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Le Droit à la ville d’Henri Lefebvre a cinquante ans. Écrit au cours de l’année 1967 (l’année du Centenaire du Capital de Karl Marx). Publié en 1968. Ainsi Le Droit à la ville a cinquante ans. Mai 68 aussi a cinquante ans. Lefebvre et mai 68 sont intimement liés. Pourtant la pensée de Lefebvre, son importance pour les événements de mai 68, ont longtemps été éclipsées. On a pu mettre en avant plutôt Foucault, ou Althusser et d’autres. Ou encore les Situationnistes, Debord, qu’il a pourtant fréquenté, ou Asger Jorn. Ou les artistes du groupe Cobra, et notamment Constant Nieuwenhuys. Quelle est notre lecture de Lefebvre aujourd’hui ? Comment nous réapproprier sa pensée ? Comment lire Le Droit à la ville aujourd’hui ? Le Droit à la ville propose une approche critique de la ville. Il constate deux difficultés majeures dans la pensée de la ville : la difficulté d’une pensée globale, philosophique, elle pourrait rester vague. Et la difficulté d’une pensée spécifique, spécialisée, qui se présenterait comme une somme de données lacunaires. Alors il s’agit de « créer des situations nouvelles » comme celles que Constant a initiées, « en mettant en rapport des parties, des quartiers de la ville qui étaient séparés dans l’espace ». La dérive urbaine des Situationnistes permet de faire cela. « Et c’était ça le premier sens de la “dérive”. Ça s’est fait à Amsterdam au début de la technique des talkies-walkies. » La technique de la communication par talkie-walkie permet de mettre en relation des personnes ou groupes de personnes qui se trouvent dans deux parties de la ville. Gardons l’idée du talkie-walkie, et l’idée qu’il est capable de faire le lien entre parties de la ville séparées. Faire le lien, permettre de redéfinir les besoins de la société urbaine, réinventer, stimuler l’activité créatrice d’œuvre. Faire du lien, voilà l’objectif, créer du lien entre personnes pour surmonter les motivations de la société de consommation à ne nourrir que nos besoins individuels, à faire de nous des êtres attachés simplement à la valeur d’échange (quantitative, économique), non des êtres soucieux de la valeur d’usage, qui, elle, est qualitative. Car nous avons un besoin crucial d’activité « créatrice d’œuvre », nous avons des besoins « d’information, de symbolisme, d’imaginaire ». Comment aborder, comment redéfinir les enjeux d’une théorie de la ville ?

Lefebvre montre le caractère ardu, conflictuel de la tâche : il s’agit de créer une approche utopique - une utopie concrète de la ville, fondée sur une praxis. On peut chercher des signes dans la ville, fonder une sémiologie urbaine. On pourrait, et cela malgré les relations « ambigües » entre la philosophie et la ville, esquisser les contours d’une pensée phénoménologique de la ville. On peut comprendre la ville par le récit, le récit utopique notamment. Lefebvre mentionne le récit utopique d’Azimov dans La Fondation, et son hypothèse d’une ville englobante, Trentor, une ville totale qui aurait recouvert l’ensemble de la surface terrestre. Ces utopies nous font-elles sourire ? Elles permettent pourtant peut-être de développer des outils pour penser les développements futurs des grandes villes, de grandes métropoles comme Paris, New York ou Athènes. La ville « s’écrit et se prescrit, c’est-à-dire qu’elle signifie : elle ordonne, elle stipule ». Ce qu’elle stipule, c’est à la réflexion de le découvrir. Comprendre l’urbain, questionner les pratiques quotidiennes, accepter que les structures de la ville ne doivent pas se contenter de formes figées, « inertes ». Comprendre, avec Lefebvre, que l’art est un moyen pour s’approprier l’urbain : « l’art peut devenir praxis et poièsis à l’échelle sociale : l’art de vivre comme œuvre d’art. »

Henri Lefebvre Philosophe et sociologue, Henri Lefebvre enseigne à la faculté de sociologie de Strasbourg de 1962 à 1965, puis à l’Université de Paris X-Nanterre de 1965 à 1968. Il influence directement les étudiants qui initient le mouvement de Mai 68, notamment les Situationnistes. Lefebvre insiste sur l’importance politique de la vie quotidienne, et présente la ville comme le cœur de l’insurrection esthétique contre le quotidien.

Selon lui, l’urbanisme ne prend pas en compte les besoins sociaux anthropologiques de l’homme. Il formule notamment la nécessité de l’affirmation d’un nouveau droit, le droit à la ville, qu’il définit comme un droit à une qualité de vie urbaine. Voir aussi agenda p.56 À lire : Henri Lefebvre, Le Droit à la ville (1968), éditions Economica, 2009

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Découvrir et comprendre l'architecture et l'aménagement du territoire, pour mieux appréhender son cadre de vie et devenir un acteur du vivre...

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