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l’’événement

LaVILLEenPARLE

Nîmes, Arles, laquelle est la plus be

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eux villes méditerranéennes, romaines et taurines. Au fond, qu’est ce qui distingue vraiment Arles et Nîmes ? Si l’on passe les détails administratifs -départements et régions-, à première vue : 32 kilomètres, un fleuve et une population du simple au triple: 53 000 habitants à Arles, 143 000 à Nîmes. Pour les touristes, les chiffres s’équilibrent. Un peu plus de 520 000 visiteurs sont comptabilisés en 2010 dans les monuments de Nîmes, un peu plus de 495 000 dans ceux d’Arles. Les deux villes jouent dans la même cour, mais pas pour les mêmes raisons.

Unesco : Arles classée

CHRISTIAN PHILIP

Arles est inscrite depuis 1981 à l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité pour son patrimoine romain et roman. “Vu son patrimoine, il est normal qu’Arles ait été dans les premiers inscrits, souligne Christian Mourisard, maire-adjoint au Tourisme et au Patrimoine. Malgré tout, la prise en compte du label est récente : elle date du mandat de Paolo Toeschi, entre 1995 et 2001.” Et l’élu arlésien de lancer une pique : “Par rap-

port à Nîmes, peut-être y a-t-il eu à l’époque des gens plus visionnaires à Arles…” Effectivement, sur ce dossier, Nîmes est à la traîne. “Le label Unesco, pourquoi ne l’avonsnous pas ?, interroge l’adjoint nîmois à la Culture DanielJean Valade, parce qu’avant, on ne s’en était pas occupé. En 2001, lorsque Jean-Paul Fournier est arrivé à la mairie, nous avions beaucoup de retard à combler.” Sauf qu’entre le classement d’Arles il y a trente ans et la demande de Nîmes, les choses se sont compliquées. “Nous sommes inscrits depuis 2002 sur la liste indicative de l’État, car c’est chaque pays qui présente ses candidats à l’Unesco, détaille l’élue nîmoise au Tourisme Mary Bourgade. Depuis mars dernier, nous faisons modifier cette inscription pour demander le classement au titre de “Nîmes, l’Antiquité au présent”, même cette première étape est plus difficile.” La Ville de Nîmes espère soumettre son dossier en 2014 à l’État. “Je préfère mettre plus de temps mais arriver avec un dossier nickel, explique Mary Bourgade. Et porter ce dossier avec tous les Nîmois pour faire connaître au monde entier ce

Michael Couzigou, directeur de Culturespaces Nîmes et Orange : “Avec un outil comme Culturespaces, on pourrait construire un grand projet commun à Nîmes et Arles”.

La Gazette n° 655-656 - Du 22 décembre 2011 au 4 janvier 2012

MUSÉE ARLES ANTIQUE

Vu du Groënland, Arles et Nîmes, c’est pareil : soleil, monuments antiques et taureaux. Mais vu d’ici, ça change tout. Passé romain, classement à l’Unesco, gestion du patrimoine : La Gazette fait le point sur ce qui rapproche et éloigne les deux villes, fait que l’une attire davantage de monde, mais que l’autre en tire plus de profits.

Le buste de César. En 2007, l’équipe de plongeurs dirigée par Luc Long remonte du Rhône un véritable trésor : un buste considéré comme la plus ancienne représentation aujourd’hui connue de César. Il daterait de la création de la ville romaine, au 1er siècle avant J.-C.

que nous avons d’exceptionnel.”

Musées : Nîmes en retard

Côté musées, si les deux villes font leur meilleur score avec les collections antiques, la différence de fréquentation entre le musée archéologique de Nîmes et le musée départemental Arles antique est de taille. Pour la dernière année pleine - 2010 -, 61 816 personnes ont visité le premier contre 323 137 pour le second. Un rapport de un à cinq qui s’explique, tout de même, par une année exceptionnelle à Arles : l’exposition “César, le Rhône pour mémoire” a attiré cette annéelà plus de 200 000 visiteurs en 8 mois. Mais même en tenant compte de cet événement, le musée arlésien écrase littéralement son voisin nîmois. Et pour cause, comment comparer la mise en valeur des collections arlésiennes et nîmoises ? Les premières sont présentées depuis 1995 dans un vaste bâtiment contempo-

rain, tout près de l’antique hippodrome. Grâce aux découvertes dans le Rhône et à l’événement “Marseille-Provence 2013, capitale européenne de la culture”, le musée va même s’agrandir en 2013 : une nouvelle aile, dont la première pierre a été posée le 15 décembre dernier, abritera la barge romaine extraite l’été dernier du fleuve. Les vestiges nîmois, eux, sont exposés dans des vitrines d’un autre âge, dans un Musée archéologique qui partage le cloître des Jésuites, au charme désuet mais en bien triste état, avec le museum d’Histoire naturelle. Sans parler des trésors qui dorment dans les réserves municipales, à commencer par les deux magnifiques mosaïques découvertes en 2007 lors des fouilles de l’avenue Jean-Jaurès. C’est pour elles, entre autres, qu’est édifié le musée de la Romanité, en face des Arènes. L’architecte sera connu en avril 2012. Les travaux devraient démarrer début 2014.

Monuments : le plein à Nîmes

Malgré l’Unesco, malgré un musée plus attractif, Arles est devancée par Nîmes pour la fréquentation de ses monuments, même si 3 monuments antiques sont comptabilisés à Nîmes : les Arènes, la Maison-carrée et la tour Magne qui ont accueillis 520 713 visiteurs en 2010. t 5 à Arles : les Arènes, le Théâtre antique, les Alyscamps, les Cryptoportiques, les Thermes de Constantin 352 861 visiteurs en 2010. Pour les élus nîmois, pas de doute, c’est l’effet Culturespaces. Depuis l’arrivée de la société en 2005, les monuments ont progressé de 48%, alors que dans le même temps les arènes d’Arles ont augmenté de 8%, le Pontdu-Gard de 10%. À Arles, mairie communiste, pas question de fricoter avec une société privée : “La finalité ne peut pas être qu’économique”, soutient Christian Mourisard. L’opposition nîmoise lutte aussi contre la délégation de

service public à Culturespaces, qu’elle a réussi à remettre en cause : un nouvel appel d’offres est lancé depuis le conseil municipal du 17 décembre. Pourtant, Culturespaces collabore déjà avec de nombreux établissements publics, dont l’office de tourisme d’Arles et le site du Pont-du-Gard pour faire la promotion des monuments régionaux auprès des tours operators et des journalistes étrangers, dans les grands salons mondiaux du tourisme. “En France, on a des a priori sur le privé, mais 75% des monuments historiques sont gérés par le privé, on ne peut pas toujours opposer les deux, soutient Michael Couzigou, directeur de Culturespaces. Avec un outil comme Culturespaces, on pourrait construire un grand projet commun à Nîmes et Arles.”

Complémentaires

Arles et Nîmes plus complémentaires que rivales, c’est aussi l’avis d’Éric Teyssier, qui


l’’événement Nîmes plus fréquentée, Arles plus labellisée Arles

520 713

Arènes, Maison-carrée, Tour Magne

352 861

Théâtre antique, Alyscamps, Cryptoportiques, Arènes, Thermes de Constantin

Tous monuments payants

520 713

495 247

avec l'Abbaye de Montmajour et le cloître Saint-Trophime

Musées

117 077

Carré d'art, musée Archéologique, musée du Vieux Nîmes, museum d'Histoire naturelle, musée des Cultures taurines

Musée Arles antique, musée Reattu, fondation Van Gogh, musée de la Camargue

Festivals d'été

205 750

163 600

Journées romaines

18 000

1ers Grands jeux romains, 2 jours

4e Festival Arelate, 8 jours

Office du tourisme

135 000

NC

Classements et labels

Monuments historiques français, Ville et Pays d'art et d'histoire, Alliance des villes européennes et culture

Monuments historiques français, Patrimoine mondial de l'humanité à l'Unesco, Qualicity, Ville et Pays d'art et d'histoire, Alliance des villes européennes et culture

Rencontres de la photographie, Suds à Arles, Festival européen de la photo de nu

21 000

CHRISTIAN PHILIP

Communiqués par l'office de tourisme de Nîmes, les comités départementaux de tourisme du Gard et des Bouchesdu-Rhône, les chiffres de 2010 sont nettement à l'avantage de Nîmes, sauf pour les musées. Mais le chiffre très élevé des musées arlésiens correspond à une année exceptionnelle pour le Musée départemental Arles antique qui présentait cette année-là l’exposition sur les fouilles du Rhône. L’année précédente, les musées arlésiens totalisaient 233 021 entrées (ce qui est tout de même deux fois le score nîmois).

a un pied dans les deux villes : professeur d’histoire à l’université et président de l’association Ars Maiorum à Nîmes, plongeur de l’équipe qui a notamment repêché le buste de César à Arles. “Il y a une complémentarité entre les deux villes, l’une est fluviale l’autre pas, l’une est de droit romain l’autre pas, dans l’une passe la Via Domitia, dans l’autre pas, explique l’historien. À Arles, il n’y a pas que la romanité, il y a Van Gogh, le patrimoine médiéval… Ils ont compris qu’il faut alimenter la fontaine et qu’après ça coule seul. Tant que Nîmes n’aura pas cette image, elle n’attirera pas les acteurs culturels. En revanche, Nîmes est en avance sur l’animation, les Grands jeux sont devenus la plus grosse reconstitution antique en Europe.” Alors qui est la plus belle : la plus visitée ou la plus renommée ? Une chose est sûre, les atouts conjugués des deux cités peuvent conquérir le monde. Isabelle Bortolin i.bortolin@gazettedenimes.fr

8REPÈRES Nîmes gallo-romaine

Les premières traces d’un habitat autour de la Fontaine de Nîmes remontent aux alentours de l’an 500 av. notre ère. Nîmes devient la ville la plus importante des Volsques arécomiques, un peuple celte (gaulois). Après la conquête romaine, en 121 av. notre ère, Nîmes se romanise petit à petit, mais ne devient jamais une colonie romaine. Elle garde le statut de colonie latine, cité où les autochtones sont plus nombreux. Nîmes agrège autour d’elle plusieurs localités pour former une grande cité qui s’étend sur la majeure partie du Gard et une grande partie de l’Hérault actuel.

Arles, gréco-romaine

Le delta du Rhône est occupé par les Ligures dès le 1er millénaire avant Jésus-Christ, on y pratique des échanges avec les peuples de Méditerranée orientale et avec les Celtes. Les Phocéens, fondateurs de Marseille au VIIe siècle avant J-C., y développent un comptoir commercial important : Théliné, premier nom d’Arles. C’est avec les Romains que la ville prend son véritable essor, notamment grâce à Jules César qui y fonde une colonie romaine en 46 avant J-C., agrandie sous Auguste. Les citoyens y sont citoyens romains de plein droit.

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Festival de Nîmes, Un Réalisateur dans la ville

404 901

8Arles, le Parc des Ateliers

La fondation Luma, présidée par l’héritière des laboratoires Roche Maja Hoffmann, est créée en 2004 pour soutenir la création contemporaine, notamment dans le cadre des Rencontres de la photographie à Arles. Le projet d’implanter un vaste centre culturel sur le site des anciens ateliers SNCF mûrit depuis 2007. Il est confié à l’architecte Franck Gehry qui imagine deux hauts bâtiments de 6 669 m2, 37 et 56 mètres de haut, habillé d’aluminium. En juillet dernier, l’architecte revoit légèrement sa copie en déplaçant l’édifice. Le Parc des Ateliers, estimé à 100 millions d’euros, a pris du retard. La première pierre devait être posée en 2011.

8Arles, la Fondation Van Gogh

Vincent Van Gogh a vécu seulement un an à Arles, mais y a peint 300 tableaux, ce qui fait de la ville un vrai “spot” pour les amoureux du peintre. Née il y a 20 ans, la Fondation Van Gogh compte 250 documents (peintures, photos, manuscrits), bientôt exposés dans un hôtel particulier prêté par la Ville, l’ancien bâtiment de la Banque de France, et réaménagé par les architectes Hervé Schneider et Guillaume Avenard. Retenu dans le programme “Marseille-Provence 2013”, le projet, d’un montant de 4,8 millions d’euros devrait ouvrir à l’été 2013.

Économie Les retombées :

1 761 € par Arlésien, 756 € par Nîmois

A

u jeu des chiffres, Nîmes s’en sort encore haut la main face à Arles : 108,15 millions d’euros de retombées annuelles pour la première, 93,34 millions pour la seconde. Mais c’est sans compter avec la population des deux villes. À ce jeu-là, c’est Arles qui remporte, et vraiment de loin, la palme des retombées économiques : 1 761 € par Arlésien, 756 € par Nîmois.

Synthèses

On arrive à ce constat grâce aux bilans de la Chambre de commerce de Nîmes, qui met en ligne les chiffres de “l’impact du tourisme” sur son site “www.commerce-gard.fr”, et de Culturespaces qui communique chaque année son compte-rendu financier au conseil municipal de Nîmes. Que l’on compare aux “retombées du patrimoine” publiées en septembre dernier dans une étude de la Ville d’Arles. Les deux synthèses portent sur l’année 2008, mais ne prennent pas en compte exactement les mêmes éléments

- Arles par exemple fait entrer la restauration du patrimoine et les taxes de séjour dans ses retombées -, Nîmes en retient seulement deux : les recettes des monuments (billetterie, boutique, audioguide, organisation d’événements), les retombées touristiques indirectes (hébergement, restauration, commerce).

Progression

“Le tourisme, à travers le patrimoine et la culture, représente 30% de l’activité économique de la ville, observe Jean-Pierre Bœuf, directeur de l’Office de tourisme d’Arles.Le poids économique est bien plus important qu’à Nîmes, qui est une ville plus grande avec d’autres ressources.” Mais à voir le retard entre les deux villes, on mesure la marge de progression nîmoise. La seule inscription à l’Unesco, si elle est obtenue, devrait occasionner une progression économique de 20% à 40%, c’est ce qui est observé dans les villes nouvellement labellisées comme Bordeaux et Albi.

CHRISTIAN PHILIP

La Vénus de Nîmes. Cette Venus de marbre a été découverte à la fin du XIXe siècle au fond d’un puits. Elle était brisée en 103 morceaux, confiés à un sculpteur pour recomposer la statue.

Nîmes

Monuments romains payants

8Les projets des 2 villes

8Nîmes, le musée de la Romanité

Attendus depuis des lustres à Nîmes, les travaux du musée de la Romanité devraient débuter début 2014, sur l’Ilôt Grill en face des Arènes, pour une livraison en 2015 ou 2016. Y seront présentées les collections du musée archéologique, actuellement exposées au cloître des Jésuites ou conservées dans les réserves municipales faute de place. Le coût du projet est estimé à 38 millions d’euros. Trois architectes sont en finale : Rudy Ricciotti, Christian de Portzamparc, Richard Meier. Le projet lauréat sera connu en avril 2012.

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elle ?

Lieux

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8Arles, l’extension du musée antique

La première pierre vient juste d’être posée. Jeudi 15 décembre, le musée départemental Arles antique débute une nouvelle mue : une extension de 800 mètres carrés s’ajoute au 10 000 mètres carrés de l’édifice pour accueillir la barge romaine sortie du Rhône l’été dernier, ainsi que de nouveaux espaces muséographiques sur le commerce, le port antique et la navigation. La présentation de l’épave, au terme de sa restauration, est prévue à l’automne 2013. La Gazette n° 655-656 - Du 22 décembre 2011 au 4 janvier 2012


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ENTRETIEN

DANIEL-JEAN VALADE, maire-adjoint de Nîmes délégué à la culture

“Il faut animer les vieilles pierres”

La tour Magne. Elle est bâtie autour d’une tour de pierres sèches de l’Âge du Fer dont il ne reste aucun vestige. C’était la plus haute et la plus prestigieuse tour de l’enceinte romaine. De forme octogonale, elle comptait trois niveaux vers l’an 15 avant J.-C., aujourd’hui le dernier a disparu et elle mesure 32 mètres.

Daniel-Jean Valade. Le label Unesco, par exemple, pourquoi ne l’avons-nous pas ? Avant le mandat de Jean Bousquet, personne ne s’en était occupé. On a commencé à ce moment-là. Puis il y a eu la municipalité Clary : silence radio sur le dossier. Quand Jean-Paul Fournier a été élu en 2001, nous avions beaucoup de retard à combler. S’il faut remplir des dossiers, nous le ferons. Si le Pont-du-Gard est classé, la ville pour laquelle l’aqueduc a été fait doit l’être aussi. Prouver que Nîmes est digne de l’Unesco, ce n’est pas bien compliqué.

CHRISTIAN PHILIP

Et pour le reste : les Arènes, le musée ?

On a quand même l’impression que le patrimoine n’est pas traité avec la même considération ici. À Arles, on ne circule plus comme avant autour des arènes. À Nîmes, on a réduit la circulation, mais on s’apprête à y faire passer les Tram’bus au diesel…

Le Tram’bus autour des Arènes, c’est plus écolo que le trafic des voitures sur le boulevard Victor-Hugo. Vous savez que la partie la plus ruinée des Arènes est du côté de la Grande Bourse : parce c’est au nord, et parce que c’est là que passent le plus de voitures.

Ce qui est paradoxal, c’est que malgré ces retards, Nîmes attire quand même nettement plus de touristes qu’Arles. Comment l’expliquezvous ?

Les vieilles pierres ne suffi-

sent pas, il faut les restaurer et les animer. Nous, nous avons Culturespaces. C’est une délégation de service public (DSP). Arles a une vision philosophique différente de la nôtre, ils ne veulent pas se lier à une société privée. Qu’est-ce qu’a apporté concrètement Culturespaces ?

Je vous raconte : en 2001, j’arrive aux Arènes, il y avait une affiche qui datait de 3 ans, aucun signe pour dire que c’est là qu’on rentre, une personne à l’accueil qui ne parle que français, aucun circuit balisé, aucun audioguide, aucune boutique… Aujourd’hui, il y a une DSP avec un cahier des charges strict qui comprend par exemple la gratuité pour les

Nîmois. L’accueil est nickel, les agents sont trilingues, le circuit est balisé historiquement, il y a des panneaux partout, des audioguides… On est passé d’une photo vite fait en 10 minutes à une visite d’une heure et demie. Et puis après, il y a un circuit avec la tour Magne, la Maison-carrée. C’est savant, esthétique et pédagogique. La mairie d’Arles ne veut pas entendre parler de Culturespaces, vous le regrettez ?

Il est certain que s’il y avait une gestion similaire des monuments romains à Arles et à Nîmes, notre puissance de feu serait démultipliée. Nîmes, Arles, il faut que les gens voient les deux. Nous sommes complémentaires, vive nous !

CHRISTIAN PHILIP

ANDRÉ HAMPARTZOUMIAN

Le Castellum. Le Castellum est un vestige rarissime. Il n’en existe que deux dans le monde : à Nîmes et Pompéi. Pour alimenter Nîmes en eau, on construit au milieu du 1er siècle après J.-C. un aqueduc de 50 kilomètres depuis Uzès. Le Pont-du-Gard en est un élément, le Castellum le point d’arrivée. Le bassin circulaire taillé dans le rocher mesure 5,90 mètres de diamètre, 1,40 m de profondeur. Des canalisations en plomb acheminaient l’eau vers les fontaines publiques et les différents quartiers.

Il y a déjà la rénovation de la Maison-carrée, qui a coûté 4 millions d’euros. Nous attaquons les Arènes : l’arche “test” sera dévoilée à Pâques 2012. En septembre, on démarrera les 4 arches d’à côté. Le financement par un plan État-Région est signé, c’est acquis. Et la réalisation du musée de la Romanité est lancée avec le concours d’architectes dont nous aurons le résultat en avril prochain.

CHRISTIAN PHILIP

CHRISTIAN PHILIP

La Gazette. Des arènes restaurées, un musée consacré à l’Antiquité inauguré en 1995, un classement au patrimoine mondial de l’Unesco qui fête en 2001 son trentième anniversaire : on peut dire que la petite voisine arlésienne a plusieurs longueurs d’avance sur Nîmes. Daniel-Jean Valade, vous êtes en charge du patrimoine dans le cadre de votre délégation à la culture, quand la cité d’Auguste va-t-elle rattraper son retard ?

L’amphithéâtre. “L’amphithéâtre de Nîmes est mieux conservé que celui d’Arles, observe l’historien Éric Teyssier. Le couronnement est encore présent, on voit encore les trous pour le velum. Arles n’a plus cette partie. Mais à l’époque de leur construction, entre 80 et 100 après J-C., elles devaient se ressembler comme des jumelles. Les deux s’inspirent du Colisée.” L’amphithéâtre nîmois mesure 133 mètres de long pour 101 mètres de large. La façade extérieure est haute de 21 mètres. La Gazette n° 655-656 - Du 22 décembre 2011 au 4 janvier 2012

La Maison-carrée. C’est le seul temple antique complètement conservé dans le monde. C’est dû à son utilisation permanente au fil des siècles : initialement temple dédié au culte impérial, elle a été une écurie, un appartement, une église, la première préfecture du Gard, un musée… Elle mesure 26 mètres de long sur 15 de large et 17 de hauteur. Le plafond du pronaos date du début du XIXe siècle, la porte actuelle a été réalisée en 1824. Sa dernière restauration, débutée en 2006, s’est achevée en 2010.


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ENTRETIEN CHRISTIAN MOURISARD,

maire-adjoint d’Arles délégué au patrimoine et au tourisme

OT ARLES

Le Théâtre antique. Construit à la fin du Ier siècle avant J.-C., le Théâtre est fortifié au Moyen Âge et ses matériaux sont réemployés dans des édifices voisins. Le site n’est dégagé qu’au XIXe siècle. Seuls subsistent quelques gradins, l’orchestre, la fosse du rideau de scène et deux hautes colonnes de marbre coiffées d’un fragment d’entablement.

Les Thermes de Constantin. Situés tout près du Rhône, les Thermes de Constantin datent du IVe siècle. Empereur romain de 301 à 337, Constantin fait construire à Arles une résidence impériale. Les thermes associaient les bains et les exercices physiques qui se déroulaient sur la palestre (salle d’entraînement).

La Gazette. Arles est classée au patrimoine mondial de l’humanité depuis 30 ans. Vous venez de participer, jeudi 15 décembre, à la pose de la première pierre de l’extension du musée Arles antique elle accueillera les vestiges d’une barge romaine repêchée au fond du Rhône. La restauration des arènes est bien avancée. Christian Mourisard, vous êtes l’adjoint au Patrimoine de la Ville d’Arles, le patrimoine antique tient une place vraiment importante dans votre ville… Christian Mourisard. Nous avons aussi agrandi notre secteur sauvegardé, qui couvre maintenant 90 hectares. Où que l’on aille à Arles, on est toujours en contact avec le patrimoine. La base, c’est le patrimoine antique, mais cela s’enchaîne jusqu’au XXIe siècle, la ville est un livre ouvert sur l’histoire. Nîmes possède aussi un patrimoine d’importance. Mais la municipalité Fournier a délégué la gestion de ses trois plus grands monuments - les Arènes, la Maison-carrée, la tour Magne - à la société privée Culturespaces. Vous, vous êtes en régie municipale, c’est à dire en gestion directe. Est-il envisageable pour Arles de passer un jour en délégation de service public (DSP) ?

Notre approche du patrimoine, c’est la mission de service public. La finalité ne peut pas être qu’économique, il ne faut pas seulement voir ce que les gens laissent à la caisse, mais aussi leur satisfaction. Nos partenaires privés sont des associations : les Amis du Vieil Arles, Acta… Nous ne sommes pas du tout favorables à une DSP, car nous avons 90 monuments classés, dont 8 inscrits au patrimoine mondial de l’humanité, et nous voulons garder une vision globale. Culturespace est venu nous proposer de gérer les trois monuments qui rapportent le plus, mais l’animation doit être un tout, il ne faut rien dissocier.

Les Alyscamps. Dans l’Antiquité, les cimetières sont toujours extérieurs aux cités. C’est le cas des “Champs Élysées” arlésiens où sont disposés, dès le début de l’Empire, des tombes à incinération, des sarcophages et des mausolées. La vaste nécropole prend une importance majeure à l’époque paléochrétienne avec l’inhumation de Saint Genest et la sépulture des premiers évêques d’Arles.

OT ARLES

OT ARLES

À qui est donc confiée la gestion du patrimoine à Arles ?

L’amphithéâtre. À l’origine jumelles des Arènes de Nîmes, bien que plus anciennes, les arènes d’Arles sont aujourd’hui différentes : elles ont conservé les tours médiévales dont Nîmes s’est débarrassé. Elles sont également moins bien conservées. Devenue une ville fortifiée au début du Moyen Âge, l’édifice n’est dégagé qu’au XIXe siècle pour retrouver en partie sa fonction initiale, comme à Nîmes, avec la tauromachie.

Nous avons un office de tourisme, une direction du patrimoine, une autre de la culture et une collaboration avec la direction régionale des Affaires culturelles. Nous avons suffisamment de référents et de gens compétents pour élaborer ensemble une gestion pérenne et satisfaire le public et les institutionnels. Nous avons aussi mené une étude des publics pour connaître nos atouts : des visiteurs au pouvoir d’achat

VILLE D’ARLES

VILLE D’ARLES

“Nous refusons de faire dans le bling-bling”

élevé, à la moyenne d’âge plutôt élevée. Et nos déficits : un public pas assez familial. Nous avons donc modifié notre approche en créant le festival Arelate et cette année, nous nous sommes rendus compte que ce qui nous manquerait, à la limite, c’est un vrai spécialiste pour le grand spectacle dans les arènes. Mais nous ne voulons pas que ça devienne les jeux du cirque. Nous refusons de faire dans le bling-bling. Il y a le patrimoine “du passé” et celui qu’on construit pour le futur. À Arles, il y a deux projets contemporains liés à la famille Hofmann: le déménagement au printemps 2013 de la fondation Van Gogh dans l’ancienne Banque de France revisitée par les architectes Hervé Schneider et Guillaume Avenard, et surtout la fondation Luma, qui accueillera dans les anciens ate-

liers SNCF les collections photographiques de Maja Hoffman. Le bâtiment sera l’œuvre de l’architecte superstar Franck Gehry. Quelles sont les attentes par rapport à ces deux constructions ?

Pour Luma, il y aura sans doute le même effet touristique qu’avec le musée Guggenheim à Bilbao. Le contenant sera aussi attrayant que le contenu. Cela devrait encore plus conforter Arles d’un point de vue architectural. Notre ville est bénie : il y a les découvertes des fouilles dans le Rhône, Christian Lacroix, le projet Gehry, la fondation Van Gogh, avec des négociations pour le prêt de tableaux actuellement exposés en Hollande… Aujourd’hui, nous sommes très axés sur la romanité, mais il faut évoluer parce que maintenant tout le monde fait dans la romanité.

>> En savoir plus • Office de tourisme de Nîmes, 6 rue Auguste, 04 66 58 38 00, www.ot-nimes.fr • Culturespaces, 04 66 21 82 56, http://arenes-nimes.com/fr • Office de tourisme d’Arles, boulevard des Lices, 04 90 18 41 20, www.arlestourisme.com • Base de données en ligne sur la patrimoine d’Arles : www.patrimoine.ville-arles.fr La Gazette n° 655-656 - Du 22 décembre 2011 au 4 janvier 2012

Prix Varenne PHR-2  

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