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EN FRA NCA I S

DA NS LE TEX TE Ch roni q ues Soci al es à New York

N°10- M ai 2016

Portrait: Tiep: l'enseignement au long cours Dossier: les maux de la communauté francophone expatriée Éclairage d'expert: Petits et grands maux de l'expatriation NouveautéDe blogs en blogs ISSN: 2380-5943


Édito Pour nous joindre:

Sommaire New York la Francophone

enfrançaisdansletextenyc@gmail.com

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Fait s et chif f res liés à la langue f rançaise sur New York

Dossier:

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Les maux de la communauté f rancophone expatriée

Portrait

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Tiep :l'enseignement au long cours

Eclairage d 'expert:

7

Le thème de l'expatriation et de ses difficultés est source de beaucoup d'études et d'articles. Dans ce dossier du mois, nous avons voulu apporter l'éclairage de l'expérience des professionnels de l'aide à la personne avec leurs mots et leur ressenti en tant que personne eux-même expatriée. EFDlT a le plaisir de vous présenter sa nouvelle rubrique "de blogs en blogs" où vous retrouverez des blogs d'expatriés francophones partout dans le monde.

Article d'un expert sur une problématique liée à notre thématique du mois

De blogs en blogs : nouveauté

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Fil d'entretien

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Christelle Bois Assistante Sociale D.E. Rédactrice en chef

Paroles et émot ions éparses ent endues tout le long de ma pratique aut our d'un thème.

Les chemins de travers

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Idées et découvertes à f aire aut our des questions sociales et la langue f rançaise sur New York

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NEW-YORK laFrancophone Sept consulats francophones sont présent à New York; Saurez-vous deviner lesquels? Consul at général de France Consul at général de Bel gique Consul at général de Suisse Consul at général de Luxembourg Consul at général de Monaco Consul at général du Canada Consul at général du Maroc source: cnew-york


DOSSIER: LESMAUXDELA COMMUNAUTÉ FRANCOPHONEEXPATRIÉE Si le titre semble prétentieux tel n'est pas l'objectif de ce dossier. Bien au contraire, il s'agit bien de parler d'expérience, de vécu, de ressentis de professionnels, eux-mêmes expatriés, qui ont eu a prendre en charge des situations sociales, médicales de la communauté francophone installée à l'étranger. Les généralités n'existent pas, non plus que les réponses toutes faites, mais il y a des récurrences qui se constatent, des tendances qui apparaissent et c'est bien de cela que nous allons parler et toujours au conditionnel. Que l'expérience vienne d'un psychologue, d'une assistante sociale ou d'un coach, le respect de la parole est toujours présent car

Propos recueil l is auprès de prof essionnel s de l 'accompagnement à l a personne via un quest ionnaire.

est abordé ici "les maux", les choses intimes qui ne sont révélés très souvent qu'à ces seuls professionnels de l'aide. Ces professionnels qui eux aussi sont embarqués dans ce même mouvement, voire chamboulement qu'est l'expatriation. Alors bien sûr l'avis est subjectif, parfois émotionnel. Mais c'est bien aussi ce qui nous intéresse. En Français Dans le Texte, recherche la complexité pour la mettre en lumière et pour mettre en valeur ces histoires d'expatriés aux couleurs si diverses. C.B.


C'est au sein de leur cabinet ou au fond d'un café que les professionnels de l'accompagnement écoutent et entendent les maux de la communauté francophone. Ces mots ont parfois une résonance toute particulière tant elle peut faire échos à leur propre situation d'expatriée. C'est pourquoi En Français Dans le Texte à souhaité leur poser quelques questions sur ce qu'ils entendent mais aussi comment leur situation d'expatrié se conjugue avec leur pratique. Quel l e ét ait vot re cl ient èl e? Plutôt féminine, elle est aussi estudiantine, notamment celle qui est de passage dans le cadre d'échange et qui vit de plein fouet le choc culturel. Les femmes seules délaissées, qui se voient quittées par leur conjoint en pleine phase d'expatriation. C'est aussi les coeurs brisés dont l'histoire même courte n'était qu'un mirage. Quel l es ont probl émat iques rencont rées ?

ét é l es principal es

Le f act eur expat riat ion a-t -il eu des conséquences sur vot re prat ique? La durée courte des expatriations amène à une prise en charge courte et souvent dans l'urgence et cela plus souvent qu'à l'ordinaire. Il ressort aussi que les processus identificatoires peuvent être plus forts et doivent être bien pris en compte et travaillés dans le traitement et l'évaluation. Formés dans un pays et une culture spécifique, ces professionnels font face à d'autres cultures, à des croyances différentes mais aussi à la pratique de l'anglais comme langue de communication avec les usagers/ patients. Ces facteurs, qui bousculent les pratiques forcent à des réajustements.

DOSSIER:

LESMAUXDELA COMMUNAUTÉ FRANCOPHONE EXPATRIÉE

La dépression - ou l'état dépressif - qu'elle soit déclenchée par l'expatriation ou présente avant, semble être la problématique la plus présente, même s'il se côtoie aussi des troubles mentaux relevant de la psychiatrie. Avez-vous const at é un ef f et "expat riat ion" dans ces probl émat iques ? Sans vraiment pouvoir l'affirmer, il est ressenti comme une exacerbation des émotions et une réelle prégnance de l'isolement et du repli sur soi, qui se transforme parfois en comportement agressif ou à risque.

Comment l 'expat riat ion af f ect e l es prof essionnel s de l 'aide?

Le sentiment d'isolement touche la communauté expatriée, et elle n'épargne évidemment pas les professionnels. Ainsi, dans leur cabinet, au sein de leur équipe, quand ils en ont une, ils peuvent se sentir déboussolés, de par les références, les langues, les approches différentes et se sentir à l'écart, étranger. Mais c'est aussi parfois simplement le peu, ou pas, de confrères qui confine à un isolement professionnel. Ainsi notre micro-approche de la problématique des maux de la communauté francophone expatriée nous fait partager la vision des professionnel et surtout nous rappelle que eux aussi sont touchés et que ces mots entendus peuvent être aussi leur leurs. C.B.


Portrait Ti ep: l 'ensei gnement au l ong cours

Si l a première f ois ne compt e pas vraiment , c'est cependant l e début pour Tiep d'un mouvement qui sembl e s'êt re suspendu à San Diego. Arrivée en France à l 'âge de 5 ans, ses parent s sont à l a recherche de l a paix et de l a sécurit é qu'il s ont perdues dans l eur pay respect if (Camboge et Viet -Nam), qu'il s quit t ent en l aissant t out derrière eux. Mais voilà que Tiep, après un an passé en tant que fille au pair à New York, décide d'accepter un poste au Cambodge, . Vous pouvez imaginez ce qu'à pu ressentir son père à l'idée de voir partir sa fille, dans ce pays dont il a fuit le régime, après des années d'étude bien rangées et un diplômée d''IUFM en poche. Pourtant Tiep n'entendant rien, car c'est avec un coeur brisé par une rupture sentimentale qu'elle se lance à corps perdu vers l'ailleurs. Elle reste un an dans un village reculé, aux pieds des temples, à enseigner auprès d'enfants français, jusqu'à que sa jeunesse, se refusant à s'enfermer, la pousse à repartir au grès des propositions de poste. Enseigner le français apparaît alors comme un sésame à l'expatriation dès lors que l'on n'est pas regardant sur les conditions financières. En 12 ans, les pays défilent jusqu'à la rencontre qui l'amène à suivre plus qu'à poursuivre, pour construire une vie à deux. Bien sur, comme toute belle histoire, rien n'est facile et leur chemin prennent d'abord des trajectoires différentes: elle à Shanghai, lui à Singapour pour se retrouver enfin à San Diego. San Diego, véritable coup de coeur pour Tiep dont la chance lui accordera ce poste d'enseignante si soigneusement convoité. Désormais installée, mariée, jeune maman, elle semble posée. Car, voyez-vous, cette grande voyageuse n'a jamais eu le virus du voyage, seulement des opportunités, et finalement elle se verrait bien casanière. Tout cela ne lui fait pas oublier ses origines et elle pratique sa langue maternelle avec sa fille. Enseignante, au quotidien, elle côtoie des enfants baignés par le multilinguisme et n'y voit que des avantages dont elle souhaite bien faire profiter sa fille qui semble prendre le chemin de sa maman trilingue. C. B.


Christ ina Gierse est rédactrice-en-chef de

Éclairage d'expert: Comme tout changement de situation, l'expatriation peut entraîner des souffrances car elle est une rupture avec les origines. Le terme « expatrié » signifie « loin de la patrie », et « patrie » vient de pater, le « père ». S'expatrier, c'est perdre ses repères, se séparer de sa terre, et implique donc un travail de deuil qui peut être plus ou moins bien vécu.

Vivre à l'Etranger.com, le site de la mobilité internationale du groupe Studyrama

A l a quest ion orient at ions:

que f aire, voici

Il existe des cabinets spécialisés comme le Cigap (Cabinet international de gestion et d'aide psychologique) qui propose un soutien psychologique spécialisé pour expatriés. A Singapour, il existe une antenne téléphonique de support psychologique pour expatriés, appelée Lifeline*. Une telle expérience est intéressante mais encore trop peu répandue.

Concrèt ement , cel a se t raduit comment ? Le blues de l'expatrié se traduit par des symptômes physiques et psychologiques plus ou moins marqués, mais assez classiques : pathologies digestives, dermatologiques, troubles de l'humeur pouvant aller jusqu'à des crises d'angoisse ou à la dépression. Certains tombent dans des addictions : alcool, drogues? Le problème spécifique de l'expatrié est qu'il lui est moins facile de parler, de savoir à qui s'adresser. Il y a la barrière de la langue, mais aussi et surtout : c'est un tabou.

Une communicat ion dif f icil e La communauté des expatriés ressemble un peu à un petit village : tout le monde se connaît, sait tout sur tout? Mais dans le fond, on est réuni par le contexte, un peu par hasard et non vraiment par choix. On est ensemble pour une durée limitée, 2 ou 3 ans. Ce microcosme un peu artificiel ne laisse pas toujours beaucoup de place à une parole sincère et véhicule l'image d'une vie « dorée ». Les vrais amis, la famille sont loin.

Des f act eurs aggravant s ? On peut distinguer 4 grands facteurs aggravants. Le premier est assez évident : plus la culture est éloignée de la nôtre, plus le risque de choc culturel est grand. Le deuxième est plus insidieux : admettre que l'on va mal malgré une situation matérielle reconnue comme enviable. La troisième porte sur les liens avec la famille restée au pays et le décalage qui peut se produire avec elle. Enfin, le dernier point résulte d'un manque de préparation : on est parti un peu sur un coup de tête, sans vraiment mesurer toutes les conséquences de ce changement de vie pour soi et surtout son entourage.

Le rôl e-cl ef de l 'ent ourage L'entourage a un rôle important à jouer. Il peut être positif, ou pas. Les enfants sont plutôt un élément positif car ils sont facteurs d'intégration : lorsqu'ils sont en âge d'être scolarisés, l'école offre un lieu de rencontre avec d'autres familles et donc des possibilités d'activités partagées qui favorisent l'intégration. En revanche, le conjoint qui a « tout quitté » pour le projet d'expatriation, encore souvent la femme, a un rôle primordial. Elle peut être vecteur d'intégration si elle vit positivement ce départ car elle dispose de plus de temps, comme elle peut devenir une source de soucis majeurs si elle vit mal cette situation. Certaines femmes, qui ont quitté leur job, peuvent mal vivre cette subite inactivité, d'autant plus que tous les aspects de la vie quotidienne sont pris en charge par du personnel sur place. Au sentiment de deuil d'avoir quitté famille et amis s'ajoute une baisse de l'estime de soi. Christina Gierse

ses


Fil d'entretien Ce sentiment diffus, confus, s'annonce doucement, voire sournoisement au tournant d'un soir, d'un lendemain de fête. Le réveil s'accompagnera du même sentiment avec lequel le sommeil est arrivé si tardivement. Voilà sans doute le sentiment, lu entre les espaces, les soupirs, ces silences que nul ne remplis, le plus répandu. La solitude, plus que l'isolement, guette, à chaque tournant, la communauté expatriée: être tant et si seul. Le bruit et le mouvement peinent à faire oublier qu'être seul loin de "chez-soi" est encore plus dur à vivre. A demi-avoué dans des vies où l'on se doit d'être actif, de résauter, ou mieux encore d'être indisponible, l'hyper-activité est souvent confondu avec la relation sociale. De là-bas, restent les amis, la famille avec lesquels les derniers souvenirs ressassés se fanent et se figent., d'ici ne se créer bien souvent que des rencontres passagères et vite oubliées. Être expatrié: cela résonne telle une promesse de vie remplie, de découverte, de privilèges aux yeux des autres, mais cela laisse aussi et pour certains uniquement un goût de vide, d'irréalité dans lequel les problèmes sociaux sont bien réels eux. Car cette vie d'expatrié de transforme au fil des années en vie d'exilé aux couleurs vives et chatoyantes mais au sourire forcé. Tels sont les mots de la solitude d'expatrié.

C.B.


DEBLOGS EN BLOGS

Pour cette première de notre nouvelle rubrique nous vous présentons Francesca, Italienne, venue s'installer en France en 2009 d'abord comme fille au pair pour finalement décider de rester. Elle est désormais installée en Corrèze, d'où elle tient son blog.

"J?AI DÉCIDÉD?OUVRIRCEBLOGDEVOYAGE,PRINCIPALEMENTPOURPARTAGERAVEC VOUSLESEXPÉRIENCESDEVOYAGE,DESIDÉESPOURPARTIRVIVREÀL?ÉTRANGER ETUNPEUDEMACULTUREMADEINITALY" HTTP://AUTOUR-DES-MONDES.COM

Ce blog raconte l'histoire des personnes comme vous, elle (et moi) qui ont tout quitté pour partir vivre à l'étranger. Dans la rubrique partir vivre à l'étranger, les gens peuvent s'exprimer librement sur le thème "ma vie loin de mon pays": l'objectif est de partager les expériences. Ainsi, grâce à ce blog, chacun devient un peu conteur, un peu passeur d'expérience.


LESCHEMINS DETRAVERSE A Voir

A savoir

Lif e as a Bil ingual : a Conversat ion wit h Francois Grosjean

"Hospice Français" est le nom du premier hôpital français créer à New York dont l'inauguration eu lieu en 1881.

A conversation between Professor François Grosjean,

Pour en savoir plus lisez l'Histoire de l'Hôpital Français de New- York par par le Dr. Louis VINCELET et le Dr. Francis OZIL

world-renowned psycholinguist and specialist on bilingualism, and Fabrice Jaumont, Education Attaché at the Cultural Services in New York


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En français dans le texte n°10 mai 2016  
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