Page 8

Farouk Mardam Bey ◆

Cuadernos ETT Nº 2

8

l’indépendance de l’Algérie, en 1962. Pour la première fois, on a publié la traduction d’un ouvrage de littérature arabe vraiment contemporaine, celui d’une jeune femme libanaise, Layla Baalbaki (Je vis, aux Editions Julliard). Entre Teymour et Layla Baalbaki, on a donc occulté Mahfouz, Idris et beaucoup d’autres. Mais cette traduction a eu un grand mérite: celui de montrer aux lecteurs français, aux spécialistes français, qu’il y a une jeune littérature arabe, et que cette littérature est articulée aux différents courants de la littérature mondiale. On pourrait parler aussi de certaines traductions dans la revue Orient que publiait le Quai d’Orsay depuis 1957 et qui a contribué, grâce notamment à Michel Barbot, à faire connaître la production littéraire la plus récente. Un autre moment important a été l’anthologie en trois volumes publiée par Le Seuil de 1965 à 1967. A la parution de cette anthologie, certains textes étaient déjà dépassés, notamment pour la poésie et la nouvelle. Mais cela était assez révélateur, et je crois que beaucoup de Français ont entendu pour la première fois parler de Sayyâb ou d’Adonis grâce à cette anthologie. Mais le moment le plus important a été le lancement par Pierre Bernard, en 1970, d’une bibliothèque arabe chez un petit éditeur parisien, Jérôme Martineau, puis les Editions Sindbad, en 1972. Chez Jérôme Martineau, Pierre Bernard a publié deux livres qui ont eu un grand succès: le premier, un ro-

man de Mahfouz, Passage des miracles (Zuqâq al-Midaqq); le deuxième, Construire avec le peuple de Hassan Fathi. Il a repris ces deux livres plus tard, chez Sindbad, et, depuis, il faut dire qu’il a fait un travail de très grande qualité. Les conditions politiques lui étaient à l’époque favorables. D’abord parce qu’il s’est inscrit tout naturellement dans ce qu’on appelait «La politique arabe de la France». Ensuite, parce qu’il a eu un lien privilégié avec un pays arabe en pleine expansion, à savoir l’Algérie. Cela, quoi qu’on dise aujourd’hui, a eu un effet bénéfique puisqu’il a permis à Sindbad d’exister. Et c’est grâce à Sindbad que, dans les années soixante-dix, des auteurs comme Tayeb Salih et Youssef Idriss ont été traduits ; que, dans les années quatre-vingt, Adonis, Sayyâb, Bayâtî, Sonallah Ibrahim et bien d’autres ont fait leur entrée dans les librairies françaises. Qui plus est, ces livres étaient généralement bien traduits, le choix des auteurs était judicieux, et la présentation était d’une grande élégance. On avait là, en effet, des livres parmi les plus soignés de toute l’édition française, ce qui a amélioré le statut de la littérature arabe en France. Parallèlement à ce travail pionnier de Pierre Bernard, un certain nombre de maisons d’édition ont commencé dans les années quatre-vingt à s’intéresser à la littérature arabe. Je pense d’abord aux Editions de Minuit qui y sont arrivées par le biais de leur soutien à la cause palestinienne, en publiant des poèmes de Mahmoud Dar-

Cuaderno 2 eng  

The translation of contemporany Arabic literature in Europe

Advertisement