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L’école de la maîtrise des risques pour

DES INGENIEURS AU SOMMET Ecole Nationale Supérieure d’Ingénieurs de Bourges

1997 - 2007


Claire LEROUX (promo 2000) Guillaume LEROUX (promo 2001) 19 Avenue Paul Langevin 92260 Fontenay aux Roses Pierre Fournier (promo 2002) 72 rue Jean Jacques Rousseau 18000 BOURGES

04/11/2007 21:58 Monsieur Joël ALLAIN Directeur de l'ENSI Bourges 88 boulevard lahitolle 18020 Bourges cedex

SHISHA 1998 Fontenay aux Roses, 17 octobre 2006

Objet : Proposition de projet pour fêter les 10 ans de l’école

Bonsoir, L'expédition KILIMANDJARO est rentrée de Tanzanie ce dimanche à 14 h après une formidable aventure sportive et humaine de 10 jours. - 20 des 24 grimpeurs ont atteint le sommet à 5 895 m (UHURU PEACK) toit de l'Afrique et tous sont allés à plus de 5 000 m d'altitude. - le groupe des 8 humanitaires est allé à la rencontre des populations Chagga et Massaï et a noué des contacts chargés d'émotions et pleins de promesses pour l'avenir avec des écoles et orphelinat. Tous ont fait preuve de grandes qualités de solidarité et de partage,de volonté et de dépassement de soi,d'un esprit d'équipe et de cohésion remarquable qui sont des valeurs qui font honneur à notre Ecole.Cette expédition s'achève donc sur un beau succès et marque de belle manière les manifestations du dixième anniversaire de l'ENSI de Bourges.Elle ouvre la voie dans les années à venir à de nombreuses autres initiatives étudiantes. Bien à vous tous, JA

Monsieur le Directeur, Nous profitons de la tenue de la première réunion de préparation des manifestations à l’occasion du 10ème anniversaire de l’ENSI Bourges, pour vous soumettre, par l’intermédiaire de Jean-Marc Margot, la proposition d’un voyage inter-promotions. A l’image du Shishapangma en 1998, de l’ascension du Mont Blanc en 1999, du Toubkal en 2001, de l’aiguille du Tour en 2002, De la Yung Frau en Suisse en 2003, ce voyage se doit tout naturellement d’être une nouvelle fois une tentative d’ascension.

TOUBKAL 2001

Ce voyage devra également être l’occasion de faire perdurer les liens entre les ingénieurs et les élèves ingénieurs de l’ENSI Bourges à travers un projet commun reflétant le dynamisme et l’esprit d’ouverture de notre école. Pour cela, nous nous proposons d’organiser, avec l’aide de Jean-Marc Margot, lors des vacances de Pâques 2007, l’ascension du Kilimandjaro par une équipe composée d’au moins une personne de chaque promotion de l’école ainsi que de membres du personnel encadrant. Il est à noter que le choix de ce sommet n’est pas anodin puisqu’il constituait l’un des objectifs de l’association ENSIBienne Kili2001 dans l’esprit « cinq sommets, cinq continents ». Nous sommes bien sûr à la disposition de Sophie Caroline PETIT pour réfléchir ensemble à l’intégration de ce projet dans la communication autour des célébrations des 10 ans de l’ENSI Bourges. En espérant que ce projet contribuera à fêter comme il se doit la première décennie de l’ENSI Bourges, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Directeur, l’expression de nos sentiments les meilleurs. Claire DUPUY

MONT-BLANC 1999

Guillaume LEROUX

Pierre FOURNIER

22/01/2008 17:33 Celles et ceux qui ont eu la chance de vivre "KILIMANDJARO 2007" ont eu à coeur de raconter dans ce livre, leurs impressions, en vous livrant au travers de ces quelques tranches de vie, des moments forts de l'aventure. En parcourant cet ouvrage, j'espère que vous y trouverez une petite part des émotions et de la solidarité qui ont fait la force de ce groupe. Que tous ceux qui ont permis la réussite de cette belle aventure en soient remerciés, au premier rang desquels nos étudiants et l'association 5Sommets 5Continents. J. ALLAIN Directeur de l'ENSI de Bourges


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uelle formidable aventure humaine et sportive ! Je réalise quelle chance j'ai eu de participer à un tel projet, d’autant plus en qualité de président de l'association 5 sommets 5 continents. Ce fut pour moi une expérience nouvelle, très enrichissante, humainement avec des moments de difficulté mais surtout moments de joie ! Notre préparation fut longue, minutieuse et nous a laissé le temps de rêver au Kilimandjaro ! Mais ce que nous avons vécu en Tanzanie durant cette semaine va au-delà du rêve. Toute l'équipe a fait preuve de complicité, de cohésion, d'esprit de corps, d'entraide et de solidarité, au fur et à mesure que nous progressions, bravo à tous pour cette ambiance remarquable.

Les magnifiques paysages du Kilimandjaro m'ont laissé sans voix. Lorsque nous étions dans la brume, au milieu des Séneçons, des langues de lave refroidies, j'avais l'impression d'être dans un autre univers. Et que dire de cette extraordinaire forêt priBertrand DELINAU, Président maire avec ses arbres immenses, ses de l’association 5 sommets, 5 continents fougères arborescentes et ses lichens accompagné de Jean et Pascal. telle une chevelure au vent accrochée aux branches. Une telle densité et richesse de végétation, c’est incroyable, on en prend plein les yeux ! L'assaut final du kilimanjaro restera comme la journée la plus dure et la plus longue, mais aussi la plus chargée en émotion avec cette arrivée au sommet où tous nous avons pleuré et nous sommes étreints. L’intensité du moment surtout après un tel effort restera un formidable souvenir. Mais ce qui m'aura le plus marqué je crois, c'est ma rencontre avec le peuple africain et ce contraste entre Europe et Afrique qui parfois fait mal au coeur. J'ai surtout côtoyé nos formidables porteurs et ce qui m'a fasciné chez eux va au-delà de leur force : c'est l’expression de joie et de sérénité sur leur visage quel que soit le moment de la journée, et même dans la difficulté, souvent à cause de la pluie mais aussi de leur sous équipement. Je souhaite leur rendre un immense hommage, car c'est eux qui chaque jour réalisaient l‘exploit. Je remercie également tous les membres de l'équipe et tous ceux qui ont contribué de près ou de loin à la réussite de cette aventure. Enfin un grand merci à Jean Marc Margot, chef de l'expédition qui nous aura permis à nous étudiants de vivre une très grande histoire qui restera à jamais dans nos cœurs !

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a course à pied est un sport que l’on qualifie généralement de sport individuel. A l’ENSI de Bourges ce sport se pratique en groupe le midi plusieurs fois par semaine. Ainsi depuis la fin du 20ème siècle, un groupe d’élèves quitte l’école le midi, emmené par un petit homme moustachu. La sélection dans ce groupe est néanmoins rude car à l’ENSI, la course à pied se pratique non seulement en groupe mais en parlant… Et, c’est donc en courant que le projet fou d’aller gravir le Kilimanjaro a pris forme, sur les bases d’une aventure humaine menée au Népal. Rapidement le recrutement d’élèves s’opère, une association se crée et un projet humanitaire vient se greffer au projet sportif avec pour objectif l’acheminement de matériel médical en Tanzanie. Tout cela était initialement prévu pour l’été 2001.

Devant les difficultés rencontrées pour organiser une telle expédition, l’idée est venue d’avoir un contact sur place. Par l’intermédiaire du directeur de l’école, j’ai donc rencontré dans un café un missionnaire de Tanzanie de passage à Bourges. Il m’a confirmé que notre projet demanderait une certaine préparation sur place et que tenter l’expédition sans rien connaître du pays n’était pas raisonnable. C’est à ce moment là que l’anDavid LEGALL née 2001 a basculé pour moi, au détour de cette phrase «ce qui pourrait être jouable, ce serait qu’un élève fasse un stage en Tanzanie pour faire une reconnaissance du terrain…». Les mois ont passé, le projet bat un peu de l’aile. Les mois passent, je recherche un stage en France sans succès jusqu’au jour où je reçois un email du missionnaire m’annonçant, alors que je n’y pensais même plus, qu’il y avait une possibilité de faire un stage dans une ONG en plein cœur de la Tanzanie. Il m’était donc proposé de travailler dans une ONG dénommée MiGeSaDo (acronyme swahili pour Miradi ya Gesi ya Samadi ya Dodoma qui signifie à peu près Projet de Production de Gas dans la région de Dodoma). Le stage étant ouvert à 2 personnes, je suis parti au mois de juin avec une élève et amie de ma promo pour 2 mois en Tanzanie. Le projet Kili initial s’est donc scindé en deux pour moi : d’une part, grâce à Jean-Marc Margot et à une organisation irréprochable, j’ai pu participer au projet sportif non pas au Kilimanjaro mais au Toubkal (4 167 m) ; d’autre part, grâce au missionnaire de Tanzanie, j’ai pu mener un projet humanitaire à Dodoma.

Ainsi au Maroc, j’ai découvert la montagne et la randonnée en groupe. Nous avons logé chez l’habitant, ce qui a permis de faire un parcours authentique, sans le côté «agence de voyage». Nous sommes tous arrivés au sommet pour admirer cette vue magnifique au-dessus de l’Atlas Marocain. En Tanzanie, j’ai découvert l’Afrique avec tout ce qu’elle a de magnifique en terme de paysage et tout ce qu’elle a de dur en terme de pauvreté. Mon voyage a commencé par un petit clin d’œil au destin : le survol du sommet du Kilimanjaro. Ensuite l’expression «panique à bord» résume bien notre arrivée à Dar Es Salaam. Nous nous sommes en effet retrouvés dans une mégalopole du tiers monde sans connaître la langue locale. Le guide du routard signalait qu’on pouvait se débrouiller en anglais… Cela devait sûrement être le cas dans les grands hôtels, mais pas au marché ni à la gare routière. Heureusement, notre missionnaire avait mandaté quelqu’un pour nous accueillir. Il nous a trouvés par je ne sais quel miracle et ce fut donc un grand ouf de soulagement de pouvoir se faire prendre en charge après un voyage de 21 heures...


De cette expérience en Tanzanie, je retiens une période de 3 semaines pendant laquelle nous avons vécu avec une famille tanzanienne pour laquelle MiGeSado construisait une station biogaz. Chaque jour, Mélanie partait en bus local et moi en footing pour rejoindre cette maison située à une dizaine de kilomètre de Dodoma. Nous avons ainsi suivi la construction d’une station de biogaz et en même temps nous nous sommes immergés dans la vie tanzanienne. Lors de mon footing quotidien, je me faisais huer par une foule d’enfants qui criaient «Mzungu ! Mzungu !». Mes collègues de l’ONG m’expliquèrent que dès qu’on sortait de Dodoma, les enfants qui avaient déjà vu ou entendu parler des blancs les classaient en deux catégories : le colonisateur d’une part (d’où la fuite de certains enfants en me voyant, le touriste obèse d’autre part (d’où leur étonnement de voir un blanc courir). Ils ont quand même fini par s’habituer à me voir. Le dernier jour de ce séjour en immersion fut assez douloureux pour moi : le père de famille m’a demandé de venir le voir et il m’a proposé de prendre un de ses 3 fils pour l’emmener en France avec moi. Cet homme a voyagé en Europe pour l’armée et avait aussi une certaine éducation du fait qu’il parlait anglais. Il m’a donc expliqué longuement qu’ici ses enfants n’avaient d’autre avenir que l’agriculture et qu’il souhaitait qu’au moins l’un d’entre eux ait une vie meilleure. Malheureusement je n’ai pu accéder à sa demande… Une autre chose m’a surpris en Tanzanie. Il faut savoir que ce pays a été colonisé par des pays arabes, l’Inde, la Grande Bretagne et l’Allemagne. De chaque culture elle a gardé quelque chose : les épices, le thé, la bière, les religions. Ainsi l’église Catholique est à 100 mètres de l’église Anglicane (où je logeais), elle-même à côté d’une Mosquée et tout ce petit monde vit en paix. J’ai à ce moment là naïvement découvert que c’était possible…

Je me suis globalement bien intégré dans ce pays, jusqu’à laver mon linge avec les tanzaniennes et tanzaniens. Un blanc qui court… pourquoi pas, mais alors un blanc qui lave son linge ! De ces conversations entre deux rinçages, j’ai gardé cette citation «maintenant tu vis comme nous mais la différence c’est que toi tu vas rentrer en France alors que moi je vais toujours rester ici sans espoir de partir».

Alors voilà, je suis rentré en France sans avoir fait l’ascension du Kilimanjaro ni visité un parc naturel. Mais j’ai vécu une expérience humaine formidable qui m’aura enrichi personnellement et qui je l’espère a été utile aux gens que j’ai rencontrés. C’est pourquoi il est important de ne pas faire seulement une expédition sportive et touristique en Tanzanie mais d’y associer un projet humanitaire aussi modeste soit-il. Cela montre aux tanzaniens que vous ne venez pas que pour profiter de leur volcan mais que vous vous intéressez à eux, à leur vie sans les regarder d’en haut, à 5895 m d’altitude. Cet échange humain est essentiel.

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C’

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était en octobre 2006 ? Ce matin, côté mémoire comme côté jambes, j’ai quelques inquiétudes… Oui ? Je m’en souviens maintenant, à l’origine c’est ce mail, pardon ce courriel signé Claire, Guillaume, Pierre.

Raisonnablement, n’était-ce pas un projet utopique que de vouloir «Réunir toutes les promos de l’ENSI de Bourges pour les 10 ans de sa création au sommet du Kilimanjaro», mais après tout, et c’est Victor Hugo qui l’affirme, «L’utopie d’aujourd’hui sera la réalité de demain !»

Me reviennent également deux lettres d’or dans mes souvenirs Himalpins : MB. MB, comme cet extraordinaire Mont Blanc en 1999 avec Fabrice… C’est drôle, j’ai l’impression d’entendre son souffle derrière moi… MB comme mon ami Marc Batard ! Il sera du projet, il ne peut en être autrement !

Jean-Marc MARGOT accompagné de Josépha et John

Alors de réunions approximatives en entraînements laborieux, le Kili se profile à l’horizon 2007. A l’évidence, il nous faut escalader la côte de monts damnés du côté de Sancerre pour mieux l’apercevoir. La voie est tracée. D’autres voix se font entendre : « Il faut donner une vraie dimension à cette ascension » Fonçons ! De réunions constructives en rencontres essentielles, le projet humanitaire prend sa mesure.

Voilà, nous sommes jeudi 1er novembre 2007, je vis une des plus belles expériences humaines qu’il m’ait été permis de vivre. A proximité d’Uhuru peak, l’instant est unique, à jamais gravé dans ma mémoire. Allez, Lazare je te laisse conclure : Est-ce Dieu ? Est-ce la Nature ? Grâce à vous tous, j’ai maintenant un début de réponse…

Lazare

Marc


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8 A…comme Ascension du KILIMANJARO par la voie Machamé… Il m’a semblé difficile de ne retenir qu’un souvenir, alors voici quelques impressions sous forme d’Abécédaire… B comme Boire... Il faut boire…pensez à boire…n’oubliez pas de boire… excellents conseils…l’eau, un bien si précieux… une occasion de se rappeler sa valeur … C comme Colobes... Ces singes à poils longs noirs et blancs, qui planent de branches en branches… D comme Diplôme... il y a maintenant longtemps que je n’avais pas eu de diplôme, aucun de mes diplômes « académiques » n’est encadré…mais peut-être celui-ci ? E comme ENSI, comme Ecole, comme Elèves… Merci à tous, je suis fière d’appartenir à cette Ecole et de côtoyer ces élèves qui ont su affirmer leur dimension humaine et sportive à travers ce projet « au sommet »… F comme Froid… Je craignais la fatigue, l’insuffisante préparation physique, les ampoules, les courbatures… La seule chose dont j’ai vraiment souffert c’est le froid, mais pas le froid du sommet, ce froid humide des premiers jours… Ce froid qui transperce… G comme Glaciers… J’attendais « les neiges » qui ont bercé mon adolescence (Pascal Danel : souvenirs, souvenirs…) ce sont les glaciers qui m’ont émerveillée… H comme Humilité… Pas de « gros bras » ou de frimeurs dans cette expédition… la montagne ne pardonne pas… I comme Impatiences… Ces superbes fleurs endémiques que notre guide a photographié avec tant de talent J comme Joséphat, comme Jean mais aussi Pascal, tous les autres guides et porteurs…sans vous, rien n’était possible ! K comme Kilimanjaro, comme Kilimandjaro…Orthographe anglophone ou francophone… à l’étymologie incertaine « montagne de l'eau », « montagne blanche », « montagne étincelante », « montagne de la splendeur»…tout à la fois…

Danièle VATAN

L comme Larmes... Ces larmes de joie, cette émotion qui nous ont submergés, nous jetant dans les bras les uns des autres… Nous sommes arrivés !!!! M comme Menelik… Selon la légende, Ménélik, roi d'Abyssinie, qui arrivait en conquérant, aurait gravi le Kilimandjaro et serait descendu dans le cratère de Kibo avec ses esclaves, ses bijoux et son trésor pour y «dormir pour l'éternité». Cette légende raconte que celui qui trouverait le trésor de Ménélik serait investi de sa sagesse et deviendrait roi d’Ethiopie . Nous n’avons pas trouvé le trésor, mais notre vrai trésor, n’est-ce pas ce souvenir inoubliable ?… Ne sommes-nous pas tous, humas et grimpeurs, revenus un peu plus «sages»… ? N comme Nuits… Toutes ces nuits passées sous les tentes à chercher le sommeil… O comme Oxygène…comme Oxymètre…comme Œdème… Jean-Marc , tu connais les remèdes ? P comme Porridge... Ce breuvage sans saveur (qui ressemble un peu à de la colle à tapisser) que j’ai dédaigné le premier matin et… fortement apprécié au fil des jours… P comme Polé Polé… Parce que « qui va polé va longué »… Q comme Question... La Question récurrente : Pourquoi suis-je là en train de faire l'ascension du Kilimanjaro ? Combien de fois me suis-je posé la question ? Pourquoi ? Quand à quatre heures de l’après-midi on arrive mouillé, glacé, dans le brouillard, avec pour seul abri une tente mouillée, quand à minuit et demi on démarre l’ascension finale, le cerveau manquant d’oxygène, le souffle court, la tête qui fait mal… Pourquoi ? Je ne suis pas une «vraie» sportive, je ne suis pas spécialiste de la haute montagne… Qu’est-ce que je fais là ? Je mets un pied devant l’autre et j’avance… Pourquoi ? Je ne pense plus à rien… Les premiers rayons de soleil, je vais arriver jusqu'au sommet, pourquoi ? Pourquoi cette émotion… Ces larmes, ces rires... Maintenant, j’ai la réponse…. R comme Registre... Ces registres où il fallait chaque jour méticuleusement justifier son identité… S comme Sac à dos... Qui croirait qu’il est si difficile et épuisant de faire chaque matin son sac à dos… A peine est-il fermé que l’on s’interroge… Dans quelle poche ai-je mis mes mouchoirs ? Mes barres ? Mes lunettes ?… J’en profite pour dire un grand merci aux proches qui m’ont aidée lors du choix du matériel ou qui m’ont prêté gourde, bâtons … S comme Seneçons... Dressés comme des sentinelles géantes surveillant les lieux T comme Tentes... Merci à Pascal le dépanneur des fermetures éclairs coincées… U comme Uhuru Peak... Un nom impossible mais quelle émotion… Ambiance irréelle… Le pic de la Liberté… Notre liberté ! V comme Voyages… Il y a longtemps que le virus m’a attaquée… Et ce n’est pas ce voyage qui m’aura guérie ! Z comme Zèbres… Observés dans la savane, blancs à rayures noires ? Ou noirs à rayures blanches ? W, X , Y… Pour partir à la découverte des Xerus, des Yacks et des Wapitis,… Jean-Marc tu nous organises quoi ?


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Groupe humanitaire


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C’est la chenille qui redémarre…

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e dimanche matin du mois d’avril 2007... Je suis dans le grenier, chez moi, et je fouille dans les jouets et les habits d’enfance de mes garçons. Quelques jours plus tôt, le groupe des «Huma» de l’expédition Kilimandjaro a demandé au personnel de l’ENSIB de faire preuve de solidarité en collectant du matériel, des jouets et des habits pour les enfants des écoles et des orphelinats de Tanzanie. En ouvrant un carton couvert de poussière, je tombe nez à nez avec cette chenille multicolore, peluche sympa qui a longtemps fait la joie de mes enfants, qui a décoré leur chambre pendant des années quand ils étaient encore petits.. je l’avais oubliée. Une foule de souvenirs me revient en mémoire. Elle a eu une belle vie cette chenille. Elle a une histoire… Quel dommage de finir là ! dans un carton. C’est évident. Elle devrait faire le bonheur d’un petit Tanzanien, Tembo, Joël ALLAIN Massaï ou Chaggas... Orphelin ou pas... fille ou garçon... peu importe… Un enfant qui lui redonnera vie ! Jeudi 1er Novembre 2007, l’atmosphère est lourde. Nous venons d’entrer dans l’orphelinat de Mto Wa Mbu (la rivière des moustiques). Maud, Agathe, Noémie, Stanislas, Bastien, Benjamin, Fabrice et moi, faisons connaissance avec une trentaine de mômes de 2 à 7 ans. Certains sont malades. Ils manquent de tout ou presque. Leur univers se limite à quelques pièces et une cour insalubres. Très vite, les enfants nous adoptent. Les jouets que nous leur offrons sont un tout petit peu de l’amour qui leur manque tant. J’observe mes jeunes compagnons de voyage. Ils sont magnifiques. Ils sont désormais tout à fait à l’aise, comme s’ils avaient toujours su parler aux enfants. Il n’y a aucune barrière de langage. Tous se comprennent. Leurs gestes sont simples, généreux et attentionnés. Une petite fille s’est endormie sur les genoux de Stan. Maud, Noémie et Agathe ont pris des enfants dans leurs bras et les cajolent. Fabrice pousse la balançoire. Benjamin et Bastien jouent au ballon avec les plus grands… Tous expriment leur tendresse. Nous passons près de 3 heures avec ces petits mômes, orphelins. Il est désormais l’heure du départ. En définitive, je ne sais pas qui a apporté le plus à l’autre au cours de ce bref moment de rencontre : Nous aux enfants ? A moins que ce soit l’inverse? Ce que je sais, c’est que la séparation est difficile… Les filles ne parviennent pas à retenir une larme. Les garçons aussi.. mais ils ne le montrent pas ! Le silence se fait et personne n’ose le rompre… En partant, j’aperçois une petite fille... 4 ans tout au plus. Elle sert dans ses bras la chenille multicolore. Elle a l’air surprise mais heureuse. La voir me procure une étrange sensation, mélange de satisfaction et d’impuissance… J’emporte son image, et celle de… la chenille qui redémarre !


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Quoi de plus beau que le sourire d’un enfant ?

est cette interrogation que je ne cesse de me répéter lorsque je revois les images de ce voyage… Bien sûr, ce trek aura également été la découverte de paysages, de senteurs et la rencontre de multiples personnes, jeunes ou vieux, plus ou moins «aisés», avec une culture et des croyances différentes, mais le sourire d'un enfant est au-delà de tout cela. Les différences culturelles, ni même la barrière de la langue ne peuvent venir à l'encontre de ce que l'on peut ressentir devant ces visages. J'ai longtemps fait défiler les photos de ce périple avant de pouvoir me décider sur celle qui représenterait le plus et qui résumerait au mieux l'esprit de notre voyage. Cependant, chaque instant fut unique et nous procurait des sensations et des émotions différentes. Après de longues heures de marche au cœur des bananeraies, rien de tel que le réconfort d'un contact humain, et qui sait combien ils furent nombreux. Nous ne partagions pas la même langue, ni la même culture, mais pourtant, il suffisait d'un regard, d'un sourire et de quelques signes pour échanger quelque chose avec ces personnes.

Le but de notre trek était évidemment d'aller à la rencontre d'enfants dans des écoles et un orphelinat. Nous sommes donc arrivés là-bas, les bras chargés de cahiers, de vêtements, de peluches… La Dick Dick de Tanzanie, Maud BIETIGER mais également avec notre esprit bien formaté de jeunes étudiants… Quel soulagement de pouvoir se libérer de tout cela, en un clin d'œil, juste au contact d'une foule d'enfants, vivants, et heureux de pouvoir découvrir des choses simples, que notre quotidien d'occidentaux nous fait parfois oublier. Je parle uniquement du fait d'apprécier la douceur d'une peluche, de jouer au ballon avec quelqu'un ou d'être pris dans les bras, et de partager ensemble le réconfort que ces actes peuvent nous apporter à tous. Ces gestes simples, uniques pour chacun d'entre nous, n'auront duré que quelques heures, mais ils furent sincères et d'une réelle intensité. A tel point que l'on peut se demander à qui ils ont le plus profité… A ces enfants à qui nous avons apporté un peu plus de «confort», ou bien à nous, qui avons peut-être ainsi réappris à apprécier la beauté de tels échanges ? La question restera sans doute en suspens, mais peu importe…

La préparation de ce voyage a nécessité de longues heures de travail, ponctuées de moments de découragements, et parfois même de coups de gueule, mais la récompense a été plus que fantastique et nous a fait oublier d'un seul coup les aléas qui ont pu précéder notre départ. Alors MERCI… Merci à mes sept compagnons de galère – Agathe, Stan, Bastien, Benjamin, Fabrice, Nono et Tembo – avec lesquels j'ai pu partager toutes ces émotions vécues, mais surtout Merci à tous ces enfants, car ils auront été la force de ce voyage…


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est notre première journée parmi la population tanzanienne et plus particulièrement le peuple chagga. Nous sommes arrivés ce matin, après 45 minutes de route pour quitter Moshi et nous diriger vers Marangu… Notre guide nous explique alors que nous sommes dans une des régions les moins démunies de Tanzanie. En effet les cultures permises par le climat tropical dû au Kilimandjaro, permettent cette végétation dense et donc l’alimentation de ces populations de la forêt primaire. Après avoir installé notre camp, un homme du village vient nous rejoindre. Nous faisons la connaissance d’Emmanuel. Et nous partons à la découverte, cette fois-ci pour de bon, de la population chagga. Attelés de nos sacs à dos, chapeaux, lunettes de soleil, nous commençons à marcher pour petit à petit entrer dans les bananeraies. Au fur et à mesure, nos attirails deviennent des futilités et nous nous intégrons vraiment au sein du village. Un sentiment profond nous envahit tous, fort probablement le paysage et l’ambiance qui nous entourent ne peuvent nous laisser indifférents. Tous ces produits que nous consommons dans notre univers occidental tous les jours, sans même se demander d’où ils Noémie GUILPAIN proviennent, nous entourent. Et enfin nous pouvons voir l’arbre, la plante dès leur naissance ! Bananes (15 variétés différentes de bananes), mangues, goyaves, papayes, avocats, café …Qu’il est appréciable de voir d’où vient tout cela ! Nous continuons à travers les bananeraies, Emmanuel nous explique que les familles vivent ensemble. Les maisons des parents, enfants, aïeux, sont toutes construites les unes à côtés des autres, et les défunts sont inhumés aussi à leurs côtés. Cet esprit de famille soudée se sera ressenti tout au long du voyage durant nos diverses rencontres des populations. Emmanuel s’arrête tout à coup, et nous souhaite la bienvenue. Face à nous, deux habitations, faites de terre et de poutres, revêtues d’un toit en tôle ondulée. Il nous présente et nous accueille dans sa maison. Je suis soudainement bouleversée par ce moment… En effet à ce même instant, on ne peut pas écarter les éléments de comparaison de son esprit… Même si il faut s’en détacher, ce que nous arriverons à faire au fur et à mesure du voyage. Mais que dire de ce moment où la confrontation à la réalité aura changé pour toujours ma manière de voir les choses. De tous les reportages, émissions, documentations que j’ai pu voir, depuis mon plus jeune âge, sur ce continent africain, sur le pays de la Tanzanie, je voulais toujours en savoir plus. Mais jamais je n’aurais pu me rendre compte des réelles carences et du manque présent, même si cette région est l’une des moins démunies de Tanzanie. Ceci donnera une idée sur la suite du voyage. Emmanuel continue sa visite et nous présente amicalement à sa femme, qui prépare avec attention un plat de bananes que l’on peut voir sur cette photo. Dans l’habitation d’à côté, il y a les chèvres. Les chicken out-door sont dans la cour. Et arrivent leurs enfants… Des visages de tendres bambins qui ne peuvent pas nous laisser indifférents, et même si nous ne pouvons pas échanger beaucoup de mots, un sourire suffira à échanger beaucoup de choses et à marquer cet instant pour toujours dans mon cœur… Le surlendemain, avant de quitter la ville de Marangu, nous donnerons quelques vêtements et peluches à Emmanuel pour ses enfants… Et je partirai avec ce sentiment léger du souvenir d’un sourire d’enfant…


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Enfants rencontrés lors de nos balades à Marangu. Heureux d’avoir une petite peluche.

Les Jacarandas

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Un rêve d’enfant

a y est, nous décollons pour la Tanzanie ! Je vais enfin réaliser un rêve d’enfant : Faire un voyage humanitaire en Afrique. Après de multiples galères pendant la préparation et le doute sur l’arrivée de notre guide, nous (Maud, Nono, Stan, Bastien, Benjamin, Fabrice, Chef-chef et moi) partons enfin pour un voyage inoubliable. Nous commençons par quelques jours dans le pays Chagga pour se mettre en jambes ! Balades dans les bananeraies, les caféiers et les jacarandas (magnifiques arbres bleus cf. photo). Il n’y a pas que les paysages qui sont impressionnants, les personnes que nous rencontrons aussi. Chaque personne qui nous croise, nous lance un «Djambo» (bonjour en swahili) avec un grand sourire. Lors d’une de ces balades, nous croisons des enfants, l’un d’eux attrape ma main et ne la lâche plus. Sa sœur l’imite. Mon premier contact avec des enfants ! Nous leur offrons une toupie en bois fabriquée à Menetou-Salon. Ils sont contents d’avoir un jouet mais n’arrivent pas à la faire tourner. Leur mère leur explique. Il faut Agathe JOCHYM maintenant les quitter pour continuer notre petit voyage. Le lendemain, nous partons rendre visite à une école Chagga, celle de Marangu. A notre arrivée, les enfants nous chantent des chansons pour nous souhaiter la bienvenue. Puis nous jouons avec eux au foot grâce au ballon que nous leur avons apporté. Nous avons vécu la même expérience quelques jours plus tard dans une école Massaï. La seule différence était le paysage sec et aride. Puis, nous finissons ce voyage humanitaire par une distribution de peluches et de jouets dans un orphelinat qui accueille 17 bouts de choux ! Nous sommes restés plusieurs heures à jouer et rire avec eux malgré notre différence de langages. Les gestes suffisaient. J’ai vécu pendant ce voyage des moments inoubliables. Il est impossible d’être insensible au sourire d’un enfant devant une simple peluche ou un ballon de baudruche. Leur réaction était si spontanée ! J’espère qu’un jour, eux aussi, pourront réaliser leur rêve d’enfant.


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On trouve toujours ce que l’on ne cherche pas ette phrase me hante depuis notre retour en France. Cette phrase est universelle et se produit dans tous les instants de notre vie. Quand on perd un objet on passe des heures à le chercher sans pouvoir le trouver. Et un jour, on le retrouve alors que l’on faisait autre chose. Cette phrase peut être un résumé de mon expérience en Tanzanie.

L’idée que je m’étais faite du voyage était un voyage où j’allais pouvoir rencontrer des enfants, aller au contact de personnes et aussi profiter des paysages qui allaient être magnifiques. La réalité n’est que meilleure. J’ai vécu tous ces moments imaginés et même plus. Ces moments je les ai partagés avec le groupe : Agathe, Maud, Noémie, le Patron, Benjamin, Bastien et Fabrice.

Les paysages rencontrés étaient fabuleux et tellement divers d’une région à une autre. On passait d’une région verte et boisée à une autre aride et sèche.

Le premier contact avec les enfants a été important et fabuleux. Nous, Français, nous leur avons ramené des ballons, peluches,… Ces choses qui nous semblent futiles, mais quel moment magique quand on voyait ces enfants jouer avec ces jouets d’une manière si simple. On ne Stanislas MITAILLE connaissait pas leur langue mais on pouvait lire la joie et le bonheur dans leurs yeux. Cela conforte mon idée que le sourire est un langage universel. Ils prenaient un plaisir à se laisser photographier s’ils pouvaient voir ce que la photo donnait. On est parti en laissant des sourires. Enfin, le Moment. C’était un jeudi. Après un long voyage en bus conduit par notre guide Lazare, on a mangé. Le voyage m’avait fatigué et je me disais que la fin de journée allait être longue. Je m’étais trompé…

On est parti dans un orphelinat. A l’arrivée, les locaux nous ont laissé sans voix, tout était à refaire. Puis est venu le temps de la distribution des peluches, ballons, crayons, cahiers,… La joie remplissait tellement la salle de classe qu’on a été obligé de sortir. On a joué au foot avec eux, on les a câlinés, pris dans nos bras. Le fait d’avoir un enfant endormi dans ses bras change pour un court instant la perception du monde, pour un moment un lien entre deux personnes se créé et reste dans la tête mais surtout il reste gravé au fond du cœur. Le départ a été dur pour tout le monde. Pour une fois la réalité a été plus intense et plus belle que l’imagination. Dans la réalité, il existe des sentiments que même une imagination ne peut reproduire.


C

omment résumer en une page et en une photo tout ce que j'ai ressenti durant ce voyage ? Les mots viennent à la pelle, les images se bousculent dans mon esprit. Et ce n'est pas toujours tout beau...

Partir, ça vous fait grandir, on voit les choses différemment, après, quand le quotidien a repris son implacable emprise sur votre vie. Rien n'a changé autour de vous et pourtant vous voyez tout ce qui vous entoure comme un monde de « con de blanc ». Ce qui me retourne les tripes, ce qui me fait si mal, c'est que j'étais, suis et demeurerai sans doute à jamais, un con de blanc. Un con qui a cherché à comprendre, pourquoi il en était un.

Je le sais. Ce n'est pas parce que je n'agis pas, ce n'est pas parce que je n'éprouve pas une compassion sans fin, ce n’est pas non plus parce que je ne leur suis d'aucune aide, c'est parce que je ne les connais pas. J'ai passé dix jours intenses mais trop courts... Je voulais m'asseoir près de toi. Je voulais que tu me parles de ton peuple, de ta tribu, de ta famille. Je voulais connaître tes buts, tes désirs, tes gloires passées. J'aurais tant aimé entendre tes histoires, tes amours, tes haines, tout ce qui a fait de toi un homme et un chef.

Je t'aurais parlé de moi et de mon monde. Je t'aurais posé des milliers de questions. Nous aurions partagé notre repas, je t'aurais soutenu quand le poids des années aurait été un trop lourd fardeau. Je serais parti dans les pâturages avec tes enfants, j'aurais partagé les joies et les peines de ton peuple. Toi, l'Ancien, toi le chef, la mémoire vivante, puisses-tu vivre dans un monde où ton peuple fier n'aura plus à subir la soif et Benjamin SCHLAFLANG la maladie. Et quand le temps viendra où comme pour tous, le soleil se couchera pour la dernière fois, puisses-tu partir sans regret et avec le sentiment du devoir accompli. Cet homme est le chef d'une tribu Massaï habitué à voir passer un tas de touristes voyeurs tels que nous le fûmes, même si nos intentions n'étaient pas là.

Comment nous voyait-il ? Que peut bien signifier ce regard si lourd qu'il pose sur le photographe blanc ? Sommes nous à ses yeux, de sympathiques donateurs, de stupides clients ou tout simplement, un car de blanc de plus ? Crois-tu mon peuple responsable de la disparition des traditions ? Penses tu que nous et notre « civilisation » avons pourri ta tribu comme nous l'avons fait avec tant d'autres ? Ton honneur souffre-t-il de notre pitié de gras occidentaux ? Que n'aurais je pas donné de moi pour connaître la réponse à une seule de ces questions... Que je souffre de douter si ma présence n'a pas été un bien pour un mal.

Mais le temps est à l'action et je m'accroche à ce regard. Pour comprendre, il faut agir, rebondir, repartir...

Alors, quand je foulerai à nouveau ta terre rouge, quand mes pas seront calés sur les pas de tes enfants, mes yeux ne regarderons plus les tiens, mais ce que nous allons faire ensemble.

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Q

ue retenir de ce voyage ? Quels souvenirs garder en nous ? Bien trop de choses pour pouvoir les expliquer sur du papier. A commencer par ces paysages si variés quand nous changions d'atmosphère au gré des déplacements en minibus.

Au pied du Kilimandjaro se trouvent de denses forêts, dues au fait que le volcan bloque les nuages qui se déversent donc sur la région, fertilisant le sol tout autant que les basaltes issus de celui-ci. Nous découvrons rapidement d'immenses bananeraies, qui représentent la principale culture du pays Chagga et qui permettent à cette région d'être relativement riche, avec un revenu moyen d'environ 400 $ par mois par habitant selon notre guide. Cependant, il existe un contraste énorme entre les différentes habitations, de la petite maison en tôle à l'immense villa en dur, seulement distantes de quelques centaines de mètres. Les familles restent généralement soudées et vivent sur un même terrain, divisé au fil des générations. Ainsi, lorsque notre guide de la région Chagga nous invite à venir voir sa maison, il nous explique que le reste de sa famille se trouve sur les parcelles avoisinantes, seulement séparées par des plantations de bananes.

Cependant, dès que l'on s'éloigne un tant soit peu du sommet de l'Afrique, les paysages deviennent plus désertiques et on peut remarquer un manque d'eau notable, autant pour les habitants (en particulier chez les Massaï) que pour les cultures. La différence avec le pays Chagga est énorme. Ici, les arbres d'une trentaine de mètres de haut n'existent plus, ils ont depuis longtemps succombé à la sécheresse. Restent les Massaï, peuple fier et emblématique de ces régions. Ils n'ont comme seule source d'eau un robinet relié à la ville ainsi qu'un réservoir qui capte l'eau et la laisse décanter afin d'en récupérer la partie relativement potable. L'inconvénient de ce dernier système étant qu'une semaine est nécessaire à son bon fonctionnement...

Bastien VELCH

Nous passons alors une nuit en territoire Masaï à dormir dans un campement quasiment en pleine nature (la seule différence étant les rondes d'un garde Massaï afin d'éloigner les hyènes qui rodent dans le coin). La nuit offre son essaim d'étoiles, seulement dérangé par des explosions venant d'un volcan voisin qui illumine le ciel de ses flashes. Le lever de soleil est d'une beauté saisissante et me rappelle, si besoin est, combien nous sommes peu de choses dans cette nature.

Lever de soleil en pays Massaï

C'est donc la tête pleine de souvenirs, de rencontres et d'images inoubliables que je rentre sur Paris, pas vraiment pressé de retrouver le mode de vie à l'européenne qui ne m'a pas réellement manqué pendant ce séjour. Une seule certitude : je retournerai là-bas un jour...


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Les ascensionnistes


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I

L’expédition au Kilimandjaro l est extrêmement difficile de discerner, avec le recul, un évènement plus marquant que les autres lors de cette expédition au Kilimandjaro, tant chaque instant fut magique. Chaque jour amenait son lot de surprises en commençant invariablement par une vue dégagée sur le sommet du Kilimandjaro magistralement éclairé par le lever de soleil. C’était le moment d’en profiter car le soleil n’était pas à la fête durant l’ascension et le Kilimandjaro avait décidé de jouer à cache-cache avec nous. Quelques heures de marche et les paysages changeaient du tout au tout. Le plus bel exemple en fut la quatrième journée de marche entre Barranco (3 940 m) et Barafu (4 550 m). Au réveil, je me suis aperçu avec surprise que nous étions entourés de sénéçons géants, plantes pouvant faire jusqu’à 3 mètres de haut et que le camp était situé non loin d’une paroi quasi-verticale d’environ 200 mètres de haut surnommée «breakfast», que nous devions franchir. L’étonnement était d’autant plus grand que la veille, le temps avait été tellement pluvieux et nuageux que je n’avais pas la moindre idée de la configuration de l’emplacement du camp.

La paroi fut escaladée sans grande difficulté. Là, le panorama était étonnant avec en premier plan une forêt de sénéçons géants au milieu de laquelle coulait une rivière donnant l’impression de se jeter au loin dans une mer de nuages. La marche s’est ensuite déroulée dans un paysage désertique et au fur et à mesure que nous redescendions vers la vallée de Karanga, endroit du pique-nique, la végétation reprenait ses droits. Quel contraste saisissant ! Et ce n’était pas fini puisque les dernières heures de marche de la journée se sont effectuées dans un paysage entièrement minéral. Les bombes de lave jonchaient le sol et pas le moindre signe de vie à des kilomètres à la ronde.

Jonathan ALLAIN

Le jour sans fin Cinquième jour, réveil 23h30 et départ 00h30 de Barafu. Autant dire que la nuit fut courte ! La température au camp était telle que les sacs de randonnée se couvraient de givre instantanément. Cela laissait présager de la température au sommet ! L’ascension se fit en grande partie à la lumière de la lune et des frontales. Les groupes partis avant nous faisaient penser à une montée aux flambeaux, magnifique ! Vers 6 heures du matin, le jour s’est finalement décidé à pointer le bout de son nez. Quel froid à ce moment là ! Ce moment a concordé avec celui du réveil. En effet, marcher des heures en pleine nuit, ça endort et l’on finit par marcher de façon totalement mécanique, sans réfléchir.

Ce regain d’énergie ne va pas durer et le mal des montagnes me gagne. La dernière demi-heure d’ascension est exténuante, la faute à un mal de tête carabiné. Nous arrivons finalement au bord du cratère, à Stella Point. Le temps de prendre quelques photos et nous continuons l’ascension. Il ne reste plus que 150 mètres de dénivelés mais ceux-ci serons ardus, pour certains plus que pour d’autres. Enfin, vers 8h30, j’arrive en haut, à bout de force et rejoins les autres sur le toit de l’Afrique. L’émotion est intense et l’ivresse d’avoir réussi me redonne assez de force pour admirer le paysage et me faire photographier avec les autres sous le panneau attestant de notre exploit. La descente jusqu’au camp de base fut particulièrement folklorique vu l’état de fatigue dans lequel nous étions. De retour au camp de base, on nous apprend qu’il va falloir fournir un dernier effort pour descendre au camp suivant situé à 3100 mètres d’altitude. Partis à la frontale de Barafu à 00h30, nous sommes finalement arrivés à Mweka Camp à la frontale, vers 19h00. Quelle journée !


I

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L’aube de la victoire

l est marrant Jean-Marc ! A peine remis de nos émotions, il nous demande d’écrire un petit texte sur le Kili, pour faire un bouquin il paraît. Autant battre le fer tant qu’il est encore chaud, non ? Que retenir de ces dix jours d’expédition riches en souvenirs ? Résumer notre périple africain en quelques lignes serait bien difficile et surtout bien trop restrictif. C’est pourquoi je reviendrai sur quelques souvenirs bien particuliers pour illustrer cette incroyable aventure humaine. Non pas sur l’impitoyable guerre du Diamox™ qui a inlassablement rythmé nos journées d’ascension, ni sur la charmante Suissesse croisée au sommet. Je pense que d’autres l’auront sûrement fait à ma place. Par où commencer ? Par un départ quelque peu mouvementé. Hormis l’arrivée précipitée de Dédé, je retiendrai plus particulièrement le timing plus que serré lors du changement d’avion à Zurich, et surtout notre charge héroïque digne du XV des All Blacks pour entrer dans la navette de l’aéroport. Arrivés en Afrique après une longue journée de vol, c’est l’état des routes et la conduite locale (un style bien particulier !) qui surprennent un peu ! Comme disait un certain Yannick dans une chanson bien connue, attention les secousses ! La veille du départ, le briefing fait par nos deux guides français, Jean et Pascal, a vite fait de nous remettre les pieds sur terre et la tête sur les épaules : Cette ascension ne sera pas qu’une partie de plaisir ! D’ailleurs, c’est la pluie qui nous accueille dès notre entrée dans le parc. Le ton est donné ! Les premières journées d’ascension nous font découvrir des paysages luxurieux, à la végétation surprenante. Nous arpentons des chemins d’abord aménagés, qui laissent vite place à des sentiers de plus en plus escarpés. Une très bonne ambiance commence à s’installer dans le groupe, entre élèves, anciens, enseignants et personnes extérieures à l’ENSI. Même si à plusieurs reprises la pluie viendra perturber notre progression (mon pauvre chapeau s’en souvient encore…), les premières journées de marche seront très agréables. Si je dois garder une image de cette approche progressive du géant d’Afrique, le François BOIS choix ne sera pas aisé. Je me souviendrai toujours de ce réveil à Baranco, lors du quatrième jour d’ascension, avec cette vue surprenante et intimidante du Kibo, s’élevant dans un ciel bleu juste en face de nous. Si je dois me souvenir d’un moment particulier de toute cette aventure, c’est bien sûr notre arrivée chargée d’émotion à Uhuru Peak, au terme d’une montée finale au cœur de la nuit, bravant le froid et la fatigue. Lors de ce terrible et éprouvant final, je me souviens avoir plusieurs fois levé la tête pour apercevoir dans les hauteurs la longue guirlande lumineuse matérialisant la chaîne d’ascensionnistes partis peu avant nous. Durant ces longues heures dans l’obscurité, outre les chants d’encouragement tanzaniens, je n’ai qu’une seule chose en tête : Au moins tenir jusqu’au lever du jour. L’attente sera longue mais le spectacle grandiose. Perchés à plus de 5000 mètres d’altitude, nous contemplons le soleil enflammer de ses premiers rayons l’épaisse mer de nuage bordant le Mawenzi. Irréel… Mon moral est soudainement regonflé à bloc par cette vision de rêve. L’esprit de groupe jouera alors un rôle prépondérant. C’est ensemble, en s’entraidant et en s’attendant mutuellement sur l’ultime versant, que nous arriverons d’abord à Stella Point, puis sur le bord supérieur du cratère, point culminant du Kilimandjaro. Ces quelques minutes passées au sommet sont des moments d’éternité. Elles ne se décrivent pas, elles se vivent. Assis sur le toit de l’Afrique, entouré par les impressionnants glaciers fossiles sous un ciel sans nuage, un petit groupe de grimpeurs venant tout droit de Bourges savoure chaque seconde de cet instant unique, ne mesurant pas encore toute l’ampleur de l’exploit réalisé. L’ENSI de Bourges a fêté son dixième anniversaire de bien belle manière.


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V

oici la photo que je préfère car elle représente l'esprit d'équipe, la fraternité à travers les générations. Cette photo a été prise au sommet du kilimanjaro. Ce fut un moment de joie, d'émotions intenses qui nous a rapprochés le temps de quelques photos. On était le premier novembre 2007. Il était environ 8h du matin, après plus de sept heures de marche et 1300 mètres de dénivelé. Ce moment restera gravé dans ma mémoire comme l'aboutissement d'un an de préparation, aussi bien physique que mentale. Un an de sueur, de travail, en groupe ou seul, de devoirs envers moi-même mais surtout envers les autres. Cette victoire, je la dois aussi bien à moi-même qu'à mes coéquipiers qui m'ont donné la force d'aller jusqu'au bout.

Je me rappelle : tout commença par une soirée des plus ordinaires. On était chez un ami et Bertrand m'a parlé d'un certain mail parlant d'une expédition au kilimanjaro. Alors, étant randonneur, je me suis intéressé à ce projet pour enfin prendre la responsabilité du secrétariat au sein de l'association fraîchement créée. Plus le temps passait et plus l'échéance se rapprochait. Malheureusement j'échouai à la mythique et réputée course de Bourges-Sancerre et me résignais à ne plus faire partie de l'expédition. Continuant à m'investir du mieux que je pouvais dans l'association, Jean Marc m'a un soir proposé de revenir en course pour l'expédition. Je ne sais pas encore comment le remercier. Et le moment de partir fut très vite là. Nous voilà le jeudi 25 octobre. Il était minuit et je me tenais debout, devant le bus qui devait nous mener à Paris afin de prendre l'avion, en direction de Nairobi. L'excitation était telle que je n'ai pas pu dormir de la nuit.

Et enfin nous voilà arrivés devant cette montagne mythique qui brille dans nos yeux depuis plus d'un an. Pour moi l'ascension s'est très bien passée, malgré le mal de tête ''carabiné'' qui m'assomma au sommet. Mais grâce à cette expérience, j'ai pu découvrir les limites de mon corps, de ma forme physique et de ma force mentale : comme pas mal de membres de l'expédition, enfin je pense, l'espace d'un instant l'idée d'échouer m'a traversé l'esprit lors de la montée finale, tant l'effort était violent.

Jérémy COLOMBET

Les paysages que j'ai découvert étaient tous d'une extrême beauté. Le dépaysement engendré par le changement de décor était tel que j'aurais juré être resté beaucoup plus d'une semaine en Tanzanie. Malheureusement non.

Le retour en France fut brutal. Le temps maussade d'automne avait remplacé le soleil éblouissant des matinées Tanzaniennes. Les cratères des routes Kenyannes furent remplacés par les immenses autoroutes, sur lesquelles il est si facile de s'endormir. Les villages vivants et fleuris de Tanzanie laissèrent place au froid hivernal s'installant et aux rues vides de Bourges. Et voilà il ne reste plus grand chose de ce voyage, à part un souvenir qui restera gravé à jamais dans nos mémoires, ainsi qu'une belle leçon de fraternité, de maîtrise de soi et d'humanité.


21 Quatrième jour.

Breakfast in Africa

Tiens, du bruit… Des chuchotements plutôt, ils prennent de l’ampleur et l’entremêlement des voix finit par percer mon sommeil et me tirer des bras de Morphée. J’ouvre un œil, je sens les rayons du soleil qui filtrent la toile de ma tente et me caressent le visage. Il est 7h00. Je me sens curieusement reposée. La nuit a été plus clémente avec moi que la veille. Je me souviens en frissonnant de cette scène : mon corps malade en proie à des soubresauts incontrôlables pendant des heures et la douleur qui me tenaillait le ventre. Je secoue vite la tête pour chasser ce souvenir pénible. Je me lève avec Damien et on se prépare doucement. Dehors, une vue incroyable nous attend. Pour la première fois depuis le début de notre voyage, la mer de nuages s’était dissipée laissant ainsi le prestigieux Kibo se révéler à nos yeux ébahis. Après déjà quatre jours de galère, ce seul spectacle a réussi à faire sourdre un sourire chez chacun. Magnifique. Malheureusement, l’euphorie fut de courte durée pour moi. À l’heure du départ pour Barafu, une toute autre vue beaucoup moins plaisante s’imposait à moi : le Breakfast. Un mur de lave noire, froid, abrupt et particulièrement menaçant s’élevait fièrement devant ma mine déconfite. Il me semblait désespérément haut, impraticable. Et la simple vue du cortège de grimpeurs qui décrivait des méandres dans cette masse noire finissait de me décourager. Moi qui me vois déjà faillir du haut du plus minuscule des escabeaux, je sentais déjà ma volonté faiblir d’un cran. Parmi mes plus grandes peurs, le vertige tient la meilleure place avec l’eau. Une bouffée de chaleur mêlée d’angoisse me fait frémir, je crois même que je tremble un peu. Perso, un p’tit-déj’ ça me suffit ! Gravir le Kili n’était sûrement pas la meilleure idée qu’il soit mais je suis un paradoxe à moi toute seule. Pas le choix, il faut y aller. Ma main trouve un peu de réconfort bien au chaud dans celle de Damien. Il m’encourage du regard, ses yeux pétillent. Je suis rassurée… Mais pas pour bien longtemps !

Tout en apprenant à bien placer mon pied pour éviter la glissade, je me concentre sur mon souffle et surtout sur ma peur irrépressible du vide. Les yeux rivés sur mes pieds et mes mains, je fais des efforts inimaginables pour ne pas céder à une crise de panique. C’est ainsi qu’encadrée des deux côtés, j’avance doucement et toujours d’un pas légèrement hésitant. Mètre par mètre, je prends un Stéphanie ENG peu plus d’assurance parvenant à m’aérer l’esprit et à profiter davantage du paysage inouï qui s’offre à nous. Pas trop longtemps quand même, sinon ma phobie risque de reprendre le dessus. On arrive bientôt dans des passages plus escarpés et tortueux où il faut sérieusement s’aider de ses mains. Les prises se font de plus en plus difficiles jusqu’à devenir presque inabordables. Dans ces moments-là, un assistant guide m’attrapait fermement le bras pour me hisser à lui. Je me sentais alors voler littéralement. Sa force était tout bonnement impressionnante et surtout extrêmement rassurante.

Après des heures de marche, de grimpe, de dérapages et de plus ou moins grosses frayeurs, pour mon plus grand bonheur, le terrain finit par s’adoucir pour aboutir à un plateau. Le breakfast fait soudain place à un paysage complètement lunaire. Le changement est radical, comme à chaque étape de la montée du Kili. On est arrivé à plus de 4 000 mètres et un long et éprouvant chemin nous sépare encore du camp de Barafu. Mais pour moi, le triomphe est autre, je soupire de soulagement. Damien me prend dans ses bras et m’embrasse. Il est fier de moi, moi aussi je le suis. J’ai fait face à ma peur la plus viscérale, et aujourd’hui encore je continue. Voilà, c’est mon aventure à moi. Indéniablement, c’est bien grâce à l’aide de mon assistant-guide et à celle de mes compagnons de voyage que j’ai pu venir à bout de ce colosse de pierre. Merci à vous, aventuriers, pour ce voyage extraordinaire.


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Breakfast in Africa Quatrième jour.

Allez debout ! Il fait froid, mais sec. La journée d’hier, qui devait être la plus «cool», a été la plus mouillée. Celle-ci ne pourra pas être pire. Et puis à part chez les Hobbits, c’est pas tous les matins qu’on attaque la journée par deux petits déjeuners ! Mais oui c’est vrai ! c’est aujourd’hui qu’on se fait le «Breakfast» ! J’attendais ce mur de plusieurs centaines de mètres de hauteur avec impatience : on va enfin pouvoir mettre les mains ! Quelle vue ! Un mur de roche noire décoré de petites guirlandes de points colorés, certainement les groupes plus matinaux, avec le Kibo juste au-dessus, si proche… impressionnant.

Après un repas qui commence à devenir habituel (c'est-àdire où la patience pour le thé est récompensée par un rapide service en porridge) le groupe est prêt à partir. Stéph aussi on dirait, malgré l’appréhension que cette étape provoque en elle depuis qu’elle a appris son existence il y a déjà plusieurs mois. Mouais… je vais quand même rester derrière elle, au cas où…

Quelques minutes plus tard, les premiers passages difficiles font leur apparition et mes mains acceptent avec plaisir le contact de la pierre. J’adore quand la nature me rappelle qu’homo sapiens c’est Damien EYRARD encore un primate… Chouette encore un passage compliqué ! un peu plus cette fois : un assistant-guide nous propose son aide en nous tendant la main. Je vais gentiment la refuser, d’après ce que je vois j’en ai pas besoin. Mais ?... Hé !!! Ce type vient de faire décoller ma petite amie sous mes yeux ! J’y crois pas ! Il vient de hisser soixante kilos d’un seul bras sans broncher !!! Stéph en revanche a poussé un cri qui a sans doute dû faire fuir tous les corbeaux. Médusé, je donne machinalement ma main à ce surhomme, oubliant mon assurance. Je ne suis pas un écureuil après tout. On va y aller pole pole… Je me retourne pour observer le reste du groupe et constate que tout le monde avance bien. Aïe ! J’ai pensé trop vite. Un porteur vient de se fouler la cheville. Faut dire que les mecs progressent dans cette pente vertigineuse à un rythme plus que soutenu avec trente kilos sur le crâne et des godasses plus vieilles que moi. Heureusement que notre « druide » est là pour lui faire un strap. Ce porteur va finir porté… Tiens, on dirait qu’on arrive… Ça alors ! je savais pas qu’il fallait si peu de temps pour arriver sur la Lune ! Je crois que j’ai jamais vu un paysage autant dominé par le minéral. Mais c’est un volcan, il fallait s’y attendre. Je viens de passer les 4000 mètres et je suis bien. Barafu, me voilà…


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V

oici une vue du Kibo, au matin du deuxième jour d’ascension. Nous étions à 3000 mètres et je me demandais vraiment ce qui m’avait pris d’entreprendre pareille aventure. Je savais que le mal de crâne et la fatigue m’attendaient, sans compter le froid et la pluie, des nuits glaciales. Voilà autant d’éléments à affronter.

Mais heureusement, nous formions un très bon groupe et l’esprit d’équipe était là. Chacun soutenait l’autre et se préoccupait de sa santé. C’était une expérience forte qui m’a permis de surmonter les petites déprimes quotidiennes dues à la fatigue et l’altitude. Cette image me rappelle l’effort à venir et l’émerveillement face à un type de paysage que je n’avais pour ainsi dire jamais vu. Bon sang, dire que nous sommes allés là haut, je ne l’aurais pas cru si on me l’avait dit à mon entrée à l’école d’ingénieurs. En outre, avec le recul, maintenant que je suis rentré en France, je regarde cette photo : le toit de l’Afrique presque à portée de main. Cette photo me renvoie tous les souvenirs de l’ascension car c’est la plus belle vue pour moi. On voit le Kibo d’assez loin pour se rendre compte de la difficulté du défi que nous nous étions lancés quasiment un an auparavant (je me revois encore aller à la première réunion donnée par Jean-Marc pour lancer le projet et me dire : « mais pourquoi pas ? »), mais pas assez loin pour donner l’impression que c’est infaisable.

En effet, j’ai fait les 4/5 de l’ascension, et je revois une bonne partie de la voie Machame à travers cette vue. Le matin où cette photo a été prise, nous sommes partis à 8h00 sous un soleil de plomb avec une vue absolument magnifique sur une m e r Amaury LEROY de nuage qui n’a pas tardé à nous rattraper malgré l’ascension. Et oui, car ça allait être comme ça pendant les 5 jours de marche restants : des matins radieux et chauds et peu à peu une brume qui s’installait sapant le moral et les performances physiques par la même occasion. Puis la pluie se mettait à tomber jusqu’à ce que nous arrivions au camp suivant vers 15 h à peu près. Par la suite, le temps se découvrait peu à peu et le Kilimandjaro aussi vers 17 h - 18 h avant que la nuit ne tombe. A travers cette vue, je me souviens aussi des nuits glaciales que nous avons passées là-haut, malgré les épaisseurs et le mal de crâne dû à l’altitude

Que dire si ce n’est que cette aventure fut forte en émotion, elle me marquera pour le reste de ma vie. Je dédie cette photo à tout notre groupe, pour une aventure qui fut vraiment unique…


J'

ai été attiré par le projet d'ascension du Kilimandjaro immédiatement. Au delà du challenge sportif, c'est aussi l'aventure humaine qui m'a séduit, l'esprit de groupe, et l'envie de partir dans l'inconnu. Dès l'arrivée à Nairobi, nous avons été plongés dans un autre rythme de vie, à la fois lent et intense. Le transit vers la Tanzanie nous a donné l'occasion d'observer un panorama de brousses superbes, sur lesquelles se découpaient les tenues bariolées des guerriers Massaï, passant au bord de la route. L'arrivée en pays Chagga, bien plus vert, plus riche, nous a une nouvelle fois transportés dans un autre monde. L'ascension aussi nous a donné l'occasion de parcourir des paysages variés et jusqu'alors inconnus, de la forêt primaire, au paysage lunaire du sommet, en passant par les bruyères arborescentes s'accrochant aux coulées de lave.

L'aventure a aussi été intense d'un point de vue humain. Dès notre arrivée, le groupe s'est soudé. Les repas et goûters en tente messe n'y ont pas été pour rien ! Le fait de mélanger élèves, personnels de l'école, anciens étudiants ainsi que des passionnés d'aventure a été une formidable idée et la mayonnaise a pris ! Les guides et porteurs ont aussi été extraordinaires. Je me souviendrai toujours de leurs chants durant la montée, le dernier jour, par un froid glacial, alors que chaque pas se faisait au prix de gros efforts, en raison de l'altitude. Nous étions poussés dans nos derniers retranchements, les guides, eux, chantaient et dansaient ! Sans eux, nous n'aurions jamais atteint le sommet.

Le sommet, justement, a été un grand moment d'émotion, l'accomplissement de plus d'un an de préparation. Nous sommes partis à minuit. Le lever du soleil, superbe, nous a fourni les forces manquantes pour les derniers mètres de la montée jusqu'à Stella Point. Une fois au bord du cratère, le soulagement et le bonheur étaient général : le sommet était proche, et le plus dur derrière nous. Il ne restait plus qu'à profiter de la vue panoramique. L'arrivée à Uhuru Peak fût à nouveau l'occasion de congratulation, et même de larmes de bonheur ! La descente m'a paru presque surréaliste. Comment croire que nous avions atteint le sommet pour ensuite redescendre près de 3 000 mètres ? Le safari est ensuite arrivé comme la cerise sur la gâteau ! Un régal de plus pour conclure une semaine bien chargée.

Antoine LEVY

25 Vue sur le Kibo, le cratère du Kilimandjaro depuis le pied de breakfast, une paroi escarpée que nous avons ensuite escaladée. J'ai choisi cette photo car elle résume les différents paysages (et le dénivelé !) que nous avons traversé les trois derniers jours de l'ascension.


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M

Expédition entre enfers et paradis... e voilà à 21 ans en route pour une aventure hors norme direction la Tanzanie. Entourée de mes meilleurs amis, de toute l'association 5 Sommets 5 Continents, d'anciens élèves fondateurs de l'association, de professeurs et de personnes extérieures, je me retrouve lancée sur les chemins menant au toit de l'Afrique... Si si, c'est vrai, je suis bel et bien en train de fouler le chemin de la voie Machame, une des voies qui mène au sommet du Kilimandjaro. Eh oui, ce volcan gigantesque surplombant majestueusement la savane africaine du haut de ses 5 895 m... Non ce n'est pas vrai, je n'y crois pas... Mais je suis dessus ? Oui oui apparemment...

Après quelques jours de marche, j'ai toujours l'impression de rêver, de rêver éveillée. J'ai du mal à croire que je suis en train de gravir un sommet mythique. Aucun jour ne se ressemble, la végétation change continuellement, et l'équipe que nous formons approche doucement du sommet. Je connais tous les climats, la chaud, le froid, le soleil, la pluie, le brouillard, le vent, les gelées. Ayant déjà fait quelques randonnées en montagne, je redécouvre ses joies... et le plaisir de finir toute mouillée, brrr. Quel bonheur de ne plus avoir de veste sèche ! Heureusement que le soleil nous réchauffe tous les matins, pour nous redonner le courage d'aller plus loin et plus haut après des après-midi pluvieux quotidiens. Mais c'est l'altitude que je découvre vraiment. Résultat : de bons petits maux de tête ! Mais je peux m'estimer heureuse... Mon corps accepte mieux le manque d'oxygène que d'autres de mes compagnons d'aventure. Mais tout ceci ne sont que de petits tracas qui sont vite oubliés ! Le plus dur reste à venir.

Avant-dernier jour de marche... Départ 00h. Lampe frontale allumée, emmitouflée dans mes 56 couches de vêtements, sac à dos sur les épaules, je me lance dans l'ascension finale. Je marche Pole Pole (comme ils disent ici en Tanzanie), dans le deuxième groupe de notre équipe déjà divisée au bout de quelques mètres. Chacun son rythme, tel est le maître mot depuis le début de l'aventure si l'on veut réussir ! Mais très vite un assistant guide tanzanien me dit de rejoindre le groupe de tête. Apparemment je marchais trop lentement pour rester dans le deuxième groupe. Bon soit, s'il le pense... En tout cas c'est l'un des moments décisifs de mon ascension. J'arrive à rattraper doucement le groupe de tête et marche en dernière position, mais j'ai quand même l'impression que ça va vite pour moi, mais je continue. Finalement, après une pause de trois minutes pour se désaltérer, je suis amenée à marcher derrière Véronique en tête de groupe derrière John, notre guide tanzanien. Je marche, je marche, il fait nuit, il fait très froid, surtout le vent qui irrite mon visage et mon nez en particulier. La seule chose qui peut m'encourager c'est ce ciel magique parsemée d'étoiles dévoilant la voie lactée et cette vue unique sur la ville illuminée de Moshi... Mais pourquoi ne suis-je pas plutôt couchée tranquillement dans un pré à regarder ce ciel ou alors dans un bon lit Catherine MOSER sous ma couette ? Non, le bonheur ne serait pas le même. C'est dur, notre groupe a maintenant bien distancé le deuxième groupe lui-même divisé comme nous l'apprendrons de retour au camp. L'altitude se fait ressentir, j'ai de plus en plus de mal, cela fait quelques heures que nous marchons, je fatigue, ma tête me fait mal. Mais je ne peux pas lâcher, pas maintenant et surtout pas avec le soutien de mes coéquipiers. Je fais appel à toutes mes forces, à toute ma volonté et malgré les pauses de plus en plus nombreuses, je continue ma route vers le sommet. Epuisée mais encore volontaire, soutenue par tout le groupe, le guide m'aidant en me soulageant de mon sac à dos, je continue à marcher. Et puis enfin une première récompense... Le Soleil ! Nous nous arrêtons quelques instants pour observer ce magnifique lever de soleil derrière le Mawenzi entouré d'une mer de nuage. Tout simplement magique. Cet instant me redonne des forces. Une nouvelle journée commence. Ce lever de soleil a été pour moi, mais je crois également pour toute l'équipe, une source d'énergie, un nouvel espoir d'atteindre le sommet. J'ai repris confiance et marchais avec un nouvel enthousiasme. Enfin vers 7h30 nous arrivons au bord du cratère, à Stella Point (5 732 m) : Première Victoire ! Pause, photos souvenirs, félicitations... puis continuation pour les derniers 150 m de dénivelé. Une heure plus tard, l'équipe a rejoint le toit de l'Afrique : Uhuru Peak 5 895 m ! Victoire générale ! Et surtout, nous profitons de notre récompense suite à nos durs efforts : des vues splendides donnant sur le Mawenzi, le Mont Meru, le cratère, les glaciers, la mer de nuages... Dire que sans ce lever de soleil qui m'a redonnée un peu d'énergie et sans mes amis qui m'ont soutenue et encouragée, je n'aurais pas atteint ce magnifique panorama... Je tiens donc à vous faire partager ce lever de soleil et au passage, je remercie tous les membres de notre joyeuse bande en voyage au pays des éléphants, des girafes et compagnie !


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Redescente 7h30. Arrivée à Stella Point, le bord du cratère du Kibo le plus haut sommet du Kilimandjaro. La montée a été dure, très dure. Fatigue, froid et vent, beaucoup de vent. Heureusement le lever de soleil a été magnifique. Raisonnablement, je pense m’arrêter là mais les guides m’encouragent à continuer jusqu’au sommet. Je refuse, leur dis que je ne suis pas bien. Ils insistent un peu. Je réfléchis : ça n’a pas l’air si loin, c’est sans doute une occasion qui ne se représentera pas…

Me voilà donc parti «pole pole» avec un des guides tanzaniens. On avance. Premiers symptômes d’hypoglycémie. J’essaye d’avaler quelque chose ; impossible. On repart. Voilà le groupe des premiers qui redescendent déjà. On continue de monter. Le sommet, enfin ! Les photos traditionnelles devant le panneau, avec chacun des deux guides qui étaient là. On entame la descente, et j’ai de plus en plus de mal à tenir sur mes jambes. Les guides me soutiennent, un de chaque coté. Passé Stella point, le reste de la descente n’est qu’un vague flou dans ma mémoire : l’instant où on a quitté le bord du cratère, quelques images de la vallée de redescente, une pause avec le guide… Et surtout l’impression d’un interminable retour vers Barafu camp.

Après une légère collation et une petite demie heure de sieste pour reprendre quelques forces, il faut repartir vers Mweka camp 1 600 m plus bas. J'appréhende cette descente mais de même que nous quittons le brouillard et retrouvons le soleil les effets de l'altitude diminuent progressivement. Je me laisse petit à petit distancé par les premiers pour prendre le temps de contempler tous les paysages qu'on a traversé à la montée. Roches volcaniques, mousses et lichens, senneçons géants puis les Sylvain MATHIEU premières bruyères.

A l'occasion d'une pause, je rejoins le groupe des Anciens ainsi qu’Antoine et Jonathan, et ensemble nous arrivons à un premier camp mais hélas ! le notre est encore bien plus bas. La descente continue en suivant une ancienne coulée de lave recouverte de prothéas, arbustes plein de fleurs et abritant quelques colibris. La vallée est magnifique éclairée par le soleil couchant... Par contre le camps qu'on aperçoit par moment semble toujours aussi loin et le chemin, irrégulier et glissant, n'est pas des plus évidents... La nuit tombe vite et nous continuons à la frontale au milieu d'une dense forêt de bruyère. Enfin, nous arrivons au camps, fourbus mais heureux, avec cependant une pensée inquiète pour les derniers encore dans la descente. Ceux ci finissent par arriver et ainsi se termine enfin le jour le plus long de notre expédition.


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Kili cru ? es années que j’en rêvais… Un nom, une image, un symbole, une légende… Kilimandjaro… Toit de l’Afrique ! La première tentative eut lieu en 2001, seulement une tentative de partir. C’était un projet à l’époque dans la poursuite des expéditions Shisha et Mont Blanc, projet mené par des étudiants des promos 2001-2002 avec d’un côté l’ascension du Kili et de l’autre un projet d’acheminement de matériel médical. Mais voilà, malgré du temps, de l’énergie et une forte motivation, le manque de subventions et les difficultés pour organiser le convoi médical a conduit à l’avortement de ce projet. Du coup, Kili 2001 s’est transformé en Toubkal 2001, ascension au Maroc du plus haut sommet de l’Atlas (4 167 m). C’était en février 2001 avec Jean-Marc et une poignée d’étudiants : un beau souvenir, mon premier 4 000, mais cela n’effaça pas l’échec du projet Kili2001. 6 ans plus tard…le retour du Kili ! Quelle satisfaction de voir ce projet renaître, cette fois dans le cadre des 10 ans de l’ENSIB. Départ donné pour Toussaint 2007 avec un groupe composé d’étudiants, d’anciens, de personnels de l’école et d’amis à Jean-Marc. Cette diversité fut appréciable et l’ambiance du groupe ne la démentit pas. Le Kili et ses 5 895 m, plus qu’un défi sportif, c’est une aventure humaine et un dépassement de soi ! Sur toutes les voies d’ascension possible, celle choisie nous amena en 5 jours au sommet avec l’avantage d’avoir des journées complètement différentes et une marche progressive d’adaptation à l’altitude : traversée de la forêt dense dans une ambiance pluvieuse le premier jour, découverte de la mer de nuages et vue sur le sommet le deuxième, déluge de pluie lors de la descente de la somptueuse vallée des séneçons le troisième, paysages minéraux le quatrième, et le cinquième ?... Le grand jour tant attendu ! Ou plutôt la nuit car l’ascension finale démarre à minuit… dur, dur ! Mais que c’est beau cette file indienne de Pierre FOURNIER lampions qui avancent pas à pas dans la nuit avec plus qu’une idée en tête : atteindre le sommet. Et ce qui est surprenant, c’est l’ambiance créée par les guides qui chantent pour nous motiver et fêter ce grand moment. Chaque ascension semble être un rituel pour eux. Pour ma part, cette montée finale est rude et passés les 5 000 m, j’ai quelques nausées mais je m’accroche et grâce à la solidarité du groupe et à cette force intérieure qui vous pousse à aller au bout de vous-même, nous parvenons ensemble au sommet avec ce splendide spectacle de lever de soleil sur le Mawenzie, un autre des sommets du Kilimandjaro. Ce que je retiens de cette expédition, c’est la force du groupe qui m’a permis de réussir ce que je n’aurais pu faire si j’avais été seul. Et puis je veux rendre hommage à toute l’équipe tanzanienne qui nous a accompagnés : guides, assistants, porteurs, cuisinier, une équipe impressionnante qui a parfaitement géré, toujours dans la bonne humeur, l’organisation de cette expédition. A tous merci !

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Au delà de ses limites, une école de vie pour maîtriser les risques

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’expédition Kilimandjaro est rentrée de Tanzanie ce dimanche à 14 heures après une formidable aventure sportive et humaine de 10 jours… Tous ont fait preuve de grandes qualités de solidarité et de partage, de volonté et de dépassement de soi, d’un esprit d’équipe et d’une cohésion remarquable qui sont des valeurs qui font honneur à notre Ecole.» C’est par ces quelques mots bien choisis que le Directeur de l’ENSI de Bourges, Joël Allain, résume le dernier grand épisode d’une dynamique commencée au sein de l’école il y a maintenant 10 ans… Septembre 1997, une nouvelle école d’ingénieurs naît à Bourges. Un slogan qui tient lieu d’objectif : «la maîtrise des risques industriels». Voilà qu’une école «débutante» s’emploie à vouloir former des ingénieurs qui seraient susceptibles de réussir là où tant d’autres ont failli (Bhopal, Tchernobyl, AZF, etc.). Vaste programme en vérité ! Quel pourrait-être le «petit plus» d’un ingénieur ENSI de Bourges, celui qui ferait la différence… ? C’est une des nombreuses questions que je me pose lorsque que je décide d’intégrer la 1ère promotion. Et c’est à mon avis une question fondamentale que toute personne impliquée dans l’école se doit de garder à l’esprit. Cette première année universitaire 1997-98 est riche en cérémonies d’inauguration, visites de prestige, et autres évènements visant à promouvoir et donner une véritable dynamique à cette école. Le point culminant de ces initiatives, si je puis me permettre cette petite facétie, est une expédition en Himalaya sur un sommet de plus de 8 000 mètres, le Fabrice PAWLOVSKY mont Shisha Pangma. L’ «expé» Shisha 98 est née. Je ne vous raconterai pas de l’intérieur cette aventure hors du commun, je n’y ai pas directement participé. Disons juste, que par les circonstances d’amitiés naissantes avec des membres de l’expé, j’ai fini par y occuper un «strapontin d’observation» privilégié. Et pour y observer quoi finalement ? Un immense défi sportif, un ambitieux programme scientifique, mais plus encore l’importance fondamentale du facteur humain dans la fragile dynamique de succès d’une entreprise ambitieuse. Solidarité, écoute, partage, tolérance, calme, méthode, préparation, travail, volonté, dépassement de soi… La maîtrise des risques, c’est aussi apprendre à maîtriser ces facteurs. C’est en droite ligne de cette 1ère expédition, mais beaucoup plus modestement, que nous avons préparé l’année suivante l’ascension du Mont Blanc par la voie dites «des 3 Monts». Expédition modeste certes, quoique… mais grande par les résultats humains. Et déjà, l’idée d’une ascension du Kilimandjaro pointe à l’horizon… Il faudra plusieurs années, beaucoup d’énergie, plusieurs tentatives, et bien d’autres sorties en haute montagne sous l’impulsion de quelques passionnés des promos suivantes, pour que la très ambitieuse expédition Kilimandjaro 2007 voit le jour, et ce finalement à point nommé pour fêter les 10 ans de l’école. Une expédition en haute montagne se révèle toujours être un formidable amplificateur de «vécu» et un puissant catalyseur de volonté. Elle pousse à surpasser ses limites personnelles, ses limites vis-à-vis des autres, ses limites vis-à-vis de son environnement. Une école de la vie option «formation intensive» ! Un choc visuel, physique, et psychologique permanent qui pousse au partage, à la cohésion, au dépassement de soi. Ces 10 ans d’initiatives, de succès, font maintenant partie intégrante du précieux patrimoine génétique de l’ENSI de Bourges. Cet ADN a été construit pas à pas par quelques personnes qui ont rendu les choses possibles par leur soutien, leur volonté, leur travail, leur détermination, leur passion. Qu’elles en soient remerciées très chaleureusement, car c’est sûrement de cela dont sont faits les «petits plus»...


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omment résumer en quelques lignes une telle aventure ? Je crois bien que c’est un défi au même titre que l’ascension tellement ces 9 jours ont été riches en émotion.

En effet, même si gravir le Kilimanjaro reste une épreuve physique, c’est avant tout une formidable aventure humaine. Et pour la caractériser je dirais que personnellement ça a été une grande leçon d’humilité. Tout d’abord dans la manière d’aborder la montagne : Il ne faut surtout pas présumer de ses capacités en marchant à un rythme qui n’est pas le sien. Le Kili nous fait de toute manière un rapide rappel à l’ordre en affligeant un bon mal de crâne. Et malgré toutes les précautions que l’on peut prendre, lorsque le corps atteint ses limites, il faut savoir accepter de s’arrêter.

Mais ce qui m’a certainement le plus marqué, c’est le travail réalisé par les porteurs Tanzaniens. En effet, on pourrait facilement se prendre pour un «pseudo héros» après avoir réalisé une telle aventure mais observer ces personnes nous remet très vite à Didier THEMEJAN notre place. Ils réalisent les étapes en portant le campement, la nourriture et nos affaires en plus des leurs. Pendant qu’une partie des porteurs part devant pour installer les tentes, le reste de la troupe reste avec nous pour nous guider et veiller sur nous. Ils nous préparent les petits déjeuners, pique-niques, goûters et dîners. Et en matière de cuisine, à de telles altitudes ils arrivent à faire des miracles (…et du porridge). Et avec tout ça ils gardent le sourire et sont toujours là pour nous motiver dans les moments difficiles. Rien n’aurait pu se faire sans eux. Et sans eux j’aurais eu beaucoup de mal à redescendre (lors de la descente vers Barafu petit à petit j’ai senti mes forces qui s’épuisaient et ils m’ont aidé avec une efficacité impressionnante).

Et les porteurs n’étaient pas les seules personnes indispensables. Ce sont les conseils et l’humour de nos deux guides, le soutien de Pascal lors de la dernière étape, les médicaments de Cyril (et accessoirement sa gentillesse…), les attentions d’André, les divagations de Jean Marc… Et plus simplement la bonne humeur et la gentillesse de tous qui m’ont permis de réussir.

Alors bien sûr le Kilimanjaro possède son petit lot de tracas : la pluie, le froid, les maux de tête, les petits troubles digestifs, les réveils intempestifs pendant la nuit lorsque son voisin de tente à des maux de tête, ou des petits troubles digestifs… Mais c’est tellement insignifiant à côté de tous les moments de bonheur immense dont je garderai un souvenir inoubliable.


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Quand l’objectif devient prétexte... La vie n’est qu’une succession de choix, ça n’arrête pas ! Certains d’entre eux méritent le détour... Premier épisode : 2001, ENSI de Bourges

Ca y est, la prépa, c’est fini ! Maintenant, reste à attendre le résultat des concours et choisir une école… L’ENSIB pourquoi pas ? La thématique proposée est intéressante et l’image véhiculée dynamique et ouverte sur le monde. Miracle, je suis admis aux oraux ; me voilà donc parti à Bourges, voir cette école de plus près. A cette occasion, je découvre l’existence du projet Kili 2001… Génial ! Comment était-ce possible ? Faire de la montagne en plein plat pays berrichon ? En tout cas, c’est décidé, j’intègre cette école, c’est la bonne. Mais bonne pour quoi ? Pour obtenir un diplôme permettant de trouver un travail intéressant, bien sûr, mais cet objectif devient rapidement un prétexte pour : rencontrer d’autres étudiants, le personnel de l’école, et reprendre une vie plus «normale» voire sportive… Deuxième épisode : Création de l’association 5 Sommets 5 Continents Le projet Kili 2001 s’est terminé par l’ascension du Toubkal au Maroc. Passionné de montagne, un groupe d’ENSIBiens reprend le flambeau. Après le Shisha Pangma (Himalaya), le Mont Blanc et le Toubkal (Maroc), le but que nous nous fixons est de faire découvrir le monde de la montagne à de curieux novices, en parcourant un sommet sur chaque continent. L’association 5 sommets 5 continents était née, alors que l’ENSIB au Monde s’orientait vers l’aspect humanitaire. Troisième épisode : 2005, Entrée dans la vie active Septembre 2004 : L’obtention du diplôme d’Ingénieur marque la fin de la vie étudiante bien remplie : organisation d’un séjour de ski, d’un baptême de saut à élastique, gestion des clubs Escalade, VTT… et 5S5C, bien sûr avec entre autre, une randonnée glaciaire de 5 jours dans l’Oberland. Janvier 2005 : L’entrée dans la vie active se traduit par moins de sport certes, mais d’autres rencontres, d’autres expériences, et toujours un peu de montagne, de temps à autres…

Benoît VARDELLE

Quatrième épisode : Projet Kili 2007 Fin 2006 : Le projet Kili 2007 fait surface pour fêter dignement les 10 ans de l’ENSI de Bourges : Des anciens, des élèves, des membres du personnel de l’école, des personnes « extérieures » se fédèrent peu à peu autour du projet. Un forum voit le jour, trait d’union entre tout ce beau monde. La motivation augmente avec les entraînements réguliers qui s’enchaînent… (26/10/2007) La rencontre avec la quasi totalité du groupe se fait dans le terminal 2B de l’aéroport Charles de Gaulle, à 6h du matin dans l’attente un chouilla stressante… des 2 guides Jean et Pascal. Le courant passe très rapidement entre tous. Le volume de nos bagages est impressionnant. Puis vient le décollage, une correspondance à Zurich où Nicolas nous retrouve, et enfin bye bye l’Europe, à nous l’Afrique… 960 km/h, à 12 000 m d’altitude, par – 60°C, telles sont les conditions de notre vol de près de 6 200 km. Les paysages défilent à travers le hublot : Croatie, Grèce, mer Méditerranée, Egypte, Nil, désert… et nuages. Le dépaysement est total, dès la sortie de l’avion : population, niveau de vie, routes, habitations et température, tout est différent. Les quelques trajets en bus, repas et nuits en hôtels qui nous séparent de Moshi nous permettent de faire nos premières rencontres avec les populations Massaï et Chagga, nos premières vues sur les paysages, et la végétation luxuriante. (28/10/2007) Enfin, ça y est, nous y voilà ! Nous entrons dans la réserve naturelle du Kilimandjaro, à Machame Gate. C’est ici que les choses sérieuses commencent pour les treckeurs. Les 4 100 m de dénivelé qui nous séparent du sommet vont nous permettre de dégourdir nos p’tites papattes zengourdies. Sur les conseils de Josepha et John, nos guides tanzaniens, nous partons «pole pole» non pas à l’assaut, mais à la rencontre de ce sommet, de ses populations, de sa végétation luxuriante, de ses lumières. La première journée de marche se déroule dans la forêt primaire. Au détour du sentier, nous observons des impatiences, des fougères arborescentes… Mais le Kili ne montre pas encore le bout de son nez. Alors que nous arrivons à Machame Camp, à 3 000 m, les 42 porteurs qui nous accompagnent n’ont pas chômé. Les tentes et la tente mess sont montées, le thé est chaud, le souper est en préparation… Première journée réellement passée en groupe. Les rencontres sont très agréables. Les discussions tournent autour de nos expériences respectives en monta-


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gne, de nos appréhensions, nos occupations «dans le civil», afin de mieux se connaître… Première nuit sous tente, dernière sans tapis de sol. Un peu frisquet tout ça…

(29/10/2007) Il a gelé dans la nuit, mais en contre partie, nous découvrons par la première fois le sommet ! Petit déj, photo de groupe devant le sommet, et nous voilà parti pour une seconde journée de marche. Direction Shira Camp, à 3 850 m. La végétation devient moins dense, moins verte et plus basse. Nous croisons les premiers Séneçons. Les guides ont insisté pour que nous marchions très lentement afin d’optimiser notre acclimatation. Le beau temps de la matinée se couvre en milieu de matinée, pour finalement laisser place à la pluie en début d’après-midi. Dans la soirée, le ciel se dégage à nouveau. Cette météo nous suivra jusqu’à la fin. Le groupe se soude de jour en jour. Jean-Marc est le lien entre nous tous, mais bien vite, d’autres personnalités deviennent incontournables outre nos guides français et tanzaniens : Véronique pour sa gentillesse, Stéphanie pour sa bonne humeur, Fabrice, le plus vieux des anciens et tous les autres .

30/10/2007) Le programme de la journée n’est pas très différent, si ce n’est que cette troisième journée de marche est importante pour notre acclimatation. Nous devons en effet passer à 4 600 m, avant de redescendre sur Barranko Camp à 3 950 m. Cette descente sur le camp se fait sous une pluie glaciale, mais dans un cadre magnifique, puisque nous longeons un torrent pour la première fois depuis notre départ.

(31/10/2007) «Dernière étape de plaine, avant l’ultime étape de montagne», comme dirait Pierre. La journée commence par le passage de Breakfast, seul moment de l’ascension où le sentier se redresse de sorte que l’aide des mains est «profitable». Les assistants guides assurent leur rôle à la perfection, prêts à aider chacun. Ceux qui sont plus à l’aise aident ceux qui le sont un peu moins… Le passage est donc avalé dans la bonne humeur. La reste de la montée à Barrafu Camp (4 600 m) se déroule sans encombre, toujours pole pole. L’ascension finale est déjà dans les esprits. L’altitude commence sérieusement à nous affecter. Nous allons nous reposer sous les tentes vers 18h, après avoir bouclé nos sacs.

(01/11/2007) Réveil peu avant minuit. Ça y est, nous y sommes : Derniers efforts avant le sommet. Les premières heures de marche dans la nuit resteront un souvenir inoubliable. Alors que nous luttons tous contre le froid, l’altitude, la fatigue, soucieux de s’économiser au maximum, où chaque geste doit être réfléchi, nos guides tanzaniens entonnent les chants du Kilimanjaro en tapant des pieds et des mains : débauche d’énergie et d’enthousiasme. La nuit n’en finit pas de s’allonger. Les corps souffrent. Chacun puise sur ses réserves aussi bien physiques que morales. Le soleil se lève enfin. Le froid est alors omniprésent. Penser à remuer de temps à autre ses orteils, ses doigts. Essayer de boire et de s’alimenter… un peu. La vue sur le Mawenzi, en contrebas et en ombres chinoises nous encourage par sa beauté. Nous commençons à apercevoir les glaciers qui entourent le sommet. L’affichage de ma montre est HS à cause du froid. Personnellement, je n’ai ni la notion du temps, ni celle de l’altitude où nous sommes. L’essentiel est de rester concentré sur sa respiration et sa marche…Tout à coup, nous sommes sur la lèvre du cratère. La vue est extraordinaire : le cratère, les glaciers, la vue sur la plaine africaine. Nous sommes 17 à se congratuler à Stella Point. D’autres Ensibiens parviendront ici, un peu plus tard. Larmes de joie, photos, restauration, repos. Pour moi, l’objectif est atteint : partager un moment fort avec les autres membres de l’expé. Mais rapidement John et Jean-Marc nous remotivent pour repartir vers le sommet. Il semble si proche, mais une petite heure de marche à une telle altitude n’est pas à sous-estimer. Mais bon, au point où on en est… Les effets de l’altitude sur l’organisme sont très variés : fatigue, mal de tête, nausée, vertiges, pertes de l’équilibre, troubles de la vision, pleurs nerveux… Heureusement, tout le monde ne subit pas tous ces maux. Et un peu d’entraide plus tard, nous voilà au Uruhu Peak, à 5 895 m. Ses instants sont surnaturels et resteront inoubliables. Mais au bout d’une heure passée au sommet, il nous faut redescendre. Nous sommes à bout de force, tout le monde se serre les coudes pour redescendre au plus vite, et ainsi perdre les effets de l’altitude. La fatigue et les émotions de ces 10 heures de marche me font douter : est-ce bien réel tout ça, ou bien est ce un rêve ? Peu avant midi, nous sommes de retour à Barrafu. Certains membres sont déjà là, d’autres arriveront plus tard. Nous nous couchons et dormons jusque vers 15h. Cette sieste réparatrice ne nous aide pas à raccrocher avec la réalité. Afin de perdre encore en altitude, nous reprenons la marche pour atteindre Mweka Camp (3 100 m) à la nuit, vers 19h30. Là encore, l’expérience de la marche de nuit en forêt primaire et la fatigue accumulée par ces 1516 heures de marche nous plongent dans une ambiance surnaturelle. Nous sommes nous perdus ? Sommes nous descendus trop bas ? Finalement, le camp est rejoint sans encombre.

(02/11/2007) Non, nous n’avons pas rêvé, tout ça est bien réel. Nous commençons à réaliser petit à petit ce qui nous est arrivé la veille en voyant le sommet du kili après une bonne nuit de sommeil. Avant de reprendre la marche une toute dernière fois, les guides, assistants guides et porteurs tanzaniens nous offrent une petite « cérémonie » traditionnelle. Une fois de plus, les chants du Kilimanjaro retentissent dans cette forêt africaine. C’est avec une certaine nostalgie que je rejoins Mweka Gate, et le reste du groupe. Puis nous rejoignons l’hôtel à Moshi, prenons une bonne douche et faisons un peu de tourisme aux alentours de l’hôtel, au contact de la population locale. Les «humas» nous rejoignent pour le repas du soir. (03/11/2007) Avant de retourner à l’aéroport de Nairobi, nous avons la chance de visiter le parc national d’Arusha : girafes, zèbres, buffles, singes, oiseaux… La faune et la flore tanzanienne est extraordinairement riche. Nous en prenons plein les yeux, et les appareils photos fonctionnent à plein régime. Après une dernière vision du toit de l’Afrique, nous prenons la route dans un bus sans suspension… A minuit, nous décollons pour le vol retour. Nous dormons quasiment tous dans l’avion. Les au revoir à Paris sont émouvants. Nous revenons de cette aventure changés.


35 Ce qu’il en reste de ce kili :

Les paysages rencontrés à chaque étage de la végétation, la première vue du Kili dans la brume, depuis la savane et la première vue du sommet, la faune africaine et les impatiences, le froid et la fatigue, la bonne humeur et la motivation de tous les membres de cette expé, le courage et la gentillesse des porteurs, la compétence et la sympathie des guides, l’envie de repartir à la découverte… Episode suivant…

Il reste encore quelques continents que les montagnards de l’ENSIB doivent visiter…


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Mes photos préférées ? certainement celles que je n’ai pas pris le temps de faire et qui justifient l’envie d’y retourner.. Mais s’il faut choisir, ce sera celle du lever de soleil sur le Mawenzi (5121 m) le jour de l’ascension finale vers 7h du matin. Nous marchions alors depuis minuit et il est restait une dizaine d’heures pour finir l’ascension et redescendre à des altitudes de sécurité


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«Faire le Kilimandjaro» à 59 ans : un challenge ?

ui, certainement, pour le plus ancien de l’équipe, c’est du moins dans cette logique que je m’y suis préparé, aussi bien sur le plan physique que sur le plan mental. Il m’est toutefois apparu très rapidement, au fil de l’entraînement, qu’il convenait de le prendre plutôt comme une de ces fantastiques opportunités qu’il nous appartient (ou non) de saisir et qui nous permettent de vivre des choses particulières voire d’orienter ou de modeler notre vie. A mon sens, la réussite a été totale ! Ce fut celle d’une excellente équipe, guidée par de vrais professionnels aussi compétents que convaincants, aidée par des porteurs que je ne saurais décrire par un autre terme qu’admirable. Tous les membres de ce groupe, composé de jeunes et de moins jeunes, ont franchi la côte 5000, alors que, pour certains, il s’agissait du premier voyage à l’étranger, pour d’autres du premier contact avec la haute montagne, pour d’autres encore, les deux à la fois ! Cette émulation et cette synergie ont permis à tous de vivre des moments intenses dans les difficultés, des moments fabuleux à admirer les paysages majestueux des pentes du volcan, et ceci dans la réussite collective. Pour ma part, j'ai atteint l'altitude de 5756 mètres. La réussite de ceux qui sont allés jusqu’à Uhuru point souligne encore, si besoin était, le succès de cette aventure. Des amitiés sont nées de partages profonds dans les moments les plus difficiles. La chanson du Kilimanjaro, chantée par les porteurs à plus de 5000 mètres d’altitude pour donner du courage à ceux qui, dans la nuit, commençaient à douter, résonnera longtemps dans nos têtes ! Au retour, après la descente, les retrouvailles avec l’équipe du trekking humanitaire furent un moment d’intenses émotions : il suffisait de les écouter raconter, la gorge serrée, ce qu’ils avaient vécu dans les écoles et les orphelinats pour savoir que là aussi, la mission avait été remplie ! Même les plus endurcis ont eu du mal lorsqu’il fallut repartir et lâcher les petits qui s’étaient précipités dans leurs bras. La Tanzanie, et la région du Kilimanjaro plus particulièrement, possède de magnifiques forêts primaires dont l’observation est passionnante tant au niveau de la faune que de la flore. Le photographe ne pourra pas oublier de marquer la pause pour immortaliser les nombreuses espèces endémiques telles que l’«immortelle du Kilimanjaro». Instants d’émotion, lorsqu’on identifie un gypaète barbu planant majestueusement au-dessus de ces contrées sauvages, ou lorsque les reflets multicolores d’un guépier ou d’un rollier attirent immanquablement l’œil. Dans la savane, au pied du volcan, les parcs nationaux permettent de rencontrer de nombreux «grands animaux» tels que zèbres, girafes, buffles, antilopes, phacochères. De nombreux oiseaux accompagneront le visiteur dans ces parcs et solliciteront son attention : les calao, tisserin, souimanga se feront un plaisir de rivaliser d’élégance. La grue couronnée, le jabiru, le marabout se contenteront de retenir l’attention du visiteur par le soin de leur toilette. Au-dessus de la forêt, à des altitudes plus élevées, la végétation se raréfie au profit de paysages plus âpres, doublés de sublimes points de vue sur les autres sommets du massif du Kilimanjaro. Un indicible sentiment de victoire émerge alors lorsqu’on se trouve «audessus» de tout le reste environnant. L’effort de l’ascension finale ne fait que transcender cette impression. Mais il apparaît ensuite, progressivement, un sentiment d’intense frustration lorsqu’on pense à ceux qu’on aurait aimé associer à cette aventure ! C’est peut-être cela que je retiendrai : ce déclic qui, j’en suis convaincu, permettra à chacun d’entre nous de trouver les ressources nécessaires à la création d’autres opportunités, pour d’autres proches qui vivront eux aussi des aventures humaines passionnantes ! Des images pleins les yeux, des idées pleins la tête.. et une énorme envie d’y retourner.. vite, vite !

Gérard GISSINGER


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Humanitaires : tous les sommets ! Belle aventure ! Quinze jours après, je suis encore en train de la vivre.

J’ai pourtant adhéré dans l’instant, presque trop vite. Notre projet, avec Véronique, n’était pas celui-là ; il n’avait même rien à voir. Nous en avons parlé très peu, de ce Kili, repoussant le reste à plus tard et préparant déjà nos sacs. Et puis nous en avons parlé d’avantage, nous posant toutes les questions, les posant à d’autres, cherchant toutes les raisons d’avoir peur… Aujourd’hui les paysages sont là, qui se sont imposés bien mieux que les photos. Je reviens de la piste Machamé, de Moshi, d’Arusha, de Nairobi, avec cette certitude de mieux connaître certains de ceux avec qui j’ai partagé ces dénivelés pendant six jours que beaucoup d’autres que je fréquente depuis vingt ans ou plus. Aucun rejet dans ce constat, mais l’évidence qu’on ne partage pas la fatigue accumulée au cours de ces journées de marche, de froid, de pluie, de peur d’être malade, sans que naisse quelque chose qui dépasse la participation de chacun.

Véronique, fin de la première étape. Etre arrivés là est déjà une belle aventure...


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J’

ai regardé – adulte rapporté à un groupe qui se connaît – les uns et les autres d’un peu loin. J’ai vu les amitiés parmi les étudiants, noté l’apport un peu différent de ceux qui viennent de rentrer dans la vie active, observé la réserve prudente des autres adultes. J’ai ri intérieurement de cette habitude de groupe qui pousse de prime abord chacun à plaisanter, à faire en sorte de montrer que tout va bien.

Premiers à émerger, Pascal Lluch et Jean Nogrady. Logique, ce sont nos anges gardiens. Guides professionnels, ils ont joué leur rôle dès Roissy pour que le groupe ne soit pas éparpillé dans deux avions différents. Et à Moshi, au pied du Kili, ils ont expliqué qu’on ne gagne pas sur la montagne, qu’on la conquiert encore moins, mais qu’on se fait accepter par elle. Belle mise en garde.

Le reste est sous le signe de mots à valeur de refrain. «Djambo» est le salut échangé chaque fois qu’on croise quelqu’un, «Polé, polé» le conseil que donnent les accompagnateurs chagga et qui signifie «doucement, doucement». Ça aussi, c’est une belle mise en garde qui me rappelle les mots sur le pas du montagnard entendus il y a très longtemps.

Les étudiants et ceux qui viennent d’entrer dans la vie professionnelle donnent du plaisir à cette marche vers le sommet. Leurs rires, leurs discussions, leurs échanges, leur gravité parfois, les plaisanteries qu’ils renvoient valent largement les bâtons sur lesquels nous nous appuyons. Je garderai, quoi que j’en dise par la suite, associé au souvenir de ce groupe, l’impression que la réussite de cette semaine leur est due. Le soir, les discussions sont un peu compliquées : la tente-mess impose deux rangs de douze personnes qui se font face et que domine la demande – forcément de l’autre côté de la tente – du thermos de thé. Le matin, l’étonnement est différent : par quel miracle me suisje laissé convaincre d’ingurgiter ce porridge… Infect ! L’effet de groupe sans doute… Mais là encore le rire, à voir certains tenter de diluer le goût du porridge dans celui du miel, du chocolat, du sucre, voire de tout cela réuni… Résultat incertain.

La marche d’approche – quatre jours quand même – laissera le souvenir d’une très belle promenade. Pas facile, bien sûr, mais qui associe de nombreux paysages, toutes les météos, et beaucoup de discussions. La cinquième étape en revanche, dans la nuit, c’est le silence. Les guides tanzaniens se sont donnés pour mission de chanter, mais personne ne parle, chacun accrochant son regard aux frontales qui font un ruban de lumière le long de la montée.

Des groupes se sont formés. Je me retrouve avec Gérard vers 4 heures du matin. C’est dur, mais tout va bien. Nous jetons de temps en temps un regard en arrière, où l’on aperçoit les lumières d’Arusha… Gérard, comme moi, a progressé le plus tranquillement possible ces derniers jours ; nous arriverons au sommet, c’est une évidence… Deux jours plus tard, l’amicale cérémonie du retour et la remise des diplômes nous apprendront que nous avons atteint tous les deux l’altitude de 5 756 mètres… Ce n’est pas la véritable altitude, nous étions en fait un peu en dessous, mais juste à deux doigts du sommet. Je reste persuadé que, dans nos hésitations de jour levant, il a manqué une phrase, une remarque, un mot… Jean a eu peur pour nous ; il a peut-être bien fait.

Bertrand PHILIPPE

5 756 mètres ! L’Histoire est pleine de ces certitudes-là. Gérard en a une autre : dans les bandes qui enserrent sa cheville, lorsqu’on lui remet son diplôme et que son émotion est palpable, la foulure est là, qui a rendu très douloureux le long cheminement de son retour vers Moshi.

En plus de cela, ces derniers moments sont marqués par deux impressions fortes. L’hôtel tout d’abord : à l’arrivée, une semaine auparavant, il portait la marque de l’exotisme. En redescendant du Kili, il représente au contraire le retour à la civilisation.

L’arrivée des «humanitaires» ensuite, qui ajoute à notre aventure une perspective plus immédiate et douloureuse en direction de ceux qui n’ont rien. Pourquoi ne suis-je pas allé avec eux ? Malgré la fatigue, les sourires des membres du groupe sont beaux, qui racontent le dénuement et les besoins, mais aussi les gestes, les regards, les sourires rendus par les jeunes enfants qu’ils ont rencontrés. De ce côté-là, il faut souhaiter qu’il y ait une suite. Car si je suis heureux d’avoir vécu l’expérience du Kilimanjaro avec tout ceux qui y ont participé, si je sais que le symbole de cette aventure est important pour l’école toute entière, je suis convaincu que ce qu’ont réalisé les membres de l’équipe humanitaire vaut tous les sommets.


40 Un soir de printemps, Bertrand, mon mari, me dit : «Nous sommes inscrits avec les jeunes de l’Ensi pour faire l’ascension du Kilimanjaro».

Voilà comment je me retrouve le 26 novembre au soir à Moshi, en Tanzanie, au milieu de jeunes visages, tous inconnus, ayant l’âge de mes enfants. Ce soir-là, Pascal et Jean, nos deux guides français, nous montrent la carte et nous expliquent ce qui nous attend, avec toutes les étapes.

Avec cette petite phrase, que je retiens immédiatement : «Ce n’est pas à vous de dompter cette montagne, vous avez à vous faire accepter par elle. Et ce sera à la fin des six jours que vous saurez si elle vous a accepté». Le camel-back rempli de cette eau dans laquelle nous devons mettre des pastilles purificatrices, nous entamons la montée.

«Polé, polé» sera la devise de ces jours de marche. Cela signifie « doucement, doucement ». Dans un décors de rêve, j’apprends à connaître mes petits compagnons d’aventure : Jérémy, Jonathan, Bertrand (un autre…), Benoît, Cyril… Nous passons quatre jours côte à côte à admirer cette montagne. Elle se montre déjà capricieuse, avec ses variations de climat. Dans une même journée, soleil, pluie, brouillard, gel…

L’ambiance, le soir, dans la tente-mess, où nous nous retrouvons autour de la soupe, du thé, des pâtes, est excellente. Mais les petits bobos commencent : mal à la tête, vomissements pour notre Stéphanie, mal au ventre, etc. Malgré tout, le moral des troupes est au beau fixe. Ces jeunes, que j’ai appris à connaître, sont plein de courage et de volonté d’y arriver. Et nous voilà mercredi soir pour entamer cette ascension finale.

Barres de céréales, bonbons et toujours une belle quantité d’eau dans le sac à dos, nous attaquons la montée à minuit trente. C’est le départ ; je suis derrière John, guide tanzanien, qui chante la chanson du Kilimanjaro que nous apprendrons à connaître plus tard. Et qui répète sans arrêt « Polé, polé ».

Pas un mot parmi nous, tandis que les différents groupes qui se sont formés spontanément s’espacent. On s’arrête quelquefois pour remonter le moral, partager nos barres de céréales. Véronique PHILIPPE

Mon moral et ma forme sont toujours là et quand le soleil pointe sur ces majestueuses montagnes, je comprends que j’ai adopté ce volcan et que j’irai au sommet. Nous ne sommes plus beaucoup. Pierre m’inquiète, mais il continue. Ça y est ! Notre groupe est au sommet. L’émotion est grande et je partage les larmes de ceux qui constituent cette petite équipe.

Il nous faut quelques minutes pour réaliser où nous sommes et admirer le cratère avec ses quelques plaques de neige, cet immense glacier juste à côté de nous, et tous les sommets sur cette mer de nuages. Le ciel est bleu, le soleil nous a réchauffés, mais il faut entamer la descente. C’est le passage le plus difficile pour moi, car la faim se fait sentir.

Le sixième jour se passe dans la joie et la bonne humeur à travers une forêt merveilleuse avec, déjà, des souvenirs plein la tête. Nous avons d’ailleurs le temps de l’admirer… Merci Gérard ! Ta foulure de la cheville nous autorise à prendre le temps de regarder autour de nous.

Au delà d’un défi personnel, cette aventure a été extraordinaire tant par le bonheur que procurent les paysages de ce volcan que par la découverte d’un groupe de jeunes exceptionnels. Merci à tous ceux qui étaient là de m’avoir acceptée dans leur aventure. Avec un clin d’œil à Benoît, qui m’a empêchée de tomber dans le vide, et à Cyril, Pascal et Jean qui, par leur présence, m’ont aidée à garder la forme en permanence. Belle aventure physique et humaine ! Et merci aux porteurs pour tout ce qu’ils ont fait… et pour leur interprétation de la chanson du Kilimanjaro


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C’

était bien mal parti pour moi l’ascension du Kilimanjaro, avec un départ précipité, j’ai pu participer à ce projet humanitaire et sportif. Merci à Joël ALLAIN directeur de l’ENSI, à Jean-Marc MARGOT «le coach», à Bertrand DELINEAU président de l’association 5 sommets 5 continents et à tous les étudiants qui ont aidés à monter ce projet, je les félicite tous pour le travail accompli.

Dimanche 28 octobre après un dernier coup d’œil sur le Kilimanjaro et les recommandations des guides, nous voilà lancés vers le sommet «polé, polé». Les deux premiers jours de marche d’approche nous évoluons dans une forêt ombrophile dense, luxuriante et variée. Ces deux journées de marche permettent de trouver l’allure, de régler les matériels et prendre le rythme.

Les deux jours suivant changement de paysage, on poursuit en longeant les glaciers suspendus du versant sud du Kili direction Barafu-camp à 4 600 m. Parcours aérien et désertique, sentier jalonné de bosquets et de séneçons géants dominant le Kimawensi. L’altitude commence à se faire sentir, les réveils sont durs avec la gelée du matin mais les petits déjeuners au porridge sont les bienvenus et revigorant. L’hygiène du corps est faite au minimum, le moral est bon. La nuit est très courte, dans le silence en file indienne, l’ascension nocturne commence. Sur les pentes nous voyons les lumières des lampes frontales scintillées comme des lucioles. Un beau spectacle que nous aurons le temps d’apprécier car la pente devient raide et il faut se concentrer sur la marche. Au petit matin un panorama exceptionnel s’offre à nous, le soleil illuminant le Kimawenzy et le Meru. Image inoubliable, l’arrivée à Stella point au bord du cratère avec les glaciers en fond de vue et la neige faisant un manteau dans ce cratère géant. Puis c’est le départ pour l’ascension finale.

Il est 8h30, lorsque le groupe des 14 atteint le sommet. C’est énorme, on a réussi, les larmes coulent, en se félicitant on est un peu euphorique, épuisés pour certains mais fiers d’être là. Malgré la fatigue, le fait d’avoir atteint le sommet nous redonnent de l’énergie, les sourires sont là, les commentaires fusent et les photos seront témoins de notre réussite. Une descente éprouvante de 7h00 nous emmène à Mweka camp à 3 100 m afin d’effacer les effets de l’altitude. Malgré le froid de la nuit tout le monde était heureux de retrouver son duvet pour une bonne nuit réparatrice. Le lendemain au petit déjeuner les plaisanteries allaient bon train. Ce fut la séparation avec nos porteurs qui entonnaient la chanson du Kilimanjaro, porteurs que je remercie pour leur professionnalisme, leur gentillesse et leur soutien efficace.

André THIERRY

Au travers de cette expédition il me restera à jamais, la convivialité, le respect, la solidarité, le dynamisme de tous les participants.

Merci à vous tous. Merci à l’ENSI. Merci à toi Jean-Marc pour m’avoir permis d’être avec vous.


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Merci à tous nos partenaires et amis ! Conseil Général du Cher, Ville de Bourges, Iris Vierzon, Vuarnet, Lestra, ADP, Chaussures Meunier, Secours Populaire Français, Les enfants de l’école Leï Cigalos, Marc Batard, Pascal Lluch, Jean Nogrady, Bernard Capo, Antoine Capo, Philippe Jodet, Eric Le Boulch.


Le Kilimanjaro