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BABEL DE MAI journal à parution quasi trimestrielle sur la vie à la Belle de Mai et ailleurs

N U M É RO 5 novembre 2005

Vo u s c h a n t i e z ? Et b i e n d a n s e z !

Belle de Mai : le chantier d’un quartier emmêlé dans ses cultures

Vous connaissez le théâtre Gyptis bien sûr, la Friche la Belle de Mai aussi. Mais savez-vous que cohabitent dans ce quartier le label de musique Emouvance, le théâtre Carpe Diem et l’Embobineuse ? Avez-vous entendu parler de la création récente du théâtre des Bonnes Grâces ? Que savez-vous des résidents du Comptoir Sainte-Victorine, de l’Art de Vivre, des Pas Perdus, de Champs Visuels, des Têtes de l’Art ? Savez-vous que le groupe Quartiers Nord prend ce comptoir pour son centre ville ? Etes-vous déjà entrés aux Bancs Publics - lieu d’expérimentations culturelles ? Savez-vous que la compagnie de danse Itinerrances propose des ateliers gratuits pour les femmes du quartier ? Vos oreilles ont-elles entendu les percussions de Kunga’ka ? Avez-vous eu vent des nombreux ateliers de pratique artistique proposés par la Maison Pour Tous de la Belle de Mai ? Et savez-vous que c’est l’association Bouléguez! qui muscle notre carnaval (notamment) ? Etes-vous déjà entrés dans la galerie les Crayons Bleus ? Et dans les autres ? Et vous savez que les archives du futur très grand musée de Marseille, le MUCEM, a ses réserves à la caserne du Muy ? Et la Friche, dont vous ne pouvez ignorer l’existence, avez-vous la moindre idée de ce qui s’y passe ? Oui ? Savez-vous qu’elle héberge 70 structures culturelles ? Savez-vous qu’il y a deux radios ? Et combien de salles de spectacle? Et combien de structures de création et de diffusion de musique, de danse, de théâtre, de cinéma, de multimédia? Et savez vous qu’il y a 400 professionnels de la culture qui y travaillent ? Savez-vous qu’une grande salle de concert va y être construite ? Et savez-vous que les Archives Municipales sont à la Friche aussi ? Et savez-vous que la Friche abrite d’énormes studios de cinéma pour vous rendre la vie plus belle (bof) ?

éditorial

Maintenant vous le savez. Vous savez que dans la quasi deuxième ville de France, il existe un petit périmètre, un quartier, “la Belle de Mai”, peuplé à très haute densité par des gens de la culture. A présent, fermez les yeux. Gardez les yeux fermés sinon c’est de la triche. Je passe ma main devant pour vérifier. Ca va, c’est bon, vous ne trichez pas. Donc, qu’est-ce que vous imaginez ? Et bien, d’abord, vous imaginez que vous l’avez toujours su (là, vous trichez, mais c’est normal, quand on imagine, on a le droit de tricher). Vous, habitants de la Belle de Mai, vous avez toujours su que vous vivez dans ce quartier enchanté. Vous imaginez que cette semaine, vos voisins sont sortis pour le vernissage d’une exposition et puis que le samedi, vous êtes allés avec vos enfants voir un spectacle de Marionnettes au théâtre Massalia. C’est normal, c’est si pratique d’habiter à 200 mètres de telles réjouissances ! Vous imaginez aussi qu’avec les 100 000 visiteurs de la Friche, et les 30 000 spectateurs du théâtre Gyptis, sans compter les autres lieux, il y a des hôtels, des restaurants, des parkings, des photocopieuses, des librairies et des estaminets à la Belle de Mai. Evidemment. Vous imaginez même qu’un petit train serpente dans le quartier. Et puis, vous imaginez que trois nouveaux marchands de savonnettes se sont installés : ça ne vous fait pas particulièrement plaisir, mais au moins les touristes sentiront bon. Vous imaginez quoi d’autre ? Guillaume Quiquerez

sommaire

L’accent de Babel la Friche Belle de Mai p.2-3 / Pratiques artistiques à la Belle de Mai rencontres et témoignages p.4-7 / D’ébats smoking ou no smoking ? p.8-9 / La chronique de Serge Pizzo p.9 / La bonne réponse le quizz de RAO p.10 / Les renseignements très pratiques p.11 / Bon anniversaire tout le monde p.12


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FRICHE (MOYEN NÉERL. VERSCH, FRAIS)

accent de Babel

La Friche la Belle de Mai est un projet culturel installé depuis 1992 dans l’ancienne manufacture des tabacs de la Seita dans le quartier de la Belle de Mai. C’est un espace de recherche, de diffusion et de production autour de la création contemporaine dans toutes les disciplines artistiques : spectacle vivant (théâtre, danse, cirque, arts de la rue...), arts visuels et arts numériques, musique, cinéma. 70 structures y sont installées, 400 professionnels du spectacle et de la culture y travaillent : techniciens, artistes, mais aussi producteurs, formateurs, chercheurs ou médias, se côtoient dans une proximité qui facilite les rencontres et les échanges. La Friche la Belle de Mai occupe un des trois îlots de l’ensemble des bâtiments (îlot 3), les deux autres étant principalement occupés par les Archives Municipales (îlot 1) et la pôle cinéma (îlot 2). Du fait de la taille du projet, de la diversité des structures qui y cohabitent et de leurs actions, et de l’architecture même des bâtiments, pour l’heure fermés sur le quartier, la Friche la Belle de Mai apparaît souvent comme un endroit étrange, opaque, mystérieux. Si Babel de Mai n’a pas le pouvoir de rendre simple et clair ce qui ne l’est pas, du moins avons-nous imaginé intéressant de faire part au lecteur de cette complexité, en lui dressant une liste, pas tout à fait exhaustive, des structures à l’oeuvre dans ces bâtiments. Une invitation à s’immerger dans ce milieu étrange, et pourquoi pas, à prendre contact avec l’un de ses éléments.

pressions artistiques et intellectuelles, dans le cadre d’une action culturelle destinée à tout public. http://mppm.lafriche.org. 04 91 64 75 87 LIBRE D’IMAGES Responsable : Bania Medjbar, réalisatrice Activité : production de films documentaire et courts métrages de fictions Espace de création, lieu d’expression de rencontre entre les créateurs de films et les représentants de la société civile (associations de quartier, groupes informels) engagés sur les mêmes thématiques de réflexion : favoriser un cinéma re-créateur de liens humains, qui valorise des initiatives sociales et citoyennes de proximité. libredimages@ii-servers.com. 04 95 04 96 23

LES PRODUCTEURS / DIFFUSEURS AMI - AIDE AUX MUSIQUES INNOVATRICES Directeur : Ferdinand Richard Activité : Centre National de Développement pour les Musiques Actuelles Plate-forme de développement au service des artistes (plutôt qu’un terminal de consommation) allant du questionnement créateur (ateliers permanents et itinérants de pratiques artistiques (sample, écriture, scratch, mode urbaine), studios de répétition (pour musiciens amateurs et professionnels), Labobox (120m2 ouverts aux grandes formations, pratiques croisées) jusqu’aux publics (recherche de nouveaux publics, évolution des concepts de diffusion, transversalité socio-économique…). 04 95 04 95 50 / www.amicentre.biz ASTÉRIDES Responsable : Gilles Barbier, artiste Activité : Soutien à la jeune création en art contemporain Travaille à la diffusion de la jeune création, mais aussi au développement d’espaces de discussion, par l’intermédiaire d’une mise à disposition d’ateliers, de l’organisation d’expositions, d’échanges avec l’étranger, de l’édition de catalogues, de la programmation de rencontres artistiques. 04 95 04 95 01 / www.lafriche.org/asterides CINÉMAS DU SUD Coordination : Vincent Thabourey Activité : réseau inter-régional d’exploitants de salles de cinéma A pour objectifs de contribuer à la vie culturelle et cinématographique de la grande région Sud-est de la France, de faire découvrir de nouvelles cinématographies dites de recherche, d’auteur et de répertoire et de développer des actions d’éducation à l’image à destination de tous les publics. 04 91 95 99 01 / cinemasdusud.vincent@lafriche.org CINÉMA EN LUMIÈRE Responsable : Vincent Fournier Activité : cinéma/documentaire, repérage et accompagnement de jeunes talents Aide à l’écriture de scénarii documentaire, Master-class (Image, son, montage), séminaires de réflexion avec des producteurs, réalisateurs et partenaires étrangers. 04 95 04 96 22 / www.cinemaenlumiere.org COLA PRODUCTION Responsable : Cécile Rata Activité : promotion de la musique africaine management, formation, production et diffusion Partenaire du label Africa Fête à Dakar (Sénégal), mène depuis Dakar des actions de diffusion (concerts, tournées, festivals, sorties d’albums) et de formation en direction des nouvelles générations d’artistes africains. 04 95 04 96 36 / colaproduction@free.fr CYPRÈS Président : Louis Bec Activité : recherche et création en arts/ sciences/technologies

LIEUX-FICTIFS contact : Caroline Caccavale, réalisatrice Activité : audiovisuel / cinéma Espace de recherche et de réflexion, dans une démarche globale concernant la réalisation, la diffusion et la transmission. A développé, notamment, un dispositif de travail sur l’image au Centre Pénitentiaire de Marseille qui a récemment donné lieu à une diffusion sur ARTE d’une « série » en 5 épisodes : « 9m2 », mettant en scène la vie quotidienne des détenus (producion Agat films). 04 91 11 04 71 / 04 95 04 96 37

Réalise des projets de recherche et de création au croisement de la recherche scientifique, des pratiques artistiques et technologiques, au cœur d’un vaste réseau actif de partenaires locaux, nationaux, européens et internationaux. 04 91 62 95 82 / www.cypres-artech.org FILMS DE LA BELLE DE MAI (LES) Responsable : Florent Ginestet Activité : cinéma expérimental Laboratoire artisanal de développement de films, offrant aux artistes un espace privilégié d’expérimentation et de recherche sur l’image argentique. Permet d’inventer une alternative au circuit classique de l’industrie cinématographique, en étant autonome sur la plupart des étapes de « fabrication » d’un film, et ainsi de se positionner en tant que production réellement indépendante. 04 95 04 95 43 / filmsdelabelledemai@yahoo.fr

RADIO GALÈRE responsable : Sidi Diallo Activité : Radio libre radio d’expression, radio allternative, radio d’intervention… une radio militante. 04 91 08 28 15 / www.radiogalere.fm.fr SEXTANT ET PLUS Responsables : Véronique Collard-Bovy & Fabien Paoli Activité : Production et de diffusion des arts visuels contemporains. [S]extant et plus a conçu [La Collection], un projet qui met en oeuvre différents outils pour soutenir et diffuser le travail de 15 artistes de la région PACA. 04 95 04 95 94 / www.sextantetplus.org

GRENOUILLE 88.8 FM & EUPHONIA Responsables : Julie de Muer / Lucien Bertolina, compositeur & réalisateur Activité : Atelier de production et de création radiophonique et antenne radio La radio comme espace de médiation culturelle, passeur et acteur d’un territoire, mais aussi la recherche sur les écritures sonores et sur l’écoute. Son activité se déploie sur plusieurs secteurs : production et diffusion de programmes radio musicaux et parlés, événements publics, création sonore, résidences d’artistes et ateliers de pratiques radiophoniques. 04 95 04 95 15 /www.grenouille888.org

TRIANGLE FRANCE Directrice : Sandra Patron Activité : arts contemporains, soutien à la création et diffusion d’ « artistes émergents » Dans ses 3 ateliers de la Friche, Triangle propose un lieu d’accueil et de rencontres, un lieu de vie et d’envies, ouvert aux expérimentations et aux propositions diverses. 04 95 04 96 11 / www.lafriche.org/triangle

MASSALIA, THÉÂTRE DE MARIONNETTES Directeur : Philippe Foulquié Activité : théâtre jeune public, tout public Fondateur de la Friche, Massalia en est le principal producteur et diffuseur de théâtre. Il est à l’origine de l’installation dans ce lieu des différentes compagnies de théâtre. Il développe et promeut le théâtre de marionnettes, le théâtre d’objets, les formes animées, la machinerie. Il s’intéresse également au cirque.. 04 95 04 95 70 / www.theatremassalia.com

VIDÉOCHRONIQUES Responsable : Edouard Monnet Activité : art vidéo et nouveaux médias dans l’art contemporain Se consacre aux artistes qui utilisent dans leurs pratiques la vidéo et les nouveaux médias dans le champ de l’art contemporain. Les actions de l’association se répartissent sur la diffusion, la production et les résidences d’artistes, la documentation. 04 95 04 96 00 / www.videochroniques.org

MOD - MARSEILLE OBJECTIF DANSE Responsable : Josette Pisani Activité : Promotion et diffusion des arts chorégraphiques contemporains. La diffusion de spectacles est l’axe central de ses actions, autour duquel s’articulent : la co-production de spectacles et d’événements ; l’accueil en résidences, le soutien aux compagnies implantées en région ; la formation professionnelle (stages, ateliers, master-classes) ; la diffusion de soirées cinéma et vidéo ; la production et la diffusion d’installations, expositions, conférences… 04 95 04 96 42 / www.marseille-objectifdanse.org MPPM (MOVING PROJECT / PROJETS EN MOUVEMENT) responsable : Michèle Philibert Activité : production/diffusion en audiovisuel/cinéma, arts plastiques, musique… Développement et diffusion de différentes formes d’ex-

ZINC - ESPACE CULTURE MULTIMÉDIA Directeur : Emmanuel Vergès Activité : multimédia & NTIC : formation, recherche & création ZINC pour Zone d’Intervention Numérique Culturelle c’est : un lieu d’accès public aux pratiques de l’Internet et du web,; des ateliers artistiques et de pratiques (vidéo, webTV, webcartoon, création sonore); des résidences de création avec des concepteurs multimédia et des artistes; les soirées Digitales Emeutes avec Terractives, les Rencontres Arts et Nouveaux Média avec Alphabetville ; l’animation d’une dynamique de travail en réseau avec les lieux d’accès public à Internet de la région PACA, et dans le bassin méditerranéen à partir d’Alexandrie. 04 95 04 9512 / http://ecm.lafriche.org

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Commercialement, la culture est pénalisante

Bernard Pivot

ARTISTES / EQUIPES

la Friche la Belle de Mai est-elle à la Belle de Mai ce que Monsieur Bricolage est au bricolage ?

AGNONE THIERRY, artiste plasticien ALT ALFONS, artiste plasticien. www.alfons-alt.com ART ESPACE Marseille MICHEL GENTIL, peintre. http://art.marseillepaca.com/michelgentil 04 95 04 95 79 ART’M arts visuels contemporains. PASCALE MIJARES ET ALAIN DOMAGALA, artistes plasticiens mijdom@hotmail.com ARTONIK cie art urbain - danse - théâtre de rue. Caroline Selig et Alain Beauchet, auteurs, metteurs en scène. http://artonik.lafriche.org. 04 95 04 95 80 ARTSTUDIO arts visuels contemporains photographie. HATEM AKROUT, ALAIN PUECH ET OLIVIER REBUFA, artistes plasticiens. http://www.chez.com/artstudio. 04 95 04 95 74 LA BOÎTE À MUSIQUE Ahmed Compaoré, percussioniste oriental_fusion@hotmail.com 04 95 04 96 58 BOULÈGUEZ ! musique contact : Jali. papetJ@wanadoo.fr CORPS À SONS cie théâtre musical. Richard Dubelski, acteur, metteur en scène, directeur artistique. 04 95 04 95 48 / corpsasons@free.fr LE DERNIER CRI édition - arts visuels, audiovisuel & cinéma. Caroline Sury & Pakito Bolino. 04 95 04 96 49 / www.lederniercri.org DIGITAL BORAX AUDIOVISUEL cinéma - multimédia. Denis Cartet, cinéaste, Vj 04 95 04 95 26 / www.digitalborax.net (L’)ENTREPRISE cie théâtre. François Cervantes, auteur, metteur en scène. 04 91 08 06 93 / compagnie.entreprise@wanadoo.fr GROUPE DUNES art urbain - audiovisuel – nouvelles technologies. Madeleine Chiche & Bernard Misrachi. 04 95 04 95 47 www.groupedunes.net

ARTISTIQUES

INTERMEZZO cie théâtre marionnettes, théâtre d’ombre. Simon Cibasti LA LISEUSE cie danse. Georges Appaix, chorégraphe. 04 91 59 34 60 http://laliseuse.lafriche.org LES 7 PORTES/SISYGAMBIS arts visuels & création sonore. Christine Coulange et Nchan Manoyan. www.7portes.net LUNASOL cie marionnettes, théâtre d’ombre. Simona Acerbi. http://lunasol.lafriche.org MÉTAMORPHOSES photographie - édition. YVES JEANMOUGIN, photographe. 04 95 04 96 20 / meta@metamorphosesarts.com ORNIC’ART ARTS PLASTIQUES performances/installations. Christine Bouvier, Rochdy Laribi, artistes plasticiens. http://ornicart.lafriche.org QUOI ? création sonore - gastronomie marionnettes. Marie-Josée Ordener, Aline Soler mjordener@free.fr SKAPPA ! cie théâtre. Isabelle Hervouët & Paolo Cardona. 04 95 04 95 64 / www.skappa.org TEMPESTANT cie théâtre. ChristianeCamille Richard, directrice artistique, metteur en scène, comédienne. 04 95 04 95 37 www.tempestant.org LE THÉÂTRE DE CUISINE cie théâtre. Katy Deville & Christian Carignon, directeurs artistiques, metteurs en scène, comédiens. 04 95 04 95 45 / www.theatredecuisine.com UN PASSE cie théâtre - marionnettes. Fayçal Chebbi, directeur artistique. unpasse@caramail.com VOIX POLYPHONIQUES chant - cie théâtre musical. Brigitte Cirla, directrice artistique. 04 95 04 95 65 / www.voixpolyphoniques.org WA / BAMBOO ORCHESTRA musique création sonore. Makoto Yabuki, compositeur 04 95 04 96 48 / http://bambooorchestra.lafriche.org

ETUDES ET SERVICES

GEIQ Arts & Culture. formation – emploi. Groupement d’employeur pour l’insertion & la qualification. Christophe Charbonnel. geiq@lafriche.org. 04 95 04 95 06 IMP. Entreprise d’agents Responsable : Victor Mendy. 04 95 04 96 45

de

sécurité

évenementielle.

LEMON création & réalisation son / image. Pierre Armand, Pierre Sylvain Vaïsse. www.studio-lemon.com. 04 95 04 95 63

BLEU SUD Etude et développement de projets culturels et de politiques territoriales. Philippe Saumande. www.bleu-sud.com. 04 95 04 96 02

PIXEL Architecture / urbanisme - Centre ressource. Sabine Thuilier & Alexandre Cubizolles. http://pixel.asso.free.fr. 04 95 04 95 73

CICM Conservatoire International des Cuisines Méditerranéennes. Gastronomie : conseil, banquets philosophiques. Bruno Giraud-Héraud. http://cuisinesmed.lafriche.org. 04 95 04 96 38

ROUGE Graphisme. Caroline Brusset. rouge@lafriche.org. 04 95 04 95 38

CLUB DE LA FRICHE Bar Restaurant. Michel Rocchi. 04 95 04 95 89

SPARROW ALIER. Graphisme multimedia edition. Contact : Paul Gilonne. contact@sparrow.fr. 04 95 04 95 35

CMBM Culture Médiation Belle de Mai. médiation / accueil. Jean-Pierre Bigue. mediation@lafriche.org. 04 95 04 95 90

TAUP. Théâtre Architecture Urbanisme et Paysage. Contact: Mathieu Place, architecte 04 95 04 95 33

DOCUMENTS D’ARTISTES arts visuels contemporains - Centre ressource. Contact : Marceline Matheron, Christine Finizio. www.documentsdartistes.org. 04 95 04 95 40

TRANSVERSITÉ Recherche en sciences de l’homme et de la société ; étude et accompagnement de projets. Gilles Suzanne, Claire Duport. transverscite@lafriche.org. 04 95 04 96 32

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ratiques artistiques à la Belle de Mai

Une façon de rencontrer la culture, c’est de la pratiquer. Les quatre pages qui suivent témoignent d’expériences issues de cette pratique. Il s’agit de l’atelier de danse contemporaine proposé par Itinerrances, de la réflexion d’une art-thérapeute sur sa pratique, et des productions des participants de l’atelier d’écriture de la Maison pour Tous Belle de Mai. Tout atteste ici, par la parole ou l’exemple, de l’intérêt profond à s’engager dans de telles démarches. Démarches nécessairement exigeantes, pour les uns et pour les autres.

LA CHARGÉE DE RELATIONS PUBLIQUES, LA FEMME QUI DANSE Depuis un an, la compagnie Itinerrances propose aux femmes de la Belle de Mai des ateliers de danse contemporaine. L’expérience est aussi intéressante que difficile. Cette heureuse initiative montre en effet à quel point il est peu évident, malgré la gratuité de la proposition, de mobiliser les habitants du quartier sur un projet artistique. Mais elle montre aussi, pour celles qui y participent, la richesse personnelle qu’elles en retirent. Pourquoi ces ateliers ? Comment les personnes ont-elles été informées ? Qu’est-ce qui se joue dans cette aventure ? Les propos croisés de la chargée de relations publiques de la compagnie, d’une participante aux ateliers et de la chorégraphe interrogée après coup par cette dernière, offrent un éclairage à tous ces questionnements.

la chargée de relations publiques

la femme qui danse

Octobre 2004 J’ai sous les yeux une petite affiche. Elle présente les ateliers que notre compagnie donne en direction des femmes du quartier… Quelque chose de plus gai aurait été mieux (mes talents de graphiste sont moyens, il faut le reconnaître) mais bon, vérifions qu’au moins, les informations sont bien visibles…. … ATELIERS DE DANSE CONTEMPORAINE… COMPAGNIE ITINERRANCES… BELLE DE MAI / SAINT MAURONT… VENDREDI MATIN / 9h-11h … GRATUIT… MOTIVÉE… Cela devrait aller… Une trentaine de photocopies dans le sac et je m’en vais arpenter le quartier pour y déposer mes affiches. Déjà, où aller ? Le mieux, c’est dans les endroits du quartier où les femmes vont en général… Les boutiques de vêtements, les bijouteries, les salons d’esthétique, les pharmacies… À la sortie des écoles aussi, il y a plein de mamans susceptibles d’être intéressées : oublier un peu les minots et s’occuper de soi, penser à soi… C’est bien le but de cet atelier de danse ! Réfléchir à son histoire, à son rapport au corps : on met de côté tout ça si souvent quand on est prise dans le tourbillon familial ou professionnel, non ?… Pharmacies, magasins... à chaque fois que je dépose une affiche, j’explique en quoi consiste l’atelier, à qui il s’adresse, qu’on n’est pas obligé d’avoir déjà fait de la danse… Les femmes souvent paraissent intéressées. Seulement voilà, l’atelier se déroule en semaine, et surtout le matin, et elles, elles travaillent. Du coup, je doute… Est-ce que l’horaire qu’on a choisi est le bon ? À tous les coups, personne ne va pouvoir venir… Oui, mais, le problème, c’est que si l’atelier se déroule le soir, à ce moment-là, il y a les enfants, les devoirs, le repas, le mari… Bon, on verra bien… Je continue mon tour de quartier… Danse contemporaine… Contemporain, contemporain… Je me rends compte que le terme fait peur… Je ne sais pas ce qui doit passer par la tête des gens quand j’en parle : peut-être qu’ils se voient en train de se rouler par terre en poussant des cris aigus… Dans ce cas, je comprends que les ateliers les intéressent moyennement !! … Ah, là, par contre, ils ne veulent aucune pub chez eux, « ça nous intéresse pas ! »

Heureusement, la plupart du temps, les commerçants acceptent sans problème que je leur dépose des affiches et que je leur donne quelques détails sur l’atelier… D’ailleurs, de fil en aiguille, notre discussion part souvent sur d’autres sujets, et on se met à parler de choses et d’autres … Et c’est comme ça aussi que je rentrerai au bureau avec un dentifrice, mon repas de midi, le journal et sans ma veste, que j’ai déposée au pressing !… Et il faudra aussi que je rapporte demain deux pantalons pour y faire réparer la fermeture éclair !!

C’est bien beau d’afficher, mais j’ai

envie de m’adresser directement aux intéressées… Tiens, sur la place, entourées de poussettes, quelques mamans papotent tout en buvant un café. Je m’adresse à elles les tracts à la main, avec l’impression d’être aussi engageante qu’une représentante en lessive… Elles m’écoutent sagement, tout en surveillant du coin de l’œil leur progéniture qui s’éparpille allègrement sur toute la place… … Ouf ! L’une d’elles me dit qu’elle est intéressée ! Elle me pose quelques questions et déclare qu’elle essaiera de venir… (je ne la reverrai jamais…) Après deux heures à déambuler dans le quartier, je rentre au bureau, allégée des affiches et lestée de mes courses… En tout cas, pour moi qui viens d’arriver à la Belle de Mai, j’en ai bien fait le tour et découvert pas mal d’endroits… Affaire à suivre, maintenant, qui viendra aux ateliers ? Bérangère Chaland

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Cela faisait 5 ans que la danse contemporaine me tournait autour. Tout d’abord par l’intermédiaire de deux amies danseuses, puis ma fille, qui suit depuis 2 ans un atelier pour enfants au sein de la Compagnie Itinerrances. La proposition de participer à un atelier de danse contemporaine ouvert aux femmes du quartier, non-danseuses, m’a ébranlée sérieusement. Attirant et effrayant à la fois. J’ai dit « oui » tout de suite, en pensant « non » tout aussi rapidement. Un nouvel événement aura presque raison des pauvres réticences qui s’accrochaient désespérément à moi. J’ai pu assister à une répétition de la création Singulier Pluriel de Christine Fricker (qui anime notre atelier de femmes). Ce spectacle est à l’origine de l’envie de Christine d’ouvrir un atelier réservé à des non-danseuses, pour prolonger le travail réalisé avec de vraiesdanseuses contemporaines. Dont le thème était, « comment garder son intégrité, sa personnalité, tout en étant face au groupe ou dans le groupe ». Une rencontre très enrichissante avec les interprètes : assister à leur travail, à celui de la chorégraphe, et voir l’envers du décor. Et puis, la grosse claque, pour l’avant-première. Le coup de grâce pour mes pauvres réticences, balayées du coup … J’avais l’impression d’être une énorme éponge. L’esprit grand ouvert, les tripes à vif. J’ai tout pris de plein fouet, sans résister. J’étais transportée. Cela paraît ridicule comme ça, mais d’un seul coup, j’étais une petite fille qui se dit : « C’est ça que je veux faire quand je serai grande ! ». Et voilà le jour du premier atelier qui arrive. Vendredi matin 9 heures je marche la tête en feu, et la peur au ventre. Qu’est ce que je fais là ? Pourquoi j’ai dit oui ? J’y comprends rien à la danse contemporaine moi ! Je n’ai jamais fait de danse de ma vie. Et je suis loin d’avoir le physique de ces danseuses qui font 40kg tout mouillé. Impossible d’espérer leur arriver à la cheville. Comment Christine s’y prendra pour apprendre quoi que ce soit à des mères de familles, si loin de ce milieu ? En sommes-nous même capables ? Christine a l’air d’y croire, mais bon… Et je repoussais bien loin, la petite voix qui me disait « tu verras, tu vas adorer, c’est sûr ». Me voilà donc allongée sur un parquet froid, inondé de lumière, avec autour de moi les femmes du quartier dans la même position. Et Christine qui nous demande de rentrer dans le parquet comme s’il était moelleux, de sentir les parties du corps qui reposent sur le sol, et celles qui sont en creux … Et chaque vendredi, on se roule par terre, on se traîne, on s’étire, on respire, on court, on tombe… On réveille tout doucettement ce corps endormi, oublié, voire ignoré. On retrouve les sensations de l’enfance. Les sens s’aiguisent. On s’amuse vraiment. On s’écoute, on se regarde, on se parle. On prend conscience des appuis, des transferts de poids, de l’équilibre, du déséquilibre. On se touche, on se masse. On s’épaule, on se porte, on existe. Vu de l’extérieur, cela peut paraître étrange ou idiot. Cela dit, de l’intérieur aussi parfois! Mais au fil des jours, et des mois, les rires nerveux cessent, on se sent moins gauche ou moins ridicule. On ne se regarde plus danser, on vit la danse. On profite pleinement de ce plaisir partagé. Notre moment à nous, notre atelier. Et voilà qu’un jour, on nous demande de partager « notre » parquet avec un autre groupe de femmes. Une rencontre entre danseuses, sauf qu’elles pratiquent la danse depuis beaucoup plus longtemps que nous. Angoisse… Rencontre inoubliable ! Bel échange avec ces femmes adorables. Public attentif et acquis. On en redemanderait tiens, tellement c’est bon ! L’année continue, les vendredis s’enchaînent. La danse s’insinue dans ma vie, la change, l’envahit, la bouleverse même si cela paraît excessif. Impossible de savoir pourquoi je suis venue dans cet atelier, juste l’instinct, et la confiance aveugle de Christine en nous. La danse contemporaine est effrayante, et parfois hermétique. Pas de tutu, pas de pointes, pas de choses connues, rassurantes. J’y ai trouvé ce que je cherchais, sans même le savoir. Je l’ai laissée entrer en moi, et elle m’a permis d’exprimer des sentiments. J’ai retrouvé des sensations oubliées ou tronquées au travers de ce corps si peu utilisé ou mal utilisé. Cette pratique me permet aujourd’hui d’accéder plus aisément à ces spectacles contemporains si effrayants. Je possède quelques clés qui m’ouvrent certaines portes de cette mystérieuse danse contemporaine, où les danseurs semblent savoir exactement ce qu’ils font, et pourquoi ils le font, ce qui n’est pas souvent le cas des spectateurs ! Et j’accepte volontiers l’idée de n’y rien comprendre, ou d’y voir, ce que j’ai envie d’y voir. RAO


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ET LA CHORÉGRAPHE un acte de création, qui mêlerait les danseuses et les femmes de l’atelier. Nous sommes donc en plein dans l’interrogation et dans cet entre-deux. As-tu eu des difficultés à « recruter » des participantes ? Oui, je pense que la danse contemporaine fait un peu épouvantail, ça fait un peu peur. Je pense que c’est en partie justifié, car c’est une pratique qui demande un engagement certain. Une certaine disponibilité d’esprit, une certaine maturité aussi peut être. Une envie d’aller dans le sens d’une recherche et pas juste passer un bon moment, même si c’en est un. Je pense qu’il s’agit d’une activité qui fait se questionner. Qui pose la question de comment le mouvement circule, comment arriver à faire des choses sans effort, comment le mouvement peut naître de l’imagination. Ce sont des choses qui sont de l’ordre de la créativité, et il faut avoir envie de le faire, et de ne pas être seulement dans la consommation. C’est peut-être aussi dû à la difficulté, dans le quartier, de rentrer dans un lieu culturel. Sans oublier le fait qu’il s’agit d’une activité qui ne va pas convenir à un grand nombre, mais ça, on le sait, et ce n’est pas forcément important. Mais peut-être que petit à petit, par des petites actions comme ça, on ouvrira de plus en plus le champ, pour que les gens se rendent compte que c’est très accessible, et que ce n’et pas aussi compliqué qu’il n’y paraît. C’est peut-être l’investissement et la motivation réguliers qui est le plus difficile à faire accepter.

la femme qui danse rencontre la chorégraphe RAO : Depuis l’année dernière, tu as ouvert un atelier de danse, en direction des femmes du quartier. Est-ce ta première tentative d’accès à la danse contemporaine en direction du grand public ? Christine Fricker : En terme d’atelier, oui. Par contre, nous avions déjà eu l’idée de faire l’ouverture de saison de notre compagnie en libre accès. Nous avons aussi participé, il y a 2 ans, à la Belle Fête de Mai. Nous avions l’envie quand même, de ne pas nous poser là comme ça, et de nous questionner sur le quartier et d’être lisible.

Pourquoi ces femmes sont-elles venues, et pourquoi sont-elles restées ? Ces femmes sont venues peut-être d’abord par curiosité, et c’est très bien. Et sans forcément savoir ce qui allait se passer et c’est aussi bien. Ensuite, elles sont restées peut-être parce que ça leur est apparu plus évident que ça semblait être. Je pense qu’au niveau de la danse, et en particulier en atelier, cela permet de prendre du temps pour soi, de s’écouter, de s’interroger sur ses sensations, de fédérer un groupe, d’être à l’écoute des autres. Partager quelque chose avec les autres. Et du coup, peut-être que ce sont des choses qui semblent intéressantes à un moment donné de quelqu’un, ça croise ce moment-là. Chacun fait un petit bout de chemin, et ça se tisse comme ça. La magie du groupe est toujours aléatoire. C’est toujours étonnant d’observer que des gens très différents arrivent finalement à devenir un groupe. C’est ce qui me fascine, et ce qui ponctue à chaque fois les aventures vécues dans mon métier, et c’est réconfortant.

Quelle est l’origine de cet atelier ? Au départ, en 2004, il y avait le projet de la création de la compagnie, qui s’appelle Singulier Pluriel. Cette pièce, que j’ai créée au Gyptis pour le Festival DANSEM, avec 5 interprètes féminines, avait pour thème la singularité. Au départ, il s’agissait de l’individu en général, mais il s’est avéré que sur le plateau, il y avait 5 danseuses. Et sans le poser forcement comme féministe, il y avait une dimension féminine forte. Cette pièce traite de la question de l’individu et du groupe. Et suite à cette création, nous avons eu envie de proposer un projet DSU Politique de la Ville, en direction des femmes du quartier. Je trouvais que la thématique de la pièce pouvait très largement coïncider avec un groupe de femmes qui devaient se découvrir en tant qu’individu, face à un groupe qui se serait créé pour l’occasion. Et dans l’envie aussi, de mêler les danseuses de la création, au groupe de femmes, pour qu’il y ait un réel échange. Nous avons lancé un appel à candidature. Nous avons essayé de diffuser l’information dans le quartier et c’est parti comme ça. Certaines femmes sont venues nous voir en répétition et en spectacle au Gyptis, et de fil en aiguille, le groupe s’est constitué. Qu’attendais-tu de cet atelier ? Amener les gens à aborder la danse, à se “familiariser” avec elle. Leur donner les clés, le plus de clés possible, et voir comment faire naître le mouvement dans un corps encore non codé, un corps qui n’a pas de pratique de la danse. Depuis toujours, l’activité pédagogique a été un pôle important de la compagnie, et de mon activité. Je n’ai pas de création sans pédagogie, ni de pédagogie sans création. C’est intimement lié, ce sont des vases communicants. L’un se ressource dans l’autre, et vice-versa. Je crois que mon rôle de citoyenne, c’est d’amener à ce que, la danse contemporaine, soit moins hermétique, et passe dans tous les corps. De par le passé, j’ai travaillé avec des groupes très variés, et vraiment, c’est à cet endroit-là que je trouve que c’est le plus intéressant. Travailler avec des professionnels, c’est bien aussi, mais là, avec ces groupes, c’est un challenge à chaque fois. Qu’est ce qui va faire que tout d’un coup, cela va avoir un écho chez quelqu’un qui n’a pas de prédispositions à la danse. Ce n’est pas forcément facile, mais c’est quelque chose qui m’interpelle. C’est tout à fait cohérent par rapport à ce pourquoi je fais ce métier, et ce pourquoi, j’ai ouvert ce lieu. C’est une suite logique. C’est aussi dans l’interrogation sur l’interprétation des danseuses. Cela m’interpelle de savoir comment faire pour qu’un corps, justement très codé comme celui des danseuses, puisse avoir accès à une vérité qu’elles ont oubliée à cause d’un savoir-faire. Et comment un corps - c’est très évident chez les enfants -, réussit à faire naître un mouvement qui semble parfait, alors qu’il n’y a aucune pratique. C’est toujours fascinant. C’est le pouvoir de l’imagination, c’est ce que l’on est, on se raconte. Ce que je revendique dans la compagnie, c’est d’être vrai sur un plateau. Rien de ce qui se fait sur un plateau n’est vraiment naturel, mais, je m’attache vraiment à ce qu’il y est de la vie, de la vérité, de l’authenticité en fait. Et inversement, aller vers des gens authentiques, comme les enfants ou ces femmes, et les amener à aller vers quelque chose de plus codé, de plus stylé, c’est aussi intéressant. Il me paraît donc évident de proposer cet atelier, pour voir comment l’amener plus vers

En te retournant sur la saison écoulée, que t’ont apportés ces ateliers ?

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La pédagogie n’est pas quelque chose de figé, c’est toujours en devenir. Il est faux de penser que, parce que l’on a en charge un groupe, on a le savoir, la connaissance ultime. On en sait un peu plus mais, à chaque fois que l’on arrive dans l’atelier, on ne sait pas ce qu’il va se passer. Il y a des consignes qui vont mieux fonctionner que d’autres, sans savoir pourquoi. C’est à chaque fois la lecture du corps de l’autre, de comment les choses paraissent difficiles de prime abord, et finalement ça marche à fond, et quelques fois, l’inverse aussi. Ce sont ces expériences qui font, que cela me renseigne tout le temps sur mon métier, sur comment transmettre. Grâce à ça, on engrange un maximum de sensations, et cela aide à être au plus près de chacun. La pédagogie est évolutive. Ensuite il y a la dimension de la relation humaine, qui est pour moi indissociable de l’action artistique. Pendant ces ateliers, il y a eu des temps tellement forts, comme les rencontres avec les femmes du centre social, et le groupe de recherche de MarieHélène DESMARIS. Ces moments-là valent le coup. Ce sont des moments privilégiés, car on est sur l’éphémère, sur l’instant, sur des choses fragiles. Ces ateliers ont peut-être aussi permis à certaines


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femmes d’aller voir des spectacles de danse contemporaine, d’aller à la rencontre des danseurs. Cela ouvre le champ, et pour tout le monde. C’est très enrichissant. Vas-tu reconduire ces ateliers pour cette nouvelle saison ? Oui, il s’agit d’abord de ne pas laisser en plan le groupe de l’année dernière, cela nous paraissait évident. Il y a eu donc reconduction du projet. Cela dit, s’il ne l’avait pas été, je l’aurais quand même fait ! (rires). Ensuite, l’idée de cette nouvelle saison est d’aller vers quelque chose de plus ambitieux. D’amener le groupe à aller dans de l’ordre de la création. C’est-à-dire de monter quelque chose qui serait donné à voir. C’est important que ce qui se passe dans l’atelier ne soit pas simplement intra- muros, , mais que l’on puisse le partager avec un public. Et aussi, que ces femmes côtoient aussi les danseuses de la pièce Singulier Pluriel. Outre le fait de réunir le groupe de l’année dernière qui assistait à l’atelier le vendredi matin, nous avons décidé de proposer un autre créneau horaire cette année, le vendredi soir, dans le but d’élargir l’atelier aux femmes qui travaillent. Qu’est ce que la danse contemporaine pour toi ? La danse contemporaine permet à chacun de trouver sa place et de dire quelque chose, qu’il soit grand, gros, petit, jeune, vieux, débutant ou non. La danse contemporaine, même si elle a ses codes, permet de lier au mouvement, l’histoire de l’individu, son vécu, son imaginaire, ce qu’il est. Tout ça peut nourrir le mouvement et faire qu’il ait accès à un acte de danse contemporaine. Ici, e mot contemporain veut dire : aujourd’hui. Je suis chorégraphe contemporaine parce que je suis là aujourd’hui, avec mes influences, ma culture, ma formation. La danse contemporaine est perçue plus hermétique qu’elle ne l’est vraiment, même si elle peut l’être vraiment sous certaines formes, bien entendu. Il manque peut-être des lieux, où l’on pourrait parler de la démarche du créateur, où l’on pourrait, sans tout dévoiler, donner quelques clés. Je me suis rendu compte sur le terrain que, dès qu’il y avait proximité avec le public ou dialogue, il y avait une certaine forme de compréhension. Il y aura toujours des gens qui resteront à la porte de la danse contemporaine, mais cet échange peut aider. La danse contemporaine, c’est un état, ça peut être une philosophie de vie. En tout cas, c’est un moyen d’être avec des gens, pour des gens. C’est plus un moyen, qu’une fin en soi.

L’ART POUR CEUX QUI N’EN ONT PAS (?) par Christine Guichou, art-thérapeute, et habitante de la Belle de Mai.

Depuis plusieurs années, beaucoup s’ingénient à apporter de l’art dans la vie de personnes qui s’en sont toujours très bien passé : l’artiste Lambda fait du théâtre de rue ou des expos dans des lieux publics

fite entre la laverie et Carrefour, tient en otage le public (déjà forcé) d’un collège un quart d’heure de plus pour qu’il dise ce qu’il pense de ce qu’il vient de voir ou d’entendre, introduit des ateliers artistiques depuis les écoles jusqu’aux maisons de retraite. Le dernier raffinement consiste à faire de l’art-thérapie, comme ça, on est sûr que plus personne ne peut y échapper. Peut-être que l’artiste Lambda désespéré se dit que puisque Monsieur Tout l’monde n’a que faire de mourir idiot (c’est-à-dire de ne pas honorer ses oeuvres d’art), peut-être sera-t-il plus sensible au fait de mourir en bonne santé psychique. Car, comme ne l’atteste pas Van Gogh, l’art soigne, mais comme Monsieur Tout l’monde connaît au moins Van Gogh, ce n’est pas facile de lui faire admettre. Pourtant, qui nous dit que Van Gogh sans tournesols n’aurait pas préféré découper en petites rondelles l’Arlésienne plutôt que son oreille? Je veux dire par là que cette volonté de mettre de l’art partout relève peut-être aussi d’une volonté de préserver la paix sociale, de contrôler les élans ou dérapages de tout un chacun.

de contact vivables, d’élaborer une cohérence, d’exister face aux autres. Pour parler plus simplement, c'est un airbag doublé d’un mode d’emploi du monde à écrire soi-même en fonction de ce qui nous turlupine. Et ça, si Monsieur Tout l’monde n’écoute pas Bartok tous les matins ou préfère la Star Academy à Castelluci, il ne peut pas s’en passer. Il est en effet attesté que l’être humain a une conception du monde qui ne relève pas que de la sensation immédiate mais aussi d’un traitement de l’information complexe et farceur qui lui procure quelques soucis existentiels. Il faut trier, choisir, préférer, pour ne pas se perdre, garder une identité reconnaissable par soi et par les autres, ne pas avoir peur du noir, ne pas se transformer en loup-garou. Monsieur Tout’lmonde ne connaît pas Castelluci ni Bartok mais il choisit la brosse à dent verte en plastique transparent plutôt que la rouge opaque, il trouve que le bleu de la Méditerranée est très réussi, il préfère les fraises aux betteraves, et plus subtil, il s’avoue secrètement que sa scène de rupture avec Huguette ne manquait pas d’un certain charme esthétique, surtout reconsidérée en écoutant un slow très triste de Céline Dion, et que décidément, les chants les plus tristes sont les plus beaux, que si j’avais pu j’aurais laissé libre cours à ma nature héroïque de loup des steppes, et ... Monsieur Tout l’monde recolorie son quotidien avec des brosses à dent, de l’Avi 3000, des drames, des rêves, des désirs.

C’est ainsi que Monsieur Tout l’monde (à comprendre, celui qui s’en passe), qu’il soit gravement accidenté, handicapé ou chômeur de trop longue durée, n’échappera plus à son inscription volontaire dans un atelier de pratique artistique. Et l’on comprend qu’il ne voit pas d’emblée le rapport. Et pourtant, non seulement ça se tient théoriquement, mais en plus, ça marche! L’art offre un espace intermédiaire entre le monde extérieur et soi où l’on prend le temps de ménager des points

Bon, l’art-thérapie, c’est simple, c’est pour ceux qui n’arrivent pas à colorier. Et l’art c’est pour qui ? Pour ceux qui colorient mal ? Au goût de qui ? Par peur de quoi ? Peut-être qu’il y a effectivement un hiatus en l’artiste Lambda et Monsieur Tout l’monde, et que chacun voit l’autre comme un dangereux mauvais colorieur et que Monsieur Tout l’monde se demande pourquoi ce serait lui qui devrait colorier autrement.

pour que

Monsieur Tout l’monde en pro-

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L’ ATELIER D’ÉCRITURE Une collection collective d’objets personnels a été réalisée et exposée dans quelques-unes des vitrines de commerçants du quartier, grâce à une collaboration entre le MUCEM, la Maison pour Tous et l’école Bernard Cadenat. A travers elle, c’est l’histoire des participants qui est mise en lumière. Berthe, Halima, Atika, Malika, Fatima, Moussa, Raonaki, Lidia, Fatma et Michèle de l’atelier d’écriture animé par Sarah Hug à la MPT vous présentent quelques objets. Collaboration : Corinne Barbereau, Nathalie Chesi (MPT) et Jakline Eid (MUCEM)

Le porte-feuille de mon père Je voulais ramener ce porte-feuille qui me rappelle mon enfance quand mon père me donnait des pièces de monnaie tous les vendredis. Ce porte-feuille il est en cuir, avec plusieurs poches de couleur bordeaux, et il est rectangulaire. Ce porte-feuille, mon père l’avait avant ma naissance et je me rappelle que mon père avait toujours ce porte-feuille depuis 36 ans. Cet objet, mon père l’a acheté au marché avant son mariage. L’âge de ce porte-feuille est de 44 ans. Ce porte-feuille de mon enfance, qui appartient à mon père, aujourd’hui il est rangé soigneusement dans un tiroir de table de chevet dans ma chambre. En été 1992, juste avant notre départ en vacances avec nos enfants, mon mari et moi avions mis de l’argent pour toutes les vacances d’été dans ce sacré porte-feuille qu’il fallait surtout pas oublié dans l’armoire. Et au dernier moment on l’a oublié à la maison. En revenant de vacances nous avons gardé cet argent pour les vacances prochaines car c’était de la monnaie espagnole. En fait, je garderai ce portefeuille comme un héritage de mon papa, merci Père. Le sac Il se trouve dans la chambre, dans l’armoire. C’est un cadeau que ma sœur m’a offert. Quand je vais me promener, je l’amène pour mettre le porte-monnaie et les clés. Ce sac est en capsules de canettes. Au Brésil, avec les canettes ils font beaucoup de choses. par exemple des louches, des bijoux. Pendant les périodes de fêtes, les canettes vides sont ramassées dans la rue et revendues à des coopératives qui fabriquent ensuite les objets.

Le collier de hanche est un collier décoratif du corps, porté à la taille pour les femmes mariées, pour plaire aux maris.

Le missel Ce missel est très important pour moi, car il appartient à ma grand-mère maternelle Régina. Il lui fut offert à l’occasion de sa première communion en 1894. Cet ouvrage a été imprimé en 1893 et s’appelle « Le Paroissien Romain ». Il relate les évangiles ainsi que le déroulement des offices du dimanche. Il a également servi, lors de la Communion Solennelle de ma mère en 1931, ainsi qu’à l’occasion de ma propre communion en 1950. Ma fille ne l’a pas eu car, à son époque, on ne faisait plus les cérémonies à l’ancienne avec robe et chapeau, mais avec les aubes, prêtées par la paroisse. Par contre, j’espère fermement qu’elle le conservera, après ma disparition, car c’est devenu notre patrimoine familial.

Le collier de graines séchées et parfumées est offert aux jeunes mamans qui viennent d’accoucher pour se parfumer pour ne pas sentir le vomi de bébé. Le collier de coquillage se met autour du cou pour se protéger du mauvais œil.

Le santon du vendeur d’eau Il vendait de l’eau dans les villes en Algérie, de l’eau fraîche dans une peau de chèvre. Ce santon est un souvenir de mon amie Zalia qui me l’a acheté à la braderie de Lille dans le Nord de la France, en 1981. Je l’ai toujours gardé en souvenir. Je me rappelle quand j’étais petite chez les paysans ; ils mettaient de l’eau fraîche dans la peau de chèvre et moi je buvais de l’eau fraîche. La cassette de musique traditionnelle des moulidis de Mayotte Cet objet que j’ai choisi, c’est la cassette de musique traditionnelle des moulidis de mayotte. Ils sont joués par les hommes et les garçons. Leur savoir-faire se transmet par les « Foundis », les maîtres qui enseignent et possèdent le savoir-jouer des « Moulidis ». Donc ils sont en rangée, les genoux sur les nattes, les maîtres commencent à chanter, les élèves répètent ce que le maître avait chanté et les autres frappent les tams-tams. Ensuite les danseurs dansent, ils font des gestes. Il y a une personne qui commande aux autres de tourner à gauche, à droite. Les femmes regardent les gens qui dansent. Ca c’est un traditionnel mahorais qui conserve des règles coutumières sous le contrôle des « Foundis », les maîtres des élèves de religion d’Islam de Mayotte. C’est très important les Moulidis de Mayotte.

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La meilleure cuisinière Africaine Cette photo me tient à cœur, c’est la photo où je suis en train de cuisiner chez ma sœur en Gambie, en Afrique, où je pilais les oignons dans un pilon et cuisinait avec du bois. Il y a beaucoup de fumée qui me piquait les yeux. C’était en décembre 1998 quand je suis allée en vacances. C’est une photo en couleur. Cette photo me rappelle mon enfance. Dans le temps, on pilait du riz, du maïs, du mil dans ce pilon. C’est mon souvenir…


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SMOKING OU NO SMOKING

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ébats Sylvie Schmit

Guillaume Quiquerez

Manuel Poujol, vient en classe pour présenter le spectacle aux élèves. Là, après avoir répété qu’il s’agit de respecter les autres spectateurs et les gens qui travaillent dans le lieu, il leur explique soudainement qu’on peut aller au théâtre avec ses habits de tous les jours… (parce que, raconte Manuel, il ne faut pas ajouter une « barrière supplémentaire »). Cette anecdote fait réagir Guillaume : il s’étonne au sujet de la consigne vestimentaire. Les élèves ne devraient-ils pas considérer au contraire que cette sortie au théâtre pourrait devenir banale ? Leur dire qu’il faut s’habiller correctement, n’est-ce pas de l’ « intimidation culturelle », c’est-à-dire une façon de leur rappeler qu’on ne les accepte pas tels qu’ils sont ? Sylvie répond que la principale difficulté des élèves à aller au spectacle ne tient pas tant à cette « intimidation culturelle » qu’à leur peur de s’y ennuyer, tout simplement. Simplement ?

La discussion entre Sylvie Schmit (enseignante en lettres au Collège Belle de Mai) et Guillaume Quiquerez (directeur artistique des Bancs Publics – lieu d’expérimentations culturelles) débute avec un sandwich pris sur la place Caffo, un jour à midi. Sylvie raconte une anecdote. Il y a deux ans, elle a organisé une sortie avec ses élèves au théâtre Gyptis. Sortie difficile à organiser pour un enseignant, comme toujours, pour diverses raisons : argent, réticences des élèves et de leurs parents, horaires… L’enseignante insiste pour que les collégiens prennent cette sortie pour ce qu’elle est réellement pour eux : un moment qu’ils n’ont pas l’habitude de vivre. Elle leur donne donc quelques consignes, relatives notamment à l’attitude à adopter, la tenue vestimentaire … Pour mieux préparer cette fameuse sortie, le représentant du théâtre Gyptis,

SMOKING

La notion d'"intimidation culturelle" que tu as utilisée hier sur la place Caffo ne me paraît pas pertinente pour le cas qui nous occupe, (comment faire venir des élèves du collège Belle de Mai au théâtre, pour Roméo et Juliette au théâtre Gyptis en l'occurrence). Ce concept d'intimidation est plutôt daté, la principale "peur" des élèves étant beaucoup plus simplement de s'ennuyer ferme au théâtre comme en cours ou à chaque contact avec une culture vécue comme imposée, certes, mais pas particulièrement intimidante. Par exemple, pour leur "donner envie" je leur fais part du projet que les comédiens viennent en classe pour les rencontrer (ce qui d'ailleurs ne s'est finalement jamais fait). Les questions au sujet des comédiens sont de l'ordre : "Est-ce qu'ils sont jeunes ?". A ma question sur les limites de la jeunesse on me confirme que trente ans, c'est vieux, et que vieux, c'est chiant. Ce qui ne ressemble pas à la Star Academy n'est pas intimidant, mais promesse certaine d'ennui profond pour cause de trop grande différence. Quand j’insiste sur l’importance pour eux de s’habiller correctement pour cette sortie au théâtre, je joue la carte" sors de ton monde" (la culture comme arrachement,

H Arendt etc) et non à la carte. “Fais comme chez toi, on n'est pas chez les bourgeois" (Bourdieu etc). De plus, il y a une différence énorme entre "la culture, les oeuvres, ont été écrites pour vous, pour vivre différemment après les avoir lues, vues, etc, et non pour que des professeurs les étudient platement" et "vous êtes chez vous", confusion entre domaine public, bien public, et sphère privée. Quand je vais au théâtre, je suis dans un espace public. Ce à quoi je vais assister est pour moi aussi, mais cela ne se passe pas chez moi (chez moi je laisse mon portable allumé et je parle aussi fort que j'en ai envie...). Le terme "intello", lancé fréquemment à la tête de celui qui s'intéresse à autre chose qu'à la "culture populaire dominante", recouvre avant tout un mépris et une agressivité assez incommensurables, peut-être très lointainement fondés sur du dépit, mais ce n'est plus discernable. L'intimidation est très exactement de l'autre côté. Celui qu'on cherche à intimider, c'est celui qui voudrait sortir de là : dans ce cas c’est moi.

NO SMOKING ?

Ma fille de trois ans a dans sa bibliothèque un livre qui s’intitule Madame Timide. Madame Timide reste chez elle, elle ne répond pas au téléphone, d’ailleurs la sonnerie la fait sursauter. Mais un jour, Monsieur quelque chose,

peut-être Monsieur Costaud,

je ne

me souviens plus, débarque chez elle avec plein de copains et organise une fête pour son anniversaire. On comprend que Madame Timide est très reconnaissante de l’initiative de Monsieur Costaud (si c’est lui), et qu’elle va jusqu’à prononcer quelques phrases. Elle oublie même de rougir un peu. Bref, on aura compris que Madame timide est vraiment timide, qu’elle n’a pas d’autre ressource que de se calfeutrer chez elle pour ne pas souffrir. Quand j’évoquais, sans trop y faire attention, l’expression d’intimidation culturelle concernant tes élèves, je ne parlais pas de la situation personnelle de Madame Timide : d’accord avec toi, ce que j’appelais “intimidation culturelle” ne rend pas du tout timide. Cette intimidation n’est d’ailleurs que très rarement ouverte : rares sont les intimidateurs volontaires ou les intimidés conscients. Peut-être même d’ailleurs que l’expression est maladroite. Mais puisque que tu as choisi de relancer notre discussion là-dessus, j’y vais. Pour remettre les choses en contexte, je parlais d’intimidation culturelle pour insister sur le fait que, quoi que tu en dises, l’idée que “ça c’est pas pour moi” est très profondément ancrée dans

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les comportements culturels. Je suis évidemment d’accord avec toi : la plupart du temps, l’intimidation ne rend pas timide, et même pas timide du tout. Il n’empêche : quelle que soit la parade que chacun trouve, le processus me semble tout de même avéré. Dans le “c’est pas pour moi”, je le maintiens, il y a notamment l’idée intériorisée que “je n’y comprendrai rien” : en d’autres termes, ça ne fait pas partie de mon système de valeurs, de plaisirs, et de sens. Or tes élèves n’étant pas plus masochistes que la moyenne, il n’y a pas dix mille manières pour eux d’y réagir. Puisque ce n’est pas pour moi, pérorent-ils, d’ailleurs plus volontiers en groupe que seuls, c’est donc nul, chiant, débile, intellectuel... Moi, par exemple, je n’aimerai pas être trop riche, j’aurai peur de m’ennuyer, de ne plus avoir le sens des réalités, de ne pas savoir si l’on parle à ma personne ou à mon compte en banque... Mais ça tombe drôlement bien puisque, précisément (comme les choses sont bien faites), je ne suis pas riche. Et eux, ils n’aiment pas l’opéra, le théâtre, la musique classique, le jazz, la poésie contemporaine. Et ils disent en effet que c’est nul, réservé aux vieux, chiant... Mais ça tombe drôlement bien, leurs parents ne leur ont jamais proposé de les y emmener. Comme la vie est bien faite ! Et là, tu me comprends bien, quand je dis qu’ils n’y ont pas accès, je ne parle pas d’argent - même si ça compte. Non, je le répète, ils ont le sentiment que ce n’est pas leur place dans la cité, donc ils ne la veulent pas.


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je pense que c'est une réaction authentiquement populaire de s'habiller pour sortir, et que ce sont les bobos qui vont à l'opéra en jeans troués. SMOKING

Moi non plus je ne parlais pas de timidité au sens psychologique, pas du tout. Je maintiens que la notion d'ennui est beaucoup plus opératoire que celle d'intimidation. Je ne veux pas dire que "l'intimidation culturelle" n'existe pas, bien sûr qu'elle existe telle que tu la décris, mais ici, dans le cas qui nous occupe (démarrage du débat : faut-il dire à des élèves de s'habiller mieux que d'habitude pour aller au théâtre?) ce n'est pas pertinent. Tu le dis toi-même, l'habitude compte énormément dans les pratiques culturelles : plus nous lisons des livres, regardons des films, assistons à des spectacles, plus notre regard se forme, et plus nous avons "d'envies" culturelles. Le plus difficile serait de trouver le déclic, le commencement, quand il n'est pas donné par notre milieu, nos parents. Dans ma propre famille, on n'allait jamais au spectacle, par exemple. En troisième, nous avons étudié Don Juan, et la même année j'ai vu la pièce à la TV, avec Piccoli dans le rôle titre. J'enviais les spectateurs qui étaient filmés, dans la salle. Je pense qu'il y avait une force dans la pièce, le jeu de l'acteur, qui franchissait l'obstacle des mauvaises conditions (théâtre filmé) et de l'absence d'habitude, pour venir susciter le désir. Je raconte ça parce que ce qui est proposé souvent à un public non initié ne me paraît pas avoir cette force, et c'est un premier problème. Je ne pense pas que ce soit plus facile de voir du contemporain, dans tous les domaines artistiques, que du classique, je pense même exactement le contraire, sans parler de ce qui dans le premier renvoie au deuxième dans un second degré presque systématique. Et, un peu dans le même ordre d'idée, je pense que c'est une réaction authentiquement populaire de s'habiller pour sortir, et que ce sont les bobos qui vont à l'opéra en jeans troués.

L

NO SMOKING

Pour ce qui concerne les habits à revêtir, je crois que nous ne trouverons pas d’accord ici. Babel de Mai ne dispensera donc aucun conseil vestimentaire à ses lecteurs désireux de se rendre au spectacle. En revanche, je dois reconnaître à la réflexion que la peur de l’ennui est un terrible ennemi. Ici encore, je te suis : le problème est que l’on s’ennuie d’autant plus au spectacle qu’on n’en voit que trop rarement. Et pour en voir fréquemment, il faut ne pas avoir peur de s’y ennuyer. Et comme il est peu probable que Piccoli vienne jamais se produire aux bancs publics…

Et voilà le travail!

FICTION a chronique de Serge Pizzo

- Tu as vu toutes ces associations culturelles qui viennent s’installer dans le quartier ? - Voui ! - Tu trouves ça normal ? A quoi y servent tous ces gens qui nous coûtent de l’argent ? C’est quand même avec notre argent qu’on les paye. Fô pas l’oublier. - En plus personne les connaît. On les a jamais vu ni à la télé ni au cinéma. Y a de la danse, des musiciens, des comédiens, des peintres … ça en fait du monde qui sert à rien. - En plus ça fout la panique dans le quartier. Quand y a des spectacles, y a des voitures partout tellement qu’on peut plus se garer en rentrant du stade. - L’autre soir j’ai voulu aller manger une pizza, c’était complet. Rien que des gens qui venaient du concert. - T’as raison. L’autre jour, c’était 9 heures du matin, y déchargeaient leur matériel devant le théâtre, pour le spectacle du soir. Y avait tellement de bruit que je pouvais plus dormir. C’est simple, le boucher il a été obligé d’attendre pour que le camion de viande le livre. - Tu te rends compte ! Y fô le fermer ce théâtre. - Tu te souviens l’atelier de fabrication mécanique ? - Celui qui est fermé depuis 10 ans ? - Voui. Ils l’ont transformé en théâtre. Ils sont une dizaine là dedans. Fini le travail des tourneurs fraiseurs ou ajusteurs. - Ça c’était du boulot ! - Tu te souviens quand les mecs y venaient bosser. Y en avait un moulon et ça rigolait pas. Dix heures par jour dans le bruit des machines. - Ils étaient 18. Je sais mon beau frère y travaillait là. Et du jour au lendemain, licencié sans avertissement ni préavis. Le patron il a déplacé l’atelier je sais plus trop où. - En plus, le soir y z’allaient boire un coup au bar du coin. C’était sympa tous ces mecs en bleu de travail qui sentaient bon le lubrifiant. - Maintenant tu ne vois plus que des mecs bizarres. Des z’intellectuels qui jouent même pas au tiercé. - L’autre jour, y en a un qui a voulu me payer un coup. J’ai dit voui, bien sûr, mais quand y m’a parlé, j’ai rien compris. - Qu’est ce qui ta dit ? - Y m’a parlé d’ouverture d’esprit, de liberté d’expression, d’intégration. Attends… je me souviens : « l’art au service de l’émancipation des z’hommes ». Et les femmes alors ? Spectacle vivant qui disait aussi. Tu parles !

- Y font même de la musique. L’autre soir, y z’ont organisé un concert de jazz au bar. - Y avait du monde ? - Voui entre la pizzeria et le patron du bar y z’ont rempli leur caisse, crois moi. Même l’épicier il a travaillé. Y me l’a dit. - Tu me diras ça leur fait du boulot. - C’est comme au théâtre. C’est ma nièce qui fait l’ouvreuse. Ça lui fait gagner quatre sous et en plus c’est à côté de chez elle. Avant elle travaillait à la superette. - Celle qui a fermé ? - Voui. - C’est comme le magasin de vêtements, c’est un peintre qui s’est installé à la place. C’est bien. J’y suis allé y a de beaux tableaux et y a toujours du monde et en plus il explique comment y peint. Il donne des cours de peinture. Et quand y paye l’apéro – cocktail qui dit-il achète tout chez le boulanger à côté. - C’est mieux qu’un magasin fermé, tu me diras. Y a de la lumière tard le soir et les gens se rencontrent. Ils se parlent. - La superette, ils l’ont transformée en atelier pour la construction des décors et pour les répétitions. Mon voisin, celui qui a le petit atelier de menuiserie au numéro 12 y fait du boulot pour eux. Grâce à ça, il a embauché le fils de Zè comme apprenti. - C’est comme la couturière en bas de la rue, c’est elle qui reprend tous les costumes. - Et le pressing il les nettoie après chaque représentation. - Rien qu’au théâtre, y paraît qu’ils emploient 35 personnes entre les ouvreuses, la sécurité, le personnel qui travaille dans les bureaux et les techniciens … - … je sais, ma sœur elle est femme de ménage et mon beau frère y fait l’entretien ... - … sans compter les acteurs. - Heureusement qu’il y a les gens du quartier pour les aider à vivre … - … sinon on se demande comment y feraient pour s’en sortir. - Allez, c’est pas tout ça, si on traîne trop on va rater le feuilleton de la télé ... - … celui qui est tourné à la Belle de Mai avec des acteurs marseillais. - Ça c’est des artistes. Y passent à la télé eux !

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LE QUIZZ DE RAO

a bonne réponse

GYPTIS A ancien cinéma de la Belle de Mai devenu un théâtre B princesse, épouse de Protis, avec qui elle fonda accessoirement Marseille C membre du groupe Gipsy King La bonne réponse au 04 91 11 41 50

Marseille C organisation réunissant les doubles des pv dressés , ainsi que de documents privés qui enrichissent la mémoire de Marseille grâce à celle de ses habitants par la police municipale de la ville de Marseille La bonne réponse au 04 91 55 33 75

dre, échanger, donner, partager C bâtisse maçonnée, comportant toit, murs, plafonds, plancher, voire même des fenêtres et des portes, dont la forme et l’usage font l’unanimité de tous. Dans laquelle on peut parler, chanter, danser, peindre, jouer, apprendre, échanger, donner, partager. Ouverte à tous, pour tous, une maison pour tous quoi, en fait La bonne réponse au 04 91 62 55 05

QUARTIERS NORD

BANCS PUBLICS A lieu d’expérimentations culturelles de la Belle de Mai, ayant migré de la rue Bernard vers la rue Ricard B sièges avec ou sans dossier, étroits et longs, sur lesquels plusieurs personnes peuvent s’asseoir en même temps, en parallèle, perpendiculairement, en quinconce, en diagonale, voire superposés. Le tout pour deviser joyeusement sur la place Cadenat C réunion - en nombre - de poissons de même espèce ouverte au public La bonne réponse au 04 91 64 60 00

CARPE DIEM A poisson de la famille des cyprinidés habitant les eaux profondes des rivières et des étangs de la Belle de Mai (autant vous dire extrêmement rare donc) B partie du squelette de la main, articulée entre l’avant-bras et le métacarpe diem C théâtre tout public, qu’il soit petit, moyen, grand, voir très grand (ne dépassant pas 2,50 m quand même, il n’est pas prévu d’agrandir prochainement l’entrée) La bonne réponse au 04 91 08 57 71

MASSALIA A théâtre tout public… (idem choix n°3 cidessus, sauf la hauteur maximale qui passe à 4,50 m) B plus ancienne ville de France, fondée vers –600 ans avant J.C. (Jésus-Christ, pas JeanClaude). Elle passera du grec Massalia, au latin Massilia, pour aboutir à Marseille et Marsiho en provençal (l’apparition du « r » reste un mystère, on dit même dans les milieux autorisés, qu’il s’agirait peut-être de l’influence de l’arabe « mars » qui signifie « rade, port ») C groupe d’agitateurs musicaux marseillais qui boulèguent grave (ah non, zut, ça c’est MASSiLIA SOUND SYSTÈME, pas MASSaLIA SOUND SYSTÈME, bon bin tant pis…) La bonne réponse au 04 95 04 95 70

FRICHE LA BELLE DE MAI A terrain non cultivé et abandonné (tiens, c’est une bonne définition pour notre quartier de la Belle de Mai ça, oui, abandonné, c’est le mot…) B lieu de production artistique pluridisciplinaire ouvert aux publics C zone industrielle, momentanément sans emploi, en attente de reconversion La bonne réponse au 04 95 04 95 04

MAISON POUR TOUS A bâtisse maçonnée, comportant toit, murs, plafonds, plancher, voire même des fenêtres et des portes, dont la forme et l’usage font l’unanimité B bâtisse maçonnée, comportant toit, murs, plafonds, plancher, voire même des fenêtres et des portes, dont la forme et l’usage font l’unanimité de tous. Dans laquelle on peut tous parler, chanter, danser, peindre, jouer, appren-

A groupe culte marseillais dont le succès ne s’est jamais démenti en 25 ans d’existence, mélange mixant les influences diverses et variées de la culture rock et méditerranéenne, de la tchatche postmatch au stade Vél’, de la dérision maniée au quatrième degré. L’opérette rock marseillaise la vraie ! B division administrative d’une ville, en l’occurrence Marseille, actuellement située dans la partie nord de la ville, et ce, pour un moment, vu qu’il n’est pas prévu de délocaliser les pôles d’ici un moment… C morceaux d’un fruit situés dans sa partie haute, plus précisément à l’extrême sud de la queue servant elle-même à maintenir le fruit sur une des branches d’un arbre fruitier, de préférence, et inversement… Réponse a

C.I.Q. A Comité d’Intérêt de Quartier : Association ayant pour but la défense du cadre de vie et des intérêts généraux du quartier et de ses habitants, la défense et le maintien des sites et de la qualité de la vie, le respect d’un urbanisme à visage humain, la représentation et la défense des intérêts généraux, patrimoniaux ou moraux de ses habitants, et ce, par tous moyens légaux, y compris judiciaires et, plus généralement, la défense et la promotion du quartier et de ses habitants B Concessionnaire d’Industrie Qualitative C Créateur d’Inepties Quotidiennes Réponse a

BAMBOO ORCHESTRA

LE COMPTOIR SAINTE-VICTORINE

A ateliers intergénérationnels de percussions sur instruments en bambou B organisation musicale de gens-qui-tapent-surdes-bamboos-et-ça-leur-va-bien C ensemble de musiciens refusant la dictature du lobbying cigarier international en fumant directement leurs instruments La bonne réponse au 04 95 04 96 48

A dans un café, dans un bar, sorte de meuble haut, long et étroit, agrémenté de moulures, glaces ou estampes, souvent équipé de rampe et repose-pieds, pour prévenir les chutes intempestives dues à l’absorption de boissons alcoolisées de divers degrés, et sur lequel ces dernières sont servies, en principe avec modération B lieu culturel et hétéroclite anciennement comptoir d’épices et fabrique d’allumettes, réunissant diverses structures comme : les Pas Perdus (…), la compagnie Itinerrances (Compagnie et studio de danse), Champs Visuels (Insertion graphisme), l’Art de Vivre (…), Têtes de l’Art (Échange, partage, formation, dans tous les domaines artistiques : musiciens, comédiens, danseurs, techniciens, décorateurs, costumiers et artistes multimédias), etc… C établissement de banque, de commerce et spécialités, succursale d’une entreprise privée ou publique fixée dans un pays étranger La bonne réponse aux Pas Perdus 04 91 50 07 38 à L’Art de Vivre 04 91 64 31 04 à Itinerrances 04 91 62 33 97 aux Têtes de l’art 04 91 50 77 61 à Champs visuels 04 95 04 39 35

THÉÂTRE BONNES GRÂCES A théâtre-cabaret-tremplin B théâtre antique de la Belle de Mai dirigé par trois grâces prénommées Euphrosyne (alias le plaisir), Thalia (alias l’abandonnée) et Aglaé (alias la beauté) C type de lieu culturel de la Belle de Mai cherchant à s’attirer les bonnes grâces du public réponse a + c - b

KUNGA’KA A école de percussions africaines et cubaines B réfugié tibétain, disciple et co-disciple du supérieur du monastère Tshen Tshintardjilan Bugom Shiruseng’ha (situé dans le district de Rachiméwa, comté du Golok proche de la province de l’Amdo de l’ancien Tibet), a fondé le Centre Culturel Tibétain Dzogchenpa (C.C.T.D.) en 1998 à Paris C kunga (ou brekete), tambour cylindrique à deux peaux extérieurement munies (l’une et l’autre) d’un « timbre » fait d’une lanière de cuir (bourdonnement caractéristique) et le plus souvent tenu sous l’aisselle La bonne réponse au 04 91 62 96 06

ATELIER VIS-À-VIS A conservatoire des Arts et Métiers du Livre B atelier de bricolage prônant les petites réparations, les aménagements de ses propres mains, chez soi ou à l’extérieur C boutique commerciale de tiges cylindriques, en général métalliques, à têtes le plus souvent aplaties, et dont la surface porte une saillie hélicoïdale destinée à s’enfoncer en tournant La bonne réponse au 04 91 84 41 54

ARCHIVES MUNICIPALES A organisation de la collecte des documents administratifs auprès des différents services municipaux, ainsi que de documents privés qui enrichissent la mémoire de Marseille grâce à celle de ses habitants. Accessible gratuitement à tous, si si, j’insiste, à tous… B organisation réunissant les doubles des pv dressés par la police municipale de la ville de

MUCEM A Musée National des Civilisations de l’Europe et de la Méditerrannée? La bonne réponse au 04 96 13 80 92

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enseignements très pratiques

LE MALHEUR EST À L’ART CE QUE LE FUMIER EST À LA CULTURE MARAÎCHÈRE Frédéric Dard

O n t h e We b AVIS DE RECHERCHE Un salarié des Bancs Publics s’est enfui il y a trois ans avec le code d’accès et le mode de passe du site internet du lieu. L’homme est mince, jeune, cheveux bruns, pas trop grand. Veuillez nous signaler tout individu suspect au 04 91 64 60 00 (anonymat garanti et récompenses). D’ici là, veuillez avoir l’amabilité de ne plus vous connecter sur le site. Il n’est plus actualisé depuis sa création il y a trois ans. AVIS AUX AMATEURS DE NÉNUPHARS Notre Radio Grenouille préférée dispose depuis peu d’un magnifique site où l’on peut notamment entendre le bruit de la Grenouille qui coasse. C’est très rigolo, au début on ne voit que des nénuphars et d’un coup la grenouille sort (on dirait qu’elle a longtemps vécu dans un placard imaginaire à sorcières). Après elle de se déplace de nénuphars en nénuphars en faisant des bruits différents - là, une petite critique, peut-être : ce ne sont pas toujours des vrais bruits de grenouille. Sinon, quand on regarde bien, on voit un peu l’ombre de la grenouille dans l’eau. Tout ça permet d’attirer positivement l’internaute, qui est content que la grenouille soit sortie de son placard imaginaire. Alors ça lui donne envie de circuler dans le site, un peu partout, pour mieux comprendre la géographie du nénuphar. Au passage, en haut à droite, quand on clique, on écoute la radio en direct. Parfois c’est de la musique. Parfois ça parle. C’est vraiment bien. www.grenouille888.org AVIS DE RENAISSANCE Le site alabelledemai.org, qui raconte ce qui se passe dans notre joli quartier, va enfin être actualisé, dynamique et rempli d’info fraîches. Vous y trouverez des renseignements sur vos sorties, manifestations, ... et même une version on line de Babel de Mai. NOTRE AVIS Sur le site de la Friche la Belle de Mai, le plan niveau 60ngf a de très jolies couleurs. On comprend tout. www.lafriche.org

On the bitume BERNARD CADENAT La place Bernard Cadenat est bientôt finie. Il reste des ronds de terre, entourés de béton. On suppose que des platanes vont arriver. Plusieurs remarques importantes sont à faire sur le nouvel aspect de la place : a) les bancs ne sont pas anti-sieste, il n’y a pas de barre de fer en plein milieu qui empêche de s’allonger. Toutefois, compte tenu de l’ambiance sonore, il paraît difficile de faire la sieste. Peut-être s’agit-il alors d’un nouvel équipement, particulièrement bienvenu, destiné à répondre à la crise du logement dans le quartier. Dans ce cas, c’est vraiment bien vu. b)... sauf que la nuit, maintenant, la place est hyper-éclairée. Alors, c’est une très bonne chose pour tout le monde, sauf pour ceux qui chercheraient leur sommeil sur les bancs. On voit que les ingénieurs y ont un peu pensé parce que la lumière est projetée vers le haut, puis reflétée vers le sol. Mais ce stratagème ne suffit pas, quand on regarde en l’air, ça fait encore très mal aux yeux. Donc, Babel ose cette question au maire : MONSIEUR LE MAIRE, EST-IL PRÉVU D’ABRITER LES BANCS PUBLICS DE LA PLACE CADENAT DE MANIÈRE À NE PAS SE PRENDRE LA LUMIÈRE DES LAMPADAIRES LA NUIT LORSQU’ON S’Y ALLONGE ? (Nous tiendrons les lecteurs de Babel de Mai informés de la réponse de Monsieur le Maire dans le prochain numéro du journal). c) Désormais, les enfants peuvent sortir de l’école sans se faire écraser et c’est une bonne chose pour la démographie française. d) Malgré ce qui vient d’ëtre dit, une étrange impression se dégage de cette place finie. On aurait presque le sentiment qu’elle n’est pas si nouvelle que ça, comme si elle avait toujours été là. Déjà grise, souillée, abîmée.

LA CULTURE POUR TOUS ET POUR TOUTES ? A l’initiative de la Politique de la Ville, la coordination culturelle 2/3 a mis en place un groupe de travail visant à rapprocher, autour d’actions concrètes, structures sociales et structures culturelles. L’idée est notamment d’agir de concert afin que les habitants de ces territoires s’approprient ces équipements culturels. Deux actions ont déjà été menées : une rencontre entre les structures culturelles et les enseignants du collège Belle de Mai et la participation de la plupart des mêmes structures aux journées du patrimoine (action reconduite en 2006). Une troisième action est en cours, consistant à créer un groupe de spectateurs. D’autres suivront, sur un territoire élargi au 2ème arrondissement. Ce numéro de Babel de Mai, inspiré par ces rencontres, participe du même mouvement.

JE CROIS QUE LA CULTURE EST CE QUI NOUS REND HUMAINS, ET L’ART, CE Claire Baillon, coordinatrice culturelle QUI REND CETTE HUMANITÉ VIVABLE BABEL DE MAI Rédacteur en chef Guillaume Quiquerez Maquette Elsa Manant Ont contribué de près ou de loin à ce numéro Claire Baillon (coordonnatrice culturelle ), Corinne Barbereau (MPT Belle de Mai), Bérangère Chaland (cie Itinerrances), Nathalie Chelsi (MPT), Camille Curioni (bancs publics), Jakline Eid (MUCEM), Christine Fricker (cie Itinerrances), Christine Guichou (habitante), Sara Hug (MPT) avec les participants à l’atelier d’écriture de la MPT, Julie Kretzschmar (bancs publics), Odile Thiery (SFT), Renée Orabona, (habitante), Serge Pizzo CIQ Belle de Mai), Sylvie Schmit (Collège Belle de Mai) légendes photographiques Couverture Rue intérieure de la Friche - anonyme / pp.2-3 la Friche (plans) / “concert à la Friche”, Laurent Chapuis / p.5 rencontre entre le groupe des femmes et Marie-Hélène Desmaris (atelier cie Itinerrances) p.6 atelier cie Itinerrances / p.7 “vitrines”, Renée Orabona / p.8 “bureau au Gyptis”, d’après Manuel Poujol p.9 “Et voilà le travail!”, l’Art de Vivre / p.12 “Bon anniversaire tout le monde”, Les Pas Perdus Impression Panorama Offset avec le soutien de la Politique de la Ville - secteur Saint-Mauront / Belle de Mai

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Le prochain numéro de Babel de Mai aura pour thème: Manger et Boire à la Belle de Mai. Toutes les personnes intéressées (pour y apporter témoignages, idées, propositions d’articles, photographies, frustrations, initiatives...) peuvent contacter les Bancs Publics au 04 91 64 60 00 / mèl bancspublics@free.fr


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"Alors Kunga'Ka en fait ça vient de 2 noms d'instruments : Kunga pour la Conga (percussions cubaines) et Ka pour le Ka (autrement appelé Gwoka) qui est une percussion antillaise." Voilà voilà, bises et à vendredi soir. 12

Babel de Mai 5  
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