fait à 20 ans. Aujourd’hui, je me fait tatouer «Eat My Meal» sur la cuisse droite !

«Je ne fous rien de ma vie ! Sinon j’aime voyager, skier et je ne me lave jamais, au grand plaisir de Steph.»

Stephane Vantricht et Stam Bautier Photographiés, interviewés par Cyprien Godin et Nathan Gilson à Bruxelles le 22/09/2010

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The End.

InkMe  

InkMe is a mag designed by some student about Tattoo

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