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La Feuille

Illustration : Suzanne Rublon

NIUMÉRO SPÉCIAL ASSISES DU JOURNALISME – 13 MARS 2019

Tous les mêmes ? Les journalistes sont-ils tous pareils ? Dans un contexte de défiance, la profession s’interroge sur sa diversité.

ÇA BOUGE DANS...

FOCUS

PORTRAIT

LE MONDE DES PODCASTS

L’ARGENT, LE NERF DE LA PRESSE

HARRY ROSELMACK, L’ÉLECTRON LIBRE

LES PODCASTS SONT EN PLEIN ESSOR. MAIS LES PUBLICS TOUCHÉS SONT PEU VARIÉS ET CETTE NICHE PEINE À SE DÉMOCRATISER /P.6

TREIZE ACTIONNAIRES SE PARTAGENT LA QUASI-TOTALITÉ DES MÉDIAS NATIONAUX. QUI SONT-ILS ? QUELS AUTRES MODÈLES DE FINANCEMENT EXISTE-T-IL ? /P.7

LE PRÉSENTATEUR DE « SEPT À HUIT » PRÉSIDE CETTE ANNÉE LE JURY DES PRIX ÉDUCATION AUX MÉDIAS ET À L’INFORMATION /P.8


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Pratique 13 mars 2019

RENDEZ-VOUS SUR TWITTER @ASSISESEPJT

La Feuille

PAGES RÉALISÉES

PAR LA RÉDACTION

LE TOUR DES EXPOS

D.R.

« LE DESSIN DE PRESSE DANS TOUS SES ÉTATS »

TROIS QUESTIONS À...

Jérôme Bouvier

Organisateur des Assises du journalisme, président de l’association Journalisme & Citoyenneté La Feuille : Cette année, le thème est « Médias : tous les mêmes ? ». Comment l’avez-vous choisi ? Jérôme B ouvier : Nous l’avons choisi en juin dernier avec l’ensemble des associations qui organisent les Assises. Aujourd’hui, nous sommes tous d’accord, y compris les journalistes, pour utiliser le terme globalisant de «médias ». Mais en employant ce mot, c’est comme s’il y avait un personnage unique qui s’exprimait au nom de la diversité éditoriale, une seule voix au nom des 35 000 cartes de presse en France. C’est un glissement sémantique que je trouve dangereux. Si le thème a été choisi en amont, il fait aujourd’hui écho aux questions que nous pose la crise des Gilets jaunes. Cette année, les Assises investissent un nouveau lieu. Qu’est-ce que cela change d’être à Mame ? J.B. : Mame est un incubateur d’entreprises qui mêlent traditions et nouveaux usages technologiques. C’est un lieu chargé de symboles, qui correspond parfaitement à l’état d’esprit des Assises. Il est sans doute moins pratique et moins confortable

que le Palais des congrès de Tours, mais cela rend l’aventure excitante. C’est un espace chaleureux que nous sommes ravis d’investir. Des étudiants en journalisme tourangeaux, tunisiens, québécois et libanais sont mobilisés lors des Assises. En quoi cette internationalisation est importante ? J.B. : Depuis la création des Assises, nous souhaitions que cet évènement concerne les professionnels de demain : les étudiants en journalisme. Cela permet d’échanger sur les pratiques professionnelles, notamment sur les questions déontologiques. Il y a rapidement eu une forte mobilisation des écoles françaises. Je suis ravi de voir qu’au fil des années, c’est un rendez-vous que personne ne rate. Puis les propositions ont dépassé les frontières. C’est ainsi que l’on a pu réaliser la première édition des Assises du journalisme de Tunis, en novembre 2018. Nous avons concrétisé un vieux rêve, celui de faire dialoguer les deux rives de la Méditerranée. Propos recueillis par Perrine BASSET et Mathilde WARDA

L’association Cartooning for Peace et le distributeur de presse Presstalis rendent hommage au travail des dessinateurs de presse à travers une exposition. L’évènement permettra de comprendre le rôle fondamental de ces artistes, garants de la démocratie et de la liberté d’expression. Et de saisir les risques qu’ils encourent – ils sont souvent la cible d’attaques. Du 5 au 30 mars à la bibliothèque centrale de Tours.

« 1767-2017 MAME : 250 ANS DE LIVRES »

En 2017, la maison d’édition Mame a fêté ses 250 ans. Cette imprimerie-librairie familiale devenue maison d’édition s’est imposée comme une référence en se spécialisant dans les livres religieux pour les jeunes. Présentée une première fois en 2017 à l’occasion des Journées du patrimoine, une exposition retraçant l’histoire de cette institution reprend du service pendant les Assises. Du 13 au 16 mars à Mame.

« UN AN D’ACTUALITÉ À MAYOTTE : JANVIER 2018-JANVIER 2019 »

Département invité des Assises, Mayotte a son exposition dédiée tout au long de cette édition. Une vingtaine de photos tirées de la presse illustrent la vie de l’île. De son actualité sociale et politique jusqu’à son développement culturel, l’exposition retrace la construction du 101e département français. Du 13 au 16 mars à Mame.


La Feuille

Pratique

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Photo : Frédéric Paillet

#ENTENDUALARÉDAC : LE VERDICT

MAGNÉTIQUE MAME

Exit le Centre des congrès Vinci, c’est le site Mame qui accueille les Assises du journalisme cette année ! Cet écosystème de 14 500 mètres carrés héberge entrepreneurs et créateurs depuis 2016. Il y a un peu moins de soixante-dix ans, le lieu était encore une grande imprimerie détenue par Alfred Mame.

Les révélations sur l’affaire de la Ligue du LOL ont fait l’effet d’une tempête dans le monde du journalisme. Pour mesurer l’ampleur des violences sexistes et sexuelles, les collectifs #NousToutes, PrenonslaUne et Paye Ton Journal ont lancé une enquête participative : #EntenduALaRédac. 1 566 journalistes et 271 étudiants, dont 80 % de femmes ont répondu à cette enquête. Les résultats, publiés le 7 mars, inquiètent. Plus de 3 000 faits de violence sexistes et sexuelles ont été relatés, 270 rédactions ont été citées et 67 % des femmes qui ont participé à l’enquête ont été victimes de propos sexistes. Les pigistes apparaissent particulièrement vulnérables : 22 % déclarent être souvent confrontés à des propos à connotation sexuelle. Ce problème apparaît dès les écoles, où 60 % des répondants affirment avoir été témoins de propos sexistes.

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millions de Français lisent la presse chaque mois, quels que soient les supports de lecture.

Source : Alliance pour les chiffres de la presse et des médias

LE MOT DU JOUR

Photo: Lucie Rolland

«Nous ne sommes pas tous les mêmes. Nous sommes le reflet des préoccupations de notre époque.» Harry Roselmack, présentateur de  « Sept à huit » (TF1)

Plus d’infos sur notre site assises.journalisme.epjt.fr

DEMANDEZ LE PROGRAMME ! Cette première journée des Assises du journalisme est consacrée à l’éducation aux médias et à l’information. Mais le thème principal de cette 12e édition : « #LesMédias, tous les mêmes ? » n’est jamais loin. Notre sélection du 13 mars. 9 h 15-10 h 45 > Donner le goût de l’info, les initiatives des médias jeunesse Vous avez du mal à intéresser vos enfants, votre petit frère ou votre nièce à l’actualité ?

Marion Gillot, rédactrice en chef du Monde Ado, sera notamment présente et délivrera des conseils pour donner le goût de l’info aux plus jeunes. 11 h-12 h 30 > #LESMÉDIAS. Les médias alternatifs : une information différente ? Alternatif : issu du préfixe -alter qui signifie « autres ». Qui sont les médias alternatifs ? Informent-ils différemment ? Rencontre animée par Thierry Borde, président de Médias citoyens.

16 h 15-17 h 15 > « Complot, rumeur et dépendance » : une création originale Des journalistes improvisent, les comédiens aussi. Venez assistez à cette représentation théâtrale, création originale de la ligue d’improvisation de Touraine pour les Assises. 17 h 30-18 h > Remise des prix EMI 2019 « Médias », « école », « hors l’école », « associative » et « Touraine -Région Centre-Val-de-Loire », telles sont les catégories pour les Prix éducation

aux médias et à l’information remis par Harry Roselmack, président du jury. 20h15 – 21h45 > #LESMÉDIAS. Journalisme et Gilets jaunes Acte I, acte II, acte III... Les manifestations s’enchaînent depuis des mois. Des journalistes couvrent cette actualité dans un climat de méfiance. Débat avec, notamment, Rémy Buisine (rédacteur en chef de Brut) et Céline Pigalle (directrice de la rédaction de BFM).


4 Enquête

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La Feuille

TOUS LES MÊMES ?

De gauche, europhiles, parisiens… Les journalistes sont-ils tous pareils ? Dans un contexte de défiance, la profession cherche des solutions.

C

ollabos », « macronistes », « journalopes »... Les mots pour dénigrer les journalistes ne manquent pas. Pour ceux qui les critiquent, les journalistes sont tous les mêmes, au point de tenir le même discours. Comment expliquer une telle perception ? Pour certains, la formation pourrait être l’une des causes de l’uniformisation des troupes. Mais pour Cédric Rouquette, directeur des études du Centre de formation des journalistes (CFJ), les écoles de journalisme ne mènent pas forcément à l’homogénéisation des profils . « Nous ne donnons aucun prêt-à-penser, assure-t-il. Nous leur transmettons une méthode de travail et de la rigueur. » Certains avancent aussi que les écoles reconnues par la profession ne dispensent pas les mêmes enseignements. « On ne forme pas de la même façon dans les DUT de Tours, de Cannes ou de Lannion que dans les master des autres grandes écoles », considère Claude Cordier, président de la CCIJP (Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels).

diversité à l’école

issus de familles à revenus modestes », selon le site de l’ESJ, se voient chaque année offrir l’opportunité d’intégrer l’une des meilleures écoles de journalisme de France. Il existe également des dispositifs externes aux écoles. Depuis 2007, l’association La Chance aide des étudiants boursiers à préparer les concours des écoles de journalisme gratuitement. Cette démarche porte ses fruits : 80 % de ses anciens étudiants travaillent dans le journalisme. Mais un problème persiste : certaines classes sociales ne se dirigent pas naturellement vers le journalisme. « Beaucoup de jeunes sont faits pour ce métier, mais n’osent pas tenter les concours, déplore Cédric Rouquette du CFJ. La majorité de ceux qui se présentent proviennent de la classe moyenne supérieure. » Denis Ruellan trouve une explication logique à ce phénomène : « Dans ces milieux, les gens ont tendance à être très portés sur les médias. Donc forcément, ça aide à aller vers le journalisme. »

« Beaucoup de jeunes sont faits pour ce métier, mais n’osent pas tenter les concours des écoles de journalisme. »

Pour certains, c’est la sélection des étudiants qui ne favoriserait pas la diversité. C’est le point de vue de Denis Ruellan, sociologue des médias et directeur adjoint des études du Celsa : « Les écoles de journalisme prennent les meilleurs, qui sont en fait ceux qui possèdent les valeurs des classes sociales dominantes, analyse-t-il. C’est ce qui conduit ensuite à avoir une homogénéité blanche et originaire de la classe moyenne supérieure dans les rédactions. » Pourtant, certaines écoles de journalisme ont mis en place des mesures destinées à diversifier les promotions. L’École supérieure de journalisme de Lille (ESJ) a par exemple créé sa propre prépa « Égalité des chances ». Des jeunes « avec un bon dossier scolaire et universitaire, mais

Plus d’infos sur notre site assises. journalisme. epjt.fr

le fossé

Ces inégalités se retrouvent dans le profil des professionnels, à la télévision en particulier. Selon le baromètre annuel de la diversité dans les médias publié par le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), en janvier 2018, les catégories socio-professionnelles supérieures occupent 74 % de la représentation à la télévision alors qu’elles ne représentent que 27 % des Français, d’après l’Insee. Pour autant, il serait faux de penser que les journalistes sont formés dans le même moule. Les écoles de journalisme ne représentent pas la seule voie d’entrée dans la profession. En réalité, cette origine est même très minoritaire. « Seulement 19 % des journalistes professionnels sont issus de ces écoles reconnues », atteste Claude Cordier, de la Commission de la carte de presse. N’en déplaise à ses


Enquête 5

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Photo : machin chose

Photo : Alice Blain

La Feuille

Les écoles de journalisme reconnues fabriqueraient-elles des clones qui inondent ensuite les médias? C’est oublier que seuls 19 % des titulaires de la carte de presse sont passés par une école de ce type...

plus ardents détracteurs, la profession ne se résume pas aux Les médias, conscients du problème de représentativité, quelques figures médiatiques qui occupent les plateaux de placent désormais la diversité au cœur de leurs priorités. télévision ou qui signent des tribunes à succès. Du pigiste Chacun tente de recruter des profils plus représentatifs de pour M6 à la localière de Ouest-France à Bayeux, en pas- la société. France Télévisions accueille par exemple dans sant par le secrétaire de rédaction de L’Humanité : les sta- ses rédactions des stagiaires boursiers ou issus de zones tuts sont divers. De multiples fractures existent, comme urbaines sensibles. Radio France réserve des places aux celles concernant la rémunération et les types de contrat boursiers pour la formation en alternance. Ces efforts (lire ci-dessous). Un journaliste en contrat indéterminé semblent porter leurs fruits, avance Jean-Marie Charon. exerçant pour un quotidien national gagne, en moyenne, « Le journalisme est aujourd’hui une profession hétérogène deux fois plus qu’un journaliste en contrat déterminé. Alors en termes d’origines sociales. Cela permet une meilleure pourquoi les journalistes continuent-ils de renvoyer une représentation de l’ensemble des Français », considère le image éloignée de la réalité ? « C’est trop facile de chercher sociologue des médias. Mais le chemin, de l’avis de tous, une explication de type purement sociologique. Quand les est encore long. gens parlent de cet éloignement entre les journalistes et la  Lorène BIENVENU, Léa SASSINE et Théo TOUCHAIS société, ils prennent pour exemple Jean-Michel Aphatie. Pourtant, ce journaliste politique a un parcours complèe revenu mensuel mé- sein même de la profession. fession : selon la Commistement différent du d i a n d e s F r a n ç a i s Certes, les présentateurs sion de la carte d’identité reste de la profession », s’éleve à 1 710 euros, stars ont des salaires qui des journalistes professionpointe Jean-Marie selon les chiffres de l’Insee dépassent largement la nels, seulement 1,1 % des Charon. Après son brepubliés en septembre 2018. moyenne. journalistes gagneraient vet des collègues, JeanUn journaliste au CDI ga- L’exemple de la revue de entre 10 000 et 40 000 euros Michel Aphatie a arrêgnerait 3 591 euros brut, presse de Natacha Polony mensuels. Entre un CDI en t é l ’é c o l e p o u r 2 000 euros pour un pigiste p o u r E u r o p e 1 , p a y é e t é l é v i s i o n r é m u n é r é enchaîner les petits et 1 954  euros p our un 27 400 euros mensuels , 4 190 euros brut par mois boulots. Il a repris ses CDD. Ces montants, calcu- avait marqué les esprits. et un CDD en radio payé études plus tard et paslés par l’Observatoire des Mais les vedettes du petit 1 567 euros, la différence sé son bac à 24  ans, métiers de la presse, ré- écran sont loin de repré- de revenu est importante. avant de s’orienter vers vèlent des disparités au senter l’ensemble de la proL.B., L.S. et T.T. le journalisme.

Statuts et salaires : de fortes disparités

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6 Focus

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La Feuille

‘‘Albert’’, journal de caractère On reproche souvent aux médias de se ressembler, de manquer d’originalité. Mais qu’en est-il de la presse jeunesse ?

Photo : Julie Lardon

concept d’une Une totalement dessinée qui reprend tous les articles du journal. Notre premier numéro est sorti le 15 septembre 2016.

À 29 ans, Julie Lardon est depuis trois ans l’heureuse maman d’Albert, un journal bimensuel adressé aux 8-13 ans.

La Feuille : Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer Albert ? Julie Lardon : Albert est né d’une rencontre avec Valentin Mathé, directeur de la maison d’édition La poule qui pond. On souhaitait faire quelque chose ensemble même si lui est dans l’illustration et que je suis journaliste. Notre envie était vraiment de mêler le journalisme et l’illustration pour traiter de l’actualité pour les enfants. C’est ainsi que nous avons imaginé ce

En quoi Albert est-il différent des autres médias jeunesse ? J. L. : Sa périodicité est assez rare. Nous sommes un bimensuel alors que les autres médias jeunesse sont surtout des hebdomadaires ou des quotidiens. Notre format est aussi différent : nous avons quatre grandes pages au format A3, arrangées de façon à ce que le journal soit pliable et facile à lire pour des enfants qui ont des petites mains. Mais le but était quand même que l’illustration prenne une place importante : nous voulions que le journal puisse se transformer en un grand poster illustré. Nous sommes les seuls à le faire. Les sujets de la presse jeunesse sontils tous les mêmes ? J. L. : Il y a des différences, comme pour tout les médias, jeunesse ou pas. Nous avons une ligne éditoriale et nous devons nous y tenir. Chez Albert, on parle d’actualité chaude dans une forme adaptée aux enfants. Le choix des sujets se fait avec un comité d’enseignants et de

professionnels, en fonction de ce que les enfants doivent savoir et comprendre pour appréhender le monde. On souhaite vraiment rester dans le décryptage de base de l’actualité pour des enfants âgés de 8 à 13 ans. Les critiques faites envers les médias traditionnels vous touchent-elles bien que votre public soit différent ? J. L. : Nous faisons beaucoup d’interventions auprès des enfants, et on trouve toujours quelqu’un, quelle que soit son origine sociale, pour nous dire que les médias mentent. Cela nous touche d’autant plus que l’on a à faire à un public très jeune qui n’est pas censé avoir ce genre d’idées préconçues, et qui devrait justement être en train de se forger un esprit critique. C’est pour cela que nous faisons beaucoup d’éducation aux médias. Nous, journalistes, avons besoin d’aller présenter notre métier, d’expliquer comment nous travaillons, comment nous sélectionnons nos sujets et aussi qui finance les médias. Mais cette éducation passe aussi par l’apprentissage de la reconnaissance des fake news. Il faut leur apprendre à éveiller cette curiosité qu’ils ont, afin qu’ils aillent gratter. 

Propos recueillis par Élise GILLES

Ça bouge dans… le monde des podcasts

Le secteur des podcasts est en plein effervescence : créateurs indépendants et studios de production se multiplient. Mais ce nouveau format peine encore à toucher un large public. breuses), les sites des studios de production et les sites de streaming audio ne permettent pas la production de statistiques communes. Ce que l’on sait c’est que le secteur est encore loin de toucher tous les public.

Photo : Mélina Rivière

D

epuis « Serial », sorti en 2014, le secteur du podcast vit un véritable boom. Les deux premières saisons de ce feuilleton radiophonique américain portent sur des affaires judiciaires. Elle ont enregistré plus de 350 millions de téléchargements. Deux catégories de podcasts existent : les réécoutes d’émissions de radio et les podcasts natifs, des contenus audio produits directement pour Internet. A l’instar des studios de production comme Nouvelles Écoutes, Louie Média ou Binge Audio, de nombreux créateurs et studios indépendants ont émergé ces dernières années. Mais avoir des chiffres précis sur le nombre d’écoutes reste compliqué car les supports sont nombreux. Les applications dédiées (elles-mêmes nom-

Sur smartphone, les applications foisonnent.

Selon les chiffres de Médiamétrie publiés en avril 2018, l’audience des podcasts est plutôt jeune (56 % ont entre 25 et 49 ans), urbaine (25 % des auditeurs sont parisiens) et les catégories socioprofessionnelles supérieures sont surreprésentées (49 %). Le problème d’accès au podcast est souvent pointé du doigt par les acteurs du domaine. Contrairement à la radio, où un auditeur peut écouter par hasard une émission, trouver un podcast demande plus d’engagement. L’auditeur doit d’abord télécharger une application dédiée, chercher le contenu et le télécharger ou l’écouter en streaming. Cette multiplication d’étapes avant de pouvoir écouter un podcast entretient un certain flou pour les non-initiés. 

Mathilde WARDA


Focus 7

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infographie : benjamin baixeras

La Feuille

Six grosses fortunes ayant investi dans les médias nationaux français

Partenaires particuliers

La majorité des médias nationaux appartiennent à de puissants hommes d’affaires. Cette situation crée de la défiance. Pourtant, sans actionnaire stable, difficile pour les médias d’atteindre un équilibre financier.

L

es journalistes sont aux mains des plus riches », « les médias ne sont pas libres »... Ces affirmations, fréquemment adressées aux journalistes, ne sont pas complètement fausses si l’on se fie aux chiffres : en France, 13 actionnaires se partagent presque à eux seuls l’intégralité des médias nationaux. Bernard Arnault, première fortune de France, possède Le Parisien-Aujourd’hui en France et le groupe Les Échos ; la famille Mohn contrôle le groupe RTL, M6 et Prisma Media ; Daniel Kretinsky est détenteur de 49 % des parts de la société Le Nouveau Monde, actionnaire du journal Le Monde ; la famille Dassault possède le groupe Le Figaro et la famille Pinault l’hebdomadaire Le Point.

censure

Les actionnaires ne sont pas supposés intervenir dans les choix éditoriaux. Depuis 2016, la loi Bloche vise, en théorie, à garantir la liberté et l’indépendance des journalistes. Néanmoins, dans les faits, plusieurs cas de censure ont remis ce texte en cause. Un reportage de « Spécial Investigation » qui dénonçait des

pratiques d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent du Crédit Mutuel, partenaire financier du groupe Bolloré, avait été censuré par le PDG du groupe en 2015. Les journalistes de Canal+ l’ont attaqué en justice pour « entrave à la liberté d’expression », « abus de biens sociaux » et « abus de pouvoir ». Afin d’éviter ce genre de dérives, de nombreux groupes ont mis en place des chartes d’indépendance.

le prix de la liberté

Certains entrepreneurs lancent de nouveaux médias en misant sur des modèles de financement différents : par les lecteurs ou par les salariés-actionnaires par exemple. Mais sans actionnaire solide, l’équilibre économique est beaucoup plus fragile. Différents médias en ont fait les frais, comme Ebdo. Après une campagne de financement participatif et quatre mois d’activité, le journal en cessation de paiement a mis fin à sa publication en mars 2018. Le média en ligne Explicite était basé sur un financement par ses abonnés et avait pour volonté de « convaincre qu’une information, même numérique,

mérite d’être achetée ». Finalement, la levée de fonds lancée pour garantir leur pérennité n’a pas abouti. Malgré ces échecs, des médias résistent en prônant leur indépendance financière. Médiapart, qui comptait 140 000 abonnés début 2018, a réussi son pari du 100 % payant, qui paraissait fou à l’époque de sa création, en 2008. À coups de scoops et de révélations, le journal en ligne a réussi à atteindre l’équilibre et fait même des bénéfices. Selon Tanguy Demange, journaliste spécialiste des médias, c’est « la solution idéale » : « Les salariés sont les actionnaires du journal et vivent sans publicité , mais ce sont des exceptions. » Les Jours, créé par des journalistes qui ont quitté Libération après le rachat par l’homme d’affaires Patrick Drahi, fonctionne sur un modèle financé par ses ab onnés , ses journalistes et quelques actionnaires privés. Pour Isabelle Roberts, l’une de ses cofondatrices, « il est indispensable de diversifier les sources du capital ». C’est bien souvent le prix de la liberté. Benjamin BAIXERAS et Alice BLAIN


8 Portrait

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La Feuille

Roselmack, l’électron libre Harry Roselmack, président du jury des Prix éducation aux médias et à l’information, revient avec humilité et pragmatisme sur son parcours.

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Photo : Lucie Rolland

a passion du journa« La célébrité l’ennuie », consilisme, il la doit à son dère Véronique Rosa-Donati, père, qui fut animaune ancienne camarade de teur occasionnel chez promotion. Ce qui est sûr, c’est Radio Béton à Tours. que pour lui, elle n’est pas une Jeune, Harry Roselmack effin en soi. « La réussite, ce n’est fectue sa formation à l’IUT de pas la notoriété », affirme-t-il. journalisme de Tours dont il Sur ce chemin, la question de sort diplômé en 1994. Mais la diversité l’a-t-elle aidé ou c’est à Paris qu’il fait ses prefreiné ? « Après les émeutes de miers pas de journaliste, à 2005 dans les banlieues franMédia Tropical, radio des çaises, les patrons de chaînes, Antillais de la région pariet de TF1 en l’occurrence, ont sienne. « Ce n’était pas ce que sans doute cherché et trouvé en je voulais, mais c’est le seul ma personne cette incarnation média qui m’a donné ma de la diversité », avance-t-il. chance. Avec mon profil, Mais dans le lancement de sa c’était plus simple d’aller tracarrière, il en est convaincu, vailler dans une radio identison profil était plutôt un frein taire », explique-t-il. qu’un moteur. En 2000, il est embauché chez France Info, où il restera Un touche-à-tout cinq ans avant de se lancer en Selon lui, sa différence n’est télévision, à iTélé et Canal+. pas à chercher du côté de ses Pas étonnant, pour David origines, mais de ses ambiCarzon, un ancien camarade tions. « Quand j’ai arrêté le « C’est la force des préjugés qui fait de classe : « Il avait déjà un JT de 20  heures, il y a plein que l’on se dit qu’un Noir présenterait truc. Il se passait quelque de gens qui ne l’ont pas comun journal différemment d’un Blanc » chose quand il passait à pris, car pour eux, c’est un l’écran, et ce, dès les premiers aboutissement. Pas pour moi. cours de télévision. » En 2006, Ce coup de projecteur, ce n’est pas ce qu’il C’était juste une belle étape il remplace Patrick Poivre d’Arvor au veut retenir de sa carrière. « La notoriété de mon parcours. » journal télévisé et devient le premier n’a pas été une donnée importante. Je n’ai Journaliste, présentateur, mais pas seulejournaliste noir au 20 heures de TF1. jamais cherché ça et je ne la cultive pas. » ment… Quand on lui parle de ses défis, il « J’ai vite compris que ça avait été brutal Quand on le reconnaît dans la rue, on le sourit. Harry Roselmack, qui a aussi créé pour les gens, pour la France, au vu de félicite, on lui demande une photo… « J’ai sa marque de cosmétiques Neoclaim, est l’écho médiatique de mon arrivée sur rencontré deux jeunes Noirs français qui un touche-à-tout. Il aime créer, vivre des TF1. Mais ça a été beaucoup moins bru- m’ont dit que c’était grâce à moi qu’ils aventures humaines et se fixer de noutal pour moi. » étaient devenus journalistes. » Qu’il le veaux objectifs. Cet esprit d’aventure l’a veuille ou non, Harry Roselmack, au- conduit à réaliser le film  Fractures. Sorti « je ne cultive pas jourd’hui présentateur de « Sept à huit », en novembre 2018, il aborde les thèmes ma notoriété » sur TF1, est un symbole. de l’identité, de la diversité et du vivreLes audiences sont bonnes, son travail est Le journaliste aurait préféré faire sans la ensemble. « Les institutions du cinéma ne salué. « À partir du moment où vous faites discrimination positive, mais il sait qu’il m’ont pas accueilli agréablement. On vit bien votre job, les gens ne s’interrogent est aujourd’hui impossible de s’en pas- dans une société qui n’aime pas trop qu’on plus sur des questions secondaires. C’est ser. Il est d’ailleurs le parrain du « Projet change de case. En France, c’est comme si la force des préjugés qui fait que l’on se dit moteur », auquel TF1 est associé : une on n’avait pas le droit de faire des choses. qu’un Noir présenterait un journal diffé- opération qui aide des jeunes de milieux Moi, je prends ce droit. » remment d’un Blanc. » modestes à s’exprimer via l’audiovisuel.  Lucie ROLLAND La Feuille. numéro spécial Assises du journalisme 2019. École publique de journalisme de Tours (EPJT) – IUT de Tours, 29, rue du Pont-volant, 37002 Tours Cedex, Tél. 02 47 36 75 63 Directeur de publication : Nicolas Sourisce. Encadrement : Élodie Berthaud, Antonin Chilot, Benoist Pasteau. Rédaction en chef : Théo Touchais, Mathilde Warda. Rédaction : les étudiants de deuxième année, Benjamin Baixeras, Perrine Basset, Lorène Bienvenu, Alice Blain, Louis Boulay, Eléa Chevillard, Victor Fievre, Elise Gilles, Ariel Guez, Emmanuel Haddek Benarmas, Méléna Helias, Chloé Lifante, Camille Montagu, Léna Plumer Chabot, Salomé Raoult, Mélina Riviere, Lucie Rolland, Arnaud Roszak, Suzanne Rublon, Léa Sassine. Conception graphique : Laure Colmant/EPJT sur une idée de Frédéric Pla. Site Internet : www.epjt.fr. Impression : Picsel, Université de Tours. ISSN : 0299-3406. Dépôt légal : mars 2019. Toute reproduction est interdite et passible de poursuites.

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La Feuille, 13 mars 2019 - Assises.  

La Feuille, 13 mars 2019 - Assises.  

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