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AVRIL 2010

[ N째29] ME N SUE L GR ATUI T 1 0 0 % NO RD - PA S- D E- C ALAI S

Un magazine du Groupe Visite


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[N°29 AVRIL 2010]

édito

Ce journal est le vôtre. Réagissez à nos articles ! Ecrivez-nous par e-mail : redaction@entreprises-et-management.com ou par courrier : Entreprises & Management 56 rue Winston-Churchill 59100 Roubaix

A

Arques, à l’apogée de la cristallerie, vers la fin des années 80, le travail était rude. Mais la vie, pas très compliquée. Le midi, on mangeait à la cantine, alimentée en légumes par les fermes de Jacques Durand, le grand patron. Les week-ends, on allait se dépenser sur les terrains de sport qu’il avait fait construire. On habitait les maisons que ses ouvriers avaient bâties. On envoyait les enfants dans l’école qu’il avait fondée. Et quand ils stoppaient leurs études, on les pistonnait pour les faire embaucher à la verrerie. L’été, on allait bronzer dans le camping de Monsieur Durand, près du Touquet. Et à l’apéro, entre amis et collègues, on trinquait dans les verres de sa fabrique. A la rentrée, au moment de reprendre le turbin, on finissait par ne plus très bien savoir si c’était l’usine qui était dans la ville, ou bien l’inverse. Telle était la vie à Cristal City. Le bon vieux temps, disent les anciens. Le patriarche voulait tout contrôler : la concurrence, les salaires, la paix sociale

Piège de cristal

Magazine gratuit édité par Visite Entreprises et Management SARL au capital social de 30 000 euros Société à responsabilité limitée 56 rue W. Churchill, 59100 Roubaix. Directrice de publication et gérante : Barbara Berret. Directeur délégué de publication : Guy Michel. Principaux associés : Métive, Guy Michel. Dépôt légal à parution : ISSN 1960 - 954X Régie publicitaire : Visite Editions 03 28 33 89 00. Responsable des ventes : Fabien Noyon.

4 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

et même la vie privée de ses salariés qu’il ne recrutait jamais sans avoir fait sa petite enquête auprès du curé ou des gendarmes. Il n’a pourtant pas pu empêcher le vent de la mondialisation de souffler la bulle de cristal qui protégeait son entreprise et ses salariés. Quand elle a fini par éclater, quelques années après sa mort, ses ouailles se sont retrouvées bien déboussolées. Et le colosse qu’il avait bâti à coup de géniales intuitions est tout à coup devenu aussi fragile qu’un château de cartes. Trahissant, hélas, les limites d’une gestion à la papa avec emploi à vie et bonnes œuvres. Fabuleuse épopée industrielle. C’est cette incroyable saga, vieille de près de deux siècles que nous vous invitons à découvrir dans ce numéro. On ne sait trop quelle leçon tirer de cette fabuleuse épopée industrielle, dont on espère qu’elle n’est pas terminée. En économie le pire est rarement le scénario le plus probable. Mais pour notre fleuron régional, les perspectives ne sont guère réjouissantes. Et son avenir, bien moins limpide que le cristal. STÉPHANE BARGE

Rédacteur en chef : Stéphane Barge. Rédacteur en chef-adjoint : Pierre-Yves Bocquet. Photos et couverture : François Canar Graphiste : Florence Cantaluppi Direction artistique et mise en page : MÉTIVE AVENUE Ont collaboré à ce numéro : Thierry Butzbach, Gaëtane Deljurie, Christophe Demay, Claire Devilliers, Joëlle Jacques, Sébastien Jarry, Carole Lewis (correctrice), Nicolas Montard, Emmanuelle Partouche.

Communication : MÉTIVE AVENUE Antoine Van Lancker. Diffusion : MÉTIVE DIFFUSION Fabien Hallynck. Tirage 60 000 exemplaires Imprimé par WEISS-DRUCK, Industriestrasse 7, 52156 MONSCHAU, Allemagne. La reproduction, même partielle, de tout matériel publié dans ce magazine est interdite. 2009


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SOMMAIRE

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DOSSIER Arques : le cristal vole en éclats

20 Comment l’ex-champion du cristal a perdu son éclat [ECONOMIE]

L’INTERVIEW DU MOIS 14 Arnaud Mulliez - Président d’Auchan France « Chez nous, la peur de l’échec n’existe pas » DÉFI Cancers professionnels Travailler nuit gravement à la santé

24 Jacques Durand, le fantôme de Cristal City

28 Le verrier a-t-il encore la force d’innover ?

30 Quelle suite pour le feuilleton ?

32

[MANAGEMENT]

32

[PERSO] J’AI TESTÉ POUR VOUS La méthode anti-clope de l’Institut Pasteur

COACHING 40 Responsabilités Jusqu’où déléguer à sa secrétaire ?

62

40 CONQUÉRANT François-Xavier Delatte

34

Président de Duflot Industrie

Riche en fibres ARRÊT SUR IMAGES Dans les rouages de la Française de Mécanique

36

36 6 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

62

[LES CAHIERS DE L’EMPLOI] COMMENT DEVENIR Géomaticien

45

BAROMÈTRE Transports La logistique se remet en route

47

ANTI-SÈCHE Curriculum Vitae Faut-il oser la couleur ?

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ZAPPING

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COURRIER

[N°29 AVRIL 2010]

Erratum ne coquille s'est glissée dans l’article intitulé « Faut-il laisser la religion au vestiaire ? », paru dans notre dernier numéro (E&M n°28). Il fallait bien sûr lire « débat sur l'identité nationale » et non pas « débat sur l'immigration nationale », comme écrit par erreur.

U

Réagissez par e-mail redaction@entreprises-et-management.com ou par courrier Entreprises & Management 56 rue Winston Churchill - 59100 Roubaix

[N°28 MARS

« L’Écœurement

2010]

édito

le vôtre. Ce journal est nos articles !: Réagissez à -nous par e-mail

Ecrivez anagement.com treprises-et-m par courrier : redaction@en ou Management Entreprises & Roubaix n-Churchill 59100 56 rue Winsto

D

d’Azur. lpes-Côte ent et Provence-A France et capacité d’investissem en jeu. s et les caC’est notre ir de nos enfants qui est avec evant les micro l’aven d’en finir hommes poliméras, nos assez convain- donc, donc grand temps utis dans des Il est s englo tiques sont expliquent s, des commillions d’euro gécants. Ils nousne se porte ces istrations kafkaïenne ismes organ que le pays et que nous admin ns superflues, despousse. Assez de pas au mieux la ceinture. missio ades à comme je te rés à la va mégalos, de ces escap en r nous serrer montrer déguisées ds projets allons devoiu’ils jurent de du monde la pi- ces placar Mais puisq finissons par avalerune de l’autre bout e. Ras-le-bol desitants de nous voyages d’étud l’exemple, nt, dès qu’on pointe caprices exorb élus des nos et lule. Pourta leurs dépenses, (lire page 20). leurs dorés vite sur cela monsieur l’élu montent pas. Ce ux. « Tout ne rêvons perdurer grands chevagrand-chose », folie. Mais de paraît ne pèse pas en touche Petite de petite folie risque terrain le bottent-ils titille sur leur genre e un moment, tantcompte qu’à elle lorsqu’on les Ils n’ont pas encor e. Rendez-vous e 470 syndicats prodigalité. : après tout, ce propic notre région recens communautés seule, naux, 11 ent du toujours tort Ajoutez-y forcément parce que le présid le Zé- intercommuation, 11 pays… unes, n’est pas al du Nord s’est offert per- d’agglomér communautés de comm r leurs efson Conseil génér ter ses vœux à tout de bien sûr 17cessé de faire gonfle , t été créées nith pour présen va qui n’ont at, il qu’elles avaien 260 000 euros (pour notre PIB l fectifs alorsaliser les dépenses. Résult sonne page 22) que res pour même… liredu jour au lendemain. mon- pour rationde 80 000 fonctionnaiinfernale les ique drer plus tant faut mécan s’effon d’ailleurs pas s dans notre en mettant tourner cette Ce ne sont condamnon l’argent pu- faire page 18). La simplifier rouages est nous que ses tants la façon dont examirrence (lire oup d’huile dans territoriale, certes beauc dossier, mais . Avouez qu’en l’occu te la réforme de faire. utilisé à présen est l’enjeu blic doute mieux députés. Elle d’affaiblir aux qui il y avait sans ces petits ruisse nt par née par les s, comme celui (lire page sont et finisse du d’autres risque déjà exsangues Hélas, ce nos déficits Celle des territoires font déborder océan de dettes. on ne fait rien… 1,4 milun STÉPHANE BARGE 26). Mais si alimenter e-Calais représente plus imNord-Pas-d s, c’est la troisième l’Ile-deliard d’euro le pays, derrière portante dans

Ceinture

!

par gratuit édité ment Magazine ses et Manage euros Visite Entrepri social de 30 000 SARL au capital abilité limitée Roubaix. Société à respons Churchill, 59100 56 rue W. : et gérante publication Directrice de : Guy Michel. Barbara Berret. de publication Michel. Guy Directeur délégué - 954X associés : Métive, ux : ISSN 196003 28 33 89 00. Principa à parution Dépôt légal ire : Visite Editions Noyon. : Fabien Régie publicita des ventes Barge. able e . Respons en chef : Stéphan ves Bocquet Rédacteur en chef-adjoint : Pierre-Y Rédacteur ent ses &Managem

du citoyen »

: François Canar couverture Photos et : Florence Cantaluppi Graphiste page : e et mise en Direction artistiqu MÉTIVE AVENUE , : Gaëtane Deljurie é à ce numéro Ont collabor h, Nicole Buyse, Joffrey Levalleux, Thierry Butzbacs, Virginie Lepetit, elle Partouche, Claire Devillier(correctrice), Emmanu Bruno Walter. Carole Lewis Souffi, Carmela Vicente, Emmanuelle AVENUE MÉTIVE : Communication Hallynck . Lancker. Antoine VanMÉTIVE DIFFUSION Fabien Diffusion :

la lecture de votre article sur l’argent public gaspillé (E&M n°28), effectivement c’est scandaleux ces dépenses. Mais qui est réellement au courant ? Moi en tant que contribuable lambda, je découvre ces montants… Sauf sur les taxes d’habitation ou foncières. Auto-entrepreneur et gérant au cordeau toutes les dépenses, j’hallucine. Il faudrait trouver une communication pour le marteler !! Une campagne à la Ikea par exemple, pour faire réagir ! Enfin, les dernières élections sont peut être un signe de l’écœurement du citoyen... Et encore vous ne parlez pas de l’Europe. Continuez ! BRUNO DECLERCQ

A

exemplaires Tirage 60 000WEISS-DRUCK, AU, Imprimé par 7, 52156 MONSCH Industriestrasse Allemagne. partielle, ction, même La reprodu l publié . de tout matérie e est interdite dans ce magazin

2009

2010] N°28 [Mars

4 Entrepri

APPEL AU VOTE www.trophees-em.com Le prix spécial Grand Public, c’est votre prix ! Du 1er au 30 Avril 2010 Les sélections "Jeune Pousse"

Les Trophées édition 2010

Chaque mois, les candid at s af f ro n t e ro n t leur projet en ligne et c’est à vo u s d e décider sur www.tro phees-em .com

[Avril 2010] N°29 Entreprises &Management 7


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on 2010

4 Trophées Jeune Pousse Conquérant Entreprise Citoyenne Grand Public

s Retrouvez tou ur s nos candidats m.com s-e www.trophee

Ce mois-ci, gros plan sur le trophée jeune pousse

PORTRAITS

Les Trophées édition 2010

Jeune pousse

Nos partenaires :

HOME SWEET HOME CONSEIL Jérôme HERBAUT Date de création : 2008

Secteur d’activité : Conseil à la mobilité

Nombre de salariés : 2 associés

CA 2009 : 55 000 euros

Jeune pousse

FORMANORD Gilles HAINAUT Date de création : Janvier 2005

Secteur d’activité : Formation

Nombre de salariés : 4 personnes

CA 2009 : 175 000 euros

Jeune pousse

ETAT MAJOR Estelle LEBAS Date de création : Février 2005

Secteur d’activité : Conseil en stratégie et en communication

Nombre de salariés : aucun

CA 2009 : 93 000 euros 8 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

Modèle : Home Sweet Home Conseil offre aux directions des ressources humaines des PME et grands comptes des prestations d’aide à la mobilité interne pour les salariés. La société accompagne l’emménagement (sélection de logements, ouvertures de ligne téléphonique, accès Internet…) ou le déménagement (préavis, état des lieux, transfert d’abonnements…), gère les formalités administratives (titres de séjour, allocations familiales, sécurité sociale…) et offre aux nouveaux arrivants un service d’assistance.

Stratégie : Après avoir conforté son implantation régionale, Home Sweet Home vise une extension nationale avec l’ouverture de filiales dans les grandes villes de France. La société lancera cette année une nouvelle offre spécialement destinée aux étudiants lillois. Résultats : Avec une trentaine de missions réalisées en 2009, la société en prévoit une cinquantaine en 2010, pour un chiffre d’affaires de 100 000 euros. A l’horizon 2012, Home Sweet Home envisage l’ouverture d’une ou deux agences supplémentaires et l’embauche de deux ou trois personnes.

Modèle : Formanord propose des formations dans les domaines de la performance commerciale, du télé-marketing et de la télévente, des RH (recrutement, évaluation…), du développement personnel (gestion du stress, animation de réunion, prise de parole…), ou encore du leadership (animation d’équipes, gestion du temps, teambuilding…). Stratégie : Formanord prévoit une croissance soutenue pour les cinq années à venir. Elle compte densifier le mail-

lage de son réseau d’intervention, via l’ouverture de deux ou trois agences dans des grandes villes de France. L’entreprise associe à son développement une démarche interne de respect de l’environnement (voiture à l’éthanol, recyclage du papier…). Résultats : Depuis sa création, la société a connu une croissance de 700%. Avec un chiffre d’affaires prévisionnel de 425 000 euros en 2010, Formanord vise les 1,2 million d’euros pour 2015. Dès cette année, la TPE compte séduire environ 25 prospects, ce qui porterait son portefeuille à une bonne centaine de clients.

Modèle : Etat Major est un cabinet de conseil en communication et en stratégie spécialisé notamment dans la santé et le développement territorial. Il apporte son expertise dans la gestion de crise (audit, média-training, débriefing, plan de progrès, etc..). Stratégie : Essentiellement positionné sur les établissements de santé (associations de malades, de professionnels, hôpitaux...), Etat Major souhaite décloisonner sa clientèle en créant des passerelles avec d'autres do-

maines (développement durable, renouvellement urbain...). Le cabinet compte aussi développer en 2010 la formation des dirigeants d'entreprise au management de la communication. Résultats : Etat Major prévoit un chiffre d'affaires de 130 000 à 150 000 euros en 2010. Il compte pour cela élargir son champ d'intervention à l'ensemble du territoire français tout en développant les relations presse pour renforcer la visibilité de son entreprise. Le cabinet privilégie les missions de long terme avec un nombre de clients limité.


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Jeune pousse

WAJESTIC Benoit LEPERE Date de création : Juin 2009 Lancement commercial octobre 2009

Secteur d’activité : Portail de cash back communautaire

Nombre de salariés : 2 personnes

CA 2009 :

15 000 euros (3 mois)

Jeune pousse

LOOK MAKE UP Solange LEFEBVRE Date de création : Août 2008

Secteur d’activité : Prestations de beauté

Nombre de salariés : 18 personnes

CA 2009 : 28 000 euros

Jeune pousse

ALYSEE Régis VIENNE Date de création : Juin 2006

Secteur d’activité : Prestations en décoration

Nombre de salariés : 1 personne

CA 2009 : 152 000 euros

Jeune pousse

ONE MORE MILK Marie-Cécile DURU Date de création : Juin 2008 (lancement commercial décembre 2008)

Secteur d’activité : Textile en vente à domicile

Nombre de salariés : 2 personnes

CA 2009 :

Jeune pousse

80 000 euros (4 mois)

MAKEDA HOME SERVICES Kodjo FIOKOUNA Date de création : Octobre 2009

Secteur d’activité : Services à la personne

Nombre de salariés : 1 personne

CA 2010 : 74 000 euros

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Modèle : Wajestic est un portail qui rassemble plus de 450 sites marchands, tous secteurs d'activité confondus. Le site touche des commissions sur tous les achats réalisés, qu'ils rétrocèdent partiellement aux membres selon le principe du "cash back". Chaque membre touche un euro pour chaque commande passée par lui ou par un de ses filleuls. Stratégie : Le développement du site n'est pas fondé sur la publicité mais sur le parrainage, un membre pouvant théoriquement

compter 8 420 filleuls, sur trois niveaux. Wajestic va lancer une application Facebook qui devrait booster le nombre d'adhérents. Le site favorise la compétition entre membres, qui disposent d'un avatar évoluant en fonction de ses recettes. Résultats : Après quelques mois, Wajestic compte 6 000 membres, qui totalisent environ 400 visites par jour. Le seuil de rentabilité, atteint à partir des 100 000 membres, est prévu pour fin 2010, avec un chiffre d'affaires de 300 000 euros. Dès 2011, le chiffre d'affaires devrait atteindre 3 millions d'euros.

Modèle : Look Make Up est un service de coiffure et de soins esthétiques à domicile, adaptés à tous types de peaux et de cheveux, à destination des particuliers et des entreprises. La société commercialise également ses produits de beauté haut de gamme sur un site marchand et via des partenariats avec des magasins. Stratégie : Look Make Up prévoit l'ouverture en 2010 d'un centre de beauté, avec

l'objectif à terme de développer une chaîne nationale d'instituts Look Make Up. La société souhaite également renforcer ses prestations de relooking et de conseil en image. Résultats : Avec un chiffre d'affaires de 28 000 euros en 2009 et plus de 200 clients, Look Make Up prévoit une forte progression de ses résultats avec l'ouverture de son premier centre de beauté. L'équipe devrait accueillir une dizaine de salariés supplémentaires chaque année.

Modèle : Alysée est spécialisé dans la vente à domicile de mobilier et l'aménagement (rideaux, voilage, nappage...) à destination des espaces intérieurs collectifs. Ses principaux clients sont les maisons de retraite et les collectivités (mairies, écoles, universités…). Stratégie : Alysée se positionne sur un marché en pleine croissance, les structures spécialisées pour l’accueil et l’hébergement de personnes âgées.

Dans les deux années à venir, Alysée prévoit d'ouvrir un local commercial pour exposer son mobilier, ses gammes de tissus et ses accessoires décoratifs et ainsi améliorer sa visibilité. Résultats : Alysée prévoit de réaliser un chiffre d'affaires de 250 000 euros en 2010, puis de 300 000 euros en 2011. Un commercial devrait rejoindre l'entreprise dès cette année pour démarcher les 1000 clients potentiels que compte la région Nord-Pasde-Calais.

Modèle : One More Milk est une marque de vêtements de créateur pour enfants de 1 à 12 ans, commercialisés en vente à domicile et sur son site marchand. La marque propose deux collections par an, avec une cinquantaine de modèles. Stratégie : One More Milk privilégie la vente directe avec un réseau de 40 animatrices sur tout le territoire, offrant ainsi des prix attractifs. Rémunérées à la commission, les animatrices sont

invitées à relever des challenges pour gagner des cadeaux (vêtements de la collection, voyage...). One More Milk élargit sa clientèle en créant une petite collection pour femme. Résultats : En 2009, One More Milk a vendu près de 3000 pièces auprès de 1000 clientes, pour un chiffre d'affaires de 80 000 euros. La marque vise un résultat de 140 000 euros en 2010 et prévoit un réseau de 200 animatrices à l'horizon 2011. One More Milk ambitionne de devenir le leader de la vente directe de vêtements d'ici cinq ans.

Modèle : Makeda Home Services est une entreprise de services à la personne, ayant reçu un agrément simple de l'Etat (ménage, repassage et garde d'enfants de plus de trois ans) et exerçant sur le territoire de la métropole lilloise et ses environs. Stratégie : Dès 2010, Makeda souhaite obtenir la certification Qualicert et développer d'ici trois ans les neuf activités pour lesquelles l'entreprise est

agréée (jardinage, surveillance de résidence, préparation de repas, collecte et livraison de linge repassé, livraison de courses, soutien scolaire). Makeda proposera prochainement un service de ménage écologique. Résultats : Avec un résultat prévisionnel de 74 000 euros en 2010, Makeda vise les 112 000 euros pour 2011 et 2012. L'équipe devrait compter 10 salariés d'ici trois ans. Après un ancrage régional, l'entreprise souhaite développer un réseau national d'agences. [Avril 2010] N°29 Entreprises &Management 9


Jeune pousse

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DOUBLE CHEESE EVENT Sandra PELLETIER Date de création : Février 2009

Secteur d’activité : Evènementiel

Nombre de salariés : aucun

CA 2009 : 8 000 euros

Jeune pousse

ANTOCANTINE Anthony GUERMONPREZ Date de création : Juin 2009

Secteur d’activité : Restauration rapide

Nombre de salariés : 3 personnes

CA 2009 : 120 000 euros

Jeune pousse

COM’ DES ENFANTS Shirley CURTAT Date de création : Septembre 2008

Secteur d’activité : Conseil en communication

Nombre de salariés : Aucun

CA 2009 : 100 000 euros

Jeune pousse

COFFEE STREET Renaud MAIRIAUX Date de création : Février 2009

Secteur d’activité : Vente ambulante

Nombre de salariés : aucun

CA 2009 : 15 000 euros

Jeune pousse

PERF IN SPORT Alexandre MARLES Date de création : Janvier 2008

Secteur d’activité : Sport et recherche

Nombre de salariés : 1 personne

CA 2009 : 130 000 euros

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Modèle : Double Cheese Event propose des prestations d'animations de photographie lenticulaire et de création de carte à la demande (vœux, faire-part, carte de visite...), à destination des professionnels B to B et des particuliers. Les cartes photographiques personnalisables sont réalisées en trois minutes et peuvent accueillir un espace publicitaire. Stratégie : Pour pallier la forte saisonnalité des animations photogra-

phiques, Double Cheese Event prévoit de lancer chaque année un nouveau produit. En 2010, la société va développer une collection de livres personnalisables pour enfants. Sa stratégie de communication s'appuie sur une forte présence en salons et la mise en place de techniques d'e-marketing. Résultats : Double Cheese Event prévoit de tripler son chiffre d'affaires en 2010, à 24 000 euros, en développant notamment sa clientèle de particuliers.

Modèle : Antocantine offre un service de restauration rapide, ouvert le midi du lundi au vendredi, sur place ou en livraison dans le centre d’affaire d’Euralille. Les menus, composés d’une quarantaine de produits (plats cuisinés, salades, sandwiches…), sont cuisinés sur place avec des produits frais. Stratégie : Le restaurant, implanté au plus près des lieux de travail, vise une clientèle de professionnels en privilé-

giant une ambiance conviviale de “cantine” pour fidéliser les clients. La communication est axée sur une alimentation 100 % “fait maison”. Antocantine prévoit l’ouverture d’autres points de vente et cible de nouvelles clientèles, notamment auprès des structures étudiantes. Résultats : Le restaurant accueille environ 2000 clients par mois, avec un ticket moyen de 9 euros. Antocantine prévoit un chiffre d’affaires de 250 000 euros en 2010 et une nouvelle embauche.

M o d è l e : Com’ des Enfants est une agence de conseil en communication et marketing opérationnel spécialisée sur les 0-25 ans. Utilisant tous les canaux de communication (édition, Web et multimédia, relations presse, relations publiques), l’agence accompagne les entreprises, associations et institutionnels sur les problématiques touchant les jeunes ou la famille. S t r a t é g i e : En partenariat avec des

prestataires freelance, Com’ des Enfants sous-traite la partie opérationnelle de communication pour se concentrer sur l’analyse et l’élaboration de la stratégie. Dès 2010, l’agence souhaite développer les serious games (jeux vidéo 3D) comme nouveau mode de communication auprès des jeunes. R é s u l t a t s : Avec un chiffre d’affaires prévisionnel de 160 000 euros et une embauche en 2010, l’agence devrait atteindre les 210 000 euros en 2012.

Modèle : Coffee Street propose une gamme complète de boissons à emporter dans la métropole lilloise. L’offre varie en fonction des saisons : boissons fraîches en été, chaudes en hiver. La clientèle visée correspond aux jeunes actifs qui ont besoin de mobilité. Stratégie : Coffee Street parie notamment sur la vente de café en triporteur, mode de distribution original et écologique. La marque estime par ailleurs proposer des produits de qualité à des prix inférieurs à

ceux du marché. Coffee Street axe sa stratégie de communication sur les médias sociaux et les réseaux communautaires. Résultats : Avec un panier moyen de 1,33 euro, Coffee Street réalise un chiffre d’affaires moyen de 1 680 euros par mois pour son premier point de vente. L’objectif est d’atteindre rapidement les 36 000 euros. Fin 2010, Coffee Street prévoit la mise en place de 4 à 6 points de vente supplémentaires au cœur de la métropole lilloise. Pour accompagner son développement, l’entreprise vise un effectif de 5 à 8 personnes.

M o d è l e : Perf In Sport est une entre-

technique d’utilisation. En termes de communication, Perf In Sport souhaite s’associer à l’image de grandes personnalités du monde du sport et réalise également de la publicité dans la presse spécialisée. R é s u l t a t s : Avec plus de 200 clients sur toute la France, la Belgique et l'Afrique du Nord, Perf In Sport réalise un chiffre d'affaires de 130 000 euros en 2009 et vise les 500 000 euros sur 2010. L'entreprise devrait renforcer son équipe avec une ou deux embauches d'ici deux ans, et un contrat d'apprentissage dès 2010.

prise spécialisée dans l’expertise en préparation physique, la formation en sport (préparation physique, mentale, nutrition du sportif, analyse vidéo, ostéopathie du sport) et la recherche en sciences du sport. Ces services s’adressent aux structures sportives et à leur encadrement. S t r a t é g i e : L’entreprise a développé une activité de vente de matériel, associée à une formation


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Les Trophées édition 2010

4 Trophées : • Trophée Entreprise Citoyenne • Trophée Jeune Pousse • Trophée Conquérant • Trophée Grand Public

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[N°29 Avril 2010]

La phrase

Jean-Pierre Guillon, président du Medef régional, estime ne pas pouvoir courir derrière tous les chefs d’entreprise pour leur dire de renoncer aux plans sociaux. Source : La Voix du Nord du 22 février 2010

L’homme

Le Flop Le chômage partiel

Le chômage partiel a explosé dans la région avec 26 millions d’heures non travaillées en 2009, sept fois plus qu’en 2008. L’industrie a été le principal utilisateur de ce dispositif qui a touché plus de 90 000 salariés. Réglementé, le chômage technique ne peut être utilisé que pour compenser des baisses d’activité dues à la conjoncture économique.

Vous trouvez ça normal ? Régime minceur pour les mineurs Un décret du 31 décembre dernier a discrètement supprimé la gratuité de certains services dont bénéficient les 65 700 personnes encore affiliées au régime minier. Ainsi, par exemple, des frais de transport pour se rendre chez le médecin en ambulance. Certes, cela ne concerne pas les victimes d’affection longue durée ou de maladies professionnelles, tels les silicosés. Mais justement, pourquoi s’acharner à modifier un régime santé dont bénéficient de rares anciens de la fosse (ou leurs ayants droit) qui l’ont bien mérité ? D’autant qu’on se moque bien, par ailleurs, qu’ils cotisent 0,5% de plus que les retraités du régime général pour toucher 17% de retraite en moins. Uniformiser d’accord, mais alors jusqu’au bout ! 12 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

©DR

André Tordeux Le président de Genoscreen renforce l’expertise régionale dans l’Alzheimer Spécialiste de la recherche sur l’origine génétique de la maladie d’Alzheimer, Genoscreen passe la vitesse supérieure : le projet Medialz, piloté par la pépite lilloise, vient d’être crédité de 2 millions d’euros par le Fonds unique interministériel (Fui). Porté par le pôle Nutrition Santé Longévité et mené en collaboration avec l’Inserm et une start-up lilloise, Alzprotect, Medialz va renforcer le savoir-faire régional dans la lutte contre Alzheimer.

T

-vous ?

L’innovation s’étend à tous les domaines, y compris les plus inattendus, comme celui des pompes funèbres ! Au Choix Funéraire, à Armentières, Emmanuel Pétrel est à l’avant-garde du service post mortem… Au point d’avoir breveté des prestations high-tech. Les familles peuvent ainsi venir avec leurs clés USB si elles souhaitent faire défiler les photos du défunt sur les écrans plasma des salons funéraires. Elles peuvent aussi personnaliser le cercueil à partir de maquettes en 3D. Les funérailles assistées par ordinateur, il fallait y penser ! © Nocibé

Plébiscité par ses employés, Leroy Merlin se classe au 2e rang du palmarès des entreprises de plus de 500 salariés où il fait bon travailler, derrière la filiale hexagonale de Microsoft. Une belle progression pour l’entreprise nordiste, filiale d’Adeo (famille Mulliez). En 2007, l’enseigne de bricolage figurait en 12e position du classement de l’institut Great Place to Work.

du mois

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Leroy Merlin

Le saviez

Le Top

©Sébastien Jarry

© François Canar - Métive Avenue

« Les restructurations, que voulez-vous que j’y fasse ? »

© François Canar - Métive Avenue

ACTUS

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Rendez-vous

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JOURNÉE DES APPRENTIS Organisée par Formasup, présidée par François Bourgin (photo), la 4e édition de la Journée des Apprentis du Supérieur rassemblera plus de 600 apprentis issus de diffé-

e er

© Nocibé

-------------Le tribunal de commerce d’Orléans a validé l’offre de reprise de Quelle La Source par le groupe 3 Suisses International. 131 de ses 213 salariés (dont ceux de Tourcoing) seront conservés. Quelle

L’Association of british tour operators to France (ABTOF) organise son congrès annuel à Lille. Chaque année, l’organisation britannique chargée de la promotion de la France outre-Manche met une ville à l’honneur pour faire connaître de nouvelles destinations auprès des organisateurs de voyages anglais. L’événement est organisé en étroite collaboration avec les professionnels du tourisme français. Lille, Grand Palais

Stratégie Investissement Économie

Télex

avait été placée en redressement judiciaire l’été dernier. © François Canar - Métive Avenue

Le distributeur de cosmétiques Nocibé a enregistré en 2009 une progression de 3% de son chiffre d’affaires, à 601 millions d’euros. Basée à Villeneuve d’Ascq, la troisième enseigne du marché, derrière Séphora et Marionnaud, revendique 458 magasins et emploie 3 000 salariés.

DU 23 AU 25 AVRIL BRITISH TOUR OPERATORS

-------------« Nous sommes au sud de Londres, mais en moins cher ». La hardiesse du président du Pas-deCalais Dominique Dupilet, bien décidé à profiter des Jeux olympiques de Londres 2012, ne plaît pas de l’autre côté de la Manche. « Les Français nous volent le business des JO », s’exclamait le Daily Star en février dernier.

--------------

Le spécialiste dijonnais de la relation client Teletech (3 000 salariés) envisagerait d’installer prochaine-

ment un call center de 600 personnes à Lille. Grâce à la vente à distance, la métropole est la deuxième région française en termes de

L’agence territoriale de la CCI Grand Lille de Saint-Omer organise une matinée d’information sur les obligations en matière de gestion des déchets en entreprise, avec un focus sur la réglementation et une introduction à l’éco-conception, ou comment intégrer l’environnement en amont du développement. Saint-Omer, CCI, 8h30

28 AVRIL & 3 MAI LE PRINTEMPS DE L’ENTREPRENEURIAT Dans le cadre du printemps de l’entrepreneuriat, organisé en partenariat avec l’Ieseg, la CCI Grand Lille organise deux conférences avec de nombreux témoignages. Intitulée “Entreprendre autrement”, la première sera dédiée au développement durable et à la responsabilité sociale. La seconde concernera l’ebusiness et la high-tech. Lille, CCI, salle Descamps,18h

concentration de centres d’appels avec 176 ‘call centers’.

-------------Le constructeur de

d’euros financée par son actionnaire Verdoso, la Finorpa (150 000 euros) et Lille Métropole (200 000 euros).

bateaux de luxe Wauquiez, à Neuville-enFerrain, pourra sortir de la procédure de sauvegarde engagée en juillet dernier. Un sursis dû à une remise à flot de 2,1 millions

© François Canar - Métive Avenue

23 AVRIL

27 AVRIL LA GESTION DES DÉCHETS

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Présentation du livre de Donat Nobile d’Alessandro, La mouche du coach, publié aux éditions du Panthéon. En treize nouvelles, l’auteur roubaisien, par ailleurs docteur en Administration et en Economie des entreprises et consultant en stratégie d’entreprise, fait l’éloge de l’importunité pour tous ceux et toutes celles qui ont la fibre entrepreneuriale. Lille, Club de la presse, 19h

rentes filières de la région. En plus des conférences et ateliers se tiendra en parallèle un mini-salon de la poursuite d'études, où une quinzaine d’écoles et institutions présenteront leurs offres de formation et les perspectives de carrières. Villeneuve d’Ascq, IUT A

© CRT-NPDC/Pascal Morës

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19 AVRIL LA MOUCHE DU COACH

La météo de l’éco - 22% +82% -6%

C’est l’évolution de la population du Touquet, passée en cinq ans de 5 355 à 4 200 habitants, selon le dernier recensement. En cause : la hausse considérable des loyers, dissuasive pour les résidents permanents. La station balnéaire compte en outre 9 000 résidences secondaires. Source : Insee C’est la progression sur un an du montant des crédits Oséo (120 millions d’euros) en garantie de financements bancaires des PME sur la région. Censé soutenir les entreprises innovantes, l’organisme est, depuis la crise, sollicité pour panser les trésoreries défaillantes. L’an dernier, plus de 1 000 entreprises ont été accompagnées par Oséo. Source : Oséo C’est la baisse du nombre de litiges à la consommation constatés dans la région par UFC-Que choisir l’an passé. L’association de consommateurs a enregistré 3 545 dossiers de réclamations en 2009, soit 200 de moins qu’en 2008. Source : UFC-Que Choisir

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[ÉCONOMIE] L’INTERVIEW DU MOIS GRANDE DISTRIBUTION Arnaud Mulliez, président d’Auchan France

« Chez nous, la peur de l’échec n’existe pas » Le fils du fondateur d’Auchan explique comment la culture de son entreprise, basée sur l’innovation et l’actionnariat salarié, a transformé son groupe en un empire anticrise.

chiffres dans leur contexte. La valeur de l’action a diminué d’un peu plus de 1 % quand nos concurrents cotés en bourse ont accusé des baisses allant jusqu’à 40 % ! Ce léger coup de frein est donc très relatif. L’année dernière a été rude pour tout le secteur, mais nous nous en sommes sortis beaucoup mieux que les autres. Nous avons terminé 2009 sur des performances étonnantes en magasin grâce à l’implication extraordinaire de nos équipes. E&M : Vos salariés détiennent 13% du capital. En tant qu’actionnaires, comment ont-ils réagi à ces résultats ? A.M : Ils se sont rendu compte que

les temps étaient difficiles mais au lieu de baisser les bras, ils se sont retroussé les manches pour donner le maximum. L’énorme majorité a décidé de continuer à réinvestir le montant de sa participation dans des actions Auchan. E&M : Peuvent-ils encore rêver imiter cette caissière de Fontenay-sous-Bois, partie à la retraite au début des années 2000 avec un pactole de 610 000 euros grâce à son plan d’épargne entreprise ? A.M : L’histoire de Thérèse, puisque 14 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

c’est à elle que vous faites allusion, est emblématique, car elle illustre notre culture de l’actionnariat salarié. Avec beaucoup d’humour, Thérèse aimait à rappeler qu’elle était plus riche que son directeur de magasin. S’agit-il d’un cas exceptionnel ? Je n’ai accès qu’à des statistiques globales car les informations sur les montants épargnés individuellement relèvent strictement du privé. Je note que le patrimoine moyen d’un actionnaire salarié est de 23 000 euros. Qu’un petit tiers d’entre eux détient l’équivalent d’à peu près un an de salaire. Cette hôtesse de caisse a bien sûr bénéficié d’une forte croissance de l’entreprise, qu’elle avait rejoint dès sa création, en 1977. Toutefois, il existe encore à Auchan d’autres collaborateurs qui ont démarré à cette époque et qui ne sont pas encore partis en retraite. En tout cas, tant que nous serons inventifs, l’entreprise continuera à prendre de la valeur. Il n’est donc pas exclu de rencontrer d’autres Thérèse dans dix, vingt ou trente ans. E&M : Mais y aura-t-il encore des caissières dans vingt ans ? A.M : Nous aurons toujours besoin

d’hôtesses, même si leur métier peut évoluer. Notre responsabilité, c’est d’accompagner les collaborateurs en donnant à chacun les moyens d’acquérir les compétences nécessaires à cette évolution. E&M : D’après une enquête de

Le Groupe Auchan en chiffres 519 hypermarchés 736 supermarchés 1 banque (Accord) 1 société immobilière (Immochan) 209 000 collaborateurs 12 pays à l’export 39,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires

rable. La part de marché de Système U rassemble les hypermarchés et les supermarchés. Tandis que l’enseigne Auchan ne concerne plus désormais que les hypers, puisque nous avons regroupé nos supermarchés sous la bannière Simply Market. Pour que tout cela ait un sens, il faudrait donc comparer les Hyper U avec nos hypers et les Super U à nos Simply Market. Et là, nous serions devant. De toute façon, ce qui nous importe, c’est que sur la plupart de leurs sites respectifs, la part de marché de nos hypers a augmenté, d’après Nielsen. En d’autres termes, nous avons conquis de nouveaux clients. E&M : Mais côté supermarché, la mayonnaise ne prend pas. Tandis que votre concurrent Carrefour marque des points avec Carrefour Market, la transformation de vos magasins Atac en Simply Market paraît laborieuse. A.M : Mais c’est un chantier pha-

raonique ! Ce changement d’enseigne concerne plusieurs centaines de supermarchés, dont nous avons décidé de modifier le concept, notamment en baissant fortement les prix et en diminuant le nombre de références. Ça n’est pas rien… Quand vous changez de stratégie pour améliorer votre système commercial, il y a forcément une période de réglage. Souvenez-vous, mon père [Gérard, le fondateur d’Auchan, ndlr] avait mis sept ans avant de roder son système. Avec Simply Market, nous sommes toujours dans cette phase et ça n’a rien

© François Canar - Métive Avenue

Entreprises & Management : Pour la première fois de son histoire, la valeur de l’action Auchan vient de baisser. Faut-il y voir l’amorce d’un déclin ? Arnaud Mulliez : Replaçons les

TNS Worldpanel, Auchan s’est fait dépasser par Système U en début d’année. L’enseigne est-elle en train de se marginaliser ? A.M : Comparons ce qui est compa-


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d’étonnant. Nous n’avons pas pour habitude de faire machine arrière au prétexte que les améliorations en cours mettent un peu de temps à porter leurs fruits. Selon Arnaud Mulliez, les hypermarchés Auchan ont conquis de nouveaux clients en France, l’an dernier.

»

E&M : Vos cartons débordent de projets. Entre Simply Market, Auchan City, Auchan Gourmand, ou encore Prixbas, on s’y perd un peu. Quel est le fil conducteur ? A.M : L’innovation et la création

d’entreprise. Notre groupe s’est toujours efforcé de créer des relais de croissance. Il nous faut aussi nous adapter à notre époque. Il est de plus en plus compliqué d’obtenir des autorisations pour ouvrir de très grandes surfaces commerciales en ville, d’où l’idée d’ouvrir un premier Auchan City à Tourcoing cet automne. Ce magasin de 4 000 mètres carrés a vocation à essaimer dans des zones urbaines et populaires. Il sera centré sur l’alimentaire, le jardin et le bricolage. Exclusivement dédié à l’alimentaire, Auchan Gourmand cible une clientèle active dans des quartiers moins populaires en misant sur la facilité d’achat. Il sera expérimenté fin 2011-début 2012 à Marseille. Quant à Prixbas, il ne s’agit en aucun cas d’une stratégie d’enseigne, mais d’une expérimentation qui vient tout juste de démarrer et qui s’applique à l’hyper de Mulhouse, qui connaît des difficultés dans sa zone de chalandise. L’offre est passée de 800 000 à 200 000 références. Nous y ferons moins de promo, car de toute façon, les prix seront bas en permanence. C’est une décision qui doit d’abord lui permettre de continuer à vivre. Nous verrons bien ensuite s’il faut ou non réitérer l’expérience ailleurs.

et tantôt prudent est l'art de réussir », disait un de nos grands hommes [Napoléon, ndlr]. Nous appliquons cette devise à la lettre. D’un côté, nous restons relativement prudents par rapport à la conjoncture, puisque nous prévoyons d’investir cette année 260 millions d’euros, soit 50 millions de moins que d’habitude : nous ne sommes pas cotés en Bourse, nous autofinançons donc entièrement notre développement, ce qui nous incite à une vigilance particulière. Mais, nous faisons

M M

© François Canar - Métive Avenue

E&M : Tout cela risque de coûter beaucoup d’argent… A.M : « L'art d'être tantôt audacieux

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[ÉCONOMIE] L’INTERVIEW DU MOIS

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« En France, nous avons toujours autant de mal à nous développer dans la région Ouest où nous nous heurtons au lobbying entrepris par certains barons locaux. »

aussi preuve d’audace en consacrant 100 millions d’euros dans le nouvel hyper du KremlinBicêtre, inauguré fin mars. Il fallait aussi être audacieux pour dépenser 90 millions pour rénover Auchan Vélizy, qui figure parmi nos tout premiers sites.

clin, dans votre fief nordiste ? A.M : C’est faux, nous n’avons ja-

mais empêché Leclerc de s’installer chez nous ! La preuve, ce concurrent vient de s’installer à quelques kilomètres d’un magasin Auchan que j’ai dirigé pendant plus de cinq ans. Chaque fois que vous avez un poids lourd qui vient s’implanter à côté d’un autre, il y a une bagarre des prix qui se déclare et qui profite au consommateur. Nous aimerions que cette règle puisse s’appliquer partout.

E&M : Sept de vos magasins trustent le top 10 français des hypermarchés, selon le magazine Linéaires. Avez-vous remporté la bataille du secteur ? A.M : Rien n’est jamais définitif.

C’est pourquoi d’autres ouvertures sont prévues, à Sarcelles, Epinay, notamment. Sans parler des magasins que nous agrandissons ou rénovons, comme celui d’Arras. Et puis, nous avons toujours autant de mal à nous développer dans la région Ouest, où nous nous heurtons au lobbying entrepris par certains barons locaux.

E&M : Votre groupe a la réputation d’être assez inventif. En quoi est-ce justifié ? A.M : L’innovation est dans nos

gènes, c’est notre culture. Nous ne la stimulons pas seulement dans les états-majors mais aussi sur le terrain. C’est ce qui fait la différence. E&M : Vous avez des exemples ? A.M : Plus qu’il n’en faut ! La foire

aux vins, que l’on rencontre aujourd’hui partout, a été lancée chez nous il y a trente ans. Tout est parti

E&M : Le même lobbying que vous avez entrepris pour retarder l’ouverture d’un hyper Leclerc à Se-

Un empire de plus de 1 200 magasins

Auchan réalise désormais plus de la moitié de son chiffre d’affaires à l’export.

16 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

pose la question : « Et si je me plantais ? ». Vous ne pouvez pas inciter les collaborateurs à innover sans leur autoriser le droit à l’erreur. Je

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POLOGNE 18

1

FRANCE

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25

123

HONGRIE

285

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CHINE

123

160

PORTUGAL 31

UKRAINE 7

ITALIE 49 277

ROUMANIE

DUBAI 1

7 Hypermarchés Supermarchés

A la conquête de l’Est

TAIWAN 15

Infographie Mickaël Nafré - Métive Avenue

L

E&M : C'est-à-dire ? A.M : Chez nous, personne ne se

RUSSIE

LUXEMBOURG ongtemps, Auchan est resté à la traîne à l’international. La raison ? Elle est à la fois simple et cocasse : Gérard Mulliez, son fondateur, avait peur de l’avion. Depuis, il s’est soigné - en suivant des stages chez Air France, dit-on - et ses successeurs ont mis les bouchées doubles pour combler le retard. Présent dans 13 pays, Auchan réalise désormais plus de la moitié de son chiffre d’affaires en dehors de l’Hexagone. L’an dernier, il a notamment ouvert 4 nouveaux hypermarchés en Chine et a inauguré son premier hypermarché à Dubaï - ouvert sept jours sur sept, de 10 h à minuit. Prochaine conquête au programme : le Vietnam. S.B

du responsable achats qui avait envie de monter sa petite opération autour des vins de Bordeaux. Devant le succès, tout le monde l’a copié. Autre exemple, celui des Halles d’Auchan, à l’initiative du directeur de la centrale d’achats produits frais en 1999. Il avait constaté qu’il y avait en région parisienne un créneau pour des magasins de moyenne surface orientés discount. Il a monté un dossier, la direction l’a suivi. Il a démarré à Chelles, aujourd’hui, sept autres ont ouvert depuis. Quant à Auchan Drive, un service qui permet aujourd’hui de commander ses courses via Internet et de venir les retirer sur place, il a été lancé par le responsable des services généraux d’Auchan Fâches, que je dirigeais à l’époque. Il avait constaté que cela gênait les clients de faire des achats pondéreux. Son expérience a été lancée à Leers, puis a fait tache d’huile. Mais tout cela ne serait pas possible s’il n’y avait aucune tolérance de l’échec.


peux vous citer l’exemple de ce responsable achats, qui avait lancé le concept de vente en vrac. Il était bouleversé de voir que des gens de condition très modeste n’avaient pas les moyens de s’offrir certains articles. Il a monté ce concept, qui a donné naissance à une nouvelle enseigne et à une dizaine de magasins. Pendant des années, il a ramé, mais la greffe n’a jamais pris. Nous avons donc fermé les magasins, et lui avons confié d’autres responsabilités. Aujourd’hui, il occupe une fonction stratégique d’amélioration de la productivité au niveau de nos achats indirects. E&M : La peur de la sanction sclérose l’innovation… A.M : Bien sûr, et elle finirait aussi

par tuer cette convivialité qui chez nous est à l’origine de bien des initiatives. Vous savez, nous sommes réputés pour être très forts dans les moments clés de l’année, comme la rentrée des classes ou les périodes de fêtes. Ça n’est pas un hasard. Les chefs de rayon comme les directeurs de magasin échangent sur les “best practices” pour permettre à tout le monde de piocher des idées, de s’inspirer des meilleures recettes. Pendant la fête de la Mer, par exemple, nos poissonniers publient sur une plate-forme web 2.0 leurs photos et vidéos d’étal, etc. Récemment, l’un d’entre eux a fait un tabac en faisant griller des noix de saintJacques à la plancha, devant les clients. Il l’a filmé et ça a fait des émules dans d’autres magasins. E&M : Cette belle ambiance n’a-telle pas malgré tout été plombée par l’annonce de la suppression de 1 400 postes d’ici 2012 ? A.M : Certains emplois n’existeront

plus dans les années à venir, la pire des choses aurait été au contraire de ne rien anticiper. Les appareils électroniques se réparent de moins en moins, nous avons donc prévu des postes en moins dans nos services après-vente. Nous allons aussi améliorer notre productivité dans les services comptables et dans l’informatique. Pourtant, grâce à nos relais de croissance, nous créons beaucoup plus d’emplois que nous ne supprimons de postes. Entre mi2009 et fin 2012, nous en aurons à peu près créé 2 400. Vous voyez, le bilan est largement positif.

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Auchan City, l’hyper qui vient du froid

L

e nouvel hypermarché qui sera inauguré à Tourcoing à l’automne prochain sera une première en France… Mais pas en Russie, où le concept fait un tabac. Voilà trois ans, le Nordiste, qui comptait déjà près de vingt magasins dans l’ex-Union soviétique, avait donné un coup de fouet à son expansion en mettant la main sur la douzaine de magasins de l’enseigne Ramstore, propriété du Turc Ramenka. Accommodés à la sauce Mulliez et déclinés sous l’enseigne Auchan City, ces petits hypermarchés ont vite attiré les foules. Au point qu’à Roubaix, l’état-major du distributeur a décidé de décliner l’enseigne sous d’autres latitudes. Si l’expérience tourquennoise

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Le premier hypermarché Auchan City français, qui sera inauguré à Tourcoing à l’automne prochain, est un concept importé de la filiale russe du grand distributeur. porte ses fruits, Auchan City devrait vite se déployer en France. Ces hypers se distingueront des autres paquebots du groupe par leur taille relati-

E&M : D’après le gouvernement, vous faites partie des bons élèves en matière de gestion du stress. Qu’avez-vous fait pour cela ? A.M : Nous n’avons pas attendu que

ce sujet fasse la une des journaux pour nous en préoccuper. Depuis plusieurs années, nous adressons à tous les collaborateurs un sondage à remplir de façon anonyme. Ce baromètre d’opinion interne comporte une soixantaine de questions qui leur donne l’occasion de s’exprimer sur leur management, mais aussi sur les orientations du magasin et même la stratégie de l’entreprise. Des remarques ont été formulées sur les conditions de travail, nous y avons répondu en mettant en place un programme sur l’efficacité opérationnelle. Le dernier baromètre est en train d’être diffusé. Il va nous donner des réponses sur nos nouvelles enseignes et la rénovation de nos métiers démarrée voilà deux ans et qui s’achèvera en fin d’année. Nous saurons ainsi si les collaborateurs sont confiants dans cette stratégie. Nous faisons appel à des comédiens qui mettent en scène des situations stressantes pour expliquer, à travers des jeux de rôles, comment elles peuvent survenir et surtout, comment les gérer. Nous avions utilisé la même méthode voilà six ou sept ans pour aborder les thèmes du harcèlement au travail et de la diversité. L’attention que nous portons à nos salariés a fait ses preuves : notre taux de turn-over est

« Notre taux de turn-over est trois fois moins important qu’ailleurs ».

vement réduite (4 000 mètres carrés, en moyenne), leur implantation en plein centre-ville et la clientèle ciblée, à dominante populaire. S.B

de 5,5 %, alors qu’il atteint facilement 15 % dans notre secteur. E&M : Vous appartenez à une famille de créateurs d’entreprise. Vous est-il arrivé de regretter de ne pas avoir fondé la vôtre ? A.M : Mais moi aussi, j’ai été créa-

teur ! Dès la sortie de l’école, dans les années 80, j’avais fondé avec deux amis une boîte qui réalisait des vidéos pour les entreprises et qui faisait du négoce de matériel professionnel. J’ai revendu mes parts un an plus tard pour rejoindre Auchan comme chef de rayon son à la Défense puis comme chef de publicité. Quelques années plus tard, j’ai souhaité revenir dans le Nord et ai alors monté ma deuxième entreprise : un restaurant sur le site d’Auchan-Englos, que j’ai exploité pendant trois ans. Mon père m’a laissé me débrouiller seul. J’avais peu de moyens, je devais jouer les hommes à tout faire, j’allais jusqu’à programmer moimême la caisse enregistreuse. J’ai vite réalisé que ce n’était pas mon truc. J’ai rejoint Auchan-Roncq comme chef de rayon en épicerie et ensuite la centrale d’achats comme acheteur en épicerie, avant de travailler pour le groupe en Italie et de prendre la direction d’un magasin. Bien entendu, je n’ai jamais regretté ce parcours qui m’a permis d’apprendre le terrain. PROPOS RECUEILLIS PAR STÉPHANE BARGE [Avril 2010] N°29 Entreprises &Management 17


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[ÉCONOMIE]

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Comment l’exchampion du cristal a perdu son éclat

Jacques Durand, le fantôme de Cristal City

28 Le verrier a-t-il encore la force d’innover

30 Quelle suite pour le feuilleton ?

P

anique à Cristal City ! Non, ceci n’est pas le titre d’un film de série B. La tragédie qui est en train de se jouer à Arques, près de Saint-Omer, est hélas bien réelle. Elle serait même d’une banalité à pleurer, si elle ne mettait en scène le déclin d’un de nos fleurons. Pour le reste, le pitch a un air de déjà vu : chiffre d’affaires en baisse, pertes, suppressions d’emplois, menaces de licenciements, sur fond de délocalisations à gogo… Impossible, pourtant, de demeurer impassible devant le spectacle de ce géant en déliquescence, qui a sucré 5 000 emplois en cinq ans. La cristallerie, comme la plupart l’appellent encore - même si elle ne fabrique plus de cristal - est en danger de mort. Comment ce monument régional en estil arrivé là ? Notre dossier décortique la descente aux enfers de l’inventeur du verre ballon.

Dossier réalisé par Joëlle Jacques, Gaëtane Deljurie et Nicolas Montard, et coordonné par Stéphane Barge et Pierre-Yves Bocquet

Arques : le cristal vole en éclats

Recaser les salariés. Si personne ne parvient à la stopper, c’est tout l’Audomarois qui risque de trinquer. Jacques Durand, le patriarche qui a régné pendant sept décennies en maître incontesté sur la verrerie familiale, avait profité de sa fonction de président de chambre de commerce pour freiner l’implantation d’autres entreprises sur son territoire. Histoire, dit-on, de pouvoir puiser dans la main d’œuvre locale sans craindre d’inflation des salaires. Ironie du sort, c’est aujourd’hui son petitfils, Xavier Ibled, - par ailleurs vice-président de la Chambre de commerce de Lille - qui vient d’être nommé directeur des affaires publiques, afin, explique le communiqué officiel de « créer ou de renforcer les relations du groupe avec les organismes publics et les institutions locales régionales, nationales et européennes ». En clair : le petit-fils Durand a pour mission de recaser les salariés que son entreprise va licencier. Combien ? Surprise… Un indice, peut-être : auparavant, Xavier Ibled occupait la fonction de “directeur cristal”. En début d’année, tous les postes de sa division ont été supprimés. STÉPHANE BARGE

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DOSSIER

[ÉCONOMIE]

Arques : le cristal vole en éclats

La manif du 9 mars fut quasiment historique. La dernière grève remontait à l’époque du Front populaire, voilà plus de 70 ans.

Comment l’ex-champi du cristal a perdu son Malmenée par la baisse de la demande et la concurrence des pays à main-d’œuvre bon marché, la célèbre verrerie vient de tirer un trait définitif sur la production de cristal. Pour la première fois, les salariés redoutent le pire.

L

e tract aurait pu s’intituler « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la grève sans jamais oser le demander », « Les secrets d’une manif’ réussie », ou encore « Le débrayage pour les nuls ». « La grève est un droit, vous êtes couverts. Prévenez votre hiérarchie et mettez votre machine en sécurité », expliquait le document distribué aux ouvriers de la verrerie d’Arques, près de Saint-Omer. On comprend que l’intersyndicale ait déployé tant d’efforts de pédagogie : chez Arc International, les piquets n’ont jamais été une spécialité maison. La dernière fois que les employés de la verrerie ont protesté, c’était pour grogner contre… les 35 heures ! La direction avait obtenu d’eux plusieurs milliers de signatures qui avaient alimenté la pétition, déposée sur le bureau de Martine Aubry...

Licenciements secs. Mais ce 9 mars, l’heure de la rébellion a sonné. Ils sont 1 700 à manifester dans le vent glacé, calicots en bandoulière. A Arques, on n’avait pas vu ça depuis le Front populaire, voilà plus de soixante-dix ans ! « Que voulez-vous, on n’a plus rien à perdre », lâche l’un d’eux. « Les salariés descendent dans la rue malgré les pressions de leurs supérieurs, tempête Elisabeth Jacques déléguée CFE-CGC, c’est dire s’ils sont remontés ».

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Ils ont de quoi. Jusqu’à la fin des années 90, la cristallerie employait plus de 12 000 salariés, c’était même la troisième usine de France, derrière Peugeot-Sochaux et Michelin-Clermont-Ferrand. Depuis, une succession de plans de départs volontaires a fait fondre ses effectifs à 6 900… Alors que, dans le même temps, 2 400 emplois étaient créés en Chine et aux Emirats arabes unis. Pour les salariés français, habitués à entonner la Marseillaise chaque 1er mai à l’occasion de la remise des médailles du travail, la pilule était déjà dure à avaler. Et voilà qu’aujourd’hui, la direction pointe un sureffectif de 400 personnes, faisant planer la menace de licenciements secs. « Ça va durer encore longtemps ? », fulmine un salarié. Bonne question. Depuis 2003, l’année des premières pertes (36 millions d’euros), l’ex-fleuron nordiste semble aspiré jour après jour dans une spirale infernale. Après avoir vécu les premières fermetures de four et encaissé les premières suppressions d’emplois dans leur fief du Pas-de-Calais, les salariés ont mis les bouchées doubles pour gagner en compétitivité. Mais les efforts de productivité n’ont pas suffi. La demande a continué de plonger et l’an dernier, plusieurs services ont été mis au chômage partiel pendant plus de six mois. Pour couronner le tout, la fabrication du mythique cristal d’Arques

vient définitivement d’être abandonnée. Un crève-cœur pour les salariés, qui n’excluent plus un scénario catastrophe : la fermeture pure et simple du site. « Abominable » de l’aveu même de la direction des ressources humaines, l’année 2009 a un peu plus plombé les finances du groupe. Le chiffre d’affaires, qui devait être annoncé fin mars, devait accuser une baisse d’environ 20 %, à 1,2 milliard d’euros, d’après nos informations. Surtout, les pertes devraient allègrement dépasser les 30 millions d’euros. Mais il y aurait encore plus préoccupant : la trésorerie serait en voie d’assèchement. Prêt-hypothèque. « Tout est à vendre pourvu que quelqu’un soit prêt à y mettre le prix », souffle un cadre. Las, ni les augmentations de tarifs imposées dans les catalogues 2008 et 2009, ni la cession de nombreux terrains, ni même la revente de l’usine espagnole, n’auront suffi à renflouer les caisses. En fin d’année dernière, la compta et la finance se seraient arraché les cheveux pour réussir à régler les salaires. Pour échapper à la cessation de paiement, il a fallu emprunter. Et comme les banques se montraient réticentes, la direction a mis son portefeuille de marques dans la balance. Un pari à double tranchant : si les ventes reprennent, l’entreprise pourra se donner un peu d’air et rembourser. Mais si elle ne parvient pas à s’acquitter de sa dette, les plus beaux fleurons du groupe comme Luminarc ou Arcopal seront hypothéqués. Arc International deviendrait alors une coquille vide. Pour l’ex-champion du cristal, cette descente aux enfers paraît incroyable. D’autant qu’à sa mort, en 1997, Jacques Durand avait amassé


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un trésor de guerre de 8 milliards de francs. De quoi voir venir, pensaiton alors. Mais pas suffisant, apparemment, pour répondre aux nouveaux défis de la mondialisation. Désigné comme successeur, son fils Philippe se retrouve à la tête d’un colosse aux pieds d’argile. A sa nomination, la cristallerie n’a alors plus grand-chose à voir avec la soufflerie artisanale dirigée par son père dans les années 20. Le monde non plus. Le vent du développement industriel qui commençait à souffler dans les pays émergents faisait proliférer la concurrence. Grâce à leur maind’œuvre bon marché, les rivaux turcs et chinois produisaient la tonne de verre à moins de 1 000 euros quand Arc International la fabriquait pour 1 380. Persuadé que son avance technologique lui suffisait pour rester compétitif, Jacques Durand n’avait jamais été obsédé par les coûts de revient. Seul maître à bord, il ne supportait pas la contestation et avait gentiment envoyé balader son fils lorsque celui-ci lui avait suggéré de geler les embauches dans les années 90, à l’époque où les RH se vantaient d’enrôler chaque jour de nouvelles recrues. La mesure aurait pourtant été sage : depuis les années 60, les effectifs avaient déjà quintuplé, lestant dramatiquement l’entreprise. Erreurs d’aiguillage. Pour se distinguer de ses concurrents, il lançait sans cesse de nouveaux modèles. L’hypertrophie du catalogue, qui comporta jusqu’à 20 000 références obligea la cristallerie à installer de nouvelles machines dernier cri et donc fort coûteuses. Juste au moment où les magasins commençaient à faire de la place aux marques concurrentes dans leurs

© François Canar- Métive Avenue

mpion son éclat

Face à la baisse de la demande et la pression de ses concurrents asiatiques, le fleuron nordiste vient de stopper la production de son produit phare, le cristal.

rayons. Les stocks ont alors dangereusement grossi… Pour booster ses ventes, Philippe Durand tenta de mieux contrôler ses circuits de distribution en rachetant les grossistes Barnett et Alcester au Royaume-Uni, Eneriz en Espagne et Fliba en France. « Une regrettable erreur, ce n’était pas notre cœur de métier », reconnaît-on aujourd’hui. Effectivement : En faisant le forcing pour imposer le catalogue d’Arc International à leurs clients distributeurs, ses grossistes ont fini par être boudés par les magasins, à la recherche d’une plus grande variété. Résultat, ses parts de marché ont commencé à s’effriter. Et les ventes de Fliba, le plus important grossiste

français, ont été réduites de moitié. Pour doper ses marges, Philippe entreprit, contre l’avis de son frère Jean-Jacques et de sa sœur Catherine, de se diversifier dans le haut de gamme. Il déboursa ainsi plusieurs centaines de millions pour s’offrir coup sur coup la verrerie italienne Salviati, spécialisée dans la décoration en 1999 et les bijoux de luxe et Mikasa, numéro un dans son secteur aux States en 2000… Cette stratégie finit par fissurer la belle unité des Durand, trentième fortune de France. Alors que jusque-là, le capital de la verrerie se partageait entre Odette, la veuve de Jacques Durand et leurs cinq enfants - Philippe, Jean-Jacques, Francine, Annick et Catherine – [Avril 2010] N°29 Entreprises &Management 21


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Faute d’avoir fermé trop de fours, Arc International a dû refuser une commande du géant McDo : 15 millions de verres !

Arques : le cristal vole en éclats Jean-Jacques et Catherine finirent par céder leurs parts en 1999, imités en 2005 par Francine (parts estimées à 300 millions d’euros chacune). Las, après avoir enregistré de lourdes pertes, les deux sociétés furent toutes deux revendues en 2007 et 2008, sous la pression des banques et « pour une bouchée de pain », précise un cadre. Anachronismes. Isolé et malade, Philippe Durand fit appel à Patrick Gournay, ex-cadre de Danone, pour restructurer la boîte. Dans un premier temps, il n’eut aucun mal à faire du leader des arts de la table le champion du… dégraissage. Véritable laboratoire pour apprenti “costkiller”, la cristallerie était truffée d’anachronismes. Garagistes, menuisiers, imprimeurs, infirmières, électriciens, cartonniers et autres roboticiens figuraient parmi les 300 professions présentes sur le site. Il y avait aussi cette ferme, qui cultivait les champs de pommes de 22 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

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terre destinées à alimenter la cantine de l’entreprise… A la mort de Philippe Durand, en 2007, Gournay prit seul les rênes de l’entreprise. Il poursuivit l’internationalisation du groupe en Asie et au Moyen-Orient en ouvrant une usine en Chine et aux Emirats arabes unis. Objectif : “régionaliser” la production pour l’adapter à la clientèle locale tout en abaissant les coûts. « Ce qui n’empêche pas certains articles d’être réexpédiés en Europe avec l’étiquette made in France » s’insurge Philippe Maës, délégué syndical CGT. Incompétences. Ce nouveau cap à l’export provoqua un bouleversement des états-majors de l’entreprise et quelques erreurs de casting. « Des postes clefs ont été confiés à des personnes pas assez compétentes », persifle un ancien cadre. Mal coordonnée, la restructuration des services commerciaux en trois pôles Business (grands comptes), Food services (chaînes d’hôtels, restaurants…) et Consumers Goods (grande distribution) fut une petite catastrophe. « Il est arrivé que plusieurs commerciaux proposent des prix différents à plusieurs clients, se désespère un cadre. Notre image en a pris un coup… ». La carrière de Patrick Gournay aussi : licencié l’an dernier par la famille, il a été remplacé par Guillaume de Fougières, l’ex-directeur financier. Qui, comme son prédécesseur, pilote le business depuis les luxueux bureaux du boulevard Haussmann à Paris. « Le management s’est éloigné du terrain, il a perdu le contact avec les réalités », confie un salarié. C’est parfois ubuesque. Faute d’avoir fermé trop de fours, le site d’Arques a dû retoquer plusieurscommandes ! Que la brasserie de Saint-Omer soit obligée d’aller se fournir en Belgique, passe encore… Mais claquer la porte au nez du géant McDo, il fallait oser ! « Nous avons laissé filer une commande de 15 millions de verres » se lamente un ouvrier. Ah, si Monsieur Durand avait vu ça… GAËTANE DELJURIE ET STÉPHANE BARGE

Deux siècles de saga industrielle


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A Arques, l’âme de Jacques Durand vagabonde à chaque coin de rue.

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Jacques Durand, le fantôme d Depuis son décès survenu en 1997, à l’âge de 91 ans, l’ombre de l’ancien capitaine d’industrie hante toujours l’usine, la commune et la mémoire de ses habitants nostalgiques. 24 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

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rques, 9 mars, midi. Les clameurs des 1 500 grévistes descendus battre le pavé se sont tues. Peu à peu, un silence de plomb s’est abattu sur ce bourg de 9 000 âmes. Un silence de veillée funèbre… Pour les salariés d’Arc International, le temps s’est arrêté il y a plus de treize ans, le jour des obsèques

de Jacques Durand. Pendant sept décennies, ce parfait autodidacte avait régné en patron incontesté sur la cristallerie et sur ses équipes. A son décès, survenu en 1997, à l’âge de 91 ans, une page s’est tournée. Primes à l’habitat. Mais même son fils Philippe, qui dut le premier assumer la délicate succession en tentant de faire face aux affres de la


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des nouvelles », se souvient Marcel Au cœur de la commune, son âme Trollé. Et quand il y avait un décès, vagabonde encore à chaque coin de grand-père allait bénir le corps à rue. Jusqu’à la sortie du bourg, en domicile ou assistait à la messe, dite direction de Béthune, la plupart des dans l’église Saint-Martin en borbâtisses ont été construites par dure du cimetière. C’est là qu’il re“Monsieur Durand”. Il y a notampose aujourd’hui, juste à côté du ment ce château d’eau qui découpe château familial, où vit toujours sa sur le ciel sa massive boule estamveuve Odette, 95 ans. pillée “Arcopal” en lettres géantes. Jacques Durand vivait un peu Mais aussi des maisons : « Ici, comme un seigneur. « Il possédait avant, c’était tout pâtures », raconte au moins 15 hectares de terre, raMarcel Trollé en continuant d’asticonte son ancien régisseur. J’en culquer sa Peugeot, rue de Toulon. Autivais 10 pour les pommes de terre. jourd’hui retraité, cet ex-mécaniLes fermes de Noordpene, Coquelles, cien verrier se souvient que les Tardinghen et premières habid’autres, tations de sa « Pour grand-père, bien fournissaient tout rue ont été bâon appartenait ce qu’on mangeait ties par les oud’abord à l’usine. » dans les restauvriers de la verrants de l’usine. Avec les jardiniers rerie. Jacques Durand avait acheté de la verrerie, on plantait beaucoup tous ces terrains puis les avait cédés d’arbres dans les forêts de la famille à un promoteur qui les a commerDurand. On entretenait aussi les cialisés. Le quartier est calme, c’est terrains de foot de l’entreprise. ». tout près de l’usine. » Pour avoir ses Question équipements sportifs, employés sous la main, le boss avait les salariés de la cristallerie étaient consenti des primes aux salariés, gâtés. À la lisière de Blendecques, « mais il les accordait en priorité l’Association sportive et culturelle aux ouvriers qui s’installaient dans d’Arc International (Ascai) admiun rayon de 15 kilomètres », grince nistre aujourd’hui encore d’impresOlivier Cheidler, ancien secrétaire sionnantes installations : quatre terdu comité d’entreprise. Pour la dirains de foot, mais aussi quatre rection, on appartenait d’abord à courts de tennis, des salles de boxe, l’usine ». de danse, de squash, de muscu, de gym, une école et un club de foot… Colombo. Ah, la cristallerie... Là Pour les vacances, les salariés aussi, bien sûr, l’ombre du pépé étaient invités à rejoindre plane encore. Son buste trône dans le camping privé de la cristallerie, le QG du siège, de vieux portraits près du Touquet, encore géré ausont placardés dans certains atejourd’hui par l’Ascai. « Il suivait réliers. Les anciens le voient encore gulièrement nos activités, rapporte pédaler sur son vélo, avec Nathalie Normand, secrétaire de sa vieille gabardine pour faire le l’association. Il arrêtait sa voiture tour des popotes. devant la porte, filait un petit coup « Quand il entrait de klaxon. Ça voulait dire qu’on dedans un atelier, il vait sortir pour aller à sa rencontre n’enlevait jamais et lui donner des nouvelles. » son imperméable à la Colombo pour Familles de ”bonne souche“. prouver que la chaC’était le temps où la sirène de la leur était supportable », raconte un cristallerie meuglait sur toute la ancien. Mais même les soirs de ville, à 8 heures et à 17 heures pile, Noël, il ne manquait pas d’aller sale début et l’arrêt du travail pour les luer ses ouvriers, fermant les yeux gars du jour. « Et à 17 h 05, ce sur les dindes qui rôtissaient dans n’était plus la peine de chercher à les fours de la cristallerie, histoire de traverser Arques, ça bouchonnait donner un goût de fête à l’astreinte partout. » Jusque dans les ande réveillon. nées 80, dévoreuse de main-d’œuL’été, pendant les canicules, le vre, la cristallerie ratissait à 50 kilogrand manitou faisait distribuer des mètres à la ronde, « mais pas du bières à tous les ouvriers. Pour lui, côté du bassin minier ou de Dunla cristallerie était une grande fakerque, trop “rouges”, précise mille. « Il demandait tout le temps

mondialisation, ne put effacer le souvenir du patriarche. Un sacré personnage, ce Jacques Durand. A Arques, personne ne l’a oublié. L’image de “grand-père”, comme beaucoup l’appellent encore, hante toujours l’usine, la ville et la mémoire de ses habitants. Impossible de rater la lourde sculpture de verre érigée en son hommage, à l’entrée de la ville, au centre du rond-point qui porte son nom.

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Olivier Cheidler, syndiqué à la CGT. Ils préféraient du personnel docile, des ruraux qui ne se rebelleraient jamais. » En cette époque bénie des dieux et de Jacques Durand, travailler à la cristallerie était synonyme d’emploi à vie. Ceux qui étaient bien vus par le grand patron faisaient embaucher leurs enfants sans problème. Parfois même d’autres membres du clan. Francis et Michel Trollé, les frères de Marcel, mais aussi les maris de ses sœurs et leurs enfants ont bossé ou bossent encore à la cristallerie : « Treize personnes de la même famille ! Quand quelqu’un travaillait bien, pour Monsieur Durand, c’était une bonne souche, il prenait tout le monde ». Visionnaire. Pour ceux qu’il avait dans le collimateur, ce n’était pas la même musique. Michel Clabaux, 41 ans de cristallerie comme ajusteur, n’a jamais réussi à faire embaucher sa fille : « Je n’ai jamais voulu être carté dans le syndicat des Autonomes, alors… ». Le syndicat des autonomes ? « Une association familiale à but… je-ne-sais-quoi », tente d’expliquer Élisabeth Jacques, déléguée CFE-CGC, commerciale, vingt ans de maison. En 1970, quand une section CGT s’est formée, « grand-père a dit à son fils Jean-Jacques, “fais-moi un syndicat”. Le fiston s’est posté sur une passerelle, il a choisi untel et untel et les a nommés syndicalistes ». « La

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Lancée par Jacques Durand, l’association sportive et culturelle d’Arc International continue d’administrer d’impressionnantes installations sportives, comme ces courts de tennis.

moindre augmentation était obtenue grâce à eux, poursuit Olivier Cheidler. Sinon, on pouvait courir ! Quand quelqu’un avait l’audace de réclamer un entretien, le vieux sortait sa montre et disait : « je vous accorde trois minutes ». On était coulé d’office ! ». « De Monsieur Durand, on peut dire ce qu’on veut, mais il avait une vraie vision industrielle. Pour le reste, un requin », résument les gars de la CGT et de la CFDT. Mais ce requin-là considérait un peu ses salariés comme sa deuxième famille. Et ça, personne ne l’a oublié.

Dans la salle de réception du gymnase, Odette continue de présider chaque année la Fête du travail et la rituelle remise des médailles. Le 1er mai 1997, la cérémonie s’est déroulée comme prévu malgré le décès, la veille, de pépé Durand. « Sur le livre d’or, confesse Olivier Cheidler, malgré tout ce qui nous opposait, je lui ai rendu un vibrant hommage. Il avait à cœur de faire progresser l’emploi. » « Le travail était dur, conclut Marcel Trollé. Mais quand même : de son temps, nous y allions en sifflant ». JOËLLE JACQUES

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u début des années 90, Jacques Durand avait eu l’idée de créer son propre vivier de recrutement en lançant sa propre université. Coup sur coup, il avait ainsi fondé à Longuenesse, près de SaintOmer, l’Ecole d’ingénieurs du Pas-de-Calais (EIPC) destinée à former des pros de l’industrie, et L’Ecole supérieure de commerce international (ESCPI) d’où sortent de futurs cadres commerciaux. « Jacques Durand voulait une pépinière de diplômés à sa disposition », raconte Olivier

Cheidler, ancien secrétaire du comité d’Arc International. « C’était d’abord un visionnaire qui croyait en la formation, tempère Joël Duquenoy, le maire (PS) d’Arques. D’après lui, 3% seulement des diplômés de la “fac Durand”, comme on l’appelle encore, sont entrés dans la cristallerie. C’est pourtant son entreprise qui finança pendant près de vingt ans les deux écoles privées. Lassée de devoir, année après année, combler leur déficit (1,4 million à elles deux), la direction décida en 2008 de leur couper les vivres.

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Menacés de fermeture, les deux établissements viennent finalement d’entrer dans le giron public en intégrant l’université du littoral Côte d’Opale (Ulco). L’opération aura coûté plus de 10 millions d’euros à la collectivité, dont 5 injectés par le Conseil régional. Avantage pour les étudiants : dès la prochaine rentrée, l’inscription à l’EIPC ne leur coûtera plus que 535 euros. Jusqu’alors, chaque Le Conseil régional a dû mettre la main à la poche année d’étude était pour sauver la “fac de Jacques Durand”, que la verrerie facturée 4 000 euros. J. J ne voulait plus financer.

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Pourquoi Arc International a lâché la fac de “Monsieur Durand”


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Le verrier a-t-il encor Dans ses laboratoires, ses chercheurs s’activent pour inventer le cristal de demain. Mais depuis que les affaires vont mal, Arc International a perdu le goût du risque.

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raiment, ça s’arrose ! Chez Arc International, les ventes de verre ballon ont dépassé en 2008 le cap du milliard d’unités. Best-seller mondial, le fameux verre à pied avait révolutionné l’industrie verrière voilà cinquante ans, grâce à son procédé de fabrication automatisé. Une invention “made in” Arques. « Heureusement que nous n’avions pas écouté les études de marché de l’époque, se souvient un cadre à la retraite. Elles estimaient que l’investissement dans cette technologie était superflu. La fabrication à la main des verres à pied leur semblait largement suffisante pour alimenter le marché de l’époque… ». A l’intuition. Têtu, Jacques Durand, se souciait peu des analyses ou prédictions d’économistes. Pour lui, rien ne valait le terrain... et 28 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

L ’innovation en chiffres 70 ingénieurs 60 techniciens 10 millions d’euros investis chaque année dans la R&D. Dernier brevet déposé en 2002.

l’avis de la gent féminine. Régulièrement, il réalisait lui-même des petits sondages auprès des ménagères d’Arques. « Que pensez-vous donc de ce nouvel objet ? », leur demandait-il de sa voix flûtée. La réponse était enthousiaste ? Le patron affichait une moue dubitative. Mais si, au contraire, la dame se montrait réservée, le bonhomme frétillait de bonheur : c’était donc que son prototype sortait des sentiers battus. Sûr qu’il allait faire un carton… C’est ainsi que, contre l’attente de ses équipes marketing, les petites figurines d’animaux en cristal se sont vendues comme des petits pains dans les années 80. Ou que son assiette à dessert surmontée d’oiseaux a rencontré un succès phénoménal. Souks marocains. « Une nouveauté par jour », telle était sa devise et sa fierté. Pour puiser de nouvelles idées et renouveler sans cesse ses collections, le capitaine d’industrie parcourait le monde et revenait les bras chargés de vaisselle en tout genre. Les souks marocains et les marchés indiens furent pour lui une source d’inspiration inépuisable. Même quand il n’était pas en vadrouille, il était toujours à la recherche de nouveaux plans. En 1979, par exemple, au cours d’une réunion, Jacques Durand est distrait par un vase taillé façon diamant. Il pense à lui ajouter un pied. Cette idée farfelue sera à l’origine des verres de la gamme Longchamp, le plus grand succès de la marque Cristal d’Arques. 650 millions d’exemplaires seront vendus dans le monde entier ! Quelques-uns s’inviteront même à la télévision, à la table de J.R Ewing, le héros de la série Dallas. Ultime rempart pour résister à la pression exercée sur ses marges par les pays à main-d’œuvre bon marché, l’innovation est une des dernières armes d’Arc International. Mais lui reste-t-il encore suffisamment de munitions ? « Si ce n’était pas le cas nous aurions déposé le

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bilan ! », nous assurait Guillaume de Fougières, l’actuel patron du groupe, lorsque nous l’avions interviewé, il y a exactement deux ans, dans le show-room d’Arc International. Ce coup-ci, la direction n’a pas souhaité nous ouvrir les portes


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ncore la force d’innover ?

veautés pour tenter de rebondir

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de ses laboratoires. 70 ingénieurs et 60 techniciens continueraient d’y plancher, avec les moyens du bord. Toutefois, d’après nos informations, le groupe ne consacrerait plus que 1% de son chiffre d’affaires (soit un peu plus de 10 millions d’euros) à

ses activités de recherche et développement, contre 3% il y a cinq ans. Certes, des nouveautés continuent malgré tout de “sortir des tuyaux”. En début d’année, à Francfort, Arc International a annoncé le lancement de deux matériaux inédits, le Diamax et le Zénix. Dépourvus de plomb et plus résistants que les services en cristal, qu’ils sont censés remplacer, les verres en Diamax devraient devenir le fer de lance de la marque Cristal d’Arques. Selon le fabricant, ils offrent un éclat comparable au cristal et peuvent être passés au lave-vaisselle. Le Zénix, quant à lui, sera la matière première d’une assiette super résistante, qui ne se raye pas et qui ne fait quasiment pas de bruit sous la fourchette ou le couteau. A l’occasion de ce salon, le verrier a aussi présenté ses “mini’s”, des verrines qui pourront passer au four et sa keep’n’box, sorte de tupperware en verre, nouveau modèle de sa marque Luminarc. Le dernier brevet date de 2002. Mais on attend toujours les révolutions technologiques qui permettraient à l’entreprise de reprendre un train d’avance sur ses concurrents asiatiques ou moyen-orientaux. Comme lorsque ses ingénieurs inventèrent les premières machines à souffler le verre, en 1946. Ou quand, pour la 1ère fois au monde, ils trouvèrent le moyen d’automatiser la production de verre en cristal, divisant par cinq les coûts et les prix de vente. Depuis le choc des premières pertes de son histoire, enregistrées en 2003, le fabricant paraît tétanisé. Vérification faite auprès de l’Institut national de la propriété industrielle, le dernier brevet déposé par Arc concerne un procédé de fermeture de bocal et remonte à 2002. A titre de comparaison, le groupe de distribution Décathlon en a déposé 27 sur la seule année 2009…

Arc doit trouver un successeur au cristal.

« Le géant verrier se contente de coller aux tendances du marché, il ne cherche même plus à créer de nouvel effet de mode. », estime un expert du secteur. Selon lui, cette absence de prise de risque est une erreur stratégique. A moins, bien sûr, que le fabricant n’ait plus les moyens de s’autoriser le moindre droit à l’erreur… GAËTANE DELJURIE

Maud, le bon plan L’influent Xavier Ibled, petit-fils de Jacques Durand, préside le pôle de compétitivité régional Matériaux à utilisation durable (Maud).

A

rc International est un des membres fondateurs du pôle de compétitivité régional Matériaux et applications pour une utilisation durable (Maud), dont il est resté l’un des chefs de file. Bon plan : la verrerie peut ainsi bénéficier de subventions pour des projets qu’elle devait auparavant financer seule. Comme cette céramique légère qui possède des propriétés de gardechaud ou froid, inventée dès 2006. « Pour autant, Maud n’a pas vocation à profiter aux pays low-cost où Arc a investi, quand dans le même temps, l’entreprise réduit l’emploi à Arques, faisait remarquer l’an dernier Alain Bruneel, le président de la Commission du développement économique, de l’emploi et des nouvelles technologies du conseil régional. Le management doit nous dire quelle direction il compte emprunter : la liquidation ou du développement ? » G.D

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Quelle suite pour le feuilleton ? Le doute plane sur l’avenir du groupe. Licenciements, délocalisation, revente... Voici quelques-uns des scénarii envisageables dans les mois à venir. site de Ras-al-Khaïmah, aux Emirats arabes unis. A ce rythme-là, seuls les services administratifs et la cellule Recherche & Développement pourraient subsister à Arques…

Arques : le cristal vole en éclats 1 - Les gains de productivité ne suffisent pas : on délocalise. Le verrier n’a jamais caché qu’il prévoyait d’intensifier sa présence à Nankin en Chine, ou à Ras-al-Khaïmah aux Emirats arabes unis. Certes, l’entreprise a investi 100 millions d’euros sur son site d’Arques, ce qui ne plaide pas pour un déménagement soudain. Mais sur le long terme, le maintien de l’activité reste lié à un gain de productivité de 26 %. L’entreprise s’était imposée d’y parvenir au plus tard en 2008. Las, cet impératif n’a pas été respecté. Arc International s’est accordé jusqu’à fin 2010 pour atteindre ce ratio mais à ce jour elle plafonne à 20 %. Alors que le four dédié au cristal vient de fermer, d’autres sont dans le collimateur. Au moment où nous écrivons, la fermeture du four K, dédié à la conception d’articles en verre creux était imminente. L’activité du four D, spécialisé dans le verre blanc, devrait être délocalisée sur le 30 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

2 - La machine est relancée. La cure d’amaigrissement se poursuit, les innovations font mouche. Si Guillaume de Fougières atteint ses objectifs de productivité, tous les espoirs sont permis. Lui resterait ensuite à relancer la machine commerciale à coup d’innovations, en espérant que la déconfiture d’Arc n’a pas entamé la créativité des ingénieurs. La descente aux enfers d’Arc International n’est pas une fatalité : en 2007, le verrier avait mis fin à quatre années consécutives de pertes en renouant avec un petit bénéfice d’exploitation (10 millions d’euros). Mais le redressement de l’entreprise ne se fera pas sans casse. « D’ici cinq ans, si rien n’est fait, nous ne serons plus que 4 000 au rythme où vont les choses », estime Frédéric Specque, le secrétaire du comité. En douze ans, le fleuron régional aurait alors sacrifié 9 000 emplois pour assurer sa propre survie. Une véritable gabegie… 3 - La dynastie se fissure : les Durand ouvrent le capital. Des bisbilles entre héritiers ont fait évoluer l’actionnariat depuis la mort de Jacques Durand. A son décès, le capital se partageait entre sa veuve Odette et leurs cinq enfants Philippe son successeur, ainsi que

Grèves, sureffectifs, désunion des actionnaires : le feuilleton Arc International saura-il éviter le clap de fin ?

9 000 emplois sacrifiés en 12 ans.

Jean-Jacques, Francine, Annick et Catherine. En désaccord avec la stratégie de leur frère, Jean-Jacques et Catherine ont cédé leurs parts en 1999, imités en 2005 par Francine. A la mort de Philippe, en 2007, sa fille Capucine et son fils Thimotée ont hérité de ses parts. Officiellement, la famille paraît toujours décidée à rester seule aux commandes. Au vu de l’état de la trésorerie, l’entrée d’une banque ou d’un industriel au capital ne serait pas forcément une mauvaise chose… Lorsque Jean-Jacques et Annick ont cédé leurs parts, les autres actionnaires auraient dépensé près d’un milliard d’euros pour leur racheter, et ainsi éviter qu’un industriel ou une banque ne vienne mettre son nez dans leurs affaires. S’ils avaient consacré ce pactole à l’expansion internationale du groupe, Arc n’en serait peut-être pas là aujourd’hui. NICOLAS MONTARD AVEC STÉPHANE BARGE


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DÉFI

CANCERS PROFESSIONNELS

Travailler nuit gravement à Le Nord-Pas-de-Calais est le champion de France des cancers contractés au travail. Et pour cause : beaucoup de ses entreprises exposent en toute impunité leurs ouvriers à des produits hautement toxiques. Un vrai scandale.

L

e travail, c’est la santé, dit la chanson. Allez donc dire ça à Antoine*. Cet ouvrier de la Française de Mécanique, une usine de moteurs basée à Douvrin, près de Lille, vient de porter plainte avec d’anciens collègues contre la direction du site. Elle serait responsable, selon eux, des cancers dont ils sont

Les justiciers du travail

I

ls sont en croisade contre les cancers au travail. JeanLuc Lenglen et Bernard Posez sont les fondateurs d’Agir pour la prévention des maladies professionnelles (APMP). A la création de cette association lilloise, en 2008, ces deux ex-industriels nordistes à la retraite pensaient faire de la sensibilisation en entreprise. Las, ils n’ont pas eu le temps, croulant sous les dossiers de victimes de cancers qui les appellent à l’aide. L’APMP a gagné tous ses procès (7 à ce jour) contre la Sécu, forcée de reconnaître l’origine professionnelle des maladies. Trente-cinq autres dossiers sont entre leurs mains

© François Canar - Métive Avenue

Jean-Luc Lenglen (à droite) et Bernard Posez sont les créateurs d’Agir pour la prévention des maladies professionnelles (APMP).

et de nouveaux arrivent tous les jours. « Le scandale de l’amiante n’est que la partie émergée de l’iceberg, les produits chimiques sont partout », s’emporte JeanLuc Lenglen, ancien spécialiste des solvants. Révoltés par l’indifférence générale, les deux compères sont bien déterminés à passer à la vitesse supérieure pour briser “l’omerta” et sensibiliser les pouvoirs publics. Outre la Française de Mécanique, Jean-Luc Lenglen a plusieurs autres grosses entreprises de la région dans son collimateur. « Il n’y a que comme ça que les choses avanceront ». P-Y.B

32 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

atteints. Entre eux, les salariés lui ont même donné un petit nom, la “maladie des huiles”, rapport aux lubrifiants bourrés de solvants dont ils pensent avoir respiré les vapeurs à pleins poumons durant des années. Germinal. Une exception, direzvous. Faux, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Entre 2004 et 2008, 934 cancers ont été reconnus comme imputables au travail dans le Nord-Pas-de-Calais (185 en 2008), hissant notre belle région sur la première marche de ce funeste podium. Nous totalisons ainsi 11 % des cancers professionnels reconnus au niveau national, alors que nous ne pesons que 6 % des salariés. Explication : outre l’amiante, fabriquée pendant des années chez Eternit à Thiant, près de Denain, la région regorge d’activités connues par les experts pour leurs risques cancérogènes. Comme l’automobile (huiles, peintures, gaz d’échappement), la chimie (solvants), la métallurgie (huiles minérales), sans oublier les métiers du bois (poussières), pour ne citer que les plus courants. Le plus inquiétant, c’est que les chiffres officiels, issus de l’assurance maladie, sont très en deçà de la réalité. Par manque d’information des malades - comme des médecins - l’origine professionnelle n’est reconnue que dans une très faible proportion des cas. Ces pathologies seraient en fait à l’origine de 420 à 850 décès par an dans la région, selon la mission interministérielle de lutte contre le cancer. En

résumé, le cancer au travail ferait chaque année, dans nos usines, deux à quatre fois plus de tués que les accidents de la route. Preuve accablante que la région n’a pas encore tourné sa page Germinal. Pourtant, la loi oblige tout employeur à évaluer les risques auxquels ses salariés sont exposés. Et à éliminer les produits dangereux ou, à défaut, à fournir des équipements de protection adaptés. Sinon, sa responsabilité peut être engagée, avec de lourdes conséquences à la clé. Le plan régional de santé au travail (PRST) adopté en 2007 prévoit des actions de prévention et de


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nt à la santé

Moins de la moitié des entreprises de la région ont effectué l’évaluation des risques professionnels auxquels sont exposés leurs salariés. Cette démarche est pourtant obligatoire depuis 2001.

sensibilisation des entreprises et des acteurs de la santé sur ces obligations. Mais ce n’est visiblement pas suffisant : le b.a.-ba de la sécurité est loin d’être respecté à la lettre. Omerta. A ce jour, moins de la moitié des entreprises contrôlées par la Caisse régionale d’assurance maladie (Cram) ont réalisé leur évaluation des risques professionnels, pourtant obligatoire depuis 2001. En clair, dans ces ateliers, personne ne sait exactement quels produits sont manipulés, ni quelle est leur dangerosité. « Il faut nuancer. Les grandes entreprises sont plutôt en

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alerte régulièrement ses adhérents sur les dangers de l’amiante. Sollicitée par nos soins, l’Union régionale des industries chimiques, par exemple, n’a pas souhaité répondre à nos questions. « Il y a une omerta, dénonce Jean-Luc Lenglen, président d’Agir pour la prévention des maladies professionnelles (lire encadré). La Médecine du travail est payée par les entreprises, elle ne peut pas dire ce qu’elle veut. Et l’Inspection du travail nous dit qu’elle a d’autres chats à fouetter. Résultat, rien n’est fait pour contraindre les patrons à protéger leurs salariés ».

règle. En revanche, dans les PME et TPE, le message n’est pas encore passé », détaille André-Marie Loock, vice-président de la Cram Nord-Picardie. Face à cet alarmant constat, la Cram et la Médecine du travail ont entrepris un plan d’actions chez 820 entreprises de Nord-Picardie d’ici 2012. Entre 4 et 10 % du total 200 d’entre elles ont été au- des cancers seraient ditées l’an dernier. imputables à l’activité En dehors de ces quelques professionnelle. chanceux, rares sont les industriels ayant pris la mesure de l’urgence. Hormis peut-être la Fédération régionale du bâtiment qui

Pas assez de sanctions. Le contrôle et les sanctions semblent effectivement loin d’être à la hauteur. Les premiers concernés avouent euxmêmes leur impuissance. « La Médecine du travail alerte parfois l’Inspection du travail. Mais elle est complètement absorbée par l’activité désuète des visites médicales obligatoires, souffle Alain Cuisse, directeur du centre de santé-travail de la zone Lens-Béthune-Arras [81 médecins pour la surveillance médicale de 215 000 salariés, ndlr]. Nous n’avons pas assez de temps pour aller sur le terrain ». Ni le temps, ni les moyens de mettre en place, par exemple, un suivi des produits avec lesquels les salariés sont en contact tout au long de leur vie active. Ceci afin de pouvoir mieux identifier l’origine du cancer lorsqu’il survient, parfois des dizaines d’années plus tard. Pourtant, un registre de suivi des cancers vient (enfin !) d’être créé à Lille. Mais tenez-vous bien, on ne juge pas utile de noter l’activité professionnelle des malades qu’on y inscrit. A l’heure où le stress des cadres est érigé en cause nationale, nos ouvriers mériteraient bien, eux aussi, que l’on se bouge un peu plus pour leur santé. PIERRE-YVES BOCQUET * Le prénom a été changé [Avril 2010] N°29 Entreprises &Management 33


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CONQUÉRANT

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Après sept ans passés à la tête de la R&D de Duflot, François-Xavier Delatte a pris les rênes de cette PME innovante en 2009.

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CAUDRY François-Xavier Delatte, président de Duflot Industrie

Riche en fibres

F FrançoisXavier Delatte en 5 dates 1971 Naissance à Nancy.

1995 Diplôme d’ingénieur textile de l’Ecole supérieure des techniques industrielles et des textiles (Estit) de Lille.

2001 Embauche chez Duflot Industrie.

2003 Premier dépôt de brevet pour un textile améliorant la respirabilité des vêtements de pompiers.

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2009 Nomination à la présidence de Duflot Industrie.

ace à son bureau, François-Xavier Delatte a épinglé un planisphère. Punaises jaunes pour les pays où la PME est déjà présente, essentiellement en Europe. Bleues pour les éventuels débouchés à ses textiles non tissés. Une quinzaine d’épingles au total. Et une attention particulière, aujourd’hui, pour celle fichée au cœur de la péninsule indienne : dans quarante-huit heures, le jeune président (il n’a que 38 ans) de Duflot Industrie s’envolera pour Bombay. Textiles sur orbite. Comme l’an passé en Chine, ce sont les sièges de trains qui l’amènent en Inde. « C’est un des plus grands réseaux ferroviaires au monde. Il est désuet mais il devrait se moderniser dans l’avenir. » Autrement dit, il y a un marché énorme pour les textiles techniques de la PME, déjà plébiscités dans le monde entier pour leurs vertus : ininflammable, anti-vandalisme, acoustique, pare-balles… On trouve ainsi du Duflot Industrie dans les sièges de TGV, la tenue des pompiers de New York, les banquettes du tramway de Tunis, les sièges des Airbus A380 de Singapour Airlines… Et aussi dans les scaphandres des vulcanologues, les sièges de ciné, les gilets pare-balles, les tablettes de voitures… Duflot réalise 37 % de son chiffre d’affaires à l’export, du Brésil à l’Australie, en passant par les USA et la Corée du Sud. « Malgré notre petite taille [62 salariés, ndlr], nous arrivons à aller partout, même dans l’espace ». Eh oui, le matériau composite en carbone utilisé dans les “boosters”

de la fusée Ariane 5 est lui aussi produit ici, à Caudry. Elargir son horizon, FrançoisXavier Delatte adore. Qu’il s’agisse de goûter un nouveau cépage au sein de son club d’œnologie de Cambrai (« Je garde certaines attaches avec ma Bourgogne d’origine, surtout dans ma cave ») ou de découvrir de nouvelles fibres synthétiques. Normal pour cet ingénieur « purement technique » longtemps en charge du pôle R&D. Il y a passé des journées entières à plancher sur de nouvelles applications aux viscose, aramide, polypropylène et autres fibres synthétiques. Permettant au passage à la PME caudrésienne de décrocher un trophée Inpi de l’innovation en 2007. « Si quelqu’un m’appelle pour me parler d’une nouvelle fibre, il faut absolument que je le rencontre. Le principe de l’innovation est de ne jamais dire non. » Profession de foi. Ne jamais dire non, presque une profession de foi. En 1996, au sortir de l’Ecole supérieure des techniques industrielles et des textiles (Estit) lorsqu’on lui propose un poste dans les Vosges, il quitte le Nord avec femme et bagages pour un CDD de six mois. On le sollicite des années plus tard pour devenir administrateur de la Caf.

Dans son catalogue, la PME caudrésienne dispose de textiles ininflammables, isolants thermiques et respirants. Idéal pour les vêtements de pompiers, comme ceux de la légendaire brigade de New York qui contiennent des fibres de chez Duflot.

En dépit d’un emploi du temps bien chargé, il accepte volontiers : « pour prendre conscience des difficultés sociales et ne pas vivre dans une bulle ». Les 20 kilomètres de Maroilles. Les difficultés, il y a goûté lui aussi, dès sa nomination aux commandes. Pas franchement verni notre jeune président. Aussitôt après avoir pris ses nouvelles fonctions, en janvier 2009, il voit son chiffre d’affaires (12,5 millions d’euros) reculer de 17 %. La faute à la crise automobile, son premier débouché avec 30 % de son activité, devant les 20 % du ferroviaire. Mais François-Xavier Delatte conserve le sourire : l’entreprise est demeurée bénéficiaire en dépit d’un investissement massif de 4,5 millions d’euros (40 % du chiffre d’affaires !) dans une nouvelle ligne de production ultramoderne. Investir, innover sans relâche, étoffer cette « diversité de produits que l’on retrouve uniquement chez Duflot ». Pour ce qui est de demeurer dans la course, François-Xavier Delatte s’y connaît un peu : il s’entraîne deux fois par semaine pour les 20 kilomètres de Maroilles, dont il prendra le départ le 1er mai. L’histoire ne dit pas s’il utilisera les textiles anti-transpirants à l’origine, en 2003, de son premier dépôt de brevet. CHRISTOPHE DEMAY

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Les textiles techniques de ce jeune patron sont plébiscités dans le monde entier par les clients les plus exigeants.

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DOUVRIN Cette filiale de Renault et PSA est l’une des plus grosses usines de moteurs du mo

Dans les rouages de la Fran

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Les ouvri voient dé par jour, mécaniqu le bloc de C4 berlin Peugeot

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oteurs du monde.

Française de Mécanique

L

usine Renault-Peugeot : un espoir pour notre région », titrait l’Eclair du Pas-de-Calais, à l’époque où il ne s’appelait pas encore Nord Eclair. C’était en 1969. L’implantation de la Française de Mécanique (la “FM”, comme on dit là-bas) en plein bassin minier était un choix politique. Il s’agissait de trouver une activité de substitution aux mines. La FM a été l’une des premières pierres de cette reconversion qui, quarante années plus tard, a donné naissance à la deuxième région automobile de France. Au fil des ans, le site s’est imposé comme l’une des plus importantes usines de production de moteurs du monde. Filiale à 50-50 des deux constructeurs français, la FM usine et assemble 6 400 moteurs par jour. La majorité pour des véhicules du groupe Peugeot-Citroën et de ses partenaires, Fiat et Toyota. Les 15 % restants finissent sous le capot de modèles Renault et Dacia. Elle usine également des pièces-moteur qui seront assemblées au Brésil, en Argentine, en Chine ou encore en Grande-Bretagne, pour la petite Mini de chez BMW.

A la chaîne

© Sébastien Jarry

Les ouvriers de cet atelier voient défiler 1 450 moteurs par jour, en 2X8. Les férus de mécanique auront reconnu le bloc des Citroën C3 Picasso, C4 berlines et Picasso, et des Peugeot 207, 308 SW et 3008.

40 millions de moteurs depuis 1969.

Las, l’automobile, industrie qualifiée “de pointe” en 1969, subit à son tour une crise sans précédent. Alors qu’elle employait près de 5 000 personnes en 1985, la FM ne compte plus aujourd’hui que 3 404 inscrits. Baisse du recours à l’intérim, mesures de départs volontaires et périodes de chômage partiel ont rythmé 2009, dont le second semestre a toutefois été dopé par les primes à la casse. Cette année, l’usine table sur une production proche de celle de 2009, à savoir 1,35 million de moteurs. Contre 1,6 million en 2007. TEXTES : PIERRE-YVES BOCQUET PHOTOS : SÉBASTIEN JARRY [Avril 2010] N°29 Entreprises &Management 37


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Mécanique bien huilée

A la sauce automate L’investissement industriel pour un nouveau moteur varie entre 200 et 300 millions d’euros. D’où la coopération en 1969 entre les deux constructeurs français (élargie à Fiat, Ford, BMW et Toyota) pour partager la facture.

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Les temps modernes © Sébastien Jarry

Sagement alignés, ces moteurs seront expédiés par camion et ferroutage vers les usines d’assemblage d’Aulnay, de Rennes, de Poissy, de Mulhouse, mais aussi vers l’Espagne et la Turquie.

L’usinage des pièces est entièrement automatisé. Contrairement au montage, où le taux d’automatisation varie entre 50 et 70 %.


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© Sébastien Jarry

La fonderie a coulé

© Sébastien Jarry

Le choc de l’arrêt de la fonderie en 2005 est resté dans toutes les mémoires. Une bonne partie des 700 “fondeurs” ont dû se reconvertir dans les métiers de la mécanique.

1 usine, 2 cultures

© Sébastien Jarry

© Sébastien Jarry

Chacun des 6 moteurs assemblés à Douvrin possède son propre bâtiment, répartis sur 2 pôles, l’un pour Renault, l’autre pour PSA. Chacun de ces pôles adopte les systèmes informatiques et l’organisation de la production de sa maison mère.

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COACHING

RESPONSABILITÉS Signatures, décisions, initiatives, missions spéciales…

Jusqu’où déléguer à sa secr Tous les bons managers le savent : il faut savoir déléguer. Attention toutefois de ne pas transformer votre assistant(e) en directeur général adjoint.

L

Confiance. Mais aller si loin dans la délégation est-il sain ? Jusqu’où un manager peut-il aller ? Pour Frédérique Defert, directrice du cycle supérieur de Management à l’Edhec Executive de Lille : « Toute décision qui a un impact fort sur la stratégie de l’entreprise comme les questions budgétaires ou liées aux RH ne doit 40 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

que vous vous imposerez. « C’est à vous de déterminer votre degré de confiance vis-à-vis de votre assistante et le degré de confidentialité des informations que vous lui communiquez » explique Daniel Maciejewski, dirigeant de Norpole Conseil à Lens. Récemment, il a été contacté par Pierre*, patron d’un cabinet de consulting de la région, à la recherche d’une nouvelle assistante de direction. Et pour cause, la collaboration avec sa précédente secrétaire a fini en clash. « Je lui ai transmis des documents pour qu’elle finalise un dossier en cours. Par inadvertance, j’ai laissé passer des informations sur les marges opérationnelles de l’entreprise. Au vu des chiffres, elle a jugé être mal rémunérée et m’a demandé des explications. » Résultat, l’ambiance dans l’entreprise est devenue exécrable. Pierre a dû de-

AVIS D’EXPERT Marie-Hélène Leveaux-Vinayo, © François Canar - Métive Avenue

e 15 avril, Charlotte Desombre, assistante de direction épanouie à la cellule économique régionale pour la construction et l'aménagement du NordPas-de-Calais, va passer une bonne fête des secrétaires. Mais cela n’a pas toujours été le cas. Il y a sept ans, lorsqu’elle travaillait pour un syndicat professionnel de la région, la collaboration fut douloureuse. « Le directeur général se sentait sur la sellette et n’avait pas confiance en ses collaborateurs. » Malgré ses demandes, impossible pour Charlotte de mettre les choses à plat avec son N+1. « J’étais tellement déstabilisée que cela s’est soldé par un arrêt de travail d’un mois. J’ai ensuite été changée d’affectation ». Pourtant, quand il est bien rôdé, le binôme dirigeantassistante peut se transformer en véritable une machine de guerre. Souvent proches des salariés et rompues aux rouages de l’entreprise, les assistantes de direction sont des soutiens solides pour les managers. Quitte parfois, à devenir des directeurs généraux bis.

pas être déléguée ». L’assistante est là pour faciliter le travail du dirigeant. « Le cœur de la mission relève du manager. C’est ce qui différencie la délégation à une assistante de direction de la délégation à un collaborateur » précise Marie-Hélène Leveaux-Vinayo, directeur consultant associé à Cepi Management à Marcq-en-Barœul. D’ailleurs en cas d’erreur, c’est au chef d’entreprise que reviendra la responsabilité de la faute. Pourtant, dans la pratique, la limite est souvent plus floue. Arnaud Feucherolles, directeur de l’hôtel Mercure Lille Aéroport à Lesquin, avoue demander beaucoup à son assistante. « J’attends d’elle qu’elle se positionne sur les dossiers. Je la consulte sur les stratégies promotionnelles, sur les sujets sociaux, sur la réorganisation des équipes. » Au final, la seule limite sera celle

directeur consultant associé chez Cepi Management à Marcq-en-Barœul.

« Il faut bâtir une relation de confiance » Que faire si une assistante de direction prend trop d’initiatives ? Le manager doit faire le point avec elle. A cette occasion, il revient sur des éléments factuels en citant précisément l’initiative qui lui a déplu et ses résultats. Il ne doit pas se situer dans le sentiment. Cet entretien permet de s’interroger sur le comment on en est arrivé à cette dérive, quelle est la part de responsabilité de chacun. Il ne s’agit pas de recadrer mais plutôt de se réajuster l’un et l’autre. Faut-il établir un contrat de délégation ? C’est utile pour un adjoint ou un collaborateur dans le cadre d’une mission définie, pas pour une assistante de direction. Par nature, le rôle d’une assistante se situe souvent aux frontières d’un cadre strict avec un ajustement permanent aux contraintes. Des entretiens réguliers sont plus pertinents qu’un contrat. Ce binôme est une relation de confiance qui se construit progressivement. Propos recueillis par E.P


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Attention : à force de lui confier des responsabilités, votre assistante risque de jouer les premiers rôles à votre place.

mander à son assistante de partir. Morale de l’histoire : à vous de jauger votre assistante pour savoir jusqu’où aller. Son niveau de connaissance des dossiers et de responsabilisation dans l’entreprise, tout comme son expérience sont à prendre en compte. Sinon, déléguer peut vite s’avérer contre-productif. Si elle ne se sent pas légitime pour répondre à votre demande, votre N1 pourrait bien s’interroger sur votre propre légitimité. « Pourquoi me demande-t-il ça à moi qui ne suis pas compétente sur cette question ? ». Respect. Enfin, « le manager doit savoir respecter le choix de son assistante de vouloir rester dans le strict cadre de ses fonctions » précise Frédérique Defert. Si vous aimez vous confronter à de nouveaux challenges, il n’en est pas forcément de même pour votre aide de camp. Marie-José, actuellement en recherche d’emploi et membre du Club des assistantes de direction basé à La Madeleine, a dû faire face à une mission un peu particulière lorsqu’elle travaillait pour une SSII de la région. « Mon responsable m’a demandé de remplir un dossier prud’homal contre l’une des employées de l’entreprise. Il m’a interrogée pour savoir si cela ne me posait pas de problème car je connaissais bien la personne en question. J’ai accepté mais tout en sachant que j’aurais pu dire non. C’était rassurant ». Limites. Dialoguer reste donc l’une des clés d’un duo harmonieux. A chaque mission qui sort du champ habituel des compétences de votre assistante, prenez le temps de vous entretenir avec elle. Expliquez-lui l’objectif à atteindre, les moyens que vous mettez à sa disposition pour y parvenir et surtout les limites que vous fixez à cette déléga-

tion de pouvoir. Sans limites claires, vous risquez en effet d’être vite dépassé. Lors de son arrivée à la tête du Mercure de « Les clients contacLille, Arnaud taient directement Feucherolles s’est mon assistante, sans retrouvé dans me consulter. » une position délicate. Depuis 20 ans, l’assistante de direction en place avait pris l’habitude de gérer la publicité de l’hôtel. « Les clients la contactaient directement sans me consulter », se sou-

© François Canar - Métive Avenue

secrétaire ?

vient le responsable. « Comme je voulais garder un droit de regard sur cette question, j’ai dû taper du poing sur la table. » L’option choisie : recruter une stagiaire en publicité et la faire encadrer par son assistante. Résultat, Arnaud Feucherolles a repris la main sans toutefois frustrer son binôme. Mais en lui rappelant tout de même au passage qui était le patron. EMMANUELLE PARTOUCHE * Le prénom a été modifié [Avril 2010] N°29 Entreprises &Management 41


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SOMMAIRE

[LES CAHIERS DE L’EMPLOI] Désormais, chaque mois, retrouvez dans ces pages Les Cahiers de l’Emploi d’Entreprises & Management réalisés en partenariat avec La Voix du Nord.

[LES CAHIERS DE L’EMPLOI] COMMENT DEVENIR Géomaticien

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BAROMÈTRE Transports La logistique se remet en route

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ANTI-SÈCHE Curriculum Vitae Faut-il oser la couleur ?

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Contact annonceur : Yorik Baudringhien au 03 20 78 42 87 ybaudringhien@lavoixdunord.fr [Avril 2010] N°29 Entreprises &Management 43


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[LES CAHIERS DE L’EMPLOI]

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COMMENT DEVENIR

Géomaticien Si vous ne savez pas lire un plan, passez votre route. Sinon, le métier de géomaticien, à mi-chemin entre la géographie et l’informatique, offre des débouchés intéressants.

T

out droit débarqué de votre petite bourgade provinciale, perdu dans les dédales du métro parisien, vous retrouvez votre chemin par bonheur grâce à un petit plan de poche dégoté à l'office de tourisme... Merci qui ? Un géomaticien ! Le nom vous est peut-être inconnu et pourtant, la géomatique fait partie de notre quotidien : Google Maps, Mappy ou autre ViaMichelin que vous utilisez pour calculer des itinéraires, en sont de parfaites illustrations. Cette discipline, au croisement de la géographie et de l'informatique, touche autant les collectivités territoriales – plans de réseaux de transports, cartes touristiques – que les entreprises de logistique, pour gérer en temps réel les flottes de véhicules et optimiser les déplacements. Autre application en vogue depuis quelque temps : le géomarketing, pour identifier, par exemple, le meilleur emplacement d'un nouveau magasin. Carte interactive. Mais en pratique, que fait un géomaticien ? En résumé, il analyse, organise et transforme des données géographiques brutes en support cartographique, grâce à un Système d'information géographique (SIG). Simon Archambault, géomaticien chez Carto-Concept, une société lilloise spécialisée dans la cartographie numérique, a par exemple travaillé avec le comité départemental du Tourisme du Nord. Leur demande : réaliser un fond cartographique retraçant des itinéraires thématiques pour une brochure touristique.

Un salaire de base de 1 500 euros pour un technicien et de 2 500 euros pour un ingénieur.

Simon Archambault, géomaticien chez Carto-Concept, à Lille, a travaillé sur des itinéraires à destination des touristes qui viennent visiter le Nord.

« Après avoir structuré toutes les données (limites du territoire, voirie, hydrographie, végétation...) et tracé les itinéraires et sites remarquables, nous avons appliqué une charte graphique spécifique », explique ce jeune Québécois. Cette base de données sera à terme adaptée en carte numérique interactive avec des possibilités supplémentaires (zoom, clic sur les sites pour plus d'infos...). Pour ce métier, mieux vaut donc ne pas être allergique à l'informatique. « Il est nécessaire de maîtriser les différents langages informatiques utilisés pour la programmation », souligne Valérie Pacaux, géomaticienne chez Immochan, la filiale im-

mobilière d'Auchan. « Les outils évoluent très vite, une veille technologique est indispensable si l'on veut rester compétitif », ajoute-t-elle. Côté formation, le BTS géomètretopographe du lycée Jean-Prouvé, à Lomme, peut donner une bonne base. Vous pouvez également passer une licence professionnelle spécialisée en géomatique à l'université de Lille 1. Le salaire de base dépendra de votre niveau, technicien ou ingénieur. Votre rémunération oscillera ainsi entre 1 500 et 2 500 euros par mois, sans trop de difficulté pour trouver un poste. Géomaticien : un bon plan ! CLAIRE DEVILLIERS [Avril 2010] N°29 Entreprises &Management 45


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[LES CAHIERS DE L’EMPLOI] RESSOURCES HUMAINES

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[LES CAHIERS DE L’EMPLOI] BAROMÈTRE TRANSPORTS

La logistique se remet en route

70 postes chez Oxylane. Fleuron de cet essor, la plateforme multimodale Delta 3 de Dourges, près de Lens. Ses 330 000 mètres carrés d'entrepôts sont déjà pleins et une extension est prévue. La zone a déjà généré 3 000 emplois directs et indirects grâce à l’installation de grands noms comme Kiabi ou Décathlon, rejoints en octobre dernier par Panapro, la filiale logistique du groupe Holder (Boulangeries Paul). Epargnées par la crise, les enseignes de la grande distribution restent gourmandes en transport-logistique. Le groupe Oxylane (Décathlon, Koodza…) prévoit ainsi 70 recrutements pour ses fonctions logistiques en 2010, de l’opérateur d’entrepôt aux fonctions cadres. De même, Kiabi annonce près de 115 recrutements en 2010, principa-

Le Nord-Pas de-Calais est la troisième région logistique de France.

lement des agents logistiques et quelques postes d'encadrement au siège et sur site. Canal Seine-Nord. Côté profils, les plus diplômés restent les mieux lotis. Car les entreprises cherchent à monter en compétences : « On doit gagner en compétitivité pour pallier la baisse d’activité », analyse Frédéric Marsy, dirigeant de Marsy Transports & Logistique (20 salariés) à Haisnes. Sa PME prévoit 3 ou 4 embauches de niveau bac+4/5 pour 2010. Les cadres restent des profils recherchés par les entreprises. Notre logistique devrait aussi bientôt bénéficier de la bonne forme des industries des biens d’équipe-

ment, des biens intermédiaires et de l’agroalimentaire qui prévoient toutes des hausses de leur chiffre d’affaires et de leurs exportations dès 2010, selon la CRCI. A plus long terme, l’ouverture d’ici à 2015 du canal Seine-Nord, reliant la Seine au reste du réseau européen via le Nord-Pas-de-Calais, devrait booster l’ensemble du secteur. Via notamment la création d’une plateforme logistique de 156 hectares à Marquion alliant transport fluvial, ferroviaire, routier et peut-être même aérien, avec la BA 103 de Cambrai toute proche. Pas de doute, ça va planer pour la logistique. CLAIRE DEVILLIERS ET PIERRE-YVES BOCQUET

En 2009, seulement 3 % des entreprises du secteur interrogées prévoyaient des embauches dans la région. Elles sont désormais deux fois plus nombreuses.

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Q

uand l’économie va, la logistique va. La santé du secteur transportlogistique, passage obligé entre les usines et les points de vente, est directement liée à celle de notre économie. Ce sera donc imparablement l’un des premiers à redécoller lorsque la conjoncture repassera au beau fixe. Et ce dès 2010. Une bonne nouvelle pour le Nord-Pas-de-Calais qui, grâce à sa position stratégique entre plusieurs capitales européennes, ses ports de commerce et sa densité industrielle, s’impose comme la troisième région logistique de France. Nos routes voient transiter 15 % du trafic routier de marchandises français. Résultat, le secteur regroupe pas moins de 2 700 entreprises, employant la bagatelle de 40 000 personnes dans la région.

Le dynamisme de la grande distribution et le retour en forme de quelques industries devraient permettre au secteur de la logistique de renouer avec les embauches dès cette année.

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ANTI-SÈCHE

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Si une pointe de couleur est parfois autorisée, certains domaines comme la banque ou la finance exigent un maximum de sobriété.

CURRICULUM VITAE

Faut-il oser la couleur ?

Patrice Laplace,

consultant en recrutement du cabinet Select’eam (Roubaix)

directeur associé chez RH Partners (Lille)

il faut se rendre visible ! Sachez qu'un recruteur n’accorde pas plus de 30 secondes à un CV, alors un peu de couleur permet d’attirer l’attention et témoigne d’une certaine ouverture d’esprit. Cela montre que vous avez apporté un soin particulier à votre candidature. Sans tomber dans l’extravagance, on peut se permettre aujourd’hui plus d’originalité, car les techniques de recrutement évoluent et les règles en matière de candidature s’assouplissent.

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Jérémy Bonte,

Oui,

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P

our mieux faire sortir votre CV du lot, vous avez passé en revue quelques techniques : utiliser du papier jaune fluo, écrire votre nom en rose fuchsia, donner dans la polychromie en changeant de couleur à chaque paragraphe… Puis vous vous êtes ravisé, de peur de verser dans l’excès de kitsch voire de mauvais goût. Ce qui ferait immanquablement atterrir votre candidature dans la corbeille à papier du recruteur ! Au fond, la très classique version en noir et blanc n’est peut-être pas la moins efficace. Certes, la couleur donne du peps… Mais a-t-elle vraiment sa place sur un CV ? CLAIRE DEVILLIERS

Non,

les couleurs ont parfois tendance à masquer un manque de fond. Or, l’essentiel reste bien le contenu : le parcours professionnel et les compétences. La couleur est encore moins recommandée pour les cadres dirigeants et les milieux de la banque ou de la finance, où la sobriété reste de rigueur. Il faut viser avant tout la neutralité. Et n’oubliez pas qu’une fois photocopié, un CV en couleur devient vite illisible !

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FINANCES, COMPTABILITÉ

SANTE, SOCIAL, CULTURE

SANTE, SOCIAL, CULTURE

Société spécialisée en import de produits

Société spécialisé en imports de produits de mer recrute

recrute

recrute

1 RESPONSABLE COMPTA H/F

1 MAGASINIER FREINAGE PNEUMATIQUE/HYDRAULIQUE H/F

UN RESPONSABLE FONCIER ET URBANISME H/F

1 RESPONSABLE CONTROLE QUALITÉ

Solide expérience en équipement hydraulique

Bonne expérience du domaine de la gestion juridique - bonne formation juridique nécessaire - Esprit d’équipe ENVOYER CV ET LETTRE DE MOTIV. OPALE CONSULTANTS - 6 bd du prince Albert - 62200 BOULOGNE SUR MER. Par mail : g.fachon@opale-consultants.fr

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recrute

CDD dispo immédiatement

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J’AI TESTÉ POUR VOUS…

La méthode anti-cl venu un soir au restaurant. Il pleuvait des seaux dehors, mais je suis quand même sortie m’en griller une. A peine le temps de prendre une bouffée qu’une grosse goutte de pluie anéantit tout le travail d’allumage. C’était la goutte de trop. Cette cigarette, la dernière du paquet, était bonne à jeter. J’ai pesté. Et puis je me suis ravisée. Où était passée ma liberté ? Pourquoi cette blonde me suivait-elle partout désormais ? A quoi bon continuer de me ruiner la santé ?

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Pour avoir une chance de réussir enfin à éteindre définitivement mes dix cigarettes quotidiennes, j’ai décidé de faire appel aux spécialistes de l‘Institut Pasteur.

Marre d’arrêter de fumer pour la énième fois ? Alors faites-vous aider par l’Institut Pasteur de Lille. Grâce à leur accompagnement, je n’ai pas retouché une clope depuis 4 mois ! 62 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

T

ous les fumeurs vous le diront. La cigarette détend, déstresse et aide à se concentrer. Moimême, j’étais un parfait exemple de la fumeuse heureuse : une dizaine de cigarettes par jour, 30 euros partis en fumée chaque semaine, trois bronchites par hiver, le souffle court, la mauvaise haleine et l’odeur de tabac froid sur les vêtements. Le déclic est

Adieu nicotine. Allez, c’est décidé, j’arrête. Mais pas n’importe comment, il me faut l’aide d’un pro. Je tape “tabacologue” sur Google. Je lis : « Adieu Nicotine, arrêter de fumer avec l’Institut Pasteur ». Une aide personnalisée avec la crème de la médecine lilloise, c’est ce qu’il me faut. Je prends rendezvous* une semaine plus tard avec un médecin-tabacologue. Pour cette première rencontre avec le docteur Devienne-Gadenne, je suis très à la bourre. Peut-être le stress d’avoir à subir un discours moralisateur... Bien au contraire, la tabacologue me questionne sur mon mode de vie, mes motivations, mes échecs passés, mon rapport à la cigarette… Elle est ellemême une ancienne fumeuse ! Je lui explique que je travaille chez moi, j’ai donc tout le loisir de m’enfumer à ma guise. Que oui, j’ai déjà essayé plusieurs fois d’arrêter. Et oui, je reprends lorsque l’aiguille de la balance s’affole. J’ai même lu d’une traite de livre d’Allen Carr Pour en finir avec la cigarette. Le médecin m’apprend que l’auteur de ce best-seller est mort d’un cancer du poumon l’été dernier. La discussion dévie sur les différentes dépendances. A priori, je n’ai pas de forte dépendance à la nicotine. Par contre, je suis accro à la gestuelle. La méthode de l’Institut, c’est de m’accompagner au rythme que je souhaite. Chaque consultation coûte 22 euros, en partie remboursée par la Sécu, comme chez un gé-


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néraliste. Après deux heures d’entretien, je ressors avec un rendezvous pour la semaine suivante et une ordonnance pour des patchs de nicotine. Je me précipite dans une pharmacie. Je débourse 69 euros pour 28 patchs et 36 pastilles à la menthe. J’apprendrai plus tard que les prix varient du simple au double selon les pharmacies ! A peine sortie, curieuse comme je suis, j’essaie d’ouvrir un patch. Même avec les dents, impossible. Arrivée chez moi, j’attrape une paire de ciseaux et j’extirpe enfin le petit autocollant. Reste à savoir où le coller. Je choisis le bras. Le patch a beau être couleur chair, il n’est absolument pas discret. Novices, voici deux précieux conseils : prenez votre douche AVANT de mettre le patch (sinon, vous le retrouverez au fond du bac) et changez d’endroit pour éviter les irritations. Rêves débiles. Les premiers jours se passent bien, je suis ultra-motivée. Patchée, me voilà armée pour affronter ma première épreuve, un anniversaire, une trentaine d’amis et, forcément, la tentation de replonger. Pendant quatre bonnes heures, je reste accrochée à mon verre de vin rouge. Histoire d’avoir quelque chose dans les mains. Je refuse une bonne dizaine de ciga-

rettes. « Non, merci, j’arrête ». « C’est une super initiative », me félicite-ton en allumant des clopes sous mon nez. Je mets un deuxième patch, tant pis pour le surdosage. Finalement, j’écourte la soirée. Lors du deuxième rendez-vous chez Pasteur, la tabacologue constate que la pharmacienne ne m’a pas donné le bon dosage ! Un comble : c’est justement la clef de la réussite du sevrage. Le médecin aborde ensuite, mais sans insister, les méfaits du tabac sur le cœur, les vaisseaux sanguins, les poumons, la peau… Et me donne quelques trucs pour garder la ligne, comme manger du pain frais, pour éviter d’ouvrir le réfrigérateur. Je ressors remotivée. Après un mois sans cigarette, je reprends du souffle, je retrouve le goût des aliments, je ressens les odeurs. Tout le monde me trouve bonne mine. Tout ça, je m’y attendais. Ce que le médecin avait oublié de me dire, c’est que mes nuits allaient être transformées ! Au réveil, je me souviens très distinctement de mes rêves, complètement débiles et affolants. Lors du troisième rendezvous, la tabacologue me rassure : la plupart des ex-fumeurs sont passés par là ! Je lui confie aussi mes moments de doute... Pas grave, je peux prolonger l’utilisation des patchs. « Prenez une heure par jour pour

Génération tabac

Dans la région, le recul du tabac est surtout sensible chez les 18-25 ans.

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L

a région Nord-Pasde-Calais compte 28% de fumeurs, selon le baromètre santé de 2005. C’est beaucoup, mais c’est moins que la moyenne nationale de 33%. « Cette baisse de la consommation régulière de tabac est encore plus flagrante chez les 18-25 ans », note-t-on chez l’association ECLAT, Espace de concertation et de liaison addictions tabagisme 59-62. Dans la région, un tiers des

jeunes expérimentent de temps en temps la cigarette sans devenir forcément accros. Alors qu’en France, 40% des fumeurs de 12 à 25 ans sont dépendants ! En revanche, les fumeurs nordistes de 45 à 54 ans fument beaucoup plus que la moyenne. La courbe de surmortalité due au tabac chez les femmes commence même à rattraper celle des hommes. G.M

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ti-clope de l’Institut Pasteur

Grâce au testeur de monoxyde de carbone, la tabacologue de l’Institut Pasteur mesure mon degré d’intoxication.

« Une seule taffe et l’engrenage se remettra en route. »

vous chouchouter et ne penser qu’à vous : sortez, marchez, allez à la piscine, lisez… Bref prenez du temps pour vous ! » Maîtriser mon poids. Quelques semaines après, une de ses phrases résonne encore dans mon esprit : « Une seule taffe et l’engrenage se remettra en route ». Je réalise que pour réussir, il faut que j’accepte l’irrévocabilité de ma décision. Je dois faire le deuil de ce moment de plaisir, de cette “béquille”. Plus jamais je ne toucherai une cigarette, aussi bien roulée soit-elle ! A partir de ce moment, je n’ai plus prêté attention aux fumeurs. J’ai poursuivi les patchs, à plus faible dose, pour maîtriser mon poids. Et puis un jour, quatre mois après ma dernière taffe, j’ai décidé que je n’en avais plus besoin. Sans l’accompagnement médical et psychologique de l’Institut, les choses auraient sûrement été plus difficiles. En tout cas désormais, moi, au resto, je reste bien au chaud. GABRIELLE MASURE *Adieu Nicotine : 03 20 87 78 63 [Avril 2010] N°29 Entreprises &Management 63


ZAPPING

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un livre LES DISPARUS DE L’A16 En l’espace de quelques mois, cinq disparitions restent inexpliquées près du village de Saint-Floquin, en bordure de l’A16. L’enquête est confiée à Virginia Valmain, détective privée dunkerquoise et sorte de San Antonio au féminin. Les Disparus de l’A16, de Maxime Gillio, éditions Ravet-Anceau, collection Polars en Nord 192 pages, 9 euros.

un objet fashion MOI, J’ÉCOUTE SWAROVSKI ! Parfaitement adaptés à l’oreille, légers, ces écouteurs intègrent une système de réduction de bruit et, comble du raffinement, sont incrustés d’un cristal de Swarovski. La classe… Crystal Budz de Maxell, 16,90 euros, existe en 10 couleurs.

PAR GAËTANE DELJURIE

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un gadget high-tech

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Il se prénomme Pléo, c’est un robot-dino pourvu d’intelligence artificielle et d’émotions (joie, tristesse, peur, etc.). Au fil des mois, il passera de l’enfance à l’âge adulte en se forgeant sa propre personnalité. Pour bien s’en occuper, il faudra se montrer très patient et attentionné… En vente à la Fnac, prix conseillé de 299 euros. www.pleoworld.com

un

PRÉFÉRÉ D’EMMANUEL OYEZ, CRÉATEUR DE WWW.BEBE-ETHIQUE.COM « A Roubaix, je me déplace essentiellement à vélo, pour concilier écologie et économie. J’ai enfourché un deuxroues pour entretenir ma forme et c’est devenu une passion. J’aime les conseils donnés sur ce site Internet, notamment pour les balades en famille. J’y achète aussi du matériel. »

NNEE.FR O D N A -R LO C Y .C W WW 64 Entreprises &Management N°29 [Avril 2010]

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le site web

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PLÉO LE PETIT ROBOT


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une balade

un plan enfants

LA VIE DE CHÂTEAU Pour profiter de la beauté du château de Couin pour une heure ou une nuit, direction les limites du département du Pas-de-Calais. Entièrement classée aux Monuments historiques, la bâtisse est un bel exemple d’architecture sous Louis XV, avec son magnifique escalier et son parc à l’anglaise. 11, rue principale à Couin. 3 euros, gratuit pour les moins de 10 ans. Chambres d’hôtes à partir 120 euros. 03 21 58 98 67. www.chateaudecouin.com

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ATELIER DE DÉBROUILLARDISE L’association Les petits débrouillards vise à faire découvrir les sciences et la technique aux plus jeunes. Pendant les vacances de Pâques, grâce aux ateliers ludiques proposés, initiez donc vos rejetons à l’évolution selon Darwin ou à la découverte du vivant ! 125, rue de Courtrai à Tourcoing. Les 1e et 2e semaines des vacances de Pâques. 70 euros + adhésion 15 euros. 03 20 57 48 93.

un lieu zen

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L’ATELIER QUI DÉSTRESSE

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Formée à la massothérapie, Caroline Ségard organise à Tourcoing des ateliers de développement personnel. On y apprend notamment à gérer son stress, maîtriser ses émotions, mieux communiquer ou stimuler sa créativité, tout en apprenant à mieux se connaître. 38, rue Faidherbe à Tourcoing. 20 euros les 3 premières séances, puis 25 euros. http://atelierpoursoi.wordpress.com

une expo

ME L’HIPRCPQO-END-BRAORŒUL

DES MAQUETTES TRÈS ARTISTIQUES

le resto PRÉFÉRÉ DE

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A Lille, La Maison de l’architecture explore toutes les possibilités des maquettes d’architecture et les transforme… en objets d’art ! Une quarantaine de projets sont ainsi exposés dans une “maison géante” pour être admirés comme de véritables œuvres. Jusqu’au 30 avril, place François Mitterrand près d’Euralille. Gratuit. Renseignements : 03 20 14 61 16 ou www.mav-npdc.com

À MA

PRÉSIDENT DU CLUB GAGNANTS « J’apprécie particulièrement ce restaurant pour son cadre magnifique. On peut profiter d’une vue plongeante sur le golf et la piste de l’hippodrome. C’est un endroit magique pour ceux qui viennent découvrir notre métropole. » 137, boulevard Clémenceau à Marcq-en-Barœul. Ouvert tous les midis, le vendredi soir, le lundi soir lors des courses. Fermé le samedi. 03 20 72 15 16.

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