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LA GRANDE GUERRE (1914 –1918)

Pour

des millions d’hommes, le 2 août, jour de la mobilisation, marque un tournant dramatique de leur vie, même si beaucoup croient que tout sera réglé en six semaines et que, dès lors, ils montent au front la fleur au fusil. Le destin du jeune architecte (trente et un ans) à succès se sépare d’autant moins, alors, de celui de ses compatriotes mobilisables que, fils d’un homme qui a été “chassé” d’Alsace avec sa famille en 1871, il n’est pas absurde de lui supposer un ardent désir de revanche contre “les Boches”. Pour en savoir davantage, il eût fallu aller aux archives de l’Armée à Vincennes, mais une expérience antérieure de cette nature, il y a vingt-sept ans, nous en a dissuadé : compliqué et poussiéreux ! On se contentera donc de reprendre, pour l’essentiel, ce qui semble acquis, durant cette période, de la vie de Jean Walter. Une question préalable, toutefois : aurait-il été de cette fameuse “première bataille de la Marne”, quasiment aux portes de Paris, qui, début septembre 14, a largement conditionné, pour la France, les quatre années de guerre qui allaient suivre ? Homme de l’Est, le sous-officier des chasseurs à pied a fort bien pu être mobilisé sur place (une source au moins signale qu’il a fait évacuer de Montbéliard toute sa parentèle en raison de la proximité du Front). Devenu quasiment parisien avec l’aventure de Draveil, on peut aussi supposer qu’il a pris, en effet, un des fameux “taxis” en direction des Grand et Petit Morin et des marais de Saint-Gond. Il aura en tout cas participé, à partir de l’automne 14, à la “guerre des tranchées” qui installe, jusqu’au printemps 1918, combattants allemands et alliés dans un face-à face absurde et massacrant.

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Que Jean Walter

ait, comme l’on dit, fait “une belle guerre” est un point acquis. Il y est en tout cas blessé quatre fois, dont une au moins très cruellement puisque son petit-fils Jean-Jacques rapporte que, longtemps après l’événement, la douleur en restait telle qu’il “criait la nuit”. Val de Grâce, Necker, Saint Joseph : autant d’occasions pour l’architecte à l’esprit jamais en repos, dira la légende dorée, de réfléchir sur une autre conception possible des hôpitaux français...

Une photo de lui, prêté en 1962 par sa veuve, Domenica, à Espaces, la revue de l’Association des lauréats, le montre, en 1915, dans une tranchée, barbu comme on sait, parmi des camarades eux aussi coiffés non du casque mais d’une casquette de laine, ce qui montre que sa section était en seconde ligne ce jour-là. Il s’appuie sur une canne, comme un homme blessé, ou alors en inspection. En 1916, un troisième enfant lui naît, une fille, Monique. Compte tenu de l’hécatombe que provoquent les dérisoires avancées et reculs qui sont l’ordinaire de cette guerre de position, il est logique qu’un homme à la fois instruit et brave (il est cité quatre fois à l’ordre de son unité dont une fois, dit-on, par le général – ou généralissime, selon la date : 1914-16, ou 1918 - Foch), monte en grade. Ce sera le cas : Jean Walter terminera la guerre comme capitaine – et sera décoré de la légion d’honneur en 1918. Mais dès 1916, ou 1917, le destin, pour lui, oblique. Soit parce que ses blessures l’ont trop éprouvé, soit parce que deux de ses frères, Pierre et Georges, ont déjà été tués et qu’il faut “sauver le soldat Jean Walter”, soit parce qu’il a démontré des qualités (il aurait imaginé un système de “bouclier” protégeant les “poilus” montant à l’assaut...) qui le rendront plus utile ailleurs qu’au Front, il est appelé auprès du colonel Estienne, un polytechnicien qui travaille à la mise au point

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d’armes diverses : un canon d’un type nouveau, évidemment plus mortifère; et le char d’assaut qui se révélera être l’arme décisive, sur le front occidental, des soldats alliés, français, anglais et américains, pendant la dernière année de la guerre (une source non vérifiée assure même que c’est Jean Walter qui aurait suggéré l’utilisation du caterpillar, ou “chenille”, cette chaîne sans fin déjà en usage en Amérique du nord pour certains tracteurs.) La même source veut qu’il ait achevé la guerre au cabinet du président du conseil Georges Clémenceau. Sur Wikipedia, à quoi a beaucoup contribué un M Georges Beisson, (inconnu de l’auteur de ces lignes mais...), il aurait assumé auprès du “Tigre”, les fonctions d’“attaché militaire”.

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http://bdethy.free.fr/Jean-Pierre.Clerc/Le%20Grande%20Guerre  

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