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LES RADIOS DE PROXIMITÉ, VECTEURS DE LA COHÉSION SOCIALE

MANUEL DE FORMATION


1 | LA COHÉSION SOCIALE EN CÔTE D’IVOIRE

4 TABLE DES MATIÈRES

Avant propos 1. La cohésion sociale en Côte d’Ivoire 1.1. Définition et contexte 1.2. Le rôle du journaliste en période post conflit

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2. Les groupes cible 2.1. La jeunesse 2.2. Les femmes 2.3. Les sans emploi 2.4. Les sous-scolarisés 3. La cohésion sociale dans les émissions de radio 3.1. Les approches 3.2. Les genres radiophoniques 3.2.1. La table ronde et le débat 3.2.2. La libre antenne 3.2.3. L’interview 4. L’écriture journalistique

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4.1. Quelques règles pour écrire comme on parle  4.2. Trois grands principes qui assurent la crédibilité 5. Focus: les émissions pour jeunes 5.1. Qui sont ils ces jeunes? 5.2. Les différents types de public jeune 5.3 Communication: l'approche inclusive Annexe Code de déontologie du journaliste en Côte-d’Ivoire

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ERIS Electoral Reform International Services est une organisation non gouvernementale à but non lucratif qui soutient le renforcement des institutions démocratiques ainsi que du processus et de la culture démocratique dans plusieurs pays. Les partenariats locaux sont au centre de notre approche, qu’ils se fassent avec des associations de la société civile, des organismes de gestion d’élection, ou de plus en plus fréquemment avec des organisations de proximité qui s’efforcent de réduire les conflits liés aux élections et encouragent la participation citoyenne. Eris est présent en Côte d’Ivoire depuis 2008.

CONTACT 6 Chancel Street London SE1 0UU United Kingdom

Office Tel: +44 (0)20 7620 3794 Office Fax: +44 (0)20 7928 4366 Website: www.eris.org.uk www.rcci-radios.com

CONTRIBUTIONS À CE MANUEL Athanase Kayengera, Mireille Seri, Yoro Sangare, Raphaël Kinabari, Karim Benard Dendé, Sebastien Drans, Serge Bailly.

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AVANT PROPOS

AVANT PROPOS Lorsqu’elle parvient à conquérir difficilement un espace d’expression, la presse se révèle souvent manquer de professionnalisme. Elle se cantonne alors à alimenter le débat politicien, manipulée ou consentante, sans suffisamment prendre en compte les aspirations et les droits de la société civile à une information plus large et ouverte sur des thèmes d’intérêts généraux et de proximité : société, économie, droits (dont les droits de l’homme et les droits civiques). En ce sens, les médias privés ne jouent qu’imparfaitement leur rôle de quatrième pouvoir et de vecteur du processus démocratique, alors qu’ils devraient au contraire en être la pierre angulaire. Ce manuel de formation a pour ambition d’être un outil de travail pouvant bénéficier aux radios de proximité et, au-delà, aux populations auxquelles elles s’adressent. Le présent ouvrage a un double but : dans une première partie, celui d’expliciter le concept de cohésion sociale et, comme un concept ne devient réalité qu’à travers les tactiques d’apprentissage qu’il génère, de souligner l’importance primordiale de la participation de tout un chacun afin de faire vivre les valeurs inhérentes à la cohésion sociale. Dans une deuxième partie, ce manuel se propose d’être un guide pratique pour concevoir, produire et diffuser des émissions qui illustreront et feront comprendre ce qu’est et ce qu’implique la cohésion sociale. Un accent particulier sera mis sur les productions à destination des jeunes auditeurs et les émissions interactives. ERIS, en accord avec divers partenaires, a choisi de mettre l’accent sur ce thème de la cohésion sociale car la Côte d’Ivoire est à un moment crucial de son histoire. Elle est en effet dans une phase que l’on qualifie de sortie de crise, une période qui demande une prise de conscience accrue de la situation actuelle et des défis à venir. Il y a donc urgence, pour parvenir à cet objectif, à toucher les catégories de population qui sont en retrait par rapport aux activités participatives, du moins à certains niveaux et pour diverses raisons. ERIS et ses partenaires ont ainsi retenu quatre groupes cibles : les femmes, les jeunes, les analphabètes et les sans-emploi. Le projet ERIS est bâti sur le postulat que le pays ne se dirigera vers une paix durable que si la population est consultée et encouragée à participer au processus de transition et de démocratisation. Ce manuel se veut une contribution à l’édification d’une société réconciliée avec elle même grâce au travail réalisé par les radios de proximité. Il faut donc que ces mêmes radios soient à la hauteur des enjeux attendus par la population ivoirienne.


1. LA COHÉSION SOCIALE EN CÔTE D’IVOIRE 1.1 | DÉFINITION 1.2 | LE RÔLE DU JOURNALISTE EN PÉRIODE POST CONFLIT


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8 1.1 DÉFINITION & CONTEXTE La cohésion sociale est la nature et l’intensité des relations sociales qui existent entre les membres d’une société. Le niveau de cohésion sociale permet de favoriser les synergies des organisations et la qualité de vie des membres des sociétés, si les relations sociales sont vécues positivement par les individus constituant cette organisation ou cette société. La cohésion sociale réduit les disparités et évite la marginalisation. La cohésion sociale ne peut être obtenue que si tous les segments de la population, et indépendamment de leur région d’origine, leur appartenance ethnique, religieuse ou politique ont le sentiment qu’ils ne seront pas exclus du processus de transition et de démocratisation. Lors de l’atelier de formation d’Eris, les 5, 6 et 7 novembre 2012 à Abidjan, plusieurs intervenants ont apporté leur définition au concept de cohésion sociale. Pour Mireille Offor, du Centre de Recherche et d’Action pour la Paix (CERAP), la cohésion sociale est « l’état d’une société, d’un groupe ou d’une organisation où les liens sociaux sont intenses, pacifiques et équilibrés ». Ces relations sont « favorisées par une intégration des membres du corps social autour de valeurs ou de règles de vie communes, acceptées de tous », a expliqué Mme Offor. De façon générale, la cohésion sociale est perçue comme « la capacité d’une société à assurer le bien être de tous ses membres, en minimisant les disparités et en évitant la marginalisation », a ajouté Ibrahima Coulibaly Tiohozon, du Réseau ouest-africain pour la Paix (WANEP). « La cohésion sociale est la solidarité harmonieuse au sein d’un groupe ou d’une communauté garantissant le bien être de chacun de ses membres », a-t-il encore dit. La décennie de conflit a ouvert une fracture sociale qui s’est accrue lors des violences post-électorales de novembre 2010 à mars 2011. Au sortir du conflit, la Côte d’Ivoire est un Etat amèrement divisé dû à des années de politiques de l’identité, de haine ethnique et de violence. De plus, le pays est en train de mettre en place un certain nombre de programmes politiques et sociaux, tels que le retour des personnes déplacées à l’intérieur (aussi appelées déplacés internes), le processus de vérité et de réconciliation, le processus de désarmement ainsi qu’un processus électoral. Si ces processus sont essentiels à la cohésion sociale, leur mise en oeuvre comporte des menaces pour la fragile stabilité récemment acquise.


Ces processus ont aussi le potentiel de créer un cadre dans lequel les conflits ne se règlent non pas par les armes mais à travers des voies institutionnelles acceptées par tous, le pré-requis étant que tous les segments de la population soutiennent le processus de transition et de démocratisation. Les radios de proximité ont donc un rôle important à jouer pour cimenter la population à travers la promotion de la cohésion sociale et la promotion d’une culture démocratique. Afin de tourner la page à une décennie d’instabilité et de conflit, le pays doit rétablir une cohésion nationale. Cependant, ceci ne peut être obtenu que si tous les segments de la population y participent activement, sans préjugés ni retenue. Il est donc important de permettre à tous d’exprimer leurs inquiétudes et attentes à l’égard du processus de transition et démocratisation et ainsi de permettre une réelle stabilisation du pays.

1.2 LE RÔLE DU JOURNALISTE EN PÉRIODE POST CONFLIT Le travail du journaliste en période post conflit n’est guère facile. Il se doit d’être doublement prudent, parce que les mots utilisés ont une portée qui peut quelque fois le dépasser. C’est aux Etats-Unis que l’on a commencé à penser ce qu’on a appelé le « journalisme de paix ». Robert Karl Manoff, directeur du Center for War, Peace, and News Media à l’Université de New York, énonce une série de rôles que peuvent jouer les journalistes dans la résolution et la prévention des conflits. Parfois ils remplissent ces fonctions dans le cadre de leurs devoirs journalistiques, pour des raisons purement professionnelles et devraient dès lors prendre conscience de l’impact de leur travail dans la prévention de conflits meurtriers et l’orienter sciemment dans ce but. Parmi ces rôles traditionnels, Manoff cite l’éducation ou la mise en contact et en confiance des différents protagonistes du conflit. Ces rôles dérivent en réalité d’une seule attitude : l’analyse en profondeur du conflit, en expliquant les intérêts sous-jacents de chaque acteur du conflit, l’historique (éventuellement en remontant à des dizaines de générations en arrière), une explication des mœurs et traditions de chaque partie en cause, permettant dès lors d’humaniser les ennemis et de permettre une compréhension 2 1 protagonistes . Afin d’y arriver, Lynch et Mc Goldrick ont élaboré une liste des « choses à ne pas faire », destinée à tout journaliste adepte du « proactivisme » :

1 : MANOFF R. K., Potential Media Roles in the prevention and management of conflict, 2000. 2 : Cette liste est tirée des “17 conseils pour réaliser un journalisme de paix” de LYNCH et Mc GOLDRICK.

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Eviter de réduire le conflit à deux côtés qui s’opposent, avec comme conclusion logique, un futur gagnant et futur perdant. Alternative : éclater les deux acteurs en leurs différentes composantes, en expliquant leurs revendications, leurs nécessités, ce qui permettra de créer une plus grande dynamique dans la recherche de solutions. Eviter de réduire le conflit à l’espace-temps des violences. Ne pas confondre conflit et violences. Alternative : mettre en évidence les liens et conséquences avec d’autres personnes dans d’autres endroits ainsi que les répercussions dans le futur (quelles conclusions vont tirer les récepteurs de médias ? Ces conclusions vont-elles influencer les attitudes des protagonistes, en cas de conflit futur ?) Eviter d’évaluer les mérites d’une action/politique de violence uniquement par rapport à ses effets visibles. Alternative : montrer la face invisible de cette violence : les risques, à long terme, de dommages psychologiques ; éventuellement la possibilité accrue de voir les victimes d’aujourd’hui reproduire demain des actes violents. Eviter de laisser les protagonistes se définir par les déclarations de leurs chefs quant à leurs demandes, leurs réclamations. Alternative : faire une enquête plus profonde sur la manière dont les personnes de terrain sont affectées dans leur vie quotidienne. Que veulent-ils voir changer ? La position clamée par leur leader est-elle l’unique manière d’accomplir cet objectif ? Eviter de mettre en évidence continuellement ce qui divise les parties, les différences entre ce qu’elles déclarent vouloir. Alternative : poser les questions susceptibles de dévoiler des zones communes entre les parties, faire ressortir les réponses suggérant que certains objectifs sont compatibles, voire partagés. Eviter de couvrir uniquement les actes de violence, décrivant l’ « horreur ». Si l’on exclut tout le reste, on suggère que l’unique explication de la violence réside dans des violences antérieures (revanche) ; et le seul remède semble être plus de violence (punition). Alternative : expliquer cette violence en montrant combien les protagonistes ont été bloqués/frustrés/privés dans leur vie de tous les jours. Eviter de blâmer quelqu’un d’avoir commencé. Alternative : essayer de discerner de quelle manière les problèmes partagés conduisent à des conséquences qu’aucune des parties n’avait désirées.


• •

Eviter de saluer la signature d’accords par des dirigeants, qui semblent montrer la victoire militaire ou le cessez-le-feu, comme seule solution vers la paix. Alternative : continuer à parler des autres obstacles à la sortie de crise, susceptibles de conduire à de nouvelles violences dans le futur. Se poser la question de savoir ce qui est fait sur le terrain pour renforcer les moyens de résoudre le conflit de manière pacifique, de répondre aux besoins structurels de la société et de créer une culture de paix. Eviter de toujours se concentrer sur les souffrances et les peurs du même côté. Alternative : considérer comme digne d’intérêt les peurs et les souffrances de tous les protagonistes. Eviter de présenter des opinions comme s’il s’agissait de faits. Si quelqu’un fait une déclaration, préciser son nom, de sorte que ces propos soient perçus comme un avis externe et non comme le fait du journaliste

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2. LES GROUPES CIBLE 2.1 |LA JEUNESSE 2.2 |LES FEMMES 2.3 |LES SANS-EMPLOI 2.4 |LES SOUS-SCOLARISÉS


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14 2.1 LA JEUNESSE Selon les données de l’INS (Institut National de la statistique), 36,4% de la population a un âge compris entre 15 et 34 ans. Quand on considère la tranche d’âge des moins de 35 ans, cela représente 79,3% de la population totale ivoirienne. Une réalité qui autorise à dire que la population ivoirienne est essentiellement jeune. Si cela est un atout, il convient d’en mesurer aussi les défis que cela impose. Il s’agit entre autres : de scolarisation ; d’emploi ; de sécurité ; d’insertion économique ; de santé ; de participation à la vie politique de la nation… La jeunesse ivoirienne, du fait de sa sous scolarisation et de son désœuvrement, a payé un lourd tribut pendant la crise politico-militaire qu’a vécue le pays. Les jeunes, qu’ils soient enrôlés dans les milices ou agissant comme simples militants de partis politiques, ont été ceux qui ont en majorité commis les exactions. En même temps, ils constituent aussi la majorité des victimes (pertes en vies humaines et pertes d’emploi). Tous les observateurs s’accordent à dire qu’il faut occuper la jeunesse pour qu’elle tourne le dos à la violence. Selon la revue Pensées noires, citant les statistiques de l’Agence d’études et de promotion de l’emploi (Agepe), le taux de chômage des jeunes est estimé à environ 25 %1. De nombreux programmes ont existé ou sont en cours tant au niveau des pouvoirs publics ivoiriens que des institutions internationales pour chacun des défis relevés. Force est cependant de constater qu’au regard de la grande population de jeunes et de la limitation des moyens disponibles, beaucoup reste à faire. Dans le cadre du projet ERIS (2012-13), un « Groupe de Consultation Jeunesse » composé de quatre jeunes a été créé à l’Ouest pour aider les radios de proximité à mieux comprendre la vulnérabilité et les priorités des jeunes de cette région dans le contexte de transition. L’Ouest du pays est peuplé d’une variété d’ethnies, notamment des autochtones tels que les Yacoubas, les Gueré, des allogènes comme les habitants du nord du pays et les non-Ivoiriens du Libéria et du Burkina Faso. Le Groupe fait des recommandations concrètes pour permettre aux radios de communiquer effectivement avec les jeunes marginalisés sur les questions du processus de transition et démocratisation. Concrètement, le Groupe identifie les thèmes qui intéressent les jeunes et les formats d’émission adaptés aux Jeunes.

1 : KOUADIO,Théodore. ”Emplois jeunes : UNE SOLUTION DURABLE À L’INSTABILITÉ” [En ligne] http://bit.ly/WlZB7p


JEUNESSE IVOIRIENNE: BREF APERCU Année Source

Proportion de la jeunesse dans la répartition de la population

1998

INS (RGPH)

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42% des moins de 15 ans 36,40% des jeunes âgés de 15 à 34 ans

2002

AGEPE

84,6% de jeunes sur un total de 918 450 chômeurs enregistrés (54,4% de femmes et 35,6% d’hommes)

2010

LISTE • ELECTORALE • DE LA CEI

2011

AGEPE

1 766 361 électeurs âgés de 18 à 27 ans (30,85% du CE) 1 713 056 électeurs âgés de 28 à 37 ans (29,92%) Les jeunes de moins de 35 ans constituent 64% de la population et sont frappées d’un taux de chômage estimé à environ 25%

2.2 LES FEMMES Les femmes ont payé un lourd tribut durant la crise ivoirienne. Certaines y ont laissé leur vie ou ont été violées, mutilées et dépossédées de leurs biens… Les femmes ont tant à dire et à apporter qu’il n’est pas possible de les laisser en marge des actions à mener pour la paix et à la préservation de la cohésion sociale en Côte d’Ivoire. Même s’il est vrai que les femmes ivoiriennes n’ont pas toujours été impliquées dans les mécanismes formels de décision dans la résolution des conflits, il ne demeure pas moins vrai que des organisations féminines ont mené, à titre informel des actions de médiation. C’est pourquoi des initiatives comme celles du REPSFECO-CI (Réseau Paix et Sécurité des Femmes de l’Espace CEDEAO- Côte d’Ivoire) sont à encourager en ce qu’elles  concourent à impliquer les femmes dans la médiation, les règlements des conflits et l’instauration de la paix. Ce réseau  met au service de la Côte d’Ivoire son expérience acquise dans la sous-région ouest africaine où il est implanté. Le REPSFECO est partenaire de ERIS en Côte d’Ivoire à travers sa section locale.  Si la Côte d’Ivoire consacre l’égalité entre hommes et femmes notamment dans sa Constitution (Article 2, alinéa 2) et par la ratification de conventions internationales (charte Africaine des Droits de l’Homme et des peuples de juin 1981), la réalité laisse apparaître une faible représentation de celles-ci autant dans l’administration que dans les institutions. Le gouvernement ivoirien constitué le 22 novembre 2012 ne compte que cinq femmes. Cela donne une idée non exhaustive de la sous représentation des femmes aux postes de décision. Le niveau d’instruction des femmes a souvent été évoqué pour expliquer voire justifier cet état.

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16 En effet, des 51% d’analphabètes en Côte d’ivoire, 72% sont des femmes, selon le Service Autonome de l’alphabétisation. Il y a toutefois de plus en plus de femmes qui émergent par la qualité de leur formation et des postes qu’elles occupent. C’est d’ailleurs pour cela que la présidence a mis en place une cellule qui a lancé le compendium des compétences féminines « pour permettre aux autorités ivoiriennes d’avoir une base de données sur les femmes compétentes de Côte d’Ivoire en vue de rendre possible la parité hommes-femmes dans les sphères politiques, administratives et économiques ». Il n’y a pas que dans l’administration et les institutions que la femme doit conquérir ses droits. Au niveau du foncier, de l’éducation, de la santé et même du droit à l’information également. C’est pourquoi il est important que les programmes dans les médias aillent au-delà des traditionnels « émissions de cuisine » et « conseils beauté » pour donner la parole aux femmes afin de participer à leur pleine autonomisation.

2.3 LES SANS-EMPLOI Le chômeur est une personne de 15 ans et plus ne disposant pas d’emploi rémunéré ou n’exerçant pas comme indépendant et étant disponible pour travailler. La catégorie des sans-emploi se compose des personnes licenciées, les déscolarisés sans diplômes, les diplômés issus de l’enseignement professionnel ou des universités et grandes écoles. En Côte d’Ivoire « le taux de chômage se situe entre 19 et 21%. Il affecte beaucoup plus les diplômés de l’enseignement supérieur dont les taux avoisinent 48% », selon le rapport des chercheurs de l’Université Félix Houphouët Boigny. Trente mille jeunes arrivent chaque année sur le marché de l’emploi. Quatre millions de jeunes seraient au chômage sur une population estimée à plus de vingt millions de personnes. La dernière étude de la Cellule d’Analyse des politiques Economiques (CAPE) révèle que le taux de chômage des jeunes ayant le BEPC et le baccalauréat est supérieur à celui des jeunes n’ayant aucun diplôme et des jeunes ayant seulement le CEPE. Ce sont les titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur qui sont les plus touchés. La raison, selon l’étude du CAPE, serait « le manque de compétences adéquates et d’expérience professionnelle conjuguée à l’insuffisance du niveau de compétence et au manque de culture d’entreprise. »


La dernière décennie, marquée par une crise politico-militaire, a vu une forte perte des emplois. Ce sont 13.000 entreprises qui ont quitté la Côte d’Ivoire après les évènements de 2004, et 120.000 emplois perdus en 2011 après cinq mois de crise. Ces derniers chiffres indiquent clairement la corrélation entre la situation de crise et le chômage. Ils montrent également à quel point la stabilité politique et la paix peuvent garantir la préservation des emplois existants. C’est pourquoi il est impératif que l’Etat, mais aussi et surtout la société civile, travaillent à garantir la sécurité et à créer les conditions de la relance économique. Un effort particulier devra être mis sur l’éducation et la formation. Cet effort devra s’étendre aux personnes déscolarisées et aux diplômés.

2.4 LES SOUS-SCOLARISÉS Sous ce vocable, nous regroupons les analphabètes qui sont les personnes de plus de 15 ans qui ne savent ni lire ni écrire ni compter dans une langue. Quant à l’illettrisme, c’est « l’état d’une personne qui a bénéficié d’apprentissages, mais qui n’a pas acquis, ou a perdu, la maîtrise de la lecture, de l’écriture et du calcul. »1 « La Côte d’Ivoire compte plus de 51% d’analphabètes avec 72% de femmes, dont 96% se trouvent dans le monde rural », a révélé la Directrice du Service Autonome de l’Alphabétisation. La décennie de crise que la Côte d’ivoire a connue a contrarié les efforts des différents gouvernements de parvenir à 100% de scolarisation ou de parvenir à améliorer de 50% les niveaux d’alphabétisation d’ici à 2015, tel que la Côte d’Ivoire s’était engagée à le faire en 2000. Une frange aussi importante de la population mérite de voir son droit à l’information reconnu, ses attentes comblées et ses particularités prises en compte dans les programmes radiophoniques. Les programmes des radios seraient davantage intéressants s’ils accordaient beaucoup plus d’espace à la promotion des opportunités d’emploi, à la valorisation des métiers ainsi qu’à la sensibilisation des populations sur les mesures mises en place pour résorber le chômage. Ces groupes constituent l’essentiel de la population ivoirienne donc de l’auditoire des radios privées non commerciales. C’est pourquoi il importe que les programmes desdites radios leur accordent la place qu’ils méritent. Pour cela, une démarche participative avec chaque groupe permettrait d’identifier ses préoccupations réelles et de prendre en compte ses spécificités. Aussi important que puisse être chacun de ces groupes, ils ne peuvent être considérés séparément étant entendu qu’une personne peut se retrouver dans plus d’un groupe. 1 : Wikipédia. ”L’illettrisme” [En ligne] http://fr.wikipedia.org/wiki/Illettrisme

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18 Ainsi, on peut trouver une jeune-femme-analphabète-sans emploi.

C’est dans ce cadre de sensibilisation à la cohésion sociale, et dans ce qu’elle implique pour les femmes, les jeunes, les analphabètes et les sans-emploi, que s’inscrit la contribution clé des radios de proximité. La deuxième partie de ce manuel va tenter de mettre en lumière les moyens dont elles disposent pour remplir au mieux cette mission.


3. LA COHÉSION SOCIALE DANS LES ÉMISSIONS DE RADIO 3.1 | LES APPROCHES 3.2 |LES GENRES RADIOPHONIQUES


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20 Afin de s’assurer que les groupes cible – femmes, jeunes, analphabètes et sansemploi – prennent une part active au processus de cohésion sociale, il est essentiel de leur fournir les informations nécessaires, de répondre à leurs questions et de les écouter. Cela passe par la production d’émissions de radio particulièrement adaptées à leurs habitudes d’écoute et lors desquelles ces différentes tranches de la population pourront exprimer leurs attentes, craintes et opinions. Certains types d’émissions semblent plus particulièrement indiqués pour traiter de la cohésion sociale sur les radios de proximité. Nous proposons cidessous quelques genres radiophoniques qui permettent à la fois d’informer les populations et de recueillir leurs réactions et témoignages pour une participation plus active.

3.1 LES APPROCHES Les radios de proximité, de par leur intégration dans la vie des populations locales, peuvent apporter une contribution importante à un bon déroulement du processus: assurer l’information et contribuer à bâtir une opinion publique critique et consciente, encourager la participation populaire, en particulier des catégories marginalisées, concourir à la création d’un climat serein et paisible, à la diffusion d’une culture de la tolérance et du dialogue dans les rapports ethniques, interreligieux et inter-communautaires. 3.1.1 L’APPROCHE VIS-À-VIS DES QUESTIONS ETHNIQUES OU RELIGIEUSES Les questions ethniques et religieuses constituent des sujets très sensibles. La présence dans le pays de nombreuses ethnies et de différentes religions demande un effort toujours renouvelé de dialogue, afin d’assurer un équilibre et une cohabitation pouvant subir des remises en cause sous certaines conditions, et cela notamment dans la période électorale à venir, où la radicalisation de certains discours politiques réactivant les tensions n’est pas à exclure. Sur ce plan, les radios de proximité, souvent catalyseurs d’identité sociale et culturelle, parfois non à l’abri des pressions politiques et des enjeux de pouvoirs, se trouvent à jouer un rôle des plus délicats. De par leur proximité avec les populations locales, et leur attitude à se faire interprètes des particularités culturelles et linguistiques locales et à les préserver, elles risquent aussi de donner voix et devenir tribune pour la radicalisation de ces identités, débouchant sur la clôture et le refus vis-à-vis de l’Autre. L’animateur, le journaliste et le producteur de radio doivent donc être attentifs. Dans une approche relative à la cohésion sociale, il faut savoir peser ses mots


pour ne pas humilier celui qui fait partie du « camp des vaincus ». Il faut éviter les accents triomphants, les jeux de mots désobligeants et les effets de stigmatisation de l’autre. Le journaliste doit laisser à l’individu de sa communauté le fait d’être un citoyen avant d’être un partisan politique. Le journalisme idéologique a causé tellement de dégâts en Côte d’Ivoire qu’il est indispensable que les radios s’en écartent le plus possible. Rappelons-nous que la guerre des mots est souvent le plus court chemin qui conduit à la haine de l’autre et à la guerre tout court... Deux principales approches sont possibles pour traiter de la cohésion sociale dans les émissions de radio. Approche analytique : qui présente un examen rationnel et critique de la question.L’approche analytique vise surtout à la connaissance et à la réflexion. Exemples : une émission qui se propose de chercher les causes des tensions ethniques ou religieuses dans l’histoire d’une région ou dans son contexte socioéconomique ; une émission où on demande à des experts d’expliquer quelles est la diffusion des différentes religions sur le territoire et quelles sont leurs relations. Approche dialogique : basée sur la conversation, l’échange, la création d’occasions de dialogue. La finalité d’une approche dialogique est prioritairement éducative et de médiation. La radio peut jouer ici un rôle de facilitateur. Exemples : une émission qui invite les membres de différentes ethnies à échanger sur des affaires litigieuses, pour favoriser la solution à travers le dialogue ; une émission qui invite les adeptes de différentes religions à parler des traditions respectives, pour favoriser la connaissance réciproque.

3.2 LES GENRES RADIOPHONIQUES 3.2.1 LA TABLE RONDE ET LE DÉBAT La table ronde et le débat font partie des grands genres radiophoniques. La table ronde offre aux auditeurs la possibilité d’entendre les différents points de vue sur un même problème, et donc, de se forger sa propre opinion. Son caractère participatif « donne de la vie » à l’émission, les invités s’efforçant de trouver les bons arguments pour convaincre leur voisin et les auditeurs. Dans une table ronde : •

Les opinions ne sont pas forcement opposées mais elles ne sont pas non plus forcement convergentes

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Cependant, des discussions, peut jaillir le consensus Le rôle de l’animateur est de coordonner les points de vue des participants Il devient un facilitateur. Son opinion importe peu Il doit donner la parole à tout le monde pour permettre à chacun de s’exprimer Si au cours des échanges des contradictions apparaissent, c’est à lui de les relever pour les uns et les autres à s’accorder sur la question Certaines émissions qui sont appelées débats prennent parfois l’allure de tables rondes Elle a également une vocation informative et donc attachée à l’actualité

Le débat est une discussion sur un thème avec des personnes qui ont des avis divergents ou contradictoires. Il permet à la vérité d’éclater au grand jour et à l’auditeur de se faire une opinion plus nette. Le débat a une vocation informative, c’est pourquoi il est attaché aux thèmes en rapport avec l’actualité. Il est généralement la préoccupation du moment et peut porter sur tout sujet qui concerne la vie en société. Préparation : Un débat tout comme une table ronde se préparent très sérieusement. Notamment le choix du thème, de l’angle et des invités réclame beaucoup d’attention. Choix de la thématique : L’animateur, journaliste ou producteur, doit étudier soigneusement la thématique, consulter des archives et des spécialistes sur la question, élaborer des fiches qui lui serviront ensuite pendant l’émission. Comment faire le choix de la thématique1 : • • • • • • • • • • • •

Avoir le sens de l’observation et de l’écoute Toutes les préoccupations de notre environnement doivent nous interpeler La vie en communauté est faite de frictions évidentes Le journaliste ou l’homme de radio est partie intégrante de la société Avoir le flair de ce qui peut intéresser les auditeurs On peut ouvrir une adresse électronique pour recevoir des suggestions Savoir exploiter nos documents pour le thème Développer son instinct de curiosité sans paraître comme celui qui cherche des poux Se montrer crédible pour mériter la confiance de tous Adapter notre comportement à tous les milieux pour faciliter notre intégration Chercher toujours l’originalité Chercher à relever toujours son niveau de culture générale

1 : Les émissions interactives pour la jeunesse sur les radios de proximité. Par Raphaël Kinabari


• •

Suivre l’actualité tous les jours Disposer d’une documentation bien fournie sur plusieurs sujets en rapport avec l’actualité

Choix des invités : Dans le cadre de la table ronde, l’animateur doit choisir ses invités de manière à ce qu’ils se complètent dans leurs points de vue et expériences, pour une vision plus globale de la problématique. Pour le débat, l’animateur devra s’assurer qu’il y a une réelle divergence d’opinions entre ses invités. Idéalement, les invités doivent avoir de bonnes qualités d’élocution et de synthèse de leurs propos. Des idées pour le choix des invités1 : • • • • • • • • • •

Tout journaliste doit disposer d’un carnet d’adresses à jour Avoir le sens du contact facile Contacter les personnes les plus indiquées pour chaque thème à traiter Avoir un échange préalable avec les personnes ressources pour voir si elles correspondent au profil recherché Donner à ces personnes une idée du contenu de l’émission Les informer de la présence des autres personnes pour qu’elles préparent leurs arguments S’y prendre tôt pour contacter les personnes ressources Les convaincre de l’intérêt qu’il y a pour elles d’accepter l’invitation parce que leur opinion compte Créer un répertoire de personnes ressources par matière ou par discipline Adapter l’âge des personnes ressources au thème à traiter

En outre, l’animateur devrait, quand c’est possible, rencontrer les protagonistes avant l’émission, leur donner les grandes lignes des questions qui seront abordées au cours du débat sans toutefois révéler toutes les questions et sous questions cruciales qu’il posera en studio. L’animateur doit ainsi avoir une idée claire des points de vue des différents invités, et du cheminement de l’émission dans les questions traitées, avant d’entamer l’émission. C’est-à-dire structurer son émission de sorte à avoir des sous-thèmes qui suivent une progression cohérente. Animation : Le débat doit être maîtrisé afin que les invités ne s’emportent pas et qu’ils sachent parler les uns après les autres sans passion excessive mais avec une vivacité de bon aloi pour que le débat ne soit pas terne et ennuyant. 1 : Les émissions interactives pour la jeunesse sur les radios de proximité. Par Raphaël Kinabari

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24 Début de l’émission En début d’émission, l’animateur s’efforcera de faire une présentation synthétique de la thématique abordée ainsi que de chaque invité. Cette présentation doit être écrite pour en assurer l’efficacité. Maîtrise de l’émission L’animateur doit éviter que le débat soit brouillé par de l’animosité et la violence verbale. L’animateur doit faire en sorte que les invités gardent leur calme et privilégient un langage correct et respectueux envers les interlocuteurs et surtout envers les auditeurs. Quand les débatteurs sont des jeunes qui n’ont pas l’habitude du débat radiophonique et qui peuvent s’emporter facilement, l’animateur doit faire preuve d’autorité, d’efficacité et de tact. Recentrer les discussions L’animateur doit éviter, en particulier, que les invités s’éloignent de l’objectif que poursuit la radio en organisant le débat ou la table ronde. L’animateur doit ramener constamment les invités à la thématique principale pour laquelle ils ont été invités à débattre. Autrement dit, l’animateur doit constamment recentrer le débat. Il est le maître de séance, celui qui avec fermeté et humour, donne la parole mais sait aussi la reprendre lorsqu’un invité s’égare sur des chemins de traverse qui visent à brouiller le thème du débat ou à disqualifier les autres participants. L’animateur du débat doit également s’assurer que tous les participants aient eu la parole de manière égale. L’assistance d’un chronométreur peut s’avérer utile dans certains cas sensibles. L’animateur ne doit pas hésiter à faire preuve d’autorité si cela est nécessaire. Il peut interrompre un invité du fait de la nature de ses propos qui ne seraient pas respectueux ; du fait de la longueur d’une intervention ; ou pour recentrer le discours sur la thématique de l’émission. Il est également de la responsabilité de l’animateur de corriger d’éventuelles erreurs prononcées par les invités, de manière à ne pas induire les auditeurs en erreur. Devant un micro, les langues peuvent en effet « fourcher », et il est facile de faire des lapsus. Conclusion de l’émission Avant la fin du débat, l’animateur invite les participants à faire la synthèse de


leurs messages principaux, en quelques secondes, afin que les auditeurs gardent à l’esprit l’essentiel du sujet qui a été abordé pendant le débat. Tableau de progression d’un débat ou une table ronde Thème : Comment ramener la cohésion après un conflit grave dans une famille ? Durée : 60’ Invités : MM. Koffi, psychosociologue, Fofana, professeur de droit, Mmes. Kouakou Virginie, commerçante, Doumbia, sage femme à la retraite. Sous thèmes :

Contenu :

I

Domaine de définition :

• • •

Qu’est ce que la cohésion selon vous ? Quelles sont ses manifestations Quand dit-on qu’elle est rompue ?

12’

II

Les causes de la discorde :

• • •

Les comportements sources de conflits Le désir de vengeance La notion d’intolérance

12’

III

Les remèdes possibles :

• • •

La notion de justice La notion de pardon Peut-on pardonner sans jugement ?

12’

Le rôle des médias

• • •

Quel apport de la radio ? Quel apport de la télé ? Quel apport de la presse écrite ?

12’

Quelle attitude idéale pour une cohésion réussie ? Quelle place pour la justice ? Quelle réparation des dommages subis ?

12’

IV

V

Conclusion

• •

TOTAL

Durée 

Observations

60’

3.2.2 TABLE RONDE OU DÉBAT AVEC REPORTAGES Le débat peut être agrémenté de reportages, qui viendront « (re)lancer » ou illustrer la problématique. Il peut y en avoir autant que de sous-thèmes traités durant le débat. Ces reportages peuvent parfois refléter une expérience et se limiter à une interview. Pour l’auditeur, ces pastilles permettront de briser le rythme du débat qui, selon les intervenants, comporte toujours le risque d’être monotone. L’animateur invitera les participants à exprimer leurs analyses, leurs critiques, leurs suggestions ou leurs appréciations après chaque séquence de reportage.

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26 Le mélange de débat et de reportage peut être très enrichissant à condition qu’il reste concentré sur le sujet et que les reportages ne créent ni diversion ni occasion pour les participants de s’emporter et de s’invectiver. 3.2.3 LA LIBRE ANTENNE La libre antenne constitue un genre interactif et attractif. Mais il s’agit d’un exercice très risqué pour tout animateur, novice comme expérimenté. Même si l’émission se déroule en direct, il faut néanmoins préparer un conducteur qui permet à l’animateur de rester concentré sur l’objectif poursuivi. En outre, l’animateur d’une libre antenne doit avoir une présence d’esprit à toute épreuve. En effet, la libre antenne peut favoriser des excès de langage de la part de l’interlocuteur qui appelle la radio pour donner son point de vue ou pour proposer une analyse sur le sujet débattu. L’animateur doit être capable de calmer le jeu, avec autorité et courtoisie, et ramener un interlocuteur agressif ou emporté, dans le droit chemin. Sans toutefois le brusquer ni choquer les auditeurs par la brutalité de ses propos à l’antenne. La situation est délicate en période de conflit politique ou social. Des interlocuteurs peuvent en profiter pour déverser leur colère et leur indignation et au passage commettre des délits de presse tels que l’injure, la diffamation, l’outrage à la personne détentrice de l’autorité publique, la calomnie, qui peuvent impliquer la responsabilité pénale de la radio. Donner clairement le nom et la localité de la personne avant qu’elle ne s’exprime peut ainsi freiner certains dérapages. Il est particulièrement conseillé de surveiller les émissions de libre antenne dans les périodes sensibles d’élections. Les auditeurs qui se transforment en militants maniant le dénigrement et l’insulte, peuvent avoir des effets graves en période pré-électorale mais aussi lors de la proclamation des résultats électoraux.  Selon Juan Gomez, journaliste à Radio France Internationale, il est également conseillé de : • •

bien préparer les émissions (avoir une bonne documentation) avoir accès à l’information


• • • •

discuter avec les auditeurs pour connaître leurs points de vue et leur facilité à s’exprimer avant qu’ils n’interviennent à l’antenne travailler en équipe ne pas tirer de conclusions en fin d’émission, c’est aux auditeurs de le faire rétablir les faits quand les auditeurs déforment la réalité LES PROPOS ILLEGITIMES

Les propos illégitimes font partie des principaux risques lorsque l’on produit des émissions faisant appel en direct à des intervenants extérieurs, quels qu’ils soient. Il s’agit de tous les comportements pouvant porter atteinte aux droits des individus, des groupes sociaux, de l’Etat et de ses institutions. Parmi les comportements communément considérés non légitimes, il nous intéresse ici de relever ceux qui risquent – en plus de représenter des violations des lois, conventions et codes de conduite – de compromettre ou de faire obstacle à la cohésion sociale, soit en alimentant les tensions et en favorisant un climat conflictuel, soit en discriminant certains groupes, courants de pensée et d’opinion. Propos haineux : ce sont des propos extrêmes qui contiennent des menaces ou qui préconisent ou justifient la violence contre les membres d’un groupe identifiable, qui attisent les conflits entre groupes opposés. La haine pouvant s’adresser à différentes cibles, l’attention portera notamment sur les discours glissant sur le terrain de la tribu, de l’ethnie, de la nationalité, de la religion. La xénophobie, qu’on assimile à la même catégorie, se définit comme une hostilité systématique et irrationnelle à ce qui est étranger, pouvant se manifester par des forts préjugés, jusqu’à des actions violentes. Incitation à la violence, au meurtre, à la révolte : tout propos encourageant à recourir à la violence pour affirmer ou défendre des positions, des opinions, des pouvoirs ou contre-pouvoirs. Aussi, les paroles guerrières et les propos incendiaires qui ont pour effet d’identifier des cibles et d’exposer des individus ou des groupes à la vindicte et à l’agression. Propos portant atteinte à la sécurité nationale et à l’ordre public : tout discours, slogan ou propagande incitant à des comportements gravement illégitimes et en mesure de troubler l’ordre public. Aussi, la diffusion de fausses nouvelles, ou de nouvelles particulièrement alarmantes et non vérifiées visant à semer le désordre, la panique, l’insécurité dans l’opinion publique.

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28 LES PROPOS ILLEGITIMES (suite et fin) Propos portant atteinte à l’unité nationale et à l’intégrité territoriale : tout propos de sécession, visant à mettre en péril l’intégrité territoriale nationale et à mettre une partie du pays et de la population contre une autre. Diffamation et injures : la diffamation est toute affirmation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur et à la réputation de la personne ou du corps social auxquels le fait est imputé. Souvent, les immixtions arbitraires dans la vie privée d’une personne, visant à en « dévoiler » des aspects honteux ou embarrassants, relèvent de la diffamation. L’injure est une offense grave infligée à la personne, pouvant consister en paroles et expressions blessantes, grossières, outrageantes. Non respect de la dignité de la personne humaine : tout ce qui, dans le contenu des médias, révèle un manque de considération grave, un mépris pour la personne humaine. Le recours à des détails particulièrement choquants pour illustrer les faits ; le fait d’instrumentaliser les drames personnels à des fins sensationnelles ; l’utilisation de mots, expressions, particulièrement infamants et visant à réduire la personne ciblée à un niveau « sub-humain » (en la traitant d’animal, par exemple). Discriminations : ce sont toutes les différenciations faites entre les personnes physiques, des membres ou certains membres de personnes morales en raison de leur origine, de leur sexe, de leur âge, de leur race, de leur apparence physique, de leur situation de famille, de leur état de santé, de leur grossesse, de leur caractéristiques génétiques, de leur patronyme, de leurs mœurs, de leurs opinions politiques, de leur appartenance ou non, vraie ou supposée, à une ethnie, une race ou une religion bien déterminée. Le producteur doit prêter attention à ce qu’aucun groupe ne soit discriminé - dans le traitement reçu ou dans l’accès - sur la base de ces caractéristiques. Le téléphone dans une émission a. Son utilité • • • • • •

Moyen de contact direct avec l’auditeur Permet de réaliser le feed-back Elément de démocratisation de la radio Permet l’expression plurielle Donne la parole aux sans-voix Accroît l’audience de la radio


• • • •

Rapproche la radio de ses auditeurs Evite la lenteur d’un courrier par la poste Tout le monde se sent concerné par le sujet Il crée la véritable interactivité entre l’animateur et les auditeurs

b. De l’utilisation du téléphone • • • • • • • •

Savoir situer le téléphone dans le découpage de l’émission Les pièges à éviter L’utilisation du téléphone lorsqu’on a des invités La gestion des appels fantaisistes La gestion de son humeur personnelle La gestion du temps avec le téléphone Le ton au téléphone La conversation avec les auditeurs

3.2.3 L’INTERVIEW C’est l’échange entre un journaliste et un interlocuteur. Son but est de faire donner des explications claires et succinctes par l’interlocuteur sur un sujet choisi. Il demande de la part du journaliste/animateur d’avoir fait des recherches méticuleuses afin de bien maîtriser son sujet et de poser les questions qui intéresseront ses auditeurs. L’interlocuteur peut être un(e) artiste, un chercheur, expert ou spécialiste d’une question donnée, un sportif, un patron d’entreprise... L’interview est la technique la plus importante, mais aussi la plus difficile, que le journaliste de radio ait à apprendre. Il exige une bonne préparation, une connaissance de ses techniques et un sens aigu des rapports humains, autrement dit de l’attention portée aux autres. 3.2.3.1 LES DIFFÉRENTS TYPES D’INTERVIEW Il existe différents types d’interview. Les plus appropriés sont les suivants : a. L’interview « explication »  On obtient de l’interlocuteur des informations concernant un sujet dont il est spécialiste ou pour lequel il est bien placé. b.L’interview « micro trottoir » Consiste à sonder un échantillon de la population pour avoir un reflet de

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30 « l’opinion publique » à propos d’un évènement, un sujet, un thème… c.L’interview « déclaration »  Dans ce genre d’interview, le journaliste demande à un acteur de l’actualité (personnalité) sa réaction à chaud sur un événement ou une rencontre à laquelle il vient de participer. d.L’interview par téléphone  En général, les liaisons téléphoniques n’offrent pas une qualité idéale pour la radio et sauf cas d’urgence, évitez les enregistrements par téléphone s’il est possible de se rendre sur place. Il est important de donner la priorité aux points les plus importants. Présentez-vous tout de suite. Posez des questions simples. Faites attention aux risques de malentendu si la liaison est défectueuse. Si vous avez du mal à entendre votre interlocuteur, demandez-lui de parler plus fort et de répéter si besoin est. Quelques mots d’excuse pour avoir dérangé la personne avec laquelle vous venez de vous entretenir sont toujours appréciés. 3.2.3.2 COMMENT PRÉPARER L’INTERVIEW ? Tous les genres d’interview journalistique nécessitent une organisation et une préparation. Il est important de définir le domaine qui vous intéresse. Ensuite préparez l’interview en vous informant sur votre interlocuteur et sur le sujet. a. Se documenter: Le travail de documentation est fondamental. C’est de son sérieux que va dépendre la pertinence de vos questions et votre capacité à résister aux tentatives de manipulation. La documentation peut être sur l’Internet, dans les publications, auprès des institutions, les archives… b. Prendre contact: Une bonne prise de contact doit permettre à votre interlocuteur de comprendre ce que vous attendez de lui et dans quel contexte l’interview sera utilisée. L’on peut prendre contact par téléphone, en se déplaçant auprès de la personne que l’on veut interviewer ou de ses services ou encore en envoyant un courrier. Il faut avoir à l’esprit que de manière générale l’administration est procédurière et lente. Il faut donc s’y prendre tôt. c. Préparer son questionnaire: La préparation de votre questionnaire va dépendre de deux critères :


Qui j’interroge ? Un spécialiste, une personnalité, l’homme de la rue, toute personne qui a l’information recherchée. Votre stratégie ne sera pas la même dans chacun de ces cas. Pour quel usage ? Un magazine d’information, un programme d’intérêt général. Le format et l’atmosphère devront être adaptés à cette utilisation. d. Préparer le matériel technique : Vérifier son magnétophone (micro, câble, mini disc, piles…) avant de se rendre sur les lieux de l’interview. 3.2.3.3 LES PRINCIPAUX TYPES DE QUESTIONS

Les questions à choix multiples : la réponse est induite Ex : « La réconciliation est-elle la base de la cohésion sociale? » Les questions fermées : réponse par oui ou non Ex : « Comptez-vous aller voter ? » Les questions semi-ouvertes : réponses brèves et précises Ces questions commencent en général par les termes interrogatifs suivants : « Combien? Qui? Quand? Où? » Les questions ouvertes à champ large : réponses détaillées, explications, justifications… Ex : « Comment l’Etat pourrait-il mieux assurer la cohésion sociale ? » 3.2.3.4 LA RELANCE Elle consiste à réagir à la réponse à une question que vous avez posée. Elle permet d’obtenir une clarification, un approfondissement du sujet ou une orientation nouvelle de la question. Elle indique que l’intervieweur a une bonne connaissance du sujet et ne se contente pas de débiter une succession de questions. 3.2.3.5 COMMENT CONDUIRE L’INTERVIEW Les pièges à éviter L’interviewé répond à votre question par une autre question. N’intervenez pas, attendez qu’il réponde à votre question. S’il ne le fait, reposez-lui la même question. Dans les cas extrêmes, rappelez la règle du jeu. Vous êtes l’intervieweur : c’est vous qui posez les questions et votre interlocuteur a accepté cette règle en acceptant l’interview. Cela peut être dit sans agressivité mais fermement.

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32 L’interviewé amorce un début de réponse à votre question puis pose la question à laquelle il a envie de répondre. Exemple : « oui, effectivement…, mais il y a une question à laquelle il me semble important de répondre…. » ;  ou : « la question est intéressante et elle en appelle une seconde… » Soyez vigilant. Revenez à la charge poliment, mais fermement jusqu’à ce que vous obteniez une véritable réponse. Ne jamais présenter son questionnaire à l’interviewé ; il pourrait répondre à toutes vos questions d’un seul trait. La règle numéro un est de penser à vos auditeurs. Car le métier de journaliste, comme celui de l’animateur, est de communiquer. Or, pour cela, il faut se faire comprendre de son public et lui donner envie de vous écouter. Gardons toujours en mémoire qu’un très grand nombre de ceux qui écoutent les radios de proximité n’ont pas un niveau d’éducation élevé.


4. L’ÉCRITURE JOURNALISTIQUE 4.1 |QUELQUES RÈGLES POUR ÉCRIRE COMME ON PARLE 4.2 |TROIS GRANDS PRINCIPES QUI ASSURENT LA CRÉDIBILITÉ 4.3 | COMMENT STRUCTURE UN PAPIER ?


4 | L’ÉCRITURE JOURNALISTIQUE

34 4.1 QUELQUES RÈGLES POUR ÉCRIRE COMME ON PARLE  Lorsque l’on écrit pour la radio, il convient d’écrire comme on parle. Cela ne veut pas dire pour autant que vous utiliserez la langue de la rue. Le respect de vos auditeurs et de la langue que vous utilisez font que vous devez malgré tout, et sauf cas très particulier, suivre les règles de convenance en vigueur. 4.1.1. Un vocabulaire simple et précis Utilisez des mots simples et précis. Le mot juste permet de visualiser ce dont vous parlez. 4.2.1. Des phrases courtes Plus la phrase est longue, plus vous risquez de bafouiller en la lisant. Votre auditeur risque, lui, d’oublier le début de votre phrase et donc de perdre intérêt à ce que vous essayez de communiquer. Exemple :

Ne pas écrire : Depuis le début de l’année les prix du super et du gasoil sont passés de X francs à Y francs pour le premier et de W francs à Z francs pour le second. Ecrire : Depuis le début de l’année le prix du super est passé de X francs à Y francs. Quant à celui du gasoil, il est passé de W francs à Z francs a. Faites varier la longueur de vos phrases. Des phrases ayant toutes la même longueur donnent une impression de monotonie. b. Ecrivez simplement : la formule «  sujet, verbe, complément » est la plus efficace. Attention aux constructions complexes, évitez les subordonnées, les superlatifs et les redondances… c. Evitez les temps comme le passé simple, le plus-que-parfait. d. Ponctuez : la ponctuation structure le débit et permet une meilleure respiration e. Respectez la règle des « 3C » : Court, Concret, Concis ! f. Evitez à tout prix d’utiliser sigles et acronymes sans en donner le sens g. Evitez les mots techniques. Préférez les termes plus simples. Ou, si vous devez en faire usage, expliquez-les. h. Fournissez autant que faire se peut des données chiffrées. Mais évitez d’assommer vos auditeurs par un excès de chiffres. i. Evitez tout vocabulaire qui fasse la promotion ou encourage la discrimination envers les femmes, les plus vulnérables, les étrangers. j. Faites intervenir à l’antenne ou interviewer hommes et femmes afin de trouver un équilibre entre les sexes. Donnez la parole plus souvent aux jeunes


et aux moins éduqués, et pas seulement aux leaders d’opinion.

4.2 TROIS GRANDS PRINCIPES QUI ASSURENT LA CRÉDIBILITÉ 4.2.1. L’EXACTITUDE Prenez soin de tout vérifier. Rapportez-vous toujours à la source originale. Quand bien même d’autres médias auraient donné l’information cela n’est pas suffisant. Il vous faudra confronter les informations que vous recevez auprès de différentes sources. Soyez toujours méfiant. En l’absence de confirmation, il est préférable de ne pas donner l’information. Dans le même esprit, évitez de présenter des données qui n’ont pas de sources. La rumeur est à proscrire comme source d’information. D’ailleurs la rumeur est impersonnelle, de source non identifiée. Un journaliste ne doit jamais s’y fier, pas plus qu’aux suppositions. Une supposition n’est pas un fait. La règle d’or, c’est de donner une information lorsqu’elle corroborée par deux sources. 4.2.2. L’ÉQUILIBRE Lorsque vous avez à traiter d’une question difficile, efforcez-vous de toujours donner les différents points de vue au risque de perdre toute crédibilité. Le journalisme sérieux n’aime pas l’unilatéralité des points de vue, il se nourrit au contraire d’arguments contradictoires. Il faut se méfier des détenteurs de « la bonne parole », les prêcheurs politiques ou religieux qui prétendent faire le bien du peuple et font finalement le contraire. Le principe souverain de l’interview c’est de porter la contradiction, c’est de savoir écouter les différents points de vue mais aussi de savoir écarter les propos extrémistes et xénophobes. Le métier de journaliste radio se mesure à ce double exercice : la capacité d’écoute d’arguments multiples et, simultanément, l’encadrement du débat, pour éviter les dérives. 4.2.3. LA CLARTÉ Vous devez être clair pour que les auditeurs vous comprennent. Si vous ne l’êtes pas il n’y a pas de communication. Si les trois principes énoncés plus haut ne sont pas respectés, votre information ne sera pas crédible.

4.3 COMMENT STRUCTURER UN PAPIER ? La base de l’écriture journalistique, c’est la structure de la « pyramide inversée ».

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4 | L’ÉCRITURE JOURNALISTIQUE

36 Votre papier doit commencer par l’information la plus importante. Qui ?, Quoi ?, Quand ? Où ? et Pourquoi ? Vous pouvez si le temps vous le permet introduire dans votre papier quelques éléments de documentation. Une fois que vous avez structuré votre papier, vous devez le faire « vivre », lui donner du « punch » afin d’accrocher l’attention de vos auditeurs. Vous devez donc particulièrement soigner le début de votre papier, c’est « l’accroche » ou « l’attaque » du papier, sans pour autant négliger le « corps » de votre papier. L’attaque, c’est cette première phrase qui vous permet de retenir ou non l’attention d’un auditeur. Pour la trouver il faut se demander ce que l’on dirait s’il fallait exprimer une information en une seule phrase. Elle est rédigée dans un style simple. L’attaque n’a pas besoin de contenir toutes questions essentielles. Elle met l’accent sur la plus importante. Les autres seront développées par la suite. L’information doit être donnée dans un ordre logique, mais pas forcément chronologique.


5. FOCUS : LES ÉMISSIONS POUR JEUNES 5.1 | QUI SONT ILS CES JEUNES ? 5.2 | LES DIFFÉRENTS TYPES DE PUBLIC JEUNE 5.3 |COMMUNICATION : L’APPROCHE INCLUSIVE


5 | FOCUS : LES ÉMISSIONS POUR JEUNES

38 5.1 QUI SONT ILS CES JEUNES? Avant de produire des programmes de qualité à destination des jeunes, il peut être utile de s’inspirer de la liste suivante des caractéristiques des jeunes dans toute société. Cette liste n’est ni exclusive, ni exhaustive. Elle propose des indications sociologiques que le producteur d’émissions devrait prendre en compte. • • • • • • • • • •

• •

Une émission pour jeunes devrait leur proposer des outils moraux et éthiques pour qu’ils se protègent contre le piège de la logique de la violence ; Dans toutes les sociétés, les jeunes sont plus enthousiastes pour adhérer à une cause ou pour la rejeter ; Dans toutes les sociétés, les jeunes ont de l’énergie et de l’endurance physiques qui leur font croire qu’ils sont invulnérables et éternels ; L’enthousiasme et la générosité des jeunes peuvent les pousser à adhérer à toute proposition politique, idéologique ou religieuse sans prendre de recul, sans contester et sans esprit critique ; Souvent, les motivations des jeunes ne sont pas matérialistes. Ils ne se mobilisent pas pour des gains matériels a priori ; Souvent, les jeunes veulent que leurs causes gagnent tout de suite. Ils n’ont pas la patience pour attendre ; Les jeunes n’ont pas la mémoire du passé et s’engagent à relever les défis de l’avenir sans prendre nécessairement appui sur les acquis, les impasses et les succès du passé ; Les jeunes se mobilisent facilement pour lutter contre l’injustice. C’est le « syndrome de Robin des Bois » ; Les jeunes courent souvent le risque de subir les effets de la manipulation et de la propagande pouvant conduire à l’intolérance et au discours de haine; Les jeunes sont souvent timides et sont intimidés par les adultes. De ce fait, le meilleur média pour leur donner la parole est sans doute la radio qui préserve leur anonymat et qui leur donne le sens de ne pas être jugés et de voir leurs idées rejetées juste parce qu’ils sont jeunes ; Les outils modernes de communication créent des convergences nouvelles très favorables au besoin de communication des jeunes. Ces convergences se consolident en particulier entre l’Internet, la radio, le SMS, la téléphonie mobile, la musique sur support informatique miniaturisé, l’appareil photo, etc. Les jeunes sont très créatifs, ils sont capables de créer des œuvres d’art ou des spectacles et contribuer efficacement à la résolution des conflits ; Les jeunes ont souvent aussi des angoisses métaphysiques liées à la vie et surtout à la mort. Ils ont besoin de les exprimer ;


• •

Les jeunes ont besoin d’orientations pratiques sur leur avenir professionnel, sur les études et le travail ; Les jeunes sont très sensibles à la protection de l’environnement et pourraient se mobiliser spontanément si une radio les encourageait et leur donnaient des astuces pour s’organiser pour planter les arbres par exemple.

5.2 LES DIFFÉRENTS TYPES DE PUBLIC JEUNE Les jeunes les plus exposés à la propagande et à la manipulation et surtout les plus vulnérables, sont les jeunes sans travail, les jeunes ruraux désœuvrés et sans perspective pour améliorer leur sort, les jeunes urbains qui ont échoué scolairement, ou qui sont issus de familles déstructurées, les jeunes intellectuels ambitieux et désireux d’aboutir rapidement à des carrières en vue mais qui se sentent bloqués, les jeunes fanatisés par les partis politiques, par les familles, les religions, les équipes sportives, etc. La production des programmes doit tenir compte de toutes ces catégories de jeunes avec leurs blessures et vulnérabilités spécifiques. Les émissions pour jeunes sont aussi diverses que les situations que vivent les jeunes. Elles doivent s’adapter au milieu qu’elles desservent. Si une radio dessert une zone rurale, les émissions doivent aborder des thématiques que les jeunes ruraux attendent et apprécient. Si elle est installée en milieu urbain, dans un quartier populaire ou dans un quartier aisé, sa programmation se calque sur la réalité sociologique du milieu ou de l’audience. C’est pour cette raison qu’il est impératif, pour une radio de faire régulièrement des études d’audience afin d’aménager et de modifier la grille des programmes en fonction des attentes et des besoins du public, jeune comme plus âgé.

5.3 COMMUNICATION : L’APPROCHE INCLUSIVE Les jeunes ont généralement besoin d’un modèle positif et puissant pour se forger une identité. Les jeunes suivent des modèles auxquels ils s’identifient et sur la base desquels ils créent leur identité physique, morale, intellectuelle et spirituelle. L’identification à des icônes positives comme Mandela, N’krumah, Bob Marley, Che Guevara, à des équipes de football ou à des musiciens est très courante. Les programmes pour les jeunes devraient les aider à s’identifier à des modèles positifs et non à suivre des modèles trop marqués par la violence comme dans la série des films Rambo et autres modèles violents.

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40 Les émissions devraient puiser dans le vivier des sagesses et des traditions locales pour inviter les jeunes à préférer les modèles positifs et la non violence. C’est un combat permanent et qui n’est pas gagné d’avance car la force d’attraction de la violence est souvent plus puissante que la force de la non violence et de la résolution pacifique des conflits. De tous les médias, c’est certainement la radio et l’Internet qui permettent le mieux aux jeunes de s’exprimer sans s’exposer à la critique des adultes. La radio comme l’Internet permettent aux jeunes de s’exprimer dans l’anonymat car ils redoutent de s’exposer aux préjugés des adultes. Inclure les jeunes non professionnels dans la production des programmes radio constitue une excellente initiative.


OXY’JEUNES, MIROIR DE LA DIVERSITÉ CULTURELLE Parce que Pikine est l’une des villes sénégalaises les plus touchées par la pauvreté, l’analphabétisme, la drogue, le chômage, la prostitution, les maladies sexuellement transmissibles et l’émigration clandestine, des émissions thématiques quotidiennes ou périodiques tentent de panser ces maux qui affectent la banlieue dakaroise. La programmation et la production ont renforcé l’implication et la participation des auditeurs. Ces derniers sont devenus, à force de participer à la vie de la radio, des journalistes en herbe. Ils interpellent, relatent, interviewent, analysent et dénoncent les problèmes des habitants de la banlieue pikinoise. En 2000, le journal Wal Fadjri titrait dans sa page médias : « Oxy’Jeunes, c’est un correspondant bénévole à chaque coin de rue ». Cette assertion correspond parfaitement à la philosophie qui anime la démarche d’Oxy’Jeunes : chaque membre de la commune de Pikine est à la fois récepteur et diffuseur du message radiophonique. Pikine étant une mosaïque culturelle, Oxy’Jeunes tente de représenter toutes les communautés culturelles (maures hassanya, guinéenne, socé, diola, etc.) et tranches d’âge (jeunes, femmes, personnes âgées). Toutes les langues nationales ont droit à l’antenne. Le français n’occupe que 20% du temps de diffusion. A la différence des radios publiques ou privées commerciales où la majorité des émissions sont en français ou en wolof, à Radio Oxy’Jeunes, tous les groupes ethniques et culturels ont accès à l’antenne. « Une radio communautaire, c’est une radio pour les populations. Une radio qui doit être très proche des populations. On voulait que la communauté s’approprie le projet », selon Ababacar Ly, membre fondateur. Le caractère novateur d’Oxy’Jeunes s’est affirmé non seulement dans ses productions, ses méthodes, ses objectifs et son public, mais aussi dans le mode de recrutement et de formation de son personnel. Le pari était de faire de la radio avec des jeunes qui n’avaient jamais touché à un micro. Pari à hauts risques, mais qui marque le début d’un concept innovant : la radioécole D’après « Quand une radio fait école... La success story de la radio-école Oxy’Jeunes de Pikine », Panos, mars 2010 PREAMBULE

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ANNEXE CODE DE DÉONTOLOGIE DU JOURNALISTE EN CÔTE-D’IVOIRE


ANNEXE | CODE DE DÉONTOLOGIE DU JOURNALISTE

44 Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est l’une des libertés fondamentales de tout être humain. De ce droit du public à connaître les faits et les opinions, et du devoir du journaliste à rechercher avec persévérance et détermination la vérité procède l’ensemble des devoirs et des droits du journaliste. La responsabilité du journaliste vis-à-vis du public prime toute autre responsabilité, en particulier à l’égard de son employeur et des pouvoirs publics. La mission d’informer du journaliste tire son essence de la liberté dans la responsabilité. Cette mission comporte nécessairement des limites que le journaliste lui-même s’impose spontanément. Pour que ces droits soient respectés dans l’exercice du métier de journaliste, il est nécessaire que les conditions concrètes de l’indépendance et de la dignité professionnelle soient réalisées et respectées. Tel est l’objet du présent code qui définit les droits et devoirs du journaliste. LES DEVOIRS DU JOURNALISTE Les devoirs essentiels du journaliste dans la recherche, la rédaction, le commentaire de l’information qu’il met à la disposition du public sont les suivants: ARTICLE PREMIER Respecter les faits, quelles qu’en puissent être les conséquences pour lui-même, et ce, en raison du droit que le public a de connaître la vérité et du devoir que le journaliste a de rechercher avec persévérance et détermination la vérité. ARTICLE 2 Ne publier que les informations dont l’origine, la véracité et l’exactitude sont établies. ARTICLE 3 Toute reproduction d’un article et/ou d’une production d’un autre confrère est soumise: a) au respect strict des règles professionnelles, éthiques et déontologiques, et des textes en vigueur; b) à l’obligation de donner toutes les informations (titre de la publication, auteur, date complète, numéro d’édition et l’adresse de localisation du site web) qui permettent de référencer avec précision ledit article. ARTICLE 4 Défendre, en tout lieu et en toute circonstance, la liberté qu’il a de commenter et de critiquer, en tenant le scrupule et le souci de la justice, de l’équité et de l’équilibre comme règle non négociable dans la publication et la diffusion honnêtes de ses informations. ARTICLE 5 Ne pas user de méthodes déloyales pour obtenir des informations, des photographies ou des documents, ni confondre son rôle avec celui du policier. ARTICLE 6 Ne jamais confondre le métier de journaliste avec celui de publicitaire ou de propagandiste; n’accepter aucune consigne directe ou


indirecte des annonceurs, des autorités administratives ou politiques. Ne jamais accepter d’offrir ses services pour faire de la publicité clandestine ou déguisée dans un média. ARTICLE 7 Tenir, pour une règle éthique et déontologique inviolable, le scrupule et le souci de marquer – sans ambiguïté – la différence entre tout ce qui relève de la communication (publireportage, publi-interview, interview tiroir-caisse…) et l’information. ARTICLE 8 Respecter la sacralité du fait et la liberté du commentaire en séparant – sans ambiguïté et par des moyens professionnels reconnus – l’un de l’autre. ARTICLE 9 Etre indépendant vis-à-vis des forces économiques, politiques, syndicales et religieuses. ARTICLE 10 Refuser toute pression. Assumer la responsabilité pleine et entière de tous ses écrits. N’accepter de directive rédactionnelle que des responsables de la rédaction, et cela seulement quand cette directive est conforme au strict respect de l’éthique et de la déontologie journalistiques. ARTICLE 11 Ne jamais publier d’image sans s’être préalablement assuré qu’elle ne viole pas la présomption d’innocence, ne porte pas atteinte à la dignité et à l’honneur, ne participe pas de la manipulation de l’information et de la désinformation, n’expose pas l’intégrité physique et morale du ou des sujets. Indiquer avec précision les sources de toute illustration publiée et/ou diffusée. ARTICLE 12 Refuser tout avantage en numéraire ou en nature quelles qu’en soient la valeur et la provenance pour services rendus ou attendus du métier. ARTICLE 13 Ne jamais révéler les circonstances dans lesquelles le journaliste a connu le fait qu’il rapporte, et ce, pour la protection de la source de l’information qu’il a pu recueillir. A l’exception notable des sources que l’anonymat permet de sécuriser, ne jamais publier d’information dont le fournisseur réclame ou exige l’anonymat ou n’est ni identifié ni identifiable. ARTICLE 14 S’abstenir de toute atteinte à l’éthique sociale : incitation au tribalisme, à la xénophobie, à la révolte, à la violence et aux crimes et délits ; outrage aux bonnes mœurs, apologie de la guerre, des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. ARTICLE 15 Respecter la vie privée des personnes. Le droit de la personne de protéger sa réputation et son intégrité doit être respecté. Eviter de publier des informations qui violent l’intimité de la vie privée.

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46 ARTICLE 16 Se faire un devoir de rendre compte aux usagers, en rectifiant toute information qui se révèle fausse. Faire systématiquement droit au droit de réponse et de rectification des usagers dans le respect des textes en vigueur. ARTICLE 17 S’interdire le plagiat, la calomnie, la diffamation et les accusations sans fondement. ARTICLE 18 Ne jamais solliciter la place d’un confrère, ni provoquer son renvoi en offrant de travailler à des conditions matérielles inférieures. S’interdire toute atteinte à l’esprit de confraternité. ARTICLE 19 Se faire un devoir de ne jamais participer, dans l’exercice du métier, à une entreprise de manipulation de l’information et de désinformation. ARTICLE 20 Se faire un devoir de donner des informations de tous les horizons, de toutes les couches sociales, sans distinction de race, d’ethnie, de religion, d’appartenance politique; cela dans le strict respect des règles éthiques et déontologiques. Se concentrer sur les informations importantes et intéressantes et les rendre compréhensibles par les personnes ordinaires. ARTICLE 21 N’accepter, en matière d’honneur professionnel, que la juridiction souveraine de ses pairs, à l’exclusion de toute ingérence gouvernementale ou autre ; tout en reconnaissant les textes en vigueur. ARTICLE 22 Tout journaliste professionnel se fait un devoir d’observer strictement les principes énoncés ci-dessus, par et pour un exercice libre et responsable LES DROITS DU JOURNALISTE Tout journaliste doit revendiquer les droits suivants: ARTICLE PREMIER Le libre accès à toutes les sources d’information publique et le droit d’enquêter librement et en toute responsabilité sur tous les faits qui conditionnent la vie publique. Le secret des affaires publiques ou privées ne peut en ce cas être opposé au journaliste que par exception prévue par la loi et en vertu de motifs clairement exprimés. ARTICLE 2 La protection de ses sources ; il doit toutefois se faire le devoir de contrôler la qualité et l’exactitude de l’information reçue. La source s’entend de celle dont la volonté n’est pas de manipuler, de porter atteinte à la réputation, à l’honorabilité, à la dignité du journaliste et de le pousser à la faute.


ARTICLE 3 La possibilité de dénoncer une source malveillante et d’informer le public des manipulations dont il a pu être victime. ARTICLE 4 L’acquisition d’une solide formation et d’une toute aussi solide compétence dans son métier et dans son domaine de spécialisation. ARTICLE 5 Le bénéfice des dispositions de conventions collectives, de formations régulières et d’un plan de carrière, d’un contrat personnel assurant la sécurité matérielle et morale de son travail pour garantir son indépendance sur tous les plans. ARTICLE 6 Le bénéfice d’un contrat de travail aux termes précis et clairs définissant son statut et ses engagements professionnels vis-à-vis de l’entreprise de presse qui l’emploie ou avec laquelle il collabore. ARTICLE 7 Le refus de tout traitement salarial en-dessous des barèmes fixés par les conventions collectives en vigueur. ARTICLE 8 Le refus de toute subordination contraire à la ligne éditoriale de l’organe d’information qui l’emploie ou avec lequel il collabore, de même que toute subordination que n’implique pas clairement cette ligne éditoriale. ARTICLE 9 Le refus sans appel, en vertu de la clause de conscience, d’accomplir un acte professionnel ou d’exprimer, par contrainte ou tout autre moyen, une opinion contraire à sa conviction, son honneur, sa réputation ou ses intérêts moraux. ARTICLE 10 La possibilité que le journaliste a, en cas de conflit lié à la clause de conscience, de se délier de ses engagements contractuels à l’égard de l’entreprise qui l’emploie ou avec laquelle il collabore, dans les mêmes conditions et avec les mêmes effets qu’un congédiement. La possibilité d’invoquer la clause de conscience en cas de changement avéré de la ligne éditoriale de l’entreprise qui l’emploie ou avec laquelle il collabore et de se délier, en conséquence, de ses engagements contractuels à l’égard de celle-ci, dans les mêmes conditions et avec les mêmes effets qu’un congédiement.

Adopté à la Maison de la Presse (MPA), le jeudi 23 février 2012, par les représentants des journalistes en Côte d’Ivoire

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Ce manuel a été réalisé avec le soutien de l’Union européenne. Son contenu n’engage aucunement la responsabilité de l’UE.


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LES RADIOS DE PROXIMITÉ, VECTEURS DE LA COHÉSION SOCIALE


Les radios de proximité, vecteur de cohésion sociale