Page 10

Ce monde imaginaire, où nous n’aurions qu’à expirer, à se vider de toutes les toxines d’une société qui paralyse les légers mouvements, au profit des grands pas de géants, qui ne savent que gagner et se satisfaire de victoires sauvages et artificielles. Bonjour l’héritage. Nous laissons à nos prochains nos armes de guerriers enragés. Nous leur laissons l’odeur abominable de l’argent violé et jeté, la décharge vomissant d’un surplus d’objets matériels, futiles et encombrants, des esprits englués de préceptes obsolètes, des oreilles qui écoutent, des yeux qui s’enfoncent, des cerveaux qui se gavent d’un tout, et de beaucoup de rien, des bouches qui dictent des paroles sans charpente ni corps. Chaque soir, dans ce lit, sous mon tapis de coton, je m’éloigne de cet effrayant monde dont je suis bêtement l’actrice. Dans ce monde rêvé, je me détache de toutes mes pressions. Je quitte le chantier, m’éloignant de la maquette de ma vie habituelle, et me plonge, loin, loin, loin, près d’un arbre solitaire, en plein milieu d’un champ désert. Je m’y assoie, contre le tronc. Je ferme les yeux et je sens sa main. La main de l’ami imaginaire. La main de mon refuge. »

« La rage » - vidéo (3min) - plan fixe d’un dessin grand format - bandeson: voix de Laure Roignant. Texte et vidéo : Jérémy Piette. 2012.

Les petits riens  

Livre de Jeremy Piette chroniques 2011/2012 EESAB site de Rennes