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L’Objectif du 14 au 27 JUIN 2013

l’invité

RICO BALDEGGER

Directeur de la Haute Ecole de gestion de Fribourg (HEG-FR)

Nouveau souffle pour l’esprit entrepreneurial La Haute Ecole de gestion de Fribourg (HEGFR) s’est déjà fait une renommée en Suisse dans le domaine de l’innovation et de l’entrepreneuriat au sein des PME. Ce n’est qu’un début: le nouveau directeur Rico Baldegger a l’ambition de promouvoir cette haute école au «top business» international. Et, à Fribourg aussi, ce directeur-entrepreneur veut revitaliser l’écosystème entrepreneurial…

Propos recueillis par Jean-Marc Angéloz

R

ico Baldegger a pris les commandes de la HEG-FR le 1er mai 2013. C’est tout frais, mais il connaît bien la maison où il était non seulement doyen, mais encore responsable de l’«Institute for Entrepreneurship & SME» qu’il a créé et développé au sein de la haute école. «Nous voulons former trois types de personnes: des entrepreneurs, des intrapreneurs (des employés qui ont des idées entrepreneuriales) et des repreneurs», explique le directeur de la HEG. Des personnes qui ne soient pas de simples administrateurs, mais des créateurs. Ses priorités? La qualité d’abord. «Nous avons 500 à 600 étudiants. Le but n’est pas d’arriver à 1 000 étudiants à tout prix, mais de développer une stratégie de croissance basée sur la qualité. Ce qui est vraiment important, c’est la qualité de l’enseignement, de la formation. Nous développons une stratégie basée sur la pratique, avec un enseignement fondé sur les valeurs. Nous proposons une formation humaniste, pas seulement technique. Dans les quatre ou cinq ans, cette école doit être dans le top business des HEG en Suisse, avec une réputation internationale. Nous avons déjà une bonne base, mais on peut faire encore plus. On va renforcer la recherche et le développement, la recherche de mandats et la partie marketing de l’école.»

des professeurs de qualité La qualité des professeurs d’abord. «Il est vraiment important de bien les choisir lors de l’engagement, qui se fait par un comité. Je veux qu’ils soient prêts à s’engager autant dans la partie théorique que dans la partie pratique. Et j’attends qu’ils ne se contentent pas d’enseigner avec des «slides powerpoint», mais qu’ils utilisent des méthodes d’enseignement nouvelles. Je veux qu’ils aient un style très interactif avec les étudiants, et qu’ils développent de nouveaux produits.» Les voilà avertis… L’école dispose déjà d’un système de contrôle de qualité ISO. Et chaque semestre, les professeurs sont évalués par les étudiants. Les responsables des filières doivent parler du rapport d’évaluation avec les professeurs, qui eux-mêmes doivent en discuter en classe avec les élèves. Une épreuve de vérité qui aboutit parfois à des départs spontanés ou à des renvois de professeurs. «C’est clair que nous ne le faisons

pas au premier feed-back négatif. Et parfois les professeurs sentent eux-mêmes le problème et en tirent les conséquences.» Mais les étudiants ne sont pas seuls juges: «Il y a également le feedback des autres professeurs. Ils sont invités à suivre parfois les cours de leurs collègues pour donner leur avis.»

Propre entreprise En fait, la plupart des profs accomplissent leur tâche d’enseignant comme une sorte de mandat pour une année, ce qui offre une certaine flexibilité à la HEG. Beaucoup d’entre eux possèdent leur propre entreprise et enseignent à temps partiel. Un atout certain pour offrir la meilleure formation, qui est plus pratique que théorique. Parce que la marque de fabrique de la HEG, c’est la pratique. C’est d’ailleurs ce qui la distingue de la filière universitaire classique en économie. «L’idée est de former des personnes qui soient immédiatement opérationnelles en entreprise. Notamment dans la vente, le marketing et les finances. Nous sommes sur la thématique Entrepreneuriat, innovation et PME», dit Rico Baldegger. Dans cet esprit de formation pratique, la HEG est à la recherche de mandats d’entreprises. Par exemple une étude de marché pour une entreprise. Ou encore des concepts de marketing adaptés à l’entreprise, ou des benchmarking. Mais pas de concurrence déloyale, souligne Rico Baldegger. «Les termes de l’échange doivent être corrects. Je ne veux pas que l’école casse le marché privé. Avec mon entreprise, j’ai longtemps travaillé au niveau du conseil, il ne serait pas normal que l’école offre des mandats à des prix si bas qu’elle casserait le marché des entreprises locales. Les seuls mandats bon marché qu’on accepte, c’est ceux qui sont imaginés par des étudiants, qui n’auront sans doute pas la qualité des projets menés par nos professeurs qui ont peut-être vingt ans d’expérience.»

Un labo d’innovation Dans ce sens, un autre projet se met en route: la création d’un «InnovationLab», un espace pour étudiants inventifs qui ont des projets à développer. «Nous voulons nous orienter encore plus vers de vrais projets. Et pour cela, nous voulons nous ouvrir à tous les étudiants du plateau de Pérolles, mixer nos étudiants par exemple avec ceux de l’Ecole d’ingénieurs et ceux de l’Université. Ce sera aussi notre contribution pour blueFactory» annonce le directeur. Les anciens terrains de Cardinal permettent en effet de cristalliser la superbe opportunité de Fribourg: «L’Université et les hautes écoles sont au centre-ville, près de 15 000 étudiants entre Pérolles et la gare. Des entreprises aussi. Tout est là, c’est super. Au niveau du campus, aucune autre ville en Suisse n’a cette opportunité, dans toutes les autres agglomérations ces sources d’innovation sont dispersées.»

Stratégie pour PME fribourgeoises Quelle analyse Rico Baldegger fait-il pour les PME du canton de Fribourg ? «Nous avons actuellement deux stratégies, l’une endogène, l’autre exogène. Pour moi, c’est clair qu’il faut les deux, mais il est préférable de soutenir la partie endogène, à savoir le développement des entreprises locales: C’est comme pour les équipes de foot: vous avez besoin de renfort extérieur, mais également de développement intérieur.» Des questions ont été posées aux entreprises. «Elles se réfèrent à plusieurs critères. Privilège au niveau holding, coût de la vie, disponibilité de terrain, impôt et maind’oeuvre. Pour garder les entreprises à long terme, il faut améliorer ces conditions-cadres et alléger les obstacles administratifs, notamment les autorisations pour la main-d’oeuvre ou pour les acquisitions de terrains.» A long terme, les hautes écoles sont un facteur

d’attractivité. Autre remarque: il ne faut pas attirer les entreprises puis s’en désintéresser… «Il y a dix ans, on est venu me chercher, et maintenant on me laisse tomber» a dit un entrepreneur à Rico Baldegger. Fribourg a de nombreuses entreprises qui ont des problèmes de succession, faute de financement. «Je connais des cas où l’entreprise a trouvé un successeur qui n’a pas pu la reprendre car il n’a pas trouvé les fonds nécessaires.» Et parfois l’entrepreneur qui veut prendre sa retraite avant 65 ans a tout avantage à laisser couler son entreprise afin de toucher le chômage plutôt que de l’offrir à un jeune entrepreneur sans argent. «Il faut trouver des solutions, nous avons déjà eu des discussions avec des banques. En Suisse alémanique, un organisme a lancé le projet «PME next.»

Bientôt une nouvelle filière à la HEG de Fribourg

Y a-t-il une vie après la vie?

1999

−− Créative, ouverte

Université de St-Gall, licence en économie d’entreprise. Dès 1985, responsable du marketing et du personnel dans un commerce de fer de détail.

Et de souligner: «Je veux renforcer l’interdisciplinarité de la formation ainsi que notre connexion avec l’Ecole d’ingénieurs. Car, explique le directeur, si la partie informatique est importante, la partie logistique et le processus de production, ou la chaîne de production, sont également primordiaux.»

1986

Cette filière serait plus particulièrement dédiée aux PME et recruterait dans un bassin plus large que le canton de Fribourg: «Je ne vise pas seulement le marché fribourgeois, mais aussi le marché romand et alémanique. Actuellement, beaucoup d’étudiants aboutissent à la Confédération, chez Swisscom ou dans les banques. C’est très bien, on garde cette filière, mais on en fait parallèlement une seconde plus orientée vers les PME, voire vers l’industrie.»

Doctorat en économie (Le soutien aux PME dans le canton de Fribourg) auprès du professeur Joseph Deiss, sans devenir assistant. En parallèle, s’occupe de ses entreprises.

En comparaison avec d’autres pôles d’innovation, Fribourg peut encore progresser pour devenir, dans 5 ou 10 ans, un pôle d’innovation reconnu en Suisse, et même en Europe, souligne Rico Baldegger. Ce sera notre tâche d’y parvenir. Cela signifie que les institutions doivent encore plus collaborer, il faut intensifier les relations entre universités, hautes écoles et entreprises. L’avantage de Fribourg, c’est sa situation entre deux pôles suisses, ceux de Lausanne et – plutôt que celui de Berne – de Zurich, la capitale économique de la Suisse qui n’est qu’à 1 h 20 de train. «On ne fait pas assez pour attirer les étudiants, et surtout pour les garder. Après les études, ils quittent Fribourg sans laisser de traces. Il faut faire plus…» La solution? «Qu’ils

Crée une entreprise de conseil à Fribourg. Puis encore cinq ou six autres dans le domaine de la plasturgie, IT et du sport.

1990-1995

créent dans notre canton plus de start-up en relation avec leurs études. Je pense aux ingénieurs, aux sections de physique, de chimie ou d’économie de l’Université. Il faut les pousser à créer quelque chose, une entreprise, et pas seulement à faire leurs études et à s’en aller. Les étudiants ne doivent pas seulement se demander combien de crédits ils pourront escompter, et les profs combien ils seront payés. Tous doivent faire quelque chose parce que c’est intéressant, et se mettre à l’écoute des entreprises qui, ensuite, seront des partenaires investisseurs. S’il n’y a pas cette stratégie endogène, on n’a à mon avis pas assez de masse critique pour blueFactory. Il faut revitaliser cet écosystème entrepreneurial à Fribourg.» Le bilinguisme est un outil culturel: «Il est

1994

clair que cette partie interculturelle est un des piliers de la stratégie. Elle nourrit un autre esprit, ce qui est important pour être prêt au niveau international. C’est une des richesses de Fribourg, il faut encore mieux l’exploiter même si le bilinguisme a le désavantage de définir des marchés plus petits.»

l’anglais indispensable Pourquoi n’avoir comme langue de cours, au niveau master, pratiquement que l’anglais ? «Le problème est qu’on perdrait des étudiants et que nous n’avons pas la masse critique pour des cours uniquement en français ou en allemand. Le master en anglais nous permet de réunir des élèves de Genève, Neuchâtel, Lucerne, Zurich ou Berne.» Et

le risque de n’avoir bientôt que l’anglais comme langue à tous les niveaux? «C’est sûrement un risque au niveau master, où la plupart des cours sont en anglais. Mais pour ses projets et pour les examens, l’étudiant peut choisir l’une des trois langues: le français, l’allemand ou l’anglais. Certains font le master en trois langues, français et allemand plus un stage à l’étranger en anglais. Chaque professeur maîtrise au moins deux langues. La plupart des formations post-grade se font en français.»

un congrès à fribourg La HEG tient à organiser des événements tant pour le grand public que pour des milieux spécialisés. Ainsi le 23 octobre prochain aura lieu à Fri-

Enseigne quelques heures de management à la HEG et

Pendant deux ans, se rend couramment à New York pour développer, avec un partenaire, une entreprise qui emploiera jusqu’à 45 personnes.

2002

Donne à nouveau un cours de management à la HEG et développe ses entreprises.

2008

Grâce à ses excellentes conditions cadres, la Suisse occupe désormais la 7e place sur 79 dans le Global Entrepreneurship and Development Index (GEDI). Dans notre pays, l’enquête 2012 révèle qu’un nombre plus important d’opportunités nécessaires à la création d’entreprise a été perçu par rapport aux années précédentes. Cette hausse place la Suisse devant ses pays voisins et les USA alors que la tête du classement est occupée par les pays scandinaves. Quant aux compétences nécessaires pour créer une entreprise, elles sont identifiées en Suisse comme au moins aussi bonnes, si ce n’est meilleures, que la moyenne européenne – ceci étant déjà le cas les années précédentes. La Suisse atteint des résultats supérieurs dans les domaines de la finance, de l’infrastructure, de la formation supérieure,

−− Boucher −− Oui

Comment l’imaginez-vous? Qu’aimeriez-vous que Dieu vous dise? −− Tu as bien fait

Le désir que vous aimeriez réaliser? −− Aider à lancer 30 start-up par année sur le plateau de Pérolles

A quelle heure vous levez-vous? −− A 6h30

Une belle femme? −− Ma femme

Votre salaire? −− Correct

Reprend l’«Institute for Entrepreneurship & SME» et fonde le Master Business Administration en entrepreneuriat (Innovation & Croissance).

Que faites-vous de votre argent?

2013

−− Lire et embrasser ma femme

Engagé en qualité de directeur.

−− Je l’investis dans ma famille

Une belle œuvre? −− Golden gate bridge

La dernière chose que vous faites avant de vous coucher? Votre bruit préféré ? −− Les cris des enfants

Votre plat préféré? −− Fromage et vin rouge

Marié, Rico Baldegger est père de deux enfants. Ancien entraîneur et même instructeur de football, il a aussi pratiqué l’escalade, et fait occasionnellement du VTT et la planche à voile.

bourg le 8e Congrès de l’académie de l’entrepreneuriat et de l’innovation (AEI). «Cette conférence se fait normalement en France, c’est la première fois qu’elle aura lieu à l’étranger. Et j’ai demandé qu’elle soit organisée avec la participation d’entrepreneurs, ce qui a été accepté» dit Rico Baldegger, responsable du comité scientifique. Le programme prévoit déjà, par exemple, une intervention de Thomas Minder sur le swissmade, et la participation du patron des chocolats Villars Alexandre Sacerdoti, de la Bulloise Paola Ghilani ou du Valaisan Christian Constantin. L’impact local est intéressant, avec la venue de l’étranger de 200 personnes pour ce congrès qui prévoit une soirée fondue chez Cremo, se réjouit Rico Baldegger.

Votre matériau préféré? −− Le bois

Dans cinq ans, où serez-vous et que ferez-vous ? −− Probablement entre Fribourg et Boston/ San Francisco pour la HEG Fribourg

Le dernier livre que vous avez lu? −− «Thinking slow and fast» de Daniel Kahnemann

−− Que feriez-vous si vous gagniez 6 millions à la loterie? −− Investir dans des start-up

Un beau souvenir? −− Le voyage de six mois en camping-car avec ma famille

Une qualité que les autres ont remarquée chez vous? −− Donner de la confiance

Quel est votre plus vilain défaut? −− L’impatience. Et je fais trop confiance

Comment aimeriez-vous mourir? −− Je n’ai jamais pensé à la manière. Mais pourquoi pas en dormant

Un créneau international pour la HEG de Fribourg Sur le plan mondial, l’enquête internationale annuelle du Global Entrepreneurship Monitor (GEM), qui interroge 198000 personnes dans 69 pays est coordonnée par le Babson College (région de Boston) et la London Business School. Pour la Suisse, c’est la HEG de Fribourg qui joue le rôle d’antenne de cette radiographie mondiale de l’entrepreneuriat, en collaboration avec l’Ecole polytechnique fédérale (EPF) de Zurich et la Scuola universitaria professionale della Svizzera italiana (SUPSI) de Manno. Pour la Suisse, pas moins de 2000 interviews téléphoniques et 36 interviews d’experts ont permis d’une part, de cerner les attitudes, les activités et les ambitions entrepreneuriales et d’autre part, de déterminer les facteurs influençant le type et l’envergure des activités entrepreneuriales.

−− Possible

devient responsable de la nouvelle section alémanique.

1979

Armand Yerly

Votre mot préféré?

1959

Collège St-Michel à Fribourg où son père avait des relations professionnelles avec l’entreprise Wassmer.

Rico Baldegger: «Il faut pousser les étudiants à créer quelque chose à Fribourg, une entreprise. Pas seulement à faire leurs études et à s’en aller.»

−− Le vin rouge

Quel métier vous n’auriez pas fait?

1975

Un enseignement mixte entre le management et la technique: «Actuellement, nous sommes en plein dans le management. C’est très bien, mais il est nécessaire de connaître un peu les aspects techniques de l’entreprise. L’idée est d’offrir une formation qui se situe un peu entre les deux, avec deux tiers de management et un tiers de technique.»

Votre drogue favorite?

CARTE DE VISITE Naissance à Altstätten (SG) le 18 juin. Scolarité dans la région.

Rico Baldegger n’entend pas seulement élever le niveau de l’enseignement et promouvoir les nouvelles méthodes interactives, il songe à créer une nouvelle filière interdisciplinaire.

ses petites phrases

du transfert de savoir et de technologie de même que de la stabilité de la dynamique du marché intérieur. Toutefois, dans le domaine de l’activité entrepreneuriale à l’intérieur de l’entreprise, les PME suisses se situent en dessous de la moyenne des économies basées sur l’innovation. En août, Fribourg va publier un rapport sur la manière dont les PME suisses s’insèrent dans le créneau international. «Nous disposons d’une banque de données de 800 entreprises, et nous publierons tous les trois ans un rapport sur ce thème», promet Rico Baldegger. «Ces activités au niveau international sont très importantes pour notre petite école leader en Suisse. Elles nous offrent notamment une meilleure visibilité au niveau médiatique. Nous voulons encore les développer.»

Que feriez-vous s’il ne vous restait plus que six mois à vivre? −− Voyager et discuter avec la famille et des amis

Si vous étiez un animal ? −− Une panthère

La chose qui vous irrite le plus? −− Les jeux d’intrigues

Une personnalité que vous auriez aimé être? −− Richard Branson (ndlr: preneur britannique de

l’entreVirgin)

Le don de nature que vous aimeriez avoir ? −− Savoir jouer de la guitare

Votre remède quand ça va mal? −− Discuter en famille et faire du sport.

Nouveau souffle pour l'esprit entrepreneurial  

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