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Mensu-ERCE MARS 2014

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1 ERCE en Action : Discussion sur le développement de l’exclusion à Stockholm 3 Radio Solidaire : les morts des rues 5 Palabre : Le Racisme

En Route Contre l’Exclusion est une association de loi 1901 formée en 2012 par un groupe d’étudiantes du Master Analyse de crises et action humanitaire de l’Université de Savoie. Initialement formée pour un projet de solidarité franco-indien visant à comprendre les enjeux, les manifestations et les méthodes de lutte contre l’exclusion l’association s’est pérennisée et à maintenant pour but de sensibiliser à la lutte contre toutes les formes d’exclusion et de prôner la solidarité internationale. Le Mensuerce est notre revue de solidarité. Tous les mois il se propose de donner la parole à des gens, des structures ou des jeunes du monde entier afin qu’ils s’expriment sur des thèmes étroitement ou légèrement liés à la solidarité, l’injustice sociale, l’interculturalité, l’égalité et le développement. Le Mensu-ERCE c’est la revue de solidarité d’ERCE mais c’est aussi la votre !


Discussion sur le développement de l’exclusion à Stockholm Julia, bénévole ERCE, anime tous les lundis un groupe de discussions avec des Suédoises de 15 ans. Elles parlent de tout : amour, sexe, règles de société, coutumes, etc. Ces adolescentes font partie du consortium de jeunes latino-européens qui participent au nouveau projet d’ERCE et de ses partenaires : Europe-Amérique Latine, Contre l’Exclusion par l’Education. Elle vous propose ici un résumé d’une de leurs séances de discussion. Le « nous » dans le texte renvoie au groupe de jeunes filles qui discutent avec Julia.

La Suède d’aujourd’hui Le parti politique Sverigedemokraterna (les Démocrates de Suède) est un parti raciste, même s’ils se disent socialistesconservateurs. Leur popularité augmente d’année en année et il semble qu’aux élections de septembre ils atteindront 8% des votes : quasiment le double des résultats obtenus en 2010. Pour ces élections, un autre parti pourrait également se démarquer: le Svenskarnas Parti (le Parti des Suédois). Celui-ci est bien plus extrême, et à côté de lui les Démocrates de Suède ne sont que de « gentils » xénophobes. Ces dernières années, nous avons constaté l’apparition d’un groupe de jeunes de plus en plus violent et raciste dans ses propos. Ce n’est que le résultat de la déresponsabilisation des politiciens et du fossé qui se creuse avec des jeunes victimes d’exclusion, sans emploi, désintéressés par les études et désespérés par l’évolution de la société et de la politique. Tous les ans, le fossé entre les riches et les pauvres se creuse un peu plus, et les villes sont de plus en plus ségrégées. Chez les jeunes, le chômage augmente et à maintenant atteint 25% ; un taux plus élevé que la moyenne européenne. Ce sont ces changements, qui affectent toutes les franges de la société, qui se traduisent par la popularité grandissante des partis politiques racistes. Cependant, ce gain de popularité des Démocrates de Suède et du Parti des Suédois provoque de fortes émotions au sein de la majorité de la population. Tout le monde a son opinion et beaucoup veulent faire la différence en manifestant, en faisant connaitre leur engagement et notamment en diffusant des informations antiracistes via les réseaux sociaux. Le débat a provoqué la création de deux « groupes » opposés au sein de la population suédoise, ce qui renforce l’idée du « nous ET eux » (en opposition), eux les racistes et nous les humanistes, ou d’un point de vue raciste « nous les suédois et eux les immigrants ou les humanistes.»

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Julia Tengblad 25 ans (Stockholm, Suède) Diplômée en Relations internationales Etudiante en Anthropologie sociale Employée à Fairtrade-Suède Animatrice ERCE Hobbies: Bikram Yoga, faire les marchés aux puces Citation préférée: “be the change that you wish to see in the world” -Mahatma Gandhi


L’exclusion chez nous Le premier groupe qui nous vient à l’esprit est celui des immigrants, pas ceux des pays voisins comme la Norvège ou la Finlande, mais les réfugiés non-européens. Oui, ce sont eux qui sont exclus, et dans notre imaginaire l’Immigrant c’est souvent celui qui fait le ménage ou qui tient un kiosque. Nous nous interrogeons sur l’identité suédoise et nos stéréotypes. Qui peut-être considéré comme un Suédois ? Zlatan Ibrahimovic est un joueur de football mondialement connu. Pour beaucoup de Suédois, c’est une fierté nationale, quand bien même ses parents sont issus de Croatie et de Bosnie. S’il n’était pas célèbre, il serait probablement considéré comme un immigrant bien qu’il appartienne à la seconde génération. Mais bon, être un footballeur professionnel de cette envergure semble en faire un Suédois à part entière. Dressons maintenant le portrait du parfait ado Suédois. Il est blond aux yeux bleus. Ses parents gagnent bien leur vie. Il habite une jolie maison ou un bel appartement, porte des vêtements de haute couture, voyage beaucoup, et ses parents sont alcooliques. Après avoir déballé ces préjugés, nous reconnaissons qu’il faut être conscient des stéréotypes et des préjugés que nous avons pour pouvoir remettre en question les structures existantes. Nous parlons aussi des techniques de répression qui existent et qui sont employées par ceux qui ont du pouvoir pour que les victimes d’exclusion se sentent inférieur. Nous sommes attentives et prenons une part active à cette discussion. Nous citons des exemples de notre quotidien, des situations dans lesquels ces moyens de pression sont repris par des professeurs et/ou des élèves. Pour nous, l’exclusion c’est le fait qu’un individu soit tenu à l’égard et se sente exclu d’un groupe dans lequel il a l’impression de ne pas être le bienvenu. La discussion dérive petit à petit : nous parlons des valeurs prédominantes dans notre société, de la composition de la famille, de ce que nous devons être et ce que nous devons faire pour s’intégrer, etc. Puis, on se dit que c’est facile de dire qu’on s’en fout de ce que les autres pensent de nous, au fond ça fait toujours mal de savoir qu’on nous critique ou qu’on dit des choses méchantes à notre propos. Nous avons l’impression que dans cette société il faut toujours jouer un rôle pour satisfaire ses amis, son conjoint, ses parents, son établissement scolaire et ainsi pouvoir se sentir bien, apprécié et valorisé. Malgré ses défauts, notamment par rapport au racisme et à l’exclusion, la Suède a ses bons côtés : la liberté, les droits des femmes, l’accès à l’éducation ou encore le système social en vigueur. Quelques pistes de réflexion pour réduire l’exclusion. Pour Haben, il est important qu’il y ait plus de représentants étrangers au Parlement, pour que la ségrégation diminue, il est aussi important que les politiciens travaillent dur pour que la popularité des partis d’extrême droite s’estompe. Pour Abigail, il faut créer des espaces de rencontre et d’encadrement pour les jeunes afin qu’ils puissent se rencontrer et échanger avec des adultes qui ne sont ni leurs parents ni leurs professeurs, et qui ne les jugent pas sur leurs résultats (scolaires ou autres). Il faut également plus de conseillers pédagogiques pour que les jeunes aient des personnes à qui parler. Pelda, quant à elle, pense que nous devons nous entourer des bonnes personnes et traiter ceux qui nous entourent comme nous voulons qu’ils nous traitent. Et le mot de la fin revient à Julia : « même si la popularité des parties extrémistes de Suède augmente, il est important de mettre en lumière tout ce qui est fait et qui va dans le sens inverse. Il est important d’encourager le travail effectué par certains, comme ces jeunes filles qui s’opposent à tout ce que représente le racisme. Il faut renverser la situation et créer des ondes positives dans la société. Tout ce qu’il nous faut c’est de l’amour, de la paix, et bordel un peu de compréhension» !

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Radio Solidaire : les morts de la rue 453 personnes sont mortes dans la rue en 2013, moyenne d'âge 50 ans, la plus vieille victime avait 86 ans, la plus jeune 1 jour. Le 18 mars, le Collectif des Morts de la Rue rendait hommage à ces personnes décédées dans l’anonymat en France métropolitaine. Leurs noms furent répétés toutes les demi-heures, toute l’après-midi à la place de la République de Paris. Gautier Demouveaux donne la parole à Monique Maitte, porte-parole du Collectif des SDF d'Alsace et ancienne naufragée de la rue. Pour vous, nous avons retranscrit cette interview de Radio Solidaire. Gautier: On l’entend là, 453 personnes sont mortes en 2013, en France, dans la rue. Première question : comment est-ce possible, en 2014, qu’on puisse encore mourir dans la rue? Monique : Alors c’est possible parce qu’on manque de logement pas chers, parce que toutes les propositions qui sont faites par les associations ne peuvent pas répondre à toutes les demandes, parce que les hébergements sont engorgés, parce que le 115 dysfonctionne, etc. etc. Gautier : Le fait qu’on se rappelle aujourd’hui, qu’on donne les noms de ces personnes qui sont décédées dans la rue, c’est important qu’on ne les oublie pas ? Monique: C’est extrêmement important que ces gens qui sont morts lentement, invisible, apparaissent aujourd’hui et que leurs noms soient donnés haut et fort, haut et clair. Ça représente l’espoir, ça représente la vie. Cette liste de morts non exhaustive représente la vie, l’espoir de prise de conscience générale, commune, allant dans le même sens. Gautier : Je parlais avec une personne qui vivait dans la rue à quelques centaines de mètres d’ici et qui me disait : « J’enterre mon frère aujourd’hui et il est enterré dans la fosse commune. » Même dans la mort il n’y a pas de reconnaissance ? Monique : Encore là il est à Paris, il y a le Collectif qui veille sur lui. Le Collectif des Morts de la Rue veille sur eux. Mais, il y a dans certaines communes, certaines villes des morts de la rue qui partent je ne sais où, on ne sait comment. On ne trouve pas de traces, les dossiers sont perdus. Jusqu’au bout on n’est rien, on est totalement déshumanisé. Jusqu’au bout, jusque dans notre mort on nous enlève toute dignité. C’est clair. Gautier : Un accident de parcours et très vide la dégringolade est rude ? Monique : La dégringolade est ultra rapide pour pas mal de monde. Et, ce qui est aberrant c’est qu’il est extrêmement difficile d’en sortir. Je veux dire qu’on n’en sort pas aussi facilement que ça. Vous allez entendre parler de tas d’associations, de tas de dispositifs. Les politiques aiment bien donner des chiffres, tant de millions tant de millions, pourtant le résultat est là : il y a de plus en plus de monde à la rue, c’est de plus en plus facile d’y tomber et c’est très difficile d’en sortir. Gautier : On l’entend c’est difficile, mais il y a aussi des témoignages qui disent qu’on y arrive quand même. Ce n’est pas du tout une fatalité ? Monique : On y arrive, je suis là pour témoigner qu’on y arrive. Par des moyens différents, des voies différentes mais oui, oui, on y arrive.

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Palabre : LE RACISME « Je suis raciste, nous le sommes tous un peu, mais c’est normal. C’est inhérent à la « race » humaine car nous pensons tous que notre culture de référence est la meilleure. Le tout, c’est de l’admettre et de le combattre tous les jours un peu plus, car, au fond, c’est ridicule d’être raciste et c’est un frein au développement même de l’humanité. » Ils ont dit au XIXe que mes phénotypes étaient inférieurs. La science de leur côté, ils m’ont privée de mes droits, traînée de droite à gauche, enchaînant mon corps et mon esprit sans l’once d’un remord. Cela dit, la science n’est pas coupable, et je ne lui en veux pas. L’Homme l’est. Il faut toujours qu’il interprète ce qui dépasse son entendement dans une éternelle et pathétique soif de légitimité. L’Homme sera toujours responsable ; le mot coupable étant volontairement éludé pour que cette réflexion ne prenne pas un ton moralisateur. Nous pourrons toujours justifier le racisme et ses manifestations. Mais à quoi bon ? Ça ne changera rien, pas vrai ? Le racisme est moche, con, dangereux et endémique. Victime, auteur, victime et de nouveau auteur; nous passons si rapidement d’un côté à l’autre que nous ne nous en rendons même plus compte. Tellement vite, tellement vite, que notre conscience ne se donne même plus la peine de nous tourmenter. « Je suis raciste, nous le sommes tous un peu mais c’est normal. C’est inhérent à la « race » humaine car nous pensons tous que notre culture de référence est la meilleure. Le tout c’est de l’admettre et de le combattre tous les jours un peu plus car, au fond, c’est ridicule d’être raciste et c’est un frein au développement même de l’humanité. » Lorsque j’ai entendu ce commentaire, j’ai souri. Étonnée et mal à l’aise, je ne savais que penser et que répondre ; chose qui m’arrive peu souvent et qui doit être significative. Lui, mon professeur de civilisations anglophones, m’avait fait cette confidence. Celui qui m’avait encadrée lors de mes recherches sur la montée de l’islamophobie en Angleterre, celui qui m’avait même poussée à rédiger toute une partie de mon mémoire de fin d’études sur l’intégration des afro-descendants des anciennes colonies britannique au Royaume-Uni, prononçait ces mots sans que je puisse le contredire. En rentrant je m’interrogeai. Comment avais-je pu rester muette ? Pire encore, j’avais souri. Pourquoi les mots ne m’avaient-ils pas permis de réfuter cet exposé si fataliste? Assise dans le bus, pressée d’arriver à destination, je réalisai que je lui donnais raison. Ne prétendons plus à la singularité du phénomène ! Arrêtons de dire « ce n’est pas que je suis raciste mais ces gens là... » ! Ne nous justifions plus ! Il est tard, trop tard pour stipuler sur les causes du racisme mais il nous reste du temps pour le combattre un peu plus et en limiter les conséquences. Kelly GENE

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Pour nous soutenir plus d’une façon ! Envoyez-nous vos témoignages, vos écrits et/ou réflexions à info@enroutecontrelexclusion.fr. Nous les publierons dans notre Mensu-ERCE et/ou sur nos plateformes de sensibilisation. Ce que vous avez à dire nous intéresse, et c’est ensemble que nous lutterons contre les exclusions.

A VOIR

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La Cour de Babel (1h29) Documentaire de Julie (2013)

Bertuccelli

Synopsis « Ils viennent d’arriver en France. Ils sont Irlandais, Serbes, Brésiliens, Tunisiens, Chinois ou Sénégalais... Pendant un an, Julie Bertuccelli a filmé les échanges, les conflits et les joies de ce groupe de collégiens âgés de 11 à 15 ans, réunis dans une même classe d’accueil pour apprendre le français. Dans ce petit théâtre du monde s’expriment l’innocence, l’énergie et les contradictions de ces adolescents qui, animés par le même désir de changer de vie, remettent en cause beaucoup d’idées reçues sur la jeunesse et l’intégration et nous font espérer en l’avenir... » http://www.allocine.fr/film/fichefilm_ge n_cfilm=221636.html

Mensuerce mars 2014  

Notre magazine de Mars avec un article sur l'exclusion vue par des jeunes adolescentes suédoises, une retranscription de radio solidaire sur...

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