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l e b a b e d t espr !

rseille

es à Ma r u lt u c s e d e r u r 2010 Cult numéro 1 janvie


Marseille, place Jules Verne, avril 2009. Photographie tirée d’un sténopé*, prise dans le cadre d’un atelier d’insertion sociale à la Maison Pour Tous Panier-Joliette, animé par Jean-Marie Plume, photographe. *appareil photo constitué d’une boite de conserve percée d’un minuscule trou et d’un papier sensible à la lumière.


« ET MOI, J’AIMe BIEN QUAND QUELQU’UN PEUT PARLER à MA PLACE POUR DIRE CE QUE JE PENSE. çA PERMET DE LâCHER CE QUE NOUS, ON NE PEUT PAS DIRE. EUX, ILS SONT SUR LES PLANCHES. » r 2010 numéro 1 janvie


FICHE 2 - LA CULTURE Par convention, ce que nous appelons ici culture n’inclut pas : 1. La culture amérindienne 2. Un clip politique brillamment mis en musique qui risque de faire un buzz sur Youtube 3. Jean-Marie Bigard qui remet le paquet au Dôme 4. La soirée communautaire comorienne avec concert + repas + conso à 22€ + gratuit pour les filles accompagnées de deux garçons avant 22H 5. Le DVD de « Bienvenue chez les ch’tis » avec en bonus la déclaration de Daniel Hamidou sur son enfance pauvre

FICHE 1 – LES PAUVRES

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Découpez-moi ou déchirez-moi et collez-moi sur un cahier pour commmencer la collection. Il n’y a pas encore de classeur relié ou de mug à l’éffigie d’E2B au bout de 100 fiches collectées. Il n’y en aura probablement pas.

Les pauvres dont il est ici question, pour commencer, sont ceux que l’on nomme plus volontiers « les publics socialement défavorisés » ou encore « les familles d’origine modeste ». Difficiles à définir, ils sont en revanche aisément identifiables. Esprit de Babel vous livre quatre astuces pour les reconnaître : 1. Ils sont mal habillés ( tout en croyant être à la mode ) 2. Ils adorent faire leurs courses à Carrefour, même si le Coca y est plus cher que chez Ed 3. Ils habitent volontiers dans des Zones Urbaines Sensibles ( à quoi ? ), dans des appartements souvent trop petits 4. Ils scolarisent leurs enfants ( quand ils y pensent  ) dans des Zones d’Education Prioritaire ( par rapport à qui ? )

-------------------POUR ALLER PLUS LOIN : La culture à laquelle nous faisons ici référence est très restrictivement définie : elle recouvre l’ensemble des œuvres que l’on trouve dans les salles de spectacle subventionnées, les musées, les cinémas, les librairies et qui relèvent d’une démarche principalement artistique et/ou intellectuelle. Les démarches dont le but principal est de gérer un temps de cerveau disponible, ou les considérations anthropologiques et historiques n’entrent donc pas, en tant que telles, dans le cadre de cette définition.

--------------------POUR ALLER PLUS LOIN : Les pauvres sont à la fois divers et issus de la diversité : ils sont soit employés, soit ouvriers, soit RSistes, soit retraités, soit chômeurs, soit adultes handicapés… Globalement, ils n’ont pas fait trop d’études, leurs parents étaient eux-mêmes pauvres ( en France ou ailleurs ). Certains d’entre eux fréquentent, plus ou moins assidûment, des structures sociales. Beaucoup aiment jouer au jeux de hasard.

mmaire

espr!t de babel 1 quasitrimestriel gratuit diffusé à Marseille édité par l’association Les Bancs Publics* lieu d’expérimentations culturelles 3, rue Bonhomme - 13003 Marseille Dépôt légal : janvier 2010 / ISSN en cours

Cultures du coeur 13 /

rédacteur en chef Guillaume Quiquerez comité de rédaction Pascal Bély consultant Cabinet Trigone et blogueur / Emmanuelle Bonthoux professeur de français au lycée Diderot / Jean-Christophe Dessart travailleur social / Rémy Duthérage directeur de la Maison Pour Tous Panier-Joliette / Nicolas Ferrier enseignant en médiation culturelle à l’Université de Provence / Christine Guichou art-thérapeute / Nathalie Jaunet assistante sociale / Benoît Paqueteau régisseur et graphiste aux Bancs Publics / Géraldine Pourrat coordinatrice cuturelle des 2éme & 3éme arrdts - fail / Estelle Renavant administratrice des Bancs Publics /Anne-Laure Sarazin chargée de communication aux Bancs Publics maquette Benoît Paqueteau

crédits photographiques couverture Maison Pour Tous Panier Joliette - page 6 : Guillaume Quiquerez pages 9/10 : Régis Sauder - pages 11/12 : Sarah Guillemot pages 12/13 : Didier Nadeau - pages 18/19/21 : Benoît Paqueteau Ce numéro est librement téléchargeable sur notre site : http://www.lesbancspublics.com pour contacter la rédaction du journal : _ écrivez-nous à esprit2babel@lesbancspublics.com _ passez nous voir au 3 rue Bonhomme 13003 Marseille (Belle de Mai) _téléphonez-nous au 04 91 64 60 00 esprit de babel reçoit le soutien de la Politique de la Ville (CUCS Saint Lazare/Saint-Mauront/Belle de Mai). imprimé à 10 000 ex par Rotimpres {esp} sur papier 60gr/m2

DOSSIER

ont contribué de près ou de loin à ce numéro et en sont vivement remerciés : Sylvie Chanal, Johan Brulez, Anne Tesson, les élèves du Lycée Diderot, Elsa Bernardo, Marie Lelardoux, Julie Kretzschmar, les participants aux groupe de spectateurs.

5 La culture n’a pas de prix ? / 6 Le metteur en scène, les jeunes et la directrice du restaurant / 7 Le Kiyetvoo / 7 échanges phocéens : culture et égalité des chances / 8 Les lycéens et la Princesse 1ère partie / 9-10 Les lycéens et la Princesse 2éme partie / 11-12 Regard du milieu /13-14 Itinéraire(s) d’un groupe de spectateurs / 16 VOUS AVEZ UN DRÔLE Conversation SARA-GHU & Les Bancs Publics / 17-18 DE PUBLIC ! Extraits de rencontre : Ville Invisible / 19-20 Un « RMI spectateur » / 21-22 Le téléphone marseillais / 24


Faut-il vraiment que les pauvres aillent voir des spectacles, qu’ils lisent des livres et voient des films, qu’ils visitent des expositions… ? éditorial Le fait que les pauvres aient des pratiques culturelles elles-mêmes pauvres ne date pas d’aujourd’hui. Ni même d’hier. En tous temps et en tous lieux, l’accès aux choses de l’esprit, aux raffinements de la pensée, aux chatoiements des sens, du sens, a été l’affaire, en priorité, de personnes aisées, relevant de catégories sociales élevées (dominantes diront certains). Ce fait est avéré et expliqué  : même si ses causes sont multiples et enchevêtrées, difficiles à démêler, elles n’en sont pas moins connues depuis belle lurette : coût financier, accès à l’information, stratégies «  de distinction », autocensure, intimidation, absence d’éducation à l’art, politique urbanistique… Ce qui est plus nouveau, en revanche, du moins à l’échelle du demi-siècle écoulé, c’est que ce fait ne pose plus vraiment question. Force est de constater, en effet, que peu de débats publics placent en leur cœur la problématique de l’accès aux pratiques et aux biens culturels. Et que, dans un même mouvement, les acteurs publics, en dépit de quelques gesticulations oratoires et de certaines exceptions notoires, se désintéressent progressivement de la démocratisation de l’accès à la culture. Serait-ce que le problème a disparu ? Certainement pas, et il est même probable que la situation soit loin de s’améliorer de ce point de vue. Comme l’écrit d’ailleurs un fin connaisseur du monde de l’art et de la culture, « notre politique culturelle est l’une des moins redistributives de notre pays. Financée par l’argent de tous, elle ne bénéficie qu’à un tout petit nombre1 ». Et parmi ce petit nombre ne figurent pas, sauf exception, les pauvres. Serait-ce alors que tout espoir de tendre vers un monde moins inégalitaire a été, de toutes parts, abandonné ? Pas davantage : on se demande bien, de temps à autres, s’il ne serait pas légitime que les pauvres soient davantage accompagnés vers l’emploi, plus décemment logés, mieux récompensés de leurs souffrances au travail, mieux formés, mieux soignés ; s’il ne serait pas opportun que leurs enfants reçoivent une Éducation Nationale plus attentionnée, s’il ne serait utile de relancer « l’ascenseur social »...

lui-même un sujet dont la valeur a fortement décliné. Nul n’est désormais tenu d’être cultivé pour être (paraître) un honnête homme. Pourquoi, dans ces conditions, vouloir soulever des montagnes pour que les pauvres se cultivent ? Croyance pour croyance, nous souhaiterions ici en opposer une autre. Non dans le secret dessein de vouloir ébranler les certitudes d’une vox populi dans ce qu’elle a désormais de plus enraciné : le matérialisme. Certes, Esprit de Babel (E2B) fera montre d’un peu d’audace, mais, avec ses faibles troupes, son audience modeste, le bénévolat de ses contributeurs et ses vues partielles, il évitera de tomber dans le grotesque absolu. Si nous entendons poser ici le droit effectif à la culture pour tous comme un impératif démocratique, c’est que nous éprouvons sa nécessité pour nous-mêmes, tout bonnement. Cicéron le disait déjà : « Il faut manger pour vivre, et non vivre pour manger. » Or une fois le repas pris (une fois mises de côté les données matérielles qui conditionnent notre existence physiologique et matérielle), reste le reste. Et ce reste n’est pas manger deux fois plus ; mais : penser, éprouver, vivre ensemble, imaginer, créer, croire que. Ce partipris traversera tous les numéros, toutes les problématiques. Il n’accouchera jamais de bonnes réponses, d’avis objectifs ; il engendrera des témoignages, posés pour être partagés, discutés. Il génèrera des points de vue situés, rendra compte de situations vécues, de projets réalisés, d’actions menées. E2B n’exposera pas, objectivement et péremptoirement, ce qu’il faut penser, faire : il fera place à la parole de ceux qui (et ils restent nombreux), en leur for intérieur, persistent à poser qu’en tous lieux de la cité, la question culturelle doit être appréhendée comme nécessairement centrale, que ce lieu relève de l’économique, du social, de l’éducatif ou encore du politique.

Concernant alors la question du titre, notre réponse est oui. Oui, il serait juste, important, et nécessaire, que des pauvres puissent aller voir des spectacles, voir des films, visiter des expositions. La seule question qui vaille, à nos yeux, se pose donc ainsi : comment faire ? C’est largement autour de cette deuxième question qu’est articulé ce numéro 1. Quant à la réponse à la première, ce oui posé Serait-ce, finalement, que le fait est désormais comme une évidence, évidence hérétique aux oreilles de tenu en lui-même pour mineur ? En clair : serait-ce parce tous ceux qui jouent la petite musique d’ambiance, nous que la culture elle-même n’est plus suffisamment un enjeu n’avons aucune démonstration à proposer qui la justifiede débat, un enjeu politique ? Parce qu’on la tient désor- rait jusqu’au bout. Il n’est pourtant pas honteux d’affirmais pour quantité négligeable ? Qu’on la cantonne vo- mer que nous disons oui par principe, par croyance, avec lontiers à sa forme ludique, agréable, distractive, accessoi- cette conviction que c’est quand même mieux de laisser re – à moins qu’elle n’accepte, tout à l’opposé, de jouer un s’inventer, en chacun, des possibles, plutôt que de dénombrer chez chacun des impossibilités figées. Mieux, aussi, rôle fonctionnel, publicitaire, très utilitaire ? d’essayer de partager ensemble les choses de l’Esprit – en Il est probable que cette dernière hypothè- l’occurrence celui de Babel – en oubliant un instant celles se soit la bonne et relève, tout bonnement, d’une croyance de la matière, s’il se peut. partagée tenue pour vraie. Dit autrement : le fait du faible Guillaume Quiquerez accès à la culture des pauvres ne pose plus question, parce que, tout bonnement, l’accès à la culture des non-pauvres est ______ 1

Lettre de mission de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République, adressée à Mme Christine Albanel, Ministre de la Culture et de la Communication, 1er août 2007. NDLR : cette phrase est sortie de son contexte.

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Cultures du cœur 13 une culture de l’accès à la culture

V

oilà presque dix ans déjà que Cultures du cœur 13 développe des initiatives à destination de personnes en difficulté, en s’appuyant sur la conviction que « la culture participe à l’épanouissement personnel et à l’apprentissage de la citoyenneté ». Acteur majeur des Bouches-du-Rhône, l’association, membre du réseau national du même nom, œuvre quotidiennement à l’interface des structures culturelles et sociales pour défendre « l’accès égal de tous, tout au long de la vie, à la culture ». Rencontre avec Sylvie Chanal, chargée de projets.

Au fil des années, Cultures du Cœur 13 a développé un imposant réseau de partenaires : plus de 500 structures culturelles et presque autant de structures sociales coopèrent tout au long de l’année avec l’association. Elle joue alors, à titre principal, un rôle de médiation : d’une part, elle sollicite les théâtres et les musées (notamment) pour pouvoir bénéficier d’un quota de places gratuites, selon une méthodologie précise ; d’autre part, elle s’appuie sur les structures sociales pour faire bénéficier de ces places les personnes en difficulté sociale. C’est ainsi qu’environ 7000 sorties peuvent voir le jour chaque année dans les Bouches-du-Rhône. « 7000 sorties, ce n’est pas 7000 personnes », précise Sylvie Chanal. « Il est d’ailleurs très difficile de tenir un pointage précis. Nous constatons que certains bénéficiaires deviennent des spectateurs assidus, tandis que pour d’autres, c’est la seule sortie de l’année. »

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Des actions complémentaires

Parallèlement aux sorties culturelles à proprement parler, Cultures du cœur a mis en œuvre deux autres types d’actions très complémentaires. Des cartes postales, éditées par Cultures du Cœur, d’abord, qui permettent aux spectateurs d’ « exprimer librement leurs émotions et transmettre leurs ressentis ». Des ateliers d’écriture encadrés par un auteur, ensuite, intitulés « de la plume à la scène », et dont l’objet est d’associer l’écriture à la sortie culturelle sur un mode plus approfondi. Enfin, Cultures du coeur 13 s’attache à développer des réseaux, dans le but de favoriser les échanges de points de vue et de bonnes pratiques. C’est ainsi que les « Rendez-vous du Refus » sont organisés chaque année, avec l’objectif de faire découvrir, par une série de visites proposées aux travailleurs sociaux, des pans importants de la culture dans les Bouches-du-Rhône (les théâtres, le patrimoine antique, le patrimoine industriel… ). Des journées annuelles, ouvertes à un large public de travailleurs sociaux et culturels, articulées autour des rencontres entre Art et Société, parachèvent le dispositif.

sont évidemment préférables. Au moins à deux. C’est pour cela que chaque personne bénéficiaire peut avoir une seconde place gratuite. » Pour autant, contrairement à d’autres démarches mentionnées dans ce numéro, la sortie en groupe n’est pas au cœur du dispositif. « Nous avons le souci de ne pas constituer des groupes trop imposants qui risqueraient de rendre les personnes trop "visibles", avec un risque évident de stigmatisation » mentionne d’ailleurs Sylvie Chanal. Assumer une différence sociale rendue visible, au risque de faire porter des regards gênants sur ces spectateurs en difficulté (Vous avez un drôle de public ! dossier page 16) ou viser la discrétion, l’indistinction, au risque de ne rien bousculer des mentalités : le débat, réel, doit se poursuivre. E2B

à la question de savoir quel type d’accompagnement est proposé à ces spectateurs, la responsable de projets répond que « c’est variable dans les faits. (...) Toute sortie fait l’objet d’une préparation minimale de la part du travailleur social en contact avec le public concerné » (qui peut être réduit à une seule personne) : ce qui signifie décrypter les informations pratiques concernant la Historique (Le beauf ’ et l’ANPE) proposition culturelle (type de proposition, La petite histoire raconte que Navarro a largement participé lieu, horaire…), mais surtout proposer un à asseoir la légitimité de Cultures du Cœur : à l’époque où il premier travail de sensibilisation. Dans n’était déjà plus communiste, le beauf en personne, Roger Lévy, un deuxième temps, après la sortie, une fils de Victorine Hanin, Roger quoi, a ainsi accepté de soutenir discussion est organisée, en théorie, pour l’initiative d’Edgard Dana, ancien directeur du réseau Spectacle revenir sur les impressions du public. « En de l’ANPE. théorie, parce que certaines structures sociales L’acte fondateur, qui date de 1998 sur un plan national, s’appuie jouent mieux le jeu que d’autres. » sur trois constats : Même s’ils y sont fortement invités, les travailleurs sociaux ne sont donc pas tenus d’accompagner les personnes lors de ces sorties. « Les sorties en petits groupes

> Pour tout renseignement : Cultures du Coeur 13 - Antenne de Marseille 26/28 allées Gambetta - 13001 Marseille 04 91 32 64 78 / 06 77 47 73 96 culturesducoeur13@wanadoo.fr

1- la culture n’est pas accessible à tous 2- de très nombreuses places de spectacle restent inoccupées 3- l’Etat et les collectivités locales veulent s’engager sur cette problématique. Le raisonnement est donc simple : des publics sans culture ici, de la culture sans public là, et des pouvoirs publics qui voudraient faciliter la rencontre. Ce raisonnement, qui a la force de l’évidence, porte la marque de la mission de l’ANPE, en déplaçant dans le champ culturel son mode opératoire traditionnel : des chômeurs sans emploi ici, des emplois sans salariés là, et des pouvoirs publics qui voudraient faciliter la rencontre.


La culture n’a pas de prix ? Tarifs hors-abonnements

Théâtres à Marseille

chômeurs

allocataires du étudiants / jeunes RSA/RMI

notes

Les Théâtres (Gymnase / Jeu de Paume)

de 10€ à 16€

de 10€ à 16€

de 10€ à 13€ (tarif - de 26 ans)

Tarif dernière minute à 8€ en vente 30 minutes avant la représentation dans la limite des places disponibles. Tarifs selon emplacement et selon catégorie de spectacle.

La CRIéE

12€

12€

12€ (tarif - de 27 ans) Pièce nécessaire : relevé Assedic de moins de 3 mois.

Le Merlan

10€

3€

10€

Pièce nécessaire : un justificatif de moins de 3 mois.

Le Toursky

19€ à 43€

3€ à 43€

11€ à 43€

Pièce nécessaire : un justificatif CAF de moins de 3 mois. Sur 44 propositions de la saison 09/10, un tiers ont des tarifications spéciales allant de 24€ à 43€ pour les bénéficiaires du tarif réduit.

La Minoterie

8€

2€

5€

Théâtre Massalia

6€

6€

6€

Montévidéo Le Gyptis

7€ 9€

7€ 9€

7€ 12€

Les Bancs Publics Théâtre NoNo

7€ 10€

7€ 10€

7€ 10€

Théâtre Marie-Jeanne

9€

4€

9€

7€ pour les enfants de - de 12 ans

Théâtre d’Arles

de 9€ à 15€

de 2,40€ à 6€

de 9€ à 15€

Tarifs selon la catégorie de spectacle.

3bisF

6€

6€

6€

Tarifs enfants jusqu’à 15 ans : 4,50€

Grand Théâtre de Provence

de 8€ à 25€

de 8€ à 25€

de 8€ à 25€

Pavillon noir

de 5€ à 20€

de 5€ à 20€

de 5€ à 20€

Tarifs selon emplacement et catégorie de spectacle. Tarif dernière minute à 8€ en vente 30 minutes avant la représentation dans la limite des places disponibles. Tarification suivant la catégorie du spectacle.

Le Sémaphore - Port de Bouc

8€

4€

8€

MAC

0€

0€

1,5€

FRAC

0€

0€

0€

Musée Cantini

0€

0€

de 0€ à 2€

Tarif unique pour tous à 6€ pour toute la programmation sauf cirque. Tarif groupe scolaire : 4€ et cirque 7€ Tarif unique pour les lectures : 3€ et pour les mises en espace : 5€ Tarifs Spécial Famille : 2 adultes + 2 enfants = 56€ ou 1 adulte + 2 enfants = 42€ + 1€ d’adhésion pour la saison

Théâtres hors Marseille

Musées de Marseille Gratuit pour les étudiants en art

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Le metteur en scène, les jeunes et la directrice du restaurant Témoignage d’une rencontre heureuse

Il y a une quinzaine d’années, je travaillais au sein d’une structure socioculturelle dans un quartier périphérique de Bourges, quartier inscrit en politique de la Ville, constitué d’une grande majorité de logements sociaux, et abritant une population très précarisée. Depuis quelques mois, nous avions commencé à nouer contact avec la Maison de la Culture de Bourges (MCB). Son directeur nous proposa alors d’accueillir, pendant leur résidence, la compagnie du metteur en scène Gildas Milin, qui devait interpréter sa dernière création Le triomphe 7 de l’échec. Initialement, le spectacle devait être joué au sein de notre équipement, mais après avoir vu le spectacle lors de sa création, Gilbert Filinger directeur de la MCB tint à m’informer du contenu de ce spectacle, pensant que plusieurs passages de nudité et quelques scènes choquantes pouvaient provoquer des tensions. Après quelques échanges avec l’équipe d’animation, nous avons jugé plus raisonnable de ne pas présenter le spectacle chez nous, mais d’accueillir les comédiens et musiciens tous les après-midi pour des rencontres et des ateliers avec les adolescents et jeunes adultes qui fréquentaient notre équipement. Le premier jour, nous avons accueilli les artistes avec tous les jeunes de notre centre socioculturel, pour une présentation réciproque. Nous avions tout particulièrement invité de jeunes

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musiciens qui répétaient chez nous. Les artistes ont pris le temps de découvrir leurs centres d’intérêts, accompagnés de deux animateurs. Chaque jour, ils ont travaillé avec le groupe qui s’était positionné sur ce projet. Très vite, les musiciens se sont retrouvés autour de pratiques communes et ont commencé à jouer ensemble, pendant que les comédiens et d’autres jeunes avaient pris le parti de construire une pièce à partir d’un conte traditionnel zaïrois. Pendant ces temps de travail, les artistes ont pu également parler de leur travail et de la pièce qu’ils allaient présenter à la MCB. Au fil de l’avancée des rencontres et des séances de travail, nous avons d’abord convenu qu’à l’issue de la première représentation du Triomphe de l’échec serait présenté dans le restaurant de la MCB la pièce créée à partir du conte zaïrois, conjointement interprétée par les jeunes et les comédiens. Nous avons également décidé que la soirée se terminerait par un concert commun des jeunes et des musiciens de la troupe. Quelques jours avant la première, les artistes ont pris formellement le temps de présenter le spectacle aux jeunes souhaitant y aller, notamment pour les avertir de ce qui aurait pu les déranger. Aucun des jeunes ne se rétracta après cette présentation.

niveau des acteurs que du public. Mais l’événement le plus inattendu eut lieu après le concert : alors que les jeunes musiciens berruyers avaient clôturé la soirée en jouant leurs créations, la directrice du restaurant vint les voir et leur proposa de venir jouer en soirée dans son restaurant dans les mois à venir. Ce travail de partenariat fut pour tous les participants un véritable succès. Il y a quelques mois, j’ai eu l’occasion de croiser Gildas Milin qui m’a confié avoir gardé un très bon souvenir de cette expérience. Il m’a d’ailleurs raconté avoir gardé un contact épistolaire avec un des jeunes pendant plusieurs années. Pour finir, il est important de préciser que la proposition fut faite par la MCB plusieurs mois en amont, ce qui nous a permis de définir précisément ensemble le contenu de ce partenariat. Ceci a indéniablement constitué un élément de réussite de cette rencontre. Rémy Dutherage

directeur de la Maison Pour Tous Léo Lagrange Panier Joliette

Le jour j, le groupe de jeunes était bien présent, la présentation du conte et le concert en after au restaurant furent un grand succès, tant au

Qui êtes-vous ? Nathalie Jaunet, être humain de genre féminin Quel métier exercez-vous ? Assistante sociale à mes heures perdues… De quelle pratique souhaitez-vous nous parler ? La mienne pardi ! Ma manière d’envisager l’Autre et cette obsession de faire la jonction entre l’individuel et le collectif, le singulier qui se retrouve dans le pluriel, quoi ! De plus la population avec laquelle je travaille est souvent enfermée dans le besoin primaire : manger, se loger ! Quelle violence faite à une population déjà exclue économiquement que de l’exclure encore culturellement.

Quelles sont les motivations professionnelles qui vous ont conduite à développer cette démarche ? Lutter contre les aprioris qui laissent à croire que le culturel ne nourrit ni son homme ni sa femme. Ce serait inutile. Inutile peut être mais sans aucun doute indispensable. Dans ce cadre, quel est votre meilleur souvenir ? Et votre pire souvenir ? Mon pire et meilleur souvenir s’entrecroisent. Partie avec un groupe assister à la pièce de théâtre L’inattendu : dans le groupe, des femmes voilées ; dans le spectacle, des dialogues truffés de mots grossiers. J’ai passé la moitié du temps à me morfondre en me disant «  aïe aïe aïe, qu’est-ce qu’elles doivent être mal, pourquoi je les ai embarquées dans cette galère ! » à la sortie, des visages radieux. Une des femmes me dit « Madame Jaunet, même leurs grossièretés, c’était tellement beau que j’en ai pleuré. » Belle leçon et depuis j’ai appris à faire confiance aux autres !


Le programme « échanges Phocéens » de l’Ecole Centrale Marseille

L’école Centrale Marseille est une Grande école d’ingénieur située sur la Technopôle de Château-Gombert. Elle délivre un diplôme de très haut niveau à des élèves triés sur le volet. Triés sur leur parcours scolaire, bien entendu. Pourtant, à Centrale Marseille, comme dans toutes les autres Grandes Ecoles de France, on ne dénombre que peu d’élèves issus de milieux défavorisés. Souhaitant lutter contre cette inégalité des chances d’accès aux filières d’excellence de l’Enseignement Supérieur, l’école Centrale Marseille a impulsé en 2005 le programme « échanges Phocéens ». Il s’adresse à des collégiens et lycéens scolarisés dans des établissements intégrés dans un Réseau d’Education Prioritaire ou habitant dans des Zones Urbaines Sensibles. En s’appuyant sur un tutorat hebdomadaire encadré par des élèves ingénieurs, doublé de multiples actions culturelles, ce programme vise à accompagner ces collégiens et lycéens vers des études supérieures ambitieuses. Son but, d’une part, est de développer la curiosité des élèves en leur proposant une ouverture tant scientifique que culturelle et, d’autre part, de permettre la découverte des diverses filières et métiers qui pourraient s’offrir à eux.

échanges Phocéens : culture et égalité des chances

le témoignage d’un élève ingénieur de l’Ecole Centrale Marseille Chacun sait que les enfants issus de milieux socio-économiques favorisés ont, en général, des pratiques culturelles développées. Ces mêmes enfants sont les plus représentés dans les filières d’excellence de l’enseignement supérieur (Grandes Ecoles, Médecine, Droit…). En développant un projet d’ouverture culturelle à destination de collégiens issus de milieux défavorisés, nous espérons participer à l’urgence nationale qui est de rétablir une certaine représentativité au niveau des étudiants en filières d’excellence, mais nous espérons aussi favoriser leur enrichissement personnel. Il ne s’agit pas de sousentendre que les élèves suivis n’ont pas de culture – ce qui serait absurde. Néanmoins, il semblerait que celle qui est présente dans les milieux socio-économiques favorisés soit une des clés implicite de la réussite scolaire. Tant que les moyens de sélection conserveront cette facette culturelle particulière, et au moins pour cette raison, il sera nécessaire de la proposer au maximum d’enfants, tous milieux confondus. En complément des séances de tutorat dans l’enceinte même des établissements, le programme échanges Phocéens fait donc la part belle à des activités culturelles : voyages, stages et sorties permettent ainsi aux adolescents de se familiariser avec des lieux, des histoires, des langages, des esthétiques et des codes sociaux nouveaux pour eux. Ils les aident à réfléchir, à penser, à se penser. Ce que ces actions apportent à ces enfants est d’ailleurs très palpable. Quant à nous, puisqu’il y a bien échange, si notre engagement est bénévole, il importe de dire qu’il s’agit bien d’une démarche intéressée. En effet, autant du point de vue de notre formation d’ingénieur généraliste que du point de vue humain, nous sortons tous grandis de cette expérience riche et intense. Personnellement, ces actions menées autour de l’ouverture sociale m’ont particulièrement touché. Chanceux d’être issu d’un milieu favorisé et d’avoir évolué dans un environnement scolaire très privilégié, le programme a permis de me confronter à une réalité sociale, celle des quartiers nord de Marseille, et particulièrement celui de La Rose, où évoluent les élèves que je suis encore aujourd’hui.

Quant à l’ouverture culturelle, elle est double : participer à celle des élèves suivis en organisant des activités, travailler la mienne, par exemple lors des préparations de voyages dans les villes d’Aix, de Paris, aux îles du Frioul ou encore en découvrant différents théâtres de la ville de Marseille. Lors de ma première année au sein des échanges Phocéens, nous avons organisé avec le groupe d’élèves, alors en quatrième au collège Mallarmé, une sortie aux îles du Frioul ainsi qu’à l’opéra (Manon Lescaut, Jules Massenet). Malgré tous nos efforts, seule la moitié de nos élèves avait participé à ces événements. Imaginez notre bonheur lorsque, l’an passé, presque tous nos élèves et une maman sont venus à la représentation de La Finta Semplice de W. A. Mozart. En tant que responsable de l’équipe Sorties-Stages, j’ai également beaucoup appris par l’organisation des événements présentés cidessus : respecter des dates, programmer, préparer et adapter des activités, prendre en compte la dimension financière de ces dernières ou encore rencontrer de nombreux interlocuteurs et les convaincre de prendre part à notre projet. Enfin, et je crois que c’est le point qui me tient le plus à cœur, ce sont les discussions avec les élèves et leurs parents qui m’ont le plus enrichi. Convaincre de l’utilité du programme, faire participer les parents aux sorties, tout en présentant les séances toutes les semaines aux élèves en gardant leur attention, quoiqu’il arrive, ne sont pas des situations habituelles mais elles m’ont toujours offert et m’offrent encore aujourd’hui une grande satisfaction personnelle.

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Sorties culturelles et stages artistiques

Chaque groupe d’élèves choisit au moins une proposition et découvre une pièce de théâtre (Him de la compagnie italienne Fanny et Alexander aux Bancs Publics), un opéra (La Finta Semplice de W. A. Mozart à l’annexe Melchion du Conservatoire ), un spectacle de danse (Correspondances, de Kettly Noël et Nelisiwe Xaba au Théâtre du Merlan) ou encore une visite au Musée d’Art Contemporain. Enfin, la Grande Sortie est un défi : réunir tous les acteurs du programme autour d’un même événement. Chaque année, cent vingt élèves, parents, tuteurs, responsables des établissements et permanents de l’Ecole Centrale se sont retrouvés au théâtre (La Minoterie en 2008, La Friche la Belle de Mai en 2009). En mars et avril 2009, il y a eu deux sessions de stage avec deux intervenants pour chacune d’entre elles. Les élèves ont pu réaliser des créations artistiques, telles que des fictions sonores avec la metteur en scène Marie Lelardoux ou encore d’intéressants clichés avec le photographe Didier Nadeau. Près de 65 élèves ont participé à ces activités lors de leurs vacances scolaires.

Certains parents nous demandent si nous continuerons de suivre leurs enfants. Quant à Djamil, participant à deux reprises à des sorties à l’opéra, il nous a même confié en fin d’année passée : « L’opéra, j’adore ça ! ». Johan Brulez Elève-ingénieur en troisième année à l’école Centrale Marseille, il entame également sa troisième année de tutorat au sein du programme échanges Phocéens avec des élèves du collège Stéphane Mallarmé désormais scolarisés dans les lycées Diderot, Michelet, Saint-Charles et Thiers. Hautboïste en cycle de perfectionnement au CNRR de Marseille, il est responsable de l’Equipe Sorties-Stages depuis septembre 2008. > Pour tout renseignement : echangesphoceens@centrale-marseille.fr / 04 91 05 41 28.


1ére partie

Les lycéens de Diderot et la Princesse de Clèves : le film

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Entretien à propos du projet de film sur La Princesse de Clèves mené par Christine Guichou (C pour E2B) auprès de Anne Tesson (A) et Emmanuelle Bonthoux (E), professeurs au lycée Diderot de Marseille. E2B : Comment l’idée de ce film sur la Princesse de Clèves est-elle arrivée ? A : L’idée qui avait été lancée au départ c’était de faire un film sur les grands romans de la littérature française. Le premier grand roman moderne de la littérature française, c’est La Princesse de Clèves et, tout de suite, il nous avait semblé qu’il y avait moyen de faire un film que sur ce roman, tout d’abord en raison de sa grande richesse mais aussi parce qu’il nous est apparu qu’il y avait des relations claires entre les élèves et le roman : l’héroïne très jeune, adolescente, qui arrive à la Cour un peu comme eux arrivent au lycée, qui se retrouve prise entre sa passion et son éducation et les valeurs morales que sa mère lui a transmises. Faire un film qui présente le roman aux spectateurs, car le film était destiné à être diffusé à la télévision, c’est-à-dire au grand public et pas seulement aux réseaux scolaires. Il fallait donc délivrer une parole savante sur le roman et ce qui m’intéressait, c’était que cette

parole soit délivrée par mes élèves, qui sont censés être des « ânes », incapables de comprendre un livre et encore moins d’en parler intelligemment. Donc c’était le défi de faire ça avec les élèves du lycée Diderot, qui allaient montrer à la France à quel point ce roman était génial. D’autre part, il y a très vite eu l’idée de faire parler les élèves de leur vie en écho avec ce texte. La question s’est posée de savoir quel était vraiment le sujet du film, le roman ou les élèves. Finalement les deux sujets se sont maintenus. Au moment de l’écriture Régis (ndlr : le réalisateur) a insisté sur le texte, sur la façon dont les élèves pouvaient s’emparer du texte, sur ce qu’il pouvait éveiller en eux comme réflexion personnelle quant à leur histoire, leur adolescence, les valeurs transmises par la famille, la nécessité de se cacher dans une Cour, le non-dit, la passion, y céder ou pas, comment être en accord avec l’idéal de soimême. D’un autre côté, il y avait la façon dont les élèves s’emparaient du roman pour aller vers la culture au sens large, et tout simplement dans

un premier temps pour avoir leur bac. Donc avec toute une réflexion sur l’école et sur l’intégration. Qu’est-ce que ça peut signifier pour des élèves de Diderot de dire cette langue-là, d’aller au Louvre ? E : C’est pas uniquement faire des liens entre la Princesse et eux-mêmes, c’est forcément passer par des formes esthétiques. A : En tout cas c’est ce qui m’émeut le plus. E2B : Quel a été l’objectif de travail quand vous avez démarré l’atelier ? A : Dans un premier temps, étudier le roman, et dans un second temps seulement, Régis devait filmer. E : Le film devait être le réceptacle de tout le travail d’étude.


A : Une parole devait naître, qui devait être recueillie plus tard. Il ne s’agissait pas de faire un film sur un atelier. E2B : Qu’avez-vous fait dans cette première phase d’atelier pour faire émerger une parole ? A : On a essayé de faire du cours sans faire du cours et ça ne marchait pas. On pensait faire une sorte de salon littéraire où la parole serait un peu plus libre. E : On voulait lire et aboutir à une interprétation un peu fine du texte. Mais ça a tourné court très vite, ils restaient silencieux. Mais ils n’étaient pas habitués à ce dispositif, ils sont complètement… je ne trouve pas le terme… E2B : complètement scolarisés.

roman et du coup on entrait dans un processus cinématographique. On a sélectionné des « dires », c’est-à-dire des passages narratifs et des scènes. On les a travaillés au cours de cette année en suivant la chronologie du roman. L’atelier c’est devenu ça, avancer dans le roman à partir du script. On est venu des journées en plus pour filmer les scènes et les dires. E2B : Alors à partir de cette première scène jouée, cette langue n’a plus été une langue étrangère, la barrière linguistique était tombée ?

E2B : Dire un texte en cherchant la justesse c’est un autre rapport à la connaissance de ce texte dans le sens où tu vas le traduire pour toi, pour te l’approprier, et parce que tu fais des liens avec ton expérience propre et ta sensibilité, ton émotivité, à ce moment-là ça fait sens. A : Mais ça, je pense que c’est nous qui l’avons fait, pas Régis. E : Ce travail nous a complètement déplacées en tant qu’enseignantes.

E : Complètement. A : Oui, et les personnages sont devenus plus proches d’eux. Ce qui s’est inversé c’est que le texte s’est trouvé questionné dans une situation précise de demande d’information. Puisqu’il fallait

E2B : Mais toute lecture adolescente procède de toute façon de l’identification, et c’est bien ce qui s’est produit pour vos élèves. En plus, ils se sont identifiés à une œuvre donc au patrimoine culturel, qu’est-ce-que vous vouliez de plus ? C’est

Les modalités du projet

Incités par leur professeur de français ou attirés par l’affiche intitulée « Le cinéma vous tente, venez participer à la réalisation d’un film autour du roman La Princesse de Clèves de Madame de Lafayette » disséminée dans les couloirs du lycée, vingt et un élèves de première et de terminale se sont volontairement engagés dans ce projet. Régis Sauder, réalisateur, Anne Tesson et Emmanuelle Bonthoux, enseignantes au lycée Diderot*, ont mené un atelier hebdomadaire d’une heure et demie le mardi soir de 17h45 à 19h15, du mois d’octobre 2008 au mois de mai 2009. à partir du mois de décembre, des journées de tournage se sont ajoutées à ce programme : captations vidéo de scènes jouées par les élèves, tournage documentaire au lycée, dans les familles et dans le quartier. Au mois de mars, toute l’équipe du tournage s’est rendue trois jours à Paris, avec la caméra. * lycée classé Zone d’éducation Prioritaire.

E : …modelés par un cadre de cours.

dire, jouer cette phrase, il fallait bien comprendre pourquoi le personnage disait ça.

E2B : Vous avez voulu faire émerger une parole savante chez les élèves au lieu de la délivrer vousmême, les rendre actifs et ça n’a pas marché, alors dans un deuxième temps vous avez fait quoi ?

E2B : ça a suscité une pédagogie active que vous peiniez à mettre en place ?

A : Régis était présent aux ateliers et un jour il a proposé à deux élèves de jouer une scène.

E : Mais du coup, à partir de ce moment on s’est retrouvées, Anne et moi, des répétitrices du texte appris. On a abandonné toute ambition littéraire.

E : Et là il y a eu un moment de grâce.

A : Oui.

A : Il se passait quelque chose entre les deux élèves, de l’ordre de la séduction, et la langue s’est vraiment incarnée…

E2B : Pourquoi, puisque vous me dites que vous avez trouvé la façon de faire entrer les élèves dans la compréhension du texte ?

E : On a collectivement ressenti quelque chose. Les élèves ont applaudi.

A : Oui mais c’était la compréhension d’une phrase par ci une phrase par là, c’est pour ça que pour moi, nous n’avons fait qu’une analyse superficielle du texte, au final.

E2B : Rien qu’en lecture ils étaient déjà justes, ça signifie qu’il y avait une compréhension du texte ! A : Dès ce moment là, une intelligence du texte a surgi, du fait de devoir le dire. A partir de là, Régis leur a donné des passages à apprendre. E : A partir de ce moment Anne et Régis ont trouvé ce qui allait être la méthode de travail, ils sont partis sur l’idée de faire un script du

E2B : Oui mais d’un coup il y a eu une appropriation de cette langue. Quand on travaille à dire un texte, c’est un processus de connaissance du texte. Pourquoi tu parles de simple « répétiteur » ? E : C’est Régis qui a fait le travail de directeur d’acteur. On a cherché une diction intelligente du texte, on n’a fait que des explications littérales, ça n’a rien à voir avec une lecture analytique.

aussi l’objectif de l’école ? E : Mais on s’est quand même rendu compte que les élèves qui avaient étudié le roman en cours avaient une parole beaucoup plus nourrie sur l’œuvre que les autres, qu’ils avaient aussi fait plus de liens avec eux-mêmes. Ceux qui ne l’avaient pas étudié avaient une parole pauvre. E2B : Mais quand la parole est pauvre, est-ce que l’expérience l’est ? ça je n’en suis pas sûre. A : C’est vrai qu’avec cette méthode il y a eu une lecture plus émotionnelle, plus de l’ordre de l’identification. On peut y arriver aussi dans le cadre du cours mais là, quelque chose de plus intellectuel se joue. Il faut peut-être imaginer une conjonction de ces deux dimensions, émotionnelle et intellectuelle, c’est peut-être là l’idéal.

Projection du film jeudi 28 janvier 2010 à 20h00 au cinéma Les Variétés, 13001 Marseille

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2ème partie

La princesse entre au lycée Diderot Ce projet, tel que nous l’avons expliqué à Christine Guichou dans l’entretien précédent, se soumet de manière évidente à la question portée par ce premier numéro d’Esprit de Babel qui est l’accès des publics « défavorisés » à la culture. à l’issue des entretiens que nous avons menés récemment avec la plupart des élèves, il ressort que si cet accès s’est fait à des niveaux extrêmement divers, certaines réussites sont néanmoins unanimes. L’expérience du groupe d’abord : tous reconnaissent avoir vécu une expérience forte 11 faite de rencontres et de partage autour d’un même objectif : un film sur un roman et avec un roman. Ils ont pris plaisir à apprendre le texte, à le jouer plusieurs fois devant la caméra, à être dirigés avec exigence par le réalisateur. Enfin, ils sont fiers d’avoir mémorisé et restitué un tel texte et le vivent comme une prouesse. Les jours de tournage, en effet, les couloirs du lycée résonnaient de tirades déclamées ou chuchotées dans cette magnifique langue classique qu’ils avaient appris à aimer.

La plus grande réussite a été le voyage de trois jours à Paris. Logés dans le Marais, nous avons passé l’essentiel de ces journées à proximité du Louvre, circulant à pied, flânant sur les quais, dans le jardin des Tuileries, près des vestiges de la salle du Jeu de Paume. L’interaction entre Paris et le roman a été extraordinaire : ces deux univers entraient en résonance et s’éclairaient l’un l’autre. Alors que les lieux du roman prenaient corps, inversement, se promener dans le décor du roman – l’escalier Henri II, la salle des Caryatides où ce roi donnait ses bals grandioses et où la princesse de Clèves rencontra le duc de Nemours – les a aidés à en concevoir l’univers. Ce roman comme objet transitionnel vers un patrimoine a parfaitement opéré. De même, les deux conférences entendues au Louvre devenaient parfaitement intelligibles grâce à la connaissance du roman. L’une portait sur l’histoire du musée, l’autre sur les portraits de la Renaissance et en particulier les portraits de la famille royale par les frères

Clouet, et le portrait de Diane Chasseresse représentant vraisemblablement la duchesse de Valentinois. Lors de cette seconde conférence, la conférencière (qui avait relu La Princesse de Clèves pour pouvoir y faire référence) a été impressionnée par la concentration des élèves et la pertinence de leurs interventions. Il était évident que leur connaissance du livre leur donnait une porte d’accès à cet univers très abstrait du portrait. « Henri Second, je t’ai lu dans La Princesse de Clèves », s’est écrié Armelle. Par la suite, Virginie nous a confié : « c’est comme une cascade : chaque œuvre en appelle une autre. Après le roman, la galerie de portraits, il y a encore autre chose ». à la Bibliothèque Nationale de France, les élèves ont eu accès à l’édition originale de La Princesse de Clèves, aussi inaccessible que les trésors de la Banque de France. Il n’est pas certain qu’ils aient mesuré la solennité de ce moment, partagé avec le bienveillant et érudit Jean-Marc Chatelain, conservateur de la réserve des livres rares. M. Chatelain nous avait confié avant de faire rentrer les élèves qu’il était davantage coutumier des publics des grands lycées ou grandes écoles parisiennes, mais qu’il était ravi de faire cette expérience avec nos élèves. L’expérience a en effet été détonante : grands yeux des élèves à propos du roman sur « la beauté gagnée sur le tragique mais à l’intérieur du tragique », éclats de rire


sur le roman, sur «  l’amour en tant qu’impossibilité de l’amour  ». Tandis que nous constations amèrement les difficultés de nos élèves à quitter le bavardage superficiel sur les choix de l’héroïne, M. Chatelain se réjouissait de reprendre avec des jeunes de 2009 des conversations qu’avaient pu avoir les contemporains de Mme de Lafayette dans les salons au moment de la publication. Et on peut dire que la rencontre a eu lieu dans les deux sens : si nos élèves ont été impressionnés par ce brillant érudit, lui-même a semblé agréablement intrigué par ce public inhabituel, bigarré et un peu éteint. Pour tous ces élèves, cet atelier a donc été une expérience marquante et somme toute culturelle, mais pour quelques uns, il aura été essentiel, participant à les transformer, continuant à les nourrir. D’abord la fréquentation de cette langue classique et majestueuse, digérée peu à peu, a modifié leur façon de parler. Certains ne pouvaient plus raconter le roman sans utiliser son vocabulaire : affliction, inconstance, inclination…  Abou dit « Nous étions habités par le texte. » Pour Albert, il y a eu un choc esthétique : c’est en disant les paroles du Prince de Clèves qu’il a eu la révélation de leur beauté. Aujourd’hui encore, comme à Paris, ils jouent parfois à « parler comme dans la Princesse  ».

Albert, Sarah et Ornella « repensent souvent aux personnages », ils « répètent des scènes ». Abou a séduit une jeune fille avec une déclaration d’amour du Prince de Clèves à sa femme : « Les filles, elles aiment ce langage-là. » Morgane dit que cet apprentissage lui a donné de l’assurance pour entrer en contact avec les adultes, les supérieurs hiérarchiques, elle a appris à adapter son discours à son interlocuteur. Ensuite, l’intimité avec le roman perdure notamment à travers les personnages qui vivent en eux et les habitent. Si Chakirina dit être tombé amoureux de la princesse, pour sa beauté et pour sa force, Abou, fasciné par la figure de l’honnête homme, s’est complètement identifié au prince de Clèves, Morgane rêve de rencontrer le duc de Nemours qui « a l’air vraiment pas mal », quant à Mona, elle a pris la princesse pour modèle et dit chercher désormais à faire appel à la raison plutôt qu’aux sentiments. Enfin, ce projet a éveillé en eux un désir certes encore diffus, qui a du mal à se concrétiser par des actes, mais bien présent : « je ne lis pas plus mais différemment. Je ne lis pas plus mais j’ai envie » disentils. Chakirina, en particulier, a découvert qu’il voulait faire du cinéma. Exclu du lycée en début d’année, il a continué à venir aux ateliers et aux

tournages : « Ce projet m’a permis de croire en quelque chose. Sans lui, je serais à la rue. » Pour ces élèves-là, un horizon s’est ouvert, ils sont clairement entrés dans un processus culturel, dans cette « cascade » dont parle Virginie. Mais quelle que soit finalement leur posture, ces élèves ont suivi et participé à l’élaboration de l’objet culturel qu’est ce film et sont ainsi entrés, comme le dit Mona, dans « l’Histoire de l’histoire ». Anne Tesson et Emmanuelle Bonthoux Portraits des élèves réalisés par Sarah Guillemot, étudiante en BTS design au lycée Diderot, sous le regard de Tania Massol, professeur d’arts appliqués.

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© Didier Nadeau cité des rosiers - Marseille 14ème


Ghérasim Luca

« Comment s’en sortir sans sortir ? »


DOSSIER

VOUS AVEZ UN DRÔLE * DE PUBLIC ! Itinéraire(s) d’un groupe de spectateurs : témoignages autour d’une expérience singulière de collaboration entre secteur social et secteur culturel

I

tinéraire(s) d’un groupe de spectateurs a consisté durant deux années à accompagner un groupe de personnes bénéficiaires du RMI sur des sorties culturelles doublées de rencontres avec les artistes. Au regard de la longévité du dispositif et des traces pérennes laissées chez ses bénéficiaires, cette collaboration méritait d’être à nouveau restituée1. Les témoignages des spectateurs et des artistes, ainsi que les entretiens réalisés entre les deux porteurs du projet, Julie Kretzschmar (Les Bancs Publics - lieu d’expérimentations culturelles) et Elsa Bernardo (centre de réinsertion SARA-GHU), offrent autant de pistes de réflexion pour une contribution au débat sur l’accès à la culture des publics défavorisés.

L’expérience Itinéraire(s) d’un groupe de spectateurs menée à Marseille entre 2006 et 2008 a été imaginée conjointement par Les Bancs Publics - lieu d’expérimentations culturelles et la structure de réinsertion sociale le SARA-GHU. Elle répondait à l’appel lancé en 2005 par la politique de la ville et la coordination culturelle des 2ème et 3ème arrondissements aux travailleurs des secteurs culturel et social d’impulser des projets communs autour de la question de l’accès à la culture. Afin de questionner, dans la pratique, les enjeux liés à la diversification des publics, les deux porteurs du projet ont proposé à un groupe de personnes bénéficiaires du RMI se trouvant en situation de grande exclusion, de les accompagner à un certain nombre de représentations de spectacle vivant, à Marseille et dans la région, suivis de rencontres et de discussions avec les artistes. Ainsi posé, ce parcours engageait à la fois le rapport collectif à la sortie culturelle et le rapport individuel, celui de la réception intime d’une oeuvre. Le référent de la structure culturelle choisissait au préalable les spectacles à * EXCLAMATION DE proposer au groupe et les deux strucFRANÇOISE B. QUI TRAVAILLE DANS tures prenaient en charge le transport UNE STRUCTURE DÉDIÉE À LA MUSIQUE, et les billets. Ce choix méthodologiDONT LES BUREAUX SONT SITUÉS À que neutralisait ainsi trois obstacles LA BELLE DE MAI, QUI CONSTATAIT ALORS LA PRÉSENCE CLAIRSEMÉE DU matériels à la sortie culturelle : l’accès GROUPE DE SPECTATEURS PARMI LE PUBLIC, à l’information, le transport et le coût LORS D’UN CONCERT DE MUSIQUE de la sortie. En outre, le fait de choisir IMPROVISÉE. à l’avance les spectacles sans les avoir vus, répondait au postulat fort qui présidait à la conception de ce dispositif, qui considère que - presque - tout le monde peut avoir accès à - presque - tous les spectacles, quelle que soit leur forme.

L’un des enjeux essentiels d’une telle démarche a résidé dans le souci constant d’un dialogue ouvert et réflexif entre les deux référents de chaque structure, obligeant chacun à opérer un décloisonnement dans ses habitudes et dans les modalités d’accompagnement de son public. Au total, l’Itinéraire(s) d’un groupe de spectateurs a bénéficié à 30 spectateurs et impliqué 13 artistes autour de 18 spectacles de danse, de théâtre, de théâtre de rue, de musique expérimentale, à Marseille et au festival d’Avignon. 16 Au terme de ces deux années, les hypothèses sur lesquelles ont reposé l’écriture et la conduite du projet se sont avérées valides, confortant les équipes référantes dans leur volonté de partager cette expérience afin d’alimenter la réflexion générale autour de ces enjeux, et permettre aux structures oeuvrant sur ces questions de s’en inspirer pour élaborer de nouvelles initiatives. D’une part, l’expérience a révélé l’absolu nécessité d’une collaboration étroite et d’un décloisonnement des modes opératoires entre les travailleurs sociaux et les travailleurs culturels, qui pâtissent au préalable d’une grande méconnaissance mutuelle. D’autre part, la qualité de la réception et des commentaires suscités chez les membres du groupe par les spectacles proposés a largement confirmé que ni les esthétiques ni les discours ne constituent des obstacles majeurs dans le faible accès des publics défavorisés aux formes contemporaines de l’art vivant. Les spectateurs ont témoigné d’une sensibilité manifeste et accrue tout au long du parcours, allant à l’encontre des préjugés hégémoniques qui voudraient que les objets artistiques les plus contemporains ne puissent pas être vus par tout le monde. Enfin, la sortie en groupe, notion centrale dans le dispositif, semble avoir joué le rôle socialisant nécessaire au dépassement de l’intimidation, tenue par les membres du groupe comme un frein préalable et réel à la sortie culturelle. La sortie en groupe a permis à chacun de renouer avec une sorte de rituel, assurant la reproductibilité, voire la pérennité de la démarche. Aujourd’hui encore, une partie de ces personnes continue de faire vivre le groupe sans qu’elles ne soient plus en lien avec la structure sociale, d’autres sont devenues des spectateurs assidus des salles de spectacles, témoignant de l’acquisition d’un rapport personnel à la pratique culturelle. 1

En mars 2009, l’expérience avait été présentée dans un document publié par Les Bancs Publics à l’occasion d’un débat réunissant des travailleurs sociaux autour de l’accès à la culture des publics défavorisés, organisé par la coordination des 2ème et 3ème arrondissements, le CUCS, la DGAC, la FAIL et Les Bancs Publics.


DOSSIER

Tu parles des moments de rencontres avec les artistes, là. De mon point de vue, ces moments imposent aux artistes qui acceptent de jouer le jeu de se décaler. Je m’aperçois d’ailleurs que c’est parfois difficile pour un artiste de se soumettre et de se confronter à leurs regards, à leurs questions qui ne sont pas formulées par des spectateurs genre « abonnés à Télérama ». Je sens qu’il ne s’agit pas du tout d’un atelier de libre parole,

VOUS AVEZ UN DRÔLE DE PUBLIC !

convers tion Julie Kretzschmar

Les Bancs Publics

& Elsa Bernardo

SARA-GHU

11.2007. Julie Kretzschmar / Comment tu définirais ta place au sein de ce projet, qu’est-ce que tu fais concrètement ? Elsa Bernardo / J’ai l’impression d’être un lien « facilitant » entre les gens qui me connaissent, un peu ou plus, et le monde du théâtre qui est un lieu plus étranger à eux. J’ai l’impression d’être une passerelle. 17

Qu’est-ce que ça veut dire une passerelle ? Je suis peut-être rassurante, je suis là pour prendre en compte la spécificité de chacun, penser à tous les éléments annexes qui pourraient être un frein pour eux, par exemple le transport après. Les spectacles ou les craintes qu’ils pourraient avoir. Je pense à N., ses craintes par rapport au trajet pour aller à Avignon, je pense à O. aussi. Et puis pour leur donner l’envie, leur dire que c’est possible. (...) Est-ce que tu as l’impression si on parle en termes positifs, même si c’est un peu bizarre de formuler les choses pour moi de cette façon, que ça leur fait du bien ? Les sens-tu moins intimidés ? C’est pas évident, je ne sais pas jusqu’à quel point ils sont à l’aise, je ne sais pas s’ils pourraient le faire tous seuls en fait. J’allais y venir… As-tu le sentiment que ce que nous tentons c’est bien de le faire pour ce qui se passe à chaque fois, mais que ça ne dépasse pas nécessairement le moment présent ? Ou qu’il y a quelque chose qui s’incruste un peu plus, même si c’est utopique… Tu ouvres des portes vers un extérieur, vers la possibilité d’aller seul et de façon autonome voir un spectacle ? J’ai l’impression de plus en plus que ça m’échappe, que ça nous échappe ce qui se passe. Je suis persuadée que si V. va parfois tout seul voir des choses, c’est parce que ça existe. Avec le temps, ils se donnent le droit de parler des spectacles, de donner leur avis, de dire qu’ils n’aiment pas même. (...)

comme nous en avions eu la crainte. Il en ressort véritablement une parole sensible sur ce qu’on a vu ensemble. Oui, ce sont des moments très actifs et personnels. Des moments pour eux, dans lesquels ils affirment une identité. Ils se valorisent sans rendre des comptes. Pour moi, c’est vraiment comme ça que le lien social est en train de se construire pour eux. On leur permet de faire exister un truc qu’on ne leur demande jamais… Parler d’une chose culturelle ou artistique, réfléchir et prendre du temps pour ça, ça les fait exister autrement. (...) Si je reviens sur notre sortie au festival d’Avignon, sur notre surprise à constater que le groupe ce jour-là était complètement insaisissable, bref qu’ils n’avaient aucune envie d’être en groupe. Nous nous étions même demandées si chacun d’entre eux n’avait pas en fait envie d’être seul ou en duo avec nous. Comme si à Avignon, ils résistaient à être perçus de l’extérieur comme un groupe de rmistes... J’avais aussi été étonnée qu’aucun n’apporte quelque chose pour le repas collectif. Et toi, de me répondre que sur toute cette journée, ils avaient été tellement assistés. Et que tu pensais que l’intervention sociale est tellement quelque chose qui est de l’ordre de l’assistance que même si on essaie d’initier d’autres attitudes, on ne sort pas de ce shéma de l’assistance. Alors qu’est-ce qu’on va faire ? C’est une question de temps d’imaginer que ça pourrait se partager autrement ? Je trouve qu’on les assiste beaucoup, je pense que c’est beaucoup moi, peu importe… Ils sont très assistés sur ce projet, aussi, parce que c’est gratuit, qu’on prend en charge les trajets de retour. Enfin tellement on veut qu’ils viennent, on veut enlever toutes les barrières. Ça enlève un peu de la réalité. Parce que pour moi, l’objectif final, c’est qu’ils arrivent à le faire tous seuls après. Peut-être de leur dire que le but aussi c’est d’arriver à faire émerger une envie d’y aller tout seul ou ensemble mais sans nous… Par exemple, pour le repas à Avignon, l’idée était que chacun amène quelque chose de lui, on aurait dû le dire plus clairement. J’ai eu l’impression de le dire clairement. Mais je me suis trompée et pourtant j’ai eu l’impression de le faire. Et j’ai immédiatement contrebalancé en précisant que je m’adressais à ceux qui peuvent. Pour revenir sur la question de la gratuité…Estce qu’ils auraient suffisamment pour participer et venir quand même si ça coûtait quelques euros ?

Il faudrait qu’ils prennent conscience de ce que ça implique en termes d’assistanat. Et sûrement questionner une façon de vivre. Il faudrait en parler avec eux. En plus, nous n’avons que des préjugés : que peut-être ne rien payer, c’est rester passif et attendre. Et qu’au contraire devenir autonome c’est s’engager notamment financièrement. Ce que je relève d’étrange dans cette façon de voir les choses, c’est que je considère qu’être spectateur justement, si on ne parle pas d’une pratique sociale banalisée qui s’apparente à un rapport de consommation, ça ne peut pas être passif. Je me dis souvent que passer le cap de l’intimidation, c’est déjà en soi énorme. Cet acte est le contraire de la passivité. Mais peut-être que je me trompe. Et pourtant, à Avignon, alors que je n’aurais jamais imaginé qu’on parvienne à organiser cette journée, qu’ils soient tous là, qu’ils adorent un spectacle dans la cour d’honneur qui dure quatre heures et demie… Mais c’est vrai que nous avons tout fait ! Comment déclencher autre chose dans ce projet, le prolonger autrement, pour ne pas piétiner sur ce constat que l’on prend absolument tout en charge et que ce fonctionnement pourrait s’incruster ? Qu’est ce qu’on peut faire ? Oui, en fait c’est un peu ça. Parce que là dessus je me sens arrêtée. Je n’ai pas d’ouverture. Je crois qu’à un moment le côté incroyable de leur venue, de leur régularité me satisfait absolument. Et que ça me suffit d’être étonnée de la qualité de leur réception. Il faudrait discuter avec eux. Comment imaginer leur participation active à ce projet ? J’aurais le sentiment qu’on leur demande de rendre quelque chose, d’échanger leur venue contre… Mais participer, c’est aussi rendre… Comme l’espèce de point d’orgue de cette première saison de l’itinéraire du groupe de spectateurs, c’était la journée au festival d’Avignon… C’est évidemment curieux de relever la passivité du groupe à cette occasion, leur individualisme lors de cette journée. Pendant le repas ils n’ont pas discuté entre eux, d’ailleurs la personne qui nous a accueillis dans son jardin m’a dit plus tard qu’elle pensait qu’ils ne se connaissaient pas. Je les imaginais chacun chez eux. Ils sont tout le temps tous seuls et soudain, là, Avignon, ce monde. Et au moment du repas, ce monde. J’imagine que quand on est tout le temps seul, quand tout s’ouvre comme ça, c’est trop d’efforts, même tenir une discussion, c’est trop lourd. Mais ce jour là, je ne comprenais pas. (...) Le terme qu’on a utilisé pour leur présenter ce projet, commun à toutes les deux, c’était un engagement à participer, un engagement collectif et sur la durée. Est-ce que ce mot là, engagement, est juste ? Oui. Ça signifie qu’on leur demande d’engager


(...) Alors qu’est-ce qu’on fabrique à faire ça. Si je me resserre sur ma pratique, ma problématique c’est de faire rencontrer des artistes et ces gens. C’est mon travail. Ou alors qu’ils aillent avec toi, sans moi. Si on enlève la passerelle, le lien du travailleur social. Est-ce que tu penses que c’est si évident la distinction entre nos positions à toutes les deux ? Bien sûr, notre langage, notre comportement. Et puis je la fais la différence quand je leur parle de toi. (...) Comment ce projet s’insère dans ton travail, comment tu peux le revendiquer, le valoriser ? Déjà dans la formation d’éducatrice, c’est prégnant, ce travail sur le groupe. Ce projet, c’est très flou pour tout le monde, c’est un peu à la limite. Pour moi, ça ne fait aucun doute que c’est une partie de mon métier. Est-ce que tu sens que tu as la place pour te sentir spectatrice ? Progressivement, je me demande moins pendant les spectacles comment les gens vivent et reçoivent le projet. Au début du spectacle, je pense à chacun. Avec le temps, de moins en moins. Comment tu peux accommoder ton emploi du temps avec celui du projet, tes horaires n’incluent 18 pas la possibilité que tu travailles le soir. Dans mon domaine, la culture, c’est normal. quelque chose, une parole. Ils ne choisissent pas les spectacles, on ne leur en parle pas beaucoup. C’est de s’engager vers de l’inconnu, même si c’est un inconnu qui peut être plaisant. On leur demande de nous faire confiance.

d’abord sous l’angle de leurs problèmes. C’est le défaut des travailleurs sociaux et là dessus, j’apprends à me mettre de plus en plus en retrait. (...) J’ai envie de croire que tout le monde peut tout aller voir. C’est une sorte de conviction intime. Tu Sur cette problématique du choix des spectacles, me suis ? c’est parfois choquant de revendiquer que ce ne Non, j’aurais par exemple des réticences à leur sont pas les gens qui choisissent. Je reste assez proposer des formes interactives qui interpellent ferme. Pour moi, ce choix ne correspond à rien le spectateur à participer. Mais c’est encore une du réel de ces gens. fois la représentation que je me fais d’eux. Qu’est ce que ça veut dire choisir ? Sur quoi (...) peuvent se porter le désir et la curiosité, quand on La base de notre démarche, c’est en partie de sait à peine de quoi il s’agit, quand on n’a pas idée chercher à observer ce que ça peut signifier de ce qu’est un spectacle ? concrètement de mélanger des spectateurs, de Je leur parle peu de ce que nous irons voir se mélanger. Je me demande, est-ce que dans le ensemble et il n’est pas question pour moi d’aller cadre des sorties, tu fais abstraction du fait que le voir les spectacles avant. Je me souviens, quand groupe se voit, c’est à dire qu’il revêt des signes je vous ai proposé d’aller voir « L’histoire de ostensibles de pauvreté, d’exclusion. Pour moi, Ronald, le clown de Mac Donald » de Rodrigo c’est toujours un élément très présent. Garcia, tu avais des réticences. Tu étais inquiète de leur montrer une pièce qui traite notamment Non, je suis tellement habituée. Au concert, je me du rapport à l’alimentation de façon très rappelle plutôt d’un autre groupe, des gens que tu provocatrice. J’ai dû défendre ma position qui avais invité par la Fratérnité. Ils étaient pour moi était de revendiquer « cette absence de nécessité encore plus visibles. de protéger ces spectateurs », de ne pas avoir peur Pour certaines de ces personnes, on est sur une à leur place, en quelque sorte. Mais c’est bien pour frontière un peu floue. Je crois que c’est le groupe ça que nous sommes deux à mener ce projet, pour qui est visible. Oui, c’est peut-être là qu’il y a un que tu me dises ce qui te heurte. paradoxe. C’est le fait d’être en groupe, qui nous rend plus visible alors que le projet tend justement C’était mon interrogation première sur la conduite à combattre leur intimidation... de ce projet, la façon dont se déplaceraient Tu m’avais dit que tu aimerais essayer de voir mes velléités protectrices. J’avais dans l’idée de comment ça se passerait si on n’était pas présentes gommer un peu ce travers professionnel, que ça à l’une des sorties. Je ne sais pas si ils iraient, en me contraigne à ne pas regarder ces personnes fait.

Je fais en sorte de récupérer. Ça devient plus évident au sein de ma structure que je récupère et… Enfin, pour moi aussi. Même si je me sens obligée de le justifier à chaque fois. J’ai besoin d’entendre que chaque collègue sait et comprend, que ce soit légitime que je récupère les heures consacrées aux soirs de sorties pour aller voir des spectacles. Qu’est ce qui ne serait pas légitime ? Parce qu’un spectacle a à voir avec du loisir ? Oui bien sûr, il faut composer avec les réflexions du genre « Oh ! Ça va, tu t’amuses. » Il faut toujours appuyer sur le sens et le re-préciser. Je me le demande à chaque fois. Par exemple, à la fin de la soirée à Avignon, ils m’ont dit merci. Je ne sais pas si c’est bien ou mal de dire merci, peu importe. Je me suis dit, tiens est-ce que c’est le signe qu’ils perçoivent qu’il s’agit, de notre côté, d’une part de travail... Je me sens à l’intérieur mais aussi à l’extérieur de ce groupe, forcément. Il y a une chose objective c’est qu’ils parlent beaucoup plus d’une fois à l’autre. Le « j’aime », « j’aime pas » ne se pose plus en ces termes. Il n’y a pas de méfiance. Qu’est ce qui s’éveille ? Ça me donne envie de les questionner. Sur les spectacles mais aussi sur la forme.


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Extraits rencontre autour du spectacle La Ville Invisible1 entre Marie Lelardoux assitante à la mise en scène

et le groupe de spectateurs 07.2006. V. : Au départ, on s’est retrouvé avec J. et les autres dans une espèce d’aquarium avec l’accueil. On nous a dit que le spectacle était déplacé… Ça j’ai cru que c’était vrai. Après dans les taxis les choses semblaient normales, sauf à un moment donné, le taxi parlait du lycée Nord qui était éclairé entre deux et trois heures du matin... connaissant un peu le quartier... mais c’est possible que quelqu’un entre 19 dedans et l’éclaire, c’était vraisemblable. Là où c’était un peu compliqué c’est quand il a dit qu’une des tours de La Viste allait être transformée en résidence artistique. J’ai vécu à La Viste donc je sais que c’est quasiment impossible. Ce qu’il y a d’intéressant pour moi c’est lorsque la voiture est passée vers les Aygalades, c’est un endroit dans le passé ou j’ai beaucoup marché, donc j’y ai beaucoup de souvenirs. Par rapport au spectacle c’est les souvenirs personnels qui vont revenir à ce moment-là, plutôt que d’être à l’écoute de ce qui est dit. Julie Kretzschmar (J.K) : Donc tu as pensé que c’était vraiment un taxi jusqu’au café ? V. : Disons qu’à partir de l’histoire de la tour de la Viste qui doit être transformée en résidence... avec les lumières... je commençais à douter beaucoup. (…) J’avais tendance à penser qu’il disait n’importe quoi ! Je n’ai pas pensé que c’était le spectacle. C’est à la fois impossible, mais c’est tellement délirant des fois les actions que peut mener la ville de Marseille que... C’était très peu probable, mais je me posais la question quand même, j’étais dans l’interrogation. C’était un peu choquant d’ailleurs, parce que c’est des logements sociaux là-bas, chasser des gens pour faire ça. Marie Lelardoux (M.L) : Vous êtes intervenu dans le taxi ? V. : Non, non, je ne lui ai rien dit, mais je trouvais ça très étrange. Là aussi, je pense que c’était difficile d’intervenir parce que, après coup, on se dit qu’on aurait pu déranger le spectacle. Pour les acteurs... je pense que c’est une tension supplémentaire parce qu’il peut y avoir des gens qui ont de la répartie... K. : Moi, ça m’a plu parce qu’à un certain moment, il faisait participer le public, comme ils étaient indécis. Ça m’a plu parce que j’ai bien

senti Marseille, que je connais très bien comme Notre Dame. Ça m’a recalé dans le patrimoine marseillais, avec la sensation d’appartenir à ce patrimoine. Ça m’a vraiment touché. Et les acteurs étaient formidables... sérieux !... ils avaient un sens de fantaisie, très très bien. V. : Celui qui joue le rôle du promoteur il a le rôle un peu ingrat parce que c’est un rôle réaliste. Pour moi, c’était ingrat aussi parce qu’il représentait un matérialiste nostalgique, dans le sens qu’on a l’impression qu’il est devenu promoteur parce que, d’après ce qu’il racontait, il y avait une maison où il avait habité, et qui n’était plus là… N. : Il y avait une partie d’invention comme la rue dont je ne me rappelle plus le nom ...PIGALA... on dirait que c’est lui qui a inventé que ça reprenait les deux premières lettres des trois propriétaires de maisons.

Elsa Bernardo (E.B) : Est-ce que les deux racontaient la même histoire ? M.L : Le spectacle repose sur ces principes de vrai et de faux. Par exemple, l’impasse Pigala, c’est une réalité invraisemblable ! K. : Le début ressemble un peu à Alfred Hitchcock, le mec me parlait de la fenêtre... c’est là que j’ai senti que j’étais dans le spectacle. N. : Au début je croyais vraiment être dans un taxi... On a fait un détour et après il a pris un carnet de croquis, il faisait une perspective, je croyais alors encore que j’étais dans un taxi. Puis on a pris une voie rapide et après il a dit « là, c’est une fenêtre qui s’éclaire toujours à 11 heures du soir, c’est un homme qui commence a écrire... », je me suis alors rendue compte qu’on était dans une vision poétique. Je suis tombée dans le panneau. Je pensais vraiment que le spectacle


avait été reporté ailleurs « pour des problèmes techniques  » (répète ce qui était alors annoncé aux spectateurs). V. : On était nombreux aussi, il n’y avait donc rien d’inquiétant. Les personnes n’étaient pas affolées. M.L : Ça questionne la confiance qu’on doit accepter d’accorder, le jugement aussi qu’on doit conserver en tant que spectateur. J.K : Et la fin... ? V. : Le moment le plus fort, c’est le moment où je suis rentré dans cette pièce avec... N. : ...Les boîtes aux lettres... V. : Pour moi, ça avait un aspect très religieux, c’est comme si on passait du côté du promoteur et c’est comme si on entrait dans une église. C’était des boîtes aux lettres en bois avec une lumière à l’intérieur, ça faisait penser à des espèces de tabernacles. Ça avait un rapport avec la religion

N. : Je n’ai pas trop écouté la partie sur Marco Polo. Et ce que j’ai retiré des lectures près de la « sculpture » c’est qui y a des jeux de miroirs dans la ville. (Retour sur le parcours avec le passeur) Il nous montrait une petite plante, enfin des herbes sauvages. Je pense que le thème du spectacle c’était que dans un univers familier on peut voir des choses, un microcosme. J’ai fait des études d’histoire de l’art et je visite beaucoup de quartiers de Marseille. Dans cette ville, il y a toujours des choses à découvrir, qu’on ne voit pas à la première visite. M. L : C’est un spectacle qui ne repose effectivement pas du tout sur le spectaculaire. II donne à observer l’ordinaire. N. : À la sortie du bar, il nous montre le palmier aussi, l’arbre centenaire... E. : Ce qui était assez drôle aussi c’était de passer devant des gens qui mangeaient, qui faisaient leur vie... il y avait écrit « accès interdit » d’ailleurs ! On ne savait plus trop quel rôle on avait  : spectateur, groupe... V. : Ce qui est amusant aussi c’est quand l’acteur qui joue le promoteur traverse la rue, il nous invite à traverser, mais il ne fait pas trop attention à la circulation, il est resté au milieu et s’est fait insulter par des automobilistes pas trop méchamment, mais quand même... il s’en foutait complètement. Il y avait quand même une petite prise de risquelà. À mon avis, ça fait partie du spectacle, c’est intéressant... Ce qui est certain c’est que c’est volontaire de sa part, parce que sinon il aurait fait attention que le feu soit bien rouge… M. L. : Est-ce qu’il vous est arrivé de repenser à ce spectacle ? K. : Depuis ce spectacle j’aime plus la mer. À la fin quand ils nous demandaient de déposer des nouvelles, que chacun situe son endroit préféré c’est là que j’ai revu qu’on a la chance d’avoir la mer. Pour les pauvres, pour les riches, la mer et le soleil, ça fait tout. J’aime bien parce que c’est un parcours, on marche. II y a des endroits qu’on ne voyait pas avant et qu’on voit maintenant. Ch.. : Moi je ne connaissais pas. Il faut avoir envie d’y aller, si on n’y vit pas. Et puis ce sont des quartiers qui n’ont pas bonne réputation entre guillemets... les quartiers du nord... mais je ne savais pas qu’il y avait des coins sympas quand même, des coins de verdure... J’ai bien apprécié la fin, pas parce que c’était fini, mais le cadre, etc. V. : La question que je posais par rapport à un spectacle classique, c’est qu’à la fin, ils n’ont pas le droit d’être applaudis. Ça doit peut-être leur manquer. E. : Ils n’ont pas de retours. V. : Ils doivent bien ressentir ce qui se passe. C’est la grande différence avec un spectacle classique. Un spectacle classique, une fois qu’on est assis, normalement, on reçoit tranquillement alors que là, on ne sait pas de quelle manière on risque d’être sollicité, donc il y a une certaine méfiance presque naturelle. J. K. : Est-ce que vous aviez déjà vu des spectacles en extérieur ? TOUS : Non ! V. : J’ai été beaucoup plus touché par la poésie... le passeur. Pour moi, ça ne change pas grandchose pour le regard sur la ville. Mais c’est une poésie qui me touche profondément. Peut-être que la ville ne me touche pas vraiment, ce qui me

On ne savait plus trop quel rôle on avait : spectateur, groupe... pour moi, ... avec l’hostie consacrée... ça veut dire que « le livre est sacré ». Et même la suite, puisque après, il y avait une lecture, ça ressemblait un peu à une messe où il y a aussi une lecture d’un passage de la Bible, ça rejoint ça pour moi. Et à la fin, la ville de sable, ça faisait penser à une espèce de crèche. N. : Ça me faisait penser à l’archéologie. La dernière ville... après j’ai davantage pensé que c’était une sculpture, puisqu’au début, je croyais que la fille travaillait à la truelle. Au début je pensais que c’était de l’archéologie, et en fait c’était de la sculpture. K. : C’est un mélange de villes, j’ai reconnu les styles byzantin, greco-romain… E. : Ça m’a fait penser au site d’un jeune autiste qui a créé toute une ville imaginaire, avec l’histoire de la ville... C. : Au début ça ne m’a pas trop branché, je me suis dit que ça allait me gaver. Je me suis dit que le taxi était complètement jobard, après j’ai compris que c’était un spectacle... Et puis, chemin faisant... quand on a commencé à se promener dans les rues, je me suis dit ça va être gonflant... et puis ça m’a plu... tout de suite. M. L : Et ce rôle dont vous ne parlez absolument pas ? V. : Celui qui parlait italien ? Je l’ai trouvé extraordinaire. D’abord de la manière dont il débouche, il tombe quasiment d’une échelle. Il a un rythme extraordinaire. N. : Avec nous, il est arrivé de façon différente, il nous a dit: « il y a les taxis qui attendent...» V. : Nous pareil, mais il est descendu d’un mur quand même ! V. : C’est un rôle qui est très riche. Le texte est d’une poésie très forte. E. : Et même trop dense, je n’arrivais pas à tout saisir. V. : Mais je pense que c’est fait exprès, parce que sur le moment, on ne peut pas trop réfléchir... un texte percutant comme ça… À mon avis, la richesse c’est fait exprès car on pourrait faire autrement. Je me souviens d’une phrase qui est revenue 2 ou 3 fois : « ce qui est important ce n’est pas ce qui est dit, mais l’oreille qui écoute... ». Je pense aussi que le récepteur est plus important...

touche vraiment c’est la poésie. E. B. : (à un nouveau spectateur de ce groupe qui n’a pas vu Ville Invisible) D’en entendre parler sans l’avoir vu, ça vous donne quelle impression ? M. : Comme une série télévisée dont j’aurais raté les 3 premiers épisodes. J’essaie de reconstituer à partir des témoignages de chacun, de reconstituer le puzzle. Sinon, j’ai l’impression que ça se passe dans la ville elle-même c’est ça ? C’est du théâtre en dehors du théâtre. J’aime assez ça. Si les gens ne vont pas trop au théâtre, c’est le théâtre qui vient à eux. E. B. : Moi, je n’étais toujours pas convaincue que c’était un vrai comédien, je l’apprends enfin ! Pour moi, le dispositif avait été loué, avec des chauffeurs briffés avec un petit texte... l’équipe leur aurait dit « si vous pouvez divaguer un peu… » K. : Le taxi qu’on a pris me disait « mais toi tu le sais ». E. B. : C’est un exercice d’impro. V. : Ça fait partie du risque de ce genre de spectacle. Si le comédien qui est dans son rôle me parle, il me donne le droit de lui répondre. K. : S’il t’a choisi c’est que tu es bien dans le spectacle ! C’est l’école des fans ! E. B. : Au niveau subventions, tout ça... C’est Marseille ? parce que ça représente beaucoup d’argent. V. : Le fait qu’on sépare les gens, c’est quand même étrange. J. K. : Ça fait quand même un petit mois que vous l’avez vu. Et je suis surprise de tout ce dont vous vous souvenez. Par exemple, la fin, je ne m’en rappelle pas. Je me rappelle très bien de la 20 ville (de sable) mais les textes... Je ne les ai pas entendus, parce que j’ai trop regardé l’espace, avec les boîtes aux lettres... V. : Les textes étaient tellement denses, que c’était très difficile à retenir. Certaines phrases étaient répétées plusieurs fois, et comme elles m’avaient touché la première fois, j’y fais ensuite attention. Je la capture un petit peu. K. (à propos de la scène finale) : Je croyais que c’était la brocante de la mémoire en entrant. J’ai senti des trucs, comme du temps des druides... c’est à ce moment que le spectacle prend de l’ampleur... avec les jumelles et tout, et quand on sort de là, on se rend compte qu’on est à Marseille, je crois. J. K. : Vous n’êtes pas venu avec nous tout de suite après le spectacle. Tu as mis un moment à revenir avec nous… K. : Oui, j’ai pris, j’ai pris. J’ai essayé de prendre. Des impressions... des impressions. Ce qui me plaît c’est la diversité de voir comment les gens se comportent, des fois on est mal surpris, et, sans instinct, on y va, et après on est installé. Ça a fait un plafond d’horizon, et je n’ai jamais vu ce côté de Marseille. Disons que je l’ai vu, mais je ne l’ai jamais regardé. ___________ 1

Spectacle déambulatoire imaginé par le Théâtre de l’Arpenteur et programmé par le Merlan, scène nationale. 06.2006.


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Est-ce que tu allais voir des spectacles avant de faire partie du groupe ? Avant non. Il y a une peur très profonde et le faire seul… Non, j’aurais eu beaucoup de mal, même s’il y avait une envie très profonde. Ça aurait été me forcer. Il y a deux ans et demi, ça m’a permis de prendre confiance sur …, comment ça s’appelle… de ma valeur aussi, presque de mon bagage culturel. Parce que je n’en ai pas du tout conscience. C’est avec les échanges que j’ai pu avoir que j’en ai pris conscience. Ça a l’air idiot, mais dans les milieux où ça n’est pas reconnu, ça n’existe pas. Et le plus intéressant pour moi, avec les échanges que j’ai eu autour des spectacles, c’est que c’est très valorisant. Je ne sais pas ce que j’en ferai ensuite. Avant j’aimais mais sans le savoir presque.

tout valorisé et j’ai besoin de prendre conscience de ma propre sensibilité artistique. C’est très important pour moi. C’est un cheminement, savoir que ce que je dis, peut-être reconnu par des autres. C’est qui les autres ? Je me suis aperçu par rapport aux autres spectateurs, que j’avais une richesse, une ouverture. Je crois qu’on ne peut pas rationnellement dire pourquoi les choses nous touchent en profondeur. Dans la vie il y a beaucoup de choses qui me dégoûtent profondément et j’arrive à trouver dans les spectacles des choses tellement difficiles de la vie courante… ou alors, au contraire, dans le spectacle de Brecht1, une critique de la société qui me touche intimement, c’est un discours. C’est aussi très affectif, ce n’est pas forcément

Un «RMI spectateur

pour une élite. Ce qui m’a frappé c’est le côté spectacle vivant, qui est une valeur très forte et très spécifique. Moi, je n’aime pas Sardou, mais j’irais voir si on me donnait une place. Et je suis capable d’aimer, pas parce que j’aime Sardou, mais parce qu’il y aura une ambiance. La question c’est simplement comment on y accède, non ? À condition qu’il y ait une certaine liberté. Dans la cour d’honneur, tu nous avais dit que ce n’était pas grave si on s’endormait. Si on va à un spectacle comme on va à un cours, c’est le problème. Si on demande à une personne de venir et de faire comme elle veut… Je ne me rappelle pas que je vous avais dit que vous pouviez dormir ! Tu nous avais dit qu’il arrivait que des gens dorment et que ce n’était pas grave du tout. Je ne sais pas si un spectateur, ça s’éduque, un enfant peut être... Mais sur un adulte. On peut amener les gens vers une sorte de curiosité. Mais le mot éducation…

entretien avec V., participant à itinéraire(s) d’un groupe de spectateurs 09.2008

Toi, cette curiosité tu l’avais déjà. Elle n’était pas ouverte même si j’avais une grande soif.

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J’allais te demander ce que ça t’avait apporté au-delà… Pour moi c’est très important. Actuellement, ce qui me tient debout c’est d’aller voir des spectacles, c’est très fort, c’est vraiment vital. Enfin vital…, c’est vitalisant, ça donne une énergie. Après, ce que je pourrais en faire… C’est beaucoup plus difficile, je reste avec mes problèmes comme tout le monde. Avant, tu ne savais pas… Ce n’était pas du tout valorisé. Donc pas possible. Avant, par exemple, je pouvais écouter une émission sur France Culture et me retrouver avec ce qui se disait. Puis ne rien en faire. Rencontrer des artistes, c’est beaucoup plus humain. Ça permet de prendre confiance et prendre conscience que ça existe. Une conscience que le monde artistique me touche beaucoup, que ça peut me faire beaucoup de bien. C’est très difficile à expliquer. Tu as dit que tu n’avais pas conscience que c’était quelque chose qui pouvait être valorisant. Dans le milieu dans lequel je suis, ce n’est pas du

rationnel. On peut recevoir les choses. Je pense qu’il y a une transmission d’énergie. Moi si je suis touché, c’est parce qu’il y a quelque chose de presque inconscient, de presque irrationnel. Aujourd’hui, si je compte je crois que nous avons déjà vu quatorze spectacles ensemble. As-tu l’impression de les regarder différemment, d’habituer ton regard ? Je vois ça comme une sorte d’aliment. Au début, je ne connais pas un produit et je le goûte. Et au bout d’un moment, ça commence à me plaire... Avant ce n’était pas du tout connu dans mon milieu ou alors par le bais de l’éducation nationale, mais là c’est très éducatif. Et à mon avis, la force de frappe du théâtre, c’est pas du tout éducatif. C’est une énergie. Tu sais, il y a des expériences très diverses qui s’appellent les écoles de spectateurs. Tu penses que pour regarder certains spectacles, il faut éduquer le spectateur ? Moi avec vous, Elsa et toi, j’ai découvert le théâtre contemporain. J’imaginais que c’était

Tu n’avais pas identifié jusque-là que ça pouvait être amené par des spectacles, ce dont tu parles, c’est ça ? Ça prend beaucoup de temps de prendre confiance en soi du point de vue de la culture. De l’expérience. C’est quoi ce manque de confiance ? C’est lié aux difficultés que tu rencontres par ailleurs ? C’est difficile, une fois par exemple, je suis venu aux Rencontres à l’échelle, aux Bancs Publics. Il y avait la possibilité de se mettre où l’on voulait dans la salle. Ça m’aurait dérangé de ne pas savoir le faire. Mais autrement je pense que ce qui prend du temps, c’est d’identifier qu’est ce que ça apporte. C’est très difficile à définir. Tu te poses quand même des questions que beaucoup de spectateurs accomplis ne se posent pas ou plus ! Au mois d’août, je suis beaucoup allé au ciné. J’ai presque tout aimé, mais je fais très attention de ne pas tomber dans la consommation, ça dépend le ressenti que j’ai.


Tu te poses la question de la réception. Ça répond à une sorte de nécessité, que des gens doivent trouver ailleurs dans la vie. Pour moi c’est vitalisant. As-tu eu le sentiment que parfois, ce que je vous proposais était un peu difficile à recevoir justement ? Difficile de parler au nom du groupe. Le seul truc que j’ai ressenti : avec J., pendant le spectacle de R. Garcia, elle ne pouvait pas s’empêche de parler, de commenter. Peut-être qu’elle a l’habitude de regarder la télévision. On en avait reparlé de ce fada de R. Garcia deux ans après, elle a été très marquée. C. par exemple, il est très ouvert. En pratique il est très ouvert. Il est quand même réceptif, même s’il s’endort. Je te pose ces questions, parce qu’il s’agissait d’une sorte de conviction intime mais que je ne vérifiais pas en fait. On peut aller voir tout, parce que c’est du spectacle vivant. Il y’a quelqu’un là et donc il se passe quelque chose. Tu te sens bien accueilli dans les lieux de spectacles ? Moi je dis que oui. J’en ai fait l’expérience. Ce n’est pas intimidant ? Pour moi l’intimidation vient de la peur d’être jugé par une sorte d’élite qui peut être intimidante, par rapport à des gens connus. Avant, la peur principale, c’est d’être jugé par des gens que je ne connais pas, des bobos, de me sentir inférieur. Ce qui compense, c’est la soif de voir le spectacle. C’est plus fort que la peur. Le problème, c’est d’aller au-devant. Je ne vois pas de quelle manière les organisateurs de spectacles peuvent inviter des gens. Avec des tarifs très bas par exemple. Mais, je pense qu’est très difficile d’aller voir quelqu’un. Pour notre groupe, il y avait un lien préexistant avec Elsa. Je crois qu’il ne faut pas culpabiliser les gens. C’est très difficile d’intéresser les gens. Patrice Chéreau nous a dit la même chose. Le problème c’est la télévision. (…) Ce que je veux dire, c’est que c’est très difficile de faire changer le regard des gens. Pour moi, c’est une chance, enfin ce n’est pas une chance, c’est un besoin qui comble des manques. Ça reste très difficile. C’est une forme d’utopie, de les faire changer de visions... J’ai horreur des rmistes qui ont des opinions de droite et quelque part, je ne le comprends pas.

seul qu’à deux. (…)

culture du résultat, pour moi, c’est absurde.

Des souvenirs ? Chaque spectacle est riche. C’est impossible de mettre des notes à un spectacle. Ce qui m’a le plus touché c’est la rencontre avec Patrice Chéreau. Lui-même, son œuvre est désespérée voire désespérante. Lui-même a une certaine joie de vivre, il travaille beaucoup. Une grande dureté.

Si tu voulais formuler simplement en quoi ça aide à vivre… C’est retrouver des émotions, partager une sorte d’intimité liée à un spectacle, et retrouver une intimité que je ne trouve pas ailleurs. Ça peut être très riche. J’ai vu un spectacle de Brecht. Et il y a un personnage qui dit, « quand il n’ y a pas de danger, il n’y a pas de courage ». Pour moi le courage ça n’existe pas. Pour moi le courage, c’est un désir entouré de difficultés. On met l’attention sur le désir. Pour moi, le courage c’est même une valeur très pervertie. Et d’un coup j’entends ça au théâtre, quelqu’un qui dit quelque chose que je pensais avant, qui a été capable de l’écrire. Là, ça, ça m’aide. (…) Mais si, ponctuellement, ça m’aide à vivre. Le temps du spectacle, je suis bien. Après, quelque chose de plus radical, ça me paraît difficile. D’un seul coup, je ne vais pas me mettre à aimer la société. En pratique ça me permet de rencontrer les autres, des gens.

Quand on est allé voir cet opéra à Aix-enProvence, tu te souviens du public ? Là, c’est particulier, en plus il y avait Boulez. Et il y a une chanson de Léo Ferré dans laquelle il se moque de Boulez, je me rappelle plus trop laquelle. Moi ce qui me touche le plus dans les spectacles, c’est la résonance que ça peut avoir par ailleurs. Par exemple à la mort de Youssef Chahine, j’ai vu à la télé le film Adieu Bonaparte et le rôle est tenu par Chéreau. Et je me suis rappelé notre rencontre. C’est idiot mais c’est très fort. Est-ce que tu parles « d’avoir de la culture » ? Oui et pour moi c’est affectif, c’est une sorte de résonance. Quand j’ai entendu émilie Lesbros, que j’ai reconnu sa voix, c’était amusant. Même il n’y a pas longtemps j’ai entendu sur France Culture, un dimanche très tard, une pièce de création radiophonique avec le nom de Marie Lelardoux sur le dégât des eaux. C’était affectif mais c’est très marrant. Le côté affectif, c’est très important. D’une certaine manière Boulez, je m’en fous, mais c’est la chanson de Léo Ferré. Puis j’ai vu quelques pièces de l’Egrégore au théâtre de Lenche et parfois je croise un des acteurs dans les rues de Marseille, ça reste impressionnant. C’est tout con mais… Toi tu parlais facilement au moment des rencontres avec les artistes? C’est extrêmement intéressant parce qu’il y a beaucoup de peur et d’admiration. C’est très difficile de dire à quelqu’un qu’on a aimé son travail. (…) Dans nos discussions sur ce projet de groupe de spectateurs, une des premières questions qu’on nous posé c’est celle de l’utilité. En gros de nous rétorquer que ça ne va pas faire sortir les gens du RMI d’aller voir des spectacles ! Ça je comprends, le fameux discours de l’efficacité.

Je vois ça comme une sorte d’aliment. Au début, je ne connais pas un produit et je le goûte. Et au bout d’un moment, ça commence à me plaire... C’est difficile de faire comprendre à quelqu’un. Pour moi c’est du même ordre. As-tu déjà fait l’expérience de proposer à quelqu’un de venir voir un spectacle avec toi, à quelqu’un qui n’en a jamais vu ? Je compte le faire, je connais deux personnes. J’aimerais le faire par curiosité, mais c’est par curiosité. C’est plus difficile de voir un spectacle

Alors si on répondait quelque chose sur l’efficacité, au lieu de dire que ce n’est pas notre vocabulaire et donc d’éviter la question. Pour moi c’est très fort. C’est très difficile mais il y a une forme d’efficacité. Mais après, c’est une question de rentabilité. Après le spectacle, je rentre chez moi et je retrouve les problèmes. La

Tu parles d’un espace à partager ? Dans mon cas, c’est un moyen de rencontrer des gens sinon je reste chez moi. Je vais être relativement moins mal, en pratique, ça me permet de rencontrer des gens, d’être plus ouvert. Moi, ça m’a donné une sorte de joie de vivre. Ça vaut le coup de vivre pour voir du cinéma. Au dernier renouvellement du RMI en février, j’ai dit que c’était le fait d’avoir vu des spectacles qui m’avait permis de vivre. J’ai dit au référent que mon RMI, ça me servait à aller voir des spectacles pour vivre. Bon, je la connaissais alors je pouvais 22 prendre le risque. Là, je vais changer de référent. Tu as l’impression que ça serait prendre un risque de le dire? Ça dépend sur qui je tombe, la prochaine je ne la connais pas. En principe, les assistantes sociales sont assez ouvertes, mais c’est pas une obligation. Disons qu’en pratique, si on pouvait mettre sur la feuille : « le RMI de monsieur X lui est utile pour qu’il aille voir des spectacles de théâtre et des films au cinéma…  ». Alors que le conseil de validation du centre est très dur à mon avis. On m’a posé beaucoup de problèmes. Il serait bien que les référents rmistes soient plus informés. Mais on doit penser que c’est ultra-secondaire. C’est la seule chose qui me fait du bien. Moi, je pourrais dire que j’ai un « RMI spectateur ». J’étais très replié alors je me suis engouffré dans les spectacles. (…) Moi, ce n’est pas du jour au lendemain. Ce qu’il ne faut pas oublier c’est que c’est naturellement difficile. C’est une forme d’utopie. Moi je pense que ça vaut le coup. Entretien mené par Julie Kretzschmar. _________________ 1 Sainte Jeanne des Abattoirs, de Catherine Marnas, Cie Parnas, Théâtre de la Criée, Marseille. 03.2007.


rep res

»

_ 53 personnes ont été mobilisées et impliquées à des degrés divers _ 30 spectateurs _ 13 artistes _ 3 personnes chargées des relations avec le public dans des structures (Le Merlan Scène Nationale, Festival d’Avignon, Festival d’Art Lyrique d’Aix-en-Provence). _ 5 personnes de l’équipe des Bancs Publics _ 2 personnes pour le SARA-GHU _ Entre janvier 2006 et juillet 2008, 18 sorties assorties de rencontres ont été organisées soit 30 rendez-vous.

FIN DU DOSSIER

23

« J’ai été surpris de voir qu’il y a des gens qui font du théâtre qui ne sont pas connus. (...)


e n o h p * *Le TéLé s i a l l i e s r a M

E B* *

*carrefour de la culture et culture du carrefour* les personnages : le pauvre le responsable de la billetterie

Centré sur l’agglomération Marseillaise, Esprit de Babel (E2B) est un nouveau journal qui s’interroge sur la place et le rôle de la culture dans la société.

Bonjour m’sieur. j’voudrais bien accéder à la culture mais...

*

E2B comprend la culture comme une relation inscrite au coeur de la démocratie, non comme une chose à contempler.

Très bien. Ce soir c’est Hamlet, c’est un très grand classique, mais c’est aussi très contemporain, dans une mise en scène très épurée, avec un dj sur scène, c’est génial, c’est à 19h30, c’est 20€ seulement.

*

Détaché des considérations purement esthétiques, E2B s’interroge sur l’inscription de la culture dans vie sociale, vie éducative, économique, politique, ...

*E2B

est édité par les Bancs Publics lieu d’expérimentations culturelles. Il est animé par un réseau ouvert de travailleurs sociaux, d’enseignants, d’artistes, de citoyens, qui, ensemble, pensent que beaucoup de vieilles questions sont encore neuves.

Théâtre de la pièce qui tourne, bonjour !

... j’peux pas... j’ai pas les moyens... ah? allons mon petit, on peut vous aider, mais oui, mais c’est qu’on les aime les petits pauvres, nous ! allez, 12€ !

12€ ! vous entendez ! si vous trouvez moins cher ailleurs, on vous rembourse la différence !

*Articulé autour d’un thème

par numéro, E2B est un quasi trimestriel gratuit tiré à 10.000 exemplaires, et disponible dans les structures sociales, les établissements scolaires et universitaires, les structures culturelles, les collectivités publiques, chez certains boulangers, certains bars, et en d’autres endroits certainement plus saugrenus.

... j’ose pas trop, vous comprenez, j’ai peur d’rien capter du tout et...

Allez ! une dernière proposition : satisfait ou remboursé !

... et puis j’habite tro j’connais pas bien p loin, l’h j’suis socialement istoire, intimidé, j’ai pas les codes.. .

22

Allez ! trois places pour le prix de deux ! Venez avec vos voisins ! Shakespeare, c’est supra moderne, vous verrez ! To be or not to be ? Ah ! Ah ! Ah ! ... j’sais vraiment pas avec qui sortir, m’sieur, ni comment rentrer chez moi, après ...

Super !

Merci m’sieur ! j’viens donc ce soir avec deux potes ...

*

Babel est le lieu d’une tour infernale. L’Esprit est un produit liquide obtenu par distillation. E2B n’est pourtant pas un produit liquide obtenu par distillation d’une tour infernale.

*

E2B sera prochainement un site web participatif où l’on pourra ajouter des sons et des vidéos, des commentaires et des sondages, des suppléments et des compléments. E2B aura donc un double mais différent et numérique en .fr, en .net en .com ou en .e2b

social, ... qui ont déjà vu Hamlet gratos au centre ue c’est ça puisq , billet du prix le direct rez à qui vous rembourse une place gratuite, vu que la différence, après vous me Filerez en plus drai à l’entrée plein tube reven la je deux, de prix le pour trois c’est e social, et à l’entracte, vu que moi aussi j’ai déjà vu Hamlet au centr ront aussi, et là, vous casse se ils peu, un er dévou mes potes qui vont se places qu’ils auront deux les r ourse serez bien gentil de leur remb tout de la soirée. du aits pas payées parce qu’ils seront pas satisf e, ok ? donc vous préparez 44€ en liquid

Guillaume Quiquerez / Anne-Laure Sarazin


espr!t de babel 1