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E PROFONDEUR La référence en activités subaquatiques au Québec

Ne manquez pas notre

CAHIER HISTOIRE!

Découvrez les épaves du Saint-Laurent RMS Empress of Ireland, NCSM Nipigon, Cimba et Land Tortoise

Rencontre avec

Francis Le Guen, l’homme derrière Carnets de plongée

4,99 $ Vol. 13, no 4

Découverte d’un vase huron d’un demi-millénaire Plongée-kayak : comment joindre l’utile à l’agréable!


Parce que... vous êtes des passionnés, tout comme notre fondateur, Jacques-Yves Cousteau. Pour vous, l’enseignement de la plongée, c’est plus qu’une passion : c’est une façon de vivre.

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© Nathalie Lasselin

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ÉDITORIAL

Daphné Laurier Montpetit

Si intenses furent ces quatorze minutes, elles ne représentent aujourd’hui qu’une mince fraction de l’histoire de l’Empress of Ireland. Après le naufrage, d’autres chapitres se sont ajoutés. Les recherches, le dynamitage des cales afin de remonter les cargaisons de valeur, les enquêtes… Puis, l’oubli. Les guerres mondiales ont donné d’autres chats à fouetter à la planète, et l’épave reposa 50 ans avant d’être redécouverte.

Une épave, c’est juste un bateau qui a coulé!

Encore un nouveau chapitre. De par sa position délicate, couché à 45 m de profondeur dans une eau froide, sombre et mouvementée, l’Empress of Ireland offre un défi de taille. Pour certains plongeurs, c’est ce défi qui cause la fascination. Dommage que la quête d’aventure se retourne parfois contre l’explorateur. Dans son histoire, le navire a vu les cadavres de plongeurs imprudents ou malchanceux s’ajouter aux 547 corps jamais retrouvés des victimes de son naufrage.

’Empress of Ireland fascine les gens depuis maintenant un siècle. Comment expliquer cette fascination? Qu’est-ce qui pousse un plongeur à s’embarrasser de tout un attirail de matériel technique pour se jeter dans l’eau glacée du Saint-Laurent? D’où peut bien venir cette motivation à parfois risquer sa vie pour visiter ce vieux tas de ferraille? Parce qu’au fond, selon certains, une épave n’est rien de plus qu’un bateau qui a coulé…

L

Malgré tout, les épaves ne commémorent pas que la mort. Au contraire, elles agissent souvent comme porteuses de vie, offrant un substrat rigide permettant l’établissement d’espèces d’invertébrés marins qui ne sauraient survivre dans le sable meule. Ces récifs artificiels contribuent à enrichir la biodiversité marine, ajoutant une saveur écologique aux sites historiques. Quelle que soit la cause de notre curiosité, les épaves ont beaucoup à offrir.

Pour visiter une épave, il faut voir au-delà de sa structure, car un navire qui a sombré nous montre beaucoup plus que du métal. À bien y regarder, on peut voir toute une tranche d’histoire, un défi ou même un nouveau lieu de vie. Il y a l’histoire avant le naufrage. La carcasse de l’Empress of Ireland peut nous remémorer une époque où les gens prenaient le bateau, et non l’avion, pour se rendre en Europe. Une époque sans GPS ni sonar, où les passagers de troisième classe rentraient en Europe après avoir vainement tenté leur chance en Amérique. On se rappelle le fumoir, la salle de musique et l’élégante salle à manger…

Le 29 mai dernier, on commémorait le centième anniversaire du naufrage de l’Empress of Ireland. C’est ce triste – mais fascinant – anniversaire qui a inspiré l’équipe d’En Profondeur à ressortir de vieilles histoires de mer. Dans ce numéro, deux explorateurs curieux – et entêtés – vous relatent une découverte surprenante au fond du lac des Seize Îles. Vous découvrirez les épaves de l’Empress of Ireland, du NCSM Nipigon, du Cimba et du Land Tortoise à travers les yeux des nos collaborateurs, qu’ils soient chasseurs d’épaves chevronnés ou historiens passionnés. Et que savez-vous sur l’inventeur de la palme? Vous en apprendrez certainement dans ce numéro dédié à l’histoire, cachée sous la surface.

Un siècle plus tard, il est presque absurde d’imaginer qu’un simple banc de brouillard a pu causer le déboussolement total de deux navires. Durement frappé en son centre, l'Empress of Ireland, ce colosse de 167 mètres de long, n'a pris que 14 minutes pour sombrer, faisant 1012 victimes. Seulement 465 survivants, dont quatre enfants, ont remis pied à terre, cette nuit-là.

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SOMMAIRE

COUSTEAU

14

Protéger les mélodies de la mer La mer n’est pas un monde silencieux. Elle émet des mélodies qui doivent être entendues. Et même si certaines ne sont qu’un murmure, elles sont néanmoins importantes. Lorsque vous plongez sous la surface de la mer, écoutez le répertoire varié de sons et de mélodies.

ÉDITORIAL

4

EN SURFACE

6

DÉCLIC

8

Le convertisseur ITTL, un nouvel ami

ENTREVUE

10

Rencontre avec Francis LeGuen

EXPLORATION

18

L’expédition Du’uan, en Chine

CAHIER HISTOIRE • Le poète et l’artéfact • L’épave du Cimba • L’épave du RMS Empress of Ireland, 100 ans plus tard • 100 ans de palmes de natation • NCSM Nipigon, un épave oubliée • Dans la noirceur depuis plus de 250 ans

Je fais partie des quelques experts en plongée spéléologique invités par le gouvernement chinois pour explorer et documenter le système karstique des alentours du comté autonome de Du’an. Compte rendu de la dernière expédition d’importance de cette année.

QUIZZ

21 22 28 30 34 36 40

43

Testez vos connaissances

21

CAHIER HISTOIRE

ACTIVITÉ

Quelles impressionnantes découvertes se cachent sous l’eau? Qui est l’inventeur de la palme? Quel objet étonnant reposait depuis des siècles au fond du lac des Seize Îles? Quelle fut la dernière mission du NCSM Nipigon?

RECEETTE DE LA MER

47

EXPÉDITION

48

Parc National de Fathom Five

Quelques-uns de nos collaborateurs nous livrent des portraits de leurs plongées à saveur historique. Qu’ils soient plongeurs d’épaves chevronnés, explorateurs passionnés ou conteurs dévoués, ils ont bien des histoires à nous offrir…

E PROFONDEUR

FICHES BIO

CONSEIL D’ADMINISTRATION : diane Beausoleil, paul Boissinot et Jean-Sébastien naud Poste-Publications n° de convention : 40069242 ÉQUIPE DE PRODUCTION :

4545, av. pierre-de Coubertin Montréal (Québec) H1V 0B2 Tél. : 514 252-3009 • Téléc. : 514 254-1363 info@enprofondeur.com www.enprofondeur.com

52

Crabe des neiges et crapet soleil

La référence en activités subaquatiques au Québec

En Profondeur est publié en collaboration avec la fédération québécoise des activités subaquatiques (fQAS), à raison de quatre numéros par année. Ce magazine se veut un moyen de communication accessible à l’ensemble de la communauté des plongeurs du Québec, ainsi qu’à toute personne ou organisme dont la nouvelle est en affinité avec la mission d’En Profondeur.

44

La plongée kayak

Daphné Laurier-Montpetit : Rédactrice en chef Jasmine Beaulieu : Administration Stéphanie Tétreault : Réviseure linguistique Graphomax : Infographie Communimédia : Impression Messagerie Dynamique : Distribution

ISSn 1201-1819 dépôt légal Bibliothèque nationale du Québec Bibliothèque nationale du Canada

photo de la couverture : Francis Le Guen

COLLABORATEURS : Danielle Alary – Nancy Chouinard – Yves Clercin – Samuel Côté – Jean Louis Courteau – Jean-Michel Cousteau – Dominique Danvoye – Laurent Fey – Michel Gilbert – Michel Labreque – Nathalie Lasselin – Jacques Lech – Hélène Michaud – Marie Claude Morin – Julie Ouimet – Sébastien Pelletier

nous reconnaissons l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du fonds du Canada pour les périodiques (fCp) pour nos activités d’édition. note : Toute reproduction totale ou partielle de ce magazine est formellement interdite sans l'autorisation écrite de la fQAS. La direction du magazine fait tous les efforts pour éviter les erreurs de tout ordre et les opinions inopportunes. Elle se dégage cependant de toutes responsabilités quant aux textes publiés. Ces derniers n'engagent que leurs auteurs. La direction est heureuse de recevoir des textes provenant du public. par ailleurs, elle ne s'engage ni à les publier ni à les retourner à leur auteur.


EN SURFACE

EMPRESS OF IRELAND PARC SOUS-MARIN DU LAC SAINT-FRANÇOIS Le conseil de direction de la Corporation a tenu une consultation en 2014 dans le but de redonner un second souffle, une réelle motivation à investir nos énergies dans le parc. Il nous fallait en assurer la pérennité, augmenter l’offre par l’ajout de nouvelles épaves et, surtout, répondre à l'urgence de rentabiliser les activités du parc sous-marin. Vous serez bientôt sollicités pour la mise en marché d’une campagne de financement accompagnée de la vente des laissezpasser utilisés dorénavant pour la fréquentation de nos sites. Ces revenus nous permettront de continuer à entretenir le parc sous-marin, à offrir un accès en toute sécurité et à faire l’ajout de nouvelles épaves.

LE TITANIC CANADIEN Musée canadien de l’histoire à Gatineau Il aura fallu à Philippe Beaudry plus de 600 plongées sur l’Empress of Ireland pour rassembler une imposante collection de 1500 artéfacts. C’est grâce à son investissement que nous pouvons admirer, jusqu’au 6 avril 2015, ces trésors au Musée canadien de l’histoire, à Gatineau. Revivez cette tragédie, faites connaissance avec certains des véritables passagers du navire et écoutez des témoignages de survivants. Une exposition fascinante à ne pas manquer!

Pour lire le communiquer complet ou pour plus d'information, visitez : : www.pssf.ca Jean-Pierre Poirier, président du parc sous-marin du Lac Saint-Francois

Nouveau CA chez CMAS QUÉBEC Le 15 mars 2014 se tenait à Boucherville l’assemblée générale de l’Association des moniteurs de la confédération mondiale des activités subaquatiques de Québec (CMAS QUÉBEC). Lors de cette assemblée les membres ont pu assister à une conférence de Nathalie Lasselin monitrice spéléologue qui a su captiver tout son auditoire! Soulignons également le départ de Claude Marcel qui a œuvré au sein du conseil d’administration six ans en tant que vice-président et deux ans en tant que président. Nous en profitons pour le remercier et lui souhaiter tout le succès qu’il mérite dans ses nouveaux projets. Les membres ont par la suite élu en la personne de Laurent Fey au poste de président et d’Yvan Castonguay au poste de Vice-Président. De nouveaux moniteurs ont offert leurs collaboration au conseil d’administration parmi eux : Chantal Durette d’Espace bleu, Robert Simard de Plongée Atmosphère, Maryse Marceau-Grimard, et Nicolas Nadeau de Plongée aventure Québec. Nous en profitons pour remercier également Madame Danielle Rivet directrice générale depuis quatorze ans pour CMAS QUÉBEC en charge du mentorat de cette nouvelle palanquée!

6 – 7 En profondEur • Vol. 13, no 4

Photo : Francis Le Guen Coulée en 1983 , l’épave du Giannis D est l’une des plus visitées en mer Rouge. Cet ancien cargo grec a mis deux semaines à sombrer, après avoir heurté un récif. Pour revoir la photo de couverture ainsi que plusieurs images de l’intérieur du Giannis D, consultez le blog de Francis Le guen : www.blog.francisleguen.com.

Les membres

Vous y verrez aussi des aperçus de ses œuvres fractales ainsi que de magnifiques clichés pris lors de plongée à travers le monde. Et, pendant qu’on y est, ne manquez pas l’entrevue avec Francis LeGuen, auteur des Carnets de plongée, à la page 10! Danielle Rivet, Laurent Fey, Nathalie Lasselin, Claude Marcel

En profondeur souhaite tout le succès que mérite cette nouvelle équipe! Article rédigé par Laurent Fey

EN COUVERTURE Épave du Giannis D

En Surface est une rubrique mise à la disposition de la communauté des activités subaquatiques du Québec. Vous avez un évènement à diffuser, une nouvelle à annoncer? Faites-le-nous savoir : info@enprofondeur.com.


DÉCLIC

Le convertisseur

Ce dragonnet juvénile (Equetus acuminatus) présente un défi intéressant pour l’éclairage en TTL. Le convertisseur iTTL a parfaitement rendu cette image à haut contraste.

iTTL, un nouvel ami Pendant des décennies, nous avons décrié la performance des flashes en TTL en photo sous-marine. C’est avec scepticisme que nous avons mis le convertisseur Ikelite iTTL à l’épreuve.

l fut un temps où rien n’était automatique en photographie. C’était l’époque où l’expérience comptait pour au moins 50 % en matière de qualité photo. La prise de vue en fourchette (bracketing)1 régnait en maître et tous connaissaient par cœur le nombre guide de leurs flashes. Qui s’en soucie aujourd’hui?

I

La technologie TTL

Texte et photos : Michel Gilbert et danielle Alary

Le convertisseur iTTL monté sur le caisson. À l’extrémité du convertisseur, un câble synchro TTL numérique est relié aux flashes.

L’acronyme TTL vient de l’expression through the lens (à travers l’objectif), qui désigne une technologie propre à la mesure de la lumière produite par un ou des flashes, et ce, au moyen de cellules installées à l’intérieur des appareils photo. Ces cellules photoélectriques mesurent la lumière qui passe par l’objectif et qui atteint le capteur. En gros, lors de la prise de vue, quand on appuie sur le déclencheur, un signal est envoyé au flash, qui commence à émettre de la lumière. Quand la cellule TTL détermine que la quantité de lumière émise est suffisante, un signal retourne au flash et stoppe l’éclair. Olympus a été le premier fabricant à offrir la technologie TTL, et ce, au milieu des années 1970. Cette technologie a considérablement facilité la prise de vue et a augmenté la qualité des images en éclairage artificiel. Aujourd’hui, la technologie TTL est omniprésente dans toutes les gammes d’appareils photo, surtout dans le monde des réflex numériques. En prise de vue terrestre,

1

Technique qui permet de réaliser une série de vues en modifiant la vitesse ou l’ouverture du diaphragme à chaque image.

8 – 9 En profondEur • Vol. 13, no 4


Alary/Gilbert SUB-IMAGES

Dans le cas de cette blennie à selles (Malacoctenus triangulatus), le flash de gauche a été placé plus loin jusqu’à ce que le côté gauche du sujet soit légèrement sous-exposé. C’est une autre méthode permettant la compensation en mode automatique en l’absence d’un système monté dans le caisson ou encore du recours à la compensation directement à partir de l’appareil photo, ce qui n’était pas possible dans notre cas, notre caisson ne donnant pas accès au bouton de compensation au flash.

comme on dit, « y’a pas photo »; la technologie TTL permet de réaliser des images impeccables à tout coup. Sous l’eau, c’est une autre histoire et nous avons toujours résisté à employer cet outil, préférant nous en remettre à notre expérience et à notre jugement. Comme beaucoup d’élèves et de connaissances semblaient connaître du succès avec la technologie TTL, nous avons récemment demandé à Ikelite de mettre à notre disposition le convertisseur destiné aux appareils Nikon, notre cheptel étant essentiellement composé de boîtiers à la marque jaune et noire.

Dès la première plongée, les portraits de poissons ou encore les macrophotographies sont impeccables. L’écran de nos appareils photo reproduit toutes les nuances de couleur sans que les sujets soient brûlés ou sous-exposés. L’examen sur l’écran d’ordinateur révèle la grande précision du calcul d’exposition. Nous avons délibérément cherché à tromper le convertisseur en photographiant des sujets à haut contraste : le système TTL produit toujours un éclairage adéquat. Une légère retouche peut s’avérer nécessaire, mais les corrections sont minimes.

Le convertisseur iTTL Cédant sans doute à la mode lancée par Apple, Ikelite appelle son convertisseur externe le iTTL. Ce module est connecté en série entre la prise synchro du boîtier étanche et le câble relié au flash. Un petit boîtier circulaire muni d’une bague de commutation manuelle/automatique contient les circuits qui traduisent le langage parlé par les appareils Nikon en commande binaire comprise par les flashes Ikelite. Chaque fabricant utilise en effet un langage différent pour communiquer de l’appareil photo au flash. C’est pourquoi un flash Nikon ne peut être utilisé sur un appareil Canon, et vice-versa. Ikelite doit donc développer un convertisseur différent pour chaque marque. Ce même convertisseur est installé à l’intérieur de tous les caissons Ikelite. Pour les utilisateurs de boîtiers étanches d’autres marques, le convertisseur iTTL fait le travail.

Évidemment, il en aurait été autrement en photo d’ambiance au grand-angulaire. Comme de vastes parties des images se perdent « dans le bleu », il est difficile pour un système TTL de tenir compte de ce facteur. C’est pourquoi il vaut mieux s’en tenir à l’exposition manuelle dans de tels cas. Et le contrôle de la lumière? Le secret d’une bonne photo réside dans le contrôle parfait de la lumière. À ce sujet, l’emploi du système TTL pose un défi. Si vous utilisez un caisson Ikelite, un mécanisme de compensation de l’exposition est monté de série. En prime, la compensation de l’éclairage au flash est efficace en mode automatique (TTL) ou manuel. Dans un cas comme le nôtre, il faut s’en remettre à la prise de vue en fourchette automatique en ayant recours à la seule variation des ouvertures.

Nous revoilà croyants

Convertis?

Aux fins de notre essai, le convertisseur iTTL a été monté sur nos caissons Nexus et relié à des flashes DS-51, DS125 ou encore DS-160. Il faut absolument que le bon type de câble soit utilisé entre le convertisseur et les flashes. Si vous utilisez deux flashes, un câble en « y » relié au convertisseur permet une connexion simple et efficace.

L’essai a été tellement concluant que Danielle n’a pas renvoyé les convertisseurs à Ikelite, préférant expédier un chèque! Notre arsenal s’enrichit donc de ce nouvel outil parfaitement adapté à la macrophotographie et au portrait de poissons. Quand les conditions de prises de vue changent à la vitesse de l’éclair, le système TTL peut sauver la mise.


ENTREVUE

RENCONTRE AVEC FRANCIS LE GUEN

A

u fil des années, ce Tintin des temps modernes a su me transmettre sa passion et son feu sacré. Imaginez ma joie lorsqu’il a accepté en toute simplicité de répondre à mes quelques questions impertinentes!

En profondeur : Si tu devais inscrire une seule profession sur tes papiers d’identité, laquelle serait-ce? Francis Le Guen : C’est tout mon problème, car j’ai toujours exercé dans plusieurs domaines. Peut-être explorateur? Parce que, finalement, des grottes à la plongée, de la presse aux médias interactifs, de la photo aux fractales, j’ai toujours été passionné par l’exploration de domaines nouveaux.

En profondeur : As-tu déjà plongé en Amérique du Nord? Francis Le Guen : Pas encore! Nous avons failli tourner un épisode des Carnets de plongée au Québec, mais cela ne s’est pas fait. Mais il est question que je vienne prochainement à Montréal…

En profondeur : Peux-tu nous résumer ton parcours de plongeur? Francis Le Guen : J’ai commencé à plonger à l’âge de 8 ans, sur la côte bretonne, avec des démineurs de la Marine. Ils cherchaient une épave… Lors de ma première plongée au large en leur compagnie, j’ai eu l’incroyable chance de tomber dessus! Oui, sous l’eau, il y avait de formidables trouvailles à faire : cela a déterminé ma carrière. Ensuite, j’ai découvert la spéléo et, tout naturellement, 10 – 11

En profondEur • Vol. 13, no 4

Sophie Bontemps

Texte : Laurent fey

Dans les années 2000, je suis devenu accro d’une série télévisée intitulée Carnets de plongée. Pendant plusieurs années, j’ai suivi les voyages et les explorations de Francis Le Guen : des Bahamas à l’Australie, de la NouvelleCalédonie aux Caraïbes, dans les eaux chaudes ou froides, les cavernes, les forêts tropicales… Par la suite, j’ai découvert le magazine Plongeurs International – dont il a été rédacteur en chef pour 33 numéros –, son blogue, le magazine numérique Plongeur.com et, tout dernièrement, la nouvelle collection de livres Carnets de plongée des Éditions Glénat. Enfin, j’ai accepté facilement de me perdre dans la jungle des algorithmes de ses œuvres fractales en 3 dimensions!

quand nous sommes arrivés au terminus d’une grotte, devant un beau lac bleu-vert d’eau transparente, j’ai su que j’avais trouvé ma vocation : explorer ce territoire vierge. Alors, j’ai enchaîné les plongées souterraines, les premières perfectionnant ma technique, en inventant certaines, reculant mes limites et celles des plongées de l’époque. Avec mon équipe, nous avons ainsi réalisé des plongées au-delà des 100 m et sur des distances kilométriques. Ensuite est venu le temps des expéditions : l’Australie, la Floride et tant d’autres pays depuis…

En profondeur : Et si tu pouvais recommencer ce parcours, y changerais-tu quelque chose? Francis Le Guen : Je demanderais à ma mère de naître 20 ans plus tard! Les moyens de la plongée TEK d’aujourd’hui sont ceux dont je rêvais, à mes débuts sous la terre…

En profondeur : Nombreux sont les plongeurs qui ont suivi tes aventures à travers la série télévisée Carnets de plongée. Peux-tu nous parler du projet d’écriture des livres version Carnets? Francis Le Guen : Nous allons prochainement repartir en tournage pour une nouvelle série des Carnets. En attendant, j’ai eu envie d’offrir à la communauté des plongeurs ce qui, à mon sens, manquait le plus aujourd’hui : des récits vécus. L’inestimable trésor de l’expérience… J’ai donc conçu, avec l’éditeur Glénat, une collection d’aventures vécues. Des récits courts et vivants, racontés par des plongeurs ayant « de la bouteille »!


C’est aussi l’occasion pour moi de raconter des choses que je n’ai jamais révélées, en particulier à la télévision. La littérature reste…

En profondeur : Narcoses, le premier livre de la collection, a remporté le prix Corail 2012 au Festival mondial de l’image sous-marine de Marseille. Peux-tu nous en dire plus sur ce prix et sur ton goût pour l’azote? Francis Le Guen : J’ai toujours été fasciné par les limites et par les moyens de les repousser. Dans les années 1980, j’ai commencé une série de plongées d’exploration spéléo très profondes, au-delà des 100 m. À l’air, d’abord, puis avec les premiers mélanges que nous mettions au point. J’ai vécu « en profondeur » de véritables expériences mystiques… et j’ai failli y perdre la vie quelques fois. Mais j’ai une bonne étoile et je suis dur à tuer… Ce prix Corail m’a fait très plaisir, car il sanctionnait mon retour à la littérature – mon dernier livre datait des années 1990 – et constituait un bon lancement pour cette nouvelle collection.

En profondeur : Le prochain livre de la collection s’intitule Épaves. Peux-tu nous mettre l’eau à la bouche? Francis Le Guen : Nous parlerons évidemment de plongées sur des épaves de bateaux, mais aussi d’avions, de sousmarins : les « fortunes de mer » fascinent tous les plongeurs... Pour la découverte ou le frisson de l’exploration; pour ce qu’elles évoquent des drames passés; pour plonger dans l’histoire, enfin... au ventre de ces colosses d’acier figés par la mer.

Francis Le Guen

La collection est thématique : chaque volume relate des histoires dans un domaine particulier : narcoses, épaves, requins. On dit que les gens ne lisent plus, mais force est de constater que cette collection est un succès. Au total, 18 livres sont prévus, qui couvriront tous les domaines de la plongée. Vous y découvrirez de nouveaux auteurs et des histoires à peine croyables…

De Scapa Flow à Truk Lagoon, de l’île Maurice aux lacs autrichiens, du Yémen jusqu’aux profondeurs radioactives de la mer de Barents, nous plongerons sur ces épaves antiques ou modernes, en mer ou en eau douce, en compagnie de leurs découvreurs... Sans oublier les épaves à trésors, quand on sait que 3 millions d’entre elles restent à découvrir sous les mers du monde... En voici quelques extraits : L’épave mystérieuse des 7 frères « Jamais je n’aurais dû m’engager dans ces cales de l’épave que nous venons de découvrir au large du Yémen... La rouille qui tombe des voûtes d’acier obscurcit l’eau et j’ai peur de me perdre. Mais, surtout, une loche marbrée géante me bouche le chemin de la sortie. » Dans les tentacules du luska « Sur la lèvre du trou bleu, face à l’abîme, l’épave apparaît… Sur l’île d’Andros, aux Bahamas, les trous bleus forment de gigantesques réseaux de cavernes, sous la mer. Ici vit le luska, un poulpe géant auquel on attribue le naufrage de plusieurs bateaux. » Prisonniers dans le ventre d’acier « Dernière plongée de la saison : cette épave en bois à armature d’acier en baie de Fréjus... Facile. Elle repose quille en l’air, à faible profondeur, et il faut se faufiler dessous, à ras du sable, pour remonter ensuite dans le corps du bateau. Le bois a disparu, ne laissant qu’une cage d’acier au travers de laquelle danse le soleil. Une prison aussi, dont la porte semble s’être fermée à jamais. Nous sommes peu à peu désorientés dans ce navire le ventre en l’air. Le temps passe. Par où sommes-nous entrés? »


ENTREVUE

En profondeur : À travers tes récits et tes voyages, quels sont les plongeurs qui t’ont le plus marqué? Francis Le Guen : J’ai eu la chance de rencontrer Cousteau. Contrairement à sa réputation, il m’avait aidé et encouragé à mes débuts. Il était le plus grand. Mais comment ne pas citer son bras droit, Albert Falco? Nous étions pratiquement voisins, ici, à Marseille. Je lui avais consacré un film en Martinique. À plus de 80 ans, il plongeait au-delà de 50 m… et remontait le courant avec la même aisance que les poissons, me laissant pédaler derrière… Je n’ai jamais rencontré d’autres plongeurs qui connaissaient aussi bien la mer.

En profondeur : Es-tu un plongeur qui change régulièrement son équipement ou qui reste plutôt fidèle à son matos?

En profondeur : Es-tu engagé auprès de l’organisme Shark Angels, qui voit à la défense et à la sauvegarde des requins… ou est-ce seulement un coup de foudre pour Julie Andersen? Francis Le Guen : Je suis effectivement un shark angel. Je connais bien Julie : j’en avais fait un article-vedette dans le n°4 de Plongeurs.com et je l’ai rencontrée depuis. C’est vrai que c’est une fille splendide. Mais, ce qui m’a surtout séduit chez elle, c’est le pragmatisme de ses actions. En effet, au-delà des bons sentiments affichés ici et là, c’est par les méthodes du marketing et de la publicité appliquées dans les pays consommateurs d’ailerons qu’on peut inverser la tendance. Diminuons la demande et l’offre baissera aussi…

En profondeur : Et s’il ne te restait plus qu’une plongée à faire?

Francis Le Guen : Par la force des choses, je suis amené à plonger avec divers équipements fournis par les fabricants. Mais, à titre personnel, j’ai tendance à utiliser longtemps le même! Quand ça fonctionne, pourquoi changer et réapprendre ce qui est devenu un réflexe? Je suis souvent déçu par toutes ces « innovations » qui n’en sont pas…

Francis Le Guen : Choisissons la plus longue! À supposer que la technique le permette un jour, descendre à 4 000 m en compagnie des cachalots, pour quelques heures de chasse aux calmars géants dans la nuit des abysses…

En profondeur : Merci pour cette entrevue et ta générosité. Je me sens vraiment privilégié! À quand une visite au Québec?

En profondeur : La cohabitation entre le requin et le plongeur àLa Réunion est un dossier sensible et relativement complexe. Quelle est ton opinion sur le sujet? Francis Le Guen : Une fois de plus, les décisions sont prises par des gens qui ne connaissent pas le problème ni les requins. Croire qu’il suffit de capturer quelques requins pour sécuriser les plages est non seulement stupide, mais malhonnête. Sans parler de la sauvegarde des requins euxmêmes… Il y a toujours eu des bouledogues à La Réunion. Mais peut-être moins de touristes…

Francis Le Guen : Dès que possible! Sans doute cette année. Je dois, entre autres, rencontrer un des futurs auteurs de la collection…

En profondeur : Hum! Quelque chose me dit que je connais bien ce mystérieux auteur1!

1

Il s’agit de Jean-Louis Courteau (voir la chronique Découverte).

Suivez Francis Le Guen sur son blogue : www.blog.francis-leguen.com Procurez-vous en ligne les œuvres fractales de Francis Le Guen : www.blog.francis-leguen.com/shopping

Redécouvrez Les Escoumins

PHOTOS : MICHEL GILBERT/SUB-IMAGES

BASE DE PLONGÉE FQAS Centre de découverte du milieu marin 41, rue des Pilotes, Les Escoumins 418 233-4025 • www.fqas.qc.ca 12 – 13

En profondEur • Vol. 13, no 4

SErVICES : Station d’air • Location d’équipement Plongée guidée • Vestiaire • Douche chaude


COUSTEAU La conservation des baleines à bosse fait partie de nos réussites. Présentes dans tous les océans du monde, sauf en Extrême-Arctique, les baleines à bosse ont été la cible des baleiniers pour leur graisse lucrative qui était transformée en huile. Reconnues comme menacées, les populations de baleines à bosse se refont lentement et on en compte aujourd’hui environ 80 000 à travers le monde. Elles sont célèbres pour leurs chants. Les mâles et les femelles vocalisent, mais seuls les mâles produisent de longues et fortes mélodies complexes pour lesquelles l’espèce est célèbre.

14 – 15

En profondEur • Vol. 13, no 4


Diver Magazine

Protéger les mélodies de la mer Jean-Michel Cousteau Président de Ocean Futures Society 20 novembre 2012

La mer n’est pas un monde silencieux. Elle émet des mélodies qui doivent être entendues. Et même si certaines ne sont qu’un murmure, elles sont néanmoins importantes. Lorsque vous plongez sous la surface de la mer, écoutez le répertoire varié de sons et de mélodies. Les appels lancinants des baleines bleues peuvent voyager sur des milliers de kilomètres à travers l’océan. Ce n’est que l’une des nombreuses mélodies de la mer... sans oublier les airs passionnés de la baleine à bosse, le chant saccadé du dauphin et le martèlement territorial de l’ombrine. C’est un monde d’opéras aquatiques, où les animaux doivent se servir des sons pour se réunir, trouver de la nourriture et éviter le danger.

M

ais, à présent, l’océan est menacé par ce qu’on appelle un « holocauste acoustique » : le dynamitage de la mer avec le son. À l’aide de sons aigus à haute intensité, les marines militaires du monde expérimentent un système de sonar actif à basse fréquence appelé LFA, qui génère des sons extrêmement puissants qui servent à repérer des sous-marins silencieux sur de grandes distances. Ces sons extrêmement forts peuvent inonder des bassins océaniques entiers. Les scientifiques affirment que le son provenant d’un seul essai du LFA sur la côte de la Californie a été détecté sur l’ensemble du bassin du Pacifique Nord.

Une controverse a fait rage récemment au large de la côte californienne; l’usine de la centrale nucléaire de Diablo Canyon et son projet d’essais sismiques sous-marins ont suscité l’inquiétude générale quant aux essais à haute intensité à l’échelle mondiale et aux conséquences de l’augmentation des nuisances sonores dans les océans. La centrale nucléaire de Diablo Canyon, située sur la côte centrale de la Californie, est une centrale nucléaire qui produit de l’électricité et qui fournit de l’énergie à près de 3 millions de résidents de la Californie. Construite au début des années 1970 le long d’une ligne de faille géologique, les antécédents de la centrale sont ponctués de controverses concernant les impacts environnementaux et la sécurité résidentielle. Récemment, en 2008, de nombreuses nouvelles failles tant terrestres que marines ont été découvertes sous la centrale. Cette donnée, combinée au tremblement de terre dévastateur de Fukushima survenu en 2011 et de

la panne de courant qui a affecté la centrale par la suite, a augmenté les préoccupations concernant la sécurité et la nécessité de la centrale nucléaire de Diablo Canyon. Afin d’atténuer ces préoccupations, les propriétaires de la centrale de Diablo Canyon, la Pacific Gas and Electric Company (PG&E), souhaitent s’engager dans de vastes tests sismiques dans l’espoir d’obtenir des images 3D des zones de failles à proximité de l’usine. La PG&E prévoit submerger des canons à air subaquatiques qui provoqueront des explosions de 250 décibels toutes les 10 à 20 secondes dans trois zones du Pacifique sur une période de 33 jours. Ces explosions sont équivalentes à la détonation d’une bombe atomique et tueront ou auront un impact sur des dizaines de milliers d’animaux marins du Pacifique, y compris les baleines grises. Compte tenu de la mesure dans laquelle le monde marin utilise le son, en particulier les vingt-cinq espèces de mammifères marins qui se trouvent dans les eaux côtières de la Californie, les coups de canon à air auront des effets néfastes sur les animaux dans un rayon de 250 milles nautiques carrés à partir de chacun des sites de canon à air. Les baleines, les dauphins, les marsouins, les phoques et les lions de mer qui ne sont pas tués par l’explosion immédiate souffriront probablement d’une mort lente; les dommages causés à leur ouïe extrêmement sensible se traduiront par une incapacité à trouver de la nourriture ou à naviguer sous l’eau. J’ai passé beaucoup de temps à étudier et à apprendre sur la vie des baleines grises avec mon équipe d’Ocean Futures Society. Une fois chassés jusqu’au bord de l’extinction, ces animaux étonnants ont su récupérer et s’épanouissent maintenant dans les


COUSTEAU

Se nourrissant principalement de calmars, les dauphins de Risso dépendent de leur environnement acoustique pour l'écholocalisation de leur mets préféré. Ils sont connus pour leur écholocalisation à courte durée (40 à 70 microsecondes), des signaux à large bande avec des fréquences de pointe de 50 à 110 kHz.

intensité énergétique sont devenus de plus en plus courants dans l’océan, soulevant les inquiétudes de la communauté internationale sur leurs effets potentiellement néfastes sur la vie marine.

Les otaries de la Californie font partie de l’une des six différentes espèces de pinnipèdes ou de mammifères marins à pattes palmées que l’on retrouve au large de la côte californienne. L’énorme quantité de pollution sonore d’origine humaine a de graves conséquences sur de nombreuses espèces marines, y compris les phoques et les otaries.

eaux de la Californie. La Ocean Futures Society, en coproduction avec KQED, a passé un an à filmer les baleines grises dans le cadre d’une émission spéciale de la PBS, The Gray Whale Obstacle Course (La course d'obstacles des baleines grises). Cette émission spéciale présente un aperçu de la vie de ces magnifiques animaux. Toutefois, les tests sismiques à haute intensité énergétique posent un risque énorme pour ces baleines, et pour tous les autres animaux qui peuplent nos eaux côtières. Les besoins croissants pour de l’énergie provenant de gisements de pétrole et de gaz sous le fond marin ont incité de grandes sociétés d’énergie à étendre leur recherche plus loin en mer. Par conséquent, les tests sismiques à haute 16 – 17

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À l’aube de l’ère industrielle et de la montée de la mondialisation, les humains ont rendu les océans plus bruyants que jamais auparavant. L’augmentation massive du trafic de la navigation commerciale, les tests sismiques servant à découvrir des réserves de pétrole et de gaz sous-marins ainsi que l’utilisation du sonar actif à basse fréquence (LFA) par l’armée ont déjà touché et tué des milliers de baleines et de dauphins à travers le monde. Des endroits tels que les Bahamas, les îles Canaries et la Norvège ont tous constaté des décès qui ont été directement attribués à l’utilisation de tests sismiques à haute intensité énergétique ou aux sonars militaires; en effet, on a retrouvé chez ces animaux des traumatismes ou des lésions cérébrales en lien avec des sons à impact élevé. De nombreuses études ont également trouvé des bulles dans les tissus des baleines et des dauphins échoués sur les plages après avoir été exposés à des tests actifs au sonar. Des scientifiques suggèrent que les sons d’explosion causés par les tests à haute intensité poussent les mammifères marins effrayés à remonter rapidement à la surface, ce qui les rendrait vulnérables aux effets néfastes du mal de décompression et des bulles de gaz mortel dans leur corps. Le son, qui se déplace cinq fois plus vite dans l’eau que dans l’air, est l’une des capacités sensorielles les plus essentielles et précieuses des mammifères marins dans l’océan. Beaucoup comptent largement sur le son pour chasser, naviguer et communiquer les uns avec les autres


sous l’eau. Les cachalots, par exemple, utilisent leur imposante tête bulbeuse pour émettre des sons de cliquètement à basse fréquence pour localiser leurs proies à des milliers de mètres sous la surface. L’utilisation croissante de sonars navals et d’autres tests à haute intensité interfère fortement avec les capacités de la baleine à chasser. L’examen des os des oreilles de cachalots morts a démontré des trous et des lésions, ce qui a mené les scientifiques à croire que ces animaux ont probablement souffert d’un mal de décompression chronique au cours de leur vie. Les cachalots, que les baleiniers du 18e siècle ont presque conduits à l’extinction, refont peu à peu leur retour, à l’instar de la baleine grise et de la plupart des autres espèces de baleines. Toutefois, l’utilisation continue des tests à haute intensité menace l’avenir de ces magnifiques animaux. Les pêcheries du monde entier ont également ressenti les conséquences dévastatrices des tests à haute intensité dans l’océan. Après une seule série d’essais aux canons à air, les pêcheries le long de la côte norvégienne ont vu les stocks de morue du Pacifique et d’aiglefin chuter de 40 à 80 %, et ont dû demander une compensation monétaire à la suite de ces tests nocifs. Des tests sismiques ont également été proposés le long de la côte est des États-Unis; les pêcheurs commerciaux et récréatifs craignent que ces tests

aient des effets néfastes sur le développement durable de leurs pêcheries. Partout dans le monde, les scientifiques tentent de mieux comprendre l’impact des tests de haute intensité sur l’avenir des mammifères marins, des poissons et d’autres précieux organismes dans nos mers. Le sonar à haute intensité, les canons à air sismiques et les explosions liées à des activités industrielles ou militaires produisent quelques-uns des sons les plus forts que les humains ont créés et menacent la durabilité de la vie dans l’océan. Les tests sismiques à haute intensité proposés par la centrale de Diablo Canyon posent un risque énorme pour la vie de milliers d’animaux marins le long de la côte centrale de la Californie et nous montrent à quel point il est dangereux de les continuer. L’énorme quantité de bruit avec laquelle nous polluons l’océan a de lourdes conséquences, non seulement pour les mammifères marins, les poissons et d’autres organismes, mais aussi pour l’ensemble de l’écosystème marin. Il est de notre responsabilité en tant que citoyens et gardiens de notre planète d’eau de faire entendre nos voix et de s’opposer à ces pratiques destructrices. Nos océans sont notre système de survie. Lorsque nous protégeons l’océan, nous nous protégeons.

%80,/2%2s!002%.$2%s3%.'!'%2s02/4³'%2 La mission d’Ocean Futures Society est d’explorer les océans de notre planète, de sensibiliser le grand public, dans le monde entier, de la nécessité de protéger les mers, en mettant en évidence le lien vital qui unit l’Homme à la Nature et en faisant comprendre le rôle déterminant du système aquatique planétaire dans la préservation de toutes les formes de vie sur Terre. Nous dépendons de vous pour accomplir notre mission. Vos contributions déductibles d’impôts nous permettent de continuer à protéger les océans et, ultimement, à nous protéger nous-mêmes. Devenez membre d’Ocean Futures aujourd’hui. « Protéger les océans, c’est se protéger soi-même. » — Jean-Michel Cousteau


EXPLORATION

L’expédition

Du’an,

en Chine d

epuis trois ans, une petite équipe de plongeurs spéléos français a commencé à explorer et à répertorier les entrées karstiques1 de Du’an. Le bureau du tourisme, convaincu que les plus grands territoires vierges souterrains se trouvent ici, a invité des experts en plongée spéléologique.

Texte et photos : Nathalie Lasselin

Je fais partie des quelques experts en plongée spéléologique invités par le gouvernement chinois pour explorer et documenter le système karstique des alentours du comté autonome de Du’an. Compte rendu de la dernière expédition d’importance de cette année.

Parmi eux, les Français Pierre Eric Deseigne et Sébastien Lissarague (deux explorateurs de la première heure), le Britannique Martyn Farr (surnommé le Grand-père de la plongée spéléo), l’Australien Richard Harris, l’Américain Curt Bowen du Advanced Diver Magazine, le Français Pascal Barnabé (recordman mondial de profondeur), la Finlandaise Mia Pietikainen ainsi que moi, Nathalie Lasselin. Lors de ce séjour, nous avons participé à l’inauguration du premier centre de plongée technique en Chine. Ce dernier est situé dans la ville de Du’an, à deux heures de route de Nanning. Le centre moderne offre une station de remplissage trimix et tout l’équipement nécessaire pour explorer les grottes, qui semblent être ici à l’image des montagnes, mais inversées : ce sont de grands puits profonds qui semblent atteindre au moins 100 m (33 pieds) de fond pour chacune des cavités.

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Relatives à la morphologie typique des régions calcaires.


Cette région connue pour ses montagnes et sa rivière rouge L’expédition de plongeurs d’un tel calibre est unique. De est en proie de devenir le nouvel Eldorado de découvertes mémoire de plongeurs spéléos, c’est la première fois qu’un karstiques et d’exploration. Tout le travail est à faire. Quelques gouvernement invite des plongeurs spéléos et leur réserve cavités ont été répertoriées et brièvement cartographiées. Les un accueil digne d’athlètes olympiques, d’explorateurs prochaines explorations serviront à émérites reconnus. poursuivre la cartographie. Ce travail La Chine est loin de prendra sans doute de nombreuses C’est bombardés par les caméras équipes de plongeurs spéléos aguerris vidéo, les appareils photo et les ressembler à une et de nombreuses années. téléphones intelligents, et sous les méga-usine pour le reste regards amusés, étonnés et intéresLes systèmes karstiques du sud de la sés de la foule que les plongeurs se du monde. C’est une Chine sont symbolisés par de multiséparent en équipe de deux ou de Chine aux préoccupations trois afin de poursuivre un peu plus ples grottes-tunnels qui traversent les pitons et les petits massifs de calcaire. de documenter les foréconomiques et écologiques l’exploration, En raison de l’important débit des rimations rocheuses, de dessiner vières allochtones qui se perdent dans quelques sketchs sommaires… Une à long terme qui se ces reliefs, les conduits creusés sont tâche colossale de repérage pour se met en place. de très grandes dimensions. Dans la rendre compte de l’incroyable potenrégion autonome Zhuang du Guangxi, tiel de ce karst. Mia, Pascal et Harry les cavités sèches sont moins fréquentes, mais de repoussent les profondeurs dans plusieurs systèmes, pour nombreuses dolines2 inondées occupent le territoire entre atteindre jusqu’à 125 m (410 pieds) de fond, les autres se les rivières et les champs de cette campagne, fidèle à concentrant davantage à visiter les alentours afin de mieux l’image de la Chine rurale que nous avons. comprendre cette géomorphologie typique.

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Dépressions fermées de forme ovale ou circulaire, dans les régions à relief karstique.


EXPLORATION

Chaque site est un lieu de rencontre avec les habitants, qui puisent l’eau de ces sources afin d’abreuver leur jardin durant la saison sèche. Telle une carte postale anachronique, une jeune femme en jean moulant porte des seaux d’eau jusqu’à son jardin, situé le plus près possible de la source. Elle connaît l’importance de cette eau, de cet or bleu si précieux. D’ailleurs, dans les lieux publics des grandes villes, déjà, est mise en place une sensibilisation face à la surconsommation de l’eau. La Chine est loin de ressembler à une méga-usine pour le reste du monde. C’est une Chine aux préoccupations économiques et écologiques à long terme qui se met en place. En même temps, dans cette zone rurale, telles nos ancêtres, les femmes viennent laver leur linge à la source. Elles attendent patiemment que les plongeurs sortent de la grotte pour y effectuer leurs tâches ménagères. Le soir venu, les employés, notre interprète Ma Rongman (surnommée Mandy) et M. Huang Jinghe, le directeur du bureau du tourisme, partagent avec nous un autre repas festif. La Chine veut et offre ce qu’il y a de mieux, avec le souci de faire encore plus la prochaine fois. Ici, il règne une énergie, un monde des possibles, une nouvelle Amérique.

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Jamais n’aura-t-on vu inauguration d’un centre de plongée et d’un site de plongée spéléologique de telle ampleur. Ce sont la fierté et la volonté de toute une région de s’épanouir et de s’ouvrir à un monde inconnu. Car ce monde de calcaire est saisissant de beauté à la surface, avec ses montagnes de roche gruyère qui s’érigent, fières et hautes, abritant des vallées de rizières et de champs. Sous l’eau, cette même roche creusée par le temps laisse découvrir quelques fossiles, parfois quelques spéléothèmes3 qui témoignent d’une couche géologique complexe et épaisse qui, en quelques endroits, fut à l’air libre lors de sa formation. Il ne se passera pas beaucoup de temps avant que l’équipe ne retourne à l’eau afin de découvrir, de démystifier et de documenter ces nouvelles entrailles découvertes. Pour plus de renseignements ou pour faire partir de l’expédition ASTEX-Du’an 2014, contactez-nous par courriel.

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Dépôts minéraux précipités dans une grotte.


Jacques A. Lech

Qui est l’inventeur de la palme? Quel objet étonnant reposait depuis des siècles au fond du lac des Seize Îles? Quelle fut la dernière mission du NCSM Nipigon? C’est ce que vous découvrirez (entre autres!) dans les prochaines pages! Quelques-uns de nos collaborateurs nous livrent des portraits de leurs plongées à saveur historique. Qu’ils soient plongeurs d’épaves chevronnés, explorateurs passionnés ou conteurs dévoués, ils ont bien des histoires à nous offrir…


DÉCOUVERTE

Le poète et l’artéfact Texte : Jean-Louis Courteau

Photo : Jacqies A. Lech

« Les lacs sont un peu les journaux intimes des riverains. On peut y lire leur histoire, voyager dans leur passé. Puisque tout semblait y mener, nous irions visiter le fond du Seize-Îles! »

Jacques A. Lech

Vase huron datant d’entre 1500 et 1600 découvert lors d’une des nombreuses explorations au lac des Seize-Îles

I

mmergés depuis bientôt deux heures, nous avons presque entièrement fait le tour de la grande île. De belles formations de marbre, une haute falaise droite et quelques artéfacts intéressants, dont une hélice à pales carrées en bronze. Nous suivons la pente vers l’est et arrivons devant les cageux de bois rond emplis de pierres de la structure d’un quai. Pratique! Nous y déposerons le matériel avant d’aller chercher à la nage le bateau amarré au point de départ.

Je monte très lentement en regardant les jeux de lumière du soleil de juillet sur le fond et je fais surface. – Bonjour, Jean-Louis! Trouvé des trésors? Sur le quai devant moi, une dame que je ne connais pas, un peu courbée par l’âge, porte un plateau garni d’une tasse et de biscuits. Elle m’adresse un chaleureux sourire. J’apprendrai par la suite, lorsqu’elle nous aura gentiment invités à nous reposer un peu chez elle, que notre hôtesse se

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nomme madame Morehouse et qu’elle habite l’une des plus vieilles maisons du lac, construites au début du 20e siècle. Elle est tout à fait intriguée et enchantée, comme beaucoup d’autres riverains, de savoir que nous plongeons pour découvrir leur histoire et en remonter des souvenirs. Les gens du lac des Seize-Îles, situé dans les Laurentides, aiment passionnément leur lac... L'appel du lac-des-Seize-Îles Le vase huron gisant au fond du lac des Seize-Îles

Tout a commencé durant l’été 2011. Je m’intéressais à une épave dans le fleuve, au lac Saint-Louis, au sud de l’île de Montréal. J’essayais d’entrer en contact avec celui qui avait entamé les recherches pour la retrouver, plus de trente ans auparavant. Je finis par rejoindre le chercheur et j’appris avec étonnement qu’il habitait maintenant tout près de chez moi, dans les Laurentides. Dans la même période, je trouvai par hasard, dans un marché aux puces bien connu du village de Hudson, un vieux livre de poésie de William Henry Drummond datant de 1903 et intitulé, à ma grande surprise, Johnny Courteau! Toujours à la même époque, une amie à qui je faisais part de mon désir de trouver un lac intéressant à explorer près de chez moi et où j’aurais des chances d’observer des formations de calcaire me remettait un petit livre sur le lac des Seize-Îles. Du plongeur d’épaves qui habitait tout près du lac, j’appris qu’il y avait eu, ici aussi, des bâtiments engloutis, bien mo-

destes mais intéressants. Et, du livre de mon amie, j’appris qu’il y avait bien un peu de marbre dans la géologie du lac, et donc une possibilité de cavernes, que je rêvais de découvrir. Mais ce petit livre était surtout rempli d’anecdotes historiques, couvrant la mémoire du lac depuis sa colonisation à la fin du 19e siècle. Une anecdote en particulier traitait de ce grand poète canadien qui y aurait bâti une cabane aux débuts des années 1900 : William Henry Drummond! C’en fut assez. Puisque tout semblait y mener, nous irions visiter le fond du Seize-Îles! L'exploration Je pense que les lacs sont un peu les journaux intimes des riverains. On peut y lire leur histoire, voyager dans leur passé. À une époque pas si lointaine, la notion d’écologie

Jacques A. Lech

Jacques A. Lech

Jean-Louis Courteau sur le chemin du retour lors de la découverte du vase huron


DÉCOUVERTE

était encore inconnue. Nous pensions tous que la nature était infinie, qu’elle pouvait absorber tous nos excès. Les rebuts déposés l’hiver loin sur la glace disparaissaient bien commodément au printemps, hors de vue des baignades d’été. Dès les premières plongées dans le lac des Seize-Îles, je fus à même de constater à quel point le fond était jonché de débris de toutes sortes. Chaloupes, vieux poêles, batteries... Mais, s’il est triste qu’il en soit ainsi, il m’apparut bien vite que les déchets d’autrefois devenaient aussi, avec l’âge, de petits trésors historiques.

Les années 1880. Un lac poissonneux, des chaloupes et des canots de bois, des pêcheurs venus de Montréal et même des Cantons-de-l’Est, passant par les sentiers du nord de Lachute. Puis, les rumeurs de l’arrivée du chemin de fer, prolongeant la voie de Monfort vers l’ouest, qui passerait tout près de la tête du lac. Occasions d’affaires. Du bel argent à récolter avec la coupe des forêts matures. Moulin à scie, les premières maisons pour le patron et les employés originaires des Cantons. La vie dure mais saine. Le gibier abondant. La guerre, puis les belles années. Les courses de canots, les régates d’été, les grandes verchères à bouts pointus, les dames élégantes toutes vêtues de blanc sous leurs ombrelles. La musique, les chants, les rires. Et puis encore la guerre, et les générations nouvelles qui refont les mêmes jeux que les anciennes, persuadées de tout découvrir. À travers toutes ces années, les racines de ces familles qui plongent toujours plus profondément dans la terre et dans l’eau. Un amour inconditionnel pour leur lac naît et se renforcit à chaque saison, à chaque naissance... Je ne compte plus les heures passées à fouiller les livres, à rencontrer les gens. J’y puise un immense plaisir. Tomber sur un trésor par hasard, c’est bien, mais le trouver parce qu’on en soupçonne l’existence et qu’on le traque, ça, c’est un jeu bien plus passionnant! Alors, les heures de recherches deviennent une extension de la plongée. Cousteau disait que l’on protège ce que l’on aime, et qu’on aime ce que l’on connaît. Il devint vite important pour moi que je puisse partager le fruit de ce jeu de chasse aux trésors. L’amour des gens pour leur lac le commandait. Je rencontrai donc les élus de la municipalité et leur proposai d’organiser une exposition des artéfacts repêchés, puis d’envisager la création d’un petit

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Hélice à pales carrées en bronze au quai du lac des Seize-Îles

Jean-Louis Courteau

Je me remis à la lecture de Beloved Over All sur l’histoire du lac des Seize-Îles et de tout ce que je trouvai sur la région, puis rencontrai les anciens du village, qui me racontèrent leurs souvenirs. Peu à peu, les pages du journal intime du lac s’ouvrirent...

musée, une extension du journal de bord du lac, qui serait ouvert à tous. L’idée plut immédiatement. D’autant plus que les choses seraient faites selon les règles. Je contactai le receveur d’épaves et la Direction de l'archéologie au ministère provincial, et les objets trouvés furent soumis à leur examen. L’exposition aura lieu en août 2014, coïncidant avec le centenaire de la fondation de la municipalité. Plus de deux cents plongées auront été effectuées pour en réunir les artéfacts et pour en produire photos et vidéos. Une de ces plongées allait cependant mener à une tout autre vision de l’histoire locale, déjà riche. Printemps 2013. Dominique «Gringo» Bernier et moi explorons tranquillement une baie. La visibilité n’est jamais spectaculaire, au lac des Seize-Îles, et souvent très pauvre. Une dizaine de pieds, cette journée-là. C’est bon. Nous voyons peu de choses. Quelques bouteilles sans grand intérêt et des hélices de moteur trop récentes. Mais Gringo déniche... un sac à main! Une fois sortis de l’eau, nous en examinons le contenu. Tout y est, sauf l’argent de papier, qui s’est désagrégé durant les années passées sous l’eau. Les nombreuses cartes de plastique nous permettent en effet de dater assez précisément la perte du sac. Une des cartes comporte le portrait d’une jeune fille, qu’une photo conservée dans un portefeuille de cuir montre avec son amoureux. Dominique a une idée. Il saisit son téléphone et cherche le nom de la jeune fille sur Facebook! Il la retrouve vite. Presque vingt-cinq ans plus tard, elle est toujours jolie. Dominique lui envoie un message et laisse son numéro.


Cinq minutes plus tard, Nicole Deschamps nous rappelle de Philadelphie, où elle habite maintenant! Elle a marié son amoureux, a eu des enfants, et la famille possède toujours un chalet au lac. Elle se souvient de la perte de son sac et elle est totalement renversée par cette aventure! Leur maison d’été est située sur la pointe Charmette, nommée ainsi, selon les livres, d’après le titre d’un poème d’un certain William Henry Drummond, qui y aurait habité!

Murray Flynn

Renflouement au début des années 1960 au lac des Seize-Île

photographe plongeur hors pair, m’accompagne au lac. Un vent furieux porte les premiers flocons, mêlés à la pluie. Nous choisissons le côté ouest du lac, pour être un peu abrités des rafales cinglantes.

En approchant du point visé, nous apercevons un homme sur un quai, affairé à la fermeture de son chalet pour l’hiver. Nous lui expliquons ce que nous faisons et lui demandons la permission d’amarrer la chaloupe. Comme tout le monde au lac maintenant, il a entendu parler de nos recherches et Quelques mois plus tard, nous rencontrons Nicole en accepte avec grand plaisir. Il connaît lui aussi l’histoire de ce personne, qui devient une amie. À partir de son chalet, camion et son chargement de nous ferons plusieurs plongées. billots. Il l’a même déjà vu, dit-il, J’espère trouver entre autres une journée d’été sans vent où des encriers, qui pourraient Sur le chemin du retour, je me l’eau était particulièrement tendre à confirmer que le rappelle la petite poterie. Elle est claire. Et il offre de nous guider, poète a réellement habité ici. Je n’en trouve pas... décorée de motifs en hachures et puisque c’est juste à côté!

de lignes pointillées que nous ne L’eau est épaisse, comme disent Mais Nicole nous racontera les vieux. Crispée de froid. beaucoup d’histoires sur le lac pouvions pas voir sous l’eau. Jacques et moi avançons lenteet en confirmera d’autres enment au-dessus d’un décor lutendues ailleurs, dont celle du naire, verdâtre, sombre. Nous avons presque fait le tour du «truck de pitounes». Entre les deux grandes guerres, plus haut-fond où l’homme se souvient d’avoir aperçu le camion. près de la première, un camion trop lourdement chargé de Mais, de ce dernier, aucune trace. billots serait passé à travers le chemin de glace, un hiver. Si tout le monde au lac connaît l’histoire, rares sont les rivePlus haut, sur la batture, nous avons trouvé les vestiges d’un rains en mesure de situer où exactement l’accident a eu lieu. autre accident, plus ancien. Sur un petit plateau, les morUn ami de Nicole croit le savoir. Chose certaine, des images ceaux éparpillés d’un attelage de chevaux. Jougs, pièces du vieux véhicule seraient fort intéressantes et un ajout de de métal rouillées et lanières de cuir épaisses étonnamment qualité à l’exposition. On raconte aussi qu’une Ford T aurait bien conservées. Mais rien des chevaux. Avaient-ils survécu coulé près du camion. Nous quadrillerons l’endroit minuà cet accident? tieusement, sans succès. Puis, le camion et la Ford se mettront à jouer à sautemouton avec nous! Une semaine, nous apprenons qu’ils sont ailleurs. L’autre, qu’ils n’ont jamais existé. La suivante, qu’ils sont dans cette autre baie... L’été passe, les plongées se succèdent. Puis arrivent l’automne, le froid. L’urgence de plonger encore plus, avant la glace. Un matin de novembre, mon ami Jacques A. Lech,

Il y a maintenant une heure et demie que nous nageons. Je sais que, quand nous sortirons, mes doigts ne répondront plus aussi bien! Nous amorçons la patrouille du dernier cadran à explorer autour du haut-fond. Un peu moins de 30 pieds. Nous apercevons un vieux pot couleur de fonte, qui paraît tout rouillé. J’amorce une manœuvre pour me retourner et pour demander à Jacques d’en prendre une photo, je ne sais trop pourquoi. Ce qui nécessiterait quelques coups


DÉCOUVERTE

de palmes normalement se fait pratiquement tout seul. Comme s’il y avait un faible courant. Nous avons vu un peu plus tôt plusieurs ouvertures dans une falaise de ce marbre que l’érosion a percé de petites cavernes pendant les millénaires d’après la glaciation. Certaines de ces cavernes seraient-elles des résurgences encore actives? Est-ce la raison de l’absence de sédiments ici, balayés par le faible courant? Jacques photographie le pot de métal, puis je le soulève. Je m’aperçois alors qu’il est en fait de terre cuite! Mais d’une argile grossière, exempte de cette glaçure lisse des poteries que nous trouvons assez régulièrement. Il a une forme agréable, un peu naïve. Je le dépose dans une caisse de plastique que je transporte accrochée sous moi, puis nous continuons la recherche du camion… que nous ne trouverons pas. Mais nous tombons enfin sur son chargement : une quinzaine de billots de bois encore empilés, au pied d’un mur de pierre. Nous étions au bon endroit, mais le camion n’y est plus... Près de trois heures passées sous l’eau. Nous sommes gelés Et le jour baisse sérieusement. Nous sortons : il est plus que temps de rentrer. Sur le chemin du retour, je me rappelle la petite poterie. Je la prends dans ma caisse et la tiens entre Jacques et moi, à la lumière de la dernière heure du jour. Elle est décorée de motifs en hachures et de lignes pointillées que nous ne pouvions pas voir sous l’eau. Nous nous regardons, bouche bée, les yeux agrandis par la même intuition. Le journal intime du lac vient-il de s’ouvrir sur un passage beaucoup plus ancien et secret que ce qu’il avait dévoilé jusqu’ici? À peine quelques heures plus tard, je reçois un courriel d’un ami plongeur-archéologue à qui j’ai envoyé une photo. Le pot serait un vase huron préhistorique! Puis, quelques jours plus tard, quand ce même ami, accompagné de trois autres archéologues, viendra le voir : confirmation. Le pot est sans doute huron, bien qu’il ait été trouvé dans un territoire algonquin. Il daterait d’environ un demi millénaire et serait le seul de ce type jamais trouvé intact! Du lac au laboratoire L’hiver est arrivé. La glace a refermé le livre du lac pour un long moment. Le temps est venu de préparer les plongées de la saison prochaine à travers d’autres recherches, et c’est bien ainsi. Le vase huron, trouvé en pourchassant un vieux poète, n’est resté chez moi que quelques jours, enveloppé de linges trempés de l’eau du lac. Il est parti ensuite au Centre de conservation du Québec, où il sera analysé, étudié et préservé. Puis, il ira dans les collections du Laboratoire et de la Réserve d’archéologie du Québec.

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Les lois québécoises et canadiennes, si elles ont déjà été moins précises, sont aujourd’hui claires et sans équivoque : tout bien archéologique, qu’il soit trouvé lors de fouilles officielles ou non, doit être déclaré au ministère de la Culture et des Communications du Québec, conformément à la Loi sur le patrimoine culturel. De plus, tout commerce, toute vente ou tout achat de ces biens est strictement interdit et passible de sanctions. Non seulement ce qui est abandonné sur le lit des plans et des cours d’eau appartient-il a priori à l’État, mais il faut considérer aussi que les biens archéologiques nous appartiennent à nous tous. Leur réelle valeur est en tant que parcelle de notre mémoire collective. Les 8, 9 et 10 août prochain, à l’hôtel de ville de Lac-desSeize-Îles, se tiendra une exposition sans prétention des objets tirés de la mémoire d’un petit village amoureux de son beau grand lac. Incluant une copie en argile d’un pot huron, porteur des mémoires beaucoup plus anciennes de gens qui aimèrent aussi ce lac il y a bien, bien longtemps...

Les plongeurs à l’origine du projet Seize-Îles sont Dominique Bernier, Jean-Louis Courteau, Nick Fulleringer, Jacques Lech et Frédéric Lemlin. Merci à Sylvie Tassé, Michel Davidson, Henri Lessard, Nicole Deschamps et France Pariseau, et aux gens du lac des Seize-Îles. Lorsqu’un artéfact est retiré de son contexte, beaucoup de données précieuses pour les archéologues sont perdues. Il est vital que ces objets puissent être étudiés et recensés en relation avec le site avant tout. Le vase amérindien, dans cette histoire, n’a pas pu l’être, parce que nous n’avons pas su le reconnaître pour ce qu’il était au moment de la plongée. Comme il a vite été conclu qu’il relevait d’un abandon accidentel, et non pas qu’il indiquait un site archéologique potentiel (rien d’autre n’a été trouvé sur place), c’est un moindre mal. Mais toute découverte à caractère archéologique doit par la loi être signalée, et, idéalement, le site devrait être laissé intouché. Pour voir plus de l’art photographique de Jacques A. Lech : www.jacqueslech.com. Pour d’autres récits : J’aurai le plaisir de signer un prochain livre de la collection Carnets de plongée dirigée par Francis Le Guen aux Éditions Glénat, en France. À suivre!


HISTORIA PART À LA CHASSE AUX ÉPAVES Dès le 26 août prochain, Historia plonge dans le fleuve Saint-Laurent avec sa nouvelle production originale, Chasseurs d’épaves. Accompagné de son équipage formé d’experts passionnés, le chasseur d’épaves Samuel Côté nous entraine dans les profondeurs mystérieuses du Saint-Laurent, à la recherche de trésors enfouis depuis des dizaines, voire des centaines d’années. Samuel traque quelques-uns des nombreux navires qui gisent dans les abysses du fleuve et ressuscite leurs mystères. Cette série nous fait découvrir le passé maritime du Québec, à travers des histoires de guerres, de pirates, de trésors et d’archéologie. L’aventure est risquée, mais les trouvailles sont fascinantes et permettent à Samuel d’accomplir sa mission : redonner au fleuve son histoire. À bord de son équipe, on retrouve d’abord le caméraman sous-marin André-Claude Boudreau, puis l’archéologue subaquatique Érik Phaneuf, le chef de plongée Ludovic Bouchard, le plongeur Mathieu Chouinard, ainsi que le plongeur technique d’exploration Sébastien Pelletier. Pour réaliser ce tournage parfois périlleux, l’équipe a dû également faire appel à la spécialiste en images sous-marines Nathalie Lasselin. La série de 10 épisodes de trente minutes est produite par TOXA. En complément de l’émission, les téléspectateurs auront la chance de trouver du contenu interactif exclusif et pourront poser leurs questions à Samuel Côté, à historiatv.com.

Chasseurs d’épaves, un rendez-vous à ne pas manquer les mardis à 20 h 30, dès le 26 août prochain!


L’épave du Cimba,

Photo d’archives (Alain Simard)

RÉCIT DE NAUFRAGE

un bateau qui a vu du pays Texte : Nancy Chouinard

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Le Cimba est un voilier en fer, un trois-mâts, qui fut construit à Aberdeen, en Écosse, par Walter Hood & Co. Il fut lancé en avril 1878 pour Alexander Nicol & Co. d’Aberdeen, sous le numéro d’enregistrement britannique 77444. Il mesurait 223 pi de longueur sur 34 pi 6 po de largeur sur 21 pi 7 po de hauteur.

e Cimba servit au transport de la laine entre l’Australie et l’Angleterre de juin 1878 à mars 1906. Selon ce que les archives laissent croire, il fut un voilier très rapide.

En mars 1906, en raison des performances des vapeurs dont la vitesse et la rentabilité étaient supérieures aux grands voiliers, le Cimba fut vendu à L. Hauglund de Fredrikstad, en Norvège. Ce fut cette compagnie qui le gréa en barque afin de l’affecter au transport du bois de construction, particulièrement celui de la vallée du Saint-Laurent, au Canada.

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28 – 29

Le 26 juillet 1915, revenant allège de Québec, le Cimba s’échoua sur la pointe est de la petite anse Saint-Augustin (pointe du Criard), à Pointe-des-Monts, sur la Côte-Nord. Le temps était pourtant calme, avec une faible brise de suroît1. On l’avait vu louvoyer depuis trois ou quatre jours au large. C’était l’époque de la Première Guerre mondiale, et des sous-marins allemands avaient déjà coulé des navires canadiens à l’entrée du golfe Saint-Laurent. Le capitaine Erikson fut donc soupçonné d’avoir volontairement échoué son bâtiment par crainte des torpilles.

Vent de vallée venant de l’amont du Saint-Laurent vers l’aval. Il est généralement annonciateur de temps chaud. Il est opposé au nordet, qui remonte le fleuve.

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Photo d’archives (Alain Simard)

La barque Cimba échouée (Collection histoire régionale, Société historique de la Côte-Nord)

Une peinture du Cimba (Collection histoire régionale, Société historique de la Côte-Nord)

Les deux photos (ci-dessus et à gauche) montrent un cap de mouton. Les caps de mouton sont des palans constitués de l’association de deux pièces de bois dur, circulaires avec une gorge et percées généralement de trois trous. Les haubans, sur les voiliers traditionnels, sont fixés aux cadènes par leur intermédiaire, et raidis (ridés) ensuite par une ride passant dans les trous. Sur les voiliers modernes, ils sont remplacés par les ridoirs.

Le bateau était monté de quinze hommes. L’équipage passa une semaine dans la maison des naufragés au phare de Pointe-des-Monts, avant d’être ramené à Québec.

L’ancre du Cimba (Napoléon Martin)

L’état de l’épave en 2002 Aujourd’hui, quelques pièces d’acier et de tôle rouillées sont visibles à marée basse. L’endroit est peu profond et parfois balayé par de forts courants à cause des marées. Plusieurs structures de la coque offrent un coup d’œil saisissant, même si toute l’épave est disloquée. Un site de plongée sous-marine C’est un site facile d’accès à partir du camping Domaine de l’Astérie, à Pointe-des-Monts. L’endroit est peu profond : entre 1 et 6 m. Plusieurs structures de métal jonchent le fond, mais l’intérêt principal se situe du côté de la chaîne d’ancre et d’une belle partie inversée de la coque.

Des démarches de préservation Une des ancres, d’une longueur de 4 m, fut ramenée à la surface en septembre 1983 afin d’être exposée devant le vieux phare de Pointe-des-Monts, où elle s’y trouve toujours. Elle était ciblée par des collectionneurs. Des membres actuels du Groupe de préservation des vestiges subaquatiques de Manicouagan (GPVSM), de l’Équipe sous-marine Côte-Nord et du club de plongée Les Loups marins ont contribué à ce sauvetage. Source : GPVSM


HISTOIRE

L’épave du RMS Empress of Ireland,

100 ans plus tard Lancé en janvier 1906, le luxueux paquebot transatlantique de la Canadian Pacific Steamship Company n’était âgé que de quelques années lorsque le destin le frappa de plein fouet durant la nuit du 29 mai 1914. C’est au large de Sainte-Luce, près de Rimouski, que la collision avec le charbonnier norvégien SS Storstad eut lieu, à peine quelques heures après que le paquebot eut quitté Québec à destination de Liverpool. Je vous propose ici un retour, un siècle plus tard, sur cet évènement tragique ainsi que sur les impressions personnelles d’un plongeur sur ce site historique, qui ne constitue rien de moins que le plus grand naufrage survenu en eaux canadiennes.

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u coin de l’œil, je scrute le visage songeur de notre capitaine, Yves Chabot. Perplexe, je sens la mauvaise nouvelle arriver. « Oubliez ça, les gars. Ça ne plongera pas ce matin. Trop de vent. On fait demi-tour. » Nous sommes le 1er septembre 2013 au matin, à bord du confortable navire Gabrielle C. Une journée pourtant splendide, avec un soleil éclatant. Réveillés depuis 5 h, nous étions optimistes. Les conditions météo sont souvent meilleures très tôt le matin. Notre bande aurait bien aimé faire une dernière plongée avant d’entamer les six heures de retour qui nous séparent de Montréal, mais elle doit se résigner à rentrer bredouille au quai aujourd’hui. Bah! Au moins, nous pourrons dire que nous avons essayé. Nous savons tous, de toute façon, que le dernier mot appartient à dame Nature. Alors, rien ne sert de la vexer en la forçant à nous laisser plonger. Nous savons tous à quel point les conditions peuvent vite changer ici, au-dessus de l’Empress. Nous ne serions pas les premiers à commencer une plongée par une mer d’huile pour la terminer avec des creux de 2 m... Et, surtout, nous savons tous qu’il est rare de pouvoir effectuer toutes les plongées prévues à l’horaire.

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Site historique maritime de la Pointe-au-Père

Texte : Sébastien pelletier Vice-président pETQ M.Sc., Trimix 2 naui-Tec Ex-plongeur commercial AdC Int’l Photos : Dominique Danvoye

L’Empress of Ireland, date et lieu inconnus

C’est une règle d’or que tout plongeur doit accepter en venant ici; autrement, pas la peine de se déplacer. La déception serait trop grande. Ce sera donc pour une prochaine fois. Simple question de sagesse. L’épave nous attendra bien... Elle est là depuis longtemps, après tout, et elle n’est pas près de bouger! Eh oui, un siècle déjà qu’elle est sous l’eau, la grande dame du fleuve Saint-Laurent. On peut dire qu’elle en a vu, de l’eau passer. Non pas sous, mais plutôt sur ses ponts. Je vous le dis tout de suite : cet article n’a pas comme objectif de relater en détail l’histoire de ce paquebot ni de son naufrage. En matière d’information et de précisions historiques, ce ne sont pas les textes, les livres et les sites web qui manquent. Ils sont d’ailleurs plus exhaustifs que ne me le permettent les lignes qui suivent. Dans le cadre du centenaire du naufrage et, par conséquent, du devoir de mémoire qui s’impose, mon but ici est plutôt de tenter simplement de partager les impressions et les émotions d’un plongeur qui a attendu plus d’une décennie avant d’aller rendre visite en personne à cette légende du patrimoine sous-marin québécois, cet immense cercueil qui, avant de le devenir, avait permis en l’espace de huit ans à plus de 100 000 immigrants européens de poser le pied et de s’établir sur le nouveau continent afin de démarrer une nouvelle vie. C’était en plein âge d’or du transport maritime, de ces léviathans des mers, de ces immenses paquebots, aujourd’hui remplacés par les Boeing et Airbus de ce monde.


Tout a commencé alors que je n’étais même pas encore certifié plongeur autonome. Je me rappelle la première fois où j’ai entendu parler de cette catastrophe, qualifiée de plus grave tragédie de l’histoire maritime du Canada, avec ses 1012 victimes. Tragédie rapidement oubliée avec l’avènement de la Première Guerre mondiale quelques mois plus tard. Je me souviens à quel point m’avaient marqué les images d’un article de Robert La Salle, paru en 1990 dans un numéro de la revue La Plongée1 à laquelle mon père était abonné. De l’eau vert foncé. Un plongeur qui descend le long d’une grosse corde jaune dans le courant. Un autre plongeur en combinaison étanche et bibouteille tenant une grosse lampe qui éclairait la coque recouverte de vie marine. Une véritable ambiance fantomatique qui paraissait pour le moins lugubre... « Décidément pas le genre de plongée de détente des Caraïbes où on est entouré de petits poissons colorés, que je me disais. Ne plonge sûrement pas là qui veut! Plongeurs chevronnés seulement. » Voilà, mon imaginaire était marqué à vie.

Rencontre avec un crabe se promenant sur la structure de l’épave

Il n’en fallut pas davantage pour piquer ma curiosité et pour me donner envie de tenter un jour ma chance sur cette impressionnante et intimidante épave de 167 m (550 pi) de longueur reposant à 42 m (138 pi) de fond, épave considérée comme le mont Everest de la plongée d’épaves au Québec. Et avec raison, comme j’ai pu le constater plusieurs années après, en 2005, année de ma première visite. Alors certifié plongeur technique depuis un an, je me sentais enfin prêt à découvrir en toute sécurité ce site et, surtout, d’en profiter, car les plongeurs récréatifs, dont la formation ne permet pas d’effectuer de la décompression, doivent se limiter à quelques minutes à peine de temps de fond avant de commencer leur remontée. Au menu : obscurité, profondeur donc possibilité de narcose, visibilité restreinte à très restreinte, risque élevé de désorientation – le navire est incliné à plus de 60 degrés côté tribord –, courant, conditions météorologiques en surface parfois difficiles… Nommez-les : presque tous les obstacles auxquels il est possible de penser en plongée s’y retrouvent. Il n’y manque que des espèces marines dangereuses! Nous avons donc là un cocktail plutôt périlleux dont il faut se méfier. Mais, parmi tous les éléments qui compliquent le déroulement des plongées sur l’Empress, le plus frappant est sans doute le froid. Cette eau froide omniprésente qui vous glace l’extrémité des membres et qui ralentit votre cerveau... Cette eau à peine moins froide en surface qu’au fond (bien différent du phénomène de thermocline des Grands Lacs, où il est possible de se réchauffer dans la strate d’eau supérieure lors des décompressions). Et, lorsqu’on pénètre à l’intérieur du navire, cette masse d’eau immobile semble encore plus froide et nous fait penser : « Mais qu’est-ce qu’on est venu faire ici? » À ce sujet, attention aux pénétrations imprévues, véritable danger qui guette le plongeur inattentif. Je me suis aperçu que la possibilité d’entrer sans s’en apercevoir dans le navire est bien réelle et une grande précaution est de mise. Le principe de pénétration progressive (un petit peu plus loin à

Cordages à la proue de l’épave

Planches du pont de l’Empress of Ireland

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Ancêtre de la revue actuelle En Profondeur


HISTOIRE

Vue sur les plongeurs lors de la remontée

chaque plongée) à l’aide d’un fil d’Ariane prend tout son sens sur cette épave. Il ne faut pas être pressé lors d’explorations dans l’antre du navire. Il ne faut pas tenter de prendre des raccourcis. On doit bien prendre son temps, se déplacer lentement avec le maximum de légèreté, bien observer les dangers potentiels qui nous entourent et éviter le brassage des sédiments. Bref, parcourir l’épave comme si l’on n’était que le fantôme d’un malheureux passager...

ça ne pardonnerait pas. Prudence, donc. Chaque plongée sur ce géant est à prendre au sérieux. Tout en restant concentré sur le déroulement de sa plongée, on peut facilement s’imaginer, durant chacune des explorations et, surtout, chacune des décompressions requises (là où on a le plus le temps de penser), ne serait-ce que quelques instants la scène chaotique du naufrage mêlée à la souffrance et à l’angoisse extrême ressenties par ces misérables passagers jetés dans l’eau glaciale du fleuve Saint-Laurent en pleine obscurité. N’ayant eu que quelques minutes pour s’extirper de leur cabine et pour rejoindre la sécurité des quelques rares chaloupes de sauvetage disponibles (et déployables!), les passagers de l’Empress of Ireland n’ont pas eu la même chance dans leur malchance que ceux du Titanic. Il est vrai que ces derniers ont eu plusieurs heures pour s’organiser. Du reste, l’observation de restes humains lors de certaines pénétrations nous rappelle l’amplitude de ce drame humain et y ajoute un élément tangible et solennel. Pour ma part, j’ai découvert qu’il était plus agréable de penser plutôt à d’autres scènes, par exemple celles de passagers déambulant sur le pont supérieur et bavardant en regardant le rivage, in-

Au menu : obscurité, profondeur donc possibilité de narcose, visibilité restreinte à très restreinte, risque élevé de désorientation, courant, conditions météorologiques en surface parfois difficiles… Nommez-les : presque tous les obstacles auxquels il est possible de penser en plongée s’y retrouvent.

C’est pour toutes les raisons énumérées ci-dessus que l’Empress représente un grand défi pour les plongeurs. Ce n’est pas pour rien que plusieurs d’entre eux y ont malheureusement perdu la vie depuis les années 1980. Le respect des protocoles de base de sécurité est essentiel, car tout peut basculer très vite pendant une plongée. La moindre inattention, la moindre désorientation en apparence anodine ou le moindre problème technique que l’on ne règle pas sur-le-champ peut avoir de graves conséquences. En l’espace de quelques secondes, on peut facilement perdre son copain de vue et s’imaginer le pire. J’avais déjà entendu de la bouche d’un plongeur habitué à fréquenter l’Empress qu’on avait droit à un seul geste de témérité sur cette épave; la fois suivante,

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souciants, cigare aux lèvres. Un peu moins sinistre que de s’imaginer entendre les cris des victimes jetées à la mer... Alors, si vous n’avez pas encore eu la chance de visiter cette épave mythique et que vous en avez les compétences, profitez donc de ce centenaire pour aller la saluer cet été et, surtout, pour lui rendre hommage. Allez ressentir vous-même ces émotions difficiles à décrire. Vous ne le regretterez pas! Vous en ferez peut-être même, comme bien d’autres plongeurs, un lieu de pèlerinage subaquatique annuel. Allez également visiter le site historique maritime de la Pointe-au-Père, qui organise les activités de commémoration du centenaire du naufrage, du 28 mai au 1er juin. Visitez son musée pour y voir une collection d’artéfacts prélevés avant que cela ne devienne illégal2. Mais un conseil : n’attendez pas trop, car l’épave se détériore plus vite qu’on ne le pense... En l’espace d’un peu moins de 10 ans, j’ai pu moi-même le constater, notamment en ce qui concerne la

Sites intéressants à consulter pour en savoir plus : Commemoration Empress of Ireland 1914-2014 www.empress2014.ca Excursions de plongée sur l’Empress of Ireland www.navigationborealis.com Site historique maritime de la Pointe-au-Père http://shmp.qc.ca

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section arrière de l’épave, qui commence à être fortement endommagée. D’ailleurs, une équipe du Service d’archéologie sous-marine de Parcs Canada organisera, au cours des prochaines semaines, une étude in situ dans le but de déterminer l’état de dégradation de l’épave et l’impact qu’ont eu jusqu’ici les plongées récréatives touristiques sur le site. Un autre volet de l’étude portera sur la cartographie sous-marine du site du naufrage à l’aide de sonars latéraux et de magnétomètres, de manière à mieux comprendre la séquence du naufrage. Soyez prudent et bonnes plongées sur ce vénérable monument faisant partie de l’Histoire avec un grand H!

Note : La plongée profonde et la pénétration d’épaves se font à vos risques et périls! Ne les tentez pas si vous ne possédez pas de formation adéquate.

Bibliographie à consulter : CROALL, J. (2000). Quatorze minutes : le naufrage de l’Empress of Ireland, trad. par Serge Proulx, Chicoutimi, Éditions JCL, 2000, 319 p. GROUT, D. (2001). Empress of Ireland: The Story of an Edwardian Liner, Angleterre, Stroud, 320 p. TREMBLAY, Y. (2007). Les trésors de l’Empress of Ireland, Rimouski, Site historique maritime de la Pointe-au-Père, 79 p. ZENI, D. (1998). Forgotten Empress: The Empress of Ireland Story, Fredericton, Goose Lane Editions, 1998, 224 p.

Dans le but de répondre à la mobilisation d’organismes de la région qui souhaitaient protéger ses vestiges, l’épave de l’Empress of Ireland a été classée « bien historique et archéologique » le 28 avril 1998 par le ministère de la Culture et des Communications du Québec, la rendant ainsi inaltérable. Cela a comme conséquence pour les plongeurs de rendre illégal tout prélèvement ou tout déplacement d’objet appartenant à l’épave. De plus, tout plongeur doit s’inscrire auprès de la Société des récifs artificiels de l’Estuaire du Québec (RAEQ) avant de se rendre sur l’épave. L’utilisation de l’une des trois bouées d’amarrage privées installées sur le site de l’épave est obligatoire et celles-ci sont retirées en octobre.


HISTOIRE

100 deans palmes de natation Vous êtes nageur, chasseur sous-marin, plongeur sous-marin, apnéiste ou tout simplement amateur de sports aquatiques? L’année 2014 fêtera le centenaire d’une invention qui a fait couler beaucoup d’encre, laquelle, mélangée avec de l’eau, est devenue trouble pendant longtemps : la palme!

Palme à talon ouvert de 1950

Texte : Yves Clercin

Palme à tuyères de 1965

S Palme à voilure en polypropylène de 2008

Palme à voilure en fibre de verre de 1972

on origine remonte à Léonard de Vinci, mais ce ne fut pas lui qui avait pensé à la propulsion humaine1 par une similitude de pattes de canard, disposées aux mains et aux pieds. Deux autres savants travaillaient conjointement avec De Vinci. Le plus vieux brevet connu sur la palme date de 1868. Pendant 46 ans, toutes sortes d’objets hétéroclites faisant allusion à la palme de natation furent déposés comme brevets. Puis naquit Louis de Corlieu en 1888.

Originaire de la ville de Bourges, en France, et issu d’une longue lignée de militaires, Louis de Corlieu vécut son adolescence et sa vie de jeune adulte dans la Marine nationale. Sportif en natation, intelligent et curieux, il imagina la propulsion aquatique humaine. Trois évènements marqueront sa vie : la première conquête du pôle Nord, la première traversée de l’Atlantique Nord par le bimoteur L’Old Glory et le naufrage du cuirassé Le Bouvet. Soucieux du bien-être des humains vivant dans un monde de guerre, pour Louis, la vie valait la peine d’être sauvée… surtout lorsque celle-ci tombait dans l’eau. En 1914, âgé de 26 ans, il présenta sur le cuirassé Pothuau, à Yves Le Prieur2, son prototype de palme fait en acétate de cellulose (RhodoïdMC), dit pour l’époque palette de natation.

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Voir l’ouvragée Premier Delphinus humain d’Yves Clercin, bientôt disponible en librairie. Pionnier dans le domaine de l’armement aéronaval et de la plongée sous-marine.

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Ce fut un départ pour l’évolution de cet engin de sauvetage créé en premier lieu à cet effet. De 1914 à 1933, De Corlieu perfectionna son engin de nage. Il commença lui-même à en fabriquer à petite échelle dans son appartement parisien. Il déposa son brevet dans sept pays. Un Américain du nom d’Owen Potter Churchill acheta le brevet de Louis, puis s’engagea à développer son idée pour le loisir et pour les surveillants de plage. Elle fut appelée swim fins, faites entièrement de caoutchouc. Le brevet fut déposé en 1940. La palme de Louis était faite de minces couches de crêpe de caoutchouc collées, de bande d’acier pour lui donner une certaine rigidité et de fil de couture. Le talon de la cheville était à découvert,tandis que la palme ajustée était retenue par une bande de caoutchouc. Il fallut attendre l’année 1956 pour voir apparaître la palme chaussante, conçue par Luigi Ferraro. Oui, on peut dire qu’il aura fallu 19 ans d’études et de réflexions à De Corlieu pour amener à terme la création de sa palme. Malheureusement pour lui, en 1941, apparurent des contrefaçons dans la ville de Marseille. Quatorze palmes différentes furent découvertes dans des boutiques spécialisées pour le sport, ce qui amena Louis à vivre une longue saga de procès judiciaires ayant pour but de défendre son invention, son brevet, son honneur. Il fut victime d’une bureaucratie inefficace pour la protection de la propriété intellectuelle. Depuis l’invention de cette palme de natation, qui n’a pas changé jusqu’à nos jours, son concept reste le même : elle sert à la propulsion de l’homme sur ou sous l’eau, mue par la force musculaire des jambes. Ce sont son aspect hydrodynamique, sa morphologie et son poids qui vont changer, grâce aux recherches en biomécanique et en mécanique des fluides ainsi qu’aux tests de divers matériaux novateurs. Le nageur sera désormais équipé de matériel comme le vêtement isothermique, la bouteille de plongée et les plombs. Qu’en est-il ressorti, en un siècle d’études sur la palme de natation? Aujourd’hui, en l’an 2014, la palme est constituée d’un chausson et d’une voilure faite de caoutchouc (1940), soit en composite (1965), en fibre de verre (1970) ou en carbone (1999). Il fut un temps où la voilure de la palme était lisse, puis il est apparu sur ses côtés un rebord afin de faciliter le déplacement de l’eau et une certaine puissance de déplacement. Quelque temps plus tard, la voilure avait des tuyères (1965) et la fatigue des pieds se faisait plus douce. En 1990, la palme fendue en son milieu vit le jour, imitant la nageoire postérieure du phoque, acceptée par les plongeurs au début de l’année 2000. Elle facilite le

palmage version grenouille; l’exploration des grottes ou des épaves en est aussi grandement facilitée. Il ne faut pas passer sous silence le grand éventail de matériel aquatique de piètre qualité, accessible pour toutes les bourses. Voir la vie marine dans le grand aquarium qu’est notre planète Océan donne du plaisir pour peu de coûts et la contrefaçon sera toujours à l’ordre du jour. Prenez le temps de visiter les quelques sites web d’information sur la palme de natation. La palme du futur n’est pas loin!


UNE ÉPAVE OUBLIÉE

Défense nationale

NCSM Nipigon

HISTOIRE

La carrière du NCSM Nipigon

Texte : Samuel Côté

Le 26 juillet 2003, le NCSM Nipigon est sabordé au large de Sainte-Luce, dans le Bas-Saint-Laurent, par la Société des récifs artificiels de l’Estuaire du Québec (RAEQ), devenant ainsi le premier récif artificiel d’une telle envergure au Québec. La RAEQ espérait ainsi attirer des centaines de plongeurs chaque année. Les premiers mois d’activité donnèrent raison au groupe, mais les années subséquentes plongèrent la Société dans une situation économique difficile.

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Construit au chantier maritime de Marine Industries à Sorel en 1960, le NCSM Nipigon devait être un navire de la classe Mackenzie, mais on modifia les plans initiaux pour en faire le premier de la classe Annapolis. L’innovation principale de ce contre-torpilleur (destroyer) d’escorte est l’ajout d’un hangar à hélicoptère. Lancé en décembre 1961, il est le premier navire canadien construit spécifiquement pour opérer avec des hélicoptères de type Sea King. Portant le numéro de fanion 266, il est commissionné en mai 1964. Le NCSM Nipigon connaît un début de carrière tragique. Au mois d’octobre 1965, un incendie se déclare à bord pendant des manœuvres au sud de l’Angleterre et cause la perte de trois membres d’équipage. Il est par la suite impliqué dans quelques opérations de sauvetage. À la fin du mois d’avril 1985, son équipage sauve celui du bateau de pêche Lady Marjorie, près d’Halifax. De 1988 à 1990, des réfections majeures sont effectuées en cale sèche à Port Weller, en Ontario. Au terme de cette refonte, le navire de 371 pi de longueur est adapté pour recevoir un équipage mixte, devenant ainsi le premier navire de la flotte canadienne à pouvoir accueillir des femmes à bord.


À l’été 1998, il est retiré de la flotte active, mais pas pour longtemps. Quelques semaines plus tard, il est appelé sur les lieux de l’écrasement de l’avion de la Swissair survenu au large de Peggy’s Cove, en Nouvelle-Écosse. Sa participation aux recherches sera sa dernière mission. Le sabordage À l’été 2001, le NCSM Nipigon est mis en vente. De nombreux groupes, dont la RAEQ, s’intéressent à ce dernier ainsi qu’à deux autres navires. Fondée dans la région de Rimouski en avril 1998, cette société à but non lucratif souhaite mettre la main sur un ancien navire de guerre canadien afin de le transformer en récif artificiel. Au terme d’une longue démarche s’échelonnant sur un peu plus de deux ans, le groupe, mené par Jean-Pierre Bouillon, peut compter sur le soutien financier des différents paliers gouvernementaux. Bénéficiant aussi de la collaboration de la Municipalité de Sainte-Luce, la Société reçoit les autorisations requises pour aller de l’avant. Baptisé judicieusement Sainte-Luce-sous-Mer, ce projet novateur et unique au Québec espère contribuer à accroître la pratique de la plongée sous-marine dans le Bas-Saint-Laurent. Au mois de septembre 2001, quelques organismes sont sur les rangs

Défense nationale

Défense nationale

Défense nationale

Construction du NCSM Nipigon

pour acheter le NCSM Nipigon et le NCSM Gatineau, dont la Waterfront Alliance Kingston et la RAEQ. Cette dernière remporte l’enchère et fait l’acquisition du NCSM Nipigon. Quant à l’endroit du sabordage, Sainte-Luce était le seul choix logique, selon l’instigateur du projet, Jean-Pierre Bouillon. Ce dernier voulait saborder le navire à faible profondeur, mais les autorités exigeaient plus de 40 pi d’eau au-dessus de la superstructure. De nombreuses contraintes réduisaient les options de la RAEQ. Ainsi, à Pointe-au-Père, c’était les câbles sous-marins de télécommunication qui traversent sur la CôteNord; à Rimouski, le trafic maritime dense; et à Bic, le parc national protégeant les milieux naturels. Le 16 octobre 2001, le NCSM Nipigon quitte Halifax, toué par le remorqueur Atlantic Hickory, en direction de Rimouski, où il arrive quatre jours plus tard. Sa venue dans la capitale du Bas-Saint-Laurent suscite l’intérêt de la population. Des milliers de curieux visitent le navire au quai de Rimouski-Est. La partie n’est pas encore jouée, car la Société doit récolter une somme supplémentaire pour le nettoyage, la préparation et le sabordage du navire. Elle vend alors différents articles promotionnels à l’effigie du NCSM Nipigon (chandails, tasses, pièces de monnaie) et organise des activités, dont


HISTOIRE

Au cours des dernières années, l’épave s’est déplacée. Elle est maintenant couchée sur son flanc bâbord. L’inclinaison de sa proue a été provoquée par une erreur technique à la suite du sabordage. Au moment de ce dernier, les responsables du projet avaient installé un bloc de ciment auquel était attaché un câble d’acier de plusieurs centaines de pieds de long. Ce câble a permis de stabiliser la proue de l’épave, mais les responsables ont oublié de couper l’amarre dans les jours suivant le sabordage. Elle ne sera coupée que plusieurs mois plus tard, mais la proue avait déjà commencé à pencher sous la tension exercée par le câble.

une loterie provinciale. Elle sollicite aussi le soutien financier d’entreprises des secteurs public et privé du Canada. Pendant ce temps, on nettoie le navire afin de le rendre sécuritaire pour les plongeurs et conforme aux exigences d’Environnement Canada. De nombreux bénévoles répondent à l’appel lors des corvées. On procède, entre autres, au retrait des résidus d’hydrocarbures, des fils de cuivre et de tout autre objet pouvant polluer ou blesser un plongeur. À l’automne 2002, une soirée dansante se tient à bord du navire. Baptisée La Dernière Mission, cette soirée se déroule sous haute sécurité. On devait couler le navire à la même période, mais, comme le transport de matières dangereuses telles que de la dynamite nécessite des mois de préparation, on a remis le sabordage à l’été 2003.

Le 26 juillet 2003 en après-midi, après plusieurs mois de travail, le NCSM Nipigon est toué sur le site de son sabordage par le remorqueur Ocean Charlie. Son halage est ralenti par les forts vents. La RAEQ organise même une croisière à bord du catamaran CNM Évolution, permettant au public d’assister de plus près au sabordage. Une fois le NCSM Nipigon rendu à l’endroit du sabordage, on instaure un périmètre de sécurité, car de nombreuses embarcations sont venues assister au spectacle. Une fois que le navire est stabilisé, on ordonne la mise à feu des pièces pyrotechniques placées contre sa coque. L’ancien destroyer d’escorte disparaît dans les profondeurs du Saint-Laurent en moins de cinq minutes. L’épave Gisant à plus de 120 pi de profondeur, le récif artificiel se trouve en amont du mythique Empress of Ireland. Le plongeur atteint la superstructure du NCSM Nipigon après une descente d’environ 45 pi. De nombreuses ouvertures ont été pratiquées dans sa coque pour offrir une sécurité supplémentaire aux plongeurs. La pénétration est donc possible, mais l’homme-grenouille doit posséder une certaine expérience avant de s’aventurer à l’intérieur de l’épave. Le plongeur fait face aux forts courants, à la faible température de l’eau et à une visibilité réduite lors de la plongée. Même si l’épave est sécuritaire, il faut quand même tenir compte de sa grande profondeur qui nécessite l’emploi de tables de décompression. L’épave du NCSM Nipigon a tout pour attirer les plongeurs. La diversité de la faune et de la flore à elle seule en vaut le détour. On peut aussi pénétrer à l’intérieur du hangar à hélicoptère.

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Aussi curieux que cela puisse paraître, le nombre de plongeurs ayant visité l’épave est inconnu jusqu’à ce jour. La RAEQ avait hérité de la gestion des bouées de l’Empress of Ireland depuis que celle épave avait été classée bien historique et archéologique par le ministère de la Culture et des Communications en 1999. Au même moment, elle a mis en place un système d’inscription obligatoire pour les propriétaires d’embarcation. Ainsi, on pouvait comptabiliser le nombre de plongeurs visitant l’épave. On a voulu instaurer le même système pour le NCSM Nipigon afin de connaître son achalandage, mais ce dernier n’a pas été respecté par la communauté des plongeurs.

Affiche promotionnelle de la loterie provinciale organisée par la Société des récifs artificiels de l’Estuaire du Québec (RAEQ) Source : RAEQ

La mésaventure Plusieurs facteurs expliquent la mésaventure du récif artificiel, dont une implication financière insuffisante des autorités gouvernementales, des saisons de plongée difficiles et une baisse de fréquentation de la clientèle américaine. On peut aussi attribuer cette désertion de l’épave à l’absence totale de publicité. Après un intense tapage médiatique précédant le sabordage, la promotion du récif artificiel a été quasi inexistante par la suite. La RAEQ n’avait pas les reins assez solides pour assurer la promotion du récif artificiel. La loterie provinciale et la soirée dansante n’ont pas connu le succès escompté, et les prévisions budgétaires initiales ont été déjouées par des évènements imprévisibles. De plus, un plan de compensation environnementale dispendieux a été exigé par le gouvernement fédéral pour la surface occupée par l’épave au fond de l’eau, et des frais additionnels de quaiage, d’assurance et de sécurité ont été engagés pour le retard du sabordage. La situation économique difficile dans laquelle la RAEQ a été plongée a eu des répercussions sur la suite des activités, si bien que, depuis 2011, aucune bouée n’a été installée au-dessus de l’épave. Souhaitons que le récif artificiel ne sombre pas dans l’oubli…


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HISTOIRE

Dans la noirceur depuis plus de

250 ans Texte et photos : Michel Labreque et Julie Ouimet

Submergé dans un peu plus de 100 pi d’eau, le radeau Land Tortoise, le plus ancien navire de guerre intact d’Amérique du Nord, gît. Coulé délibérément le 22 octobre 1758, il repose dans les eaux froides et sombres du lac George (connu avant 1755 sous le nom du lac du Saint-Sacrement), dans l’État de New York.

L

es plongeurs sont privilégiés, car ils peuvent poser les yeux sur ce navire de guerre britannique, le seul exemplaire connu de cette sous-classe de navire. Le Land Tortoise partage son lieu de repos avec d’autres navires d’époque. Désignés comme des bateaux, ils sont aujourd’hui connus sous le nom du Sunken Fleet of 1758 (la flotte immergée de 1758). Il s’agit de véritables vestiges de l’histoire des Amériques.

On aperçoit la quincaillerie d’amarrage sur la proue de l’épave. L’aspect lugubre aux airs d’un cercueil rappelle le nombre d’âmes perdues durant la guerre de Sept Ans.

Ce dernier fut construit par Montcalm et, par la suite, fut rebaptisé Fort Ticondaroga par les Britanniques en 1759. La seconde, le Fort William Henry (à ne pas confondre avec le Fort Henry de Kingston, en Ontario), était érigée à l’extrémité sud du lac George. Le film à succès Le dernier des Mohicans se déroule d’ailleurs aux abords de ce célèbre fort. Durant l’hiver de 1756, les Français se rendent aux abords du Fort William Henry et incendient les navires britanniques laissés sur les berges. En 1757, après plusieurs jours d’assaut, les Français et leurs alliés amérindiens remportent une importante bataille et prennent le Fort William Henry, qu’ils incendient. Le fort est complètement détruit. Pour reprendre les hostilités, l’armée britannique construit deux radeaux : Le Land Tortoise en 1758 et l’Invincible l’année suivante. Les radeaux serviront de batteries de canons. Véritables fortifications flottantes, ils sont construits dans le but précis de chasser les Français des lacs Champlain et George.

Un peu d’histoire De 1756 à 1763, les Français et les Britanniques se mènent une guerre sans relâche. Durant ce conflit, le lac George est le théâtre de nombreux combats. Deux célèbres fortifications sont au cœur des batailles. La première a été érigée aux abords du lac Champlain et se nommait le Fort Carillon.

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L’automne de 1758 venu, l’armée britannique réalise qu’elle ne dispose plus d’une garnison capable de protéger sa flotte pendant l’hiver. Le 22 octobre, elle coule 260 bateaux et le Land Tortoise dans le but de les renflouer au printemps prochain. Ainsi, ils seront protégés des Français. Le plan de l’armée britannique est simple : elle remplit les navires de


Le site des Bateaux est un site séparé de l’épave du Land Tortoise. On y aperçoit quelques vestiges du passé passablement détruits.

L’épave est munie de 13 paires de trous où on passait les rames.

Les Britanniques avaient coulé délibérément les bateaux en les remplissant de roches dans l’espoir de les renflouer au printemps.

Une réplique d’un bateaux a été reconstruite à l’échelle 2:3 pour nous permettre d’apprécier le reste du site.

roches pour les faire sombrer dans des eaux peu profondes. Ils pourront ainsi être facilement renfloués. Les mâts, les canons et les rames du radeau restent sur la terre ferme. Au printemps de l’année 1759, le général Amherst parvient à renflouer une partie de la flotte, mais certains navires demeurent introuvables, dont le Land Tortoise. Les navires renfloués et l’Invincible servent dans l’offensive du général qui mène ultimement à la retraite des Français et à une victoire définitive des Britanniques. Une épave et une flotte peu communes Une équipe d’archéologues entreprend des recherches pour trouver les bateaux perdus. Elle fait alors appel à une sommité en sonar à projection latérale, notre bon ami Vince Capone. Vince a notamment participé à la recherche des débris de la navette Columbia qui explosa en plein vol en 2003. Plus récemment, il était à la tête de l’équipe qui retrouva et renfloua les moteurs de la fusée Apollo 11. Le 26 juin 1990, alors que l’équipe arpente le lac à la recherche de bateaux de la Sunken Fleet, elle remarque sur l’écran une forme distinctive et impossible à confondre. L’équipe est stupéfaite. Le Land Tortoise mesure 52 pi de longueur sur 18 pi de largeur. Construit en bois, il se caractérise par son fond plat et ses sept côtés avec des angles

pour dévier les boulets de canons et les balles de mousquets. Sa forme s’apparente à celle des engins furtifs modernes (stealths), peu repérables par les radars. Le radeau se déplaçait grâce à ses 13 paires de rames et disposait de sept portes pour le tir des canons. La découverte est historique. Tous étaient convaincus que le radeau avait été détruit. Le Land Tortoise est ainsi retrouvé, 238 ans après avoir sombré. Le navire, qui devait se trouver à une trentaine de pieds de profondeur, gît plutôt à 105 pi. Les bateaux, quant à eux, étaient construits selon une forme plus conventionnelle. Ils mesuraient de 25 à 36 pieds de longueur sur 4 à 5 pieds de largeur, et avaient eux aussi un fond plat. Le petit groupe de huit bateaux, par la suite connu comme les Wiawaka Bateaux, avait été découvert par deux adolescents dans les années 1960. Ces bateaux ont trouvé repos dans des profondeurs variant de 25 à 40 pi. Plonger sur ces reliques de guerre À partir de Montréal, il suffit de 2 h 30 min de route pour se rendre au lac George, dans l’État de New York. L’endroit est très populaire en saison estivale. Le prix et les disponibilités pour l’hébergement peuvent surprendre, alors mieux vaut s’informer longtemps d’avance si on souhaite y passer quelques jours.


HISTOIRE

À gauche, une ouverture pour laisser passer un canon et, à droite, on voit la porte en position fermée.

La plongée sur la flotte des Wiawaka Bateaux est de niveau débutant. Dû à la faible profondeur et à la température nettement plus clémente qui s’y associe, les bateaux montrent leur vénérable âge. Il n’en reste souvent que des bouts de planches et l’ossature. Les clous qui les liaient sont aujourd’hui complètement rouillés. Les fins observateurs peuvent toutefois bien en deviner les formes. Une réplique, fidèlement reconstruite à une échelle de 2:3, a d’ailleurs été submergée sur le même site. Quant au Land Tortoise, il demeure parfaitement intact. Il a été préservé par l’eau froide et par la quasi-noirceur qui règne à cette profondeur du lac. Le tanin de l’eau combiné à une température de 4 à 7 oC (40 à 45 oF) sous la thermocline ont su protéger ce trésor d’une ère lointaine. Un brevet de plongeur avancé est requis pour effectuer cette plongée et une redondance en air est habituellement exigée.

La descente se fait le long de la corde d’une bouée et, arrivé au fond, on suit une ligne qui nous guide jusqu’à l’épave. Le périmètre du radeau est délimité par des cordes qui gardent les plongeurs à une distance qui permet à la fois d’observer l’épave, tout en prévenant le contact avec celle-ci. Cette méthode, qui peut déplaire aux plus curieux et surtout aux photographes, a toutefois prouvé ses vertus. Près de 25 ans

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En circulant autour du radeau, la première chose qui étonne est son état. L’absence de moules zébrées dans le lac George contribue à l’aspect immaculé de l’épave. On peut aisément reconnaître les portes pour canons, les anneaux d’amarrage et les trous par lesquels on passait les longues rames. On y voit encore les amoncellements de roches qui ont servi à le faire sombrer.

La découverte est historique. Tous étaient convaincus que le radeau avait été détruit. Le Land Tortoise est ainsi retrouvé, 238 ans après avoir sombré.

Le site est un lieu historique protégé. On doit au préalable s’inscrire pour y plonger. Les plongées ne sont possibles qu’à partir de la mi-juin et prennent fin le week-end de la fête du Travail. On ne permet qu’un seul bateau à la fois avec un maximum de huit plongeurs. On alloue une case de deux heures à chaque équipe de plongée de façon à limiter la pression exercée sur l’épave.

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après avoir été trouvée, l’épave montre peu de signes de détérioration causée par les plongeurs, et ce, contrairement à de nombreuses épaves très fréquentées de l’archipel des Mille-Îles.

En raison de la noirceur, cette épave paraît un peu sinistre, et pour cause : des milliers de soldats ont trouvé la mort dans cette région, au plus fort de la guerre. Un site réservé à un petit groupe de plongeurs

En raison du caractère historique hors du commun du Land Tortoise, on croirait que les plongeurs sont nombreux à s’y rendre. La réalité est tout autre : peu de plongeurs connaissent l’existence du radeau et on inscrit moins de 125 plongeurs par année. Indépendamment de sa petite taille, le radeau est un incontournable pour les véritables mordus de la plongée sur épave. Le lac est riche en histoire et est peu plongé. Il y a tout lieu de croire que d’autres bateaux seront trouvés, sans parler des nombreux autres artéfacts d’époque tels que des mousquets, des boulets de canons et des têtes de flèches. Il y a même des rumeurs selon lesquelles un sousmarin s’y trouve! Le lac George est donc un endroit rêvé pour les historiens et les archéologues dans l’âme.


4- Vrai. Le détendeur pour la plongée que co-inventera Cousteau est une adaptation d’un détendeur miniaturisé par Gagnan et qui équipait les véhicules s’alimentant en gaz de charbon pour pallier la pénurie d’essence durant la Seconde Guerre mondiale.

a) Cet appareil est le premier scaphandre autonome moderne. Vrai ou faux? b) Quel écrivain s’en est inspiré pour son roman paru en 1869-1870?

RÉPONSES : 1- a) 1965; b) 1939 par l’Américain Dr. Christian Lambertsen; c) En 1956, Ted Nixon, de U.S. Divers, commence à acheter des exemplaires du pavillon de plongée conçu par Denzel James Dockery quelques années plus tôt. Nixon contribuera grandement à l’adoption généalisée du pavillon; d) 1907 par John Scott Haldane; e) 1919 par C.J. Coole; f) 1983 par Orca; g) 1937 par le Danois-Américain Niels Christensen 2- a) Vrai. L'aérophore est le premier appareil pourvu d’un détendeur à la demande, précurseur du détendeur Cousteau-Gagnan, et d’un réservoir d’air comprimé à 30 bars. b) Cet appareil a inspiré Jules Verne dans son roman d’aventures vingt mille Lieues sous les mers dans lequel il équipe le capitaine Nemo du fameux scaphandre.

5- Aucun. Tous ont formulé des lois ou démontré des phénomènes qui influencent la pratique de la plongée sous-marine : a) Archimède (287-212 av. J.-C.) a démontré qu’un corps n’a pas le même poids dans l’air et dans un liquide. La différence entre les deux poids est due à la poussée d’Archimède. b) Evangelista Torricelli (1608-1647) a mis en évidence la valeur de la pression atmosphérique. c) et d) Robert Boyle (1627-1691) et Edme Mariotte (1620-1684) ont mis en évidence la compressibilité des gaz (loi de Boyle-Mariotte). e) William Henry (1765-1836) a défini la loi sur la dissolution des gaz dans les liquides. f) John Dalton (1766-1844) a formulé la loi d’addition des pressions partielles dans les mélanges gazeux (loi de Dalton ou loi des pressions partielles). g) Paul Bert (1833-1886) est le premier chercheur à avoir étudié le phénomène de la neurotoxicité de l’oxygène. Il a aussi mis en évidence le rôle spécifique de l’azote dans les accidents de désaturation.

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3- Faux. Selon la liste des États parties qui est affichée sur le site web de l’UNESCO, le Canada n’a toujours pas ratifié cette convention. Toutefois, le logo de l'UNESCO sur le patrimoine culturel subaquatique reproduit une des anciennes barques trouvées au Labrador à Red Bay, un site de baleiniers basques inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2013.

3

Le Canada a ratifié la convention de l’UNESCO élaborée en 2001 pour la protection du patrimoine culturel subaquatique dans les eaux internationales.

Vrai ou faux?

a) Archimède b) Evangelista Torricelli c) Robert Boyle d) Edme Mariotte e) William Henry f) John Dalton g) Paul Bert

Source : http://tpebateaux. e-monsite.com/pages/ physique/histoire.html

Archimède

Quel scientifique n’est pas associé à la plongée?

Source : www.lakesidepress.com/pulmonary/books/scuba/frames.htm

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L’appareil à dos de Rouquayrol-Denayrouze

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L’aérophore, un appareil équipé d’un régulateur d’air permettant de plonger avec un réservoir d’air transportable, est imaginé par Rouquaryol et Denayrouse dès 1864.

Le détendeur Cousteau-Gagnan développé en 19421943 découle d’un appareil équipant certains véhicules de l’époque et modifié pour l’usage subaquatique.

Vrai ou faux?

a) Création de la CMAS b) Conception du premier appareil à être appelé scuba c) Introduction du pavillon de plongée rectangulaire rouge, barré d’une diagonale d) Première table de plongée établie par le physiologiste John Scott Haldane e) Invention du mélange héliox (hélium et oxygène) f) Commercialisation du premier ordinateur pour la plongée récréative g) Invention du joint étanche (o-ring)

Z I U Q1

1907 1919 1937 1939 1956 1965 1983

Associer la bonne date à l’évènement : Drapeau de plongée inventé par l’américain Denzel James Dockery

Texte : Marie-Claude Morin


ACTIVITÉS

La plongée-kayak, ou redécouvrir nos lacs en toute liberté Texte : Jean-Louis Courteau Photos : Jacques A. Lech

Le soleil d’été plombe sur mes joues. Derrière mes paupières fermées, le monde est un écran orangé. Je suis allongé sur mon kayak, les pieds pendants de chaque côté dans l’eau rafraîchissante du lac. De temps en temps, je sens le chatouillement de petits ménés qui viennent inspecter ces étranges envahisseurs. Il y a pire comme conditions, pour un intervalle de surface!

u

ne demi-heure plus tôt, le confortable kayak jaune, que j’appelle affectueusement Yellow Submarine et qui me sert maintenant de fauteuil, était ma bouée de surface alors que j’explorais un tombant de marbre magnifique, truffé d’inclusions ferreuses aux formes étranges. Plus tard, après une seconde plongée, il redeviendra mon charter privé, mon bateau de plongée 100 % écologique, économique et silencieux, alors que je retournerai au rivage accompagné des huarts. La plongée-kayak Si la plongée-kayak (kayak diving) est probablement née à Hawaï, où l’embarcation était déjà populaire pour ce que les habitants du coin appellent le yaksurfing, elle est loin de n’être qu’une autre activité réservée aux stations balnéaires des mers chaudes. C’est en fait un fantastique outil d’exploration de nos plans d’eau québécois. Nos lacs et nos rivières sont des trésors. Ceux qui ne se sont pas laissé berner par la croyance populaire qui veut qu’il n’y ait rien à voir dans les lacs le savent bien. Si certains sont sombres et sédimenteux, beaucoup sont à l’inverse très clairs et riches de faune et de paysages sous-marins superbes.

Mais tous ne sont pas faciles d’accès en bateau ou en canot pneumatique. Et le canoë, pour autant que vous soyez assez certain de sa stabilité pour lui confier votre précieux équipement, vous limitera quand même aux plongées aller-retour du bord, puisqu’il est très difficile d’en descendre et d’y remonter en pleine eau. C’est là qu’entre en scène le kayak à cockpit ouvert (sit-ontop).Version plus récréative que d’expédition du kayak, il se caractérise par son habitacle ouvert plutôt que fermé par la traditionnelle jupette du kayak de mer. Il est aussi beaucoup plus large que ce dernier et donc infiniment plus stable. On peut en descendre et y remonter aisément sans avoir le pied au fond, et l’eau qui y pénètre est immédiatement évacuée.

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Les modèles de kayak à cockpit ouvert Les kayaks à cockpit ouvert se présentent en plusieurs modèles. Celui qui intéressera le plongeur est bien souvent celui qui est destiné aux pêcheurs. Si certains de ses accessoires sont inutiles à la plongée, comme les portecannes et les supports à sonars (quoique...!), ses grands compartiments de rangement et son gabarit seront précieux pour le transport de l’équipement.

Le compartiment fermé avant, utilisé pour le rangement des palmes, masque et tuba.

Le réservoir arrière recevra la bouteille montée sur la veste gonflée, solidement sanglée en place. Le compartiment avant, d’ordinaire fermé par un couvercle étanche, accueille palmes, masque et accessoires. Il est également très faisable de transporter entre les jambes une seconde bouteille pour une seconde plongée ou pour une configuration latérale (sidemount). Plusieurs modèles de kayak offrent un petit caisson étanche central, pour les objets précieux : clés, ordinateur, etc.

Les modifications à apporter à l’embarcation Tout l’art du sport et du succès des sorties de plongée réside en une modification de l’embarcation. Le kayak doit impérativement être équipé de plusieurs laisses munies d’attaches de type dog clip, parce qu’en tout temps tout objet doit être attaché soit au bateau, soit au plongeur. La pièce d’équipement qui ne le sera pas finira tôt ou tard au fond du lac! Si le kayak de plongée est très stable, il sera quand même soumis au fort tangage lors des descentes et des remontées. J’ai ajouté au Yellow Submarine quatre de ces laisses d’environ 3 pi. Une cinquième sert à sécuriser la pagaie. Il faudra aussi voir à ce que le kayak puisse recevoir un pavillon de plongée, qui pourra être monté au siège par un petit mât fabriqué d’une section d’ossature de tente en fibre de verre. Si le kayak est muni d’une base de styromousse, le pavillon peut être ajusté à l’un des renvois d’eau.

Enfin, pour les cas où l’on préfèrera ne pas traîner le bateau durant la plongée – ce qui, au fait, est beaucoup plus aisé qu’on ne le supposerait –, une petite ancre sera utile, pourvue d’une bonne longueur d’un excellent câble imputrescible. Pour la traction en plongée, un fil de nylon tressé de 3/16 ou ¼ de po de diamètre monté sur un dévidoir d’aluminium comme ceux qu’on utilise pour les bouées de surface est idéal. La procédure à suivre pour plonger

Un kayak inoccupé dérivant à la surface d’un lac peut attirer les curieux. Il sera donc utile aussi de laisser bien en vue un message expliquant que vous y êtes relié en plongée! Par exemple en l’inscrivant sur le siège au moyen de feutres permanents.

Une fois qu’on est arrivé au site de plongée, la première chose à faire est d’attacher la pagaie à sa laisse et de la laisser flotter sur un côté du kayak. Puis, en se retournant de façon à faire face à la poupe, on détache la veste montée

On saisit le côté opposé du kayak et, en s’aidant d’un coup de palme, on se projette à plat ventre en glissant sur le bateau. Puis, on se retourne sur le dos et on pivote dans le sens du kayak en se redressant. Un peu de pratique et les descentes et remontées deviennent faciles et rapides.


ACTIVITÉS

En saisissant chaque côté du kayak, on se laisse glisser lentement à l’eau . Ne pas oublier de voir à ce que toute pièce d’équipement soit attachée en laisse!

En tout temps, tout objet non rangé ou porté, incluant la pagaie, doit être attaché à l’embarcation par une laisse.

temps entre soi et le bateau, et d’agir de façon lente et réfléchie. Le port d’au moins un outil tranchant est capital, comme toujours.

sur sa bouteille en s’assurant qu’elle est gonflée et on la met à l’eau aussi, fixée à une autre laisse. Face à la proue, on achève, le cas échéant, de revêtir sa combinaison, on sort les palmes et le masque du compartiment avant, puis on fixe les palmes aux pieds et le masque autour du cou. Les accessoires tels que les caméras ou les lampes sont aussi attachés à une laisse et mis à l’eau. On s’assure que le pavillon flotte au vent et est bien fixé, puis on se laisse glisser d’un côté. Bien sûr, tout cela demande d’être suffisamment à l’aise et habitué au matériel pour enfiler sa veste à l’eau (ce qui sera facilité par un dégonflage partiel, la veste toujours attachée à l’embarcation). Fin prêt, on saisit le dévidoir, et la plongée peut commencer! Comme chaque fois que l’on manipule des cordages sous l’eau, il est primordial de prendre garde aux possibles emmêlements. Il convient de garder une tension en tout

Plusieurs fabricants de kayak offrent des modèles à cockpit ouvert intéressants pour la plongée-kayak. Au Québec, les modèles Strike de Pelican sont adéquats. Mais, quel que soit le fabricant, les caractéristiques à rechercher sont l’espace de rangement optimal, le poids et les points d’attache nombreux. À cet égard, le plus souvent, les modèles de pêche seront les meilleurs. Une sortie de plongée-kayak, en binôme ou en groupe, apporte une toute nouvelle dimension au sport. Liberté, découverte et activité physique ajoutent au plaisir de plonger. Et, surtout, il s’agit d’une occasion d’explorer, de sortir des sentiers battus. Redécouvrez la beauté de nos lacs, au-dessus comme en dessous!

Pour d’autres infos et images, visitez l’excellent site web de Jim Spears, un yakdiver d’Hawaï : http://jimspears.net/kayakdiving/topics.htm

Redécouvrez Les Escoumins

PHOTOS : MICHEL GILBERT/SUB-IMAGES

BASE DE PLONGÉE FQAS Centre de découverte du milieu marin 41, rue des Pilotes, Les Escoumins 418 233-4025 • www.fqas.qc.ca 46 – 47

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SErVICES : Station d’air • Location d’équipement Plongée guidée • Vestiaire • Douche chaude


RECETTE DE LA MER

Omble de fontaine

au paprika et au pamplemousse rose

Texte et photo : Hélène Michaud Cuisinière de navires

Une recette à préparer en un tour de main au chalet, au camping ou après une journée de pêche fructueuse! Pour 1 ou 2 personnes, suivant la grandeur du poisson

INGRÉDIENTS

PRÉPARATION

• 2 filets d’omble de fontaine avec la peau ou 1 omble de fontaine entier • 2 c. à table de farine • Sel et poivre • 3 c. à table d’huile d’olive • 1½ c. à thé de paprika doux • 1 tomate fraîche en petits dés ou 8 tomates cerises coupées en deux • ½ pamplemousse rose en quartiers • Jus de 1½ pamplemousse rose

1. Fariner le poisson. Secouer pour en enlever l’excédent. Saler et poivrer. 2. Dans une poêle, chauffer l’huile d’olive et le paprika. Cuire les filets d’omble de fontaine, côté peau en premier, et les y laisser pour 80 % du temps. Retourner et ajouter la tomate. Si vous privilégiez le poisson entier, cuire chaque côté à temps égal et ajouter la tomate peu de temps avant la fin de la cuisson. La chair est cuite à point .lorsqu’elle commence à céder sous la pression du doigt en se détachant légèrement. 3 Déposer le poisson sur les assiettes de service. Déglacer les sucs de cuisson et les tomates avec le jus de pamplemousse. Après quelques secondes d’ébullition, verser ce jus et les tomates sur le poisson. Garnir de quartiers de pamplemousse rose et servir aussitôt. Vous pouvez accompagner votre poisson de pommes de terre coupées en lamelles fines sautées à la poêle.

L’omble de fontaine est aussi appelé truite mouchetée ou saumonée, bien que sa chair puisse être blanche en raison de ce qu’elle mange. Il est sensible à la pollution et, par conséquent, sa présence est un indicateur de la bonne santé d’un plan d’eau. On le retrouve en abondance dans les lacs du Québec. La longueur moyenne d’un adulte est de 20 à 30 cm. Afin de bien le différencier des autres ombles et du saumon, consulter le site du ministère du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques du Québec : http://www.mddefp.gouv.qc.ca/faune/peche/poissons/omble-fontaine.htm.


EXPÉDITION

Parc marin national du Canada Fathom Five, Tobermory (Ontario), baie Georgienne Texte : Sébastien pelletier Vice-président pETQ M.Sc., Trimix 2 naui-Tec Ex-plongeur commercial AdC Int’l Photos : Jacques A. Lech

Dans le cadre des expéditions des plongeurs d’épaves techniques du Québec (PETQ) à travers les Grands Lacs, nous nous sommes rendus, durant l’été 2012, dans les lacs Huron et Michigan afin d’y découvrir le patrimoine historique submergé. Voici la première partie de ce récit portant sur Tobermory, dans la baie Georgienne.

Le Flowerpot, sur l’île du même nom, fascinante attraction naturelle de la région

E

n route vers les épaves du détroit de Mackinac (prononcer « Mackinaw »), mince espace situé entre les lacs Huron à l’est et Michigan à l’ouest, un arrêt de deux jours à Tobermory, en Ontario, s’impose, question d’y découvrir quelques-unes des épaves les plus profondes du parc marin national du Canada Fathom Five. De ce qu’on en dit, la visibilité y est souvent spectaculaire et les épaves y sont bien préservées grâce à l’eau froide de la baie Georgienne. De là, un traversier nous attend pour nous amener à l’île Manitoulin, ce qui nous permettra ensuite d’atteindre la route Transcanadienne juste au nord. Non seulement nous raccourcissons ainsi notre itinéraire de plusieurs heures, mais nous nous offrons trois épaves en chemin ainsi qu’un tour de traversier. Difficile de refuser pareil plan!

Village de Tobermory (B), sur notre route menant au détroit de Mackinac (C) Source : Mapquest.ca

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La nature se déchaînant sur le littoral

Le parc marin national Fathom Five Le parc marin national du Canada Fathom Five, considéré comme la capitale canadienne de la plongée d’épaves, se situe à la pointe de la péninsule Bruce. Goélettes, barges et bateaux à vapeur forment la majorité des épaves, qui sont issues de la moitié du 18e siècle, avant la construction des phares et la fin de l’arpentage de la baie Georgienne, en 1888. Du W.L. Wetmore, un bateau à vapeur long de 65 m (215 pi) se trouvant à 9 m (30 pi) sous la surface, au troismâts barque Arabia, près de l’île Echo à une profondeur de 33 m (109 pi), ces bateaux historiques naufragés offrent des expériences aux plongeurs qualifiés de tous les niveaux, qu’ils soient débutants ou avancés. Outre le tourisme sousmarin sur les épaves de ce parc marin – qui en compte 22 parmi les mieux préservées au pays, attirant annuellement plus de 8 000 plongeurs –, le parc national du Canada de la Péninsule-Bruce est une autre destination très populaire où il est possible d’explorer des cavernes sous-marines (par exemple, le fameux Grotto), des champs de pierres et des surplombs rocheux. Difficile de s’ennuyer dans cette région pittoresque! À la pointe de la péninsule se trouve le charmant petit village de Tobermory, centre névralgique de la plongée, avec ses boutiques spécialisées et ses nombreux bateaux nolisés. En pleine saison touristique, il n’est pas rare d’apercevoir des plongeurs aller et venir dans les différents commerces en combinaison de plongée.C’est de là que partent nos aventures sur trois épaves : le Forest City, l’Arabia et le Niagara II. Mais, avant d’aller mouiller nos palmes, nous devons nous enregistrer au centre d’accueil du parc marin et nous procurer notre médaillon de plongeur, requis annuellement. On nous y explique également les règlements du parc relativement aux épaves, à savoir qu’il est interdit de déplacer, d’endommager et de prélever tout artéfact sous-marin.


Le Forest City Bateau à vapeur en bois de 66 m (216 pi) de long construit en 1890 en Ohio, le Forest City a coulé en 1904 après avoir heurté l’île Rump à cause d’un fort brouillard. L’épave repose aujourd’hui sur une pente à presque 45 degrés, faisant en sorte que sa partie la plus profonde (poupe) se trouve à 47 m (157 pi) de profondeur et sa partie la moins profonde, à 18 m (60 pi). La partie arrière de l’épave, où nous avons commencé notre immersion, offre une très belle vue aux plongeurs. L’épave est dans un état relativement intact, ce qui nous permet de lire le nom du navire qui apparaît sur la coque. Après une brève pénétration, nous nous sommes ensuite dirigés vers le centre de l’épave, où nous avons pu apercevoir la cheminée et les chaudières où avait lieu la combustion du charbon qui permettait de créer la vapeur nécessaire à la propulsion. Nous avons effectué la décompression, tout en poursuivent notre visite de l’épave, en remontant petit à petit vers la proue. Le Forest City est la plus profonde des épaves du parc marin.

donna l’ordre à ses hommes d’abandonner le bateau. Ce dernier, rempli de maïs, commença sa descente vers le fond, juste après que le dernier marin eut rejoint la chaloupe de sauvetage. Aujourd’hui, reposant à 35 m (117 pi) de fond, l’Arabia est sans doute la plus intéressante et intacte des épaves de la région de Tobermory. Seule sa section arrière s’est partiellement effondrée. On y trouve la roue, l’appareil à gouverner, un four à cuisson ainsi qu’une plaque commémorative. Sa proue, quant à elle, est fort impressionnante, avec son boute-dehors (extension du mât de beaupré), ses ancres, son treuil et sa pompe d’assèchement. De très beaux caps de mouton sont encore présents de part et d’autre de l’épave. Ces pièces de forme circulaire munies de trois trous où passaient les cordages servaient à contrôler le gréement. En somme, c’est une très belle épave et assurément un must pour tout plongeur avancé qui se rend dans la région.

Vue de la poupe, section la plus profonde de l’épave

Vue de l’imposante proue et de son boute-dehors

Ancre de proue (côté tribord) posée sur le pont

Plongeur évoluant au-dessus du pont

L’Arabia Trois-mâts barque de 40 m (131 pi) de longueur construit en 1853 à Kingston, ce navire servit principalement, tout au long de sa carrière, au transport de vrac entre l’est du lac Huron et le lac Michigan. En 1884, en pleine tempête, l’Arabia commença à prendre l’eau. Malgré plusieurs heures de pompage frénétique, l’équipage se rendit finalement à l’évidence que le naufrage était inévitable. À trois heures du matin, dans l’obscurité froide de la nuit, le capitaine Douville

Caps de mouton (dead eyes) très bien préservés situés de chaque côté de l’épave


EXPÉDITION

Le Niagara II Pétrolier reconverti en drague de 55 m (182 pi) de longueur construit en 1930 en Angleterre, le Niagara II, anciennement nommé Rideaulite, a été coulé intentionnellement en 1999 dans le but de créer un nouveau site de plongée et d’enlever ainsi un peu de pression sur les épaves historiques environnantes. Ces dernières courent toujours le risque de se détériorer plus rapidement lorsqu’elles sont surfréquentées. L’épave repose bien droit, à 31 m (102 pi) de profondeur, et offre au plongeur d’épaves un terrain de jeu très intéressant avec ses nombreuses possibilités de pénétration des plus sécuritaires. Les portes et les écoutilles ont toutes été enlevées, et des trous ont été taillés dans sa coque. Au total, près de 45 minutes ont été nécessaires pour en faire le tour complet! Le Niagara II est aujourd’hui l’une des épaves les plus visitées du parc marin, les plongeurs de tous les niveaux y trouvant leur compte.

Marina de Tobermory par un matin calme Photo : Sébastien Pelletier

Le Bruces Isles, embarcation utilisée par Divers Den Photo : Sébastien Pelletier

Ne manquez pas la suite de ce récit dans un prochain numéro! L’impressionnante proue (côté tribord) avec une chaîne d’ancre déployée

Membres de l’expédition Grands Lacs 2012 : Sébastien Pelletier Stéphan Senécal Nathalie Landry Stéphane Jaillet Taylor McComber Zachary McComber

Merci à Jacques A. Lech pour ses magnifiques photos terrestres et sous-marines de la région de Tobermory.

Pour information : www.diversden.ca www.gswatersports.net

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Site du parc marin national du Canada Fathom Five : www.pc.gc.ca/fra/amnc-nmca/on/fathomfive/visit.aspx Consultez le site web du club PTEQ pour prendre connaissance de ses réalisations et de ses objectifs : www.marinventure.ca/accueil_loisirs.asp?no=18504

Note : La plongée profonde et la pénétration d’épaves se font à vos risques et périls! Ne les tentez pas si vous ne possédez pas de formation adéquate. Références : BUREAU DE TOURISME ET D’AGRICULTURE. La péninsule Bruce : Plongée, [En ligne], [www.lapeninsulebruce.com/plongee.htm]. KOHL, Cris. (2005). The 100 best Great Lakes Shipwrecks, vol. I, Seawolf Communications, 266 p.


Festival marin des Escoumins

7 e édition

3 0 et 31 a oût

2 0 14

Cet été, la Côte-Nord vous attend ! Le rendez-vous

sous-marin du Québec

Lucie Tremblay, catégorie coup de cœur du public 2013

Frédéric Deland, catégorie Faune, flore et paysage 2013

Centre de découverte du milieu marin 41, rue des pilotes, Les Escoumins

Jocelyn Praud, catégorie mammifères marins 2013

Lucie Tremblay, catégorie sous-marine 2013

Pour information : 418 233-2766, poste 26 ou 418 233-4414

Festival marin des escoumins


Laurent fey Moniteur en biologie CMAS Québec

FICHES BIO

Chionoecetes opilio (O. Fabricius, 1788) CLÉS D’IDENTIFICATION ➲ Carapace ovale 5 paires de pattes robustes

➲ ➲ Rostre court et pointu

Arthropodes

Sous-embranchement

Crustacés

Classe

Malacostracés

ordre

Décapodes

Sous-ordre

Brachyoures

CRABE DES NEIGES

famille

Orégoniidés

se araignée de mer des eaux Le crabe des neiges est une gros à des profondeurs situées vase froides. Il affectionne les fonds de ovale de couleur brun orangé et entre 50 et 300 m. Sa carapace 16,5 cm de largeur, et son poids crème sur le ventre varie de 9 à (prolongement antérieur de sa caentre 350 gr et 1,3 kg. Son rostre apode possède 5 longues paires rapace) est court et pointu. Ce déc peut atteindre jusqu’à 90 cm! La de pattes aplaties. Son envergure e de fortes pinces. Les femelles première paire de pattes est doté s. Le crabe des neiges se nourrit sont bien plus petites que les mâle et de vers, mais également de ues de crustacés, de mollusques, d’alg et parfois aussi d’étoiles de mer. cadavres de poissons, de détritus à plus de 128 000 œufs! Portés Les femelles pondent de 12 000 pendant deux ans et relâchés en sous l’abdomen, ils sont incubés vent alors au gré des courants. pleine eau au printemps. Ils déri , ils se posent sur le fond. Leur Lorsqu’ils atteignent environ 3 mm fil des différentes mues, jusqu’à transformation se poursuivra au environ vers l’âge de 6 ans. Le l’atteinte de la maturité sexuelle, soit ntique Nord dans l’estuaire et Atla crabe des neiges est présent en également dans l’archipel de le golfe du Saint-Laurent, mais jet d’une pêche règlementée en Saint-Pierre-et-Miquelon. Il fait l’ob avoir la chance de l’observer aux Amérique du Nord. Vous pouvez certains crabes réussissent à mai, Escoumins. En effet, entre avril et urs des chalutiers et tombent à s’échapper des casiers lors des reto profondeur pendant des périodes l’eau. Ils sont donc visibles à faible très courtes.

Genre

Pagurus

Espèce

acadianus

Laurent Fey

Embranchement

Laurent Fey

CLASSIFICATION

che2.asp?fiche_numero=923 IS détaillée : http://doris.ffessm.fr/fi DOR fiche la r sulte con , plus ir Pour en savo spece.php?recordID=104. rsba.ca/recherche_espece/fiche_e et la fiche du RSBA : http://www. fonds (2006). Beautés et richesses des261 p. Référence : FONTAINE, P.-H. rent Québec, des, mon Multi Éd. , -Lau Saint marins du

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Lepomis gibbosus (Linnaeus, 1758) CLÉS D’IDENTIFICATION ➲ Corps élevé, très aplati latéralement

➲ Deux nageoires dorsales unies ➲ Couleur de fond brun-jaune avec de nom-

➲ Une tache noire bordée d’un point rouge

breuses taches bleutées et orangées irisées

CRAPET-SOLEIL Le crapet-soleil ou perche arc-en-ciel est sans aucun doute l’un des petits poissons les plus colorés et brillan ts de nos eaux douces. Il possède de nombreuses taches bleutées et orangées irisées sur un fond brun-jaune. Ses joues sont traversées de lignes d’un bleu vif particulièrement marquées chez le mâle. Son opercule est large et orné d’une tache noire bordée d’un point rouge écarlate chez le mâle, qui peut être absente ou moins marq uée chez la femelle. La taille habituelle du crapet-soleil est comp rise entre 8 et 15 cm. Son corps élevé est très aplati latéralement. Sa bouche est terminale, petite et légèrement oblique. La nageoire caudale est peu fourchue. Les deux nageoires dorsales sont unies , donnant l’impression d’être une seule. La nageoire anale possède trois épines acérées. Ce poisson vorace et opportuniste se nourr it de tout : insectes aquatiques, nymphes de libellules et de phryg anes, fourmis, salamandres larvaires, petits crustacés, œufs de poissons, alevins, etc. Originaire d’Amérique du Nord, il est obse rvé au Québec dans le sud de la province, dans les lacs et les plans d’eau riches en végétation aquatique. La reproduction a lieu de mai à août à très faible profondeur. La femelle pond de 1500 à 3000 œufs dans un nid jalousement gardé par le mâle. Les alevins seron t sous la protection du mâle pendant deux semaines. Ses princ ipaux prédateurs sont le brochet, l’achigan et le doré. Amateurs de photographie en eau douce, vous ne manquerez pas d’apprécie r le poisson-soleil, qui est très photogénique!

CLASSIFICATION Embranchement

Chordés

Sous-embranchement

Vertébrés

Classe

Actinoptérygiens

ordre

Perciformes

Sous-ordre

Percoïdés

famille

Centrarchidés

Genre

Lepomis

Espèce

gibbosus

Jean-Louis Courteau

Jean-Louis Courteau

sur l’opercule

Pour en savoir plus, consulter la fiche DORIS détaillée : http://doris.ffessm.fr/fiche2.asp?fiche_ numero=xxxx et la fiche du RSBA : http://www.rsba.ca/re cherche_espece/fiche_espece.php?recordI D=xxx.

Référence : SCOTT, W.B., & CROSSMAN, E.J. (1974) . Poissons d’eau douce Canada, bulletin no 184, Office des recher ches sur les pêcheries du Canada, 1026 du p.


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Club nautique de Percé inc. Le Copain Plongeur enr. Le Repère du Plongeur Plongée Forillon inc. Protection Garvex inc.

GASPÉSIE–ÎLES-DE-LA-MADELEINE

Les Diables des mers Plongée Magog

ESTRIE

Base de plongée Les Escoumins (FQAS) Complexe hôtelier Pelchat GPVSM SPI Santé Sécurité SPI Santé Sécurité

CÔTE-NORD

Carrière Flintkote

CHAUDIÈRE-APPALACHES

Académie de plongée sous-marine du Québec Absolue formation Plongée XL Sportèque enr.

CENTRE-DU-QUÉBEC

Distribution et Enseignement Boissinot inc. La Scubathèque Plongée Aventure Québec inc. Plongée Capitale Plongée sous-marine Nautilus Plongéetech enr.

CAPITALE-NATIONALE

Centre de plongée du Bas-Saint-Laurent Club de plongée les Kakawis inc. Expertise Maritime Diveteck inc.

BAS-SAINT-LAURENT

Club de plongée Eau Zone Gatineau-Ottawa Hockey Subaquatique Robert Plouffe Location inc.

ABITIBI-TÉMISCAMINGUE / OUTAOUAIS

NOM DU MEMBRE

2014

Membres corporatifs

Percé Carleton L'Étang-du-Nord Gaspé Nouvelle

Stoke Magog

Les Escoumins Les Escoumins Baie-Comeau Baie-Comeau Sept-Îles

East Broughton

Victoriaville Victoriaville Victoriaville Drummondville

Saint-Nicolas Québec Québec Québec Québec St-Augustin-de-Desmaures

Rimouski Rivière-du-Loup Sainte-Luce-sur-Mer

Gatineau Gatineau Témiscaming

VILLE

418-782-5403 418-364-7668 418-986-3962 418-360-5323 418-794-2259

819-878-3013 819-574-1249

418-233-4025 418-233-2401 418-286-2345 418-294-6227 418-968-9292

418-427-3547

888-848-3237 819-350-0410 819-357-9050 819-477-7144

418-564-3077 418-687-3302 418-842-1274 418-847-1105 418-683-5858 418-952-8324

418-722-6232 418-863-8017 418-732-9251

819-665-4696 819-503-6880 819-627-9084

TÉLÉPHONE

Les renseignements et informations exprimés ou rendus disponibles par les différentes entreprises identifiées ci-dessous n’engagent que la responsabilité de celles-ci et non de la FQAS. Ces mêmes renseignements et informations ne sont diffusés qu’à des fins informatives. La FQAS ne peut être tenue responsable de la véracité du contenu des renseignements et informations présentés par chacune des entreprises identifiées, lesquels peuvent être inexacts. La FQAS n’est pas responsable de la qualité des services offerts par ces mêmes entreprises.

COOPAIR

ASSOCIATION OU CLUB

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BASE DE PLONGÉE

BOUTIQUE OU COMMERCE

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ÉCOLE

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INSPECTION HYDROSTATIQUE

INSPECTION VISUELLE

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LOCATION D'ÉQUIPEMENT

STATION D'AIR

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STATION NITROX

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STATION TRIMIX

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VENTE/LOCATION D'EMBARQU.

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VOYAGES


Accès Plongée Saguenay Boutique du plongeur du Saguenay Club de plongée d’Alma (Calmar) Plongée M & M SPI Santé Sécurité

SAGUENAY–LAC-SAINT-JEAN

Tekdiv Exploration

ONTARIO

Anémones Bleues (Les) Apnéistes & Compagnie Association des moniteurs de la CMAS du Québec Centre de plongée Nepteau inc. Club Aquatique Camo Montréal (HSM) École de plongée Espace Bleu EDPS Constellation Le Monde du Silence Les Aquanautes de Montréal inc. Plongée CPAS inc. Plongée Odyssée

MONTRÉAL

AquaFutur Plongée inc. Centre de plongée Ecodive Excursions-Aventures Céline et Michel Go Plongée Le Plongeur Subaquatique Les centres de plongée Nordsud inc. Parc sous-marin du lac Saint-François Sécurité Maska (1982) inc. Sub Aqua Tech inc.

MONTÉRÉGIE

Club de plongée sous-marine En Apesanteur CPSM Entre Deux Eaux

MAURICIE

La Boutique du Plongeur (Triton) ltée

LAVAL

Aqua Plein Air inc. Atmosphère sous-marine Breizh Plongée Services Plongée Expert

LAURENTIDES

Aqua Services inc. Aqua Services Joliette Club de plongée H2O de Lanaudière Scuba Surface

LANAUDIÈRE

Jonquière Chicoutimi Alma Saint-Ambroise Jonquière

Lansdowne

Montréal Montréal Montréal Montréal Montréal Montréal Montréal Montréal Montréal Montréal Montréal

Saint-Jean-sur-Richelieu Valleyfield Carignan Longueuil Coteau-du-Lac Saint-Hyacinthe Les C0teaux St-Hyacinthe Saint-Hubert

Trois-Rivières Trois-Rivières

Vimont (Laval)

Sainte-Thérèse Boisbriand Sainte-Thérèse Mirabel

Repentigny Joliette Saint-Thomas Repentigny

418-699-1000 418-818-2153 581-235-1393 418-820-7521 418-542-0153

613-659-4791

514-913-8588 514-831-9148 514-609-9998 514-337-5489 514-500-6600 514-971-4796 514-979-7392 514-528-5883 514-346-4781 514-529-6288 514-816-6757

450-346-5671 450-802-8958 450-658-7271 514-991-6160 514-894-2197 450-778-3408 450-267-1999 450-774-8733 450-676-9893

819-374-5573 819-374-5307

450-667-4656

450-433-1294 450-543-2000 514-378-3402 514-586-2775

450-582-5827 450-753-9494 450-916-5897 450-932-6688 ✘

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Percé – 30 juillet au 2 août 2014

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