{' '} {' '}
Limited time offer
SAVE % on your upgrade.

Page 1

MAI 2017

AGIR LE MAGAZINE DE L'ENTRAIDE PROTESTANTE SUISSE

ANNONCER LA COULEUR

LES RÉFUGIÉS ONT BESOIN DE NOTRE SOLIDARITÉ EPER_MagAgir_n26_v2.indd 1

REPORTAGE À VALLORBE Des bénévoles accueillent les requérants d’asile CAMBODGE Du poivre de qualité à commander

15.05.17 13:49


ÉDITORIAL

ANNONCEZ VOUS AUSSI LA COULEUR ! © EPER/ Patrick Gilliéron Lopreno

Le projet d’ériger un mur entre le Mexique et les USA a suscité beaucoup de critiques et de sourires amusés en Europe durant la campagne présidentielle américaine. Preuve que l’on oublie facilement les murs naturels qui se lèvent entre le continent européen et les zones de guerre de la Syrie et du Soudan du Sud.

Magaly Hanselmann

Alors qu’on estime à 65 millions le nombre de personnes en situation d’exil forcé, 5000 sont décédées en essayant de traverser la Méditerranée en 2016 selon l’ONU, souvent les plus vulnérables.

Secrétaire romande

Derrière ces chiffres se cachent autant de destins brisés de femmes, d’enfants et d’hommes. Comme celui de Kinanah, une jeune femme venue de Syrie avec ses quatre enfants de 13, 11, 9 et 2 ans. Elle a fui la guerre civile après le meurtre brutal de son mari par des membres du groupe Etat islamique. Grâce au projet « Mediterranean Hope », soutenu par l’EPER, la famille a eu la chance d’obtenir un visa humanitaire pour se rendre en Italie depuis Beyrouth par des voies sûres. Ces personnes ont plus que jamais besoin de notre soutien. Ensemble, nous pouvons envoyer un signal fort et faire entendre la voix de la solidarité en Suisse. L’année passée, plus de 130 organisations ont soutenu la campagne « Annoncer la couleur » et 50 000 personnes ont porté le bracelet en signe de ralliement pour une Suisse humaine et solidaire. Notre action se poursuit afin d’éviter la banalisation et de soutenir la mobilisation de toutes les personnes qui, en Suisse, s’engagent à titre bénévole dans leur quartier ou leur région afin de rendre un peu d’humanité aux conditions d’asile en Suisse.

DOSSIER SPÉCIAL Annoncer la couleur 4

Annoncer la couleur pour une Suisse plus humaine

6

L’invité : Laurent Zumstein « Les Eglises ont le devoir d’interpeller la société. »

7

Ces bénévoles qui font la différence

11 Corridor humanitaire entre le Liban et l’Italie

DANS CE NUMÉRO 3

Aide humanitaire L’urgence d’un continent oublié

13 Développement des communautés rurales Cambodge : du poivre, oui, mais de qualité ! 20 Brèves et agenda

Ces actions porteuses d’espoir et d’une solidarité assumée donnent un bel exemple de ce qui peut être fait par chacune et chacun d’entre nous, ici et maintenant.

P.-S. : Commandez votre bracelet ou votre bannière pour montrer votre solidarité envers les personnes réfugiées. Vous trouverez plus d’informations aux pages 4 à 6.

AGIR N° 26 MAI 2017 ISSN 2235-0772 Paraît 4 fois par an COUVERTURE PHOTO

PHOTOS Anne Geiger

TRADUCTION Nassima Rahmani

RESPONSABLE Olivier Graz

GRAPHISME ET ILLUSTRATIONS superhuit.ch

TIRAGE 15 900 exemplaires

RÉDACTION Joëlle Herren Laufer

IMPRESSION Jordi Belp

ÉDITEUR Entraide Protestante Suisse (EPER)

Sabine Buri Campagne « Annoncer la couleur »

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 2

ABONNEMENT CHF 10 déduits une fois par an de vos dons

ADRESSE Chemin de Bérée 4A Case postale 536 1001 Lausanne Téléphone 021 613 40 70 Fax 021 617 26 26 www.eper.ch info@eper.ch

CP POUR LES DONS 10-1390-5

15.05.17 13:49


AIDE HUMANITAIRE

L’URGENCE D’UN CONTINENT OUBLIÉ Une course contre la montre s’est engagée dans la corne de l’Afrique. D’après l’Organisation des Nations Unies (ONU), 15 millions d’habitants risquent d’y mourir de faim. Les conflits armés au Soudan du Sud et la sécheresse catastrophique en Ethiopie ont poussé l’EPER à accroître son aide humanitaire en Afrique. Texte : Bettina Filacanavo Photo : Annette Boutellier / EPER

Une catastrophe humanitaire a lieu en ce moment au Soudan du Sud, où une guerre civile a chassé de chez elles plus de 3,4 millions de personnes. La faim dans ce pays est la conséquence directe d’actions humaines. En février, l’ONU a reconnu une situation d’urgence alimentaire dans la région. En réponse à cette crise, l’EPER, en collaboration avec Terre des hommes, a lancé une aide d’urgence avec son organisation partenaire South Sudan Health Association pour procurer aux populations déplacées des biens de première nécessité. L’accent est mis principalement sur l’approvisionnement en eau potable pour 47 000 personnes environ et sur la distribution de semences potagères et d’outils pour les planter et les cultiver.

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 3

Crise des réfugiés en Ouganda D’après le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, les conflits au Soudan du Sud ont poussé quelque 800 000 personnes à se réfugier dans l’Ouganda voisin. Chaque jour, environ 3000 personnes traversent la frontière, surtout des femmes et des enfants. Ces personnes n’ont pratiquement ni nourriture, ni eau potable. L’EPER travaille avec ACORD, son partenaire local, pour apporter une aide d’urgence aux populations réfugiées. L’accès à l’eau potable est au centre de ses activités. Sécheresse catastrophique en Ethiopie En Ethiopie, une grave sécheresse sévit dans les régions du sud et de l’est. Il s’agit

d’une conséquence du phénomène climatique El Niño. Menacées par la famine, cinq millions de personnes peinent de surcroît à trouver de l’eau potable. L’EPER a mis sur pied un projet de travail contre rémunération avec son partenaire local Gayo Pastoral Development Initiative afin d’aider 1200 familles environ à s’acheter des denrées alimentaires. Par ailleurs, il est prévu d’installer des équipements d’approvisionnement en eau destinés à 35 000 personnes et à 121 000 têtes de bétail (bœufs et moutons).

JE VEUX FAIRE UN DON ! Aidez-nous à venir en aide aux populations en détresse en Afrique de l’Est. Vos dons nous permettent d’intervenir rapidement pour sauver des vies. Un grand merci !

Compte pour les dons : 10-1390-5, mention « Famine en Afrique » Versements en ligne : dons.heks.ch/famine-afrique

15.05.17 13:49


EPER_MagAgir_n26_v2.indd 4

15.05.17 13:49


ANNONCER LA COULEUR

ANNONCER LA COULEUR POUR UNE SUISSE HUMAINE Alors que plus de 65 millions de personnes sont contraintes à l’exil forcé dans le monde, la Suisse se doit d’apporter sa protection aux personnes qui en ont besoin en les intégrant dans notre société. La campagne « Annoncer la couleur » vise à témoigner de cette solidarité pour les personnes réfugiées. Texte : Andrea Oertli

Il y a une année déjà, la Suisse était secouée par les images de femmes, d’hommes et d’enfants arrivés en Europe centrale à la recherche d’un lieu sûr et d’un avenir meilleur. Avec la fermeture de la route des Balkans, ces images ont disparu du paysage médiatique. Les personnes fuyant la guerre, elles, n’ont pas disparu. La triste réalité est qu’elles n’ont jamais été aussi nombreuses. A l’échelle mondiale, la guerre et la violence ont chassé de leurs foyers plus de 65 millions de personnes. Pendant ce temps, les accès par voie terrestre se ferment les uns après les autres. En conséquence de cette fermeture progressive, il ne reste pas d’autre solution aux personnes concernées que de risquer leur

vie en traversant la Méditerranée ou de survivre dans des camps de réfugiés où règnent des conditions inhumaines. Malgré cette détresse, les débats politiques et sociaux autour de l’asile en Suisse oscillent entre la solidarité et le rejet.

Annoncez la couleur au poignet ! Portez le bracelet de la campagne en témoignage de votre solidarité avec les personnes qui ont fui leur pays. Disponible en trois couleurs : bleu, or ou pourpre.

Hissez la bannière ! Commandez la bannière de la campagne (dimensions : 68 x 47,5 cm; voir l’exemple sur la page de couverture) et accrochez-la à une fenêtre ou à un balcon jusqu’au 20 juin, date de la Journée mondiale des réfugiés, pour donner une visibilité au message de la campagne.

L’héritage humanitaire de la Suisse en danger Il est plus que temps de se montrer unis et de faire entendre la voix de cette Suisse solidaire. Notre Suisse est une Suisse humaine, ouverte aux personnes qui ont besoin de protection et capable de jeter des ponts entre les cultures. Une Suisse dont la population est prête à aller à la rencontre des personnes en détresse et à les aider à prendre un nouveau départ, à tisser des

liens d’amitié, à apprendre la langue et à trouver des places de formations scolaires ou professionnelles. Des ponts entre les personnes La tâche ne sera pas facile. Elle requiert du courage, de la patience et la volonté de s’engager ensemble pour un avenir porteur d’espoir. Nous sommes convaincus que notre pays est capable d’ouverture. Nous n’avons nul besoin de murs ni de barbelés. Nous avons besoin de ponts entre les personnes et de personnes qui les construisent. Témoignons de notre humanité et de notre solidarité. Annonçons la couleur ! Maintenant !

Tentés par le bénévolat ? Des gestes simples pour accompagner les personnes réfugiées et leur apporter une aide qui transforme leur quotidien. Les sites www.plateforme-asile.ch et www.engagiert.jetzt permettent de trouver des projets en faveur des personnes réfugiées. Bénévoles, annoncez-vous !

www.annoncer-la-couleur.ch

5

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 5

15.05.17 13:49


Un appel 3 Nous compatissons avec les personnes qui sont persécutées, dont l’existence est menacée ou qui n’ont plus de perspectives dans leur pays. Fuir n’est pas un choix.

4 Nous sommes conscients que beaucoup de personnes qui viennent chercher refuge chez nous resteront sur le long terme. Ces personnes ont besoin d’être fixées sur leur avenir aussi vite que possible.

9 Cette voix, c’est nous. Annonçons la couleur pour une Suisse humaine. Maintenant !

1 2 Nous comprenons l’inquiétude suscitée par ces grands bouleversements à l’œuvre dans le monde et par le nombre considérable de personnes sur les routes de l’exil. Certains ont peur de ce que l’avenir leur réserve.

5 Nous savons que chaque personne a besoin de nourriture, d’un toit et de perspectives d’avenir pour sa famille et pour elle-même. En Suisse aussi bien qu’ailleurs, l’accès à ce minimum vital est un droit universel.

8 La Suisse d’aujourd’hui est forte. Nous nous engageons pour qu’elle fasse entendre dans le monde de demain une voix humaine et solidaire.

Nous sommes témoins d’un monde en pleine mutation. Guerres et catastrophes naturelles poussent des populations entières à quitter leur pays d’origine et à se réfugier à l’étranger, dans l’espoir d’y trouver un avenir meilleur pour leurs enfants et pour elles-mêmes.

6 Nous sommes convaincus que ces défis peuvent être surmontés. Chaque personne vivant dans ce pays doit pouvoir apporter sa contribution à l’avenir de la Suisse.

7 Nous voulons relever ces défis avec confiance, mettre à profit les potentiels, saisir les opportunités et construire ensemble un avenir plus sûr.

pour une Suisse humaine 6

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 6

15.05.17 13:49


L’INVITÉ Laurent Zumstein

« LES ÉGLISES ONT LE DEVOIR D’INTERPELLER LA SOCIÉTÉ. » « Prêcher en actes et en paroles », c’est ce qui motive le pasteur Laurent Zumstein dans son action auprès des migrants. Petit tour d’horizon en sa compagnie. Texte : Joëlle Herren Laufer Photo : Olivier Cosandey

Vous êtes coordinateur des solidarités à l’Eglise Evangélique Réformée Vaudoise (EERV). En quoi consiste ce rôle ? L’Eglise est active avec des aumôneries dans différentes institutions et dans la rue, notamment auprès de populations vulnérables comme les réfugiés. Il s’agit de coordonner les actions lancées dans les différentes régions et de rendre attentif aux solidarités nouvelles qui émergent. Quelles sont les différentes initiatives concrètes de l’Eglise en matière d’asile ? Cette solidarité existe depuis longtemps, avec par exemple Point d’appui à Lausanne. Nous avons également des aumôniers dans les Centres d’enregistrement et de procédure de Vallorbe et des Rochats où le travail se fait de manière œcuménique. Nous collaborons aussi avec la société civile et l’Etat pour parrainer des personnes réfugiées dont des mineurs non accompagnés (MNA). A propos des parrainages de MNA, en fait-on assez ? Evidemment, nous aimerions en faire plus ! Nous avons déjà 300 marrainesparrains dont 80 pour des MNA. Ils sont formés de manière continue et nous organisons des rencontres régulières. Il y a beaucoup d’attentes de la part des jeunes et les démarches administratives ne sont pas toujours très rapides.

Et la société civile, comment l’intégrer ? Quelles sont les difficultés ? Il est essentiel que la question de la migration revienne à la société civile. Si l’on ne veut pas que le ton monte par rapport aux migrants, il est nécessaire de tisser des liens. Et ces liens permettent une approche complémentaire à l’offre étatique. Vous venez d’être élu à l’exécutif du Conseil synodal de l’EERV. Allezvous continuer à vous engager pour les réfugiés ? Evidemment ! Je devrais abandonner mon poste de coordinateurs des solidarités, mais en tant que militant de la première heure, je continuerai à suivre un certain nombre de situations. Le domaine de la migration est souvent à l’ordre du jour. Il reste beaucoup de choses à faire, tant au niveau des familles à accompagner que des prises de position politiques ou stratégiques. Récemment, l’EERV s’est engagée aux côtés de l’EPER pour plaider la cause des étrangers au Grand Conseil vaudois. L’Eglise a-t-elle un rôle à jouer dans les questions relevant de l’asile ? En regard de l’Evangile, je pense c­ lairement que les Eglises doivent rendre attentives à la précarité des migrants et s’engager à leurs côtés. Ce n’est pas pour rien que nous soutenons activement le Service d’Aide Juridique aux Exilé.e.s (SAJE) de l’EPER et que nous continuerons à nous

mobiliser pour maintenir ses services au maximum. Par ailleurs, les Eglises ont le devoir d’interpeller la société !

Né en 1964, Laurent Zumstein a exercé la fonction pastorale à Bex pendant dix ans, après avoir travaillé à la Main Tendue et au sein des familles du Quart-Monde. Il a aussi occupé un poste d’aumônier de jeunesse. Il est actuellement coordinateur du Service santé et solidarité de l’Eglise réformée vaudoise et vient d’être élu comme conseiller synodal à l’EERV.

7

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 7

15.05.17 13:49


ANNONCER LA COULEUR

CES BÉNÉVOLES QUI FONT LA DIFFÉRENCE

L’accueil matin et après-midi par des bénévoles des personnes requérantes d’asile résidant à Vallorbe est une petite bouffée d’air frais hors des réglementations du Centre d’enregistrement. Texte : Joëlle Herren Laufer Photos : Laurent Kobi / EPER

La tristement célèbre « Forteresse », ce Centre d’enregistrement de Vallorbe (CEP) qui a fait l’objet d’un film de Fernand Melgar, est plutôt vide en ce mois d’avril 2017. Pas étonnant donc que le local d’accueil de l’Association auprès des Requérants d’Asile Vallorbe Œcuménique et Humanitaire (ARAVOH), situé à quelques 200 mètres du centre, sur le quai de la

gare, ne fasse pas salle comble depuis deux semaines. « Il doit y avoir moins d’une centaine de requérants enregistrés au CEP en ce mois d’avril, alors qu’il en héberge officiellement jusqu’à 250 et parfois bien plus, explique Cécile Maillefer, bénévole de longue date. Dans ces cas-là, nos locaux débordent de monde et on ne sait plus où donner de la tête. »

Comme chaque matin et chaque aprèsmidi tous les jours de l’année sauf le week-end et les jours fériés, deux à trois volontaires sur un pool de 50 bénévoles se relayent à « Mama Africa », le local de l’ARAVOH ainsi baptisé par les habitants du CEP pour accueillir les requérants qui le souhaitent. Une jeune bénévole portugaise a été émue par la crise des migrants dans les médias et est venue proposer son aide spontanément il y a quelques mois. C’est elle qui a ouvert le local et chauffe l’eau pour le café et le thé. « Se sentir utile », c’est ce qui la motive. « Mama ­Africa » offre avant tout un espace convivial pour ces personnes et familles requérantes en transit qui ont généralement beaucoup de temps à tuer. « C’est une

8

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 8

15.05.17 13:49


bouffée d’air frais pour elles, un lieu anonyme sans contrôle hors du centre qui est chauffé en hiver », témoigne Chloé Bregnard, juriste au Service d’Aide Juridique aux Exilé.e.s (SAJE) de l’EPER. Avec le SAJE, toutes les questions sont possibles Soutenu en partie par l’ARAVOH, le SAJE offre des consultations juridiques deux matinées par semaine dans un petit local au fond du lieu d’accueil. « Pour ces personnes fraîchement arrivées en Suisse, il est important d’avoir des informations sur l’audition, poursuit Chloé Bregnard. Elles viennent confirmer ou infirmer des informations. Nous répondons à toutes les questions, même celles qu’elles n’oseraient pas poser aux autorités : elles nous font confiance.  » Quand la situation l’exige, le SAJE entreprend un suivi juridique ou passe quelques coups de fil pour démêler une situation, notamment en cas de maladie, de stress post-traumatique ou quand des femmes victimes de traite humaine ou des mineurs en détresse se présentent. « Ces personnes sont souvent en état d’hyper-vigilance et la proximité induite par le centre – chaque chambre héberge 16 personnes – rendent leur situation difficile. Avec un certificat médical appuyé par un téléphone de notre part, on obtient souvent une attribution plus

« C’est une bouffée d’air frais, un lieu anonyme sans contrôle hors du centre » rapide au canton. C’est important car il n’y a pas de suivi psychologique possible dans le centre. » Le café est prêt et les requérants viennent par vagues. Une femme d’âge mûr pousse la porte. Originaire du Cameroun, elle est à Vallorbe depuis deux mois et vient de subir une opération chirurgicale. Dans une heure, elle sera conduite à l’hôpital pour sa consultation de suivi. Bien qu’elle soit très reconnaissante à la Suisse de l’avoir soignée, elle évoque son mal du pays et sa difficulté à dormir dans une chambre avec des enfants. « La nuit, c’est le pire. Des enfants pleurent et certaines personnes allument la lumière en pleine nuit. Impossible de communiquer avec elles car nous n’avons pas de langue commune. Alors, quand ils arrivent pour nous réveiller à 6h pour déjeuner alors qu’on n’a rien à faire de toute la journée, c’est dur ». Deux femmes géorgiennes sont venues l’une avec son bébé, l’autre avec sa fille de trois ans boire un café pendant que

leurs maris discutent dehors. « L’avantage, quand il y a peu de monde, c’est qu’on peut s’occuper des enfants » témoigne Cécile Maillefer en ouvrant une grande armoire d’où elle sort un puzzle qu’elle entreprend de faire avec la fillette. C’est à ce moment qu’une jeune bénévole arrive, tout sourire : « Je viens juste vous faire un coucou ! » Cette étudiante mexicaine est en train de rédiger un master sur la migration et a des contacts très proches avec les candidats à l’asile. Rompre avec la solitude L’après-midi, un bénévole spécial s’occupe uniquement du coin internet. Il s’agit d’une pièce avec quatre ordinateurs qui permettent aux migrants d’entrer en contact avec leurs proches, une manière de rompre la solitude d’autant plus bienvenue qu’aucun téléphone portable ni connexion internet ne sont admis dans le CEP.

VOUS AUSSI VOUS VOULEZ VOUS ENGAGER ? Comme bénévole ? Contactez l’ARAVOH : 021 701 33 67, www.aravoh.ch Ou ailleurs en Suisse : www.plateforme-asile.ch Par le biais d’un don ? CP 10-1390-5, mention « SAJE »

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 9

15.05.17 13:49


ANNONCER LA COULEUR

Une autre femme accompagnée de ses deux filles, douze et cinq ans, vient de République Démocratique du Congo. Elle a transité par le Portugal où une Angolaise l’a exploitée pendant trois mois dans une maison close pour rembourser son voyage. « C’était tellement terrible que je voulais mourir pour rester en paix. J’ai attrapé des maladies qui m’empêchent encore aujourd’hui de me mettre debout. Quand cette femme a menacé de faire travailler ma fille, j’ai trouvé le courage de m’enfuir en payant un lourd tribut à une compatriote. Ma petite fille de cinq ans doit se faire opérer et ma grande a déjà subi deux opérations mais souffre toujours. » « Ici, l’instant présent a beaucoup de poids car nous ne rencontrons pas les migrants de manière suivie, explique Line-Claude Magnenat, responsable de la cinquantaine

de bénévoles de l’accueil à l’ARAVOH. On voit passer des cas très lourds, raison pour laquelle nous organisons des débriefings une fois par mois. Et puis, nous organisons aussi des conférences plus larges sur la thématique pour ouvrir l’horizon, car ce n’est pas si facile de garder la flamme quand on voit des gens une ou deux fois et qu’ils sont ensuite renvoyés. C’est un immense soulagement de savoir qu’ils sont pris en charge par les aumôniers et le SAJE. »

la galère. Ils ont traversé la mer et des pays entiers, vécu dehors en Italie ou en Espagne. Et pour la minorité qui arrive en avion, elle aussi a tout laissé derrière elle ! » Quant à l’accueil au sein du CEP, les avis divergent. « Un jeune Guinéen de Conakry est content d’arriver et trouve même l’endroit luxueux. Mais pour les Syriens, c’est l’horreur. Ils ne s’attendaient pas à être suspectés, interrogés, encasernés. Reste qu’ils sont souvent partagés entre le mal-être et le bonheur de l’espoir : leur vie va peut-être changer. »

Résumer sa vie à une valise Rares sont ceux qui peuvent pénétrer au sein du Centre d’enregistrement. PierreOlivier Heller, aumônier protestant, se sent très privilégié de pouvoir remplir ce rôle. Il témoigne que la plupart des résidents du CEP ne vont pas bien : des problèmes physiques, mais surtout des traumatismes psychiques. « Ils arrivent presque tous de

YVETTE FISHMAN Elle s’est engagée à l’ARAVOH en 2002 et en est devenue sa présidente il y a un an. Forte d’une expérience professionnelle en informatique et en administration, elle a peu à peu professionnalisé l’association tout en promouvant des initiatives créatives, comme la possibilité pour les femmes séjournant à Vallorbe de confectionner des bijoux de perles.

10

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 10

15.05.17 13:49


Pierre-Olivier Heller est l’un des quatre aumôniers présent au Centre d’enregistrement de Vallorbe. « C’est une belle mission même si ça peut être très dur. Aujourd’hui, j’ai fourni deux Corans à un Algérien et un Guinéen. On parle parfois de religion, mais très vite les gens racontent leur vie. Quand un Guinéen a survécu par miracle à sa traversée du désert après avoir été racketté et rien mangé pendant des jours, il n’y a plus de religion qui compte. »

11

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 11

15.05.17 13:49


ANNONCER LA COULEUR

CORRIDOR HUMANITAIRE ENTRE LE LIBAN ET L’ITALIE

Un pont aérien bénéficiant à 1000 personnes réfugiées a été créé entre le Liban et l’Italie par « Mediterranean Hope ». Cette initiative oeucuménique italienne est soutenue par l’EPER. Rencontre d’une famille qui a pu faire la route en toute sécurité.

Texte : Dieter Wüthrich Photos : Corina Flühmann

La route n’en finit pas de grimper à l’assaut de la montagne. On quitte la côte libanaise, bordée par le bleu de la Méditerranée, pour des crêtes montagneuses où la température avoisine zéro degré. A Mayrouba, une construction de béton non achevée abrite Seba Kairout, son mari Samer Mahfoud et leurs trois enfants Assia, 11 ans, Youssef, 9 ans, et le petit Ahmad, 2 ans. La famille a fui la Syrie il y a environ un an et demi. Elle s’est réfugiée dans ce logement provisoire d’à peine 20 mètres carrés, somairement meublé, avec de minuscules toilettes. Un chauffage électrique et un poêle à bois luttent contre les courants d’air qui traversent les fenêtres mal isolées. Le mobilier se compose d’un lit, d’une table pliante et de deux chaises en plastique décolorées. Deux des trois enfants y dorment pendant que le reste de la famille se contente de tapis empilés sur le sol. La famille a fui les bombes « Dans notre village en Syrie, nous menions une vie très simple, mais nous avions un lopin de terre et nous cultivions des fruits et des légumes. Notre village s’est retrouvé sur la ligne de front entre les parties au conflit, témoigne la maman. Des bombes explosaient tous les jours. On entendait les échanges de tirs et nous devions tout

le temps courir nous enfermer à la cave. Les enfants étaient terrorisés, ils criaient et pleuraient sans cesse ». Au point que la famille a décidé de partir se réfugier au Liban. Un exil par étapes Samer est parti en premier pour trouver un logement et un travail : en vain à Tripoli et à Beyrouth. Il a finalement trouvé un emploi saisonnier à Mayrouba et cette chambre par l’intermédiaire d’autres réfugiés syriens. « Cela fait plus d’un mois que je n’ai pas travaillé, c’est dur de rester là sans rien faire alors que nous n’avons presque plus d’argent pour payer le prochain loyer. Heureusement, des paysans nous apportent parfois à manger ou nous donnent des vêtements. » Seba et les enfants l’ont rejoint quelques semaines plus tard après un voyage difficile. Une rencontre décisive Assia et Youssef, les deux plus grands enfants, vont même à l’école. Ils sont fiers de montrer leurs livres et leurs cahiers. La fille et le garçon ont l’esprit vif et sont avides d’apprendre. Les parents, eux, vivent dans l’inquiétude des fins de mois et d’un avenir des plus incertains. Trop angoissée, Seba s’est adressée au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés

à Beyrouth. Mais un jour, la décision est tombée, sans appel : on ne peut rien pour elle et sa famille. « Je suis restée devant ce bureau, désespérée, et j’ai fondu en larmes. » Une personne s’est approchée d’elle pour lui parler de « Mediterrannean Hope », un projet qui pourrait éventuellement la secourir. Cette rencontre fortuite a marqué un tournant dans la vie de sa famille. Réaction au drame méditerranéen «  Mediterranean Hope  » est né en novembre 2015. L’Eglise évangélique ­ vaudoise en Italie s’est alliée avec la communauté catholique laïque de Sant‘­Egidio pour réagir aux noyades de réfugiés ­essayant de traverser la Mediterranée au large de Lampedusa. Sur deux ans, mille

12

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 12

15.05.17 13:49


Seba Kairout

« Je veux que mes enfants connaissent la paix » personnes pourront bénéficier d’un visa humanitaire. Le projet a pu être monté après d’âpres négociations avec le gouvernement italien. Il les autorise à acheminer mille personnes particulièrement vulnérables jusqu’en Italie par des voies sûres. Une fois sur place, ces personnes sont soumises à la procédure ordinaire de demande d’asile. Les deux organisations supportent la totalité des coûts correspondant au logement et aux diverses mesures d’intégration des réfugiés pendant la durée de la procédure. Entre le deuil et l’espoir Seba, Samer et leurs trois enfants viennent d’apprendre qu’ils pourraient partir libres et en toute sécurité « refaire leur vie » en Italie. La famille est en état de fébri-

lité quand Francesco Piobbichi et Simone Scotta, coordinateurs de « Mediterranean Hope », et Silvia Turati, l’interprète et médiatrice interculturelle vont les voir. « Les enfants demandent tous les jours quand nous partons pour l’Italie. » Le visage de Seba s’illumine d’un bref sourire à la perspective de cette nouvelle vie, loin de la guerre et de la violence. Mais l’éclat dans son regard s’éteint aussitôt, car ce voyage signifie aussi une rupture définitive avec sa vie en Syrie. Elle pense à ses parents, aux frères et sœurs, aux amis, à toutes ces personnes qu’elle n’a pas revues depuis des années et qu’elle ne reverra peut-être jamais, et des larmes lui montent aux yeux.

Une enquête minutieuse Avant de recevoir une réponse positive à leur demande, Seba et Samer ont dû répondre à toute une série de questions et donner de multiples détails sur leur vie passée en Syrie, les circonstances de leur fuite, leurs motivations et leurs attentes relatives à un nouveau départ en Italie. La famille remplit les conditions pour être acceptée dans le programme. Reste qu’en bout de course, ce ne sont pas les responsables de « Mediterranean Hope » qui décident de l’octroi d’un visa pour l’Italie, mais le consulat d’Italie à Beyrouth. Peu après, la famille reçoit l’accord définitif de partir pour l’Italie dès la fin février, avec d’autres réfugiés. Leur nouveau foyer sera en Calabre, dans une commune de 7000 habitants appelée Goiosa Ionica.

13

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 13

15.05.17 13:49


ANNONCER LA COULEUR

A Goiosa Ionica, la population a conscience que les réfugiés pourraient être une chance de renouveau

Après un long voyage, Seba et sa famille sont arrivés à Rome avec une soixantaine d’autres par le vol mis à disposition par Alitalia. « Nous avons été accueillis très chaleureusement », raconte Seba, deux jours plus tard, une fois installée dans un grand appartement de quatre pièces à Goiosa Ionica. C’est donc ici que la famille vivra désormais. Pour que ses membres puissent s’intégrer plus facilement, Maurizio Zavaglia, président du Conseil communal, a créé la structure « Cooperativa Nelson Mandela » avec une poignée de bénévoles. Car à Goiosa Ionica, la p ­ opulation a conscience que les réfugiés pourraient être une chance de renouveau pour cette commune que l’exode rural et la crise économique ont vidée de ses habitants au cours des dernières décennies.

« Il y a beaucoup de terres sur la commune qui ne sont plus cultivées depuis longtemps. Nous voudrions replanter ces terres avec les jeunes restés à Goiosa Ionica, au chômage pour la plupart, et les personnes nouvellement arrivées comme réfugiées », explique Maurizio qui a par ailleurs d’autres idées, comme de développer une offre de tourisme socialement durable. Recommencer à zéro Seba et sa famille vivent encore au jour le jour et sont sous le choc de la nouveauté. Chez Seba surtout, le sentiment d’insécurité et de déracinement est perceptible. Rien autour d’elle ne lui rappelle son envi-

ronnement d’alors. Elle a beaucoup de peine à se faire comprendre des membres de la coopérative qui ne parlent qu’italien. Seba se demande parfois s’ils ont pris la bonne décision en laissant tout derrière eux. Elle est toutefois soulagée d’apprendre que les enfants pourront aller à l’école dans quelques jours seulement. Déjà au Liban, elle nous expliquait que c’est d’abord pour les enfants que son mari et elle sont partis. « Je veux que mes enfants connaissent la paix, qu’ils aillent à l’école et qu’ils apprennent un bon métier plus tard. » www.mediterraneanhope.com

14

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 14

15.05.17 14:40


CLIQUEZ DANS LE PASSÉ POUR FAÇONNER L’AVENIR !

Qui connaît le passé peut comprendre le présent et façonner l’avenir. Avec le rapport annuel 2016 de l’EPER, c’est plus simple que jamais. Vous pouvez concocter votre propre rapport sur votre ordinateur ou en route, sur votre portable.

eper2016.ch

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 15

15.05.17 13:49


DÉVELOPPEMENT DES COMMUNAUTÉS RURALES

CAMBODGE

DU POIVRE OUI, MAIS DE QUALITÉ ! Au Cambodge, l’EPER a choisi de valoriser la culture du poivre de Memot en agissant sur toute la chaîne de production. Une approche novatrice qui responsabilise tous les acteurs de ce produit en plein essor très coté dans nos contrées, pour autant que le produit réponde aux normes de qualité européennes. Texte : Joëlle Herren Laufer, de retour du Cambodge Photos : Lucas Veuve

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 16

15.05.17 13:49


« Dix fois plus rentable que toute autre production s’il n’y a pas de problèmes »

La route pour se rendre à Memot, à l’est du Cambodge, est bordée de rizières et d’étendues d’eau dans lesquelles se reflètent les nuages, avec des cocotiers en toile de fond. Et puis, sur des kilomètres se déploient des couloirs d’arbustes grimpants, hauts de quatre mètres, souvent couverts d’une toile pour les protéger du soleil. Deux lianes chargées de grappes de baies encore vertes montent le long des tuteurs. C’est du poivre ! Le district de Memot, jouxtant la frontière occidentale du Vietnam, a en effet été récemment repeuplé de poivriers. A tel point que cette province constitue la zone poivrière la plus étendue du pays. Pourtant, le Cambodge ne figure pas dans les premiers rangs des classements internationaux. Bien qu’il ait officiellement produit 11 200 tonnes de poivre en 2016 - 7500 tonnes rien qu’à Memot - plus de deux tiers de sa production sont bradés aux passeurs vietnamiens pour rehausser le goût du poivre voisin, de moindre qualité. Si le poivre a pris un tel essor dès 2013, c’est que le prix de denrées comme le caoutchouc ou la noix de cajou, autrefois cultivées dans cette région, a chuté et que celui du poivre a augmenté. De plus, la terre et le climat tropical idéal de Memot permettent un rendement supérieur à la moyenne. Sans oublier que le succès commercial du poivre de Kampot, mondialement réputé et cultivé depuis le 13e siècle au sud du Cambodge, ne laisse personne indifférent.

Le poivre est dix fois plus rentable que toute autre production Comme bon nombre de cultivateurs, Lim Leang et sa femme ont misé sur le « roi des épices » en 2013, alors que les prix du caoutchouc et de la noix de cajou s’effondraient. Ils ont réalloué un tiers de leurs parcelles à cette culture prometteuse en empruntant 1000 dollars pour acheter 200 tuteurs en bois de quatre mètres de haut. « Bien que les investissements soient élevés, le poivre remporte la palme en termes de rentabilité. Il est au moins dix fois plus rentable que toute autre production s’il n’y a pas de problèmes », explique Ou Chheng, coordinateur de ce projet pour l’EPER. Mais la culture poivrière demande beaucoup de soins, surtout dans les premières années. Yon Don, un autre villageois, explique qu’il a taillé ses 200 plants trop tôt la première année et qu’il a dû tout recommencer à zéro. D’autres ont eu des problèmes de champignons, liés au mauvais drainage du sol, qui ont surtout affecté les jeunes plantations en 2015. Tous sont membres d’une des trois coopératives agricoles montées par Cambodian Institute for research and rural development (CIRD), partenaire de l’EPER depuis deux ans. Déjà au nombre de 360, leurs membres ont pour but de s’unir pour apprendre des techniques nécessaires à la culture du poivre afin d’atteindre le standard des bonnes pratiques agricoles (GAP). « Nous ne visons pas encore le bio,

mais une qualité supérieure à ce qui se fait actuellement. Le poivre est une denrée non vitale d’assaisonnement. Il est donc important qu’il soit d’excellente qualité, sinon autant ne pas l’utiliser, explique Virak Cheng, responsable du projet à ­ CIRD. Nous souhaiterions aussi obtenir une indication géographique protégée (IGP) ». Cette ONG sait de quoi elle parle car c’est elle qui a aidé les producteurs de Kampot à atteindre les standards GAP et IGP. La productivité à court terme ne suffit pas En demandant à leurs membres des frais d’admission et l’achat de parts, les coopératives responsabilisent les producteurs, tout comme les autres acteurs de la chaîne de production qu’elles ont répertoriés. Que ce soit en amont avec la distribution d’intrants, ou en aval avec les intermédiaires, les distributeurs ou les transformateurs du produit, il s’agit de voir quelles sont les motivations de chacun pour pouvoir améliorer globalement la qualité du poivre, augmenter la pro-

17

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 17

15.05.17 13:49


DÉVELOPPEMENT DES COMMUNAUTÉS RURALES

POIVRE NOIR, ROUGE OU BLANC, QUELLE DIFFÉRENCE ? Quelle que soit la couleur des grains de poivre, ils viennent toujours du même plant. Le noir est récolté quand les fruits sont verts et séchés au soleil pendant 5 à 7 jours. Le rouge, dont le goût est plus rond, est récolté mûr, au stade rougeorangé et séché de préférence à l’ombre afin de garder sa couleur. Le blanc vient du poivre rouge qui est trempé dans de l’eau froide pendant une semaine jusqu’à ce que le péricarpe qui entoure la graine se détache. A Memot, la majorité du poivre produit est noir, car il n’est pas trié à la récolte. Mais les cultivateurs apprennent aussi à faire du poivre rouge pendant les formations. Cela demande plus de travail, puisque la récole, manuelle, est faite en plusieurs fois, mais au final, le poivre rouge se vend le double du prix du noir.

duction et accéder à différents marchés, y compris l’exportation. Ainsi, Angkor Green, distributeur d’engrais et de fertilisants bio dont les produits sont vendus dans une petite échoppe du marché de Memot à côté des pesticides chimiques, organise des formations pour montrer les avantages d’utiliser ces intrants plutôt que les autres. « Ils sont un peu plus chers et moins efficaces à court terme que du chimique, mais font leurs preuves à long terme, explique le représentant d’Angkor Green qui a déjà formé plus de 500 personnes. La perspective d’atteindre des normes acceptables et de pouvoir faire passer le prix de vente du poivre au kilo de 8 à 12 dollars est un argument qui parle », explique Ou ­ Chheng. Les formateurs montrent comment sprayer les poivriers de manière optimale ou faire du compost naturel. Des gestes que les cultivateurs sont ravis d’apprendre car ils ne peuvent bénéficier des conseils des anciens puisqu’ils débutent tous dans la culture poivrière. CIRD organise d’­ailleurs des échanges de savoir sur le terrain avec des cultivateurs de Kampot.

a déjà changé, explique la trésorière d’une des coopératives. On nettoie désormais le sol des cultures, on fabrique du compost organique et on utilise des pesticides naturels. » La construction d’une cabine de séchage est aussi prévue prochainement pour éviter à la poussière du sol d’abîmer les grains et aux pluies, de plus en plus imprévisibles, de ruiner les récoltes. Mais revenons à notre famille de cultivateurs. Lim et Mom ont trois ans de culture poivrière derrière eux. Si leur niveau de vie n’a pas encore fondamentalement changé, leur plantation de poivre est passée de 200 à 600 tuteurs et ils ont déjà pu rembourser leurs investissements. Les enfants sont parfois réquisitionnés après l’école pour donner un coup de main au triage des grains, mais Lim et Mom misent sur leur éducation et espèrent pouvoir leur offrir un avenir meilleur.

Compost organique et pesticides naturels CIRD a aussi prospecté auprès des distributeurs de poivre afin de viser les marchés internationaux. Il en a trois grands au Cambodge. La hollandaise Sela Pepper a été approchée, tout comme une autre entreprise locale en pleine construction, Dy Annan. Toutes deux se hâtent d’achever leurs travaux colossaux – Dy Annan n’avait même pas fini de construire son hangar en janvier - pour réceptionner et traiter la récolte de mars à mai. Sela Pepper vise un standard GAP. Elle est équipée d’un laboratoire pour tester le poivre : hygiène, humidité, traces de pesticides, calibrage, empaquetage, rien n’est laissé au hasard. Elle établit une cartographie des producteurs pouvant prétendre au standard. Lors de formations organisées en partenariat avec CIRD, elle sensibilise aussi à l’importance d’avoir un produit sain, sans pesticides, traité de manière hygiénique, tout en gardant l’humidité nécessaire lors du séchage. « Notre pratique

18

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 18

15.05.17 13:49


HOT CHILI & PEPPER DU CAMBODGE EN VENTE Achetez du poivre de Memot et comparez-le avec votre poivre habituel ! La plateforme Gebana vous met directement en relation avec les producteurs et vous permet d’acheter du poivre savoureux du Cambodge au prix de CHF 30 pour 2 x 250 g Lien : bit.ly/gebana-poivre Du piment rouge cambodgien est aussi en vente: CHF 28 pour 5 x 100g Lien : bit.ly/gebana-piment

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 19

15.05.17 13:49


AGENDA

ACTUEL

19e Foulées de la solidarité

PAPYRUS : L’EPER

SOLIDAIRES DANS L’ACTION

S’ENGAGE AUPRÈS

VENEZ TOUS LE 17 JUIN !

DES SANS-PAPIERS L’EPER, engagée depuis plus de dix ans auprès des sans-papiers, salue l’opération Papyrus, lancée conjointement par le canton de Genève et le Secrétariat d’Etat aux migrations. La régularisation des travailleuses et des travailleurs sans statut légal dans le canton permettra à de nombreuses familles de retrouver l’espoir de sortir de l’ombre, de jouir pleinement de leurs droits et de sortir de la précarité. En collaboration avec les associations membres du Collectif de soutien aux sans-papiers (dont le Centre Social Protestant Genève, le Centre de contact Suisse-Immigrés, Caritas et les syndicats SIT et Unia), l’EPER a ouvert une permanence dans son bureau genevois les mercredis de 16h à 20h pour informer les personnes intéressées en français, espagnol, portugais, anglais et mongol et les accompagner dans leur démarche de régularisation.

En point d’orgue de la campagne « Annoncer la couleur », une grande manifestation « A la rencontre des acteurs de la société civile engagés » se déroulera samedi 17 juin à l’Espace Dickens dès 15h30 et jusqu’au soir. Une occasion de rencontres entre la société civile qui s’engage, des associations, des collectifs, des personnes réfugiées et d’autres qui souhaitent s’impliquer plus concrètement sous forme de speed-meeting. Un moment festif et convivial suivra ces rencontres. Plus d’informations : www.annoncer-la-couleur.ch

Organisées par les paroisses catholique et protestante de La Côte et La Barc. Bénéfices en faveur d’un projet EPER de formation des jeunes en Haïti. Contact : Rolf Kohler, 032 913 31 30. Inscriptions sur place 14 JUIN, DÈS 17H Terrain du FC Comète à Peseux.

Cultes du dimanche du réfugié 18 JUIN Apples - 10h30, refuge du Bon, Tamara Gasteiner, 079 256 60 24 Bremblens - 9h15 Morges - 9h30, place de l’Eglise Chardonnes - 10h, avec vente des fruits TerrEspoir Echandens - 10h30 Colombier - 11h Lausanne - 14h00, Saint-Paul, av. France 41, bilingue (fr-viet)

Solidaires dans l’action - A la rencontre des acteurs de la société civile engagés Samedi 17 juin de 15h30 à 22h à l’espace Dickens, Dickens 4 à Lausanne

Course de la solidarité Organisée par les paroisses de la Neuveville. Bénéfices en faveur d’un projet EPER de soutien de femmes en Colombie. Contact : Stéphane Rouèche, 079 429 02 80. Inscriptions sur place dès 16h30 11 AOÛT, DÈS 17H30

Halle polyvalente des Joncs, Prêles

ENTRAIDE PROTESTANTE SUISSE Secrétariat romand Chemin de Bérée 4A Case postale 536 1001 Lausanne

EPER_MagAgir_n26_v2.indd 20

Tél. +41 21 613 40 70 info@eper.ch www.eper.ch CP 10-1390-5

15.05.17 13:49

Profile for EPER

Agir no 26 - 05/2017  

Agir no 26 - 05/2017  

Profile for eper-heks
Advertisement