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Le sujet n’imposait pas de thème mais quelques contraintes: un plan filmé, fixe qui plus est, et à peu près trois minutes. De quoi laisser la spontanéité faire son travail. La mienne s’est dirigée vers le dépouillement de soi. Je me suis livré. Je me suis même complètement mis à nu. Mon plan a été comme une confession, tout de suite très clair pour moi. J’ai tout d’abord écris les mots nécessaires pour exprimer mes sentiments et mes réflexions, puis j’ai lu ce texte, je l’ai dicté face à la caméra, en me déshabillant. Je me suis dévêtu de plusieurs couches de vêtements, plusieurs pulls, chemises, et encore quelques t-shirts en dessous, le plan étant rapproché au niveau du bas de mon visage, mon épaule et mon torse. Mes mains au centre, défaisant les vêtements un par un, rythmant cet acte par les mots, prononcés avec une réelle implication personnelle. Je n’avais pas l’impression de les lire. Les avoir écrit n’était qu’un repère pour ne pas me perdre. Pour me concentrer sur le plan. Mais je lisais comme si je parlais normalement, à la fois gêné et soulagé de me livrer de cette manière. J’ai évoqué les couches, les superpositions de tissus, les peaux que l’on appose sur notre corps, et qui sont bien plus qu’une couverture contre le froid, et un cache contre l’impudeur. Plus que ça, la manière de se vêtir, les choix que l’on fait, nos habits fêtiches peuvent refléter nos âmes, nos caractères, voir nos troubles et nos peurs.

Les petits riens  

Livre de Jeremy Piette chroniques 2011/2012 EESAB site de Rennes