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Rencontre entre un abonné et un musicien… Compile des rencontres de la saison 2012-2013 !

Cet été, retrouvez l’ensemble des interviews menées par nos abonnés-journalistes auprès des musiciens de l’Orchestre de chambre de Paris.

Interview de Deborah Nemtanu par Françoise & Jean-Jacques Pigeon, 05/10/12

Deborah, votre père était violoniste, j’ai lu qu’à 4 ans on vous avait mis un violon dans les mains ? Je voyais mon père jouer du violon tout le temps, ma sœur en jouait aussi, c’était comme boire ou manger à la maison, c’était normal, donc j’ai demandé à 4 ans à en jouer également. On m’a donné un violon pour enfants (il y a en fait des violons ¼, des violons ¾, ½ puis entiers. C’est comme un autre langage, on a envie de parler la même langue en famille. J’ai eu la chance d’avoir un père très gentil, pédagogue, et c’était donc d’abord un jeu. Je n’ai jamais considéré cela comme un travail. Ma sœur et moi rigolions ensemble et nous motivions mutuellement. A partir de quand vous êtes vous dit que vous en feriez votre métier ?


Je ne me souviens pas d’une date précise, de m’être posé la question, pour moi c’était évident et je ne considérais pas cela comme un métier qu’il fallait choisir : c’était simple et naturel. Je me posais plutôt la question de quel métier j’aurais pu faire si je n’avais pas eu le violon, et c’était pédiatre comme ma grandmère. Votre maman était aussi musicienne ? Elle était chanteuse. Mes parents sont partis de Roumanie, arrivés à Bordeaux avec rien et la musique a resserré les liens. Comment travaille t-on avec un chef d’orchestre ? chacun a sa propre interprétation d’une œuvre, qui « prend le dessus » ? C’est le chef qui dirige, mais c’est le côté humain qui prend le dessus, si la connexion, la complicité, fonctionnent, le chef parviendra à sortir ce qu’il veut de nous. Comme un pianiste avec son piano, nous sommes ses 43 musiciens. Mon rôle en tant que violon solo est de faire le lien entre le chef et les musiciens. J’aide à faire comprendre au groupe ce que le chef souhaite. Il y a des chefs qui veulent tout diriger et d’autres qui font confiance rapidement, s’appuyant sur les chefs de pupitres aussi. Vous ne connaissez pas spécialement les chefs avant d’avoir à travailler avec eux sur un concert ? Non, il faut s’adapter très vite, c’est notre métier. On est censés s’adapter en groupe, les uns aux autres par rapport au chef. Comment se passe la préparation d’un concert ? Chacun emmène chez soi sa partition. Mon rôle est de préparer les partitions des cordes. Je note les coups d’archets, dans quel sens on va jouer. Le compositeur met les notes et je décide des coups d’archets. C’est très important le fait de jouer tous pareil. Une phrase musicale peut être très différente en fonction des coups d’archets. On répète chacun chez soi, parfois on fait des répétitions partielles pour les programmes très difficiles, puis on répète 3, 4 voir 5 fois avec le chef. Lors des concerts, on a l’impression que vous n’avez pas vraiment besoin de regarder le chef quand vous jouez ? On le regarde pour la complicité mais le rythme on le sent. Comme pour un couple : on sait parfois sans se regarder ce que l’autre pense ou ressent. La programmation de l’OcP vous demande de jouer une palette large, jusqu’au contemporain, est-ce que c’est évident et est-ce que cela vous plaît ?


Ce n’est pas le même langage, il faut faire vivre différemment la musique d’aujourd’hui. Le temps de rentrer dans le langage d’un compositeur vivant peut être plus long. Il ya des compositeurs qu’on aime et d’autres qu’on n’aime pas. Et chacun a son propre langage. Quand vous changez de violon, de quelle façon vous adaptez-vous ? Il faut le jouer. J’ai pu choisir le mien parmi tous les luthiers que j’ai visité. Je l’ai trouvé à Londres. Le contrat de mécénat de Monceau assurances, mécène de l’OcP, me le prête pour plusieurs années et j’ai beaucoup de chance ! On s’attache à son instrument. C’est une partie de moi, presque une personne, c’est comme choisir un partenaire. Si je dois en changer c’est comme une nouvelle rencontre, il faut alors discuter avec l’instrument et voir le chemin qu’on pourra faire ensemble. Quand vous voyagez en avion, vous gardez votre instrument avec vous ? Oui, hors de question que je m’en sépare, sauf si le climat est trop humide ou trop chaud, ce qui abimerait mon violon, qui a été fabriqué à Venise en 1750. Mon violon personnel, hérité de mon père, est de 1920, il est plus résistant mais aussi plus limité. Avez-vous aussi plusieurs archets ? Oui, 3 ou 4. Je les utilise en fonction des répertoires, l’un d’entre eux, qui a un son plus lourd, m’est utile pour jouer Brahms ou Prokofiev par exemple. C’est comme un peintre qui utilise plusieurs pinceaux. Vous a-t-il fallu beaucoup de temps pour apprivoiser votre dernier violon ? Et vous, combien de temps vous a-t-il fallu pour votre couple ? Je le découvre tous les jours, je crois que je ne le connaitrai jamais par cœur et c’est tant mieux car il me surprend tous les jours ! Faut-il une « hygiène de vie » pour être violoniste ? Oui, j’entretiens digitalement une forme tous les jours. Il peut arriver aux musiciens d’avoir des tendinites ou douleurs liées à notre métier, dans ce cas il faut alors s’arrêter. Participez-vous à la programmation de l’OcP ? Je fais partie de la programmation artistique et je peux donc apporter des propositions. Avez-vous des modèles qui vous ont inspiré ? Mon idole c’est Itzahk Perlman. Quand j’avais 8 ans il a fait un récital à Bordeaux. J’y serais restée toute ma vie à ce concert ! Ce n’est pas qu’un violoniste, c’est un musicien, c’est le soleil, il joue avec son cœur. Il a une âme, je reconnais tout de suite son jeu à la radio. Il a lié qualité et démocratisation de l’instrument, c’est ce que je souhaiterais réaliser aussi.


Interview de Marina Chamot-Leguay par Ivan Pacaud, 25/10/12

Marina, pourquoi avoir choisi la flûte ? Lorsque j’étais en grande section de maternelle, un jour la fille de mon institutrice est venue jouer de la flûte traversière en classe. J’ai adoré. J’ai commencé par la flûte à bec, puis à l’âge de 9 ans, je suis passée à la flûte traversière. J’ai également joué du piano pendant 8 ans environ. Mon époux a également commencé le cor grâce à son instituteur qui en jouait. Il est devenu corniste à l’Opéra de Paris pendant 20 ans. Lors de mes interventions d’action éducative avec l’OcP dans les classes, je me dis que peut-être un élève sera touché de la même manière… Flûtiste c’est un métier ou une passion ? Vu le temps qu’on consacre à ce métier, il faut que ce soit une passion ! J’ai tout de suite su que je voulais faire cela. J’étais une des rares, quand les enseignants nous demandaient ce qu’on voulait faire plus tard, à répondre « musicienne d’orchestre ». C’était cela et pas autre chose, dès que j’ai eu ma flûte entre les mains. Qu’est-ce qui vous fait préférer tel ou tel chef d’orchestre ? Est-ce qu’en général un chef d’orchestre est apprécié de la même façon par l’ensemble des musiciens de l’orchestre ?


Il y a souvent scission entre les cordes et les vents sur nos préférences pour tel ou tel chef. Les vents aiment quand un chef « respire », car ils ont besoin de respirer physiquement, ça amène la phrase musicale. Il y a des chefs qui vont « chercher » les vents et d’autres pour lesquels nous existons moins. La proximité géographique joue, le fait d’être plus ou moins proche du chef. Le passé musical d’un chef, l’instrument dont il joue lui-même, influencent aussi sa façon de diriger. Parfois certains chefs font l’unanimité, comme Sir Roger Norrington. Les chefs qui m’ont le plus marquée sont Joseph Swensen, Sir Roger Norrington, Andriss Nelsons. Maestro Giulini aussi, pour sa gentillesse, son respect et son économie de gestes. Il y a-t-il un concert qui vous a marquée ? Non, il y en a plusieurs ! Plus jeune, je jouais dans l’Orchestre des Jeunes de l’Union Européenne. Nous avions été dirigés par Vladimir Ashkenazy, sur une programmation de Malher. Cela reste pour moi un des plus beaux moments que j’ai connus. J’ai vécu un autre grand moment avec Rostropovitch. J’ai aussi joué pendant 6 ans à l’Orchestre de Nice, on faisait de l’Opéra avec des plateaux incroyables, avec Raimondi par exemple, et c’était très prenant. Je m’éclatais. Chaque soir était différent, il y a toujours un peu d’inattendu, c’est très vivant et il faut rester au top sur la durée. C’est une période que j’ai beaucoup appréciée. Avec l’OcP, la Passion selon St Matthieu de Bach, c’était très intense, très beau, ainsi que le concert de juin dernier avec Brigitte Engerer, le jour de mes 40 ans, c’était un moment chargé d’émotions. En mars dernier, le concert avec Maxim Vengerov était super, il avait travaillé en profondeur le Concerto pour violon de Beethoven avec nous. Et puis nous avons aussi eu une série de très beaux concerts en septembre dernier. Vous avez joué dans beaucoup d’endroits différents, quel est votre lieu préféré ? La salle du Concertgebouw à Amsterdam. Le théâtre d’Epidor en Grèce : l’acoustique y était fabuleuse. À l’Opéra Garnier c’était magnifique aussi, il y a une âme dans cet endroit… Et enfin, quelle est l’œuvre que vous préférez jouer ? Peut-être les symphonies de Beethoven. Les concertos de Chopin aussi. On dit que Mozart n’aimait pas la flûte… Oui, c’est étonnant car il a très bien écrit pour la flûte. Je ne sais pas quelle est la part de vérité dans cette légende… Il a quand même réalisé La flûte enchantée, que j’adore jouer. J’aimerais qu’on le joue plus souvent.


Le 26 février prochain, dans Le Magnificat de Bach avec John Nelson, vous êtes soliste au théâtre des Champs-Élysées. Être soliste, c’est un grand moment ? Cela ne provoque pas plus de stress, de pression ? C’est excitant, toujours génial, très agréable. Un soliste n’a pas du tout droit à l’erreur, mais en même temps ça aide de jouer avec les autres musiciens derrière, ça porte. Quel est le statut des musiciens de l’OcP ? Et qui fait le choix d’ajouter des musiciens supplémentaires ? Les 43 musiciens de l’OcP sont en CDI. L’OcP est prioritaire sur le reste de nos activités mais nos contrats nous laissent le temps d’avoir d’autres activités à côté si nous le souhaitons, certains enseignent la musique par exemple. Pour ma part, cela me laisse le temps de participer à des interventions de médiation culturelle avec l’OcP. En fonction des œuvres, le régisseur décide de recruter des musiciens supplémentaires, des trombonistes par exemple si le programme l’exige. La quantité de cordes présente peut quant à elle dépendre du choix du chef.

Comment voyez-vous l’avenir ? Avez-vous envie d’une prochaine étape dans votre carrière ? J’ai commencé à l’Orchestre de Nice, puis j’ai travaillé avec l’Orchestre de Picardie, maintenant je suis très contente d’être à Paris, il y a une émulation plus excitante, nous ne sommes pas le seul orchestre ici ! L’OcP m’occupe beaucoup de temps et me rend très heureuse. J’ai d’autres activités à côté, mais je veux garder du temps pour ma vie de famille, c’est important pour moi. J’aimerais développer plus de concerts de musique de chambre. Peut-être rejouer quelques années dans un gros orchestre symphonique aussi. Mais à l’OcP il y a plus de proximité, nous sommes moins nombreux, et je pense que cela correspond à mon jeu de musicienne et que j’ai ma place dans cet orchestre.


Interview de Fabian Dahlkvist par Dominique Fourny-Delloye, 11/12/12

Fabian, quand et comment la musique est-elle entrée dans votre vie ? Depuis toujours ! Je viens d’une grande famille, mes deux parents sont musiciens, et pour les 5 enfants c’était naturel de faire de la musique ensemble, pour s’amuser, mais aussi avec l’aide de mes parents dans une optique professionnelle. Mon père est contrebassiste (à l’orchestre de la radio suédoise) et ma mère est chef de chœur dans une église à Stockholm. Vers 12-13 ans, j’ai commencé à jouer avec l’orchestre du conservatoire local, mais j’ai aussi joué et chanté dans les églises. En Suède, la vie musicale dans les églises protestantes est très développée. Il y a beaucoup de chœurs amateurs, c’est une activité sociale. Les gens ont une certaine fierté à aller chanter dans leur chœur. Donc le répertoire que vous jouiez dans ces temples était sacré ? Oui et non. J’ai joué et chanté de tout dans les églises, de Haendel au music-hall, en passant par la folk musique folklorique suédoise. L’église protestante suédoise est assez ouverte à tous types de répertoires musicaux. Je jouais et chantais beaucoup le dimanche matin pendant la messe. L’église protestante joue en Suède un rôle d’accueil social comme par exemple celui de maison de jeunesse. Par exemple, le 13 décembre a lieu la fête de Lucia, tout le monde est vêtu de blanc, des bougies sont allumées, on chante tous des chansons traditionnelles suédoises, c’est une tradition qu’aiment célébrer les suédois. C’est une culture religieuse mais aussi culturelle et musicale qui est fêtée par tous, comme peut l’être Noël. Pourquoi avoir choisi la contrebasse ?


J’ai chanté et essayé beaucoup d’instruments. A 7-8 ans, le violon était plus facile, mais à 11-12 ans je savais que je voulais jouer de la contrebasse comme mon père ! J’aime beaucoup le son grave de cet instrument, les vibrations quand on joue, et le rôle de cet instrument dans l’orchestre.

Où avez-vous réalisé vos études ? J’ai étudié à l’Académie Royale de Stockholm. Lors de ces études, j’ai rencontré une amie qui m’a dit beaucoup de bien du professeur Vincent Pasquier au CRR de Paris (Conservatoire à Rayonnement Régional). J’y suis entré et y suis resté deux ans. Ensuite, je suis entré dans la classe de Bernard Cazauran au CNSMD de Lyon. Parallèlement j’ai validé mon diplôme de fin d’étude à Stockholm. J’ai donc 3 diplômes : celui de Stockholm, de Paris et de Lyon. Les études sont très importantes, elles nous permettent d’apprendre avec des musiciens accomplis les compétences à la fois techniques et musicales nécessaires à la vie musicale professionnelle. Existe t-il une hiérarchie entre les musiciens de l’orchestre ? Bien sûr. Il y a une hiérarchie très stricte dans un orchestre sans être pour autant un système dictatorial ! Cette hiérarchie existe pour permettre à un groupe de personnes de jouer ensemble. Différentes personnes au sein de l’orchestre ont des rôles spécifiques, coordonnés entre eux, prenant des décisions pour le groupe afin d’obtenir des intentions musicales communes. Evidemment la personne ayant le plus de responsabilité par rapport à cela est le chef d’orchestre. Vient après la position de violon solo super soliste, qui est assurée dans mon orchestre par Deborah Nemtanu, elle est responsable de la cohésion avec tous les pupitres de l’orchestre, et transmets aux différents chefs de pupitres les intentions du chef d’orchestre. Le 1er hautbois est leader des vents. Puis il y a les leaders de chaque pupitre, on parle aussi de chef d’attaque ou de soliste de pupitre. Ainsi, le contrebasse solo est le leader des contrebasses, etc. Cette hiérarchie très présente permet de coordonner les 43 musiciens de l’orchestre. A l’Orchestre de chambre de Paris il y a beaucoup de musiciens d’origine étrangère. Diriez-vous, en ce qui vous concerne, que votre culture suédoise a une influence sur votre façon de jouer ? Forcément nous sommes influencés par nos origines, mais également par nos expériences. Donc je suis en tant que contrebassiste influencé par mon histoire qui à l’heure actuelle est suédoise et française. J’ai bénéficié d’études dans ces deux pays et j’ai remarqué des différences d’enseignement dues aux cultures différentes. J’ai remarqué qu’en France, l’esprit de compétition et de recherche du plus haut niveau dans les conservatoires est bien plus important qu’en Suède. En Suède, l’esprit de développement personnel, le fait de trouver sa propre voie est davantage mis en avant. Il n’est pas question de dire qu’une vision est mieux que l’autre, je suis content d’avoir bénéficié de ces deux cultures différentes et complémentaires.


En Suède, les étudiants invitent leur jury d’examen pour le concert de fin d’étude et font la publicité de leur concert ; alors qu’en France, le diplôme de fin d'études du Conservatoire est décerné après un concours de sortie, où chaque candidat joue l’un après l’autre devant un même jury réuni par l’administration. Quel type de direction d’orchestre préférez-vous ? Le rôle du chef se situe dans un équilibre à rechercher en permanence entre la transmission d'idées musicales (par exemple le tempo), et la réception de ce que produisent les musiciens. Celui-ci doit en permanence donner, recevoir et s’arranger pour que ses intentions marchent avec celles de l’orchestre. Celui-ci doit tour à tour être meneur et suiveur, imposer ses idées, écouter et suivre l’orchestre. C’est toute la complexité des relations humaines, telles que dans un couple. Les plus grands chefs ont compris qu’ils font à la fois tout et rien face à un orchestre. Un chef doit connaître au mieux la musique qu’il dirige, et savoir transmettre, par sa gestuelle corporelle ses intentions musicales, et donner l’envie aux musiciens de transmettre à leur tour cette musique au public. En septembre dernier, j’étais présente à la répétition au 104 avec Sir Roger Norrington. J’ai trouvé qu’il avait beaucoup de présence avec peu de gestes, et qu’il transmettait plus qu’il ne dirigeait. Qu’en pensezvous ? J’aime beaucoup cet homme. Avec lui on a fait l’un des concerts que j’ai préféré cette saison. Comme vous avez dit, il transmet beaucoup de choses en dirigeant et on sent facilement la musique dès les premiers gestes. Il nous montre plus les lignes musicales que la mesure, et j’ai adoré sa manière de nous transmettre sa générosité et ses connaissances. En tant que spectatrice, je n’entends pas la contrebasse. Quelle est sa place dans l’orchestre ? Avec un peu d’entrainement, on peut apprendre à écouter un groupe d’instruments parmi d’autres, notamment lorsque nous avons la possibilité de voir en concert les musiciens jouer. Nous voyons les correspondances des mouvements des musiciens avec les sons produits. Chaque instrument a un rôle bien précis à jouer dans l’orchestre. On peut comparer cela avec l’architecture : lors de la construction d’une maison, on fait d'abord les fondations, et sur elles, on construit des murs, et ensuite le toit. Les instruments qui produisent des sons graves (la contrebasse dans la famille des instruments à cordes et le basson dans la famille des instruments à vent) et les percussions (par exemple les timbales), forment les fondations de l’orchestre. Chaque instrument dans l’orchestre a sa propre place dans cette architecture sonore.


Effectivement, quand on regarde une belle maison, ce n’est pas forcément les fondations que l’on voie en premier, mais il est clair qu’elles sont indispensables à tout l’équilibre de la construction. Combien il y a-t-il de cordes dans une contrebasse ? Il y a 4 ou 5 cordes. La 5ème permet un son plus grave, celle qu’on utilise régulièrement dans l’orchestre. L’origine des instruments à cordes est Italienne, mais aujourd’hui on préconise de tenir l’archet à la française ou à l’allemande. Les orchestres parisiens imposent forcément leur manière de tenir l’archet, donc à la française, de même, les grands orchestres Allemands imposent la leur. L’Orchestre de Chambre de Paris est le seul orchestre à Paris où l’on joue des deux manières au pupitre. Je comprends qu’il y ait des traditions dans chaque pays mais pour moi l’important est que chaque musicien adopte la manière qui lui permette le mieux de s’exprimer. Avez-vous le trac avant un concert ? Le trac, en ce qui me concerne, est surtout lié aux concerts dans lesquels je joue en soliste ou, évidemment, lors de concours. On peut dire que le trac provient de la volonté personnelle de bien faire, de se surpasser. Evidemment si on est bien préparé aux difficultés présentes dans les œuvres, on a plus d’équilibre mental pour être performant au moment de la prestation. Récemment, en mars dernier quand l’orchestre jouait avec le violoniste Maxim Vengerov, j’ai eu les jambes qui tremblaient comme pour mon examen de fin d’études ! C’était peut-être lié au fait de jouer avec un des musiciens les plus connus au monde, ou de se produire dans un lieu prestigieux tel que la grande salle de Munich, ou peut-être que le pupitre de contrebasse avait une partie à découvert dans ce programme là…ou tout cela à la fois ! On sait à ce moment là qu’on est vivant et qu’on a quelque chose à faire. Parfois, quand on n’a pas le trac, on fait plus de bêtises car l’adrénaline manque, or elle permet de se concentrer. Enseignez-vous ? Occasionnellement seulement. J’aime beaucoup le partage des connaissances mais je manque de temps. J’espère que je pourrai enseigner beaucoup plus dans l’avenir. Quand l’œuvre jouée nécessite moins de contrebassistes que vous n’êtes dans l’orchestre, comment décidez-vous qui d’entre vous jouera ? Il y a un système de répartition valable pour tous les musiciens, afin que chacun travaille un nombre d’heures équivalent. On équilibre donc entre les séries et les moments de repos. Au pupitre nous ne sommes que trois contrebassistes, donc il y a peu de « tours » entre nous. S’il ne doit y avoir qu’une seule contrebasse, c’est le soliste qui joue, et s’il faut deux contrebassistes, nous deux, les ‘tuttistes’, jouons chacun à notre tour.


Avez-vous un répertoire préféré ? Oui et non. Quand la musique transmets un message et que le chef parvient à le raconter, ça me plaît, peu importe le style. Mais par rapport au son très large et enveloppant de la contrebasse, j’ai une faiblesse pour l'époque romantique, là ou l’on peut vraiment exploiter la profondeur du son. Entraînez-vous vos mains quotidiennement ? Oui, la préparation demande des heures d’entrainement, même après de longues années de pratique. C’est un peu comme un seau d’eau, mais avec des trous dans le fond et il faut donc le remplir en permanence. Nos muscles fonctionnent de la même façon, il faut les entretenir tout le temps. Comme le corps s’abîme facilement, et qu’une tendinite est vite arrivée, il faut bien faire attention à notre manière de travailler. Avoir une pratique sportive aide beaucoup, cela nous permet d'être en bonne condition physique pour jouer. Comment voyez-vous votre avenir professionnel ? Je ne sais pas. Il y a quelques années, je ne savais même pas que j’allais étudier puis travailler en France. Il y a 5 ans, pendant un stage de musique de chambre, j’ai rencontré Marc Duprez, violoniste ici à l’Orchestre de chambre de Paris, qui m’a conseillé de contacter cet orchestre et de me présenter au concours. Je ne sais pas si dans 5 ou 10 ans je serai en France ou en Suède. J’espère continuer toute ma vie à prendre du plaisir à jouer et à m’améliorer. J’aime beaucoup jouer en petit effectif comme à l’Orchestre de Chambre de Paris, car chaque musicien est plus sollicité que dans un grand orchestre.


Interview d’Hélène Lequeux par Brigitte Rey, 12/03/13

Hélène, quand et comment s’est fait le choix du violon ? J’ai grandi dans une famille de musiciens amateurs qui invitaient de nombreux musiciens amateurs chez nous. Dès l’enfance, j’ai donc baigné dans cette atmosphère. C’est donc tout naturellement que je me suis mise au violon dès l’âge de 7 ans… en m’essayant sur celui de mon père ! J’ai ensuite appris à jouer grâce à la méthode Alfred Lœwenguth, qui était 1 er violon du quatuor Loewenguth. C’était une école de violon privé où existaient des orchestres de jeunes - dans lequel j’ai pu jouer dès l’âge de 8 ans - ce qui est très important pour la formation. J’ai étudié avec plusieurs professeurs puis Alfred Lœwenguth lui-même. Je crois que, dans l’un de ces orchestres de jeunes, Martin Hirsch était violoncelliste! À quel moment avez-vous songé à en faire votre métier ? À l’âge de 13 ans. J’étais en 3e et j’avais très envie de travailler le violon ! Je m’entraînais trois, quatre heures par jour, parfois plus… A partir du lycée, j’ai poursuivi mes études par correspondance avec le CNED et j’ai eu mon Bac ! Heureusement, mes parents m’ont fortement encouragée et soutenue dans cette voie. Combien de temps consacrez-vous au travail chez vous et aux répétitions avec l’Orchestre de chambre de Paris ?


Cela dépend du programme prévu ! Certaines œuvres nous obligent à travailler énormément… Chez moi, je peux m’entraîner entre une et trois heures. Avec l’orchestre, nous avons six ou sept répétitions de deux heures et demi pour un concert. Quelles sont vos activités professionnelles en-dehors des concerts de l’orchestre ? Et bien, je suis déléguée du personnel, déléguée au CHSCT et déléguée syndicale F.O. où je suis d’ailleurs responsable nationale du Syndicat national des musiciens. Enfin, je participe aussi à des actions de médiation dans les écoles, à des actions culturelles et joue de la musique de chambre à la salle Cortot. Toutes ces actions sont basées sur le volontariat.

Sachant que, en comparaison avec l’Allemagne, nous sommes très en retard en ce qui concerne la pratique musicale, d’après vous, que faudrait-il faire pour développer son apprentissage parmi les jeunes ? L’Allemagne possède une forte culture musicale ; en France, elle est bien moindre. Pour moi, il faudrait aller dans les écoles et les collèges, informer les élèves et décortiquer des œuvres devant eux. A l’Orchestre de chambre de Paris nous le faisons déjà mais il faudrait que tout le monde s’y mette. C’est également en partie ce que propose le gouvernement avec la réforme des rythmes scolaires qui permettra de mettre en place de telles actions dès l’école primaire (bien évidemment, après concertation avec tous les partenaires concernés). Quant aux parents, à eux d’être attentifs à l’envie de leurs enfants de pratiquer un instrument ; parfois le hasard fait bien les choses et c’est souvent un professeur qui conseillera les parents dans ce domaine ! En tout état de cause, l’enfant devra être doué et… travailleur ! Pouvez-vous nous parler de vos instruments, de la rigueur à y apporter ? Bien qu’il faille être rigoureux avec tous les instruments de musique, le violon est un instrument ingrat dans la mesure où les notes n’y sont pas marquées (comme sur un piano, par exemple). Je possède deux violons : l’un date du 18ème siècle et a été fabriqué par le luthier Landolfi, l’autre est moderne et son luthier se nommait Lendjel. Lorsque je pars en déplacement soit dans des collèges soit en Israël-Palestine, par précaution, je préfère emporter le violon moderne ! Il ne faut pas oublier l’importance de l’archet qui est un objet également très onéreux ! Il faut régulièrement en faire changer les crins par le luthier qui doit également réparer les fentes ou accrocs du violon. Moi, je ne m’occupe que des cordes à changer quand elles cassent où ou sont usées. Quant à l’étui, ceux en bois ne se font plus et, par souci de solidité et de protection, après une chute à vélo avec un étui en polystyrène… je privilégie la fibre de carbone !


Quelle est votre place précise au sein des violonistes ? Je suis violoniste tuttiste par opposition à violoniste soliste ou super-soliste. Et comme nous tournons régulièrement entre 1er et 2e violons tuttistes (les solistes, eux, ne bougent pas), grâce à une répartition au hasard, cela nous permet de varier le travail effectué. De ce fait, le rang où l’on se trouve, derrière le 1er violon, n’a pas d’importance. Quant à tourner les pages de la partition, c’est à celui qui est à droite du pupitre qu’il revient de le faire ; en tout cas, jamais au soliste. Bien sûr, nous n’avons que deux yeux, mais nous avons aussi une vision périphérique qui nous permet de « voir » le chef d’orchestre sans être obligé de le regarder. Nous sommes surtout « à l’écoute » des autres musiciens de l’orchestre. À ce propos, cela peut nous arriver de jouer sans chef (un soliste invité jouant et dirigeant en même temps), ou au sein de toutes petites formations. En cas de besoin, notre orchestre étant de taille modeste (43 musiciens), le 1er violon est capable de prendre en charge la direction. En-dehors de l’Orchestre de chambre de Paris, quels sont vos « violons d’Ingres » ? Je cours… 20km en deux fois par semaine ; c’est une hygiène de vie ! J’aime aussi faire la cuisine ; c’est une caractéristique fréquente chez les musiciens : gourmets, gourmands et cuisiniers ! Mon mari, musicien lui aussi (corniste) en est friand… Comment vous sentez-vous au sein de l’Orchestre de chambre de Paris ? Je m’y sens bien et j’y finirai ma carrière ! J’ai travaillé quinze ans dans un orchestre symphonique : une belle expérience, mais on est un peu noyé dans la masse, on s’entend moins. L’avantage est qu’on y rencontre de grands chefs (Ozawa, Maazel,…) qui ne viendraient pas dans des orchestres de chambre, même si l’on y bénéficie de très bons chefs ! En revanche, ces orchestres plus modestes nous permettent d’être plus « à nu », plus soliste (nous ne sommes que huit 1 ers violons au lieu de seize dans un orchestre symphonique). Ce n’est pas la même approche et je suis contente d’avoir connu les deux types d’orchestre. Enfin, en tant que musicienne (et aussi en tant que déléguée), je suis ravie de constater que l’Orchestre de chambre de Paris évolue dans le sens d’une grande ouverture !


Interview de Franck Della Valle par Alain Cazeaud, 23/04/13

Franck, depuis quand jouez-vous du violon ? Dès l’âge de 3 ans j’ai voulu jouer du violon, et j’ai commencé à en jouer quand j’avais 6 ans. Avant cela j’ai joué du piano, mais sans succès ! Je savais que j’avais quelque chose à dire. C’est une recherche. Et ensuite, quelles ont été les étapes importantes de votre carrière ? J’ai étudié au CNSM de Paris de 1979 à 1985, où j'ai obtenu mes premiers prix de violon et de musique de chambre à l'unanimité. Nous y avions des master-class avec des grands solistes, des challenges importants. 1984 est aussi une date importante puisque j'ai eu un prix au concours international de Florence (Italie). Je suis rentré à l’Ensemble orchestral de Paris (anciennement l’Orchestre de chambre de Paris) en 1987, en tant que tuttiste. Et en 2004, j’ai passé le concours de violon solo, à l’époque où John Nelson dirigeait l’orchestre. Cela m’a permis de jouer de très beaux solos, à la cathédrale Notre-Dame de Paris, au théâtre du Châtelet ou à la Mairie de Paris....

Comment s’organise la hiérarchie entre les violonistes de l’orchestre ?


Il y a d’abord la violon solo super soliste, Deborah Nemtanu, qui prépare les coups d’archet, sauf quand certains chefs, comme Ivor Bolton, qui travaille avec nous en ce moment, viennent avec leur matériel déjà prêt. Ensuite, nous sommes deux autres solistes sur un même poste.

Votre violon est-il d’une facture contemporaine ou ancienne ? Mon violon est récent puisqu'il a 4 mois, il est tout neuf ! Je le rôde en ce moment. Il faut le réveiller doucement en le mettant en vibration. C’est Franck Ravatin, luthier installé en Bretagne, qui l’a fabriqué. Luthier très côté puisqu'il y faut 4 ans d'attente pour une commande !

Vous avez, en plus des concerts symphoniques avec l’orchestre, une grande activité de chambriste. Est-ce au sein de l’orchestre au complet ou dans la musique de chambre que vous vous exprimez le mieux ? C’est complémentaire. En musique de chambre on a beaucoup plus d’initiative, on décide ensemble des respirations ou points d'appuis de la musique, c’est un travail collectif. Au sein de l’orchestre, c’est le chef qui décide de cela, pas les musiciens. Le répertoire de l'OCP a beaucoup évolué ces dernières années et la richesse du répertoire du quatuor à cordes fait qu'il est difficile de choisir entre les deux.

Peut-on faire carrière uniquement dans la musique de chambre ? Oui, mais c’est difficile, il faut un niveau d’exception. Le Quatuor Modigliani, par exemple, y parvient.

Qu’attendez-vous du chef d’orchestre ? Qu’il soit assez clair pour transmettre ses envies et ses idées aux musiciens, qu’il sache où il va, et qu’on puisse échanger ensemble si nos avis divergent. Je ne réclame pas, ce qu'on appelle dans notre jargon, un « bras » ; je joue avec mes oreilles. Le chef est là pour indiquer une orientation. Dans le « joué-dirigé » par exemple, on a besoin de moins de signe, on s’écoute beaucoup plus.

Thomas Zehetmair, votre chef principal, est également violoniste. Cela a-t-il une influence particulière sur le rôle des cordes dans l’orchestre ?


Oui. Il est peut-être plus exigeant avec nous, le quatuor à cordes de l'orchestre, qu’avec les autres instrumentistes, parce qu'il connait bien les difficultés liées à nos instruments. Thomas Zehetmair est arrivé à un tel niveau instrumental qu’il parvient à mettre en confiance, à montrer très facilement ce qu’il veut, à rester ouvert et très à l’écoute. Il a une démarche intellectuelle très intéressante, il sait où il veut aller.

J’aimerais que vous répondiez à quelques questions qui figurent dans le célèbre questionnaire de Proust… -

Quel est votre rêve de bonheur musical ?

Etre en phase avec ce qu’on pense. On n’est pas musicien par hasard. Il y a un équilibre physique à trouver pour profiter pleinement d’un concert. Cela signifie une construction en amont importante. -

Quel serait votre plus grand malheur musical ?

Ne pas pouvoir dire ce que j’ai au fond de moi avec mon instrument. Et si je ne pouvais plus jouer du violon, je chercherais à travailler dans l’art certainement.

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Quelle est votre principale qualité en tant que musicien ?

L’adaptabilité. Aux styles musicaux, aux ambiances de groupes… -

Avez-vous un compositeur préféré ?

Le matin : Bach. La musique de Bach structure beaucoup. Je me souviens d’une Passion selon St Matthieu de Bach à la cathédrale Notre-Dame de Paris, le chanteur interprétant Jésus avait transmis une dimension spirituelle à la musique, quelque chose c’était passé… Et puis, selon les humeurs, Brahms, Mozart, Chostakovitch, Beethoven.

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Et que préférez-vous chez Bach ?

Toutes les œuvres chorales de Bach. Les deux Passions, les suites pour violoncelle, les concertos pour clavier… -

Avez-vous un peintre préféré ?

Nicolas de Staël. Sa peinture me subjugue. Il y a une puissance incroyable chez ce peintre. -

Quel est l’autre don que vous aimeriez avoir ?

Peut-être la peinture ou la danse. Le don de la musique, quant à lui, se construit toujours, c’est un puits sans fond.


Vous êtes l’initiateur des Concerts Salade. A quel besoin cela répond t-il pour vous ? C’est un peu un rêve de gosse. Les musiciens de l’orchestre proposent des programmations pour les concerts de musique de chambre. Un jour j’ai dit à Etienne Cardoze (violoncelliste à l’Orchestre de chambre de Paris) que j’aimerais bien jouer les Beatles à la Salle Cortot. L’OCP a accepté et le public a aimé. Jazz, be-bop, blues, violon électronique…tout est permis ! Par exemple, il nous est arrivé de commencer un concert avec la Passion selon St Jean, et d'enchainer avec Thriller de Mickaël Jackson…Je me suis mis à écrire un peu aussi. On se fait plaisir, avec un répertoire qu’on arrange nous-mêmes. Le jeu est complètement différent de ce qu’on fait habituellement avec l’orchestre. Nous faisons de la musique sérieusement en nous prenant le moins possible au sérieux. En 2013-2014, nous fêterons les 10 ans des Concerts Salade à la salle Cortot.

En 2013-2014, retrouvez Franck Della Valle notamment dans Les Concerts Salade Blues au 13 le 16/03/14 au Théâtre 13 et Les Concerts Salade fêtent leurs 10 ans ! le 10/05/14 à la Salle Cortot.


Rencontres entre un(e) abonné(e) et un musicien(ne), Saison 2012-2013