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EnLiens

• Les 3 piliers du Pacte électrique breton, p. 6 • Sous la menace du black-out, p. 7 • BMO en pointe de la lutte contre le dérèglement climatique, p. 10 • L’envol des énergies marines renouvelables, p.12 • Les bons gestes au quotidien, p.14

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Pour quelques hivers encore, le Finistère restera sur le fil du rasoir. La menace d’un black-out a justifié la mise en œuvre du Triskell électrique breton : maîtrise de l’énergie, développement des énergies renouvelables, sécurisation de l’approvisionnement.

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CONSOMMONS L’ÉNERGIE AVEC MODÉRATION

N° 2 - bimestriel - février 2012 - www.en-liens.fr

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Comprendre les enjeux du développement durable en Finistère

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EnLiens numéro 2 - février 2012

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SOMMAIRE 6-16 ENQUÊTE L’énergie

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CULTURE Le Théâtre de Cornouaille investit la cité

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AU QUOTIDIEN • Planter une haie de petits fruitiers • Que faire avec des laits végétaux

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BIODIVERSITE Le Groupe mammologique breton gardien de la biodiversité

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PLANETE JEUNES • Plongée dans le monde de l’énergie • Solidarité au collège Dom Michel

Photo Gérard Pascal

EnLiens Une double page pour informer les jeunes sur les thèmes du développement durable

17 Un magazine gratuit à partager GRATUIT et à diffuser dans votre entourage, sur votre lieu de travail...

PLANÈTE JEUNES

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En Liens - Comprendre les enjeux du développement durable en Finistère. Société éditrice : SAS Ouest Reporters - BP 1 - 29370 Elliant. Président, directeur de la publication, directeur de la rédaction : Régis Fort. Directrice générale : Chantal Guézénoc. Rédacteur en chef : Olivier Boyer. Rédaction : Eric Appéré, Olivier Boyer, Régis Fort, Chantal Guézénoc, Sophie Hanquiez, Antoine Mériadec. Photos : Ouest Reporters, sauf mention contraire. Direction artistique, réalisation : Ouest Reporters. N° ISSN en cours d’attribution. Impression : Le Télégramme - 7 voie d’accès au port - BP 67243 - 29672 Morlaix Cedex. Périodicité : bimestriel. Dépôt légal : février 2012, numéro 2. Site Internet : www.en-liens.fr. Contact rédaction : redaction@en-liens.fr. Contact publicité commerciale : contact@en-liens.fr. Journal gratuit.


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CULTURE D’IDÉES Energie, inversons les priorités Dans les priorités des grandes nations du monde, la quête de la croissance vient en premier, puis vient la réduction de la pauvreté et enfin, aujourd’hui, les enjeux sur le dérèglement climatique. L’énergie est au cœur de ces trois sujets, mais y répondre réellement nous obligera probablement à inverser le sens de nos priorités. L’impératif de croissance, grande croyance issue des modèles économiques et entrepreneuriaux, s’est imposé comme garant du bien-être et de la paix des peuples. Dans nos pays développés, la croissance fut étroitement liée à notre capacité à maîtriser l’énergie et à en faire baisser le coût. Dans une première phase, ce fut la substitution du travail animal et humain par des machines gourmandes en énergie qui engendrèrent les gains de productivité. Le temps libre ainsi dégagé put être consacré aux instruments du développement humain : éducation, santé ou recherche. Lors d’une seconde étape plus récente, les « gains de productivité » furent soutenus par l’externalisation des productions, vers des pays où la main d’œuvre était bien moins chère, grâce à des coûts

Thierry Fayret, vice-président de BMO

l’économie aura conduit les Etats des pays riches à proposer des politiques sociales, mais ils ne s’attaquèrent pas au problème de l’accaparement de la richesse par certains. La logique d’utilité sociale des plus riches, locomotive de la machine économique, ne fut jamais questionnée. Au contraire, la REPRENDRE PIED DANS LA RÉALITÉ NOUS croissance fut entretenue par DEMANDERA MOINS DE PENSER À LA l’American Dream, CROISSANCE QU’À LA BONNE GESTION le rêve d’une possible ascension DE CE QUE NOUS AVONS, sociale pour les classes moyennes. MOINS À LA CONSOMMATION Aujourd’hui, le QU’AU BIEN-ÊTRE HUMAIN pouvoir d’achat et la sacro sainte Le développement ne se fit pas de façon consommation ne contribuent plus au homogène, partagée, mais de façon bien-être. Publicité et marketing ont privatisée. pour finalité d’alimenter un flux L’accélération que produisit le permettant de transformer des contrôle de l’énergie bénéficia ressources collectives en profits principalement aux premiers entrants, à individuels, pour le compte d’un petit ceux qui purent fixer les règles, au nombre d’individus. Une consommation détriment des suivants et sur le dos des trop souvent hors sol, produite par des travailleurs exploités à l’autre bout du derniers. Au lieu de bénéficier à monde, pour le compte de fortunes l’ensemble, ce développement fut l’objet hébergées aussi ailleurs, dans des d’une domination, d’une appropriation, paradis fiscaux ! d’une privatisation. Mais le rêve des pays développés L’apaisement de tensions nuisibles à logistiques faibles. Le faible coût de l’énergie (transport) par rapport au travail humain nous aura permis ainsi de poursuivre notre croissance. Si l’énergie fut un levier pour le développement de la richesse, elle le fut aussi sur le creusement des inégalités.

s’arrête là. Nous appartenons à un monde fini. Consommation d’énergie et développement humain mal maitrisés ont conduit à dégrader l’écosystème qui nous abrite : destruction de la biodiversité et dérèglement climatique. La priorité donnée à la croissance ne vaincra pas la misère et ne réduira pas les inégalités. Au contraire, elle nous conduit inévitablement vers une accélération et une multiplication des crises : sociales, environnementales et économiques. La sortie par le haut du modèle actuel peut se faire par une inversion des priorités. Si l’objectif devient le plus juste accès aux énergies, dans un monde fini (i.e. un droit égal pour chaque humain à émettre des gaz à effet de serre), alors la perspective change complètement. C’est la croyance en la promesse d’un monde infini qui nous est montée à la tête. Reprendre pied dans la réalité nous demandera moins de penser à la croissance qu’à la bonne gestion de ce que nous avons, moins à la consommation qu’au bienêtre humain et enfin, probablement moins à un développement qualifié de « durable » pour l’occasion, qu’à un développement réellement vivable.

Paradoxe Claude Vautrin, éditorialiste Il y a, qu’on le veuille ou non, un avant et un après Fukushima. La sortie du nucléaire est donc logiquement au centre des débats actuels et futurs. Pour en sortir, encore faut-il s’y préparer et assurer demain l’énergie utile au fonctionnement de la société.

chatouiller les odorats sensibles. Bref il est souvent question de (bien) penser globalement, et de non agir localement. Combien d’initiatives publiques — collectivités locales, intercommunalité… — ou privées ontelles ainsi été balayées par un vent de contestation loin de répondre aux attentes ICI L’IMPLANTATION D’ÉOLIENNES environnementales de PERTURBERAIT LE PAYSAGE. LÀ UN l’heure ? Sans doute, PROJET DE MÉTHANISATION SERAIT obnubilé par la SUSCEPTIBLE DE CHATOUILLER LES question du nucléaire, le débat public ODORATS SENSIBLES... manque-t-il de perspectives quant Alors que globalement tout le aux vertus des énergies renouvelables. monde ou presque encourage le Loin de se limiter à la seule technicité, développement des énergies propres, au seul attrait tarifaire, elles appellent la mise en place de projets locaux de à l’évidence au questionnement type éolien, biogaz, biocarburants majeur sur ce que sera la société de pose assurément question, jusqu’à demain, libérée des énergies engendrer la polémique… Ici polluantes. Tout cela va bien au-delà l’implantation d’éoliennes perturberait des affrontements et invite à le paysage. Là un projet de davantage d’audace dans la sérénité. méthanisation serait susceptible de


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CULTURE D’IDÉES Les métiers du développement durable A l’occasion des Journées Nationales des Maisons de l’Emploi et des Plans Locaux pour l’Insertion et l’Emploi, les 8 et 9 décembre à Rennes, l’ADEME et l’Alliance Villes Emploi ont présenté les résultats de l’expérimentation « Maisons de l’Emploi et Développement Durable ». Au plus près du terrain, ce projet permet d’identifier les besoins en emplois et en compétences des territoires français et d’établir des plans d’actions adaptés. Finalisé avec succès sur 3 territoires (Lille, Bayonne et le Grand Nancy), il a déjà mobilisé plus de 1 300 acteurs locaux et a été étendu à 30 autres Maisons de l’Emploi. Le diagnostic a principalement porté sur le secteur de la construction, premier concerné par les évolutions réglementaires liées à l’environnement. Il a permis de comprendre plus précisément les besoins liés au marché de l’efficacité énergétique et des énergies renouvelables. Si le potentiel du marché devrait rester stable jusqu’en 2014, la part du chiffre d’affaires liée à l’efficacité énergétique et aux énergies renouvelables devrait croître de 47 % à 330 % selon les territoires, notamment avec l’introduction de la RT 2012 (Réglementation thermique 2012 : www.rt-batiment.fr). Les maîtres d’ouvrage, particuliers et collectivités, connaissent mal ces nouvelles réglementations et auront de plus en plus recours aux professionnels, en matière de conseil comme pour la réalisation des travaux. Sur 154 000 salariés sondés sur les territoires étudiés, ils étaient 29 000 professionnels du bâtiment (équivalents temps plein) à travailler sur des chantiers de performance énergétique et de qualité environnementale en 2009. D’ici 2014, ce sont 69 000

Laurence Ferrette, ADEME

d’actions portés au niveau de chaque territoire afin d’apporter sur le terrain des réponses concrètes en adéquation avec les besoins des entrepreneurs locaux. En Bretagne, 3 maisons de l’emploi du Pays de Redon et Vilaine (MEDEFI), du Pays de Rennes (MEIF) et du Pays du Trégor-Goëlo (MDEFP) ont été retenues pour participer au projet « Maison de l’Emploi et développement durable » sur les filières bâtiment et énergies renouvelables. La filière de l’automobile a été également sélectionnée MIEUX APPRÉHENDER ET ANALYSER LES OPPORTUNITÉS pour le Pays de Rennes. Cette opération a été ET LES FREINS EN MATIÈRE D’EMPLOI, DE FORMATION engagée pour inciter les ET DE COMPÉTENCES À TRAVERS UNE ANALYSE acteurs locaux à accélérer l’anticipation des effets TERRITORIALE DES BESOINS DES MARCHÉS ACTUELS des mesures du Grenelle ET À VENIR de l’Environnement, à mieux appréhender et analyser les opportunités et les freins en matière à cette demande d’approche globale, en particulier par d’emploi, de formation et de compétences, notamment à un manque de connaissance des enjeux. travers une analyse territoriale des besoins des marchés Directement liés aux priorités fixées par les objectifs actuels et à venir. du Grenelle de l’Environnement, les principaux besoins en Pour mener à bien ce travail d’étude, la Cellule formation portent sur la mise en œuvre de matériaux Economique de Bretagne a été sollicitée par l’ADEME. Des d’isolation, la pose d’équipements à base d’énergies plans d’actions ont été lancés sur ces territoires dès 2011. renouvelables et l’étanchéité à l’air. L’audit a pourtant révélé que pour 8 chefs d’entreprise sur 10, la formation était difficilement accessible par manque de temps. Pour plus d'information : ADEME Laurence Ferrette Véritable outil de pilotage, le diagnostic a permis à 02 99 85 87 13 - laurence.ferrette@ademe.fr l’ADEME et l’Alliance Villes Emploi d’élaborer des plans professionnels (équivalents temps plein) qui devront être mobilisés pour répondre à la demande, soit 42 % de plus. Ces nouveaux besoins en compétences nécessitent que la profession évolue et ce, dans tous les corps de métier. La performance énergétique ne sera au rendezvous que si une approche globale de l’ensemble du bâtiment est réalisée. Or, cet audit a révélé que peu de professionnels sont aujourd’hui en mesure de faire face

Pour une vraie politique d’intégration des jeunes… Albert Billon, animateur territorial Au cœur de la campagne électorale en cours, pour l’élection de notre futur Président de la République, les principaux candidats ont placé l’avenir de nos jeunes au centre de leurs préoccupations. Pourtant depuis la fin des années 70 et les premiers plans

Depuis plus de 30 ans, 120 à 150 000 jeunes sortent du système scolaire, chaque année, sans qualification. Malgré des plans de relance à répétition, l’apprentissage ne décolle pas vraiment... Pourtant, notre système éducatif est réputé performant et le monde de

FAIRE DE L’INTÉGRATION DES JEUNES DANS LE MONDE DU TRAVAIL UNE VRAIE PRIORITÉ, CE SERA UNE RÉVOLUTION CULTURELLE QUI OBLIGERA L’ENTREPRISE À GUIDER LE JEUNE ET LE MENER À LA RÉALISATION DE SA CONSTRUCTION PROFESSIONNELLE

« Barre », nos gouvernants n’ont eu de cesse de déclarer la « cause » des jeunes, priorité nationale. Malgré quelques succès conjoncturels, force est de constater que la place des jeunes dans le monde du travail reste très faible (au même titre d’ailleurs que les seniors).

l’entreprise, ouvert et accueillant…. Quitte à froisser quelques idées, je crois qu’il est temps de revisiter nos modèles en vigueur pour défendre un peu plus une culture de l’intégration. Il ne s’agit plus de régler un problème de chômage mais d’opérer un autre choix de

société. Je considère que le rôle premier de l’Education Nationale, en particulier sur le cycle primaire puis jusqu’en 3e, consiste d’abord à « armer » le jeune dans sa capacité à comprendre et à formuler des choix, à étayer sa lecture du monde ou à s’adapter à un environnement de plus en plus mouvant. Sa mission première est éducative. L’accès aux savoir-faire, aux outils, aux techniques, à la performance, devrait relever d’un nouveau rapport à construire, entre l’Ecole et l’Entreprise. De fait, l’Apprenant (ou l’Apprenti) doit avoir un statut particulier, protégé comme il se doit, sujet (et non pas objet) de toutes les attentions. Il n’est pas une charge (de personnel) mais une ressource parce que d’abord à considérer comme un investissement. De ce point de vue, il pourrait être intégralement pris en charge par la solidarité nationale. Il ne suffit pas de décréter que l’Ecole va préparer ou former nos jeunes aux besoins de l’entreprise et d’autre part déclarer ipso facto que toute entreprise peut former des apprentis, pour que le

problème soit réglé. L’art de transmettre est un métier autant qu’une fonction, que l’on retrouve entre les mains des enseignants, mais que l’on devrait également retrouver au cœur des entreprises. Faire de l’intégration des jeunes dans le monde du travail une vraie priorité, ce sera d’abord une révolution culturelle qui obligera l’entreprise à s’organiser (accueil, accompagnement, formation) pour guider le jeune et le mener à la réalisation de sa construction professionnelle, en s’appuyant sur des espaces formation comme autant de lieux ressources multifonctionnelles (intellectuelles, culturelles) mais aussi humaines. En donnant notamment aux seniors, la responsabilité de former et de transmettre leurs acquis. Comme pour la parité ou le handicap, en France, seul le recours à la Loi pourra durablement faire avance les choses – la carotte et le bâton – et donner à notre jeunesse un peu d’espérance. N’est-il pas ?


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ENQUÊTE

Les signataires du Pacte électrique breton (Etat, Conseil régional, RTE, ADEME, ANAH) mettent en œuvre une stratégie partagée pour répondre durablement aux enjeux électriques de la Bretagne.

TRISKELL ÉLECTRIQUE BRETON : TROIS PILIERS INDISSOCIABLES COMBIEN DE MÉGAWATTS PAR INSTALLATION ? Voici, à titre de comparaison, la puissance installée* de plusieurs types d’équipements. • 2660 MW pour les 2 réacteurs de la centrale nucléaire de Flamanville (Manche) • 2600 MW pour la centrale thermique de Cordemais • 480 à 500 MW pour le futur parc d’éoliennes flottantes en Baie de Saint-Brieuc • 450 MW pour le projet de central cycle combiné à gaz prévu dans le Finistère dans le cadre du Triskell breton • 6 MW pour un parc moyen de 4 éoliennes terrestres en Bretagne • 2 MW pour le projet d’immersion de 4 hydroliennes au large de Paimpol • 2 MW pour la future centrale solaire au sol en Presqu’île de Crozon *Il s’agit ici de mégawatts. S’il était question de production effective, on parlerait alors de mégawatts-heure.

Dossier réalisé par Olivier Boyer Régis Fort Chantal Guézenoc

e Pacte électrique breton a été signé le 14 décembre 2010 par le préfet de la région Bretagne, Michel Cadot, et le président du Conseil régional, Jean-Yves Le Drian. Aboutissement d’une concertation large et approfondie au sein de la Conférence bretonne de l’énergie, cette signature associe trois autres partenaires essentiels : l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME), l’Agence nationale d’amélioration de l’habitat (ANAH), Réseau de transport de l’électricité (RTE). Le Pacte repose sur trois piliers indissociables : Le programme de maîtrise de l’énergie vise à renforcer les dispositifs de rénovation thermique des logements privés et sociaux et l’animation territoriale des politiques énergétiques au plus près des collectivités, entreprises et particuliers. L’objectif est de diviser par 2 à l’horizon 2015, puis par 3 à l’horizon 2020 la croissance de la consommation bretonne d’électricité. Les partenaires s’engagent à mettre en œuvre des actions de maîtrise de la demande d’électricité (MDE) permettant de ramener cette augmentation annuelle de 2,6% actuellement à 1% en 2015.

L

Bretagne, d’un fonds d’investissement dédié. La sécurisation de l’approvisionnement électrique passe par une solution globale de renforcement du réseau de transport de l’électricité : création d’ici à 2018 d’un filet de sécurité, liaison souterraine entre Lorient et SaintBrieuc de 225 000 volts, et mise en place dans l’aire de Brest à l’horizon 2015 d’un moyen de production d’appoint de type centrale cycle combiné gaz. Parallèlement, le Pacte préconise l’expérimentation à grande échelle OBJECTIF : DIVISER PAR 2 de réseaux électriques intelligents permettant un meilÀ L’HORIZON 2015, PUIS PAR 3 leur équilibre consommationÀ L’HORIZON 2020 LA CROISSANCE production et le stockage de l’énergie. DE LA CONSOMMATION BRETONNE La mise en œuvre opéraD’ÉLECTRICITÉ tionnelle du Triskell breton fera l’objet d’un suivi qui prendra appui sur les travaux de l’Observatoire de l’énergie et les dispositifs financiers nationaux (tarifs des gaz à effet de serre (Oreges). d’achat et appels à projet). Elle passera aussi par l’élaboration de schémas régionaux de plaPlus d’infos : www.bretagne.fr nification, par l’accompagnement des territoi(site de la Région Bretagne) ; res et la mobilisation des collectivités en favowww.bretagne.developpement-durable.gouv.fr risant le déroulement des procédures admi(site de la Direction régionale de l’Environnement, nistratives, et la mise en place, par la Région de l’Aménagement et du Logement).

Le déploiement massif des énergies renouvelables a pour buts d’augmenter la part de production électrique de la Bretagne et de contribuer à répondre aux objectifs du Grenelle de l’Environnement. Il mobilisera tous les types de filière (éolien terrestre et offshore, énergies marines, photovoltaïque, biomasse…) avec un objectif de puissance installée de 3600 MW en 2020. Cette ambition s’appuiera sur

«

...

ARMELLE HURUGUEN, VICE-PRÉSIDENTE DU CONSEIL GÉNÉRAL, EN CHARGE DE L’ÉNERGIE ET DE L’EAU

« NOUS AVONS ANTICIPÉ LE GRENELLE » En matière de Plan climat-énergie territorial, le Finistère possède-t-il une longueur d’avance ? Le premier Plan climat-énergie territorial (PCET) du Conseil général du Finistère, adopté en janvier 2009, a anticipé les obligations envisagées par la loi Grenelle II qui a rendu obligatoire les PCET pour toutes les collectivités de plus de 50 000 habitants. Il a identifié quatre enjeux stratégiques : sécurisation de l’approvisionnement électrique, maîtrise de l’énergie, production d’énergie décentralisée et renouvelable, mobilisation des acteurs et sensibilisation du public. Sera-t-il actualisé bientôt ? Le programme d’action fait d’ores et déjà

l’objet d’un suivi annuel. Par ailleurs, le Conseil général du Finistère devra fournir un nouveau PCET au plus tard en janvier 2014. Le premier Plan était axé sur le fonctionnement du Conseil général ainsi que sur l’exercice de ses compétences et ses leviers d’action. Le deuxième PCET présentera un diagnostic plus développé appuyé sur de nouvelles données. Le contexte réglementaire évolue : nouvelle réglementation thermique 2012, évolutions tarifaires de rachat des énergies renouvelables… L’action du Conseil général est également en perpétuelle mutation. L’intégration de nouvelles compétences a des conséquences fortes et immédiates sur le bilan des émissions de la collectivité.

Comment aborder les causes et conséquences du dérèglement climatique ? Les réflexions internationales autour du climat distinguent deux notions essentielles. L’atténuation vise à agir sur les causes identifiées du dérèglement climatique. L’adaptation, qui touche des politiques importantes du Conseil général (milieux naturels, submersion marine ou inondation, routes, bâtiments…), a pour but de se préparer aux conséquences. Une étude de vulnérabilité devra identifier précisément les risques ou aléas auxquels sera soumis le Finistère en tenant compte des degrés d’incertitude.

Plus d’infos : www.cg29.fr


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ENQUÊTE SOUS LA MENACE DU BLACK-OUT… Que risquent les Finistériens en cas de pic de consommation hivernal excédant les capacités du réseau ? Réponse de Didier Bény, directeur de Réseau de Transport d’Électricité Ouest. a Bretagne est une « péninsule électrique », comme sa lointaine cousine de Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Elle ne produit actuellement que 8 à 10% de l’électricité qu’elle consomme. L’essentiel de son alimentation est acheminée par RTE* (Réseau de Transport d’Électricité) via des « autoroutes » (400 000 volts) et « nationales » (225 000 volts). Parmi les principaux fournisseurs : des centrales nucléaires (Flamanville dans le Cotentin, Chinon en Indre-et-Loire...) et la centrale (charbon, fioul) de Cordemais, près de Nantes, le plus important site thermique français. Les 8 à 10% produits dans la région sont fournis par les éoliennes terrestres, les turbines à combustion (TAC) de Brennilis et Dirinon et l’usine marémotrice de la Rance. Produire aussi peu rend fragile ! Ainsi, le 1er décembre 2010, jour glacial, la consommation d’électricité en Bretagne a bondi de 30%. « Ce type de situation porte le réseau au maximum de ses capacités. En cas de problème ou d’avarie grave, nous risquons de ne plus être en mesure d’alimenter l’ensemble des consommateurs bretons », affirme Didier Bény, directeur de RTE Ouest. Ce d’autant plus que la croissance de la consommation électrique en Bretagne est deux fois supérieure à la moyenne nationale, en grande partie pour des raisons démographiques. L’axe nord - Rennes-Saint-Brieuc- est particulièrement vulnérable lors des pics de consommation. Les Côtes-d’Armor et l’est du Finistère sont les plus exposés. 150 000 personnes pourraient être concernées par un black out. Beaucoup se joue dans l’estuaire de la Loire. En cas d’avarie majeure à la centrale thermique de Cordemais, qui assume un rôle stratégique dans l’alimentation électrique de la Bretagne, on pourrait vivre un phénomène d’écroulement de tension, assimilable à l’effondrement d’un château de cartes. Un précédent existe. Le 12 janvier 2007, l’ensemble des tranches de la centrale de Cordemais s’étaient trouvées paralysées dans une situation de grand froid et de gel de la Loire. L’ampleur de l’incident avait impacté un tiers de l’hexagone. Aujourd’hui, dans ce cas de figure, la Bretagne serait « isolée » afin d’éviter une semblable propagation. Mais un million et demi de Bretons risqueraient de dîner aux chandelles.

L

Pour combien de temps ? « La probabilité d’occurrence d’un tel évènement est relativement faible », souligne Didier Bény. « En 1987, le rétablissement s’était opéré dans la journée », indique-t-il. Au pire, en fonction du scénario, la perturbation pourrait durer cinq jours. Des rotations seraient alors mises en œuvre afin de répartir équitablement l’énergie disponible. En tout état de cause, l’alimentation prioritaire des hôpitaux, maisons de retraites… demeurerait garantie. La sécurisation du réseau – 3e branche d’un Triskell breton auquel concourt intégralement RTE – est d’autant plus urgente que les turnines à combustion de Brennilis et Dirinon risquent fort de se retrouver hors normes environnementales dès 2015. Dans ce contexte, le

«

LA BRETAGNE NE PRODUIT QUE 8 À 10% DE L’ÉNERGIE QU’ELLE CONSOMME

...

responsable du réseau de transport d’électricité va construire un « filet de sécurité » entre Lorient et SaintBrieuc. Cette liaison souterraine à 225 000 volts, d’une longueur d’environ 90 km, devrait être opérationnelle en 2017. Début avril 2012, l’Etat devrait par ailleurs choisir l’opérateur et la localisation de la nouvelle centrale combiné gaz bretonne prévue dans l’aire de Brest. RTE dispose à cette fin de trois postes de raccordement possibles. Quelle que soit la décision prise, l’équipement ne sera pas opérationnel avant 2016-2017. Il reste donc quelques hivers délicats à passer… *Créé le 1er juillet 2000, société anonyme depuis 2005, EDF en est actionnaire à 100%. Ses missions : transport d’électricité et gestion du système électrique. Plus d’infos : www.rte-france.com

POURQUOI UNE CENTRALE AU GAZ EN FINISTÈRE ? La sécurisation de l’alimentation électrique de la Bretagne comprend notamment l’implantation d’un nouveau moyen de production classique. Selon le Pacte électrique breton, « la solution la plus adaptée est un cycle combiné à gaz » parce qu’il s’agit d’un « mode de production à haute performance énergétique fonctionnant dans le cadre du marché électrique, et qui utilise uniquement le gaz naturel, combustible le moins émetteur de CO2 parmi les combustibles fossiles. La puissance active garantie de cette unité sera d’environ 450 MW. La localisation la plus pertinente se situe dans l’aire de Brest ». Le choix du site d’implantation (10 à 15 hectares) sera laissé à la discrétion du porteur de projet retenu par l’Etat dans le cadre de l’appel d’offres. Il devra toutefois s’effectuer dans l’un des trois périmètres suivants : 25 km autour du poste de transformation RTE (Réseau de Transport d’Electricité) de Loscoat (près de Brest), 25 km autour du poste de La Martyre (près de Landerneau), 30 km autour du poste de Brennilis. Ce projet suscite localement des oppositions, notamment celle du collectif GASPARE (Garantir l’Avenir Solidaire pour l’Autonomie Régionale Energétique) : www.nonalacentrale.fr


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Bretagne chiffres clés 2010

ENQUÊTE

Production

NUCLÉAIRE : 50% EN 2050 ? Il faut réduire progressivement la part du nucléaire dans le bouquet énergétique français, mais il serait « irresponsable » d’en sortir précipitamment. C’est en substance l’avis des sénateurs et députés membres de l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques, auteurs d’un rapport sur « l’avenir de la filière nucléaire en France » rendu public en décembre dernier. « L’énergie nucléaire, dans

les conditions de sûreté renforcée prenant en compte les enseignements de Fukushima, doit conserver son rôle de pilier », estiment les parlementaires qui soulignent toutefois « le risque de s’en remettre pour une part trop importante » à elle, puisque « l’exemple japonais invite à ne pas mettre tous ses œufs dans le panier ». Les auteurs appellent de leurs vœux une « trajectoire raisonnée » prenant en considération le délai « historiquement

plausible » de maturation industrielle des solutions technologiques dans le secteur de l’énergie. Celle-ci « ramènerait l’énergie nucléaire à une part de 50 à 60% de la production totale actuelle vers 2050, et de 30% vers 2100 ». Cette décroissance « serait obtenue en n’effectuant qu’un remplacement partiel des capacités nucléaires installées lorsqu’elles arrivent en fin de vie ». Plus d’infos : www.assemblee-nationale.fr

EDF S’ENGAGE EN FAVEUR DE LA MAÎTRISE DES CONSOMMATIONS L’énergéticien a lancé en juin 2010 ENBRIN (Energie Bretagne Innovation), un plan d’actions régionales qui contribue à la sécurisation électrique de la Bretagne. « Les points fondamentaux de ce programme sont l’innovation, la complémentarité des réponses, la performance et le partenariat avec les acteurs du territoire : collectivités, entreprises, professionnels du bâtiment…», explique son responsable, Marc Posnic. Concrètement, EDF va à la rencontre des clients en proposant des actions, ludiques et pédagogiques, de sensibilisation à la maîtrise de l’énergie : expositions, ateliers, séances d’information… Parallèlement à la promotion des éco-gestes, ENBRIN favorise l’écorénovation. Depuis le lancement du programme,

près de 3 000 particuliers ont opté pour les aides à la rénovation (prêts à taux zéro) proposées par EDF, dont 800 dans le Finistère. Les collectivités sont également concernées. La rénovation de l’ensemble de l’éclairage public réalisée à Malestroit (Morbihan) a permis par exemple de réduire la consommation d’énergie de la commune d’environ 1,5 million de kWh sur 7 ans et d’éviter le rejet dans l’atmosphère de 120 tonnes de CO2. A l’intention des industriels, EDF propose des aides financières pour investir dans des solutions innovantes telles que les systèmes de variation électronique de vitesse (VEV) ou les moteurs équipés de « stop & go ».

LE RÔLE STRATÉGIQUE DE CORDEMAIS

• La Bretagne a produit 6 910 GWh d’énergie pour sa consommation finale, dont 87% renouvelables. Cette production a couvert 8,3 % des besoins en énergie finale de la région. En augmentation de 12 % par rapport à 2009, elle est constituée à 60% de bois et à 30% d’électricité.

• La production d’énergies renouvelables (EnR) bretonne a progressé de 46 % depuis l’an 2000. • La Bretagne a livré au réseau électrique 2 011 GWh. C’est 15,5 % de mieux qu’en 2009 et plus du double de la production de l’an 2000. La première source d’électricité est

l’éolien terrestre (45 %).

Consommation •83 715 GWh ont été consommés en Bretagne. Les vagues de froid ont provoqué une hausse de 1,4 % de la consommation par rapport à 2009. Les produits pétroliers (carburants et fiouls) constituent le poste principal (50 %) devant l’électricité (26 %) qui progresse toujours (+6,7 % de 2009 à 2010). •Le bâtiment (résidentiel et tertiaire) est le premier secteur consommateur (45 %) devant les transports (34 %). L’agriculture et la pêche totalisent 9 % (contre 3 % au niveau national). L’industrie bretonne n’est pas énergivore (12 % des consommations). (Source : Observatoire de l’énergie et des gaz à effet de serre en Bretagne/ Chiffres clés de l’énergie en Bretagne : www.observatoire-energie-ges-bretagne.fr)

Mots clés • Cycle combiné gaz. Technologie la plus récente de production d’électricité dans une centrale thermique fonctionnant au gaz naturel. Un cycle combiné est constitué d’une ou plusieurs turbines à combustion et d’une turbine à vapeur. Le gaz de synthèse est envoyé dans la turbine à combustion qui génère de l’électricité et des gaz d’échappements très chauds. La chaleur des fumées est récupérée par une chaudière qui produit ainsi de la vapeur. Une partie de la vapeur est alors récupérée par la turbine à vapeur pour produire de l’électricité.

• Fourniture électrique. On distingue dans la demande

Photo EDF

L’électricité ne se stockant pas, la centrale EDF de Cordemais est, de par sa situation géographique, un acteur majeur dans l’alimentation électrique de la Bretagne. Construite à la fin des années 60, la centrale de Cordemais est le plus important site thermique français. Elle dispose d’une puissance installée de 2600 MW (2 tranches charbon et 2 tranches fioul) qui lui permet, à pleine puissance, d’alimenter en électricité environ 2,5 millions d’habitants. Elle produit près de 1/4 de la consommation de la région Bretagne*. Cinq turbines à combustion, installées à Brennilis et Dirinon, d’une puissance totale de 465 MW, ont aussi pour mission de contribuer à la sécurité d’alimentation électrique de la Bretagne. Elles fonctionnent en moyenne quelques centaines d’heures par an, pendant les périodes de forte consommation, souvent pendant les heures les plus tendues de l’hiver. En cas d’urgence, elles peuvent produire à pleine puissance en 30 minutes. *Plus d’infos : http://cordemais.edf.com

électrique quatre formes de consommation : la fourniture électrique « de base » qui est produite ou consommée de façon permanente toute l’année ; la fourniture de « semibase » dont la période de production et de consommation est concentrée sur l’hiver ; la fourniture de « pointe » qui correspond à des périodes de production ou de consommation chargées de l’année…

• Kilowatt-heure. Le kilowatt-heure est une unité de mesure d'énergie correspondant à l'énergie consommée par un appareil de 1 000 watts (1 kW) de puissance pendant une durée d'une heure. Exemple : un appareil électrique d'une puissance d'un watt (1 W) utilise en un an 8,76 kWh (1 watt x 24 heures x 365 jours = 8 760 Wh). La puissance exprimée en watts (W) est souvent confondue avec l’énergie exprimée en watt-heures (Wh).


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LE SDEF : ACTEUR MAJEUR

Les centrales nucléaires indiquées sur cette carte fournissent la base de l’alimentation électrique bretonne, au profit de laquelle la centrale thermique de Cordemais, près de Nantes, exerce également un rôle stratégique. Deux sites de turbines à combustion (TAC) implantés dans le Finistère, à Brennilis et Dirinon, se révèlent d’une grande utilité pour faire face aux pics de consommation mais l’évolution des normes rend incertaine leur pérennité. L’électricité est acheminée en Bretagne par RTE puis distribuée par ERDF, deux filiales d’EDF. (Carte RTE)

Créé en 1948, le Syndicat départemental d’énergie et d’équipement du Finistère a pour mission d’organiser et de gérer le service public de distribution d’énergie électrique. Depuis fin 2007, il regroupe toutes les communes du département (275 sur 283) hormis celles qui composent Brest Métropole Océane. Quelles missions ? Le SDEF dispose de la compétence électricité : contrôle de la concession et de la qualité du service public ; développement et aménagement esthétique des réseaux (enfouissement) ; sécurisation, renforcement et extensions des réseaux dans les communes rurales ; maîtrise de la demande d’énergie et développement des énergies renouvelables en partenariat avec les agences locales de l’énergie (ALE), le Conseil général et l’ADEME. Le SDEF dispose également de compétences optionnelles : développement et exploitation des réseaux de distribution gaz ; création et exploitation des réseaux de communication électroniques (fibre optique) ; construction et exploitation des réseaux d’éclairage public. Il propose par ailleurs des missions d’assistance conseil pour le compte des collectivités (assainissement, eau potable, voirie). Quel patrimoine ? Il comporte environ 15 000 postes de transformation et plus de 25 000 km de réseaux moyenne et basse tension. Plus de 420 000 abonnés sont raccordés sur ce réseau pour une consommation de 4 500 GWh. Certificats d’économie d’énergie Le système des certificats d’économie d’énergie (CEE) repose sur un devoir de réalisation d’économies d’énergie imposée par les pouvoirs publics sur une période donnée aux vendeurs d’énergie comme EDF et GDF. Pour remplir leurs obligations, ils peuvent acheter des CEE auprès d’autres acteurs tels que les collectivités publiques et territoriales. Le seuil d’éligibilité étant de 20 GWh , la plupart des communes finistériennes ne pouvaient pas déposer de dossier en direct. « Le résultat de la mutualisation des actions a permis au SDEF d’engranger une valeur de 46,9 GWh au titre des certificats d’énergie entre 2006 et 2010. 85% du montant perçu a été reversé aux communes participantes », explique son président Antoine Coroller.


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ENQUÊTE BMO EN POINTE DE LA LUTTE CONTRE LE DÉRÈGLEMENT CLIMATIQUE Brest métropole océane construit, en concertation avec les acteurs sociaux-économiques locaux et en lien avec la population, un Plan Climat Energie Territorial (PCET) qui sera lancé avant la fin de l’année. Son objectif : réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) et la consommation énergétique, tout en développant les énergies

renouvelables. Le bâti et la mobilité figurent au cœur de cette démarche. C’est pourquoi En Liens met en lumière plusieurs actions emblématiques déjà entreprises par BMO en termes d’habitat (rénovations thermiques, création d’un portail internet) et de transports (création d’une première ligne de tramway, opérationnelle en juin prochain).

Autre élément phare de la mobilisation contre les GES : la mise en place progressive d’une filière économique des énergies marines renouvelables, un marché international prometteur sur lequel l’agglomération, avec l’appui fort du Conseil régional et d’autres partenaires essentiels, s’avère idéalement positionné.

DYNAMIQUE DE PERFORMANCE L’amélioration de la performance énergétique des logements représente un axe fort de la politique de l’habitat conduite par BMO. près les quartiers de l’Europe et de Saint-Martin, une Opération Programmée d’Amélioration de l’Habitat-Renouvellement Urbain (OPAH-RU) est engagée depuis début 2011, pour une durée de cinq ans, dans le quartier emblématique de Recouvrance. Le programme prévoit notamment la réhabilitation de 55 immeubles en copropriété et la rénovation d’une dizaine d’immeubles en sortie d’insalubrité. « L’ objectif est de soutenir la réhabilitation des copropriétés,

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sions de l’habitat indigne, de la précarité énergétique et de la performance thermique des logements. Le second volet du Programme d’Intérêt Général (PIG) « Habitat Durable » de l’Agglomération vise ainsi à « dynamiser la rénovation thermique du parc immobilier individuel et collectif, notamment en copropriétés ». L’enjeu est décisif pour Brest dont la majorité du parc date de la Reconstruction, bien avant les premières réglementations thermiques apparues en 1975*.

UNE CELLULE DE REPÉRAGE ET DE TRAITEMENT DES SITUATIONS DE PRÉCARITÉ ÉNERGÉTIQUE TRAVAILLE

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DEPUIS UN AN

traiter l’habitat vétuste et insalubre tout en répondant au défi de la rénovation thermique », explique Jean-Pierre Caroff, viceprésident de BMO en charge de l’urbanisme et de l’habitat. Dans le quartier de Bellevue, la Cité de Kergoat (lire par ailleurs) se voit elle aussi offrir une seconde jeunesse… moins vorace en énergie. Ces opérations exemplaires s’inscrivent dans une dynamique forte. Depuis plusieurs années, dans une logique de développement durable, BMO a en effet intégré dans ses politiques les dimen-

BMO prend cette problématique à bras le corps, via « les Opérations Programmées d’Amélioration de l’Habitat, le programme d’action territorial de l’ANAH (Agence national de l’habitat) et, plus récemment, la création d’une cellule de repérage et de traitement des situations de précarité énergétique », poursuit JeanPierre Caroff. « Un gisement considérable de travaux » L’emploi représente aussi un élément clé des développements futurs en

matière d’habitat. L’étude réalisée par INFOREM (Observatoire Emploi Formation) pour le compte de BMO, intitulée Le Bâtiment face aux enjeux du Grenelle de l’environnement dans le Pays de Brest, fourmille d’informations éclairantes. « Les travaux en lien avec la performance énergétique et la qualité environnementale (P.E.Q.E.) représentent 158 millions d’euros, soit 20% du chiffre d’affaires total des entreprises, » du Pays de Brest. Les résultats de l’enquête font ressortir que 29% des entreprises du territoire avaient suivi une formation liée à la performance énergétique en 2009-2010. 19% déclaraient vouloir le faire en 2011. A juste titre puisque le chiffre d’affaires lié à la P.E.Q.E. en construction neuve devrait « croître sensiblement » avec une première accélération dès cette année, sous l’effet de l’application par anticipation de la Réglementation Thermique 2012 à certains bâtiments. « Le gisement représente un montant potentiel de travaux estimé à 4,5 milliards d’euros » pour le Pays de Brest, « dont 59% concernent les logements, principalement les maisons individuelles ». De ce constat découle un fort besoin en formation continue « afin d’atteindre le taux minimum de 50% d’emplois formés à l’horizon 2015 ».

*La RT 1974, entrée en application l’année suivante, ne concernait que les bâtiments neufs d’habitation. Plus d’infos : www.brest.fr ; www.cellule-eco-bretagne.asso.fr

LES OBJECTIFS DU PCET Rendu obligatoire pour les collectivités de plus de 50 000 habitants par la loi Grenelle 2 de 2010, le Plan Climat Energie Territorial de BMO est complémentaire de l’Agenda 21 adopté en 2009, dont il renforcera le volet Energie. Le PCET décline des actions ciblant les principaux secteurs émetteurs de GES : construction de bâtiments neufs performants sur le plan énergétique, rénovation des bâtiments les plus énergivores, réduction des émissions de CO2 dans le secteur de la mobilité. Dans une logique de cohérence des documents de planification urbaine, BMO a engagé l’élaboration de son PCET parallèlement à la révision de son Plan Local d’Urbanisme (PLU), de son Plan de Déplacements Urbains (PDU) et de son Plan Local de l’Habitat (PLH). Plus d’infos : www.brest.fr


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ENQUÊTE RÉNOVATION THERMIQUE : UN PORTAIL INTERNET DÉBUT MARS our créer les conditions d’une dynamique locale de rénovation thermique du parc privé, BMO va lancer début mars — en lien avec Ener’gence ( l’Agence Locale de l’Énergie du Pays de Brest), et la Chambre de Métiers et de l’Artisanat (CMA) — un portail internet gratuit* destiné à accompagner les projets de rénovation des particuliers et favoriser la mise en relation avec le réseau de professionnels sensibilisés aux problématiques de la maîtrise de l’énergie. Un parcours balisé sera proposé aux utilisateurs : réalisation d’un diagnostic de performance énergétique (DPE) par un professionnel accrédité, analyse de leur potentiel d’investissement, définition des travaux prioritaires, information et accompagnement sur les aides financières et fiscales envisageables, connexion avec le réseau d’entreprises adhérentes au portail pour l’obtention de devis… En dernier lieu, un DPE après travaux sera proposé afin de vérifier les gains énergétiques obtenus. Ener’gence fait office de porte d’entrée. « Notre mission, via l’espace info-énergie, est d’offrir aux particuliers un conseil impartial et gratuit », explique Gladys Douilly, directrice. « Dans le cadre

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du portail, nous les accompagnerons tout au long du processus et les aiguillerons vers les choix techniques les plus cohérents ». L’ALE du Pays de Brest veillera notamment à la hiérarchisation, la qualité de réalisation et l’efficacité des travaux en termes de performances énergétiques. A l’instar des organisations professionnelles (Fédération Française du Bâtiment, Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment), la Chambre de Métiers et de l’Artisanat s’est aussi engagée fortement. « Ce portail constitue un outil de dialogue, de pédagogie et d’aide à la décision au profit des particuliers qui sont parfois rebutés, dans le cadre de leurs projets de rénovation, par le manque d’information et de clarté », affirme Jacques Bourniche, directeur de l‘antenne brestoise de la CMA 29. « Il leur permettra d’identifier les entreprises qui possèdent des savoir-faire éprouvés. Celles-ci devront signer une charte éthique qui comprendra un volet formation. Grâce à ce portail, les particuliers pourront bénéficier d’une vision globale et durable de l’évolution de leur bâti. » *www.tinergie-brest.fr

LE NOUVEAU VISAGE DE KERGOAT Brest Métropole Habitat achèvera au printemps le chantier d’amélioration thermique de 566 logements locatifs sociaux à Kergoat. es mauvais résultats du diagnostic de performance énergétique (DPE) réalisé en 2007 sur le site de Kergoat (20 immeubles construits entre 1964 et 1965) ont motivé l’opération de rénovation thermique entreprise actuellement par BMH. Les bâtiments étaient classés E (sur une échelle de A à G) aussi bien pour les consommations énergétiques (entre 231 et 330 kWh ep/m2/an)* que pour les émissions de gaz à effet de serre (étiquette climat). « Dans le cadre de la rénovation, l’objectif est d’obtenir au final une consommation d’énergie inférieure à 90 kWh/m2/an. Près de trois fois moins ! », explique Yves Quiniou, directeur de BMH Les travaux, d’une durée de quinze mois et d’un coût de 8 millions d’euros,

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BMH investi 8 millions d’euros dans la rénovation thermique des 566 logements de Kergoat.

s’inscrivent dans le cadre du plan stratégique de patrimoine 2010-2016 de BMH. Ils prévoient le remplacement des chaudières et des menuiseries extérieures, l’amélioration des isolations (toitures, façades, pignons) et de la ventilation, mais aussi l’embellissement général du quartier… Les locataires, qui se sont prononcés à une très large majorité en faveur du programme au printemps 2010, s’acquitteront pendant quinze ans d’une contribution mensuelle égale à la moitié de l’économie globale d’énergie théorique estimée par logement (de l’ordre de 25 euros pour un T4, pour une économie de charge de 50 euros). Rue du Maréchal Clauzel, Marie-Thérèse, locataire à Kergoat depuis trente-

neuf ans, exprime sa reconnaissance : « Pour nous, ça change tout. Avant, le rideau du séjour bougeait sans cesse à cause du vent. C’est fini. Le thermostat nous permet de régler le chauffage sans gaspiller. Ces travaux nous ont ravigotés. On a même décidé de renouveler les tapisseries ! ». Même enthousiasme chez Monique, à quelques cages d’escalier de là : « Il y avait une fissure au plafond et nous avions des problèmes d’humidité dans la cuisine et dans les chambres. C’est propre, confortable. En plus, on va faire des économies. »

*Kilowattheures d’énergie primaire par mètre carré de surface hors d’œuvre nette par an.

ALAIN MASSON, VICE-PRÉSIDENT DE BMO (DÉVELOPPEMENT DURABLE ET GRANDS PROJETS)

« + 40% DE FRÉQUENTATION POUR LES TRANSPORTS EN COMMUN EN DEUX ANS » Le projet de tramway a-t-il été bien accepté ? Nous avons pris soin d’organiser une concertation approfondie qui a permis d’associer habitants, commerçants et organismes consulaires. Il n’y a jamais eu de tension significative sur le principe même du tramway, même si l’on peut toujours améliorer l’information en temps réel des usagers.

l’ordre de 40% sur deux ans de l’usage des transports en commun dans l’agglomération. Une partie des bus sera redéployée ailleurs sur le réseau. De nouvelles connexions seront mises en place. Les fréquences augmenteront et les horaires seront, dans la mesure du possible, calés sur ceux du tram. Cela incitera les particuliers à ne plus utiliser leur voiture.

Quels sont vos objectifs ? La mise en service de la première ligne du tramway, en juin 2012, devrait permettre une augmentation de

Quelles sont les prochaines étapes ? Nous avons opté pour un tram-train pour éventuellement le faire circuler sur la voie ferrée et,

de cette façon, desservir les communes situées au nord-est de l’agglomération. Pour ce qui est de la réflexion sur une 2e ligne de tram, des propositions seront faites en 2013. Quant au téléphérique surplombant la Penfeld*, il s’intègrera au réseau et sera complémentaire des bus et du tramway. *410 mètres parcourus en 1 minute à 60 mètres de hauteur entre les deux rives. Environ 1200 passagers par heure. 15 millions d’euros d’investissement. Plus d’infos : www.letram-brest.fr


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ENQUÊTE

BREST, PORT DES ÉNERGIES MARINES « Brest sera prêt en 2015 ! », affirme Fabrice Huret, vice-président de BMO en charge de l’Economie. A cet horizon, les énergies marines renouvelables devraient connaître en France leurs premiers développements économiques de grande ampleur avec, notamment, la création du parc éolien de la Baie de Saint-Brieuc dont bénéficiera l’agglomération brestoise. Elus, chercheurs, industriels, formateurs… se mobilisent pour que la Cité du Ponant, qui accueille le Pôle de compétitivité Mer Bretagne et l’institut d’excellence des énegies décarbonnées (IEED) France Energies Marines (en cours de constitution), devienne l’un des acteurs clés de ce marché international à très fort potentiel.

Photos DCNS

rest, c’est la mer par excellence », affirme Fabrice Huret, vice-président de BMO en charge de l’économie. « Nous disposons de toutes les briques indispensables à l’édification d’une filière industrielle des énergies marines renouvelables (EMR) : infrastructures portuaires, R&D, partenaires industriels, formation… ». Cet « enjeu considérable » représente par ailleurs une opportunité de diversification majeure. Les EMR viendront conforter les activités existantes, telles que la réparation navale actuellement en difficulté, mais en aucun cas ne se substitueront à elles. Brest possède un atout maître : les 38 hectares du polder, disponibles et aménageables. Propriétaire du port de commerce depuis 2007*, le Conseil régional a annoncé le lancement d’un important programme de travaux (134 millions d’euros au total). Parmi les priorités de ce chantier figurent la consolidation du polder du Moulin-Blanc et surtout l’aménagement d’infrastructures permettant d’y accueillir une base de montage et d’assemblage d’éoliennes offshore et d’hydroliennes. S’y ajouteront, en termes d’activités, le stockage d’une partie des matériels, voire la fabrication d’une partie des fondations des éoliennes posées en Baie de Saint-Brieuc**. A ces fins, le polder sera doté d’un quai et d’un accès maritime amélioré grâce à des travaux de dragage. « BMO prendra sa part dans le financement

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LEVER DES VERROUS TECHNOLOGIQUES France Énergies Marines a franchi l’été dernier une étape décisive de l’appel à projets au titre des investissements d’avenir (grand emprunt) pour la constitution d’un Institut d’excellence des énergies décarbonées (IEED) dont le siège sera situé à Brest. « L’Institut bénéficie du soutien de plusieurs régions : Bretagne, Pays de la Loire, Basse-Normandie, Aquitaine, Provence-Alpes-Côte-d’Azur, Réunion », explique Yann-Hervé De Roeck, chef de projet à l’IFREMER. « Nous interviendrons de façon transversale et pluridisciplinaire sur l’ensemble du spectre des énergies marines renouvelables : éolien, hydrolien, houlomoteur, énergie thermique des mers… ». Avec l’ambition de « permettre de lever des verrous technologiques pour assurer la fiabilité et la rentabilité » des EMR, « tout en prenant en compte leur impact environnemental et leur acceptabilité sociale ».

de ce développement des infrastructures portuaires parce qu’il y a des perspectives d’emplois pour les habitants de l’agglomération », explique Fabrice Huret. A court terme, le surcroît d’activité proviendra des projets d’éolien posé. « En fonction du consortium retenu dans le cadre du projet de parc en Baie de Saint-Brieuc, nous pouvons espérer entre 80 et 300 créations d’emploi », précise le vice-président de BMO. La deuxième phase du développement local des EMR concernera l’hydrolien et l’éolien flottant. « Brest constitue une place forte unique en France, et sans doute en Europe, dans le domaines des énergies marines renouvelables », conclut fabrice Huret. « Nous mettons tout en œuvre pour accueillir ces filières d’avenir. » * Le concessionnaire en est le Syndicat mixte pour le développement de Brest-Iroise qui réunit, à parts égales, BMO, la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Brest, le Conseil général du Finistère et le Conseil régional de Bretagne. **Ce projet prévoit l’installation d’une centaine d’éoliennes posées (et non pas flottantes) en baie de Saint-Brieuc. La puissance installée devrait atteindre 480-500 MW pour un investissement de près de 2 milliards d’euros. Trois consortiums se sont porté candidats. La décision devrait être annoncée en avril prochain.

France Energies Marines : chiffres clés • 5 sites d’essais en mer, 2 éoliens (Groix et Fos-sur-Mer), 1 houlomoteur (Le Croisic), 2 hydroliens en mer (Paimpol-Bréhat) et en estuaire (Bordeaux). • 55 chercheurs, ingénieurs et techniciens déjà mobilisés. • 142 millions d’euros de budget total prévu sur 10 ans. • Le déploiement massif des énergies renouvelables permettra d’augmenter la production électrique de la Bretagne (34% d’autonomie à l’horizon 2020 contre 8,5% aujourd’hui) avec un objectif de puissance installée de 3600 MW en 2020.


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ENQUÊTE

RENOUVELABLES

FILIÈRE DE FORMATION EN CONSTRUCTION ’ENSTA de Brest accueille cette année sa 2e promotion d’étudiants en Mastère Spécialisé « Energies marines renouvelables ». Ils étaient 13 l’an dernier et sont 8 cette année, ce qui est « exceptionnellement élevé pour un mastère spécialisé », indique Jean-Yves Pradillon, responsable de cette formation à recrutement bac+5, accréditée par la Conférence des Grandes Ecoles. « Il s’agit d’une formation collégiale», souligne Jean-Yves Pradillon. Elle associe plusieurs grandes écoles (Ecole Navale, Télécom Bretagne, Institut supérieur de l’électronique et du numérique, Ecole nationale d’ingénieurs de Brest… ; l’Institut Universitaire Européen de la Mer (école interne de l’UBO) et plusieurs centres de recherche (IFREMER*, SHOM*, Météo France…), ainsi que des opérateurs privés (DCNS, Nass&Wind…) impliqués dans des projets d’EMR. Au programme de ce cursus payant de six mois (500 heures de mi-septembre à mi-mars) figurent quatre volets : sciences de l’ingénierie et

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LE CARRÉ D’AS DE DCNS Éoliennes flottantes. Le projet WINFLO, piloté par l’entreprise lorientaise Nass&Wind industrie, associe plusieurs partenaires locaux : IFREMER, ENSTA, SAIPEM (Brest), bureau d’études In Vivo Environnement (La Forêt-Fouesnant)… Labellisé par le Pôle mer Bretagne, il a pour but de construire un prototype d’éolienne flottante offshore. Responsable de la coordination des phases de conception, de la fabrication et de l’assemblage de la structure semi-submersible ainsi que de l’intégration globale du système, DCNS constitue un acteur clé du projet. « Un démonstrateur devrait être mis à l’eau au printemps 2013 en Bretagne-Sud », précise Marc Bœuf. Hydrolien. DCNS est entré début 2011 au capital d’un des leaders de ce marché émergent, l’Irlandais Open Hydro. Une première machine a été immergée au large de Paimpol (lire en page 16). « Parallèlement, EOLIEN FLOTTANT, HYDROLIEN, nous travaillons sur la spécification d’un premier site d’exploitation au Raz Blanchard, dans ÉNERGIE THERMIQUES DES MERS, la Manche », indique Marc Bœuf. ÉNERGIE DES VAGUES... SONT DE Énergie thermique des mers. Le principe consiste à utiliser la différence de temNOUVEAUX AXES DE DÉVELOPPEMENT pérature existant dans les mers tropicales POUR DCNS entre l’eau de surface à environ 25°C et l’eau profonde (-1 000m) à environ 5°C. Des projets sont en cours à Tahiti, en Martinique et à la Réunion. Énergie des vagues. Le partenariat avec EDF Energies Nouvelles est basé sur la technologie CETO dont le principe est de récupérer l’énergie de la (35 personnes) a été implantée dans la Cité du Ponant pour de multiples raisons : présence du Pôle Mer Bretagne et constihoule à l’aide d’un flotteur immergé pour la transformer en énertution en cours de l’IEED France Energies marines, environnegie hydraulique puis électrique. La première application devrait voir le jour prochainement à la Réunion. ment industriel, omniprésence de la recherche, engagement fort des élus… « L’approche est systématiquement coopérative », souligne Marc Bœuf. Via son incubateur, DCNS s’est positionné sur quatre technologies : Plus d’infos : www.dcnsgroup.com orsqu’il s’est agi d’identifier de nouveaux axes de développement pour DCNS, les énergies marines renouvelables ont vite émergé », affirme Marc Bœuf, responsable des partenariats énergies marines. « Ce secteur d’activité nous est apparu pertinent de par notre connaissance de la mer, un milieu qui impose fiabilité et robustesse, et nos capacités éprouvées en termes d’ingénierie et d’industrie ». Cette détermination a débouché début 2010 sur la création d’un outil dédié : l’incubateur brestois. Sa raison d’être : « Préparer l’arrivée du développement industriel en réalisant des études R&D et marketing », indique Marc Bœuf. Cette structure légère

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10 des 13 étudiants de la 1ère promo ont été embauchés trois mois après l’obtention de leur diplôme technologie ; connaissance des ressources énergétiques ; impacts environnementaux ; aspects financiers, juridiques et sociaux. Quel avenir pour les diplômés ? « 10 des 13 étudiants de la 1ère promo ont été embauchés trois mois après l’obtention de leur diplôme », affirme Jean-Yves Pradillon qui tient à saluer « la constance du soutien apporté par le Conseil régional ». Avant d’élargir son propos à l’ensemble du champ de la formation : « Aujourd’hui, la priorité est de former des intervenants au stade de la recherche-développement (R&D). A court terme, différents projets nécessiteront l’installation de démonstrateurs et de prototypes à la mer, ce qui induira un besoin en termes de techniciens de maintenance. Ensuite, le développement de la filière industrielle impliquera la mise en œuvre de formations spécialisées au niveau, par exemple, de la soudure et la chaudronnerie… ». *Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer ; Service hydrographique et océanographique de la marine. Plus d’infos : www.ensta-bretagne.fr

LA BONNE INFO Le SYMEED est désormais sur la toile : www.symeed.dechets.finistere.fr/


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ENQUÊTE

ÉCONOMISONS ! Pour trouver des solutions de maîtrise et de réduction de la demande d’énergie dans le cadre du pacte électrique breton, deux dispositifs ont vu le jour : le système préventif Ecowatt et l’opération participative Trak O’Watts. Tous deux ont pour but d’aider les familles, les entreprises, les collectivités à changer leurs habitudes de consommation sans pour autant sacrifier leur confort

LES ÉCOW’ACTEURS our pallier le risque de coupures électriques, RTE (Réseau de transport d’électricité), en partenariat avec la Préfecture de Région Bretagne, le Conseil régional, l’ADEME et ERDF (Électricité réseau distribution France) ont lancé la démarche « EcoWatt Bretagne, le bon geste énergie » en novembre 2008. Ce dispositif cherche à inciter les Bretons à réduire leur consommation électrique aux périodes de pointe, le matin et le

tes par courriels ou SMS en cas de saturation du réseau électrique. Ils sont alors invités à effectuer immédiatement des gestes simples pour moins solliciter l’alimentation électrique : éteindre les lumières qui ne sont pas nécessaires et les veilleuses des appareils électriques non utilisés par exemple. Fin 2011, pas moins de 31 000 abonnés adhéraient déjà au dispositif. L’impact des alertes lancées en période de froid sur la consommation est loin d’être négligeable. RTE a constaté une diminution pouvant atteindre 2% de la consommation d’élecLA DIMINUTION DE LA tricité en Bretagne, ce qui équiCONSOMMATION ÉLECTRIQUE vaut aux besoins d’une ville telle que Brest. PEUT ATTEINDRE 2% Après les particuliers, Écowatt concentre ses efforts sur d’autres publics pour renforcer le nombre d’ÉcoW’acteurs actifs : les scolaires avec l’envoi d’un soir de 18h à 20h. Les citoyens ÉcoW’acteur kit pédagogique destiné aux 8-12 ans, les qui se sont préalablement inscrits sur le site entreprises avec un accompagnement des www.ecowatt-bretagne.fr reçoivent des alerPME par les CCI, les collectivités avec une

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charte d’engagement et les associations. « Même si les heures de bureau ne correspondent pas souvent aux heures de pic de consommation, précise Anthony Le Garrec, technicien de l’Espace Info Énergie de Quim-

TRAK O’WATTS, POUR SCRUTER SA CONSOMMATION Pendant 6 mois, d’octobre 2011 à avril 2012, 70 familles bretonnes dont 30 sélectionnées en Finistère se sont engagées dans l’opération Trak O’Watts. Cette expérimentation a pour objectif d’analyser les habitudes de consommation d’électricité spécifique* de ces familles, de les aider par des gestes simples à réduire leur consommation. La famille Moysan, suivie par l’Espace Info Énergie de Quimper Cornouaille, s’est lancée dans l’aventure après une concertation entre parents et enfants. « Nous manquons de repères, indique Jean-Claude, le père de famille. Nous ne sommes pas en mesure d’évaluer le coût de fonctionnement de nos appareils électriques. Nous voulions donc tout d’abord déterminer si notre consommation était conforme à celle des autres familles et ensuite profiter de cette expérimentation pour sensibiliser nos trois enfants à la nécessité de ne pas gaspiller l’énergie. » Trois étapes ont été définies pour mener à bien l’opération. La première, finalisée à ce jour, consistait à faire un état des lieux du matériel électrique utilisé dans les différents foyers et à poser des instruments de mesure sur les équipements pour observer en temps réel leurs consommations. Pendant

cette phase, les familles ne devaient pas modifier leurs comportements. La deuxième étape, en cours actuellement, invite les familles à mettre en pratique les éco-gestes établis par elles-mêmes en concertation avec les conseillers Info Energie et l’ADEME. « Nous cherchons à rendre les familles actrices de la démarche », précise Anthony Le Garrec, technicien de l’Espace Info Énergie de Quimper Cornouaille. Lors de la troisième étape, les logements seront équipés de petits appareils économes en énergie tels que des coupe veille, des ampoules basse consommation, des LED… pour mesurer encore une fois l’impact sur la consommation des familles. Le bilan sera présenté en avril prochain avant de faire connaître au plus grand nombre les recettes pour réduire sa facture d’électricité. * L’électricité spécifique qui représente 17% des consommations d’énergie de la maison, englobe l’électricité nécessaire pour tous les matériels qui ne peuvent fonctionner qu’avec l’énergie électrique : éclairage, électroménager, équipements multimédias, lavage, appareils de froid. L’eau chaude, le chauffage et la cuisson n’en font donc pas partie.

per Cornouaille, nous pensons que les salariés sensibilisés au sein de leur entreprise se mobiliseront également une fois rentrés chez eux. » L’objectif avoué étant d’atteindre 50 000 inscrits d’ici deux ans.

MOBILISATION AUTOUR DE LA PRÉCARITÉ ÉNERGÉTIQUE Est en précarité énergétique un ménage dont 10% des revenus est consacré à régler les factures d’énergie (hors transport). Le Conseil général intervient par le levier du Fonds de solidarité pour le logement. En 2009, 3 715 foyers ont réçu une aide moyenne de 173 euros au paiement de factures de gaz d’électricité. Ce fonds de solidarité finance également une centaine de visites eau-énergie réalisées par les 4 Agences Locales de l’Energie (ALE) finistériennes. Elles sont alertées par des travailleurs sociaux. Aides au changement d’électroménager vétuste et aides aux travaux d’isolation peuvent être déclenchées. Dans une démarche similaire, Brest Métropole Océane a créé l’an passé une cellule de lutte contre l’habitat indigne et la précarité énergétique qui réunit les différents acteurs sociaux. Ce réseau alerte BMO des situations qu’il rencontre. Des diagnostics de performance énergérique sont alors réalisés par le Pact HD. Les ménages sont ensuite accompagnés dans la réalisation de travaux d’amélioration énergétique. EDF et GDF Suez proposent des tarifs de première nécessité sous condition de revenu (648 euros par mois pour une personne seule). 3 200 foyers bénéficient de ce tarif avec EDF en Finistère. « Nous menons régulièrement des actions d’information et de formation auprès d’associations caritatives finistériennes afin que toutes les personnes qui ont droit à ces tarifs sociaux puissent en bénéficier », explique Nicolas Féron, correspondant solidarité d’EDF.


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ENQUÊTE + d’infos en image

Quelques bons gestes L’éclairage • éteindre les lumières lorsqu’on quitte une pièce. • nettoyer régulièrement les ampoules pour éliminer la poussière et ainsi améliorer de 40 % leur flux lumineux. • choisir des abat-jours clairs qui absorbent moins la lumière.

Les appareils de froid • dégivrer le réfrigérateur et le congélateur régulièrement : 4 mm de givre doublent la consommation d’un réfrigérateur. • vider et débrancher les appareils de froid avant une absence prolongée. • régler les appareils à la température conseillée : + 4°C pour le réfrigérateur et - 18°C pour le congélateur.

Le poste lavage • préférer des cycles à basses températures pour laver le linge (un cycle à 90°C consomme 3 fois plus qu’un cycle à 30°C). • sécher le linge à l’air libre ou dans une pièce ventilée du logement.

• attendre que le lave-vaisselle ou le lave-linge soit plein avant de lancer un nouveau cycle. • utiliser les appareils de lavage et séchage après les heures de forte consommation.

Le multimédia • ne pas laisser les appareils en veille : les veilles peuvent représenter une consommation de plus de 500 kWh/an, soit un coût annuel de près de 65 euros. • privilégier un ordinateur portable qui peut consommer jusqu’à 10 fois moins qu’un ordinateur avec unité centrale.

Le chauffage • fermer les volets et les rideaux la nuit. • appliquer des températures en fonction des usages : 19°C au lever et en soirée, 16°C la nuit et le reste de la journée. 1°C en moins permet de faire 7 % d’économie. • vérifier l’étanchéité des fenêtres et des portes pour limiter les infiltrations d’air.

L’eau chaude • éteindre le chauffe-eau en cas d’absence de plusieurs jours.

Pour visionner la vidéo de l’ADEME, scannez le code via l’application bookbéo disponible sur iPhone et Android ou tapez bookbeo.com/enlienstheme dans votre navigateur.

• régler l’eau chaude à une température de 50-60°C.

La cuisson • Couvrir les casseroles, poêles… pendant la cuisson pour réduire les pertes de chaleur et économiser jusqu’à 30%. • adapter le diamètre de la casserole à la taille du foyer pour éviter une surconsommation. • éteindre les plaques et le four un peu avant la fin de la cuisson. • éviter d’utiliser le micro-onde, souvent très énergivore, pour cuire les aliments. Source ADEME Plus d’infos: www.bretagne-energie.fr


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ENQUÊTE

ÉNERGIES LOCALES L La France a choisi l’éolien comme source principale d’énergie pour répondre à son engagement européen de produire 23% d’électricité d’origine renouvelable à l’horizon 2020. Cela tombe bien : la Bretagne, et en particulier le Finistère, possède le 3e potentiel éolien dans l’hexagone (11 % du total). D’autres axes de développement existent, tels que le solaire thermique et photovoltaïque, l’hydrolien, le biogaz… Sans oublier les énergies marines renouvelables (lire par ailleurs) ni l’usine marémotrice de la Rance qui reste un pilier de la production d’électricité bretonne.

VENTS FAVORABLES La Bretagne est la 3e région française en puissance installée. Les 652 MW en fonctionnement fin 2010 ont produit 905 GWh d’électricité cette année-là. Les 418 éoliennes sont réparties dans 89 communes. L’année 2010 a connu une forte augmentation de la puissance installée : +37% par rapport à 2009. La production a augmenté de 22% dans le même temps. 85 nouvelles éoliennes ont été mises en fonctionnement en 2010 sur 19 communes. Fin septembre 2011, la puissance installée a encore augmenté pour atteindre 668 MW. Plus de 300 MW autorisés sont encore à construire. Le nombre moyen d’éoliennes par parc est de 4 pour une puissance de 6 MW par parc. *Source : www.bretagne-environnement.org

L’énergie solaire propose deux technologies différentes. L’énergie solaire thermique produit directement de la chaleur qui sert à chauffer de l’eau sanitaire et/ou une habitation. L’énergie solaire photovoltaïque crée un courant électrique via l’absorption des photons de la lumière par les panneaux solaires qui libère des électrons. 36 000m2 de panneaux photovoltaïques solaires thermiques étaient installés en Bretagne en 2010, dont 80% chez les particuliers (5 000 installations). Les 245 chauffe-eau collectifs recensés ont produit cette année-là environ 11 GWh de chaleur. Pour ce qui concerne le solaire photovoltaïque, la région comptait, fin 2010, 6 559 sites (en toiture), en fonctionnement et livrant au réseau électrique, pour une puissance de 50 MW et une production de 29 GWh. Depuis 2009, la production a été multipliée par 4. Fin septembre 2011, la progression a maintenu son rythme pour atteindre 11 820 installations et 101 MW. La Bretagne représente 5% des installations en France. Des centrales sol sont en projet, comme à Crozon, et permettront d’augmenter encore la puissance. Source : www.bretagne-environnement.org

BIOGAZ GRANDIT

FORCES SOUS-MARINES EDF vient de procédé à l’immersion de l’hydrolienne « L’Arcouest » (16 mètres de diamètre, 850 tonnes) au large de Paimpol (Côtes-d’Armor). Conçue par la société irlandaise Open Hydro et assemblée à Brest par DCNS, elle a été placée à 35 mètres de profondeur afin de tester son fonctionnement en conditions réelles. Au final, le parc composé de 4 turbines, d’une puissance unitaire de 0,5 MW, devrait pouvoir alimenter 2000 à 3000 foyers. La connexion au réseau électrique s’effectuera via un câble offshore de plus de 15 km. De son côté, après l’expérimentation « D03 »

UNE PLACE AU SOLEIL

à Bénodet (1ère hydrolienne sous-marine française immergée en 2008), l’entreprise cornouaillaise Sabella travaille au développement d’une tête de série industrielle. « Sabella D10 » (0,5 MW, 10 mètres de diamètre, 400 tonnes), retenue par l’ADEME dans le cadre du programme « Investissements d’avenir » (3,6 millions d’euros), pourrait être immergée cet automne dans le passage du Fromveur (Ouessant). « Un énergéticien, un acteur du monde pétrolier et un fonds d’investissement s’intéressent au projet », confie le président, Jean-François Daviau. Plus d’infos : www.edf.com ; www.sabella.fr

GRANDES MARÉES L’usine marémotrice de la Rance, mise en service en 1966, a produit en 2010 l’équivalent de la consommation en électricité de la ville de Rennes (environ 220 000 habitants), soit plus de 520 millions de kWh pour une puissance installée de 240 MW. Elle fournit 45% de l’électricité produite en Bretagne. L’usine utilise la force des marées, qui peuvent être calculées à l’avance, en créant une différence de niveaux entre la mer et le bassin grâce à un barrage de 750 mètres de long. La chute d’eau permet de faire tourner une turbine qui entraîne un alternateur. L’estuaire de la Rance est situé dans l’une des régions du monde où l’amplitude des marées est la plus grande. A l’équinoxe, elle peut atteindre 13,5 mètres.

La méthanisation est utilisée pour valoriser des déchets et matières organiques. Elle produit de l’énergie sous forme d’électricité, de la chaleur et un engrais (le digestat). Le plan Biogaz agricole a été créé début 2007 pour accompagner le développement de cette filière en Bretagne et dans les Pays de la Loire. Fin 2010, la Bretagne comptait 14 installations. La production électrique (3,7 GWh) a plus que tripé entre 2009 et 2010 mais reste encore faible : 0,2% de la production totale d’électricité renouvelable. Côté chaleur, 35 GWh, souvent autoconsommés, ont été produits en 2010. De nombreux projets se développent. Fin 2011, la puissance électrique devait atteindre 6,8 MW et la puissance thermique 11,2 MW avec des installations de plus grande taille. Source : www.observatoire-energie-ges-bretagne.fr

UNE CENTRALE SOLAIRE EN PRESQU’ÎLE DE CROZON EN 2014 La communauté de communes de la Presqu’île de Crozon va mettre 7 hectares à la disposition d’un groupement d’entreprise 100% breton, avec lequel il a signé une convention de bail pour la réalisation d’une centrale solaire au sol sur le site de l’ancienne décharge de Kerdanvez. Cet équipement, d’une puissance d’environ 2 MW, permettra

de répondre aux besoins de 700 foyers, hors chauffage. Après instruction du dossier de permis de construire qui devrait être déposé en février, le projet donnera lieu à enquête publique. La durée des travaux est estimée à une dizaine de mois. La centrale solaire devrait être opérationnelle en 2014.


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CULTURE THÉÂTRE DE CORNOUAILLE

À LA RENCONTRE DE TOUS LES PUBLICS La première édition du festival Cirques d’Hiver (14 janvier au 10 février) a permis au Théâtre de Cornouaille d’ouvrir encore plus grand ses portes sur la cité.

ar ce festival, expose Franck Becker, directeur du Théâtre de Cornouaille, nous voulions montrer la variété des approches esthétiques du nouveau cirque, nourries des autres disciplines artistiques telles que la danse, le théâtre, la musique. Nous cherchons à susciter des questionnements, des émotions aussi bien auprès de notre public traditionnel pour lui faire entrevoir la profondeur de cet art populaire qu’auprès du public non averti qui peut, par la dimension festive et transdisciplinaire du cirque, trouver la voie d’une vraie pratique culturelle. »

TRAVAIL EN COMMUN AUTOUR DE LA RÉSIDENCE D’ARTISTE DE CHLOÉ MOGLIA

S’ouvrir à un public non averti La politique de décentralisation de la programmation vers des structures partenaires, développée par le Théâtre de Cornouaille depuis plus de 2 ans, s’inscrit dans la volonté d’entretenir un dialogue avec les publics de quartiers et des Maisons pour Tous. Une collaboration fructueuse avec entre autres l’association circassienne Balles à fond, la MPT Penhars, des établissements scolaires de Cornouaille a permis de « multiplier les rencontres conviviales entre le public et les artistes accueillis à l’occasion de ce premier festival Cirques d’Hiver », poursuit Franck Becker. Parallèlement aux 14 spectacles proposés lors de ce festival, des ateliers d’initiation au cirque, une création originale des « grands élèves » de l’école de cirque Balles à fond, un spectacle sur la notion du risque présenté dans les établissements scolaires, des répétitions publiques, ont ponctué la programmation pour renforcer le lien entre les artistes, les publics et les structures culturelles de Cornouaille. Investir les rues de Quimper, le jardin de l’évêché, la MPT Penhars, le chapiteau monté pour l’occasion à Créac’h Gwen, le théâtre, pour aller à la rencontre de tous les publics et « laisser une trace sensible qualitative dans la vie des gens qui vont croiser les artistes. C’est comme cela que nous concevons notre mission de service aux publics », conclut le directeur de la scène nationale.

Chloe Moglia, trapéziste issue du Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne, a connu une résidence d’artiste riche en échanges avec le public. Ses spectacles Orpus Corpus et Rhizikon, se sont accompagnés de nombreux temps de partage. « Dans un souci de sens et de lien, je recherche ces moments privilégiés avec les publics. Par mes spectacles, je tente avec douceur de faire voler en éclat les certitudes. Je pose des questions qui trouvent écho dans leur vie quotidienne », explique l’artiste. Son spectacle Rhizikon, joué dans 6 établissements scolaires de Cornouaille met en scène la notion d’addiction aux conduites à risque. Munie d’un tableau, d’une éponge et d’une craie, Chloé Moglia interroge les adolescents sur ce qui « nous pousse sans cesse à nous confronter au danger, à reculer nos limites pour aller au bout de soi. Les adolescents sont souvent déconcertés parce qu’ils n’ont pas l’habitude, dans le cadre de l’école, de parler ouvertement de ces questions. » Sa nouvelle création Opus Corpus, finalisée lors de sa résidence d’artiste au Terrain Blanc de la MPT Penhars, explore le champ de la suspension en décomposant chaque mouvement, en s’autorisant à montrer le corps en tension. Autour de cette résidence, le Théâtre de Cornouaille, la MPT Penhars et Balles à fond ont construit un programme de rencontres. Dans le cadre d’un atelier vidéo, 8 jeunes âgés de 10 à 14 ans ont filmé la représentation publique ouverte aux apprentis trapézistes de l’école de

«P

Photo Gérard Pascal

cirque Balles à fond et aux habitants du quartier de Penhars. Cette initiation aux techniques de prise d’images et au montage est « une porte d’entrée ludique pour les adolescents qui délaissent souvent à cet âge l’apprentissage du cirque », explique Joëlle Le Bris, directrice de la MPT Penhars. « Le cirque demande beaucoup d’efforts, de l’adresse et de la souplesse, poursuit Thierry Cresel, directeur de l’associa-

«

DANS UN SOUCI DE SENS ET DE LIEN, JE RECHERCHE CES MOMENTS PRIVILÉGIÉS

...

AVEC LES PUBLICS

tion Balles à fond, or à l’adolescence, les jeunes ont plus de difficultés à s’investir dans des activités qui exigent de la rigueur. » Les élèves de l’école de cirque ont pu également se confronter au travail scénique de la trapéziste. « Ils deviendront les meilleurs ambassadeurs auprès de leurs familles et de leurs copains pour les encourager à franchir à l’avenir les portes des structures culturelles proches de chez eux » , souhaite Joëlle Le Bris.


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AU QUOTIDIEN La plantation d'arbustes à « petits fruits » est source de plaisirs multiples. Leur prix d'achat est souvent modique, leur production régulière et rapide (dès la première année), les variétés nombreuses, leurs exigences minimes. Ne nous privons pas du plaisir d'en déguster et de faire plaisir.

PLANTER UNE HAIE DE PETITS FRUITIERS timulé par son appétit des fruits sucrés, l'homme parvint à sélectionner, siècle après siècle, des espèces et variétés aux fruits savoureux. Exit, donc, les myrtilles riquiqui, framboises malingres et les cassis à la saveur rugueuse qui poussent naturellement dans tous les espaces sauvages d'Europe. En un mot, aujourd'hui, le choix est vaste. Reste à ne pas négliger une règle très importante : toujours s'informer si les plantes que l'on achète en jardinerie ou sur les lieux de production sont auto-fertiles (fécondées par leur propre pollen) ou pas. Dans le cas ou elles sont autostériles, s'impose la nécessité de planter côte à côte, ou à proximité, des variétés pollinisatrices, pour une fécondation croisée efficace. La haie que nous vous proposons de réaliser sera composée d'un mélange de petits fruitiers à faible emprise au sol (distance moyenne entre les plants : 1,5 m) mais à production plutôt élevée (de 3 à 10 kg/pied/an). Connaissant leur prix élevé dans le commerce et, surtout, leur vertus protectrices pour la santé, grâce aux fibres, vitamines et oligo-éléments qu'ils contiennent, l'affaire n'est pas mauvaise !

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Quelle préparation du sol? Une fois la bande de terre délimitée (prenons l'exemple d'un rectangle de 8 m de long sur 0,80 m de large) il est possible de procéder de deux façons. La première consiste à recouvrir cette surface d'un matelas de paille (ou de foin, feuilles mortes, fougères, copeaux de bois bien décomposés,

compost bien mûr, etc.) d'une épaisseur d'environ 10 cm, ce qui permet de détruire totalement la végétation qui se trouve piégée dessous. Dans deux à trois mois la plantation sera possible. Ceci impose de planter des végétaux en pot, la végétation ayant repris à cette date. La deuxième solution consiste à fouiller le sol en profondeur, sans le retourner, afin de l'ameublir, ce qui facilite le travail ultérieur des racines, puis à planter une baguette à l'emplacement de chaque arbuste. Le sol sera de préférence drainant et contiendra assez de matière organique. Celle-ci stimule la vie biologique du sol et donc celles des arbustes fruitiers. S'il en manque (terre de couleur claire) l'idéal est de faire des apports réguliers en compost à raison de 4 à 5 kg par m2. Apporter aussi de la chaux — sauf aux myrtilliers qui aiment l'acidité — à raison de 0,5 à 1 kg/m2 tous les 3-4 ans. Groseilles, cassis et myrtilles Ces trois fruits constituent le trio classique et sans surprise des petits fruitiers. Ils ne sont pas les seuls. Il est possible de rajouter à ces incontournables, framboisiers, mures sans épines, loganberries (grosses framboises allongées issues du croisement entre un framboisier et une ronce), kumquat (résiste à – 10 °C ), physalis (résiste, en prenant quelques précautions, dans la zone littorale, en paillant bien la souche), fraisier...

Antoine Mériadec

Vrai ou faux?

Le paillage d'écorces de pin est nocif Vrai. Tout est relatif mais il est vrai que l'acidité présente dans l'écorce des pins des landes peut nuire à certaines cultures ou plantes ornementales. Les substances acides présentes dans ce matériau peuvent déteindre sur le sol sous-jacent qui devient alors toxique pour certaines plantes, dont le rosier. Ce dernier a alors tendance à jaunir. La conséquence pratique qui en découle consiste à réserver ce type de paillage aux plantes de terre de bruyère qui apprécient l'acidité dans le sol : bruyère, rhododendron, magnolia, etc.

De la bêche à la fourchette

L'oignon Qu'il soit de Roscoff ou d'Égypte, l'oignon accomplit son cycle de vie sur deux ans. Il produit son bulbe la première année puis fleurit et se met à graines la deuxième année. L'homme interrompt ce cycle à son milieu, en fin d'été. La culture de ce légume ne présente pas de difficulté majeure. Les sols légers ont sa préférence, mais sans plus. En 6 mois oignons 'Pâle de Niort', 'de Roscoff', 'Long de Florence' ou 'Blanc gros de Rebouillon' sont à maturité. Après la récolte qui aura lieu à la suite d’un arrachage opéré par temps sec (lorsque les 2/3 des feuilles sont jaunes), suivra un ressuyage de 4-5 jours. À conserver dans un lieu sec, aéré et abrité de la lumière. Se consomme en confit, tarte, tian, farce, confiture, etc.

Outils-matériel-matériau

La serfouette Ce petit outil à deux têtes de 30 à 40 cm de long est idéal pour fouiller le sol sur de petites surfaces. L'une des têtes présente deux dents qui aèrent le sol et décramponnent les racines tenaces. La seconde, plane, accomplit le travail d'une petite binette. Le mot serfouette est apparu dans notre langue en 1542.


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AU QUOTIDIEN UN COIN DE CAMPAGNE… PLUS QU'UN MAGASIN ! vec sa silhouette trapue de hangar agricole, le magasin Un coin de campagne porte bien son nom ! A l'intérieur, des linéaires colorés présentent des produits frais, légumes, fruits, viandes, produits laitiers, pain épicerie. La particularité ? Les aliments viennent directement de producteurs locaux sous démarche de qualité, agriculteurs ou transformateurs artisanaux. Propriétaires de ce commerce pas comme les autres, Anne et Sébastien Marquant viennent d'en souffler les 9 bougies, avec l'enthousiasme des débuts, l'expérience en plus ! En doublant le nombre d'emplois, soit 10 personnes aujourd’hui, et le chiffre d’affaires annuel qui atteint 1,4 millions d’euros, le couple gagne un pari un peu fou. « L'idée de départ est basée sur notre vécu, » témoigne Sébastien Marquant. « Des soucis de santé nous ont fait découvrir l'importance de notre alimentation. D'un autre côté, notre métier de techniciens agricoles nous a permis de toucher du doigt les limites du modèle agricole productiviste. Pourtant de nombreux agriculteurs produisant des aliments de qualité sans pouvoir les valoriser. » Le

A

jeune couple décide alors de devenir le trait d'union entre producteurs et consommateurs en ouvrant un commerce de produits locaux de grande qualité. Accueil soigné, conseils, recettes, site internet, achats en ligne, cours de cuisine, conférences... « Nous déployons petit à petit le projet écrit il y a 10 ans, nous n'avons pas changé d'optique, mais notre clientèle, elle, s’est diversifiée, » estime Anne Marquant. « Le message du lien alimentation-santé est présent dans les familles, à l'écoute de conseils pour mieux manger en alliant plaisir et santé. » Depuis le départ, le couple mise sur le travail en réseaux : « Nous sommes actifs au sein de l'association Bleu, Blanc, Cœur, qui fait la promotion d'une alimentation animale plus naturelle, pour des produits plus riches en Oméga 3. Avec le Centre des Jeunes Dirigeants, c’est l'ouverture aux jeunes professionnels que nous soutenons ». Du travail donc, mais des projets aussi, notamment avec le réseau IALYS. « Il faut dès aujourd’hui avancer pour voir dans quelques années la Cornouaille labellisée comme territoire santé-qualité ! »

• Anne Marquant préside l'association « Terroiret-santé », chargée de promouvoir la santé par l'alimentation. Cours de cuisine, conférences ou tables rondes sont proposés toute l’année, pour le grand public ou les professionnels.

• Animé par Quimper Cornouaille Développement et Imagia, IALYS fédère les acteurs de la filière alimentaire. Il s’adresse au grand public en s’associant à des événements comme le festival A table! ou Billig, la fête des crêpes du monde.

www.uncoindecampagne.com

QUE FAIRE AVEC DES LAITS VÉGÉTAUX ? Lait d’avoine, lait de riz, lait de soja : quel est le rapport entre ces boissons et les produits laitiers que nous connaissons ? Aucun, si ce n’est la couleur ! L’ensemble de ces boissons comporte bien des avantages. La polémique sur l’expression lait végétal existe mais ne nous y arrêtons pas trop car si l’on plonge dans la définition du mot lait, on découvre en deuxième sens « liquide qui ressemble au lait ». Et parmi les avantages de ces boissons végétales, il y a justement le fait de pouvoir remplacer le lait de vache. Les intolérants au lactose qui le savent… ou pas (en cas d’écoulements nasaux importants, d’acné récalcitrant ou de migraines chroniques, interrogez-vous sur votre consommation de produits laitiers et faites l’expérience de ne plus en manger pendant au moins deux mois pour évaluer l’influence de ces aliments sur votre santé) peuvent intégrer les laits ou crèmes de graines ou de céréales à leur alimentation. Ceux qui ne présentent aucune forme d’into-

lérance peuvent aussi découvrir les saveurs, la variété et les qualités nutritionnelles de ces produits végétaux. La crème d’amande se marie merveilleusement à la tarte aux pommes. Une pâte à crêpes avec du lait d’avoine ? Les gourmands n’y verront que du feu! La crème de soja s’utilise dans les gratins, le lait de coco ou la crème de riz en touches finales dans un sauté de volaille, le lait de riz au goût naturellement sucré pour accompagner le muesli du petit-déjeuner, etc. Pour ceux qui font le choix de stopper les produits laitiers quelques temps, l’apport en calcium est une préoccupation. Pas de panique, on trouve du calcium dans les amandes, les noisettes, les graines de sésame complet, les figues, les moules, les huîtres, les sardines, les crevettes, le persil, le brocoli, les œufs, etc. Sans oublier les algues sèches, notre prochain sujet, championnes haut la main en matière de calcium.

NOURRISSANTES ET DÉLICIEUSES, LES LÉGUMINEUSES ! Haricots secs, lentilles, pois cassés, fèves, ou plus exotiques : pois chiches, lentilles corail, ou azukis… Riches en protéines, pauvres en graisses, ces petites graines ne font pas grossir, et sont pleines de vitamines et minéraux indispensables à la santé. Les faire tremper quelques heures permet de gagner du temps sur la cuisson, tout comme l’ajout d’un peu de wakamé ou de kombus à l’eau de cuisson. Les algues enrichissent en minéraux les légumineuses, tout en les rendant plus digestes. Associées à des céréales (semi complètes) pour un apport adéquat en acides aminés essentiels cachés dans les protéines, elles sont au cœur de l’équilibre protéiques des menus végétariens, et se se marient parfaitement avec de la viande. En guise d’invitation, voici une petite recette rapide et de saison, à décliner avec toutes sortes de légumes frais et secs.

Velouté de courge aux pois cassés et curry 1kg courge 250g pois cassés, si possible trempés 2 h curry, sel, poivre - Facultatif : crème, herbes fraîches • Faites chauffer 250g de pois cassés dans 2 fois leur volume d'eau. • Ajouter de gros dés de courge aux pois cassés, avec une demi cuillère à café de curry, laisser mijoter 20 à 30mn. • Mixer, saler, poivrer, et ajouter éventuellement 2 cuillerées à soupe de crème (fraîche ou végétale), et quelques herbes fraîches ciselées avant de servir.


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BIODIVERSITÉ

par Sophie Hanquiez

Coordinateur de la création de l’Atlas des mammifères terrestres de Bretagne, le Groupe Mammalogique Breton cherche à intéresser le grand public à cette action.

Phorto Xavier Rozec/GMB

GARDIENS D’UNE BIODIVERSITÉ MÉCONNUE e groupe comment vous dites ? MA-MMA-LO-GI-QUE… Pas facile de retenir ce mot-là alors qu’on en connaît des beaucoup plus compliqués ! Bon, ça vient de mammifère bien sûr et ça ne sonne pas très glamour, mais quand on s’occupe de la sauvegarde des mammifères sauvages et de leurs habitats, c’est une appellation plutôt indiquée, non ? Nous avons rendez-vous à la maison de la rivière de Sizun pour se faire expliquer les missions du GMB. Catherine Caroff et Franck Simonnet, deux des six salariés de

L

«

SI ON SE CONTENTE DE NE SAUVER QU’UN BOUT DE NATURE ET QUELQUES ESPÈCES, ÇA NE

...

FONCTIONNE PAS

l’association, démarrent d’emblée sur l’Atlas, leur action n°1 du moment. Porteur du programme ambitieux d’éditer en 2015 l’Atlas des mammifères terrestres sauvages de Bretagne, le GMB ne s’est pas toujours autant intéressé aux espèces communes. Et pourtant ! « Dans les années 80 - le groupe date de 1988 – précise Franck Simonnet, après la prise de conscience écologique des années 70, la tendance

était à la protection des espèces menacées comme la loutre, le castor et la chauve-souris. Puis on s’est aperçu que cela ne suffisait pas et qu’on ne pouvait pas laisser tomber la nature ordinaire. Si on se contente de ne sauver qu’un bout de nature et quelques espèces, ça ne fonctionne pas. Il a fallu élargir la protection aux autres espèces moins menacées et pour lesquelles on a finalement très peu de données ». De la sensibilisation, encore et toujours Comment agir pour la sauvegarde de tous ces mammifères plus ou moins connus ? L’action du groupe demeure basée autour de la sensibilisation. Les permanents organisent assez peu d’animations pour les écoles et le grand public mais multiplient les interventions auprès des élus, des techniciens de syndicats de bassins versants, des techniciens des routes, des chargés de missions, des opérateurs Natura 2000, etc. Ils proposent également des formations aux étudiants. Et toutes ces actions de conseil et d’expertise participent à la sensibilisation d’un public ciblé, amené à travailler sur les espaces naturels. Le conseil au grand public n’est pas négligeable non plus, c’est le rôle de médiation de l’association, qui renseigne tout un chacun sur ce qu’il doit faire ou ne pas faire pour mieux protéger les espèces rencontrées dans son jardin. C’est ainsi que se met en place le réseau de refuges pour les chauves-souris. L’équivalent est en cours de création pour fournir à la loutre des havres de paix. L’objectif sous-jacent est d’œuvrer pour une meilleure cohabitation entre l’homme et l’animal !

CONNAÎTRE POUR PROTÉGER

Pour bien protéger, il faut connaître les espèces : leurs répartitions, leurs habitats, leurs régimes alimentaires, leurs terrains de chasse, etc. Et le GMB a déjà la gestion de 120 sites protégés où ont été aménagés des passages à loutres, des grilles de protection des gîtes à chauve-souris, etc. C’est pourquoi l’Atlas des 68 espèces sauvages est un outil indispensable à une meilleure connaissance des mammifères de la campagne bretonne. Hérisson, taupe, écureuil, renard, blaireau, sanglier, chevreuil, sont désormais sous les projecteurs de l’association. Les espèces semi-aquatiques sont concernées, les anecdotiques observées de façon occasionnelle aussi. Les exotiques, les introduites et parfois invasives comme le ragondin, le vison d’Amérique ou le rat musqué sont également sur la sellette. Et quelques espèces qui risquent d’être introduites comme le raton-laveur, une espèce de loir, la gerbille ou le cerf Sika sont intégrées à l’étude. Un tiers des mammifères observés sont des chauves-souris. Initié en 2010 et en cours jusqu’en 2014, l’Atlas tient néanmoins compte d’observations réalisées depuis 2005. Il porte sur les cinq départements de la Bretagne historique et si le GMB coordonne l’ensemble, d’autres associations naturalistes y participent, ainsi que l’Office national de la chasse et de la faune sauvage et les fédérations de chasseurs. Si tout le monde s’y mettait… Ceux qui ont l’habitude d’observer la nature environnante sont vivement invités à partager leurs informations. Une démarche appelée recherche participative que le GMB n’est pas le seul à revendique. Les plus motivés peuvent aller au-delà du recueil de données sur la présence des espèces en apprenant à identifier les indices de présence, à ramasser par paquets les pelotes de réjection des chouettes dans lesquelles on trouve des restes de micro-mammifères. Pour acquérir des données chiffrées, des formations pour débutants sont organisées afin d’expliquer certaines méthodes : protocoles de comptage, période de comptage, précautions, etc. Bref, de quoi, à son niveau d’amoureux de la nature, apporter une aide précieuse aux naturalistes qui ne peuvent se décupler pour battre la campagne !


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BIODIVERSITÉ LA RECHERCHE PARTICIPATIVE, UNE DÉMARCHE SIMPLE ET UTILE « Bien connaître pour mieux protéger », tel est le credo du GMB ; que d’autres associations naturalistes pourraient s’approprier. En demandant l’aide du grand public pour récupérer des données, elles insistent sur le fait que la moindre information est essentielle à l’élaboration des inventaires.

Pelote effraie

Josselin Boireau/GMB

Le GMB recueille les observations de la faune sauvage (au jardin, en promenade, etc.), et collecte les lots de pelotes de réjection de chouettes effraies et les noisettes rongées pour la recherche du muscardin. Les données peuvent être communiquées via le site Internet www.gmb.asso.fr/Atlas.html, et les collectes envoyées à la maison de la rivière 29450 Sizun ou déposées dans les relais : les locaux d’Eau et Rivières de Bretagne, 6 rue Pen Ar Créac’h à Brest ou 13 rue Louis de Montcalm à Quimper, ou au café librairie « L’autre rive » à Berrien. L’étiquetage doit comporter le lieu, la date, le nom et les coordonnées du ramasseur. L’APECS (association pour l’étude et la conservation des sélaciens) mène deux programmes qui appellent l’aide du grand public. Le programme Capoera vise à recueillir des capsules d’œufs de raies trouvés sur les plages. Sur le site Internet, un guide et une fiche

Capsule raie lisse

APECS

d’identification sont à télécharger. Disponible également à l’adresse www.assoapecs.org, une carte interactive recense tous les points relais de l’APECS. Le programme Allo Elasmo recense les observations ou captures d’espèces de raies ou requins. Coordonné avec le Parc Marin d’Iroise, ce programme vise à mieux connaître les espèces qui fréquentent la mer d’Iroise et pour lesquelles les scientifiques ne bénéficient que de maigres données. Un formulaire et des outils d’identification sont accessibles sur le site. Pour plus de renseignements : APECS rue de Liège, BP 51151 29200 Brest Cedex 1. Tél. : 02 98 05 40 38. Bretagne Vivante-SEPNB coordonne deux programmes en lien avec la science participative. Une opération de comptage des oiseaux des jardins, qui a lieu chaque année en janvier. Et le programme CORMOR, lié à la

Cormoran huppé

MPF

compréhension de l’écosystème de Mor Braz, cette mer qui s’étire entre Quiberon et Guérande. Le programme se base sur le suivi du cormoran huppé, considéré comme un bioindicateur de la zone. Etendue petit à petit au reste du littoral breton, l’étude porte sur l’observation des bagues des cormorans huppés. Plus de 5000 spécimens ont déjà été équipés de grosses bagues jaunes. Habitué à nicher sur les îlots de Mor Braz, l’oiseau piscivore, en haut de la chaîne alimentaire et relativement sédentaire, se promène tout de même jusqu’en mer d’Iroise. Son observation est donc intéressante tout au long de l’année. Plaisanciers et pêcheurs professionnels sont des relais essentiels. Renseignements : Réserve naturelle des marais de Séné, route de Brouël 56860 Séné. Tél. : 02 97 66 92 76. Email : oiseauxdesjardins@bretagne-vivante.org. Site www.bretagne-vivante.org. Antenne de Brest : 186 rue Anatole France. Tél. : 02 98 49 07 18.

LA MENACE DES ESPÈCES INVASIVES En juillet dernier, le Conservatoire Botanique National de Brest a publié un rapport sur les plantes vasculaires invasives de Bretagne. Parmi les espèces avérées et installées, dix-sept d’entre elles portent atteinte à la biodiversité locale.

Jussie Rampante Photo Père Igor

Avec la multiplication des déplacements et des échanges commerciaux par voie maritime, fluviale ou terrestre, les espèces végétales voyagent. Si la plupart des espèces introduites ne résistent pas aux conditions écologiques et climatiques de leur nouvel environnement, certaines parviennent à se naturaliser et adoptent parfois un caractère invasif. En entrant en concurrence avec la flore locale, ces plantes portent atteinte à la biodiversité, parfois à la santé des humains par leurs caractères allergisants, et

nuisent aux intérêts économiques de zones agricoles ou aquatiques. Faune et flore locales étouffées Parmi elles, la Jussie rampante et la Jussie à grandes fleurs sont des aquatiques herbacées qui se reproduisent rapidement. Historiquement introduites pour leurs qualités ornementales dans les bassins et aquariums d’eau douce, leur importation est interdite en France depuis 2007, afin d’en limiter la prolifération. Originaires d’Amérique du Sud, elles forment

des tapis d’herbiers aquatiques très denses, rigides, immergés ou émergés. Les mares, les étangs et les cours d’eau sont leurs zones de développement, au détriment de la flore et de la faune locales, étouffées et privées de lumière et d’oxygène. Arrachage à Saint-Renan Source de problèmes à l’échelle européenne, les Jussies, présentes sur au moins quatre localités en Finistère, font l’objet d’une surveillance rapprochée. A Saint-Renan, des opérations

d’arrachage sont organisées, autour de l’étang de la Comiren (Compagnie Minière de SaintRenan), dans le cadre du CRE (Contrat pour la Restauration et l’Entretien) de l’Ildut. Plus grand cours d’eau de la Communauté de Communes du Pays d’Iroise, l’Ildut a subi de nombreuses exploitations du sous-sol en plus des travaux hydrauliques effectués dans un cadre urbain ou agricole. La mise en place d’un CRE a donc été décidée pour atteindre le bon état écologique requis par la Directive Cadre Européenne sur l’Eau (DCE).


PLANÈTE JEUNES

par Sophie Hanquiez

QU’EST-CE QUE L’ÉNERGIE ? + d’infos en image Eruption solaire. Photo DR

e 20 janvier dernier, les 3e du collège Kerzourat de Landivisiau ont inauguré l’exposition sur l’énergie abritée par le Syndicat Départemental d’Energie et d’Equipement du Finistère (SDEF). Encadrés par des animateurs de l’association Les Petits Débrouillards, les collégiens ont emmagasiné de nombreuses informations en peu de temps. Accompagnés par leur professeur de physique-chimie, les élèves de 3e ont été plongés dans le vif du sujet à peine entrés dans la salle d’exposition. Après un petit brainstorming autour de la question « qu’est-ce que le mot énergie vous évoque ?», les élèves ont parcouru en tous sens l’expo. Questionnaire en main, ils ont cherché des réponses aux colles préparées par leur enseignant. Les différentes sources et formes d’énergie, l’origine de l’électricité consommée en Finistère, la transformation, les chiffres de la consommation et ses comparatifs, le futur énergétique, les économies d’énergie, etc. : tous les aspects de la question ont été passés en revue ! En utilisant différents outils de la palette scénographique, l’expo fait mouche auprès des jeunes. Les panneaux d’exposition sont colorés, bien segmentés et disposés de façon vivante sur une ossature de bois type palette, à l’allure faussement déstructurée. Des cubes tabourets illustrés forment le parcours du gaz si on les range dans le bon ordre. Une table basse représente une carte du monde des énergies fossiles sous forme de puzzle. Pas de longs commentaires des élèves absorbés par leur tâche mais plusieurs d’entre eux expriment que « l’expo est bien faite »…

L

?

Pour visionner la vidéo, scanne le code via l’application bookbéo sur ton smartphone ou tape bookbeo.com/enliensjeune dans ton navigateur internet.

TU DECODES OU QUO

as de suspense ! L’énergie c’est la force qui permet de fournir de la chaleur, de la lumière, de créer un mouvement ou de transformer la matière. A partir de là on peut discuter sources et formes d’énergie. Tiens, d’ailleurs, quelle est la source d’énergie dont tout le monde bénéficie ? Les muscles bien sûr ! Et pendant longtemps, les hommes s’en sont contentés pour produire de l’énergie mécanique.

P

La demande en énergie va exploser Aujourd’hui, quand on aborde les questions de développement durable, ce sont bien les sources et formes d’énergie qui font débat. Car notre besoin ne cesse d’augmenter. On estime que d’ici 2030, la consommation mondiale d’énergie devrait connaître une croissance de plus de 40%. Etonnant pensez-vous ? Mais elle a déjà augmenté de 49% entre 1980 et 2005 ! Et 88% de notre consommation actuelle dépend des énergies fossiles : pétrole, charbon et gaz. L’énergie nucléaire et les énergies renouvelables se partagent les 12% restants. Or, non seulement

I? les énergies fossiles s’épuisent, mais en plus elles accentuent l’effet de serre. Et à part les énergies fossiles ? Grâce à l’eau, au soleil, au vent, à la biomasse ou à la chaleur de la terre, de nouvelles formes d’énergie sont perfectionnées ou inventées. Considérées comme inépuisables à l’échelle de l’homme, ces sources se transforment en énergie électrique, chimique, thermique ou cinétique (mouvement) par le biais de l’hydroélectricité, du solaire photovoltaïque, du solaire thermique, de l’éolien, de la géothermie, etc. Le défi est de rendre performantes et pas trop coûteuses toutes ces formes d’énergie. Et demain ? Pour demain, l’expo du SDEF rappelle que l’énergie la moins chère est celle que l’on ne dépense pas ! Eh oui, autant commencer par des mesures simples. Si chacun fait un effort dans son quotidien à la maison, au travail, à l’école, dans les transports, etc., c’est toute la collectivité qui en bénéficiera.

INFO + : Une expo nomade en plus ! Le SDEF met gratuitement à la disposition des collectivités une déclinaison de son exposition permanente, sous forme nomade. Adaptée à tous les publics, l’expo mobile développe le parcours de l’énergie selon le même déroulement qu’au SDEF. L’objectif est de susciter la discussion autour des probléma-

tiques liées à l’énergie. Les communes ou associations intéressées doivent s’adresser au SDEF pour accueillir cet outil.

Renseignements et visites : SDEF Zone de Kerven 29400 Landivisiau Tél. : 02 98 10 36 36, Site : www.sdef.fr


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PLANÈTE JEUNES L E SA VA IS -T U ?

?

L’humanité épuise les réserves de combustibles fossiles environ 1 million de fois plus vite que ce que la nature a mis pour les constituer. Et la consommation mondiale d’électricité a doublé en moins de 25 ans.

L’A B E C E .D.DA IR E

Agenda 21 Tout le monde en parle mais qui connaît son origine ? Encore un terme issu de la conférence de Rio en 1992, qui fête ses 20 ans cette année ! Agenda parce que c’est l’outil qui recense ce que l’on a à faire et 21 pour XXIe siècle. L’un des 40 chapitres du document initial traite des collectivités locales, et leur propose de s’en inspirer pour créer leur propre Agenda 21 local. Le Finistère a été pionnier dans cette démarche et son implication a fait tache d’huile sur les communes. Aujourd’hui bon nombre d’écoles, collèges et lycées se sont approprié cet outil.

B LO G O S P H E R E

http://1jour1actu.com Les éditions Milan proposent aux 7-13 ans un site de décryptage de l’actualité. Chaque jour, une info est choisie puis expliquée et parfois accompagnée d’outils multimédia. Classées selon 7 chapitres dont « planète », les infos font aussi l’objet de dossiers comme « respectons la nature », mis en ligne en mai 2011.

Forum de la solidarité au collège Dom Michel du Conquet ans le cadre de son Agenda 21, le collège Dom Michel du Conquet, a organisé le 16 décembre dernier un Forum de la solidarité. Dans la matinée, chaque classe a écouté la présentation d’une association. Séparés en deux groupes, les 6e ont accueilli le Secours catholique et l’association Un Par Un - Burkina Faso. Les 5e ont assisté à la conférence de l’association Diego Suarez qui intervient à Madagascar, et les 4e à celle de l’association française de solidarité Cambodge. Quant aux 3e , ils ont nourri de passionnants échanges avec les représentantes d’Amnesty International.

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Des fenêtres ouvertes sur d’autres mondes Pour tous les élèves, cela a tout d’abord été l’occasion d’ouvrir les yeux sur d’autres mondes. Les mots aide d’urgence en nourriture, surendettement, ruptures familiales ne résonnent pas loin de nous avec le Secours catholique. Dans une autre salle, certains entendent parler de Pol Pot et du génocide de 2 millions de Cambodgiens pour la première fois. Lors de la présentation du Burkina Faso, les 6e apprennent qu’étudier n’est pas toujours évident : passer le bac n’est guère possible qu’à Ouagadougou et personne n’a Internet à la maison ! Une situation que le collège cherche à améliorer en parrainant des élèves burkinabés. Au fond de la cour, les 3e sont plongés dans les Droits de l’homme, de la femme et de l’enfant avec Amnesty International. Une atmosphère impliquée L’après-midi, un parfum d’intensité se propage. Tandis que les uns s’affairent au montage vidéo, les autres conçoivent panneaux d’informations, affichettes, et cartes de vœux. Johanna, élève de 4e , se charge de recueillir les impressions des professeurs. Avec un groupe, elle a filmé et pris des notes et s’exprime : « Quand je vois leurs maisons au Cambodge et que je me plains de la mienne, ou quand je vois tous

P L A N É -T E R R E

les projets proposés par les profs qu’on ne remercie jamais… je me dis qu’on a vraiment de la chance. Et je suis contente qu’on ait réussi à recueillir de l’argent pour les parrainages ! ». Chez les 6e, Vona et son groupe récapitulent sur un panneau des informations à propos de la vie au Burkina Faso : « Là-bas les personnes âgées sont très rares, la longévité moyenne est de 45 ans. Leurs maisons sont en terre et en paille. En fait, ils vivent au jour le jour. L’association aide à la scolarisation des enfants, Un Par Un est aussi un jeu de mot avec un parrain ». Plus loin des petits groupes créent des affichettes pour un spectacle destiné à récolter des fonds pour le Burkina Faso. Le rendezvous est fixé le 25 février pour aller applaudir la troupe Zigafarces à l’espace Kéraudy à Plougonvelin. Quelques bureaux plus loin, Léa, et les deux Camille ont fait signer tous les 6e sur un panneau pour exprimer leur solidarité auprès du Secours catholique : « Les bénévoles du secours récupèrent des jouets pour les redistribuer. Ils aident à payer des factures et ont aussi beaucoup aidé Haïti. On ne pensait pas qu’il y avait autant de personnes en difficulté ». Déclics et vocations… Sacha, Hadrien et Hugo sont en 5e, ils ont confectionné des cartes de vœux qu’ils vont envoyer aux enfants de l’école Ste-Thérèse de la ville de Diego Suarez. Y aura-t-il une suite ? Leur enseignante précise que c’est aux enfants d’être force de proposition et qu’une réflexion est déjà en cours pour donner des livres… car ceux des universités datent des années 70 ! C’est l’occasion d’expliquer aux enfants la complexité d’acheminer à l’autre bout du monde cette matière première si facile d’accès en France. Les 3e ont l’âge de la nonchalance dit-on… difficile à croire en regardant les slogans et panneaux qu’ils ont créés. Corentin et Chloé expliquent qu’ils ont choisi de parler de la violence et de la maltraitance : « Nous ne pensions pas qu’il y avait autant de femmes battues, Brest est 2e sur 29 villes bretonnes où il y a le plus de viols ! »



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