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SONNETS éric bertomeu

« Ne pouvant embrasser le tout et voulant essayer de comprendre j’ai pris le parti de construire un cadre et d’y fouiller jusqu’en son cœur. » (Confessions pour paraître)


1.0 Les sombres mots d’hiver Nous reviennent à la peine. Sans le sou d’un soleil Ce sont balles de coin Communes à toutes frappes. Dites ! Qui a calé Les taquets de la croix ? 2.0 Le roman c’est du flan, Arbousiers et trip-ouilles. Armateurs de sampan Revoilà l’aventure ! Tri-fesses et perlettes, Dérives de nos mondes, Tout n’est que nos yeux. 3.0 Tout ceci, tout cela C’est encore du plat, L’enduit gras du bla-bla, De la poudre de rat Au nez friand du chat. Les charrettes se croisent Et nos serments se taisent.


4.0 Pour piéger dans l’anneau Un boisseau de nigauds Il faisait des discours Et disait de l’amour. C’était ainsi les jours Où les bons haricots Se perchaient sur nos dos. 5.0 Ne croyez pas. Jamais Ce qu’on vous dit. Demain Sera notre poussière, Le pollen de nos jeux. Aveugles et voyants, Solitude et vents… Que nous dictent ces temps ? 6.0 Des coraux d’échouage Aux plaines océanes, Ce peut-il banc meilleur Sur ces bords du mystère ? Ecoutez bien la phrase De la dernière mue C’est l’herbier de nos peaux.


1.1 Les sombres mots d’hiver Sont gendarmes sectaires Ou îlotiers polaires. Haro ! Sus ! Glissons-nous Dans les fûts de vinaigre Dans ces jus de prières… Paroles de faussaires ! 1.2 Nous reviennent à la peine Les vrais maîtres des peignes Pour replanter les bois Des constellations vides. C’est beuglante de cerf Qui vibrent sur le fil Des larmes des bouchers. 1.3 Sans le sou d’un soleil Les lunes argentées Dégringolent aux casses Des rotatives grasses. Se poser sous la presse Pour que coulent les eaux Ardentes de nos pertes.


1.4 Ce sont balles de coin Pour tout doigt de marcheur, Et jongleries de pieds Pour tapi bleu d’acier. On raconte un billard Sans trou, sans fards, sans bandes Aux confins de nos chairs. 1.5 Communes à toutes frappes L’encre bigote ronge Les lettres de la Foi. On soustrait, on divise, Rien ne s’articule. Dans les mains du consul Les bassesses copulent.

1.6 Dites ! Qui a calé Ces images poisseuses ? J’ai le bruit d’un trépan Qui squatte ma cervelle. Je ne vois ni n’entends, Ça découpe et ça range Dans la dépouille du rire.


1.7 Les taquets de la croix Se clouent comme des joies, Chardons royaux et nœuds De soie, ce sont des points Aux cordes abyssales. Le tarot a son fou Pour surseoir à la chute.


2.1 Le roman c’est avant, Once des temps qui bégaient, Boue tenace aux pieds Qui ne vont que chaussés. Quelle nudité absolue Faudrait-il retrouver Pour revoir nos possibles ? 2.2 Arbousiers et trip-ouilles ! Apres sonnets confus Nagez comme des blattes Dans l’eau de nos soupières ! Je dirai en Fidèle : Ne soyez plus grincheuses Belles et rêvées sucrées. 2.3 Armateurs de sampans Vous prenez dans vos voiles Nos rivières de perles Nous ne laissant que coquilles… Alors qu’imaginer Si tout naît et périt Autour du traître verbe.


2.4 Revoilà l’aventure Et ses pompes obscures. Anabase furieux Des suints de la peur. Il faut griller les tours, Et que tout disparaisse… Moudre enfin seul son mot ! 2.5 Tri-fesses et perlettes, Gazettes de pince fesses ! Que se tressent baguettes Sur coquettes de messes ! Les mers lèchent les chairs Des marches de l’austère Et flèchent nos sanctuaires. 2.6 Dérive de nos mondes Sur la crête des arbres… La manie du parleur Aliène le contre ciel. Haut les mains ! Gare aux plombs ! La bourse d’un rhéteur N’offre rien au marcheur.


2.7 Tout n’est que dans nos yeux A qui sait contempler. Tragédie du regard Sur le quai des exils. C’est la soif qui nous pare, Rien n’a pu se créer Sans voir ou être vu.


3.1 Tout ceci, tout cela A répondre aux langues Et à entendre avec. Mosaïques des rythmes ! Tous ceux des archipels Dans la nuit m’appartiennent Car je les reconnais. 3.2 C’est encore du plat Ni reliefs à gravir, Ni portes à ouvrir, Ni escaliers à prendre, L’espoir nous lacère… On s’espère toujours Sur les écueils de l’autre. 3.3 L’enduit gras du bla-bla Est fatras et gravats, Postillons de misère Aux culs crispés de terre. Mais quand le noir s’installe La parole s’élève Aux lueurs qui s’étouffent.


3.4 De la poudre de rat Placide s’insinue Dans le feu de nos têtes. Les images se vissent. Ne pas jeter l’aiguille La laisser dans la veine… La mort initie ses phrases. 3.5 Au nez gourmet du chat La donne se dénonce Et décroche ses lestes. Les éventails s’étalent… Bigre ! La bonne pioche ! Les grosses faces d’astres Se fient à leur martingale. 3.6 Les charrettes se croisent Et se recroisent pleines De livres et de têtes : On célèbre la voix. Et on rode en surface En supputant l’image Qui nourrira les fonds.


3.7 Et nos serments se taisent Dans les reniements, Et les regards s’éteignent… Ça déboise sévère ! Puis tous refluent encore Vers le dernier arbre Totems à bout de bras.


4.1 Pour piéger dans l’anneau Une âme en liberté Il vous faut imiter Le chant serein du centre. Là, si l’habileté Est de votre parti Vous boirez son enfer. 4.2 Un boisseau de nigauds, Teint falot, jabots bas, Briguaient la belle obole : Le sceau de l’échafaud. Dans les nues les corbeaux, Bons frères, leurs chantaient Du ‘Gratis pro Deo’. 4.3 Il faisait ses discours Encore et toujours. Il comptait ramener Ce qu’il s’était juré. Mais quand il appuyait Sur ses yeux il pleurait Ses labyrinthes droits.


4.4 Et disait de l’amour Pour tromper son destin Avec infiniment De voiles délavés. C’était instant de plaie A inscrire aux muettes Lèvres qui écoutaient. 4.5 C’était ainsi les jours Blancs de grâce dorée. Les grains mures de l’été Rattrapaient la marée. Et puis l’ivresse d’être, Cette chaleur barbare En gage d’éternité. 4.6 Où les bons haricots Se trouvaient et croissaient Des nabots récoltaient, Arrachaient et brûlaient. Pas un homme pour dire : Aveugles ceux qui vendent Ce qui n’est pas à prendre !


4.7 Se perchaient sur les dos Des citrons à presser. Et il y en avait tant, De honte et de pitié, Que nos membres endiablés S’excitaient à broyer Le zist de cette pulpe.


5.1 Ne croyait pas… Jamais Le ventre des nasses. Ceux qui y sont entrés Sont encore à rêver. Les hippocampes fiers Se déplacent à l’équerre Sur un mince layon. 5.2 Ce qu’on vous dit. Demain, De suite en chaîne en chœur Sera déclarations De peines et d’afflictions. Allez-y tout entier ! Ça renifle la sueur Sur les ghâts du bonheur ! 5.3 Nous serons la poussière Qui remplira les bouches Toujours à exiger Ce sang de nos forêts. Conquérants de nos mondes Irons-nous sans audace Dans la ronde des faits ?


5.4 Le pollen de nos jeux Est aux désirs de cire. Les ailes des histrions Eborgnent ceux qui volent. Il fait froid. Le pu pourpre Des hier, des demain Fait sa chasse au dahu. 5.5 Aveugles et voyants, Ils récoltent vos cannes Pour inspecter vos crânes Et pissent dans vos coins. Marchez donc dans la sente, Evitez les bouffons, Tenez bon vos épaules. 5.6 Solitude et vents Ecoutez ceux qui s’aiment Et admirez ces deux Qui par milliers se baignent. N’a qu’un œil, n’a qu’un pied ! N’a rien pour savourer Le chant de Galatée.


5.7 Que nous dictent ces temps De leurs flots et falaises ? Qu’on suspend du néant Aux grands mâts des croiseurs ! Les éclats de la brume Ne donnent pas de routes Aux dormeurs éblouis.


6.1 Des coraux d’échouage Sur banches de saline Scintillent les dessous Floqués des grands flamands. Dans ce gué de crevettes Des anciens et des jeunes Palabrent de départ. 6.2 Aux plaines océanes Les troupes partisanes S’estourbissent à ravir Nos tas de coquillages… Qui osera cet âge Sans bonnets de salaud Ni graisseux gâte-sauce ? 6.3 Ce peut-il banc meilleur ? Celui qui le crut fort S’écartela le train Entre chaises de paille. L’une à hue, l’autre à dia Les deux grinçaient l’angoisse De poids du supplicié.


6.4 Sur ces bords de mystère Que doit-il s’accomplir Sans tapages braillards, Sans oraisons sectaires ? La grande lessiveuse Dans ses mots sans histoire Affame la beauté. 6.5 Ecoutez bien la phrase : Ecrire est mouvement Si semblable à la vie Qu’on pourrait presque croire. Les paons déploient leurs roues, Nous nous aboyons pour Feindre qu’elle s’offre à nous. 6.6 De la dernière mue A la dernière nuit Qui peut se souvenir Sans devenir muet ? L’instant cru, encore su Caille le sang goulu De nos futurs perdus.


6.7 C’est l’herbier de nos peaux Qui se plaît à lier Ces sonnets atrophiés Aux laideurs de nos nez. Il n’y a plus de héros Dans les radeaux qui hantent Les chants des matelots.

7.0 Je veux de cette dépouille De ce jus doux de fripouille, Je veux, nous dit le docteur, Tout ce qui fait son odeur. Je veux entendre ses peurs Essuyer ses pleurs, nous dit Le forgeur de bonheurs.


Sonnets